Le Cameroun dans le piège de la théorie du chaos lent : Comment l’État Développementaliste Communautaire (EDC) peut rompre la fatalité

Par Pr. Jimmy Yab
Président du MLDC, Professeur de Relations Internationales

Théorie du chaos lent
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Introduction

« Les États ne meurent pas toujours dans des guerres. Ils peuvent aussi se décomposer lentement, à l’abri des regards, dans l’indifférence bureaucratique et la résignation populaire. »

— Jimmy Yab

Le Cameroun ne fait pas face à une guerre civile. Il n’est pas formellement en faillite. Et pourtant, il s’effondre. Lentement. Silencieusement. Systématiquement.

Ce processus n’a pas de nom dans les discours officiels. Il est maquillé derrière des taux de croissance trompeurs, des plans stratégiques sans ancrage réel, et des mots creux comme « émergence 2035 ».

Mais les analystes les plus lucides le savent : le Cameroun est en proie à un chaos lent. Ce concept, que je vais expliquer ici, permet de nommer l’indicible, d’analyser l’inertie criminelle, et surtout, de tracer une voie de rupture, fondée sur une alternative radicale : l’État Développementaliste Communautaire (EDC).

I. La théorie du chaos : origine scientifique d’un effondrement silencieux

Avant d’aborder le chaos lent, il est essentiel de comprendre ce que recouvre, sur le plan scientifique, la théorie du chaos.

Qu’est-ce que la théorie du chaos ?

La théorie du chaos est une branche des mathématiques et des sciences qui étudie les systèmes complexes – comme les conditions météorologiques ou le comportement des marchés financiers – qui semblent aléatoires ou imprévisibles à première vue.

Elle explore comment de petits changements dans les conditions initiales d’un système peuvent produire des résultats extrêmement divergents au fil du temps.

Autrement dit, elle révèle que derrière un apparent désordre, se cachent des structures, des régularités, des modèles.

Ce champ d’étude a révolutionné notre compréhension du monde en montrant que même le chaos peut être gouverné par des lois.

Un des principes les plus emblématiques de cette théorie est l’effet papillon.

Principe de l’effet papillon

Il suggère qu’un changement minime – comme le battement d’ailes d’un papillon à Tokyo – pourrait, à terme, déclencher une tornade au Texas.

Cette métaphore illustre la sensibilité extrême des systèmes aux conditions initiales. En d’autres termes, de petites décisions politiques, économiques ou sociales peuvent avoir, à long terme, des conséquences colossales.

II. Du chaos scientifique au chaos lent institutionnel : le cas du Cameroun

Dans les sciences sociales, cette théorie s’est élargie pour décrire des dynamiques d’effondrement progressif. Le chaos lent, en particulier, désigne la désintégration silencieuse et cumulative d’un système politique, économique ou social, sans crise visible immédiate, mais avec une irréversibilité croissante.

Et c’est exactement ce que vit le Cameroun.

III. Cameroun : radiographie d’un chaos lent économique

1. Une économie en façade, sans productivité réelle

On nous parle de croissance : 3,7 % en 2023 selon la BEAC. Mais cette croissance est extravertie, non inclusive, non industrialisante.

Selon l’INS, plus de 80 % de la population active travaille dans l’informel, dans des conditions précaires.

Le secteur secondaire, moteur de toute transformation économique sérieuse, ne représente que 22 % du PIB.

2. Une dette publique inefficace

La dette atteint plus de 12 000 milliards FCFA, soit près de 45 % du PIB. Mais l’impact est invisible : les routes sont défoncées, l’eau potable rare, les universités sinistrées.

La dette finance la consommation politique, pas l’investissement structurant.

3. Une pauvreté structurelle

Plus de 40 % des Camerounais vivent sous le seuil de pauvreté, avec des pics à 70 % dans l’Extrême-Nord. Le taux de chômage des jeunes urbains avoisine 30 %, sans compter le sous-emploi déguisé.

4. Une économie extravertie et dépendante

Le Cameroun exporte son bois brut, son cacao brut, son pétrole brut… et importe ses propres besoins de survie : riz, lait, sucre, médicaments.

70 % des produits consommés sont importés.

5. Une corruption chronique

Avec une position de 142e sur 180 selon Transparency International en 2024, le Cameroun est classé parmi les pays les plus corrompus du monde.

La corruption n’est pas un accident : c’est le carburant même du système.

IV. Pourquoi ce chaos dure ?

Parce que le chaos lent, comme l’a montré la théorie scientifique, ne provoque pas de crise visible immédiate. Il ronge lentement les structures. Il désensibilise la population. Il récompense l’inaction.

Et surtout, il sert une élite, qui s’est affranchie des conséquences de la misère collective. Le chaos lent ne menace pas les palais, mais détruit les villages.

V. Une rupture historique : l’État Développementaliste Communautaire (EDC)

Ce dont le Cameroun a besoin, ce n’est pas d’un réaménagement cosmétique. C’est d’une réinvention du rôle de l’État et de la communauté.

L’État Développementaliste Communautaire repose sur trois souverainetés essentielles :

1. Souveraineté politique et territoriale

Fin de la centralisation abusive. Gouverneurs élus. Assemblées communautaires. Sécurité assurée par des dispositifs enracinés dans les territoires.

2. Souveraineté économique et financière

Substitution aux importations. Industrialisation à petite et moyenne échelle. Transformation locale des matières premières. Création de monnaies communautaires ou de systèmes d’échange territoriaux.

3. Souveraineté technologique et industrielle

Relance des formations techniques et professionnelles. Partenariats technologiques Sud-Sud. Écosystèmes d’innovation locale.

VI. Que propose concrètement l’EDC ?

Un plan Marshall communautaire pour l’agriculture, l’énergie, les routes rurales. Banques communautaires locales adossées à la production territoriale. Fiscalité incitative pour les producteurs locaux, punitive pour les importateurs de luxe. Démocratie économique : chaque village décide de ses priorités par budget participatif.

Conclusion : Choisir entre la lente agonie ou la renaissance populaire

Le chaos lent est la forme la plus dangereuse de destruction : il ne déclenche pas de révolte immédiate, mais prépare le terrain au désespoir collectif et à l’effondrement final.

Nous pouvons continuer à subir ce chaos, ou nous pouvons recréer l’ordre à partir de nos propres modèles, comme la théorie du chaos nous y invite.

L’EDC est cet ordre dans l’apparente confusion.

C’est notre capacité, enfin retrouvée, à transformer les petites décisions locales en grandes mutations historiques.

Comme le papillon de la théorie du chaos, un village qui se relève peut faire s’effondrer un régime injuste.

Un jeune qui entreprend peut réveiller une communauté.

Un peuple qui s’organise peut renverser l’histoire.

Le Cameroun n’est pas condamné à mourir dans le silence. Il peut renaître dans la dignité.

Vive l’État Développementaliste Communautaire. Vive le Cameroun souverain, libre et communautaire.


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