Catégorie : gouvernance
Du Bureau du Premier Ministre au Silence de la Présidence : Pourquoi le MLDC Propose 4 Vice-Présidents Collégiaux Régionaux pour Refonder le Cameroun
Pour 4 Vice-Presidents Collégiaux dans le cadre de la construction d’un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions

Pr. Jimmy Yab
Président du MLDC
Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF)
Résumé
Dans cet article, je propose une réflexion critique sur l’architecture exécutive de l’État camerounais dans le contexte d’une transition vers un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions . À partir d’une expérience personnelle — la rencontre avec le Premier ministre Joseph Dion Ngute en décembre 2022 — et de l’échec institutionnel du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF), je met en lumière les limites structurelles du Premier ministère, symbole d’un centralisme postcolonial inefficace. Je plaide pour l’instauration d’une Vice-présidence collégiale régionale, ancrée dans les quatre grandes régions fédérées du Cameroun, comme solution à la crise de gouvernance. En mobilisant des exemples comparatifs (Nigeria, Bosnie-Herzégovine, Bolivie), je démontre que la co-représentation exécutive territoriale constitue une voie légitime, stabilisatrice et adaptée à la pluralité camerounaise. Il s’inscrit dans une approche de souveraineté partagée et de justice territoriale, au cœur du projet politique du MLDC.
Mots-clés : Fédéralisme communautaire, Cameroun, Vice-présidence, Gouvernance territoriale, Développement régional, MLDC, Institutions.
Abstract
This article provides a critical reflection on the executive architecture of the Cameroonian state within the context of a transition toward a community-based, developmental federalism. Grounded in a personal experience — a meeting with Prime Minister Joseph Dion Ngute in December 2022 — and the institutional failure of the Sino–Francophone Africa Trade Fair project, the author highlights the structural limitations of the Prime Minister’s office, emblematic of an ineffective postcolonial centralism. The article advocates for the establishment of a regional collegial Vice Presidency, rooted in Cameroon’s four proposed federated regions, as a response to the governance crisis. Through comparative case studies (Nigeria, Bosnia-Herzegovina, and Bolivia), it demonstrates that territorially balanced executive representation offers a legitimate, stabilising, and context-sensitive institutional model. The analysis is embedded in a framework of shared sovereignty and territorial justice, as promoted by the MLDC’s political agenda.
Keywords: Community-based federalism, Cameroon, Vice Presidency, Territorial governance, Regional development, MLDC, Institutions.

Introduction : une rencontre décisive, un projet bloqué, un diagnostic institutionnel
C’est dans les couloirs feutrés de l’Immeuble Étoile, un matin de décembre 2022, que j’ai rencontré le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute. En tant que Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF), je lui remettais les actes du Colloque international sur l’Afrique francophone de l’Initiative la Ceinture et la Route, organisé quelques mois plus tôt en partenariat avec l’ambassade de Chine au Cameroun. Ce colloque international avait réuni chercheurs, diplomates et décideurs autour d’une ambition partagée : inscrire l’Afrique francophone dans une nouvelle dynamique Sud-Sud fondée sur l’autonomie économique, la coopération bilatérale et l’intégration régionale de l’Initiative chinoise de « La Ceinture et La Route ».
Au-delà de la restitution intellectuelle, cette rencontre avait un second objectif tout aussi stratégique : présenter au gouvernement camerounais le projet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF 2023), une grande initiative économique multilatérale prévue pour l’année suivante. À cette occasion, le Premier ministre exprima un soutien formel, déclarant clairement : Le gouvernement soutient pleinement votre initiative. Vous pouvez compter sur notre appui.
Ci-dessous le video-clip de promotion officiel du SICCAF 2023.
Mais quelques semaines, puis quelques mois plus tard, ce soutien s’évapora dans les méandres de l’administration. Le dossier, transmis au Secrétariat Général de la Présidence du Cameroun, à part quelques correspondances, resta sans suite. Malgré l’appui officiel de l’Ambassade de Chine au Cameroun, le soutien logistique du President de l’Association des Entreprises Chinoises au Cameroun (AECC), Mr Xu Huajiang, par ailleurs, Directeur Général de la Division Afrique centrale de China Harbour Engineering Company(CHEC), la multinationale meme, qui a construit le Port Autonome de Kribi et l’Auto-route Kribi-Edea et surtout le soutient des grandes entreprises chinoises en Afrique Centrale et d’autres venant directement de l’a Chine continentale, malgre ces garanties techniques apportées, les lourdeurs bureaucratiques prirent le dessus : manque de communication interinstitutionnelle, délais interminables, absence de décision claire. Cette inertie ne fut pas seulement une déception personnelle : elle fut une révélation structurelle. Elle montra à quel point le modèle institutionnel camerounais empêche la concrétisation de projets stratégiques, même lorsqu’ils sont validés politiquement et diplomatiquement.
Ci dessous Quelques photos de voyages du Pr Jimmy Yab en Chine pour la préparation du SICCAF 2023 et quelques grandes personnalités politiques et économiques















De cette expérience est née une interrogation fondamentale : quelle structure exécutive peut porter efficacement une vision de développement autonome, décentralisée et communautaire dans un Cameroun fédéré en quatre grandes régions ? Cet article répond à cette question en opposant deux options : d’une part, le maintien du Premier ministère, institution centrale héritée du modèle jacobin ; d’autre part, l’introduction d’une Vice-présidence collégiale régionale, fondée sur le fédéralisme développementaliste communautaire. L’analyse s’appuie sur une réflexion théorique, des comparaisons internationales et les réalités propres au Cameroun contemporain.
Ci- dessous quelques photos du Premier Colloque International sur « l’Initiative la Ceinture et la Route » en Afrique francophone du 25 au 27 mai 2022, au palais des congrès de Yaoundé

















I. Le Premier ministère : héritage centralisateur et impasse exécutive dans un État en recomposition
L’échec du projet du Salon Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré son approbation par le Premier ministre et l’appui formel de l’ambassade de Chine, illustre une faille structurelle profonde dans l’organisation du pouvoir exécutif au Cameroun. Une fois transmis au Secrétariat Général de la Présidence, le dossier s’est enlisé. Ce n’était pas un refus politique, ni une opposition idéologique, mais un symptôme récurrent d’un système exécutif hypercentralisé, opaque et inefficace. Ce constat appelle une analyse critique de la pertinence du Premier ministère dans le cadre du Cameroun du XXIe siècle, en transition vers un modèle fédéral communautaire.
Institué dans la Constitution camerounaise de 1972 (puis réaffirmé en 1996), le Premier ministère est un organe de coordination subordonné au Président de la République. L’article 12 alinéa 1er stipule que le Premier ministre « coordonne l’action gouvernementale sous l’autorité du Président ». Cette formulation dénote un pouvoir dérivé, sans autonomie stratégique. Contrairement aux modèles parlementaires classiques où le Premier ministre est le chef de l’exécutif, celui du Cameroun est dépourvu d’initiative politique autonome, ce qui le rend inefficace dans un contexte de transformation institutionnelle.
Dans un État fédéral organisé autour de quatre grandes régions souveraines — le Grand Sud, le Grand Nord, le Grand Littoral et le Grand Ouest —, le maintien d’un Premier ministre unique et centralisé est une anomalie fonctionnelle. Il empêche la territorialisation des décisions, bloque la remontée des priorités régionales, et reproduit un schéma néocolonial de gouvernance verticale. La dynamique développementaliste communautaire implique au contraire une coproduction des politiques publiques entre centre et périphéries, basée sur la souveraineté partagée, l’écoute communautaire, et la proximité.
D’un point de vue comparatif, les travaux de Hooghe et Marks (2003) sur la gouvernance multiniveau montrent que les exécutifs centralisés sont structurellement inefficaces dans les États pluriethniques et multiculturels. En Éthiopie, par exemple, la coexistence d’un fédéralisme ethnique avec un exécutif hyper-présidentialiste a mené à l’asphyxie des gouvernements régionaux, puis à l’explosion des conflits internes. Le Cameroun, avec ses tensions anglophones, ses déséquilibres historiques et sa diversité sociolinguistique, court les mêmes risques si la réforme institutionnelle reste superficielle.
Le Premier ministère ne saurait être l’instrument de pilotage d’un Cameroun fédéré à visée communautaire. Son existence même pourrait devenir un frein à l’innovation politique, un verrou dans la chaîne des décisions urgentes, et un symbole d’un passé institutionnel incompatible avec les réalités du présent. L’exemple du projet du Salon Industriel et commercial Chine–Afrique francophone en est la preuve vivante : même lorsque la volonté politique existe, le système d’exécution bloque l’action.
Le Cameroun n’a donc pas besoin d’un Premier ministre dans le sens classique du terme, mais d’une architecture exécutive pluraliste, enracinée dans ses régions, capable de dialoguer horizontalement avec les réalités locales. C’est ce que propose le modèle de la Vice-présidence collégiale, que nous développons dans la section suivante.
II. La Vice-présidence collégiale : une architecture de souveraineté territoriale pour un Cameroun fédéré
La déconvenue administrative qui a suivi l’accord formel du Premier ministre au sujet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone ne fut pas simplement une péripétie bureaucratique. Ce fut une illustration concrète de l’absence d’ancrage territorial du pouvoir exécutif camerounais. Le fait que le dossier ait été bloqué, sans justification, au Secrétariat Général de la Présidence malgré l’aval d’un chef de mission diplomatique étranger – en l’occurrence l’Ambassadeur de Chine – démontre l’urgence de repenser l’organisation du pouvoir. C’est dans cette perspective que le concept de Vice-présidence collégiale régionale prend tout son sens.
Le modèle de fédéralisme développementaliste communautaire, tel que défendu par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), repose sur trois principes fondamentaux: la souveraineté partagée, la gouvernance de proximité, et la valorisation des identités territoriales. Dans un tel modèle, l’exécutif ne saurait rester vertical et unifié. Il doit refléter la diversité régionale du Cameroun, la pluralité de ses défis, et la richesse de ses ressources communautaires. La proposition d’une Vice-présidence collégiale à quatre pôles répond précisément à cette exigence.
Concrètement, chaque grande région fédérée — le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral, le Grand Ouest — désignerait un Vice-président régional, membre d’un organe exécutif fédéral commun. Ces Vice-présidents, dotés d’un mandat national mais enracinés dans leur région, formeraient un collège décisionnel chargé de co-piloter l’action gouvernementale avec le Président de la République, garant de l’unité. Chaque Vice-présidence aurait une compétence thématique prioritaire, reflétant les réalités régionales :
Le Grand Nord, confronté aux défis sécuritaires, climatiques et agricoles, piloterait les politiques de résilience et de sécurité communautaire. Le Grand Sud, riche en ressources forestières et minières, aurait la charge de la gouvernance environnementale et du développement rural intégré. Le Grand Littoral, épicentre économique du pays, piloterait les politiques industrielles, portuaires et d’intégration commerciale régionale. Le Grand Ouest, marqué par une forte diaspora et un tissu entrepreneurial dynamique, serait responsable de la cohésion sociale, de la médiation intercommunautaire et de l’économie populaire.
Ce schéma n’est pas une invention abstraite. Il s’appuie sur des logiques éprouvées dans d’autres États pluriels. En Bolivie, l’État plurinational a intégré des formes communautaires de représentation dans l’exécutif. En Bosnie-Herzégovine, la présidence collégiale garantit une cohabitation interethnique. Le Cameroun, à travers ce modèle, pourrait construire un exécutif réconcilié avec sa diversité, garant de l’équité territoriale et de la participation de tous à la destinée nationale.
La Vice-présidence collégiale offre aussi une réponse systémique à l’immobilisme institutionnel. Dans le cas du Salon Chine–Afrique francophone, si le Grand Littoral avait eu une Vice-présidence dotée de compétence commerciale, ce projet porté par l’OCAF aurait immédiatement été co-construit et défendu à l’échelle fédérale, en évitant les blocages bureaucratiques du pouvoir central. En donnant à chaque région une capacité d’action exécutive au sommet, ce modèle décentralise la décision sans fragmenter l’État, et multiplie les points d’entrée pour les initiatives stratégiques.
Enfin, ce dispositif incarne la philosophie du développementaliste communautaire : un État proche de ses populations, réactif aux réalités locales, résilient face aux crises, et créatif dans sa manière de bâtir le futur.
III. Études comparées : la gouvernance exécutive partagée dans les États fédéraux pluriethniques
L’idée d’une Vice-présidence collégiale régionale au Cameroun, dans le cadre du fédéralisme développementaliste communautaire, s’inscrit dans une tradition institutionnelle bien établie dans plusieurs pays confrontés à une forte diversité culturelle, linguistique ou territoriale. Loin d’être une utopie camerounaise, ce modèle exécutif partagé s’appuie sur des précédents comparatifs qui en démontrent à la fois la faisabilité, la légitimité et l’efficacité relative.
1. Le Nigeria : du “federal character” à l’équilibre exécutif implicite
Voisin du Cameroun et ancienne colonie britannique, le Nigeria est souvent présenté comme l’un des fédéralismes les plus aboutis d’Afrique. Il est structuré en 36 États fédérés dotés de larges compétences constitutionnelles. Si la Constitution nigériane ne prévoit pas de vice-présidences régionales multiples, elle impose néanmoins un principe fondamental : le “federal character”. Selon ce principe, toutes les institutions nationales, y compris l’exécutif, doivent refléter la diversité géographique, ethnique et religieuse du pays (Suberu, 2001). En pratique, cela se traduit par une attention constante à l’équilibre régional dans les nominations présidentielles, y compris au niveau du vice-président.
Cette règle non seulement réduit les tensions intercommunautaires, mais elle crée une dynamique de co-responsabilité nationale, où les projets de développement régionaux peuvent bénéficier d’un appui exécutif explicite. Transposé au Cameroun, un tel équilibre ne peut plus être laissé à la discrétion du chef de l’État ; il doit être institutionnalisé par une vice-présidence collégiale constitutionnellement encadrée.
2. La Bosnie-Herzégovine : cohabitation exécutive dans un contexte post-conflit
Autre cas emblématique : la Bosnie-Herzégovine. Pays multiculturel et post-conflit, la Bosnie a adopté une présidence tripartite où les trois principaux groupes ethniques (Bosniaques, Croates, Serbes) sont représentés au sommet de l’État. Chaque président est élu par sa communauté, et la présidence est rotative tous les huit mois. Ce système, bien qu’administrativement lourd, a permis d’éviter un retour à la guerre civile et d’instaurer une paix structurelle fondée sur l’inclusion mutuelle (Bieber, 2006).
Dans le contexte camerounais, où les tensions entre communautés anglophones et francophones, entre régions centrales et périphériques, restent vives, une structure exécutive partagée pourrait jouer le même rôle stabilisateur. Chaque région disposerait d’un représentant à la Vice-présidence, garantissant que les intérêts locaux soient présents dans l’arène fédérale. Ce serait un rempart contre la marginalisation, mais aussi un mécanisme d’équilibre démocratique entre les territoires.
3. La Bolivie : le pluralisme constitutionnel au service de la représentativité
Enfin, l’expérience de la Bolivie offre un modèle particulièrement pertinent pour un État développementaliste communautaire. En 2009, le pays adopte une nouvelle Constitution reconnaissant officiellement l’existence de 36 peuples autochtones. L’État devient alors plurinational, ce qui implique la reconnaissance des droits politiques et institutionnels des communautés à participer au pouvoir (Postero, 2017). Dans les faits, cela s’est traduit par l’inclusion d’acteurs autochtones dans les institutions nationales, y compris l’exécutif, et par une forte décentralisation des politiques publiques.
Ce modèle inspire directement la logique camerounaise, où plus de 250 ethnies, plusieurs aires linguistiques, et une histoire coloniale différenciée (française et britannique) coexistent. L’instauration d’une Vice-présidence collégiale au Cameroun permettrait de formaliser cette pluralité dans l’État, sans tomber dans le piège de la balkanisation. Il s’agirait de passer de la juxtaposition de communautés à leur intégration fonctionnelle dans la gouvernance.
Ces trois exemples convergent vers une conclusion claire : dans les États multiculturels, la stabilité institutionnelle repose sur la reconnaissance structurelle des différences, et non sur leur effacement. En instaurant une Vice-présidence collégiale régionale, le Cameroun adopterait un instrument moderne, inclusif et adapté à ses réalités profondes. Cette réforme serait non seulement cohérente avec les exigences du développement local, mais aussi conforme aux standards internationaux d’un fédéralisme équitable et démocratique.
Conclusion : pour une refondation exécutive ancrée dans la souveraineté territoriale
L’échec du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré l’accord formel du Premier ministre du Cameroun et l’engagement diplomatique de l’ambassade de Chine, n’est pas un incident isolé. Il est le révélateur structurel d’un système exécutif qui concentre le pouvoir tout en diluant la responsabilité, incapable de porter des initiatives territoriales stratégiques ou de réagir efficacement aux mutations du monde. Ce blocage administratif, survenu au niveau du Secrétariat Général de la Présidence, est l’un des multiples symptômes d’un État centralisé, opaque et paralysé, dont les mécanismes de décision sont déconnectés des territoires, des communautés et même des engagements politiques supérieurs.
Dans ce contexte, le Cameroun ne peut plus se contenter d’une réforme marginale. Il doit s’engager dans une refondation structurelle de ses institutions, à commencer par l’architecture de son exécutif fédéral. Le modèle du Premier ministère, dérivé du jacobinisme français, a montré ses limites : vertical, symbolique, inefficace, il ne peut porter la logique du développement communautaire, ni incarner l’autonomie régionale.
Face à cette impasse, le modèle de Vice-présidence collégiale régionale, intégré dans le projet de fédéralisme développementaliste communautaire du MLDC, constitue une alternative viable, cohérente et fondamentalement démocratique. Il ne s’agit pas simplement d’un ajustement technique, mais d’un changement de paradigme : un passage de la centralité vers la coprésidence territoriale, de la hiérarchie administrative vers la responsabilité partagée, de la domination institutionnelle vers la souveraineté coopérative.
Chaque région fédérée — Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, Grand Ouest — disposerait d’une Vice-présidence fédérale, à la fois représentative et décisionnelle. Ce collège de Vice-présidents ne serait pas une division du pouvoir, mais son approfondissement. Il permettrait de construire des réponses différenciées aux défis spécifiques de chaque région tout en consolidant une vision unifiée de la nation. Il serait l’incarnation exécutive d’un Cameroun polycentrique, communautaire, souverain.
Enfin, cette réforme n’est pas isolée dans l’histoire du monde. Le Nigeria, la Bosnie-Herzégovine, la Bolivie — et bien d’autres — ont montré que la stabilité dans les États complexes passe par la reconnaissance institutionnelle de la diversité. Le Cameroun peut devenir un modèle africain de fédéralisme équitable, à condition de s’émanciper des formes mortes du centralisme hérité et d’embrasser un avenir basé sur la coresponsabilité territoriale et la légitimité communautaire.
C’est là, dans cette vice-présidence collégiale souveraine, que se trouve la clé de la transformation républicaine du Cameroun, et peut-être même de sa survie politique comme État-nation. Le MLDC propose ainsi non une réforme parmi d’autres, mais un projet de réinvention nationale.
Références bibliographiques
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• Bieber, F. (2006). Post-War Bosnia: Ethnicity, Inequality and Public Sector Governance. Palgrave Macmillan.
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• Geschiere, P. (1993). Chiefs and Colonial Rule in Cameroon: Inventing Chieftaincy, French and British Style*. Africa, 63(2), 151–175.
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• Suberu, R. T. (2001). Federalism and Ethnic Conflict in Nigeria. United States Institute of Peace Press.
• Topa, G., Karsenty, A., Megevand, C., & Debroux, L. (2009). The Rainforests of Cameroon: A Vision for Sustainable Management World Bank Publications.
• Yab, J., Nkong-Njock, V. (2025). Pour un État Développementaliste Communautaire: le Cameroun
Building a Cameroon–Nigeria Axis for Structuring South–South Development
A Strategic Proposal from the MLDC Based on the Community Developmental State (CDS)
Prof. Jimmy Yab. President of the MLDC. President of the Francophone China–Africa Observatory (OCAF). Professor of International Relations.

Abstract
In a global context of shifting power poles, Cameroon remains deeply anchored in diplomatic frameworks inherited from colonialism, even as South–South dynamics are redrawing the paths of development. This article puts forward a strategic alternative led by the Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC): the creation of a structured bilateral cooperation axis between Cameroon and Nigeria, framed by the Community Developmental State (CDS) model. Drawing inspiration from Asian models of planned industrialization and pragmatic diplomacy, this partnership could accelerate regional integration, reinforce Cameroon’s economic sovereignty, and stabilize border zones through development-oriented diplomacy. The analysis draws upon recent economic data, academic references, and the author’s experience as president of the Francophone China–Africa Observatory (OCAF).
1. Introduction: The Urgency of Diplomatic Refoundation
A photo taken during the 70th anniversary of the Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries (CPAFFC) in Beijing—where the author was the sole representative of Cameroon, standing alongside President Olusegun Obasanjo—is more than symbolic. It illustrates a strategic vacuum in Cameroon’s diplomatic presence. While the world is restructuring around regional South–South alliances (Cheru & Obi, 2010), Cameroon remains absent from major co-development platforms, held captive by a France-centric diplomatic approach.
This diplomatic absence signals a structural crisis of vision, which the MLDC seeks to overcome through a developmental diplomacy rooted in the sub-region, positioning Nigeria as a first-tier strategic partner. Within this framework, the Community Developmental State offers the doctrinal and institutional basis to envision a new African regional order, led by sovereign and mutually supportive states.
2. Doctrinal Foundations: The Community Developmental State as a Lever for Regional Integration
Inspired by Asian models (Japan, South Korea, China, Vietnam), the Community Developmental State advocated by the MLDC rests on three pillars of sovereignty: political, economic, and technological (Yab, 2024). It breaks away from paradigms of dependence on international donors in favor of national planning and regional integration.
As Leftwich (1995) emphasizes, development does not arise from automatic market liberalization, but from the strategic autonomy of a state embedded in its national and regional communities. The CDS reframes foreign action not as passive representation but as a public policy of structural transformation.
3. Nigeria: An Underutilized Power in Cameroon’s Regional Strategy
With a GDP of $477 billion (IMF, 2023), a population exceeding 230 million, vast gas reserves, and a growing manufacturing sector, Nigeria is the continent’s leading economic power. Yet, Cameroon has never developed a high-level bilateral cooperation framework with Abuja—despite sharing a 1,500 km border and informal trade flows estimated at over $500 million in 2022 (BEAC, 2023).
The MLDC proposes transforming this informal border coexistence into a structured co-development axis, built around logistical corridors (Garoua–Maiduguri, Bamenda–Enugu), joint economic zones, and industrial cooperation on regional value chains (livestock, textiles, agriculture, energy).
4. Academic and Operational Diplomacy: The Role of OCAF
As President of the Francophone China–Africa Observatory, the author has conducted numerous comparative analyses on Sino-African cooperation modalities. Contrary to simplistic interpretations, China does not impose a single model but offers a flexible negotiation framework in which the partner state remains responsible for its agenda (Brautigam, 2009).
It is this strategic school that informs our proposal: a co-diplomacy of development, in which Cameroon co-constructs with Nigeria:
A Cameroon–Nigeria Institute for South–South Development, based in Garoua or Maroua, to train regional cooperation personnel; Joint university programs linking Yaoundé I, Douala, Ibadan, Nsukka, Zaria, to share expertise in agriculture, health, security, and industry; A shared strategy to attract African and Asian FDI, particularly for financing common infrastructure.
5. Regional Security: Peace Through Integrated Development
The Cameroon–Nigeria border, particularly in the Far North, remains plagued by multiple forms of insecurity: Boko Haram, cross-border banditry, extreme poverty. The MLDC proposes a doctrine of developmental security, inspired by the concept of “human security” (UNDP, 1994), which integrates military action, social inclusion, and economic integration.
This doctrine is based on:
Joint community-based security forces, funded by both states; Economic stabilization projects in at-risk areas (roads, schools, hospitals); Regional reintegration centers for former combatants, linked to literacy and vocational training programs.
6. A Strategic Break from Passive Diplomacy
Unlike Cameroon’s current foreign policies, which rely on symbolic representation and influence, the MLDC’s approach is grounded in impact diplomacy, oriented toward sovereignty and development goals.
The proposed Cameroon–Nigeria axis adopts an offensive posture, based on a realistic reading of the regional environment. It aligns with the notion that well-crafted South–South alliances are now strategic levers comparable to past bilateral treaties with Northern powers (Mohan & Tan-Mullins, 2019).
Conclusion: Toward a Pan-African Developmental Geodiplomacy
The MLDC puts forward a true geopolitical shift for Cameroon. By reorienting Cameroonian diplomacy toward pragmatic South–South partnerships—beginning with Nigeria—it restores foreign policy to its historical mission: supporting national independence, accelerating development, and ensuring peace.
The Community Developmental State is not merely an administrative model but a strategic and operational framework for situating Cameroon within a strong, integrated, and sovereign Africa.
“Those not at the negotiation table are on the menu of history.”
— Prof. Jimmy Yab
References
Brautigam, D. (2009). The Dragon’s Gift: The Real Story of China in Africa. Oxford University Press.
Cheru, F., & Obi, C. (2010). The Rise of China and India in Africa: Challenges, Opportunities and Critical Interventions. Zed Books.
Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press.
IMF. (2023). World Economic Outlook. International Monetary Fund.
Leftwich, A. (1995). Bringing Politics Back In: Towards a Model of the Developmental State. Journal of Development Studies, 31(3), 400–427.
Mohan, G., & Tan-Mullins, M. (2019). The Geopolitics of South–South Infrastructure Development: Chinese-Funded Transport Projects in Ethiopia and Kenya. Political Geography, 73, 31–43.
UNDP. (1994). Human Development Report 1994: New Dimensions of Human Security. United Nations Development Programme.
Yab, J. (2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. US Editions.
BEAC. (2023). Report on Informal Trade Flows in CEMAC. Bank of Central African States.
Construire un Axe Cameroun–Nigeria pour un Développement Sud-Sud Structurant

Une proposition stratégique du MLDC fondée sur l’État Développementaliste Communautaire. Pr. Jimmy Yab- Président du MLDC. Président de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) Professeur de relations internationales
Résumé
Dans un contexte mondial de recomposition des pôles de pouvoir, le Cameroun reste fortement arrimé à des logiques diplomatiques héritées de la colonisation, alors même que les dynamiques Sud-Sud redessinent les routes du développement. Cet article propose une alternative stratégique portée par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) : l’ouverture d’un axe structurant de coopération bilatérale Cameroun–Nigeria, dans le cadre de l’État Développementaliste Communautaire (EDC). Ce partenariat, s’inspirant des modèles asiatiques d’industrialisation planifiée et de diplomatie pragmatique, pourrait accélérer l’intégration régionale, renforcer la souveraineté économique du Cameroun et stabiliser les zones frontalières à travers une diplomatie de développement. L’analyse mobilise des données économiques récentes, des références académiques et l’expertise acquise par l’auteur dans le cadre de ses travaux à l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF).
1. Introduction : l’urgence d’une refondation diplomatique
La photographie prise lors du 70e anniversaire de la Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries (CPAFFC) à Pékin, où l’auteur fut le seul représentant du Cameroun, aux côtés du président Olusegun Obasanjo, est plus qu’un symbole. Elle révèle un vide stratégique dans la représentation diplomatique camerounaise. À l’heure où le monde se réorganise autour d’alliances régionales Sud-Sud (Cheru & Obi, 2010), le Cameroun reste absent des grandes plateformes de co-développement, prisonnier d’une diplomatie alignée sur des logiques franco-centrées.
Cette absence diplomatique traduit une crise structurelle de vision, que le MLDC propose de dépasser par une diplomatie développementale ancrée dans la sous-région, avec le Nigeria comme partenaire stratégique de premier rang. Dans cette perspective, l’État Développementaliste Communautaire fournit le cadre doctrinal et institutionnel adéquat pour penser un nouvel ordre régional africain piloté par des États souverains et solidaires.
2. Le fondement doctrinal : l’État Développementaliste Communautaire comme levier d’intégration régionale
Inspiré des modèles asiatiques (Japon, Corée, Chine, Vietnam), l’État Développementaliste Communautaire prôné par le MLDC repose sur trois axes de souveraineté : politique, économique, et technologique (Yab, 2024). Il rompt avec les paradigmes de dépendance vis-à-vis des bailleurs internationaux pour privilégier une logique de planification nationale et d’intégration régionale.
Comme le souligne Leftwich (1995), le développement ne résulte pas d’une libéralisation automatique des marchés, mais de l’autonomie stratégique d’un État inséré dans ses communautés nationales et régionales. L’EDC permet de repenser l’action extérieure non comme un outil de représentation passive, mais comme une politique publique de transformation structurelle.
3. Le Nigeria : puissance sous-exploitée dans la stratégie régionale camerounaise
Avec un PIB de 477 milliards USD (FMI, 2023), une population de plus de 230 millions d’habitants, des réserves massives de gaz et une industrie manufacturière en développement, le Nigeria est la première puissance économique du continent. Pourtant, le Cameroun n’a jamais structuré de véritable coopération bilatérale de haut niveau avec Abuja, malgré une frontière de 1 500 kilomètres et des flux commerciaux informels estimés à plus de 500 millions USD en 2022 (BEAC, 2023).
Le MLDC propose de transformer cette cohabitation frontalière informelle en axe structurant de codéveloppement, autour de corridors logistiques (Garoua–Maiduguri, Bamenda–Enugu), de zones économiques conjointes, et d’une coopération industrielle sur les chaînes de valeur régionales (élevage, textile, agriculture, énergie).
4. Une diplomatie académique et opérationnelle : le rôle de l’OCAF
En tant que président de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone, l’auteur a mené de nombreuses analyses comparatives sur les modalités de coopération sino-africaines. Contrairement à une vision simpliste, la Chine n’impose pas un modèle unique mais offre un cadre de négociation à géométrie variable, dans lequel l’État partenaire reste responsable de son agenda (Brautigam, 2009).
C’est à cette école stratégique que s’inspire notre proposition : une co-diplomatie de développement, dans laquelle le Cameroun co-construit avec le Nigeria :
Un Institut Cameroun–Nigeria pour le développement Sud-Sud, basé à Garoua ou Maroua, pour former les cadres de la coopération régionale. Des programmes universitaires conjoints entre Yaoundé I, Douala, Ibadan, Nsukka, Zaria, pour mutualiser les expertises en agriculture, santé, sécurité, industrie. Une stratégie commune d’attractivité des IDE africains et asiatiques, notamment pour financer les infrastructures partagées.
5. Sécurité régionale : la paix par le développement intégré
La frontière Cameroun–Nigeria, en particulier dans l’Extrême-Nord, reste marquée par des insécurités multiformes : Boko Haram, bandes transfrontalières, pauvreté extrême. Le MLDC propose une doctrine de sécurité développementale, inspirée du concept de “human security” (UNDP, 1994), qui conjugue action militaire, inclusion sociale, et intégration économique.
Cette doctrine repose sur :
Des forces conjointes de sécurité communautaire, financées par les deux États ; Des projets de stabilisation économique dans les zones à risque (routes, écoles, hôpitaux) ; Des centres de réinsertion régionale pour les ex-combattants, adossés à des programmes d’alphabétisation et de formation professionnelle.
6. Une rupture stratégique avec la diplomatie de l’attentisme
Contrairement aux politiques étrangères actuelles du Cameroun, qui se contentent d’une diplomatie de représentation et d’influence symbolique, l’approche du MLDC est fondée sur une diplomatie d’impact, orientée vers des objectifs de souveraineté et de développement.
La proposition d’un axe Cameroun–Nigeria s’inscrit dans une logique offensive, fondée sur une lecture réaliste de l’environnement régional. Elle rejoint l’idée selon laquelle les alliances Sud-Sud bien pensées constituent aujourd’hui des leviers stratégiques comparables aux anciens traités bilatéraux avec les puissances du Nord (Mohan & Tan-Mullins, 2019).
Conclusion : pour une géodiplomatie développementale panafricaine
Le MLDC propose un véritable tournant géopolitique pour le Cameroun. En réorientant la diplomatie camerounaise vers des partenariats Sud-Sud pragmatiques, à commencer par le Nigeria, il redonne à la politique étrangère sa mission historique : soutenir l’indépendance nationale, accélérer le développement, garantir la paix.
L’État Développementaliste Communautaire n’est pas un simple modèle administratif, mais un cadre stratégique et opérationnel pour inscrire le Cameroun dans une Afrique forte, intégrée, et souveraine.
« Celui qui n’est pas à la table des négociations est au menu de l’histoire. »
— Pr. Jimmy Yab
Références
Brautigam, D. (2009). The Dragon’s Gift: The Real Story of China in Africa. Oxford University Press.
Cheru, F., & Obi, C. (2010). The Rise of China and India in Africa: Challenges, Opportunities and Critical Interventions. Zed Books.
Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press.
FMI. (2023). World Economic Outlook. Fonds Monétaire International.
Leftwich, A. (1995). Bringing Politics Back In: Towards a Model of the Developmental State.
Journal of Development Studies, 31(3), 400–427.
Mohan, G., & Tan-Mullins, M. (2019). The Geopolitics of South-South Infrastructure Development: Chinese-Funded Transport Projects in Ethiopia and Kenya.
Political Geography, 73, 31–43. UNDP. (1994). Human Development Report 1994: New Dimensions of Human Security. United Nations Development Programme.
Yab, J. (2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Éditions US.
BEAC. (2023). Rapport sur les échanges informels dans la CEMAC. Banque des États de l’Afrique Centrale.
L’opposition camerounaise doit demander pardon au peuple camerounais
En 1994, Nelson Mandela, après avoir triomphé de l’apartheid, tendait la main à ses anciens bourreaux, au nom de la réconciliation nationale. Mais avant de demander la réconciliation, il avait demandé des comptes à l’Histoire.
Depuis plus de trois décennies, le peuple camerounais attend une véritable alternance démocratique. Il a espéré, voté, marché, crié, souffert… Mais jusqu’à aujourd’hui, aucun changement politique réel n’a eu lieu. Le régime en place, usé mais encore debout, continue d’imposer son autorité. Pourquoi ? Parce que ceux qui prétendaient être des alternatives se sont souvent révélés indignes de la confiance populaire. Oui, l’opposition camerounaise doit humblement demander pardon au peuple camerounais. Et voici pourquoi.
1. Parce qu’elle a trahi l’espoir né du multipartisme
Quand la loi de 1990 a autorisé le retour au multipartisme, une lueur d’espoir a jailli dans tout le pays. Le peuple pensait enfin pouvoir choisir ses dirigeants. Mais rapidement, les partis d’opposition se sont enfermés dans des querelles de leadership, des alliances contre-nature, et des combats d’ego. Au lieu de se constituer en force crédible, structurée et unie, ils ont offert un spectacle désolant de divisions, de calculs politiciens et de compromissions.
2. Parce qu’elle a été complice, par faiblesse ou par intérêt
Plusieurs figures de l’opposition ont accepté des postes au sein du gouvernement ou ont pactisé avec le pouvoir, sans jamais rendre compte à ceux qui les suivaient. D’autres ont transformé leur combat en commerce d’influence. Des partis dits « d’opposition » ont accepté de participer à des élections truquées, validant ainsi le système qu’ils prétendaient combattre. Cette duplicité a tué l’espoir démocratique.
3. Parce qu’elle n’a jamais été à la hauteur du peuple
Le peuple camerounais, malgré la peur, malgré la répression, est descendu dans la rue. Il a voté avec foi. Il a parfois payé de sa liberté, voire de sa vie, son engagement pour le changement. Pendant ce temps, une grande partie de l’opposition restait dans les salons, sur les plateaux télé, à commenter l’histoire au lieu de la faire. Elle n’a pas su encadrer, canaliser, ni défendre les dynamiques populaires. Elle a échoué à créer un mouvement national d’émancipation.
4. Parce qu’elle a méprisé l’organisation et le terrain
L’opposition a souvent négligé le travail communautaire, préférant la politique spectacle à la construction méthodique. Elle a abandonné les villages, les syndicats, les marchés, les quartiers populaires à la propagande du régime. Elle a échoué à créer une base populaire enracinée, fidèle et formée. Résultat : le pouvoir a gardé l’appareil, l’administration, l’armée… et le terrain.
5. Parce qu’elle a participé à l’usure de la confiance politique
Aujourd’hui, le mot “politique” est synonyme de trahison, de corruption, de mensonge. Et l’opposition porte aussi une part de responsabilité dans cet effondrement moral. Par son incohérence, son opportunisme, ses divisions, elle a contribué à détruire la foi du peuple en l’action politique.
Un pardon utile : pour refermer un cycle et en ouvrir un nouveau
Demander pardon, ce n’est pas s’humilier. C’est faire acte de lucidité, de responsabilité et de maturité politique. Le peuple camerounais a été blessé, abusé, trahi. Il mérite un mea culpa sincère. Et ce pardon serait aussi un acte fondateur : celui d’un nouveau cycle politique, celui de l’alternance préparée, construite, assumée.
Le MLDC, en se positionnant comme parti d’alternance et non de simple opposition, veut rompre avec cette histoire d’échecs répétés. Il propose une vision claire, un enracinement local, une stratégie disciplinée et un leadership nouveau. Mais pour que ce changement soit accepté, il faut d’abord reconnaître les fautes du passé.
Oui, l’opposition camerounaise doit demander pardon au peuple.
Et lui dire enfin : « Nous avons échoué à vous libérer. Mais ensemble, désormais, nous allons bâtir. »
POURQUOI REGAGNER NOTRE SOUVERAINETÉ POLITIQUE DE LA FRANCE EST UN IMPÉRATIF CATÉGORIQUE POUR LA CONSTRUCTION DE L’ETAT DÉVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE (EDC)
Le 1er janvier 1960, la République du Cameroun est proclamée indépendante. Un moment censé marquer l’émancipation d’un peuple, après plus de soixante-quinze ans de domination coloniale allemande puis française. Mais cette indépendance fut une imposture historique, une illusion soigneusement mise en scène par l’ancienne puissance coloniale pour pérenniser son emprise sous des formes renouvelées. Comme l’écrivait Frantz Fanon, « l’indépendance n’est qu’un mot creux si elle ne s’accompagne pas d’une décolonisation totale des institutions, des économies et des mentalités ». Le Cameroun est aujourd’hui encore l’otage d’un système de domination néocoloniale où les mots « République », « souveraineté » et « indépendance » ne sont que des slogans destinés à tromper les masses….
VAINCRE LE NÉOCOLONIALISME FRANÇAIS ET OCCIDENTAL: LES PILIERS DE L’ETAT DÉVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE
Sortir de cette impasse exige une rupture radicale avec l’ordre néocolonial. Cette rupture doit s’articuler autour de cinq transformations fondamentales :
1. Monétaire: sortir du franc CFA, créer une monnaie nationale adossée à une banque centrale indépendante et tournée vers le financement du développement local.
2. Économique: nationaliser les secteurs stratégiques (pétrole, mines, transports), soutenir les PME camerounaises, développer l’industrialisation endogène.
3. Institutionnelle: refonder la Constitution par une assemblée constituante, instaurer un véritable fédéralisme communautaire, garantir la séparation des pouvoirs.
4. Diplomatique: adopter une politique de non-alignement, renforcer les alliances Sud-Sud (Chine, Brésil, Afrique du Sud, Russie), et jouer un rôle moteur au sein de la ZLECAF et de l’Union Africaine.
5. Culturelle: valoriser les langues nationales, réformer le système éducatif, promouvoir l’histoire et les savoirs endogènes.
L’État développementaliste communautaire n’est pas un slogan. C’est une stratégie de transformation systémique. Il vise à ancrer l’État dans les réalités locales tout en affirmant une vision souverainiste et solidaire. Il repose sur l’autonomie territoriale, la mobilisation des ressources locales, et la responsabilisation des communautés.
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Le Cameroun dans le piège de la théorie du chaos lent : Comment l’État Développementaliste Communautaire (EDC) peut rompre la fatalité
Par Pr. Jimmy Yab
Président du MLDC, Professeur de Relations Internationales

Introduction
« Les États ne meurent pas toujours dans des guerres. Ils peuvent aussi se décomposer lentement, à l’abri des regards, dans l’indifférence bureaucratique et la résignation populaire. »
— Jimmy Yab
Le Cameroun ne fait pas face à une guerre civile. Il n’est pas formellement en faillite. Et pourtant, il s’effondre. Lentement. Silencieusement. Systématiquement.
Ce processus n’a pas de nom dans les discours officiels. Il est maquillé derrière des taux de croissance trompeurs, des plans stratégiques sans ancrage réel, et des mots creux comme « émergence 2035 ».
Mais les analystes les plus lucides le savent : le Cameroun est en proie à un chaos lent. Ce concept, que je vais expliquer ici, permet de nommer l’indicible, d’analyser l’inertie criminelle, et surtout, de tracer une voie de rupture, fondée sur une alternative radicale : l’État Développementaliste Communautaire (EDC).
I. La théorie du chaos : origine scientifique d’un effondrement silencieux
Avant d’aborder le chaos lent, il est essentiel de comprendre ce que recouvre, sur le plan scientifique, la théorie du chaos.
Qu’est-ce que la théorie du chaos ?
La théorie du chaos est une branche des mathématiques et des sciences qui étudie les systèmes complexes – comme les conditions météorologiques ou le comportement des marchés financiers – qui semblent aléatoires ou imprévisibles à première vue.
Elle explore comment de petits changements dans les conditions initiales d’un système peuvent produire des résultats extrêmement divergents au fil du temps.
Autrement dit, elle révèle que derrière un apparent désordre, se cachent des structures, des régularités, des modèles.
Ce champ d’étude a révolutionné notre compréhension du monde en montrant que même le chaos peut être gouverné par des lois.
Un des principes les plus emblématiques de cette théorie est l’effet papillon.
Principe de l’effet papillon
Il suggère qu’un changement minime – comme le battement d’ailes d’un papillon à Tokyo – pourrait, à terme, déclencher une tornade au Texas.
Cette métaphore illustre la sensibilité extrême des systèmes aux conditions initiales. En d’autres termes, de petites décisions politiques, économiques ou sociales peuvent avoir, à long terme, des conséquences colossales.
II. Du chaos scientifique au chaos lent institutionnel : le cas du Cameroun
Dans les sciences sociales, cette théorie s’est élargie pour décrire des dynamiques d’effondrement progressif. Le chaos lent, en particulier, désigne la désintégration silencieuse et cumulative d’un système politique, économique ou social, sans crise visible immédiate, mais avec une irréversibilité croissante.
Et c’est exactement ce que vit le Cameroun.
III. Cameroun : radiographie d’un chaos lent économique
1. Une économie en façade, sans productivité réelle
On nous parle de croissance : 3,7 % en 2023 selon la BEAC. Mais cette croissance est extravertie, non inclusive, non industrialisante.
Selon l’INS, plus de 80 % de la population active travaille dans l’informel, dans des conditions précaires.
Le secteur secondaire, moteur de toute transformation économique sérieuse, ne représente que 22 % du PIB.
2. Une dette publique inefficace
La dette atteint plus de 12 000 milliards FCFA, soit près de 45 % du PIB. Mais l’impact est invisible : les routes sont défoncées, l’eau potable rare, les universités sinistrées.
La dette finance la consommation politique, pas l’investissement structurant.
3. Une pauvreté structurelle
Plus de 40 % des Camerounais vivent sous le seuil de pauvreté, avec des pics à 70 % dans l’Extrême-Nord. Le taux de chômage des jeunes urbains avoisine 30 %, sans compter le sous-emploi déguisé.
4. Une économie extravertie et dépendante
Le Cameroun exporte son bois brut, son cacao brut, son pétrole brut… et importe ses propres besoins de survie : riz, lait, sucre, médicaments.
70 % des produits consommés sont importés.
5. Une corruption chronique
Avec une position de 142e sur 180 selon Transparency International en 2024, le Cameroun est classé parmi les pays les plus corrompus du monde.
La corruption n’est pas un accident : c’est le carburant même du système.
IV. Pourquoi ce chaos dure ?
Parce que le chaos lent, comme l’a montré la théorie scientifique, ne provoque pas de crise visible immédiate. Il ronge lentement les structures. Il désensibilise la population. Il récompense l’inaction.
Et surtout, il sert une élite, qui s’est affranchie des conséquences de la misère collective. Le chaos lent ne menace pas les palais, mais détruit les villages.
V. Une rupture historique : l’État Développementaliste Communautaire (EDC)
Ce dont le Cameroun a besoin, ce n’est pas d’un réaménagement cosmétique. C’est d’une réinvention du rôle de l’État et de la communauté.
L’État Développementaliste Communautaire repose sur trois souverainetés essentielles :
1. Souveraineté politique et territoriale
Fin de la centralisation abusive. Gouverneurs élus. Assemblées communautaires. Sécurité assurée par des dispositifs enracinés dans les territoires.
2. Souveraineté économique et financière
Substitution aux importations. Industrialisation à petite et moyenne échelle. Transformation locale des matières premières. Création de monnaies communautaires ou de systèmes d’échange territoriaux.
3. Souveraineté technologique et industrielle
Relance des formations techniques et professionnelles. Partenariats technologiques Sud-Sud. Écosystèmes d’innovation locale.
VI. Que propose concrètement l’EDC ?
Un plan Marshall communautaire pour l’agriculture, l’énergie, les routes rurales. Banques communautaires locales adossées à la production territoriale. Fiscalité incitative pour les producteurs locaux, punitive pour les importateurs de luxe. Démocratie économique : chaque village décide de ses priorités par budget participatif.
Conclusion : Choisir entre la lente agonie ou la renaissance populaire
Le chaos lent est la forme la plus dangereuse de destruction : il ne déclenche pas de révolte immédiate, mais prépare le terrain au désespoir collectif et à l’effondrement final.
Nous pouvons continuer à subir ce chaos, ou nous pouvons recréer l’ordre à partir de nos propres modèles, comme la théorie du chaos nous y invite.
L’EDC est cet ordre dans l’apparente confusion.
C’est notre capacité, enfin retrouvée, à transformer les petites décisions locales en grandes mutations historiques.
Comme le papillon de la théorie du chaos, un village qui se relève peut faire s’effondrer un régime injuste.
Un jeune qui entreprend peut réveiller une communauté.
Un peuple qui s’organise peut renverser l’histoire.
Le Cameroun n’est pas condamné à mourir dans le silence. Il peut renaître dans la dignité.
Vive l’État Développementaliste Communautaire. Vive le Cameroun souverain, libre et communautaire.
MON CAMEROUN, MON COMBAT ET MON DESTIN :DE L’ASSUJETTISSEMENT À LA PUISSANCE

Enfin, bâtir nos Souverainetés ( Politique et Territoriale – Économique et Financière -Industrielle et Technologique ) par un État Développementaliste Communautaire (EDC)
- Souveraineté Politique et Territoriale
La souveraineté politique
La souveraineté politique et territoriale constitue l’une des pierres angulaires sur lesquelles repose l’existence même d’un État. En effet, la souveraineté politique fait référence à la capacité d’un État à exercer un contrôle exclusif sur ses affaires internes et externes sans ingérence extérieure, tandis que la souveraineté territoriale désigne le droit d’un État à exercer son autorité sur un territoire délimité. Ces deux notions sont intimement liées et essentielles pour assurer l’indépendance et l’intégrité d’un pays. Or, la réalité du Cameroun, à travers les prismes de son histoire et de son contexte politique actuel, nous révèle qu’un déficit de souveraineté existe, tant au niveau politique qu’à celui de son territoire, ce qui est un frein majeur au développement du pays.
L’héritage colonial et la souveraineté limitée
L’histoire du Cameroun est marquée par un héritage colonial qui a façonné les contours de son existence politique actuelle. L’Empire colonial allemand, puis le mandat français et britannique, ont laissé un modèle d’organisation politique et territorial qui, loin d’être une base de développement, s’est révélé être une structure artificielle vouée à la dépendance. Le Cameroun, à l’indépendance en 1960, a hérité d’une structure étatique qui, bien qu’autonome sur le papier, est restée fortement influencée par les anciennes puissances coloniales, en particulier la France. Cette situation a généré des tensions internes, notamment en raison de la division entre les deux régions anglophone et francophone, chacune avec ses spécificités politiques, culturelles et juridiques. Le sentiment de nationalité a été, dès le départ, fragmenté, et l’unité nationale n’a jamais été pleinement réalisée.
Le Cameroun a donc hérité d’un État dont l’intégrité territoriale et l’autonomie politique étaient déjà compromises par une architecture coloniale qui avait pour but de servir des intérêts étrangers, plutôt que de développer une nation souveraine. En outre, la décolonisation, au Cameroun comme dans d’autres pays d’Afrique, a été marquée par des processus de transition maladroits et inachevés, dans lesquels les anciennes puissances coloniales ont maintenu des liens d’influence et de contrôle. Ces liens, souvent cachés sous des formes de coopération et de soutien, ont permis aux anciennes métropoles de conserver des positions stratégiques dans les affaires internes des États nouvellement indépendants.
La fragilité de l’État camerounais : des institutions sous contrôle extérieur
Bien que le Cameroun ait proclamé son indépendance en 1960, sa souveraineté politique et territoriale reste sujette à des influences extérieures qui vont bien au-delà des formes officielles de coopération internationale. Le système politique du Cameroun est en effet caractérisé par une forte centralisation du pouvoir, qui a entravé l’émergence d’une gouvernance véritablement démocratique et souveraine. L’État camerounais semble gouverner sous l’ombre persistante de l’influence de puissances étrangères, en particulier de la France, mais aussi de pays tels que les États-Unis, qui jouent un rôle dans l’orientation de la politique camerounaise, en raison de ses intérêts stratégiques en Afrique centrale.
Cette relation néocoloniale, bien qu’elle soit rarement discutée ouvertement, se manifeste dans la manière dont les décisions politiques importantes sont prises, notamment en matière de politique étrangère et de sécurité. Le Cameroun, sous la présidence de Paul Biya depuis 1982, a maintenu une relation particulièrement étroite avec la France, à travers des accords de coopération militaire et économique, qui, loin d’être bénéfiques pour la population camerounaise, ont renforcé la dépendance du pays vis-à-vis des intérêts étrangers. Le soutien militaire français, notamment l’opération Barkhane en Afrique de l’Ouest et la présence de troupes françaises au Cameroun, soulignent la place importante de la France dans les affaires internes du pays, notamment dans la gestion des crises et des conflits internes.
Ce modèle de gouvernance politique a ainsi renforcé une structure autoritaire, où le pouvoir est concentré entre les mains d’un petit groupe d’individus qui bénéficient de l’appui d’acteurs extérieurs pour maintenir leur position. La démocratie n’a jamais réellement pris racine au Cameroun, et l’État continue de vivre sous un contrôle qui n’est pas exclusivement endogène. L’absence d’une véritable séparation des pouvoirs, la répression de l’opposition politique et le recours à la violence pour maintenir l’ordre ne sont que des symptômes d’un déficit de souveraineté politique, où les décisions sont souvent dictées par des considérations étrangères plutôt que par les besoins du peuple camerounais.
La Souveraineté territoriale
La souveraineté territoriale du Cameroun, quant à elle, a également été façonnée par des héritages coloniaux complexes et mal résolus. Les frontières actuelles du Cameroun ont été tracées par les puissances coloniales sans consultation des peuples locaux. La ligne de partage entre le Cameroun francophone et anglophone, par exemple, a été établie dans des conditions qui ont engendré des frustrations et des tensions qui persistent jusqu’à aujourd’hui. Le sentiment d’injustice qui découle de la division linguistique du pays est palpable, et cette fracture est l’un des facteurs sous-jacents du conflit qui a opposé l’État camerounais aux séparatistes anglophones dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, conflits qui ont émergé à partir de 2016.
Le Cameroun, tout comme de nombreux autres pays africains, se trouve encore sous l’emprise de frontières tracées par des puissances coloniales, qui ne tiennent pas compte des réalités ethnolinguistiques et culturelles des populations locales. Les conflits qui en découlent sont une conséquence directe de l’absence de souveraineté véritable sur le territoire, et d’un manque de cohésion nationale pour résister à ces fractures internes. Ce ne sont pas seulement les frontières physiques qui sont mises à mal, mais aussi les liens sociaux et politiques entre les différentes communautés du pays.
Le modèle d’un fédéralisme développementaliste communautaire pour restaurer la souveraineté territoriale
La souveraineté territoriale du Cameroun pourrait trouver une solution durable à travers l’instauration d’un fédéralisme développementaliste et adapté aux réalités du pays. Ce modèle de fédéralisme ne se contenterait pas de diviser le pays en simples régions administratives, mais viserait à structurer le pays en quatre grandes zones autonomes : le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral, et le Grand Ouest. Chacune de ces régions disposerait d’une autonomie suffisante pour gérer ses propres affaires, tout en préservant une souveraineté partagée avec l’État central. Ce modèle hybride, inspiré des théories de l’État développementaliste (Evans, 1995; Rodrik, 2007), met l’accent sur l’autonomie régionale, la participation communautaire, et la coopération nationale pour garantir un développement inclusif et durable.
Un fédéralisme développementaliste permettrait de mieux répondre aux spécificités locales en matière de culture, de langue, et de gestion des ressources, tout en renforçant la cohésion nationale par une gouvernance partagée et une répartition plus équitable des ressources. Ce modèle favoriserait également la résilience des communautés face aux défis sociaux et économiques, en permettant à chaque région de participer pleinement à l’édification d’un Cameroun prospère et stable. Il offrirait également une solution à la question de l’équilibre entre les différentes communautés, notamment en fournissant aux régions anglophones un espace de gouvernance plus adapté à leurs aspirations.
Une telle réforme de la souveraineté territoriale permettrait d’atténuer les tensions entre les différentes communautés, tout en réduisant la centralisation excessive du pouvoir qui a mené à des conflits internes. En instaurant un système fédéral, l’État camerounais pourrait ainsi restaurer son autorité sur l’ensemble de son territoire, tout en respectant la diversité des cultures et des aspirations des peuples camerounais.
Vers une refondation de la souveraineté politique et territoriale
La souveraineté politique et territoriale du Cameroun, dans son état actuel, demeure incomplète et fragile. Le pays, héritier d’une histoire coloniale complexe, est toujours pris dans les filets d’influences extérieures, particulièrement celles des anciennes puissances coloniales, mais aussi de nouvelles puissances géopolitiques. Si la souveraineté politique a été compromise par une centralisation excessive et une gestion autoritaire du pouvoir, la souveraineté territoriale, quant à elle, est constamment mise à mal par des héritages de frontières coloniales mal tracées et des tensions internes non résolues. Le modèle de gouvernance actuel, fondé sur une gestion unitaire, ne parvient pas à répondre aux spécificités régionales et communautaires du pays, engendrant ainsi des fractures profondes au sein de la société camerounaise.
Il est donc impératif de repenser, de manière globale et inclusive, la souveraineté du Cameroun. Cette refondation nécessite une révision radicale de la structure politique et territoriale du pays, dans le but de restaurer l’intégrité du territoire et l’autonomie politique face à des influences extérieures. Il ne suffit plus de revendiquer une souveraineté théorique ; il est nécessaire de la concrétiser par des actions concrètes, par la mise en place de réformes profondes et durables qui répondent aux aspirations réelles des Camerounais.
Le fédéralisme développementaliste, comme alternative au modèle centralisé actuel, offre une solution novatrice et adaptée aux réalités socio-culturelles du pays. En offrant plus d’autonomie aux régions, en particulier aux zones anglophones et aux autres communautés sous-représentées, le Cameroun pourrait non seulement apaiser ses tensions internes, mais aussi renforcer la solidarité nationale à travers une gouvernance partagée. Le défi réside dans la capacité à instaurer un équilibre entre un État central fort, garant de l’unité nationale, et des entités régionales autonomes, capables de gérer leurs propres affaires dans le cadre d’un développement harmonieux et durable. Ce modèle de gouvernance, bien qu’hybride, semble être la voie à suivre pour surmonter les écueils d’une souveraineté politique et territoriale mal maîtrisée.
Le processus de refondation doit également inclure la réévaluation des relations du Cameroun avec ses partenaires extérieurs, notamment la France et d’autres puissances, pour établir des relations basées sur le respect de la souveraineté véritable et la coopération équitable. La mise en place de nouvelles politiques étrangères, totalement indépendantes des anciens rapports de dépendance, doit viser à renforcer la position du Cameroun sur la scène internationale tout en préservant sa souveraineté.
En somme, vers une refondation de la souveraineté politique et territoriale, le Cameroun doit redéfinir son modèle de gouvernance pour l’adapter aux défis contemporains. La mise en place d’une gouvernance décentralisée, respectueuse des diversités internes du pays, et la restitution de l’autorité de l’État central sur l’ensemble de son territoire, permettront de restaurer une véritable souveraineté, garante de paix, de stabilité et de développement pour tous les Camerounais.

2. Souveraineté Économique et Financière
La souveraineté économique et financière est un élément fondamental de la souveraineté nationale. Elle désigne la capacité d’un pays à contrôler ses ressources économiques, à décider de ses politiques économiques sans dépendance excessive vis-à-vis des puissances étrangères, et à garantir la stabilité de ses institutions financières. Un pays souverain sur le plan économique doit être capable de définir ses priorités en matière de développement, d’orienter ses investissements en fonction de ses besoins, de contrôler ses ressources naturelles, et de bénéficier de conditions financières favorables pour ses citoyens. Le Cameroun, malheureusement, se trouve encore loin de cette indépendance économique, et ses politiques économiques sont marquées par une dépendance vis-à-vis de l’extérieur, notamment par la domination des multinationales, l’absence de diversification de son économie et l’exploitation extérieure de ses ressources naturelles.
Une économie sous contrôle extérieur : la domination des multinationales
L’économie camerounaise repose largement sur des secteurs primaires, tels que l’agriculture, l’exploitation minière et le pétrole, mais ces secteurs sont dominés par des multinationales étrangères qui exploitent les ressources du pays à un coût très faible pour eux, tout en bénéficiant d’accords commerciaux favorables qui n’apportent que peu de bénéfices aux Camerounais. Les entreprises étrangères, souvent en partenariat avec l’État, sont responsables d’une part importante des exportations du pays, mais les Camerounais en tirent peu de bénéfices directs. Cette situation est un héritage direct du modèle économique colonial, où les colonisateurs exploitent les ressources naturelles pour leur propre profit, tout en créant une dépendance vis-à-vis de l’extérieur.
Prenons l’exemple du secteur pétrolier. Le Cameroun, malgré sa richesse en pétrole et en gaz naturel, demeure un exportateur net de ces ressources sans en bénéficier véritablement à l’échelle nationale. En 2020, le pays a produit environ 30 millions de barils de pétrole, mais l’industrie pétrolière reste dominée par des entreprises étrangères, et l’État camerounais en tire une part relativement modeste. Le secteur pétrolier contribue à hauteur de 10% du PIB du pays, mais cette richesse est largement captée par des entreprises étrangères, et l’impact direct de cette exploitation sur la population camerounaise reste limité. Les profits générés sont souvent réinvestis à l’étranger, et les bénéfices qui devraient être utilisés pour financer des projets de développement national sont absorbés par les intérêts étrangers.
Les contrats de partage de production conclus entre l’État camerounais et les multinationales pétrolières sont souvent opaques et déséquilibrés. Selon le rapport de la Publish What You Pay (PWYP), un réseau d’organisations de la société civile, les conditions de ces contrats sont souvent avantageuses pour les entreprises étrangères, qui payent des impôts et redevances réduits, tandis que les Camerounais continuent de voir leurs richesses naturelles exploitées sans en tirer des bénéfices tangibles. Cette situation est un véritable frein à l’émancipation économique du pays, car elle maintient une dépendance permanente vis-à-vis des puissances économiques mondiales et des acteurs économiques étrangers.
La fragilité du secteur bancaire et financier : une économie non souveraine
Une autre dimension essentielle de la souveraineté économique est la maîtrise du système financier national. Le Cameroun souffre d’un secteur bancaire et financier qui est largement dominé par des banques étrangères et qui reste très étroitement lié aux intérêts économiques externes. Le système bancaire camerounais, bien qu’il ait montré quelques signes de modernisation, reste encore très dépendant des flux de capitaux étrangers, et la politique monétaire est largement influencée par les accords de coopération avec la France, notamment à travers la zone CFA.
La zone CFA, qui regroupe un certain nombre de pays africains, dont le Cameroun, est un mécanisme de régulation monétaire qui lie les économies de ces pays à la France. Bien que l’objectif initial de la zone CFA ait été de stabiliser les monnaies des pays africains, dans les faits, elle sert d’instrument de contrôle pour la France et limite la souveraineté monétaire des pays membres. La gestion de la monnaie, le franc CFA, reste en grande partie sous l’autorité de la Banque de France, qui est responsable de la gestion des réserves de change et des décisions économiques clés. Cette situation a créé une sorte d’impasse économique, où les pays de la zone CFA, y compris le Cameroun, n’ont qu’un contrôle limité sur leurs politiques monétaires et sur la valeur de leurs devises.
Ce manque de contrôle sur la monnaie a des conséquences directes sur la souveraineté économique du pays. Le Cameroun ne peut pas prendre de décisions monétaires indépendantes pour favoriser son développement économique, comme la dévaluation de sa monnaie ou l’ajustement de ses taux d’intérêt en fonction de ses besoins internes. Le pays reste ainsi captif d’un système monétaire qui ne répond pas toujours à ses intérêts économiques et qui le prive de la possibilité d’adopter des politiques monétaires plus adaptées à ses réalités.
La dette publique : un fardeau écrasant sur l’économie
Le Cameroun, comme de nombreux pays africains, se trouve confronté à un fardeau de dette publique qui limite sa capacité à investir dans des projets de développement national. Selon les données de la Banque mondiale, la dette publique du Cameroun a considérablement augmenté au cours des dernières décennies, passant de 1,5 milliard de dollars en 2005 à plus de 9 milliards de dollars en 2020. Cette dette est largement constituée de prêts extérieurs, accordés par des institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, ainsi que par des créanciers bilatéraux, souvent des pays comme la Chine et la France.
Cette situation crée une dépendance accrue du Cameroun vis-à-vis des créanciers étrangers et des institutions financières internationales. Les intérêts de la dette publique pèsent lourdement sur les finances de l’État, limitant sa capacité à investir dans des secteurs clés comme l’éducation, la santé, les infrastructures et la sécurité. Le remboursement de la dette occupe une part importante du budget national, ce qui prive le gouvernement de la marge de manœuvre nécessaire pour soutenir les projets de développement qui pourraient favoriser l’indépendance économique du pays.
De plus, cette dette est souvent accompagnée de conditions strictes imposées par les créanciers internationaux. Les réformes économiques exigées par le FMI et la Banque mondiale, telles que la réduction des dépenses publiques et la libéralisation des marchés, ont des conséquences sociales dramatiques. Elles réduisent les investissements publics dans les secteurs sociaux essentiels et entraînent une dégradation des conditions de vie des Camerounais, créant ainsi un cercle vicieux de dépendance et de pauvreté.
Vers une souveraineté économique durable : diversification et gouvernance
Pour restaurer une véritable souveraineté économique, le Cameroun doit impérativement se libérer de sa dépendance aux multinationales et aux institutions financières internationales. Cela passe par une diversification de son économie, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des services, afin de réduire la dépendance aux ressources naturelles et de créer de la valeur ajoutée à l’intérieur du pays. Le pays doit également promouvoir une politique de développement industriel local, en favorisant les investissements dans des secteurs tels que les infrastructures, les technologies de l’information, les énergies renouvelables, et l’industrie manufacturière.
Par ailleurs, une révision des politiques économiques est indispensable, afin de garantir que les richesses du pays bénéficient d’abord aux Camerounais. Une réforme des contrats d’exploitation des ressources naturelles, plus transparente et plus favorable aux intérêts du pays, s’impose pour que le Cameroun tire pleinement profit de ses atouts économiques. Le pays doit également renforcer ses institutions financières nationales pour qu’elles puissent financer des projets de développement locaux et garantir une plus grande autonomie financière.
La souveraineté économique et financière du Cameroun repose sur une volonté politique forte, capable de rompre avec le modèle de dépendance extérieur. C’est en adoptant des politiques économiques qui privilégient l’intérêt national, en réformant les structures bancaires et en réduisant la dette publique que le Cameroun pourra aspirer à une réelle indépendance économique. Le pays doit redevenir acteur de son propre développement et ne plus se laisser dicter sa politique économique par des intérêts étrangers.
3. Souveraineté Technologique et Industrielle
La souveraineté technologique et industrielle est l’un des piliers essentiels sur lesquels repose la véritable indépendance d’un État moderne. Elle fait référence à la capacité d’un pays à développer, maîtriser et déployer ses propres technologies et infrastructures industrielles pour répondre aux besoins de son développement, tout en garantissant qu’il ne soit pas soumis à la volonté de puissances étrangères ou à des acteurs économiques extérieurs qui pourraient exploiter sa vulnérabilité technologique pour des fins dominantes. Dans un monde globalisé où la technologie devient de plus en plus centrale dans la production de richesse, l’accès à des technologies avancées et la maîtrise de la production industrielle locale deviennent des enjeux majeurs de souveraineté. Le Cameroun, malheureusement, est encore loin d’avoir atteint cette souveraineté technologique et industrielle, malgré ses ambitions affichées et ses potentiels dans certains secteurs clés.
Une économie dominée par la dépendance technologique
L’une des caractéristiques les plus évidentes de la situation actuelle du Cameroun est sa dépendance massive à l’égard des technologies étrangères. Cette dépendance se manifeste à la fois dans les domaines des infrastructures numériques, de la production industrielle, des systèmes de transport, de l’énergie et même dans le secteur agroalimentaire. Le pays a historiquement manqué d’investissements massifs dans l’éducation scientifique et technique, ce qui a conduit à un retard considérable dans l’adoption de technologies modernes et la création de capacités de production locales. En conséquence, le Cameroun reste un consommateur passif de technologies, sans pouvoir développer ses propres industries technologiques ou ses infrastructures complexes.
Prenons l’exemple de l’industrie télécommunications. Bien que le Cameroun ait un marché de la téléphonie mobile en croissance rapide, avec des géants mondiaux comme Orange, MTN et Camtel qui dominent le secteur, le pays ne dispose d’aucune entreprise technologique locale de grande envergure capable de développer des innovations ou des infrastructures adaptées aux besoins spécifiques de la population. Les services offerts sont souvent basés sur des technologies importées, et les profits générés par ces entreprises sont largement rapatriés à l’étranger, ne contribuant que marginalement à l’économie locale. Cela souligne l’incapacité du pays à se doter d’une industrie technologique véritablement autonome, alors même que la demande intérieure et le potentiel humain sont là pour soutenir un secteur technologique florissant.
Dans d’autres secteurs, comme celui de l’énergie, les technologies énergétiques avancées, telles que celles utilisées dans les centrales électriques ou dans le secteur des énergies renouvelables, restent essentiellement importées. Les projets de production énergétique sont souvent financés par des capitaux étrangers et dépendent de technologies étrangères, en grande partie des entreprises occidentales et asiatiques, réduisant ainsi les possibilités pour le pays de bénéficier d’une chaîne de valeur locale. Ce phénomène est également exacerbé par l’absence de capacités de recherche et développement internes solides qui permettraient au pays de développer ses propres solutions adaptées à son contexte géographique et économique.
Un secteur industriel sous-développé : la désindustrialisation du Cameroun
L’absence d’une souveraineté industrielle est un autre obstacle majeur à l’émancipation économique du Cameroun. L’industrie est un secteur clé pour la création de valeur ajoutée dans une économie, mais le pays reste largement dominé par les secteurs primaire et tertiaire, c’est-à-dire l’agriculture et les services, qui constituent encore la majorité du PIB. La part de l’industrie dans le PIB du Cameroun ne représente que 25,8% en 2021, bien loin des pays voisins comme le Nigéria, le Ghana, ou encore le Rwanda, où le secteur industriel représente un pourcentage bien plus élevé de l’économie.
Cette faible part de l’industrie dans l’économie nationale n’est pas le fruit du hasard, mais résulte d’une série de décisions politiques qui ont favorisé une économie de rente basée sur l’exportation de matières premières plutôt que sur la création d’industries à forte valeur ajoutée. La déréglementation des secteurs industriels et la mauvaise gestion des ressources naturelles ont conduit à une désindustrialisation progressive du pays. Les industries qui existent encore au Cameroun, comme l’industrie du ciment, du textile ou de l’alimentaire, sont largement dominées par des acteurs étrangers ou des multinationales, et leur production reste insuffisante pour couvrir les besoins internes ou pour générer une croissance industrielle soutenue.
Les infrastructures et la chaîne de production : un grand fossé
L’une des raisons majeures pour lesquelles le Cameroun reste dépendant des technologies étrangères et de l’importation d’industries clés réside dans ses infrastructures insuffisantes et obsolètes. Le pays souffre d’un manque cruel d’infrastructures modernes, notamment dans les domaines de l’industrie manufacturière, du transport, de la logistique et de l’énergie. Bien que des projets d’infrastructure aient été entrepris, leur mise en œuvre reste lente, inefficace et souvent marquée par une mauvaise gestion des fonds publics et des partenariats privés, ce qui limite leur impact réel sur le développement industriel.
Les chaînes de production sont entravées par une absence d’infrastructures de qualité dans les secteurs critiques. Par exemple, l’industrie locale du ciment a connu un fort essor en raison de la demande intérieure croissante, mais sa capacité de production est limitée par l’absence de chaînes de distribution et d’installations logistiques efficaces. Le manque de routes de qualité, d’installations portuaires modernes, de voies ferrées, et d’une énergie fiable augmente les coûts de production et empêche l’essor d’une véritable industrie locale compétitive. Ce manque d’infrastructures modernes empêche également le développement des entreprises locales dans d’autres secteurs comme la construction, les textiles, ou l’automobile.
Le fossé éducatif et l’absence de compétences locales
Une dimension essentielle de la souveraineté technologique et industrielle réside dans le développement des compétences locales. Le Cameroun, comme de nombreux autres pays africains, souffre d’une insuffisance dans la formation d’experts et de techniciens capables de mener des projets d’innovation et de développement industriel. Le système éducatif camerounais, bien qu’il forme un nombre important de jeunes diplômés chaque année, reste trop peu orienté vers les métiers techniques, scientifiques et industriels. Le pays manque cruellement de formations spécialisées qui permettent de développer une main-d’œuvre qualifiée capable de soutenir la révolution industrielle et technologique dont le pays a besoin.
Les investissements dans les sciences et les technologies restent faibles et souvent insuffisants. De nombreuses universités camerounaises, bien que nombreuses, ne disposent pas des infrastructures adéquates pour offrir des formations de qualité dans les disciplines techniques. Cela entraîne une pénurie d’ingénieurs, de chercheurs et de techniciens, et une dépendance accrue vis-à-vis des expatriés et des technologies importées.
Vers une souveraineté technologique et industrielle réelle : une réorientation urgente
La souveraineté technologique et industrielle ne peut être atteinte sans une volonté politique claire et des investissements soutenus dans la formation des ressources humaines, le financement des innovations locales, et la modernisation des infrastructures. Le Cameroun doit impérativement réorienter ses politiques industrielles vers une diversification économique et un soutien actif à l’innovation locale. L’industrie doit devenir un secteur stratégique, avec des politiques incitatives visant à soutenir l’émergence d’entreprises locales et la montée en compétence de la main-d’œuvre camerounaise. Cela inclut l’investissement dans les secteurs comme la construction, l’énergie, l’agriculture industrielle, les technologies de l’information et de la communication (TIC), et la recherche-développement.
Le pays doit également investir massivement dans ses infrastructures de transport, de logistique et d’énergie, en priorisant des projets nationaux qui permettent de réduire la dépendance vis-à-vis des investisseurs étrangers. Une politique d’innovation locale, accompagnée de mesures pour encourager l’entrepreneuriat dans les secteurs technologiques et industriels, est essentielle pour permettre au Cameroun de se libérer de sa dépendance vis-à-vis des multinationales et des technologies étrangères.
Ainsi, la souveraineté technologique et industrielle passe par un effort concerté pour rompre avec le modèle de consommation passive et s’engager résolument dans la voie de la production locale, de l’innovation et du développement d’une industrie qui réponde aux besoins du peuple camerounais. La véritable indépendance du Cameroun dépendra de sa capacité à développer un secteur industriel robuste et une base technologique locale, en s’appuyant sur ses ressources humaines et en s’adaptant aux réalités locales tout en intégrant les évolutions mondiales.
Ce qui suit
Dans cet ouvrage, Mon Cameroun, Mon Combat, Mon Destin : De L’assujettissement A La Puissance, Enfin bâtir nos Souverainetés par un État Développementaliste Communautaire, l’intention n’est pas simplement de retracer les expériences personnelles et les événements qui ont marqué mon parcours, mais d’ouvrir une réflexion plus profonde et collective sur les défis que traverse le Cameroun dans sa quête de souveraineté véritable. À travers ce livre, j’insiste sur l’urgence d’une transformation radicale et une relecture du modèle de gouvernance actuel. Le Cameroun ne peut plus se permettre de maintenir un système où les élites détiennent le pouvoir sans égard pour la souffrance et la précarité du peuple. L’exclusion sociale vécue lors de la perte d’un proche n’est qu’un exemple parmi tant d’autres du fossé abyssal qui sépare les gouvernants des gouvernés. Cet État, censé être le protecteur et le promoteur du bien-être collectif, semble avoir oublié sa mission première, en se focalisant davantage sur ses intérêts propres et sur une gouvernance fondée sur la répression, l’impunité et l’échec des institutions publiques.
Le Cameroun a le potentiel de se transformer. Il regorge de ressources humaines et naturelles, de savoir-faire et d’innovations qui, s’ils étaient correctement exploités et orientés vers une stratégie nationale cohérente, pourraient propulser le pays vers un avenir radieux. Cependant, cet avenir est conditionné à une révision fondamentale du modèle de gouvernance, à une refondation de l’État et à une réappropriation de la souveraineté par les Camerounais eux-mêmes. Ce livre ne se limite donc pas à analyser les failles de notre modèle actuel ; il propose un projet structuré et visionnaire visant à bâtir un Cameroun souverain, prospère et technologiquement avancé, en s’appuyant sur le concept d’État Développementaliste Communautaire (EDC). Ce modèle de gouvernance confère à l’État, loin d’être un simple gestionnaire, le rôle d’architecte du développement national, tout en mobilisant la force des communautés locales pour garantir une transformation inclusive et durable.
L’atteinte de cet objectif repose sur trois piliers fondamentaux, qui définissent les axes majeurs de ce livre : la souveraineté politique et territoriale, la souveraineté économique et financière, et la souveraineté industrielle et technologique. Chacun de ces piliers constitue une étape essentielle vers l’émancipation totale du Cameroun et le repositionnement de notre pays sur l’échiquier international.
Première partie : Souveraineté politique et territoriale – Reprendre le contrôle de notre destin national
Un État ne peut prétendre à la souveraineté sans un contrôle absolu de sa gouvernance et de son territoire. Pourtant, le Cameroun demeure prisonnier d’accords postcoloniaux, de structures institutionnelles défaillantes et d’un appareil d’État soumis aux influences extérieures. Il est donc impératif de procéder à une refonte totale de nos institutions pour instaurer un État véritablement souverain, capable d’assurer la protection de son peuple et la maîtrise de son territoire.
Dans cette première partie, nous démontrons comment le Cameroun a vu son indépendance être confisquée par des accords biaisés et des mécanismes de domination néocoloniale. Nous analysons ensuite les réformes institutionnelles nécessaires, notamment à travers l’adoption du modèle de l’État Développementaliste Communautaire (EDC), qui allie planification stratégique et décentralisation intelligente. Enfin, nous abordons les enjeux sécuritaires et diplomatiques, essentiels pour garantir l’intégrité territoriale et la stabilité de la nation.
Deuxième partie: Souveraineté économique et financière – Reconquérir notre autonomie monétaire et productive
Un pays qui ne contrôle ni sa monnaie, ni ses circuits économiques, ni ses sources de financement, ne peut se prétendre souverain. Aujourd’hui, l’économie camerounaise est extravertie, vulnérable aux fluctuations des marchés internationaux, et incapable de répondre aux besoins fondamentaux de sa population. Cette dépendance est entretenue par un système monétaire sous contrôle extérieur, un modèle économique reposant sur l’exportation brute de matières premières et une absence de stratégies de financement national.
Cette partie met en évidence les leviers nécessaires pour reconstruire une économie robuste et résiliente. Nous y explorons les stratégies de diversification économique, le développement de pôles de compétitivité régionaux et la transformation locale des ressources. Nous démontrons également la nécessité d’une réforme monétaire, en analysant les implications d’une sortie du Franc CFA et la création d’une monnaie souveraine, régulée par une Banque Centrale indépendante. Enfin, nous mettons en lumière les politiques d’inclusion économique et de mobilisation des capitaux internes et externes, afin de garantir un financement souverain du développement national.
Troisième partie: Souveraineté industrielle et technologique – Construire un Cameroun producteur et innovant
Dans un monde dominé par l’innovation technologique et l’industrialisation avancée, un pays qui ne produit rien est un pays condamné à dépendre des autres. Or, le Cameroun est resté piégé dans une économie de rente, où les ressources naturelles sont exportées brutes, sans aucune transformation locale. Cette absence d’industrialisation empêche la création de valeur, la diversification économique et l’émergence d’une classe moyenne forte.
Cette dernière partie expose les secteurs prioritaires pour une industrialisation efficace et durable, notamment l’agro-industrie, la sidérurgie et la transformation des matières premières. Nous y analysons également les enjeux de la révolution numérique, mettant en avant les opportunités offertes par l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les nouvelles technologies. Enfin, nous démontrons pourquoi l’indépendance énergétique et la transition écologique sont des impératifs stratégiques pour assurer la souveraineté du Cameroun à long terme.
Ce livre n’est pas seulement un constat, c’est un plan d’action. Il propose des solutions concrètes et applicables pour rompre définitivement avec la logique d’assujettissement qui paralyse notre pays. Il s’adresse à tous les Camerounais qui refusent la fatalité et qui croient en la possibilité d’un Cameroun puissant et respecté.
Il est temps d’en finir avec les politiques d’ajustement dictées de l’extérieur, les stratégies de développement pensées pour enrichir les multinationales et les élites locales corrompues, et l’attentisme généralisé qui empêche toute initiative de transformation réelle.
Nous avons deux choix : continuer à subir et à regarder notre pays sombrer, ou prendre en main notre destin et bâtir un Cameroun maître de son avenir. Ce livre est une arme intellectuelle, un appel à la mobilisation, et une vision claire pour un Cameroun libéré et prospère.
Nous avons assez attendu. Il est temps d’agir.
AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère (SUITE 4)

CHAPITRE 5 : UN RETOUR FORCÉ EN ANGLETERRE: MALADIE ET EXIL MÉDICAL, SYMBOLE ULTIME DE L’EFFONDREMENT DU SYSTÈME
L’adieu à ma mère aurait dû marquer un moment de recueillement et de résilience. Mais à peine les obsèques achevées, mon corps, épuisé par la douleur, le stress et les épreuves endurées, a cédé. Paludisme, anémie, fatigue extrême, blessures dues à mon accident de moto, entorse… Mon état de santé s’est rapidement détérioré, au point de ne plus pouvoir rester au Cameroun. Ironie cruelle du destin : alors que je venais d’enterrer celle qui m’a donné la vie, je me retrouvais moi-même en danger de mort dans mon propre pays.
Le Cameroun m’a forcé à l’exil, non pas pour des raisons politiques, mais pour un impératif vital : survivre. J’ai dû quitter précipitamment Yaoundé et embarquer pour Londres, où je suis aujourd’hui hospitalisé à St Mary’s Hospital, bénéficiant des soins d’un système médical digne de ce nom. Ce seul fait résume le drame absolu du Cameroun contemporain : un pays où même un universitaire, un intellectuel, un leader politique, ne peut espérer guérir sans fuir.
Mais cette opportunité d’accès aux soins à l’étranger, je ne la dois ni au gouvernement camerounais ni à un quelconque mérite national. Je la dois exclusivement à mon parcours académique, à mes études supérieures en Angleterre, à mon PhD en politique obtenu à l’Université de Southampton – l’une des meilleures universités du Royaume-Uni –, et à ma résidence permanente dans ce pays où vit une partie de ma famille. Si je n’avais pas eu ce privilège, que me serait-il arrivé ? Que se passe-t-il pour les millions de Camerounais qui, eux, n’ont pas d’issue de secours ?
Car la vérité est brutale : le système de santé camerounais est une condamnation à mort pour les pauvres et un simple désagrément pour les riches. Tandis que le peuple se débat dans des hôpitaux délabrés, manquant de médicaments, d’équipements et de personnel, les élites du régime, elles, prennent le premier vol pour Paris, Genève ou Bruxelles au moindre malaise. L’apartheid sanitaire est une réalité au Cameroun : il y a un système de santé pour les puissants, et un autre pour les damnés de la terre.
Ce chapitre est un acte d’accusation. Il démontrera, à travers mon expérience personnelle et des faits tangibles, l’ampleur du scandale du système de santé camerounais :
1. Un système de santé à l’agonie : un pays où tomber malade est une condamnation
– Comment l’hôpital public camerounais est devenu un mouroir pour la population
– Les chiffres alarmants de la mortalité et du sous-financement du secteur
– Le manque criant de personnel médical et la fuite massive des médecins à l’étranger
2. Le scandale des évacuations médicales : un apartheid sanitaire entretenu par les élites
– Pourquoi les dirigeants camerounais refusent-ils de se soigner dans leurs propres hôpitaux ?
– Des milliards de francs CFA engloutis chaque année dans les soins à l’étranger pour les ministres et leurs familles
– Comment cet apartheid médical institutionnalisé maintient le système dans son sous-développement chronique
3. Que serait-il arrivé si je n’avais pas eu accès aux soins à l’étranger ?
– Une analyse des conséquences d’une hospitalisation « classique » dans un hôpital camerounais
– Les statistiques implacables sur la mortalité due aux maladies évitables
– L’injustice fondamentale d’un système de santé qui condamne les pauvres et protège les nantis
À travers ce témoignage, je pose une question fondamentale : Pourquoi un pays qui produit d’excellents médecins et qui regorge de ressources naturelles ne peut-il pas garantir un accès aux soins de base à ses citoyens ? La réponse est simple : parce que nos dirigeants n’ont aucun intérêt à améliorer le système de santé tant qu’ils peuvent eux-mêmes se faire soigner ailleurs.
Le Cameroun est malade. Mais son cancer n’est pas le paludisme, ni la fatigue, ni les blessures mal soignées. Son cancer, c’est un régime qui a décidé que la santé du peuple ne valait rien. Ce chapitre est un cri d’alerte, une dénonciation frontale d’un État qui laisse mourir ses citoyens dans l’indifférence la plus totale, pendant que ses dirigeants s’offrent les meilleurs hôpitaux du monde.
Si je suis encore en vie, c’est parce que j’ai pu partir. Mais combien de Camerounais meurent chaque jour faute d’avoir eu, comme moi, une porte de sortie ?
I. Un système de santé à l’agonie : un pays où tomber malade est une condamnation
Au Cameroun, la maladie n’est pas simplement une épreuve physique ; elle se transforme souvent en une sentence fatale en raison de l’effondrement du système de santé. Les infrastructures médicales sont en ruine, les équipements obsolètes ou inexistants, et le personnel médical, bien que dévoué, est submergé et insuffisamment formé. Cette réalité tragique est accentuée par des statistiques alarmantes qui témoignent de l’ampleur du désastre sanitaire.

Espérance de vie et mortalité infantile : des indicateurs au rouge
L’espérance de vie au Cameroun stagne à environ 51 ans, un chiffre qui reflète les conditions de vie précaires et l’accès limité aux soins de santé de qualité. La mortalité infantile est tout aussi préoccupante, avec un taux de 122 décès pour 1 000 naissances vivantes, plaçant le pays parmi ceux où la survie des enfants est la moins assurée.
Mortalité maternelle : un fléau persistant
Les femmes enceintes au Cameroun affrontent des risques considérables. Le taux de mortalité maternelle est estimé à 406 décès pour 100 000 naissances vivantes, un chiffre qui illustre les carences en matière de soins prénatals et obstétricaux. Cette situation est exacerbée par des inégalités régionales flagrantes, certaines zones enregistrant des taux encore plus élevés.
Paludisme : une menace omniprésente
Le paludisme demeure l’une des principales causes de morbidité et de mortalité au Cameroun. Il représente environ 23,7 % de la charge morbide totale et 25 % des décès, affectant particulièrement les enfants de moins de cinq ans. Malgré ces chiffres alarmants, les efforts de prévention et de traitement restent insuffisants, laissant une grande partie de la population vulnérable face à cette maladie dévastatrice.
Infrastructures et personnel médical : un déficit criant
Le pays compte environ 6 770 formations sanitaires, dont 3 351 publiques. Cependant, cette offre est largement insuffisante pour une population de plus de 22 millions d’habitants. Les zones rurales sont particulièrement défavorisées, avec des centres de santé souvent éloignés, mal équipés et manquant de personnel qualifié. Cette situation conduit de nombreux Camerounais à parcourir de longues distances pour accéder à des soins de base, un parcours semé d’embûches qui décourage plus d’un.

Dépenses de santé : un fardeau pour les ménages
L’accès aux soins est également entravé par le coût prohibitif des services médicaux. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 97 % des dépenses de santé des ménages camerounais sont constituées de paiements directs au point de service, une réalité qui plonge de nombreuses familles dans la précarité lorsqu’une maladie survient. Cette situation est d’autant plus scandaleuse que, parallèlement, les élites politiques et économiques du pays n’hésitent pas à se faire soigner à l’étranger aux frais de l’État, illustrant une inégalité criante dans l’accès aux soins.
Une urgence sanitaire nationale
Le système de santé camerounais est en état de délabrement avancé, transformant chaque maladie en une potentielle condamnation à mort pour les citoyens ordinaires. Les indicateurs de santé sont alarmants, les infrastructures insuffisantes et le personnel médical en sous-effectif chronique. Il est impératif que des réformes profondes et immédiates soient entreprises pour redresser ce secteur vital, garantir un accès équitable aux soins de santé et restaurer la confiance de la population dans son système de santé.
II. Le scandale des évacuations médicales : un apartheid sanitaire entretenu par les élites

Au Cameroun, le système de santé est en proie à une crise profonde, caractérisée par des infrastructures délabrées, un personnel médical insuffisant et des équipements obsolètes. Dans ce contexte, les évacuations sanitaires à l’étranger sont devenues une pratique courante pour les élites politiques et économiques, créant ainsi une fracture sanitaire béante entre les privilégiés et le reste de la population.
Une pratique coûteuse et inéquitable
Les évacuations sanitaires consistent à transférer des patients vers des établissements de santé étrangers pour des soins non disponibles ou inaccessibles localement. Si, en théorie, cette option devrait être exceptionnelle, elle est devenue la norme pour les dirigeants camerounais. En 2008, le ministère de la Santé publique recensait une soixantaine d’évacuations pour un coût avoisinant 600 millions de FCFA . Bien que les données récentes soient rares, les estimations suggèrent que ces chiffres ont considérablement augmenté, atteignant des montants faramineux.
Cette pratique soulève des questions éthiques majeures. Alors que les élites bénéficient de soins de qualité à l’étranger aux frais de l’État, la majorité des Camerounais sont contraints de se contenter d’un système de santé national défaillant. Cette situation crée une véritable ségrégation sanitaire, où l’accès aux soins dépend du statut social et des connexions politiques.
Un système de santé national en déliquescence
Le recours systématique aux évacuations médicales par les élites est symptomatique de la dégradation du système de santé camerounais. Les hôpitaux publics souffrent d’un manque chronique de financement, de personnel qualifié et d’équipements adéquats. Les patients doivent souvent fournir eux-mêmes le matériel médical de base, et les ruptures de stock de médicaments essentiels sont fréquentes. Cette réalité contraste fortement avec les sommes colossales dépensées pour les évacuations sanitaires des privilégiés.
Des coûts exorbitants pour des résultats discutables
Les évacuations sanitaires représentent une charge financière considérable pour l’État camerounais. En 2014, le Cameroun a fait interner 213 patients dans les hôpitaux français, principalement dans le cadre d’évacuations sanitaires . Le coût d’une évacuation sanitaire par Europ Assistance est estimé entre 20 et 40 millions de FCFA par patient, sans compter les frais annexes tels que le transport, l’hébergement et les soins post-hospitalisation. Ces dépenses exorbitantes profitent à une infime minorité, tandis que l’investissement dans les infrastructures de santé locales demeure insuffisant.
Un détournement des ressources publiques
Le financement des évacuations sanitaires est souvent opaque, et les fonds publics alloués à ces opérations échappent à tout contrôle citoyen. Cette opacité favorise les abus et les détournements de fonds, au détriment du développement d’un système de santé performant pour l’ensemble de la population. Les ressources consacrées aux évacuations pourraient être réinvesties dans la modernisation des infrastructures sanitaires nationales, la formation du personnel médical et l’approvisionnement en équipements et médicaments de qualité.
Vers une réforme nécessaire et urgente
Pour mettre fin à cette injustice sanitaire, il est impératif de réformer en profondeur le système de santé camerounais. Cela passe par une allocation budgétaire accrue en faveur de la santé publique, une gestion transparente et efficace des ressources, et une volonté politique de réduire les inégalités d’accès aux soins. Les évacuations sanitaires devraient redevenir des exceptions, réservées aux cas réellement intraitables localement, et non un privilège pour une élite déconnectée des réalités de la majorité.
Le scandale des évacuations médicales au Cameroun illustre un apartheid sanitaire institutionnalisé, où les élites se soignent à l’étranger aux frais de l’État, tandis que la population est abandonnée à un système de santé moribond. Il est urgent de repenser les priorités sanitaires du pays pour garantir un accès équitable aux soins pour tous les Camerounais.
III. Que serait-il arrivé si je n’avais pas eu accès aux soins à l’étranger ?

Si aujourd’hui je peux encore écrire ces lignes, c’est parce que j’ai eu la chance – ou plutôt le privilège – d’avoir eu accès à des soins médicaux de qualité en Angleterre. Mais ce privilège ne m’a pas été offert par le Cameroun, mon pays d’origine. Je le dois uniquement à mon parcours académique, à mes études supérieures en Angleterre et à ma résidence permanente dans ce pays, où une partie de ma famille vit. Si je n’avais pas eu cette opportunité, si je faisais partie des millions de Camerounais condamnés à se soigner sur place, mon sort aurait été tout autre.
Un destin bien différent dans un hôpital camerounais : la roulette russe sanitaire
Que se serait-il passé si j’avais dû me soigner dans un hôpital public camerounais ? Le scénario est glaçant : une attente interminable dans un couloir bondé, faute de lits disponibles. Une prise en charge retardée, car il aurait fallu que j’achète moi-même les médicaments et même le matériel médical de base. Des soins bâclés par un personnel soignant surmené et démoralisé, travaillant dans des conditions indignes.
Avec une fatigue extrême, une anémie avancée, une entorse sévère et des blessures consécutives à mon accident, sans parler du paludisme et de la fièvre violente qui m’épuisaient déjà, il est presque certain que mon état aurait empiré rapidement. L’absence d’équipements modernes, l’indisponibilité des médicaments et le manque de réactivité des structures hospitalières camerounaises auraient transformé mon hospitalisation en une véritable descente aux enfers.
Les chiffres de l’échec : un système de santé qui tue
Les statistiques sont implacables. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Cameroun affiche l’un des taux de mortalité hospitalière les plus élevés d’Afrique. En 2021, le taux de mortalité infantile y était de 52 décès pour 1 000 naissances, contre 4 décès pour 1 000 naissances au Royaume-Uni. La mortalité maternelle y est également alarmante, avec 529 décès pour 100 000 naissances, contre 7 décès pour 100 000 en Angleterre (source : OMS, 2023). Ces chiffres traduisent un système de santé où chaque hospitalisation devient un pari avec la mort.
Le paludisme, qui était l’une des principales causes de ma maladie, reste la première cause de mortalité au Cameroun. En 2022, plus de 3 500 personnes en sont mortes, et la maladie continue de ravager les populations les plus vulnérables, faute de prévention et de traitements adéquats (source : Ministère de la Santé du Cameroun, 2023).
Si l’on ajoute à cela les pénuries de sang dans les banques de transfusion, l’absence de soins spécialisés en traumatologie et la vétusté des équipements médicaux, il est évident qu’en restant au Cameroun, mon pronostic vital aurait été engagé.
Le cauchemar des hôpitaux camerounais : quand se soigner est un luxe
Le budget de la santé publique au Cameroun est dérisoire : seulement 5,1 % du budget national y est alloué en 2023, bien en deçà des 15 % recommandés par l’OMS. Cette négligence budgétaire se traduit par des hôpitaux sous-équipés, des médecins en sous-effectif et des patients abandonnés à leur sort.
Les hôpitaux publics sont devenus des mouroirs. Dans les urgences, les malades sont souvent laissés sur le sol, faute de lits disponibles. Dans certains cas, les cadavres restent plusieurs heures dans les salles faute de morgue fonctionnelle. Les médecins eux-mêmes, mal payés et désabusés, fuient le pays. Environ 40 % des médecins formés au Cameroun exercent aujourd’hui à l’étranger (source : Conseil Médical du Cameroun, 2023).
Et si j’avais été un Camerounais « ordinaire » ?
Si je n’avais pas eu le privilège de pouvoir me faire soigner en Angleterre, je serais aujourd’hui un simple numéro dans les statistiques morbides du Cameroun. Je serais peut-être mort d’un accès de paludisme mal traité. Peut-être que l’infection causée par mes blessures se serait aggravée en septicémie, faute d’antibiotiques adaptés. Peut-être que l’anémie aurait eu raison de mon corps affaibli, faute de transfusion sanguine rapide.
Combien de Camerounais meurent chaque jour dans l’indifférence générale faute d’accès aux soins ? Combien de familles doivent assister, impuissantes, à l’agonie de leurs proches, simplement parce qu’ils n’ont pas les moyens de se faire évacuer à l’étranger comme le font les ministres et les hauts fonctionnaires ?
Ce n’est pas une fatalité. C’est une injustice. C’est la conséquence directe d’un système de santé sacrifié sur l’autel du clientélisme et de l’incompétence.
Quand l’injustice sanitaire devient une condamnation sociale
Le scandale des évacuations sanitaires des élites est un apartheid médical institutionnalisé. D’un côté, une minorité qui voyage en avion privé vers les hôpitaux de Paris, Genève ou Londres, aux frais du contribuable. De l’autre, une population abandonnée à un système hospitalier sinistré, où l’espérance de vie est inférieure à 60 ans.
Moi, j’ai eu la chance de partir. Mais cette chance, combien l’ont ? Combien de Camerounais meurent simplement parce qu’ils sont nés du mauvais côté de la barrière sociale ?
Se pose alors la question fondamentale : pourquoi, en 2025, un citoyen camerounais doit-il fuir son propre pays pour espérer survivre ? Pourquoi le Cameroun, qui a vu naître de brillants médecins et chercheurs, est-il incapable de garantir des soins de base à sa population ?
La réponse est simple : parce que nos dirigeants ont décidé que la santé du peuple ne les concernait pas. Parce qu’ils se soignent ailleurs, ils ne ressentent pas l’urgence de moderniser nos hôpitaux. Ils n’investissent pas dans la santé publique, car ils savent qu’en cas de problème, ils prendront le premier avion pour la France ou la Suisse.
Le réveil est nécessaire
Si mon hospitalisation en Angleterre m’a permis de survivre, elle m’a aussi ouvert les yeux sur l’ampleur du drame qui se joue au Cameroun. Ce n’est pas un simple dysfonctionnement, c’est un crime. C’est un abandon collectif.
Il est temps que les Camerounais réalisent que la santé n’est pas un privilège réservé à une élite. C’est un droit fondamental. Il est temps que les milliards dépensés pour les évacuations médicales des ministres soient réinvestis dans la construction d’hôpitaux modernes. Il est temps de demander des comptes à ceux qui, depuis des décennies, sacrifient la vie de millions de citoyens pour leur propre confort.
Aujourd’hui, je suis vivant. Mais demain, combien d’autres mourront faute d’avoir eu, comme moi, une porte de sortie ? Combien de familles perdront un père, une mère, un enfant, simplement parce qu’ils sont Camerounais et non ministres ?
Cette injustice ne peut plus durer. L’histoire jugera ceux qui, par leur incompétence et leur cynisme, ont transformé un pays en un cimetière à ciel ouvert.
Conclusion: Quand tomber malade devient un crime de pauvreté
Mon exil médical en Angleterre n’était pas un choix, mais une nécessité. Mon corps, épuisé par des semaines d’intenses épreuves, n’a pas résisté. Malaria, anémie, blessures, fatigue extrême… des maladies qui, ailleurs, auraient été prises en charge rapidement, mais qui, au Cameroun, peuvent signifier une condamnation à mort. J’ai eu la chance de partir, de bénéficier d’un système de santé digne de ce nom, mais cette opportunité est un luxe inaccessible pour des millions de mes compatriotes.
Ce chapitre a démontré, à travers mon propre vécu, l’effondrement du système de santé camerounais, devenu un champ de ruines où la maladie est une loterie fatale pour les pauvres et un désagrément temporaire pour les élites. Le drame du Cameroun n’est pas un manque de ressources, mais un manque de volonté politique. Un pays qui produit des médecins d’exception, qui regorge de ressources naturelles et dont les élites dépensent des fortunes pour se soigner à l’étranger ne peut pas prétendre manquer des moyens pour offrir des soins de qualité à son peuple.
Mais pourquoi améliorer un système de santé quand ceux qui dirigent ne comptent jamais l’utiliser ?
Telle est la question fondamentale que pose le scandale des évacuations médicales. Pourquoi construire des hôpitaux performants au Cameroun quand un billet d’avion pour Paris, Genève ou Bruxelles suffit à garantir les meilleurs soins aux dirigeants ? Tant que cette inégalité flagrante existera, le Cameroun ne pourra jamais évoluer.
Le système de santé est à l’image du régime : un cercle vicieux d’incompétence, de cynisme et d’abandon. La maladie, au Cameroun, est devenue une question de classe sociale, une tragédie évitable que le gouvernement refuse de résoudre. Pendant que le peuple meurt dans l’indifférence, les dignitaires du régime dépensent chaque année des milliards de francs CFA en soins à l’étranger, au mépris des citoyens qui les ont élus.
Mon cas personnel illustre une vérité brutale : au Cameroun, seule l’élite au pouvoir a le droit de survivre. Moi, j’ai pu partir. Mais combien de Camerounais meurent chaque jour faute de médicaments, d’équipements, ou simplement d’un médecin disponible ? Combien de mères voient leurs enfants leur être arrachés parce qu’une perfusion, une simple poche de sang ou un respirateur n’étaient pas disponibles ? Combien de destins brisés par un système qui considère la vie humaine comme une variable négligeable ?
L’effondrement du système de santé camerounais n’est pas une fatalité. C’est une décision politique. Tant que le pays sera gouverné par une élite qui ne croit pas en ses propres infrastructures, qui méprise son peuple et qui refuse de bâtir un État digne de ce nom, la maladie continuera d’être une condamnation pour les plus vulnérables. L’histoire jugera ces criminels qui, au lieu de servir le peuple, l’ont condamné à mourir dans la souffrance et l’indifférence.
Si je suis encore en vie aujourd’hui, c’est parce que j’ai pu fuir. Mais qu’adviendra-t-il de ceux qui n’ont pas d’issue de secours ?

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère (SUITE 3)

CHAPITRE 4: QUAND L’ADIEU À MA MÈRE DEVIENT UN RÉVÉLATEUR: OBSÈQUES, EXCLUSION SOCIALE ET TRAHISON DES TRADITIONS SOUS LE RÉGIME DU RDPC
Introduction : Un dernier hommage dans un pays fracturé
Un enterrement est bien plus qu’un simple rituel funéraire ; il est un moment de communion, un témoignage de respect et d’amour, un acte de mémoire collective. C’est une parenthèse où la famille, les amis, les collègues, et la communauté se rassemblent, non seulement pour pleurer une disparition, mais aussi pour célébrer une vie. Pourtant, dans le Cameroun du RDPC, même un événement aussi sacré qu’un dernier hommage devient un terrain d’affrontement politique, une démonstration de l’exclusion sociale systémique imposée par le régime en place.
Lorsque j’ai conduit les obsèques de ma mère, je m’attendais à un moment de recueillement, à un instant où l’unité familiale et communautaire transcenderait les divisions. Mais ce que j’ai vu, ressenti et vécu ce jour-là a révélé avec une brutalité implacable l’état de décomposition avancée de la société camerounaise sous le joug du RDPC. L’absence de mes collègues de l’IRIC, l’Institut des Relations Internationales du Cameroun, a mis en lumière une intelligentsia soumise, réduite au silence et privée de toute ambition intellectuelle indépendante. La non-présence des figures influentes du parti au pouvoir dans ma famille a confirmé la politisation extrême des relations sociales. L’absence des chefs traditionnels, censés être les garants de la cohésion communautaire, a démontré que même le socle de nos traditions a été infiltré et perverti par le régime.
Ce dernier hommage à ma mère ne fut donc pas qu’une simple cérémonie d’adieu. Il s’est transformé en un révélateur brutal des fractures profondes qui rongent le Cameroun : un pays où l’appartenance politique détermine l’inclusion ou l’exclusion sociale, où la fonction publique est devenue une machine de clientélisme et d’intimidation, où la chefferie traditionnelle a troqué son indépendance pour une servitude politique, et où l’élite intellectuelle a renoncé à son rôle critique pour devenir une chambre d’écho du pouvoir.

Cette partie explore ces différentes dimensions de la fracture sociale et politique du Cameroun à travers quatre aspects majeurs :
1. L’absence des collègues de l’IRIC : quand l’élite intellectuelle choisit le silence plutôt que l’engagement
• Loin d’être un simple incident anecdotique, le refus des membres de l’IRIC de venir rendre hommage à ma mère illustre un malaise profond dans l’intelligentsia camerounaise. L’institut, censé former les futurs cadres diplomatiques du pays, est devenu une maison de résonance du RDPC, un bastion du conformisme où toute pensée critique est réprimée. À travers cette analyse, nous verrons comment le Cameroun a brisé l’esprit de ses intellectuels, les transformant en bureaucrates dociles, incapables de défendre des idées de progrès et de développement.
2. L’exclusion sociale sous le RDPC : un système de domination par la peur et l’isolement
• Le RDPC ne se contente pas d’exercer un pouvoir autoritaire sur les institutions, il fracture aussi le tissu social en opposant ceux qui lui sont loyaux à ceux qui osent penser autrement. L’absence des membres influents du parti lors des obsèques de ma mère démontre la profondeur de cette stratégie d’isolement et de répression sociale. Ce chapitre analyse comment le RDPC a réussi à diviser même les familles, à créer un climat de méfiance où le simple fait d’assister aux funérailles d’un opposant politique est perçu comme un acte de dissidence.
3. L’absence de la chefferie traditionnelle : la domestication des gardiens des traditions par le régime
• Dans les sociétés africaines, les chefs traditionnels sont censés être les piliers de la cohésion sociale, les protecteurs des valeurs ancestrales et les arbitres des conflits. Pourtant, au Cameroun, ils sont devenus des marionnettes du pouvoir, subordonnés au RDPC et contraints d’ignorer les souffrances de leurs propres populations. L’absence des chefs lors des funérailles de ma mère n’était pas un simple oubli, mais un acte politique : une démonstration de leur soumission totale à un régime qui les a vidés de leur autorité morale. Ce chapitre démontrera comment la capture de la chefferie par l’État a affaibli les structures communautaires et rendu les populations encore plus vulnérables face aux abus du pouvoir central.
4. Un hommage authentique : quand la vraie famille transcende les divisions artificielles
• Malgré ces absences et ces trahisons, la cérémonie a révélé une autre vérité : celle d’une famille véritable, non pas celle dictée par la politique ou les affiliations, mais celle du quotidien, du partage, de l’amour sincère et inconditionnel. Si les figures influentes du RDPC et les élites corrompues ont choisi de briller par leur absence, les amis sincères, les voisins, les proches et les anonymes ont répondu présents, prouvant que la solidarité humaine ne peut être totalement étouffée par la machine du régime. La messe pontificale, célébrée par Mgr Achille Eyabi, a marqué un moment de recueillement et de dignité, prouvant que, même dans un pays fracturé, certains espaces de vérité et d’humanité persistent.
Ainsi, ces obsèques ont été bien plus qu’un adieu à une mère ; elles ont été le miroir des maux profonds du Cameroun sous le RDPC. Elles ont révélé l’ampleur de l’exclusion sociale orchestrée par le régime, la soumission de l’élite intellectuelle, la trahison des valeurs traditionnelles par la chefferie et, paradoxalement, la force de la solidarité humaine face à l’oppression.
Un enterrement ne devrait jamais être un acte politique, et pourtant, au Cameroun, il l’est devenu. Quand même les morts ne peuvent rassembler les vivants, c’est que le régime en place a réussi à pervertir jusqu’aux liens les plus sacrés de la société. Mais l’histoire nous enseigne aussi que tout système de domination fondé sur la peur et la division finit un jour par s’effondrer.
Ce récit est donc à la fois un constat amer et un appel à la résilience : tant que l’humain prévaudra sur la politique, tant qu’il y aura des hommes et des femmes refusant de plier devant l’injustice, alors l’exclusion sociale imposée par le RDPC ne sera jamais totale.







I. L’absence des collègues de l’IRIC : Quand l’élite intellectuelle choisit le silence plutôt que l’engagement
L’intellectuel est censé être une boussole pour la société, un phare dans l’obscurité du conformisme et de la pensée unique. Pourtant, au Cameroun, l’élite académique s’est transformée en spectatrice silencieuse du délitement national. Le silence assourdissant de mes collègues de l’IRIC lors des obsèques de ma mère est la preuve que, dans ce pays, même la mort est politisée.
L’IRIC, censé former les élites diplomatiques du Cameroun, devrait être un creuset de réflexion critique sur l’État, la gouvernance et les relations internationales. Mais au lieu de cela, il est devenu une maison de résonance du RDPC, où la pensée critique s’arrête là où commence la peur des représailles.
Le jour des funérailles, je n’ai pas seulement enterré ma mère. J’ai aussi constaté la mort de la solidarité intellectuelle, l’agonie d’un milieu académique qui a renoncé à sa mission première : éclairer la société, dénoncer l’injustice, être un contre-pouvoir.
Quand le silence devient une forme de complicité
Si mes collègues de l’IRIC ont brillé par leur absence, ce n’est pas parce qu’ils ne pouvaient pas venir. C’est parce qu’ils ont choisi de ne pas être associés à un homme qui défie l’ordre établi. Le simple fait d’assister aux obsèques d’un intellectuel engagé dans l’opposition politique est perçu comme une prise de position risquée. Dans le Cameroun de Paul Biya, tout geste, même le plus anodin, est scruté à travers le prisme de l’allégeance au pouvoir.
Ce mutisme collectif est révélateur d’une dynamique plus large. L’universitaire camerounais, jadis figure respectée et redoutée du débat public, est devenu un fonctionnaire de la pensée, un bureaucrate du savoir, un diplomate du silence. Son rôle n’est plus de questionner l’État, mais de le légitimer par des discours vides et des recherches sans impact.
L’intellectuel camerounais : un prisonnier volontaire du système
Pourquoi ce silence ? Par peur, bien sûr. Au Cameroun, l’intellectuel qui ose parler est puni ; celui qui se tait est récompensé. Les nominations, les subventions, les promotions sont conditionnées par un allégeance tacite au régime. L’université, censée être un sanctuaire de la pensée libre, est aujourd’hui un laboratoire de l’autocensure.
En refusant de s’associer à un collègue qui défie le pouvoir, mes anciens camarades de l’IRIC ont confirmé qu’ils sont prisonniers d’un système où l’intellectuel ne doit pas penser, mais réciter. Ils ont choisi la prudence plutôt que la loyauté, la carrière plutôt que le courage, le silence plutôt que la vérité.
Une élite qui trahit sa mission
L’intellectuel n’a pas pour mission de se cacher derrière des titres et des privilèges. Il a le devoir de questionner, de déranger, de proposer. Mais au Cameroun, il est devenu un spectateur passif, un témoin muet de la déchéance nationale.
Le silence de mes collègues n’est pas juste une lâcheté individuelle, c’est une trahison collective. Une trahison de la jeunesse qui attend des modèles, une trahison du peuple qui a besoin de guides, une trahison de la mémoire des penseurs africains qui ont risqué leur vie pour une société plus juste.
À quoi sert un intellectuel qui ne pense pas ? À quoi sert un enseignant qui n’enseigne pas la vérité ? À quoi sert une élite qui préfère la soumission au combat ?
Dans ce Cameroun où l’intelligence est devenue un crime et le silence une vertu, il n’est plus étonnant que la médiocrité triomphe et que l’exclusion soit le prix du courage.
II. L’exclusion sociale sous le RDPC : un système de domination par la peur et l’isolement

Le régime du RDPC ne se contente pas de gouverner par la force ou la fraude électorale. Il contrôle aussi la société par un mécanisme insidieux : l’exclusion sociale. Dans le Cameroun de Paul Biya, ne pas appartenir au RDPC, c’est être marginalisé, isolé, traité comme un paria.
Un système qui brise les liens sociaux
L’absence de nombreux proches, collègues et figures influentes lors des obsèques de ma mère en est une illustration parfaite. Ce n’était pas un oubli. Ce n’était pas une coïncidence. C’était un message. Un message envoyé par un système qui punit ceux qui osent penser différemment. Refuser de soutenir le RDPC, c’est être mis au ban de la société, c’est voir ses relations s’effriter, c’est devenir un “intouchable” dans son propre pays.
Ce phénomène ne me concerne pas uniquement. Il est vécu par des milliers de Camerounais qui osent ne pas plier le genou devant le parti au pouvoir. Dans l’administration, dans les entreprises, dans les familles mêmes, le RDPC a instauré une logique d’exclusion où l’appartenance politique détermine qui a droit au respect, à l’entraide, au simple lien humain.
Diviser pour mieux régner
La stratégie est claire : créer une fracture sociale entre ceux qui “sont avec le parti” et ceux qui refusent de se soumettre. Ce n’est pas un hasard si les cadres du RDPC n’étaient pas présents aux funérailles. Ce n’est pas un hasard si même certains membres de ma famille affiliés au parti ont préféré l’absentéisme. La peur du régime est si profonde que même rendre hommage à une défunte devient un acte politique risqué.
On retrouve ce même mécanisme dans les milieux professionnels. Dans l’administration, une promotion n’est pas accordée sur la base du mérite, mais sur l’allégeance au RDPC. Dans les universités, les enseignants critiques sont mis à l’écart, bloqués dans leur avancement, exclus des cercles de décision. L’État ne se contente pas d’exclure ses opposants politiquement, il les condamne aussi à une mort sociale.
Une exclusion qui rappelle les divisions religieuses coloniales
L’absence de certains membres de ma famille aux obsèques de ma mère a révélé une vérité encore plus tragique : au Cameroun, la politique a remplacé la religion comme principal facteur de division sociale.
Autrefois, les familles africaines ont été déchirées par l’arrivée des religions monothéistes, qui ont imposé de nouveaux dogmes en opposition aux traditions ancestrales (Mudimbe, 1988). Aujourd’hui, le RDPC applique la même stratégie : il divise les familles, sépare les amis, et impose une allégeance idéologique comme condition d’intégration sociale.
• Soit vous êtes avec eux, soit vous êtes contre eux.
• Soit vous faites allégeance au RDPC, soit vous êtes considéré comme un paria.
Ce schéma a remplacé les valeurs d’entraide et de solidarité par une logique d’exclusion, où les liens de sang sont moins importants que les liens partisans.
Dans un pays où le pouvoir est monopolisé par une oligarchie vieillissante, l’adhésion au RDPC est devenue une condition de survie, et la neutralité un crime silencieux.
L’intimidation et le chantage comme outils de gouvernance
L’intimidation, dans ce contexte, devient un outil de gouvernance, ou du moins, de maintien du pouvoir. L’absence d’une réponse claire et cohérente du gouvernement face aux défis sociaux (comme la destruction du pont de Nkanla) est l’expression la plus évidente de ce climat de peur. Les citoyens, les intellectuels, les leaders communautaires savent qu’ils devront payer un prix s’ils osent défier l’ordre établi. C’est cette peur d’être écarté, ostracisé, voire puni, qui rends toute tentative d’opposition ou de protestation presque impossible.
Le mécanisme de chantage est subtil mais efficace : si vous ne vous alignez pas sur le pouvoir, vous perdez vos privilèges, vos relations, vos opportunités de carrière. Dans un pays où les moyens économiques et les opportunités sont limités, cette pression sociale devient écrasante. Cela pousse de nombreux Camerounais à se conformer au régime, non par conviction, mais par peur d’être réduits au silence, à la marginalisation, voire à l’anonymat total.
III. L’absence de la chefferie traditionnelle : la domestication des gardiens des traditions par le régime

Dans les sociétés africaines précoloniales, la chefferie traditionnelle était l’incarnation de l’autorité légitime, du lien ancestral et du garant de l’harmonie communautaire. Elle jouait un rôle central dans la régulation sociale, la résolution des conflits et la préservation des valeurs culturelles. Les chefs traditionnels étaient des figures respectées, au-dessus des querelles politiques, servant d’intermédiaires entre les vivants et les ancêtres, entre le peuple et les forces spirituelles.
Or, l’un des aspects les plus frappants des obsèques de ma mère a été l’absence des autorités traditionnelles, censées être les gardiennes du respect et de l’ordre moral dans nos communautés. Comment expliquer qu’une institution aussi ancrée dans notre histoire ait été dévoyée au point de devenir un simple prolongement du pouvoir politique ?
De la légitimité coutumière à l’asservissement politique : une trahison des valeurs ancestrales
Sous le régime du RDPC, les chefferies traditionnelles ont progressivement perdu leur autonomie pour devenir des instruments dociles du pouvoir central. Cette capture institutionnelle s’est faite par plusieurs moyens :
1. La cooptation et la nomination des chefs traditionnels par l’État
• Avant l’indépendance et dans les premières décennies postcoloniales, les chefs étaient désignés selon des critères historiques et coutumiers. Aujourd’hui, le RDPC a transformé cette fonction en un poste politique. Les chefs qui refusent de prêter allégeance au parti sont marginalisés, remplacés ou tout simplement ignorés.
• L’État ne reconnaît officiellement que les chefs qui servent ses intérêts, créant ainsi une fracture entre les chefs légitimes selon la tradition et ceux fabriqués par le pouvoir.
2. L’intégration des chefs dans l’appareil du RDPC
• À travers le décret présidentiel de 1977, modifié plusieurs fois, les chefs traditionnels ont été transformés en auxiliaires de l’administration, les obligeant à faire allégeance au parti unique.
• Certains d’entre eux deviennent des militants actifs du RDPC, servant plus les intérêts du parti que ceux des populations qu’ils sont censés représenter.
• Ils participent aux campagnes électorales, mobilisent leurs sujets pour voter en faveur du RDPC et répriment toute contestation locale.
3. L’instrumentalisation économique et financière des chefferies
• Les chefs traditionnels reçoivent des salaires de l’État, ce qui les place dans une situation de dépendance vis-à-vis du régime.
• En échange de cette subvention, ils doivent servir de relais du pouvoir en place, empêcher les contestations locales et neutraliser toute opposition politique dans leur territoire.
Cette domestication des chefferies traditionnelles par le RDPC a vidé ces institutions de leur essence. Plutôt que d’être des figures neutres et protectrices des populations, les chefs sont devenus des courroies de transmission du pouvoir.
L’absence de la chefferie à mes obsèques : un symbole de soumission totale au régime
Dans une société où la tradition reste profondément ancrée, les funérailles d’une personne sont un moment sacré où les chefs coutumiers ont un rôle crucial à jouer. Ils viennent honorer la mémoire du défunt, témoigner de la continuité du lien entre les vivants et les ancêtres, et réaffirmer l’appartenance du disparu à la communauté.
Le fait que les autorités traditionnelles aient brillé par leur absence lors des funérailles de ma mère n’était pas anodin. Il s’agissait d’un acte politique, une preuve de l’emprise totale du RDPC sur ces institutions supposées être indépendantes.
• Ce silence n’était pas un oubli, mais une allégeance : l’omission de leur présence à cette cérémonie reflète leur crainte d’être perçus comme proches d’un opposant politique.
• L’évitement était un message : en s’abstenant de participer, ces chefs montraient leur soumission totale au pouvoir en place, préférant l’obéissance au RDPC plutôt que le respect des traditions et des valeurs ancestrales.
Cette absence ne concernait pas seulement ma famille. Elle est le symptôme d’une situation bien plus grave qui touche toutes les familles camerounaises :
• Lorsqu’une chefferie traditionnelle préfère suivre les ordres d’un parti politique plutôt que de remplir son devoir envers son peuple, c’est que la société est en perdition.
• Lorsqu’un chef traditionnel doit choisir entre sa loyauté à l’État et son engagement envers son peuple, c’est que l’État a corrompu le fondement même de notre civilisation.
Dans un Cameroun où le RDPC a remplacé les coutumes par l’obéissance aveugle, où la parole des anciens est soumise aux injonctions de Yaoundé, que reste-t-il du respect des traditions ?
IV. Un hommage authentique : quand la vraie famille transcende les divisions artificielles

Le moment de recueillement, célébré par Mgr Achille Eyabi, docteur de l’Eglise, Evêque d’Eseka, fut une véritable messe pontificale, un hommage qui a transcendé les divisions artificielles et révélé la vraie famille. Ce fut un succès total, marquant la célébration de la vie de ma mère dans la vérité et la dignité, et une victoire de l’humanité sur la politique de division du pouvoir en place.
L’hommage rendu à ma mère fut un acte profondément émouvant et significatif, marquant bien plus qu’une simple cérémonie funéraire. Il fut, en effet, un moment de vérité et de résistance silencieuse face à la fracture sociale orchestrée par le régime du RDPC. Un hommage où la “vraie famille” s’est manifestée dans sa plus pure expression, dépassant les clivages politiques, les rivalités partisanes et les exclusions sociales. Cet hommage fut, avant tout, un rappel que, malgré les divisions imposées par le pouvoir, la véritable unité ne réside pas dans les alliances artificielles, mais dans la solidarité authentique des hommes et des femmes unis par des liens d’affection, d’histoire et de culture commune.
L’absence des membres du RDPC, ainsi que des collègues de l’IRIC, m’a profondément interpellé. Il n’était pas question ici de politique, mais de l’essence même de l’humanité : rendre hommage à un être cher, célébrer une vie, marquer un départ dans la dignité. Cette absence n’était pas seulement symbolique ; elle fut une démonstration flagrante de l’exclusion sociale systématique dont les citoyens sont victimes lorsqu’ils ne se conforment pas à la vision étroite et totalitaire du pouvoir en place. Il est difficile de ne pas voir dans cette absence une volonté délibérée d’ostracisme. Le RDPC, par son attitude, a non seulement marginalisé mon engagement politique, mais a également séparé les familles, transformant ce qui devrait être un acte de solidarité humaine en un enjeu de loyauté partisane.
Mais, malgré tout, l’âme de cette cérémonie fut celle de la famille véritable. Contrairement à l’image imposée par ceux qui se sont opposés à mon engagement, la famille qui a entouré ma mère, la véritable famille, n’a pas été celle qui se définissait par des liens politiques, mais par des liens de cœur et de mémoire. Elle n’a pas été celle des partis et des distinctions, mais celle des gens du peuple, des amis sincères, des voisins, des parents d’hier et d’aujourd’hui. Cette famille-là, la seule qui vaille, est celle qui transcende les barrières politiques et les préjugés. Elle est celle qui prend soin de l’autre sans attendre d’avantages politiques. Elle est celle qui, en silence, tisse les liens humains, ceux qui sont plus forts que toutes les manipulations et exclusions sociales.
Il est particulièrement révélateur de constater que l’absence de mes collègues de l’IRIC et des responsables du RDPC contraste directement avec la présence de ceux qui, de manière authentique, ont montré leur solidarité. Parmi eux, il y avait ceux qui se sont toujours tenus aux côtés de ma famille, indépendamment de la politique ou des affiliations partisanes. La véritable famille se compose de ceux qui sont là, dans les bons et mauvais moments, de ceux qui ont choisi de ne pas être aveuglés par des idéologies politiciennes, mais de faire preuve de respect humain et de fraternité. C’est cette famille-là qui, par sa présence, a dignement honoré la mémoire de ma mère.
Le contraste était d’autant plus frappant avec l’absence de la chefferie traditionnelle, pourtant supposée être un pilier de la communauté. Là aussi, cette absence n’était pas accidentelle. Elle témoigne de la manière dont les institutions traditionnelles, jadis considérées comme les garantes de l’unité communautaire, ont été infiltrées et dénaturées par le régime en place. La chefferie, autrefois perçue comme le lien social par excellence, a été réduite à un simple instrument de pouvoir, corrompu et isolé de la réalité du peuple. Elle ne pouvait, de ce fait, se rendre présente pour rendre hommage à une personnalité véritablement incarnée par la communauté, qui n’était pas issue de la sphère politique mais de la vie quotidienne.
L’absence de ces différentes figures du pouvoir n’a donc fait que souligner la vérité sur la société camerounaise actuelle : une société déchirée, divisée par des lignes tracées artificiellement par le régime, où la solidarité, l’humanité et l’empathie sont constamment écartées au profit d’une loyauté aveugle envers un système qui se nourrit de la division et de la peur. Mais dans ce contexte, un hommage authentique a su prendre forme, non pas à travers les gestes des puissants, mais grâce à ceux qui, loin de l’ombre de l’idéologie du RDPC, ont honoré ma mère avec sincérité et respect.
Conclusion : Un dernier adieu sous le poids d’un régime diviseur

Ce qui aurait dû être un moment de recueillement, un hommage solennel rendu à une mère disparue, s’est transformé en une démonstration éclatante du mal profond qui ronge la société camerounaise. Sous le régime du RDPC, même la mort ne suffit plus à rassembler, car elle est désormais soumise aux calculs politiques, aux allégeances partisanes et aux fractures sociales imposées par un pouvoir qui ne tolère aucune voix dissonante.
L’absence des collègues de l’IRIC a révélé l’emprise d’une culture du silence et du conformisme sur une élite intellectuelle qui, plutôt que de jouer son rôle de vigie de la société, se contente d’être l’écho du pouvoir en place. L’exclusion sociale dont j’ai été victime, au sein même de ma propre famille élargie, a mis en lumière l’un des piliers du système RDPC : diviser pour mieux régner, en instillant la peur et en brisant les liens naturels de solidarité. La soumission de la chefferie traditionnelle, autrefois bastion de la cohésion communautaire, montre combien le régime a su s’approprier les structures ancestrales pour les transformer en instruments de légitimation de son pouvoir.
Pourtant, au milieu de cette mise en scène de l’isolement et de la trahison des valeurs essentielles, une vérité éclatante s’est imposée : la vraie famille n’est pas celle dictée par les appartenances politiques, les titres ou les privilèges, mais celle qui demeure fidèle, qui résiste aux pressions et qui se tient debout dans l’épreuve. C’est cette famille-là, composée des proches sincères, des villageois et des âmes libres, qui a rendu un hommage digne à ma mère et a refusé de céder à la logique d’exclusion imposée par le régime.
Ainsi, ces obsèques sont devenues bien plus qu’une cérémonie funéraire : elles ont été une illustration tragique de la manière dont le RDPC a transformé la société camerounaise en une arène de suspicion, d’allégeance contrainte et d’opportunisme politique. Mais elles ont aussi été un acte de résistance, la preuve que malgré l’emprise du pouvoir, des poches de dignité subsistent et s’affirment.
L’histoire retiendra que, même sous le poids de la répression et de la manipulation, il existe encore des Camerounais capables de dire non à la division, capables d’honorer leurs morts sans compromission et de maintenir vivantes les valeurs de solidarité et d’authenticité que le régime tente d’enterrer. Mon adieu à ma mère a donc été aussi un adieu à une illusion : celle d’un Cameroun encore capable de fraternité sous ce régime. Mais il a été aussi un serment : celui de continuer à me battre pour un pays où plus jamais la mort ne servira d’instrument de ségrégation politique.
AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère (SUITE 2)
PARTIES II et III

CHAPITRE 2: Construire avec le PEUPLE ce que la MAIRIE DE POUMA A DÉTRUIT sous LE REGARD COMPLICE DE L’ÉTAT : un acte de résistance face à l’abandon
Un État qui laisse détruire ses infrastructures vitales sans réagir est un État complice. Un État qui ignore les cris de détresse de ses citoyens est un État assassin. Et un État qui, face à la souffrance de son peuple, choisit le silence est un État mort. Le pont de Nkanla n’a pas été détruit par une catastrophe naturelle. Il a été détruit par une entreprise privée, sous le regard complice de la mairie de Pouma et dans l’indifférence totale de l’administration camerounaise.
Ce pont n’était pas un simple passage. C’était le cordon ombilical reliant les populations de Nkanla 1 et 2 au reste du pays, leur permettant d’accéder aux marchés, aux écoles, aux hôpitaux, et tout simplement de vivre. Pendant trois à quatre ans, ces populations ont été abandonnées, privées d’un droit aussi fondamental que celui de se déplacer librement.
Nous avons écrit à toutes les autorités concernées : la mairie, la sous-préfecture, la préfecture, et même les instances supérieures de l’administration centrale. Silence absolu. Pas une seule réponse, pas un seul acte concret, pas même une visite sur le terrain pour constater l’ampleur du drame. Pire encore, lorsque j’ai interpellé les autorités lors du conseil municipal du 31 décembre 2024, le représentant du préfet est resté muet, aussi inerte qu’une statue, comme si ce crime ne le concernait pas.
Alors, face à cette trahison étatique, il ne nous restait qu’une seule solution : prendre nous-mêmes en main notre destin et reconstruire ce que l’État a laissé détruire.

Un projet titanesque sans les moyens de l’État
Reconstruire un pont sans les moyens d’un État, dans un village tropical enclavé, relève d’un défi herculéen. Mais lorsque l’injustice devient insupportable, la résistance devient une nécessité. Nous avons donc lancé la reconstruction avec les forces et les ressources du peuple, dans un esprit de solidarité qui contraste avec la lâcheté des autorités.

Le coût total des travaux s’est élevé à près de 3 500 000 FCFA, entièrement financés par mes propres fonds. Un chiffre dérisoire comparé aux budgets astronomiques que l’État alloue chaque année à des projets fictifs dont l’argent disparaît dans les poches de l’élite corrompue.
Voici comment ces fonds ont été répartis :
1. Mobilisation des jeunes travailleurs :
• Près de 100 jeunes, y compris ceux des villages avoisinants comme Dibang, ont été mobilisés.
• Transport : Les amener sur le site n’a pas été une mince affaire, nécessitant des véhicules et des motos.
• Nourriture et eau potable : Travailler sous le soleil brûlant, avec des outils rudimentaires, exigeait de nourrir correctement les volontaires. Chaque jour, nous avons dû acheter du riz, du maïs, du manioc, de la viande, et de l’eau potable.
2. Prospection et coupe du bois :
• Dans une région tropicale, le choix du bois est crucial. Il fallait une essence robuste, résistante à l’humidité et aux termites.
• Nous avons mené une prospection en forêt pendant plusieurs jours, identifiant les arbres appropriés et organisant leur abattage dans le respect de l’environnement et des traditions locales.
• Transport du bois : Une tâche titanesque. Faute de grues ou d’équipements modernes, nous avons transporté les troncs à la force humaine et avec des charrettes improvisées.
3. Construction du pont :







• Assemblage des poutres : Sans machines, tout a été fait à la hache, à la scie et à la machette. Chaque poutre a été taillée avec précision pour garantir la stabilité de l’ouvrage.
• Fixation et renforcement : Nous avons utilisé des cordes solides, des clous en acier et des techniques artisanales éprouvées par des générations de bâtisseurs locaux.
• Remblayage et stabilisation : La terre et les pierres ont été compactées pour solidifier les abords du pont et empêcher son effondrement en saison des pluies.
Chaque jour, sous un soleil accablant, pieds nus pour certains, avec des mains couvertes d’ampoules, ces jeunes ont travaillé sans relâche pour restaurer ce que l’État avait laissé détruire.
L’État complice : silence et mépris face à la souffrance des populations
Ce chantier a révélé deux Cameroun diamétralement opposés. D’un côté, le Cameroun du peuple, celui qui, sans ressources, sans budget, sans soutien institutionnel, est capable de reconstruire un pont vital par la force de sa volonté et de sa solidarité. De l’autre, le Cameroun des élites corrompues, qui, malgré des milliards de francs CFA en budget, est incapable de garantir une infrastructure de base à ses citoyens.
L’administration, pourtant alertée depuis des années, n’a rien fait. Et ce silence est un aveu de complicité. Comment expliquer qu’un individu privé puisse reconstruire un pont avec 3 500 000 FCFA, tandis que l’État, avec ses milliards, ne bouge pas le petit doigt ?
Ce n’est pas un oubli. Ce n’est pas une négligence. C’est une politique délibérée de mépris et de prédation. Laisser mourir les infrastructures publiques est un moyen pour la mafia au pouvoir de justifier de nouveaux budgets qu’ils détournent ensuite. Et si une communauté ose se prendre en charge, ils réagissent par la répression, car un peuple autonome est un peuple dangereux pour un régime autoritaire.
Quand la solidarité du peuple supplante l’incompétence de l’État
Face à cet abandon criminel, les jeunes de Nkanla et Dibang ont donné une leçon d’honneur et de dignité à l’administration camerounaise. Ils ont montré que la résilience et la solidarité valent mieux que les promesses creuses des politiciens.
Pendant des jours, ils ont travaillé dans des conditions extrêmes. Ils ne demandaient pas des salaires exorbitants, des contrats juteux, ou des privilèges. Ils voulaient juste rétablir un droit fondamental : celui de circuler librement sur leur propre territoire.
Et ils l’ont fait. Le pont de Nkanla a été reconstruit par la sueur et le sang de ces jeunes, et non par les milliards dilapidés dans les hôtels de luxe de Yaoundé et de Genève.

Un acte de résistance, un modèle pour l’avenir
Ce projet ne fut pas qu’une simple réparation d’infrastructure. C’était un acte de résistance politique, un défi lancé à un État qui a fait de la négligence une arme contre son propre peuple.
Si 100 jeunes ont pu reconstruire un pont avec 3 500 000 FCFA, que pourrions-nous accomplir avec une gestion honnête et patriotique des ressources publiques ? Cette question, les dirigeants du Cameroun refusent de se la poser, car la réponse est une menace pour leur règne.
Le pont de Nkanla est plus qu’un passage restauré. C’est un symbole de ce que nous, Camerounais, pouvons réaliser si nous refusons d’être esclaves d’un système corrompu.
Et si l’État refuse de nous écouter, alors nous devons bâtir notre propre avenir, pierre après pierre, poutre après poutre, en nous souvenant toujours que ce pays appartient au peuple, et non à ceux qui le pillent.
Et c’est dans cette lutte que j’ai failli laisser ma propre vie, lors de la troisième étape de mon séjour : un accident de moto sur une route délabrée, une route qui, comme tant d’autres au Cameroun, aurait dû être entretenue par un État qui, encore une fois, n’a pas fait son travail.

CHAPITRE 3 : UN ACCIDENT ÉVITABLE, UN ÉTAT CRIMINEL: QUAND LA ROUTE DEVIENT UNE ARME DE MORT

Dans un pays normal, voyager d’un point A à un point B ne devrait pas être un pari sur la vie ou la mort. Mais au Cameroun, l’état des routes est si catastrophique qu’un simple trajet peut se transformer en tragédie. Le 4 février 2025, sur la colline dangereuse de Dongui, j’ai failli perdre la vie. Victime d’un accident de moto où je partais chercher ma voiture au garage, sur une route totalement délabrée, j’ai quitté cet endroit avec une jambe en lambeaux, une douleur indicible et une conviction encore plus forte : au Cameroun, l’incurie de l’État tue autant que la répression politique.
Un réseau routier en état de mort clinique
Si l’on voulait résumer en une image l’échec du régime de Paul Biya, il suffirait de photographier une route camerounaise après une pluie. Ornières béantes, bitume éventré, poussière suffocante en saison sèche et rivières de boue en saison des pluies : tel est le sort de la majorité des axes routiers du pays.
Selon la Banque mondiale (2022), plus de 90 % des routes rurales au Cameroun sont impraticables après une forte pluie. Et pourtant, chaque année, des milliards de francs CFA sont officiellement destinés à l’entretien routier. Où va cet argent ? Dans les poches des pontes du régime, dans les comptes offshore de ministres corrompus, tandis que le peuple, lui, paie le prix du sang.
Le cas de la colline de Dongui est emblématique. Depuis des décennies, cette route est un piège mortel pour ceux qui l’empruntent. Trop pentue, mal entretenue, transformée en un véritable champ de mines par les intempéries, elle aurait dû être sécurisée depuis des années. Mais l’État camerounais ne construit pas des routes pour ses citoyens. Il en construit pour des marchés surfacturés, pour enrichir une oligarchie qui ne circule jamais sur ces axes mortels, préférant les avions privés et les convois sécurisés.
Le Cameroun enregistre l’un des taux de mortalité routière les plus élevés d’Afrique. Selon l’OMS (2023), plus de 16 500 Camerounais meurent chaque année dans des accidents de la route, soit l’équivalent d’un massacre permanent et silencieux, orchestré par l’incompétence et la corruption.
Un accident qui aurait pu m’être fatal
Ce jour-là, j’allais chercher ma voiture au garage à Pouma lorsque ma moto a perdu le contrôle sur cette route en ruine. En une fraction de seconde, j’ai vu défiler ma propre mort. La moto a percuté une crevasse, j’ai été projeté violemment au sol et ma jambe s’est écrasée sous le poids de la moto. Une douleur fulgurante a traversé mon corps. Au sol, incapable de bouger, j’ai réalisé à quel point nous, Camerounais, sommes à la merci de l’incompétence de ceux qui nous gouvernent.
Mon accident n’était pas un simple fait divers. C’était un crime d’État. Car chaque trou non réparé, chaque route abandonnée, chaque infrastructure délaissée est une sentence de mort signée par ce régime. Si les routes camerounaises étaient entretenues, cet accident ne se serait jamais produit. Mais au Cameroun, comme dans bien d’autres domaines, la norme est l’abandon, le mépris, et l’indifférence totale face aux souffrances du peuple.
L’indifférence des pouvoirs publics face à la détresse des citoyens
Après mon accident, aucun service d’urgence n’est venu me secourir. Dans un pays où les ambulances sont des luxes réservés aux ministres, les victimes d’accidents doivent compter sur la chance et la solidarité populaire. J’ai été transporté tant bien que mal par des villageois, sur une route qui, ironie du sort, était en aussi mauvais état que celle qui m’avait blessé.
Les hôpitaux camerounais, eux aussi victimes de décennies de mauvaise gestion, offrent peu d’espoir à ceux qui y arrivent en situation d’urgence. Selon le Rapport sur la Santé en Afrique (2023), plus de 60 % des hôpitaux publics camerounais souffrent d’un manque criant de matériel médical et de personnel qualifié. Pourtant, les élites du régime ne s’y soignent jamais : elles prennent l’avion pour la France, la Suisse ou les États-Unis, pendant que le peuple est abandonné à son sort dans des structures médicales délabrées.
J’ai survécu à cet accident, mais combien d’autres n’ont pas cette chance ? Combien de Camerounais meurent chaque jour sur des routes qui devraient être sûres, dans un pays qui pourrait largement se permettre de les entretenir si les fonds publics étaient réellement investis dans le développement au lieu d’être pillés par une caste prédatrice ?
Quand l’absence d’État devient une condamnation à mort
Mon accident sur la colline de Dongui est plus qu’un simple événement personnel. Il est le symbole d’un Cameroun où l’on ne meurt pas seulement de maladie ou de vieillesse, mais aussi de négligence, de corruption et de l’abandon total du peuple par ses dirigeants. Au Cameroun, chaque trajet est un pari sur la vie. Chaque kilomètre parcouru est un défi contre la mort.
Et le plus tragique, c’est que cet état des routes n’est pas une fatalité. D’autres pays africains, avec des budgets similaires, ont su construire et entretenir des infrastructures viables. Le Rwanda, malgré des ressources bien moindres, possède un réseau routier en bien meilleur état que le Cameroun, simplement parce que la corruption y est combattue et que l’argent public sert réellement à l’intérêt collectif.
Mais au Cameroun, l’État ne sert pas le peuple. Il le méprise. Il le sacrifie. Il lui impose une souffrance quotidienne qui, à force d’être banalisée, est devenue la norme. Et c’est cette normalisation du chaos qui est la plus révoltante.
Je suis reparti de la colline de Dongui avec une jambe meurtrie, mais avec une détermination encore plus forte : ce pays ne changera pas tant que ceux qui l’ont plongé dans cet état ne seront pas balayés.
Si nous acceptons cet état des choses, alors nous nous condamnons nous-mêmes à mourir sur des routes éventrées, dans des hôpitaux sans médicaments, dans des écoles qui s’effondrent. Mais si nous refusons, si nous nous levons pour exiger des comptes, pour réclamer la justice, alors il reste un espoir.
De la route délabrée aux obsèques d’une mère : une transition amère
Malgré la douleur et les séquelles de mon accident, je n’avais pas le luxe de m’arrêter. Un autre combat m’attendait : rendre un dernier hommage à ma mère, dans un pays où même le deuil est politisé. Car si la route du Cameroun est un enfer physique, le système politique qui l’accompagne est un enfer moral où la division, la haine et la peur dictent qui peut pleurer avec vous et qui ne le peut pas.

A suivre …
AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère ( Racontée en 5 parties)
PARTIE I : Introduction et Chapitre 1

INTRODUCTION: Un voyage de deuil, un retour à l’enfer
Dans le cadre de mes publications académiques, j’ai souvent l’opportunité de voyager, de parcourir le monde pour confronter mes idées avec d’autres chercheurs, pour débattre de la gouvernance, du développement et des systèmes politiques. Mais aucun voyage ne m’a autant marqué que mon retour au Cameroun pour les obsèques de ma mère.
Parti au pays avec deux pieds, j’en suis reparti avec trois, une béquille sous le bras et le poids du désespoir dans le cœur. Ce n’était pas qu’un deuil personnel que je vivais, mais le deuil d’un pays en perdition, d’un État en lambeaux, d’une société où la souffrance est devenue une norme et où l’injustice est érigée en système.
Ce récit n’est pas seulement le témoignage d’un seul individu que je suis, il s’agit d’une réalité partagée par des millions de Camerounais qui, qu’ils soient sur place ou à l’étranger, sont piégés dans un pays où tout est conçu pour briser les âmes, humilier les citoyens et les priver de leur dignité. Ce que j’ai vécu en quelques semaines est le quotidien de ceux qui y survivent chaque jour : des infrastructures abandonnées, un État absent, une administration corrompue, un système de santé en ruine et une société profondément divisée par la politique du régime en place.
À travers cinq étapes marquantes – de la destruction d’un pont à Ngompem et du mépris des autorités, à ma tentative désespérée de reconstruire ce que l’État refusait de réparer ( à mes propres frais = 3 500 000 FCFA) , en passant par un accident sur des routes délabrées, l’isolement social dû à mon engagement politique et un exil médical forcé – je raconte ici le calvaire d’un peuple pris au piège d’un régime qui ne lui offre qu’une alternative : la soumission ou la mort.
Le Cameroun de Paul Biya est devenu un enfer à ciel ouvert où la misère est institutionnalisée, où la jeunesse est abandonnée, où les élites gouvernantes ne se préoccupent que de leur propre survie. Ce texte n’est pas un simple témoignage, c’est un cri d’alarme, une radiographie d’un pays en état de décomposition avancée. Il met en évidence les maux profonds qui gangrènent notre société et appelle à une prise de conscience collective, car il ne s’agit pas que du sort d’un individu, mais bien de l’avenir de tout un peuple.
CHAPITRE 1 . L’indifférence criminelle de l’État : 31 Décembre 2025 à Pouma, le combat pour un pont et la dignité des citoyens

Lorsque je suis retourné au Cameroun après quelques jours Angleterre après un séminaire, pour les obsèques de ma mère, je ne m’attendais pas à être confronté à l’une des formes les plus manifestes du mépris de l’État pour ses citoyens : la privation du droit fondamental à la mobilité. À Ngompem, dans l’arrondissement de Pouma, un pont essentiel reliant le même village avait été détruit depuis plus de trois ans par une entreprise privée opérant sous le regard passif des autorités locales.
Ce pont, loin d’être un simple ouvrage d’ingénierie, représentait un lien vital pour les populations locales, leur permettant d’accéder aux marchés, aux écoles, aux hôpitaux et aux services administratifs. Sans lui, ces citoyens étaient réduits à l’isolement, coupés du reste du pays comme des prisonniers enfermés dans un ghetto à ciel ouvert.

Le 31 décembre 2024, je me suis rendu au conseil municipal de Pouma pour exiger des explications. Face à moi, le représentant du Préfet de la SANAGA MARITIME, le maire adjoint de Pouma, le sous-préfet, les membres du conseil municipal, tous figures d’une administration qui prétend gouverner mais qui, en réalité, abandonne ses citoyens à leur sort. Ils ne voulaient pas me donner la parole, comme si évoquer le sort de ces populations invisibilisées était une offense. Ils ne voulaient pas entendre que depuis trois à quatre ans, des Camerounais étaient privés de leur droit le plus élémentaire : celui de se mouvoir. Leur attitude était symptomatique d’un régime qui a fait de la surdité institutionnelle un mode de gouvernance.
L’infrastructure : un luxe réservé aux grandes villes et aux élites

Le cas du pont de Ngompem n’est pas un incident isolé. Il est le reflet d’un problème systémique au Cameroun : la négligence des infrastructures, en particulier celles situées en dehors des centres urbains stratégiques. Selon un rapport de la Banque Mondiale (2022), plus de 60% des routes au Cameroun sont en mauvais état, et près de 45% des localités rurales sont difficilement accessibles pendant la saison des pluies. Pourtant, la Constitution camerounaise et plusieurs engagements internationaux signés par l’État garantissent le droit à la libre circulation comme un principe fondamental.
Alors que les membres du gouvernement voyagent en jets privés et que les hauts fonctionnaires circulent dans des véhicules de luxe achetés avec l’argent du contribuable, des millions de Camerounais risquent leur vie chaque jour sur des routes défoncées, des ponts effondrés, des pistes impraticables. L’injustice saute aux yeux : l’argent qui aurait pu être investi pour améliorer les infrastructures publiques est détourné pour enrichir une élite restreinte qui ne se sent redevable à personne.
Le mépris des autorités : une politique de l’inaction
Lors de cette réunion du conseil municipal, j’ai vu de mes propres yeux à quel point les dirigeants locaux ne se sentaient ni responsables ni concernés par les souffrances des populations qu’ils sont censés administrer. Non seulement ils ont refusé de me donner la parole, mais ils ont également cherché à minimiser le problème, comme si trois ans d’isolement forcé n’étaient qu’un désagrément mineur.
Ce mépris pour les doléances des citoyens est un des traits caractéristiques du régime Biya. D’après le classement 2023 de l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine, le Cameroun se classe 35e sur 54 pays africains en matière de participation et de droits humains, ce qui reflète le manque de considération des autorités pour les préoccupations des populations. L’administration camerounaise fonctionne comme une forteresse bureaucratique coupée du monde réel, où les décisions sont prises sans consultation, où l’inaction est la règle et où toute voix dissidente est réduite au silence.
L’absence de responsabilité : une impunité institutionnalisée

Le scandale du pont de Ngompem n’est qu’un exemple parmi tant d’autres où l’administration refuse de rendre des comptes. Qui est responsable de sa destruction ? Pourquoi aucune entreprise n’a été tenue de le reconstruire ? Où sont passés les fonds censés être alloués à l’entretien des infrastructures ? Ces questions restent sans réponse, car dans un pays où la corruption siphonne près de 30% du budget de l’État chaque année (Transparency International, 2023), les dirigeants ne se sentent pas obligés de justifier leur incompétence.
En réalité, la destruction du pont est le résultat d’un système où les entreprises privées, souvent liées à des membres influents du régime, peuvent détruire des infrastructures publiques en toute impunité, sans jamais être inquiétées. L’administration locale, au lieu de défendre les intérêts des populations, se contente d’observer passivement, ou pire, de tirer profit de ces situations.
Une administration qui nie l’humanité de son peuple
Ce qui m’a le plus marqué lors de cette confrontation avec le conseil municipal de Pouma, ce n’est pas seulement leur refus de m’écouter, mais l’indifférence avec laquelle ils ont balayé les souffrances de milliers de personnes. Cette attitude traduit une vérité plus profonde : dans le Cameroun de Paul Biya, l’État ne considère pas ses citoyens comme des êtres humains dignes de respect, mais comme des sujets dont on peut ignorer les droits et la dignité.
Il ne s’agit pas seulement d’un pont détruit. Il s’agit d’une politique d’abandon délibéré, d’une stratégie où l’État punit les populations rurales en les privant des services les plus élémentaires. Il s’agit d’une mentalité où la classe dirigeante vit dans une bulle de privilèges pendant que le reste du pays s’enfonce dans la misère et l’oubli.
Ce jour-là, en quittant la salle du conseil municipal sans avoir été écouté, j’ai compris une chose essentielle : dans ce pays, il ne suffit pas de dénoncer, il faut agir, car l’État ne viendra jamais au secours de son peuple. Et c’est ainsi que j’ai pris la décision qui allait marquer la deuxième étape de mon séjour : reconstruire moi-même ce que le gouvernement avait laissé s’effondrer.
CHAPITRE 2. Construire avec le peuple ce que l’État a détruit : un acte de résistance face à l’abandon
L’ARMÉE CAMEROUNAISE : LE DERNIER REMPART DE L’ÉTAT DÉVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE, DE LA DÉMOCRATIE ET LE SOCLE D’UNE JEUNESSE EN QUÊTE DE REPÈRE

Introduction
J’ai eu l’honneur de donner des séminaires à l’École Internationale de Guerre de Yaoundé, un lieu emblématique où se forment les esprits stratégiques les plus brillants d’Afrique. C’est dans cet environnement que j’ai saisi pleinement une vérité souvent ignorée : l’armée n’est pas seulement une institution militaire, elle est l’épine dorsale de la souveraineté nationale, le dernier bastion de la démocratie et un moteur de transformation sociale.
Aujourd’hui, le Cameroun traverse des turbulences multiples. Sa jeunesse, confrontée à un chômage galopant, à l’effritement des valeurs traditionnelles et à la montée des divisions sociopolitiques, manque cruellement de repères. Les institutions civiles vacillent sous le poids des crises, et les conflits internes dans les régions anglophones ou l’Extrême-Nord menacent l’unité nationale. Dans ce contexte, l’armée camerounaise se dresse comme un pilier inébranlable, garantissant la stabilité démocratique et incarnant une citoyenneté active.
Il est vrai que l’armée n’échappe pas à la critique. Certains abus isolés dans les zones de conflit ont alimenté des débats houleux, et des organisations internationales ont pointé du doigt des dysfonctionnements. Pourtant, réduire cette institution à ces incidents serait une erreur profonde et injuste. Car, au-delà des polémiques, l’armée camerounaise est un modèle incontestable de discipline, de patriotisme et de service communautaire. Elle transcende son rôle militaire pour devenir un acteur de développement, de cohésion sociale et un repère essentiel pour une jeunesse en quête de direction.
Plus qu’un simple rempart contre les menaces internes et externes, l’armée est aujourd’hui le dernier garant de la démocratie camerounaise. Dans une sous-région marquée par des coups d’État et des transitions forcées, elle a su maintenir une neutralité politique exemplaire et protéger les fondements constitutionnels du pays. À une époque où la résilience de l’État est testée, où les tensions identitaires mettent à mal l’unité, et où les jeunes cherchent une voie, le Cameroun a plus que jamais besoin de son armée pour préserver sa souveraineté et raviver l’espoir d’une nation unie.
Cet article défend une thèse inhabituelle mais profondément ancrée dans la réalité : l’armée camerounaise, malgré ses défis, incarne le dernier rempart contre la fragmentation sociale et politique. Par ses actions de développement communautaire, son engagement civique et son rôle stabilisateur, elle représente une institution indispensable pour la survie et l’épanouissement du modèle républicain camerounais. Quand tout vacille, l’armée demeure le socle sur lequel le Cameroun peut reconstruire son avenir.
I. L’armée camerounaise : un modèle de citoyenneté républicaine
Dans un Cameroun marqué par des fractures sociales et des tensions régionales, l’armée camerounaise s’est affirmée comme un pilier de la citoyenneté républicaine. Sa mission dépasse le simple maintien de l’ordre et la défense des frontières. Elle incarne des valeurs fondamentales qui structurent la société : l’unité nationale, la discipline, le respect des institutions et la promotion d’une citoyenneté active.
A. Une institution garante de l’unité nationale
Depuis l’indépendance, l’armée camerounaise a été pensée comme une institution capable de transcender les divisions ethniques et linguistiques du pays. À travers une politique de recrutement inclusive, elle reflète la diversité culturelle du Cameroun, ce qui renforce son rôle dans la consolidation de l’unité nationale.
Selon Tchouala (2018), « la structure multiethnique des forces armées camerounaises symbolise une volonté de dépasser les clivages identitaires et de forger un véritable esprit de fraternité nationale ».
• Exemple concret : Chaque année, l’École Militaire Interarmées (EMIA) forme des officiers provenant de toutes les régions du Cameroun. Ces futurs cadres, en interagissant avec des camarades issus d’autres groupes culturels, développent une vision unifiée et collective de la nation.
L’armée s’efforce également d’apaiser les tensions régionales par sa présence dans les zones historiquement marginalisées. Par exemple, dans l’Extrême-Nord, elle ne se limite pas à lutter contre Boko Haram, mais elle s’implique aussi dans des projets de développement, renforçant ainsi la confiance entre les populations locales et l’État.
B. La discipline et le patriotisme comme piliers éducatifs
L’armée camerounaise est non seulement une force de défense, mais aussi une école de discipline et de patriotisme. Dès leur intégration, les recrues reçoivent une formation rigoureuse basée sur des valeurs telles que l’intégrité, la loyauté et le service à la nation.
Pondi (2016) souligne que « l’armée camerounaise incarne une école de citoyenneté où les recrues apprennent à mettre l’intérêt collectif au-dessus des intérêts individuels ».
• Exemple concret : Les célébrations annuelles de la fête nationale du 20 mai, organisées par les forces armées, ne se limitent pas à des parades militaires. Elles incluent des ateliers éducatifs pour les jeunes, visant à promouvoir le sens du devoir et l’amour pour la patrie.
Ces efforts se traduisent également par la participation de l’armée à des programmes de sensibilisation dans les écoles. En 2022, par exemple, des officiers ont visité 50 établissements scolaires dans tout le pays pour dispenser des cours sur le civisme, le respect des institutions et les droits humains. Cette initiative, organisée en partenariat avec le ministère de l’Éducation de base, a touché plus de 30 000 élèves.
C. L’armée comme rempart contre les dérives populistes
Dans un environnement marqué par des tensions politiques croissantes, l’armée camerounaise joue un rôle crucial en tant que stabilisateur institutionnel. Contrairement à certaines armées de la sous-région, souvent instrumentalisées à des fins partisanes, l’armée camerounaise a su maintenir une neutralité politique.
• Comparaison régionale :
• Au Tchad, l’armée est souvent perçue comme un outil de répression au service des régimes en place.
• En République centrafricaine, des éléments des forces armées se sont alignés sur des factions politiques, exacerbant les conflits internes.
En revanche, l’armée camerounaise a su préserver son image de gardienne des institutions républicaines, favorisant la stabilité et la cohésion sociale.
• Exemple concret : Lors des élections générales de 2018, l’armée a été déployée pour sécuriser le processus électoral dans les zones sensibles. Contrairement à d’autres pays où les forces militaires interfèrent dans les résultats, l’armée camerounaise a strictement respecté son rôle, contribuant à renforcer la crédibilité des institutions démocratiques.
D. Une réponse aux crises identitaires et sociales
Le Cameroun, souvent qualifié d’« Afrique en miniature » en raison de sa diversité ethnique, linguistique et religieuse, fait face à des défis identitaires majeurs. Dans ce contexte, l’armée joue un rôle pédagogique en renforçant les valeurs de respect et de tolérance.
Selon Mouiche (1996), « en associant des jeunes de différents horizons au sein des forces armées, l’armée camerounaise crée un espace de dialogue interculturel, atténuant ainsi les tensions communautaires ».
En 2021, dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des campagnes de sensibilisation menées par l’armée ont mis l’accent sur la coexistence pacifique. Ces efforts incluaient des ateliers sur le vivre-ensemble, animés par des officiers formés en médiation culturelle.
II. Un acteur central du développement communautaire
Loin de se limiter à ses fonctions traditionnelles de défense et de sécurité, l’armée camerounaise s’illustre comme un moteur de développement communautaire. Ses actions vont au-delà des opérations militaires, en touchant directement des aspects critiques du bien-être social. Dans un pays où les inégalités régionales persistent, notamment dans les zones enclavées, l’armée joue un rôle de bâtisseur et de vecteur de transformation sociale.
A. Contributions concrètes au développement local
Les contributions de l’armée camerounaise au développement communautaire se matérialisent par la construction et la réhabilitation d’infrastructures dans des zones délaissées. Ces initiatives, menées souvent en collaboration avec des organisations locales et internationales, visent à améliorer l’accès aux services essentiels.
• Projets d’infrastructures :
En 2021, l’armée a construit 15 écoles dans des zones rurales des régions du Nord et de l’Extrême-Nord, accueillant plus de 10 000 élèves. Ces écoles ont permis de scolariser des enfants déplacés par les conflits avec Boko Haram, offrant ainsi une chance à la jeunesse d’accéder à une éducation de base.
• Exemple spécifique : À Mozogo (Extrême-Nord), une unité du Génie militaire a construit un centre scolaire entièrement équipé pour des élèves déplacés, avec le soutien de l’UNICEF.
• Amélioration des infrastructures de santé :
En collaboration avec le ministère de la Santé, l’armée a réhabilité plusieurs centres de santé dans les régions isolées. En 2020, 4 centres médicaux ont été remis à neuf dans la région de l’Est, facilitant l’accès aux soins pour plus de 50 000 habitants.
• Accès à l’eau potable :
Des forages ont été installés dans des villages éloignés, comme ceux de la région de l’Adamaoua, permettant à des milliers de familles de bénéficier d’un accès à l’eau potable. Ces efforts réduisent les risques de maladies hydriques dans des zones particulièrement vulnérables.
B. Soutien humanitaire en temps de crise
L’armée camerounaise joue également un rôle humanitaire crucial lors des crises humanitaires et des catastrophes naturelles. Dans ces situations, ses capacités logistiques et organisationnelles deviennent un atout indispensable pour répondre aux besoins urgents des populations.
• Réponse aux déplacements massifs :
Les conflits avec Boko Haram dans l’Extrême-Nord ont entraîné des déplacements massifs de populations. En 2020, l’armée a distribué des vivres, des vêtements et des fournitures médicales à plus de 20 000 réfugiés internes dans les camps de Kolofata et Mora.
Human Rights Watch (2021) reconnaît que « l’armée camerounaise, en dépit de défis structurels, a su mobiliser ses ressources pour atténuer les souffrances des populations déplacées. »
• Aide en période de catastrophes naturelles :
Lors des inondations de 2019 dans la région de l’Extrême-Nord, l’armée a déployé des équipes pour construire des digues temporaires, reloger des familles et distribuer des vivres. Ces interventions ont permis d’éviter une aggravation de la crise humanitaire.
• Soins médicaux d’urgence :
En partenariat avec des ONG, l’armée a mis en place des cliniques mobiles pour fournir des soins gratuits dans les zones de conflit. En 2022, plus de 5 000 consultations médicales ont été réalisées grâce à ces initiatives dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
C. Programmes éducatifs et civiques pour la jeunesse
Consciente de l’importance de l’éducation et de la formation civique, l’armée a développé des programmes spécifiques pour la jeunesse camerounaise. Ces initiatives visent à inculquer des valeurs citoyennes, à promouvoir la discipline et à encourager la participation communautaire.
• Camps civiques pour les jeunes :
Depuis 2018, des camps organisés par les forces armées accueillent chaque année des milliers de jeunes Camerounais. Ces camps enseignent des compétences pratiques (agriculture, menuiserie, etc.) tout en sensibilisant les participants aux droits et devoirs des citoyens.
• Exemple spécifique : En 2022, un camp civique organisé à Garoua a formé 500 jeunes, dont beaucoup étaient issus de milieux vulnérables.
• Ateliers de sensibilisation au civisme :
L’armée organise régulièrement des ateliers dans les écoles secondaires, où des officiers expliquent aux élèves l’importance de valeurs telles que le respect des institutions, la solidarité et le patriotisme. Ces actions ont touché plus de 30 000 élèves entre 2019 et 2022, selon le ministère de la Défense.
• Promotion de l’engagement communautaire :
En encourageant les jeunes à participer à des projets locaux, l’armée crée des ponts entre les générations et favorise un sentiment d’appartenance à la nation. Par exemple, des campagnes de reboisement menées dans la région de l’Ouest ont mobilisé plus de 1 000 jeunes volontaires sous la supervision de militaires.
D. L’armée comme catalyseur du vivre-ensemble
Le Cameroun, pays aux multiples identités culturelles, linguistiques et religieuses, a souvent été confronté à des tensions communautaires. L’armée, par son action inclusive et ses initiatives de dialogue, s’est imposée comme un acteur clé du vivre-ensemble.
• Exemple spécifique : Dans les régions anglophones, où les tensions sont particulièrement vives, des officiers spécialement formés en médiation culturelle ont organisé des forums de dialogue en 2021. Ces initiatives, qui ont réuni des leaders communautaires, religieux et des jeunes, ont permis de désamorcer certaines tensions locales.
Selon Mouiche (1996), « en intervenant dans les crises sociales avec une approche de dialogue et de médiation, l’armée transcende son rôle militaire pour devenir un acteur du renforcement de la cohésion nationale. »
III. Une institution exemplaire malgré les défis et une comparaison régionale favorable
Bien que l’armée camerounaise joue un rôle fondamental dans la consolidation de la citoyenneté et le développement communautaire, elle n’échappe pas à des défis. Ces défis, bien que notables, n’éclipsent pas son caractère exemplaire, surtout lorsqu’elle est comparée aux armées de la sous-région Afrique centrale. Cette partie met en lumière les critiques, les réformes en cours, et démontre pourquoi l’armée camerounaise reste un modèle face à ses homologues régionaux.
A. Des défis liés aux conflits internes
Depuis 2016, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont en proie à une crise sociopolitique connue sous le nom de conflit anglophone. Ce conflit a mis à rude épreuve l’armée camerounaise, qui s’efforce de rétablir la paix tout en limitant les débordements. Cependant, des incidents isolés d’abus ont terni son image.
• Critiques des ONG : Des organisations comme Human Rights Watch ont documenté des cas d’arrestations arbitraires, d’exactions et de violences commises par certains éléments de l’armée. Par exemple, un rapport de 2021 mentionne des abus dans les localités de Bamenda et Kumbo, affectant la perception de l’armée dans ces zones.
Mouiche (1996) nuance cette critique en affirmant que « les dérives observées dans les zones de conflit ne doivent pas occulter le rôle stabilisateur et éducatif global de l’armée camerounaise. »
• Réformes en cours : En réponse, l’État camerounais a renforcé les formations en droits humains pour les militaires déployés dans ces zones. En 2022, 500 soldats ont suivi des séminaires sur le droit international humanitaire, en partenariat avec le Comité international de la Croix-Rouge.
B. Une gestion délicate des tensions communautaires
Outre les zones anglophones, l’armée opère également dans l’Extrême-Nord, où elle combat Boko Haram. Si les interventions ont permis de limiter l’expansion du groupe terroriste, des tensions subsistent entre l’armée et certaines populations locales.
• Exemple concret : À Kolofata en 2020, des accusations de pillages ont été portées contre des soldats, ce qui a nécessité une intervention disciplinaire des autorités militaires.
• Réaction institutionnelle : Ces incidents, bien qu’isolés, ont poussé l’armée à renforcer ses mécanismes internes de contrôle et à établir des équipes de médiation pour désamorcer les tensions.
C. Comparaison avec les armées de la sous-région
Lorsque l’on compare l’armée camerounaise aux autres forces armées d’Afrique centrale, il devient évident qu’elle s’affirme comme un modèle de discipline et de citoyenneté, en particulier dans son approche du développement communautaire.
1. Cameroun vs Tchad : une armée plus équilibrée
Le Tchad est souvent perçu comme une puissance militaire dans la lutte contre le terrorisme. Cependant, l’armée tchadienne est critiquée pour son manque de neutralité politique et son recours fréquent à la répression.
• Comparaison :
• L’armée tchadienne, bien qu’efficace sur le plan militaire, reste un outil du régime pour asseoir son autorité.
• En revanche, l’armée camerounaise, malgré des défis internes, montre une volonté d’équilibrer ses missions militaires avec des actions sociales et civiques.
2. Cameroun vs Gabon : une armée plus impliquée dans la société civile
Au Gabon, l’armée est principalement concentrée sur la protection du régime en place, avec peu d’implication dans le développement communautaire.
• Comparaison :
• Contrairement au Cameroun, où l’armée construit des écoles, des routes et distribue des vivres, l’armée gabonaise reste cantonnée à un rôle de maintien de l’ordre.
• Les projets sociaux de l’armée camerounaise renforcent son lien avec la population, un point souligné par Tchouala (2018), qui affirme que « l’armée camerounaise, par ses actions civiques, bâtit un pont entre l’État et le peuple. »
3. Cameroun vs République centrafricaine : un rôle stabilisateur
En République centrafricaine, l’armée nationale est affaiblie et dépend fortement des forces étrangères pour maintenir l’ordre. Le Cameroun, en revanche, dispose d’une armée autonome et proactive, capable de mener des missions complexes sans dépendre d’appuis extérieurs.
D. Les réformes nécessaires pour maintenir l’exemplarité
Malgré ses réussites, l’armée camerounaise peut encore améliorer certains aspects pour consolider son rôle exemplaire. Voici quelques pistes :
1. Renforcer la transparence :
• La création d’une commission indépendante pour surveiller les abus dans les zones de conflit renforcerait la confiance du public.
2. Améliorer la formation continue :
• Intégrer des modules de gestion des tensions communautaires et de médiation culturelle dans les programmes de formation des officiers.
3. Institutionnaliser les partenariats civils :
• Collaborer davantage avec les ONG et les associations locales pour maximiser l’impact des projets sociaux et humanitaires.
IV. L’armée camerounaise : dernier rempart de la démocratie camerounais
Selon Pondi (2016), « l’armée camerounaise, en se tenant à l’écart des conflits politiques, incarne l’idéal d’une force armée républicaine entièrement dédiée au service de la nation. »
Dans un contexte où les institutions civiles vacillent sous le poids des crises politiques, économiques et sociales, l’armée camerounaise s’impose comme le dernier rempart de la démocratie et de la souveraineté nationale. Bien plus qu’un simple outil de défense, elle joue un rôle stratégique dans la préservation des valeurs républicaines et la stabilité démocratique. Cette section met en lumière son rôle clé en tant que garant de l’ordre constitutionnel et de la cohésion nationale.
A. Une neutralité politique exemplaire
Contrairement à d’autres pays de la sous-région où les armées se sont souvent impliquées dans des coups d’État ou des luttes de pouvoir, l’armée camerounaise a su maintenir une neutralité politique qui renforce sa légitimité et sa crédibilité.
• Un positionnement non partisan :
• Lors des élections générales de 2018, marquées par des tensions politiques, l’armée a assuré la sécurité du processus électoral sans interférer dans les résultats. Elle a permis aux institutions civiles de fonctionner normalement tout en veillant à la protection des populations.
• Un contraste avec les armées de la région :
• Au Tchad ou en Guinée équatoriale, les forces armées sont régulièrement perçues comme des outils de maintien au pouvoir des régimes en place. À l’opposé, l’armée camerounaise s’efforce de préserver une indépendance qui la distingue dans une sous-région souvent marquée par des dérives autoritaires.
B. Un rôle clé dans la protection de la souveraineté nationale
Face aux menaces internes et externes, l’armée est un acteur incontournable pour garantir l’intégrité territoriale et la continuité de l’État.
1. La lutte contre les insurrections internes :
• Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, l’armée a été déployée pour protéger les institutions républicaines contre les velléités sécessionnistes. Bien que des abus aient été signalés, son rôle central dans le maintien de l’ordre et la défense de l’intégrité territoriale est indéniable.
• Exemple concret : En 2020, les forces armées ont sécurisé les administrations locales de Bamenda, permettant à la justice et aux services publics de reprendre leurs fonctions.
2. La lutte contre les menaces transnationales :
• Face à Boko Haram, l’armée a non seulement protégé le Cameroun, mais a également collaboré avec les pays voisins dans le cadre de la Force multinationale mixte (FMM) pour garantir la stabilité régionale.
Human Rights Watch (2021) note que « l’armée camerounaise, malgré ses défis, est un pilier dans la lutte contre le terrorisme en Afrique centrale, contribuant à préserver la souveraineté nationale et régionale. »
C. Un garant de la continuité constitutionnelle
L’armée camerounaise est aussi un rempart contre les menaces qui pourraient ébranler la démocratie, telles que les tentatives de prise de pouvoir illégale ou les crises institutionnelles.
• Un engagement en faveur de la légalité constitutionnelle :
• En 2019, alors que certains groupes politiques contestaient la légitimité des institutions, l’armée s’est mobilisée pour protéger les infrastructures publiques et garantir la continuité des services de l’État.
• Exemple concret : Lors des manifestations post-électorales de 2018, les forces armées ont agi en concert avec la police pour éviter les débordements, tout en respectant les principes de proportionnalité.
• Une position de stabilisateur national :
• Contrairement à certains pays d’Afrique où les transitions de pouvoir sont souvent accompagnées de crises militaires, le Cameroun a bénéficié de la stabilité relative offerte par une armée disciplinée et respectueuse de l’ordre républicain.
D. L’armée comme ultime protectrice des libertés publiques
Bien que l’armée soit associée à la sécurité et à l’ordre, elle joue également un rôle indirect dans la protection des libertés publiques. En sécurisant les processus démocratiques et en veillant à la continuité de l’État, elle garantit un environnement où les citoyens peuvent exercer leurs droits fondamentaux.
• Exemple concret : Lors des élections municipales et législatives de 2020, l’armée a été déployée dans les régions sensibles pour permettre aux citoyens de voter en toute sécurité.
• Tchouala (2018) affirme que « l’armée camerounaise, en sécurisant l’espace public, permet l’expression des libertés fondamentales tout en évitant les dérives anarchiques. »
V. Recommandations pour pérenniser le rôle modèle de l’armée camerounaise
Si l’armée camerounaise s’est affirmée comme un pilier de citoyenneté et de développement communautaire, elle doit encore consolider son rôle pour répondre pleinement aux attentes d’une jeunesse en quête de repères. Cette section propose des recommandations stratégiques visant à renforcer son impact civique, sa crédibilité et son exemplarité, tout en maximisant son influence positive sur la société camerounaise.
A. Renforcer la transparence et la reddition des comptes
L’une des principales critiques adressées à l’armée camerounaise concerne le manque de transparence dans certaines de ses opérations, en particulier dans les zones de conflit. Pour préserver sa légitimité et renforcer la confiance des populations, des mécanismes de contrôle et de reddition des comptes doivent être mis en place.
1. Créer une commission indépendante de surveillance :
• Une entité autonome composée de représentants de l’armée, d’organisations de la société civile et d’experts en droits humains pourrait enquêter sur les abus et recommander des mesures disciplinaires.
• Exemple inspirant : Le Rwanda a mis en place des organes de suivi similaires pour garantir l’éthique de ses forces armées, contribuant à améliorer leur image internationale.
2. Publier des rapports périodiques sur les activités militaires :
• Un rapport annuel détaillant les actions civiques, les dépenses et les progrès réalisés dans les zones de conflit renforcerait la transparence.
B. Investir davantage dans la formation aux droits humains
L’efficacité de l’armée camerounaise repose sur la discipline de ses membres, mais celle-ci doit être complétée par une solide formation sur les droits humains et les principes de citoyenneté.
1. Institutionnaliser la formation en droit international humanitaire :
• Tous les niveaux hiérarchiques devraient suivre des modules obligatoires sur les droits humains, le droit des conflits armés et les techniques de gestion des populations civiles.
2. Renforcer la sensibilisation à la médiation communautaire :
• Former des officiers spécialisés dans la gestion des tensions intercommunautaires, notamment dans les régions anglophones et septentrionales.
Selon Mouiche (1996), « une armée qui intègre la médiation dans son approche stratégique devient un acteur clé de pacification et de réconciliation nationale. »
C. Étendre les initiatives civiques pour la jeunesse
Pour répondre à la désorientation de la jeunesse camerounaise, l’armée pourrait intensifier ses programmes de sensibilisation et d’encadrement civique. Ces initiatives seraient une réponse directe aux frustrations des jeunes et un moyen efficace de promouvoir les valeurs républicaines.
1. Multiplier les camps civiques à l’échelle nationale :
• Organiser des sessions régulières pour former les jeunes aux principes de citoyenneté, de leadership et de participation communautaire.
• Exemple concret : Les camps organisés dans la région de Garoua en 2022 pourraient être élargis à d’autres régions, avec un objectif de toucher au moins 10 000 jeunes par an.
2. Créer un programme de volontariat civique encadré par l’armée :
• Inspiré du service civique dans d’autres pays, ce programme impliquerait les jeunes dans des projets locaux (reboisement, construction d’infrastructures, campagnes de sensibilisation).
3. Inclure des formations professionnelles :
• Offrir aux jeunes des compétences transférables (artisanat, agriculture, informatique) pour améliorer leur employabilité tout en renforçant leur engagement civique.
D. Intensifier les collaborations avec les acteurs civils et internationaux
L’armée camerounaise ne peut maximiser son impact civique et communautaire sans une collaboration étroite avec d’autres acteurs. Les partenariats avec des organisations locales et internationales peuvent renforcer les capacités et les ressources nécessaires pour ses projets.
1. Travailler avec les ONG locales :
• Impliquer des organisations comme Redhac (Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale) dans les programmes de sensibilisation aux droits humains.
2. Mobiliser les ressources internationales :
• Coopérer avec des institutions comme l’UNICEF ou l’OMS pour des projets humanitaires et éducatifs.
• Exemple inspirant : Le partenariat entre l’armée et l’UNICEF dans l’Extrême-Nord a permis de construire des écoles et de fournir un accès à l’eau potable à des milliers de familles.
3. Créer des plateformes de dialogue interinstitutionnel :
• Organiser des forums réguliers entre l’armée, les communautés locales, les leaders religieux et les associations pour discuter des priorités communautaires.
E. Améliorer les conditions de vie des militaires pour renforcer leur exemplarité
L’efficacité et l’intégrité des forces armées dépendent également de leurs conditions de vie et de travail. Il est essentiel de garantir un environnement qui motive les soldats à donner le meilleur d’eux-mêmes.
1. Revaloriser les salaires et les primes :
• Une rémunération juste et compétitive réduirait les risques de corruption ou d’abus.
2. Investir dans l’équipement et les infrastructures militaires :
• Fournir des équipements modernes et renforcer les bases militaires pour améliorer les conditions de travail.
3. Offrir des programmes de soutien psychologique :
• Les soldats en première ligne, particulièrement dans les zones de conflit, devraient bénéficier d’un suivi psychologique pour faire face au stress et au traumatisme.
En investissant dans la transparence, l’éducation aux droits humains, les initiatives pour la jeunesse et les collaborations avec les acteurs civils, l’armée pourrait devenir non seulement un modèle pour le Cameroun, mais aussi une référence régionale. Plus que jamais, le Cameroun a besoin d’une armée forte, disciplinée et tournée vers l’avenir.
Conclusion
Dans un Cameroun traversé par des crises identitaires, politiques et sociales, l’armée camerounaise s’impose comme le dernier bastion de la souveraineté nationale et de la démocratie. Plus qu’une simple force de défense, elle est devenue un acteur clé du développement communautaire, le dernier rempart de la démocratie, un modèle de citoyenneté dans un pays où la jeunesse, désorientée, cherche désespérément des repères.
Par ses actions sur le terrain – construction d’écoles, réhabilitation d’infrastructures, distribution d’aides humanitaires – et son rôle dans la préservation de l’unité nationale, l’armée transcende sa mission première. Elle protège non seulement le territoire, mais aussi les valeurs républicaines qui cimentent la nation. Sa neutralité politique exemplaire, dans une région souvent marquée par des dérives autoritaires, et son engagement en faveur de la continuité constitutionnelle en font un rempart essentiel contre l’effondrement des institutions civiles.
Certes, des défis subsistent, notamment dans la gestion des conflits internes et les perceptions négatives liées à des abus isolés. Mais ces failles ne doivent pas occulter l’essentiel : l’armée est le socle de la résilience camerounaise. Elle incarne l’espoir d’un Cameroun uni, démocratique, fort et prospère, capable de surmonter ses divisions et de préparer un avenir meilleur pour sa jeunesse.
Aujourd’hui plus que jamais, le Cameroun a besoin de son armée. Elle est le rempart ultime contre le chaos, le garant de la stabilité démocratique et le moteur d’un développement inclusif. Dans un monde incertain, où les institutions chancellent, l’armée camerounaise reste le pilier sur lequel le peuple peut compter pour préserver son identité, sa souveraineté et ses aspirations républicaines.
Bibliographie
1. ALT Mabou, A. Legrand. De la crise anglophone à la construction d’un nouveau contrat social au Cameroun. Analecta, 2020. Lien PDF.
2. NEF Xavier. Le cinéma et l’éducation à la citoyenneté au Cameroun. Espace Géographique et Société Marocaine, 2021. Lien PDF.
3. Mouiche, I. Mutations socio-politiques et replis identitaires en Afrique: le cas du Cameroun. African Journal of Political Science, 1996. JSTOR.
4. Barry, M. A. L’armée guinéenne : comment et pourquoi faire ? Torrossa, 2009.
5. Pondi, J. E. Citoyenneté et pouvoir politique en Afrique centrale. 2016.
6. Tchouala, R. A. L. Diplomatie préventive et construction d’une communauté de sécurité en Afrique centrale. 2018.
« COMMISSION MÉMOIRE »: QUAND MACRON RÉÉCRIT L’HISTOIRE DU CAMEROUN SOUS LE SILENCE COMPLICE DE PAUL BIYA

Introduction
L’histoire, bien qu’elle se veuille objective, est trop souvent écrite par les vainqueurs, au détriment des vaincus, dont les voix sont réduites au silence. Dans le contexte postcolonial, cette dynamique est particulièrement visible, notamment dans les anciennes colonies africaines. Le Cameroun, marqué par une guerre d’indépendance sanglante et une répression brutale menée par les autorités coloniales françaises, en est un exemple criant. Pourtant, ce chapitre clé de l’histoire camerounaise demeure largement absent des récits officiels et des consciences collectives, relégué à la périphérie par un silence gouvernemental complice et une hégémonie narrative imposée par l’ancienne puissance coloniale.
La remise, en janvier 2025, du rapport de la « Commission Mémoire », commanditée par le président français Emmanuel Macron, prétend éclairer le rôle de la France dans la répression des mouvements indépendantistes camerounais. Mais cette initiative, loin d’être un acte de réconciliation désintéressée, soulève des interrogations profondes. Peut-on confier à l’ancien oppresseur le soin de narrer l’histoire de son oppression ? Cette démarche, bien que parée d’un vernis académique, apparaît davantage comme une tentative de justification des violences coloniales que comme une volonté sincère de rétablir la vérité. Pendant ce temps, le président camerounais Paul Biya et son gouvernement persistent dans un mutisme accablant, trahissant une incapacité à revendiquer la souveraineté mémorielle de leur propre pays.
Cette passivité, symptomatique d’une déconnexion plus large entre l’État camerounais et son histoire, soulève des questions cruciales sur les conséquences de cette abdication narrative. Un pays qui refuse de s’interroger sur son passé peut-il réellement bâtir un avenir autonome ? Comment justifier que ce soit une puissance étrangère, responsable des souffrances d’hier, qui prenne l’initiative de « faire la lumière » sur ces événements tragiques ? Cet article analyse ces enjeux avec un regard critique, en démontrant que la « Commission Mémoire » n’est pas une démarche de réhabilitation, mais un instrument politique de domination narrative. Il examine également les répercussions du silence camerounais sur l’identité nationale et plaide pour une réappropriation urgente de l’histoire par le peuple camerounais. Ce combat pour la souveraineté mémorielle est, aujourd’hui plus que jamais, un impératif pour construire un Cameroun conscient de ses luttes et maître de son destin.
A. L’Histoire Écrite par les Vainqueurs : Un Modèle Colonisateur
L’expression « l’histoire est écrite par les vainqueurs » reflète une vérité historique omniprésente : les dominants contrôlent le récit des événements, imposant leur interprétation et effaçant souvent les perspectives des dominés. Cette dynamique, particulièrement manifeste dans les contextes coloniaux, sert non seulement à légitimer la domination passée, mais aussi à perpétuer des rapports de pouvoir asymétriques dans le présent. La « Commission Mémoire » commanditée par Emmanuel Macron s’inscrit dans ce modèle colonisateur, où la narration historique devient un outil de contrôle.
La domination narrative comme prolongement de la colonisation
Dans les sociétés coloniales, l’écriture de l’histoire servait directement les intérêts des puissances dominantes. Frantz Fanon, dans Les Damnés de la Terre (1961), souligne que « le colonialisme n’est pas seulement l’occupation physique, mais aussi une destruction culturelle et narrative ». En imposant leur propre récit, les colonisateurs construisaient une image de supériorité civilisationnelle et justifiaient les violences exercées sur les peuples colonisés. La mission civilisatrice, concept central de la colonisation française, s’est appuyée sur des récits historiques déformés qui présentaient la colonisation comme un acte de bienfaisance destiné à élever les populations « arriérées ».
La rédaction des archives coloniales en est un exemple frappant. Ces documents, rédigés par des administrateurs coloniaux, mettent en avant la perspective de l’occupant tout en marginalisant les voix locales. Par exemple, les résistances africaines à la colonisation – de Samory Touré en Afrique de l’Ouest à l’UPC au Cameroun – sont souvent décrites dans les archives françaises comme des actes de rébellion ou de banditisme, et non comme des luttes légitimes pour la liberté. Cette distorsion volontaire crée une « mémoire officielle » qui, comme le souligne l’historienne Florence Bernault (Colonial Transactions: Imaginaries, Bodies, and Histories in Gabon), déshumanise les colonisés en effaçant leurs perspectives.
Exemples historiques de contrôle narratif par les vainqueurs
L’idée que les vainqueurs façonnent l’histoire pour justifier leurs actes et leur domination trouve de nombreux exemples à travers l’histoire.
1. La conquête des Amériques : Les récits européens sur la conquête du Nouveau Monde, tels que ceux des chroniqueurs espagnols comme Bartolomé de Las Casas, décrivent souvent les peuples autochtones comme barbares ou païens nécessitant une évangélisation. Ces récits ont justifié les massacres, l’esclavage et l’appropriation des terres.
2. La répression de la Commune de Paris (1871) : En France même, les récits dominants sur la Commune de Paris, écrits par les vainqueurs bourgeois, ont longtemps qualifié les communards de criminels et d’anarchistes, minimisant leurs revendications légitimes pour une société égalitaire. Ce n’est que bien plus tard que des voix critiques, comme celle de Karl Marx dans La Guerre Civile en France, ont mis en lumière les dimensions révolutionnaires de la Commune.
3. Les révoltes anti-coloniales en Afrique : Les répressions sanglantes, comme celle de la guerre d’indépendance en Algérie, ont également été narrées à travers le prisme français. Les massacres de Sétif (1945), où des milliers d’Algériens ont été tués, ont été présentés dans les récits officiels comme une réponse nécessaire à des « émeutes ». La vérité sur ces événements n’a émergé qu’après des décennies de militantisme et de recherche indépendante.
Le Cameroun : une histoire coloniale manipulée
Au Cameroun, l’Union des Populations du Cameroun (UPC) offre un exemple frappant de la manière dont les puissances coloniales et postcoloniales manipulent l’histoire. Pendant la guerre d’indépendance (1955-1971), les leaders de l’UPC, comme Ruben Um Nyobé et Félix Moumié, ont été qualifiés de « terroristes » par la France, alors qu’ils luttaient pour l’autodétermination. Cette classification, reprise par le gouvernement camerounais post-indépendance, a permis de justifier des exécutions extrajudiciaires et des massacres. Aujourd’hui encore, les archives sur cette période restent sous le contrôle de la France, limitant l’accès des chercheurs camerounais et empêchant l’émergence d’une version alternative des événements.
Le rôle de la Commission Mémoire dans ce contexte
La commande du rapport par Emmanuel Macron s’inscrit dans ce cadre de domination narrative. En centralisant l’initiative, la France conserve un rôle de « gardien » de l’histoire coloniale, privant les Camerounais de leur droit de se réapproprier leur passé. Pire encore, cette commission ne vise pas à restituer la vérité historique, mais à réhabiliter, d’une manière ou d’une autre, le rôle de la France dans le processus de décolonisation.
Comme l’affirme Achille Mbembe dans Critique de la raison nègre (2013), « le pouvoir de la narration est un pouvoir d’assujettissement ». La France, en initiant cette démarche, exerce ce pouvoir d’assujettissement en maintenant les Camerounais dans une position subalterne, où ils doivent attendre la version officielle des événements de la part de leur ancien colonisateur.
Conclusion
L’histoire, lorsqu’elle est écrite par les vainqueurs, devient un instrument de domination qui sert à justifier les injustices du passé et à consolider les inégalités du présent. La « Commission Mémoire », commandée par Emmanuel Macron, ne fait pas exception. Elle reflète un modèle colonisateur où le récit reste sous le contrôle de la puissance dominante. Pour briser ce cycle, il est impératif que le Cameroun reprenne le contrôle de sa propre narration historique, en développant ses propres institutions de recherche et en exigeant l’accès à ses archives. Une véritable réappropriation historique est essentielle pour construire un avenir souverain et équitable.
B. Un Effort de Justification et Non de Réconciliation
L’initiative de la « Commission Mémoire » commandée par le président Emmanuel Macron, censée faire la lumière sur le rôle de la France dans la répression des mouvements indépendantistes au Cameroun, semble davantage s’inscrire dans une stratégie de justification que dans une démarche sincère de réconciliation. Ce biais peut être compris comme un prolongement de la diplomatie mémorielle française, visant à atténuer les critiques sur les crimes coloniaux tout en évitant des engagements plus significatifs, tels que des excuses officielles ou des réparations.
La diplomatie mémorielle : un écran de fumée politique
Les puissances coloniales, lorsqu’elles se retrouvent confrontées à des demandes de vérité et de justice, optent souvent pour des stratégies symboliques plutôt que des mesures concrètes. Cette approche est analysée par des chercheurs comme Todd Shepard dans The Invention of Decolonization (2006), où il démontre comment la France, après la guerre d’Algérie, a construit une narrative visant à légitimer son passé tout en évitant de reconnaître pleinement les violences perpétrées. Ces efforts de « réparation symbolique » permettent à l’État de contrôler la portée des débats historiques en orientant les récits dans une direction qui minimise les demandes de justice.
Dans le cas de la « Commission Mémoire », la commande d’un rapport de près de 1 000 pages par le gouvernement français, sans consultation préalable avec des institutions ou chercheurs camerounais, est révélatrice. Cette initiative exclut les Camerounais de la narration de leur propre histoire, leur assignant une posture passive. Ce déséquilibre met en évidence une stratégie de justification où la France peut prétendre reconnaître son rôle tout en cadrant le débat selon ses propres intérêts.
La gestion coloniale des archives : un outil de justification
L’accès restreint aux archives coloniales françaises est un autre exemple de ce contrôle narratif. Florence Bernault (Archives imaginaires et pouvoir colonial en Afrique centrale, 1996) montre comment les archives sont souvent triées, censurées ou détruites pour protéger les intérêts de la puissance coloniale. La France continue d’exercer ce pouvoir en retardant l’ouverture complète de ses archives sur des périodes sensibles, comme celles liées à la répression de l’UPC au Cameroun.
Ainsi, en commandant un rapport sur son rôle dans la guerre d’indépendance camerounaise, la France ne vise pas à encourager une réappropriation camerounaise de cette mémoire, mais plutôt à maintenir le contrôle des sources et des conclusions. Cette stratégie permet d’éviter que le Cameroun ou d’autres pays ne formulent des accusations directes ou des demandes de réparations sur des bases documentées.
Exemples historiques d’efforts de justification
1. La guerre d’Algérie et les excuses tardives
L’attitude française vis-à-vis de la guerre d’Algérie illustre parfaitement cette tendance. Pendant des décennies, la France a nié la reconnaissance des tortures systématiques et des massacres commis pendant la guerre (1954-1962). Ce n’est qu’en 2018 que le président Macron a reconnu la responsabilité de la France dans la mort de Maurice Audin, un militant pro-indépendance. Cependant, cette reconnaissance ciblée est restée partielle et n’a pas été étendue aux victimes algériennes anonymes des massacres de Sétif (1945) ou de Paris (1961). En choisissant de concentrer les excuses sur des cas isolés, la France évite une remise en question globale de son passé colonial.
2. Les massacres de Sétif (1945)
Après les manifestations algériennes du 8 mai 1945, les autorités coloniales françaises ont réprimé violemment les protestataires, causant des milliers de morts. Pendant des décennies, ce massacre a été minimisé dans les récits historiques français, présenté comme une réaction nécessaire à des « troubles publics ». Ce n’est qu’à partir des années 1990 que des chercheurs algériens et français, tels que Benjamin Stora, ont commencé à remettre en question cette version officielle. Cependant, même après que la vérité sur ces massacres a été établie, la France n’a toujours pas formulé d’excuses officielles, préférant maintenir une position ambiguë.
3. Le rôle des missions civilisatrices
La justification des crimes coloniaux repose aussi sur des narratifs idéologiques comme celui de la « mission civilisatrice ». Dans Discours sur le colonialisme (1950), Aimé Césaire démontre comment les puissances coloniales, notamment la France, ont utilisé cette idée pour rationaliser les violences, l’exploitation et les génocides culturels perpétrés contre les populations colonisées. La « Commission Mémoire », en s’inscrivant dans une démarche centralisée et dirigée par la France, reflète ce même mécanisme de justification.
Les limites de la « réconciliation » dans ce contexte
L’idée de réconciliation est souvent utilisée comme un concept politique pour apaiser les tensions sans transformer les structures de pouvoir. La « Commission Mémoire » suit ce schéma en posant un cadre de « réconciliation mémorielle » qui omet les questions de justice, de réparations et de reconnaissance complète des responsabilités. En fait, cette initiative vise davantage à réhabiliter l’image de la France en Afrique qu’à engager un dialogue sincère sur son passé.
Une véritable réconciliation exigerait une démarche collaborative, où les Camerounais – universitaires, historiens, activistes et citoyens – auraient un rôle central dans l’élaboration du récit historique. En excluant cette collaboration, la France perpétue un déséquilibre néocolonial qui reproduit les inégalités héritées de la période coloniale.
Conclusion
La « Commission Mémoire » commanditée par Emmanuel Macron illustre une stratégie politique centrée sur la justification et le contrôle narratif, plutôt que sur la réconciliation ou la recherche de justice. En excluant les Camerounais du processus, elle reproduit les mécanismes de domination hérités de la colonisation. Ce type d’initiative symbolique, qui évite les mesures concrètes telles que les excuses officielles ou l’ouverture totale des archives, reflète une volonté de préserver le rôle de la France en tant qu’arbitre de son propre passé. Pour qu’une réconciliation véritable puisse émerger, il est impératif que le Cameroun prenne l’initiative de produire et de contrôler son propre récit historique.
C. Le Silence du Gouvernement Camerounais : Un Échec Historique
L’absence d’initiative du gouvernement camerounais pour faire la lumière sur les crimes coloniaux, notamment ceux perpétrés pendant la guerre d’indépendance, constitue un échec historique majeur. Ce silence institutionnel reflète non seulement un manque de volonté politique, mais aussi une incapacité à se réapproprier l’histoire nationale, privant ainsi le pays d’un fondement solide pour construire son présent et son avenir. En choisissant de ne pas confronter cette mémoire, le Cameroun renforce une dynamique de dépendance envers les anciens colonisateurs, tout en trahissant les luttes et sacrifices des figures de l’indépendance.
Une abdication mémorielle face à l’histoire nationale
Le gouvernement camerounais n’a jamais entrepris d’efforts significatifs pour réhabiliter les victimes de la répression coloniale ou pour reconnaître officiellement les luttes de l’Union des Populations du Cameroun (UPC). Ruben Um Nyobé, Félix Moumié, Ernest Ouandié, et d’autres figures emblématiques de la lutte pour l’indépendance continuent d’être marginalisés dans le récit historique officiel. Le Cameroun a ainsi manqué l’occasion de construire une mémoire nationale inclusive et unifiée.
Achille Mbembe, dans De la postcolonie : essai sur l’imagination politique en Afrique (2000), critique ce type de silence des gouvernements africains postcoloniaux. Il soutient que « le refus de réconcilier le passé avec le présent laisse des blessures ouvertes, maintenant les sociétés dans une instabilité mémorielle ». En négligeant la mémoire de la guerre d’indépendance, l’État camerounais maintient une fracture entre les générations et alimente un sentiment d’aliénation parmi les citoyens.
L’influence néocoloniale comme facteur de paralysie
Le silence du Cameroun sur ces questions ne peut être compris sans considérer l’influence persistante de la France dans ses affaires politiques. Depuis l’indépendance, le pays est marqué par des relations néocoloniales qui limitent sa souveraineté. La coopération militaire et économique entre les deux pays a souvent dissuadé les dirigeants camerounais d’adopter des positions critiques envers la France, même sur des questions historiques.
La politologue Jeanne-Hélène Fabre, dans son étude Les États postcoloniaux d’Afrique : entre dépendance et souveraineté (2011), montre comment les gouvernements africains, particulièrement ceux sous influence française, privilégient souvent le statu quo politique pour garantir leur stabilité interne. Cette dépendance se manifeste par une absence de revendications mémorielles, perçues comme risquant de compromettre des alliances stratégiques.
Exemples historiques de silences institutionnels en Afrique
Le Cameroun n’est pas le seul pays à avoir échoué dans la gestion de sa mémoire nationale, mais son cas illustre particulièrement bien les conséquences de ce silence. D’autres exemples en Afrique montrent comment l’absence d’initiatives mémorielles peut perpétuer les injustices du passé.
1. L’Algérie et le contrôle mémoriel post-indépendance
Malgré l’ampleur de la guerre d’Algérie (1954-1962), les autorités algériennes ont longtemps maintenu un discours figé, centré sur le Front de Libération Nationale (FLN), excluant les récits des autres groupes ou des victimes civiles. Cette monopolisation de la mémoire par l’État a empêché une véritable réconciliation nationale et marginalisé des pans entiers de la société.
2. L’Afrique du Sud et la Commission Vérité et Réconciliation (CVR)
Bien que l’Afrique du Sud ait établi une CVR après l’apartheid, certaines communautés, notamment les populations noires des zones rurales, se sentent encore exclues de ce processus. Cela souligne l’importance d’inclure toutes les voix dans la construction d’une mémoire nationale, un point sur lequel le Cameroun n’a même pas commencé à travailler.
3. Le Rwanda et la gestion du génocide de 1994
Le Rwanda, sous la direction de Paul Kagame, a pris des initiatives claires pour préserver la mémoire du génocide, mais l’accent mis sur une version officielle du récit a également suscité des critiques. Bien que l’intention ait été de promouvoir l’unité nationale, ce contrôle rigide de la mémoire historique montre comment les silences ou exclusions peuvent engendrer des tensions sous-jacentes.
Les conséquences du silence camerounais
L’échec du gouvernement camerounais à initier des démarches mémorielles a plusieurs conséquences graves :
1. Une mémoire fragmentée et manipulée
En n’assumant pas son passé, le Cameroun laisse le soin aux anciens colonisateurs de raconter l’histoire, comme le montre la « Commission Mémoire » initiée par Emmanuel Macron. Ce déséquilibre renforce une vision eurocentrée de l’histoire camerounaise, où les luttes anticoloniales sont soit marginalisées, soit reconfigurées pour justifier les actions de la France.
2. Un vide identitaire et politique
Le refus d’explorer cette mémoire historique prive les Camerounais d’un cadre commun pour comprendre leur passé et renforcer leur identité nationale. Comme le souligne Éric Hobsbawm dans Nations and Nationalism since 1780, « une nation sans mémoire est une nation sans direction ». Ce vide contribue à la fragilité politique et sociale du pays.
3. La marginalisation des figures de l’indépendance
Le gouvernement actuel trahit les sacrifices des leaders de l’indépendance en ne les honorant pas comme il se doit. Par exemple, Ruben Um Nyobé, pourtant désigné comme héros national, est rarement célébré dans les discours officiels ou les manuels scolaires. Cela alimente un sentiment d’injustice parmi les populations qui se reconnaissent dans ces figures.
Un impératif de réappropriation historique
Le Cameroun doit impérativement reprendre l’initiative de l’écriture de son histoire pour sortir de cette dépendance mémorielle. Cela passe par :
• La création d’une commission nationale de la mémoire, indépendante et inclusive, qui intégrerait des historiens, des victimes et des représentants de la société civile.
• L’accès aux archives nationales et coloniales, par des accords bilatéraux avec la France, pour permettre une recherche historique autonome.
• La reconnaissance officielle des crimes commis pendant la période coloniale, accompagnée de réparations symboliques ou matérielles pour les familles des victimes.
Conclusion
Le silence du gouvernement camerounais sur les crimes coloniaux n’est pas seulement un échec mémoriel ; il reflète une abdication face aux responsabilités historiques. Ce vide contribue à maintenir les déséquilibres hérités de la colonisation et prive les générations actuelles et futures des outils nécessaires pour comprendre leur passé. Une réappropriation historique, portée par une volonté politique forte, est essentielle pour briser ce cycle de dépendance et poser les bases d’une véritable souveraineté nationale.
D. Des Conséquences sur le Présent et l’Avenir
Le refus ou l’incapacité du gouvernement camerounais à assumer et réhabiliter son passé colonial a des répercussions profondes sur le présent et l’avenir de la nation. L’absence d’une réflexion collective et critique sur cette histoire affecte non seulement l’identité nationale, mais aussi les politiques publiques, les relations internationales et la cohésion sociale. Comme l’a écrit l’historien Éric Hobsbawm dans L’Âge des extrêmes (1994), « un peuple qui ne connaît pas son passé est condamné à le répéter. » Dans le cas du Cameroun, l’inaction en matière mémorielle alimente des dynamiques de dépendance, d’injustice et d’instabilité politique.
1. Une identité nationale fragmentée et fragilisée
L’histoire coloniale et les luttes pour l’indépendance constituent des éléments fondamentaux pour forger une identité nationale cohérente. En omettant de reconnaître pleinement ces événements, le Cameroun limite la capacité de ses citoyens à se projeter comme un peuple uni autour d’un récit commun. Selon Benedict Anderson, dans Imagined Communities (1983), la mémoire collective est un des piliers essentiels pour construire une « communauté imaginée » nationale.
Au Cameroun, le silence sur des figures historiques comme Ruben Um Nyobé ou Ernest Ouandié a marginalisé des groupes entiers de la société, notamment ceux qui s’identifient à ces leaders. Ce manque de reconnaissance officielle exacerbe les tensions régionales et ethniques, car certaines populations se sentent ignorées ou trahies par l’État. En conséquence, le Cameroun reste vulnérable aux divisions internes qui affaiblissent sa stabilité politique et sociale.
Exemple : Le rôle de l’UPC
L’Union des Populations du Cameroun (UPC), pilier de la lutte pour l’indépendance, a été systématiquement effacée du récit officiel après l’indépendance. Ce vide mémoriel a non seulement effacé des épisodes cruciaux de l’histoire nationale, mais a également empêché les Camerounais de tirer des leçons des sacrifices et des erreurs de cette période. L’oubli délibéré des luttes de l’UPC a laissé des blessures ouvertes parmi les descendants des militants et a contribué à l’érosion du sentiment d’appartenance nationale.
2. Des relations internationales marquées par une dépendance persistante
L’absence d’une posture mémorielle claire fragilise également les relations internationales du Cameroun. En négligeant de confronter la France sur son rôle historique, le gouvernement camerounais perpétue une relation néocoloniale marquée par des déséquilibres de pouvoir. La France continue de dicter les termes du dialogue mémoriel, comme en témoigne la « Commission Mémoire » commandée par Emmanuel Macron, initiative qui positionne la France comme l’arbitre de sa propre culpabilité.
L’économiste et historien Samir Amin, dans L’Afrique de l’Ouest bloquée (1989), explique que l’incapacité des gouvernements africains à affronter leur passé colonial les enferme dans une logique de dépendance structurelle. Cela se traduit par des accords économiques et politiques biaisés, où l’ancien colonisateur conserve une influence disproportionnée. Le silence du Cameroun sur son passé colonial renforce cette dépendance et limite sa capacité à négocier des relations internationales plus équilibrées.
Exemple : Les accords de coopération postcoloniaux
Depuis les indépendances, les accords de coopération entre la France et ses anciennes colonies, souvent qualifiés de « Françafrique », sont restés asymétriques. Le contrôle exercé par la France sur certaines sphères économiques et politiques camerounaises est un héritage direct de cette dynamique historique non résolue. En n’interrogeant pas ce passé, le Cameroun compromet sa souveraineté et son développement à long terme.
3. Une gouvernance entravée par l’absence de responsabilité historique
Un gouvernement qui refuse de s’intéresser à son histoire risque de reproduire les erreurs du passé, notamment en matière de gouvernance autoritaire et de répression des dissidents. L’absence de reconnaissance des violences coloniales et postcoloniales envoie un message implicite de banalisation des abus de pouvoir. Ce manque de responsabilité historique a des répercussions directes sur les pratiques politiques actuelles.
Exemple : La répression des opposants
La continuité entre les méthodes coloniales de répression et les pratiques des gouvernements postcoloniaux est frappante au Cameroun. Le silence sur les violences de la guerre d’indépendance a contribué à légitimer une culture politique où la dissidence est perçue comme une menace existentielle. Les opposants politiques, à l’image des militants de l’UPC, continuent d’être marginalisés ou persécutés, perpétuant un cycle d’autoritarisme.
Dans The Wretched of the Earth (1961), Frantz Fanon souligne que « l’État postcolonial hérite souvent des structures et des pratiques répressives de l’administration coloniale. » L’échec à interroger ces héritages entraîne une stagnation politique où les citoyens restent aliénés du processus décisionnel.
4. Une jeunesse déconnectée de son passé et désorientée sur son avenir
La jeunesse camerounaise, majoritaire dans la population, est privée des outils nécessaires pour comprendre son passé et, par conséquent, pour se projeter dans l’avenir. L’histoire, en tant que vecteur de transmission intergénérationnelle, est cruciale pour inspirer les jeunes générations et leur fournir des modèles de résilience, de leadership et de patriotisme.
Exemple : L’enseignement de l’histoire au Cameroun
L’histoire coloniale et les luttes pour l’indépendance sont souvent mal enseignées ou délibérément omises dans les programmes scolaires camerounais. En conséquence, les jeunes Camerounais sont déconnectés des réalités historiques de leur pays et cherchent souvent des références culturelles ou identitaires ailleurs, notamment en Occident. Comme le note Ngũgĩ wa Thiong’o dans Decolonising the Mind (1986), « une jeunesse qui ignore son histoire est condamnée à vivre dans l’ombre des autres, adoptant leurs récits comme les siens. »
5. Une incapacité à construire un projet de société inclusif
Le silence sur le passé colonial entrave la capacité du Cameroun à définir un projet de société inclusif et développementaliste. Les injustices historiques non résolues continuent de peser sur les relations entre les différentes régions et groupes ethniques du pays. Par exemple, les tensions dans les régions anglophones trouvent en partie leurs racines dans un traitement historique inégal et des promesses non tenues depuis l’indépendance.
Amilcar Cabral, dans Unity and Struggle (1979), écrit que « l’ignorance de l’histoire prive une nation de la capacité de comprendre et d’affronter les défis contemporains. » Cette incapacité à tirer les leçons du passé empêche le Cameroun de construire une nation fondée sur l’égalité et la justice.
Conclusion
Le silence du gouvernement camerounais sur son histoire coloniale et postcoloniale constitue un handicap majeur pour le développement du pays. Ce silence entrave la construction d’une identité nationale forte, renforce les dynamiques de dépendance néocoloniale, perpétue des pratiques politiques répressives et déconnecte les jeunes générations de leur héritage. Pour remédier à ces conséquences, il est impératif que le Cameroun entreprenne une démarche active de réappropriation historique, à travers des initiatives telles que la création d’une commission vérité et réconciliation, la réforme des programmes scolaires et l’ouverture des archives nationales et coloniales. Ce n’est qu’en assumant pleinement son passé que le Cameroun pourra espérer construire un avenir plus souverain, juste et inclusif.
E. Une Alternative Nécessaire : Reprendre le Contrôle Narratif
Face à l’hégémonie coloniale dans la construction de l’histoire nationale, il est impératif pour le Cameroun de reprendre le contrôle narratif de son passé. Ce processus ne consiste pas seulement à corriger des récits biaisés, mais aussi à reconstruire une mémoire nationale capable d’inspirer une identité collective forte et une vision de développement souveraine. Reprendre le contrôle narratif implique de se libérer des cadres interprétatifs imposés par les anciens colonisateurs et d’offrir un récit alternatif, authentique et inclusif, fondé sur les expériences, luttes et aspirations des Camerounais eux-mêmes.
1. L’importance de la narration dans la construction de l’identité nationale
Les récits historiques façonnent les identités collectives et influencent la manière dont une société se perçoit et agit. La domination coloniale sur les archives et l’interprétation de l’histoire camerounaise a marginalisé les contributions locales, souvent réduites à des anecdotes secondaires dans un récit où les colonisateurs jouent le rôle central. Cette dynamique reflète ce que Ngũgĩ wa Thiong’o, dans Decolonising the Mind (1986), décrit comme une « colonisation de la mémoire » : un processus par lequel les peuples colonisés intègrent des récits déformés qui les privent de leur capacité à se représenter eux-mêmes.
Pour contrer cette situation, le Cameroun doit établir une historiographie nationale indépendante qui valorise les luttes de figures emblématiques comme Ruben Um Nyobé, Félix Moumié et Ernest Ouandié. Ces leaders doivent être reconnus non pas comme des rebelles isolés, mais comme des architectes de la souveraineté nationale. Ce travail est essentiel pour reconnecter les Camerounais à leur passé et leur permettre de s’approprier les sacrifices de leurs ancêtres.
2. La réappropriation des archives et des récits
Un contrôle narratif ne peut être effectif sans un accès total aux archives historiques. Malheureusement, les archives sur la colonisation et la guerre d’indépendance du Cameroun restent largement détenues par la France, qui contrôle leur diffusion et leur interprétation. L’historienne Karine Ramondy, dans son ouvrage Les mémoires de l’indépendance camerounaise (2019), souligne que « la gestion des archives coloniales reste un outil stratégique pour les anciens colonisateurs, permettant de maintenir leur influence sur le récit historique et d’éclipser les responsabilités dans les violences de la décolonisation. »
Pour dépasser cette entrave, des initiatives bilatérales et multilatérales doivent être entreprises pour obtenir la restitution complète des archives coloniales. Des pays comme l’Algérie, qui a obtenu des copies de certaines archives coloniales françaises, peuvent servir d’exemple. Ce processus de restitution doit s’accompagner d’un effort pour former une nouvelle génération d’historiens camerounais capables d’interpréter ces données de manière indépendante.
3. Développer une historiographie décolonisée
La réappropriation narrative implique également une révision profonde des outils académiques et pédagogiques utilisés pour enseigner l’histoire. Actuellement, les programmes scolaires camerounais continuent de s’appuyer sur des cadres narratifs hérités de l’époque coloniale, où les récits valorisent davantage l’intervention française que les résistances locales.
Dans The Invention of Africa (1988), Valentin Mudimbe critique l’eurocentrisme des récits historiques africains, où « l’Afrique est souvent décrite en termes de déficits, de manques ou d’absence de civilisation ». Pour contrecarrer cette tendance, le Cameroun doit promouvoir une historiographie qui place les perspectives camerounaises au centre du récit historique. Les recherches doivent valoriser les sources orales, les traditions locales et les récits communautaires, souvent négligés dans les approches académiques classiques.
4. Intégrer les initiatives communautaires dans le processus mémoriel
Reprendre le contrôle narratif ne doit pas se limiter aux sphères académiques et institutionnelles. Il est essentiel d’inclure les communautés locales et les descendants des acteurs historiques dans la reconstruction du récit national. Les mémoires locales, souvent transmises par voie orale, offrent des perspectives uniques sur les luttes de l’indépendance, les résistances à la colonisation et les injustices postcoloniales.
Exemple : Le rôle des musées communautaires et des archives locales
Des initiatives comme la création de musées communautaires ou de centres d’archives locaux pourraient jouer un rôle central dans ce processus. Par exemple, au Rwanda, le Mémorial du Génocide à Kigali intègre les voix des survivants pour offrir une représentation plurielle et inclusive de l’histoire. Un modèle similaire pourrait être adopté au Cameroun pour documenter la guerre d’indépendance et les luttes pour la souveraineté.
5. L’impact sur le présent et l’avenir
Reprendre le contrôle narratif permet non seulement de rétablir la vérité historique, mais aussi d’influencer les choix politiques et culturels du présent. Une mémoire collective bien établie peut inspirer des politiques publiques qui favorisent la justice sociale, l’unité nationale et la souveraineté. Elle peut également renforcer l’estime de soi collective, en montrant que les Camerounais sont les héritiers d’une histoire de résilience et de courage.
Exemple historique : Le mouvement panafricain
L’une des clés du succès des mouvements panafricains au XXe siècle réside dans leur capacité à proposer un récit alternatif à la domination coloniale. Des leaders comme Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba et Julius Nyerere ont utilisé l’histoire pour mobiliser les masses et proposer des visions audacieuses pour le continent. De même, le Cameroun pourrait mobiliser son histoire pour inspirer un projet de société axé sur la souveraineté et le développement communautaire.
6. Le rôle des institutions culturelles et éducatives
Pour assurer la pérennité de ce processus, il est crucial d’intégrer le récit décolonisé dans les institutions culturelles et éducatives du pays. Les programmes scolaires doivent inclure des cours détaillés sur la colonisation, la guerre d’indépendance et les figures de la lutte pour la souveraineté. Par ailleurs, les médias, les artistes et les écrivains doivent être encouragés à produire des œuvres qui valorisent ces récits historiques.
Dans Nation-Building in Africa (1993), Ali Mazrui écrit : « Les nations qui réussissent à façonner des récits historiques cohérents et inclusifs se donnent les moyens de surmonter les divisions internes et de projeter une image forte sur la scène internationale. » Le Cameroun a donc tout à gagner à investir dans la réécriture de son histoire.
Conclusion
Reprendre le contrôle narratif n’est pas un acte symbolique, mais une nécessité stratégique pour le Cameroun. Ce processus permet de rétablir la vérité historique, de renforcer l’identité nationale et de projeter une vision souveraine de l’avenir. En investissant dans la recherche historique, la restitution des archives et la valorisation des mémoires locales, le Cameroun peut se libérer de l’hégémonie narrative coloniale et construire une mémoire collective qui inspire et guide les générations futures.
Conclusion Générale
L’histoire est une arme, et comme toute arme, elle peut être utilisée pour libérer ou pour asservir. Dans le cas du Cameroun, la gestion de la mémoire nationale, ou plutôt son abandon, témoigne de l’incapacité d’un État postcolonial à affronter son passé et à affirmer sa souveraineté narrative. La « Commission Mémoire », sous l’impulsion du président Emmanuel Macron, prétend faire œuvre de vérité en examinant le rôle de la France dans la répression des mouvements indépendantistes camerounais. Cependant, cette initiative s’inscrit dans une logique bien connue de justification des actes coloniaux et de maintien d’une influence idéologique sur ses anciennes colonies. En laissant à la France l’initiative de rédiger ce chapitre crucial de son histoire, le gouvernement camerounais, sous la direction de Paul Biya, trahit non seulement les luttes de ses héros de l’indépendance, mais aussi les aspirations d’un peuple en quête de justice et de reconnaissance.
Ce silence complice a des répercussions profondes sur le présent et l’avenir du Cameroun. En renonçant à construire une mémoire collective authentique, le pays s’expose à la fragmentation de son identité nationale et au risque de perpétuer des cycles d’aliénation culturelle et politique. Il est paradoxal qu’un État, dont les fondements reposent sur les luttes pour l’indépendance, puisse ignorer délibérément ces sacrifices au profit d’une dépendance mémorielle envers l’ancien colonisateur. Cette abdication n’est pas seulement un échec moral, mais aussi une faute politique majeure qui hypothèque la possibilité d’un développement véritablement souverain et inclusif.
La France, quant à elle, ne peut être perçue comme une arbitre neutre dans ce processus. Comme dans d’autres contextes postcoloniaux, elle adopte une posture paternaliste en se positionnant comme gardienne de l’histoire qu’elle a elle-même contribué à façonner de manière violente. Ce n’est pas un acte de réconciliation, mais une tentative de réécrire l’histoire en sa faveur, dans une continuité de domination intellectuelle et culturelle.
Face à cette situation, il devient impératif pour les Camerounais de reprendre le contrôle narratif de leur passé. Cette tâche incombe autant aux historiens, aux intellectuels, aux organisations de la société civile qu’aux citoyens ordinaires, qui doivent exiger de leur gouvernement une prise de position claire sur les enjeux mémoriels. Reconstituer une histoire nationale décolonisée, ancrée dans les luttes et les aspirations du peuple camerounais, est une condition sine qua non pour bâtir un État véritablement souverain.
En définitive, l’histoire d’un peuple ne peut être confiée à ceux qui ont participé à son oppression. Laisser la France écrire l’histoire de la guerre d’indépendance du Cameroun revient à valider un récit tronqué et à minimiser les luttes pour la liberté. Le Cameroun doit se libérer de cette domination narrative et affirmer son autonomie intellectuelle, car un pays qui néglige son passé est condamné à errer sans vision dans un avenir incertain. Il appartient aux générations présentes et futures de rompre ce silence et de réhabiliter les vérités enfouies, en honorant ceux qui se sont sacrifiés pour la dignité et la souveraineté du Cameroun.
Bibliographie
1. Mazrui, Ali A. (1993). Nation-Building in Africa: Political and Economic Thought. New York: Heinemann.
Analyse des enjeux politiques et économiques de la construction des nations africaines et du rôle crucial des récits historiques.
2. Ngũgĩ wa Thiong’o. (1986). Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature. London: James Currey.
Réflexion sur la colonisation culturelle et la nécessité pour les peuples colonisés de se réapproprier leurs récits et leurs identités.
3. Mudimbe, Valentin Y. (1988). The Invention of Africa: Gnosis, Philosophy, and the Order of Knowledge. Bloomington: Indiana University Press.
Critique de l’interprétation eurocentrée de l’histoire et de la philosophie africaine.
4. Ramondy, Karine. (2019). Les mémoires de l’indépendance camerounaise. Paris: Karthala.
Étude sur les enjeux mémoriels liés à l’indépendance du Cameroun et le rôle de la France dans la répression des mouvements indépendantistes.
5. Fanon, Frantz. (1961). Les Damnés de la Terre. Paris: François Maspero.
Ouvrage phare sur les luttes de décolonisation, dénonçant les violences coloniales et leurs impacts sur les sociétés postcoloniales.
6. Hobsbawm, Eric, & Ranger, Terence. (1983). The Invention of Tradition. Cambridge: Cambridge University Press.
Exploration de la manière dont les traditions sont construites pour asseoir le pouvoir politique ou légitimer des récits historiques.
7. Mbembe, Achille. (2000). De la postcolonie: essai sur l’imagination politique en Afrique. Paris: Karthala.
Analyse des formes de pouvoir postcolonial et de leurs implications sur les récits politiques et mémoriels africains.
8. Said, Edward W. (1978). Orientalism. New York: Pantheon Books.
Critique des constructions intellectuelles occidentales sur les cultures non occidentales, applicable aux récits coloniaux.
9. Mouafo, Bernard W. (2015). La guerre d’indépendance du Cameroun: Une mémoire oubliée. Douala: Presses Universitaires Africaines.
Analyse des luttes de l’indépendance camerounaise et des tentatives de marginalisation de ces événements dans le récit national.
10. Arendt, Hannah. (1951). The Origins of Totalitarianism. New York: Harcourt.
Étude des dynamiques de domination politique, offrant un éclairage sur les systèmes coloniaux.
11. Davidson, Basil. (1992). The Black Man’s Burden: Africa and the Curse of the Nation-State. London: James Currey.
Réflexion sur l’héritage colonial et les défis des États-nations africains postcoloniaux.
12. UNESCO. (1978). General History of Africa, Volume I: Methodology and African Prehistory. Paris: UNESCO.
Initiative internationale visant à proposer une histoire africaine écrite par des chercheurs africains.
13. Coquery-Vidrovitch, Catherine. (2009). Petite histoire de l’Afrique: L’Afrique au sud du Sahara de la préhistoire à nos jours. Paris: La Découverte.
Synthèse accessible des dynamiques historiques du continent africain, avec des perspectives critiques sur la colonisation.
14. Ginio, Ruth. (2017). The French Colonial Mind and Violence: Colonial Wars and the Politics of Brutality. Lincoln: University of Nebraska Press.
Étude approfondie sur les violences coloniales françaises, notamment en Afrique, et les justifications narratives utilisées.
15. Thompson, Leonard M. (2001). A History of South Africa. New Haven: Yale University Press.
QUATRE DÉCENNIES DE MENSONGES TRANSGÉNÉRATIONNELS: COMMENT PAUL BIYA A TROMPÉ MES PARENTS, MA GÉNÉRATION ET VEUT HYPOTHÉQUER L’AVENIR DE MES ENFANTS ET PETITS ENFANTS

Introduction : Le Mensonge Transgénérationnel de Paul Biya
En préparant les obsèques de ma défunte mère qui auront lieu le 7 et 8 Février 2025 à Ngompem, un village sans eau potable, sans électricité, sans routes praticables, coupé en 2 par la destruction de ses ponts et dépourvu de tout service social de base, j’ai découvert dans leurs archives personnelles les cartes de membres du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) de mes parents datant des années 90. Ces archives étaient plus qu’un simple souvenir : elles incarnaient leur foi dans les promesses d’un homme, Paul Biya, et dans son régime, qui avaient promis de transformer le Cameroun en une nation prospère. Mais cette foi, maintes fois renouvelée à chaque élection depuis 1982, n’a jamais été récompensée. Mes parents sont partis dans la pauvreté, comme des millions d’autres Camerounais, trahis par des décennies de mensonges.
Cette découverte m’a confronté à une question existentielle : pourquoi avons-nous, en tant que générations successives, permis à ce système de perdurer ? Nos parents ont cru en des promesses de développement, notre génération a été bercée par des illusions d’émergence, et aujourd’hui, on nous demande d’être complices en transmettant ces mensonges à nos enfants et petits-enfants.
Le Cameroun, sous Paul Biya, est devenu un exemple frappant de stagnation déguisée en progrès. À travers des promesses récurrentes de prospérité économique, de modernisation des infrastructures, et de paix sociale, le régime a tissé un discours séduisant, mais creux, qui a maintenu le pays dans un état de dépendance économique et de sous-développement chronique. Les statistiques sont accablantes : près de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (Banque mondiale, 2023), les infrastructures de base sont en ruine, et la jeunesse, qui constitue 60 % de la population, fait face à un chômage massif et un avenir incertain.
Cet article vise à poser une vérité essentielle : le règne de Paul Biya est un règne de promesses non tenues, un mensonge transgénérationnel qui a piégé les espoirs de plusieurs générations. À l’aube des élections présidentielles de 2025, il devient impératif de rompre ce cycle. Ce papier analyse comment ce régime a trahi nos parents, sacrifié notre génération, et tente aujourd’hui de condamner nos enfants à un avenir similaire. À travers des données rigoureuses, nous démontrerons pourquoi les Camerounais doivent dire non aux mensonges des futures générations et saisir cette opportunité historique pour un changement radical et collectif.
1. Les Promesses Non Tenues à la Génération de Nos Parents
Lorsque Paul Biya accède au pouvoir en 1982, il hérite d’un Cameroun relativement stable et prospère, avec un potentiel économique significatif. Son discours inaugural promet un « Renouveau National », basé sur l’unité, la prospérité et la modernisation. Cependant, cette vision s’est rapidement érodée, laissant derrière elle un pays embourbé dans des défis structurels, notamment pour les générations de nos parents qui ont soutenu ce régime avec espoir. Joseph Takougang (2019), dans son livre “Cameroon under Paul Biya: Continuity or Change?”, note que « les promesses faites dans les premières années du Renouveau National n’étaient que des outils de propagande pour consolider le pouvoir, sans stratégie claire de mise en œuvre. »
1.1. Les Déficiences en Développement Rural
L’une des promesses phares du régime Biya était de moderniser les zones rurales pour réduire les disparités entre les régions urbaines et rurales. Pourtant :
• Accès à l’électricité : En 1982, environ 60 % des villages camerounais étaient privés d’électricité (Banque mondiale, 1985). Aujourd’hui, près de 40 % des zones rurales restent non électrifiées, selon les statistiques de la Banque africaine de développement (BAD, 2022). Cette lente progression reflète un manque d’investissement dans les infrastructures.
• Manque d’accès à l’eau potable : Un rapport de l’UNICEF (2021) indique que seuls 37 % des Camerounais vivant en milieu rural ont accès à des sources d’eau potable, une situation presque inchangée depuis les années 1980.
Ces carences condamnent des millions de familles rurales à vivre dans des conditions précaires, où les maladies hydriques et l’insécurité alimentaire persistent.
1.2. Échec des Infrastructures Routières
Paul Biya avait promis de connecter les zones rurales aux centres urbains pour stimuler l’agriculture et les échanges économiques. Cependant, le Cameroun figure encore parmi les pays africains les moins bien desservis en infrastructures routières. Mbaku & Takougang (2004) dans “The Leadership Challenge in Africa” expliquent que « l’incapacité du régime Biya à investir dans les infrastructures critiques dans les années 1980 a marqué le début d’un déclin systémique dans les zones rurales. »
• Statistiques alarmantes : En 2023, seuls 5,7 % des routes sont asphaltées (source : Global Economy Report, 2023), un chiffre qui place le Cameroun bien en dessous de la moyenne africaine, estimée à 20 %.
• Conséquences économiques : Selon une étude du Centre pour la Recherche et le Développement Durable en Afrique (CERDA, 2020), l’agriculture camerounaise perd 40 % de sa production annuelle en raison de l’inaccessibilité des marchés.
Ces failles dans le réseau routier affectent directement les villages comme celui de mes parents, où la pauvreté est exacerbée par l’isolement économique.
1.3. Des Services Sociaux Dégradés
Malgré les promesses d’améliorer les conditions de vie, les services sociaux de base tels que la santé et l’éducation restent désastreux :
• Santé : L’espérance de vie moyenne au Cameroun était de 46 ans en 1982 et est passée à 60 ans en 2023 (Banque mondiale, 2023). Bien que cela représente une amélioration, cette progression est bien inférieure à celle des pays comparables comme le Ghana ou le Sénégal. Les zones rurales continuent de souffrir d’un manque criant de centres de santé, avec seulement 1 médecin pour 10 000 habitants (OMS, 2023).
• Éducation : En 1982, le taux d’alphabétisation était de 41 %. En 2023, il avoisine les 77 %, mais cette augmentation masque une qualité d’éducation médiocre. Les enseignants, souvent sous-payés et démotivés, ne sont pas en mesure d’assurer une formation adéquate.
1.4. L’Héritage d’une Génération Trompée
Mes parents, comme des millions d’autres Camerounais de leur génération, ont cru aux promesses du RDPC et ont activement soutenu le régime. Mais ces promesses n’ont jamais été tenues. Leur mort dans un village dépourvu d’eau, d’électricité et de routes symbolise l’échec de cette génération à voir les fruits du « Renouveau National ».
1.5. Appel à la Mémoire Collective
Les échecs du passé doivent nous alerter. La génération de nos parents a été dupée par des discours vides de sens et des promesses irréalistes. En tant que leurs héritiers, nous devons refuser de continuer sur cette voie. Le renouveau qu’ils espéraient n’a jamais vu le jour, et c’est à nous de briser ce cycle de mensonges générationnels.
2. Une Génération Sacrifiée : Mon Témoignage Personnel
La génération née dans les années 1970 et 1980, à laquelle j’appartiens, a grandi sous les promesses du « Renouveau National ». Ces années étaient marquées par une croyance collective que l’avenir, sous la gouvernance de Paul Biya, serait plus prospère que celui de nos parents. Pourtant, cette foi s’est heurtée à une dure réalité : chômage massif, système éducatif défaillant et insécurité omniprésente. Ma génération est devenue une génération sacrifiée, piégée dans un cycle d’échec et de désillusion.
2.1. Le Chômage : Une Bombe à Retardement
Malgré les engagements répétés du régime Biya de réduire le chômage et de stimuler l’économie, la réalité a été bien différente :
• Taux de chômage et sous-emploi :
En 2023, le taux de chômage officiel au Cameroun était de 6 % selon l’INS (Institut National de la Statistique). Toutefois, ces chiffres masquent une autre réalité : plus de 70 % des travailleurs camerounais sont employés dans le secteur informel, selon la Banque mondiale (2022). Les jeunes diplômés sont les plus touchés, avec un taux de sous-emploi estimé à 77 %.
• Promesses non tenues en matière d’emploi :
En 2001, le gouvernement a lancé le programme « Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté » (DSRP), qui visait à créer des opportunités d’emploi pour les jeunes. Deux décennies plus tard, les résultats sont minimes, avec une économie encore largement dépendante du secteur primaire et des emplois non qualifiés.
Dans leur analyse des politiques économiques de Biya, Amin et Fokam (2020) concluent que « les réformes économiques, en particulier les programmes d’ajustement structurel des années 1990, ont marginalisé davantage les jeunes en détruisant les secteurs publics et industriels qui auraient pu absorber la main-d’œuvre qualifiée. »
Nkemngu (2019), dans son étude sur l’emploi au Cameroun, indique que « l’incapacité du gouvernement à moderniser le secteur industriel a transformé le Cameroun en une économie de survie, où les jeunes survivent au lieu de s’épanouir. »
2.2. Un Système Éducatif en Ruine
La formation de ma génération a été profondément affectée par un système éducatif qui n’a cessé de se détériorer sous le régime Biya.
• Statistiques éducatives :
En 2022, le Cameroun affichait un taux brut de scolarisation primaire de 88 %, mais seulement 45 % des enfants inscrits atteignent le secondaire (UNESCO, 2023). De plus, les infrastructures éducatives sont en lambeaux, avec une moyenne de 85 élèves par classe dans les écoles publiques rurales.
• Faibles investissements :
Le budget alloué à l’éducation représente en moyenne 3,5 % du PIB, un chiffre bien en deçà de la recommandation de l’UNESCO de 6 %.
• Condition des enseignants :
Les enseignants camerounais, souvent non payés pendant plusieurs mois, mènent des grèves fréquentes. En 2022, plus de 30 000 enseignants du primaire étaient encore des vacataires, selon un rapport du Syndicat National des Enseignants du Cameroun (SNEC).
Tchombe (2021), dans son étude sur l’éducation en Afrique centrale, souligne que « l’absence de stratégie éducative cohérente a produit une génération d’apprenants incapables de rivaliser sur le marché globalisé. »
Mforteh et Ndi (2018) notent que « la priorisation des grands projets politiques sur l’éducation illustre l’abandon des valeurs fondamentales qui définissent un État développementaliste. »
2.3. Une Crise Sécuritaire Persistante
Le Cameroun sous Paul Biya est marqué par une insécurité croissante, exacerbant les défis auxquels ma génération fait face :
• Conflits armés :
La guerre contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et la crise anglophone ont déplacé plus de 900 000 personnes à l’intérieur du pays (HCR, 2023). Ces conflits ont détruit des infrastructures, perturbé les activités économiques et créé un climat de peur.
• Budget militaire exorbitant :
En 2023, le Cameroun a consacré 1,5 milliard de dollars (soit 6 % de son PIB) à la défense, selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). Malgré ces dépenses, l’insécurité persiste, en particulier dans les régions anglophones où des milliers de vies ont été perdues.
• Impact sur la jeunesse :
La militarisation de certaines régions a rendu impossible l’accès à l’éducation pour des milliers d’enfants et de jeunes. En 2023, plus de 30 % des écoles dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest étaient fermées en raison de la crise (UNICEF, 2023).
Mbuh et Ndifor (2022) dans “The Anglophone Crisis in Cameroon” notent que « la réponse militarisée de l’État n’a pas seulement aggravé le conflit, mais a aussi détruit les aspirations économiques et éducatives des jeunes. »
Fonkeng (2021) souligne que « la négligence des causes profondes des crises a transformé les régions affectées en zones de non-droit, contribuant à la désillusion des jeunes. »
2.4. Une Génération Désabusée
Ma génération a été témoin d’une trahison systématique :
• Nous avons grandi avec l’idée que l’éducation nous ouvrirait les portes de l’emploi, mais nous nous sommes retrouvés face à un marché saturé et inhospitalier.
• Nous avons espéré un système politique stable, mais avons vu les conflits se multiplier.
• Nous avons cru en la modernisation promise, mais avons hérité de villes et de villages où les services sociaux sont inexistants.
Ces frustrations alimentent une profonde désillusion chez les jeunes, beaucoup d’entre eux choisissant l’exil, tandis que d’autres sombrent dans le désespoir ou l’activisme radical.
2.5. Une Génération à Revendiquer
L’échec de la génération de mes parents à obtenir un véritable « renouveau » a transformé ma génération en victime collatérale des politiques du régime Biya. Nous devons refuser de laisser cet échec s’étendre à nos enfants. Cet héritage de désillusion doit devenir un appel à l’action pour construire un Cameroun plus juste, plus équitable et véritablement tourné vers l’avenir.
3. La Complicité Inacceptable : Paul Biya et le Mensonge Transgénérationnel
Après avoir menti à la génération de nos parents et sacrifié celle de nos enfants, Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant notre génération et celle de nos enfants. Les élections présidentielles de 2025 sont un moment critique où ce régime espère encore une fois nous embarquer dans un cycle de promesses creuses et de trahisons historiques. Cette stratégie repose sur la création d’une illusion de changement, alors qu’elle ne fait que perpétuer un système défaillant.
3.1. Des Promesses Électorales Répétitives et Illusoires
Depuis les années 1980, le régime de Paul Biya a construit son discours autour de promesses ambitieuses, mais systématiquement non tenues :
• Promesses économiques : En 1987, Biya avait promis de transformer le Cameroun en une « économie émergente » avant l’an 2000. En 2009, il a renouvelé cette promesse en fixant l’horizon 2035 pour atteindre cet objectif. Pourtant, selon le classement de la Banque mondiale (2023), le Cameroun reste classé parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur, avec un PIB par habitant de seulement 1 540 USD, très en deçà des normes des économies émergentes.
• Emplois pour la jeunesse : En 2018, lors de sa campagne électorale, Paul Biya avait promis de créer 500 000 emplois par an. Or, les rapports du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (2022) indiquent que seulement 15 000 emplois formels ont été créés en moyenne par an depuis 2018, soit moins de 3 % de l’objectif.
• Projets d’infrastructure : Le régime a annoncé plusieurs « grands projets » tels que le port en eau profonde de Kribi, le barrage hydroélectrique de Lom Pangar et l’autoroute Yaoundé-Douala. Bien que certains aient vu le jour, leur gestion inefficace, marquée par des surcoûts massifs et des délais prolongés, a limité leur impact sur l’économie nationale (Transparency International, 2023).
Takougang (2019) décrit ces promesses répétées comme un « cycle de déception institutionnalisée », soulignant que « le régime utilise des projets symboliques pour masquer l’absence de réforme structurelle. »
Selon Fomba et Kamdem (2021), « l’économie camerounaise stagne à cause de politiques incohérentes qui privilégient la communication politique au détriment des résultats concrets. »
3.2. Un État Capturé par les Intérêts Personnels
Le régime de Paul Biya a été marqué par une gestion patrimoniale de l’État, où les ressources publiques sont utilisées pour maintenir le pouvoir au lieu de servir la population :
• Corruption endémique : En 2022, le Cameroun se classait 138e sur 180 pays dans l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International. Chaque année, le pays perd environ 30 % de son budget public à cause de la corruption, selon le Contrôle supérieur de l’État.
• Endettement croissant : La dette publique du Cameroun représentait 46,8 % du PIB en 2023, contre 13 % en 2008 (Banque mondiale). Cette augmentation est due à des emprunts mal gérés pour financer des projets souvent inachevés.
• Gestion népotique : Le système administratif est gangrené par le favoritisme, où des proches du pouvoir occupent des postes stratégiques, indépendamment de leur compétence.
Bayart (1993), dans “The State in Africa: The Politics of the Belly”, décrit les régimes comme celui de Biya comme des systèmes où l’État devient une source de prédation économique pour l’élite politique.
Fonkeng (2020) note que « l’absence de transparence dans la gestion publique a consolidé une oligarchie qui contrôle tous les secteurs clés de l’économie. »
3.3. Un Héritage Désastreux pour les Générations Futures
Si rien ne change, nos enfants et petits-enfants hériteront d’un Cameroun marqué par :
• Un appauvrissement chronique : Selon le PNUD (2022), 37,5 % de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté. Les projections indiquent que ce chiffre pourrait augmenter si les réformes structurelles nécessaires ne sont pas mises en œuvre.
• Un système éducatif désuet : En l’absence d’investissements significatifs, les infrastructures éducatives continueront à se dégrader, compromettant l’avenir des jeunes Camerounais.
• Une dette insoutenable : La dette extérieure du Cameroun est projetée à atteindre 25 milliards de dollars d’ici 2030 (FMI, 2023), laissant peu de marge pour financer les services publics essentiels.
• Un climat d’insécurité persistante : La gestion inefficace des crises actuelles (crise anglophone, Boko Haram) risque de créer une instabilité prolongée, privant les générations futures de la paix et de la sécurité nécessaires au développement.
Mbuh (2022) affirme que « l’échec à résoudre les crises actuelles compromet non seulement la stabilité à court terme, mais aussi le développement à long terme. »
UNICEF (2023) indique que « sans une réforme urgente du système éducatif, plus de 50 % des enfants camerounais risquent de devenir des adultes non qualifiés, incapables de contribuer efficacement à l’économie. »
3.4. Un Appel au Réveil Collectif
Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant la mémoire collective et en jouant sur les peurs d’un changement. Mais il est temps de dire non à cette stratégie. Refuser de participer à cette mascarade électorale, c’est refuser d’être complice d’un mensonge qui condamne nos enfants et petits-enfants à un avenir de pauvreté et de stagnation.
4. Dire Non aux Mensonges : L’Appel à une Révolution Générationnelle
Les Camerounais, en particulier notre génération et celles qui suivent, doivent rompre avec les mensonges institutionnalisés du régime de Paul Biya. Depuis son accession au pouvoir en 1982, les promesses non tenues se sont accumulées, alimentant le déclin économique, social et politique du pays. Ce cycle de tromperie et de stagnation appelle à un éveil collectif, à une prise de conscience nationale pour bâtir un avenir meilleur.
4.1. Un État au Bord de l’Effondrement
Le Cameroun est aujourd’hui confronté à des crises multiformes qui menacent sa stabilité à long terme :
• Crise économique persistante :
Selon la Banque mondiale (2023), le taux de croissance économique du Cameroun est en moyenne de 3,5 % par an, insuffisant pour réduire significativement la pauvreté ou améliorer les infrastructures publiques. En comparaison, des pays comme le Rwanda et l’Éthiopie affichent des taux supérieurs à 6 %, avec des programmes de réformes axés sur l’innovation et l’industrialisation.
• Dégradation des infrastructures :
Plus de 70 % des routes du pays sont en mauvais état, limitant l’accès aux marchés et augmentant les coûts de transport. Les villages ruraux, comme celui de Ngompem, où mes parents, ont vécu et sont décédés, sont les plus touchés. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2022) estime que l’absence d’infrastructures modernes réduit la productivité agricole de 40 %, aggravant la pauvreté.
• Déséquilibres sociaux :
En 2023, le GINI index du Cameroun, mesurant les inégalités, était de 46,6, indiquant une concentration extrême des richesses entre les mains d’une élite restreinte, alors que 37,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
Bayart (1993) affirme que les régimes comme celui de Paul Biya perpétuent des inégalités en utilisant l’État comme un outil de prédation économique.
Tchouassi et Fokam (2021) décrivent la politique économique camerounaise comme « un système incapable de générer une croissance inclusive, enfermant le pays dans un cercle vicieux de pauvreté et de dépendance extérieure. »
4.2. Le Poids de la Corruption : Un Système à Déconstruire
La corruption sous le régime de Paul Biya est institutionnalisée, sapant toute tentative de réforme ou de progrès.
• Coût de la corruption :
Environ 30 % du budget annuel du Cameroun, soit plus de 5 milliards de dollars, est détourné chaque année (Transparency International, 2023). Ces fonds auraient pu financer la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures essentielles.
• Conséquences pour les générations futures :
Les ressources qui auraient pu être investies dans le développement durable sont dilapidées. Par exemple, l’endettement croissant du pays (46,8 % du PIB en 2023) compromet la capacité de l’État à financer des projets à long terme.
Ndifor et Ambe (2019) concluent que « la corruption est à la fois une cause et une conséquence de la faiblesse des institutions au Cameroun, perpétuant un état de stagnation nationale. »
Dans son analyse de la gestion publique au Cameroun, Essomba (2020) note que « la culture de l’impunité a ancré la corruption comme un élément structurel de la gouvernance. »
4.3. Un Appel au Réveil Citoyen
Pour mettre fin à ce cycle de mensonges et de promesses non tenues, un mouvement citoyen massif est nécessaire.
• Engagement politique des jeunes :
En 2023, plus de 60 % de la population camerounaise avait moins de 30 ans (INS, 2023). Cependant, leur participation politique reste faible, en grande partie à cause du sentiment de désillusion et de méfiance envers les institutions. La mobilisation des jeunes est cruciale pour porter des leaders nouveaux et visionnaires.
• Exemples de changement dans d’autres pays :
Les récentes transitions démocratiques en Zambie, au Malawi, au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali et en Guinée montrent qu’un leadership engagé et une mobilisation populaire peuvent transformer des systèmes corrompus en opportunités pour les citoyens.
Cheeseman (2022), dans “How to Rig an Election”, montre que des sociétés jeunes et dynamiques peuvent renverser des régimes autoritaires par la mobilisation et la dénonciation des abus.
Kondoh et Ndong (2021) analysent comment la jeunesse africaine, en particulier à travers les réseaux sociaux, joue un rôle croissant dans l’éveil démocratique et la dénonciation des abus de pouvoir.
4.4. Repenser le Modèle de Gouvernance : Vers un État Développementaliste Communautaire
Pour sortir le Cameroun de cette spirale de stagnation, il faut adopter un modèle de gouvernance centré sur le développement humain, basé sur les principes suivants :
• Investissements massifs dans l’éducation et la santé :
Revoir les priorités budgétaires pour allouer 10 % du PIB à l’éducation et 7 % à la santé, conformément aux recommandations de l’UNESCO et de l’OMS.
• Diversification de l’économie :
Passer d’une économie basée sur l’exportation de matières premières (pétrole, bois) à une industrialisation accrue.
• Décentralisation effective :
Donner aux collectivités locales les moyens de décider et d’agir, au lieu de centraliser les décisions à Yaoundé.
Ndongmo (2020), dans “The Path to Sustainable Development in Central Africa”, plaide pour une décentralisation comme clé d’un développement inclusif.
World Bank (2023) recommande des politiques économiques qui mettent l’accent sur la transformation agricole et industrielle pour stimuler la croissance.
4.5. Un Nouveau Contrat Social : La Responsabilité de Dire Non
Dire non aux mensonges du régime Biya, c’est dire oui à un Cameroun nouveau :
• Oui à une gouvernance transparente.
• Oui à des politiques économiques inclusives.
• Oui à un système éducatif et sanitaire accessible à tous.
Les élections présidentielles de 2025 offrent une opportunité historique de briser ce cycle de tromperie transgénérationnelle. Nous devons refuser de légitimer un régime qui a échoué à répondre aux besoins fondamentaux de ses citoyens.
Conclusion : Rompre avec le Cycle de Mensonges et de Stagnation
Le règne de Paul Biya, qui s’étend sur plus de quatre décennies, est un témoignage accablant d’un système politique marqué par des promesses non tenues, des illusions entretenues et une gouvernance axée sur la perpétuation du pouvoir plutôt que sur le progrès collectif. À travers les générations, ce régime a perfectionné l’art du mensonge : des engagements initiaux envers nos parents qui ont été brisés, à la désillusion de notre propre génération, jusqu’à la tentative de condamner nos enfants à un avenir sans espoir.
Les faits sont clairs : le Cameroun est aujourd’hui embourbé dans une crise multidimensionnelle. Économiquement, nous sommes confrontés à une stagnation chronique avec près de 40 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Socialement, les infrastructures de base restent inexistantes dans de nombreuses régions, reflétant un État qui a failli à son devoir envers ses citoyens. Politiquement, la corruption et le népotisme ont consolidé un système qui privilégie l’élite au détriment de la majorité. Ces réalités ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un régime qui a fait de la manipulation et de l’inaction une stratégie de gouvernance.
L’heure n’est plus au silence ni à la résignation. À l’aube des élections présidentielles de 2025, les Camerounais ont une opportunité historique de rompre avec ce cycle de mensonges et de trahisons. Dire non à ce régime, c’est dire oui à un avenir différent : un avenir où nos ressources seront investies dans l’éducation, la santé, les infrastructures, et le développement économique durable ; un avenir où nos enfants et petits-enfants pourront rêver, innover et bâtir sans être écrasés par l’héritage de la stagnation.
Le changement ne viendra pas de l’élite politique actuelle, mais de la prise de conscience collective de chaque citoyen camerounais. Nous devons refuser d’être complices du mensonge transgénérationnel et agir pour construire un État développementaliste, inclusif et prospère. Ensemble, nous avons le pouvoir de transformer le Cameroun, de briser les chaînes du passé et d’inaugurer une nouvelle ère de responsabilité, de justice et de progrès.
Paul Biya et son régime incarnent le passé. L’avenir appartient à ceux qui ont le courage de dire non, de se lever et de bâtir. Le Cameroun mérite mieux, et l’histoire nous jugera sur les choix que nous ferons aujourd’hui. La révolution générationnelle est en marche – à nous de la mener avec détermination et espoir.
Bibliographie
1. Banque Mondiale. (2023). Rapport sur le développement mondial : Croissance économique et inégalités au Cameroun. Washington, DC : World Bank Publications.
2. Bayart, J.-F. (1993). L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard.
3. Cheeseman, N. (2022). How to Rig an Election. New Haven : Yale University Press.
4. Essomba, P. L. (2020). The Culture of Impunity in Cameroon: Governance and Corruption. Yaoundé : Presses Universitaires du Cameroun.
5. Institut National de la Statistique (INS). (2023). Données statistiques sur la population et l’économie du Cameroun. Yaoundé : INS Cameroun.
6. Kondoh, H., & Ndong, J. P. (2021). Youth Mobilization in Africa: Social Media and Political Change. Johannesburg : African Studies Review.
7. Ndifor, A., & Ambe, C. (2019). Corruption and Economic Decline in Cameroon: A Systematic Analysis. Douala : Centre for Economic Studies.
8. Ndongmo, R. M. (2020). The Path to Sustainable Development in Central Africa: Lessons for Cameroon. Libreville : Central African Development Press.
9. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). (2022). Rapport sur le développement humain au Cameroun : Défis et opportunités. New York : United Nations Development Programme.
10. Transparency International. (2023). Indice de perception de la corruption 2023 : Cameroun. Berlin : Transparency International.
11. Tchouassi, G., & Fokam, A. J. (2021). The Vicious Circle of Poverty and Underdevelopment in Cameroon: Rethinking Economic Policies. Yaoundé : African Economic Research Consortium.
12. World Bank. (2023). Enhancing Economic Diversification in Sub-Saharan Africa: Cameroon Case Study. Washington, DC : World Bank Publications.
“LE RDPC RÉFUTE LE PARI PUTATIF ET CHOISIT LE DROIT POSITIF”: UNE DÉFENSE DÉSESPÉRÉE DU PR. JACQUES FAME NDONGO. ANALYSE DÉTAILLÉE… EN TANT QUE SG DU MLDC, JE RELÈVE LE DÉFI D’UN DÉBAT PUBLIC ET TÉLÉVISÉ !

Introduction générale
Depuis son accession à l’indépendance en 1960, le Cameroun s’est caractérisé par une stabilité politique apparente, portée par des institutions rigides et un leadership centralisé. Toutefois, cette stabilité a souvent masqué des tensions structurelles liées à la gouvernance, à l’alternance démocratique et à la légitimité du pouvoir. L’élection présidentielle de 2025 s’inscrit dans cette continuité, avec une attention particulière sur la candidature annoncée de Paul Biya, Président de la République depuis 1982. Cette candidature suscite des débats intenses, nourris par des interrogations sur la conformité juridique, la légitimité démocratique et les dynamiques institutionnelles.
Dans un document publié par le Pr. Jacques Fame Ndongo, membre du Bureau Politique du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) et Secrétaire à la communication du parti, une série d’arguments est avancée pour justifier la candidature de Paul Biya. Ces arguments s’articulent autour de trois principaux axes : le droit positif (légalité constitutionnelle), la légalité inhérente aux statuts du parti, et la légitimité populaire conférée par le soutien militant. En outre, le document oppose le « droit positif », qu’il qualifie d’objectif, au « pari putatif », qu’il considère comme subjectif et illusoire. Enfin, le texte conclut par une invitation à un débat démocratique, présenté comme une preuve de la transparence et de la confiance du RDPC dans ses arguments.
Cependant, une analyse académique approfondie de ces justifications soulève des questions critiques sur leur pertinence dans un contexte démocratique moderne. Les tensions entre légalité formelle et légitimité politique, la centralisation excessive du pouvoir au sein du RDPC et l’absence de mécanismes garantissant un débat équitable sont autant d’éléments qui méritent d’être explorés. À travers une approche interdisciplinaire mobilisant le droit constitutionnel, la théorie politique et les principes de gouvernance démocratique, cet article examine les arguments avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo, en mettant en lumière leurs forces, leurs limites et leurs implications pour l’avenir démocratique du Cameroun.
L’objectif de cet article est double. D’une part, il s’agit d’évaluer la validité juridique et politique des arguments avancés en faveur de la candidature de Paul Biya. D’autre part, il vise à proposer une réflexion critique sur les défis structurels auxquels fait face le Cameroun en matière d’institutionnalisation démocratique. À travers cette analyse, nous espérons contribuer à un débat plus éclairé sur les mécanismes de légitimation du pouvoir et les exigences d’une démocratie pluraliste.
Mots-clés : droit positif, pari putatif, légitimité politique, débat démocratique, Cameroun, RDPC, Paul Biya, élections présidentielles 2025, gouvernance, alternance démocratique.
Abstract
The 2025 presidential election in Cameroon represents a pivotal moment in the country’s political trajectory, particularly with the announced candidacy of Paul Biya, who has held the presidency since 1982. In a defense authored by Jacques Fame Ndongo, a leading figure in the ruling RDPC party, three core arguments are presented: the legal right granted by Cameroon’s constitution (positive law), the automatic candidacy conferred by the party’s statutes, and the popular legitimacy stemming from grassroots support. This article critically examines these arguments by employing an interdisciplinary approach rooted in constitutional law, political theory, and democratic governance.
The analysis highlights key tensions between formal legality and substantive legitimacy, the excessive centralization of power within the RDPC, and the structural deficiencies hindering equitable democratic debate in Cameroon. By interrogating these issues, the article seeks to contribute to a broader conversation on the institutional challenges facing Cameroon and the imperative of ensuring a pluralistic, participatory, and transparent electoral process. Ultimately, this study underscores the need to balance legal frameworks with democratic ethics to foster a sustainable political system.
Keywords: positive law, putative claim, political legitimacy, democratic debate, Cameroon, RDPC, Paul Biya, 2025 presidential elections, governance, democratic alternation.
1. Analyse critique des arguments avancés
1.1. La Constitution
L’argument central avancé par le Pr. Jacques Fame Ndongo, auteur de ce document, repose sur une interprétation textuelle de l’article 6, alinéa 2, de la Constitution camerounaise, qui stipule que « le Président de la République est élu pour un mandat de 7 ans et est rééligible ». En affirmant que cette disposition constitutionnelle « donne le droit » au Président Paul Biya de briguer un nouveau mandat en 2025, l’auteur s’appuie sur le droit positif, à savoir l’application stricte des lois écrites.
Toutefois, une lecture académique critique de cet argument montre qu’une interprétation purement textuelle ne suffit pas. Selon Hans Kelsen (1934), le droit ne peut être séparé de son contexte social et politique. Si, juridiquement, le Président est « rééligible », la question demeure si cet usage répété de cette clause respecte les principes fondamentaux d’un État démocratique moderne, notamment le renouvellement périodique et l’alternance au pouvoir.
En outre, des théoriciens comme Giovanni Sartori (1997) insistent sur l’importance de l’équilibre entre la légalité formelle et la légitimité substantielle. Dans le cas du Cameroun, bien que la Constitution permette la réélection, son usage prolongé peut susciter une crise de légitimité, particulièrement dans un contexte où les institutions sont perçues comme favorisant le maintien du pouvoir d’un individu ou d’un groupe. Par exemple, le prolongement des mandats présidentiels au Cameroun, où Paul Biya est au pouvoir depuis 1982, a été critiqué par des organisations internationales pour son impact sur la consolidation démocratique.
1.2. Les textes du RDPC
L’auteur, Jacques Fame Ndongo, invoque également les statuts du RDPC, affirmant que « le Président National du RDPC est le candidat du parti à l’élection présidentielle » (article 27, alinéa 3). Cet argument renforce une lecture centralisée et quasi-automatique de la désignation du candidat, sans débat interne ou processus démocratique visible au sein du parti. Une telle interprétation appelle plusieurs critiques académiques.
D’une part, comme le souligne Maurice Duverger (1951) dans son ouvrage Les Partis politiques, un parti politique moderne doit incarner une pluralité d’opinions et permettre l’émergence de nouveaux leaders. En verrouillant la candidature au Président National, le RDPC supprime toute possibilité d’un renouvellement interne. Cette absence de débat démocratique interne nuit à la vitalité politique et réduit la compétition électorale à une formalité.
D’autre part, le concept de démocratie interne des partis, développé par Larry Diamond (1999), met en avant l’importance de mécanismes transparents et compétitifs au sein des partis pour sélectionner leurs candidats. Le modèle adopté par le RDPC, où Paul Biya est systématiquement désigné candidat, contredit ce principe fondamental. Il confère un avantage structurel au Président sortant, renforçant ainsi l’asymétrie de pouvoir entre les élites du parti et la base militante.
1.3. Base militante et sympathisante
Jacques Fame Ndongo affirme également que la « base militante et sympathisante » du RDPC a renouvelé son soutien à Paul Biya, en évoquant un « appel sans équivoque » des sections du parti le 6 novembre 2024. Cet argument s’inscrit dans une tentative de légitimation par l’adhésion populaire. Cependant, plusieurs problèmes surgissent lorsqu’on analyse cette revendication sous un prisme académique.
Premièrement, le politologue Samuel Huntington (1991) souligne que la légitimité démocratique repose sur des processus transparents et compétitifs, et non simplement sur des proclamations partisanes. Dans le contexte du Cameroun, les appels à la candidature du Président sortant émanent d’un parti où la pluralité d’opinions est fortement limitée, ce qui remet en question l’authenticité de ce soutien.
Deuxièmement, dans des régimes où les institutions et les partis sont fortement centralisés, la mobilisation de la base militante peut être perçue comme une manifestation de contrôle politique plutôt qu’une véritable adhésion populaire. Comme le soutient Franz Fanon (1961) dans Les Damnés de la Terre, le soutien populaire dans des systèmes dominés par un parti unique ou hégémonique est souvent le produit d’une dynamique coercitive ou clientéliste.
Enfin, l’idée selon laquelle la popularité d’un dirigeant justifie son maintien au pouvoir doit être replacée dans le contexte des mécanismes de gouvernance. Linz et Stepan (1996) insistent sur le fait que même les dirigeants populaires doivent être soumis à des règles institutionnelles qui empêchent la personnalisation du pouvoir. La prolongation du mandat de Paul Biya, bien qu’appuyée par le RDPC, pourrait être perçue comme une concentration excessive du pouvoir dans un régime présidentiel.
1.4. Légalité et légitimité : tensions fondamentales
Le document met en avant trois paradigmes : la légalité républicaine, la légalité inhérente au parti, et la légitimité populaire. Bien que ces notions soient pertinentes, leur application dans ce contexte soulève plusieurs interrogations.
1. Légalité républicaine : Elle s’appuie sur le droit constitutionnel, mais, comme le rappelle Montesquieu (1748), la légalité doit toujours être subordonnée à l’intérêt général et à l’équilibre des pouvoirs. Une légalité qui sert uniquement à prolonger un mandat sans renforcer les institutions démocratiques devient un outil de consolidation autoritaire.
2. Légalité inhérente au parti : La légalité interne au RDPC est utilisée pour justifier des pratiques de centralisation du pouvoir. Cependant, comme l’a observé Robert Michels (1911) dans Les Partis politiques, les organisations politiques tendent à développer des structures oligarchiques qui privilégient les élites au détriment de la base.
3. Légitimité populaire : Ce concept est problématique lorsqu’il n’est pas accompagné de mécanismes institutionnels crédibles. Joseph Schumpeter (1942) définit la démocratie comme un processus dans lequel les citoyens choisissent leurs dirigeants à travers des élections libres et compétitives. Si le RDPC monopolise le paysage politique, la légitimité populaire devient difficile à établir.
Les arguments avancés par Jacques Fame Ndongo dans ce document s’appuient sur une lecture restrictive des textes constitutionnels et statutaires, tout en minimisant les implications démocratiques plus larges. Si le droit positif confère à Paul Biya la possibilité de se représenter, la légitimité de cette candidature reste discutable à la lumière des principes démocratiques modernes. Cette analyse invite à une réflexion sur l’importance de renforcer la démocratie interne des partis politiques et de garantir des mécanismes électoraux transparents pour préserver la vitalité démocratique au Cameroun.
2. Légalité et légitimité : Concepts théoriques et tensions fondamentales
L’un des arguments centraux avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo dans sa défense de la candidature de Paul Biya est l’articulation entre trois paradigmes : la légalité républicaine, la légalité inhérente au parti, et la légitimité populaire. Ces concepts, bien qu’empruntés à des cadres théoriques établis, nécessitent une analyse approfondie, car leur application dans le contexte camerounais soulève des tensions fondamentales entre la légalité formelle, la légitimité démocratique et la justice sociale.
2.1. Légalité républicaine : entre droit et éthique politique
La légalité républicaine invoquée par Fame Ndongo repose sur le respect de la Constitution camerounaise, qui permet au Président Paul Biya de briguer un nouveau mandat. Cet argument s’inscrit dans une vision positiviste du droit, où l’ordre juridique est interprété comme une structure autonome. Cependant, cette approche, bien qu’efficace pour justifier la continuité institutionnelle, occulte des dimensions critiques.
Selon Hans Kelsen (The Pure Theory of Law, 1934), le droit positif garantit la stabilité des États en imposant des règles claires et objectives. Toutefois, Kelsen lui-même reconnaît que le droit ne doit pas être un instrument aveugle au contexte sociopolitique. Dans le cas du Cameroun, bien que la rééligibilité soit légalement justifiée, l’épuisement démocratique causé par plus de 40 ans au pouvoir de Paul Biya soulève la question de l’éthique politique. Montesquieu, dans De l’esprit des lois (1748), souligne que « la corruption des gouvernements commence presque toujours par celle des principes ». Ici, l’argument de légalité républicaine semble déconnecté des besoins de renouvellement politique et d’équilibre institutionnel.
D’autre part, le recours strict à la légalité républicaine néglige le concept d’État de droit substantiel, tel qu’articulé par Amartya Sen (Development as Freedom, 1999). Un État de droit ne se limite pas à l’application mécanique des lois mais garantit que ces lois servent à renforcer la justice, la liberté et la participation citoyenne. Dans ce contexte, l’usage prolongé des dispositions constitutionnelles pour maintenir une même élite au pouvoir risque d’affaiblir la perception de l’État comme vecteur de justice sociale.
2.2. Légalité inhérente au parti : la capture institutionnelle
Le deuxième paradigme avancé par Fame Ndongo est celui de la légalité inhérente au RDPC, qui confère au Président National le rôle automatique de candidat à l’élection présidentielle. Cet argument, bien que juridiquement valide dans le cadre des statuts du parti, suscite plusieurs critiques, notamment sur le plan de la démocratie interne et de la gouvernance.
2.2.1. Démocratie interne des partis
Comme l’a observé Robert Michels dans Les Partis politiques (1911), les grandes organisations politiques développent souvent des structures oligarchiques qui privilégient une élite restreinte. Au Cameroun, la centralisation du pouvoir autour de Paul Biya au sein du RDPC illustre cette « loi d’airain de l’oligarchie ». Cette absence de compétition interne empêche l’émergence de nouveaux leaders et réduit la diversité des idées politiques. Larry Diamond (Developing Democracy, 1999) souligne qu’un parti démocratique doit permettre un débat interne, une alternance des dirigeants et des mécanismes de reddition de comptes pour refléter les aspirations de sa base.
Dans le cas du RDPC, l’imposition d’un candidat unique verrouille non seulement le processus décisionnel interne, mais limite également la possibilité pour les militants de s’identifier à des figures alternatives. En conséquence, le parti devient un outil de conservation du pouvoir plutôt qu’un vecteur de transformation politique.
2.2.2. Capture institutionnelle
La centralisation du pouvoir au sein du RDPC et son influence sur les institutions étatiques relèvent de ce que Juan Linz et Alfred Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996) appellent la « capture institutionnelle ». Dans un tel système, les règles du jeu politique sont façonnées pour favoriser l’élite dominante, ici représentée par Paul Biya. Cela limite la concurrence politique, puisque le RDPC agit non seulement comme un parti majoritaire, mais aussi comme un acteur institutionnel quasi hégémonique, contrôlant les mécanismes électoraux et législatifs.
2.3. Légitimité populaire : mythe ou réalité ?
Le troisième paradigme évoqué par Fame Ndongo est la légitimité populaire, qui serait conférée par le soutien de la base militante et des sympathisants du RDPC. Cet argument repose sur une conception majoritaire de la légitimité, mais son application dans un contexte de faible pluralisme politique soulève des interrogations.
2.3.1. La légitimité comme processus
Selon Max Weber (Économie et société, 1922), la légitimité repose sur trois types d’autorité : traditionnelle, charismatique et rationnelle-légale. Dans le cas du Cameroun, la légitimité de Paul Biya est souvent perçue comme dérivant de son autorité rationnelle-légale, puisqu’il a été régulièrement réélu. Cependant, Weber insiste également sur le fait que cette légitimité est conditionnelle à la perception d’un équilibre entre la règle de droit et l’intérêt général.
En l’absence de compétition politique significative et dans un contexte où l’appareil d’État est dominé par le parti au pouvoir, il est difficile de considérer la légitimité populaire comme un phénomène spontané ou pleinement représentatif. Joseph Schumpeter (Capitalism, Socialism, and Democracy, 1942) note que la démocratie ne consiste pas uniquement en l’obtention d’une majorité, mais dans l’existence de mécanismes permettant une véritable alternance.
2.3.2. Les risques du populisme institutionnalisé
Le recours au soutien populaire pour légitimer la continuité au pouvoir peut également s’apparenter à une forme de populisme institutionnalisé. Ernesto Laclau (On Populist Reason, 2005) définit le populisme comme une stratégie qui mobilise les masses en invoquant des symboles unificateurs, souvent au détriment d’une gouvernance inclusive et pluraliste. Dans ce contexte, le soutien militant évoqué par Fame Ndongo pourrait être moins le reflet d’une adhésion sincère que le produit d’une absence d’alternatives crédibles.
2.4. Tensions entre légalité et légitimité : une crise démocratique
Les tensions entre la légalité républicaine, la légalité partisane et la légitimité populaire illustrent une crise plus profonde du système démocratique camerounais. Ces concepts, bien qu’interconnectés, se trouvent ici en déséquilibre.
• La légalité sans légitimité : Comme l’a démontré John Rawls (A Theory of Justice, 1971), la légalité doit être accompagnée d’un sentiment de justice sociale. Lorsque les citoyens perçoivent la légalité comme un outil d’exclusion ou de maintien du pouvoir, elle perd sa capacité à fonder un contrat social solide.
• La légitimité sans pluralisme : Dans le cas du RDPC, la légitimité populaire est invoquée sans pluralisme politique ni débat interne, ce qui affaiblit la perception de la légitimité démocratique.
En somme, cette tension entre légalité et légitimité met en lumière ce que Philippe Schmitter et Terry Karl (What Democracy Is… and Is Not, 1991) appellent les « zones grises » des démocraties hybrides, où des pratiques autoritaires coexistent avec des institutions démocratiques. Le Cameroun, sous la présidence de Paul Biya, semble s’inscrire dans cette catégorie, où la légalité est utilisée pour légitimer une concentration prolongée du pouvoir.
L’argumentation du Pr. Jacques Fame Ndongo autour des paradigmes de légalité et de légitimité révèle des failles importantes dans la gouvernance politique du Cameroun. Bien que le droit positif confère à Paul Biya une base légale pour se représenter en 2025, cette légalité ne garantit pas automatiquement une légitimité démocratique. À mesure que le Cameroun approche de cette élection cruciale, il devient impératif de repenser ces concepts non pas comme des justifications statiques, mais comme des outils dynamiques pour renforcer la participation citoyenne, l’alternance et la justice institutionnelle.
3. Droit positif vs. pari putatif : Implications théoriques et pratiques
Dans son document, le Pr. Jacques Fame Ndongo oppose deux notions fondamentales : le « droit positif », qu’il considère comme fondamentalement objectif et indiscutable, et le « pari putatif », qu’il qualifie d’illusoire. Cette dichotomie constitue un élément central de sa défense de la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2025. Cependant, une analyse approfondie révèle que cette opposition soulève des questions complexes sur le rôle du droit, de la perception sociale et des normes démocratiques dans la légitimation du pouvoir politique.
3.1. Comprendre le droit positif dans son contexte politique
Le droit positif, tel que défini par Hans Kelsen (Pure Theory of Law, 1934), repose sur l’idée que le droit est un système de normes créé par des institutions humaines. Il est distinct du droit naturel, qui s’appuie sur des principes moraux universels. Dans le contexte camerounais, Fame Ndongo s’appuie sur le droit positif pour affirmer que Paul Biya a le droit constitutionnel de se représenter à l’élection présidentielle, arguant que cette disposition est inscrite dans l’article 6 de la Constitution.
Cependant, plusieurs penseurs, dont Lon Fuller (The Morality of Law, 1964), mettent en garde contre une interprétation purement positiviste du droit, surtout dans des régimes où les institutions législatives sont contrôlées par l’exécutif. Fuller souligne que le droit doit également répondre à des critères de justice, de transparence et de moralité pour garantir sa légitimité. Dans le cas du Cameroun, l’utilisation répétée de réformes constitutionnelles pour prolonger le mandat présidentiel, comme celles de 2008 qui ont supprimé la limitation des mandats, peut être vue comme un exemple d’instrumentalisation du droit positif au profit du pouvoir exécutif.
Cette instrumentalisation est également critiquée par Ronald Dworkin (Law’s Empire, 1986), qui affirme que le droit ne doit pas être réduit à des règles formelles, mais doit être interprété en fonction de ses principes sous-jacents. Si le droit positif confère à Paul Biya la possibilité de se représenter, il ne garantit pas que cet acte soit moralement ou démocratiquement acceptable.
3.2. Pari putatif : Un concept mal défini
Le terme « pari putatif », utilisé par Fame Ndongo, fait référence à une croyance erronée ou illusoire dans la légitimité d’une situation. Il s’oppose à l’objectivité supposée du droit positif. Cependant, ce concept manque de clarté et semble dévaloriser toute opposition au statu quo en la qualifiant de subjective ou infondée.
Selon Jürgen Habermas (Between Facts and Norms, 1996), une démocratie légitime ne peut se contenter d’invoquer la légalité pour justifier ses actions. Elle doit également s’appuyer sur un consensus rationnel, issu du dialogue entre les citoyens et les institutions. En qualifiant toute critique de la candidature de Paul Biya de « pari putatif », Fame Ndongo rejette implicitement la possibilité d’un débat démocratique sur la pertinence de cette candidature. Ce rejet va à l’encontre de l’idéal habermassien d’une sphère publique où les opinions divergentes peuvent être discutées et confrontées.
Par ailleurs, Ernesto Laclau (On Populist Reason, 2005) met en garde contre l’utilisation de discours dichotomiques qui opposent une vérité prétendument objective (ici, le droit positif) à une illusion collective (le pari putatif). Une telle rhétorique peut être utilisée pour délégitimer les voix critiques et renforcer une domination hégémonique.
3.3. Implications pour la démocratie camerounaise
La tension entre droit positif et pari putatif soulève des questions importantes sur l’état de la démocratie au Cameroun. En invoquant le droit positif comme justification ultime, le document de Fame Ndongo néglige trois dimensions essentielles : la légitimité procédurale, la perception populaire et l’éthique politique.
3.3.1. La légitimité procédurale
Comme l’expliquent Linz et Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996), la légitimité des régimes démocratiques repose sur des procédures équitables et transparentes. Si le droit positif permet la réélection de Paul Biya, il est crucial que ce processus soit perçu comme équitable par la population. Or, des rapports d’organisations internationales, comme Freedom House et Transparency International, soulignent régulièrement des déficiences dans la transparence électorale et l’équité des processus politiques au Cameroun.
En outre, la concentration prolongée du pouvoir autour de Paul Biya réduit la crédibilité des institutions démocratiques. Robert Dahl (Polyarchy: Participation and Opposition, 1971) affirme que la démocratie repose sur une compétition politique réelle, où les citoyens ont le choix entre des alternatives viables. En verrouillant les mécanismes institutionnels pour favoriser la continuité du régime, le Cameroun s’éloigne des normes de la « polyarchie » démocratique.
3.3.2. La perception populaire
La légitimité d’un régime dépend également de la perception qu’en ont les citoyens. Selon David Easton (A Systems Analysis of Political Life, 1965), la stabilité politique repose sur un équilibre entre l’efficacité (performance des institutions) et la légitimité (acceptation des règles du jeu par la population). Si la réélection de Paul Biya est perçue comme un prolongement artificiel de son pouvoir, cela risque d’éroder la confiance des citoyens dans le système politique.
De plus, les travaux de Pierre Rosanvallon (La légitimité démocratique, 2008) montrent que dans les démocraties modernes, la légitimité ne peut pas se limiter à des critères juridiques. Elle doit intégrer une reconnaissance populaire basée sur l’équité, la justice et l’alternance. Dans ce contexte, l’argument de Fame Ndongo selon lequel le droit positif suffit à justifier la candidature de Paul Biya apparaît insuffisant.
3.3.3. L’éthique politique
Enfin, l’éthique politique joue un rôle central dans la consolidation démocratique. Hannah Arendt (The Human Condition, 1958) insiste sur la responsabilité des dirigeants de privilégier l’intérêt général plutôt que leur propre maintien au pouvoir. Si le droit positif peut être utilisé pour prolonger un mandat présidentiel, l’éthique exige une réflexion sur l’impact de cette décision sur la société dans son ensemble.
Au Cameroun, la longévité exceptionnelle de Paul Biya au pouvoir (depuis 1982) pose la question de l’usure démocratique. Giovanni Sartori (The Theory of Democracy Revisited, 1987) avertit que l’absence d’alternance politique peut conduire à une stagnation institutionnelle et à une concentration excessive du pouvoir, sapant ainsi les fondements de la démocratie.
3.4. La nécessité d’un équilibre
L’opposition entre droit positif et pari putatif, telle que formulée par Fame Ndongo, masque une vérité fondamentale : les systèmes politiques démocratiques reposent sur un équilibre entre légalité et légitimité. Comme le soutient John Rawls (A Theory of Justice, 1971), les lois et institutions doivent être conçues pour promouvoir une justice équitable et inclusive. Lorsque cet équilibre est rompu, comme c’est le cas dans les contextes où la légalité est utilisée pour perpétuer le pouvoir d’une seule personne, la stabilité politique est mise en péril.
L’opposition entre droit positif et pari putatif, au cœur de la défense de la candidature de Paul Biya par le Pr. Jacques Fame Ndongo, révèle des failles profondes dans la gouvernance politique camerounaise. Si le droit positif offre un fondement juridique à cette candidature, il ne suffit pas à répondre aux exigences démocratiques modernes, qui incluent l’équité, l’alternance et la participation populaire. Cette analyse souligne la nécessité de repenser les mécanismes politiques et institutionnels pour garantir que le droit soit au service de la justice et non d’une élite dominante. En cela, le Cameroun doit s’inspirer des principes universels de la démocratie, où le pouvoir doit être à la fois légal et légitime.
4. Le rôle du débat démocratique : enjeux et perspectives dans le contexte camerounais
Le Pr. Jacques Fame Ndongo conclut son document en appelant à un débat démocratique sur la candidature de Paul Biya, affirmant que le RDPC est prêt à confronter ses idées à celles des autres acteurs politiques. Cet appel au débat semble louable en surface, mais il soulève des questions sur la réalité des conditions nécessaires à un débat véritablement démocratique dans le contexte camerounais. Cette section explore les éléments fondamentaux du débat démocratique, analyse les obstacles à sa mise en œuvre au Cameroun et propose des pistes pour garantir son authenticité.
4.1. Le débat démocratique : principes fondamentaux
Le débat démocratique est une composante essentielle des systèmes politiques pluralistes. Selon Jürgen Habermas (The Structural Transformation of the Public Sphere, 1962), un débat démocratique véritable repose sur une « sphère publique » où les citoyens peuvent discuter librement des questions d’intérêt commun. Cette sphère doit être caractérisée par :
1. La liberté d’expression : Les citoyens et les acteurs politiques doivent être libres d’exprimer leurs opinions sans crainte de représailles.
2. L’égalité des participants : Toutes les voix doivent avoir un poids égal, indépendamment de leur origine ou affiliation politique.
3. L’argumentation rationnelle : Les débats doivent se fonder sur des arguments logiques et des faits, plutôt que sur des attaques personnelles ou des manipulations émotionnelles.
Dans le contexte des démocraties modernes, Linz et Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996) ajoutent que le débat démocratique doit également être soutenu par des institutions fortes et impartiales, comme des médias indépendants, des mécanismes judiciaires fiables et des organes électoraux transparents.
4.2. Les obstacles au débat démocratique au Cameroun
Bien que le Pr. Jacques Fame Ndongo invite à un débat ouvert, plusieurs obstacles structurels et contextuels compromettent la possibilité d’un débat authentique au Cameroun.
4.2.1. Le contrôle de l’espace public
Au Cameroun, le débat politique est largement dominé par le RDPC, qui bénéficie d’un accès privilégié aux médias publics et d’un contrôle significatif des institutions étatiques. Pierre Rosanvallon (La Contre-démocratie, 2006) souligne que lorsque l’espace public est capturé par une élite dominante, le débat devient une simple formalité, incapable de refléter une véritable diversité d’opinions. Les opposants politiques, en revanche, rencontrent des obstacles importants pour accéder aux plateformes médiatiques ou pour organiser des rassemblements.
4.2.2. La répression des dissidences
La liberté d’expression, essentielle au débat démocratique, est souvent compromise par des restrictions légales et des pratiques répressives. Selon Human Rights Watch (2023), les opposants politiques au Cameroun sont fréquemment soumis à des intimidations, des arrestations arbitraires et des harcèlements judiciaires. Ces conditions découragent la participation active des citoyens et des partis d’opposition au débat public.
4.2.3. La faiblesse des institutions démocratiques
Le Cameroun souffre également d’un déficit institutionnel, caractérisé par une absence de mécanismes impartiaux pour réguler le débat politique. Robert Dahl (Polyarchy: Participation and Opposition, 1971) affirme que des institutions fortes et autonomes sont nécessaires pour garantir l’équité dans la compétition politique. Or, au Cameroun, l’organisme en charge des élections (ELECAM) est souvent critiqué pour son manque d’indépendance, ce qui sape la confiance dans le processus électoral et réduit la motivation des acteurs politiques à s’engager dans un débat constructif.
4.2.4. La culture du débat politique
Au-delà des obstacles structurels, il existe également un problème culturel lié à la manière dont le débat politique est mené. Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (Hegemony and Socialist Strategy, 1985) notent que dans les systèmes où la domination politique est hégémonique, le débat tend à être réduit à une rhétorique d’autolégitimation plutôt qu’à une véritable confrontation d’idées. Au Cameroun, le débat politique est souvent marqué par des accusations personnelles, des insultes et des manipulations médiatiques, plutôt que par un échange rationnel et respectueux.
4.3. Les enjeux du débat démocratique dans le contexte camerounais
Malgré ces obstacles, un débat démocratique authentique reste crucial pour répondre aux défis politiques et institutionnels du Cameroun. Trois enjeux majeurs se dégagent :
4.3.1. Renforcer la légitimité du processus électoral
Un débat démocratique ouvert et transparent peut contribuer à restaurer la confiance des citoyens dans le processus électoral. Comme l’affirme Giovanni Sartori (The Theory of Democracy Revisited, 1987), la compétition politique équitable est essentielle pour légitimer les dirigeants et renforcer la stabilité politique. Si Paul Biya et le RDPC souhaitent réellement justifier leur candidature, ils doivent s’engager dans un débat où les opposants peuvent exprimer leurs points de vue sans contraintes.
4.3.2. Favoriser l’inclusion politique
Le Cameroun est un pays caractérisé par une diversité culturelle, linguistique et régionale. Un débat démocratique authentique peut servir de plateforme pour articuler les revendications des différentes composantes de la société camerounaise. Comme le souligne Iris Marion Young (Inclusion and Democracy, 2000), la démocratie ne peut être inclusive que si toutes les voix, y compris celles des groupes marginalisés, sont entendues dans les processus de décision.
4.3.3. Encourager la responsabilisation des dirigeants
Un débat démocratique rigoureux oblige les dirigeants à rendre des comptes sur leurs actions et leurs promesses. Hannah Arendt (The Origins of Totalitarianism, 1951) rappelle que la responsabilité est au cœur de la démocratie. Au Cameroun, où Paul Biya est au pouvoir depuis plus de 40 ans, un débat ouvert permettrait de confronter son bilan aux aspirations des citoyens.
4.4. Conditions nécessaires pour un débat démocratique authentique
Pour que le débat démocratique prôné par Fame Ndongo soit véritablement inclusif et constructif, plusieurs conditions doivent être réunies :
4.4.1. Garantir la liberté d’expression
Le gouvernement camerounais doit s’engager à protéger les droits fondamentaux des citoyens, notamment la liberté d’expression et d’association. Comme l’affirme Amartya Sen (Development as Freedom, 1999), la liberté politique est un pilier essentiel du développement démocratique.
4.4.2. Assurer l’indépendance des institutions
Les institutions chargées de réguler le débat public, telles que les médias et les organes électoraux, doivent être indépendantes de l’exécutif. Cela nécessite des réformes profondes pour garantir leur impartialité.
4.4.3. Encourager la pluralité des voix
Le RDPC, en tant que parti dominant, a une responsabilité particulière pour garantir que toutes les opinions politiques puissent s’exprimer librement. Cela inclut la création de conditions équitables pour les partis d’opposition et la société civile.
4.4.4. Promouvoir une culture de débat rationnel
Les acteurs politiques camerounais doivent s’engager à respecter les normes du débat démocratique, en évitant les attaques personnelles et en privilégiant les arguments fondés sur des faits.
Le débat démocratique constitue un outil indispensable pour garantir la légitimité et la transparence du processus électoral au Cameroun. Cependant, pour que cet outil soit réellement efficace, il doit s’appuyer sur des principes clairs et des institutions solides. Le Pr. Jacques Fame Ndongo, en appelant à un débat démocratique, offre une opportunité de transformer le paysage politique camerounais. Toutefois, cette opportunité ne peut être saisie que si les conditions nécessaires sont réunies pour permettre une confrontation équitable et respectueuse des idées. Un véritable débat démocratique ne doit pas être une simple formalité rhétorique, mais un processus actif de construction collective, où le droit, la légitimité et la justice se rencontrent.
Conclusion générale
L’analyse des arguments avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo en faveur de la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2025 révèle des tensions profondes entre la légalité formelle, la légitimité démocratique et les aspirations sociopolitiques du Cameroun. Si le recours au droit positif offre une base juridique solide pour justifier cette candidature, il ne parvient pas à dissiper les interrogations sur la nécessité d’une alternance politique, élément fondamental de toute démocratie moderne. En effet, l’invocation des textes constitutionnels et statutaires du RDPC, bien que juridiquement valables, illustre une instrumentalisation des institutions au service d’une élite dominante, au détriment des principes de renouvellement et de pluralité.
Au-delà de la légalité, la légitimité populaire mise en avant dans ce document demeure contestable dans un contexte marqué par un faible pluralisme, des restrictions aux libertés fondamentales et une répression des oppositions. La notion même de « légitimité » est vidée de sa substance lorsqu’elle n’est pas soutenue par des processus transparents, inclusifs et compétitifs. En ce sens, l’appel à un débat démocratique, bien qu’important en théorie, ne peut avoir de valeur réelle sans un environnement institutionnel et politique garantissant l’égalité des chances pour tous les acteurs politiques.
Cette étude met également en lumière les défis structurels de la gouvernance au Cameroun. La centralisation du pouvoir au sein du RDPC, combinée à l’absence d’alternance depuis plus de quatre décennies, risque de saper davantage la confiance des citoyens dans les institutions publiques. Or, comme le démontrent les théories modernes de la démocratie, un système politique ne peut survivre durablement sans un équilibre entre légalité, légitimité et participation citoyenne. Le Cameroun, à ce titre, doit non seulement réévaluer ses pratiques institutionnelles, mais aussi engager des réformes profondes pour consolider un cadre démocratique où le pouvoir n’est pas monopolisé, mais partagé et soumis à des mécanismes de reddition de comptes.
En conclusion, si la défense de Jacques Fame Ndongo constitue une tentative élaborée de justifier la candidature de Paul Biya, elle soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. L’avenir démocratique du Cameroun repose sur sa capacité à dépasser les limitations actuelles, à renforcer ses institutions et à garantir des élections véritablement libres, équitables et transparentes. Cela nécessite non seulement un respect des textes juridiques, mais aussi une adhésion sincère aux principes éthiques et aux aspirations de la société camerounaise pour un État véritablement inclusif et participatif. À l’approche des élections de 2025, le Cameroun a une opportunité historique de démontrer son engagement envers ces idéaux et de tracer une voie vers une démocratie plus solide et durable.
1. Arendt, H. (1958). The Human Condition. University of Chicago Press.
2. Dahl, R. A. (1971). Polyarchy: Participation and Opposition. Yale University Press.
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4. Dworkin, R. (1986). Law’s Empire. Harvard University Press.
5. Easton, D. (1965). A Systems Analysis of Political Life. Wiley.
6. Fuller, L. L. (1964). The Morality of Law. Yale University Press.
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9. Kelsen, H. (1934). Pure Theory of Law. University of California Press.
10. Laclau, E., & Mouffe, C. (1985). Hegemony and Socialist Strategy: Towards a Radical Democratic Politics. Verso.
11. Linz, J. J., & Stepan, A. (1996). Problems of Democratic Transition and Consolidation: Southern Europe, South America, and Post-Communist Europe. Johns Hopkins University Press.
12. Michels, R. (1911). Les Partis politiques: Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties. Flammarion.
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20. Weber, M. (1922). Économie et société. Plon.
21. Young, I. M. (2000). Inclusion and Democracy. Oxford University Press.
22. Human Rights Watch. (2023). World Report 2023: Events of 2022. Human Rights Watch.
23. Transparency International. (2023). Corruption Perceptions Index 2022. Transparency International.
24. Freedom House. (2023). Freedom in the World 2023. Freedom House.
LA DECISION DE S.E PAUL BIYA QUI M’A CHOQUÉ LE PLUS CETTE ANNÉE: PROROGATION DES MANDATS DES ÉLUS ET IMMOBILISME GOUVERNEMENTAL, UNE RECOMPENSE AUX MÉDIOCRES ET UNE ENTRAVE AU DÉVELOPPEMENT LOCAL

Résumé :
L’article analyse la décision du président Paul Biya de proroger les mandats des députés et des maires, ainsi que le maintien de son gouvernement sans modification, en 2024. Bien que justifiée par un calendrier électoral chargé, cette décision reflète une gouvernance caractérisée par l’inaction et l’absence de responsabilité. Cette prorogation, accompagnée de l’immobilisme au sein du gouvernement, exacerbe les déficiences institutionnelles, érode la démocratie et freine le développement local. L’article examine les implications de ces mesures, s’appuyant sur des études académiques pour souligner l’importance de la responsabilité et de l’évaluation dans la gouvernance.
Mots-clés : prorogation des mandats, gouvernance, développement local, Paul Biya, immobilisme politique, responsabilité institutionnelle
Abstract :
This article analyzes President Paul Biya’s 2024 decision to extend the mandates of deputies and mayors, while maintaining the current government composition. Though justified by a packed electoral calendar, this move highlights governance marked by inaction and lack of accountability. The extension, coupled with political inertia, exacerbates institutional deficiencies, weakens democracy, and hinders local development. Drawing on academic studies, the article underscores the critical role of accountability and evaluation in governance.
Keywords: mandate extension, governance, local development, Paul Biya, political inertia, institutional accountability

Introduction
Il n’y a qu’au Cameroun où l’on récompense les médiocres. La récente décision du président Paul Biya de proroger les mandats des députés et des conseillers municipaux en est une illustration frappante. Officialisée par la Loi N°2024/011 et le Décret N°2024/328, cette prorogation prolonge les mandats des députés à l’Assemblée nationale jusqu’au 30 mars 2026 et ceux des conseillers municipaux jusqu’au 31 mai 2026. Bien que cette mesure soit techniquement légale, elle constitue une entorse flagrante aux principes démocratiques et à l’exigence de responsabilité des élus.
Cette décision s’inscrit dans un contexte où la performance des élus prolongés est largement remise en question. Au lieu de profiter de cette occasion pour exiger des comptes sur leur gestion, le gouvernement semble avoir choisi de valider leur inaction. Les députés, censés contrôler l’action gouvernementale, se contentent souvent de jouer un rôle figuratif, négligeant leur mission de représenter les intérêts des citoyens. De leur côté, les conseillers municipaux, responsables du développement local, peinent à répondre aux besoins fondamentaux des populations, comme l’illustre la dégradation des infrastructures dans des villes comme Yaoundé et Douala.
Cette prorogation, loin d’être une mesure isolée, reflète une tendance récurrente sous le régime de Paul Biya. Déjà en 2019, une prorogation similaire avait été mise en œuvre, invoquant les mêmes justifications logistiques et financières. Ces reports successifs traduisent un dysfonctionnement systémique dans la gestion des processus électoraux, renforçant l’idée d’un pouvoir central plus préoccupé par sa propre pérennité que par la satisfaction des aspirations populaires.
Au-delà de son impact immédiat sur le calendrier électoral, cette décision soulève des questions fondamentales sur l’état de la démocratie camerounaise. Elle met en lumière une gouvernance marquée par l’inertie, où les institutions censées servir de contre-pouvoir sont progressivement affaiblies. Les citoyens, déçus par l’absence de renouvellement et de progrès, perdent confiance dans le système politique, ce qui exacerbe le désengagement civique et l’abstention lors des scrutins.
Cet article propose d’analyser en profondeur les implications de cette prorogation sur la démocratie et le développement local au Cameroun. En examinant les performances des élus concernés, l’impact sur les institutions locales et nationales, ainsi que les conséquences socio-économiques de cette gouvernance stagnante, il met en évidence les défis auxquels le pays est confronté. Plus encore, il appelle à une réflexion urgente sur la nécessité de réformes structurelles pour restaurer la confiance dans les institutions et promouvoir une gouvernance centrée sur la responsabilité et l’efficacité.
1. Contexte et Justification de la Prorogation
1.1. Une Mesure d’Exception devenue une Norme
La prorogation des mandats des députés et des maires par Paul Biya est une décision qui, bien que techniquement conforme à la loi, est devenue une réalité récurrente au Cameroun. Le prétexte avancé est celui d’un calendrier électoral surchargé, regroupant potentiellement plusieurs scrutins en 2025, notamment les présidentielles, législatives et municipales. Cependant, une analyse plus approfondie révèle que cette mesure ne résulte pas uniquement de contraintes organisationnelles, mais aussi d’une stratégie politique visant à éviter des élections incertaines dans un contexte de mécontentement généralisé.
Depuis 2013, le Cameroun a connu au moins deux prorogations similaires (2018 et 2019), établissant ainsi une tendance préoccupante où des élections, pourtant essentielles au renouvellement démocratique, sont ajournées sans évaluation rigoureuse. Les autorités mettent souvent en avant des difficultés financières ou logistiques, mais ces justifications masquent mal une incapacité chronique à respecter un calendrier démocratique.
La prorogation décidée en 2024, officialisée par la Loi N°2024/011 et le Décret N°2024/328, illustre cette dérive. Les élections locales, prévues initialement en 2025, auraient dû permettre de renforcer la représentativité et la légitimité des élus locaux. Pourtant, en optant pour une prolongation des mandats jusqu’en 2026, le gouvernement a choisi de maintenir en poste des dirigeants souvent critiqués pour leur inefficacité.
Selon Lindberg (2006), des élections régulières et transparentes constituent un pilier fondamental pour la démocratie. Elles permettent aux citoyens d’évaluer leurs représentants et de leur confier, ou non, un nouveau mandat. Au Cameroun, cette continuité forcée des mandats empêche toute forme de reddition de comptes et encourage un système où la médiocrité peut prospérer sans conséquence.
1.2. Conséquences sur la Démocratie Camerounaise
La prorogation des mandats ne nuit pas seulement aux collectivités locales ; elle affaiblit également les institutions démocratiques nationales. Les députés, censés représenter les intérêts des citoyens, voient leur rôle réduit à celui de simples exécutants des directives gouvernementales. Ces élus, reconduits sans consultation populaire, manquent souvent d’incitations à améliorer leurs performances. Ainsi, les questions cruciales, telles que les réformes nécessaires pour une décentralisation effective ou les initiatives visant à renforcer la transparence budgétaire, restent largement négligées.
Un autre effet direct de cette prorogation est l’érosion de la confiance des citoyens dans les institutions publiques. Une enquête réalisée par Afrobarometer (2021) montre que seulement 23 % des Camerounais estiment que leurs élus locaux représentent réellement leurs intérêts. Ce chiffre, déjà bas, risque de diminuer davantage dans un contexte où les élus restent en fonction sans avoir à justifier leurs actions.
En comparaison, des pays comme le Ghana, qui organisent des élections régulières et crédibles, illustrent comment des institutions renforcées peuvent favoriser une plus grande implication citoyenne. Par exemple, au Ghana, les périodes électorales sont souvent accompagnées d’un débat public animé, qui permet non seulement d’évaluer les élus sortants, mais aussi de susciter l’engagement des jeunes et des nouveaux acteurs politiques.
La prorogation au Cameroun, en revanche, crée un cercle vicieux où les mêmes figures politiques dominent la scène nationale sans offrir d’améliorations tangibles. Cela nourrit un sentiment d’aliénation parmi les citoyens et affaiblit l’idée même de la démocratie comme moteur de développement.
2. L’Impact sur le Développement Local
2.1. Dysfonctionnements Structurels dans les Collectivités Locales
Les collectivités locales camerounaises occupent une position centrale dans la gestion des infrastructures de base et des services sociaux. Toutefois, leur inefficacité chronique, exacerbée par la prorogation des mandats des maires, freine considérablement le développement local. À Yaoundé, par exemple, la prolifération des déchets dans les marchés, notamment au Marché Mokolo, illustre la mauvaise gestion des ordures ménagères. Ces dysfonctionnements ont des impacts directs sur la santé publique, avec une recrudescence des maladies liées à l’insalubrité, comme le choléra.
Dans le domaine des infrastructures, Douala, la capitale économique, en est un autre exemple frappant. Le projet de modernisation du réseau routier, annoncé en 2017, est toujours au point mort. Des zones comme Bonabéri ou Ndogbong souffrent de l’absence de routes praticables, ce qui complique non seulement le transport des marchandises, mais également les déplacements quotidiens des habitants. Ces retards, attribués à une planification urbaine défaillante, reflètent l’incapacité des élus locaux à répondre aux besoins urgents des citoyens.
En comparaison, des villes africaines comme Kigali, au Rwanda, montrent comment une gestion municipale efficace peut transformer les communautés. À travers une combinaison de planification stratégique, de participation citoyenne et de partenariats public-privé, Kigali a réussi à devenir une référence en matière de gestion urbaine. Les marchés locaux y sont bien organisés, les déchets ménagers sont collectés régulièrement et les infrastructures sont modernisées. Cette réussite démontre l’importance d’avoir des élus compétents et motivés, capables de mobiliser les ressources nécessaires pour améliorer la qualité de vie des citoyens.
2.2. Conséquences Socio-économiques Directes
L’impact économique des dysfonctionnements municipaux est également significatif. À Douala, par exemple, l’absence de marchés formels bien aménagés a conduit à une prolifération des marchés informels. Ces espaces, bien qu’utiles pour une économie de subsistance, échappent largement aux collectes fiscales. Cela prive les municipalités de ressources financières essentielles pour financer des projets de développement. Une étude de la Banque Mondiale (2020) a montré que des systèmes de collecte fiscale inefficaces réduisaient de 20 à 30 % le potentiel de croissance des économies locales.
De plus, les retards dans la mise en œuvre des infrastructures de base découragent les investissements. Les entreprises locales, confrontées à un réseau routier dégradé et à des services publics insuffisants, peinent à prospérer. À titre d’exemple, plusieurs petites et moyennes entreprises (PME) du secteur agricole, basées dans la périphérie de Yaoundé, ont signalé des difficultés à transporter leurs produits vers les centres urbains en raison du mauvais état des routes. Cela limite leur capacité à atteindre les marchés, réduisant ainsi leurs revenus et leur compétitivité.
L’impact se fait également sentir sur le plan social. L’absence de logements sociaux décents, combinée à une mauvaise planification urbaine, a conduit à une augmentation des bidonvilles dans des quartiers comme Makepe à Douala ou Etoudi à Yaoundé. Ces zones surpeuplées manquent souvent d’accès à l’eau potable et aux services de base, créant un environnement propice à la marginalisation sociale.
2.3. Un Exemple à Suivre : Le Modèle Rwandais
Le Rwanda offre un exemple convaincant de ce que peut accomplir une gouvernance locale bien structurée. À travers des initiatives telles que le programme « Umuganda » (travail communautaire), le pays a mobilisé ses citoyens pour participer activement à des projets de développement. En investissant dans des infrastructures modernes, comme les routes et les marchés, Kigali a attiré des investisseurs et amélioré la vie de ses habitants. Ce modèle montre qu’avec des élus compétents et une vision claire, les collectivités locales peuvent devenir des moteurs de développement économique et social.
2.4. Une Opportunité Manquée pour le Cameroun
La prorogation des mandats des maires prive le Cameroun d’une opportunité précieuse pour restructurer et revitaliser ses collectivités locales. En laissant en place des élus inefficaces, le gouvernement perpétue un cercle vicieux d’inefficacité et de stagnation. Pour rompre ce cycle, des mécanismes d’évaluation rigoureux doivent être introduits, afin d’identifier les lacunes dans la gestion municipale et de promouvoir un leadership responsable.
3. Le Maintien du Gouvernement : Une Double Punition pour le Développement
3.1. Une Gouvernance d’Inaction
Le maintien d’un gouvernement pratiquement inchangé sous Paul Biya, malgré les défis croissants auxquels le Cameroun est confronté, illustre une gouvernance figée dans l’inaction. Depuis des décennies, les mêmes figures politiques occupent les postes-clés du gouvernement, créant une inertie institutionnelle qui freine le développement. Des ministères stratégiques, tels que ceux en charge des Travaux publics, de l’Éducation et de la Santé, sont dirigés par des personnalités qui, malgré leurs échecs répétés, demeurent en place. Par exemple, le retard dans la construction de l’Hôpital régional de Garoua, lancé en 2015, reste une épine dans le pied du ministère de la Santé. Ce projet, censé améliorer l’accès aux soins dans le nord du pays, est toujours inachevé en 2024.
Dans le domaine des infrastructures, les promesses non tenues abondent. Le projet d’autoroute Douala-Yaoundé, annoncé comme une priorité nationale, souffre d’interruptions régulières et de dépassements budgétaires massifs. Les retards répétés et l’absence de sanctions à l’encontre des responsables impliqués traduisent un manque criant de leadership et de responsabilité au sein du gouvernement.
Cette stagnation n’est pas sans conséquences. Elle alimente une méfiance croissante envers les institutions étatiques et décourage les initiatives locales. Les citoyens, confrontés à des infrastructures en ruine et à des services publics déficients, perdent confiance dans la capacité de l’État à répondre à leurs besoins. L’immobilisme politique perpétue également un système où la médiocrité est tolérée, voire encouragée, au détriment de l’innovation et de l’efficacité.
3.2. Les Réformes Sacrifiées
Le maintien du gouvernement actuel empêche la mise en œuvre de réformes structurelles pourtant cruciales. L’un des domaines les plus affectés est la décentralisation. Bien que cette réforme ait été inscrite dans la Constitution depuis 1996, sa mise en œuvre reste largement symbolique. Les collectivités locales continuent de dépendre du gouvernement central pour des décisions qui devraient relever de leur compétence. Cela limite leur capacité à élaborer des politiques adaptées aux réalités locales.
Un exemple révélateur est celui des budgets municipaux. De nombreuses mairies se plaignent de ne pas recevoir les fonds nécessaires à temps, ce qui bloque des projets cruciaux tels que la réhabilitation des écoles ou la création de centres de santé. Cette situation aurait pu être résolue si le gouvernement avait entrepris des réformes pour accroître l’autonomie des collectivités locales. Au lieu de cela, le statu quo persiste, avec des élus locaux souvent réduits à des rôles de figurants.
Par ailleurs, l’absence de réformes dans le secteur de l’éducation illustre également cet immobilisme. Les enseignants, en particulier dans les zones rurales, continuent de travailler dans des conditions précaires. L’amélioration de la qualité de l’éducation, qui aurait pu être priorisée par un gouvernement plus dynamique, reste une promesse non tenue. Selon une étude de l’UNESCO (2022), le Cameroun figure parmi les pays où le ratio élèves-enseignants est l’un des plus élevés en Afrique, ce qui affecte directement les performances scolaires.
3.3. Les Conséquences pour la Jeunesse
L’un des aspects les plus préoccupants de cet immobilisme est le message qu’il envoie à la jeunesse camerounaise. Le maintien des mêmes dirigeants, malgré des performances médiocres, renforce l’idée que les efforts individuels et la compétence ne sont pas valorisés. Cette perception décourage les jeunes talents d’investir dans les affaires publiques et renforce l’exode des cerveaux.
Selon une enquête d’Afrobarometer (2021), près de 70 % des jeunes Camerounais estiment que leurs aspirations ne sont pas prises en compte par la classe politique actuelle. Cette désillusion pousse de nombreux jeunes à chercher des opportunités à l’étranger, privant le pays de sa ressource la plus précieuse : son capital humain. À titre d’exemple, des secteurs prometteurs comme les technologies de l’information ou l’agro-industrie souffrent d’un manque de talents, car les jeunes formés préfèrent s’établir dans des pays offrant un environnement plus favorable.
3.4. Un Appel à l’Action
Pour rompre ce cercle vicieux, un changement radical s’impose. Il est essentiel d’introduire des mécanismes pour évaluer régulièrement les performances des ministres et des élus, afin de promouvoir une culture de responsabilité. Les gouvernements de pays comme le Sénégal ont montré qu’un remaniement ministériel, bien planifié et basé sur des critères de performance, peut insuffler une nouvelle dynamique dans la gouvernance. Par exemple, au Sénégal, le secteur de l’agriculture a connu une transformation significative après l’introduction de nouvelles politiques par un ministre compétent et engagé.
Le Cameroun pourrait s’inspirer de ces exemples pour réorganiser ses institutions et donner aux jeunes leaders la possibilité de contribuer au développement national. Cela nécessitera une volonté politique forte et une rupture avec les pratiques actuelles d’immobilisme et de favoritisme.
4. Perspectives et Recommandations
4.1. Renforcer la Reddition des Comptes
Pour pallier les carences structurelles identifiées, il est impératif d’instaurer une culture de la reddition des comptes à tous les niveaux de la gouvernance. Les élus locaux, prolongés dans leurs fonctions sans consultation populaire, devraient être soumis à des mécanismes d’évaluation rigoureux. Cela peut inclure des audits annuels indépendants pour examiner leurs performances et la gestion des ressources publiques. Par exemple, des outils comme les « Citizen Report Cards », utilisés dans plusieurs pays d’Asie et en Afrique du Sud, permettent de recueillir des retours directs des citoyens sur la qualité des services publics.
Au Cameroun, ces mécanismes pourraient être mis en œuvre par des institutions telles que la Chambre des Comptes ou des ONG locales spécialisées dans la transparence gouvernementale. Une telle démarche garantirait que les maires et députés restent redevables envers les citoyens qu’ils sont censés servir. En outre, ces évaluations pourraient être publiées pour encourager une concurrence saine entre les collectivités locales et stimuler l’innovation dans la prestation des services.
4.2. Promouvoir un Renouvellement Politique
Le renouvellement de la classe politique est essentiel pour insuffler une nouvelle dynamique au Cameroun. Cela implique non seulement d’organiser des élections régulières, mais aussi de créer un environnement favorable à l’émergence de nouveaux leaders. Des pays comme le Kenya ont mis en place des quotas pour encourager la participation des jeunes et des femmes à la politique. Cette initiative a permis un rajeunissement progressif de la classe dirigeante et une meilleure représentation des groupes marginalisés.
Pour le Cameroun, cela pourrait inclure des réformes électorales visant à réduire les obstacles financiers et administratifs à la candidature, ainsi que la création de plateformes de formation pour les jeunes leaders. Par exemple, des programmes tels que le « Mandela Washington Fellowship », qui forme de jeunes Africains au leadership, pourraient être adaptés au contexte local pour préparer une nouvelle génération d’acteurs politiques compétents et éthiques.
4.3. Encourager la Participation des Jeunes
La jeunesse, qui représente une part importante de la population camerounaise, est actuellement sous-représentée dans les processus de décision. Pour inverser cette tendance, le gouvernement doit mettre en place des politiques favorisant leur inclusion. Cela peut inclure la création de conseils municipaux de jeunes, comme cela a été fait au Nigeria, où des jeunes participent activement à la gestion des affaires locales. Ces conseils permettent non seulement de former les futurs leaders, mais aussi d’intégrer des perspectives nouvelles dans les politiques locales.
En outre, des incitations spécifiques peuvent être introduites pour encourager les jeunes entrepreneurs à investir dans leurs communautés. Par exemple, un fonds d’investissement dédié aux projets communautaires dirigés par des jeunes pourrait être établi. Cela aiderait à renforcer leur rôle dans le développement local tout en leur offrant une alternative à l’émigration.
4.4. Réformer les Collectivités Locales
La décentralisation, bien que prévue dans la Constitution camerounaise depuis 1996, reste largement théorique. Pour que cette réforme devienne une réalité, le gouvernement doit transférer davantage de compétences et de ressources aux collectivités locales. Cela nécessite une refonte des mécanismes de financement public pour garantir que les municipalités reçoivent des allocations budgétaires suffisantes et en temps opportun.
Un modèle inspirant est celui du Maroc, qui a introduit un programme ambitieux de décentralisation en 2015. Ce programme a permis de renforcer les capacités des collectivités locales, en leur offrant des formations sur la gestion des projets et en établissant des partenariats avec le secteur privé pour financer les infrastructures. Le Cameroun pourrait adopter une approche similaire pour dynamiser ses municipalités et améliorer la qualité de vie des citoyens.
4.5. Sanctionner la Médiocrité et Valoriser le Mérite
Enfin, il est crucial de mettre fin à la culture de l’impunité qui prévaut dans la gouvernance camerounaise. Les élus et fonctionnaires responsables de mauvaise gestion ou de détournement de fonds doivent être sanctionnés de manière exemplaire. Parallèlement, un système de récompenses pourrait être instauré pour valoriser les performances exceptionnelles des élus locaux. Par exemple, un concours national des « Meilleures pratiques en gouvernance locale » pourrait être organisé chaque année pour promouvoir l’excellence et inspirer les autres collectivités.
Conclusion
La décision de proroger les mandats des députés et des conseillers municipaux, combinée à l’immobilisme du gouvernement camerounais, met en lumière une gouvernance qui semble privilégier la stabilité au détriment du progrès. Cette stratégie, bien qu’elle puisse être justifiée par des contraintes administratives ou financières, entraîne des conséquences profondes sur le développement local, la démocratie et la confiance des citoyens envers leurs institutions.
Les analyses menées dans cet article montrent clairement que cette prorogation prolonge un cycle d’inefficacité institutionnelle et de médiocrité. Les élus, libérés de la pression électorale et des exigences de reddition des comptes, sont peu incités à améliorer leurs performances. Cette situation affaiblit non seulement les collectivités locales, mais également le cadre démocratique national, en érodant le principe fondamental selon lequel les élus doivent être redevables envers les citoyens.
En outre, l’absence de réformes significatives au sein du gouvernement, malgré les défis sociaux et économiques croissants, aggrave les inégalités et ralentit le développement. Les jeunes, confrontés à un manque de perspectives et de reconnaissance de leurs talents, continuent de s’éloigner du processus politique, privant ainsi le pays de son potentiel humain le plus précieux.
Pour surmonter ces défis, le Cameroun doit adopter une approche proactive et structurelle. Cela implique de rompre avec la culture de l’impunité en introduisant des mécanismes robustes d’évaluation des performances des élus et des ministres. De plus, des réformes électorales devraient être mises en œuvre pour garantir des élections régulières, transparentes et inclusives. Ces mesures contribueraient non seulement à renforcer la démocratie, mais également à restaurer la confiance des citoyens dans leurs institutions.
Enfin, il est impératif de promouvoir un renouvellement politique en favorisant l’émergence de nouvelles figures, notamment parmi la jeunesse et les groupes marginalisés. Cela nécessite des investissements dans des programmes de formation en leadership et la création de plateformes pour encourager l’engagement civique.
La prorogation des mandats, si elle est perçue comme une solution temporaire, ne devrait pas devenir une norme institutionnalisée. Le Cameroun doit tirer les leçons de ces décisions controversées pour réinventer sa gouvernance, en s’appuyant sur les principes de responsabilité, de mérite et de participation citoyenne. Ce n’est qu’à travers une telle transformation que le pays pourra espérer répondre efficacement aux aspirations de ses citoyens et construire un avenir prospère et équitable pour tous.
Bibliographie
- Afrobarometer. (2021). Perceptions of Democracy in Sub-Saharan Africa. Disponible sur : https://www.afrobarometer.org
- Banque Mondiale. (2020). Rethinking Subnational Governance in Africa. Washington, DC: World Bank Publications.
- Fondation Mo Ibrahim. (2020). Governance and Development in Africa: Annual Index. Londres: Fondation Mo Ibrahim.
- Lindberg, S. I. (2006). Democracy and Elections in Africa. Baltimore: Johns Hopkins University Press.
- Mbaku, J. M. (2007). Institutions and Development in Africa. London: Routledge.
- UNESCO. (2022). Education for All Global Monitoring Report. Paris: UNESCO.
- World Bank. (2004). Citizen Report Cards: Improving Local Governance and Service Delivery. Washington, DC: World Bank Publications.
PAUL ATANGA NJI: UNE RATIONALITÉ RÉPUBLICAINE FACE À UN GOUVERNEMENT MÉDIOCRE

Résumé
Dans un contexte gouvernemental marqué par des déclarations parfois jugées déconnectées des réalités institutionnelles, Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration Territoriale du Cameroun, se distingue par une gestion rigoureuse et rationnelle de ses fonctions. Cet article examine les attributions du ministère de l’Administration Territoriale et les compare aux actions et déclarations d’Atanga Nji. À travers une analyse critique, il établit un contraste avec d’autres membres du gouvernement, notamment Luc Magloire Mbarga Atangana (ministre du Commerce), et Emmanuel Nganou Djoumessi (ministre des Travaux Publics). En s’alignant strictement sur les missions régaliennes de son ministère, Atanga Nji apparaît comme une figure pragmatique et méthodique, contrairement à des déclarations controversées ou irréalistes de ses homologues. Cet article démontre que Paul Atanga Nji, par sa rationalité et son respect des prérogatives institutionnelles, s’impose comme le ministre le plus rationnel du gouvernement Paul Biya en 2024.
Mots-clés : Paul Atanga Nji, Rationalité gouvernementale, Administration Territoriale, Cameroun, Gouvernement Paul Biya.
Abstract
In a government often criticized for unrealistic and controversial statements, Paul Atanga Nji, Cameroon’s Minister of Territorial Administration, stands out for his rational and methodical management of his duties. This article examines the functions of the Ministry of Territorial Administration and compares them with Atanga Nji’s actions and statements. A critical analysis contrasts his performance with other government officials, such as Luc Magloire Mbarga Atangana (Minister of Commerce) and Emmanuel Nganou Djoumessi (Minister of Public Works). By adhering strictly to the sovereign functions of his ministry, Atanga Nji emerges as a pragmatic and disciplined figure, in stark contrast to the hyperbolic and unrealistic remarks of some of his peers. This article argues that Paul Atanga Nji, through his rationality and respect for institutional mandates, is the most rational minister in Paul Biya’s government in 2024.
Keywords: Paul Atanga Nji, Rational governance, Territorial Administration, Cameroon, Paul Biya’s government.
Introduction
La rationalité républicaine se définit comme la capacité à agir en conformité avec les responsabilités institutionnelles, à prioriser les intérêts collectifs sur les ambitions personnelles, et à maintenir un équilibre entre fermeté et respect des principes démocratiques. Dans le gouvernement Paul Biya, où l’inaction et la médiocrité reflètent une polarisation politique et un éloignement des responsabilités institutionnelles, les déclarations publiques des ministres ont souvent suscité des controverses. Dans cette marrée non productive, seul Paul Atanga Nji incarne cette rationalité républicaine en 2024.
Par exemple, Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce, a affirmé que « ne pas soutenir Paul Biya, c’est défier Dieu qui l’a choisi », une déclaration qui mêle politique et théologie.
De son côté, Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des Travaux Publics, a demandé publiquement : « Aidez-nous à arrêter la pluie.» Ces propos contrastent fortement avec la posture pragmatique et institutionnelle de Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration Territoriale, qui s’est concentré sur les missions régaliennes de son ministère, notamment le maintien de l’ordre, la supervision des élections et la gestion des crises.
Cet article vise à démontrer, de manière scientifique, qu’Atanga Nji est le ministre le plus rationnel du gouvernement Paul Biya en 2024. Pour cela, nous analyserons les missions régaliennes du ministère de l’Administration Territoriale et comparerons ses actions et déclarations à celles de ses collègues.
I. Les Missions Régaliennes du Ministère de l’Administration Territoriale
Le ministère de l’Administration Territoriale (MINAT) a des missions claires et stratégiques :
1. Maintien de l’ordre public : Coordination avec les forces de sécurité pour assurer la stabilité nationale.
2. Supervision des ONG et Associations : Contrôle des organisations pour prévenir les ingérences étrangères et les activités subversives.
3. Organisation des élections : Préparation logistique et sécurisation des processus électoraux en collaboration avec ELECAM.
4. Gestion des crises : Coordination des réponses aux catastrophes naturelles et aux conflits internes.
Paul Atanga Nji a démontré son engagement à remplir ces fonctions de manière cohérente et pragmatique, en utilisant une rhétorique des proverbes africains.
Chapitre II : Comparaison avec Luc Magloire Mbarga Atangana : Une Déconnexion Institutionnelle

1. Déclarations Polémiques : Le cas de la théologisation du pouvoir
Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce, a marqué les esprits avec sa déclaration du 6 novembre 2024 :
« Ne pas soutenir Paul Biya, c’est défier Dieu qui l’a choisi. »
Cette déclaration, faite lors des célébrations marquant l’anniversaire de l’accession de Paul Biya au pouvoir, a suscité de vives critiques. Elle illustre une approche où la fidélité au chef de l’État dépasse le cadre de la neutralité institutionnelle attendue d’un ministre.
En tant que ministre du Commerce, Mbarga Atangana est censé se concentrer sur la régulation des marchés, la maîtrise des prix des denrées alimentaires, et la stimulation des échanges économiques. Cependant, sa déclaration semble mêler religion et politique dans un contexte où les Camerounais s’attendent à des solutions économiques face à la montée des prix des produits de première nécessité. Cette théologisation du pouvoir est un décalage notable par rapport aux attentes de ses fonctions.
2. Analyse Critique : Une posture émotionnelle de Magloire Atangana Mbarga contre la rationalité d’Atanga Nji
En comparaison, Paul Atanga Nji se limite à des déclarations strictement liées à ses responsabilités. Par exemple, lors des tensions postélectorales de 2020, il a déclaré :
« La loi et l’ordre sont des principes fondamentaux pour la stabilité. Nous agirons pour protéger nos institutions. »
Cette posture légaliste et dépourvue de rhétorique émotionnelle démontre une rationalité centrée sur l’État de droit. Contrairement à Mbarga Atangana, Atanga Nji ne détourne pas son rôle institutionnel pour exprimer une allégeance personnelle.
3. Impact sur la crédibilité gouvernementale
Les déclarations de Mbarga Atangana, bien qu’applaudies par les partisans du régime, ont contribué à polariser davantage le débat politique. Elles donnent une image d’un gouvernement plus préoccupé par la loyauté personnelle envers le président que par la résolution des défis économiques. À l’inverse, Atanga Nji projette une image de neutralité institutionnelle, essentielle pour préserver la crédibilité d’un État moderne.
Chapitre III : Contraste avec Emmanuel Nganou Djoumessi : Entre Réalisme et Idéalisme

1. Déclarations Irréalistes : La pluie comme obstacle au développement
Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des Travaux Publics, a déclaré devant le SÉNAT:
« Aidez-nous à arrêter la pluie. »
Cette déclaration, faite devant le SÉNAT, a été perçue comme une tentative maladroite de justifier des retards chroniques dans les travaux d’infrastructures. Elle a suscité moqueries et indignation dans l’opinion publique, qui attend des solutions concrètes face à l’état des routes, souvent impraticables.
2. Une Déconnexion avec les Réalités du Ministère
Le rôle du ministère des Travaux Publics est d’assurer la planification, la construction, et l’entretien des infrastructures. Pourtant, sous la direction de Nganou Djoumessi, de nombreux projets ont été retardés, souvent attribués à des problèmes de financement ou de planification.
Par exemple, l’auto-route Douala- Yaoundé reste inachevée après plusieurs années. Plutôt que d’assumer les responsabilités structurelles, le ministre a fait des déclarations qui minimisent la gravité des défis logistiques et financiers.
3. Conséquences pour la Perception Publique
Les déclarations de Nganou Djoumessi renforcent l’image d’un gouvernement inefficace dans la gestion des infrastructures critiques, un domaine central pour le développement économique. À l’opposé, les actions d’Atanga Nji renforcent sa crédibilité en tant que gestionnaire de crises, en phase avec les attentes des citoyens.
Synthèse des Comparaisons
Les actions et déclarations d’Atanga Nji révèlent une cohérence et une rationalité absentes chez plusieurs de ses collègues. Qu’il s’agisse de Magloire Atangana Mbarga dans ses déclarations théologico- émotives ou de Nganou Djoumessi, dont les déclarations irréalistes fantaisistes décrédibilisent son ministère, Atanga Nji se démarque par son pragmatisme et son respect des missions régaliennes.
Conclusion
Dans un gouvernement souvent marqué par des déclarations controversées et des postures éloignées des réalités institutionnelles, Paul Atanga Nji se distingue par sa rationalité et son respect des missions régaliennes de son ministère. En 2024, il s’impose comme le ministre le plus rationnel du gouvernement Paul Biya, en contraste avec des collègues comme Luc Magloire Mbarga Atangana et Emmanuel Nganou Djoumessi.
Il est la figure qui incarne la rationalité républicaine. Sa capacité à respecter et à exceller dans ses responsabilités institutionnelles fait de lui un exemple rare de pragmatisme et de performance dans un système souvent critiqué pour ses faiblesses. Ce faisant, il rappelle l’importance d’une gouvernance centrée sur le respect des institutions et la réponse aux attentes du peuple camerounais.
Bibliographie
1. Paul Atanga Nji, Discours sur l’Unité et l’Ordre Public. Yaoundé : MINAT, 2023.
2. Luc Magloire Mbarga Atangana, « Déclarations publiques sur le soutien au président Biya. » Journal du Cameroun, 2024.
3. Emmanuel Nganou Djoumessi, Rapports sur les Travaux Publics au Cameroun. Douala : Éditions Universitaires, 2023.
4. ELECAM, Rapport sur les Élections de 2020 au Cameroun. Yaoundé, 2021.
5. Tchango, Jacques. Les Défis de la Gouvernance au Cameroun. Douala : Presse Universitaire, 2021.
L’ARMÉE CAMEROUNAISE: UN MODÈLE INCONTESTABLE DE CITOYENNETÉ DÉVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE DANS UNE JEUNESSE EN QUÊTE DE REPÈRES

Résumé
Cet article analyse le rôle de l’armée camerounaise comme modèle de citoyenneté développementaliste dans un contexte où la jeunesse, confrontée à des crises sociales et économiques, cherche des repères. Par ses initiatives de développement communautaire, son engagement éducatif et son rôle dans la promotion des valeurs républicaines, l’armée incarne un acteur central de la cohésion sociale au Cameroun. En dépit des critiques liées à certains conflits, elle reste un pilier essentiel pour une jeunesse en quête de stabilité et d’unité nationale.
Mots-clés : Armée camerounaise, citoyenneté, développement communautaire, jeunesse, valeurs républicaines, cohésion sociale.
Abstract
This article examines the role of the Cameroonian army as a developmentalist model of citizenship in a context where youth face social and economic crises and seek guidance. Through its community development initiatives, educational engagement, and promotion of republican values, the army serves as a central actor in social cohesion in Cameroon. Despite criticisms linked to certain conflicts, it remains an essential pillar for youth seeking stability and national unity.
Keywords : Cameroonian army, citizenship, community development, youth, republican values, social cohesion.

Introduction
J’ai eu le privilège de donner des séminaires sur la géopolitique militaire de la Chine à l’École Internationale de Guerre de Yaoundé, une institution reconnue pour son rôle dans la formation des élites stratégiques africaines. Cette expérience a confirmé une conviction profonde : l’armée, lorsqu’elle est bien structurée, peut jouer un rôle déterminant dans la construction de la citoyenneté et du développement communautaire.
Dans le cas du Cameroun, cette réalité est d’autant plus pertinente que la jeunesse, confrontée à des crises multiples — chômage endémique, perte de valeurs et insécurité — manque cruellement de repères. Dans ce contexte, l’armée camerounaise se distingue non seulement comme garant de la souveraineté nationale, mais aussi comme un modèle de citoyenneté active et développementaliste.
Cet article explore comment l’armée camerounaise, à travers ses engagements civiques, ses programmes éducatifs et son rôle dans la cohésion sociale, incarne une institution exemplaire pour une jeunesse désorientée. Il défend l’idée que l’armée est un acteur clé du développement communautaire et un repère incontournable pour la jeunesse camerounaise.
I. L’armée camerounaise : un modèle de citoyenneté républicaine
Avec une estimation de 40 000 soldats actifs (IISS), l’armée camerounaise occupe une place stratégique dans la défense et la sécurité nationale. Son rôle ne se limite pas aux missions militaires. En effet, elle participe activement à des missions de développement et de promotion de valeurs républicaines.
A. Une institution porteuse des valeurs républicaines
Depuis sa création, l’armée camerounaise s’est affirmée comme un pilier de l’unité nationale. À travers sa composition ethnique et régionale diversifiée, elle reflète la mosaïque culturelle du pays.
« La diversité au sein des forces armées camerounaises symbolise une volonté d’unité et de cohésion, surmontant les clivages ethniques et linguistiques » (Tchouala, 2018).
Les valeurs républicaines inculquées dans les écoles militaires incluent :
1. L’intégrité et la discipline : Ces principes, au cœur de la formation des recrues, sont transmis à travers des programmes éducatifs rigoureux.
2. Le respect de l’autorité et des institutions : L’armée agit comme un vecteur de stabilisation sociale dans un environnement souvent marqué par des crises politiques.
B. La promotion de l’unité nationale
Face aux tensions sociales et régionales, notamment dans les zones anglophones, l’armée joue un rôle clé dans la promotion de l’unité nationale. En intégrant des recrues de toutes les régions et en favorisant une éducation commune, elle réduit les fractures sociales.
• Exemple : L’École Militaire Interarmées (EMIA) rassemble des jeunes de toutes les régions, contribuant ainsi à forger un esprit de camaraderie nationale.
II. Un acteur central du développement communautaire

A. Contributions tangibles au développement local
L’armée camerounaise dépasse ses fonctions traditionnelles pour devenir un acteur du développement communautaire. En 2021, elle a achevé plus de 30 projets communautaires, incluant la construction d’infrastructures et la mise en place de services essentiels.
• Exemples spécifiques :
• Construction d’écoles dans l’Extrême-Nord pour accueillir des élèves déplacés par les attaques de Boko Haram.
• Réhabilitation de routes et de ponts dans les zones enclavées.
Ces actions renforcent le lien entre l’armée et les communautés locales, consolidant ainsi son rôle de modèle de citoyenneté développementaliste.
B. Soutien humanitaire en période de crise
Lors des crises humanitaires, l’armée joue un rôle vital dans l’assistance aux populations affectées.
En 2020, l’armée a fourni des vivres et des abris temporaires à plus de 20 000 réfugiés internes, contribuant à stabiliser les régions touchées par les conflits.
« L’armée camerounaise est un acteur clé dans les réponses d’urgence, combinant logistique militaire et action humanitaire » (Human Rights Watch, 2021).
C. Programmes éducatifs et civiques pour la jeunesse
L’armée organise des camps civiques et des programmes de sensibilisation pour les jeunes. Ces initiatives, qui ont touché plus de 10 000 participants entre 2019 et 2022, inculquent :
1. Les principes de citoyenneté active : Sensibilisation aux droits et devoirs des citoyens.
2. La discipline et l’engagement communautaire : Participation à des projets environnementaux et sociaux.
III. Une institution confrontée à des défis, mais toujours exemplaire
A. Gestion des conflits internes
Bien que des abus aient été signalés dans les régions anglophones, ces incidents concernent des éléments isolés. Des réformes sont en cours pour renforcer la transparence et la responsabilité des unités déployées. « Les critiques envers l’armée doivent être nuancées, car elles ne remettent pas en question son rôle structurant dans la société camerounaise » (Mouiche, 1996).
B. Comparaison avec les armées de la sous-région
En Afrique centrale, l’armée camerounaise se distingue par son engagement civique et développementaliste.
Contrairement au Tchad ou au Gabon, où les armées se concentrent sur des objectifs militaires ou politiques, l’armée camerounaise intègre le développement communautaire dans ses priorités stratégiques.
IV. Perspectives et recommandations
Pour pérenniser son rôle modèle, l’armée camerounaise pourrait :
1. Institutionnaliser les programmes de développement communautaire : Faire des initiatives sociales une composante obligatoire des missions militaires.
2. Renforcer la formation en droits humains : Intégrer systématiquement ces modules dans les formations de base et avancées.
3. Créer des partenariats avec les ONG et les institutions civiles : Collaborer avec les acteurs locaux pour maximiser l’impact des projets communautaires.
4. Multiplier les campagnes civiques pour la jeunesse : Étendre les camps civiques et les ateliers éducatifs à l’ensemble du territoire.
Conclusion
L’armée camerounaise incarne un modèle de citoyenneté développementaliste et communautaire dans un environnement où la jeunesse cherche des repères. Par ses actions tangibles, son engagement pour l’unité nationale et sa capacité à répondre aux besoins des populations, elle dépasse son rôle militaire traditionnel pour devenir un pilier de la cohésion sociale.
Avec des réformes structurelles et une collaboration accrue avec les acteurs civils, l’armée camerounaise continuera de jouer un rôle clé dans la construction d’une nation unie, stable et résolument tournée vers le développement.
Références
1. Tchouala, R. A. L. Diplomatie préventive et construction d’une communauté de sécurité en Afrique centrale. 2018.
2. Mouiche, I. Mutations socio-politiques et replis identitaires en Afrique: le cas du Cameroun. African Journal of Political Science, 1996.
3. Pondi, J. E. Citoyenneté et pouvoir politique en Afrique centrale. 2016.
4. Human Rights Watch. World Report 2023: Cameroon.
5. International Institute for Strategic Studies. Military Balance 2022.
La Souveraineté Économique Développementaliste Industrielle du Cameroun dans la Construction de l’Etat Développementaliste Communautaire (EDC) de JIMMY YAB et VINCENT NKONG-NJOCK

Résumé
Cet article explore le concept de souveraineté économique développementaliste industrielle au Cameroun, un modèle visant à réduire la dépendance extérieure et à promouvoir une croissance inclusive. Inspiré par les expériences des États développementalistes d’Asie de l’Est et du communitarisme en Afrique, ce modèle combine une gouvernance participative, une industrialisation stratégique, et une valorisation des ressources locales. En s’appuyant sur des communes comme unités de développement, sur une souveraineté industrielle transformant les matières premières localement, et sur une stratégie régionale cohérente, le Cameroun peut diversifier son économie et se positionner comme un pôle industriel en Afrique centrale. L’article met également en lumière les défis et opportunités liés à l’intégration régionale, la réforme monétaire, et le rôle central du capital humain et de l’innovation dans cette transition.
Mots-clés: Souveraineté économique, Cameroun, industrialisation, développement communautaire, intégration régionale, transformation des ressources, capital humain, innovation, développement durable.
Abstract
This article examines the developmental and industrial economic sovereignty of Cameroon, a model designed to minimize external dependence and foster inclusive growth. Drawing inspiration from the developmental states of East Asia, the model integrates participatory governance, strategic industrialization, and the local valorization of resources. By leveraging communes as development units, advancing industrial sovereignty through local transformation of raw materials, and pursuing a coherent regional strategy, Cameroon can diversify its economy and establish itself as an industrial hub in Central Africa. The article highlights the challenges and opportunities of regional integration, monetary reform, and the pivotal role of human capital and innovation in achieving this ambitious vision.
Keywords: Economic sovereignty, Cameroon, industrialization, community development, regional integration, resource transformation, human capital, innovation, sustainable development.
Introduction
Face aux défis imposés par la mondialisation, la dépendance chronique aux exportations de matières premières, et des crises structurelles internes, le Cameroun se trouve à un carrefour décisif. Le pays explore une stratégie ambitieuse : la souveraineté économique développementaliste communautaire (SEDC). Ce modèle propose une combinaison innovante de gouvernance participative, d’industrialisation stratégique, et de valorisation des ressources locales pour bâtir une économie résiliente, inclusive et compétitive.
La souveraineté industrielle, pierre angulaire de cette vision, vise à réduire la dépendance extérieure tout en stimulant une transformation locale des matières premières. Ce processus est soutenu par des réformes structurelles, une modernisation des infrastructures et un investissement accru dans le capital humain. Cet article examine les composantes essentielles de cette vision, tout en abordant les défis et opportunités liés à l’intégration régionale, à la réforme monétaire, et au rôle crucial de l’innovation dans ce projet.
1. La Souveraineté Économique Développementaliste Communautaire : Une Approche Contextualisée
1.1 Gouvernance participative et décentralisation
Inspirée par les succès des États développementalistes d’Asie de l’Est, la SEDC repose sur une approche intégrée où la gouvernance décentralisée joue un rôle central. Le Cameroun, avec ses 360 communes, a une opportunité unique de mobiliser ses structures locales pour impulser un développement inclusif. Comme l’affirme Rondinelli (1981), la décentralisation permet une meilleure appropriation des politiques publiques par les citoyens, favorise une répartition équitable des ressources, et réduit les disparités territoriales.
Chaque commune devient ainsi un moteur de développement économique, capable de concevoir et d’exécuter des projets adaptés aux besoins locaux, renforçant ainsi la cohésion sociale et économique.
1.2 Nationalisme économique et valorisation des ressources
Le Cameroun adopte une stratégie de nationalisme économique visant à promouvoir la production locale et à protéger ses industries émergentes. Rodrik (2004) souligne que les politiques protectionnistes intelligentes, combinées à des incitations fiscales, peuvent catalyser le développement industriel tout en stimulant les investissements nationaux dans des secteurs stratégiques comme l’agro-industrie et l’énergie. Ce nationalisme économique, loin d’être isolationniste, vise à renforcer la résilience face aux chocs externes tout en favorisant une croissance endogène.
2. La Souveraineté Industrielle : Le Socle de l’Autonomie Économique
2.1 Transformation locale des ressources
Le Cameroun dispose d’abondantes ressources naturelles, notamment le cacao, le bois, et le pétrole. Cependant, leur transformation locale reste limitée. Sachs et Warner (2001) montrent que la dépendance aux exportations de matières premières non transformées expose les économies au “syndrome hollandais”. La souveraineté industrielle au Cameroun implique de transformer ces ressources sur place pour produire des biens à forte valeur ajoutée, capturant ainsi une plus grande part des chaînes de valeur mondiales.
Par exemple, développer des industries locales pour transformer le cacao en chocolat ou le bois en produits finis pourrait stimuler l’emploi, augmenter les revenus fiscaux, et réduire la vulnérabilité économique.
2.2 Diversification économique et modernisation des infrastructures
La diversification économique est essentielle pour atténuer la dépendance aux matières premières. Hirschman (1958) suggère que les investissements dans des secteurs comme les énergies renouvelables, le textile, ou la chimie peuvent renforcer la résilience économique. Ces initiatives doivent être soutenues par une modernisation des infrastructures, notamment les routes, les ports, et l’accès à une énergie fiable.
2.3 Rôle stratégique de l’État
L’État camerounais doit jouer un rôle catalyseur en planifiant et en dirigeant les investissements stratégiques. Les expériences des pays d’Asie de l’Est, comme la Corée du Sud, montrent que des politiques industrielles proactives, combinées à des partenariats public-privé, peuvent accélérer l’industrialisation (Rodrik, 2004).
3. Défis et Opportunités dans un Contexte d’Intégration Régionale
3.1 Intégration régionale
Avec la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF), le Cameroun a une opportunité unique de se positionner comme un pôle industriel pour l’Afrique centrale. Cependant, comme le souligne Baldwin (2011), l’intégration régionale doit être progressive pour permettre aux industries locales de devenir compétitives avant de s’ouvrir pleinement aux marchés étrangers.
3.2 Réforme monétaire et autonomie financière
L’utilisation du Franc CFA limite la souveraineté monétaire du Cameroun. Stiglitz (2010) argue que l’indépendance monétaire est cruciale pour ajuster les instruments financiers aux besoins de l’industrialisation. Une réforme du Franc CFA pourrait offrir une flexibilité accrue pour soutenir les ambitions industrielles du pays.
4. Capital Humain et Innovation : Les Facteurs Déterminants
4.1 Formation technique et éducation
Le Cameroun doit investir massivement dans la formation technique et professionnelle pour répondre aux besoins des industries émergentes. Lundvall et Johnson (1994) mettent en avant l’importance d’un système éducatif orienté vers l’apprentissage et l’innovation. Des centres de formation spécialisés et des universités axées sur la recherche appliquée sont indispensables.
4.2 Recherche et développement
Encourager l’innovation est essentiel pour réduire la dépendance technologique. Des partenariats entre le secteur privé et les universités peuvent catalyser l’émergence de solutions adaptées au contexte local, renforçant ainsi la compétitivité industrielle.
5. Une Vision Sociale et Inclusive
La SEDC ne se limite pas à des objectifs économiques ; elle inclut une dimension sociale visant à améliorer le bien-être des populations. Cela comprend :
• Une meilleure redistribution des richesses pour réduire les inégalités.
• La lutte contre les discriminations, notamment en matière de genre et d’accès aux services de base.
• La promotion d’un dialogue social inclusif pour garantir que les politiques publiques répondent aux besoins réels des citoyens (Alesina & Perotti, 1996).
Conclusion : Une Feuille de Route pour l’Avenir
Le Cameroun dispose des atouts nécessaires pour devenir un modèle de transformation économique en Afrique. En valorisant ses ressources localement, en diversifiant son économie, et en investissant dans son capital humain, le pays peut bâtir une économie résiliente et inclusive. Cependant, la réussite de cette vision repose sur une gouvernance efficace, une volonté politique forte, et une mobilisation collective des ressources.
Avec une approche cohérente et adaptée à ses réalités, le Cameroun peut non seulement réduire sa dépendance extérieure, mais également se positionner comme un acteur majeur dans l’économie régionale et mondiale.
Références Bibliographiques
1. Alesina, A., & Perotti, R. (1996). Income distribution, political instability, and investment. European Economic Review, 40(6), 1203-1228.
2. Baldwin, R. (2011). Trade and industrialization after globalization’s second unbundling: How building and joining a supply chain are different and why it matters. NBER Working Paper.
3. Hirschman, A. O. (1958). The Strategy of Economic Development. Yale University Press.
4. Lundvall, B.-Å., & Johnson, B. (1994). The learning economy. Journal of Industry Studies, 1(2), 23-42.
5. Rodrik, D. (2004). Industrial Policy for the Twenty-First Century. UNIDO.
6. Sachs, J. D., & Warner, A. M. (2001). The curse of natural resources. European Economic Review, 45(4-6), 827-838.
7. Stiglitz, J. E. (2010). Freefall: America, Free Markets, and the Sinking of the World Economy. W. W. Norton & Company.
8. Rondinelli, D. A. (1981). Government decentralization in comparative perspective: theory and practice in developing countries. International Review of Administrative Sciences, 47(2), 133-145.
LE MLDC EXIGE LE PAIEMENT D’UN 13ème MOIS POUR LES FONCTIONNAIRES CAMEROUNAIS: UN PILIER POUR STIMULER L’ÉCONOMIE ET CONSTRUIRE UN ÉTAT DÉVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE ( EDC)

Résumé
Cet article défend la revendication du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) pour l’instauration d’un 13ème mois de salaire pour les fonctionnaires camerounais. En analysant des données économiques et sociales, l’article démontre que cette mesure pourrait réduire les inégalités salariales, stimuler l’économie locale, améliorer la productivité des employés publics et renforcer la cohésion nationale. Située dans le cadre de la vision du MLDC d’un État développementaliste communautaire ( EDC), cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large pour une gouvernance inclusive et durable.
Mots clés: MLDC, Cameroun, fonctionnaires, 13ème mois, État développementaliste communautaire, équité salariale, réforme économique.
Abstract
This article supports the Movement for the Liberation and Development of Cameroon (MLDC)’s demand for the implementation of a 13th-month salary for Cameroonian civil servants. Through an analysis of economic and social data, the article shows how this measure could reduce wage disparities, stimulate the local economy, improve public employee productivity, and strengthen national cohesion. Framed within the MLDC’s vision of a developmental and community-focused state, this reform is part of a broader strategy for inclusive and sustainable governance.
Keywords: MLDC, Cameroon, civil servants, 13th-month salary, developmental state, wage equity, economic reform.

Introduction
Le Cameroun, comme de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, est confronté à des défis majeurs liés aux disparités salariales et aux faibles rémunérations des fonctionnaires. Le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose une réforme audacieuse : l’instauration d’un 13ème mois de salaire. Cette mesure, loin d’être uniquement symbolique, est un levier stratégique pour améliorer les conditions de vie des travailleurs, stimuler l’économie locale et promouvoir une gouvernance équitable et inclusive. Cet article analyse les arguments avancés par le MLDC, appuyés par des données économiques et des exemples académiques.
1. Réduction des inégalités salariales : un impératif pour la justice sociale
Les inégalités salariales au Cameroun sont parmi les plus élevées de la région. Selon une étude de la Banque mondiale (2023), le salaire moyen des fonctionnaires camerounais est de 250 USD (150 000 FCFA) par mois, contre 450 USD (290 000 FCFA) au Ghana, 349 USD (220 000 FCFA) en Cote d’Ivoire et 1 200 USD (760 000 FCFA) en Afrique du Sud, où un 13ème mois est versé.
• Comparaison internationale :
• Afrique du Sud : Le 13ème mois est un acquis social qui contribue à maintenir une rémunération compétitive et à réduire les écarts entre les différentes catégories de fonctionnaires.
• Ghana : Depuis l’introduction d’un “bonus de Noël” équivalent au 13ème mois, les écarts de rémunération entre les travailleurs publics et privés ont diminué de 15 %.
Au Cameroun, où le coût de la vie a augmenté de plus de 30 % entre 2015 et 2023, les fonctionnaires peinent à couvrir leurs besoins de base, aggravant les inégalités sociales.
Impact attendu :
L’instauration d’un 13ème mois pour tous les fonctionnaires offrirait un soutien financier crucial, réduisant les disparités salariales internes et améliorant la qualité de vie des employés publics.
2. Stimulation du pouvoir d’achat et dynamisation de l’économie locale
Le 13ème mois injecte directement des liquidités dans l’économie, augmentant le pouvoir d’achat des ménages et stimulant la consommation. Selon une étude menée par l’Union africaine (2022), l’introduction de primes de fin d’année dans les pays africains a conduit à une augmentation de 18 % des dépenses des ménages en décembre.
• Effets multiplicateurs :
• Secteur informel : Les commerçants, artisans et petites entreprises bénéficient directement de l’augmentation des dépenses des ménages.
• Croissance économique : En Afrique du Sud, le paiement du 13ème mois contribue à 1,2 % du PIB annuel grâce à la hausse des transactions économiques.
Étude de cas : Cameroun
Le secteur informel représente plus de 80 % de l’économie camerounaise. Une augmentation du pouvoir d’achat des fonctionnaires, qui forment une part importante des consommateurs, aurait un effet multiplicateur sur les revenus des acteurs économiques locaux.
Impact attendu :
Le 13ème mois pourrait être un levier pour dynamiser l’économie nationale, augmentant les recettes fiscales grâce à la TVA et stimulant la création d’emplois dans les secteurs informel et formel.
3. Motivation et productivité des fonctionnaires
La motivation des fonctionnaires est directement liée à leur rémunération. Selon une enquête menée en 2021, 62 % des fonctionnaires camerounais estiment que leur salaire est insuffisant pour subvenir à leurs besoins, ce qui affecte leur engagement et leur performance.
• Exemple international :
• Sénégal : Depuis l’introduction d’un 13ème mois pour les fonctionnaires des catégories supérieures, les indicateurs de productivité dans la fonction publique ont augmenté de 12 %.
• Ghana : Le “bonus de Noël” a contribué à une réduction de l’absentéisme et à une amélioration des services publics.
Impact attendu :
En reconnaissant les efforts des fonctionnaires avec un 13ème mois, l’État camerounais renforcerait leur engagement, réduisant ainsi la corruption et améliorant la qualité des services publics.
4. Stabilité sociale et renforcement de la cohésion nationale
Dans un pays marqué par des tensions sociales, l’instauration d’un 13ème mois pourrait apaiser les frustrations des fonctionnaires et réduire les risques de grèves.
• Exemple international :
• En Afrique du Sud, le 13ème mois est perçu comme un outil de pacification sociale, renforçant la confiance entre l’État et ses employés publics.
Impact attendu :
Le MLDC considère cette réforme comme une solution stratégique pour renforcer la cohésion sociale et promouvoir une gouvernance inclusive, essentielle à la stabilité politique.
Vers un État Développementaliste Communautaire : Le Rôle du 13ème Mois
Le MLDC inscrit cette réforme dans sa vision d’un État développementaliste communautaire, où les ressources humaines sont valorisées et où les politiques publiques sont orientées vers l’équité sociale et le développement économique.
1. Redistribution équitable et justice sociale
Le 13ème mois s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire les écarts sociaux et à redistribuer les richesses de manière équitable.
2. Financement durable
Le MLDC propose de financer cette mesure par :
• Une meilleure collecte des impôts.
• La réduction des dépenses administratives superflues.
• La création d’un Fonds de Développement Communautaire.
3. Implication citoyenne
Le MLDC propose de mobiliser les communautés locales et les fonctionnaires pour superviser les projets de développement, renforçant ainsi la transparence et l’engagement citoyen.
Conclusion
L’instauration d’un 13ème mois de salaire pour les fonctionnaires camerounais est bien plus qu’une réforme économique : c’est une étape fondamentale vers la justice sociale, la stabilité politique et le développement économique. Pour le MLDC, cette mesure incarne les valeurs d’un État développementaliste communautaire, où les politiques publiques sont centrées sur les citoyens et orientées vers un avenir inclusif et prospère.
Références
1. Banque Mondiale. (2023). “Rapport sur les disparités salariales en Afrique subsaharienne.”
2. Union africaine. (2022). “Politiques économiques et bien-être des fonctionnaires.”
3. OCDE. (2023). “Le rôle des primes salariales dans la croissance économique.”
4. Gouvernement du Ghana. (2021). “Impact économique du bonus de Noël sur les ménages.”
5. Étude MLDC. (2024). “Repenser la gouvernance salariale pour un Cameroun équitable.”
6. Yab,J., et Nkong-Njock, V., ( 2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire; le Cameroun
ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES 2025, TRAFIC DES CARTES NATIONALES D’IDENTITÉS: LETTRE OUVERTE DU SG DU MLDC À L’ATTENTION DE M. MBARGA NGUELE, DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL À LA SÛRETÉ NATIONALE

Individu identifié comme militant du RDPC, entouré d’un stock de cartes nationales d’identité
Objet : Appel à une intervention urgente pour mettre fin au trafic des cartes nationales d’identité en lien avec les élections présidentielles de 2025
Monsieur le Délégué Général,
En ma qualité de Secrétaire Général du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), je me permets de m’adresser directement à vous, en tant que patriarche et serviteur dévoué de la République, pour attirer votre attention sur une situation gravissime qui menace l’intégrité de notre nation et la paix sociale.
Il y’a quelques temps, une vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux, met en évidence un trafic présumé de cartes nationales d’identité. Cet acte, perpétré par des individus qui semblent affiliés au RDPC, met en lumière un réseau organisé visant à manipuler le processus électoral. Ce trafic est une menace directe contre l’État de droit et la démocratie, et il engage la responsabilité des institutions chargées de protéger ces valeurs, en particulier la Police nationale.
Monsieur le Délégué Général, en tant que garant de la sécurité nationale, votre sens du devoir et votre amour profond pour le Cameroun vous imposent d’agir avec fermeté et transparence. Le peuple camerounais, et en particulier sa jeunesse, repose sur votre sagesse pour garantir que de telles dérives ne restent pas impunies.
Nous vous demandons respectueusement de :
- Ouvrir une enquête immédiate : Identifier et poursuivre les responsables impliqués dans ce trafic de cartes nationales d’identité, y compris Monsieur Ali Bachir, dont le nom est cité dans cette affaire.
- Renforcer les mécanismes de contrôle : Mettre en place des procédures strictes pour sécuriser la production et la distribution des cartes nationales d’identité.
- Collaborer avec ELECAM : Assurer une gestion transparente et impartiale des documents électoraux en amont du scrutin présidentiel de 2025.
Monsieur le Patriarche, le Cameroun traverse une période critique. L’histoire retiendra votre courage et votre sens du devoir si vous agissez maintenant pour protéger l’intégrité de notre système électoral. Votre patriotisme et votre amour pour notre pays sont la garantie que justice sera faite. Nous croyons fermement que vous saurez répondre à cet appel du peuple camerounais.
Recevez, Monsieur le Délégué Général, l’expression de ma très haute considération.
PR JIMMY YAB
Secrétaire Général Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC)
FORGED PRESIDENTIAL SIGNATURE IN CAMEROON? MLDC DEMANDS SCIENTIFIC INVESTIGATION TO REVEAL THE TRUTH

Abstract
This article scientifically analyzes the authenticity of signatures affixed to recent decrees from the Presidency of the Republic of Cameroon. Using the presidential signature captured live and publicly broadcast during the Final Communiqué of the Extraordinary CEMAC Summit held in Yaoundé on December 16, 2024, we compare this signature with those found on official decrees signed in early December 2024. The observed discrepancies raise significant questions about potential falsification or manipulation of these documents. This study highlights the consequences of such manipulation on the credibility of the State, national trust, and Cameroon’s international relations. Finally, it offers recommendations to restore transparency and strengthen document security mechanisms.
Keywords
Presidential signature, Document authenticity, Political manipulation, Trust crisis, Document security, Cameroon, MLDC, Friedman, Paul Biya, Dawson, Martin et Smith.

Introduction
The presidential signature occupies a central place in the functioning of the State. It guarantees the legitimacy of the administrative and political acts of the executive branch, while embodying national sovereignty. During the CEMAC Extraordinary Summit held on December 16, 2024 in Yaoundé, the signature of the President of the Republic, Paul Biya, was carried out live, under the watchful eye of the heads of state present and the international media. This signature, broadcast on television, thus constitutes an authentic visual reference.
However, an in-depth analysis of recent decrees signed in early December 2024 reveals troubling divergences. These signatures, which differ from the visual reference of the CEMAC Summit, raise fundamental questions: is this a falsification or an administrative error? The implications of such manipulation could be disastrous for institutional stability, public confidence and Cameroon’s reputation on the international scene. As Friedman (2021) points out, “the integrity of official documents is the cornerstone of democratic governance and the rule of law.”
This article, structured around a scientific analysis of signatures, examines these inconsistencies using rigorous visual and graphological comparison methods. It also explores the possible consequences of falsification and proposes concrete solutions to ensure the integrity of official documents in the future.
A. Methodology
The approach adopted is based on a multi-step methodology aimed at establishing the reliability of the presidential signatures examined:
- Collection of official documents from the official website of the Presidency of the Republic of Cameroon: https://www.prc.cm
The decrees analyzed include:
1.1. Decree No. 2024/638: financing of the rice value chain.

1.2. Decree No. 2024/643: appointment to the Ministry of Scientific Research

1.3. Decree No. 2024/637: promotion to the higher rank of the defense forces

1.4.Decree No. 2024/639: financing of the video surveillance system.

1.5. Decree No. 2024/642: loan for the electricity sector

- Comparative analysis of signatures
Scientific analysis of discrepancies:
Each signature was visually and graphically evaluated to identify anomalies that could suggest manipulation. Signatures were compared according to the following criteria:
-Letter inclination: the regularity of the writing.
-Pen pressure: uniformity of the strokes, thick and thin areas.
-Fluidity of the curves: consistency and continuity of the handwritten movement.
2.1. Reference signature:
The signature made live during the CEMAC Final Communiqué constitutes the standard of comparison.This methodology is based on proven techniques in documentary analysis. As Martin and Smith (2020) note, “a forged signature is distinguished by a lack of natural fluidity and an absence of continuity in the strokes.”
B. Analysis of Signatures of Decrees and Results
Decree No. 2024-638 and Decree No. 2024-637:
When examining the signatures affixed to these two decrees, several inconsistencies appear:
-The inclination of the letters is irregular, unlike the authentic signature.
-The pressure of the pen varies excessively, with abnormally thick areas.
-Some letters appear distorted or hesitant, which is not characteristic of natural writing.
Decree No. 2024-639:
In this decree, the signature presents more rigid and mechanical strokes, suggesting a possible automated reproduction. The visual comparison clearly shows a lack of fluidity.
Decree No. 2024-642 and Decree No. 2024-643:
These two signatures are the most troubling. They display striking differences with the reference signature, including:
-Misaligned letters.
-A disproportion in the curves and loops.
-A lack of continuity in the movement of the pen.
These inconsistencies, compared to the authentic signature of the Final Communiqué, suggest a potential manipulation or a potential falsification.
C. Consequences of a Manipulation
- Crisis of National Confidence
The falsification of the presidential signature is an extremely serious act that can lead to a total breakdown of trust between the Cameroonian people and their institutions. The signature of the Head of State symbolizes the sovereignty, legitimacy and continuity of the State. When doubt arises about the authenticity of such a signature, it calls into question the validity of the decrees and decisions taken, thus weakening the foundations of the social contract between the governors and the governed. A generalized loss of confidence can extend to all structures of the State, in particular public administrations, law enforcement and the judicial system, perceived as complicit or ineffective in the face of such manipulation. Furthermore, this crisis of legitimacy could give rise to citizen protests, fueling a climate of social and political instability. The Cameroonian people, already facing many socio-economic challenges, would see this situation as further proof of weak governance. Ultimately, this crisis could delegitimize all decisions taken by the government, leading to a blockage of reforms and projects necessary for the country’s development. As Dawson (2019) points out, “trust is the oxygen of democratic institutions. When this oxygen becomes scarce, society suffocates.” - International Repercussions
The manipulation of a presidential signature is not limited to national borders. It has direct consequences on Cameroon’s diplomatic and economic relations with its international partners. International organizations such as the African Development Bank (AfDB) or the International Monetary Fund (IMF), which finance projects essential to the country’s development, could suspend their financing agreements until the situation is clarified. Such a decision would compromise infrastructure, health or education projects, plunging the country into a major economic crisis. In addition, foreign investors, already cautious in an African context often perceived as risky, would turn away from Cameroon, weakening its economic attractiveness. In diplomacy, the credibility of a State is based on the consistency and transparency of its actions. Confirmed manipulation would permanently tarnish Cameroon’s image on the international scene, leading to political and economic consequences. As Friedman (2021) states, « a State that fails to guarantee the integrity of its official documents exposes itself to global distrust ». - Weakening the Rule of Law
The rule of law is based on citizens’ trust in the authentic and legitimate nature of the decisions taken by their leaders. A falsification of the presidential signature would weaken this fragile balance. Indeed, if official documents, supposed to be irreproachable, are found to be manipulated, this would open the door to more serious abuses such as systemic corruption or the falsification of other crucial decisions. The judicial system would also be called into question, as citizens could doubt its ability to sanction those responsible for such fraud. Such manipulation encourages the development of a culture of impunity, where forgers go unchallenged, which undermines the effectiveness of public institutions. This situation would set a dangerous precedent, where laws and rules would be perceived as manipulable according to personal or political interests. As Martin and Smith (2020) remind us, “the solidity of a state rests on its capacity to guarantee the integrity of its institutional processes and to inspire confidence in citizens” - Risks of Social Tensions
In a context where economic inequalities and political frustrations are already marked, a manipulation of the presidential signature could exacerbate social tensions in Cameroon. Citizens, feeling their rights violated and their trust betrayed, could take to the streets to demand accountability from the authorities. Such demonstrations, if left uncontrolled, could degenerate into violence, with clashes between the security forces and the population. Opposition groups could exploit this situation to mobilize their supporters, accentuating political divisions. Social tensions could also extend to ethnic and regional communities, fueling already existing divisions. This instability could compromise the economic and social progress made so far. As Friedman (2021) indicates, “the stability of a country rests on its capacity to guarantee transparency and justice, failing which citizens end up contesting its legitimacy”.
D. MLDC Recommendations
- Official Clarification
Given the observed discrepancies, the General Secretariat of the Presidency must imperatively publish an official communiqué explaining in detail the circumstances surrounding the signing of the recent decrees. This communiqué must clarify the processes that led to these inconsistencies and present the authentic documents to dispel doubts. Transparency is essential to reassure the population and prevent this situation from degenerating into a political crisis. The government must also commit to providing irrefutable documentary evidence, such as recordings or signature registers, in order to strengthen the credibility of the explanations put forward. - Establishment of an Independent Investigation
The MLDC proposes the creation of an independent commission of inquiry composed of experts in graphology, document security and constitutional law, from national and international structures. This commission must have unlimited access to the decrees concerned and to the presidential archives to conduct a rigorous scientific analysis. Such an investigation would ensure an objective assessment of the signatures and would make it possible to identify potential perpetrators of falsification. The results of this investigation must be made public to ensure full transparency and restore trust. - Strengthening Security Mechanisms
To prevent future manipulations, the MLDC recommends the integration of advanced security technologies in the validation of official documents. For example, the implementation of encrypted digital signatures would ensure the authenticity of documents and make their falsification almost impossible. These tools, already used in several countries, guarantee the traceability of documents and allow their provenance to be quickly verified. - Mobilization of Civil Society
Civil society organizations, the media and citizens must play an active role in this situation by demanding accountability from the authorities. Their mobilization is essential to maintain the political pressure necessary to establish the truth. In addition, awareness-raising campaigns could allow the population to better understand the issues related to this manipulation.
Conclusion
The integrity of the presidential signature is crucial for the functioning of the state and national trust. The inconsistencies noted in recent decrees raise serious questions about the authenticity of documents emanating from the Presidency of the Republic. If this situation is not addressed with transparency and rigor, it risks compromising the political, social and economic stability of Cameroon. The MLDC calls on the authorities to act responsibly by clarifying this situation through an independent investigation and structural reforms aimed at strengthening documentary security. The Cameroonian people have a right to the truth to preserve their trust in institutions and guarantee the stability of the nation. As Dawson (2019) said: “Transparency is the foundation of democratic legitimacy.”
Bibliography
- Friedman, J. (2021). State Integrity and Document Security. Oxford University Press.
- Martin, R., & Smith, L. (2020). Graphological Analysis in Governance. Cambridge University Press.
- Dawson, P. (2019). The Fragility of Public Trust. Routledge.
SiGNATURE DU PRESIDENT PAUL BIYA, FALCIFICATION OU MANIPULATION? DU 02 AU 16 DECEMBRE 2024, IL Y A AU MOINS 4 STYLES DISTINCTS DE SIGNATURES REALISES PAR DIFFERENTS MOYENS OU ACTEURS











Résumé
Cet article analyse de manière scientifique les signatures apposées sur les décrets présidentiels du Cameroun publiés entre le 02 au 16 décembre 2024. L’enquête se concentre sur les incohérences observées dans les signatures, notamment les variations graphiques et l’absence de certains décrets dans l’ordre chronologique attendu. En comparant ces signatures à celle du Président Paul Biya, réalisée en public lors du Sommet Extraordinaire de la CEMAC à Yaoundé, l’étude identifie des anomalies pouvant indiquer une falsification ET OU une automatisation. Les résultats soulignent la nécessité d’une enquête approfondie pour garantir la transparence et la confiance dans les décisions prises par l’État.
Mots-Clés
Signature présidentielle, Décrets de décembre 2024, Analyse chronologique, Falsification, Sécurité documentaire, Cameroun, Paul Biya.
Abstract
This article scientifically analyzes the signatures affixed to Cameroonian presidential decrees issued between 02 -16 December 2024 . The investigation focuses on inconsistencies observed in the signatures, including graphical variations and the absence of certain decrees in the expected chronological sequence. By comparing these signatures with that of President Paul Biya, publicly displayed during the Extraordinary CEMAC Summit in Yaoundé, the study identifies anomalies suggesting potential falsification or automation. The findings highlight the urgent need for a thorough inquiry to ensure transparency and public trust in the State’s decisions.
Keywords
Presidential signature, December 2024 decrees, Chronological analysis, Forgery, Document security, Cameroon, Paul Biya.
Introduction
La signature présidentielle est un symbole crucial de l’autorité et de la légitimité de l’État camerounais. Chaque décret signé par le Président engage la souveraineté de la République et constitue un acte officiel garantissant l’exécution des décisions prises au sommet de l’État. Cependant, une série d’anomalies observées dans les signatures apposées sur certains décrets récents soulève des interrogations majeures sur leur authenticité.
Cette analyse scientifique se concentre sur les décrets publiés du 02 au 16 décembre 2024 . Sur la base de documents collectés, plusieurs observations préoccupantes émergent. Tout d’abord, il manque certains décrets dans l’ordre chronologique des signatures, laissant supposer une possible incohérence dans leur production ou leur diffusion. Ensuite, les variations significatives dans les traits distinctifs des signatures soulèvent des questions sur le processus utilisé pour leur apposition, notamment la potentielle automatisation ou falsification.
L’objectif de cette enquête est de comparer et analyser ces signatures en les situant dans leur contexte chronologique, en identifiant les divergences, et en vérifiant leur correspondance avec la signature authentique observée lors du Sommet Extraordinaire de la CEMAC le 16 décembre 2024. Cette investigation met en lumière les risques que ces anomalies posent pour la crédibilité des institutions publiques et leur fonctionnement.
Méthodologie
Pour analyser les signatures apposées sur les décrets présidentiels de décembre 2024 à ce jour, nous avons adopté une approche rigoureuse en trois étapes clés :
- Collecte des documents officiels :
Nous avons rassemblé les décrets publiés entre le 02 et 16 décembre 2024. Les décrets disponibles pour cette analyse incluent ceux numérotés N°2024/632 à N°2024/643, bien que certains décrets semblent manquer dans la séquence chronologique. Ces absences posent une première interrogation sur l’intégrité des publications officielles. - Extraction et comparaison des signatures :
À l’aide d’outils graphiques et d’analyse numérique, nous avons extrait les signatures présentes sur chaque document. Ces signatures ont été comparées selon les critères suivants :- Inclinaison des lettres : cohérence des courbes et direction.
- Pression et épaisseur des traits : identification des variations naturelles ou artificielles.
- Uniformité et répétition : recherche de motifs suggérant une automatisation.
- Référence à une signature authentique :
La signature réalisée publiquement par le Président lors du Sommet Extraordinaire de la CEMAC le 16 décembre 2024 a servi de référence. Cette signature est considérée comme authentique en raison de son exécution en direct devant les caméras. - Analyse chronologique :
L’ordre des décrets a été examiné pour détecter les incohérences dans leur numérotation et publication.
Résultats
1. Variabilité dans les signatures observées
L’analyse a révélé une variabilité significative dans les signatures apposées sur les décrets :
- Décrets avec des signatures distinctes :
- Dans le Décret N°2024/635, les lettres présentent des courbes irrégulières et une pression inconstante, indiquant une écriture potentiellement manuscrite.

- À l’opposé, le Décret N°2024/642 montre une signature parfaitement uniforme et rigide, suggérant un processus automatisé.

- Superposition des signatures identiques : Certaines signatures, comme celles des décrets N°2024/633 et N°2024/638, apparaissent presque identiques, ce qui est improbable pour une écriture manuscrite.


Ces différences suggèrent l’intervention d’au moins quatre styles distincts de signatures, réalisés par différents moyens ou acteurs.
2. Incohérences dans l’ordre chronologique des décrets
Lors de l’analyse des décrets, nous avons identifié des lacunes dans la séquence des numéros :
- Les décrets N°2024/640 et N°2024/641 sont absents de la série collectée. Leur absence pourrait résulter d’un retard de publication ou d’une omission volontaire.
- Ces absences créent une rupture dans la continuité administrative et soulèvent des questions sur leur contenu et leur validation officielle.
3. Indices d’automatisation dans certaines signatures
- Les signatures extraites des décrets N°2024/633 et N°2024/638 montrent des traits réguliers, une absence de tremblements et des boucles mécaniques, typiques d’un processus automatisé.
- Les outils logiciels, tels que les systèmes de signature numérique ou les reproductions graphiques, peuvent produire des résultats similaires. Cependant, aucune documentation officielle n’indique que de telles technologies sont utilisées pour valider les décrets présidentiels.
4. Comparaison avec la signature de référence
La signature publique observée lors du Sommet CEMAC se distingue par :
- Une fluidité naturelle : Les courbes des lettres sont continues, sans ruptures.
- Une pression variable : La pression du stylo varie de manière harmonieuse, typique d’une signature manuscrite spontanée.
- En comparaison, plusieurs signatures dans les décrets analysés montrent des différences importantes, remettant en question leur authenticité.
Les quatre styles distincts de signatures identifiés dans les décrets
L’analyse des décrets présidentiels téléchargés révèle quatre styles distincts de signatures, répartis entre les documents étudiés. Ces styles reflètent des méthodes ou des acteurs potentiels différents, et leur attribution repose sur des caractéristiques graphiques spécifiques identifiées dans chaque document.
1. Signature manuscrite authentique
- Caractéristiques principales :
- Fluidité naturelle des traits.
- Variabilité dans l’épaisseur des lignes, correspondant à une pression humaine naturelle.
- Inclinaison constante des lettres.
- Signature proche de celle observée lors du Sommet Extraordinaire de la CEMAC.
- Présence dans les décrets :
- Décret N°2024/637 : La signature montre des caractéristiques compatibles avec une exécution manuscrite authentique.
- Décret N°2024/639 : Traits proches de la signature authentique, mais nécessitant une vérification supplémentaire.
2. Signature manuscrite imitative
- Caractéristiques principales :
- Similaire à la signature authentique mais avec des traits légèrement plus rigides.
- Variations dans l’alignement et la pression, reflétant une exécution humaine différente.
- Présente généralement dans les documents impliquant une délégation de pouvoir.
- Présence dans les décrets :
- Décret N°2024/633 : Traits rigides, absence de fluidité parfaite, probablement écrite par un signataire habilité.
- Décret N°2024/638 : Variation légère dans les courbes, suggérant une signature déléguée.
3. Signature automatisée ou générée par cachet numérique
- Caractéristiques principales :
- Traits uniformes, dépourvus de variations naturelles.
- Alignement parfait des lettres, souvent dépourvu des imperfections humaines.
- Identique dans plusieurs documents, indiquant une reproduction numérique.
- Présence dans les décrets :
- Décret N°2024/632 : Uniformité parfaite dans les traits, typique d’un cachet numérique.
- Décret N°2024/642 : Signature strictement identique dans plusieurs endroits du document, suggérant une automatisation.
4. Signature approximative ou falsifiée
- Caractéristiques principales :
- Tentative d’imiter la signature authentique, mais avec des incohérences graphiques notables.
- Tracés tremblants ou hésitants, indiquant une écriture forcée ou non maîtrisée.
- Absence de régularité dans les traits ou les proportions des lettres.
- Présence dans les décrets :
- Décret N°2024/634 : Boucles disproportionnées absence de continuité dans les traits.
- Décret N°2024636 : Tracés irréguliers et tremblants, fortement suspects.
| Décrets présidentiels du 02-16 Dec 2024 | Type de Signature | Observations |
|---|---|---|
| N°2024-632 | Cachet numérique | Uniformité des traits, absence de variations humaines. |
| N°2024-633 | Manuscrite imitative | Traits rigides, absence de fluidité authentique. |
| N°2024-634 | Approximative ou falsifiée | Boucles disproportionnées, absence de fluidité. |
| N°2024-635 | Manuscrite imitative | Variations dans les traits et pression humaine. |
| N°2024-636 | Approximative ou falsifiée | Tracés tremblants, absence de régularité. |
| N°2024-637 | Manuscrite authentique | Fluidité naturelle et pression cohérente. |
| N°2024-638 | Manuscrite imitative | Courbes légèrement rigides, absence de variations naturelles importantes. |
| N°2024-639 | Manuscrite authentique | Traits continus et naturels, proches de la signature publique du Sommet CEMAC. |
| N°2024-642 | Cachet numérique | Identité stricte avec d’autres signatures numériques observées. |
| N°2024-643 | Manuscrite imitative | Courbes rigides, variations dans les traits et proportions. |
Discussion
1. Conséquences institutionnelles
Les divergences observées compromettent la confiance dans les actes émanant de la Présidence. Si certains décrets sont signés de manière automatisée ou falsifiée, cela remet en cause leur validité légale. Par exemple :
- Une nomination basée sur une signature falsifiée pourrait conduire à l’installation d’un individu non qualifié à un poste stratégique, avec des répercussions sur la gestion publique.
2. Risques de manipulation
Si les signatures automatisées sont utilisées sans déclaration officielle, cela pourrait indiquer une faille dans le processus administratif ou une tentative de manipulation. Ces risques incluent :
- Usurpation d’autorité : La personne ou le groupe ayant accès à ces outils pourrait influencer les décisions présidentielles.
3. Répercussions sur la confiance publique
Le peuple camerounais, déjà confronté à de nombreux défis socio-économiques, pourrait perdre foi dans l’intégrité des institutions si ces anomalies ne sont pas expliquées.
Conclusion
L’enquête a mis en évidence des incohérences graves dans les signatures apposées sur les décrets présidentiels récents. Ces anomalies, combinées à l’absence de certains décrets dans la chronologie, soulèvent des questions sur la transparence et la fiabilité des processus administratifs à la Présidence de la République.
Recommandations
- Audit indépendant :
Une commission composée d’experts en graphologie et en sécurité documentaire doit examiner tous les décrets récents. - Renforcement de la transparence :
Publier une déclaration officielle expliquant les variations dans les signatures et la séquence des décrets. - Introduction de signatures numériques sécurisées :
Mettre en place un système de signature électronique cryptée pour garantir l’intégrité des documents officiels. - Examen des processus internes :
Auditer les mécanismes de validation des décrets pour détecter d’éventuelles failles ou abus.
SIGNATURE PRÉSIDENTIELLE FALSIFIÉE AU CAMEROUN ? LE MLDC EXIGE UNE ENQUÊTE SCIENTIFIQUE POUR DÉVOILER LA VÉRITÉ

Résumé
Cet article analyse de manière scientifique l’authenticité des signatures apposées sur divers décrets récents émanant de la Présidence de la République du Cameroun. En prenant pour référence la signature présidentielle réalisée en direct et retransmise publiquement lors du Communiqué Final du Sommet Extraordinaire de la CEMAC tenu à Yaoundé le 16 décembre 2024, nous comparons cette signature à celles présentes sur les décrets officiels signés début décembre 2024. Les divergences observées soulèvent des interrogations majeures concernant une possible falsification ou manipulation des documents. Cette étude met en lumière les conséquences d’une telle manipulation sur la crédibilité de l’État, la confiance nationale et les relations internationales du Cameroun. Elle propose enfin des recommandations pour restaurer la transparence et renforcer les mécanismes de sécurité documentaire.
Mots-Clés
Signature présidentielle, Authenticité des documents, Manipulation politique, Crise de confiance, Sécurité documentaire, Cameroun,MLDC, Friedman, Paul Biya, Dawson, Martin et Smith
Abstract
This article scientifically analyzes the authenticity of signatures affixed to recent decrees from the Presidency of the Republic of Cameroon. Using the presidential signature captured live and publicly broadcast during the Final Communiqué of the Extraordinary CEMAC Summit held in Yaoundé on December 16, 2024, we compare this signature with those found on official decrees signed in early December 2024. The observed discrepancies raise significant questions about potential falsification or manipulation of these documents. This study highlights the consequences of such manipulation on the credibility of the State, national trust, and Cameroon’s international relations. Finally, it offers recommendations to restore transparency and strengthen document security mechanisms.
Keywords
Presidential signature, Document authenticity, Political manipulation, Trust crisis, Document security, Cameroon, MLDC, Friedman, Paul Biya, Dawson, Martin et Smith.

Introduction
La signature présidentielle occupe une place centrale dans le fonctionnement de l’État. Elle garantit la légitimité des actes administratifs et politiques du pouvoir exécutif, tout en incarnant la souveraineté nationale. Lors du Sommet Extraordinaire de la CEMAC tenu le 16 décembre 2024 à Yaoundé, la signature du Président de la République, Paul Biya, a été réalisée en direct, sous le regard attentif des chefs d’État présents et des médias internationaux. Cette signature, diffusée à la télévision, constitue ainsi une référence visuelle authentique.
Cependant, une analyse approfondie des décrets récents signés début décembre 2024 révèle des divergences troublantes. Ces signatures, qui diffèrent de la référence visuelle du Sommet CEMAC, posent des questions fondamentales : s’agit-il d’une falsification ou d’une erreur administrative ? Les implications d’une telle manipulation pourraient être désastreuses pour la stabilité institutionnelle, la confiance publique et la réputation du Cameroun sur la scène internationale. Comme le souligne Friedman (2021), « l’intégrité des documents officiels est la pierre angulaire de la gouvernance démocratique et de l’État de droit ».
Cet article, structuré autour d’une analyse scientifique des signatures, examine ces incohérences en utilisant des méthodes rigoureuses de comparaison visuelle et graphologique. Il explore également les conséquences possibles d’une falsification et propose des solutions concrètes pour garantir l’intégrité des documents officiels à l’avenir.
A. Méthodologie
L’approche adoptée repose sur une méthodologie en plusieurs étapes visant à établir la fiabilité des signatures présidentielles examinées :
- Collecte des documents officiels a partir du site web officiel de la Présidence de la République du Cameroun: https://www.prc.cm
Les décrets analysés incluent :
1.1. Décret N°2024/638 : financement de la chaîne de valeur du riz.

1.2. Décret N°2024/643 : nomination au ministère de la recherche scientifique.

1.3. Décret N°2024/637 : promotion au grade supérieur des forces de défense

1.4.Décret N°2024/639 : financement du système de vidéosurveillance.

1.5. Décret N°2024/642 : prêt pour le secteur de l’électricité.

2. Analyse comparative des signatures
Analyse scientifique des divergences :
Chaque signature a été évaluée visuellement et graphiquement pour identifier des anomalies pouvant suggérer une manipulation. Les signatures ont été comparées selon les critères suivants :
- Inclinaison des lettres : la régularité de l’écriture.
- Pression du stylo : uniformité des traits, zones épaisses et minces.
- Fluidité des courbes : cohérence et continuité du mouvement manuscrit.
2.1. Signature de référence :
La signature réalisée en direct lors du Communiqué Final de la CEMAC constitue l’étalon de comparaison.
Cette méthodologie s’appuie sur des techniques éprouvées en analyse documentaire. Comme le note Martin et Smith (2020), « une signature falsifiée se distingue par un manque de fluidité naturelle et une absence de continuité dans les traits ».
B. Analyse des Signatures des Décrets et Résultats
- Décret N°2024-638 et Décret N°2024-637 :
En examinant les signatures apposées sur ces deux décrets, plusieurs incohérences apparaissent :- L’inclinaison des lettres est irrégulière, contrairement à la signature authentique.
- La pression du stylo varie excessivement, avec des zones anormalement épaisses.
- Certaines lettres semblent déformées ou hésitantes, ce qui n’est pas caractéristique d’une écriture naturelle.
- Décret N°2024-639 :
Dans ce décret, la signature présente des traits plus rigides et mécaniques, suggérant une possible reproduction automatisée. La comparaison visuelle montre clairement un manque de fluidité. - Décret N°2024-642 et Décret N°2024-643 :
Ces deux signatures sont les plus troublantes. Elles affichent des différences frappantes avec la signature de référence, notamment :- Des lettres mal alignées.
- Une disproportion dans les courbes et les boucles.
- Une absence de continuité dans le mouvement du stylo.
Ces incohérences, comparées à la signature authentique du Communiqué Final, suggèrent une manipulation potentielle ou une falsification potentielle.
C. Conséquences d’une Manipulation
1. Crise de Confiance Nationale
La falsification de la signature présidentielle est un acte extrêmement grave qui peut entraîner une rupture totale de confiance entre le peuple camerounais et ses institutions. La signature du Chef de l’État symbolise la souveraineté, la légitimité et la continuité de l’État. Lorsqu’un doute s’installe sur l’authenticité d’une telle signature, il remet en cause la validité des décrets et des décisions prises, fragilisant ainsi les fondements du contrat social entre gouvernants et gouvernés. Une perte de confiance généralisée peut s’étendre à toutes les structures de l’État, notamment les administrations publiques, les forces de l’ordre et le système judiciaire, perçues comme complices ou inefficaces face à une telle manipulation. De plus, cette crise de légitimité peut donner lieu à des contestations citoyennes, alimentant un climat d’instabilité sociale et politique. Le peuple camerounais, déjà confronté à de nombreux défis socio-économiques, verrait dans cette situation une preuve supplémentaire de la faiblesse de la gouvernance. À terme, cette crise pourrait délégitimer toutes les décisions prises par le gouvernement, conduisant à un blocage des réformes et projets nécessaires pour le développement du pays. Comme le souligne Dawson (2019), « la confiance est l’oxygène des institutions démocratiques. Lorsque cet oxygène se raréfie, la société suffoque ».
2. Répercussions Internationales
La manipulation d’une signature présidentielle ne se limite pas aux frontières nationales. Elle a des conséquences directes sur les relations diplomatiques et économiques du Cameroun avec ses partenaires internationaux. Les organisations internationales telles que la Banque Africaine de Développement (BAD) ou le Fonds Monétaire International (FMI), qui financent des projets essentiels pour le développement du pays, pourraient suspendre leurs accords de financement jusqu’à ce que la situation soit clarifiée. Une telle décision compromettrait les projets d’infrastructure, de santé ou d’éducation, plongeant le pays dans une crise économique majeure. De plus, les investisseurs étrangers, déjà prudents dans un contexte africain souvent perçu comme risqué, se détourneraient du Cameroun, affaiblissant son attractivité économique. En diplomatie, la crédibilité d’un État repose sur la cohérence et la transparence de ses actions. Une manipulation confirmée entacherait durablement l’image du Cameroun sur la scène internationale, entraînant des conséquences politiques et économiques. Comme l’affirme Friedman (2021), « un État qui ne parvient pas à garantir l’intégrité de ses documents officiels s’expose à une défiance globale ».
3. Affaiblissement de l’État de Droit
L’État de droit repose sur la confiance des citoyens dans le caractère authentique et légitime des décisions prises par leurs dirigeants. Une falsification de la signature présidentielle affaiblirait cet équilibre fragile. En effet, si des documents officiels, censés être irréprochables, se révèlent manipulés, cela ouvrirait la porte à des abus plus graves comme la corruption systémique ou la falsification d’autres décisions cruciales. Le système judiciaire serait également remis en cause, car les citoyens pourraient douter de sa capacité à sanctionner les responsables d’une telle fraude. Une manipulation de cette nature encourage le développement d’une culture d’impunité, où les faussaires ne sont pas inquiétés, ce qui mine l’efficacité des institutions publiques. Cette situation créerait un dangereux précédent, où les lois et les règles seraient perçues comme manipulables au gré des intérêts personnels ou politiques. Comme le rappellent Martin et Smith (2020), « la solidité d’un État repose sur sa capacité à garantir l’intégrité de ses processus institutionnels et à inspirer confiance aux citoyens ».
4. Risques de Tensions Sociales
Dans un contexte où les inégalités économiques et les frustrations politiques sont déjà marquées, une manipulation de la signature présidentielle pourrait exacerber les tensions sociales au Cameroun. Les citoyens, sentant leurs droits bafoués et leur confiance trahie, pourraient descendre dans les rues pour exiger des comptes aux autorités. De telles manifestations, si elles ne sont pas encadrées, risqueraient de dégénérer en violences, avec des affrontements entre les forces de l’ordre et la population. Les groupes d’opposition pourraient exploiter cette situation pour mobiliser leurs partisans, accentuant les clivages politiques. Les tensions sociales pourraient également s’étendre aux communautés ethniques et régionales, alimentant des divisions déjà existantes. Cette instabilité risquerait de compromettre les progrès économiques et sociaux réalisés jusqu’ici. Comme l’indique Friedman (2021), « la stabilité d’un pays repose sur sa capacité à garantir la transparence et la justice, faute de quoi les citoyens finissent par contester sa légitimité ».
D. Recommandations du MLDC
1. Clarification Officielle
Face aux divergences observées, le Secrétariat Général de la Présidence doit impérativement publier un communiqué officiel expliquant de manière détaillée les circonstances entourant la signature des décrets récents. Ce communiqué doit clarifier les processus ayant mené à ces incohérences et présenter les documents authentiques pour dissiper les doutes. La transparence est essentielle pour rassurer la population et éviter que cette situation ne dégénère en crise politique. Le gouvernement doit également s’engager à fournir des preuves documentaires irréfutables, telles que des enregistrements ou des registres de signatures, afin de renforcer la crédibilité des explications avancées.
2. Mise en Place d’une Enquête Indépendante
Le MLDC propose la création d’une commission d’enquête indépendante composée d’experts en graphologie, sécurité documentaire et droit constitutionnel, issus de structures nationales et internationales. Cette commission doit disposer d’un accès illimité aux décrets concernés et aux archives présidentielles pour mener une analyse scientifique rigoureuse. Une telle enquête garantirait une évaluation objective des signatures et permettrait d’identifier d’éventuels auteurs de falsification. Les résultats de cette enquête doivent être rendus publics pour assurer une transparence totale et rétablir la confiance.
3. Renforcement des Mécanismes de Sécurité
Pour éviter de futures manipulations, le MLDC recommande l’intégration de technologies de sécurité avancées dans la validation des documents officiels. Par exemple, la mise en place de signatures numériques cryptées assurerait l’authenticité des documents et rendrait leur falsification quasiment impossible. Ces outils, déjà utilisés dans plusieurs pays, garantissent la traçabilité des documents et permettent de vérifier rapidement leur provenance.
4. Mobilisation de la Société Civile
Les organisations de la société civile, les médias et les citoyens doivent jouer un rôle actif dans cette situation en exigeant des comptes aux autorités. Leur mobilisation est essentielle pour maintenir la pression politique nécessaire à l’établissement de la vérité. Par ailleurs, des campagnes de sensibilisation pourraient permettre à la population de mieux comprendre les enjeux liés à cette manipulation.
Conclusion
L’intégrité de la signature présidentielle est cruciale pour le fonctionnement de l’État et la confiance nationale. Les incohérences relevées dans les décrets récents posent des questions graves sur l’authenticité des documents émanant de la Présidence de la République. Si cette situation n’est pas traitée avec transparence et rigueur, elle risque de compromettre la stabilité politique, sociale et économique du Cameroun. Le MLDC appelle les autorités à agir avec responsabilité en clarifiant cette situation à travers une enquête indépendante et des réformes structurelles visant à renforcer la sécurité documentaire. Le peuple camerounais a droit à la vérité pour préserver sa confiance envers les institutions et garantir la stabilité de la nation. Comme l’a dit Dawson (2019) : « La transparence est le fondement de la légitimité démocratique. »
Références Bibliographiques
- Friedman, J. (2021). State Integrity and Document Security. Oxford University Press.
- Martin, R., & Smith, L. (2020). Graphological Analysis in Governance. Cambridge University Press.
- Dawson, P. (2019). The Fragility of Public Trust. Routledge.

LA CEMAC, OTAGE DU FRANC CFA : PEUT-ON PARLER DE DÉVELOPPEMENT SANS AUTONOMIE MONÉTAIRE ? VERS LA CONSTRUCTION D’UN ETAT DEVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE (EDC)

Résumé
Cet article explore la crise économique actuelle au sein de la CEMAC, exacerbée par sa dépendance au franc CFA, une monnaie contrôlée depuis l’extérieur. Face à des dettes publiques croissantes, des réserves de change insuffisantes et un commerce intrarégional limité, il plaide pour l’urgence d’une monnaie sous-régionale. En s’appuyant sur le modèle de l’État Développementaliste Communautaire (EDC), l’article démontre qu’une autonomie monétaire permettrait de financer des projets communautaires, renforcer les échanges économiques, et établir une gouvernance monétaire indépendante alignée sur les besoins des populations. Sans cette révolution monétaire, les aspirations de la CEMAC au développement intégré resteront des promesses non tenues.
Mots-clés : CEMAC, franc CFA, autonomie monétaire, dette publique, réserves de change, intégration régionale, État Développementaliste Communautaire (EDC).
Abstract
This article examines the current economic crisis in CEMAC, worsened by its dependence on the CFA franc, a currency controlled externally. With rising public debts, insufficient foreign reserves, and limited intra-regional trade, it calls for the urgent creation of a sub-regional currency. Drawing on the Community Developmentalist State (CDS) model, the article argues that monetary autonomy would enable the financing of community projects, boost economic exchanges, and establish independent monetary governance aligned with local needs. Without this monetary revolution, CEMAC’s ambitions for integrated development will remain unfulfilled promises.
Keywords: CEMAC, CFA franc, monetary autonomy, public debt, foreign reserves, regional integration, Community Developmentalist State (CDS).

Introduction
La Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) traverse une période de turbulences économiques marquée par une dette publique alarmante, des réserves de change insuffisantes et une faible intégration régionale. Ces défis, exacerbés par la dépendance au franc CFA, soulignent les limites d’un système monétaire hérité de l’histoire coloniale, incapable de répondre aux besoins de développement des États membres.
Face à cette impasse, le modèle de l’État Développementaliste Communautaire (EDC) propose une alternative ambitieuse : repenser la souveraineté monétaire pour en faire un levier de transformation économique et sociale. Ce modèle place l’autonomie monétaire au cœur des politiques publiques, permettant ainsi de financer des projets communautaires, d’accroître les échanges intra-régionaux et de garantir une gouvernance monétaire indépendante alignée sur les aspirations locales.
L’enjeu est clair : sans une monnaie sous-régionale autonome, la CEMAC ne pourra bâtir un avenir fondé sur l’intégration économique et le développement durable. Ce texte explore pourquoi et comment une monnaie régionale, ancrée dans la vision de l’EDC, pourrait briser les chaînes du franc CFA pour ouvrir la voie à une prospérité partagée en Afrique centrale.
À quoi sert la CEMAC sans une autonomie monétaire ?
Le sommet extraordinaire des chefs d’État de la Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC), tenu le 16 décembre 2024 à Yaoundé, intervient dans un contexte économique critique. Entre une dette publique croissante, des déficits budgétaires alarmants, et des réserves de change en déclin, cette rencontre pose une question essentielle : la CEMAC peut-elle réussir son intégration et garantir le développement économique de ses membres sans une monnaie véritablement sous-régionale et autonome ?
1. Une économie sous contrainte extérieure : le poids du franc CFA
Le franc CFA, utilisé par les six pays de la CEMAC, demeure une monnaie contrôlée par la France via le Trésor public. Cette dépendance monétaire limite la capacité des États membres à mener des politiques économiques autonomes. Contrairement à des pays africains comme le Ghana, l’Éthiopie ou le Kenya, qui utilisent leurs monnaies nationales (cedi, birr, shilling), les États de la CEMAC n’ont pas la flexibilité nécessaire pour ajuster leur masse monétaire ou leur taux de change selon leurs besoins économiques.
Comparaison économique :
• Taux de croissance moyen 2023 :
• Ghana (avec sa monnaie nationale) : 3.5 %
• Zone CEMAC : 2.8 %
• Dette publique en pourcentage du PIB :
• Ghana : 71 % (mais en voie de restructuration grâce à des choix monétaires audacieux).
• Congo (CEMAC) : près de 100 %, sans levier monétaire pour y remédier.
La dépendance au franc CFA expose également les économies de la CEMAC aux fluctuations des devises internationales et limite leur capacité d’exportation compétitive.
2. La dette publique : un fardeau aggravé par l’absence d’autonomie monétaire
La dette publique atteint des niveaux critiques dans certains États membres, comme le Congo, où elle représente près de 100 % du PIB. Cette situation est aggravée par les limitations imposées par le franc CFA, qui empêche les gouvernements de financer leurs dépenses par la création monétaire, une stratégie utilisée par des pays avec leurs monnaies nationales pour amortir les chocs économiques.
Les politiques budgétaires rigides imposées par le FMI, souvent liées à l’usage du franc CFA, freinent également l’investissement dans des secteurs stratégiques tels que l’éducation et les infrastructures. Par exemple :
• En 2023, le Cameroun n’a investi que 4.1 % de son PIB dans l’éducation contre 6.2 % au Rwanda, qui utilise sa monnaie nationale.
3. Des réserves de change en déclin : une fragilité systémique
Les réserves de change de la CEMAC s’établissent à seulement trois mois d’importations, loin des cinq mois recommandés. Cette situation expose la région à un risque de dévaluation, une décision qui serait pourtant prise en dernier recours par le Trésor français, et non par les États membres.
À titre comparatif, des pays comme l’Afrique du Sud, grâce à sa souveraineté monétaire, maintiennent des réserves couvrant plus de six mois d’importations, renforçant ainsi la stabilité de leur économie.
4. Une monnaie sous-régionale comme solution à la crise
Pour la CEMAC, la création d’une monnaie autonome pourrait être un levier stratégique pour :
• Stimuler l’intégration régionale : En renforçant les échanges commerciaux intrarégionaux. Actuellement, ils ne représentent que 3 % du commerce total des pays membres, contre 16 % dans la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), qui utilise des monnaies nationales.
• Accroître l’indépendance financière : Une monnaie sous-régionale permettrait de réduire la dépendance à l’euro et d’exploiter pleinement les ressources économiques locales.
• Dynamiser les politiques publiques : Avec une banque centrale indépendante, les États auraient une plus grande marge de manœuvre pour ajuster leur politique monétaire aux besoins locaux.
Des exemples de succès existent :
• L’Union monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) discute actuellement de l’adoption de l’eco, une monnaie régionale, dans le cadre d’une transition du franc CFA vers une souveraineté accrue.
• L’Éthiopie a maintenu une croissance économique moyenne de 7 % au cours de la dernière décennie grâce à une monnaie nationale qui favorise l’industrialisation.
5. L’État Développementaliste Communautaire (EDC) comme socle d’une monnaie sous-régionale
L’État Développementaliste Communautaire (EDC), tel que proposé, repose sur une vision axée sur l’autonomie économique, la solidarité régionale, et le développement intégré des communautés. Ce modèle, qui place l’État au cœur de la transformation économique et sociale, soutient de manière cohérente l’idée d’une monnaie sous-régionale ou régionale comme pilier d’un développement durable et inclusif.
5.1. Une monnaie au service du développement communautaire
Dans le cadre d’un EDC, une monnaie sous-régionale ne serait pas un simple outil monétaire. Elle deviendrait un instrument de transformation économique au service des communautés :
• Financement des projets locaux : Une monnaie sous-régionale, adossée à une banque centrale véritablement indépendante et tournée vers le développement, permettrait de financer des projets communautaires sans recourir systématiquement aux emprunts extérieurs. Par exemple, les infrastructures rurales, l’agro-industrie locale, et l’éducation pourraient bénéficier d’un accès direct à des financements adaptés aux réalités des populations.
• Renforcement de la résilience économique : L’EDC valorise la production locale et les chaînes de valeur communautaires. Une monnaie régionale faciliterait les échanges intra-régionaux, réduisant ainsi la dépendance aux importations et renforçant la souveraineté économique.
5.2. La solidarité régionale comme levier
Le modèle EDC repose sur une solidarité économique et sociale entre les États membres d’une communauté intégrée. La création d’une monnaie sous-régionale s’inscrit dans cette logique :
• Mutualisation des risques : Une monnaie régionale pourrait intégrer un fonds de stabilisation économique, alimenté par les contributions des pays membres, pour aider les États en difficulté à surmonter des crises conjoncturelles, comme celle de la dette publique dans le cas du Congo.
• Renforcement des échanges : En alignant les politiques économiques des pays membres, une monnaie sous-régionale stimulerait les échanges intra-CEMAC, actuellement limités à 3 % du commerce total. Ces échanges deviendraient un moteur pour l’industrialisation locale et la diversification économique.
5.3. Une gouvernance monétaire alignée avec les valeurs communautaires
Dans un EDC, la gouvernance monétaire devrait refléter les aspirations des populations et s’affranchir des ingérences extérieures. Contrairement au franc CFA, dont la gestion est externalisée, une monnaie sous-régionale serait gérée par une institution commune où chaque État membre disposerait d’une voix égale.
Les décisions monétaires seraient guidées par les besoins de développement, par exemple :
• Stimuler les secteurs prioritaires comme l’agriculture et l’énergie.
• Offrir des taux de change compétitifs pour encourager les exportations régionales.
• Créer des emplois via des politiques monétaires proactives.
5.4. L’EDC et l’indépendance économique
L’EDC ne peut se réaliser pleinement sans autonomie monétaire. La dépendance actuelle au franc CFA limite la capacité des États membres à construire des économies résilientes et inclusives. Une monnaie régionale, intégrée au projet d’État Développementaliste Communautaire, devient ainsi un outil stratégique pour :
• Libérer les États de la tutelle monétaire extérieure.
• Permettre une meilleure mobilisation des ressources locales.
• Aligner les politiques monétaires avec les objectifs sociaux et environnementaux des communautés.
l’EDC comme cadre pour une souveraineté monétaire et économique
Le projet d’État Développementaliste Communautaire offre une vision claire et cohérente d’un avenir où les économies sous-régionales sont libérées des chaînes de la dépendance. La création d’une monnaie régionale ou sous-régionale n’est pas simplement un objectif technique, mais une étape nécessaire pour ancrer le développement économique dans les aspirations et les besoins des populations locales.
En adoptant une monnaie sous-régionale, les États de la CEMAC pourraient enfin aligner leurs politiques économiques avec un projet collectif ambitieux : bâtir des sociétés inclusives et prospères, où chaque communauté joue un rôle actif dans la transformation de son avenir. L’EDC, en ce sens, n’est pas seulement une alternative, mais une nécessité pour le développement de l’Afrique centrale.
Conclusion : la nécessité d’une révolution monétaire
La crise actuelle au sein de la CEMAC met en lumière les limites d’un système monétaire hérité de la colonisation. Sans une autonomie monétaire et une véritable réforme institutionnelle, l’intégration régionale restera un mirage et le développement économique, une promesse non tenue.
Le sommet de Yaoundé devrait être l’occasion pour les dirigeants de poser les bases d’une monnaie sous-régionale, symbole d’une souveraineté retrouvée. Faute de quoi, la CEMAC continuera d’être un simple spectateur des transformations économiques mondiales.
Références bibliographiques :
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2. Sikafinance. (2024). Rapport économique sur la CEMAC.
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5. Yab, J., & Nkong-Njock, V.,(2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire: Le Cameroun
L’ÉGLISE DOIT PAYER, RESTITUTION DES TERRES SACRÉES AUX POPULATIONS AUTOCHTONES D’AFRIQUE NOIRE. CAS D’ETUDE: MONASTÈRE BÉNÉDICTIN DU MONT FÉBÉ À YAOUNDÉ

Résumé
En Afrique noire francophone, des terres offertes par des populations autochtones à l’Église catholique pour des œuvres sociales et religieuses sont aujourd’hui transformées en biens commerciaux. Ce phénomène, particulièrement visible au Cameroun, prive les communautés locales de leur héritage foncier et aggrave les inégalités. En s’appuyant sur des cas précis, comme celui du Monastère Bénédictin du Mont Fébé à Yaoundé, cet article explore la manière dont ces terres sacrées sont devenues des actifs lucratifs et propose des solutions pour une justice foncière : restitution, compensation et dialogue entre les parties concernées.
Mots clés : Restitution des terres, Église catholique, Droits fonciers autochtones, Terres sacrées, Afrique francophone, Afrique subsaharienne, Monastère du Mont Fébé, Héritage colonial, Commercialisation des terres, Etoudi.
Abstract:
In Francophone Sub-Saharan Africa, lands donated by indigenous communities to the Catholic Church for social and religious purposes have been transformed into commercial assets. This phenomenon, notably in Cameroon, deprives local populations of their ancestral heritage and exacerbates inequalities. Focusing on specific cases like the Benedictine Monastery of Mont Fébé in Yaoundé, this article examines how sacred lands have turned into profitable ventures and offers solutions for land justice: restitution, compensation, and dialogue among stakeholders.
Keywords : Land restitution, Catholic Church, Indigenous land rights, Sacred lands, Francophone Africa, Sub-Saharan Africa, Mont Fébé Monastery, Colonial legacy, Land commercialization
Introduction
Aujourd’hui, c’est encore dimanche et, comme chaque semaine, des millions de chrétiens catholiques remplissent les églises en Afrique noire francophone. Pourtant, derrière cet élan spirituel se cache une question épineuse : celle des terres offertes par des populations autochtones à l’Église catholique, et aujourd’hui commercialisées.
Ces terres, autrefois données pour des œuvres sociales ou religieuses, ont souvent été transformées en biens lucratifs, privant les communautés locales de leur patrimoine foncier. Ce phénomène, particulièrement visible au Cameroun, suscite des controverses grandissantes. En examinant des cas concrets, comme celui du Monastère Bénédictin du Mont Fébé, cet article propose une analyse critique et des pistes pour rétablir la justice foncière.

1. Contexte historique : des dons pour le bien commun
Dans les années coloniales, les missionnaires catholiques ont reçu des terres des chefs traditionnels africains. Ces terres, offertes gratuitement, devaient servir à construire des églises, écoles et dispensaires pour le bien-être des communautés locales.
Exemple au Cameroun :
- Entre 1900 et 1960, des chefs comme les Ewondo ou les Douala ont attribué des terrains aux missionnaires pallottins. Ces dons, non monétaires, étaient basés sur une confiance mutuelle et une volonté de développement communautaire.
Cependant, après les indépendances, ces terres ont souvent été enregistrées sous le nom de l’Église catholique, sans reconnaissance officielle des droits des donateurs ou de leurs descendants.
2. Des terres sacrées devenues biens commerciaux
Avec l’urbanisation croissante, l’Église catholique a tiré profit de ces terrains. Des terres qui abritaient autrefois des projets sociaux ont été vendues ou louées à des promoteurs immobiliers.
Données clés :
- Une étude de Terra Afrique (2023) révèle que 30 % des terres urbaines détenues par l’Église en Afrique noire francophone sont utilisées à des fins lucratives.
- Au Cameroun, les terrains urbains de Douala et Yaoundé génèrent plus de 1 milliard de FCFA annuels en revenus locatifs.
Exemple :
À Yaoundé, dans le quartier de Mendong, des terrains offerts pour construire une école sont aujourd’hui occupés par des immeubles commerciaux. Ces transactions, opérées sans consultation des populations locales, posent des questions éthiques.
3. Les conséquences pour les populations autochtones
Les communautés locales subissent des conséquences graves de cette transformation foncière :
- Exclusion économique : La perte d’accès à des terres rend l’agriculture et l’habitat plus difficiles pour les populations locales.
- Erosion culturelle : Les terres sacrées, autrefois symboles de confiance, sont aujourd’hui des lieux de commerce, brisant le lien entre les communautés et leur patrimoine spirituel.
- Inégalités accrues : Les profits tirés de ces terres ne sont pas redistribués aux populations qui les ont cédées.
4. Étude de cas : Le Monastère Bénédictin du Mont Fébé à Yaoundé
Le Monastère Bénédictin du Mont Fébé, situé sur les hauteurs de Yaoundé, illustre de manière frappante le paradoxe des terres sacrées devenues des actifs économiques stratégiques. Fondé en 1952 par des missionnaires bénédictins, ce monastère a été établi sur des terres généreusement offertes par des chefs traditionnels locaux ETOUDI. À l’époque, ces terrains étaient considérés comme des lieux sacrés et paisibles, propices à la prière, à la méditation et aux activités spirituelles. Cependant, l’évolution de l’usage de ces terres au fil des décennies soulève des questions sur leur vocation initiale et les bénéfices qu’en tirent aujourd’hui les institutions religieuses.
4.1. Le contexte historique : des dons pour la foi et la communauté
Les terres où se trouve le Monastère du Mont Fébé étaient autrefois des espaces forestiers appartenant à des clans locaux ETOUDI. Ces chefs ont cédé ces terres dans un esprit de coopération religieuse et culturelle, croyant que l’établissement des moines bénéficierait à la communauté par :
- L’éducation (formation religieuse et académique),
- L’accès aux soins de santé via des initiatives missionnaires,
- La création d’un sanctuaire spirituel pour la région.
Aucun acte de propriété formel n’avait été signé, les dons reposant sur un pacte moral entre les missionnaires et les communautés locales.
4.2. Une transformation économique notable
Aujourd’hui, le site du Monastère Bénédictin est une propriété emblématique de Yaoundé, avec des activités dépassant largement sa mission spirituelle initiale. Sur les terres qui entourent le monastère, plusieurs transformations sont notables :
- L’Hôtel Mont Fébé : Un établissement hôtelier de luxe situé sur une partie des terres initialement offertes. Cet hôtel, qui génère des revenus substantiels, cible une clientèle touristique et d’affaires, notamment des dignitaires religieux, politiques et internationaux.
- Exploitation foncière à des fins commerciales : Selon une enquête menée par Le Quotidien Camerounais (2023), certaines parcelles ont été louées ou cédées à des particuliers et entreprises, entraînant une urbanisation croissante de cette zone autrefois réservée à des usages religieux.
- Absence de projets communautaires directs : Bien que le monastère conserve un rôle religieux actif, les populations autochtones qui avaient offert ces terres ne bénéficient pas directement des revenus générés par ces développements.
4.3. L’impact sur les populations autochtones
L’évolution économique des terres du Mont Fébé a eu des conséquences importantes pour les communautés ETOUDI locales :
- Privation de terres : Les clans qui avaient offert ces terrains sont désormais coupés de leur accès à ces espaces, aujourd’hui clôturés ou privatisés.
- Inégalités sociales : Les revenus issus des activités commerciales ne profitent pas aux populations locales, mais enrichissent uniquement les institutions religieuses.
- Sentiment de trahison culturelle : Les populations locales estiment que la vocation sacrée et communautaire de ces terres a été détournée à des fins lucratives, rompant le pacte moral initial.
4.4. Controverse sur l’Hôtel Mont Fébé
L’Hôtel Mont Fébé, construit sur des terres offertes pour des missions religieuses, est particulièrement controversé. Évalué à plusieurs milliards de FCFA, cet hôtel est un exemple de la manière dont des actifs religieux peuvent être transformés en entreprises commerciales sans consultation des communautés locales.
Données clés :
- En 2022, l’hôtel a généré un chiffre d’affaires estimé à 800 millions de FCFA.
- Une enquête menée par Cameroon Tribune (2023) révèle que l’Église catholique détient 70 % des parts dans cette entreprise, tandis que les bénéfices ne sont pas réinvestis dans des projets communautaires.
4.5. Exigences des communautés locales
Les clans ETOUDI revendiquent aujourd’hui une reconnaissance de leurs contributions historiques et demandent :
- Transparence financière : Publier les comptes des activités commerciales du Monastère, notamment ceux de l’Hôtel Mont Fébé, pour évaluer l’usage des revenus générés.
- Partage des bénéfices : Redistribuer une partie des revenus aux communautés locales, par exemple via des projets de développement (écoles, hôpitaux, infrastructures).
- Rétablissement des droits fonciers : Réserver certaines terres pour des usages communautaires ou spirituels, comme initialement convenu.
- Dialogue intercommunautaire : Organiser des consultations régulières entre les autorités religieuses et les représentants des populations autochtones pour rétablir une relation de confiance.
4.6. Le rôle des autorités étatiques
Les gouvernements locaux et nationaux doivent également intervenir pour réguler ce type de situation :
- Audit des terres du Mont Fébé : Identifier les parcelles encore dédiées à des usages religieux et celles utilisées à des fins commerciales.
- Encadrement légal : Renforcer les lois sur les dons de terres pour éviter leur détournement à des fins lucratives.
- Médiation : Faciliter un dialogue entre l’Église, les populations autochtones et les organisations de la société civile pour parvenir à un compromis équitable.
Le Mont Fébé, un symbole de rupture et d’espoir
Le cas du Monastère Bénédictin du Mont Fébé incarne les tensions autour de la gestion des terres sacrées en Afrique. Tandis que l’Église catholique profite des revenus générés par ces terrains, les populations autochtones, véritables donatrices de ce patrimoine, sont marginalisées. Pour éviter que ces situations ne deviennent des foyers de conflit, il est impératif d’instaurer des mécanismes de justice foncière. Restituer une partie des terres ou partager équitablement les bénéfices constitue non seulement une obligation morale, mais aussi une opportunité de réconciliation entre les communautés et l’Église.
5. Propositions pour une justice foncière
Face à cette situation, des solutions sont nécessaires pour restaurer l’équité :
- Audit foncier transparent : Recenser toutes les terres détenues par l’Église pour établir leur origine et leur utilisation actuelle.
- Restitution des terres : Les terres non utilisées pour des projets sociaux devraient être rendues aux communautés locales.
- Compensation financière : Les bénéfices tirés des terres devraient financer des infrastructures pour les populations autochtones (écoles, hôpitaux, logements).
- Réformes juridiques : Mettre en place un cadre légal qui empêche les institutions religieuses d’exploiter les terres à des fins commerciales sans consultation locale.
Conclusion : L’Église face à ses responsabilités
L’Église catholique doit aligner ses actions sur ses principes de justice et de charité. Les terres sacrées offertes par les ancêtres africains ne doivent pas devenir des symboles d’exploitation économique, mais des outils de réconciliation et de développement communautaire. Par des audits transparents, des restitutions et des compensations, l’Église peut réparer ces injustices historiques et renouer avec les populations qu’elle prétend servir.
Restituer, compenser, dialoguer : tel est le chemin vers une justice foncière durable.
Références académiques
- Kouassi, J. (2020). Colonial Legacies and Land Ownership in Sub-Saharan Africa. African Studies Quarterly.
- Nfor, C. (2023). « Religious Land Deals in Cameroon: A Case Study of Douala and Yaoundé. » Journal of African Land Studies.
- Terra Afrique. (2023). Land Ownership and Economic Inequality in Francophone Africa.
- Le Messager. (2023). « Les terres de Mendong : une injustice foncière. »
L’ESPOIR TRAHI PAR LE PCRN DANS LA SANAGA MARITIME & NYONG-et-KÉLLÉ, LE MLDC PROPOSE
INTERROGEZ ET INTERPELLEZ VOS DÉPUTÉS, SÉNATEURS, MAIRES… VOS ÉLUS… CE SONT VOS EMPLOYÉS
M. LE DÉPUTÉ BIBA THOMAS (PCRN- SANAGA MARITIME) : UN APPEL AU DEVOIR ENVERS LES POPULATIONS DE NGOMPEM NORD

Monsieur le Député,
Honorable,
Nous nous adressons à vous avec respect mais également avec une profonde inquiétude concernant la situation désastreuse dans laquelle se trouve le village de Ngompem Nord, une localité de la Sanaga Maritime que vous représentez en tant que député. Permettez que cette lettre soit un rappel solennel de votre devoir en tant que représentant du peuple et membre de l’opposition.
Monsieur le Député, le rôle principal de l’opposition dans une démocratie est de contrôler les actions du gouvernement et de défendre les droits des citoyens contre toute forme d’abus ou de négligence. Dans le cas présent, la mairie de Pouma, tenue par le parti au pouvoir, a manifestement failli à sa mission de développement local. Les ponts Nkanla I et Nkanla II, ainsi que l’unique tronçon routier reliant Ngompem Nord au reste du département, ont été détruits et laissés à l’abandon sous prétexte de travaux qui n’ont jamais été réalisés. Cette négligence, amplifiée par des pratiques de corruption dans la passation des marchés publics, a isolé cette population, la privant de ses droits fondamentaux.
Depuis trois ans, les conséquences de cette situation sont dramatiques : des malades meurent faute d’être évacués vers les centres de santé, des familles ne peuvent plus transporter leurs défunts à la morgue, et des produits agricoles pourrissent faute d’accès aux marchés urbains. Il est clair que cette tragédie résulte directement de la mauvaise gouvernance et du manque de responsabilité de l’exécutif local.
Monsieur le Député, en tant que membre de l’opposition, vous avez une obligation morale et politique de contrôler l’action de l’exécutif, y compris celle de la mairie de Pouma. Votre silence sur cette question est perçu par les populations de Ngompem Nord comme un manquement grave à votre mission. Les citoyens de cette localité s’interrogent : pourquoi leur représentant n’a-t-il pas élevé la voix pour dénoncer cette injustice ? Pourquoi n’avez-vous pas exigé des comptes sur l’exécution des projets publics dans cette zone ?
Nous vous demandons donc, avec insistance, de nous indiquer quelles actions concrètes vous envisagez d’entreprendre pour réparer les torts causés aux populations de Ngompem Nord. Allez-vous exiger une enquête parlementaire sur la gestion des marchés publics par la mairie de Pouma ? Allez-vous mobiliser les autres élus de l’opposition pour faire pression sur les autorités compétentes afin que justice soit rendue à ces populations ?
Monsieur le Député, l’histoire retiendra vos actes, tout comme elle retiendra votre silence. Les populations de Ngompem Nord, qui vivent dans l’isolement et la misère, attendent de vous un engagement ferme et immédiat. Nous espérons que cette lettre saura raviver en vous le sens du devoir et l’attachement à votre rôle de défenseur des droits des citoyens.
Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Député, l’expression de nos salutations distinguées.
PR JIMMY YAB
MADAME LA SÉNATRICE YVETTE YINDA: VOTRE VILLAGE SE MEURT ET VOUS INTERPELLE

Madame la Sénatrice,
Honorable,
Permettez que cette lettre ouverte, marquée par une profonde douleur et une légitime indignation, vienne frapper à la porte de votre grand cœur. Nous nous adressons à vous non seulement en tant qu’élue de la nation mais aussi, et surtout, en tant FEMME de Ngompem Nord, ce village qui vous a accueilli et que vous portez désormais dans votre lignée.
Madame la Sénatrice, comment comprendre que depuis votre accession à la haute dignité de représentante de la nation, vous n’ayez pas mis les pieds dans votre propre village, Ngompem Nord ?
Votre absence répétée est perçue comme un abandon des vôtres. Avez-vous oublié ceux qui, avec tant d’espoir, voyaient en votre élection une chance de changement ? Avez-vous délibérément tourné le dos à votre village par alliance, qui endure aujourd’hui une humiliation sans précédent ?
Madame la Sénatrice, depuis trois longues années, les habitants de Ngompem Nord vivent dans un isolement total. Les ponts Nkanla I et Nkanla II ont été détruits, la seule route qui les reliait au reste du pays est devenue impraticable. Des familles entèrent leurs morts sur place faute d’accès à une morgue ; des malades meurent sans pouvoir être évacués. Pire encore, les produits agricoles, unique source de revenu de cette population laborieuse, pourrissent sur place faute de voies d’écoulement.
Comment LA FEMME de ce village que vous êtes peut-elle rester indifférente à une telle tragédie ? Qu’a donc fait Ngompem Nord pour mériter une telle indifférence de votre part ? Pourquoi laissez-vous LES PARENTS DE VOTRE ÉPOUX, LE PATRIARCHE LOUIS YINDA, vos propres proches, sombrer dans la misère et l’humiliation ?
Madame la Sénatrice, nous faisons appel à votre compassion et à votre devoir moral envers les vôtres. En tant qu’élue de la nation, vous avez le pouvoir et l’influence nécessaires pour agir. Quelles actions concrètes comptez-vous entreprendre pour rétablir les ponts et le tronçon routier qui relient Ngompem Nord au reste du département ? Quelles mesures envisagez-vous pour réhabiliter la dignité de ce village, votre village, et lui redonner espoir ?

Nous vous invitons à venir constater par vous-même les conditions de vie déplorables de cette population qui vous considère toujours comme LA MAMA DU VILLAGE.
Madame la Sénatrice, l’histoire retiendra vos actes, mais elle retiendra aussi vos silences. Ngompem Nord vous appelle aujourd’hui à l’action. Entendez cet appel.
Avec tout le respect que nous vous devons, nous espérons que cette lettre saura toucher votre cœur et réveiller en vous l’attachement profond à votre village.
Dans l’attente de vos actions, nous vous prions d’agréer, Madame la Sénatrice, l’expression de nos salutations distinguées.
PR JIMMY YAB
Enfant du Village
Diaspora camerounaise, levier stratégique pour le MLDC : Vers une révolution électorale en 2025 ?

Résumé
La diaspora camerounaise, forte de plus de 5 millions de membres répartis à travers le monde, joue un rôle central dans les dynamiques socio-économiques et politiques du pays. En 2025, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) met cette communauté au cœur de sa stratégie électorale, en vue de mobiliser un électorat globalisé et de promouvoir un projet sociopolitique inclusif. Cet article examine en détail les contributions économiques, sociales et politiques de la diaspora camerounaise tout en les comparant aux rôles similaires joués par les diasporas nigériane et sénégalaise. À travers cette analyse, nous identifions des stratégies concrètes pour maximiser l’impact de cette communauté sur les prochaines élections présidentielles et au-delà.
Mots-clés: Diaspora camerounaise, Élections présidentielles 2025, MLDC, Participation politique, Transferts financiers, Plaidoyer international, Développement économique,Vote des expatriés, Mobilisation diaspora, Structuration politique
Abstract
The Cameroonian diaspora, with over 5 million members worldwide, plays a central role in the country’s socio-economic and political dynamics. In 2025, the Movement for the Liberation and Development of Cameroon (MLDC) places this community at the core of its electoral strategy, aiming to mobilize a globalized electorate and promote an inclusive sociopolitical agenda. This article provides an in-depth analysis of the economic, social, and political contributions of the Cameroonian diaspora, comparing them to similar roles played by Nigerian and Senegalese diasporas. Through this examination, we identify actionable strategies to enhance the diaspora’s impact on upcoming presidential elections and beyond.
Keywords: Cameroonian diaspora, 2025 presidential elections, MLDC, Political participation, Financial remittances, International advocacy, Economic development, Expatriate voting, Diaspora mobilization, Political structuring

1. La diaspora camerounaise : un levier économique et social
1.1. Les transferts financiers : une bouffée d’oxygène pour l’économie nationale
La diaspora camerounaise contribue de manière significative à l’économie nationale à travers des transferts financiers réguliers. En 2022, ces envois de fonds représentaient environ 1,7 milliard USD, soit 7,5 % du PIB camerounais (Banque mondiale, 2023). Ces montants sont souvent destinés à financer des besoins essentiels : paiement des frais de scolarité, frais médicaux, construction d’habitations, et soutien aux PME. Ces fonds apportent une stabilité économique à des milliers de familles et atténuent les effets de la pauvreté structurelle.
Cependant, ces flux financiers restent largement informels, ce qui limite leur impact sur l’économie nationale dans son ensemble. Contrairement à la diaspora nigériane, qui canalise une part importante de ses envois à travers des plateformes bancaires formelles, la diaspora camerounaise utilise encore massivement des réseaux informels, comme les agences de transfert d’argent ou les envois directs. Pour maximiser cet apport, il est essentiel d’encourager des politiques de bancarisation et d’incitation fiscale, ce que le MLDC pourrait intégrer à son programme économique.
1.2. Le rôle social et culturel de la diaspora
La diaspora camerounaise joue également un rôle central dans le renforcement des liens sociaux et culturels entre les Camerounais résidant au pays et ceux à l’étranger. À travers des associations ou des organisations spécifiques à certaines régions (Bamiléké, Bassa, etc.), elle contribue à des projets communautaires, tels que la construction de centres de santé, le financement de bourses d’études, et la rénovation d’infrastructures locales.
Sur le plan culturel, cette diaspora promeut le patrimoine camerounais à l’international par l’organisation de festivals, conférences, et expositions, ce qui contribue à rehausser l’image du pays sur la scène mondiale. Ce rôle de médiation culturelle pourrait être mieux exploité par le MLDC pour construire une identité collective nationale qui transcende les divisions ethniques et régionales.

2. Rôle politique de la diaspora dans les élections de 2025
2.1. Mobilisation politique : entre défis et opportunités
Depuis plusieurs années, la diaspora camerounaise s’affirme comme un acteur politique majeur, notamment par son rôle dans les mobilisations contre les irrégularités électorales. En 2018, des manifestations organisées dans des villes comme Paris, Washington, et Berlin ont attiré l’attention internationale sur les enjeux démocratiques du pays. En 2025, le MLDC entend canaliser cette énergie en mobilisant la diaspora autour d’un projet politique cohérent.
Cependant, plusieurs défis subsistent. Le vote des Camerounais de l’étranger, bien que légalement prévu, reste sous-exploité en raison de la faible accessibilité des bureaux de vote et du manque de sensibilisation. À titre comparatif, le Sénégal permet à sa diaspora de participer activement au processus électoral, avec une représentation politique institutionnalisée, ce qui renforce la légitimité démocratique.
Pour le MLDC, il est impératif de plaider pour des réformes permettant une plus grande inclusion électorale de la diaspora. Cela pourrait inclure la mise en place de plateformes numériques pour l’inscription sur les listes électorales ou l’introduction du vote par correspondance.
2.2. Diplomatie parallèle et plaidoyer international
La diaspora camerounaise utilise également sa position stratégique dans des pays influents, comme la France ou les États-Unis, pour attirer l’attention des gouvernements et des organisations internationales sur les enjeux politiques et humanitaires du Cameroun. Ce rôle de diplomatie parallèle a permis de sensibiliser sur des problématiques comme la crise anglophone ou la lutte contre la corruption.
Pour les élections de 2025, le MLDC pourrait renforcer cette dynamique en organisant des campagnes internationales de plaidoyer, mobilisant les Camerounais de la diaspora pour interpeller des institutions telles que l’Union européenne, l’Union africaine, ou les Nations unies sur l’importance d’un processus électoral transparent.

3. Comparaison avec d’autres diasporas africaines
3.1. La diaspora nigériane : un modèle de structuration économique et politique
La diaspora nigériane est souvent citée comme un exemple de structuration réussie. Avec des transferts financiers atteignant 21,9 milliards USD en 2022, elle est l’une des premières sources de devises pour le Nigeria. Mais au-delà de son impact économique, cette diaspora a su se positionner politiquement grâce à des organisations bien établies, comme la Nigerian Diaspora Organization (NIDO), qui agit comme une interface entre les Nigérians à l’étranger et le gouvernement.
3.2. La diaspora sénégalaise : un acteur politique institutionnalisé
La diaspora sénégalaise, bien que moins nombreuse, joue un rôle politique crucial grâce à son droit de vote effectif à l’étranger et à la représentation directe dans le Parlement national. Ce modèle, qui renforce l’inclusion politique, pourrait inspirer des réformes au Cameroun, notamment sous l’impulsion du MLDC.
3.3. La spécificité camerounaise
En comparaison, la diaspora camerounaise reste sous-représentée dans les structures politiques nationales, malgré sa contribution économique significative. Cette situation découle en partie d’un manque de structuration et de mécanismes institutionnels adaptés.
4. Perspectives pour le MLDC et la diaspora camerounaise
4.1. Renforcer la structuration de la diaspora
Le MLDC pourrait jouer un rôle clé en facilitant la création de réseaux organisés autour d’intérêts communs, tels que le développement économique ou la démocratisation politique. Cela passe par la mise en place d’une plateforme numérique dédiée, qui connecterait les associations diasporiques et offrirait des ressources pour la mobilisation.
4.2. Réformer le cadre législatif pour le vote à l’étranger
Plaider pour une réforme permettant le vote électronique ou par correspondance pourrait considérablement augmenter la participation de la diaspora.
4.3. Sensibiliser sur l’importance de l’engagement politique
Enfin, une campagne de communication ciblée pourrait encourager davantage de Camerounais de l’étranger à s’impliquer dans le processus électoral, tant en tant qu’électeurs qu’en tant que donateurs ou militants.
Conclusion
La diaspora camerounaise dispose d’un potentiel immense pour influencer positivement les élections présidentielles de 2025. En s’appuyant sur ses contributions économiques, son rôle de plaidoyer et ses aspirations politiques, le MLDC peut non seulement maximiser l’impact de cette communauté, mais aussi tracer la voie vers une transformation durable du paysage politique camerounais.

Bibliographie
• Banque mondiale (2023). Migration and Remittances Data.
• Collier, P. (2013). Exodus: How Migration is Changing Our World. Oxford University Press.
• Mohan, G., & Zack-Williams, A. B. (2002). Globalisation from below: Conceptualising the role of the African diaspora in Africa’s development. Review of African Political Economy.
• Ndi, F. A. (2020). Diaspora politics and development in Cameroon. African Affairs.
• Ratha, D., & Plaza, S. (2011). Harnessing Diaspora Resources for Africa. World Bank.
LE MLDC EXIGE LE PAIEMENT DE LA PRIME DE MODERNISATION DE LA RECHERCHE: LETTRE OUVERTE AU PREMIER MINISTRE, CHEF DU GOUVERNEMENT DU CAMEROUN

MOUVEMENT POUR LA LIBÉRATION ET LE DÉVELOPPEMENT DU CAMEROUN (MLDC)
Secrétariat Général
Yaoundé, 10 Décembre, 2024
À l’attention de Son Excellence, Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement
Réf : Exigence de paiement de la « Prime de modernisation de la recherche »
Objet : Plaidoyer pour la valorisation du rôle des enseignants-chercheurs par le paiement de la prime de modernisation de la recherche
Excellence,
Je viens, en ma qualité de Secrétaire Général du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), vous adresser cette lettre pour attirer votre attention sur une question cruciale et urgente : le paiement de la « Prime de modernisation de la recherche » aux enseignants-chercheurs camerounais.
L’importance stratégique des enseignants-chercheurs pour le Cameroun
Les enseignants-chercheurs constituent un pilier fondamental de la construction d’une société prospère et innovante. Ils ne sont pas de simples transmetteurs de savoir, mais également des artisans de la transformation sociale et économique par la recherche. Comme le souligne Paulo Freire dans Pedagogy of the Oppressed (1970), « une éducation émancipatrice repose sur la valorisation de ceux qui produisent et diffusent le savoir ». En négligeant les conditions de travail de ces acteurs, nous compromettons non seulement leur mission éducative, mais également notre ambition de faire du Cameroun un État compétitif sur la scène internationale.
Les travaux des enseignants-chercheurs, à travers la formation des générations futures et la production scientifique, participent directement à la résolution des défis économiques, sanitaires et technologiques. À titre d’exemple, le rôle des universités dans le développement de solutions locales pendant la pandémie de COVID-19 a été déterminant. Cependant, leur dévouement ne peut être durablement soutenu sans une reconnaissance matérielle appropriée.
Origine de la prime et engagements non tenus
La « Prime de modernisation de la recherche » a été instituée par le décret présidentiel n°2009/121 du 8 avril 2009. Cette initiative, saluée à l’époque comme une avancée majeure, visait à encourager l’excellence académique et à stimuler la recherche scientifique, levier clé pour le développement national. Le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, en prenant cette décision, traduisait sa volonté de repositionner le Cameroun comme un acteur clé de la production de savoir en Afrique.
Cependant, depuis sa création, cette prime n’a été payée que sporadiquement, laissant les enseignants-chercheurs dans un état d’incertitude et de frustration croissante. Ce retard de paiement est perçu non seulement comme une trahison de la promesse faite par le chef de l’État, mais également comme un signe d’incohérence dans la mise en œuvre des priorités nationales.
Conséquences des retards de paiement
Le non-paiement de cette prime engendre des conséquences graves :
1. Baisse de la motivation et fuite des cerveaux : De nombreux enseignants-chercheurs, découragés par le manque de reconnaissance financière, préfèrent chercher des opportunités à l’étranger. Ce phénomène, connu sous le nom de « fuite des cerveaux », prive le Cameroun de ses talents les plus brillants.
2. Image internationale détériorée : Un État qui ne respecte pas ses engagements envers son corps académique projette une image de mauvaise gestion et de non-respect de ses priorités. Cela affecte notre capacité à attirer des partenaires internationaux dans le domaine de l’éducation et de la recherche.
3. Affaiblissement de la recherche locale : Sans incitations financières adéquates, les enseignants-chercheurs ont de moins en moins les moyens de financer des travaux de recherche, ce qui limite la production scientifique nationale.
Comme l’explique Michael Apple dans The State and Higher Education (2000), « la dévalorisation du corps académique affaiblit directement la qualité des systèmes éducatifs et, par extension, la capacité d’un État à innover ». Cette vérité s’applique malheureusement à la situation actuelle des enseignants-chercheurs camerounais.
Recommandations
Au nom du MLDC, je vous exhorte à prendre des mesures concrètes et immédiates pour résoudre cette crise. Voici nos recommandations :
1. Règlement immédiat des arriérés : Publier un calendrier clair et précis pour le paiement des primes dues aux enseignants-chercheurs.
2. Création d’un fonds spécial pour la recherche : Mettre en place un fonds indépendant, géré en collaboration avec des représentants du corps académique, pour garantir la régularité des paiements futurs.
3. Dialogue avec les parties prenantes : Organiser des consultations avec les syndicats des enseignants-chercheurs pour identifier les obstacles à la mise en œuvre des primes et y remédier efficacement.
4. Valorisation des enseignants-chercheurs : Accompagner le paiement de la prime par des mesures de revalorisation globale des conditions de travail, notamment en termes de dotation en ressources pour la recherche.
L’enjeu pour le Chef de l’État
Le Président de la République, garant des engagements pris en son nom, ne saurait rester indifférent face à cette situation. Le non-paiement de la prime de modernisation de la recherche compromet l’image de leadership et de crédibilité qu’il s’efforce de projeter. Comme le disait Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. » En soutenant ses enseignants-chercheurs, le Cameroun peut démontrer sa détermination à bâtir un avenir meilleur.
Excellence, nous ne pouvons pas nous permettre de sacrifier l’avenir de notre pays en négligeant ceux qui forment sa jeunesse et produisent le savoir nécessaire à son développement. En agissant rapidement et résolument, vous avez l’opportunité de redresser cette situation et de montrer votre engagement en faveur de l’éducation et de la recherche, qui sont des piliers essentiels pour la transformation de notre nation.
Dans l’espoir d’une réponse rapide et favorable, je vous prie d’agréer, Excellence, l’expression de ma très haute considération.
PR. JIMMY YAB
Secrétaire Général, Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC)
120 000 Inscrits Rétablis : Le MLDC Dénonce Une Fraude d’État et Exige une Réforme Profonde d’ELECAM »
LE MLDC EXIGE LA DÉMISSION DU PRÉSIDENT D’ELECAM
Résumé
L’annonce récente d’ELECAM de réintégrer 120 000 électeurs dans le fichier électoral met en lumière des irrégularités systémiques dans la gestion du processus électoral camerounais. Le MLDC (Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun) dénonce cette décision comme un mécanisme institutionnalisé de fraude et réitère sa demande de démission du président d’ELECAM. S’appuyant sur des exemples internationaux, cet article plaide pour une réforme urgente de l’organe électoral et une supervision internationale afin de restaurer la crédibilité avant les élections présidentielles de 2025.
Mots clés: Élections Camerounaises, ELECAM, Fraude Électorale, MLDC, Audit International, Réforme Électorale
Abstract:
The recent announcement by ELECAM to reintegrate 120,000 voters into the electoral registry highlights systemic irregularities in the management of Cameroon’s electoral process. The MLDC (Movement for the Liberation and Development of Cameroon) condemns this decision as an institutionalized mechanism for fraud and reiterates its call for the resignation of ELECAM’s president. Drawing from global case studies, this article advocates for an urgent overhaul of the electoral body and international oversight to restore credibility ahead of the 2025 presidential elections.
Keywords: Cameroon Elections, ELECAM, Electoral Fraud, MLDC, International Audit, Electoral Reform
Introduction
L’annonce récente par Élections Cameroon (ELECAM) de la réintégration de 120 000 noms sur les listes électorales met en évidence des défaillances structurelles profondes dans la gestion du processus électoral au Cameroun. Cette situation survient à un moment critique, à moins d’un an des élections présidentielles de 2025. Selon le MLDC (Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun), cette réintégration tardive ne peut être interprétée autrement que comme une tentative d’institutionnalisation de la fraude. En conséquence, le MLDC exige la démission immédiate du président d’ELECAM pour incompétence manifeste et appelle à un audit international indépendant du fichier électoral. L’objectif est clair : restaurer la crédibilité du processus électoral camerounais et assurer une élection juste et transparente.
Analyse des faits
La réintégration des 120 000 inscrits, précédemment supprimés pour des raisons liées à des « problèmes d’empreintes digitales », soulève de sérieuses interrogations. Pourquoi ces erreurs n’ont-elles pas été corrigées plus tôt ? Quelle garantie existe-t-il que ces électeurs réintégrés ne sont pas fictifs ou manipulés ? Selon les statistiques publiées par ELECAM, le fichier électoral comprend près de 7 millions d’électeurs inscrits. Une anomalie de 120 000 noms représente environ 1,7 % du total, un chiffre suffisant pour influencer des élections dans un pays où les résultats sont souvent très serrés.
Cette situation rappelle les défaillances électorales observées au Zimbabwe en 2018, où une analyse des listes électorales a révélé la présence de milliers de doublons et d’électeurs fictifs, menaçant ainsi la crédibilité du scrutin. Au Cameroun, l’absence de transparence et le manque de contrôles internes renforcent les soupçons de manipulation. Dans un contexte où les institutions électorales devraient garantir la justice et la transparence, cette annonce d’ELECAM apparaît comme une preuve accablante d’incompétence et de mauvaise gestion.

Position du MLDC
Le MLDC dénonce fermement cette situation comme une fraude d’État institutionnalisée. Le parti estime que maintenir un fichier électoral fiable n’est pas seulement une obligation technique mais un pilier fondamental de la démocratie. La gestion chaotique du fichier électoral par ELECAM, marquée par des erreurs massives et un manque flagrant de transparence, justifie pleinement la démission immédiate du président de cette institution. En outre, le MLDC appelle à la vigilance de la jeunesse camerounaise, qui représente plus de 60 % de l’électorat, pour exiger des réformes structurelles et une gestion électorale transparente.
En comparaison, des pays comme le Ghana ont montré qu’il est possible d’améliorer significativement la crédibilité électorale. En 2020, la Commission électorale du Ghana a adopté un système biométrique avancé et mis à jour ses listes électorales, réduisant ainsi les fraudes à un minimum. Le MLDC préconise une solution similaire pour le Cameroun : moderniser les outils électoraux et adopter une technologie plus robuste pour prévenir les irrégularités.
Comparaisons internationales
L’expérience de pays comme le Kenya offre des leçons précieuses. En 2017, avant les élections générales, un audit indépendant du fichier électoral réalisé par la Fondation Internationale pour les Systèmes Électoraux (IFES) a permis de détecter et de corriger des anomalies majeures. Cette initiative a renforcé la crédibilité des élections et réduit les tensions politiques. De même, en Afrique du Sud, la publication régulière des listes électorales pour examen public constitue une pratique exemplaire de transparence.
Au Cameroun, ces modèles pourraient être adaptés. Le MLDC propose un audit international supervisé par des personnalités reconnues pour leur impartialité et leur expérience, comme l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Ce dernier a souvent joué un rôle décisif dans la résolution des crises électorales en Afrique, apportant une expertise et une neutralité essentielle pour rétablir la confiance.
Recommandations
Pour éviter une crise électorale majeure en 2025, le MLDC propose les actions suivantes :
- Audit international indépendant : Faire appel à des organisations internationales comme l’Union Africaine ou la Fondation Carter pour examiner le fichier électoral. Cet audit pourrait être supervisé par des figures comme Olusegun Obasanjo pour garantir sa crédibilité.
- Publication des listes électorales : Les rendre accessibles au public pour permettre une vérification citoyenne, comme cela se fait en Afrique du Sud.
- Modernisation technologique : Adopter des technologies biométriques plus avancées pour éliminer les doublons et les erreurs d’inscription.
- Formation et responsabilisation des agents électoraux : Introduire des formations approfondies pour garantir que les responsables électoraux soient compétents et impartiaux.
- Sensibilisation citoyenne : Mener des campagnes pour informer les Camerounais sur leurs droits électoraux et les inciter à exiger des élections transparentes.
En prenant ces mesures, le Cameroun pourrait non seulement restaurer la confiance dans son processus électoral mais aussi envoyer un signal fort à la communauté internationale sur son engagement envers la démocratie.
Conclusion
La réintégration de 120 000 inscrits par ELECAM ne peut être vue comme une simple correction technique. C’est un symptôme d’un problème systémique plus profond qui, s’il n’est pas adressé, pourrait compromettre les élections présidentielles de 2025. Le MLDC, en tant que voix de l’opposition et du changement, appelle à une refonte totale du système électoral camerounais, sous la supervision d’experts internationaux. Il est temps pour le Cameroun de suivre l’exemple de pays africains qui ont réussi à moderniser et crédibiliser leurs processus électoraux. L’avenir de la démocratie camerounaise en dépend.
Bibliographie
1. Transparency International. (2023). Perceptions of Electoral Integrity in Africa. Berlin : Transparency International.
2. IFES. (2021). Enhancing Electoral Integrity through Technology. Washington, DC : IFES.
3. Commission électorale du Ghana. (2020). Biometric Voter Registration Lessons. Accra : CEG.
4. Obasanjo, O. (2014). My Watch: A Memoir. Lagos : Prestige Publishers.
5. Electoral Institute for Sustainable Democracy in Africa. (2018). Election Integrity in Zimbabwe: Lessons Learned. Pretoria : EISA.
PAUL BIYA INAUGURE LE PALAIS DES SPORTS; MAIS BOUDE L’ASSEMBLÉE NATIONALE: UN SYMBOLE D’UNE INSTITUTION EN CRISE

Résumé
L’inauguration par Paul Biya du Palais des sports de Yaoundé, construit par les Chinois, contraste fortement avec l’absence d’une cérémonie similaire pour le siège flambant neuf de l’Assemblée nationale, également bâti par la Chine. Ce choix soulève des interrogations sur la perception et la crédibilité de l’institution parlementaire au Cameroun. S’agit-il d’un désaveu du président de l’Assemblée ou d’une crise plus profonde de la représentativité et du fonctionnement de l’institution ? En analysant les symboles et implications politiques de cet acte, cet article explore les tensions qui minent le parlement camerounais et leur portée pour la gouvernance nationale.
Mots Clés:
Abstract
Paul Biya’s inauguration of the Yaoundé Sports Complex, built by the Chinese, starkly contrasts with his omission of a similar ceremony for the brand-new National Assembly building, also constructed by China. This decision raises questions about the perception and credibility of the parliamentary institution in Cameroon. Is this a snub to the Speaker of the Assembly, or a reflection of a deeper crisis in the institution’s representativeness and functioning? By analyzing the symbolic and political implications of this act, this article delves into the tensions undermining Cameroon’s parliament and their impact on national governance.

1. Le Parlement Camerounais : Une Institution Fragilisée
L’Assemblée nationale est censée incarner la souveraineté populaire selon l’article 1 de la Constitution camerounaise. Cependant, cette institution, comme beaucoup d’autres parlements africains, est confrontée à une faiblesse structurelle qui entrave son rôle.
1.1. Absence d’Indépendance
Le parlement camerounais est largement dominé par le parti au pouvoir, le RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), qui détient une majorité écrasante depuis plusieurs décennies. En conséquence, son rôle législatif est souvent réduit à un appui mécanique aux décisions présidentielles. Comme l’écrit Jean-François Bayart dans L’État en Afrique : La politique du ventre (1989) :
« Les institutions parlementaires en Afrique ne sont souvent que des vitrines permettant de légitimer les décisions d’un exécutif omnipotent. »
Un exemple frappant est l’adoption systématique des lois budgétaires sans véritable débat parlementaire. En 2023, par exemple, la loi de finances a été adoptée en moins de deux semaines, une rapidité qui traduit un manque d’examen critique.
1.2. Déficit de Légitimité
Les taux de participation aux élections législatives sont en constante baisse. Lors des élections de 2020, la participation nationale n’a été que de 43 %, et certaines régions, notamment anglophones, ont enregistré des taux inférieurs à 15 %, en raison de la crise sociopolitique qui secoue ces zones. Ce faible taux de participation témoigne d’une désaffection croissante envers une institution perçue comme éloignée des préoccupations citoyennes.
Un parallèle peut être établi avec d’autres parlements africains : en Côte d’Ivoire, le parlement de Laurent Gbagbo, avant la crise de 2010, faisait face à des accusations similaires d’être une chambre d’enregistrement. La crise politique qui en a découlé a montré à quel point le manque de légitimité d’une institution peut miner la stabilité nationale.
2. Un Désaveu Personnel ou Institutionnel ?
L’absence d’inauguration du siège de l’Assemblée nationale par Paul Biya peut être interprétée sous deux angles complémentaires :
2.1. Un Désaveu du Président de l’Assemblée
Cavaye Yéguié Djibril, qui préside l’Assemblée nationale depuis 1992, est devenu un symbole de la stagnation institutionnelle. Sa longévité à ce poste illustre une politisation excessive et un manque de renouvellement des élites parlementaires. Dans un contexte où la société civile demande davantage de transparence et de diversité politique, Cavaye est régulièrement critiqué pour son alignement inconditionnel avec l’exécutif.
Comme l’écrit Achille Mbembe dans On the Postcolony (2001) :
« Les élites politiques africaines maintiennent leur position non pas en modernisant les institutions, mais en consolidant des structures de domination qui aliènent les citoyens. »
L’absence d’inauguration pourrait donc traduire une volonté de Paul Biya de marquer une distance avec Cavaye, même si cela n’implique pas nécessairement une rupture.
2.2. Une Crise Institutionnelle Profonde
Au-delà des individus, le parlement camerounais souffre d’une crise structurelle. En ne lui accordant pas l’importance symbolique qu’il réserve à des infrastructures comme le Palais des sports, Paul Biya semble refléter un consensus tacite sur l’inutilité relative de l’Assemblée dans le processus décisionnel.
Des précédents historiques appuient cette lecture. En République démocratique du Congo sous Mobutu, l’Assemblée nationale était surnommée « la caisse de résonance », en référence à son rôle passif. Cette absence de pouvoir réel a contribué à l’effondrement institutionnel du régime dans les années 1990.
3. Le Symbolisme de l’Acte et Ses Implications
L’absence d’inauguration est un acte chargé de symboles. En analysant les messages implicites qu’il véhicule, plusieurs implications se dégagent.
3.1. La Primauté de l’Exécutif
Dans un régime hyperprésidentialisé comme celui du Cameroun, le président concentre l’essentiel des pouvoirs. En célébrant le Palais des sports et en ignorant l’Assemblée nationale, Paul Biya renforce l’idée que les infrastructures tangibles et les projets exécutifs priment sur les espaces de débat démocratique.
Ce phénomène n’est pas unique au Cameroun. En Éthiopie, sous Haile Selassie, les institutions parlementaires étaient maintenues pour des raisons symboliques, mais elles n’avaient aucun impact réel sur les politiques publiques.
3.2. Une Vision Orientée vers l’Apparence
Le Palais des sports représente un outil de diplomatie publique : il accueille des compétitions internationales, attire des visiteurs et projette une image de modernité. En revanche, le siège de l’Assemblée nationale, bien qu’important, ne génère pas la même visibilité.
Comme le souligne Larry Diamond dans Developing Democracy: Toward Consolidation (1999) :
« Les régimes autoritaires tendent à privilégier les réalisations spectaculaires qui masquent leur déficit démocratique. »
En inaugurant le Palais des sports, Paul Biya mise sur des infrastructures qui valorisent son image, plutôt que sur celles qui renforcent les institutions démocratiques.
Conclusion : Une Institution à Réinventer
L’omission de l’inauguration du siège de l’Assemblée nationale par Paul Biya illustre une crise institutionnelle plus large au Cameroun. Si le Palais des sports brille par son éclat, l’Assemblée nationale incarne une stagnation politique et un déficit démocratique.
Ce geste met en lumière un problème récurrent en Afrique : la mise à l’écart des institutions démocratiques au profit d’un exécutif omniprésent. Pour restaurer la confiance dans le parlement camerounais, des réformes profondes sont nécessaires : renouvellement des élites, indépendance accrue et mécanismes de reddition des comptes. En l’absence de telles initiatives, le parlement risque de rester une institution marginalisée, incapable de jouer son rôle dans la construction démocratique.
Bibliographie
1. Bayart, Jean-François. L’État en Afrique : La politique du ventre. Fayard, 1989.
2. Diamond, Larry. Developing Democracy: Toward Consolidation. Johns Hopkins University Press, 1999.
3. Mbembe, Achille. On the Postcolony. University of California Press, 2001.
4. Van de Walle, Nicolas. African Economies and the Politics of Permanent Crisis, 1979-1999. Cambridge University Press, 2001.
5. Nnoli, Okwudiba. Politics of Democratization in Africa. CODESRIA, 2003.
6. Tordoff, William. Government and Politics in Africa. Macmillan, 2002.
Une souveraineté développementaliste communautaire partagée : fondement d’un Cameroun fédéral en 4 régions
Résumé
Cet article développe le concept de souveraineté développementaliste communautaire partagée comme fondement juridique et institutionnel pour la fédéralisation du Cameroun en quatre grandes régions : le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral et le Grand Ouest. Ce modèle articule trois principes majeurs : le développementalisme, qui priorise les interventions stratégiques pour stimuler la croissance économique ; le communautarisme, qui valorise la gouvernance participative et locale ; et le partage de la souveraineté entre l’État central et les régions fédérées. L’article analyse les aspects fondamentaux de ce modèle, y compris la gestion de la séparation des pouvoirs, en proposant des mécanismes institutionnels robustes pour garantir son efficacité. S’inspirant de cadres théoriques et d’exemples internationaux, il met en lumière les opportunités et les défis de sa mise en œuvre.
Abstract
This article explores the concept of shared developmentalist community sovereignty as a legal and institutional framework for Cameroon’s federalization into four major regions: Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, and Grand Ouest. This model is structured around three main principles: developmentalism, prioritizing strategic interventions to stimulate economic growth; communalism, emphasizing participatory and localized governance; and the sharing of sovereignty between the central state and federated regions. The article examines the core aspects of this model, including the management of power separation, proposing robust institutional mechanisms to ensure its effectiveness. Drawing on theoretical frameworks and international examples, it highlights the opportunities and challenges of its implementation
Mots clés : Fédéralisme, souveraineté partagée, développementalisme, gouvernance communautaire, Cameroun, décentralisation, séparation des pouvoirs.
Keywords: Federalism, shared sovereignty, developmentalism, community governance, Cameroon, decentralization, power separation.

Introduction
Un développementalisme partagé
Le Cameroun, marqué par une diversité ethnique, linguistique et géographique, fait face à des défis institutionnels et socio-économiques qui nécessitent une réforme profonde de son mode de gouvernance. Les tensions régionales, exacerbées par la crise anglophone et les disparités économiques, mettent en lumière les limites d’un système centralisé dans la gestion des besoins variés du pays. Dans ce contexte, la fédéralisation en quatre grandes régions, Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral et Grand Ouest, se présente comme une solution potentielle pour renforcer la gouvernance, favoriser un développement inclusif et promouvoir l’unité nationale.
La souveraineté développementaliste communautaire partagée, concept central de cette proposition, combine autonomie régionale, participation communautaire et coopération nationale. Ce modèle vise à transformer la gouvernance en s’appuyant sur les capacités locales tout en assurant une coordination nationale efficace. Cet article explore les fondements, les mécanismes et les implications pratiques de ce modèle en analysant cinq aspects essentiels : la définition de la souveraineté, le rôle du développementalisme, le communautarisme comme levier participatif, le partage des compétences entre l’État central et les régions, et la gestion de la séparation des pouvoirs dans un État fédéral.
1. Définition et fondements de la souveraineté développementaliste communautaire partagée
La souveraineté développementaliste communautaire partagée se distingue par son caractère hybride, qui combine autonomie régionale et coopération nationale pour garantir une gouvernance inclusive. Inspirée des théories de l’État développementaliste, cette souveraineté reconnaît que les régions fédérées et l’État central doivent collaborer pour atteindre des objectifs communs de développement. Contrairement à un fédéralisme classique, où les régions peuvent fonctionner de manière relativement indépendante, ce modèle privilégie une interaction constante entre les différents niveaux de pouvoir (Evans, 1995).
Dans ce système, chaque région dispose de pouvoirs souverains dans des domaines spécifiques tels que la gestion des ressources naturelles, l’éducation et le développement économique local. Par exemple, le Grand Nord pourrait se concentrer sur des initiatives d’agriculture durable et d’irrigation pour répondre aux défis climatiques, tandis que l’État central travaillerait à fournir les infrastructures nécessaires pour soutenir ces initiatives. Ce partage des responsabilités permet de maximiser les capacités locales tout en maintenant une cohésion nationale.
La souveraineté partagée offre également des mécanismes institutionnels pour résoudre les conflits entre l’État central et les régions. Des conseils intergouvernementaux et une Cour constitutionnelle fédérale seraient chargés d’arbitrer ces différends, garantissant ainsi une gouvernance fluide et efficace.
2. Le développementalisme comme moteur de la souveraineté
Le développementalisme constitue un pilier central de ce modèle en plaçant la transformation économique et sociale au cœur de la souveraineté. Ce concept repose sur l’idée que l’État, à tous les niveaux, doit jouer un rôle actif dans la planification et la mise en œuvre des politiques de développement (Rodrik, 2007).
Dans un Cameroun fédéral, chaque région serait habilitée à développer des stratégies économiques adaptées à ses atouts et défis. Par exemple, le Grand Littoral, avec ses ports de Douala et Kribi, pourrait devenir un hub logistique et commercial en Afrique centrale. L’État central interviendrait pour attirer les investissements internationaux nécessaires à la modernisation des infrastructures portuaires, tandis que les autorités régionales géreraient les zones économiques spéciales autour des ports.
Le développementalisme s’appuie également sur des partenariats public-privé pour stimuler les investissements dans des secteurs clés. Par exemple, le Grand Sud pourrait développer l’agroforesterie durable pour exploiter ses vastes ressources naturelles tout en protégeant l’environnement. Ces initiatives nécessitent cependant une capacité institutionnelle renforcée au niveau régional, avec des fonctionnaires formés et des systèmes de gouvernance transparents.
3. Communautarisme : Intégrer les citoyens dans la gouvernance
Le communautarisme dans ce modèle de souveraineté partagée vise à garantir que les citoyens et les institutions locales participent activement à la prise de décision. Contrairement à une approche descendante de la gouvernance, cette dimension met en avant la participation directe des communautés locales dans la gestion des affaires publiques (Rodríguez-Pose, 2013).
Chaque région pourrait instituer des forums communautaires ou des conseils de village pour permettre aux citoyens d’exprimer leurs besoins et leurs priorités. Par exemple, dans le Grand Ouest, ces structures consultatives pourraient identifier les obstacles rencontrés par les petites entreprises locales et proposer des solutions adaptées. Cette approche renforce la légitimité des institutions régionales et favorise un développement inclusif.
En outre, le communautarisme peut jouer un rôle clé dans la gestion des conflits sociaux. Dans un Cameroun fédéral, les forums communautaires pourraient servir de plateformes pour apaiser les tensions, notamment dans les régions anglophones, où les sentiments de marginalisation sont particulièrement élevés.
4. Le partage de la souveraineté entre l’État central et les régions fédérées
Le partage de la souveraineté dans un modèle de fédéralisme développementaliste communautaire partagée repose sur une division claire et fonctionnelle des compétences entre l’État central et les régions fédérées. Contrairement à une centralisation excessive qui limite l’efficacité locale, ou à un fédéralisme purement autonomiste qui risque de fragmenter l’État, ce modèle établit des responsabilités distinctes mais complémentaires entre les deux niveaux de pouvoir. L’objectif est d’atteindre un équilibre entre autonomie régionale et unité nationale, garantissant une gestion efficace des ressources et des politiques publiques (Hueglin & Fenna, 2006).
Les compétences exclusives de l’État central incluent les domaines stratégiques qui nécessitent une coordination nationale, tels que la défense, la politique étrangère, la régulation monétaire et la justice constitutionnelle. Par exemple, l’État central serait responsable de la négociation des accords internationaux sur le commerce ou l’environnement, ce qui inclut la participation à des initiatives régionales comme la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cette centralisation garantit que les intérêts nationaux sont représentés à l’échelle internationale et que les politiques économiques sont harmonisées pour soutenir la croissance collective.
Les compétences exclusives des régions fédérées couvrent des domaines comme la gestion des ressources naturelles, l’éducation, la santé, l’agriculture et le développement économique local. Par exemple, dans le Grand Sud, qui dispose de vastes ressources forestières et minières, la souveraineté régionale permettrait aux autorités locales de gérer ces richesses, de négocier avec les entreprises exploitantes et de veiller à une redistribution équitable des revenus au sein de la région. Cependant, pour éviter des inégalités extrêmes entre les régions riches en ressources naturelles et celles qui en manquent, un mécanisme de redistribution, tel qu’un Fonds de solidarité nationale, sera mis en place pour garantir une équité interrégionale.
Les compétences partagées concernent des enjeux nécessitant une coopération étroite entre les niveaux de pouvoir, comme la gestion des infrastructures, la protection de l’environnement et le commerce interrégional. Par exemple, le développement des infrastructures routières reliant le Grand Nord et le Grand Littoral exigerait une collaboration entre l’État central et les gouvernements régionaux pour financer et superviser le projet. Un Conseil national de coordination, composé de représentants des régions et de l’État central, pourrait être créé pour gérer ces projets communs.
Enfin, pour garantir le bon fonctionnement de cette répartition des compétences, des mécanismes institutionnels robustes seront mis en place. La Cour constitutionnelle fédérale jouera un rôle clé en arbitrant les litiges entre les régions et l’État central, tandis que les conseils intergouvernementaux favoriseront le dialogue et la coordination. Ce partage de la souveraineté favorise ainsi une gouvernance efficace et une gestion optimale des ressources, tout en réduisant les tensions politiques liées aux revendications d’autonomie.
5. La gestion de la séparation des pouvoirs dans un État fédéral
La séparation des pouvoirs dans un État fédéral basé sur la souveraineté développementaliste communautaire partagée implique une organisation bicéphale avec des structures distinctes mais interconnectées au niveau central et au niveau régional. Cette architecture institutionnelle garantit que chaque niveau de gouvernement peut exercer ses fonctions de manière autonome tout en collaborant efficacement sur des enjeux communs (Rodríguez-Pose, 2013).
Au niveau central, la séparation des pouvoirs s’organise autour de trois branches principales :
- L’exécutif, dirigé par le Président fédéral, est responsable des politiques nationales et de la coordination intergouvernementale. Le gouvernement central se concentre sur des domaines transversaux, comme la sécurité nationale, les relations internationales et la planification économique globale.
- Le législatif, composé d’un Parlement bicaméral, comprend une Assemblée nationale représentant l’ensemble de la population et un Sénat représentant les intérêts des régions fédérées. Ce Sénat joue un rôle clé en veillant à ce que les politiques nationales respectent les spécificités régionales.
- Le judiciaire, incarné par la Cour suprême et la Cour constitutionnelle fédérale, garantit la légalité des actions des gouvernements central et régionaux, tout en arbitrant les conflits de compétence.
Au niveau régional, chaque région dispose d’un gouvernement élu, d’un parlement régional et d’un système judiciaire local pour traiter les affaires internes. Par exemple, le Grand Ouest, caractérisé par son dynamisme entrepreneurial, pourrait légiférer sur des politiques fiscales incitatives pour soutenir les petites et moyennes entreprises locales. Cette autonomie permet aux régions de concevoir des solutions adaptées à leurs besoins spécifiques tout en respectant le cadre constitutionnel fédéral.
Les relations entre les niveaux de pouvoir sont régies par des mécanismes institutionnels conçus pour favoriser la coopération et la transparence. Des comités intergouvernementaux peuvent être établis pour coordonner les politiques partagées, comme la gestion des infrastructures ou les réponses aux crises environnementales. Par exemple, dans le cas d’une catastrophe naturelle affectant plusieurs régions, ces comités faciliteraient une réponse collective et coordonnée.
Un autre aspect clé de cette séparation des pouvoirs est la mise en place de contre-pouvoirs pour prévenir les abus. Par exemple, le Parlement régional pourrait superviser les actions de l’exécutif local, tandis que les citoyens auraient le droit de contester les décisions injustes devant les tribunaux régionaux. Ces garanties renforcent la transparence et la responsabilité des institutions à tous les niveaux.
Enfin, ce modèle de séparation des pouvoirs favorise une gouvernance équilibrée en permettant à chaque niveau de gouvernement d’exercer pleinement ses responsabilités sans interférence excessive. Il contribue également à renforcer la confiance des citoyens dans le système fédéral, en leur offrant des institutions accessibles et adaptées à leurs besoins. Ce cadre institutionnel est essentiel pour assurer la stabilité et la durabilité d’un Cameroun fédéré en quatre régions.
Conclusion
La souveraineté développementaliste communautaire partagée offre un cadre juridique et institutionnel novateur pour la fédéralisation du Cameroun. En articulant autonomie régionale, coopération nationale et participation citoyenne, ce modèle garantit une gouvernance inclusive et orientée vers le développement. Le partage des compétences et la séparation des pouvoirs, bien définis et soutenus par des institutions robustes, permettent d’éviter les conflits tout en maximisant l’efficacité des politiques publiques. Cependant, la réussite de ce projet repose sur la capacité des acteurs politiques à s’engager pleinement dans cette transition et sur la mise en place de mécanismes adaptés pour gérer les relations intergouvernementales. En combinant ces éléments, le Cameroun peut poser les bases d’un État fédéral prospère, équitable et uni.
Bibliographie
- Amsden, A. H. (2001). The Rise of « The Rest »: Challenges to the West from Late-Industrializing Economies. Oxford University Press.
- Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press.
- Hueglin, T. O., & Fenna, A. (2006). Comparative Federalism: A Systematic Inquiry. University of Toronto Press.
- Rodríguez-Pose, A. (2013). « Do Institutions Matter for Regional Development? » Regional Studies.
- Rodrik, D. (2007). One Economics, Many Recipes: Globalization, Institutions, and Economic Growth. Princeton University Press.
Encore un autre prêt qui hypothèque l’avenir de la jeunesse : Le régime Biya et la banalité des détournements des fonds publics. Le MLDC recommande…

Résumé: Sous la direction du président Paul Biya, la dette publique du Cameroun a grimpé à 6 600 milliards de FCFA (environ 11 milliards de dollars) en 2024. Malgré des emprunts massifs pour des projets d’infrastructures, les bénéfices sont négligeables, de nombreux projets étant inachevés ou sous-performants. Cet article met en évidence l’ampleur de la mauvaise gestion de la dette, le détournement généralisé des fonds publics et l’échec systémique à dissuader la corruption malgré l’emprisonnement de plusieurs hauts fonctionnaires. Il soutient que le détournement des fonds publics est un crime social aux conséquences dévastatrices, privant des millions de personnes de services essentiels tels que la santé et l’éducation.
L’article attire également l’attention sur les rapports de la CONAC et de la Cour des comptes du Cameroun, qui révèlent que 30 % des fonds publics sont détournés chaque année. Malgré ces révélations, la corruption reste profondément ancrée, compromettant le développement du Cameroun. Le MLDC recommande la transparence, des sanctions plus strictes et la participation citoyenne pour lutter contre cette crise et protéger les générations futures du fardeau d’une dette insoutenable.
Mots clés : Cameroun, corruption, dette publique, détournement, gouvernance, développement, CONAC, Cour des Comptes du Cameroun, EU, Chine.
Summary: Under President Paul Biya’s leadership, Cameroon’s public debt has surged to 6,600 billion FCFA (approximately $11 billion) in 2024. Despite borrowing extensively for infrastructure projects, the benefits are negligible, with numerous projects either incomplete or underperforming. This article highlights the scale of debt mismanagement, widespread embezzlement of public funds, and the systemic failure to deter corruption despite the imprisonment of several high-ranking officials. It argues that public fund embezzlement is a social crime with devastating consequences, depriving millions of essential services such as healthcare and education.
The article also draws attention to reports from the CONAC and Cameroon’s Court of Accounts, which reveal that 30% of public funds are diverted annually. Despite these revelations, corruption remains deeply entrenched, undermining Cameroon’s development. The MLDC recommends transparency, stricter penalties, and citizen participation to combat this crisis and protect future generations from the burden of unsustainable debt.
Introduction : Une dette qui n’apporte pas le développement attendu
L’Union européenne a encore engagé 91 millions d’euros (96 millions de dollars) sur trois ans pour améliorer les infrastructures au Cameroun et attirer les investissements étrangers. Le prêt, annoncé à Yaoundé, financera des projets dans les domaines de l’énergie, des routes et des chemins de fer, notamment un réseau reliant le Cameroun au Tchad et un pont sur le fleuve Ntem vers la Guinée équatoriale. Les infrastructures du Cameroun se sont considérablement dégradées, aggravées par un conflit séparatiste dans les régions anglophones qui a fait plus de 6 000 morts et 760 000 déplacés.
En 2024, le Cameroun affiche une dette publique de 6 600 milliards de FCFA (environ 11 milliards de dollars), selon les données officielles du ministère des Finances. Une partie importante de cette dette est due à des emprunts contractés auprès de partenaires bilatéraux comme la Chine ou l’Union européenne, ainsi qu’à des institutions multilatérales comme le FMI et la Banque mondiale. Ces fonds sont destinés à financer des projets d’infrastructure tels que le port en eau profonde de Kribi, le barrage de Memvé’élé ou encore des routes et ponts reliant le Cameroun à ses voisins régionaux comme le Tchad et la Guinée équatoriale.
Cependant, malgré ces emprunts massifs, les infrastructures restent dans un état critique. Par exemple, le projet du port de Kribi, financé par un prêt chinois de plusieurs centaines de milliards de FCFA, a vu ses retombées économiques limitées, tandis que des projets comme le barrage de Memvé’élé n’ont pas permis de résoudre les problèmes chroniques d’électricité dans le pays. Le paradoxe est frappant : le Cameroun est endetté au-delà de ses capacités, mais les populations continuent de manquer d’accès à des services de base comme l’eau, l’électricité, et les soins de santé. Ce constat soulève la question de l’efficacité de la gestion des emprunts publics, mais surtout des détournements qui gangrènent le pays.

L’état de l’endettement au Cameroun : Une charge insoutenable pour la future génération
La dette publique camerounaise a été multipliée par trois au cours des deux dernières décennies, passant de 2 100 milliards de FCFA en 2000 à 6 600 milliards de FCFA en 2024. Cette augmentation s’explique par une dépendance accrue aux financements extérieurs pour des projets d’infrastructure ambitieux, mais souvent mal planifiés ou mal exécutés. Environ 50 % de cette dette est due à la Chine, qui est le principal créancier du pays.
Selon les statistiques du FMI, le service de la dette (remboursements d’intérêts et du principal) absorbe près de 30 % des recettes publiques annuelles, limitant considérablement la capacité de l’État à financer d’autres secteurs essentiels tels que l’éducation ou la santé. En outre, chaque Camerounais, du nouveau-né à l’adulte, porterait une charge individuelle de 235 714 FCFA (environ 356 dollars US) pour rembourser cette dette. Ce fardeau est encore plus insoutenable dans un pays où près de 37,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
Cette situation met en lumière l’échec des politiques de gouvernance financière. La plupart des projets financés par la dette étrangère restent inachevés ou ne produisent pas les résultats escomptés. À titre d’exemple, le barrage de Memvé’élé, financé par un prêt chinois de 243 milliards de FCFA, devait produire 211 MW d’électricité. Pourtant, des problèmes techniques persistants limitent considérablement sa capacité, exacerbant les délestages dans le pays.
La banalité des détournements de fonds publics : Un fléau enraciné
Selon le rapport 2023 de la CONAC, environ 30 % des fonds publics destinés à des projets de développement sont détournés chaque année. Cela représente une perte annuelle de plus de 600 milliards de FCFA, soit l’équivalent du budget national de plusieurs secteurs sociaux combinés. Les détournements concernent des projets phares tels que la CAN 2019, où des centaines de milliards ont été détournés par des responsables gouvernementaux.
Malgré les condamnations de plusieurs hauts dignitaires dans le cadre de l’opération Épervier, la corruption reste omniprésente. Plus de 50 responsables, dont des ministres et directeurs généraux, ont été emprisonnés pour des détournements. Cependant, ces sanctions n’ont pas réussi à dissuader les abus.
La persistance des détournements montre que les mécanismes de sanction actuels sont insuffisants. Un audit de la Cour des comptes en 2023 a révélé que les responsables continuent d’utiliser des stratagèmes complexes, tels que la surfacturation et les paiements fictifs, pour s’approprier les ressources publiques.

Les détournements de fonds : Un crime contre l’humanité sociale
Dans certains pays comme la Chine et l’Arabie Saoudite, les détournements de fonds à grande échelle sont considérés comme un crime capital, car ils privent des millions de citoyens d’accès aux services essentiels. Cette approche, bien que sévère, repose sur l’idée que la corruption à grande échelle équivaut à un génocide social. Les fonds détournés auraient pu servir à construire des écoles, des hôpitaux ou des routes, améliorant ainsi les conditions de vie de millions de personnes.
Au Cameroun, les conséquences des détournements sont désastreuses :
• Santé : Plus de 60 % des Camerounais n’ont pas accès à des soins de santé de qualité, en grande partie à cause de la mauvaise gestion des fonds publics.
• Éducation : Le taux de scolarisation reste faible, et les écoles manquent cruellement d’équipements et de personnel qualifié.
• Emploi : Le chômage, particulièrement chez les jeunes, dépasse 30 %, aggravant la pauvreté et l’instabilité sociale.
Ces chiffres montrent que les détournements ne sont pas de simples crimes financiers, mais des actes qui compromettent l’avenir d’une nation entière.
Recommandations du MLDC : Une gouvernance responsable pour l’avenir
Face à cette situation alarmante, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose des réformes urgentes pour enrayer la corruption et garantir une utilisation responsable des fonds publics :
1. Transparence totale : Publier les rapports d’audit des projets financés par la dette et garantir l’accès du public aux informations financières.
2. Renforcement des sanctions : Appliquer des peines sévères aux responsables de détournements, y compris des confiscations de biens mal acquis.
3. Création d’un fonds souverain : Réinvestir les économies réalisées dans des secteurs prioritaires comme l’éducation, la santé, et l’emploi des jeunes.
4. Participation citoyenne : Encourager la société civile à surveiller la gestion des fonds publics.
Conclusion
Le régime de Paul Biya a transformé les détournements de fonds publics en une pratique systémique, menaçant le développement et hypothéquant l’avenir des générations futures. Les prêts massifs, qui devraient servir à améliorer les infrastructures et les services sociaux, sont dilapidés dans des projets inefficaces et entachés de corruption. Il est temps d’instaurer une gouvernance responsable pour garantir que les ressources nationales servent réellement à bâtir un Cameroun prospère.
Références bibliographiques
1. CONAC. (2023). Rapport annuel sur la corruption au Cameroun.
2. Cour des comptes. (2023). Audit des finances publiques.
3. Banque mondiale. (2023). Analyse de la dette publique au Cameroun.
4. Transparency International. (2023). Indice de perception de la corruption.
Le Cameroun Fédéré en 4 Grandes Régions: Analyse des séquences législatives proposées dans » Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun » et proposition d’une chronologie réaliste

Résumé
Cet article jette les jalons d’une analyse des réformes législatives et constitutionnelles nécessaires pour établir une fédération fonctionnelle au Cameroun, en s’inspirant du modèle proposé par Jimmy Yab et Vincent Nkong-Njock dans leur ouvrage Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Le diagramme chronologique fourni, renforce la faisabilité de cette transition en quatre grandes régions fédérées. L’objectif est d’évaluer les étapes critiques, d’identifier les défis institutionnels et politiques, et de suggérer une méthodologie réaliste pour transformer cette vision ambitieuse en un projet applicable à court et à moyen terme.
Mots-clés
Fédéralisme, réformes constitutionnelles, Cameroun, chronologie, faisabilité, gouvernance, développement local, diagramme de séquences législatives, diagramme de chronologie, EDC, État Développementaliste Communautaire, Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, et Grand Ouest.
Introduction
La vision de fédéralisation du Cameroun en quatre grandes régions fédérées à savoir: Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, et Grand Ouest, développée par Jimmy Yab et Vincent Nkong-Njock, vise à résoudre des problématiques structurelles liées à la gouvernance centralisée, aux inégalités régionales et aux tensions intercommunautaires. Si leur proposition théorique présente des arguments convaincants en faveur d’une gestion décentralisée et communautaire, sa mise en œuvre nécessite un cadre institutionnel solide et une planification minutieuse. Cet article jette les jalons d’une analyse des réformes législatives détaillées dans leur projet, les contextualise par rapport aux réalités sociopolitiques du Cameroun, et présente une chronologie pour rendre cette transition réalisable à moyen et à court terme.

Réformes législatives et constitutionnelles proposées
Jimmy Yab et Vincent Nkong-Njock identifient plusieurs réformes fondamentales pour assurer le passage du Cameroun à un système fédéral. Ces réformes se déclinent en trois axes principaux :

1. Révision de la Constitution
La Constitution actuelle du Cameroun centralise les pouvoirs exécutifs, législatifs et financiers à Yaoundé. Une révision constitutionnelle est nécessaire pour :
- Redéfinir les compétences des régions et de l’État central.
- Établir une autonomie budgétaire et législative des régions fédérées.
- Inscrire les droits des citoyens à une gouvernance locale participative dans la loi fondamentale.
2. Adoption de lois organiques
Pour opérer cette transition, des lois organiques spécifiques doivent être adoptées pour :
- Réglementer les relations entre l’État central et les gouvernements régionaux.
- Définir les mécanismes de partage des ressources naturelles et fiscales entre les régions.
- Créer des institutions de suivi, telles que des conseils interrégionaux, pour garantir une coordination entre les entités fédérées.
3. Renforcement de la justice constitutionnelle
La mise en place d’un modèle fédéral nécessite une Cour constitutionnelle autonome capable d’arbitrer les conflits entre les régions et l’État central. Cela passe par la révision des mandats et du fonctionnement des institutions judiciaires actuelles pour garantir leur indépendance et leur impartialité.
Analyse de la chronologie et des séquences

1. Chronologie des réformes : Une transition en étapes (2026-2030)
Le diagramme de chronologie met en évidence une transition progressive vers une réorganisation fédérale à partir de 2026. Cette période est divisée en trois phases principales :
- Phase 1 : Sensibilisation et diagnostic (2026)
Cette phase consiste à mobiliser les parties prenantes nationales et locales pour identifier les faiblesses du système centralisé actuel. Les débats publics et consultations populaires sont essentiels pour garantir l’adhésion des citoyens et des institutions à la réforme (Rodríguez-Pose, 2013). - Phase 2 : Réformes législatives et constitutionnelles (2027-2028)
Cette phase implique la révision de la Constitution pour intégrer les structures fédérales et redéfinir les compétences des régions et du gouvernement central. Des lois spécifiques devront être adoptées pour garantir l’autonomie budgétaire et administrative des régions, tout en maintenant une cohésion nationale (Oyedele, 2016). - Phase 3 : Mise en œuvre et ajustement (2029-2030)
La dernière phase inclut l’installation des gouvernements régionaux et l’ajustement des politiques publiques en fonction des spécificités locales. Des mécanismes de suivi seront essentiels pour évaluer l’impact de la réforme sur le développement régional.
Défis et opportunités
Défis majeurs :
- Opposition politique : Les partis favorables à un système centralisé pourraient s’opposer aux réformes, nécessitant un dialogue inclusif.
- Capacités institutionnelles : La mise en œuvre effective dépendra de la capacité des institutions locales à assumer de nouvelles responsabilités.
- Risques de fragmentation : Une autonomie accrue pourrait exacerber les revendications indépendantistes dans certaines régions.
Opportunités :
- Renforcement de la gouvernance locale : Le fédéralisme peut améliorer la participation citoyenne et la responsabilisation des autorités locales.
- Développement économique équilibré : Une gestion régionale des ressources naturelles favorisera une répartition équitable des richesses (Ndoye & Kaimowitz, 2000).
- Cohésion sociale : En répondant aux besoins spécifiques de chaque région, la réforme pourrait réduire les tensions intercommunautaires.
Conclusion
La réorganisation fédérale du Cameroun, telle qu’envisagée par Jimmy Yab et Vincent Nkong-Njock, représente une opportunité majeure de transformation institutionnelle. Le succès de ce projet repose sur une mise en œuvre méthodique des réformes législatives et constitutionnelles, comme illustré dans les diagrammes de chronologie et de séquence. En adoptant un modèle fédéral adapté, le Cameroun pourrait devenir un exemple de gouvernance inclusive et de développement communautaire en Afrique. Toutefois, pour atteindre cet objectif, une mobilisation collective des citoyens et des institutions est indispensable.
Références
- Konings, P., & Nyamnjoh, F. B. (2003). Negotiating an Anglophone Identity: A Study of the Politics of Recognition and Representation in Cameroon. Brill.
- Ndoye, O., & Kaimowitz, D. (2000). « Macroeconomics, Markets, and the Sustainability of Management in the Congo Basin. » CIFOR Papers.
- Oyedele, D. (2016). « Federalism and the Challenges of Development in Africa. » Journal of African Studies.
- Rodríguez-Pose, A. (2013). « Do Institutions Matter for Regional Development? » Regional Studies.
Le Grand Sud , le Grand Nord, le Grand Littoral, le Grand Ouest: les 4 Grandes Régions Fédérées du Cameroun de L’Etat Développementaliste Communautaire(Edc) de Jimmy Yab & Vincent Nkong – Njock

Résumé
Cet article explore la proposition de réorganisation territoriale du Cameroun en quatre grandes régions fédérées, telle que présentée par Jimmy Yab et Vincent Nkong Njock dans leur ouvrage Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Le modèle proposé vise à renforcer la gouvernance locale, gérer la diversité ethnique et promouvoir un développement économique équilibré. Chaque région fédérée est étudiée sous l’angle de ses caractéristiques démographiques, économiques, défis majeurs et avantages attendus du fédéralisme. Cette réorganisation ambitionne de répondre aux défis structurels et sociaux tout en favorisant une répartition équitable des ressources et un développement inclusif.
Mots-clés : Cameroun, fédéralisme, État Développementaliste Communautaire (EDC),diversité ethnique, gouvernance locale, développement durable, Grand Sud, Grand Nord, Grand Littoral, Grand Ouest.
NB : Les ethnies mentionnées dans cet article sont données à titre indicatif et ne constituent pas une liste exhaustive pour chacune des grandes régions.
Introduction
La gestion de la diversité ethnique et des défis sociopolitiques au Cameroun reste un enjeu crucial pour garantir la stabilité et le développement. Face aux tensions croissantes et aux disparités économiques, Jimmy Yab et Vincent Nkong Njock proposent une réorganisation territoriale dans leur livre Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Cet article explore cette proposition, qui suggère de regrouper les dix régions actuelles en quatre grandes régions fédérées : le Grand Sud, le Grand Nord, le Grand Littoral et le Grand Ouest.
Contexte et cadre théorique
Le modèle de l’État développementaliste communautaire s’appuie sur les théories de gouvernance participative et de développement régional (Rodríguez-Pose, 2013). Il combine une décentralisation politique avec une gestion intégrée des ressources pour promouvoir l’équité et l’efficacité. Ce cadre théorique s’inspire également des expériences réussies de fédéralisme en Afrique (Oyedele, 2016), de l’Etat developpementaliste de l’Asie de l’Est (Yab, 2020) et du régime communitarisme de l’Afrique Subsaharienne.

Organisation des Quatre Grandes Régions Fédérées
Grand Sud : Diversité et richesses naturelles
Caractéristiques démographiques
Le Grand Sud regroupe les régions du Centre, du Sud et de l’Est, caractérisées par une population majoritairement bantoue. Les principales ethnies incluent les Beti, Bassas, Ewondo, Fangs, Maka, et les Gbaya, etc.. ainsi que les Pygmées, souvent marginalisés. Ces groupes vivent dans une mosaïque culturelle complexe qui reflète la diversité du Cameroun, surnommé « l’Afrique en miniature ». La région abrite également la capitale, Yaoundé, un centre urbain en pleine expansion. Ce territoire, bien que riche en diversité culturelle, est marqué par une dynamique migratoire importante, en raison des opportunités économiques à Yaoundé et des activités agro-industrielles dans les zones rurales. Cette population diversifiée constitue une richesse, mais aussi un défi pour une gouvernance inclusive.
Atouts économiques
Le Grand Sud est une région dotée d’immenses ressources naturelles, notamment des forêts tropicales, des réserves minières de bauxite et de cobalt, et des hydrocarbures en exploitation offshore. La région est également l’un des principaux producteurs de cultures de rente comme le cacao, le café et la banane, qui contribuent significativement au PIB national. En outre, les ressources forestières génèrent des revenus importants grâce à l’exportation de bois, bien que leur exploitation soit parfois entachée par des pratiques illégales. Avec son climat favorable à l’agriculture, cette région possède un potentiel énorme pour la diversification économique, notamment à travers l’agroforesterie et l’écotourisme, encore sous-développés.
Défis
Cependant, la région est confrontée à des défis majeurs. La déforestation rapide menace les écosystèmes et les moyens de subsistance des populations locales, notamment les Pygmées, qui dépendent des forêts. L’exploitation minière et forestière, souvent peu réglementée, conduit à des conflits fonciers et à des dégradations environnementales significatives. Par ailleurs, la corruption et une gestion inadéquate des revenus issus de ces ressources perpétuent les inégalités sociales et régionales. Ces défis entravent le développement durable et mettent en évidence la nécessité d’une meilleure gouvernance et de mécanismes de transparence.
Avantages du fédéralisme
Le passage à un modèle fédéral offrirait au Grand Sud une autonomie accrue, permettant aux autorités locales de mieux gérer leurs ressources naturelles et d’élaborer des politiques adaptées aux réalités locales. Cela permettrait également de renforcer la participation citoyenne dans la prise de décisions, tout en encourageant une gestion environnementale plus responsable. Une répartition équitable des revenus issus des ressources naturelles contribuerait à réduire les inégalités et à favoriser un développement socio-économique équilibré dans la région.
Grand Nord : Résilience face aux défis sécuritaires et climatiques
Caractéristiques démographiques
Le Grand Nord regroupe les régions de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Adamaoua, qui se distinguent par leur diversité ethnique. Les Peuls, Kanuri, Toupouri et Kirdi, etc…composent les principaux groupes, avec des traditions culturelles et sociales variées. La région de l’Extrême-Nord, particulièrement densément peuplée, est un carrefour commercial majeur. En revanche, l’Adamaoua, moins peuplée, agit comme une zone de transition géographique et culturelle entre le Nord et le Sud. Cette diversité ethnique est une force pour le Grand Nord, mais elle est aussi source de tensions liées aux ressources limitées et aux conflits intercommunautaires.
Atouts économiques
Le Grand Nord est une région à forte vocation agro-pastorale. L’agriculture y est orientée vers les cultures vivrières (mil, sorgho, arachides) et la production de coton, qui est une source clé de devises pour le pays. L’élevage de bovins, caprins et camélidés constitue également une activité économique majeure, en particulier dans l’Adamaoua, surnommée la « ceinture de l’élevage ». Par ailleurs, la région possède des potentialités inexploitées dans les secteurs minier et énergétique. Le développement de l’agriculture irriguée pourrait transformer cette région en un moteur agricole pour le Cameroun.
Défis
Le Grand Nord fait face à des défis cruciaux, notamment l’insécurité provoquée par Boko Haram dans l’Extrême-Nord. Les attaques terroristes ont entraîné des déplacements de population, des perturbations économiques et un climat de peur. De plus, la région est particulièrement vulnérable aux changements climatiques, avec des sécheresses prolongées et des inondations récurrentes. Ces phénomènes affectent directement la productivité agricole et aggravent la pauvreté. Les tensions ethniques et foncières exacerbent ces défis, rendant la stabilité et le développement difficiles.
Avantages du fédéralisme
Une organisation fédérale permettrait au Grand Nord de renforcer ses capacités à gérer ses défis locaux en adaptant les politiques à ses besoins spécifiques. L’autonomie accrue donnerait aux dirigeants locaux les moyens de lutter contre l’insécurité, de promouvoir des pratiques agricoles résilientes au climat et de développer des infrastructures adaptées. En outre, cela favoriserait la stabilité et renforcerait la confiance des populations envers les institutions locales.

Grand Littoral : Pôle économique et multiculturalisme
Caractéristiques démographiques
Le Grand Littoral regroupe les régions du Littoral, du Sud-Ouest et des départements du Nyong- et – Kéllé et de l’Ocean, incluant des départements francophones et anglophones. Douala, la capitale économique, est le cœur de cette région cosmopolite, attirant des populations variées grâce à ses opportunités économiques. Cette diversité linguistique et culturelle est à la fois une richesse et une source de tensions, particulièrement dans le contexte de la crise anglophone. La cohabitation des communautés Bakoko, Bassa, Douala, Bakweri, les Sawa en general, crée une dynamique culturelle complexe, nécessitant des mécanismes de gestion interculturelle efficaces.
Atouts économiques
Le Grand Littoral est le principal pôle économique du Cameroun, abritant le port de Douala, qui gère la majorité des importations et exportations nationales. La région est également riche en hydrocarbures offshore, avec des infrastructures pétrolières modernes. En outre, le développement des ports de Kribi et de Limbé renforce le rôle stratégique de cette région. Parallèlement, le secteur industriel et commercial y est florissant, avec une concentration d’entreprises locales et multinationales, faisant de Douala le moteur économique du Cameroun.
Défis
La région fait face à des défis importants liés à la gestion des tensions linguistiques et politiques entre francophones et anglophones. La crise anglophone a amplifié ces tensions, entraînant des perturbations économiques et sociales. L’urbanisation rapide de Douala exerce une pression considérable sur les infrastructures urbaines, avec des problèmes de logement, de transport et de pollution. La gestion des conflits entre les communautés et l’équité dans le partage des ressources économiques restent des priorités pour assurer la stabilité de la région.
Avantages du fédéralisme
Le fédéralisme offrirait une plateforme pour répondre aux spécificités linguistiques et culturelles de la région. Une plus grande autonomie locale permettrait d’élaborer des politiques de gestion des infrastructures et de réconciliation adaptées aux besoins des différentes communautés. Cela contribuerait également à apaiser les tensions et à promouvoir la coexistence pacifique, tout en renforçant le rôle stratégique du Grand Littoral dans l’économie nationale.
Grand Ouest : Innovation et résilience économique
Caractéristiques démographiques
Le Grand Ouest, composé des régions de l’Ouest et du Nord-Ouest, se distingue par sa densité de population et sa diversité culturelle. Les principales ethnies, dont Bamileké, les Bamoun, les Mbô, les Bororo, les Tikar sont connues pour leur esprit entrepreneurial et leur dynamisme économique. Cependant, la région du Nord-Ouest, majoritairement anglophone, est marquée par des revendications politiques pour une plus grande autonomie, exacerbées par la crise anglophone. Cette situation met en lumière les défis d’intégration nationale et de gestion des différences culturelles.
Atouts économiques
La région est un modèle de résilience économique grâce à son commerce florissant, ses petites et moyennes entreprises, et ses marchés animés. L’agriculture de rente, notamment la culture du café et du cacao, constitue un pilier économique majeur. L’artisanat et le tourisme culturel, autour des chefferies traditionnelles, renforcent l’économie locale. Par ailleurs, les Bamilékés se distinguent par leur capacité à investir dans l’immobilier et les réseaux commerciaux, faisant de cette région un moteur d’innovation et de croissance.
Défis
Le Grand Ouest est confronté à des défis politiques et sociaux, notamment les tensions liées à la marginalisation perçue et les revendications séparatistes dans le Nord-Ouest. La crise anglophone a entraîné des violences et des déplacements de population, affectant gravement l’économie locale. En outre, la densité de population élevée exerce une pression sur les ressources naturelles et les terres arables, menaçant la durabilité environnementale.
Avantages du fédéralisme
Le fédéralisme pourrait offrir au Grand Ouest une plus grande autonomie pour gérer ses défis spécifiques. En donnant plus de pouvoir aux autorités locales, il serait possible de répondre aux besoins des populations anglophones et francophones, de promouvoir la paix et de relancer les activités économiques affectées par les conflits. Cette autonomie permettrait également de renforcer les initiatives locales pour un développement inclusif et durable.
Conclusion
La proposition de réorganisation du Cameroun en quatre grandes régions fédérées repose sur une vision stratégique visant à mieux répondre aux défis démographiques, économiques et sociopolitiques du pays. Cette structure fédérale offre une opportunité de gouvernance décentralisée et inclusive, favorisant une gestion plus efficace des ressources naturelles, une réduction des tensions intercommunautaires et une promotion de la paix. Elle permettrait également d’adopter des politiques adaptées aux réalités locales, renforçant ainsi la cohésion nationale tout en respectant la diversité culturelle et linguistique.
En outre, ce modèle fédéral renforcerait l’autonomie des régions tout en maintenant l’unité nationale. Chaque région, en s’appuyant sur ses atouts spécifiques, pourrait devenir un pôle de développement économique et social. Cette transformation institutionnelle, si bien mise en œuvre, pourrait repositionner le Cameroun comme un État développementaliste communautaire exemplaire en Afrique, capable de relever les défis contemporains tout en jetant les bases d’un avenir prospère et équitable pour tous ses citoyens.
Références
- Burnham, P. (1996). The Politics of Cultural Difference in Northern Cameroon. Indiana University Press.
- Fanso, V. G. (1989). Cameroon History for Secondary Schools and Colleges: Colonial and Post-Colonial Periods. Macmillan Education.
- Hawkins, P. (2009). « Pastoralism in the Sahel: Managing Risk in a Fragile Environment. » World Bank Papers.
- Konings, P., & Nyamnjoh, F. B. (2003). Negotiating an Anglophone Identity: A Study of the Politics of Recognition and Representation in Cameroon. Brill.
- Magrin, G. (2013). « The Lake Chad Basin: A Forgotten Area. » Journal of African Studies.
- Ndoye, O., & Kaimowitz, D. (2000). « Macroeconomics, Markets, and the Sustainability of Management in the Congo Basin. » CIFOR Papers.
- Rodríguez-Pose, A. (2013). « Do Institutions Matter for Regional Development? » Regional Studies.
- Topa, G., et al. (2009). The Rainforests of Cameroon: Opportunities and Constraints. World Bank Publications.
- Yab, J.,(2020). Succès des Politiques de Développement en Asie de l’Est: Étude comparative des politiques économiques de développement: Japon, Corée du Sud, Taïwan, … Malaisie, Singapour et Indonésie. (1960-1997), SUP
Remaniements Ministériels au Cameroun, 82% de Stagnation: Entre Immobilisme, Abandon de Gouvernance et Besoin de Réformes, Les Propositions du MLDC…

Légende du tableau :
Ce graphique montre le nombre de remaniements ministériels effectués par Paul Biya au cours de chaque décennie depuis son accession à la présidence en 1982. Les différentes couleurs des barres indiquent les décennies spécifiques, et le nombre au sommet de chaque barre représente le nombre total de remaniements ministériels effectués durant cette période.
- 1980s (30%) : Durant cette première décennie, Paul Biya a effectué 7 remaniements ministériels, ce qui correspond à environ 30 % du total de ses remaniements depuis son accession au pouvoir. Cette période a été marquée par la consolidation de son pouvoir et la mise en place de son propre gouvernement après la démission d’Ahmadou Ahidjo.
- 1990s (26%) : Cette décennie a vu un total de 6 remaniements (26 %), notamment en raison des pressions politiques internes et internationales, notamment la mise en place du multipartisme en 1990 et les premières contestations du régime.
- 2000s (22%) : Avec 5 remaniements (22 %), cette période a marqué un tournant dans la stabilité apparente du régime, avec un maintien de l’ordre établi et la gestion de certaines crises, mais moins d’initiatives de changement.
- 2010s (22%) : En dépit de la stabilité de la présidence, cette décennie a aussi été marquée par 5 remaniements, mais également par un ralentissement dans l’innovation politique et une relative stagnation ministérielle.
- 2019-2024 (0%) : Aucune modification ministérielle n’a été réalisée pendant cette période, ce qui reflète l’immobilisme du gouvernement actuel, malgré les crises graves que traverse le pays. Cette absence de remaniement ministériel peut être interprétée comme un signe de la déconnexion de Paul Biya de la gestion active de l’État et de la gouvernance.
Un (1) à Immobilisme Historique Face aux Défis du Cameroun
Depuis 2019, le Cameroun n’a connu aucun remaniement ministériel, une situation inédite sous Paul Biya, dont le règne de 42 ans a pourtant été marqué par 23 ajustements gouvernementaux. Avec une moyenne annuelle de 0,55 remaniement, Biya a toujours procédé à des changements rares, souvent motivés par des considérations politiques ou clientélistes plutôt que par des objectifs de performance. Durant les années 1980, il a orchestré sept remaniements (30% du total), principalement pour éliminer les fidèles de son prédécesseur Ahmadou Ahidjo et asseoir son autorité personnelle, comme l’explique Jean-François Bayart dans L’État en Afrique : La politique du ventre. Dans les années 1990, six ajustements supplémentaires (26%) ont répondu aux pressions du multipartisme, intégrant parfois des figures de l’opposition pour désamorcer les tensions populaires sans véritablement transformer les institutions. Cependant, dès les années 2000, la fréquence des remaniements a chuté à cinq par décennie, consolidant un système basé sur l’immobilisme. Depuis le dernier remaniement en 2019, aucune réforme n’a été entreprise malgré les multiples crises qui ébranlent le pays. Selon Transparency International, moins de 18% des ministres ont été renouvelés par mandat sous Biya, contre une moyenne mondiale de 30% dans les pays confrontés à des défis majeurs, soulignant un gouvernement incapable de s’adapter aux besoins urgents de la population.
L’Inertie Face aux Crises : Une Déconnexion Préoccupante
L’absence prolongée de remaniements est d’autant plus alarmante que le Cameroun est confronté à des crises profondes qui exigent des réponses stratégiques. La guerre dans les régions anglophones, ayant causé des milliers de morts et des millions de déplacés, illustre l’échec du gouvernement à proposer des solutions novatrices. Le ministre de la Défense n’a pas pu mettre en place des stratégies efficaces pour désamorcer le conflit. De même, dans le domaine économique, le Cameroun affiche une croissance stagnante de 4% par an, insuffisante pour réduire la pauvreté qui touche plus de 40% de la population. Alors que les défis exigeraient des compétences nouvelles, le cabinet reste inchangé. Comme le souligne Patrick Chabal dans Africa Works, “un régime qui ne procède pas à des ajustements institutionnels face aux crises majeures reflète une perte de connexion avec ses citoyens et une gouvernance purement symbolique”. Cette inertie dépasse les standards africains : depuis 2019, des pays comme le Rwanda et le Sénégal ont procédé à plusieurs remaniements pour intégrer des technocrates compétents, alors que le Cameroun demeure figé avec une moyenne d’âge ministérielle dépassant 65 ans.
Un Leadership Absent : Paul Biya et l’Abandon de l’État
L’inaction de Paul Biya est renforcée par son absence prolongée de la scène nationale. Résidant fréquemment en Suisse, il laisse la gestion des affaires publiques à des ministres vieillissants et souvent incompétents. Par comparaison, le Sénégal ou le Rwanda procèdent à des ajustements réguliers pour intégrer des compétences adaptées aux défis actuels. Le Cameroun, en revanche, enregistre une durée moyenne de mandat ministériel de dix ans, contre quatre ans dans les pays en développement dynamiques (Banque mondiale, 2022). L’absence de Biya, couplée à son refus d’ajuster son gouvernement, traduit un abandon manifeste de la gouvernance. Cela alimente le sentiment de désillusion populaire, exacerbé par la perception d’un gouvernement uniquement préoccupé par sa survie.
Une Gouvernance Déconnectée des Réalités Sociales
Le mécontentement des citoyens face à l’inaction gouvernementale est largement documenté, notamment à travers les mouvements sociaux comme “On a trop supporté”, menés par les enseignants en 2022. Ces revendications légitimes, visant à améliorer les conditions de travail et les infrastructures, n’ont suscité aucune réponse de la part d’un gouvernement figé dans l’immobilisme. Par ailleurs, la corruption généralisée alimente la frustration populaire. Selon Transparency International, le Cameroun est classé parmi les 50 pays les plus corrompus au monde, et cette situation est exacerbée par le manque de renouvellement des élites administratives, qui perpétuent un système inefficace et clientéliste.
L’Alternative MLDC : Réformes et Gouvernance Dynamique
Face à cet immobilisme, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose une alternative ambitieuse et pragmatique avec son modèle d’État développementaliste communautaire. Ce modèle repose sur des réformes régulières et basées sur la performance, garantissant une gouvernance redevable et dynamique. Contrairement au régime actuel, le MLDC prône des audits systématiques des ministères clés et la mise en place d’un calendrier de révision gouvernementale tous les trois ans. De plus, le MLDC privilégie une inclusion accrue des populations locales dans la gestion publique. Dans les régions anglophones, cela se traduirait par la création d’un ministère dédié à la réconciliation nationale, dirigé par des personnalités locales crédibles et respectées. Enfin, le modèle MLDC propose une gouvernance décentralisée, où chaque région jouerait un rôle actif dans l’élaboration des politiques nationales, rompant ainsi avec la centralisation excessive qui caractérise le régime Biya.
Conclusion : Entre Immobilisme et Avenir
L’absence de remaniement ministériel au Cameroun depuis 2019 est la manifestation claire d’un régime en perte de gouvernance active. Cette situation, même par les standards limités de Paul Biya, illustre un abandon de l’État face aux défis croissants du pays. Le contraste avec des pays africains dynamiques met en évidence l’urgence d’un changement de paradigme. Le MLDC, avec son modèle d’État développementaliste communautaire, offre une vision réformiste, capable de rompre avec l’inertie actuelle. À l’approche des élections présidentielles de 2025, cette vision représente une opportunité unique pour le Cameroun de renouer avec une gouvernance efficace et inclusive, tournée vers le développement durable et le bien-être de ses citoyens.
MLDC Demands Resignation of ELECAM President for Election Integrity
IT IS TIME TO SAY STOP.
STOP TO INCOMPETENCE,
STOP to the betrayal of our hopes,
STOP to this contempt for the future of our nation.
“ELECAM”, the institution supposed to guarantee the transparency and integrity of our elections, has failed.
87% of registrations rejected in some municipalities!
THIS IS A SCANDAL!
It is not up to Cameroonian youth, nor to our people to pay the price for the incompetence of an individual or an institution.”
“At this critical juncture, on the eve of the presidential elections, ITIS CRISTAL CLEAR THAT THE PRESIDENT OF ELECAM MUST it RESIGN..,
JIMMY YAB, GENRAL SECRETARY OF MLDC
2025 : Que la jeunesse (75% < 35 ans ) prenne le pouvoir au Cameroun…N’EST qu’une question de JUSTICE sociale et d’équité générationnelle
LE MLDC APPELLE AU RENOUVELLEMENT GÉNÉRATIONNEL DE LA CLASSE DIRIGEANTE EN 2025

Résumé
Avec 75 % de sa population âgée de moins de 35 ans, le Cameroun est confronté à une contradiction majeure : sa classe dirigeante est l’une des plus âgées du monde. Pendant ce temps, des pays comme le Botswana et le Sénégal montrent que des gouvernements dirigés par de jeunes leaders produisent des résultats significatifs en termes de développement économique, social et institutionnel. Cet article analyse pourquoi le renouvellement générationnel est essentiel pour le Cameroun et explore comment des leaders jeunes et innovants pourraient transformer le pays. Le MLDC (Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun) appelle à une mobilisation massive de la jeunesse pour s’inscrire sur les listes électorales en vue des élections de 2025.
Mots Clés: jeunesse au pouvoir, justice sociale, MLDC, élections 2025, renouvellement générationnel, Cameroun, Sénégal, Botswana, Faye, Sonko, équité générationnelle
Introduction : Une injustice générationnelle qui freine le Cameroun
Le Cameroun est dirigé par une classe politique extrêmement âgée. À la tête de l’État, nous avons :
• Paul Biya, président de 92 ans, au pouvoir depuis 41 ans.
• Marcel Niat Njifenji, président du Sénat, 90 ans.
• Cavaye Yeguie Djibril, président de l’Assemblée nationale, 85 ans.
• Laurent Esso, ministre de la Justice, 86 ans.
En comparaison, 75 % de la population camerounaise est âgée de moins de 35 ans, comme le montre le tableau suivant basé sur les données de l’Institut National de la Statistique (INS) et de la Banque mondiale :
Tranche d’âge Pourcentage de la population
Le tableau statistique de la population camerounaise montre une répartition intéressante par région et par tranche d’âge, avec des données issues des publications récentes de l’Institut National de la Statistique du Cameroun (INS). Voici un résumé des informations clés :
1. Répartition par région (2019) :
• Extrême-Nord : 4,38 millions d’habitants, densité de 128 hab./km².
• Littoral : 3,72 millions, densité de 184 hab./km².
• Centre : 4,67 millions, densité de 67,7 hab./km².
• Ouest : 2,05 millions, densité de 148,1 hab./km².
2. Structure par âge (projections 2019) :
• 0-4 ans : 16,6 % de la population.
• 5-14 ans : 25,9 %.
• 15-34 ans (population jeune active) : environ 35 %.
La population totale projetée en 2019 était de 24,3 millions, avec une croissance annuelle stable et une forte proportion de jeunes, confirmant les enjeux démographiques majeurs pour le pays.

Cette situation met en lumière une inégalité générationnelle flagrante. Alors que les jeunes constituent l’épine dorsale démographique du pays, ils sont presque totalement absents des cercles de décision. Cette déconnexion entre une élite vieillissante et une population jeune est non seulement un problème de justice sociale mais également un obstacle au développement du pays.
Comparaisons internationales : leçons du Botswana et du Sénégal
Le Botswana : une jeunesse au cœur de la gouvernance
Le Botswana, dirigé par le président Mokgweetsi Masisi (54 ans), démontre l’efficacité d’une équipe gouvernementale jeune et innovante. Parmi les figures clés de son gouvernement :

• Président : 54 ans
. Ministre de la Santé : 37 ans.
• Ministre de l’Énergie : 37 ans.
• Ministre de la Jeunesse : 26 ans.
Cette approche générationnelle a permis au Botswana de devenir un leader régional en matière de gouvernance transparente et de développement économique. L’intégration des jeunes leaders a conduit à des politiques dynamiques, notamment dans les secteurs de l’énergie renouvelable et de la santé publique.
Le Sénégal : un exemple d’équilibre générationnel
Le Sénégal est également un modèle avec un président, Bassirou Diomaye Faye, âgé de 44 ans, entouré d’un gouvernement compétent et équilibré :
• Yacine Fall, ministre de l’Intégration africaine, incarne une nouvelle génération de leaders féminins compétents.
• Birame Souleye Diop, ministre de l’Énergie, âgé de 41 ans, mise sur des politiques innovantes pour exploiter les ressources naturelles.
Cette stratégie permet au Sénégal de promouvoir des politiques adaptées aux réalités modernes, tout en maintenant une stabilité politique et une croissance économique notable. Selon une étude de la Banque mondiale, le Sénégal connaît un taux de croissance moyen de 5 % grâce à ces approches innovantes, démontrant qu’une gouvernance jeune peut produire des résultats concrets.
Le Cameroun : pourquoi le statu quo est un frein au développement
1. Représentativité et inclusion : un impératif démocratique
Selon John Rawls, la justice sociale implique que tous les groupes d’une société aient un accès égal aux opportunités et au pouvoir décisionnel. Au Cameroun, l’absence des jeunes dans les cercles de pouvoir est une violation de ce principe fondamental.
• 75 % de la population est exclue des prises de décisions majeures. Cela explique pourquoi les politiques publiques sont souvent inadaptées aux besoins des jeunes, notamment en matière d’emploi, d’éducation et de santé.
2. Innovation et modernisation
Les jeunes leaders apportent des perspectives nouvelles et des solutions modernes. Par exemple :
• Au Botswana, les ministres de l’Énergie et de la Santé ont introduit des programmes innovants, tels que l’utilisation des énergies renouvelables et la digitalisation des soins de santé.
• Au Sénégal, l’accent est mis sur l’économie numérique et l’entrepreneuriat des jeunes, des secteurs négligés au Cameroun.
3. Dynamisme économique
Des études de l’Université Harvard montrent que les pays dirigés par des leaders jeunes ou de générations actives ont tendance à enregistrer une croissance économique plus rapide. Ces leaders sont plus enclins à adopter des politiques favorables à l’entrepreneuriat et à l’innovation.
Au Cameroun, les blocages économiques sont aggravés par une élite politique qui n’est plus en phase avec les réalités économiques mondiales. Par exemple, les jeunes entrepreneurs camerounais peinent à accéder aux financements et aux infrastructures nécessaires pour développer leurs projets.
Appel à l’action : que la jeunesse prenne le pouvoir en 2025
Le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) appelle la jeunesse camerounaise à s’inscrire massivement sur les listes électorales. Avec leur poids démographique, les jeunes ont la capacité de transformer le paysage politique en 2025.
“La jeunesse doit comprendre que gouverner n’est pas seulement un droit, mais une responsabilité. Avec 75 % de la population, il est temps de reprendre le pouvoir.” – MLDC
La participation politique est essentielle pour corriger ce déséquilibre générationnel et construire un avenir meilleur.
“Quand une majorité est mise à l’écart des décisions qui façonnent son avenir, cela devient un problème de justice sociale.” – MLDC
Avec un programme axé sur le développement communautaire et le renouvellement générationnel, le MLDC propose une alternative concrète pour moderniser le Cameroun.
Conclusion : 2025, un tournant pour le Cameroun
Les exemples du Botswana et du Sénégal montrent que le renouvellement générationnel est un catalyseur de développement et de modernisation. Le Cameroun ne peut plus se permettre de rester en marge de cette dynamique. Le MLDC offre une plateforme pour réaliser ce changement, mais cela ne sera possible que si la jeunesse s’engage activement dans le processus électoral.
En 2025, le Cameroun a l’occasion historique de prouver que la justice sociale n’est pas un slogan, mais une réalité portée par les urnes. La jeunesse doit prendre le pouvoir.
Sources
• Institut National de la Statistique du Cameroun (INS).
• Banque mondiale.
• Publications officielles des gouvernements du Sénégal et du Botswana.
• Études académiques : John Rawls, A Theory of Justice ; Harvard University, Youth Leadership and Economic Growth.
Appel du MLDC à une supervision internationale des elections Présidentielles 2025: Pourquoi des figures comme Olusegun Obasanjo doivent superviser l’audit d’ELECAM pour des élections crédibles au Cameroun

Résumé
L’avenir démocratique du Cameroun est en jeu alors que le pays se prépare aux élections présidentielles de 2025 dans un climat de méfiance généralisée envers son organe électoral, ELECAM. Les taux alarmants de rejet des inscriptions sur les listes électorales, atteignant jusqu’à 87 % dans certaines circonscriptions, révèlent des défaillances systémiques qui menacent la crédibilité du processus électoral. Face à cette situation, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose un audit international d’ELECAM, supervisé par des personnalités respectées comme l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Cet article explore les raisons pour lesquelles le Cameroun a un besoin urgent d’un encadrement international pour ses réformes électorales, en s’inspirant des exemples du Kenya, du Ghana et du Nigeria, tout en inscrivant les propositions du MLDC dans une vision globale pour le renouveau démocratique et la stabilité géopolitique en Afrique centrale.
Mots-clés : Cameroun, MLDC, ELECAM, réforme électorale, Olusegun Obasanjo, démocratie, audit international, leadership africain.
Introduction : Un pays en quête d’élections crédibles
Le Cameroun traverse une crise de confiance dans son processus électoral, et les élections présidentielles de 2025 constituent un test crucial pour son intégrité démocratique. Les taux de rejet élevés des inscriptions sur les listes électorales révélés par ELECAM ont suscité des inquiétudes quant à la suppression des électeurs et à des défaillances administratives.
Dans ce contexte, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose une solution audacieuse : un audit international d’ELECAM, dirigé par des figures respectées comme Olusegun Obasanjo. Cette initiative reflète l’engagement du MLDC en faveur d’un système électoral crédible et inclusif, dans le cadre de sa vision plus large d’un État développementaliste. La participation de personnalités telles qu’Obasanjo, reconnues pour leur impartialité et leur expérience en résolution de conflits électoraux, pourrait restaurer la confiance publique et ouvrir la voie à des réformes significatives. Cet article plaide pour l’urgence d’une supervision internationale afin de garantir des élections crédibles et de protéger la démocratie camerounaise.
Les échecs d’ELECAM et l’urgence d’une réforme

1. Des taux de rejet alarmants
Les données d’ELECAM montrent des taux de rejet atteignant 87 % dans des circonscriptions comme Yaoundé 5, en grande partie en raison de défaillances dans les systèmes d’enregistrement biométrique. Ces chiffres révèlent des failles critiques dans l’infrastructure électorale du Cameroun, sapant la confiance publique dans l’équité des prochaines élections.
2. Une crise de confiance publique
Des accusations généralisées de partialité et d’incompétence contre ELECAM ont renforcé le sentiment de méfiance. Le manque de transparence dans les processus d’inscription sur les listes électorales soulève des inquiétudes concernant la suppression des électeurs, en particulier dans les bastions de l’opposition, exacerbant les tensions politiques.
3. Implications régionales et mondiales
La stabilité politique du Cameroun est essentielle pour l’Afrique centrale. Un échec électoral au Cameroun pourrait aggraver l’instabilité régionale, perturber les efforts d’intégration économique et offrir des opportunités à des groupes extrémistes comme Boko Haram pour exploiter le chaos qui en résulterait.
Pourquoi une supervision internationale est essentielle
1. Restaurer la confiance publique
La nomination d’une équipe d’audit international dirigée par des personnalités comme Olusegun Obasanjo rassurerait les Camerounais sur l’impartialité et la transparence du processus. La confiance publique est un pilier de la légitimité démocratique, et un audit international pourrait fournir la responsabilité qu’ELECAM ne garantit pas actuellement.
2. S’aligner sur les meilleures pratiques
Des nations africaines comme le Ghana et le Kenya ont démontré l’importance de la supervision internationale dans la construction de systèmes électoraux crédibles. L’adoption par le Ghana de la technologie biométrique et les réformes électorales post-crise du Kenya, toutes deux soutenues par des observateurs internationaux, servent de modèles pour le Cameroun.
3. Prévenir les crises politiques
Le transfert pacifique du pouvoir au Nigeria en 2015, facilité par la Commission électorale nationale indépendante (INEC) et soutenu par des observateurs internationaux, souligne l’importance d’élections crédibles pour prévenir l’instabilité politique. Le Cameroun doit tirer les leçons de ces exemples pour éviter les conflits électoraux susceptibles de dégénérer en troubles.
4. Tirer parti de l’expertise africaine
Les anciens dirigeants africains comme Olusegun Obasanjo apportent une expérience et une autorité morale inégalées dans la médiation électorale. Son rôle dans la résolution des crises au Libéria (2017) et au Zimbabwe (2008) démontre sa capacité à naviguer dans des environnements politiques complexes et à favoriser le consensus.
La vision du MLDC : Un plan pour la réforme électorale
La proposition du MLDC d’un audit international s’inscrit dans une stratégie plus large visant à transformer le Cameroun en un État développementaliste fondé sur la transparence et la responsabilité. Les recommandations incluent :
1. Un audit international indépendant
Le MLDC propose un audit complet des opérations d’ELECAM, dirigé par une équipe d’experts électoraux internationaux, de dirigeants africains et de représentants de la société civile.
Exemple : La Commission électorale indépendante du Kenya (IEBC) a bénéficié d’une supervision similaire, qui a renforcé sa crédibilité après la crise électorale de 2007.
2. Modernisation de la technologie électorale
Pour réduire les taux de rejet, le MLDC préconise l’adoption de technologies biométriques avancées, en s’inspirant de la mise en œuvre réussie des systèmes de seconde génération au Ghana en 2020.
3. Garantir l’indépendance institutionnelle
Le MLDC insiste sur la nécessité de dépolitiser ELECAM en restructurant son modèle de gouvernance pour refléter celui de la Commission électorale indépendante d’Afrique du Sud (IEC), reconnue pour son impartialité et son professionnalisme.
4. Surveillance multipartite
Le MLDC appelle à la création d’un conseil consultatif multipartite, comprenant des représentants des partis politiques, de la société civile et des observateurs internationaux, pour surveiller les activités d’ELECAM et garantir sa responsabilité.
5. Campagnes d’éducation des électeurs
Reconnaissant l’importance de la participation citoyenne éclairée, le MLDC propose une vaste campagne d’éducation des électeurs, inspirée de l’initiative nigériane « Vote Not Fight », qui a mobilisé avec succès les jeunes pour des élections pacifiques.
Le rôle d’Olusegun Obasanjo dans la transformation électorale
La participation d’Olusegun Obasanjo à l’audit proposé serait transformative. En tant qu’ancien président du Nigeria et observateur expérimenté, Obasanjo a fait ses preuves dans la médiation des conflits électoraux et la promotion des transitions démocratiques. Sa direction garantirait que l’audit soit approfondi, impartial et crédible, établissant une nouvelle norme pour l’intégrité électorale au Cameroun.
Implications géopolitiques des réformes électorales au Cameroun
1. Stabiliser l’Afrique centrale
La stabilité du Cameroun est essentielle à l’intégration économique et politique de l’Afrique centrale. Des élections crédibles renforceraient la confiance régionale dans le leadership du Cameroun et favoriseraient la collaboration sur les initiatives de sécurité et de développement.
2. Renforcer la position du Cameroun à l’international
En adoptant une supervision internationale, le Cameroun pourrait se positionner en tant que leader de la gouvernance démocratique en Afrique. Cela attirerait des investissements étrangers et renforcerait les partenariats avec les institutions mondiales engagées dans le développement démocratique.
3. Prévenir les ingérences extérieures
Des élections transparentes réduisent la probabilité que des acteurs extérieurs exploitent l’instabilité politique à des fins stratégiques ou économiques, protégeant ainsi la souveraineté et les intérêts nationaux du Cameroun.
Conclusion : Un appel à l’action
Les élections présidentielles de 2025 représentent une opportunité cruciale pour le Cameroun de restaurer la confiance dans ses institutions démocratiques. L’appel du MLDC à un audit international, dirigé par des personnalités comme Olusegun Obasanjo, constitue une solution audacieuse et pragmatique à la crise électorale du pays. En adoptant cette proposition, le Cameroun pourrait non seulement garantir des élections crédibles, mais aussi réaffirmer son engagement envers les principes démocratiques et la stabilité régionale. Le moment d’agir est venu—avant que la crise de confiance ne devienne une crise de démocratie.
References
- Annan, K. (2014). Interventions: A Life in War and Peace. New York: Penguin Press.
- Obasanjo, O. (2014). My Watch: A Memoir. Lagos: Prestige Publishers.
- Electoral Commission of Ghana. (2020). Biometric Voter Registration Lessons. Accra: ECG.
- Transparency International. (2023). Perceptions of Electoral Integrity in Africa. Berlin: Transparency International.
- IFES. (2021). Enhancing Electoral Integrity through Technology. Washington, DC: IFES.
L’Enseignement Supérieur au Cameroun : Un Salaire de Misère entre 500 & 600 000 FCFA Face aux 1 200 000 FCFA en Côte d’Ivoire et au Bénin – Symptôme d’un Système Malade

Résumé :
Cet article analyse les résultats du Cameroun au concours d’agrégation en médecine du CAMES, où le pays affiche un faible taux de réussite de 23,53 %, comparé à des taux dépassant 90 % dans des pays comme la Côte d’Ivoire et le Bénin. Cette performance médiocre est liée aux conditions de travail précaires des enseignants camerounais, notamment un salaire moyen de 600 000 FCFA par mois, bien inférieur à celui de leurs homologues en Côte d’Ivoire et au Bénin, qui gagnent respectivement environ 1 200 000 FCFA et 1 100 000 FCFA. L’écart de rémunération souligne la crise de l’enseignement supérieur au Cameroun et l’impact de la sous-valorisation des enseignants sur la qualité de l’éducation et de la recherche. L’article prône une revalorisation des salaires pour redonner au Cameroun une chance de rivaliser dans le domaine académique en Afrique.
Mots clés :
CAMES, Enseignement Supérieur, Cameroun, Agrégation, Salaire, Crise académique, Comparaison salariale, réforme, Bénin, Côte d’Ivoire, Médecine, Paul Biya, MLDC.
Introduction
Les résultats du dernier concours d’agrégation en médecine du CAMES (Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur) révèlent une contre-performance alarmante pour le Cameroun. Avec un taux de réussite de seulement 23,53 %, le Cameroun est largement distancé par des pays comme la Côte d’Ivoire (97,26 %) et le Bénin (93,94 %). Ce constat met en évidence une crise structurelle de l’enseignement supérieur au Cameroun, aggravée par les conditions précaires et la faible rémunération des enseignants. Cet article explore l’impact de cette sous-valorisation salariale sur les performances académiques et le développement du pays.
1. Le concours CAMES : Une évaluation révélatrice
Au concours CAMES pour l’agrégation en médecine, le Cameroun n’a enregistré que 4 admissions sur 17 candidats, soit un taux de réussite de 23,53 %. Ce résultat est préoccupant lorsque l’on considère que le taux moyen d’admission pour les pays participants est de 87,87 %. Par exemple, le Bénin et la Côte d’Ivoire, avec respectivement 93,94 % et 97,26 % de taux de réussite, montrent que l’investissement dans les enseignants se reflète directement dans les résultats académiques internationaux.
2. Comparaison des salaires des enseignants : Le Cameroun à la traîne
Une analyse des salaires des enseignants dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale met en lumière l’écart de rémunération qui explique en partie la crise de l’enseignement supérieur au Cameroun :
• Cameroun : En moyenne, un professeur titulaire gagne entre 500 et 600 000 FCFA par mois. Un maître de conférences démarre à environ 450 000 FCFA. Ces montants sont parmi les plus bas de la région.
• Côte d’Ivoire : Un professeur titulaire gagne autour de 1 200 000 FCFA par mois, soit le double du salaire au Cameroun.
• Bénin : Les professeurs titulaires touchent en moyenne 1 100 000 FCFA par mois. Ce salaire est près de 83 % supérieur à celui des enseignants camerounais.
• Sénégal : Les professeurs d’université gagnent en moyenne 1 000 000 FCFA, un salaire plus attractif qui contribue à un climat académique plus stable et plus compétitif.
Cette comparaison révèle un manque d’investissement dans le personnel académique au Cameroun, créant un climat de découragement et une démotivation accrue parmi les enseignants.
3. Les conséquences d’une faible rémunération sur la qualité de l’enseignement
Plusieurs études ont montré l’importance de la rémunération des enseignants dans la qualité de l’éducation et de la recherche. Selon Bankole et Adebayo (2020), la rémunération insuffisante des enseignants est corrélée à une baisse de motivation, un phénomène observé au Cameroun où de nombreux enseignants, confrontés à des salaires bas, sont obligés de chercher des revenus complémentaires. Cette situation nuit à leur productivité académique et à la qualité de leur encadrement des étudiants.
Au Cameroun, le faible salaire des enseignants pousse certains à exercer des activités parallèles ou à quitter le secteur universitaire pour des postes mieux rémunérés dans le privé ou à l’étranger. Ce phénomène est amplifié par des retards de paiements fréquents et une absence de soutien pour les projets de recherche. Les pays comme la Côte d’Ivoire et le Bénin, où les enseignants sont mieux rémunérés, bénéficient non seulement de taux d’admission plus élevés au concours CAMES, mais aussi d’un meilleur climat de recherche, avec des chercheurs mieux soutenus et plus motivés.
4. Impact sur le développement national
L’enseignement supérieur est un pilier du développement d’une nation, produisant des experts et des chercheurs essentiels pour l’innovation et la croissance économique. Un pays qui néglige la rémunération et les conditions de travail de ses enseignants hypothèque son avenir. La crise de l’enseignement supérieur au Cameroun, exacerbée par des salaires faibles, affecte non seulement les performances académiques mais aussi la capacité du pays à retenir ses talents.
En Côte d’Ivoire et au Bénin, les gouvernements ont investi dans la revalorisation salariale des enseignants, reconnaissant leur rôle dans la formation de cadres et de chercheurs compétents. Le Cameroun pourrait tirer des leçons de ces exemples pour restructurer son système d’enseignement supérieur, améliorer les conditions de travail des enseignants et offrir des salaires compétitifs pour favoriser la stabilité et l’attractivité du secteur.
Conclusion
Le faible taux de réussite du Cameroun au concours CAMES pour l’agrégation en médecine et la rémunération inadéquate des enseignants universitaires traduisent une crise profonde de l’enseignement supérieur. Avec un salaire moyen de 600 000 FCFA, les enseignants camerounais sont moins bien rémunérés que leurs homologues en Côte d’Ivoire (1 200 000 FCFA) et au Bénin (1 100 000 FCFA), ce qui limite leur efficacité et affecte la qualité de l’éducation. Le Cameroun doit entreprendre une réforme de son système d’enseignement supérieur en revalorisant les salaires des enseignants pour retrouver sa compétitivité académique en Afrique et garantir un avenir prometteur à sa jeunesse.
Références
• Bankole, A., & Adebayo, O. (2020). Higher Education Salary Structure in Sub-Saharan Africa: Comparative Perspectives. African Education Review, 17(3), 450-467.
• Moll, P., & Tlamelo, T. (2019). The Impact of Teacher Compensation on Educational Quality: Evidence from Southern Africa. Journal of African Development, 21(2), 35-52.
• Smith, J., Adams, R., & Choi, J. (2021). Linking Teacher Well-being to Educational Outcomes: Insights from Low-Income Countries. Global Journal of Education Policy, 29(1), 100-125.
Parlement Camerounais : Encore une Session! 42 Ans de Misère, 42 Ans de Pauvreté – Pour Qui Travaille l’Assemblée Nationale ?
Mots clés : Parlement, Cameroun, MLDC, réformes, transparence, pauvreté, chômage, démocratie, État développementaliste, Bayart, Mbembe, responsabilité, budget participatif, opposition, représentativité, comptabilité.

Alors qu’une nouvelle session parlementaire s’ouvre cette semaine au Cameroun, le bilan de plus de quatre décennies de sessions laisse un goût amer. Et depuis les premières élections législatives pluralistes des années 1990, le parlement camerounais a échoué à défendre les intérêts du peuple, miné par une domination du parti au pouvoir qui muselle l’opposition. Sous la gouvernance continue de Paul Biya, l’Assemblée Nationale a souvent été perçue comme un outil de validation des décisions de l’exécutif plutôt qu’un véritable contre-pouvoir.
Face à une situation socio-économique de plus en plus critique, où la pauvreté et le chômage grimpent sans relâche, avec une situation securitaire critique, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose des réformes novatrices pour transformer cette institution en un moteur de développement communautaire, au service des citoyens. Inspirées des meilleures pratiques internationales et de la philosophie d’un État développementaliste communautaire, ces réformes visent à rétablir un parlement véritablement représentatif, transparent et comptable.
Un Parlement Impuissant Face à la Montée de la Pauvreté
Les indicateurs socio-économiques du Cameroun depuis les années 1990 brossent un tableau alarmant. En 1991, au lendemain des premières élections législatives pluralistes, le taux de pauvreté nationale était estimé à environ 40%. Depuis, ce chiffre n’a fait qu’augmenter, atteignant plus de 50% en 2022, avec des disparités régionales prononcées où le taux de pauvreté dépasse les 70% dans certaines zones rurales (INS Cameroun, 2022). Par ailleurs, le taux de chômage, qui oscillait autour de 5% en 1991, est aujourd’hui estimé à plus de 12%, affectant particulièrement les jeunes, qui peinent à trouver un emploi stable et durable.
Cette aggravation de la pauvreté et du chômage révèle l’échec d’un parlement inactif, incapable d’adopter des lois favorisant la croissance économique et l’inclusion sociale. Comme le souligne le politologue Jean-François Bayart, « un parlement déconnecté de la réalité du peuple devient complice de l’oppression économique » (Bayart, 1993). En d’autres termes, un parlement sans véritable opposition et sans mécanismes de contrôle des politiques économiques gouvernementales ne fait que prolonger un statu quo défavorable aux citoyens.
Une Assemblée aux Couleurs d’un Parti Unique : L’Absence d’Opposition
Depuis les premières élections législatives pluralistes des années 1990, l’opposition camerounaise a lutté pour se faire une place dans un parlement dominé par le RDPC. En pratique, l’opposition n’a pratiquement jamais eu le pouvoir de faire adopter des lois significatives. Selon les travaux de l’historien Achille Mbembe, « un parlement sans opposition devient une simple chambre d’enregistrement où le pouvoir exécutif impose son agenda sans débat réel » (Mbembe, 2000). Cette remarque résume parfaitement le fonctionnement de l’Assemblée Nationale au Cameroun : les initiatives parlementaires issues de l’opposition, rares et souvent marginalisées, finissent systématiquement par être rejetées, étouffées par une majorité mécanique.
En 42 ans, combien de lois portées par l’opposition ont réellement été adoptées ? La réponse est dérisoire. Dans le contexte camerounais, le pouvoir législatif semble servir davantage à valider les décisions de l’exécutif qu’à offrir un espace de débat démocratique. La quasi-absence d’une opposition structurée et influente au sein de l’Assemblée conduit à une stagnation législative qui ne répond en rien aux besoins criants de la population. Cette situation a mené le Cameroun dans une impasse, où l’inertie institutionnelle se traduit par une absence de progrès socio-économique.
Conséquences de l’Absence d’un Contre-pouvoir Parlementaire
Sans opposition forte, le parlement camerounais s’avère incapable de jouer son rôle de contrepoids au pouvoir exécutif. L’essence même de la démocratie parlementaire, qui repose sur un équilibre entre les différents pouvoirs, est ici compromise. Selon le politologue Jean-François Bayart, « un parlement doit être le reflet des aspirations populaires et non un simple appui pour les décisions du président » (Bayart, 1993). Or, au Cameroun, l’Assemblée Nationale a rarement, voire jamais, constitué un espace de défense des intérêts populaires. Les lois adoptées, principalement initiées par le gouvernement, répondent davantage aux priorités de l’élite politique et économique qu’à celles des citoyens ordinaires.
Cet immobilisme législatif se reflète dans la vie quotidienne des Camerounais : éducation en crise, infrastructures de santé défaillantes, et système de transport obsolète. En l’absence de pression venant d’une opposition active, le gouvernement se trouve dispensé de rendre des comptes. Les rapports annuels de Transparency International sur le Cameroun, qui placent régulièrement le pays parmi les plus corrompus du monde, témoignent d’un système où l’opacité règne et où les institutions manquent de transparence et de responsabilité.
Les Propositions du MLDC pour un Parlement au Service du Développement Communautaire
Pour le MLDC, l’urgence est de transformer l’Assemblée Nationale en un véritable outil de développement et de soutien communautaire, capable de répondre aux besoins sociaux et économiques des Camerounais. En s’inspirant des parlements les plus performants dans le monde, le MLDC propose des réformes structurelles pour rendre l’Assemblée plus accountable, participative et proactive.
- Création d’un Bureau de Responsabilité Parlementaire (BRP) : Inspiré du modèle scandinave, ce bureau indépendant serait chargé de surveiller et d’évaluer les activités des députés afin d’assurer qu’ils répondent aux attentes des électeurs. Ce bureau rendrait des comptes à travers des rapports publics réguliers sur les activités, l’assiduité et l’engagement des députés, permettant ainsi aux citoyens de mieux juger la performance de leurs représentants.
- Commissions Citoyennes de Contrôle Législatif : À l’image des commissions citoyennes en Europe, le MLDC propose d’associer des citoyens experts ou tirés au sort pour évaluer et suggérer des modifications aux lois. Ces commissions garantiraient que les textes de loi adoptés tiennent compte des préoccupations locales et des réalités sociales et économiques du pays. Selon Achille Mbembe, « le rôle d’un parlement est de donner voix aux aspirations populaires dans chaque décision législative » (Mbembe, 2000).
- Budget Participatif pour le Financement des Projets Locaux : Inspirée du modèle brésilien de budget participatif, cette réforme impliquerait que les députés consacrent une partie de leur budget à des projets communautaires définis directement par les citoyens. Cela permettrait aux Camerounais de choisir les projets prioritaires dans leur région, que ce soit pour l’éducation, la santé ou les infrastructures, renforçant ainsi le lien de confiance entre les électeurs et leurs représentants.
- Séances Hebdomadaires de Questions au Gouvernement : À l’image des questions hebdomadaires au gouvernement dans les démocraties parlementaires britanniques, le MLDC propose que les ministres soient hebdomadaire tenus de répondre publiquement aux questions des députés. Cette transparence permettrait aux citoyens de suivre de près les décisions de l’exécutif, renforçant ainsi la responsabilité du gouvernement envers la population.
- Tribunes de Débat Public et Référendums Consultatifs : Pour renforcer la participation des citoyens aux grandes décisions politiques, le MLDC propose d’instaurer des tribunes de débat public et des référendums consultatifs. Inspirée des pratiques suisses, cette mesure permettrait aux Camerounais de s’exprimer directement sur des questions législatives majeures et de s’assurer que les lois répondent aux besoins réels du pays.
- Statut Officiel pour l’Opposition et Droits Renforcés : Le MLDC défend l’idée d’un statut officiel et de moyens accrus pour l’opposition au parlement, afin de garantir un véritable contre-pouvoir. Inspiré du modèle indien, où l’opposition joue un rôle clé dans le processus législatif, ce statut permettrait à l’opposition de proposer des lois, d’enquêter sur les affaires gouvernementales et de représenter plus efficacement les citoyens.
- Sessions Annuelles de Bilan devant les Citoyens : Inspiré des pratiques allemandes, le MLDC propose que chaque député organise annuellement une session publique de bilan dans sa circonscription, où il rendrait compte de son activité parlementaire. Cette transparence renforcerait la redevabilité des élus, permettant aux citoyens de mieux suivre et évaluer le travail de leurs représentants.
Une Comparaison Internationale : L’État Développementaliste Communautaire en Action
Dans les pays nordiques, la transparence parlementaire et l’inclusivité sont des piliers essentiels de la gouvernance, et les résultats économiques sont frappants : avec un taux de pauvreté inférieur à 10% et un chômage sous les 5%, ces pays prouvent qu’un parlement accountable peut transformer un pays (World Bank, 2023). Au Japon, la tradition de dialogue et de consensus, essentielle dans la culture communautaire, inspire des pratiques parlementaires où l’opposition est activement impliquée, permettant des lois qui soutiennent une croissance inclusive.
Dans le contexte africain, les valeurs de solidarité, de consultation et d’écoute des sages, présentes dans les cultures locales, peuvent inspirer un parlement qui valorise la parole citoyenne et intègre les préoccupations communautaires. La constitution de commissions législatives comprenant des leaders communautaires, comme le propose le MLDC, contribuerait à rapprocher les institutions politiques des réalités sociales et culturelles camerounaises.
Le Parlement au Service du Peuple
Le MLDC croit fermement que le rôle du parlement camerounais doit être d’incarner un véritable service au peuple, de représenter les intérêts des citoyens, et d’assurer le développement durable de chaque communauté. Avec des réformes audacieuses et inspirées d’un État développementaliste communautaire, il est possible de bâtir une Assemblée Nationale qui répond enfin aux attentes populaires. Un parlement transparent, responsable et inclusif est non seulement un pilier d’une démocratie vivante, mais aussi une condition essentielle pour améliorer les conditions de vie des Camerounais.
Le problème du Cameroun : 1. Les députés RDPC qui votent de mauvaises lois depuis des décennies et 2: Les maires RDPC incompétents et mauvais depuis des décennies
Je disais déjà à l’époque dans l’émission Hutu Africa de Stéphane Mbarga à Info TV que:
IL FAUT REMPLACER TOUS LES DEPUTES ET MAIRES RDPC EN 2025-2026, C’EST UN IMPERATIF CITOYEN POUR NOUS ET LES FUTURES GENERATIONS
Lorsqu’un pays est gouverné pendant des décennies par de mauvaises lois, il en résulte inévitablement des conséquences désastreuses. D’une part, on forme des citoyens qui manquent de compétences et d’initiative. D’autre part, on crée des individus qui, moralement, perdent leurs repères et se retrouvent dans des comportements nuisibles, souvent contraires aux valeurs de bienveillance, de solidarité et d’intégrité.

Le problème du Cameroun ne se limite pas à la personne de Paul Biya. Il réside également dans un système entier qui favorise des pratiques et des structures inefficaces, notamment à travers :
1. Les députés du RDPC qui votent des lois inadaptées aux réalités et aux besoins de notre société, renforçant ainsi des normes qui freinent le progrès.
2. Les maires RDPC qui, pour beaucoup, font preuve d’incompétence et d’arrogance, éloignant ainsi l’administration des préoccupations et du bien-être des populations locales.
Ce cadre, qui se perpétue depuis des années, a engendré une partie de notre jeunesse qui manque de repères et de perspectives positives, et qui, parfois, sombre dans des comportements contraires à l’éthique et aux valeurs citoyennes. Pour réformer ce pays, nous devons non seulement transformer les institutions, mais aussi insuffler un nouveau sens des responsabilités et de l’engagement, afin de bâtir une société où les citoyens sont compétents, éthiques et guidés par des valeurs solides.
Cette vidéo met en évidence l’impact des mauvaises pratiques politiques sur la société camerounaise et la nécessité d’un changement en profondeur pour rétablir une gouvernance basée sur des valeurs solides et une administration compétente.
Le Botswana a un nouveau Président de 54 ans: Seule une Coalition Populaire et un Programme d’Amélioration du Niveau de Vie Peuvent Vaincre les Partis Historiques comme le RDPC— Vers un Nouvel Élan pour le Cameroun avec le MLDC

Dans une cérémonie d’investiture haut en couleur le 8 Novembre 2024 et un tournant politique historique, le Botswana a vu l’élection de Duma Boko, jeune président de 54 ans, qui incarne le changement tant attendu par les citoyens. En s’appuyant sur l’Umbrella for Democratic Change (UDC), une coalition unissant le Botswana National Front et l’Alliance for Progressives, Boko a réussi à renverser le parti au pouvoir après 58 ans de domination. Ce succès est un témoignage de la force d’une coalition qui place le bien-être des citoyens au centre de son programme, avec des promesses concrètes pour relever le niveau de vie de la population.
Lors de son investiture à Gaborone, Boko, acclamé par des milliers de citoyens enthousiastes, a souligné l’importance de l’unité et du changement. « C’est l’un des moments les plus rares de notre histoire — une démonstration de la puissance du peuple lorsqu’il s’unit pour un objectif commun », a-t-il déclaré. Son premier discours a mis en avant les valeurs de respect et de coopération, même envers son prédécesseur, Mokgweetsi Masisi, qui a permis une transition pacifique.
Le MLDC : Une Alternative de Changement pour le Cameroun
Inspiré par l’exemple botswanais, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) se positionne pour les élections de 2025 avec une vision similaire de coalition et de transformation sociale. Conscient que seul un programme populaire et inclusif peut battre le RDPC, parti au pouvoir depuis des décennies, le MLDC propose une coalition large qui réunit les jeunes, les femmes et diverses forces politiques autour d’un objectif commun : améliorer les conditions de vie des Camerounais. Le MLDC est convaincu que seul un mouvement inclusif et solidaire, soutenu par un programme axé sur le bien-être des citoyens, peut apporter l’alternance dont le pays a besoin.
Un Programme pour Élever le Niveau de Vie des Populations
Duma Boko et la coalition UDC ont su capter l’attention des Botswanais avec des engagements concrets : un salaire minimum de 4 000 pulas (302 dollars), des allocations de chômage, des aides pour les personnes âgées, et la création de nouvelles entreprises. Ces mesures répondent directement aux besoins des citoyens, alors que le chômage au Botswana est monté à 27,6 % en 2024. Ce programme pragmatique et orienté vers le développement social a été un facteur clé dans la victoire de l’UDC.
Le MLDC, de son côté, s’engage également à améliorer le niveau de vie des Camerounais, avec des propositions pour lutter contre le chômage, optimiser les services publics, et offrir un accès équitable à l’éducation et à la santé. En mettant l’accent sur une gestion efficace et transparente des fonds publics, le MLDC promet de recentrer les politiques nationales sur les besoins essentiels du peuple, un impératif pour créer un changement durable.
Optimiser les Ressources Nationales pour le Développement
Un autre aspect décisif de la victoire de l’UDC au Botswana est son engagement à renégocier les accords avec De Beers pour maximiser les bénéfices des ressources en diamants, qui constituent 80 % des exportations du pays. En s’inspirant de cette approche, le MLDC au Cameroun propose de réformer la gestion des ressources naturelles telles que le pétrole et le bois, afin d’augmenter les revenus nationaux et de soutenir l’économie locale par la création d’emplois durables.
Un Modèle pour l’Afrique et un Espoir de Transition pour le Cameroun
Le succès de la coalition UDC montre qu’une opposition unie et portée par un programme de progrès social peut triompher même face à un parti historiquement puissant. Cela représente un modèle inspirant pour le Cameroun, où le MLDC se prépare à une campagne historique pour 2025.
En rassemblant les forces populaires et en promouvant un programme qui place le bien-être des Camerounais au premier plan, le MLDC espère encourager la reproduction de ce succès botswanais au Cameroun.
Alliance Cabral Libii et Maurice Kamto, une opportunité historique pour Paul Biya: Vers une transition républicaine et apaisée au Cameroun

Mots Clés: Paul Biya, Cabral Libii, Maurice Kamto, Election 2025, Barack Obama, Joe Biden, Nelson Mandela, Thabo Mbeki, Michael Sata, Angela Merkel, SPD, Winston Churchill, Parti travailliste, Transition républicaine
Depuis des décennies, le Cameroun est marqué par une gouvernance dominée par le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. À l’approche des élections de 2025, l’idée d’une transition démocratique et républicaine devient de plus en plus pressante. Dans ce contexte, une alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto, deux figures influentes de l’opposition camerounaise, pourrait représenter une solution d’équilibre et de renouveau pour le pays, offrant également à Paul Biya une sortie honorable de la scène politique. Une telle coalition entre jeunesse et expérience au Cameroun fait écho à des alliances politiques marquantes à travers le monde, qui ont souvent permis de surmonter des transitions complexes et de renforcer l’unité nationale.
Cabral Libii et Maurice Kamto : l’alliance de la jeunesse et de l’expérience
L’alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto incarne un équilibre unique entre la jeunesse et l’expérience, capable d’unir différentes générations de Camerounais et de bâtir un projet de renouveau dans un cadre républicain. Cabral Libii, jeune leader politique dynamique, représente un espoir pour de nombreux jeunes Camerounais aspirant à un changement de génération. Sa capacité à mobiliser la jeunesse et sa performance lors de la présidentielle de 2018 montrent sa pertinence pour incarner ce renouvellement politique. Cette situation rappelle l’alliance entre Barack Obama et Joe Biden aux États-Unis en 2008, où Obama, figure jeune et charismatique, s’est entouré de Biden pour son expérience, assurant ainsi une vision de changement appuyée par la stabilité institutionnelle.
De son côté, Maurice Kamto est une figure respectée, dotée d’une longue expérience politique et juridique. Ancien ministre délégué auprès du ministre de la Justice et professeur de droit international, il possède une connaissance approfondie des rouages de l’État et des institutions camerounaises. À l’instar de Nelson Mandela et de Thabo Mbeki en Afrique du Sud, où l’expérience de Mandela a aidé Mbeki à prendre la relève de manière stable, Kamto pourrait servir de garant de la continuité et de la légitimité, tout en soutenant les ambitions de Libii pour un Cameroun plus inclusif.
Les avantages pour Paul Biya : une sortie honorable et républicaine
Dans de nombreux pays, des leaders de longue date ont pu quitter le pouvoir de façon honorable en favorisant une alliance avec des figures de l’opposition. En soutenant implicitement une coalition entre Libii et Kamto, Paul Biya pourrait faciliter une transition démocratique tout en sortant de la vie politique avec dignité. Ce type de transition a permis à plusieurs dirigeants de rester dans l’histoire comme des bâtisseurs de paix, plutôt que comme des figures autocratiques.
L’exemple de la transition politique pacifique de Michael Sata en Zambie est pertinent : en coopérant avec ses opposants et en favorisant la réforme, il a aidé à garantir la stabilité de son pays. En adoptant une approche similaire, Paul Biya pourrait inscrire son héritage comme celui d’un chef d’État ayant œuvré pour le bien de son pays, tout en légitimant l’aspiration de la jeunesse et de la société civile camerounaise à une gouvernance démocratique.
Unir les Camerounais autour d’un projet commun
Une alliance Libii-Kamto pourrait transcender les clivages générationnels et ethniques souvent exploités à des fins politiques au Cameroun. En associant jeunesse et expérience, cette union aurait le potentiel de rassembler les Camerounais autour d’un projet de développement inclusif et de réformes institutionnelles. Le dynamisme de Cabral Libii pourrait être associé à la crédibilité de Kamto, offrant ainsi un programme qui répond aux aspirations de la jeunesse tout en respectant les valeurs républicaines et démocratiques. Cette alliance rappelle le partenariat entre Angela Merkel et le SPD en Allemagne, qui a permis de consolider une grande coalition capable de gouverner en temps de crise et de favoriser la stabilité du pays.
Une telle alliance enverrait aussi un message fort aux investisseurs et partenaires internationaux, rassurés par la vision d’un Cameroun capable de se renouveler sans conflit. Cela pourrait renforcer la position du Cameroun en Afrique et à l’international, et favoriser une relance économique bénéfique pour l’ensemble du pays. Un exemple similaire est celui du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque Winston Churchill et le parti travailliste ont formé une coalition pour unir le pays face aux défis énormes de l’époque, permettant de concentrer les efforts sur les priorités nationales.
L’alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto pourrait bien représenter la clé d’une transition politique pacifique et d’un renouveau démocratique pour le Cameroun. Pour Paul Biya, une telle union offrirait une opportunité unique de quitter le pouvoir de manière honorable, en laissant derrière lui un pays uni et en paix. Pour le Cameroun, c’est l’opportunité de renforcer ses institutions et d’ouvrir un nouveau chapitre fondé sur le respect de la diversité des générations et la construction d’un avenir commun. À l’instar des alliances historiques qui ont marqué des périodes de changement à travers le monde, une alliance Libii-Kamto pourrait inaugurer une nouvelle ère d’unité et de progrès au Cameroun.
C’est encore Dimanche ! Dieu entend-il le cri des Africains ? Entre ferveur religieuse et misère persistante
Mots Clés: Pauvreté, Misère, Karl Marx, Frantz Fanon, Jean-François Bayart, Georges Balandier, Desmond Tutu, Banque Mondiale, Développement, Justice sociale, Exploitation, Islam

Chaque dimanche en Afrique, les églises se remplissent de fidèles. Des millions de personnes, parfois sans espoir matériel, se rassemblent pour prier, espérer un miracle ou simplement trouver du réconfort. Pourtant, ce continent, qui se distingue par une ferveur religieuse impressionnante, reste le plus pauvre du monde. Près de la moitié de la population africaine subsaharienne vit encore sous le seuil de pauvreté, avec moins de 1,90 dollar par jour. Les Africains prient, mais ils continuent de souffrir de la misère. Cette situation soulève une question troublante : pourquoi la pauvreté persiste-t-elle malgré cette foi profonde ? Et à qui profite cette multiplication des églises en Afrique ?
1. Les statistiques de la misère : l’Afrique à genoux
L’Afrique est le continent avec le taux de pauvreté le plus élevé au monde. Selon la Banque mondiale, environ 40 % de la population africaine vit sous le seuil de pauvreté, tandis que dans certains pays, comme le Mozambique, la République centrafricaine ou la République démocratique du Congo, ce chiffre dépasse les 60 %. En parallèle, l’Afrique enregistre également des indices alarmants de malnutrition et d’accès limité aux services de base : l’accès à l’eau potable reste un défi pour 400 millions d’Africains, et 600 millions n’ont toujours pas accès à l’électricité. Dans ce contexte, l’épanouissement personnel et le développement économique sont freinés par des obstacles structurels majeurs.
Cependant, alors que les indicateurs économiques et sociaux peinent à s’améliorer, les lieux de culte ne cessent de se multiplier. En Nigeria, par exemple, il existe des mégachurches, pouvant accueillir des dizaines de milliers de fidèles. La religion joue un rôle central dans la vie quotidienne de nombreux Africains, et l’Afrique est devenue un vivier de pratiques chrétiennes, islamiques et syncrétiques, parfois même associées à des cultes traditionnels.
2. La religion comme opium du peuple ?
Pour comprendre la place de la religion dans la vie des Africains, il est utile de revenir aux théories de Karl Marx, qui voyait dans la religion un « opium du peuple ». Pour Marx, la religion permet aux individus opprimés de supporter leur condition en promettant une récompense future, détournant ainsi leur attention des injustices sociales immédiates. En Afrique, la religion est souvent un refuge face aux incertitudes économiques, aux conflits, aux crises politiques, et à une pauvreté endémique. La promesse d’une intervention divine et d’une vie meilleure dans l’au-delà permet de supporter une réalité souvent difficile.
Le philosophe Frantz Fanon a également exploré les dynamiques d’oppression en Afrique. Dans Les Damnés de la Terre, il critique le rôle des institutions qui maintiennent les Africains dans une position de passivité. Il s’interroge sur la manière dont les systèmes de domination exploitent les croyances pour perpétuer un ordre injuste. Fanon nous amène à nous interroger : les régimes africains profitent-ils de l’essor religieux pour maintenir leur emprise sur les populations, en empêchant celles-ci de se mobiliser pour des revendications sociales et politiques concrètes ?
3. À qui profite cette prolifération des églises ?
L’une des questions essentielles est de savoir qui tire profit de l’expansion des églises et des mosquées en Afrique. Certains analystes estiment que les régimes dictatoriaux et corrompus trouvent dans la religion un moyen d’apaiser les foules, en canalisant leur désespoir vers la prière plutôt que vers la révolte. La prolifération des lieux de culte serait donc un instrument pour anesthésier les masses, les privant d’une prise de conscience sociale et politique qui pourrait menacer les régimes en place. Les politiciens eux-mêmes, bien conscients de cette dynamique, n’hésitent pas à fréquenter les églises, à soutenir les chefs religieux et à instrumentaliser les institutions religieuses pour gagner du soutien populaire.
Le sociologue Jean-François Bayart, dans son étude sur le « politique par le bas » en Afrique, montre comment les élites africaines utilisent la religion pour canaliser le mécontentement populaire. En encourageant un système où les individus s’en remettent à la providence divine, les dirigeants maintiennent un ordre social qui leur est favorable. De plus, les institutions religieuses, souvent exemptées d’impôts et bénéficiant de donations, prospèrent tandis que la pauvreté persiste.
4. La foi, moteur de résilience ou obstacle au changement ?
La foi religieuse des Africains est également source de résilience. Elle leur permet de faire face aux épreuves de la vie avec courage et dignité. Mais cette foi, qui les aide à surmonter les difficultés, peut aussi les enfermer dans une forme de résignation. L’anthropologue Georges Balandier, dans son œuvre Afrique ambiguë, décrit l’Afrique comme un continent où cohabitent des aspirations modernes et des traditions ancestrales. Pour lui, cette cohabitation entraîne souvent des contradictions, dont la religion est un parfait exemple : elle symbolise à la fois une espérance pour un avenir meilleur et une dépendance à l’égard d’un pouvoir invisible.
Dans ce cadre, la religion devient un frein à la mobilisation sociale. En promettant une récompense dans l’au-delà ou en valorisant la patience et la soumission aux autorités, les doctrines religieuses peuvent encourager les Africains à accepter leur sort au lieu de le contester. Les structures religieuses, en devenant des acteurs économiques et sociaux puissants, contribuent parfois, malgré elles, à la reproduction de l’ordre établi.
5. Les pistes pour une transformation sociale
Si la religion joue un rôle fondamental en Afrique, il est essentiel que celle-ci se conjugue à des initiatives concrètes pour un changement social et économique. L’ancien archevêque Desmond Tutu, fervent défenseur des droits de l’homme, a montré que la foi peut aussi être un moteur de résistance contre l’injustice. À travers son engagement en faveur de la justice sociale, il a montré qu’il est possible de concilier croyance religieuse et lutte politique.
Les institutions religieuses pourraient avoir un rôle positif en sensibilisant les fidèles aux questions sociales et en soutenant des projets d’éducation et de développement. Plutôt que de promettre des miracles, elles pourraient mettre l’accent sur l’importance de l’autonomisation des individus, de l’éducation, et de la solidarité. En se posant comme des vecteurs de progrès social, elles aideraient les Africains à trouver en eux-mêmes et dans leur communauté les ressources pour améliorer leurs conditions de vie.
Alors, Dieu entend-il le cri des Africains ? Peut-être que la question est moins de savoir si Dieu écoute, que de savoir si les Africains prennent eux-mêmes en main leur destin. La religion peut être une force de transformation si elle ne sert pas à perpétuer une résignation passive, mais encourage à agir pour le bien commun. À la foi en une aide divine devrait s’ajouter une foi en l’action humaine, guidée par la justice, l’entraide, et la solidarité. Ainsi, le miracle pourrait ne plus être attendu passivement, mais construit jour après jour.
Comment en est-on arrivé là au Cameroun? Une génération de grands-parents, au pouvoir depuis les années 80, qui préfère sucer le sang de sa jeunesse pour se maintenir
Mots Clés: Théorie de la gérontocratie, Politique, Tradition africaine, Théories du capital social, Robert Putnam, Crise du Noso, génération sacrifiée, Paul Willis, Théorie de la gouvernance adaptative, Elinor Ostrom, Psychologie du desposte, Frantz Fanon, justice générationnelle, Ronald Dworkin, Paul Biya, Cavayé Yéguié Djibril, Marcel Niat Njifenji, Luc Ayang

Depuis les années 1980, le Cameroun, comme plusieurs nations africaines, semble pris dans une spirale où ceux qui devaient guider et soutenir les jeunes générations sont devenus les principaux obstacles à leur épanouissement. Cette génération de dirigeants âgés, composée aujourd’hui de grands-pères et de grands-mères, maintient un contrôle rigide sur le pouvoir, souvent au détriment du développement social, économique et politique du pays. Une telle situation pousse à s’interroger : comment en est-on arrivé là ? Comment une génération, censée être bienveillante et prête à passer le flambeau, en est-elle venue à accaparer le pouvoir et à entraver l’avenir de sa propre progéniture ? Cet article examine ce paradoxe en s’appuyant sur des théories académiques et en analysant les répercussions sur la jeunesse camerounaise.
L’égoïsme au pouvoir : un échec de la transition générationnelle
Dans les sociétés africaines traditionnelles, les aînés occupaient une place d’honneur et de respect, car ils étaient considérés comme les gardiens de la sagesse et de la stabilité communautaire. Cependant, la tradition de conseil et de transmission s’est transformée, au Cameroun, en un blocage systématique de la relève. Les dirigeants actuels, au lieu de jouer leur rôle de guides et de mentors, s’accrochent au pouvoir avec une ténacité qui défie les logiques de renouvellement.
L’analogie des « grands-parents qui sucent le sang de leur progéniture pour survivre » traduit ce phénomène : l’énergie et les ressources du Cameroun, destinées à la jeunesse et à la modernisation, sont souvent réorientées pour maintenir un système vieux et inefficace en place. Les théories du capital social de Robert Putnam et de la « gérontocratie » décrivent ce dysfonctionnement. Putnam soutient que les sociétés prospèrent lorsque le capital social – c’est-à-dire les réseaux et le soutien intergénérationnel – est fort. Mais, au Cameroun, ce capital social a été détourné pour servir des intérêts personnels et maintenir des élites vieillissantes aux commandes, coupant ainsi la jeunesse de toute opportunité de changement et d’innovation.
Les conséquences d’un égoïsme institutionnalisé
Les conséquences de cette rétention du pouvoir sont visibles à travers la stagnation du pays et la crise des jeunes générations. Le Cameroun figure parmi les pays d’Afrique subsaharienne où les indicateurs de développement restent préoccupants, malgré une population jeune et dynamique. En privant les jeunes d’opportunités et en les maintenant à la marge, les dirigeants actuels contribuent à un phénomène de « sacrificing generation, » ou génération sacrifiée, comme le décrit l’anthropologue Paul Willis.
Willis soutient que lorsqu’un système refuse de prendre en compte les aspirations de sa jeunesse, il engendre une génération désabusée, vulnérable à la précarité économique et au désespoir. Dans ce contexte, de nombreux jeunes Camerounais choisissent l’émigration pour chercher ailleurs les opportunités qu’ils ne peuvent obtenir chez eux. Ceux qui restent, quant à eux, doivent souvent faire face à un environnement où les perspectives sont minces, ce qui nourrit une frustration sociale croissante et compromet l’avenir du pays.
La crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest illustre l’une des conséquences les plus dramatiques de ce désengagement intergénérationnel. Les jeunes, exclus des processus de décision, deviennent plus facilement manipulables par des forces politiques ou radicales qui promettent un changement brutal, mais non durable. Ce conflit exacerbe encore les inégalités et réduit l’espace de dialogue entre les générations, amplifiant l’instabilité politique et sociale du pays.
L’illusion de la stabilité et les dangers de l’inertie politique
L’une des principales raisons avancées par cette génération de dirigeants vieillissants pour se maintenir au pouvoir est la « stabilité » qu’ils affirment garantir au pays. Cependant, en concentrant le pouvoir entre les mains d’une élite gérontocratique, le Cameroun a au contraire sombré dans une stagnation qui freine son développement. Les théories politiques comme celle de la « gouvernance adaptative » de Elinor Ostrom soutiennent que les systèmes politiques doivent évoluer pour répondre aux changements sociaux et environnementaux. Un État figé dans le temps devient alors incapable de répondre aux besoins de sa population.
En dépit des slogans d’unité nationale et de cohésion, les divisions entre jeunes et anciens sont de plus en plus visibles. La « psychologie du despote », un concept discuté par le philosophe politique Frantz Fanon, nous aide à comprendre cette situation : en confondant leur survie politique avec la stabilité de l’État, ces dirigeants créent une dynamique oppressive où tout désir de changement est perçu comme une menace. Fanon explique que cette approche nuit profondément à la santé psychologique et économique d’une nation, en incitant la jeunesse à voir son propre gouvernement comme un obstacle à son épanouissement.
Vers une réconciliation intergénérationnelle
Face à ce constat, il devient crucial de réimaginer les relations intergénérationnelles dans la gouvernance camerounaise. La sortie de cette impasse passe par un changement radical dans la mentalité et les structures de pouvoir. Le Cameroun doit adopter une gouvernance fondée sur la méritocratie et l’intégration des jeunes dans les processus décisionnels. Les théories de la « justice générationnelle » de Ronald Dworkin, qui prônent l’équité entre les générations, soulignent l’importance d’un partage équilibré des ressources et du pouvoir, afin que chaque génération puisse prospérer et contribuer au bien-être collectif.
Les dirigeants actuels, au lieu de craindre l’implication des jeunes, devraient voir en eux un levier pour construire un Cameroun plus fort et résilient. Cela implique de créer des plateformes d’expression, de réviser les politiques éducatives et économiques pour répondre aux besoins des jeunes, et de leur confier des responsabilités significatives. Cette approche permettra de bâtir une transition politique saine et d’éviter la crise qui résulterait inévitablement d’un pouvoir usurpé au détriment de la nouvelle génération.
Pour mieux illustrer cette analyse, prenons des exemples concrets de grands-parents politiques qui détiennent toujours des positions stratégiques au Cameroun, malgré leur longévité au pouvoir et les nombreux défis auxquels le pays fait face. Ces personnalités, qui incarnent la vieille garde au pouvoir depuis les années 1980, continuent de dominer les sphères politiques, sociales et sécuritaires du pays. Leur maintien aux plus hautes fonctions empêche le renouvellement nécessaire pour intégrer les nouvelles perspectives et compétences de la jeunesse camerounaise.
Paul Biya : Président de la République depuis 1982
Paul Biya est devenu président du Cameroun en 1982, succédant à Ahmadou Ahidjo, après avoir déjà exercé comme Premier ministre pendant sept ans. En poste depuis plus de quatre décennies, il est l’un des chefs d’État les plus anciens du monde, âgé aujourd’hui de 92 ans. Son mandat a été marqué par une centralisation du pouvoir et par une faible rotation des élites politiques. Biya a souvent invoqué la stabilité et la paix pour justifier son maintien au pouvoir, mais en réalité, son long règne a coïncidé avec des crises politiques et sociales non résolues, notamment la crise anglophone (Nord-Ouest et Sud-Ouest), la montée de Boko Haram dans l’Extrême-Nord, et des tensions interethniques dans d’autres régions. Le leadership de Biya, qui aurait dû inspirer une nouvelle génération, s’est transformé en un verrou qui empêche tout passage de relais.
Cavayé Yéguié Djibril : Président de l’Assemblée nationale depuis 1992
En place depuis 1992, Cavayé Yéguié Djibril, aujourd’hui octogénaire, est le président de l’Assemblée nationale du Cameroun. Son maintien au perchoir de cette institution critique illustre la volonté des anciens de monopoliser le pouvoir législatif, privant ainsi les jeunes parlementaires de l’opportunité de participer activement à la direction du pays. Cette longévité soulève de nombreuses questions quant à la capacité de l’Assemblée à innover et à adapter la législation camerounaise aux réalités modernes, dans un pays où une majorité de la population est jeune et aspirant à des réformes profondes. Djibril représente une élite politique qui se maintient par des alliances et des privilèges, sans forcément offrir de solutions aux défis actuels.
Marcel Niat Njifenji : Président du Sénat depuis 2013
Marcel Niat Njifenji est une autre figure emblématique de la « gérontocratie » camerounaise. Né en 1934, il est président du Sénat depuis sa création en 2013. Sa position lui permet, en théorie, de succéder à Paul Biya en cas de vacance du pouvoir, ce qui montre la profondeur de l’influence des anciens au sein de l’État camerounais. Bien que le Sénat soit un organe de contre-pouvoir censé représenter les régions et offrir un regard critique sur les lois, son fonctionnement sous la direction de Niat manque souvent de dynamisme et d’ouverture aux nouvelles idées. À son âge avancé, il incarne une résistance au changement et empêche le Sénat de jouer un rôle plus actif dans la refonte des institutions et des lois du pays.
Luc Ayang : Président du Conseil économique et social depuis 1984
Luc Ayang est l’un des exemples les plus frappants de longévité dans la haute fonction publique camerounaise. Ancien Premier ministre de 1983 à 1984, il est à la tête du Conseil économique et social depuis 1984. Cette institution, qui devrait conseiller le gouvernement sur les grandes orientations économiques et sociales, reste marginalisée et peu active, sous sa direction. La jeunesse camerounaise, qui fait face à des taux de chômage élevés et à une situation économique difficile, n’a donc pas d’institution véritablement représentative pour exprimer ses besoins et obtenir un soutien concret. Ayang représente une génération de dirigeants qui ont figé ces institutions, les empêchant de jouer leur rôle de lien entre le pouvoir et les citoyens.
Une génération qui sacrifie la jeunesse : conséquences pour l’avenir du Cameroun
L’occupation prolongée de ces postes stratégiques par des figures vieillissantes a de graves conséquences pour la jeunesse camerounaise. Sur le plan économique, les jeunes peinent à trouver des emplois, tandis que les infrastructures et les investissements restent largement insuffisants pour stimuler une croissance inclusive. Sur le plan social, les frustrations grandissent, avec un sentiment de marginalisation qui pousse de nombreux jeunes à quitter le pays ou, dans certains cas, à se radicaliser face aux injustices perçues. Cette dynamique nourrit ce que l’on appelle le cycle du désespoir générationnel (par les théories de Giddens), dans lequel les jeunes sont exclus des responsabilités et des opportunités.
Le Cameroun face à un choix crucial pour son avenir
Le Cameroun se trouve aujourd’hui à un carrefour où la transition générationnelle n’est plus un choix, mais une nécessité pour assurer un avenir stable et prospère au pays. L’exemple de leaders comme Paul Biya, Cavayé Yéguié Djibril, Marcel Niat Njifenji, Luc Ayang et Martin Mbarga Nguele illustre une résistance au changement qui handicape le Cameroun sur la voie du développement.
Pour que le Cameroun puisse répondre aux défis du 21e siècle, une transformation des élites est indispensable. Ce renouvellement des dirigeants ne devrait pas être vu comme une menace, mais comme une opportunité pour moderniser la gouvernance, dynamiser l’économie, et rapprocher l’État de sa population. Il est grand temps que cette génération de grands-parents politiques comprenne que la passation du pouvoir est non seulement une responsabilité, mais aussi une clé pour le progrès et la stabilité du Cameroun. Un leadership qui inclut la jeunesse, lui permettant de s’exprimer et de contribuer activement, serait la meilleure garantie pour un Cameroun prospère et en paix.


















































