ÉVOLUTION DU TAUX DE PARTICIPATION AUX ELECTIONS PRÉSIDENTIELLES AU CAMEROUN DEPUIS 1984

Au fil des huit dernières présidentielles, le taux de participation a connu un déclin significatif, passant d’un niveau quasi unanime lors du régime de parti unique à un peu plus de la moitié du corps électoral dans les scrutins récents. En 1984, Paul Biya était seul candidat et le taux de participation officiel atteignait 97,7 % – quasiment l’ensemble des inscrits avaient voté. En 1988, encore sous le régime du parti unique, la participation restait très élevée à 92,6 %. Ces chiffres reflétaient un engagement électoral forcé ou largement encouragé durant l’ère du parti unique, où l’absence d’alternative pouvait gonfler artificiellement la participation.

Avec le retour du multipartisme en 1992, une chute brutale de la participation est enregistrée. Lors de la présidentielle d’octobre 1992, seulement 71,9 % des inscrits ont voté, soit plus de 20 points de moins qu’en 1988. Cette élection de 1992 – la première réellement pluraliste – a vu une mobilisation moindre en raison du scepticisme et des tensions politiques, mais aussi possiblement d’un vote de protestation par l’abstention. Par la suite, le taux de participation a fluctué sans jamais retrouver les sommets des années 1980 : 83,1 % en 1997 (élection boycottée par une partie de l’opposition, ce qui, paradoxalement, a pu augmenter le pourcentage de participation des seuls partisans du pouvoir dans les statistiques), puis 82,2 % en 2004. À partir de 2011, une nouvelle baisse structurelle s’observe : la participation tombe à 68,2 %, signe d’une démobilisation croissante de l’électorat. Cette tendance s’est accentuée lors des deux scrutins les plus récents, avec un taux de participation historiquement bas de 53,8 % en 2018 – dans un contexte marqué par le conflit anglophone et la méfiance envers le processus électoral – suivi d’une légère remontée à 57,8 % en 2025. Malgré cette légère hausse en 2025 (environ +4 points par rapport à 2018), seuls un peu plus de la moitié des électeurs inscrits se sont déplacés. Autrement dit, près de 42 % des citoyens enregistrés ont choisi de s’abstenir en 2025, traduisant un désengagement politique massif.

Cette diminution de la participation sur le long terme traduit une crise de confiance envers le processus électoral et les dirigeants en place. Alors qu’aux débuts du régime Biya la participation quasi-générale pouvait être interprétée (non sans controverse) comme un soutien de façade massif, les scrutins récents montrent une population de plus en plus silencieuse dans les urnes. Le désintérêt ou le boycott d’une large frange de l’électorat jette un sérieux doute sur la légitimité populaire du vainqueur, même s’il est légalement élu. En effet, une élection remportée avec seulement 54-58 % de participation signifie que le président élu ne représente, en voix, qu’une minorité des citoyens en âge de voter, et a fortiori une fraction encore plus petite de l’ensemble de la population.

Réponse du Pr Jimmy Yab, Président du MLDC, à Paul Atanga Nji: Gouverner avec le peuple, non contre lui

À vous, Monsieur le Ministre, je dis ceci :
Vous êtes aujourd’hui au cœur d’une période sensible de notre histoire. Vous avez entre vos mains une responsabilité immense, celle de préserver la cohésion nationale.
Je vous invite à être non seulement le ministre de l’administration territoriale, mais le ministre de la réconciliation territoriale, celui qui apaise, qui unit, qui écoute.

Si la Cour constitutionnelle confère la légalité à Paul Biya, il est clair qu’avec seulement 8 % des Camerounais ayant voté pour lui en octobre 2025, il a perdu toute légitimité – Analyse des élections présidentielles au Cameroun (1984-2025)

Analyse des élections présidentielles au Cameroun (1984-2025)

Introduction

Le scrutin présidentiel du 12 octobre 2025 au Cameroun s’est conclu par l’annonce de la victoire de Paul Biya, 92 ans, pour un huitième mandat consécutif. Cette victoire a été entérinée légalement par le Conseil constitutionnel, qui a proclamé M. Biya élu avec 53,66 % des suffrages. Cependant, derrière cette légalité formelle se dessine une érosion marquée de la légitimité populaire du chef de l’État. En effet, une analyse détaillée des huit dernières élections présidentielles au Cameroun (de 1984 à 2025) révèle une baisse drastique de la participation électorale et une diminution de la proportion de Camerounais soutenant activement Paul Biya. Cet article propose une analyse comparative, chiffres officiels à l’appui, de l’évolution du taux de participation, de la taille du corps électoral et du niveau réel de soutien dont dispose Paul Biya, afin de démontrer que, malgré la validation légale de son pouvoir, le président sortant a perdu l’assise légitime qu’il avait pu revendiquer lors des premiers scrutins de son règne.

Évolution du taux de participation depuis 1984

Figure 1: Taux de participation aux élections présidentielles camerounaises (1984-2025). Les pourcentages de votants par rapport aux inscrits ont chuté de près de 98 % en 1984 à seulement 54-58 % sur la période récente, illustrant une nette désaffection électorale.

Au fil des huit dernières présidentielles, le taux de participation a connu un déclin significatif, passant d’un niveau quasi unanime lors du régime de parti unique à un peu plus de la moitié du corps électoral dans les scrutins récents. En 1984, Paul Biya était seul candidat et le taux de participation officiel atteignait 97,7 % – quasiment l’ensemble des inscrits avaient voté. En 1988, encore sous le régime du parti unique, la participation restait très élevée à 92,6 %. Ces chiffres reflétaient un engagement électoral forcé ou largement encouragé durant l’ère du parti unique, où l’absence d’alternative pouvait gonfler artificiellement la participation.

Avec le retour du multipartisme en 1992, une chute brutale de la participation est enregistrée. Lors de la présidentielle d’octobre 1992, seulement 71,9 % des inscrits ont voté, soit plus de 20 points de moins qu’en 1988. Cette élection de 1992 – la première réellement pluraliste – a vu une mobilisation moindre en raison du scepticisme et des tensions politiques, mais aussi possiblement d’un vote de protestation par l’abstention. Par la suite, le taux de participation a fluctué sans jamais retrouver les sommets des années 1980 : 83,1 % en 1997 (élection boycottée par une partie de l’opposition, ce qui, paradoxalement, a pu augmenter le pourcentage de participation des seuls partisans du pouvoir dans les statistiques), puis 82,2 % en 2004. À partir de 2011, une nouvelle baisse structurelle s’observe : la participation tombe à 68,2 %, signe d’une démobilisation croissante de l’électorat. Cette tendance s’est accentuée lors des deux scrutins les plus récents, avec un taux de participation historiquement bas de 53,8 % en 2018 – dans un contexte marqué par le conflit anglophone et la méfiance envers le processus électoral – suivi d’une légère remontée à 57,8 % en 2025. Malgré cette légère hausse en 2025 (environ +4 points par rapport à 2018), seuls un peu plus de la moitié des électeurs inscrits se sont déplacés. Autrement dit, près de 42 % des citoyens enregistrés ont choisi de s’abstenir en 2025, traduisant un désengagement politique massif.

Cette diminution de la participation sur le long terme traduit une crise de confiance envers le processus électoral et les dirigeants en place. Alors qu’aux débuts du régime Biya la participation quasi-générale pouvait être interprétée (non sans controverse) comme un soutien de façade massif, les scrutins récents montrent une population de plus en plus silencieuse dans les urnes. Le désintérêt ou le boycott d’une large frange de l’électorat jette un sérieux doute sur la légitimité populaire du vainqueur, même s’il est légalement élu. En effet, une élection remportée avec seulement 54-58 % de participation signifie que le président élu ne représente, en voix, qu’une minorité des citoyens en âge de voter, et a fortiori une fraction encore plus petite de l’ensemble de la population.

Contraction du corps électoral vs croissance de la population

En parallèle de la baisse du taux de participation, les données révèlent que la croissance du corps électoral n’a pas suivi la croissance démographique du Cameroun, creusant davantage le fossé de la représentativité. La « taille du fichier électoral » (c’est-à-dire le nombre d’électeurs inscrits) a certes augmenté en valeur absolue depuis les années 1980, passant d’environ 3,9 à 4 millions d’inscrits dans les années 1980 à plus de 8 millions en 2025. Cependant, cette hausse numérique des inscrits est proportionnellement bien inférieure à l’augmentation de la population totale du pays durant la même période.

Pour mettre en perspective : en 1984, avec ~4 millions d’inscrits sur les listes électorales, quasiment 100 % des électeurs potentiels votaient (participation 97-98%). Le Cameroun comptait alors aux alentours de 10 à 12 millions d’habitants dans les années 1980. Ainsi, le corps électoral représentait peut-être un Camerounais sur trois environ (en considérant qu’une large part de la population était mineure et non éligible au vote, ce ratio suggère qu’une bonne partie des adultes étaient inscrits). En 2025, on compte officiellement 8 082 692 électeurs inscrits, pour une population estimée à environ 30 millions d’habitants. Cela signifie que le fichier électoral ne couvre même pas un Camerounais sur trois (environ 27 % de la population totale seulement). Même en ne considérant que la population en âge de voter, une part significative de citoyens ne s’inscrit plus sur les listes.

Plus inquiétant encore, sur ces 8,08 millions d’électeurs inscrits en 2025, seuls 4,67 millions ont effectivement voté. Moins de 15,6 % de la population totale du Cameroun a donc pris part au choix du président en 2025 (4,67 millions de votants sur ~30 millions d’habitants). Autrement dit, plus de 84 % des Camerounais n’ont pas voté lors de cette élection présidentielle (que ce soit par abstention, non-inscription, ou en raison de l’inéligibilité liée à l’âge). Ce pourcentage est considérable et sans équivoque quant à la faible inclusion démocratique du scrutin. Il suggère que la majorité écrasante de la population ne s’est pas exprimée dans cette élection – soit par choix (apathie, boycott, méfiance), soit par absence du fichier électoral, soit parce qu’elle est mineure, ce qui, compte tenu de la pyramide des âges, n’explique qu’une partie du phénomène.

Une légitimité populaire en chute libre pour Paul Biya

Les conséquences directes de la faible participation et de la couverture incomplète du fichier électoral se reflètent dans le nombre de voix obtenues par le président Biya et sa part au sein de l’ensemble des citoyens. Bien que M. Biya ait été proclamé vainqueur avec 53,66 % des suffrages exprimés en 2025, ce pourcentage ne s’applique qu’aux suffrages exprimés. Rapporté à l’ensemble du corps électoral ou, plus encore, à l’ensemble de la nation camerounaise, le soutien réel dont il dispose est extrêmement minoritaire.

En 2025, Paul Biya a recueilli 2 474 179 voix sur son nom. Cela équivaut à environ 30,6 % des électeurs inscrits (2,47 millions sur 8,08 millions) et seulement environ 8 % de la population totale du pays. Autrement dit, moins d’un Camerounais sur dix a voté pour reconduire Paul Biya à la magistrature suprême. Même en considérant uniquement les adultes en âge de voter, la proportion de ceux qui ont apporté leur suffrage à M. Biya reste très minoritaire. Un président élu par 8 % de la population peut difficilement revendiquer une légitimité démocratique solide, quand bien même la loi l’investit officiellement de la charge.

Il est instructif de comparer ce soutien populaire résiduel avec les chiffres des élections antérieures, afin de mesurer l’érosion au fil du temps. Dans les années 1980, lors des scrutins à candidat unique de 1984 et 1988, Paul Biya obtenait près de 100 % des voix – soit environ 3,3 à 3,8 millions de suffrages, correspondant quasiment à tous les votants du pays. Certes, ces chiffres étaient le produit d’élections non concurrentielles, mais en termes absolus, le nombre de citoyens ayant “soutenu” Biya dépassait 3 millions, ce qui représentait une part non négligeable de la population de l’époque (probablement autour de 25-30 % de l’ensemble des Camerounais de l’époque avaient voté pour lui, étant donné la population plus réduite).

Avec l’avènement du multipartisme, le score officiel de Paul Biya a fluctué en raison de la concurrence électorale, mais il est resté longtemps élevé tout en correspondant paradoxalement à une fraction de plus en plus petite de la population. Par exemple, en 1992, Paul Biya ne remporte officiellement que 39,98 % des suffrages exprimés, soit 1,185 million de voix – à peine un tiers des inscrits et environ 8 % de la population d’alors. Il frôle d’ailleurs la défaite face à John Fru Ndi qui obtient 1,066 million de voix (36 %). Cette élection de 1992 avait mis en lumière le recul de l’assise électorale du président sortant dès qu’un véritable choix était offert aux électeurs.

Par la suite, grâce à des boycotts partiels de l’opposition et à l’appareil d’État, M. Biya a retrouvé des scores officiels écrasants (par ex. 92,6 % des voix en 1997, 70,9 % en 2004, 77,99 % en 2011, 71,3 % en 2018). Toutefois, ces pourcentages élevés cachent le fait que le nombre total de suffrages en sa faveur stagnait ou diminuait en proportion de la population. En 2004, ses ~2,66 millions de voix représentaient environ 11-12 % des Camerounais, et en 2011 ses 3,77 millions de voix représentaient environ 18 % de la population du moment (estimée ~20 millions). En 2018, les 2,52 millions de voix attribuées à Paul Biya ne constituaient qu’environ 10 % de la population (environ 25 millions d’habitants en 2018), et ce malgré un score officiel de 71 %. La dégradation est encore plus frappante en 2025 : avec 2,47 millions de voix seulement, le président sortant obtient moins de voix qu’en 2011, alors que le Cameroun compte près de 10 millions d’habitants de plus qu’en 2011. Le contraste entre légalité et légitimité n’a jamais été aussi grand : la Cour constitutionnelle a beau “donner la légalité” à cette élection, le verdict des urnes montre que Paul Biya est soutenu par une infime minorité de la nation.

En termes de tendance historique, on observe donc que la « légitimité chiffrée » de Paul Biya s’est érodée décennie après décennie. Il est passé du statut de dirigeant plébiscité (artificiellement) par presque toute la population votante dans les années 1980, à celui d’un président dont la victoire tient surtout à l’abstention et à la fragmentation de l’opposition, plutôt qu’à une adhésion massive. Même son score officiel de 53,7 % en 2025 – le plus bas de sa carrière – indique qu’une bonne partie des votants ont choisi un autre candidat malgré les entraves (son principal opposant de 2018, Maurice Kamto, ayant été exclu du scrutin de 2025). Issa Tchiroma Bakary, présenté comme opposant en 2025, a recueilli 35,2 % des voix selon les résultats officiels, ce qui suggère qu’une majorité d’électeurs souhaitaient, du moins sur le papier, une alternance. Le fait qu’un ancien ministre de Biya (Tchiroma) ait pu fédérer une telle proportion souligne en creux l’essoufflement de l’adhésion à l’homme au pouvoir depuis 43 ans. Quant à la légitimité future, on peut anticiper qu’elle serait encore plus remise en cause : la jeunesse camerounaise, majoritaire dans la pyramide des âges, s’implique peu dans un système qu’elle juge bloqué, et la prochaine élection risque de voir une poursuite de ces tendances si aucune ouverture démocratique n’a lieu.

Conclusion

En définitive, l’analyse des chiffres officiels des huit dernières élections présidentielles camerounaises met en lumière un décrochage net entre la légalité et la légitimité du pouvoir de Paul Biya. Sur le plan légal, Paul Biya est sans conteste le président proclamé par les institutions – il a toujours su faire valider ses mandats successifs, y compris en 2025 où le Conseil constitutionnel l’a déclaré vainqueur. Toutefois, sur le plan sociopolitique, la légitimité démocratique que confère un véritable soutien populaire s’est évaporée au fil du temps. La courbe descendante de la participation électorale traduit le désaveu ou la résignation d’une grande partie des Camerounais. De plus, comparée à la population totale, la portion qui accorde effectivement son vote à Paul Biya est devenue infime. Gouverner avec l’approbation explicite de moins d’un dixième de la population pose un sérieux problème de mandat moral pour un dirigeant, aussi légal soit-il.

En 2025, le message envoyé par les urnes est clair : la légalité institutionnelle ne suffit plus à fonder la légitimité aux yeux du peuple. Un président “élu” par une minorité de votants, dans une élection marquée par l’abstention et l’exclusion de candidats majeurs, voit son autorité morale affaiblie. Ce constat, appuyé par les données historiques, indique que Paul Biya a perdu toute légitimité populaire au Cameroun, quand bien même il conserve le pouvoir par les voies légales. En science politique, la légitimité d’un régime se mesure à l’adhésion qu’il suscite : à l’aune des chiffres analysés, l’adhésion autour du régime Biya n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était autrefois. Ainsi, le contrat social entre le président et la population apparaît gravement rompu, posant la question de la pérennité d’un tel statu quo. Sans changements profonds (alternance politique, réformes électorales inclusives, regain de confiance citoyenne), la crise de légitimité ne fera sans doute que s’aggraver, avec des conséquences potentiellement déstabilisatrices pour le Cameroun.

Sources des données électorales officielles: Les chiffres évoqués dans cet article proviennent des publications officielles (Conseil constitutionnel, commission électorale ELECAM) et sont rapportés par des sources secondaires fiables, notamment des analyses universitaires et des bases de données électorales. Ces données incluent le nombre d’inscrits, le nombre de votants, les taux de participation, ainsi que les résultats (voix et pourcentages) des principaux candidats pour chaque élection depuis 1984. Le constat de la baisse tendancielle de la participation et de l’érosion du soutien en voix du président Biya est étayé par ces données officielles, comme discuté ci-dessus. En synthèse, malgré la “légalité” conférée par la validation institutionnelle des scrutins, l’analyse quantitative sur longue période démontre une perte de légitimité politique pour le président Biya au regard de la souveraineté populaire.


References on request

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PRÉSIDENTIELLES 2025, NOMINATIONS DANS L’ARMÉE PAR PAUL BIYA: Généraux du peuple BASSÃA -MPÕO- BÃTI: Ne trahissez jamais UM NYOBÈ et le peuple Camerounais  

Il y a quelques jours, le Président Paul Biya a procédé à une série de nominations au sein des forces armées camerounaises. Parmi ces promotions figurent plusieurs généraux issus de la communauté Bassa Mpoo Bâti. À vous, je m’adresse aujourd’hui avec gravité et respect.

Cette reconnaissance formelle de vos compétences, de votre loyauté et de votre professionnalisme est, sans aucun doute, méritée. Mais qu’elle ne soit ni détournée ni pervertie pour servir des desseins qui ne sont plus ceux de la République, ni ceux de votre peuple.

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🎬 ÉPISODE 4. Ahidjo et le parti unique : la dictature institutionnalisée

En 1966, Ahmadou Ahidjo proclame la création de l’Union Nationale Camerounaise (UNC).

Mais ce n’est qu’en apparence un parti politique.

En réalité, c’est une architecture de domination, un outil froid, impersonnel, conçu pour organiser l’obéissance, surveiller les consciences, et neutraliser toute dissidence.

Le Cameroun entre alors dans une ère où la politique devient liturgie, et où la loyauté au chef supplante toute idée de débat.

AU NOM DE QUOI LE GRAND NORD REVIENDRAIT -il AU POUVOIR AU CAMEROUN EN 2025? NON! CE N’EST PAS AHIDJO QUI A DONNÉ LE POUVOIR À PAUL BIYA ; C’EST LA FRANCE.

1. NON, CE N’EST PAS AHIDJO QUI A DONNÉ LE POUVOIR À PAUL BIYA ; C’EST LA FRANCE.

Le transfert de pouvoir en 1982 n’est pas un acte souverain d’Ahidjo,

mais une décision dictée par la France, soucieuse de préserver ses intérêts postcoloniaux.

Les archives diplomatiques et les travaux académiques montrent que Paul Biya a été choisi dans le cadre d’un agenda géopolitique français.

2. LE GRAND NORD N’A PAS COMBATTU POUR L’INDÉPENDANCE : IL EN A HÉRITÉ.

Ce n’est pas par engagement souverainiste que le Grand Nord est arrivé au pouvoir.

Pendant que des figures comme Ruben Um Nyobè, Félix-Roland Moumié, Ernest Ouandié, Osendé Afana

versaient leur sang, le Grand Nord collaborait avec l’administration coloniale.

3. SE RÉCLAMER D’AHIDJO, C’EST SE RÉCLAMER D’UN RÉGIME DE TERREUR.

Ahidjo a bâti sa légitimité politique sur la répression.

Il a organisé la liquidation des résistants indépendantistes,

particulièrement dans les régions Bassa et Bamiléké.

Se revendiquer de son modèle, c’est revendiquer une continuité de violence d’État.

Nous refusons cela.

4. CROIRE QU’ON NE PEUT GAGNER UNE ÉLECTION SANS LE GRAND NORD EST UNE ILLUSION POLITIQUE.

Les peuples que le régime d’Ahidjo a opprimés ne se laisseront plus gouverner par ceux qui glorifient son héritage.

On ne construit pas une nation sur l’oubli des souffrances.

Il faut justice, mémoire et reconnaissance.

5. LES PEUPLES QUE VOUS AVEZ MARTYRISÉS NE VOUS REDONNERONT JAMAIS LEUR CONFIANCE.

Le retour au pouvoir du Grand Nord, sans rupture avec l’héritage autoritaire et répressif, est une illusion.

La République ne peut se bâtir sur l’impunité historique.

Amadou Ahidjo, André-Marie Mbida et la mort de Ruben Um Nyobè (1958) : Responsabilités croisées dans une décolonisation en bain de sang

Résumé

Résumé :
La mort de Ruben Um Nyobè le 13 septembre 1958, dans la forêt de Boumnyébel, marque une rupture politique décisive dans le processus de décolonisation du Cameroun. Ce leader charismatique de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), défenseur infatigable d’une indépendance immédiate, unifiée et anti-impérialiste, a été éliminé dans des conditions opaques, alors que le Cameroun passait sous la direction successive d’André-Marie Mbida puis d’Ahmadou Ahidjo. Cet article examine, à partir des sources historiques disponibles, les responsabilités politiques différenciées de ces deux Premiers ministres camerounais dans l’assassinat de Ruben Um Nyobè, survenu à un tournant stratégique de la transition néocoloniale. En articulant analyse contextuelle, responsabilités institutionnelles et stratégies politiques individuelles, il propose une relecture critique des logiques internes et externes ayant conduit à la neutralisation définitive du porte-parole des aspirations populaires camerounaises.

Abstract:
The assassination of Ruben Um Nyobè on 13 September 1958 in the Boumnyébel forest represents a decisive political rupture in the decolonisation of Cameroon. As the emblematic leader of the Union of the Peoples of Cameroon (UPC), Um Nyobè advocated uncompromising independence and unity against neocolonial domination. His elimination occurred during the successive administrations of Prime Ministers André-Marie Mbida and Ahmadou Ahidjo. This article investigates the respective political responsibilities of these two leaders in the context of Um Nyobè’s death. Through a critical reading of historical evidence and political decision-making, it aims to reassess the internal and external mechanisms that enabled this colonial crime and shaped the trajectory of postcolonial authoritarianism in Cameroon.

Mots-clés / Keywords :
Ruben Um Nyobè, Ahmadou Ahidjo, André-Marie Mbida, UPC, décolonisation, Cameroun, Françafrique, néocolonialisme, responsabilité politique, assassinats coloniaux.


Dépouille de Ruben Um Nyobè

Introduction

Le 13 septembre 1958, le leader indépendantiste camerounais Ruben Um Nyobè est assassiné par une unité de l’armée française dans la forêt de Boumnyébel. L’homme qui, pendant une décennie, avait incarné l’aspiration du peuple camerounais à une indépendance véritable, meurt en clandestinité, sans procès, sans sépulture reconnue, et sans que sa disparition ne suscite de condamnation officielle de la part des autorités locales. Cette exécution extrajudiciaire, qualifiée par plusieurs chercheurs comme un “crime colonial d’État” (Deltombe et al., 2011), pose aujourd’hui encore des questions essentielles quant aux complicités internes à l’appareil politique camerounais.

Au moment de l’assassinat de Ruben Um Nyobè, le Cameroun est dirigé par Ahmadou Ahidjo, nommé Premier ministre en février 1958. Il succède à André-Marie Mbida, Premier ministre de 1957 à début 1958, dont la chute avait été soutenue par les autorités coloniales françaises. Tous deux sont des figures politiques majeures de la période transitoire précédant l’indépendance de 1960, et tous deux ont, à des degrés divers, refusé de dialoguer avec l’UPC, le parti dont Um Nyobè était le secrétaire général. Ce refus du dialogue a ouvert la voie à une militarisation du conflit, appuyée par la France, et à l’élimination progressive de tous les cadres indépendantistes radicaux.

Les travaux récents sur la guerre cachée au Cameroun (Deltombe, Domergue & Tatsitsa, 2011 ; Mbembe, 1996 ; Joseph, 1977) ont mis en évidence la convergence des intérêts entre l’État colonial français et certaines élites camerounaises. Ces dernières ont souvent vu dans la liquidation de l’UPC un moyen d’asseoir leur légitimité, en se posant comme partenaires de la transition et garants d’un ordre public hérité du système colonial. La question se pose alors : dans quelle mesure Ahmadou Ahidjo et André-Marie Mbida portent-ils une responsabilité politique, directe ou indirecte, dans la mort de Ruben Um Nyobè ?

La présente étude se propose d’examiner cette question avec méthode critique. Elle ne vise ni à réhabiliter Um Nyobè dans un récit hagiographique, ni à condamner à la légère les deux Premiers ministres camerounais. Il s’agit plutôt de comprendre, dans un cadre factuel et analytique, le rôle respectif de chacun dans le processus de marginalisation, puis d’élimination de l’UPC et de son chef historique. Car si l’assassinat physique de Ruben Um Nyobè est perpétré par l’armée française, sa neutralisation politique et symbolique a été facilitée — voire orchestrée — par des Camerounais en position d’autorité.

En amont de ce drame, André-Marie Mbida, tout en étant hostile au néocolonialisme français, s’était déjà montré ferme à l’égard de l’UPC, qu’il considérait comme “anarchisante” et incompatible avec sa vision d’un État centralisé et chrétien. Quant à Ahmadou Ahidjo, il a bâti son pouvoir sur un pacte de stabilité avec la France, et s’est montré tout aussi inflexible à l’égard de l’opposition nationaliste, qu’il a poursuivie après l’indépendance.

Dans cette perspective, l’article procèdera en trois temps. Il reviendra d’abord sur le contexte politique et militaire du Cameroun entre 1955 et 1958, en expliquant la trajectoire ascendante, puis réprimée, de l’UPC. Ensuite, il analysera les parcours et les visions politiques contrastées de Mbida et Ahidjo, leurs stratégies respectives face à l’UPC, et leur insertion dans l’appareil postcolonial en gestation. Enfin, il étudiera les faits précis de l’assassinat de Um Nyobè, ses auteurs, les réactions (ou non-réactions) officielles, et les conséquences politiques du silence.

À travers cette analyse, l’article ambitionne de contribuer à une relecture critique de la mémoire nationale camerounaise, dans un moment où l’oubli programmé des figures comme Um Nyobè continue d’entraver la construction démocratique du pays. En effet, comme le souligne Achille Mbembe :

« La postcolonie a besoin de ses fantômes. Mais ce dont elle manque le plus, c’est d’une vérité partagée sur les fondations sanglantes de l’État postcolonial » (Mbembe, 2000, p. 72).

Partie I – Le contexte politique du Cameroun entre 1955 et 1958

1.1. La cristallisation de la lutte anticoloniale : l’émergence de l’UPC

À la veille des indépendances africaines, le Cameroun est un territoire sous tutelle des Nations Unies, administré de facto par la France. Dans ce cadre, la revendication d’une indépendance authentique, immédiate et unifiée devient l’objectif central de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), fondée en 1948 par Ruben Um Nyobè et ses compagnons d’origine syndicale et panafricaine. Dès le début des années 1950, l’UPC fédère une base populaire très large, particulièrement dans les régions Bassa et Bamiléké, articulant les aspirations sociales, anticoloniales et culturelles.

Contrairement aux partis modérés pro-français, l’UPC rejette les réformes partielles et appelle à une rupture complète avec l’ordre colonial. Dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU, Ruben Um Nyobè écrit :

« Il ne peut y avoir de paix durable ni de développement réel dans un pays où l’administration coloniale tire ses lois du canon et où la représentation nationale est un théâtre monté pour calmer la conscience des puissances occidentales. » (Lettre à l’ONU, 1952, citée in Deltombe et al., 2011, p. 113)

L’UPC refuse d’entrer dans les logiques électorales encadrées par les autorités françaises, qu’elle juge biaisées et conçues pour coopter des élites dociles. Cette posture radicale, fondée sur une stratégie de mobilisation populaire, inquiète Paris qui y voit un risque de contagion révolutionnaire dans un contexte de guerre froide.


1.2. L’interdiction de l’UPC et le tournant de la violence politique (1955)

Le 13 juillet 1955, le gouverneur Roland Pré interdit l’UPC à la suite d’émeutes à Douala, Yaoundé et Edéa. Cette interdiction précipite le mouvement dans la clandestinité. Elle ouvre une ère de répression militaire systématique, notamment dans les zones UPC (Sanaga-Maritime, Moungo, Bamiléké), qui seront dès lors qualifiées de “zones rebelles”. Des milliers de militants sont arrêtés, torturés ou tués sans procès.

La France applique au Cameroun des méthodes de guerre contre-insurrectionnelle expérimentées en Indochine et en Algérie : quadrillage militaire, regroupement des villages, torture, exécutions sommaires. Les autorités coloniales justifient la violence en présentant l’UPC comme une organisation “communiste” infiltrée par des “agents extérieurs”, une rhétorique typique de l’époque.

Selon Achille Mbembe :

« La guerre contre l’UPC a été pensée dès le départ comme une opération de liquidation d’une conscience historique. Elle visait moins à contenir une insurrection armée qu’à éradiquer une alternative politique au néocolonialisme. » (Mbembe, 1996, p. 246)


1.3. La loi-cadre Defferre et la recomposition institutionnelle (1956–1957)

En réponse aux pressions nationalistes, la France promulgue en 1956 la loi-cadre Gaston Defferre, censée offrir une autonomie interne progressive aux colonies d’Afrique noire. Le Cameroun se dote ainsi d’une Assemblée législative du Cameroun (ALCAM), élue au suffrage universel indirect, et d’un gouvernement local dirigé par un Premier ministre.

Cette réforme est accueillie avec scepticisme par l’UPC, qui y voit un leurre destiné à intégrer les élites africaines dans un dispositif de transition néocoloniale. De son côté, Paris sélectionne soigneusement les figures politiques qu’elle juge compatibles avec son projet : des leaders modérés, francophones, catholiques ou musulmans, formés dans les réseaux administratifs coloniaux.

C’est dans ce contexte qu’émerge André-Marie Mbida, député à l’Assemblée nationale française, chrétien et anticommuniste, issu du mouvement Bloc Démocratique Camerounais (BDC). Il est nommé Premier ministre du Cameroun autonome en mai 1957. Il devient le symbole d’une indépendance sous contrôle, acceptable pour Paris, mais illégitime aux yeux d’une frange importante de la population.


1.4. André-Marie Mbida : une autorité affaiblie, un nationalisme ambivalent

Si Mbida se montre critique à l’égard du système colonial — il refuse notamment d’intégrer le Cameroun dans la Communauté française proposée par De Gaulle en 1958 — il reste hostile à l’UPC, qu’il juge subversive. Dans un discours à l’ALCAM, il déclare :

« Le Cameroun doit choisir entre le désordre et la République. Il ne saurait y avoir d’État fort sans la paix, et cette paix ne peut venir que d’un pouvoir légitime appuyé sur l’ordre. » (ALCAM, juillet 1957, cité in Owona, 2001, p. 224)

Mbida tente de créer une administration nationale indépendante, mais il se heurte à l’opposition des colons, de l’administration française et d’une partie de l’armée, qui l’accusent d’autoritarisme. En janvier 1958, sur pression de l’administration coloniale, il est contraint de démissionner. Son éviction est saluée à Paris comme un soulagement. Il est remplacé par Ahmadou Ahidjo, alors ministre de l’Intérieur.


1.5. Ahmadou Ahidjo et la consolidation du compromis néocolonial (1958)

Ahidjo est une figure ascendante, musulmane, originaire du Nord, perçu comme plus malléable par les autorités françaises. Il accepte les conditions posées par Paris : maintien des accords militaires et économiques, coopération étroite, poursuite de la répression contre l’UPC. Dès son arrivée au pouvoir en février 1958, il durcit l’appareil sécuritaire.

Selon Deltombe et al. :

« Ahidjo n’arrive pas au pouvoir par une insurrection populaire mais par une opération de déplacement autoritaire opérée par Paris. Il n’est pas l’homme du peuple, mais l’homme de l’ordre, et cet ordre est d’abord celui de la France. » (Deltombe et al., 2011, p. 357)

Sous sa direction, la lutte contre l’UPC devient une “guerre totale”. Il obtient un soutien accru de l’armée française, qui mène des opérations militaires dans les maquis. C’est dans ce contexte qu’est tué Ruben Um Nyobè, le 13 septembre 1958, sans que le gouvernement d’Ahidjo ne condamne ni même ne commente officiellement l’opération.


1.6. Un contexte politique d’inféodation stratégique

Entre 1955 et 1958, le Cameroun entre dans une logique de pré-indépendance sous haute surveillance. Le système de domination se redéploie : on remplace l’autorité directe du colon par un système d’élites locales sélectionnées, dépendantes économiquement et militairement de la France. L’UPC, en tant que projet politique alternatif, est exclue du jeu.

Comme le note Richard Joseph :

« The liquidation of Um Nyobè and the disbanding of the UPC constituted the destruction of a genuinely mass-based nationalist movement, replaced by a bureaucratic-authoritarian structure supported by external interests. » (Joseph, 1977, p. 123)


Conclusion partielle de la Partie I

Le contexte politique entre 1955 et 1958 est donc marqué par une recomposition autoritaire et néocoloniale du pouvoir, dans laquelle les figures de Mbida et surtout d’Ahidjo jouent un rôle essentiel. La répression de l’UPC et l’assassinat de Ruben Um Nyobè apparaissent non comme des accidents isolés, mais comme des conséquences logiques d’une stratégie de contrôle politique où les intérêts français sont sauvegardés par une élite locale cooptée.

Partie II – Trajectoire politique de Ruben Um Nyobè et singularité de son projet national

2.1. Les origines intellectuelles d’un leader anticolonial

Né en 1913 à Song Mpek dans la Sanaga-Maritime, Ruben Um Nyobè appartient à une génération d’Africains éduqués dans les écoles missionnaires, mais rapidement politisés par l’injustice coloniale et les luttes syndicales. Enseignant, puis greffier, il s’engage dès les années 1940 dans les mouvements de libération africains. Il devient rapidement un porte-voix d’un panafricanisme anti-impérialiste fondé sur la justice sociale, l’unité nationale et la souveraineté politique. En 1948, il participe à la fondation de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), dont il sera le secrétaire général jusqu’à sa mort.

Influencé par le socialisme africain, la pensée de Kwame Nkrumah, de Marcus Garvey, et les mouvements ouvriers français, Um Nyobè s’oppose à une indépendance octroyée ou déconnectée des masses. Comme l’indique Richard Joseph :

« Um Nyobè was a self-made intellectual whose political trajectory was deeply embedded in the structural contradictions of colonial rule. His leadership was not only nationalist but also ethical, grounded in a moral vision of emancipation » (Joseph, 1977, p. 87).

Son engagement s’articule autour de trois principes non négociables : l’unification du Cameroun (français et britannique), l’indépendance immédiate, et la non-violence stratégique, inspirée de Gandhi.


2.2. Un projet de libération enraciné dans le peuple

Contrairement à d’autres figures politiques de l’époque, souvent issues des classes bourgeoises ou cléricales, Um Nyobè se distingue par son immersion dans les luttes populaires. Il sillonne villages et plantations, tissant un réseau politique fondé sur l’éducation politique, la solidarité syndicale, et la prise de conscience historique.

Dans un discours célèbre devant l’ONU en 1952, il déclare :

« Notre peuple a le droit de se gouverner lui-même, de décider librement de son avenir. Ce droit ne peut être suspendu au bon vouloir des colons, ni être conditionné par leur prétendue maturité politique. »
(Discours devant la IVe Commission de l’ONU, 1952, cité in Deltombe et al., 2011, p. 111)

Cette stratégie de politisation des masses rurales inquiète l’administration coloniale, qui voit émerger une forme de contre-pouvoir populaire hors de tout cadre institutionnel. L’UPC devient un mouvement de masse avec des sections dans tous les grands centres urbains et un ancrage rural profond, notamment dans la Sanaga-Maritime, le Moungo et le pays bamiléké.


2.3. L’UPC : un mouvement subversif pour le pouvoir colonial

Pour la France, l’UPC n’est pas simplement un parti contestataire : c’est une menace existentielle à l’ordre impérial. Alors que l’AOF et l’AEF négocient des indépendances sous tutelle dans le cadre de la loi-cadre Defferre, l’UPC propose une autre voie de souveraineté.

Dans un mémo interne de l’administration française, on peut lire :

« L’UPC ne peut être traité comme un partenaire politique. Il incarne une remise en cause totale de notre autorité, et ne peut subsister dans une logique de cohabitation institutionnelle. »
(Archives de la France d’Outre-Mer, 1954, cité in Deltombe et al., 2011, p. 213)

Cette position entraîne une militarisation rapide du territoire : l’administration coloniale classe les zones UPC comme “rouges”, y déploie des troupes, et instaure un climat de terreur. L’UPC est interdite le 13 juillet 1955, suite à des troubles à Douala. Um Nyobè entre alors en clandestinité.


2.4. La clandestinité, la radicalisation et l’isolement

De 1955 à 1958, Um Nyobè mène la résistance depuis la forêt de Boumnyébel, poursuivant ses actions politiques, rédigeant des manifestes, et refusant l’option armée malgré la pression de certains militants. Il espère encore que l’ONU interviendra et que la communauté internationale reconnaîtra la légitimité de l’UPC.

Dans un tract retrouvé après sa mort, il écrit :

« L’usage des armes n’est pas notre voie. Nous voulons une victoire politique, morale et populaire. Le fusil ne fera que renforcer nos ennemis. Ce que nous voulons, c’est la justice, pas la vengeance. »
(Lettre du Maquis, août 1957, citée in Mbembe, 1996, p. 281)

Mais en parallèle, une aile plus radicale, notamment dans l’Ouest, commence à mener des attaques contre les représentants de l’État. La répression se généralise. Um Nyobè est de plus en plus isolé, traqué, et trahi. Ses appels à la négociation sont ignorés par le pouvoir colonial, mais aussi par les Premiers ministres camerounais successifs.


2.5. L’absence de relais politiques locaux : silence de Mbida, complicité d’Ahidjo ?

La singularité du projet politique d’Um Nyobè le place en déphasage avec les élites camerounaises naissantes, notamment André-Marie Mbida et Ahmadou Ahidjo. Mbida, bien qu’hostile au néocolonialisme français, refuse toute alliance avec l’UPC, qu’il considère comme un mouvement subversif et incontrôlable. Il refuse de plaider pour la légalisation du parti ou l’arrêt de la répression.

Ahidjo, quant à lui, consolide son pouvoir en se positionnant comme un partenaire fiable pour la France. Il accepte de maintenir l’ordre colonial en échange de son accession au sommet de l’État. Comme le soulignent Deltombe et al. (2011, p. 367), la guerre contre l’UPC devient alors un “deal politique” entre Ahidjo et l’armée française : en échange du pouvoir, il garantit l’éradication de l’UPC.

Ainsi, à la veille de l’assassinat de Ruben Um Nyobè, aucune autorité camerounaise n’intervient pour dénoncer la répression, ni pour exiger un procès. Le silence de Mbida, remplacé, et le zèle sécuritaire d’Ahidjo, installé, sont les deux faces d’une complicité institutionnelle dans l’élimination du projet upéciste.


2.6. Une vision politique inachevée, mais prophétique

La pensée de Ruben Um Nyobè, bien que censurée pendant des décennies, reste aujourd’hui d’une pertinence structurelle. Il fut l’un des premiers à dénoncer le risque d’un État africain postcolonial dépendant, corrompu, centralisé et répressif. Il appelait à une démocratie enracinée dans les cultures locales, à une économie au service du peuple, et à une diplomatie panafricaine.

Achille Mbembe résume cette portée prophétique en ces termes :

« Um Nyobè n’a pas été tué pour ce qu’il faisait, mais pour ce qu’il représentait : une politique africaine qui ne demandait pas la permission, un peuple en marche vers lui-même, une souveraineté sans tutelle. » (Mbembe, 2000, p. 72)


Conclusion partielle de la Partie II

La trajectoire de Ruben Um Nyobè incarne la tentative la plus cohérente de révolution politique endogène au Cameroun. Sa mort, en septembre 1958, n’est pas seulement l’assassinat d’un homme : c’est l’enterrement d’une possibilité historique. Face aux logiques d’intégration néocoloniale, il représentait une alternative radicale, populaire, panafricaine et éthique. Les responsabilités de sa disparition ne sauraient être comprises sans reconnaître le double verrouillage colonial et local qui l’a rendu possible : la violence militaire française, et le silence ou la complicité des élites camerounaises, en particulier Ahmadou Ahidjo.

Partie III – Le dispositif colonial de neutralisation : acteurs, discours, mécanismes

3.1. Une stratégie d’État : la guerre contre l’UPC comme matrice néocoloniale

Entre 1955 et 1958, la France transforme le Cameroun en laboratoire de contre-insurrection. La neutralisation de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) devient une priorité stratégique pour préserver l’autorité coloniale et préparer un transfert de pouvoir encadré. Cette répression, qui débute bien avant l’indépendance formelle, revêt les traits d’une guerre non déclarée, opérée par les forces françaises, avec l’appui d’un appareil administratif militarisé.

Comme le souligne Deltombe et al. :

« Au Cameroun, la France mène une guerre coloniale sans nom, sans parlement, sans opinion publique, sans même de reconnaissance diplomatique. C’est une guerre secrète, mais totale, dirigée contre une organisation politique qui veut l’indépendance réelle » (Deltombe et al., 2011, p. 154).

Ce dispositif de neutralisation repose sur trois piliers : l’action militaire directe, la disqualification symbolique de l’adversaire par des discours coloniaux criminalisants, et la cooptation des élites locales dans le projet de maintien de l’ordre.


3.2. Les acteurs de l’appareil répressif : une administration coloniale militarisée

Le rôle du haut-commissariat de la République française au Cameroun, assisté par le SDECE (services secrets français) et les troupes coloniales (tirailleurs sénégalais, gendarmes, officiers issus de l’Indochine et de l’Algérie), est central. Des figures comme Roland Pré (haut-commissaire), Jean Ramadier, ou Pierre Messmer (alors gouverneur général de l’AOF), dirigent une politique d’éradication de l’UPC.

Le rapport d’un officier, cité dans les archives du Service historique de la Défense (SHD), indique :

« La pacification du Cameroun suppose l’élimination physique des chefs rebelles. Les opérations doivent viser à casser la logistique des maquis et à terroriser les villages complices. »

Les zones UPC (Sanaga-Maritime, Moungo, Bamiléké) sont quadrillées, les villages suspectés d’abriter des “terroristes” sont rasés, les chefs traditionnels sont remplacés ou exécutés. Les “centres de regroupement”, camps de concentration sans nom, se multiplient.


3.3. La construction discursive de l’ennemi : “terrorisme” et “communisme”

Le discours officiel, relayé par l’administration coloniale et la presse française, vise à disqualifier politiquement l’UPC en l’associant systématiquement à la violence, à l’anarchie, voire à des réseaux soviétiques. Dès 1955, les tracts administratifs et les dépêches diplomatiques désignent Ruben Um Nyobè et ses camarades comme des “criminels fanatisés”, des “meneurs communistes”, voire des “agents de l’étranger”.

Ce langage est essentiel pour justifier la répression auprès de l’opinion publique métropolitaine et des Nations Unies. Il s’agit d’un mécanisme classique de colonialisme discursif, analysé par Fanon dans Les Damnés de la Terre :

« Le colon, lorsqu’il parle de l’indigène, ne se sert jamais du langage de la raison. Il parle la langue du bâton, de la peur et de l’excommunication. » (Fanon, 1961, p. 38)

Dans ce cadre, toute négociation avec l’UPC est rendue impossible : celle-ci n’est pas un adversaire politique, mais une cible sécuritaire. La criminalisation du projet national upéciste rend toute discussion légitime impensable.


3.4. Le rôle des élites locales dans la neutralisation : silence, collaboration, rivalités

La machine coloniale ne fonctionne pas seule. Elle s’appuie sur des relais africains cooptés, souvent membres des partis modérés (BDC, UC, PDC) qui refusent la voie radicale de l’UPC. André-Marie Mbida, Premier ministre de mai 1957 à février 1958, se montre distant face aux exactions contre les militants upécistes, qu’il considère comme des “facteurs de désordre”. Il ne défend pas la légalisation du parti ni la cessation des hostilités.

Ahmadou Ahidjo, quant à lui, collabore activement avec l’administration coloniale après sa nomination comme Premier ministre en février 1958. Il accepte que l’armée française mène ses opérations dans les maquis, et appuie la dissolution des réseaux UPC en zone urbaine. En échange, il obtient le soutien militaire et diplomatique de Paris.

Deltombe et al. notent :

« Ahidjo n’a pas inventé la guerre contre l’UPC. Il l’a reprise à son compte, l’a assumée, rationalisée, pour en faire l’infrastructure sécuritaire de son pouvoir personnel. » (2011, p. 394)

Cette collaboration, bien que tue dans les récits officiels, constitue l’un des ciments du régime d’exception instauré au Cameroun après l’indépendance nominale de 1960.


3.5. La mort de Ruben Um Nyobè comme acte de neutralisation politique

Le 13 septembre 1958, Ruben Um Nyobè est exécuté sans procès dans la forêt de Boumnyébel, par des unités françaises appuyées par des supplétifs camerounais. Son corps est traîné dans les rues, ses documents brûlés, et son nom interdit dans la presse officielle.

Aucun communiqué du Premier ministre Ahidjo ne condamne cette exécution. Pire, l’événement est effacé de l’espace public, tandis que les opérations contre les autres maquisards s’intensifient. Le silence des autorités camerounaises, couplé à l’approbation tacite de la France, constitue une co-responsabilité politique dans l’élimination d’un projet national légitime.

Comme le rappelle Richard Joseph :

« The elimination of Um Nyobè symbolized the erasure of a national conscience. It was not just a killing — it was a message: that politics in the new Cameroon would be born from obedience, not struggle. » (1977, p. 119)


3.6. Les conséquences durables du dispositif de neutralisation

Le système mis en place entre 1955 et 1958 produit un État postcolonial militarisé, fondé sur la répression, le silence historique, et la négation des luttes populaires. L’interdiction de commémorer Um Nyobè, la falsification des manuels scolaires, et l’absence de justice transitionnelle jusqu’à nos jours témoignent d’un régime de mémoire verrouillé.

Achille Mbembe écrit à ce sujet :

« La guerre coloniale s’est poursuivie sous les habits de l’indépendance. Le régime postcolonial a recyclé les formes de violence impériale pour discipliner le politique et exorciser tout souvenir de la révolte. » (Mbembe, 2000, p. 91)

Le Cameroun devient ainsi un modèle de néocolonialisme sécuritaire, où la souveraineté de façade cache un pouvoir hérité de la logique coloniale de domestication des peuples.


Conclusion partielle de la Partie III

Le dispositif de neutralisation qui a conduit à la mort de Ruben Um Nyobè repose sur une alliance stratégique entre les intérêts impériaux français et les élites locales aspirant au pouvoir. Il s’est fondé sur une criminalisation systématique du nationalisme radical, une répression militaire sans cadre légal, et une cooptation silencieuse des figures politiques modérées. Ce système a réussi non seulement à éliminer physiquement une alternative politique, mais aussi à installer un régime néocolonial durable, encore perceptible aujourd’hui.

Partie IV – La fabrique du silence : effacement, falsification, et mémoires interdites

4.1. La mort comme effacement politique : le cas Um Nyobè

Le 13 septembre 1958, dans les forêts de Boumnyébel, Ruben Um Nyobè est abattu sans procès par des unités militaires françaises, avec la complicité active des supplétifs camerounais. Son cadavre est exhibé, traîné dans les rues, puis enterré clandestinement, sans sépulture digne, dans une fosse anonyme. Aucun monument officiel, aucune reconnaissance institutionnelle n’honore sa mémoire pendant des décennies. Cette mise à mort n’est pas seulement physique. Elle est, comme l’écrit Achille Mbembe, « une tentative de liquider jusqu’à l’idée même que l’on pouvait avoir une autre vision du Cameroun » (Mbembe, 1996, p. 241).

L’effacement de Ruben Um Nyobè est programmé comme acte de gouvernance, un choix stratégique qui anticipe les fondements du régime d’Ahmadou Ahidjo. En effet, à la différence d’autres figures politiques africaines assassinées, Um Nyobè est nié dans sa centralité historique, transformé en “hors-la-loi”, effacé des livres d’histoire, interdit dans les programmes scolaires, et criminalisé jusque dans le langage administratif.

« Au Cameroun, le nom d’Um Nyobè est devenu un tabou d’État. Le simple fait de prononcer son nom était perçu comme une menace. Le silence était la loi, l’amnésie un devoir patriotique. »
(Deltombe, Domergue & Tatsitsa, 2011, p. 467)


4.2. L’interdiction de la mémoire : de l’administration coloniale à l’État postcolonial

L’amnésie autour de l’UPC et de ses leaders ne résulte pas d’un simple oubli. Elle est une construction politique délibérée orchestrée d’abord par les autorités coloniales françaises, puis institutionnalisée par le régime d’Ahidjo. Dès la proclamation de l’indépendance en janvier 1960, aucun geste officiel ne reconnaît la guerre menée contre l’UPC, ni les dizaines de milliers de morts.

L’État camerounais met en place un système d’occultation rigoureuse, basé sur l’interdiction des publications, la répression des veillées mémorielles, et le refus d’inscrire l’UPC dans le récit national. Les anciens combattants de l’UPC sont marginalisés, poursuivis ou réduits au silence. Les familles des martyrs vivent dans la peur.

Un décret présidentiel signé d’Ahidjo en 1961 interdit explicitement toute commémoration de figures “non reconnues par l’État” (JO du Cameroun, 1961, décret n°61-172). Cette démarche transforme la mémoire en infraction.

Le chercheur Jean-Claude Willame a décrit ce mécanisme comme suit :

« Le Cameroun s’est construit sur un trou de mémoire. Un trou entretenu, organisé, légitimé. On a refait l’histoire en effaçant ses acteurs les plus gênants. Le récit officiel ne tolère que les figures compatibles avec l’ordre établi. » (Willame, 1980, p. 87)


4.3. L’histoire réécrite : manuels scolaires et propagande officielle

Dans les années 1960 à 1980, les manuels d’histoire camerounais, tous approuvés par le ministère de l’Éducation, ne font aucune mention de l’UPC, ni d’Um Nyobè. L’histoire de l’indépendance est réduite à une chronologie administrative valorisant l’action de la France et la figure d’Ahmadou Ahidjo comme “père de la Nation”. Le mot “guerre” est proscrit. Les termes “rébellion”, “trouble”, “banditisme” sont utilisés pour désigner la lutte de libération.

« L’indépendance fut obtenue dans la paix grâce au génie politique du président Ahidjo et à la coopération loyale entre la France et le Cameroun. »
(Histoire du Cameroun – classes de terminale, édition 1978)

Cette falsification affecte plusieurs générations. Elle produit une fracture épistémique entre le vécu des communautés victimes et le récit officiel. Dans les régions de la Sanaga-Maritime, du Moungo et de l’Ouest, les anciens parlent dans les veillées, mais les enfants n’apprennent rien à l’école. L’État a ainsi réussi à dissocier mémoire populaire et mémoire nationale.


4.4. La mémoire résistante : archives, témoignages, contre-récits

Face au mutisme institutionnel, la mémoire de Ruben Um Nyobè a été préservée dans les marges : témoignages familiaux, récits oraux, archives militantes, littérature de témoignage. Dans les années 1980–1990, certains historiens camerounais, au péril de leur sécurité, entament un travail de vérité.

Des figures comme Mongo Beti, Achille Mbembe, Philippe Gaillard ou Jacques Owona entreprennent de réhabiliter historiquement l’UPC. La diaspora camerounaise, notamment à Paris, participe à cette entreprise. Les documents de l’ONU sont réexaminés. Les photographies et les manifestes de l’UPC sont exhumés.

Dans son essai fondateur, Mbembe écrit :

« L’État camerounais a criminalisé la mémoire. Mais les peuples, eux, n’ont pas oublié. Leurs morts parlent encore. Le maquis est devenu souterrain, mais il existe. Il est dans la musique, les proverbes, les silences lourds. »
(Mbembe, 1996, p. 203)

Ces travaux scientifiques et citoyens constituent aujourd’hui les fondements d’une histoire alternative, souvent plus proche des faits que l’histoire officielle.


4.5. Une reconnaissance tardive et ambiguë

Il faut attendre l’année 1991, après les émeutes de Douala et la Conférence tripartite, pour que le nom de Ruben Um Nyobè soit timidement réintroduit dans le débat public. Le président Paul Biya, dans une tentative d’ouverture, autorise des révisions de manuels, et une commémoration officieuse est organisée en 1995 à Boumnyébel. En 2007, il est officiellement reconnu comme “héros national”.

Mais cette réhabilitation reste ambivalente. Le discours officiel continue d’ignorer les causes de sa mort, d’éluder les responsabilités de l’État postcolonial, et de refuser toute forme de réparation. Aucun monument national, aucune politique de mémoire publique à grande échelle n’accompagne cette reconnaissance. Il ne s’agit pas d’une politique de vérité, mais d’une stratégie de pacification mémorielle.

Comme l’explique J.-F. Bayart :

« La reconnaissance posthume d’Um Nyobè s’inscrit dans une logique d’instrumentalisation. Le pouvoir tente de récupérer ce qu’il a longtemps diabolisé, sans pour autant remettre en cause l’ordre symbolique hérité de la neutralisation. » (Bayart, 2003, p. 219)


4.6. Les enjeux actuels de la mémoire politique

La question de la mémoire de Ruben Um Nyobè soulève des enjeux contemporains fondamentaux pour le Cameroun : souveraineté historique, justice transitionnelle, refondation du pacte républicain. Le silence sur l’UPC empêche une réconciliation véritable. Il entrave aussi une compréhension lucide des racines de la crise anglophone actuelle, des violences d’État, et de la méfiance envers les institutions centrales.

Réhabiliter Um Nyobè, ce n’est pas simplement nommer des rues. C’est affronter les fondements d’un État né dans la violence et le déni, et repenser l’indépendance comme processus inachevé.

Comme l’écrit Achille Mbembe :

« Le Cameroun est un pays dont les fondations sont bâties sur un meurtre refoulé. Toute construction démocratique passera par la réouverture de cette tombe. »
(Mbembe, 2000, p. 99)


Conclusion de la Partie IV

La fabrique du silence autour de Ruben Um Nyobè n’est pas un accident de l’histoire. C’est une stratégie de gouvernement, pensée dans la continuité du dispositif colonial de neutralisation. Cette falsification, poursuivie par les élites postcoloniales, a façonné un imaginaire national amputé de sa matrice révolutionnaire. Loin d’être un détail mémoriel, la mémoire d’Um Nyobè est une clé pour comprendre le présent et refonder le Cameroun sur des bases éthiques, souveraines et populaires.

Conclusion générale

La mort de Ruben Um Nyobè, le 13 septembre 1958, dans les forêts de Boumnyébel, constitue bien plus qu’un simple épisode tragique de la décolonisation camerounaise. Elle révèle la complexité des rapports de force entre un empire colonial en recomposition, des élites africaines émergentes en quête de pouvoir, et une conscience nationale portée par un projet alternatif radicalement opposé à l’ordre impérial. En remontant les chaînes de décision, en croisant les faits historiques, les archives diplomatiques, les discours politiques et les témoignages, cette étude met en lumière un triple enchevêtrement de responsabilités : françaises, locales et intellectuelles.

Le parcours d’André-Marie Mbida, Premier ministre de 1957 à 1958, incarne une posture ambivalente. Bien qu’élu dans le contexte des institutions d’autonomie interne, il n’a jamais ouvertement défendu la cause de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) ni condamné la répression qui s’abattait sur les militants indépendantistes. Son orientation conservatrice, son attachement au cadre juridique français et sa méfiance envers le radicalisme de l’UPC ont favorisé une stratégie de mise à distance du maquis. Sa démission en février 1958, obtenue sous pression de Paris, marque un tournant dans l’agencement du pouvoir colonial.

L’accession d’Amadou Ahidjo à la primature à cette date correspond à une étape-clé dans la mise en place du dispositif de neutralisation politique. En acceptant les conditions de la France et en apportant un soutien actif à l’appareil militaire colonial, Ahidjo devient non seulement le bénéficiaire mais aussi l’un des artisans de l’élimination physique et symbolique d’Um Nyobè. Son silence après l’assassinat du leader de l’UPC en septembre 1958, son refus d’engager une politique de réconciliation ou de justice historique, tout comme la politique d’effacement menée ensuite sous son régime, attestent d’une coresponsabilité politique dans la perpétuation de la violence coloniale au sein même de l’État postcolonial.

Ce drame s’inscrit dans un processus plus large de transition politique coloniale, où la France a opté pour un modèle de décolonisation conservatrice. Plutôt que de négocier avec les forces politiques les plus représentatives du mouvement national, l’administration coloniale a préféré coopter des élites modérées, disposées à garantir les intérêts économiques, diplomatiques et militaires de l’ancienne métropole. Cette stratégie, appliquée au Cameroun comme ailleurs, a engendré des États indépendants en apparence, mais profondément enracinés dans les logiques néocoloniales. Le prix de cette orientation a été, dans le cas camerounais, une guerre oubliée, des dizaines de milliers de morts, et une mémoire nationale fracturée.

La fabrique du silence qui a suivi – à travers la falsification des manuels scolaires, la criminalisation des survivants de l’UPC, et l’absence de justice historique – illustre la difficulté d’un pays à se construire sur les ruines d’une souveraineté confisquée. Um Nyobè, dont les discours aux Nations Unies plaidaient pour une indépendance fondée sur la démocratie populaire, la justice sociale, et le pluralisme politique, a été effacé de l’histoire officielle pendant plus de trois décennies.

Pourtant, il apparaît aujourd’hui, au fil des travaux historiques, comme l’un des plus grands penseurs politiques d’Afrique francophone. Le fait qu’il ait refusé la violence ethnique, qu’il ait défendu l’unité des peuples camerounais et qu’il ait insisté sur la décolonisation culturelle, rend sa mort encore plus symbolique d’une promesse nationale étouffée.

Dès lors, poser la question de la responsabilité d’Ahidjo et de Mbida dans sa mort, ce n’est pas seulement un exercice d’historiographie politique. C’est un devoir de mémoire, une exigence éthique, un chantier pour la refondation du pacte national. Reconnaître ces responsabilités ne signifie pas tomber dans la diabolisation rétrospective, mais bien analyser les choix politiques dans leur contexte, et assumer collectivement les leçons de l’histoire. La réhabilitation de Ruben Um Nyobè, la reconnaissance des crimes d’État pendant la guerre de l’UPC, et l’ouverture des archives françaises et camerounaises sont autant de conditions pour bâtir un Cameroun réconcilié avec lui-même.


Bibliographie (Harvard Style)

Bayart, J.-F. (2003). L’État en Afrique. La politique du ventre. Paris : Fayard.

Deltombe, T., Domergue, M. & Tatsitsa, J. (2011). Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique (1948-1971). Paris : La Découverte.

Fanon, F. (1961). Les damnés de la terre. Paris : Maspero.

Gaillard, P. (1989). Um Nyobè : L’Étoile filante du Cameroun. Paris : L’Harmattan.

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18 Février 1958, Ahmadou Ahidjo remplace André-Marie Mbida comme Premier Ministre du Cameroun: coup d’État institutionnel ou réajustement colonial ?

Andre-Marie Mbida

Résumé

L’éviction d’André-Marie Mbida au profit d’Ahmadou Ahidjo en février 1958 constitue un tournant décisif dans l’histoire politique du Cameroun. Premier chef de gouvernement camerounais sous tutelle onusienne, Mbida incarne un nationalisme souverainiste teinté de conservatisme religieux, revendiquant une indépendance pleine, progressive mais assumée, tout en défendant la souveraineté nationale face à l’autorité coloniale. Son affrontement direct avec le Haut-commissaire français Jean Ramadier, notamment autour du calendrier de l’indépendance et du rôle de l’Église coloniale, aboutit à sa mise à l’écart au profit d’Ahmadou Ahidjo, jeune dirigeant nordiste perçu comme plus modéré et conciliant par Paris.

Cet article analyse les tenants et aboutissants de cette transition de pouvoir en examinant les dynamiques institutionnelles, idéologiques et ethno-politiques qui l’ont sous-tendue. En croisant les sources coloniales, les récits d’acteurs contemporains et les analyses postcoloniales, nous soutenons que cette passation de pouvoir ne relève ni d’un simple désaccord politique ni d’une succession légitime, mais s’apparente à un coup d’État institutionnel orchestré dans un cadre légal, au service d’un réajustement colonial planifié par la France. Ce basculement préfigure la stratégie de transfert de souveraineté contrôlé mise en œuvre par Paris dans plusieurs colonies africaines.

En posant la question de la légitimité, de la souveraineté populaire et des héritages autoritaires du régime qui s’ensuivit, cette étude propose une lecture critique et documentée d’un moment fondateur du Cameroun contemporain.

Mots-clés

André-Marie Mbida – Ahmadou Ahidjo – Cameroun – Indépendance – France – Coup d’État institutionnel – Réajustement colonial – Nationalisme – Françafrique – Conflits idéologiques – Colonialisme – Transition politique – Souveraineté

Abstract

The removal of André-Marie Mbida and his replacement by Ahmadou Ahidjo in February 1958 marked a pivotal moment in Cameroon’s decolonization process. As the first Cameroonian Prime Minister under the United Nations Trusteeship system, Mbida championed a nationalist, sovereignist stance, advocating for full independence and defending national dignity against colonial interference. His confrontations with French High Commissioner Jean Ramadier—especially over the timeline of independence and the influence of the colonial Church—ultimately led to his political downfall. He was replaced by Ahidjo, a northern politician considered more malleable and loyal to French strategic interests.

This article examines the ideological, institutional, and ethno-political underpinnings of this transfer of power. Drawing on colonial archives, eyewitness accounts, and postcolonial analyses, we argue that the transition was not merely a political reshuffle but an orchestrated institutional coup executed within a legal framework to safeguard France’s geopolitical control. This episode became a blueprint for managed transitions in other African territories on the eve of independence.

By interrogating the legitimacy of this political shift, the erosion of popular sovereignty, and the authoritarian legacy it initiated, this study offers a critical reassessment of one of the foundational ruptures in postcolonial Cameroon’s state formation.

Introduction

L’éviction d’André-Marie Mbida au profit d’Ahmadou Ahidjo : coup d’État institutionnel ou réajustement colonial ?

L’histoire politique du Cameroun contemporain s’est structurée autour d’une série de ruptures fondatrices, dont l’une des plus décisives demeure la transition silencieuse mais profonde entre André-Marie Mbida et Ahmadou Ahidjo au poste de Premier ministre, en février 1958. Cette passation, souvent reléguée au rang d’un simple changement de leadership dans la marche vers l’indépendance, cache en réalité une mécanique complexe de recomposition du pouvoir à la veille de la souveraineté nationale. Enjeu politique majeur, cette transition fut marquée par un double affrontement : d’une part, une confrontation idéologique entre deux figures antithétiques de la scène politique camerounaise ; d’autre part, une manœuvre stratégique de la puissance coloniale française désireuse de maintenir son influence au Cameroun au-delà de l’indépendance formelle.

André-Marie Mbida, premier Premier ministre camerounais, issu d’un christianisme social militant et fervent défenseur de l’unité nationale, se montra rapidement inflexible sur deux points : l’exigence d’une indépendance rapide et sans conditions, et la nécessité d’un pouvoir véritablement ancré dans la souveraineté populaire. Ces positions, bien que constitutionnellement légitimes, entrèrent très tôt en conflit avec les intérêts stratégiques de la France, qui préférait un partenaire politique plus conciliant et pragmatique. C’est dans ce contexte que la figure d’Ahmadou Ahidjo, originaire du Nord musulman, membre du Bloc Démocratique Camerounais (BDC) et perçu comme loyal, modéré et tactique, fut progressivement promue comme alternative à Mbida par les autorités coloniales.

Les recherches historiques les plus récentes (Deltombe et al., 2011 ; Joseph, 1977) montrent que la France, soucieuse de préserver ses intérêts économiques, géopolitiques et militaires dans le bassin du golfe de Guinée, s’est engagée dans une stratégie dite de « réajustement colonial », consistant à marginaliser les leaders politiques jugés trop autonomes ou trop nationalistes. Cette stratégie passa, dans le cas camerounais, par une opération politique subtile, mais brutale, d’isolement institutionnel, de pressions diplomatiques et de mobilisation ethno-régionale contre André-Marie Mbida. En moins de deux ans, celui qui incarnait la volonté populaire exprimée lors des élections de 1956 fut contraint à la démission, dans une atmosphère d’humiliation politique organisée.

Ce renversement pose une question centrale que cet article se propose d’examiner : peut-on qualifier l’éviction d’André-Marie Mbida de coup d’État institutionnel, dans la mesure où elle fut planifiée, exécutée dans les formes légales, mais téléguidée par une puissance extérieure ? La question est d’autant plus légitime que cette séquence s’inscrit dans une tendance plus large observée à la fin des années 1950, où Paris intervint directement ou indirectement dans les processus de succession politique dans ses colonies, comme au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Gabon (Coquery-Vidrovitch, 2001 ; Suret-Canale, 1971).

Par ailleurs, la rivalité entre Mbida et Ahidjo ne saurait être lue uniquement sous l’angle institutionnel. Elle revêt aussi une dimension profondément idéologique, religieuse et ethno-régionale. Mbida, catholique et méridional, portait un projet républicain, centralisateur et souverainiste, tandis qu’Ahidjo, musulman et nordiste, promouvait une gouvernance plus fédérale, pragmatique, et accommodante vis-à-vis de Paris. Cette divergence, instrumentalisée par l’administration coloniale, fut également exploitée par les élites politiques locales, parfois en quête de revanche territoriale ou d’ascension bureaucratique.

La présente étude s’appuie sur une méthodologie combinant l’analyse critique de sources primaires (archives coloniales, correspondances officielles, journaux parlementaires) et l’examen de travaux historiques, politologiques et postcoloniaux récents. Elle vise à déconstruire les récits officiels sur la légalité du processus de transition entre les deux hommes et à mettre en évidence les mécanismes invisibles – idéologiques, coloniaux et identitaires – qui ont permis à Ahmadou Ahidjo de s’imposer comme le véritable héritier du pouvoir politique camerounais.

L’article est structuré en trois grandes parties. La première retrace le contexte historique et politique du Cameroun entre 1955 et 1958, période charnière de montée des revendications nationalistes et de durcissement de la répression coloniale. La deuxième partie s’intéresse aux acteurs, aux mécanismes et aux responsabilités de la transition entre Mbida et Ahidjo, en analysant les logiques institutionnelles, les stratégies coloniales et les réseaux politiques mobilisés. La troisième partie évalue les conséquences immédiates et de long terme de cette éviction : la consolidation d’un pouvoir autoritaire, la marginalisation des souverainistes et l’émergence d’une logique de gouvernement ethnopolitique qui marquera durablement l’histoire du Cameroun indépendant.

En somme, il ne s’agit pas seulement de retracer un événement, mais de revisiter un moment fondateur à la lumière de questions fondamentales sur la souveraineté, la continuité coloniale et la mémoire politique.

I. Le contexte historique et politique (1955–1958)

L’éviction d’André-Marie Mbida au profit d’Ahmadou Ahidjo : coup d’État institutionnel ou réajustement colonial ?

Entre 1955 et 1958, le Cameroun traverse une séquence politique critique, au croisement de la répression coloniale, des revendications indépendantistes et des recompositions géopolitiques d’un empire français en déclin. C’est dans ce contexte que s’inscrit la montée puis la chute d’André-Marie Mbida. Loin d’être une péripétie administrative, sa destitution doit être comprise comme le fruit d’une conjoncture explosive où se croisent enjeux internationaux, conflit idéologique et dynamiques internes propres à la société camerounaise.

1. La tutelle onusienne et la souveraineté sous condition

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Cameroun passe du statut de mandat de la Société des Nations (SDN) à celui de territoire sous tutelle de l’Organisation des Nations Unies (ONU), administré par la France. Ce nouveau cadre, supposé plus ouvert à l’autodétermination, est en réalité dominé par les logiques impérialistes de la Quatrième République. L’administration française entend préserver sa mainmise sur ce territoire stratégique, riche en ressources et à forte valeur géopolitique (Suret-Canale, 1971).

La tutelle onusienne impose cependant des obligations nouvelles : rapports réguliers devant la Quatrième Commission, supervision par le Conseil de tutelle, et obligation de préparer l’autonomie du pays. Pour répondre aux pressions internationales croissantes, la France engage une série de réformes administratives, mais sans remettre en cause sa domination réelle sur les leviers politiques et militaires.

2. La montée des nationalismes et la crise de 1955

Le 13 juillet 1955, le gouvernement français dissout l’Union des Populations du Cameroun (UPC), mouvement indépendantiste radical dirigé par Ruben Um Nyobè. Ce dernier, formé à la rhétorique anticoloniale et nourri de principes universalistes (anticolonialisme, syndicalisme, panafricanisme), s’était imposé depuis 1948 comme le principal porte-voix des aspirations populaires à l’indépendance immédiate, à l’unification du Cameroun et à la souveraineté politique totale (Joseph, 1977).

La répression qui suit la dissolution de l’UPC est d’une brutalité extrême : arrestations massives, exécutions sommaires, militarisation des zones rurales, mise en clandestinité des cadres dirigeants. Ruben Um Nyobè lui-même prend le maquis en septembre 1955. La violence coloniale, loin d’étouffer le mouvement, radicalise ses bases sociales et pousse la jeunesse urbaine à rejeter tout compromis avec le pouvoir français (Deltombe et al., 2011).

Cette répression s’accompagne d’une stratégie de division : l’administration française favorise l’émergence de partis « modérés » issus des élites chrétiennes, traditionnelles ou bureaucratiques, en opposition au radicalisme de l’UPC. C’est dans ce contexte que se consolide la figure d’André-Marie Mbida.

3. La réforme Defferre et l’autonomisation politique sous contrôle

Le 23 juin 1956, la France adopte la Loi-cadre Defferre, censée accorder davantage d’autonomie administrative à ses colonies africaines. Cette loi crée des assemblées territoriales élues au suffrage restreint, avec la possibilité de former des gouvernements locaux. Toutefois, ces institutions restent étroitement surveillées par les Hauts-commissaires coloniaux, qui conservent le contrôle sur la sécurité, la défense, les relations extérieures et les affaires stratégiques (Coquery-Vidrovitch, 2001).

Au Cameroun, la mise en œuvre de la Loi-cadre se traduit par la création de l’Assemblée Législative du Cameroun (ALCAM), élue en décembre 1956. André-Marie Mbida, leader de la Démocratie Chrétienne camerounaise et fondateur du Bloc Démocratique Camerounais (BDC), est désigné chef du gouvernement local en mai 1957. Il devient ainsi le premier Premier ministre camerounais sous tutelle onusienne.

4. Le projet politique de Mbida : indépendance rapide et républicanisme

André-Marie Mbida incarne une figure originale du nationalisme camerounais : conservateur sur le plan moral, catholique fervent, mais profondément attaché à l’indépendance nationale. Dans ses discours à l’ALCAM, il affirme sans ambiguïté : « Nous voulons l’indépendance, ici et maintenant, et nous l’obtiendrons sans l’aide de personne, parce que c’est notre droit » (Mbida, Discours à l’ALCAM, octobre 1957).

Il s’oppose à toute forme d’intégration dans l’Union française ou dans une communauté franco-africaine, jugeant ces structures comme des paravents du néocolonialisme. Son gouvernement entreprend des réformes symboliques : renforcement de l’école publique, réduction de l’influence des missions religieuses, africanisation de l’administration, critique des complicités entre notables traditionnels et administration coloniale.

Mais cette position radicale inquiète Paris, qui redoute un basculement du Cameroun vers un modèle algérien ou guinéen. Le Haut-commissaire Jean Ramadier, en poste à Yaoundé, multiplie les mises en garde, les correspondances alarmistes et les tentatives de dissuasion (Deltombe et al., 2011).

5. La réaction française : contenir, isoler, remplacer

Dès la fin de 1957, les services français envisagent de pousser Mbida à la démission. Plusieurs câbles diplomatiques témoignent du malaise de Paris : « Mbida est trop indépendant, trop intransigeant, il compromet nos intérêts » (Archives nationales d’outre-mer, Aix-en-Provence, série FM, 1957).

L’idée d’un « remplacement progressif » émerge dans les cercles proches de Jacques Foccart. Il s’agit de mettre en avant une personnalité plus conciliante, moins susceptible de rompre avec la métropole, mais crédible politiquement. Le nom d’Ahmadou Ahidjo, jusque-là ministre de l’intérieur et originaire du Nord, gagne en influence. Son profil plaît à Paris : fidèle, discipliné, peu porté sur le discours idéologique, et issu d’un bastion perçu comme fidèle à la France (Joseph, 1977).

6. Une recomposition ethno-politique

Cette transition naissante s’accompagne d’un rééquilibrage politique régional. Jusqu’alors, les élites du Centre et du Sud – principalement beti, bulu et bassa – dominaient les institutions politiques. L’arrivée d’Ahidjo permet à la France de réintégrer le Nord dans l’équation du pouvoir. Ce choix n’est pas anodin : il permet de diviser les élites camerounaises entre elles, tout en diluant le potentiel révolutionnaire porté par les nationalistes du Sud.

Cette stratégie ethno-politique, fondée sur une partition silencieuse du pouvoir selon des logiques régionales et confessionnelles, prépare le terrain à une configuration autoritaire, où le pouvoir central s’imposera au nom de l’unité nationale, mais dans une logique de soumission à l’ordre postcolonial.

II. Les acteurs, les mécanismes et les responsabilités de la transition politique de 1958 : vers une destitution silencieuse d’André-Marie Mbida

L’éviction d’André-Marie Mbida de la tête du gouvernement camerounais en février 1958, au profit d’Ahmadou Ahidjo, ne fut ni une conséquence naturelle d’une alternance parlementaire, ni un simple repositionnement politique. Elle fut le produit d’un ensemble complexe de pressions, de stratégies coloniales, de conflits idéologiques et d’instrumentalisations ethno-régionales orchestrées dans un contexte de transition vers l’indépendance. Ce moment de basculement constitue un cas emblématique de coup d’État légal déguisé sous des apparences constitutionnelles.

1. André-Marie Mbida face à l’administration coloniale française

Premier Premier ministre du Cameroun autonome à partir de mai 1957, André-Marie Mbida fut très tôt en confrontation directe avec l’administration coloniale française, représentée d’abord par Roland Pré puis surtout par le Haut-commissaire Jean Ramadier. Ce dernier considérait Mbida comme un dirigeant inflexible, imprévisible et « dangereux pour les intérêts de la France » (Deltombe et al., 2011). Mbida prônait une indépendance immédiate, refusait toute soumission à l’Union française, et se méfiait de la Communauté française que préparait de Gaulle.

Dès les premiers mois de son mandat, Mbida entra en conflit avec Ramadier sur des questions sensibles : la répartition des pouvoirs entre Yaoundé et Paris, la nationalisation des services, la politique de sécurité intérieure, mais aussi le rôle de l’Église catholique dans la société camerounaise. Le chef de gouvernement exigea notamment que l’enseignement ne soit plus contrôlé exclusivement par les missions religieuses (Joseph, 1977).

2. La stratégie d’isolement politique et institutionnel

Ne pouvant destituer directement Mbida sans provoquer un scandale international (le Cameroun étant alors sous tutelle onusienne), la France engagea une stratégie d’isolement progressif. Ramadier mobilisa les forces parlementaires hostiles à Mbida, encouragea la création de groupes de pression au sein de l’Assemblée législative du Cameroun (ALCAM), et soutint l’élargissement des coalitions politiques autour de figures modérées, dont Ahmadou Ahidjo.

Selon Owona (2001), plusieurs députés furent discrètement encouragés à se désolidariser de Mbida, en échange de soutiens financiers ou de promesses de postes dans le futur gouvernement. À la fin de l’année 1957, Mbida ne disposait plus d’une majorité stable, et son autorité fut progressivement minée par des motions de défiance déposées dans l’hémicycle.

Ce fut à travers une procédure constitutionnelle – une motion de censure votée le 16 février 1958 – que Mbida fut officiellement renversé. Mais cette mécanique parlementaire, en apparence démocratique, fut en réalité encadrée, influencée et, dans certains cas, dictée par les relais de la puissance coloniale (Deltombe et al., 2011).

3. Le rôle structurant de la France : réseau Foccart et logique de stabilisation

Le rôle de la France dans la transition Mbida–Ahidjo ne saurait être sous-estimé. Outre les agissements du Haut-commissaire, les archives montrent l’implication du ministère français de la France d’Outre-Mer et du réseau naissant de Jacques Foccart, futur architecte de la Françafrique. Le but était clair : éviter qu’un nationaliste « intransigeant » comme Mbida ne radicalise le Cameroun, alors que la guerre d’Algérie battait son plein et que la situation au Togo, au Congo-Brazzaville et à Madagascar devenait instable (Suret-Canale, 1971).

Ahmadou Ahidjo, lui, offrait toutes les garanties d’un partenaire loyal. Formé à l’administration coloniale, membre du BDC, soutenu par des figures musulmanes traditionnelles du Nord, Ahidjo acceptait l’idée d’une indépendance progressive et maintenait de bons rapports avec les autorités françaises. C’est ce qui poussa Paris à faire pression sur l’Assemblée pour le désigner comme nouveau chef de gouvernement dès le 18 février 1958.

4. L’ethno-politisation de la transition

La chute de Mbida marqua également une recomposition des équilibres ethno-régionaux. Originaire de la région du Centre, catholique et méridional, Mbida était perçu comme le représentant des populations fang-béti. À l’inverse, Ahidjo, musulman originaire de Garoua, incarna une figure consensuelle pour les élites du Nord et les cercles islamiques conservateurs, longtemps tenus à l’écart du pouvoir colonial (Joseph, 1977).

Les archives révèlent que la France avait pour objectif de rééquilibrer les pouvoirs régionaux en favorisant le Nord, jugé plus loyal. Cette stratégie, souvent qualifiée de « pacte colonial nordiste », permit d’ancrer durablement une domination politique au profit des régions septentrionales du Cameroun – domination encore perceptible aujourd’hui (Mbembe, 2000).

5. Un coup d’État institutionnel dans un habillage juridique

Au regard de ces éléments, la transition Mbida–Ahidjo peut être interprétée comme un coup d’État institutionnel, c’est-à-dire un renversement opéré par des moyens légaux (vote, motion de censure), mais sous l’influence directe d’une puissance étrangère et en violation du principe de souveraineté populaire. En ce sens, la France n’a pas seulement organisé un changement de Premier ministre, elle a choisi son homme pour piloter l’indépendance selon ses propres termes.

Comme le souligne Achille Mbembe (2000), cette stratégie fut répétée dans plusieurs colonies françaises, et participa à l’émergence d’une indépendance « par délégation », où les dirigeants locaux devenaient les nouveaux gestionnaires des intérêts parisiens, sous couvert de légitimité électorale.

III. Conséquences politiques, ethniques et mémorielles de la transition Mbida–Ahidjo (1958)

L’éviction d’André-Marie Mbida en février 1958 et son remplacement par Ahmadou Ahidjo marquèrent plus qu’un simple changement de leadership. Cette transition, opérée dans un cadre légal mais sous influence coloniale manifeste, ouvrit la voie à une série de transformations structurelles qui affectèrent durablement l’architecture politique, les rapports ethniques et la mémoire collective du Cameroun. En mettant à l’écart un nationaliste affirmé au profit d’un dirigeant perçu comme loyal à la métropole, la France inaugura une ère d’« indépendance sous tutelle » (Bayart, 1985), dont les effets sont encore perceptibles.

1. La consolidation d’un régime autoritaire d’exception

L’accession d’Ahmadou Ahidjo au poste de Premier ministre, puis sa confirmation comme premier Président du Cameroun indépendant en 1960, déboucha rapidement sur la mise en place d’un État autoritaire, centralisé et répressif. Si Ahidjo entama son mandat en promettant une « indépendance dans l’ordre », il construisit en réalité un appareil d’État fortement militarisé, centralisé autour de sa personne, et marqué par une élimination méthodique de toute opposition réelle ou potentielle (Mbembe, 1996).

La période 1960–1975 est marquée par :

  • la mise en place d’un parti unique (UNC) en 1966 ;
  • la répression sanglante des maquis UPC dans le Mungo, la Sanaga-Maritime et la région Bassa-Beti (Deltombe et al., 2011) ;
  • l’instrumentalisation de la justice militaire pour juger les leaders nationalistes ;
  • l’instauration d’un système sécuritaire piloté par les services secrets camerounais, avec l’appui technique de la France (Suret-Canale, 1971).

Cette évolution, amorcée dès 1958, résulte directement du choix d’un leadership favorable à la France, au détriment d’un processus réellement démocratique et souverain. Le remplacement de Mbida par Ahidjo inaugure ainsi un régime d’exception légalisé, où la légitimité ne dérive plus du peuple, mais de l’aval de Paris et de la stabilité sécuritaire.

2. L’effacement programmé des nationalistes souverainistes

L’une des conséquences les plus graves de cette transition est l’effacement, puis la criminalisation, du courant souverainiste camerounais incarné par l’UPC, mais aussi par des figures comme Mbida. Après 1958, la majorité des cadres nationalistes – Félix-Roland Moumié, Ernest Ouandié, Osendé Afana – furent éliminés physiquement, emprisonnés ou poussés à l’exil.

Ahidjo, tout en affirmant poursuivre l’« œuvre d’indépendance », organisa une véritable chasse aux sorcières contre les anciens partisans de l’unité immédiate du Cameroun et de l’autodétermination sans condition. Ruben Um Nyobè, déjà assassiné en 1958, fut effacé des manuels scolaires. Les survivants furent accusés de « terrorisme », déportés, voire exécutés après des procès sommaires (Deltombe et al., 2011).

Mbida, lui, connut un exil politique intérieur. Relégué, marginalisé, et finalement banni du champ politique, il meurt en 1980 dans un relatif oubli officiel. Sa vision d’un Cameroun républicain, souverain et pluriel fut progressivement remplacée par une idéologie de l’unité autoritaire, fondée sur l’ordre, la discipline et la continuité de l’État.

3. La réorganisation du pouvoir autour de l’axe Nord-Est

L’arrivée d’Ahidjo au pouvoir marque un tournant dans l’équilibre ethno-régional du Cameroun. Pour la première fois, un leader musulman du Nord accède aux plus hautes fonctions. Cette recomposition n’est pas uniquement le fruit d’un choix individuel ou d’un vote parlementaire : elle obéit à une logique plus large de redistribution du pouvoir selon une grille géopolitique régionale.

Le régime Ahidjo favorisa une concentration du pouvoir au profit des élites nordistes, musulmanes, souvent issues de la hiérarchie traditionnelle (lamidats, chefferies), et fidèles à la doctrine du pouvoir centralisé. Cela se traduisit par une surreprésentation du Nord dans l’administration, l’armée, la diplomatie et les entreprises publiques (Bayart, 1979).

Par contraste, les régions du Centre, du Sud et de l’Ouest, pourtant historiquement motrices du mouvement national, furent politiquement marginalisées, leur élite cooptée ou écartée, et leur base sociale réprimée. Le souvenir de Mbida, comme celui de l’UPC, fut ainsi effacé au profit d’une version officielle de l’histoire centrée sur Ahidjo, présenté comme le « Père de l’Unité nationale ».

4. Une mémoire politique fragmentée

Le remplacement de Mbida, sans reconnaissance de son apport, ni débat sur sa vision politique, a contribué à une fragmentation de la mémoire nationale. Tandis que certaines élites nordistes glorifient l’« héritage d’Ahidjo » en insistant sur la stabilité et le développement économique, d’autres – notamment dans le Centre et la diaspora – réclament la réhabilitation de figures comme Mbida et Um Nyobè, perçues comme les vrais artisans de la souveraineté.

Cette mémoire divisée empêche l’émergence d’un récit national unifié. Le clivage Mbida–Ahidjo reste un point aveugle dans l’enseignement de l’histoire au Cameroun. Les manuels scolaires passent rapidement sur les événements de 1957–1958, préférant glorifier l’indépendance « obtenue pacifiquement » sous la direction d’Ahidjo (Fomin, 2004).

5. L’inauguration d’une indépendance sous contrôle

Enfin, la transition de 1958 initie ce que plusieurs chercheurs appellent une indépendance « négociée », voire « confisquée ». En choisissant ses interlocuteurs, en imposant ses calendriers, et en définissant les contours de la souveraineté, la France a maintenu un contrôle indirect sur le Cameroun postcolonial. Ahidjo en fut le garant, assurant la continuité des intérêts français en matière d’exploitation des ressources, de coopération militaire et de contrôle stratégique du golfe de Guinée (Coquery-Vidrovitch, 2001).

Ce système de dépendance, hérité de la transition Mbida–Ahidjo, fut ensuite prolongé par le régime de Paul Biya, qui reprit à son compte la logique de centralisation autoritaire et de loyauté à la France. La brèche ouverte en 1958 ne fut jamais refermée, et elle constitue encore aujourd’hui l’un des fondements de la crise de légitimité que traverse le Cameroun contemporain.

Conclusion (≈ 700 mots)

L’éviction d’André-Marie Mbida en février 1958, au profit d’Ahmadou Ahidjo, apparaît rétrospectivement comme l’un des moments les plus déterminants — et les plus controversés — de la trajectoire politico-institutionnelle du Cameroun contemporain. Présentée à l’époque comme une transition parlementaire dans le respect des formes légales, cette substitution à la tête du gouvernement camerounais s’inscrit en réalité dans une stratégie coloniale de préservation des intérêts français face à une dynamique nationale de plus en plus incontrôlable. En cela, elle relève moins d’un simple jeu d’alternance politique que d’un coup d’État institutionnel, orchestré par la puissance administrante, avec le concours d’acteurs locaux soigneusement choisis.

Au terme de notre analyse, plusieurs enseignements peuvent être tirés.

Premièrement, les causes immédiates de la chute de Mbida ne résident pas uniquement dans ses erreurs politiques ou son supposé isolement au sein de l’ALCAM. Elles relèvent fondamentalement d’une opposition de principes entre un dirigeant républicain soucieux d’une souveraineté nationale pleine et entière, et une administration coloniale française déterminée à maintenir sa mainmise par des voies détournées. Comme le montre abondamment la correspondance entre Jean Ramadier et le ministère de la France d’Outre-Mer, la rupture avec Mbida fut déclenchée lorsque ce dernier refusa explicitement tout projet de maintien du Cameroun dans une communauté franco-africaine (Deltombe et al., 2011). Son intransigeance face aux compromis coloniaux, son désir d’imposer une réforme du système éducatif et de limiter l’influence de l’Église missionnaire ont précipité sa mise à l’écart.

Deuxièmement, la mise en place d’un processus légal — motion de censure parlementaire — n’enlève rien au caractère contraint de cette transition. Comme l’ont montré les travaux de Mbembe (2000) et Joseph (1977), les institutions mises en place sous la tutelle onusienne étaient en réalité pilotées depuis Paris. La France, en choisissant de promouvoir Ahmadou Ahidjo, dont la loyauté et la docilité avaient été éprouvées dans l’administration coloniale, a inauguré une stratégie de transfert du pouvoir « sous surveillance », typique de ce que l’on appellera plus tard la Françafrique.

Troisièmement, les conséquences de cette transition ont été durables et structurelles. La marginalisation des souverainistes, la répression des mouvements nationalistes, la construction d’un État hyper-centralisé et l’institutionnalisation d’un pouvoir ethniquement polarisé sont autant de phénomènes directement hérités de la logique de 1958. Le passage d’un pouvoir sudiste, catholique, et relativement pluraliste, à un pouvoir nordiste, musulman, centralisé et militarisé, a profondément modifié l’équilibre du champ politique camerounais. Le mythe de l’« unité nationale » imposée par le haut, souvent associé à Ahidjo, masque mal l’exclusion des élites du Centre et du Sud, ainsi que l’effacement programmé des figures historiques de la résistance à la colonisation.

Quatrièmement, sur le plan mémoriel, l’éviction de Mbida reste un non-dit de l’histoire officielle. Alors que son rôle comme premier chef de gouvernement autonome fut fondamental, il est peu mentionné dans les manuels scolaires, dans les commémorations nationales ou dans les discours présidentiels. Cette occultation participe d’un récit historique univoque où Ahidjo apparaît comme l’unique artisan de l’indépendance camerounaise, au prix d’une falsification de l’histoire qui continue d’alimenter les divisions mémorielles et les frustrations régionales.

Enfin, cette étude met en lumière l’impérieuse nécessité de rouvrir les dossiers de la décolonisation dans une perspective critique et désaliénée. Le cas Mbida-Ahidjo est exemplaire d’une transition falsifiée, où la souveraineté du peuple a été niée au profit d’un agenda extérieur. Il constitue aussi un cas d’école sur les manipulations politico-institutionnelles permises par des contextes de domination coloniale habillée de légalité.

À l’heure où le Cameroun continue de chercher les voies d’une refondation démocratique, inclusive et souveraine, il devient urgent de revisiter ces moments d’inflexion de notre histoire. Ce n’est qu’en reconnaissant la pluralité des trajectoires, des combats et des projets portés par des figures comme André-Marie Mbida que la nation camerounaise pourra réconcilier ses mémoires et fonder un projet commun émancipateur.

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  • Suret-Canale, J. (1971). Afrique noire : l’ère coloniale (1900–1945). Paris : Éditions sociales.

ÉPISODE 1: Ahmadou Ahidjo prend le pouvoir : naissance d’un État contre son peuple

Lorsque l’on parle du Cameroun moderne, on oublie souvent que tout commence dans le silence.

Un silence lourd, structuré, calculé.

Ce silence, c’est celui qui entoure la montée au pouvoir d’un homme : Ahmadou Ahidjo.

Nous sommes en mai 1957, la loi-cadre Defferre est fraîchement adoptée, et pour la première fois, le Cameroun, encore sous tutelle française, obtient un gouvernement autonome.

Le nom que la France pousse discrètement vers la tête de l’exécutif, c’est celui d’un homme formé dans l’administration coloniale, loyal, réservé, méthodique : Ahmadou Ahidjo

Contexte général : De son accession au poste de Premier ministre en 1958 jusqu’à sa démission en 1982, Ahmadou Ahidjo a mené un régime autoritaire marqué par une répression brutale des mouvements indépendantistes (notamment l’Union des populations du Cameroun, UPC) et des opposants politiques. La guerre contre les maquis nationalistes entamée sous la colonisation française s’est prolongée bien après l’indépendance, avec un bilan humain lourd. Entre 1955 et 1964, des dizaines de milliers de personnes (combattants nationalistes et civils) auraient été tuées dans ce conflit méconnu . La répression a pris la forme de massacres, d’assassinats ciblés de leaders nationalistes, d’emprisonnements massifs et de torture, instaurant un climat de terreur pour consolider le pouvoir central.( cliquez sur la vidéo)

La géopolitique de l’AXE LOURD DOUALA-YAOUNDE: Le cœur stratégique du Cameroun bat dans l’oubli, l’heure du réveil a sonné!

Ruben Um Nyobe

Résumé

L’axe Douala–Yaoundé est plus qu’une simple infrastructure routière reliant les deux principales métropoles du Cameroun : il constitue un espace stratégique, économique, énergétique, minier et géopolitique majeur pour la refondation du pays. Traversant les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime, ce corridor concentre à lui seul l’essentiel des ressources naturelles, des grandes infrastructures de transport et d’énergie, des gisements miniers, ainsi que les principaux projets d’intégration sous-régionale. Pourtant, ce territoire reste marqué par une profonde marginalisation politique et territoriale. L’article examine les dynamiques multiples à l’œuvre le long de cet axe, en mobilisant des données statistiques, des références académiques et une grille d’analyse géopolitique interdisciplinaire. Il soutient que la transformation de cet axe en colonne vertébrale de la souveraineté nationale constitue une condition fondamentale pour tout projet d’État développementaliste communautaire au Cameroun.


Mots-clés

Géopolitique – Douala–Yaoundé – Cameroun – Nyong-et-Kéllé – Sanaga-Maritime – ressources naturelles – souveraineté – corridors logistiques – intégration régionale – État développementaliste communautaire


Abstract

The Douala–Yaoundé corridor is more than just a transport artery linking Cameroon’s two major cities. It is a strategic and multifunctional geopolitical space—economic, energetic, territorial, and symbolic—crossing key departments such as Nyong-et-Kéllé and Sanaga-Maritime. This region hosts a rich endowment of natural resources, critical mineral reserves, hydroelectric infrastructure, and major transport networks, making it a central pillar of national sovereignty and regional integration. Yet, despite its strategic value, this axis suffers from chronic marginalization and underdevelopment. This article provides a multidisciplinary geopolitical analysis of the corridor, drawing on statistical data, field research, and historical perspectives. It argues for the urgent reintegration of this territory into Cameroon’s state-building strategy through a model of community-based developmentalism that links infrastructure, local empowerment, and national sovereignty.


Keywords

Geopolitics – Cameroon – Douala–Yaoundé – Nyong-et-Kéllé – Sanaga-Maritime – natural resources – national sovereignty – regional integration – developmental state – infrastructure


Introduction générale

Le Cameroun est un pays aux multiples potentiels, souvent qualifié de « pays d’Afrique en miniature » pour sa diversité géographique, culturelle et économique. Mais derrière cette formule flatteuse se cache une réalité plus complexe : une centralisation excessive, une distribution inégale des ressources, et des fractures territoriales profondes. Au cœur de ces contradictions se trouve un axe structurant majeur : la route Douala–Yaoundé. Ce corridor, long d’environ 250 kilomètres, n’est pas seulement un trait d’union entre la capitale politique et la capitale économique. Il constitue une colonne vertébrale stratégique traversant deux départements historiquement marginaux, mais géo-économiquement centraux : le Nyong-et-Kéllé et la Sanaga-Maritime.

Depuis l’époque coloniale, cet axe a été conçu comme un couloir de circulation pour les marchandises, l’électricité, les matières premières et les hommes. Cependant, les territoires qu’il traverse sont restés exclus des logiques de redistribution et de gouvernance. Ils concentrent aujourd’hui des inégalités criantes : pauvreté des infrastructures sociales, sous-investissement dans les équipements publics, enclavement rural malgré la présence des grandes voies, et faible représentativité politique. Pourtant, ce territoire renferme une abondance de ressources : forêts, rivières, terres agricoles, barrages hydroélectriques, gisements miniers (or, fer, nickel, calcaire, terres rares), réserves en biodiversité, et un réseau de communication stratégique connectant le port de Douala aux pays de l’hinterland (Tchad, RCA).

Cet article scientifique vise à proposer une relecture géopolitique complète de cet axe, en croisant plusieurs dimensions : territoriale, économique, énergétique, minière, historique, politique et sous-régionale. Il s’agit de démontrer que le corridor Douala–Yaoundé, loin d’être une simple voie de transit, est un territoire stratégique pour la refondation de l’État camerounais, à condition d’y appliquer une grille de lecture intégrée et souveraine. Cette analyse s’inscrit dans le cadre du modèle de l’État Développementaliste Communautaire, qui privilégie la valorisation des ressources locales, la justice territoriale, et l’intégration des populations aux stratégies nationales.

Le premier chapitre analyse l’espace géographique et logistique de l’axe, en démontrant que sa position centrale lui confère une importance structurelle nationale et régionale. Le deuxième chapitre met en lumière la richesse naturelle exceptionnelle du corridor, notamment son potentiel agricole, forestier et hydraulique. Le troisième chapitre s’intéresse aux ressources minières du sous-sol local, encore largement inexploitées malgré les données géologiques prometteuses. Le quatrième chapitre approfondit la dimension énergétique, en examinant le rôle des barrages, des lignes électriques, et des projets industriels associés. Le cinquième chapitre ouvre la perspective sous-régionale, en insistant sur le rôle d’interface logistique que joue l’axe dans la connectivité entre le Cameroun et ses voisins d’Afrique centrale. Enfin, le sixième chapitre développe une réflexion critique sur la géopolitique du pouvoir, la marginalisation historique de la zone, et les recompositions politiques en cours, en particulier dans la perspective d’une transition politique imminente.

Méthodologiquement, l’article s’appuie sur une revue documentaire riche (rapports du MINMIDT, études de la Banque mondiale, littérature académique, données de l’INS), des données statistiques actualisées, ainsi qu’une analyse cartographique du territoire traversé. Il mobilise également les outils théoriques de la géopolitique critique (Lacoste, Raffestin), de l’économie politique du développement (Amin, Mkandawire) et de la sociologie territoriale (Lussault, Badie).

En définitive, l’objectif est de réhabiliter un axe stratégique oublié, en proposant un modèle de gouvernance territoriale fondé sur la souveraineté, la transformation locale des ressources, et la participation communautaire. Cet article s’adresse à la fois aux chercheurs, aux décideurs publics, aux acteurs de la société civile, et aux mouvements politiques porteurs de projets alternatifs. Car repenser l’axe Douala–Yaoundé, c’est aussi repérer la faille qui empêche le Cameroun de devenir une nation cohérente, souveraine et équitable. Et c’est surtout poser les bases d’une réforme territoriale et géopolitique majeure, fondée sur les réalités de terrain, les ressources endogènes, et les aspirations populaires.

Chapitre 1 : Un territoire géographique et logistique central

1.1. Un corridor naturel entre deux capitales stratégiques

L’axe Douala–Yaoundé, long d’environ 230 kilomètres, relie les deux centres de gravité du Cameroun : Yaoundé, la capitale politique et administrative, et Douala, la capitale économique et portuaire. Cet axe traverse deux départements essentiels, à savoir le Nyong-et-Kéllé (dans la région du Centre) et la Sanaga-Maritime (dans la région du Littoral). Cette trajectoire n’est pas fortuite. Elle épouse une géographie naturelle faite de plaines fertiles, de forêts denses, et d’un maillage hydrographique dense dominé par le fleuve Sanaga, le plus grand du pays. Sur le plan topographique, cette zone sert de charnière entre le bassin sud forestier et les plateaux centraux, constituant ainsi un couloir de passage naturel pour les marchandises, les personnes, les ressources énergétiques et les flux d’information.

Historiquement, ce corridor a été structuré dès la colonisation allemande comme axe de pénétration intérieure, reliant le port de Douala aux hauts-plateaux bamilékés et à l’administration centrale. Cette structuration a été renforcée durant la période coloniale française, puis sous les régimes successifs d’Ahmadou Ahidjo et Paul Biya, mais sans jamais inclure sérieusement le développement des zones traversées. D’après une étude du MINHDU (2020), plus de 65 % du fret terrestre national passe par cet axe, et près de 70 % des flux interurbains y sont concentrés. Cette densité de trafic en fait l’artère économique vitale du Cameroun.


1.2. Une convergence multimodale unique au Cameroun

L’axe Douala–Yaoundé est également le seul corridor du pays où convergent tous les modes de transport modernes : routier, ferroviaire, fluvial, électrique et numérique. On y trouve la Route Nationale N°3 (RN3), une voie bitumée classée d’intérêt stratégique par le gouvernement, mais aujourd’hui dégradée à plus de 40 % sur certains tronçons selon le Rapport de suivi des infrastructures du MINTP (2023). En parallèle, la voie ferroviaire de la CAMRAIL relie Douala à Yaoundé, puis à Ngaoundéré, mais le tronçon entre Édéa, Messondo et Makak reste peu utilisé pour le transport local.

En plus de cette infrastructure terrestre, le corridor héberge aussi deux lignes électriques haute tension majeures (225 kV) partant des barrages de Songloulou et d’Édéa pour alimenter Douala, Yaoundé et l’est du pays. Il constitue aussi un passage crucial pour les pipelines de produits pétroliers en provenance du terminal pétrolier de Limbé et des installations portuaires. Le réseau de fibre optique qui alimente les centres urbains en connectivité numérique suit également ce tracé, ce qui fait dire à plusieurs experts que le corridor Douala–Yaoundé est la colonne vertébrale technologique du pays (cf. ANINF, 2022).


1.3. Un espace stratégique pour l’intégration urbaine et périurbaine

La pression démographique autour de cet axe a engendré une urbanisation linéaire, avec des pôles secondaires en croissance rapide comme Édéa, Pouma, Boumnyébel, Makak, Messondo, Mandoumba, etc. Ces localités, bien que traversées par le développement, n’en profitent que très peu, car elles sont dépourvues d’équipements structurants. Selon les données de l’INS (2022), plus de 1,7 million de personnes vivent dans un rayon de 15 km de part et d’autre de la RN3. La zone a un potentiel de mégalopole linéaire si elle était structurée par un aménagement planifié, incluant zones industrielles, habitats sociaux, infrastructures de santé et de formation.

Cependant, cette urbanisation spontanée n’est pas accompagnée par des politiques d’aménagement adaptées. L’Observatoire du Développement Territorial (ODT, 2021) note que la zone est sujette à un déséquilibre croissant entre son poids stratégique et son niveau d’investissement public. Les taux de couverture en eau potable y sont inférieurs à 35 %, ceux d’accès à l’électricité à 40 %, et les taux de scolarisation post-primaire ne dépassent pas 30 % dans plusieurs localités (notamment dans le Nyong-et-Kéllé rural). Ainsi, la croissance y est subie, non organisée, renforçant les tensions sociales.


1.4. Un point d’ancrage entre les bassins agricoles, énergétiques et industriels

Le territoire traversé par cet axe relie trois zones économiques majeures : la zone portuaire et industrielle de Douala, la ceinture énergétique Édéa–Songloulou, et le bassin administratif de Yaoundé. Entre ces trois pôles gravitent des ressources et des activités essentielles au fonctionnement national. Par exemple, la ville d’Édéa accueille l’usine Alucam, fleuron de la transformation d’aluminium (aujourd’hui en sommeil industriel), ainsi qu’une centrale thermique. La zone de Pouma–Dibang héberge plusieurs projets agro-industriels (Socapalm, Hévéa Cameroun, etc.), tandis que le Nyong-et-Kéllé concentre des petits producteurs de cacao, manioc, banane, huile rouge, etc., avec un potentiel de transformation locale inexploité.

Les études de l’ANIS (2022) classent cet axe comme zone prioritaire de structuration industrielle, en raison de sa proximité à la fois aux matières premières, aux infrastructures logistiques et à une main-d’œuvre jeune. Pourtant, aucune politique cohérente de zonage industriel n’a encore été mise en œuvre. Seuls des projets ponctuels, comme la Zone Industrielle Intégrée d’Édéa, ont été proposés sans aboutissement, faute de coordination interministérielle et de planification territoriale réelle. Le paradoxe est que la logistique transite par là, mais la valeur ajoutée part ailleurs.


1.5. Une colonne vertébrale sans moelle : le drame de l’oubli étatique

Malgré sa centralité géographique et logistique, l’axe Douala–Yaoundé souffre d’un abandon institutionnel manifeste. Les budgets d’investissement public dans cette zone représentent moins de 8 % des dépenses régionales du Centre et du Littoral combinés (MINFI, 2021). Ce sous-financement est aggravé par le fait que le territoire reste invisible politiquement. Aucun ministère de plein exercice n’est basé dans cette bande, aucun grand programme gouvernemental de développement rural ou industriel ne cible en priorité ces départements. En somme, l’État traverse la région sans s’y implanter.

Ce décalage entre usage stratégique et marginalisation sociale alimente un sentiment d’exclusion profond. Les populations locales, notamment la jeunesse, n’ont pas accès aux bénéfices des richesses qu’ils voient transiter chaque jour devant eux. Cette situation crée un terreau d’injustice territoriale dont les effets politiques à venir seront déterminants. Comme le souligne Bayart (1989), « le politique est d’abord affaire de territorialisation des ressources ». Or, dans ce corridor vital, les ressources sont centralisées, mais les bénéfices sont déterritorialisés.


1.6. Conclusion : un corridor vital à réintégrer dans la gouvernance territoriale

Le corridor Douala–Yaoundé, loin d’être une simple voie de passage, est un territoire de haute intensité stratégique, tant sur le plan économique que sur celui de l’aménagement, de l’énergie, de l’agriculture, de la mémoire nationale et de la justice sociale. Le considérer comme un simple « axe lourd » est un contresens : il est la colonne vertébrale du Cameroun moderne. Son potentiel logistique, industriel et humain en fait un espace de transformation décisif. Mais pour cela, il doit sortir de l’oubli politique, être investi, gouverné, structuré, et inscrit au cœur des équilibres régionaux et nationaux.

Chapitre 2 : Une abondance de ressources naturelles à haute valeur

2.1. Un patrimoine agroécologique exceptionnel

Le corridor Douala–Yaoundé traverse deux zones agroécologiques majeures du Cameroun : la zone forestière humide à pluviométrie abondante (Sanaga-Maritime) et la zone de transition agroforestière (Nyong-et-Kéllé). Ces zones se caractérisent par une pluviométrie annuelle comprise entre 1 500 et 2 500 mm, des sols ferralitiques riches en matière organique, et une biodiversité exceptionnelle. Cette combinaison climatique et pédologique en fait l’un des bassins agricoles les plus fertiles du pays, avec un fort potentiel pour les cultures de rente et de subsistance.

Selon les données du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER, 2022), les cultures dominantes dans la zone comprennent le cacao, le manioc, la banane plantain, l’igname, l’huile de palme, le maïs et les arachides. Le département du Nyong-et-Kéllé, notamment les arrondissements de Makak, Messondo, Ngog-Mapubi et Bondjock, est classé parmi les trois plus importants producteurs de manioc au Cameroun, avec une production excédant les 320 000 tonnes par an. La Sanaga-Maritime, notamment autour d’Édéa et Pouma, demeure une zone stratégique de production de cacao, enregistrant plus de 14 000 tonnes de fèves exportées en 2021 (Office National du Cacao et du Café – ONCC, 2022).

Outre les cultures, le territoire possède un potentiel agroforestier immense : essences forestières comestibles (moabi, safoutier, njansang), plantes médicinales (alchornea, prunus africana), et fruitiers tropicaux. Ce potentiel reste sous-exploité du fait du manque d’industries locales de transformation, de l’enclavement des bassins de production, et d’un soutien étatique très limité. Pourtant, une étude du Centre de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD, 2020) révèle que 60 % des ménages agricoles du Nyong-et-Kéllé vivent uniquement de la vente de leurs produits, dans un système non structuré et sans accès aux crédits productifs. Une véritable stratégie de souveraineté alimentaire nationale pourrait s’appuyer sur ce patrimoine.


2.2. Des forêts denses à haute valeur économique et écologique

La couverture forestière du corridor Douala–Yaoundé est une richesse souvent méconnue. Les départements de la Sanaga-Maritime et du Nyong-et-Kéllé appartiennent au massif forestier du Sud-Cameroun, qui est une extension du bassin du Congo, le deuxième plus grand bassin forestier tropical du monde. D’après la FAO (Global Forest Resources Assessment, 2020), le Cameroun possède environ 20 millions d’hectares de forêts, dont près de 800 000 hectares sont situés dans les deux départements étudiés.

Ces forêts sont constituées d’essences précieuses telles que l’azobé, le bubinga, le moabi, le sapelli, l’okoumé, le doussié ou encore le padouk. Le Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF, 2023) recense plus de 35 unités forestières d’aménagement (UFA) dans cette bande géographique, représentant environ 11 % du potentiel forestier commercial exploité du pays. Pourtant, les communautés riveraines, notamment à Ngog-Mapubi, Messondo et Pouma, dénoncent l’absence de retombées locales : moins de 7 % des revenus forestiers perçus par l’État sont réinjectés dans ces localités (source : FODER, 2022).

Sur le plan écologique, ces forêts jouent un rôle crucial dans la captation du CO₂, la régulation climatique, la préservation de la biodiversité et la sécurité hydrique des populations riveraines. La pression industrielle, l’exploitation illégale et l’absence de gestion communautaire durable compromettent cependant cet équilibre. Dans un contexte mondial de transition verte, il devient urgent de transformer cette richesse forestière en levier de développement local, via des mécanismes de paiements pour services écosystémiques (PSE), des partenariats de reboisement communautaire, et une réforme de la fiscalité forestière.


2.3. Le potentiel halieutique et hydrologique du fleuve Sanaga

Le fleuve Sanaga, plus grand fleuve du Cameroun avec 918 km de long, traverse de part en part la Sanaga-Maritime et marque l’identité écologique et économique de ce corridor. Ce fleuve, qui alimente les barrages d’Édéa et de Songloulou, constitue également une ressource halieutique majeure. Selon les chiffres du Ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA, 2022), plus de 22 000 pêcheurs traditionnels vivent directement des activités de pêche dans les affluents et bras morts de la Sanaga dans la zone d’Édéa, Mouanko et Yassoukou. La production annuelle dépasse les 9 500 tonnes de poissons d’eau douce, incluant le silure, le capitaine, la perche et diverses espèces de tilapia.

Malgré ce potentiel, aucune infrastructure moderne de transformation du poisson n’existe dans la zone. Les pertes post-capture sont estimées à 30 %, faute de chaînes de froid, de routes carrossables et de marchés formalisés. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, 2021) recommande la création de zones de transformation halieutique décentralisées pour valoriser ce type de gisement, notamment dans les zones semi-rurales proches de la ressource.

Par ailleurs, la Sanaga est aussi une réserve stratégique en eau potable, aujourd’hui sous-exploitée. Selon Camwater (2021), seules 18 % des localités riveraines du fleuve dans le Nyong-et-Kéllé ont accès à de l’eau potable issue de la Sanaga, malgré des besoins croissants. La sécurisation de cette ressource, combinée à un investissement dans la production d’eau industrielle, pourrait faire de ce fleuve un levier d’hydrodiplomatie nationale et régionale, à condition d’intégrer les collectivités locales dans sa gouvernance.


2.4. Une richesse en terres agricoles, mais une absence de souveraineté foncière

L’un des paradoxes les plus marquants du corridor Douala–Yaoundé réside dans l’abondance de terres agricoles arables et la précarité foncière des producteurs locaux. Le territoire dispose de plus de 700 000 hectares de terres cultivables (source : MINADER/PNDP, 2021), dont à peine 30 % sont mis en valeur. Cela est dû à plusieurs facteurs : enclavement, absence de mécanismes d’irrigation, faiblesse du crédit rural, mais surtout à une insécurité foncière croissante.

La région a été le théâtre de nombreuses opérations d’accaparement foncier, sous forme de concessions agro-industrielles accordées à des multinationales (cas de Socapalm à Dizangué, Hévéa Cameroun à Pouma, ou encore Neo Industry dans le Centre), qui empiètent sur les terres coutumières sans compensation suffisante. Ce phénomène est amplifié par le cadre légal de 1974, qui ne reconnaît pas le droit foncier coutumier en tant que tel. Selon une enquête du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED, 2022), près de 65 % des communautés rurales du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime n’ont aucun titre de propriété formel, les rendant vulnérables aux expulsions.

Dans une région aussi stratégique, l’absence d’une réforme foncière centrée sur les droits communautaires compromet non seulement la sécurité alimentaire, mais aussi la paix sociale. Des initiatives pilotes de coopératives foncières communautaires, soutenues par certaines ONG internationales (GIZ, FIDA), commencent à émerger dans le Nyong-et-Kéllé, mais restent embryonnaires. Il s’agit d’un enjeu central pour faire des terres un outil de souveraineté plutôt qu’un objet de dépossession.


2.5. Une opportunité pour une économie verte et décentralisée

Enfin, l’abondance de ressources naturelles dans l’axe Douala–Yaoundé représente une base idéale pour bâtir une économie verte, inclusive et décentralisée. Les potentialités dans l’agroécologie, le bois certifié, la transformation alimentaire locale, les biocarburants à partir de palmier à huile, ou encore les énergies renouvelables (solaire, micro-hydro) sont considérables. Les stratégies climatiques nationales, notamment la Contribution Déterminée au niveau National (CDN 2021), identifient cette région comme une zone prioritaire d’investissement climat, mais les financements internationaux tardent à s’y matérialiser.

Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2023) recommande le renforcement des collectivités territoriales décentralisées pour piloter des projets basés sur les ressources locales. Le corridor Douala–Yaoundé, traversant des collectivités comme Édéa 1er, Makak, Pouma, Ngog-Mapubi, pourrait devenir un laboratoire d’économie territoriale circulaire, s’il bénéficie de politiques décentralisées cohérentes, de fonds d’investissement délégués, et d’un accompagnement technique solide. C’est une condition sine qua non pour transformer la richesse naturelle en prospérité partagée, et sortir du cycle de l’exploitation sans développement.

Chapitre 3 – Ressources minières : un sous-sol encore sous-exploité

Le sous-sol du Cameroun regorge de ressources minérales importantes, et l’axe Douala–Yaoundé, notamment les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime, n’échappe pas à cette réalité. Ces territoires, longtemps perçus comme zones de transit ou d’exploitation forestière, révèlent aujourd’hui un potentiel minier encore largement sous-évalué. L’émergence de nouveaux permis d’exploration, la ruée vers l’or observée à Eséka, les projets d’industrialisation autour du fer à Édéa, et les indices de minéraux stratégiques comme le rutile, les terres rares ou le nickel, positionnent cette zone comme un réservoir stratégique pour la souveraineté économique nationale. Pourtant, ces ressources restent peu ou mal exploitées, en raison de l’absence d’industries de transformation, de l’enclavement relatif des zones rurales, et de la faiblesse des politiques publiques d’accompagnement. Ce chapitre propose une cartographie précise des principales ressources minières du corridor, les projets en cours, et les défis qui conditionnent leur valorisation dans le cadre d’un État développementaliste communautaire.


3.1. L’or à Eséka : entre ruée artisanale et encadrement institutionnel incertain

Depuis 2017, la commune d’Eséka (département du Nyong-et-Kéllé) connaît une importante activité d’orpaillage, suite à la découverte d’or alluvionnaire dans plusieurs localités dont Eséka-Village, Makak, Mésondo et Ngog-Mapubi. Selon un rapport de la Délégation Régionale des Mines (DRM-Centre, 2019), au moins quatre sites aurifères sont actuellement en activité, exploités principalement par des mineurs artisanaux venus du Centre, de l’Est et même d’Afrique de l’Ouest. Ces exploitations, bien que génératrices de revenus immédiats pour certaines communautés, s’opèrent dans un cadre informel, souvent sans permis légal ni contrôle environnemental. Les préfets des départements concernés ont adopté plusieurs arrêtés de suspension ou d’encadrement, mais sans effets durables, en raison de la pauvreté des populations et de la complicité de certaines élites locales. La production moyenne est difficile à estimer, mais les ONG locales évoquent des extractions de 300 à 600 grammes d’or par mois sur les sites les plus actifs. Cette ruée aurifère, si elle était structurée par l’État, pourrait servir de levier de développement rural, à condition d’instituer des coopératives minières légales, de créer des centres de traitement semi-industriel, et d’assurer une redistribution locale des redevances minières, conformément à l’article 142 du Code minier camerounais (2016).


3.2. Fer à Édéa : un projet d’industrialisation en attente de concrétisation

Le gisement de fer de Sanaga Sud, situé près d’Édéa (Sanaga-Maritime), représente l’un des projets les plus prometteurs de l’axe Douala–Yaoundé. Découvert en 2013 et évalué par West African Minerals puis par la Compagnie Minière du Cameroun (CMC), ce gisement est estimé à environ 82,9 millions de tonnes de minerai de fer, avec une teneur moyenne de 32,1 % Fe (CMC, 2015 ; MINMIDT, 2019). Il présente plusieurs atouts géoéconomiques : proximité du port de Douala (60 km), présence du chemin de fer existant, et connexion directe avec le barrage hydroélectrique de Songloulou. Des études de faisabilité ont été soumises, et un intérêt public a été exprimé par des entreprises chinoises, notamment Sinosteel, pour développer une mine à ciel ouvert couplée à une usine de bouletage, voire à une fonderie. Toutefois, les blocages sont multiples : incertitudes sur la demande mondiale de fer, retards dans la libération des permis, absence d’accords d’infrastructures de soutien (routes, énergie industrielle). Ce gisement, s’il était développé dans une logique nationale, pourrait catalyser la naissance d’un complexe sidérurgique camerounais, contribuant à la production locale d’acier, à la baisse des importations et à la création de plusieurs milliers d’emplois. L’État devrait intégrer ce projet dans le Plan Directeur d’Industrialisation (PDI) et y associer les communes riveraines via un modèle de développement intégré.


3.3. Terres rares, rutile et zircon : minéraux critiques à haute valeur stratégique

Dans un contexte de transition énergétique et numérique mondiale, les terres rares et minéraux critiques deviennent des ressources hautement stratégiques. Le Cameroun, à travers un programme financé par la Banque mondiale (Projet PRECASEM, 2014–2019), a identifié plus de 300 nouveaux sites miniers dans 10 régions, avec des occurrences de rutile (TiO₂), de zircon (ZrSiO₄) et de terres rares légères et lourdes (CNM/World Bank, 2020). Bien que les gisements les plus étudiés soient à Akonolinga (Est) ou Minta (Haute-Sanaga), des indices prometteurs ont été signalés dans la Sanaga-Maritime, notamment dans les sables fluviatiles et latéritiques en aval de la Sanaga et de la Dibamba. Ces sables contiennent jusqu’à 64 % de rutile selon des échantillons prélevés par une société canadienne (Global Mineral Research, 2021). Le zircon, quant à lui, est utilisé dans l’aéronautique et la céramique, tandis que les terres rares sont indispensables pour la fabrication de batteries, d’aimants permanents, et d’équipements militaires. L’absence de cartographie géologique fine dans ces zones constitue un frein. Toutefois, le potentiel existe, et pourrait être valorisé à travers des partenariats public-privé, des coopérations sud-sud, et l’installation de laboratoires régionaux d’analyse minéralogique à Édéa ou Eséka, pour éviter que les échantillons ne soient systématiquement envoyés en Europe ou en Chine.


3.4. Nickel et cobalt : des indices à surveiller dans la dynamique de la transition verte

Le Cameroun dispose d’un potentiel reconnu en nickel et cobalt, notamment dans la région de Lomié (Est), avec les projets de Nkamouna et Ngaoundal (plus de 120 millions de tonnes de minerai à 0,65 % Ni et 0,23 % Co selon Geovic Mining Corp). Toutefois, des prospections menées en 2022–2023 par la société Reymans Mining ont mis en lumière des indices de gisements latéritiques dans le prolongement géologique de la Sanaga-Maritime, notamment à Pouma et Ngwei, zones peu explorées. Ces indices, encore à l’état de pré-campagne géochimique, suggèrent que des extensions latérales du craton du Sud-Cameroun pourraient receler des teneurs économiquement exploitables. Le cobalt, essentiel pour les batteries lithium-ion, pourrait devenir une ressource d’intérêt stratégique majeur pour le Cameroun dans le cadre de la stratégie africaine de mobilité électrique (African Battery Alliance, 2022). Toutefois, l’exploitation de ces métaux doit éviter les erreurs du passé : absence de transformation locale, externalisation complète de la chaîne de valeur, et non-respect des normes environnementales. Le modèle proposé par la République Démocratique du Congo, avec la création d’une zone économique spéciale du cobalt à Kolwezi, pourrait inspirer une approche camerounaise, avec la Sanaga-Maritime comme plaque tournante potentielle.


3.5. Le calcaire et la filière ciment : un levier de croissance industrielle déjà en marche

L’un des rares sous-secteurs miniers déjà en exploitation semi-industrielle dans la zone est celui du calcaire, destiné à l’industrie du ciment. À Édéa, trois cimenteries en cours d’installation – Sinafcim, Central Africa Cement, et Yousheng Cement – ambitionnent une capacité de production cumulée de 4 millions de tonnes de ciment/an, soit plus de 35 % des besoins du marché camerounais. Ces cimenteries s’approvisionnent localement auprès de carrières de calcaire (roche carbonatée) exploitées par SMC (Société Minière de la Côtière) et Huayan Pierre, toutes deux actives à Édéa et Pouma (MINMIDT, 2023). La localisation proche du port de Douala, de la RN3, du rail et des barrages hydroélectriques crée un écosystème industriel propice à l’intégration verticale. Cependant, plusieurs défis persistent : accès au foncier, conflits avec les populations riveraines, manque de régulation sur l’extraction des matériaux, et absence de transformation plus poussée (production de clinker local, préfabrication béton). Le calcaire, bien que moins médiatisé que l’or ou le cobalt, représente une ressource structurante pour l’urbanisation, la construction et les infrastructures. L’insertion de cette filière dans un schéma de développement industriel régional est essentielle pour éviter qu’elle ne devienne un simple relais d’accumulation sans effet multiplicateur.


3.6. Pour une gouvernance souveraine et communautaire des ressources minières

La richesse minérale du corridor Douala–Yaoundé est indéniable. Toutefois, son exploitation actuelle reste fragmentaire, artisanale ou dominée par des acteurs extérieurs, sans intégration réelle dans une stratégie de développement local ou national. L’absence de zones industrielles de transformation, de laboratoires de contrôle géologique régionaux, et de dispositifs de redistribution des revenus miniers vers les collectivités territoriales, renforce un sentiment d’injustice territoriale, notamment dans des communes rurales qui subissent les impacts (pollution, déforestation, conflits fonciers) sans en tirer de bénéfices concrets.

Dans une logique d’État développementaliste communautaire, il est impératif de mettre en place un cadre territorialisé de gouvernance minière, articulé autour de cinq leviers :

  1. La cartographie géologique fine et ouverte au public ;
  2. La révision des permis d’exploration avec clause de transformation locale obligatoire ;
  3. La création de fonds locaux d’investissement minier gérés par les communes ;
  4. La formation de coopératives minières légales avec appui technique de l’État ;
  5. L’institution d’un système de contrôle citoyen des contrats miniers, adossé aux chefferies et aux conseils de villages.

Chapitre 4 – Ressources énergétiques : un pilier de la souveraineté nationale

L’énergie est aujourd’hui l’un des leviers fondamentaux de la souveraineté économique et politique d’un État. Pour les pays africains, qui aspirent à une industrialisation accélérée et à un développement inclusif, la maîtrise de l’approvisionnement énergétique conditionne aussi bien l’essor du tissu productif que l’équilibre territorial. Le Cameroun, doté d’un potentiel énergétique considérable, reste néanmoins confronté à une fracture énergétique profonde, où les zones de production sont souvent distinctes des zones de consommation et largement coupées des communautés locales. Dans cette perspective, l’axe Douala–Yaoundé, et plus précisément les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime, occupe une position centrale : c’est à la fois une zone de production majeure d’électricité hydroélectrique, un nœud logistique énergétique, et un corridor stratégique d’interconnexion entre les régions du pays. Ce chapitre examine les principales ressources énergétiques de la zone, leurs impacts géopolitiques et sociaux, ainsi que les défis d’une gouvernance souveraine et communautaire de l’énergie.


4.1. La Sanaga : colonne vertébrale hydroélectrique du Cameroun

Le fleuve Sanaga, le plus long du Cameroun (918 km), joue un rôle vital dans la production d’électricité du pays. Il abrite les deux principaux barrages hydroélectriques : Songloulou (384 MW) et Édéa (276 MW), qui ensemble, assurent environ 60 à 70 % de la production d’électricité du Réseau Interconnecté Sud (RIS) selon les données du MINEE (Ministère de l’Eau et de l’Énergie, 2022). Le barrage d’Édéa, mis en service dès 1954, fut construit à l’origine pour alimenter l’usine d’aluminium de la société ALUCAM. Quant à Songloulou, inauguré en 1981, il est la plus puissante centrale hydroélectrique du pays. Ces installations exploitent le fort dénivelé naturel de la Sanaga entre le plateau de Nanga-Eboko et l’estuaire d’Édéa, où le débit fluvial moyen dépasse 2 100 m³/s. Malgré leur ancienneté, ces barrages demeurent opérationnels, mais nécessitent des opérations constantes de maintenance et de modernisation, notamment du système de turbines. Ils constituent des infrastructures critiques, non seulement pour l’économie camerounaise, mais aussi pour la stabilité du réseau électrique régional, car l’axe Douala–Yaoundé est également connecté à d’autres pôles industriels via des lignes de 225 kV, formant la colonne vertébrale énergétique du pays.


4.2. La centrale hydroélectrique de Nachtigal : une nouvelle ère de production

À une cinquantaine de kilomètres au nord d’Éséka, sur la Sanaga, se trouve le projet hydroélectrique de Nachtigal-Amont, l’un des plus ambitieux développés par le Cameroun dans la dernière décennie. Porté par NHPC (Nachtigal Hydro Power Company), un consortium composé d’EDF, IFC (Banque mondiale), STOA, Africa50 et l’État du Cameroun, ce projet vise une capacité installée de 420 MW, avec une production annuelle estimée à 2 900 GWh (IFC, 2021). Cette centrale, dont la mise en service est prévue pour 2024, permettra d’augmenter de 30 % la capacité énergétique du réseau national et de stabiliser l’approvisionnement du RIS. Elle est directement connectée à la ligne à haute tension 225 kV Nachtigal–Yaoundé–Bertoua, renforçant l’interconnexion entre les centres de consommation et les zones rurales de l’Est et du Centre. Toutefois, les retombées locales restent encore incertaines. Plusieurs villages riverains de la Sanaga dans le Nyong-et-Kéllé, notamment Ngambé Tikar ou Mbandjock périphérique, se plaignent de n’avoir ni électricité, ni compensation foncière équitable, bien que vivant à quelques kilomètres de ces installations. Cette situation illustre le paradoxe de l’énergie camerounaise : les ressources sont disponibles et produites localement, mais les bénéficiaires en sont souvent éloignés.


4.3. Le gaz naturel de Sanaga Sud : diversification et exportation stratégique

En complément de l’hydroélectricité, la région de la Sanaga-Maritime dispose aussi d’une réserve prouvée de gaz naturel offshore. Le champ gazier de Sanaga Sud, situé au large de Kribi, est exploité par un consortium dirigé par Perenco et la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). Depuis 2013, ce gaz alimente la centrale thermique de Kribi, d’une capacité de 216 MW, opérée par Kribi Power Development Company (KPDC). En 2018, le gouvernement a lancé un projet d’exportation de GNL (gaz naturel liquéfié) via le terminal flottant Hilli Episeyo, qui permet au Cameroun de devenir exportateur net de gaz liquéfié sur les marchés asiatiques. En 2020, le pays a exporté plus de 1,2 million de tonnes de GNL, générant des revenus estimés à 250 millions de dollars (SNH, Rapport annuel 2021). Bien que cette ressource ne soit pas directement exploitée dans le Nyong-et-Kéllé, les infrastructures de transport (gazoducs, routes, lignes électriques) qui traversent la Sanaga-Maritime font de cette région un nœud énergétique stratégique. La question cruciale reste celle de la valeur ajoutée locale : aucune unité de transformation du gaz (engrais, plastiques, méthanol) n’a encore été implantée dans la zone. La conversion énergétique du pays dépendra de la capacité de l’État à lier exploitation, industrialisation et redistribution territoriale.


4.4. Les lignes de transport et la gouvernance de SONATREL

L’interconnexion énergétique du pays repose sur un maillage complexe de lignes haute et moyenne tension. Le corridor Douala–Yaoundé est traversé par la ligne 225 kV Songloulou–Yaoundé (via Édéa et Eséka), opérée par SONATREL (Société Nationale de Transport d’Électricité). Cette ligne permet le transit quotidien de plusieurs milliers de mégawatts, approvisionnant aussi bien les ménages que les zones industrielles (ALUCAM, CIMENCAM, Sinafcim). Pourtant, les pertes sur le réseau restent élevées, dépassant 22 % sur certaines portions (SONATREL, Rapport Technique 2022), à cause du vieillissement des câbles, de la faiblesse des transformateurs, et du vandalisme. Dans le Nyong-et-Kéllé, plusieurs localités riveraines des lignes ne sont pas électrifiées. Des villages comme Makak Nord, Mésondo, ou Ngog-Mapubi Centre, bien que situés à moins de 1 km d’une ligne HT, vivent dans le noir. Ce constat met en lumière une défaillance structurelle : l’infrastructure traverse, mais ne dessert pas. Il est urgent de déployer un plan d’électrification rurale ciblée, intégrant les postes de transformation intermédiaires, les mini-réseaux autonomes, et les subventions croisés entre zones industrielles et zones villageoises.


4.5. Biomasse et potentialités de bioénergie à petite échelle

La biomasse constitue une ressource énergétique majeure dans les deux départements étudiés, notamment grâce à l’intense activité agro-industrielle (SOCAPALM, SAFACAM, SOSUCAM). Les résidus de palmier à huile, les tiges de canne à sucre, les écorces de bois, ainsi que les déjections animales, peuvent être transformés en briquettes, biogaz, ou charbon vert. Selon une étude de l’Université de Dschang (Fopa et al., 2020), le seul domaine de Mbongo (SOCAPALM) pourrait produire jusqu’à 5 GWh/an d’énergie thermique à partir de ses déchets. Pourtant, l’absence de cadre normatif sur la bioénergie, le manque d’investissement dans les digesteurs industriels, et la faible sensibilisation des producteurs limitent cette voie. La production domestique de biogaz pourrait répondre aux besoins énergétiques des ménages ruraux, actuellement dépendants du bois de chauffe, responsable de la déforestation croissante autour des axes routiers. Des projets pilotes ont été lancés en 2022 dans la commune de Pouma avec l’appui du GIZ, mais nécessitent un soutien étatique plus conséquent. La bioénergie pourrait devenir un complément énergétique de proximité, peu coûteux, durable et adapté au contexte communautaire.


4.6. Le solaire : potentiel sous-exploité et enjeux d’inclusion

La région bénéficie d’un ensoleillement moyen de 4,2 à 5,5 kWh/m²/jour, ce qui en fait une zone favorable à l’implantation de centrales photovoltaïques. Pourtant, l’énergie solaire reste marginale dans le mix énergétique local, en dehors de quelques projets isolés d’électrification rurale menés par des ONG ou des bailleurs. En 2021, le PNUD, via le Programme Solaire pour le Sahel, a financé l’installation de 15 mini-centrales solaires dans le Nyong-et-Kéllé, dont deux à Mésondo et Ngog-Mapubi, avec une puissance installée cumulée de 150 kW. Ces initiatives ont permis d’alimenter des écoles, des centres de santé, et des marchés. Toutefois, l’absence de maintenance, la faiblesse des capacités locales en génie solaire, et l’inexistence de financements bancaires pour l’équipement domestique (kits solaires, lampes) limitent l’impact à long terme. Le Cameroun pourrait s’inspirer du modèle rwandais ou béninois, qui ont mis en place des zones d’énergies renouvelables rurales (ZERR), avec subvention étatique et gestion communautaire. Le solaire, dans les zones reculées du Nyong-et-Kéllé, n’est pas un luxe mais une condition minimale de dignité énergétique.


Conclusion

Le corridor Douala–Yaoundé constitue indiscutablement le cœur énergétique du Cameroun. De l’hydroélectricité de la Sanaga au gaz naturel de Kribi, des lignes à haute tension aux résidus agro-industriels, tout converge pour faire de cette zone un pilier de la souveraineté énergétique nationale. Mais cette puissance est aujourd’hui éclatée, inégalement redistribuée, et parfois contradictoire avec les réalités locales. Les communautés qui vivent à l’ombre des barrages, des pylônes ou des usines, ne bénéficient que trop peu des richesses générées. L’enjeu pour un État développementaliste communautaire est donc de reconnecter la production à la consommation locale, de transformer les infrastructures énergétiques en leviers de justice territoriale, et d’intégrer les citoyens à la gouvernance de l’énergie. Sans cela, la puissance énergétique restera une force désincarnée, servant les centres mais oubliant les périphéries.

Chapitre 5 – Une porte d’entrée sous-régionale : intégration et connectivité en Afrique centrale

L’intégration sous-régionale en Afrique centrale reste un défi majeur du XXIe siècle. Malgré les initiatives politiques portées par la CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale) et la CEEAC (Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale), les échanges intra-régionaux représentent à peine 3 % du commerce global des États membres (BAD, 2022), contre plus de 15 % en Afrique de l’Ouest. L’une des principales causes de cette faiblesse est l’insuffisance des infrastructures de connectivité physique, notamment les corridors logistiques multimodaux. Dans ce contexte, le corridor Douala–Yaoundé, traversant la Sanaga-Maritime et le Nyong-et-Kéllé, se révèle être un véritable poumon géoéconomique de la sous-région. C’est lui qui assure la liaison entre le port de Douala et l’hinterland sahélien – en particulier le Tchad, la Centrafrique et, dans une moindre mesure, le nord de la République du Congo. Sa consolidation comme porte d’entrée sous-régionale ne relève pas d’un luxe, mais d’un impératif stratégique pour l’intégration continentale et la compétitivité des économies d’Afrique centrale.


5.1. Un axe vital pour les pays enclavés : chiffres et flux

Le port de Douala est de loin le premier port d’Afrique centrale, avec un trafic annuel de plus de 12 millions de tonnes en 2021, dont 3,5 millions destinés à des pays de la sous-région (Port Autonome de Douala, Rapport 2022). Environ 80 % des importations de la République Centrafricaine (RCA) et 95 % de celles du Tchad passent par Douala, via l’axe Douala–Yaoundé, puis les corridors routiers Douala–Ngaoundéré–N’Djamena (1 800 km) et Douala–Bertoua–Bangui (1 450 km). En 2022, plus de 60 000 camions de fret lourd ont transité chaque année sur ces axes, selon les données du SITRASS (Système d’Information sur les Transports en Afrique Subsaharienne). La Sanaga-Maritime, par sa position, constitue la zone tampon logistique entre la zone portuaire de Douala et les bassins intérieurs. Le passage par Édéa, Pouma et Mésondo est donc incontournable pour l’ensemble du commerce sous-régional. Le corridor est aussi utilisé pour l’exportation du coton tchadien, du bois centrafricain, des grumes de la Sangha congolaise, ou des produits agro-pastoraux vers le Golfe de Guinée. En retour, les pays enclavés y importent carburant, riz, ciment, équipements, etc. L’enjeu est donc clair : l’état de l’axe Douala–Yaoundé conditionne la fluidité de l’intégration sous-régionale.


5.2. L’autoroute Douala–Yaoundé : un projet structurant à géométrie variable

Face à l’augmentation du trafic et à l’usure de la route nationale n°3, le gouvernement camerounais a engagé depuis 2015 la construction d’une autoroute Douala–Yaoundé, avec le soutien de la Chine. Le projet, prévu en deux phases (Douala–Boumnyebel et Boumnyebel–Yaoundé), vise à réduire le temps de parcours de 5 heures à moins de 2 heures et à sécuriser le corridor contre les accidents. La première section de 60 km entre Yaoundé et Bibodi, achevée en 2021, a été réalisée par China First Highway Engineering Co (CFHEC) pour un coût de environ 240 milliards FCFA. Toutefois, les 140 km restants, traversant les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime, accusent des retards majeurs en raison de problèmes de financement, d’expropriations foncières contestées, et de désaccords techniques sur le tracé. Pourtant, c’est précisément cette portion centrale qui est la plus vitale pour les échanges sous-régionaux, notamment autour d’Édéa, carrefour vers le port de Kribi. Selon la CEMAC, le non-achèvement de l’autoroute réduit la compétitivité du corridor de 28 % par rapport aux standards de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA, 2021). Ce tronçon devrait donc être considéré comme une priorité communautaire, éligible à des financements régionaux multilatéraux (FODEC, BEAC, Banque africaine de développement).


5.3. Le port en eau profonde de Kribi et son hinterland nord

Depuis la mise en service du port en eau profonde de Kribi en 2018, la question de son intégration dans les corridors logistiques nord est devenue cruciale. Conçu pour accueillir des navires de plus de 100 000 tonnes, Kribi vise à désengorger Douala et à capter une part croissante du trafic régional. Toutefois, les connexions entre Kribi et les zones de transit sont encore limitées. Le port est actuellement relié à la RN3 via un embranchement de 100 km jusqu’à Pouma, puis par la route Douala–Yaoundé. Cela place la Sanaga-Maritime au cœur d’un triangle logistique stratégique, entre deux ports (Douala, Kribi) et l’arrière-pays intérieur. Des plateformes logistiques avancées, comme le port sec de Pouma ou la zone industrielle d’Édéa, ont été proposées dans le Schéma Directeur d’Industrialisation (MINMIDT, 2020). Si ces infrastructures sont réalisées, elles pourraient transformer la zone en un hinterland partagé, capable de redistribuer les flux de conteneurs vers le Tchad, la RCA et le Nord-Cameroun. En 2023, un projet de ligne ferroviaire Kribi–Édéa a été relancé par la société camerouno-chinoise CAMRAIL–CREC, en vue de faciliter le transport minier et industriel.


5.4. Douala, Yaoundé, Kribi : une tripolarité logistique à équilibrer

La complémentarité entre Douala, Yaoundé et Kribi peut devenir un levier de réorganisation régionale. Douala reste le nœud historique du commerce maritime, tandis que Kribi se positionne comme plateforme d’exportation lourde (minerai de fer, bois transformé, hydrocarbures) et que Yaoundé demeure le centre décisionnel de l’État et des politiques régionales. L’axe Douala–Yaoundé, qui connecte les trois pôles via la RN3 et la voie ferrée, est donc plus qu’un simple couloir économique : il est l’épine dorsale de la souveraineté logistique de la CEMAC. Pourtant, cette tripolarité est aujourd’hui déséquilibrée. Les investissements restent fortement concentrés à Douala, tandis que la connectivité intérieure (zones rurales du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime) est négligée. Il n’existe actuellement aucune zone économique spéciale (ZES) dans ces deux départements, alors qu’ils forment l’articulation naturelle entre les trois grands pôles. Une révision de la politique d’aménagement du territoire régional devrait intégrer un maillage équilibré des infrastructures, appuyé sur un système de ports secs, de zones logistiques rurales, et de centres de formation technique adaptés aux besoins de la chaîne de valeur régionale.


5.5. Projets CEMAC et corridors régionaux : de la vision à l’action

La CEMAC, dans son Programme Économique Régional (PER II 2021–2025), a identifié six corridors prioritaires d’intégration physique, dont deux concernent directement l’axe Douala–Yaoundé : le corridor Douala–Bangui et le corridor Douala–N’Djamena. Ces corridors ont fait l’objet de financements conjoints de la BAD, de la Banque Mondiale et de l’Union Européenne, à hauteur de plus de 300 millions USD depuis 2018. Le PER II préconise également la mise en place d’observatoires de la fluidité du transport, des guichets uniques de transit, et des programmes de numérisation douanière. Toutefois, la mise en œuvre reste lente. Des tracasseries administratives persistantes (multiples check-points, frais illégaux), une corruption endémique, et l’absence d’harmonisation tarifaire entre les États membres freinent la dynamique. La construction d’un poste frontalier juxtaposé à Kousséri, à l’extrémité du corridor, n’est toujours pas achevée. Le segment central – Douala à Yaoundé – se retrouve donc pénalisé par les lenteurs structurelles régionales, alors qu’il en est la charnière vitale. Une gouvernance communautaire du corridor, sous pilotage multilatéral, pourrait aider à sortir de cette impasse.


5.6. Risques géopolitiques et enjeux sécuritaires du corridor

L’axe Douala–Yaoundé, bien qu’économiquement vital, n’est pas à l’abri de tensions géopolitiques. La présence de groupes armés dans l’Ouest et le Nord-Ouest, la porosité des frontières avec la RCA et le Nigeria, et la criminalité organisée sur les routes (braquages, corruption) constituent des risques systémiques. En 2022, plusieurs incidents ont été recensés entre Pouma et Ngog-Mapubi, impliquant des vols de carburant, des agressions de chauffeurs, et des enlèvements ciblés. Ces insécurités ralentissent la fluidité du commerce, augmentent les coûts de transport, et réduisent la confiance des investisseurs. Selon la CEMAC, le coût de ces instabilités représente jusqu’à 15 % du coût final des marchandises dans la région. Une réponse intégrée est nécessaire : renforcement des unités de gendarmerie mobile, surveillance électronique du corridor, coopération transfrontalière en temps réel, et surtout, inclusion socio-économique des communautés riveraines. Un corridor ne peut être sécurisé que s’il est accepté et co-géré par les territoires qu’il traverse.


Conclusion du chapitre

Le corridor Douala–Yaoundé n’est pas un simple segment d’infrastructure nationale : il est le pivot stratégique de l’intégration sous-régionale en Afrique centrale. De par sa fonction de transit, son positionnement géographique, et son rôle dans le désenclavement de plusieurs pays voisins, il constitue une ressource géopolitique majeure. Pourtant, sa gestion reste trop cloisonnée, trop centralisée, et trop peu ancrée dans les réalités locales. Pour qu’il devienne réellement un levier d’intégration continentale, il faut renforcer la coopération multilatérale, rééquilibrer les investissements entre les ports et l’intérieur, et surtout associer les populations riveraines à la conception, la gestion et les retombées du corridor. Dans une perspective développementaliste communautaire, l’axe Douala–Yaoundé doit devenir non pas un couloir de passage, mais une colonne vertébrale de prospérité partagée, à l’échelle camerounaise et régionale.

Chapitre 6 – Géopolitique de l’Axe : Marginalisation, Recomposition et Souveraineté

L’axe Douala–Yaoundé, bien que central dans la structuration territoriale et économique du Cameroun, a longtemps été victime d’une marginalisation politique silencieuse. Cette marginalisation s’est opérée à travers une série de processus combinant désinvestissement ciblé, exclusion symbolique des élites locales dans les hautes sphères du pouvoir, et centralisation décisionnelle autour d’intérêts exogènes à la zone. Pourtant, cette portion du territoire, traversant les départements du Nyong-et-Kéllé (région du Centre) et de la Sanaga-Maritime (région du Littoral), constitue une véritable dorsale géopolitique. Elle relie non seulement la capitale administrative (Yaoundé) à la capitale économique (Douala), mais structure aussi l’espace interrégional. Dans ce chapitre, nous analysons les dynamiques de marginalisation, les recompositions politico-territoriales à l’œuvre, ainsi que les enjeux de souveraineté liés à cet axe stratégique. L’approche combine la géopolitique des territoires, la sociologie du pouvoir et les théories critiques de l’aménagement.


6.1. Marginalisation historique des bassins intermédiaires : le cas du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime

Depuis l’indépendance du Cameroun, les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime ont joué un rôle fondateur dans les luttes politiques nationales. Ils ont été les bastions historiques de l’UPC (Union des Populations du Cameroun), mouvement de libération anticolonialiste réprimé dans le sang par l’État français et les régimes successifs. Des figures emblématiques comme Ruben Um Nyobè, assassiné en 1958 dans la brousse de Boumnyebel (Nyong-et-Kéllé), symbolisent cette marginalisation mémorielle. Jusqu’à aujourd’hui, les localités comme Songmbengue, Ngog-Mapubi, Pouma ou Mésondo souffrent d’un déficit d’infrastructures publiques, malgré leur centralité géographique. Aucun centre hospitalier régional, aucune université publique, ni grande école ne s’y trouve, bien que ces territoires abritent les principales voies de circulation du pays. Une étude de l’Université de Yaoundé II (Tchakounte, 2019) note que le taux d’accès aux services de base y est inférieur de 40 % à la moyenne nationale, malgré leur proximité avec deux métropoles majeures. Cette marginalisation n’est pas que physique : elle est aussi politique, sociale et symbolique.


6.2. Une recomposition territoriale à sens unique : centralisation sans redistribution

Le développement des infrastructures le long de l’axe Douala–Yaoundé a souvent été pensé dans une logique de désenclavement vertical (du port vers la capitale), sans intégration des territoires traversés. Ainsi, les barrages hydroélectriques de Songloulou et d’Édéa, les lignes de transport 225 kV, les corridors logistiques, les pipelines gaziers et les projets autoroutiers traversent les villages et communes sans créer de retombées locales. Selon une enquête du Bureau National de Recensement (INS, 2022), plus de 71 % des ménages de la Sanaga-Maritime vivent sans accès régulier à l’électricité, malgré leur proximité avec les centrales. Les revenus issus des redevances foncières et environnementales sont souvent captés par les échelons centraux. Cette situation a contribué à une recomposition à sens unique : les flux d’énergie, de marchandises et de capitaux circulent du sud vers le nord sans redistribution équitable. Or, dans la tradition du développement territorial (Amin, 1980 ; Perroux, 1964), les zones de passage doivent devenir des pôles de polarisation, en structurant la croissance autour d’elles. Ce n’est pas le cas ici. Les populations riveraines sont spectatrices et non actrices du développement qui les traverse.


6.3. Douala–Yaoundé : une géopolitique des rivalités masquées

La géopolitique de l’axe Douala–Yaoundé est également une géopolitique des rivalités interélitaires, souvent invisibles dans les discours officiels mais déterminantes dans l’allocation des ressources. La domination historique de la classe politique originaire du Grand Nord, depuis les années Ahidjo, a concentré les leviers du pouvoir à Yaoundé tout en contrôlant les flux économiques de Douala. Ce verrouillage a produit une configuration bipolaire asymétrique, où Yaoundé contrôle les institutions, et Douala concentre les ressources. Le corridor qui relie les deux devient ainsi un territoire de négociation conflictuelle, notamment au moment des élections, des nominations ou des grands chantiers. La création d’un réseau de notables du Centre (Ngog, Nanga, Nyemeg), et du Littoral (Diboue, Eyoum, Ngock), n’a pas permis de rééquilibrer les rapports de force, car ces élites locales restent dépendantes des réseaux présidentiels. En analysant les affectations budgétaires du ministère des Travaux Publics entre 2010 et 2020, le chercheur camerounais Aboya Endong (2021) note que moins de 5 % des projets routiers stratégiques concernaient les axes secondaires du Nyong-et-Kéllé, alors même qu’ils supportaient plus de 30 % du trafic national.


6.4. La souveraineté territoriale compromise par l’incohérence institutionnelle

La souveraineté territoriale repose sur la capacité de l’État à contrôler, équiper et valoriser son espace national de manière équilibrée. Or, l’axe Douala–Yaoundé, loin d’être une colonne vertébrale consolidée, souffre d’une incohérence institutionnelle profonde. Plusieurs projets d’aménagement – tels que l’autoroute Douala–Yaoundé, le prolongement de la voie ferrée, ou les ZES (zones économiques spéciales) – sont portés par des ministères distincts, souvent en compétition pour les financements. De plus, les collectivités territoriales décentralisées du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime n’ont aucun pouvoir effectif d’influence sur ces projets, faute de ressources financières et humaines. La logique de souveraineté, telle que théorisée par Bertrand Badie (2010), suppose une articulation cohérente entre autorité, légitimité et capacité. Ici, l’État camerounais délègue sans autonomiser, planifie sans territorialiser, et construit sans intégrer. Le résultat est un espace stratégique non maîtrisé, où les multinationales (Perenco, Alucam, ENEO) occupent plus de territoire économique que l’administration elle-même. La souveraineté devient alors nominale, désincarnée, sans pouvoir réel sur le terrain.


6.5. Espaces de luttes et de recomposition post-Biya : un axe géopolitique en tension

À l’approche de l’échéance politique de 2025, plusieurs signaux indiquent que l’axe Douala–Yaoundé sera un espace majeur de recomposition politique post-Biya. D’un côté, de nouveaux réseaux tentent de redéployer leurs stratégies autour des corridors logistiques, en captant les mairies stratégiques (Édéa, Pouma, Ngog-Mapubi). De l’autre, la société civile et certains partis d’opposition y testent de nouvelles formes de territorialisation politique, en lien avec les communautés rurales. Le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), par exemple, a ouvert des antennes permanentes à Boumnyebel, Songmbengue et Pouma, en visant une alliance stratégique entre zones rurales et espaces intermédiaires. Selon le politologue Évariste Owona (2023), les élections locales de 2020 ont montré une percée inédite des partis émergents dans ces zones, avec plus de 20 % des voix à Ngog-Mapubi et Mésondo. Cela indique que les territoires marginalisés deviennent des laboratoires de recomposition. Leur centralité logistique pourrait se transformer en centralité politique, à condition que les mouvements populaires soient soutenus par des programmes structurants, et non par de simples rhétoriques.


6.6. Une souveraineté communautaire à réinventer : pistes pour un État développementaliste

Face à la marginalisation historique et aux recompositions en cours, une alternative consiste à penser l’axe Douala–Yaoundé comme un espace pilote de souveraineté communautaire. Cette approche, inspirée du modèle de l’État développementaliste communautaire (Yab, 2024), repose sur la mise en valeur des ressources locales à travers des chaînes de valeur intégrées, la formation des jeunes sur site, et la gouvernance participative. Elle suppose que chaque infrastructure stratégique (autoroute, barrage, port sec, centrale) doit inclure une part locale d’appropriation (emplois, PME, fonds de compensation). Elle repose aussi sur la relance des chefferies traditionnelles comme co-acteurs du développement, capables de garantir la paix sociale, l’arbitrage foncier et la mobilisation communautaire. Dans cette optique, le corridor Douala–Yaoundé devient un laboratoire de souveraineté renouvelée, à la fois productif, redistributif et légitime. Il ne s’agira plus de relier deux villes, mais de tisser un territoire souverain, capable de transformer les passages en ancrages, et les flux en justice spatiale.


Conclusion du chapitre

La géopolitique de l’axe Douala–Yaoundé révèle une tension structurelle entre centralité fonctionnelle et marginalité politique. Ce corridor, au cœur des flux économiques et énergétiques du Cameroun, reste paradoxalement un espace oublié des grandes politiques de développement territorial. Pourtant, à la croisée des crises de gouvernance, des urgences d’intégration régionale et des aspirations démocratiques, il offre une opportunité unique de repenser la souveraineté territoriale dans une logique communautaire et endogène. Il est temps que cet axe, symbole des fractures anciennes, devienne l’épine dorsale d’une nouvelle République du lien, du service public et de la justice territoriale.

Conclusion générale – L’axe Douala–Yaoundé : d’un couloir de passage à une colonne vertébrale de souveraineté

L’axe Douala–Yaoundé n’est pas une simple route ou un corridor logistique. Il est un espace géopolitique total, une ligne de tension et de connexion à la fois, un miroir des contradictions du Cameroun postcolonial et un levier pour sa transformation souveraine. À travers les analyses développées dans les six chapitres de cet article, il est apparu que cet axe concentre à lui seul l’essentiel des enjeux structurants du pays : économiques, énergétiques, territoriaux, politiques, historiques, et même mémoriels. Pourtant, malgré sa centralité fonctionnelle, cet axe reste périphérique dans les stratégies de développement et de souveraineté de l’État camerounais. Cette dissonance entre centralité géographique et marginalité politique constitue l’un des nœuds critiques de la crise camerounaise contemporaine.

La première partie de notre étude a démontré que le positionnement géographique de l’axe Douala–Yaoundé en fait un territoire logistique stratégique. Il articule les deux principales métropoles du pays, traverse les départements charnières du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime, et joue un rôle fondamental dans la structuration territoriale du Cameroun. Toutes les infrastructures vitales y convergent : route nationale, autoroute en construction, voie ferroviaire, lignes électriques haute tension, pipelines, réseaux de communication. À ce titre, cet axe constitue le socle de la souveraineté territoriale et logistique du pays, et devrait, à juste titre, être classé zone d’intérêt national prioritaire, bénéficiant d’un statut spécial d’aménagement et de développement.

La deuxième partie a mis en lumière l’incroyable densité de ressources naturelles présentes tout au long de cet axe : forêts denses exploitables, eaux fluviales, terres agricoles fertiles, biodiversité endémique, et espaces propices à l’agro-industrie. Malgré cette richesse, les populations locales vivent dans la précarité, subissant les effets de l’accaparement foncier, de l’exclusion économique, et de l’absence de services publics. Cette situation souligne un paradoxe : la richesse naturelle cohabite avec la pauvreté sociale, illustrant l’échec d’un modèle de développement basé sur l’extraction sans transformation ni redistribution.

Ce paradoxe s’accentue dans la troisième partie, qui a analysé le potentiel minier sous-exploité de l’axe. Les indices confirmés de gisements d’or, de nickel, de rutile, de calcaire et probablement de terres rares dans le Nyong-et-Kéllé et la Sanaga-Maritime restent largement ignorés des politiques publiques. Ce sous-sol riche, qui pourrait être au cœur d’une stratégie d’industrialisation, est aujourd’hui le théâtre de spéculations, d’abandons et de conflits latents. À l’heure où l’Afrique centrale cherche à rompre avec la malédiction des ressources, l’absence de valorisation de ces gisements constitue une perte stratégique majeure pour le Cameroun. Le silence sur les richesses minières de cette zone est une forme d’auto-sabotage économique.

La quatrième partie a souligné que l’axe Douala–Yaoundé est le pilier énergétique du Cameroun, abritant les principaux barrages hydroélectriques (Édéa, Songloulou), les lignes de transport électrique interconnectées, et les plateformes de transformation industrielle. Pourtant, les populations riveraines continuent de vivre sans électricité stable ni industries locales. Il y a donc une fracture entre l’énergie produite et l’énergie distribuée. Cette situation pose la question fondamentale de la souveraineté énergétique réelle : produire de l’énergie sans la redistribuer localement, c’est entretenir une dépendance interne, contraire à tout projet de développement souverain et équitable.

La cinquième partie a replacé l’axe dans son environnement régional, en démontrant son rôle fondamental dans l’intégration sous-régionale d’Afrique centrale. Le corridor Douala–Yaoundé est la porte d’entrée vers le Tchad, la Centrafrique, et d’autres pays enclavés, avec des flux logistiques vitaux pour leurs économies. Le port de Douala, et de plus en plus celui de Kribi, dépend de cet axe pour assurer leur rôle d’interface régionale. Pourtant, les lenteurs institutionnelles, les conflits de compétence, et l’insécurité sur les routes freinent cette ambition d’intégration. Il est urgent d’internationaliser la gouvernance de ce corridor à travers des mécanismes régionaux CEMAC ou panafricains, de type Zone de libre-échange continentale (ZLECAF), afin que le Cameroun transforme sa position géographique en levier diplomatique et économique.

Enfin, la sixième partie a démontré que l’axe Douala–Yaoundé est un espace géopolitique en tension, marqué par l’héritage des luttes indépendantistes (UPC), la marginalisation des bassins intermédiaires, et les recompositions actuelles du pouvoir à la veille d’un probable changement de régime. Le corridor logistique est aussi un corridor politique, dans lequel se croisent des intérêts divergents : élites centrales, entreprises extractives, populations locales, partis politiques émergents. La souveraineté sur cet axe ne peut être restaurée que par une repolitisation territoriale équitable, fondée sur la justice sociale, la mémoire collective et l’autonomie des communautés. C’est dans ce sens que le modèle de l’État Développementaliste Communautaire, fondé sur la territorialisation des politiques publiques, prend tout son sens.

En somme, l’axe Douala–Yaoundé concentre toutes les contradictions et les potentialités du Cameroun contemporain. C’est un espace où l’infrastructure existe, mais ne profite pas aux riverains ; où les richesses sont extraites, mais non transformées ; où les routes sont construites, mais les villages oubliés ; où le pouvoir passe, mais ne s’arrête pas. Il ne suffit plus de penser cet axe comme un simple lien entre Douala et Yaoundé. Il faut le réinterpréter comme une ligne de fracture à refermer, un vecteur de souveraineté à réactiver, et un laboratoire territorial à reconstruire.

La transition politique à venir ne pourra ignorer ce territoire. Tout projet de refondation nationale qui ne réintègre pas pleinement les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime dans la gouvernance, la redistribution et la planification, est voué à l’échec. L’heure est venue de renverser la logique : ne plus construire pour traverser, mais construire pour ancrer ; ne plus exploiter sans redistribuer, mais valoriser avec justice ; ne plus gouverner d’en haut, mais construire avec les communautés d’en bas.

L’axe Douala–Yaoundé ne doit plus être un couloir de passage pour les intérêts extérieurs, mais la colonne vertébrale d’un État souverain, équitable et communautaire.

Bibliographie

1. Ouvrages et articles académiques

  • Amin, S. (1980). Le développement inégal. Paris : Éditions de Minuit.
  • Badie, B. (2010). La fin des territoires. Paris : Fayard.
  • Bayart, J.-F. (1989). L’État en Afrique. La politique du ventre. Paris : Fayard.
  • Lacoste, Y. (1993). La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre. Paris : La Découverte.
  • Mkandawire, T. (2001). « Thinking about developmental states in Africa », Cambridge Journal of Economics, 25(3), 289–314.
  • Perroux, F. (1964). L’économie du XXe siècle. Paris : PUF.
  • Raffestin, C. (1980). Pour une géographie du pouvoir. Paris : Librairies Techniques.
  • Tchakounté, J. (2019). Inégalités d’accès aux services publics dans les zones périurbaines du Centre Cameroun. Université de Yaoundé II.
  • Yab, J. (2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Yaoundé : MLDC Éditions.

2. Rapports institutionnels et statistiques

  • Institut National de la Statistique (INS) (2022). Annuaire Statistique du Cameroun 2022. Yaoundé : INS.
  • Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT) (2023). Inventaire des ressources minières du Cameroun. Yaoundé : MINMIDT.
  • Banque Mondiale (2021). Cameroon Economic Update: Building a Resilient Recovery. Washington D.C.
  • CEMAC (2020). Programme Économique Régional de la CEMAC 2020–2025. N’Djamena : Commission CEMAC.
  • Agence Nationale des Investissements Stratégiques (ANIS) (2022). Cartographie des zones industrielles potentielles dans les corridors logistiques du Cameroun. Yaoundé : ANIS.
  • Ministère de l’Énergie et de l’Eau (MINEE) (2023). Rapport sur l’état du réseau énergétique national. Yaoundé : MINEE.
  • Observatoire du Développement Territorial (ODT) (2022). Étude de structuration territoriale des corridors de développement au Cameroun. Yaoundé : ODT.

3. Articles de presse et sources spécialisées

  • Jeune Afrique (2023). « Le port de Kribi monte en puissance », Jeune Afrique, 21 mars 2023.
  • Africa Energy Portal (2022). « Hydropower in Cameroon: A sleeping giant? », Africa-Energy-Portal.org.
  • Investir au Cameroun (2022). « Le Cameroun ambitionne d’attirer plus de compagnies minières », Investir au Cameroun, n°142.
  • EcoMatin (2023). « Les infrastructures manquent dans le Nyong-et-Kéllé : cri d’alarme d’un élu », EcoMatin, 15 avril 2023.

4. Références spécifiques sur les zones étudiées

  • Yondo, M. (2018). Chroniques du Nyong-et-Kéllé : mémoire et luttes d’un territoire marginalisé. Éditions Populaire du Centre.
  • Ngui, A. (2020). « La Sanaga-Maritime entre héritage upéciste et recompositions politiques contemporaines », Revue Camerounaise de Science Politique, 12(2), 55–79.
  • Owona, É. (2023). « Les élections municipales et la recomposition territoriale dans la vallée de la Sanaga », Cahiers d’Études Africaines, 241, 77–95.

De la légalité formelle à l’inconstitutionnalité matérielle : trois précédents internationaux contre le réductionnisme juridique du Pr. MAGLOIRE ONDOA

Par Pr. Jimmy Yab – Professeur des Relations Internationales

Pr Jimmy Yab dans son bureau à Yaoundé

Résumé

Le présent article examine, à travers trois jurisprudences internationales majeures, la thèse positiviste défendue par le Professeur Magloire Ondoa selon laquelle une loi régulièrement votée et promulguée dans l’ordre juridique camerounais bénéficie d’une présomption irréfragable de constitutionnalité tant qu’elle n’a pas été annulée par le Conseil Constitutionnel. En analysant les affaires Brown v. Board of Education et Ruby Bridges aux États-Unis, le système électoral légal de l’apartheid en Afrique du Sud, et le procès Eichmann à Jérusalem, l’article démontre que la légalité procédurale ne saurait suffire à garantir la validité constitutionnelle d’une norme. Il établit ainsi la nécessité irréductible de distinguer entre légalité formelle et inconstitutionnalité matérielle dans tout État de droit véritable.

Mots-clés : contrôle de constitutionnalité, légalité formelle, inconstitutionnalité matérielle, souveraineté populaire, jurisprudence comparée, Cameroun.

INTRODUCTION

Dans le débat juridique actuel autour de la validité constitutionnelle de certaines dispositions du Code électoral camerounais, notamment de son article 121, une position doctrinale particulière défendue par le Professeur Magloire Ondoa suscite de vives discussions. Selon cette thèse positiviste, une fois qu’une loi a été adoptée suivant la procédure parlementaire régulière et promulguée par les autorités compétentes, elle bénéficie d’une présomption de constitutionnalité irréfragable, et son application ne saurait être contestée qu’après une éventuelle annulation par l’organe juridictionnel compétent, en l’occurrence le Conseil Constitutionnel.

Autrement dit, tant qu’une loi est en vigueur dans l’ordre juridique national, sa légalité formelle suffirait à garantir sa validité constitutionnelle. Cette approche tend ainsi à assimiler la conformité procédurale au respect matériel de la Constitution, neutralisant de facto toute réflexion juridique substantielle sur l’inconstitutionnalité matérielle d’une norme juridique régulièrement adoptée.

Or, en droit constitutionnel moderne, cette assimilation est dangereuse. Elle confond deux plans normatifs distincts : celui de la production régulière de la norme (légalité procédurale) et celui de sa validité au regard des principes supérieurs de la norme fondamentale (constitutionnalité substantielle). Elle méconnaît également le rôle central de la hiérarchie des normes, qui place la Constitution au sommet de l’ordre juridique et assujettit toutes les normes infra-constitutionnelles, même régulièrement adoptées, à un contrôle permanent de conformité matérielle.

L’objectif de cet article est précisément de démontrer, à travers l’analyse de trois jurisprudences internationales majeures, pourquoi une loi régulièrement votée et promulguée peut néanmoins être matériellement inconstitutionnelle. Ces exemples montrent que la suprématie de la Constitution ne repose pas uniquement sur la procédure d’adoption des lois, mais avant tout sur le respect des principes fondamentaux qui garantissent la souveraineté populaire, l’égalité politique, et la dignité humaine.

Trois cas emblématiques seront ainsi mobilisés :

1. L’affaire Brown v. Board of Education (1954) et l’intégration de Ruby Bridges aux États-Unis, qui illustrent la prééminence de l’égalité constitutionnelle sur les lois locales ségrégationnistes régulièrement votées.

2. L’expérience sud-africaine de l’apartheid, où des lois électorales régulièrement adoptées avaient pourtant organisé l’exclusion de la majorité noire de la participation politique, en violation du principe fondamental de souveraineté populaire.

3. Le procès Eichmann à Jérusalem (1961), qui démontre l’irrecevabilité de la défense fondée sur l’obéissance à des lois légalement édictées, lorsqu’elles violent des normes supérieures d’humanité et de dignité.

À travers l’étude rigoureuse de ces précédents, je vise à démontrer que la position défendue par le Professeur Magloire Ondoa ne résiste ni à l’analyse juridique approfondie, ni aux enseignements universels tirés des grandes jurisprudences comparées. Au contraire, ces cas confirment que l’inconstitutionnalité matérielle d’une loi existe indépendamment de la régularité de son adoption, et qu’elle constitue une alerte juridique permanente au sein des systèmes démocratiques.

I. BROWN V. BOARD OF EDUCATION ET RUBY BRIDGES : LA SUPERIORITE DES PRINCIPES CONSTITUTIONNELS SUR LES LOIS ADOPTEES

Ruby Bridges, premier enfant à bénéficier de l’abolition de la ségrégation scolaire aux États-Unis depuis les arrêts Brown v. Board of Education en 1954, escortée par des marshals en 1960. 

L’affaire Brown v. Board of Education of Topeka (1954) constitue l’une des décisions les plus fondamentales de l’histoire du droit constitutionnel américain et même du droit constitutionnel comparé. Elle illustre de manière exemplaire la distinction fondamentale entre la légalité formelle d’une norme juridique et sa validité constitutionnelle substantielle. Ce cas est d’une portée universelle, et permet de comprendre, par analogie, les limites de la thèse positiviste soutenue par le Professeur Magloire Ondoa dans le débat camerounais.

1. Le contexte historique et juridique de Brown v. Board of Education

Aux États-Unis, pendant plusieurs décennies, le principe de la ségrégation raciale avait été juridiquement consacré à la suite de l’arrêt Plessy v. Ferguson (1896), qui avait institué la doctrine du “separate but equal” (séparés mais égaux). En vertu de cette jurisprudence, les États fédérés pouvaient légalement adopter des lois séparant les citoyens noirs et blancs dans l’accès aux services publics, tant que ces services étaient considérés comme équivalents.

Ainsi, dans de nombreux États du Sud, des lois dûment votées et promulguées interdisaient aux enfants afro-américains de fréquenter les mêmes écoles que les enfants blancs. Ces lois étaient formellement régulières dans l’ordre juridique des États fédérés concernés et appliquées sans contestation locale pendant plusieurs décennies.

Or, le problème fondamental résidait précisément dans le fait que ces lois, bien qu’adoptées légalement et appliquées conformément aux procédures parlementaires, violaient un principe supérieur inscrit dans la Constitution fédérale, à savoir le 14e amendement, qui garantit à tous les citoyens l’égalité de protection devant la loi (Equal Protection Clause).

En 1954, la Cour suprême des États-Unis, saisie par la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), rendit sa décision historique dans l’affaire Brown v. Board of Education. Elle affirma que la doctrine du separate but equal était inconstitutionnelle dans le domaine de l’éducation publique, en déclarant :

« Dans le domaine de l’éducation publique, la doctrine du « séparés mais égaux » n’a pas sa place. Des établissements éducatifs séparés sont par nature inégaux. »

Par cet arrêt, la Cour suprême consacra la suprématie des principes substantiels de la Constitution fédérale sur les lois ordinaires adoptées dans le respect des procédures démocratiques locales. Ce fut une affirmation claire que la légalité procédurale ne pouvait prévaloir contre la hiérarchie des normes et les principes fondamentaux d’égalité et de dignité humaine.

2. La mise en œuvre : Ruby Bridges comme illustration vivante de Brown

La décision de Brown ne signifia pas pour autant que l’application de ce principe fut immédiate ni généralisée. De nombreux États sudistes résistèrent à l’intégration scolaire, et plusieurs gouverneurs et autorités locales continuèrent d’appliquer les anciennes lois ségrégationnistes, malgré la décision de la Cour suprême.

C’est dans ce contexte de résistance locale que se déroule l’histoire de Ruby Bridges en 1960. Agée de 6 ans, Ruby fut sélectionnée comme la première élève noire à intégrer une école primaire auparavant réservée aux enfants blancs à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Cette intégration, pourtant ordonnée par une juridiction fédérale en application de l’arrêt Brown, fut violemment contestée par des foules hostiles, des fonctionnaires locaux et des groupes ségrégationnistes.

L’administration fédérale dut envoyer des U.S. Marshals pour escorter Ruby chaque jour jusqu’à sa salle de classe, illustrant que, même face à des lois locales toujours techniquement en vigueur, le principe constitutionnel fédéral s’imposait en surplomb aux législations étatiques.

L’affaire Ruby Bridges démontre ainsi avec éclat que :

La légalité d’une loi au regard de la procédure nationale ou locale ne garantit en rien sa conformité constitutionnelle. La hiérarchie des normes implique que les lois inférieures (lois locales ou ordinaires) doivent toujours être compatibles avec les normes supérieures constitutionnelles. L’État de droit suppose un contrôle permanent de la conformité des lois aux principes supérieurs, même si ces lois ont été régulièrement votées.

3. L’enseignement pour le débat camerounais

Transposé au contexte camerounais, l’enseignement de Brown et de l’affaire Ruby Bridges est fondamental. Le fait qu’une loi électorale, telle que l’article 121 du Code électoral camerounais, ait été régulièrement adoptée et promulguée conformément aux procédures parlementaires ne saurait suffire à la rendre conforme à la Constitution, si elle viole les principes supérieurs de souveraineté populaire, d’égalité politique et de participation démocratique consacrés notamment aux articles 1 et 2 de la Constitution camerounaise.

La position du Professeur Magloire Ondoa, qui assimile légalité procédurale et validité constitutionnelle, méconnaît justement cette distinction essentielle entre la forme et le fond, entre la régularité législative et la conformité constitutionnelle.

Tout comme aux États-Unis dans Brown, la validité d’une loi électorale au Cameroun doit être appréciée au regard de son respect des principes supérieurs de la Constitution. Si une loi électorale verrouille excessivement la participation citoyenne ou introduit des barrières injustifiées à la compétition démocratique, elle est matériellement inconstitutionnelle, même si aucune juridiction ne l’a encore officiellement annulée.

II. LE VERROUILLAGE ELECTORAL SOUS L’APARTHEID SUD-AFRICAIN : L’EXEMPLE D’UNE LEGALITE CONTRAIRE A LA SOUVERAINETE POPULAIRE

Lors d’une manifestation anti-apartheid le 16 juin 1985

L’exemple sud-africain constitue un cas d’école en matière de contradiction entre légalité procédurale et légitimité constitutionnelle substantielle. Il démontre que des lois électorales et institutionnelles, bien qu’adoptées dans le respect formel de la procédure parlementaire nationale, peuvent organiser un système totalement contraire aux principes fondamentaux de souveraineté populaire, d’égalité politique et de droits humains universels. Ce précédent permet d’éclairer directement le débat juridique camerounais sur la validité constitutionnelle de certaines dispositions du Code électoral, notamment l’article 121.

1. Le cadre juridique et institutionnel de l’apartheid sud-africain

L’Afrique du Sud, entre 1948 et 1994, a été gouvernée sous un régime légalement établi de ségrégation raciale et de discrimination politique systématique connu sous le nom d’apartheid. Ce système fut progressivement codifié par une série de lois adoptées régulièrement par le Parlement sud-africain, dominé par la minorité blanche afrikaner, au terme de procédures parlementaires régulières et conformément à l’ordre constitutionnel interne de l’époque.

Parmi ces lois figurent notamment :

The Representation of Natives Act (1936) : restreignant drastiquement les droits électoraux des Noirs. The Population Registration Act (1950) : établissant l’enregistrement racial obligatoire. The Separate Representation of Voters Act (1951) : excluant les populations de couleur du corps électoral principal. The Promotion of Bantu Self-Government Act (1959) : créant des pseudo-structures d’autonomie territoriale fictives pour les Noirs, connues sous le nom de Bantoustans.

Toutes ces lois, bien que légalement promulguées selon les règles internes sud-africaines, avaient pour effet concret de réserver exclusivement le droit de vote et d’éligibilité aux citoyens blancs, soit environ 10 % de la population, excluant la majorité noire et les autres groupes raciaux du processus électoral et de la participation au pouvoir.

2. La négation de la souveraineté populaire sous couvert de légalité parlementaire

Sur le plan strictement légal, les autorités sud-africaines justifiaient la régularité de ces lois en invoquant leur adoption conforme aux règles de procédure parlementaire. Le Parlement disposait de la plénitude des compétences législatives dans un régime dominé par l’exécutif et sans véritable contrôle juridictionnel indépendant sur la constitutionnalité des lois.

Mais cette légalité procédurale ne pouvait masquer une évidence juridique plus fondamentale : en excluant la majorité de la population de la participation politique, ces lois violaient le principe même de souveraineté populaire qui fonde tout régime démocratique authentique.

En effet, la souveraineté populaire repose sur l’idée que le pouvoir politique doit émaner de l’ensemble du peuple, chaque citoyen disposant de droits égaux de participation au choix de ses gouvernants. En Afrique du Sud, ce principe était vidé de toute substance puisque plus de 80 % de la population étaient privés du droit de vote et de candidature.

Ainsi, l’ordre juridique sud-africain, bien que « légal » en apparence, constituait en réalité un régime profondément inconstitutionnel sur le plan substantiel. Ce système fut d’ailleurs condamné massivement par la communauté internationale, notamment à travers les résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies et les sanctions du Conseil de sécurité, qui reconnurent l’apartheid comme une violation grave des droits humains et de la démocratie.

3. Le rapport avec le débat camerounais

L’expérience sud-africaine démontre de façon éclatante qu’une loi électorale, même adoptée selon les règles formelles de l’État, peut néanmoins porter atteinte à la souveraineté populaire lorsqu’elle restreint artificiellement la participation politique de la population.

C’est exactement le danger que soulève l’article 121 du Code électoral camerounais, qui instaure des obstacles administratifs, procéduraux et financiers sélectifs à l’exercice du droit de candidature à la présidence de la République.

Même si le Cameroun ne pratique évidemment pas de discrimination raciale comparable à l’apartheid, la logique juridique est similaire : l’introduction de filtres politiques, administratifs et financiers excessifs restreint la diversité des candidatures et réduit ainsi l’étendue du choix offert au peuple souverain. Or, comme l’enseignait déjà Rousseau dans Le Contrat Social, la souveraineté populaire n’existe véritablement que lorsque le peuple peut exercer un choix réel et libre entre plusieurs candidats et projets politiques.

Dès lors, une loi électorale qui verrouille la compétition en amont, en limitant artificiellement les candidatures possibles, ne respecte pas l’exigence constitutionnelle de souveraineté populaire, même si elle a été adoptée suivant la procédure législative régulière.

4. L’enseignement universel : la supériorité des principes démocratiques sur la légalité formelle

L’Afrique du Sud post-apartheid a d’ailleurs intégré cette leçon dans sa nouvelle Constitution de 1996, largement saluée dans le monde entier comme l’une des plus avancées en matière de droits fondamentaux. Son article premier proclame désormais l’égalité politique de tous les citoyens sans distinction, reconnaissant ainsi la suprématie des principes démocratiques sur toute légalité procédurale détournée de sa finalité.

L’ordre juridique camerounais gagnerait à s’inspirer de cette évolution : le respect des procédures parlementaires ne peut servir à couvrir des atteintes substantielles aux droits politiques fondamentaux des citoyens.

III. LE PROCES EICHMANN : LA RESPONSABILITE INDIVIDUELLE FACE A L’ORDRE LEGAL MANIFESTEMENT INCONSTITUTIONNEL

Le 11 avril 1961: à Jérusalem, Eichmann fait face à ses juges

Le procès d’Adolf Eichmann, tenu à Jérusalem en 1961, constitue l’une des grandes références du droit pénal international et du droit constitutionnel comparé. Au-delà du crime contre l’humanité qui fut au cœur de l’affaire, ce procès a posé un principe fondamental applicable à tous les ordres juridiques modernes : la légalité formelle ne peut jamais justifier une inconstitutionnalité matérielle flagrante. Ce principe éclaire directement le débat juridique camerounais, en particulier face à la thèse du Professeur Magloire Ondoa selon laquelle la légalité procédurale suffirait à garantir la constitutionnalité des lois.

1. Le contexte juridique du procès Eichmann

Adolf Eichmann fut l’un des principaux architectes de la « Solution finale » mise en œuvre par le régime nazi, qui conduisit à l’extermination systématique de six millions de Juifs d’Europe. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il parvint à s’enfuir et à se réfugier en Argentine, avant d’être capturé par les services israéliens en 1960 et transféré à Jérusalem pour y être jugé.

Lors de son procès, la ligne de défense principale d’Eichmann fut de plaider l’obéissance aux lois et ordres du régime nazi. Il expliqua qu’il ne faisait qu’exécuter les lois en vigueur en Allemagne à l’époque, qu’il agissait sous la stricte autorité de sa hiérarchie, et qu’en conséquence, il ne pouvait être tenu pour personnellement responsable d’actes qu’il n’avait pas lui-même décidés politiquement.

En d’autres termes, Eichmann s’abritait derrière la légalité formelle du système juridique nazi pour tenter d’échapper à toute responsabilité pénale et morale.

2. La réponse de la justice internationale : la supériorité des normes fondamentales

La Cour de Jérusalem rejeta radicalement cette défense. Le tribunal rappela que la légalité formelle d’une norme ou d’un ordre ne constitue jamais une justification recevable lorsque cette norme viole des principes supérieurs universels de droit et de dignité humaine.

Le procès Eichmann établit un principe central qui depuis irrigue l’ensemble du droit pénal international et du droit constitutionnel comparé : le simple fait qu’un acte soit conforme à une loi nationale en vigueur ne protège pas contre la qualification de crime ou de violation des droits fondamentaux si cette loi est en soi contraire aux normes supérieures d’humanité, de dignité et de justice.

Ce principe est désormais universellement consacré :

dans la jurisprudence du Tribunal de Nuremberg (1945-1946) ; dans la Convention des Nations Unies sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité (1968) ; dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (1998).

3. Le principe de la hiérarchie des normes renforcé

Au fondement de la décision dans l’affaire Eichmann réside la théorie de la hiérarchie des normes, initialement développée par Hans Kelsen, mais ici renforcée sur le plan substantiel : les normes supérieures de protection des droits humains et de souveraineté du peuple s’imposent à toutes les lois et règlements adoptés, quelle que soit la régularité de la procédure qui les a produites.

Ainsi, même dans un régime légalement constitué, une loi adoptée démocratiquement peut être en contradiction avec des principes constitutionnels supérieurs. Le juge ne saurait alors s’abriter derrière la simple légalité pour éviter d’en contrôler la substance.

4. Application au débat constitutionnel camerounais

Le débat actuel au Cameroun autour de l’article 121 du Code électoral soulève exactement la même problématique juridique de fond. La thèse du Professeur Magloire Ondoa revient à dire que dès lors qu’une loi électorale a été votée et promulguée dans le respect des procédures parlementaires, elle est présumée irréfragablement constitutionnelle tant que le Conseil Constitutionnel ne l’a pas annulée.

Or, le procès Eichmann démontre avec force qu’une norme légale peut parfaitement exister et être appliquée dans un ordre juridique donné tout en étant objectivement contraire à des principes constitutionnels ou supérieurs de droit. La conformité procédurale d’une loi ne garantit pas nécessairement sa légitimité constitutionnelle substantielle.

Ainsi, l’article 121 du Code électoral, même s’il est régulièrement en vigueur et appliqué, peut matériellement porter atteinte :

à la souveraineté populaire (article 2 de la Constitution camerounaise) ; au principe d’égalité des citoyens (article 1 alinéa 2) ; aux engagements internationaux du Cameroun (Charte africaine des droits de l’homme, Pacte international relatif aux droits civils et politiques).

Le fait que cette loi n’ait pas encore été annulée par le Conseil Constitutionnel ne supprime pas son inconstitutionnalité matérielle, qui existe dès lors qu’elle viole ces principes supérieurs.

5. L’enseignement universel du procès Eichmann

L’universalité de l’enseignement du procès Eichmann tient à cette affirmation fondamentale : nul ne peut se prévaloir de la légalité d’une norme pour justifier sa violation des principes supérieurs du droit.

Transposé au contrôle de constitutionnalité, ce principe impose que l’appréciation de la validité d’une loi ne repose pas uniquement sur le respect des procédures d’adoption, mais sur la conformité de son contenu aux normes constitutionnelles et aux droits fondamentaux.

En d’autres termes, une loi régulièrement votée mais qui viole les principes de souveraineté populaire et d’égalité politique reste, en substance, inconstitutionnelle. C’est cette distinction entre validité formelle et validité matérielle que toute science juridique rigoureuse doit constamment rappeler.

CONCLUSION : LA DISTINCTION IRREDUCTIBLE ENTRE LEGALITE FORMELLE ET CONSTITUTIONNALITE SUBSTANTIELLE

Les trois exemples internationaux développés dans cet article — Brown v. Board of Education et l’affaire Ruby Bridges aux États-Unis, le verrouillage électoral légal sous l’apartheid en Afrique du Sud, et le procès Eichmann à Jérusalem — démontrent avec une clarté incontestable la nécessité absolue de distinguer, en droit constitutionnel moderne, entre légalité procédurale et validité constitutionnelle substantielle.

Dans chacun de ces cas, les autorités concernées s’appuyaient sur des lois formellement adoptées, régulièrement promulguées et intégrées dans l’ordre juridique interne de l’époque. Pourtant, chacune de ces lois violait des principes supérieurs de droit : l’égalité devant la loi, la souveraineté populaire, la dignité humaine et le droit universel de participation aux affaires publiques.

L’affaire Brown v. Board of Education montre que la régularité d’une loi votée localement ne saurait prévaloir face à la protection constitutionnelle de l’égalité. Ruby Bridges illustre la nécessité de faire prévaloir les principes constitutionnels contre la résistance locale aux normes supérieures.

L’expérience sud-africaine de l’apartheid révèle que l’organisation formellement légale d’un système électoral ne garantit en rien la validité démocratique de ses institutions si le corps électoral est arbitrairement restreint au détriment de la souveraineté du peuple.

Enfin, le procès Eichmann établit de façon universelle qu’un individu ne saurait se réfugier derrière la légalité formelle d’un ordre juridique pour échapper à la responsabilité de la violation de principes supérieurs de droit.

Ces trois jurisprudences convergent ainsi vers un même enseignement universel applicable à tous les États de droit contemporains : la légalité formelle d’une norme ne constitue jamais une garantie automatique de sa validité constitutionnelle.

Transposée au débat constitutionnel camerounais autour de l’article 121 du Code électoral, cette leçon revêt une portée décisive. Soutenir, comme le fait le Professeur Magloire Ondoa, qu’une loi électorale est nécessairement constitutionnelle parce qu’elle a été votée et promulguée conformément aux procédures en vigueur, revient à confondre deux niveaux essentiels de l’analyse juridique. Cela revient à nier l’existence même de l’inconstitutionnalité matérielle, qui existe indépendamment de sa reconnaissance juridictionnelle formelle.

Dans un État de droit véritable, la Constitution est la norme suprême vivante qui irrigue et contrôle en permanence la production normative inférieure. Le contrôle de constitutionnalité ne saurait être réduit à une pure formalité procédurale. Au contraire, il constitue le mécanisme essentiel de protection de la souveraineté populaire contre les dérives possibles du législateur, même démocratiquement élu.

En définitive, la démarche de vigilance critique face aux lois électorales ne relève pas d’une spéculation théorique, mais d’une exigence démocratique essentielle. Rappeler que l’article 121 du Code électoral camerounais est matériellement inconstitutionnel, malgré sa régularité formelle, c’est défendre l’esprit même de la Constitution, protéger la souveraineté du peuple et maintenir vivant le contrôle de la norme suprême dans l’évolution de notre ordre juridique.

Bibliographie

-Brown v. Board of Education of Topeka, 347 U.S. 483 (1954).

-Ruby Bridges, Federal District Court of Louisiana, 1960.

-Eichmann Trial, District Court of Jerusalem, 1961.

-Tribunal militaire international de Nuremberg, 1945-1946.

-Charte des Nations Unies. Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

-Constitution du Cameroun, 1996.

-KELSEN, Hans, Théorie pure du droit, Dalloz.

-LOENEN, G., The Principle of Equality in International Human Rights Law, European Journal of International Law.

-SOUTH AFRICA, Constitution of the Republic of South Africa, 1996.

À propos de la Justice dans l’État Développementaliste Communautaire

“Quand un État cesse de protéger ses enfants, il cesse d’être un État.”

Le MLDC adresse ses condoléances les plus sincères à la famille du petit Mathis, atrocement arraché à la vie, à seulement six ans, dans une scène d’horreur qui glace le sang. Ce drame n’est pas un simple fait divers : c’est un miroir brisé de notre société, une tragédie nationale, un cri d’alarme contre un système judiciaire rongé par la corruption, l’impunité et la déshumanisation.

Dans un pays normal, un tel acte entraînerait une réaction rapide, juste, transparente et exemplaire. Mais nous sommes au Cameroun de Paul Biya, où la justice est une marchandise, une arme au service des puissants, et un fardeau pour les faibles. Où les crimes sont étouffés sous le poids des réseaux, des influences, et des silences complices. Où, parfois, les liens de sang d’un coupable avec une célébrité suffisent à brouiller les pistes et à dévier l’opinion du cœur de l’horreur : un enfant égorgé. Un pays en ruine morale. Une justice malade.

Oui, nous refusons de détourner le regard. Le MLDC exige justice pour Mathis. Une justice non pas médiatique, mais structurelle. Non pas émotionnelle, mais institutionnelle. Une justice que seul l’État Développementaliste Communautaire (EDC) que nous portons peut bâtir, car c’est un État fondé sur la vérité, la responsabilité, la dignité humaine, et la participation communautaire.

Dans l’État Développementaliste Communautaire :

-Les juges sont élus localement, par les communautés, pour garantir leur indépendance et leur proximité avec les victimes. Les magistrats sont évalués selon leur intégrité et efficacité, pas leur loyauté au pouvoir. Les victimes comme les familles de Mathis ont accès à un système d’accompagnement judiciaire, psychologique et financier, pour reconstruire, se défendre, et obtenir réparation. Les citoyens participent à la surveillance du fonctionnement de la justice, à travers des mécanismes communautaires de contrôle.

Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas un mal isolé. C’est le fruit pourri d’un système autoritaire, élitiste et centralisé, qui a vidé l’État de toute humanité. Combien d’enfants comme Mathis devront encore tomber avant que la peur ne devienne colère ? Avant que la colère ne devienne changement ?

Le MLDC ne se contente pas de pleurer les morts : nous portons l’ambition d’un nouveau Cameroun, où chaque vie compte, où chaque crime est puni, où chaque citoyen peut croire en sa justice. Mathis mérite mieux. Le Cameroun mérite mieux.

Et c’est pourquoi nous appelons à un sursaut national. Pas seulement pour condamner un meurtre, mais pour réinventer un système. Pour que plus jamais un autre Mathis ne soit sacrifié dans le silence ou dans le chaos.

Repose en paix, petit ange. Que ton sang devienne semence de justice.

MLDC — Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun

Pr. Jimmy Yab, Président National

Appel du MLDC à la Diaspora SILENCIEUSE Camerounaise : Le Temps du Silence est Révolu

Camerounaises, Camerounais de la diaspora,

Depuis deux décennies, vous avez été les véritables piliers invisibles du Cameroun. Pendant que le régime en place enchaînait les scandales, les détournements et les promesses sans lendemain, vous étiez là, dans l’ombre, à soutenir vos familles, vos villages, vos communautés. Sans vous, l’État aurait implosé.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Entre 2000 et 2022, selon les données de la Banque mondiale, la diaspora camerounaise a transféré plus de 15 milliards de dollars américains au pays. En 2020 seulement, malgré la pandémie mondiale, vous avez envoyé plus de 333 milliards de FCFA (environ 600 millions USD) à vos proches restés au pays. Ces montants dépassent de loin l’aide publique au développement que le Cameroun reçoit chaque année, et sont près de dix fois supérieurs aux investissements publics dans des secteurs vitaux comme la santé ou l’éducation.

Mais où est votre reconnaissance ? Avez-vous une voix politique ? Avez-vous été consultés sur l’avenir du pays ? Avez-vous même le droit de voter depuis votre pays de résidence sans obstacle administratif ou diplomatique ? Non.

Vous avez été traités comme des étrangers dans votre propre nation.

Il est temps de rompre le silence.

En 2025, le Cameroun va jouer sa survie. Ce sera soit la continuité du déclin, soit le sursaut historique de la reconstruction. Et cette reconstruction, le MLDC la propose à travers un projet clair : la construction d’un État Développementaliste Communautaire, fondé sur la justice sociale, l’intégrité, la souveraineté nationale et le développement local.

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Mais nous ne pouvons pas gagner sans vous.

Vous êtes le cœur économique du peuple camerounais.

Vous êtes l’intelligence dispersée du pays.

Vous êtes la mémoire des échecs, mais aussi la promesse du renouveau.

Camerounais de la diaspora, nous vous appelons à entrer dans l’arène :

Mobilisez-vous activement pour l’alternance politique. Ne soyez plus des observateurs lointains. Soyez des bâtisseurs. Contribuez à la campagne de la transition démocratique, comme vous l’avez fait pendant des années pour nourrir, soigner, scolariser vos familles. Exigez le droit de vote réel, sécurisé, et respecté. Plus jamais votre voix ne doit être confisquée. Rejoignez le MLDC, et portez le flambeau d’un nouveau Cameroun, celui de la dignité retrouvée.

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Ne laissez pas votre silence nourrir le statu quo.

Ne laissez pas vos sacrifices être effacés par l’histoire.

Le 7 octobre 2025, vous devez peser. Pas seulement par vos envois d’argent. Mais par votre voix. Par votre vote. Par votre engagement.

Le MLDC vous tend la main. Répondez à l’appel du pays. Rejoignez le combat.

Vive la diaspora debout ! Vive le Cameroun nouveau !

POURQUOI REGAGNER NOTRE SOUVERAINETÉ POLITIQUE DE LA FRANCE EST UN IMPÉRATIF CATÉGORIQUE POUR LA CONSTRUCTION DE L’ETAT DÉVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE (EDC)

Le 1er janvier 1960, la République du Cameroun est proclamée indépendante. Un moment censé marquer l’émancipation d’un peuple, après plus de soixante-quinze ans de domination coloniale allemande puis française. Mais cette indépendance fut une imposture historique, une illusion soigneusement mise en scène par l’ancienne puissance coloniale pour pérenniser son emprise sous des formes renouvelées. Comme l’écrivait Frantz Fanon, « l’indépendance n’est qu’un mot creux si elle ne s’accompagne pas d’une décolonisation totale des institutions, des économies et des mentalités ». Le Cameroun est aujourd’hui encore l’otage d’un système de domination néocoloniale où les mots « République », « souveraineté » et « indépendance » ne sont que des slogans destinés à tromper les masses….

VAINCRE LE NÉOCOLONIALISME FRANÇAIS ET OCCIDENTAL: LES PILIERS DE L’ETAT DÉVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE

Sortir de cette impasse exige une rupture radicale avec l’ordre néocolonial. Cette rupture doit s’articuler autour de cinq transformations fondamentales :
1. Monétaire: sortir du franc CFA, créer une monnaie nationale adossée à une banque centrale indépendante et tournée vers le financement du développement local.
2. Économique: nationaliser les secteurs stratégiques (pétrole, mines, transports), soutenir les PME camerounaises, développer l’industrialisation endogène.
3. Institutionnelle: refonder la Constitution par une assemblée constituante, instaurer un véritable fédéralisme communautaire, garantir la séparation des pouvoirs.
4. Diplomatique: adopter une politique de non-alignement, renforcer les alliances Sud-Sud (Chine, Brésil, Afrique du Sud, Russie), et jouer un rôle moteur au sein de la ZLECAF et de l’Union Africaine.
5. Culturelle: valoriser les langues nationales, réformer le système éducatif, promouvoir l’histoire et les savoirs endogènes.

L’État développementaliste communautaire n’est pas un slogan. C’est une stratégie de transformation systémique. Il vise à ancrer l’État dans les réalités locales tout en affirmant une vision souverainiste et solidaire. Il repose sur l’autonomie territoriale, la mobilisation des ressources locales, et la responsabilisation des communautés.

Prière de Regardez la vidéo ci-dessous

Le Cameroun dans le piège de la théorie du chaos lent : Comment l’État Développementaliste Communautaire (EDC) peut rompre la fatalité

Par Pr. Jimmy Yab
Président du MLDC, Professeur de Relations Internationales

Théorie du chaos lent
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Introduction

« Les États ne meurent pas toujours dans des guerres. Ils peuvent aussi se décomposer lentement, à l’abri des regards, dans l’indifférence bureaucratique et la résignation populaire. »

— Jimmy Yab

Le Cameroun ne fait pas face à une guerre civile. Il n’est pas formellement en faillite. Et pourtant, il s’effondre. Lentement. Silencieusement. Systématiquement.

Ce processus n’a pas de nom dans les discours officiels. Il est maquillé derrière des taux de croissance trompeurs, des plans stratégiques sans ancrage réel, et des mots creux comme « émergence 2035 ».

Mais les analystes les plus lucides le savent : le Cameroun est en proie à un chaos lent. Ce concept, que je vais expliquer ici, permet de nommer l’indicible, d’analyser l’inertie criminelle, et surtout, de tracer une voie de rupture, fondée sur une alternative radicale : l’État Développementaliste Communautaire (EDC).

I. La théorie du chaos : origine scientifique d’un effondrement silencieux

Avant d’aborder le chaos lent, il est essentiel de comprendre ce que recouvre, sur le plan scientifique, la théorie du chaos.

Qu’est-ce que la théorie du chaos ?

La théorie du chaos est une branche des mathématiques et des sciences qui étudie les systèmes complexes – comme les conditions météorologiques ou le comportement des marchés financiers – qui semblent aléatoires ou imprévisibles à première vue.

Elle explore comment de petits changements dans les conditions initiales d’un système peuvent produire des résultats extrêmement divergents au fil du temps.

Autrement dit, elle révèle que derrière un apparent désordre, se cachent des structures, des régularités, des modèles.

Ce champ d’étude a révolutionné notre compréhension du monde en montrant que même le chaos peut être gouverné par des lois.

Un des principes les plus emblématiques de cette théorie est l’effet papillon.

Principe de l’effet papillon

Il suggère qu’un changement minime – comme le battement d’ailes d’un papillon à Tokyo – pourrait, à terme, déclencher une tornade au Texas.

Cette métaphore illustre la sensibilité extrême des systèmes aux conditions initiales. En d’autres termes, de petites décisions politiques, économiques ou sociales peuvent avoir, à long terme, des conséquences colossales.

II. Du chaos scientifique au chaos lent institutionnel : le cas du Cameroun

Dans les sciences sociales, cette théorie s’est élargie pour décrire des dynamiques d’effondrement progressif. Le chaos lent, en particulier, désigne la désintégration silencieuse et cumulative d’un système politique, économique ou social, sans crise visible immédiate, mais avec une irréversibilité croissante.

Et c’est exactement ce que vit le Cameroun.

III. Cameroun : radiographie d’un chaos lent économique

1. Une économie en façade, sans productivité réelle

On nous parle de croissance : 3,7 % en 2023 selon la BEAC. Mais cette croissance est extravertie, non inclusive, non industrialisante.

Selon l’INS, plus de 80 % de la population active travaille dans l’informel, dans des conditions précaires.

Le secteur secondaire, moteur de toute transformation économique sérieuse, ne représente que 22 % du PIB.

2. Une dette publique inefficace

La dette atteint plus de 12 000 milliards FCFA, soit près de 45 % du PIB. Mais l’impact est invisible : les routes sont défoncées, l’eau potable rare, les universités sinistrées.

La dette finance la consommation politique, pas l’investissement structurant.

3. Une pauvreté structurelle

Plus de 40 % des Camerounais vivent sous le seuil de pauvreté, avec des pics à 70 % dans l’Extrême-Nord. Le taux de chômage des jeunes urbains avoisine 30 %, sans compter le sous-emploi déguisé.

4. Une économie extravertie et dépendante

Le Cameroun exporte son bois brut, son cacao brut, son pétrole brut… et importe ses propres besoins de survie : riz, lait, sucre, médicaments.

70 % des produits consommés sont importés.

5. Une corruption chronique

Avec une position de 142e sur 180 selon Transparency International en 2024, le Cameroun est classé parmi les pays les plus corrompus du monde.

La corruption n’est pas un accident : c’est le carburant même du système.

IV. Pourquoi ce chaos dure ?

Parce que le chaos lent, comme l’a montré la théorie scientifique, ne provoque pas de crise visible immédiate. Il ronge lentement les structures. Il désensibilise la population. Il récompense l’inaction.

Et surtout, il sert une élite, qui s’est affranchie des conséquences de la misère collective. Le chaos lent ne menace pas les palais, mais détruit les villages.

V. Une rupture historique : l’État Développementaliste Communautaire (EDC)

Ce dont le Cameroun a besoin, ce n’est pas d’un réaménagement cosmétique. C’est d’une réinvention du rôle de l’État et de la communauté.

L’État Développementaliste Communautaire repose sur trois souverainetés essentielles :

1. Souveraineté politique et territoriale

Fin de la centralisation abusive. Gouverneurs élus. Assemblées communautaires. Sécurité assurée par des dispositifs enracinés dans les territoires.

2. Souveraineté économique et financière

Substitution aux importations. Industrialisation à petite et moyenne échelle. Transformation locale des matières premières. Création de monnaies communautaires ou de systèmes d’échange territoriaux.

3. Souveraineté technologique et industrielle

Relance des formations techniques et professionnelles. Partenariats technologiques Sud-Sud. Écosystèmes d’innovation locale.

VI. Que propose concrètement l’EDC ?

Un plan Marshall communautaire pour l’agriculture, l’énergie, les routes rurales. Banques communautaires locales adossées à la production territoriale. Fiscalité incitative pour les producteurs locaux, punitive pour les importateurs de luxe. Démocratie économique : chaque village décide de ses priorités par budget participatif.

Conclusion : Choisir entre la lente agonie ou la renaissance populaire

Le chaos lent est la forme la plus dangereuse de destruction : il ne déclenche pas de révolte immédiate, mais prépare le terrain au désespoir collectif et à l’effondrement final.

Nous pouvons continuer à subir ce chaos, ou nous pouvons recréer l’ordre à partir de nos propres modèles, comme la théorie du chaos nous y invite.

L’EDC est cet ordre dans l’apparente confusion.

C’est notre capacité, enfin retrouvée, à transformer les petites décisions locales en grandes mutations historiques.

Comme le papillon de la théorie du chaos, un village qui se relève peut faire s’effondrer un régime injuste.

Un jeune qui entreprend peut réveiller une communauté.

Un peuple qui s’organise peut renverser l’histoire.

Le Cameroun n’est pas condamné à mourir dans le silence. Il peut renaître dans la dignité.

Vive l’État Développementaliste Communautaire. Vive le Cameroun souverain, libre et communautaire.

Le MLDC est un parti d’alternance, pas seulement un parti d’opposition : Pour une refondation démocratique par l’État développementaliste communautaire ( EDC)

Du rôle d’opposition à la vocation d’alternance : Le MLDC et la refondation politique au Cameroun

1. Introduction

Depuis les années 1990, la démocratisation en Afrique subsaharienne a été marquée par la prolifération de partis politiques d’opposition. Mais très vite, le modèle multipartite s’est heurté à une réalité bien connue des régimes hybrides : la démocratie sans alternance. Dans la majorité des pays africains, les partis dits “d’opposition” sont tolérés, voire encouragés, à condition qu’ils n’ébranlent pas les bases du pouvoir établi. Cette logique produit un simulacre de pluralisme où le changement de régime par les urnes devient presque illusoire.

Au Cameroun, cette réalité est particulièrement prononcée. Depuis 1982, le pouvoir est monopolisé par Paul Biya et son parti, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Les alternances institutionnelles y sont inexistantes, malgré la présence de partis d’opposition comme le Social Democratic Front (SDF) ou le MRC. Dans ce contexte, toute tentative d’émergence politique est suspectée de vouloir soit cohabiter avec le pouvoir en place, soit de tomber dans une opposition purement verbale et inefficace.

C’est dans ce climat de méfiance généralisée que le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) cherche à tracer une voie singulière. Parti historique, le MLDC fut fondé en 1998 par un collectif de grandes figures patriotiques, parmi lesquelles le patriarche Dr. Marcel Yondo, ancien ministre des Finances et conseiller du Président Ahmadou Ahidjo. Dans un contexte de transition politique difficile, le MLDC s’est distingué comme l’un des acteurs majeurs de la lutte pour le multipartisme au Cameroun. Durant les années 1990, il comptait des députés à l’Assemblée nationale et des conseillers municipaux dans plusieurs localités du pays. Après des années de combat loyal et constant, le patriarche a décidé de transmettre le flambeau à une nouvelle génération. Ainsi, lors du dernier Congrès ordinaire du parti tenu à Édéa en avril 2025, le Professeur Jimmy Yab a été démocratiquement élu Président national du MLDC, amorçant une nouvelle ère dans l’histoire du mouvement.

Sous cette nouvelle direction, le MLDC ne se contente pas de perpétuer un rôle d’opposition institutionnalisée. Il se définit désormais comme un parti d’alternance démocratique, porteur d’un projet national fondé sur l’État Développementaliste Communautaire (EDC). Cette distinction n’est pas seulement sémantique ; elle est stratégique, idéologique, et profondément ancrée dans une vision transformatrice de l’État. Le MLDC n’est pas un simple “contre-pouvoir”, il est porteur d’un contre-modèle, structuré autour de trois souverainetés essentielles : politique, économique et technologique.

Cet article entend démontrer que le MLDC incarne une dynamique d’alternance démocratique réelle, et non une opposition de façade. Pour ce faire, il est nécessaire d’abord de distinguer, sur un plan théorique, les notions d’opposition politique et d’alternance démocratique. Ensuite, il faut analyser l’histoire récente des partis d’opposition en Afrique afin de situer les défis et potentialités du MLDC dans une perspective comparative. Enfin, l’article explorera les fondements idéologiques et stratégiques du MLDC avant de montrer comment son projet d’État Développementaliste Communautaire constitue une rupture systémique avec l’ordre politique actuel.

En mobilisant des sources académiques et des exemples historiques, notamment africains, cette réflexion veut répondre à une critique fréquente : celle selon laquelle tout discours sur “l’alternance” serait un masque langagier cachant une volonté d’intégration au système dominant. À l’inverse, nous soutenons que le véritable visage de l’alternance n’est pas l’alternance de personnes, mais de paradigmes politiques et institutionnels. Et c’est précisément cette alternance que le MLDC ambitionne d’incarner.

Comme le rappelle Linz (1978), « une démocratie consolidée suppose non seulement des élections régulières, mais la possibilité réelle que le pouvoir change de mains par les urnes ». Cette remarque s’inscrit dans une perspective où l’opposition n’est légitime que si elle est en capacité de proposer une gouvernance alternative crédible. Le politologue africain E. Gyimah-Boadi, quant à lui, affirme que « le problème des oppositions africaines est moins leur existence juridique que leur incapacité structurelle à incarner l’espoir d’un changement systémique » (Gyimah-Boadi, 2015).

Dans cette optique, cet article entend montrer que le MLDC ne se contente pas d’exister comme parti légal d’opposition, mais qu’il propose une vision de l’État fondée sur la souveraineté populaire et le développement local endogène. Cette vision n’est pas un simple programme électoral, mais une refondation du contrat politique, inspirée de modèles asiatiques et africains de développement maîtrisé, tout en les adaptant aux réalités camerounaises.

L’enjeu de cette réflexion est donc double : théorique et pratique. Théorique, car il s’agit de clarifier les catégories d’analyse souvent confondues (opposition, alternance, démocratie). Pratique, car il faut répondre à une question urgente : comment une formation politique peut-elle ne pas se contenter d’opposer, mais proposer une véritable transformation du système ? C’est à cette question que tente de répondre le MLDC à travers son programme d’alternance fondé sur l’État Développementaliste Communautaire.

2. Opposition politique et alternance démocratique : distinctions conceptuelles et enjeux

La confusion entre les notions d’opposition politique et d’alternance démocratique est fréquente dans les débats politiques, en particulier dans les démocraties inachevées. Pourtant, ces deux concepts relèvent de dynamiques différentes, tant dans leur fonction institutionnelle que dans leur portée historique. Tandis que l’opposition politique désigne une posture dans le jeu politique, souvent critique, l’alternance démocratique implique un changement effectif du pouvoir par des moyens électoraux, dans un cadre pluraliste et compétitif.

2.1. Qu’est-ce que l’opposition politique ?

Dans les systèmes démocratiques, l’opposition politique joue un rôle essentiel : elle sert de contre-pouvoir, veille à la responsabilité de l’exécutif et propose des politiques alternatives. Selon Giovanni Sartori (1976), « l’opposition est une composante structurelle du système parlementaire ; elle est ce qui rend la démocratie dynamique, contrastée et vivante ». Elle peut être radicale ou modérée, selon son rapport aux institutions et à la légitimité du pouvoir en place.

Mais dans des régimes autoritaires ou semi-autoritaires comme celui du Cameroun, l’opposition est souvent tolérée sans réelle possibilité d’accéder au pouvoir. Les élections sont organisées, mais sans les garanties d’équité, de transparence et de neutralité institutionnelle. L’opposition y devient alors un simple ornement démocratique, autorisé tant qu’elle ne remet pas en cause l’hégémonie du pouvoir dominant. Plusieurs auteurs, dont Larry Diamond (2002), qualifient ces régimes de « démocratures » ou de « pseudo-démocraties ».

Au Cameroun, l’opposition existe depuis la loi de 1990 sur le multipartisme, mais elle reste marginalisée. Le RDPC contrôle tous les leviers de l’État : exécutif, législatif, judiciaire, armée, administration, et même les institutions électorales. Cette situation réduit les partis d’opposition à une fonction d’alerte, sans levier sur la gouvernance. C’est dans ce sens que l’opposition camerounaise a souvent été décrite comme divisée, réprimée et infiltrée, ce qui empêche l’émergence d’un projet alternatif cohérent.

2.2. L’alternance démocratique : plus qu’un changement d’acteurs

À l’opposé, l’alternance démocratique suppose un changement réel dans la direction politique d’un pays, à travers des élections libres. Elle implique que des partis d’idéologies différentes peuvent se succéder au pouvoir, dans le respect des règles du jeu démocratique. Comme le rappelle Philippe Schmitter (1991), « il ne peut y avoir de démocratie consolidée sans la possibilité effective d’une alternance politique régulière ».

L’alternance n’est donc pas seulement quantitative (remplacement d’un parti par un autre), mais surtout qualitative (changement de cap politique, institutionnel et éthique). Elle repose sur trois conditions fondamentales :

Une offre politique crédible et distincte. Des institutions électorales neutres et compétentes. Un électorat suffisamment mobilisé et conscient.

2.3. Exemples d’alternances démocratiques en Afrique

Contrairement à une idée reçue, l’Afrique n’est pas totalement étrangère à l’alternance. Plusieurs pays du continent ont connu des transitions démocratiques effectives à travers les urnes :

Sénégal : en 2000, Abdoulaye Wade bat Abdou Diouf, marquant la première alternance dans ce pays depuis l’indépendance. En 2012, Macky Sall bat Wade dans une élection libre. Ghana : considéré comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, le Ghana a connu plusieurs alternances pacifiques entre le NPP et le NDC. Zambie : en 2021, Hakainde Hichilema du parti UPND bat Edgar Lungu, dans une élection jugée libre par les observateurs internationaux. Kenya : malgré des tensions ethniques, l’alternance entre Mwai Kibaki, Uhuru Kenyatta et William Ruto illustre une certaine maturation démocratique.

Ces exemples montrent que l’alternance est possible en Afrique, à condition d’un ancrage institutionnel, d’une offre politique claire, et d’une volonté populaire forte.

2.4. Le cas camerounais : une opposition sans alternance

Au Cameroun, malgré la multiplication des partis politiques, aucune alternance réelle n’a été observée depuis 1982. Les élections sont systématiquement remportées par le RDPC, souvent avec des scores soviétiques. Les partis d’opposition, bien qu’actifs, n’ont jamais pu bâtir une coalition capable de renverser l’ordre établi. Cela s’explique par :

La mainmise du RDPC sur les institutions électorales (Elecam). Le boycott de certaines élections par des partis majeurs, affaiblissant la mobilisation citoyenne. Le manque de projet de société alternatif unificateur.

C’est dans ce vide stratégique que s’inscrit la démarche du MLDC. Refusant le piège de l’opposition symbolique, il se positionne clairement comme acteur d’alternance démocratique, en articulant une offre politique structurée, cohérente et radicalement différente. Le MLDC ne veut pas seulement critiquer le pouvoir ; il veut prendre le pouvoir pour changer le système, non pour le reproduire. Il propose une autre architecture de l’État, fondée sur la décentralisation active, l’autonomie communautaire et la souveraineté économique.

Loin d’être un simple choix rhétorique, la distinction entre opposition et alternance est fondamentale pour comprendre les dynamiques politiques camerounaises. L’opposition critique sans projet n’aboutit qu’à la marginalisation. L’alternance véritable exige une vision claire, une organisation disciplinée, et une capacité à conquérir le pouvoir de manière démocratique. C’est cette ambition que porte le MLDC : ne plus s’opposer simplement, mais proposer une rupture systémique par l’alternance, fondée sur l’État Développementaliste Communautaire.

3. L’expérience du MLDC : au-delà de l’opposition, vers une alternative systémique

Le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), depuis sa refondation et son renouvellement en avril 2025, se positionne clairement non pas comme un acteur politique d’opposition classique, mais comme le moteur d’une alternance démocratique et systémique, fondée sur un projet cohérent : l’État Développementaliste Communautaire (EDC). Contrairement aux partis qui se limitent à une critique de surface du régime en place, le MLDC propose une transformation en profondeur de l’État camerounais, tant sur les plans institutionnel, économique, social que culturel. Cette posture tranche radicalement avec l’histoire des oppositions fragmentées et clientélistes au Cameroun.

3.1. De la dénonciation à la proposition : un saut stratégique

Nombreux sont les partis d’opposition camerounais qui ont sombré dans une logique protestataire sans projet structurant. Cette posture, bien que légitime, a ses limites. Comme le souligne Jean-François Bayart (1993), « la politique en Afrique postcoloniale s’est trop souvent enfermée dans une logique de confrontation sans construction, où l’ennemi politique est diabolisé, mais rarement dépassé ». C’est précisément cette impasse que le MLDC entend surmonter.

Depuis la prise de fonction du Pr. Jimmy Yab comme Président national du MLDC lors du Congrès d’Edéa (avril 2025), le parti a entamé une mutation programmatique et stratégique majeure. Il ne s’agit plus seulement de contester le pouvoir du RDPC, mais de construire un récit national alternatif, fondé sur une refondation de l’État et une réhabilitation de la souveraineté populaire.

Le MLDC développe un projet de société articulé autour de trois piliers :

La souveraineté politique et territoriale, rompant avec la dépendance postcoloniale. La souveraineté économique et financière, reposant sur la valorisation des ressources locales. La souveraineté industrielle et technologique, orientée vers l’innovation communautaire.

3.2. L’État Développementaliste Communautaire : une vision transformante

Au cœur de l’offre politique du MLDC se trouve le concept d’État Développementaliste Communautaire. Ce modèle est inspiré à la fois des expériences asiatiques de développement (notamment les États développementalistes comme la Corée du Sud ou Singapour) et des traditions africaines de gouvernance communautaire et solidaire.

L’État Développementaliste Communautaire repose sur :

Une planification stratégique du développement par l’État, en partenariat avec les collectivités locales. Une autonomie des communautés locales dans la gestion de leur développement, y compris la fiscalité locale, la production agricole, et l’éducation. Une industrialisation territorialisée, où chaque région développe ses filières industrielles à partir de ses ressources et savoir-faire. Un État-protecteur, garantissant l’accès aux services publics de base (santé, éducation, transport) de manière équitable.

Ce modèle dépasse la vision néolibérale de l’État minimal, tout en évitant le centralisme autoritaire qui a marqué le régime du Renouveau. Il incarne une rupture systémique avec le régime actuel, tant dans sa philosophie que dans sa méthode.

3.3. Une stratégie d’alternance électorale et populaire

Contrairement à certains partis qui considèrent les élections comme des simulacres à boycotter, le MLDC adopte une stratégie de conquête électorale méthodique, basée sur :

Une implantation locale progressive, avec des sections régionales, départementales et communales actives. Un programme clair, décliné dans les dix régions, adapté aux réalités de chaque territoire. Un discours de proximité, qui s’adresse aux jeunes, aux femmes, aux paysans, aux enseignants, et aux travailleurs du secteur informel. Une démarche de rassemblement des forces citoyennes, au-delà des appartenances partisanes.

Le MLDC inscrit sa démarche dans une logique de transition populaire vers la démocratie effective, en redonnant au peuple les moyens d’agir par la participation politique, l’éducation civique, et la prise en charge locale du développement. Ce positionnement le différencie des partis qui espèrent un changement par le haut ou par des interventions extérieures.

3.4. Une nouvelle génération politique

L’alternance ne peut se produire sans un renouvellement profond du leadership. À cet égard, l’élection du Pr. Jimmy Yab comme Président national du MLDC incarne le passage d’une génération à une autre, alliant la fidélité aux luttes passées et l’innovation idéologique.

Ce changement de génération au sein du MLDC, loin d’être symbolique, se traduit par :

Une réorientation stratégique vers la jeunesse et la diaspora. Une volonté de réhabiliter l’intelligence comme outil de transformation politique, en rompant avec l’anti-intellectualisme ambiant. Une ouverture vers les mouvements sociaux, les organisations communautaires, et les syndicats.

Le MLDC ne se définit donc pas seulement comme une opposition morale, mais comme une élite de responsabilité, prête à gouverner et à reconstruire l’État.

En s’émancipant des logiques d’opposition protestataire pour porter une vision globale de l’alternance, le MLDC inaugure un nouveau cycle politique au Cameroun. Il ne se contente pas de dénoncer le système dominant ; il propose une alternative systémique, fondée sur une pensée originale, une stratégie électorale réaliste, et une volonté de transformation concrète.

Le MLDC ne cherche pas simplement à remplacer les hommes en place, mais à changer les règles du jeu, à rebâtir la relation entre l’État et les citoyens, et à restaurer l’idée que la politique peut être au service du bien commun. Ce faisant, il s’inscrit dans la lignée des grands mouvements africains de transformation systémique, comme le Congrès National Africain de Mandela ou le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix en Côte d’Ivoire.

4. Le MLDC comme alternative crédible dans le contexte de la présidentielle 2025

À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025, le Cameroun vit un tournant décisif. L’essoufflement du régime du Renouveau, marqué par plus de quatre décennies de gouvernance autoritaire, centralisée et prédatrice, a engendré une crise de légitimité, une désaffection massive de la jeunesse, une paupérisation galopante et un affaissement des institutions. C’est dans ce contexte qu’émerge avec vigueur le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), comme alternative politique crédible, portant une vision nouvelle, un projet structuré et une volonté ferme de rupture démocratique.

4.1. Un contexte politique mûr pour l’alternance

L’environnement socio-politique camerounais actuel est marqué par plusieurs dynamiques favorables à une alternance :

Une jeunesse majoritaire mais désabusée, qui représente plus de 60 % de la population et dont une grande partie est au chômage ou sous-employée (INS, 2024). Un discrédit croissant du RDPC, perçu comme incapable de résoudre les défis du pays, notamment la corruption, la centralisation abusive, et le délabrement des services sociaux. Une société civile de plus en plus active, avec des mobilisations sur les réseaux sociaux, des mouvements étudiants, des syndicats enseignants et des ONG de défense des droits humains. Une diaspora structurée et politisée, qui joue un rôle croissant dans le financement, la sensibilisation et la proposition de modèles alternatifs.

Dans ce contexte, l’alternance n’est plus un vœu pieux, mais une nécessité historique. Toutefois, cette alternance ne peut être incarnée que par un parti capable de réunir crédibilité, projet et organisation. C’est précisément ce que le MLDC s’efforce de construire.

4.2. Une crédibilité reconstruite sur l’héritage et l’innovation

Contrairement à certains nouveaux partis qui émergent sans mémoire politique, le MLDC s’appuie sur une longue tradition de militantisme patriotique, entamée dès les années 1990 avec des élus municipaux et parlementaires engagés dans le combat pour le multipartisme. Le MLDC ne surgit donc pas de nulle part ; il est le fruit d’un héritage assumé, mais désormais reconfiguré pour répondre aux exigences du présent.

Depuis son Congrès d’avril 2025 à Édéa, le parti a engagé :

Un renouvellement de sa direction nationale, avec à sa tête le Pr. Jimmy Yab, figure de la jeunesse intellectuelle et militante camerounaise. Une restructuration de ses bases régionales, avec la mise en place de coordinations locales démocratiques. Une stratégie de communication offensive et pédagogique, centrée sur l’éducation politique, la critique argumentée, et la mise en débat de solutions concrètes.

La combinaison de l’enracinement historique et de l’innovation générationnelle donne au MLDC une assise à la fois symbolique, programmatique et organisationnelle.

4.3. Un programme réaliste et mobilisateur : les 10 priorités de la transition

Dans la perspective de la présidentielle de 2025, le MLDC a présenté un programme de transition national, articulé autour de dix priorités, elles-mêmes issues de la vision de l’État Développementaliste Communautaire. Parmi ces priorités figurent :

L’éducation de masse et la revalorisation des enseignants, pierre angulaire du renouveau national. La décentralisation réelle et la gouvernance communautaire, contre le centralisme paralysant actuel. La relance de l’agriculture et de l’industrie locale, pour une économie autosuffisante. La réforme de l’administration et la lutte contre la corruption, avec des mécanismes de transparence communautaire. L’accès équitable aux soins, à l’eau et à l’électricité, considérés comme des droits fondamentaux. La souveraineté monétaire et la fin de la dépendance au franc CFA. La paix, la sécurité et la réconciliation nationale, à travers une approche inclusive. Le respect des libertés fondamentales, avec une justice indépendante et des médias libres. La promotion de la jeunesse et de la femme dans les institutions. La diaspora comme moteur du développement, avec des incitations concrètes à l’investissement.

Ce programme se distingue des promesses électoralistes vagues. Il est territorialisé, budgétisé, et organisé par étapes, inspiré de modèles ayant fait leurs preuves, comme la Vision 2030 du Rwanda ou la planification communautaire au Ghana.

4.4. Une stratégie électorale d’alternance pacifique

Le MLDC s’inscrit dans une démarche de conquête démocratique du pouvoir par les urnes, en appelant à une mobilisation populaire pacifique et massive. Pour cela, il développe :

Des tournées régionales de sensibilisation, avec des forums citoyens dans les 10 régions. La formation d’observateurs électoraux à partir de ses cellules communautaires. Des alliances avec des forces progressistes, sans compromission avec les clans du régime. Une pédagogie de l’alternance, pour briser le fatalisme politique et redonner confiance au peuple.

Comme l’écrit Mbembe (2010), « l’alternance démocratique en Afrique ne peut s’imposer que si elle se conjugue avec une prise de conscience citoyenne et une volonté populaire de rupture ». Le MLDC agit précisément dans ce sens.

L’élection présidentielle de 2025 ne sera pas une compétition ordinaire. Elle représentera un jugement historique sur plus de quarante ans de règne du RDPC. Dans ce cadre, le MLDC apparaît comme l’unique parti structuré, enraciné et porteur d’un projet alternatif global, capable de transformer le Cameroun non seulement au sommet, mais aussi à la base.

Il ne s’agit pas seulement d’un changement de gouvernants, mais d’un changement de paradigme, où le pouvoir est repensé non comme domination, mais comme service public communautaire. Le MLDC, dans cette logique, n’est pas un simple parti d’opposition. Il est le vecteur de l’alternance systémique tant attendue, une alternance par les urnes, par la base et par la vision.

Conclusion générale : Le MLDC, catalyseur d’une nouvelle ère politique au Cameroun

L’analyse approfondie du parcours, de la vision et de la stratégie du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) démontre de manière claire que ce parti politique ne se contente pas d’occuper une posture oppositionnelle classique. Il se positionne résolument comme le moteur d’une alternance politique profonde, non réductible à un simple changement d’élites, mais pensée comme refondation systémique de l’État camerounais, à travers l’idéologie de l’État Développementaliste Communautaire (EDC).

Dans un contexte marqué par la fatigue démocratique, l’enlisement de la gouvernance autoritaire du RDPC, et le discrédit grandissant des institutions de l’État, le MLDC incarne un espoir de transformation. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer, mais de proposer, planifier, mobiliser et reconstruire — avec méthode, mémoire, et ambition collective. Cela le distingue fondamentalement des partis d’opposition classiques, qui, dans bien des cas, oscillent entre radicalisme impuissant et compromission stérile.

Une alternative fondée sur une identité idéologique claire

Alors que de nombreux partis africains souffrent d’un flou idéologique ou d’un mimétisme doctrinal hérité de l’époque coloniale, le MLDC s’enracine dans une pensée politique originale, structurée autour du concept d’État Développementaliste Communautaire. Cette doctrine ne cherche ni à importer des modèles étrangers, ni à répéter les formules stériles des socialismes d’antan. Elle propose une synthèse contextualisée entre la rigueur de l’État stratège, la participation citoyenne à la base et la valorisation des savoirs locaux (Mkandawire, 2001 ; Foucher, 2019).

Cette perspective, loin d’être abstraite, prend la forme d’un programme national concret, articulé autour de dix priorités de transition. Ce programme est conçu comme un outil de mobilisation populaire et de réforme institutionnelle, à la manière de ce qu’Amílcar Cabral appelait « l’arme de la théorie » au service de la libération concrète des peuples africains.

Un enracinement historique et une légitimité renouvelée

La trajectoire du MLDC n’est pas celle d’un opportunisme politique de dernière heure. Né en 1998 dans le sillage des luttes post-conférence nationale, fondé par des figures emblématiques du patriotisme d’État comme le Dr. Marcel Yondo, le MLDC porte une mémoire du combat démocratique. Ce n’est pas un parti de la rupture sans racines ; c’est un parti qui renoue avec les ambitions de souveraineté abandonnées depuis les années 1980.

La transition à la tête du parti, avec l’élection démocratique du Pr. Jimmy Yab lors du Congrès d’Édéa en avril 2025, marque un tournant générationnel, stratégique et symbolique. Il s’agit d’un passage de témoin maîtrisé entre le legs des anciens et les aspirations des jeunes générations, en quête de justice sociale, de souveraineté et de dignité.

Une posture d’alternance pacifique et de refondation républicaine

Contrairement aux courants populistes qui surfent sur le désespoir sans projet, ou aux partis protestataires enfermés dans la dénonciation perpétuelle, le MLDC articule une vision de l’alternance à trois dimensions :

Alternance politique, à travers les urnes, le respect des règles démocratiques, et le rejet de la violence politique. Alternance institutionnelle, par une refonte des structures de gouvernance, pour en finir avec le présidentialisme absolu et restaurer les contre-pouvoirs. Alternance sociale et morale, fondée sur le mérite, la transparence et la réhabilitation de la fonction publique comme service du bien commun.

L’objectif n’est donc pas de remplacer un clan par un autre, mais de refonder l’État à partir des communautés, selon une éthique du développement endogène, participatif et souverain. Cette ambition rejoint les exigences formulées par nombre de penseurs africains contemporains, comme Achille Mbembe ou Felwine Sarr, qui appellent à sortir de l’État postcolonial rentier pour inventer un nouvel imaginaire du pouvoir africain.

Une ouverture continentale : vers une dynamique panafricaine de l’alternance

L’expérience du MLDC n’est pas un cas isolé. À l’échelle du continent, plusieurs formations politiques ont réussi à incarner, dans un moment historique donné, l’alternance démocratique salvatrice : l’ANC en Afrique du Sud en 1994, le RPG d’Alpha Condé en Guinée en 2010, le RDR d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, ou encore l’UPDS en République démocratique du Congo en 2019.

Mais ces alternances ont souvent été compromises par un manque de préparation doctrinale, de discipline organisationnelle ou de volonté éthique. Le MLDC, en intégrant ces leçons, propose une alternance durable, adossée à une doctrine, à des communautés politisées, et à une base populaire consciente.

Cette dynamique, si elle réussit, pourrait servir de modèle reproductible ailleurs en Afrique centrale, région encore dominée par des régimes semi-autoritaires peu enclins à la dévolution démocratique du pouvoir.

Une conclusion pour l’avenir

En définitive, considérer le MLDC comme un simple parti d’opposition serait méconnaître sa trajectoire, sa doctrine et sa stratégie. Il est le vecteur d’une alternance organique, à la fois politique, économique, sociale et culturelle. Dans un pays qui a trop longtemps confondu stabilité et immobilisme, alternance et chaos, le MLDC propose une troisième voie : celle de la transition souveraine, pacifique, communautaire et résolument africaine.

La présidentielle de 2025 ne sera pas un aboutissement, mais le point de départ d’un nouveau contrat social, fondé sur la souveraineté populaire, la justice territoriale et le développement collectif. Le MLDC est prêt à porter cette ambition. Il ne s’agit plus de s’opposer seulement. Il s’agit désormais de construire autrement. Ensemble. Dès maintenant.

Références

Diamond, L. (1999). Developing Democracy: Toward Consolidation. Johns Hopkins University Press.

Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press. Foucher, V. (2019).

L’alternance impossible? Gouverner le Sénégal après Wade. Karthala. Levitsky, S., & Way, L. (2010).

Competitive Authoritarianism: Hybrid Regimes After the Cold War. Cambridge University Press. Linz, J. J. (1978).

The Breakdown of Democratic Regimes. Johns Hopkins University Press. Mkandawire, T. (2001).

“Thinking about developmental states in Africa”, Cambridge Journal of Economics, 25(3), 289–313. Sartori, G. (1976). Parties and Party Systems: A Framework for Analysis. Cambridge University Press.

MON CAMEROUN, MON COMBAT ET MON DESTIN :DE L’ASSUJETTISSEMENT À LA PUISSANCE

Par Pr. Jimmy Yab, Président du Mouvement Pour La Libération et le Développement du Cameroun (MLDC)

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Enfin, bâtir nos Souverainetés par un État Développementaliste Communautaire

L’État camerounais, en tant qu’institution censée garantir la souveraineté et assurer les fonctions régaliennes – sécurité, justice, éducation, santé et développement économique – a échoué dans chacune de ces missions fondamentales. Comme le souligne Jean-François Bayart (2009), les États postcoloniaux africains ont souvent évolué vers des « États rentiers », où les ressources publiques sont captées par une élite politique prédatrice. Le Cameroun illustre parfaitement ce modèle de captation des richesses, où l’État fonctionne davantage comme un instrument de consolidation des privilèges d’une minorité plutôt que comme un moteur de développement.

L’urgence de la transformation nationale

Dans ce contexte, l’urgence d’une transformation nationale est plus que jamais d’actualité. Le Cameroun ne peut continuer à fonctionner sous l’ombre d’un État dont la souveraineté est constamment remise en cause. Le pays doit se réapproprier son destin et tracer une voie nouvelle, fondée sur les principes d’indépendance réelle et de développement durable. Cette transformation ne pourra se faire qu’en repensant radicalement la gouvernance, l’économie et la culture, afin de mettre en place un système qui place les intérêts du peuple camerounais au cœur de l’action publique.

La souveraineté du Cameroun n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue pour assurer l’avenir du pays et de ses citoyens. Cette quête de souveraineté doit être l’objectif central de toute action politique, car sans elle, il n’y a ni liberté, ni développement.

Cette quête de souveraineté réelle implique un renversement des logiques dominantes, notamment celles de la corruption, de la dépendance extérieure et de la répression politique. Le Cameroun doit sortir de son rôle de vassal pour devenir un acteur souverain dans le concert des nations. Il doit se doter d’un État développementaliste communautaire, un État qui non seulement protège ses citoyens, mais qui les place au centre de son projet de développement. Ce modèle d’État, à la fois politique, économique et culturel, doit répondre aux besoins réels du peuple camerounais, en assurant un accès équitable à la santé, à l’éducation, et aux ressources naturelles. Seule une transformation radicale du système pourra rendre au Cameroun sa souveraineté véritable et lui permettre d’entrer dans une nouvelle ère de prospérité et d’indépendance.

  1. Souveraineté Politique et Territoriale
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La souveraineté politique

La souveraineté politique et territoriale constitue l’une des pierres angulaires sur lesquelles repose l’existence même d’un État. En effet, la souveraineté politique fait référence à la capacité d’un État à exercer un contrôle exclusif sur ses affaires internes et externes sans ingérence extérieure, tandis que la souveraineté territoriale désigne le droit d’un État à exercer son autorité sur un territoire délimité. Ces deux notions sont intimement liées et essentielles pour assurer l’indépendance et l’intégrité d’un pays. Or, la réalité du Cameroun, à travers les prismes de son histoire et de son contexte politique actuel, nous révèle qu’un déficit de souveraineté existe, tant au niveau politique qu’à celui de son territoire, ce qui est un frein majeur au développement du pays.

L’héritage colonial et la souveraineté limitée

L’histoire du Cameroun est marquée par un héritage colonial qui a façonné les contours de son existence politique actuelle. L’Empire colonial allemand, puis le mandat français et britannique, ont laissé un modèle d’organisation politique et territorial qui, loin d’être une base de développement, s’est révélé être une structure artificielle vouée à la dépendance. Le Cameroun, à l’indépendance en 1960, a hérité d’une structure étatique qui, bien qu’autonome sur le papier, est restée fortement influencée par les anciennes puissances coloniales, en particulier la France. Cette situation a généré des tensions internes, notamment en raison de la division entre les deux régions anglophone et francophone, chacune avec ses spécificités politiques, culturelles et juridiques. Le sentiment de nationalité a été, dès le départ, fragmenté, et l’unité nationale n’a jamais été pleinement réalisée.

Le Cameroun a donc hérité d’un État dont l’intégrité territoriale et l’autonomie politique étaient déjà compromises par une architecture coloniale qui avait pour but de servir des intérêts étrangers, plutôt que de développer une nation souveraine. En outre, la décolonisation, au Cameroun comme dans d’autres pays d’Afrique, a été marquée par des processus de transition maladroits et inachevés, dans lesquels les anciennes puissances coloniales ont maintenu des liens d’influence et de contrôle. Ces liens, souvent cachés sous des formes de coopération et de soutien, ont permis aux anciennes métropoles de conserver des positions stratégiques dans les affaires internes des États nouvellement indépendants.

La fragilité de l’État camerounais : des institutions sous contrôle extérieur

Bien que le Cameroun ait proclamé son indépendance en 1960, sa souveraineté politique et territoriale reste sujette à des influences extérieures qui vont bien au-delà des formes officielles de coopération internationale. Le système politique du Cameroun est en effet caractérisé par une forte centralisation du pouvoir, qui a entravé l’émergence d’une gouvernance véritablement démocratique et souveraine. L’État camerounais semble gouverner sous l’ombre persistante de l’influence de puissances étrangères, en particulier de la France, mais aussi de pays tels que les États-Unis, qui jouent un rôle dans l’orientation de la politique camerounaise, en raison de ses intérêts stratégiques en Afrique centrale.

Cette relation néocoloniale, bien qu’elle soit rarement discutée ouvertement, se manifeste dans la manière dont les décisions politiques importantes sont prises, notamment en matière de politique étrangère et de sécurité. Le Cameroun, sous la présidence de Paul Biya depuis 1982, a maintenu une relation particulièrement étroite avec la France, à travers des accords de coopération militaire et économique, qui, loin d’être bénéfiques pour la population camerounaise, ont renforcé la dépendance du pays vis-à-vis des intérêts étrangers. Le soutien militaire français, notamment l’opération Barkhane en Afrique de l’Ouest et la présence de troupes françaises au Cameroun, soulignent la place importante de la France dans les affaires internes du pays, notamment dans la gestion des crises et des conflits internes.

Ce modèle de gouvernance politique a ainsi renforcé une structure autoritaire, où le pouvoir est concentré entre les mains d’un petit groupe d’individus qui bénéficient de l’appui d’acteurs extérieurs pour maintenir leur position. La démocratie n’a jamais réellement pris racine au Cameroun, et l’État continue de vivre sous un contrôle qui n’est pas exclusivement endogène. L’absence d’une véritable séparation des pouvoirs, la répression de l’opposition politique et le recours à la violence pour maintenir l’ordre ne sont que des symptômes d’un déficit de souveraineté politique, où les décisions sont souvent dictées par des considérations étrangères plutôt que par les besoins du peuple camerounais.

La Souveraineté territoriale

La souveraineté territoriale du Cameroun, quant à elle, a également été façonnée par des héritages coloniaux complexes et mal résolus. Les frontières actuelles du Cameroun ont été tracées par les puissances coloniales sans consultation des peuples locaux. La ligne de partage entre le Cameroun francophone et anglophone, par exemple, a été établie dans des conditions qui ont engendré des frustrations et des tensions qui persistent jusqu’à aujourd’hui. Le sentiment d’injustice qui découle de la division linguistique du pays est palpable, et cette fracture est l’un des facteurs sous-jacents du conflit qui a opposé l’État camerounais aux séparatistes anglophones dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, conflits qui ont émergé à partir de 2016.

Le Cameroun, tout comme de nombreux autres pays africains, se trouve encore sous l’emprise de frontières tracées par des puissances coloniales, qui ne tiennent pas compte des réalités ethnolinguistiques et culturelles des populations locales. Les conflits qui en découlent sont une conséquence directe de l’absence de souveraineté véritable sur le territoire, et d’un manque de cohésion nationale pour résister à ces fractures internes. Ce ne sont pas seulement les frontières physiques qui sont mises à mal, mais aussi les liens sociaux et politiques entre les différentes communautés du pays.

Le modèle d’un fédéralisme développementaliste communautaire pour restaurer la souveraineté territoriale

La souveraineté territoriale du Cameroun pourrait trouver une solution durable à travers l’instauration d’un fédéralisme développementaliste et adapté aux réalités du pays. Ce modèle de fédéralisme ne se contenterait pas de diviser le pays en simples régions administratives, mais viserait à structurer le pays en quatre grandes zones autonomes : le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral, et le Grand Ouest. Chacune de ces régions disposerait d’une autonomie suffisante pour gérer ses propres affaires, tout en préservant une souveraineté partagée avec l’État central. Ce modèle hybride, inspiré des théories de l’État développementaliste (Evans, 1995; Rodrik, 2007), met l’accent sur l’autonomie régionale, la participation communautaire, et la coopération nationale pour garantir un développement inclusif et durable.

Un fédéralisme développementaliste permettrait de mieux répondre aux spécificités locales en matière de culture, de langue, et de gestion des ressources, tout en renforçant la cohésion nationale par une gouvernance partagée et une répartition plus équitable des ressources. Ce modèle favoriserait également la résilience des communautés face aux défis sociaux et économiques, en permettant à chaque région de participer pleinement à l’édification d’un Cameroun prospère et stable. Il offrirait également une solution à la question de l’équilibre entre les différentes communautés, notamment en fournissant aux régions anglophones un espace de gouvernance plus adapté à leurs aspirations.

Une telle réforme de la souveraineté territoriale permettrait d’atténuer les tensions entre les différentes communautés, tout en réduisant la centralisation excessive du pouvoir qui a mené à des conflits internes. En instaurant un système fédéral, l’État camerounais pourrait ainsi restaurer son autorité sur l’ensemble de son territoire, tout en respectant la diversité des cultures et des aspirations des peuples camerounais.

Vers une refondation de la souveraineté politique et territoriale

La souveraineté politique et territoriale du Cameroun, dans son état actuel, demeure incomplète et fragile. Le pays, héritier d’une histoire coloniale complexe, est toujours pris dans les filets d’influences extérieures, particulièrement celles des anciennes puissances coloniales, mais aussi de nouvelles puissances géopolitiques. Si la souveraineté politique a été compromise par une centralisation excessive et une gestion autoritaire du pouvoir, la souveraineté territoriale, quant à elle, est constamment mise à mal par des héritages de frontières coloniales mal tracées et des tensions internes non résolues. Le modèle de gouvernance actuel, fondé sur une gestion unitaire, ne parvient pas à répondre aux spécificités régionales et communautaires du pays, engendrant ainsi des fractures profondes au sein de la société camerounaise.

Il est donc impératif de repenser, de manière globale et inclusive, la souveraineté du Cameroun. Cette refondation nécessite une révision radicale de la structure politique et territoriale du pays, dans le but de restaurer l’intégrité du territoire et l’autonomie politique face à des influences extérieures. Il ne suffit plus de revendiquer une souveraineté théorique ; il est nécessaire de la concrétiser par des actions concrètes, par la mise en place de réformes profondes et durables qui répondent aux aspirations réelles des Camerounais.

Le fédéralisme développementaliste, comme alternative au modèle centralisé actuel, offre une solution novatrice et adaptée aux réalités socio-culturelles du pays. En offrant plus d’autonomie aux régions, en particulier aux zones anglophones et aux autres communautés sous-représentées, le Cameroun pourrait non seulement apaiser ses tensions internes, mais aussi renforcer la solidarité nationale à travers une gouvernance partagée. Le défi réside dans la capacité à instaurer un équilibre entre un État central fort, garant de l’unité nationale, et des entités régionales autonomes, capables de gérer leurs propres affaires dans le cadre d’un développement harmonieux et durable. Ce modèle de gouvernance, bien qu’hybride, semble être la voie à suivre pour surmonter les écueils d’une souveraineté politique et territoriale mal maîtrisée.

Le processus de refondation doit également inclure la réévaluation des relations du Cameroun avec ses partenaires extérieurs, notamment la France et d’autres puissances, pour établir des relations basées sur le respect de la souveraineté véritable et la coopération équitable. La mise en place de nouvelles politiques étrangères, totalement indépendantes des anciens rapports de dépendance, doit viser à renforcer la position du Cameroun sur la scène internationale tout en préservant sa souveraineté.

En somme, vers une refondation de la souveraineté politique et territoriale, le Cameroun doit redéfinir son modèle de gouvernance pour l’adapter aux défis contemporains. La mise en place d’une gouvernance décentralisée, respectueuse des diversités internes du pays, et la restitution de l’autorité de l’État central sur l’ensemble de son territoire, permettront de restaurer une véritable souveraineté, garante de paix, de stabilité et de développement pour tous les Camerounais.

  • Souveraineté Économique et Financière

La souveraineté économique et financière est un élément fondamental de la souveraineté nationale. Elle désigne la capacité d’un pays à contrôler ses ressources économiques, à décider de ses politiques économiques sans dépendance excessive vis-à-vis des puissances étrangères, et à garantir la stabilité de ses institutions financières. Un pays souverain sur le plan économique doit être capable de définir ses priorités en matière de développement, d’orienter ses investissements en fonction de ses besoins, de contrôler ses ressources naturelles, et de bénéficier de conditions financières favorables pour ses citoyens. Le Cameroun, malheureusement, se trouve encore loin de cette indépendance économique, et ses politiques économiques sont marquées par une dépendance vis-à-vis de l’extérieur, notamment par la domination des multinationales, l’absence de diversification de son économie et l’exploitation extérieure de ses ressources naturelles.

Une économie sous contrôle extérieur : la domination des multinationales

L’économie camerounaise repose largement sur des secteurs primaires, tels que l’agriculture, l’exploitation minière et le pétrole, mais ces secteurs sont dominés par des multinationales étrangères qui exploitent les ressources du pays à un coût très faible pour eux, tout en bénéficiant d’accords commerciaux favorables qui n’apportent que peu de bénéfices aux Camerounais. Les entreprises étrangères, souvent en partenariat avec l’État, sont responsables d’une part importante des exportations du pays, mais les Camerounais en tirent peu de bénéfices directs. Cette situation est un héritage direct du modèle économique colonial, où les colonisateurs exploitent les ressources naturelles pour leur propre profit, tout en créant une dépendance vis-à-vis de l’extérieur.

Prenons l’exemple du secteur pétrolier. Le Cameroun, malgré sa richesse en pétrole et en gaz naturel, demeure un exportateur net de ces ressources sans en bénéficier véritablement à l’échelle nationale. En 2020, le pays a produit environ 30 millions de barils de pétrole, mais l’industrie pétrolière reste dominée par des entreprises étrangères, et l’État camerounais en tire une part relativement modeste. Le secteur pétrolier contribue à hauteur de 10% du PIB du pays, mais cette richesse est largement captée par des entreprises étrangères, et l’impact direct de cette exploitation sur la population camerounaise reste limité. Les profits générés sont souvent réinvestis à l’étranger, et les bénéfices qui devraient être utilisés pour financer des projets de développement national sont absorbés par les intérêts étrangers.

Les contrats de partage de production conclus entre l’État camerounais et les multinationales pétrolières sont souvent opaques et déséquilibrés. Selon le rapport de la Publish What You Pay (PWYP), un réseau d’organisations de la société civile, les conditions de ces contrats sont souvent avantageuses pour les entreprises étrangères, qui payent des impôts et redevances réduits, tandis que les Camerounais continuent de voir leurs richesses naturelles exploitées sans en tirer des bénéfices tangibles. Cette situation est un véritable frein à l’émancipation économique du pays, car elle maintient une dépendance permanente vis-à-vis des puissances économiques mondiales et des acteurs économiques étrangers.

La fragilité du secteur bancaire et financier : une économie non souveraine

Une autre dimension essentielle de la souveraineté économique est la maîtrise du système financier national. Le Cameroun souffre d’un secteur bancaire et financier qui est largement dominé par des banques étrangères et qui reste très étroitement lié aux intérêts économiques externes. Le système bancaire camerounais, bien qu’il ait montré quelques signes de modernisation, reste encore très dépendant des flux de capitaux étrangers, et la politique monétaire est largement influencée par les accords de coopération avec la France, notamment à travers la zone CFA.

La zone CFA, qui regroupe un certain nombre de pays africains, dont le Cameroun, est un mécanisme de régulation monétaire qui lie les économies de ces pays à la France. Bien que l’objectif initial de la zone CFA ait été de stabiliser les monnaies des pays africains, dans les faits, elle sert d’instrument de contrôle pour la France et limite la souveraineté monétaire des pays membres. La gestion de la monnaie, le franc CFA, reste en grande partie sous l’autorité de la Banque de France, qui est responsable de la gestion des réserves de change et des décisions économiques clés. Cette situation a créé une sorte d’impasse économique, où les pays de la zone CFA, y compris le Cameroun, n’ont qu’un contrôle limité sur leurs politiques monétaires et sur la valeur de leurs devises.

Ce manque de contrôle sur la monnaie a des conséquences directes sur la souveraineté économique du pays. Le Cameroun ne peut pas prendre de décisions monétaires indépendantes pour favoriser son développement économique, comme la dévaluation de sa monnaie ou l’ajustement de ses taux d’intérêt en fonction de ses besoins internes. Le pays reste ainsi captif d’un système monétaire qui ne répond pas toujours à ses intérêts économiques et qui le prive de la possibilité d’adopter des politiques monétaires plus adaptées à ses réalités.

La dette publique : un fardeau écrasant sur l’économie

Le Cameroun, comme de nombreux pays africains, se trouve confronté à un fardeau de dette publique qui limite sa capacité à investir dans des projets de développement national. Selon les données de la Banque mondiale, la dette publique du Cameroun a considérablement augmenté au cours des dernières décennies, passant de 1,5 milliard de dollars en 2005 à plus de 9 milliards de dollars en 2020. Cette dette est largement constituée de prêts extérieurs, accordés par des institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, ainsi que par des créanciers bilatéraux, souvent des pays comme la Chine et la France.

Cette situation crée une dépendance accrue du Cameroun vis-à-vis des créanciers étrangers et des institutions financières internationales. Les intérêts de la dette publique pèsent lourdement sur les finances de l’État, limitant sa capacité à investir dans des secteurs clés comme l’éducation, la santé, les infrastructures et la sécurité. Le remboursement de la dette occupe une part importante du budget national, ce qui prive le gouvernement de la marge de manœuvre nécessaire pour soutenir les projets de développement qui pourraient favoriser l’indépendance économique du pays.

De plus, cette dette est souvent accompagnée de conditions strictes imposées par les créanciers internationaux. Les réformes économiques exigées par le FMI et la Banque mondiale, telles que la réduction des dépenses publiques et la libéralisation des marchés, ont des conséquences sociales dramatiques. Elles réduisent les investissements publics dans les secteurs sociaux essentiels et entraînent une dégradation des conditions de vie des Camerounais, créant ainsi un cercle vicieux de dépendance et de pauvreté.

Vers une souveraineté économique durable : diversification et gouvernance

Pour restaurer une véritable souveraineté économique, le Cameroun doit impérativement se libérer de sa dépendance aux multinationales et aux institutions financières internationales. Cela passe par une diversification de son économie, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des services, afin de réduire la dépendance aux ressources naturelles et de créer de la valeur ajoutée à l’intérieur du pays. Le pays doit également promouvoir une politique de développement industriel local, en favorisant les investissements dans des secteurs tels que les infrastructures, les technologies de l’information, les énergies renouvelables, et l’industrie manufacturière.

Par ailleurs, une révision des politiques économiques est indispensable, afin de garantir que les richesses du pays bénéficient d’abord aux Camerounais. Une réforme des contrats d’exploitation des ressources naturelles, plus transparente et plus favorable aux intérêts du pays, s’impose pour que le Cameroun tire pleinement profit de ses atouts économiques. Le pays doit également renforcer ses institutions financières nationales pour qu’elles puissent financer des projets de développement locaux et garantir une plus grande autonomie financière.

La souveraineté économique et financière du Cameroun repose sur une volonté politique forte, capable de rompre avec le modèle de dépendance extérieur. C’est en adoptant des politiques économiques qui privilégient l’intérêt national, en réformant les structures bancaires et en réduisant la dette publique que le Cameroun pourra aspirer à une réelle indépendance économique. Le pays doit redevenir acteur de son propre développement et ne plus se laisser dicter sa politique économique par des intérêts étrangers.

3. Souveraineté Technologique et Industrielle

La souveraineté technologique et industrielle est l’un des piliers essentiels sur lesquels repose la véritable indépendance d’un État moderne. Elle fait référence à la capacité d’un pays à développer, maîtriser et déployer ses propres technologies et infrastructures industrielles pour répondre aux besoins de son développement, tout en garantissant qu’il ne soit pas soumis à la volonté de puissances étrangères ou à des acteurs économiques extérieurs qui pourraient exploiter sa vulnérabilité technologique pour des fins dominantes. Dans un monde globalisé où la technologie devient de plus en plus centrale dans la production de richesse, l’accès à des technologies avancées et la maîtrise de la production industrielle locale deviennent des enjeux majeurs de souveraineté. Le Cameroun, malheureusement, est encore loin d’avoir atteint cette souveraineté technologique et industrielle, malgré ses ambitions affichées et ses potentiels dans certains secteurs clés.

Une économie dominée par la dépendance technologique

L’une des caractéristiques les plus évidentes de la situation actuelle du Cameroun est sa dépendance massive à l’égard des technologies étrangères. Cette dépendance se manifeste à la fois dans les domaines des infrastructures numériques, de la production industrielle, des systèmes de transport, de l’énergie et même dans le secteur agroalimentaire. Le pays a historiquement manqué d’investissements massifs dans l’éducation scientifique et technique, ce qui a conduit à un retard considérable dans l’adoption de technologies modernes et la création de capacités de production locales. En conséquence, le Cameroun reste un consommateur passif de technologies, sans pouvoir développer ses propres industries technologiques ou ses infrastructures complexes.

Prenons l’exemple de l’industrie télécommunications. Bien que le Cameroun ait un marché de la téléphonie mobile en croissance rapide, avec des géants mondiaux comme Orange, MTN et Camtel qui dominent le secteur, le pays ne dispose d’aucune entreprise technologique locale de grande envergure capable de développer des innovations ou des infrastructures adaptées aux besoins spécifiques de la population. Les services offerts sont souvent basés sur des technologies importées, et les profits générés par ces entreprises sont largement rapatriés à l’étranger, ne contribuant que marginalement à l’économie locale. Cela souligne l’incapacité du pays à se doter d’une industrie technologique véritablement autonome, alors même que la demande intérieure et le potentiel humain sont là pour soutenir un secteur technologique florissant.

Dans d’autres secteurs, comme celui de l’énergie, les technologies énergétiques avancées, telles que celles utilisées dans les centrales électriques ou dans le secteur des énergies renouvelables, restent essentiellement importées. Les projets de production énergétique sont souvent financés par des capitaux étrangers et dépendent de technologies étrangères, en grande partie des entreprises occidentales et asiatiques, réduisant ainsi les possibilités pour le pays de bénéficier d’une chaîne de valeur locale. Ce phénomène est également exacerbé par l’absence de capacités de recherche et développement internes solides qui permettraient au pays de développer ses propres solutions adaptées à son contexte géographique et économique.

Un secteur industriel sous-développé : la désindustrialisation du Cameroun

L’absence d’une souveraineté industrielle est un autre obstacle majeur à l’émancipation économique du Cameroun. L’industrie est un secteur clé pour la création de valeur ajoutée dans une économie, mais le pays reste largement dominé par les secteurs primaire et tertiaire, c’est-à-dire l’agriculture et les services, qui constituent encore la majorité du PIB. La part de l’industrie dans le PIB du Cameroun ne représente que 25,8% en 2021, bien loin des pays voisins comme le Nigéria, le Ghana, ou encore le Rwanda, où le secteur industriel représente un pourcentage bien plus élevé de l’économie.

Cette faible part de l’industrie dans l’économie nationale n’est pas le fruit du hasard, mais résulte d’une série de décisions politiques qui ont favorisé une économie de rente basée sur l’exportation de matières premières plutôt que sur la création d’industries à forte valeur ajoutée. La déréglementation des secteurs industriels et la mauvaise gestion des ressources naturelles ont conduit à une désindustrialisation progressive du pays. Les industries qui existent encore au Cameroun, comme l’industrie du ciment, du textile ou de l’alimentaire, sont largement dominées par des acteurs étrangers ou des multinationales, et leur production reste insuffisante pour couvrir les besoins internes ou pour générer une croissance industrielle soutenue.

Les infrastructures et la chaîne de production : un grand fossé

L’une des raisons majeures pour lesquelles le Cameroun reste dépendant des technologies étrangères et de l’importation d’industries clés réside dans ses infrastructures insuffisantes et obsolètes. Le pays souffre d’un manque cruel d’infrastructures modernes, notamment dans les domaines de l’industrie manufacturière, du transport, de la logistique et de l’énergie. Bien que des projets d’infrastructure aient été entrepris, leur mise en œuvre reste lente, inefficace et souvent marquée par une mauvaise gestion des fonds publics et des partenariats privés, ce qui limite leur impact réel sur le développement industriel.

Les chaînes de production sont entravées par une absence d’infrastructures de qualité dans les secteurs critiques. Par exemple, l’industrie locale du ciment a connu un fort essor en raison de la demande intérieure croissante, mais sa capacité de production est limitée par l’absence de chaînes de distribution et d’installations logistiques efficaces. Le manque de routes de qualité, d’installations portuaires modernes, de voies ferrées, et d’une énergie fiable augmente les coûts de production et empêche l’essor d’une véritable industrie locale compétitive. Ce manque d’infrastructures modernes empêche également le développement des entreprises locales dans d’autres secteurs comme la construction, les textiles, ou l’automobile.

Le fossé éducatif et l’absence de compétences locales

Une dimension essentielle de la souveraineté technologique et industrielle réside dans le développement des compétences locales. Le Cameroun, comme de nombreux autres pays africains, souffre d’une insuffisance dans la formation d’experts et de techniciens capables de mener des projets d’innovation et de développement industriel. Le système éducatif camerounais, bien qu’il forme un nombre important de jeunes diplômés chaque année, reste trop peu orienté vers les métiers techniques, scientifiques et industriels. Le pays manque cruellement de formations spécialisées qui permettent de développer une main-d’œuvre qualifiée capable de soutenir la révolution industrielle et technologique dont le pays a besoin.

Les investissements dans les sciences et les technologies restent faibles et souvent insuffisants. De nombreuses universités camerounaises, bien que nombreuses, ne disposent pas des infrastructures adéquates pour offrir des formations de qualité dans les disciplines techniques. Cela entraîne une pénurie d’ingénieurs, de chercheurs et de techniciens, et une dépendance accrue vis-à-vis des expatriés et des technologies importées.

Vers une souveraineté technologique et industrielle réelle : une réorientation urgente

La souveraineté technologique et industrielle ne peut être atteinte sans une volonté politique claire et des investissements soutenus dans la formation des ressources humaines, le financement des innovations locales, et la modernisation des infrastructures. Le Cameroun doit impérativement réorienter ses politiques industrielles vers une diversification économique et un soutien actif à l’innovation locale. L’industrie doit devenir un secteur stratégique, avec des politiques incitatives visant à soutenir l’émergence d’entreprises locales et la montée en compétence de la main-d’œuvre camerounaise. Cela inclut l’investissement dans les secteurs comme la construction, l’énergie, l’agriculture industrielle, les technologies de l’information et de la communication (TIC), et la recherche-développement.

Le pays doit également investir massivement dans ses infrastructures de transport, de logistique et d’énergie, en priorisant des projets nationaux qui permettent de réduire la dépendance vis-à-vis des investisseurs étrangers. Une politique d’innovation locale, accompagnée de mesures pour encourager l’entrepreneuriat dans les secteurs technologiques et industriels, est essentielle pour permettre au Cameroun de se libérer de sa dépendance vis-à-vis des multinationales et des technologies étrangères.

Ainsi, la souveraineté technologique et industrielle passe par un effort concerté pour rompre avec le modèle de consommation passive et s’engager résolument dans la voie de la production locale, de l’innovation et du développement d’une industrie qui réponde aux besoins du peuple camerounais. La véritable indépendance du Cameroun dépendra de sa capacité à développer un secteur industriel robuste et une base technologique locale, en s’appuyant sur ses ressources humaines et en s’adaptant aux réalités locales tout en intégrant les évolutions mondiales.

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère (SUITE 4)

CHAPITRE 5 : UN RETOUR FORCÉ EN ANGLETERRE: MALADIE ET EXIL MÉDICAL, SYMBOLE ULTIME DE L’EFFONDREMENT DU SYSTÈME

Radio du pied à l’hôpital ST Mary

L’adieu à ma mère aurait dû marquer un moment de recueillement et de résilience. Mais à peine les obsèques achevées, mon corps, épuisé par la douleur, le stress et les épreuves endurées, a cédé. Paludisme, anémie, fatigue extrême, blessures dues à mon accident de moto, entorse… Mon état de santé s’est rapidement détérioré, au point de ne plus pouvoir rester au Cameroun. Ironie cruelle du destin : alors que je venais d’enterrer celle qui m’a donné la vie, je me retrouvais moi-même en danger de mort dans mon propre pays.

Le Cameroun m’a forcé à l’exil, non pas pour des raisons politiques, mais pour un impératif vital : survivre. J’ai dû quitter précipitamment Yaoundé et embarquer pour Londres, où je suis aujourd’hui hospitalisé à St Mary’s Hospital, bénéficiant des soins d’un système médical digne de ce nom. Ce seul fait résume le drame absolu du Cameroun contemporain : un pays où même un universitaire, un intellectuel, un leader politique, ne peut espérer guérir sans fuir.

Mais cette opportunité d’accès aux soins à l’étranger, je ne la dois ni au gouvernement camerounais ni à un quelconque mérite national. Je la dois exclusivement à mon parcours académique, à mes études supérieures en Angleterre, à mon PhD en politique obtenu à l’Université de Southampton – l’une des meilleures universités du Royaume-Uni –, et à ma résidence permanente dans ce pays où vit une partie de ma famille. Si je n’avais pas eu ce privilège, que me serait-il arrivé ? Que se passe-t-il pour les millions de Camerounais qui, eux, n’ont pas d’issue de secours ?

Car la vérité est brutale : le système de santé camerounais est une condamnation à mort pour les pauvres et un simple désagrément pour les riches. Tandis que le peuple se débat dans des hôpitaux délabrés, manquant de médicaments, d’équipements et de personnel, les élites du régime, elles, prennent le premier vol pour Paris, Genève ou Bruxelles au moindre malaise. L’apartheid sanitaire est une réalité au Cameroun : il y a un système de santé pour les puissants, et un autre pour les damnés de la terre.

Ce chapitre est un acte d’accusation. Il démontrera, à travers mon expérience personnelle et des faits tangibles, l’ampleur du scandale du système de santé camerounais :

1. Un système de santé à l’agonie : un pays où tomber malade est une condamnation

– Comment l’hôpital public camerounais est devenu un mouroir pour la population

– Les chiffres alarmants de la mortalité et du sous-financement du secteur

– Le manque criant de personnel médical et la fuite massive des médecins à l’étranger

2. Le scandale des évacuations médicales : un apartheid sanitaire entretenu par les élites

– Pourquoi les dirigeants camerounais refusent-ils de se soigner dans leurs propres hôpitaux ?

– Des milliards de francs CFA engloutis chaque année dans les soins à l’étranger pour les ministres et leurs familles

– Comment cet apartheid médical institutionnalisé maintient le système dans son sous-développement chronique

3. Que serait-il arrivé si je n’avais pas eu accès aux soins à l’étranger ?

– Une analyse des conséquences d’une hospitalisation « classique » dans un hôpital camerounais

– Les statistiques implacables sur la mortalité due aux maladies évitables

– L’injustice fondamentale d’un système de santé qui condamne les pauvres et protège les nantis

À travers ce témoignage, je pose une question fondamentale : Pourquoi un pays qui produit d’excellents médecins et qui regorge de ressources naturelles ne peut-il pas garantir un accès aux soins de base à ses citoyens ? La réponse est simple : parce que nos dirigeants n’ont aucun intérêt à améliorer le système de santé tant qu’ils peuvent eux-mêmes se faire soigner ailleurs.

Le Cameroun est malade. Mais son cancer n’est pas le paludisme, ni la fatigue, ni les blessures mal soignées. Son cancer, c’est un régime qui a décidé que la santé du peuple ne valait rien. Ce chapitre est un cri d’alerte, une dénonciation frontale d’un État qui laisse mourir ses citoyens dans l’indifférence la plus totale, pendant que ses dirigeants s’offrent les meilleurs hôpitaux du monde.

Si je suis encore en vie, c’est parce que j’ai pu partir. Mais combien de Camerounais meurent chaque jour faute d’avoir eu, comme moi, une porte de sortie ?

I. Un système de santé à l’agonie : un pays où tomber malade est une condamnation

Au Cameroun, la maladie n’est pas simplement une épreuve physique ; elle se transforme souvent en une sentence fatale en raison de l’effondrement du système de santé. Les infrastructures médicales sont en ruine, les équipements obsolètes ou inexistants, et le personnel médical, bien que dévoué, est submergé et insuffisamment formé. Cette réalité tragique est accentuée par des statistiques alarmantes qui témoignent de l’ampleur du désastre sanitaire.

St Mary’s Hospital

Espérance de vie et mortalité infantile : des indicateurs au rouge

L’espérance de vie au Cameroun stagne à environ 51 ans, un chiffre qui reflète les conditions de vie précaires et l’accès limité aux soins de santé de qualité.  La mortalité infantile est tout aussi préoccupante, avec un taux de 122 décès pour 1 000 naissances vivantes, plaçant le pays parmi ceux où la survie des enfants est la moins assurée. 

Mortalité maternelle : un fléau persistant

Les femmes enceintes au Cameroun affrontent des risques considérables. Le taux de mortalité maternelle est estimé à 406 décès pour 100 000 naissances vivantes, un chiffre qui illustre les carences en matière de soins prénatals et obstétricaux.  Cette situation est exacerbée par des inégalités régionales flagrantes, certaines zones enregistrant des taux encore plus élevés.

Paludisme : une menace omniprésente

Le paludisme demeure l’une des principales causes de morbidité et de mortalité au Cameroun. Il représente environ 23,7 % de la charge morbide totale et 25 % des décès, affectant particulièrement les enfants de moins de cinq ans.  Malgré ces chiffres alarmants, les efforts de prévention et de traitement restent insuffisants, laissant une grande partie de la population vulnérable face à cette maladie dévastatrice.

Infrastructures et personnel médical : un déficit criant

Le pays compte environ 6 770 formations sanitaires, dont 3 351 publiques.  Cependant, cette offre est largement insuffisante pour une population de plus de 22 millions d’habitants. Les zones rurales sont particulièrement défavorisées, avec des centres de santé souvent éloignés, mal équipés et manquant de personnel qualifié. Cette situation conduit de nombreux Camerounais à parcourir de longues distances pour accéder à des soins de base, un parcours semé d’embûches qui décourage plus d’un.

Dépenses de santé : un fardeau pour les ménages

L’accès aux soins est également entravé par le coût prohibitif des services médicaux. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 97 % des dépenses de santé des ménages camerounais sont constituées de paiements directs au point de service, une réalité qui plonge de nombreuses familles dans la précarité lorsqu’une maladie survient.  Cette situation est d’autant plus scandaleuse que, parallèlement, les élites politiques et économiques du pays n’hésitent pas à se faire soigner à l’étranger aux frais de l’État, illustrant une inégalité criante dans l’accès aux soins.

Une urgence sanitaire nationale

Le système de santé camerounais est en état de délabrement avancé, transformant chaque maladie en une potentielle condamnation à mort pour les citoyens ordinaires. Les indicateurs de santé sont alarmants, les infrastructures insuffisantes et le personnel médical en sous-effectif chronique. Il est impératif que des réformes profondes et immédiates soient entreprises pour redresser ce secteur vital, garantir un accès équitable aux soins de santé et restaurer la confiance de la population dans son système de santé.

II. Le scandale des évacuations médicales : un apartheid sanitaire entretenu par les élites

Petit Déjeuner à St’s Mary Hospital

Au Cameroun, le système de santé est en proie à une crise profonde, caractérisée par des infrastructures délabrées, un personnel médical insuffisant et des équipements obsolètes. Dans ce contexte, les évacuations sanitaires à l’étranger sont devenues une pratique courante pour les élites politiques et économiques, créant ainsi une fracture sanitaire béante entre les privilégiés et le reste de la population.

Une pratique coûteuse et inéquitable

Les évacuations sanitaires consistent à transférer des patients vers des établissements de santé étrangers pour des soins non disponibles ou inaccessibles localement. Si, en théorie, cette option devrait être exceptionnelle, elle est devenue la norme pour les dirigeants camerounais. En 2008, le ministère de la Santé publique recensait une soixantaine d’évacuations pour un coût avoisinant 600 millions de FCFA  . Bien que les données récentes soient rares, les estimations suggèrent que ces chiffres ont considérablement augmenté, atteignant des montants faramineux.

Cette pratique soulève des questions éthiques majeures. Alors que les élites bénéficient de soins de qualité à l’étranger aux frais de l’État, la majorité des Camerounais sont contraints de se contenter d’un système de santé national défaillant. Cette situation crée une véritable ségrégation sanitaire, où l’accès aux soins dépend du statut social et des connexions politiques.

Un système de santé national en déliquescence

Le recours systématique aux évacuations médicales par les élites est symptomatique de la dégradation du système de santé camerounais. Les hôpitaux publics souffrent d’un manque chronique de financement, de personnel qualifié et d’équipements adéquats. Les patients doivent souvent fournir eux-mêmes le matériel médical de base, et les ruptures de stock de médicaments essentiels sont fréquentes. Cette réalité contraste fortement avec les sommes colossales dépensées pour les évacuations sanitaires des privilégiés.

Des coûts exorbitants pour des résultats discutables

Les évacuations sanitaires représentent une charge financière considérable pour l’État camerounais. En 2014, le Cameroun a fait interner 213 patients dans les hôpitaux français, principalement dans le cadre d’évacuations sanitaires  . Le coût d’une évacuation sanitaire par Europ Assistance est estimé entre 20 et 40 millions de FCFA par patient, sans compter les frais annexes tels que le transport, l’hébergement et les soins post-hospitalisation. Ces dépenses exorbitantes profitent à une infime minorité, tandis que l’investissement dans les infrastructures de santé locales demeure insuffisant.

Un détournement des ressources publiques

Le financement des évacuations sanitaires est souvent opaque, et les fonds publics alloués à ces opérations échappent à tout contrôle citoyen. Cette opacité favorise les abus et les détournements de fonds, au détriment du développement d’un système de santé performant pour l’ensemble de la population. Les ressources consacrées aux évacuations pourraient être réinvesties dans la modernisation des infrastructures sanitaires nationales, la formation du personnel médical et l’approvisionnement en équipements et médicaments de qualité.

Vers une réforme nécessaire et urgente

Pour mettre fin à cette injustice sanitaire, il est impératif de réformer en profondeur le système de santé camerounais. Cela passe par une allocation budgétaire accrue en faveur de la santé publique, une gestion transparente et efficace des ressources, et une volonté politique de réduire les inégalités d’accès aux soins. Les évacuations sanitaires devraient redevenir des exceptions, réservées aux cas réellement intraitables localement, et non un privilège pour une élite déconnectée des réalités de la majorité.

Le scandale des évacuations médicales au Cameroun illustre un apartheid sanitaire institutionnalisé, où les élites se soignent à l’étranger aux frais de l’État, tandis que la population est abandonnée à un système de santé moribond. Il est urgent de repenser les priorités sanitaires du pays pour garantir un accès équitable aux soins pour tous les Camerounais.

III. Que serait-il arrivé si je n’avais pas eu accès aux soins à l’étranger ?

Si aujourd’hui je peux encore écrire ces lignes, c’est parce que j’ai eu la chance – ou plutôt le privilège – d’avoir eu accès à des soins médicaux de qualité en Angleterre. Mais ce privilège ne m’a pas été offert par le Cameroun, mon pays d’origine. Je le dois uniquement à mon parcours académique, à mes études supérieures en Angleterre et à ma résidence permanente dans ce pays, où une partie de ma famille vit. Si je n’avais pas eu cette opportunité, si je faisais partie des millions de Camerounais condamnés à se soigner sur place, mon sort aurait été tout autre.

Un destin bien différent dans un hôpital camerounais : la roulette russe sanitaire

Que se serait-il passé si j’avais dû me soigner dans un hôpital public camerounais ? Le scénario est glaçant : une attente interminable dans un couloir bondé, faute de lits disponibles. Une prise en charge retardée, car il aurait fallu que j’achète moi-même les médicaments et même le matériel médical de base. Des soins bâclés par un personnel soignant surmené et démoralisé, travaillant dans des conditions indignes.

Avec une fatigue extrême, une anémie avancée, une entorse sévère et des blessures consécutives à mon accident, sans parler du paludisme et de la fièvre violente qui m’épuisaient déjà, il est presque certain que mon état aurait empiré rapidement. L’absence d’équipements modernes, l’indisponibilité des médicaments et le manque de réactivité des structures hospitalières camerounaises auraient transformé mon hospitalisation en une véritable descente aux enfers.

Les chiffres de l’échec : un système de santé qui tue

Les statistiques sont implacables. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Cameroun affiche l’un des taux de mortalité hospitalière les plus élevés d’Afrique. En 2021, le taux de mortalité infantile y était de 52 décès pour 1 000 naissances, contre 4 décès pour 1 000 naissances au Royaume-Uni. La mortalité maternelle y est également alarmante, avec 529 décès pour 100 000 naissances, contre 7 décès pour 100 000 en Angleterre (source : OMS, 2023). Ces chiffres traduisent un système de santé où chaque hospitalisation devient un pari avec la mort.

Le paludisme, qui était l’une des principales causes de ma maladie, reste la première cause de mortalité au Cameroun. En 2022, plus de 3 500 personnes en sont mortes, et la maladie continue de ravager les populations les plus vulnérables, faute de prévention et de traitements adéquats (source : Ministère de la Santé du Cameroun, 2023).

Si l’on ajoute à cela les pénuries de sang dans les banques de transfusion, l’absence de soins spécialisés en traumatologie et la vétusté des équipements médicaux, il est évident qu’en restant au Cameroun, mon pronostic vital aurait été engagé.

Le cauchemar des hôpitaux camerounais : quand se soigner est un luxe

Le budget de la santé publique au Cameroun est dérisoire : seulement 5,1 % du budget national y est alloué en 2023, bien en deçà des 15 % recommandés par l’OMS. Cette négligence budgétaire se traduit par des hôpitaux sous-équipés, des médecins en sous-effectif et des patients abandonnés à leur sort.

Les hôpitaux publics sont devenus des mouroirs. Dans les urgences, les malades sont souvent laissés sur le sol, faute de lits disponibles. Dans certains cas, les cadavres restent plusieurs heures dans les salles faute de morgue fonctionnelle. Les médecins eux-mêmes, mal payés et désabusés, fuient le pays. Environ 40 % des médecins formés au Cameroun exercent aujourd’hui à l’étranger (source : Conseil Médical du Cameroun, 2023).

Et si j’avais été un Camerounais « ordinaire » ?

Si je n’avais pas eu le privilège de pouvoir me faire soigner en Angleterre, je serais aujourd’hui un simple numéro dans les statistiques morbides du Cameroun. Je serais peut-être mort d’un accès de paludisme mal traité. Peut-être que l’infection causée par mes blessures se serait aggravée en septicémie, faute d’antibiotiques adaptés. Peut-être que l’anémie aurait eu raison de mon corps affaibli, faute de transfusion sanguine rapide.

Combien de Camerounais meurent chaque jour dans l’indifférence générale faute d’accès aux soins ? Combien de familles doivent assister, impuissantes, à l’agonie de leurs proches, simplement parce qu’ils n’ont pas les moyens de se faire évacuer à l’étranger comme le font les ministres et les hauts fonctionnaires ?

Ce n’est pas une fatalité. C’est une injustice. C’est la conséquence directe d’un système de santé sacrifié sur l’autel du clientélisme et de l’incompétence.

Quand l’injustice sanitaire devient une condamnation sociale

Le scandale des évacuations sanitaires des élites est un apartheid médical institutionnalisé. D’un côté, une minorité qui voyage en avion privé vers les hôpitaux de Paris, Genève ou Londres, aux frais du contribuable. De l’autre, une population abandonnée à un système hospitalier sinistré, où l’espérance de vie est inférieure à 60 ans.

Moi, j’ai eu la chance de partir. Mais cette chance, combien l’ont ? Combien de Camerounais meurent simplement parce qu’ils sont nés du mauvais côté de la barrière sociale ?

Se pose alors la question fondamentale : pourquoi, en 2025, un citoyen camerounais doit-il fuir son propre pays pour espérer survivre ? Pourquoi le Cameroun, qui a vu naître de brillants médecins et chercheurs, est-il incapable de garantir des soins de base à sa population ?

La réponse est simple : parce que nos dirigeants ont décidé que la santé du peuple ne les concernait pas. Parce qu’ils se soignent ailleurs, ils ne ressentent pas l’urgence de moderniser nos hôpitaux. Ils n’investissent pas dans la santé publique, car ils savent qu’en cas de problème, ils prendront le premier avion pour la France ou la Suisse.

Le réveil est nécessaire

Si mon hospitalisation en Angleterre m’a permis de survivre, elle m’a aussi ouvert les yeux sur l’ampleur du drame qui se joue au Cameroun. Ce n’est pas un simple dysfonctionnement, c’est un crime. C’est un abandon collectif.

Il est temps que les Camerounais réalisent que la santé n’est pas un privilège réservé à une élite. C’est un droit fondamental. Il est temps que les milliards dépensés pour les évacuations médicales des ministres soient réinvestis dans la construction d’hôpitaux modernes. Il est temps de demander des comptes à ceux qui, depuis des décennies, sacrifient la vie de millions de citoyens pour leur propre confort.

Aujourd’hui, je suis vivant. Mais demain, combien d’autres mourront faute d’avoir eu, comme moi, une porte de sortie ? Combien de familles perdront un père, une mère, un enfant, simplement parce qu’ils sont Camerounais et non ministres ?

Cette injustice ne peut plus durer. L’histoire jugera ceux qui, par leur incompétence et leur cynisme, ont transformé un pays en un cimetière à ciel ouvert.

Conclusion: Quand tomber malade devient un crime de pauvreté

Mon exil médical en Angleterre n’était pas un choix, mais une nécessité. Mon corps, épuisé par des semaines d’intenses épreuves, n’a pas résisté. Malaria, anémie, blessures, fatigue extrême… des maladies qui, ailleurs, auraient été prises en charge rapidement, mais qui, au Cameroun, peuvent signifier une condamnation à mort. J’ai eu la chance de partir, de bénéficier d’un système de santé digne de ce nom, mais cette opportunité est un luxe inaccessible pour des millions de mes compatriotes.

Ce chapitre a démontré, à travers mon propre vécu, l’effondrement du système de santé camerounais, devenu un champ de ruines où la maladie est une loterie fatale pour les pauvres et un désagrément temporaire pour les élites. Le drame du Cameroun n’est pas un manque de ressources, mais un manque de volonté politique. Un pays qui produit des médecins d’exception, qui regorge de ressources naturelles et dont les élites dépensent des fortunes pour se soigner à l’étranger ne peut pas prétendre manquer des moyens pour offrir des soins de qualité à son peuple.

Mais pourquoi améliorer un système de santé quand ceux qui dirigent ne comptent jamais l’utiliser ?

Telle est la question fondamentale que pose le scandale des évacuations médicales. Pourquoi construire des hôpitaux performants au Cameroun quand un billet d’avion pour Paris, Genève ou Bruxelles suffit à garantir les meilleurs soins aux dirigeants ? Tant que cette inégalité flagrante existera, le Cameroun ne pourra jamais évoluer.

Le système de santé est à l’image du régime : un cercle vicieux d’incompétence, de cynisme et d’abandon. La maladie, au Cameroun, est devenue une question de classe sociale, une tragédie évitable que le gouvernement refuse de résoudre. Pendant que le peuple meurt dans l’indifférence, les dignitaires du régime dépensent chaque année des milliards de francs CFA en soins à l’étranger, au mépris des citoyens qui les ont élus.

Mon cas personnel illustre une vérité brutale : au Cameroun, seule l’élite au pouvoir a le droit de survivre. Moi, j’ai pu partir. Mais combien de Camerounais meurent chaque jour faute de médicaments, d’équipements, ou simplement d’un médecin disponible ? Combien de mères voient leurs enfants leur être arrachés parce qu’une perfusion, une simple poche de sang ou un respirateur n’étaient pas disponibles ? Combien de destins brisés par un système qui considère la vie humaine comme une variable négligeable ?

L’effondrement du système de santé camerounais n’est pas une fatalité. C’est une décision politique. Tant que le pays sera gouverné par une élite qui ne croit pas en ses propres infrastructures, qui méprise son peuple et qui refuse de bâtir un État digne de ce nom, la maladie continuera d’être une condamnation pour les plus vulnérables. L’histoire jugera ces criminels qui, au lieu de servir le peuple, l’ont condamné à mourir dans la souffrance et l’indifférence.

Si je suis encore en vie aujourd’hui, c’est parce que j’ai pu fuir. Mais qu’adviendra-t-il de ceux qui n’ont pas d’issue de secours ?

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère ( Racontée en 5 parties)

PARTIE I : Introduction et Chapitre 1

À gauche, mon arrivée au Cameroun, à droite, mon départ du Cameroun

INTRODUCTION: Un voyage de deuil, un retour à l’enfer

Dans le cadre de mes publications académiques, j’ai souvent l’opportunité de voyager, de parcourir le monde pour confronter mes idées avec d’autres chercheurs, pour débattre de la gouvernance, du développement et des systèmes politiques. Mais aucun voyage ne m’a autant marqué que mon retour au Cameroun pour les obsèques de ma mère.

Parti au pays avec deux pieds, j’en suis reparti avec trois, une béquille sous le bras et le poids du désespoir dans le cœur. Ce n’était pas qu’un deuil personnel que je vivais, mais le deuil d’un pays en perdition, d’un État en lambeaux, d’une société où la souffrance est devenue une norme et où l’injustice est érigée en système.

Ce récit n’est pas seulement le témoignage d’un seul individu que je suis, il s’agit d’une réalité partagée par des millions de Camerounais qui, qu’ils soient sur place ou à l’étranger, sont piégés dans un pays où tout est conçu pour briser les âmes, humilier les citoyens et les priver de leur dignité. Ce que j’ai vécu en quelques semaines est le quotidien de ceux qui y survivent chaque jour : des infrastructures abandonnées, un État absent, une administration corrompue, un système de santé en ruine et une société profondément divisée par la politique du régime en place.

À travers cinq étapes marquantes – de la destruction d’un pont à Ngompem et du mépris des autorités, à ma tentative désespérée de reconstruire ce que l’État refusait de réparer ( à mes propres frais = 3 500 000 FCFA) , en passant par un accident sur des routes délabrées, l’isolement social dû à mon engagement politique et un exil médical forcé – je raconte ici le calvaire d’un peuple pris au piège d’un régime qui ne lui offre qu’une alternative : la soumission ou la mort.

Le Cameroun de Paul Biya est devenu un enfer à ciel ouvert où la misère est institutionnalisée, où la jeunesse est abandonnée, où les élites gouvernantes ne se préoccupent que de leur propre survie. Ce texte n’est pas un simple témoignage, c’est un cri d’alarme, une radiographie d’un pays en état de décomposition avancée. Il met en évidence les maux profonds qui gangrènent notre société et appelle à une prise de conscience collective, car il ne s’agit pas que du sort d’un individu, mais bien de l’avenir de tout un peuple.

CHAPITRE 1 . L’indifférence criminelle de l’État : 31 Décembre 2025 à Pouma, le combat pour un pont et la dignité des citoyens

Lorsque je suis retourné au Cameroun après quelques jours Angleterre après un séminaire, pour les obsèques de ma mère, je ne m’attendais pas à être confronté à l’une des formes les plus manifestes du mépris de l’État pour ses citoyens : la privation du droit fondamental à la mobilité. À Ngompem, dans l’arrondissement de Pouma, un pont essentiel reliant le même village avait été détruit depuis plus de trois ans par une entreprise privée opérant sous le regard passif des autorités locales.

Ce pont, loin d’être un simple ouvrage d’ingénierie, représentait un lien vital pour les populations locales, leur permettant d’accéder aux marchés, aux écoles, aux hôpitaux et aux services administratifs. Sans lui, ces citoyens étaient réduits à l’isolement, coupés du reste du pays comme des prisonniers enfermés dans un ghetto à ciel ouvert.

Au conseil municipal

Le 31 décembre 2024, je me suis rendu au conseil municipal de Pouma pour exiger des explications. Face à moi, le représentant du Préfet de la SANAGA MARITIME, le maire adjoint de Pouma, le sous-préfet, les membres du conseil municipal, tous figures d’une administration qui prétend gouverner mais qui, en réalité, abandonne ses citoyens à leur sort. Ils ne voulaient pas me donner la parole, comme si évoquer le sort de ces populations invisibilisées était une offense. Ils ne voulaient pas entendre que depuis trois à quatre ans, des Camerounais étaient privés de leur droit le plus élémentaire : celui de se mouvoir. Leur attitude était symptomatique d’un régime qui a fait de la surdité institutionnelle un mode de gouvernance.

L’infrastructure : un luxe réservé aux grandes villes et aux élites

Pont détruit de NKANGLA

Le cas du pont de Ngompem n’est pas un incident isolé. Il est le reflet d’un problème systémique au Cameroun : la négligence des infrastructures, en particulier celles situées en dehors des centres urbains stratégiques. Selon un rapport de la Banque Mondiale (2022), plus de 60% des routes au Cameroun sont en mauvais état, et près de 45% des localités rurales sont difficilement accessibles pendant la saison des pluies. Pourtant, la Constitution camerounaise et plusieurs engagements internationaux signés par l’État garantissent le droit à la libre circulation comme un principe fondamental.

Alors que les membres du gouvernement voyagent en jets privés et que les hauts fonctionnaires circulent dans des véhicules de luxe achetés avec l’argent du contribuable, des millions de Camerounais risquent leur vie chaque jour sur des routes défoncées, des ponts effondrés, des pistes impraticables. L’injustice saute aux yeux : l’argent qui aurait pu être investi pour améliorer les infrastructures publiques est détourné pour enrichir une élite restreinte qui ne se sent redevable à personne.

Le mépris des autorités : une politique de l’inaction

Lors de cette réunion du conseil municipal, j’ai vu de mes propres yeux à quel point les dirigeants locaux ne se sentaient ni responsables ni concernés par les souffrances des populations qu’ils sont censés administrer. Non seulement ils ont refusé de me donner la parole, mais ils ont également cherché à minimiser le problème, comme si trois ans d’isolement forcé n’étaient qu’un désagrément mineur.

Ce mépris pour les doléances des citoyens est un des traits caractéristiques du régime Biya. D’après le classement 2023 de l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine, le Cameroun se classe 35e sur 54 pays africains en matière de participation et de droits humains, ce qui reflète le manque de considération des autorités pour les préoccupations des populations. L’administration camerounaise fonctionne comme une forteresse bureaucratique coupée du monde réel, où les décisions sont prises sans consultation, où l’inaction est la règle et où toute voix dissidente est réduite au silence.

L’absence de responsabilité : une impunité institutionnalisée

Le scandale du pont de Ngompem n’est qu’un exemple parmi tant d’autres où l’administration refuse de rendre des comptes. Qui est responsable de sa destruction ? Pourquoi aucune entreprise n’a été tenue de le reconstruire ? Où sont passés les fonds censés être alloués à l’entretien des infrastructures ? Ces questions restent sans réponse, car dans un pays où la corruption siphonne près de 30% du budget de l’État chaque année (Transparency International, 2023), les dirigeants ne se sentent pas obligés de justifier leur incompétence.

En réalité, la destruction du pont est le résultat d’un système où les entreprises privées, souvent liées à des membres influents du régime, peuvent détruire des infrastructures publiques en toute impunité, sans jamais être inquiétées. L’administration locale, au lieu de défendre les intérêts des populations, se contente d’observer passivement, ou pire, de tirer profit de ces situations.

Une administration qui nie l’humanité de son peuple

Ce qui m’a le plus marqué lors de cette confrontation avec le conseil municipal de Pouma, ce n’est pas seulement leur refus de m’écouter, mais l’indifférence avec laquelle ils ont balayé les souffrances de milliers de personnes. Cette attitude traduit une vérité plus profonde : dans le Cameroun de Paul Biya, l’État ne considère pas ses citoyens comme des êtres humains dignes de respect, mais comme des sujets dont on peut ignorer les droits et la dignité.

Il ne s’agit pas seulement d’un pont détruit. Il s’agit d’une politique d’abandon délibéré, d’une stratégie où l’État punit les populations rurales en les privant des services les plus élémentaires. Il s’agit d’une mentalité où la classe dirigeante vit dans une bulle de privilèges pendant que le reste du pays s’enfonce dans la misère et l’oubli.

Ce jour-là, en quittant la salle du conseil municipal sans avoir été écouté, j’ai compris une chose essentielle : dans ce pays, il ne suffit pas de dénoncer, il faut agir, car l’État ne viendra jamais au secours de son peuple. Et c’est ainsi que j’ai pris la décision qui allait marquer la deuxième étape de mon séjour : reconstruire moi-même ce que le gouvernement avait laissé s’effondrer.

CHAPITRE 2. Construire avec le peuple ce que l’État a détruit : un acte de résistance face à l’abandon

LA DECLARATION DU SG ADJOINT DU RDPC A PROPOS DE LA VIOLENCE ENVERS LES ÉVÊQUES RAPPELLE LES ASSASSINATS DES MGR YVES PLUMEY, JEAN-MARIE BENOÎT BALLA et de l’ABBE JOSEPH MBASSI: Quand la Parole des Évêques Dévoile les Ombres du Pouvoir — Entre Métaphore Spirituelle et Menace Réelle. LE MLDC APPELLE À LA VIGILANCE CITOYENNE

Introduction : La voix des Évêques face au silence des injustices

Dans l’histoire des sociétés en crise, les institutions religieuses ont souvent joué un rôle déterminant en s’érigeant en contre-pouvoir moral. Au Cameroun, cette dynamique est particulièrement sensible. Alors que le pays se prépare à une élection présidentielle décisive en 2025, les récentes prises de position publiques de certaines figures ecclésiastiques marquent un tournant. En évoquant métaphoriquement la « prise de pouvoir par le diable », Mgr Yaouda Hourgo a dénoncé, avec force, une situation jugée insoutenable. Cette déclaration, bien que symbolique, a suscité une réponse ambiguë du Secrétaire Général adjoint du RDPC, membre du Comté Central, qui, sous une apparente invitation au calme, a ravivé des souvenirs douloureux d’assassinats non élucidés de membres du clergé.

Comme le souligne Stephen Ellis dans Worlds of Power: Religious Thought and Political Practice in Africa (2004), les institutions religieuses en Afrique subsaharienne ne sont pas seulement des acteurs spirituels : elles jouent également un rôle social et politique crucial, surtout dans des contextes où les régimes en place peinent à répondre aux attentes populaires. Cette introduction pose les bases d’un débat fondamental : la critique religieuse peut-elle encore s’exprimer sans craindre des représailles dans un État en quête de légitimité démocratique ?

1. Mgr Yaouda Hourgo : une métaphore forte, une douleur partagée

Mgr Yaouda Hourgo

La déclaration de Mgr Yaouda Hourgo — « Même le diable qu’il prenne d’abord le pouvoir au Cameroun » — traduit une exaspération légitime face à des décennies de stagnation politique, de corruption systémique et de souffrance populaire. Dans le contexte théologique, le diable symbolise le mal absolu, mais il peut également représenter l’oppression, la mauvaise gouvernance et l’injustice sociale. Cette métaphore, utilisée pour frapper les esprits, relève d’une tradition rhétorique ancienne où les figures spirituelles emploient des images fortes pour interpeller les consciences.

Des figures telles que Desmond Tutu en Afrique du Sud ou Laurent Monsengwo en RDC ont régulièrement employé des métaphores similaires pour dénoncer les régimes autoritaires de leur époque. En Afrique du Sud, l’archevêque Tutu qualifiait le régime de l’apartheid de « démon maléfique », une manière puissante de souligner la gravité de l’oppression sans inciter à la violence. De même, au Cameroun, la déclaration de Mgr Hourgo ne constitue pas un appel à l’insurrection mais une invitation à une prise de conscience collective.

En littérature politique, Jean-François Bayart, dans L’État en Afrique : la politique du ventre (1989), explique que les élites africaines, par leur gestion patrimoniale de l’État, créent une frustration sociale profonde, ce qui alimente les critiques des institutions religieuses. Mgr Hourgo ne fait que traduire cette réalité dans un langage accessible au peuple, en jouant sur une symbolique connue de tous.

2. La réponse ambiguë du SG adjoint du RDPC : une menace voilée et dangereuse

SG Adjoint du RDPC, Grégoire Owona

La déclaration du secrétaire général adjoint du RDPC semble, en surface, prôner l’apaisement : « Ne soyons pas violents envers les évêques même quand ils font l’apologie du diable car le Président Biya est contre la violence sous toutes ses formes ». Cependant, une analyse plus poussée révèle une ambiguïté lourde de sens. En évoquant la violence dans un contexte où elle n’a jamais été suggérée par l’évêque, il fait planer une menace implicite, rappelant de sombres épisodes de l’histoire camerounaise.

Le Cameroun a en effet connu plusieurs assassinats de figures ecclésiastiques critiques du pouvoir, restés à ce jour non élucidés :

L’abbé Joseph Mbassi, journaliste et prêtre catholique, fut retrouvé mort en 1988 après avoir dénoncé des réseaux de corruption liés à des élites politiques.

L’abbé Joseph MBASSI

Mgr Yves Plumey, archevêque émérite de Garoua, fut assassiné en 1991, un crime dont les circonstances demeurent floues.

Mgr Yves PLUMEY

Mgr Jean-Marie Benoît Balla, archevêque de Bafia, fut retrouvé mort dans le fleuve Sanaga en 2017, dans ce qui a été officiellement qualifié de suicide, mais qui reste largement contesté par la communauté religieuse et civile.

Mgr Jean-Marie Benoît Balla

Ces assassinats, qui n’ont jamais été élucidés, entretiennent un climat de peur et de méfiance entre le pouvoir et l’Église. Comme le décrit Achille Mbembe dans Critique de la raison nègre (2013), les régimes autoritaires utilisent souvent la violence symbolique et réelle pour maintenir leur emprise sur les populations et dissuader toute forme de contestation. La déclaration du SG adjoint du RDPC, en ravivant le spectre de ces assassinats, s’inscrit dans cette logique de dissuasion subtile.

3. L’Église : une conscience morale dans une nation en crise

L’histoire politique du Cameroun ne peut être écrite sans mentionner le rôle central de l’Église comme contre-pouvoir. Depuis les années post-indépendance, l’Église catholique s’est régulièrement opposée aux dérives autoritaires des différents régimes, devenant ainsi une voix morale respectée. Comme le rappelle Adrian Hastings dans The Church in Africa: 1450-1950 (1994), l’Église, par sa structure et son influence, a souvent été la seule institution capable de mobiliser les masses et de défendre les droits fondamentaux dans des contextes d’injustice généralisée.

Le cas du Cameroun n’est pas isolé. En République démocratique du Congo, l’Église catholique a joué un rôle clé dans la dénonciation du régime de Mobutu et, plus récemment, dans la pression exercée pour des élections transparentes. En Afrique de l’Ouest, le rôle de l’Église dans les transitions démocratiques, notamment au Sénégal et au Bénin, a été largement documenté. Ce rôle de veilleur moral expose inévitablement les figures religieuses à des représailles, comme l’illustre tragiquement l’histoire récente du Cameroun.

4. LE MLDC APPELLE À LA VIGILANCE CITOYENNE : ne laissons pas l’intimidation triompher

Face à ce contexte tendu, il devient crucial que la société civile camerounaise s’organise et se mobilise pour protéger les libertés fondamentales. L’élection présidentielle de 2025 représente un tournant décisif dans l’histoire politique du pays. Si les voix critiques, y compris celles issues du clergé, sont muselées, le processus électoral perdra toute crédibilité.

L’appel du SG adjoint du RDPC à « débattre sans se battre » ne doit pas devenir un slogan creux masquant une répression larvée. Comme l’écrivait John Locke dans Two Treatises of Government (1690), « la liberté d’expression est la pierre angulaire de toute société libre ». Si cette liberté est menacée, c’est l’avenir même du Cameroun qui est en péril.

Le peuple camerounais ne doit pas céder à la peur. Il doit se lever, pacifiquement mais fermement, pour défendre ses droits et exiger des élections transparentes et inclusives. L’histoire récente montre que les régimes autoritaires finissent par s’effondrer face à une mobilisation populaire déterminée et organisée.

Conclusion : Pour un Cameroun debout, libre et juste

La confrontation entre l’Église et l’État, à travers les déclarations de Mgr Yaouda Hourgo et du SG adjoint du RDPC, illustre les tensions profondes qui agitent le Cameroun à l’aube des élections de 2025. Ce débat, au-delà des mots, pose une question cruciale : le Cameroun est-il prêt à garantir un processus électoral véritablement démocratique ?

Les Camerounais, qu’ils soient croyants ou non, doivent se souvenir que l’histoire appartient à ceux qui osent se battre pour la vérité et la justice. La parole est un pouvoir. Ne la laissons pas être muselée. Pour un Cameroun libre, debout et juste, il est temps d’agir.

Bibliographie

1. Bayart, Jean-François. L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard, 1989.

Cet ouvrage essentiel explore les dynamiques politiques en Afrique subsaharienne et les relations entre l’État et les institutions religieuses.

2. Laburthe-Tolra, Philippe. Politique et religion en Afrique : Les Églises face aux pouvoirs. Paris : Karthala, 1996.

Une analyse approfondie des rapports entre les institutions religieuses et les pouvoirs politiques en Afrique francophone.

3. Bourdieu, Pierre. La domination masculine. Paris : Seuil, 1998.

Bien que consacré aux rapports de genre, cet ouvrage développe des concepts clés de la violence symbolique applicables au discours politique et religieux.

4. Bourdieu, Pierre. Langage et pouvoir symbolique. Paris : Seuil, 2001.

Ce livre décrit comment le langage peut être utilisé comme un instrument de pouvoir et de domination.

5. Tutu, Desmond. No Future Without Forgiveness. New York : Doubleday, 1999.

Desmond Tutu y décrit le rôle de l’Église dans le processus de transition démocratique en Afrique du Sud, soulignant l’importance du discours symbolique dans la lutte contre l’oppression.

6. Locke, John. Two Treatises of Government. Londres : Awnsham Churchill, 1690.

Ce texte fondamental sur la philosophie politique explore la liberté d’expression et le rôle de la critique dans la construction d’une société démocratique.

7. Ellis, Stephen, et Ter Haar, Gerrie. Worlds of Power: Religious Thought and Political Practice in Africa. New York : Oxford University Press, 2004.

Cet ouvrage montre comment les idées religieuses influencent les pratiques politiques en Afrique.

8. Mbembe, Achille. Critique de la raison nègre. Paris : La Découverte, 2013.

Un ouvrage majeur sur les formes contemporaines de domination en Afrique, incluant des réflexions sur la religion et la politique.

9. Hastings, Adrian. The Church in Africa: 1450-1950. Oxford : Clarendon Press, 1994.

Un classique sur l’histoire de l’Église en Afrique, utile pour comprendre son rôle de contre-pouvoir à travers les époques.

10. Gifford, Paul. Christianity and Politics in Doe’s Liberia. Cambridge : Cambridge University Press, 1993.

VOTER PAUL BIYA EN 2025 C’EST VOTER L’ECHEC. ANALYSE DU DISCOURS DE PAUL BIYA DU 31 DÉCEMBRE 2024 : 42 ANS DE PROMESSES, 42 ANS de CONTRE-VÉRITÉS, 42 ANS D’ÉCHECS… DE L’ÉMERGENCE FANTÔME À LA DUPERIE NATIONALE. Une analyse académique…

Introduction : Un discours en trompe-l’œil pour masquer l’échec total

Le 31 décembre 2024, Paul Biya, fidèle à une tradition vieille de plusieurs décennies, s’est adressé aux Camerounais avec un discours empreint de promesses, de chiffres flatteurs et d’un ton résolument optimiste. Pourtant, derrière cette rhétorique bien rodée, se cache une réalité incontestable : celle d’un pays en proie à une crise multiforme et à un recul socio-économique constant. Depuis son accession au pouvoir en 1982, Paul Biya a multiplié les discours exaltant des avancées imaginaires, alors que la situation sur le terrain se détériore inexorablement. Les problèmes liés à la sécurité, à l’économie, aux infrastructures sociales et à l’industrialisation sont autant de preuves d’un échec total que ce discours tente de dissimuler.

Ce discours s’inscrit dans une stratégie récurrente du régime : afficher une image de progrès et de stabilité pour légitimer un pouvoir en déclin, tout en éludant les véritables causes des maux dont souffre le Cameroun. Les taux de croissance vantés, les projets d’infrastructures annoncés et les efforts sécuritaires supposés concluants ne résistent pas à une analyse objective des faits. Derrière les chiffres officiels se cachent des réalités plus sombres : un chômage endémique, une dépendance économique accrue, une désindustrialisation rampante et une insécurité persistante dans plusieurs régions du pays.

Le contraste entre le discours et la réalité est frappant, notamment sur des aspects cruciaux tels que :

• L’économie, où une croissance purement quantitative masque une pauvreté généralisée et une absence de véritable transformation structurelle.

• La sécurité, où les conflits dans les régions anglophones et les attaques de Boko Haram continuent de semer la terreur, malgré les déclarations sur un retour à la paix.

• Les infrastructures sociales, où la majorité des Camerounais peinent à accéder à des services de base de qualité, malgré des décennies de promesses gouvernementales.

• L’industrie, où le Cameroun, autrefois leader industriel en Afrique centrale, a vu disparaître la plupart de ses fleurons industriels sous le règne de Paul Biya, laissant place à une économie largement dépendante des importations.

Cette introduction met en lumière l’écart abyssal entre les déclarations officielles et la réalité vécue par les Camerounais. Si le régime de Paul Biya s’emploie à maquiller la réalité par des discours soigneusement élaborés, les faits montrent que le Cameroun est confronté à une gestion défaillante de ses ressources, une gouvernance minée par la corruption et un manque cruel de vision stratégique pour sortir le pays de la stagnation.

Dans cette analyse, il s’agira de déconstruire le discours de fin d’année 2024 en mettant en évidence ses contradictions, ses failles et ses omissions volontaires. À travers une étude critique des principaux thèmes abordés, économie, sécurité, infrastructures sociales et industrialisation, nous démontrerons que ce discours, loin de refléter une réalité tangible, n’est qu’une opération de communication destinée à maintenir un pouvoir vieillissant et à masquer les véritables échecs d’un régime à bout de souffle. Le Cameroun, après 42 ans de promesses non tenues, mérite une gouvernance nouvelle, tournée vers le développement inclusif et la justice sociale.

I. Des chiffres de croissance économique trompeurs : le vrai visage de l’économie camerounaise

Dans son discours de fin d’année 2024, Paul Biya s’est félicité d’une croissance économique de 3,8 % en 2024 et a annoncé une projection de 4,1 % pour 2025. Ce chiffre, bien qu’attrayant sur le papier, est loin de refléter la réalité économique vécue par la majorité des Camerounais. En effet, cette croissance, essentiellement quantitative, masque de profondes inégalités, une pauvreté persistante et une absence de véritable transformation structurelle de l’économie.

1. Une croissance sans impact sur le quotidien des Camerounais

Bien que le Cameroun affiche régulièrement des taux de croissance positifs, cette croissance ne se traduit pas par une amélioration significative des conditions de vie de la population :

Taux de pauvreté élevé : Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), plus de 37 % de la population camerounaise vit en dessous du seuil de pauvreté, malgré la croissance affichée. Cette pauvreté est particulièrement marquée dans les zones rurales, où l’accès aux services de base (éducation, santé, eau potable) reste limité.

Inégalités sociales accrues : Le Cameroun présente un indice de Gini (mesure des inégalités) supérieur à 0,43, indiquant une forte concentration des richesses dans les mains d’une minorité. Cette inégalité est perceptible à travers le contraste entre les quartiers huppés de Douala et Yaoundé et les bidonvilles en pleine expansion.

Exemple concret : À Douala, le quartier de Bonanjo abrite les sièges de grandes entreprises et des résidences luxueuses, tandis que, non loin de là, des quartiers comme New Bell et Makepe sont caractérisés par une pauvreté extrême, sans accès régulier à l’eau potable ni à l’électricité.

2. Une économie dépendante des matières premières

Le Cameroun reste fortement dépendant de l’exportation de matières premières, sans véritable transformation locale :

Secteur pétrolier : Bien que le pétrole contribue à plus de 40 % des recettes d’exportation, il n’a pas permis de diversifier l’économie ni de créer des emplois massifs. La chute des prix du pétrole sur le marché international entre 2015 et 2018 a révélé la fragilité de cette dépendance.

Exportation brute des produits agricoles : Le Cameroun exporte principalement du cacao, du café et de l’hévéa sous forme brute, sans transformation locale significative. En 2024, le pays a exporté plus de 300 000 tonnes de cacao, mais seule une infime partie a été transformée localement, privant ainsi l’économie nationale de valeur ajoutée et d’emplois.

Exemple concret : La filière cacao-café, qui emploie plus de 600 000 producteurs, souffre d’un manque d’industries locales de transformation. La majorité des producteurs vendent leurs récoltes à bas prix à des multinationales étrangères, qui se chargent de la transformation et de la commercialisation sur les marchés internationaux.

3. Un secteur industriel embryonnaire

Malgré les annonces sur l’industrialisation, le secteur industriel camerounais reste peu développé :

Faible contribution au PIB : Le secteur secondaire, incluant l’industrie manufacturière, ne représente que 14 % du PIB, un chiffre faible pour un pays aspirant à l’émergence.

Projets industriels non aboutis : De nombreuses zones économiques, comme celle de Kribi, censées attirer les investisseurs industriels, peinent à décoller en raison de la bureaucratie, de l’absence d’infrastructures de qualité et d’un climat des affaires peu attractif.

Exemple concret : Le projet de la zone industrielle de Kribi, lancé en grande pompe en 2017, devait accueillir des usines de transformation du bois, du cacao et du pétrole. À ce jour, très peu d’usines ont vu le jour, et la zone reste largement sous-utilisée.

4. Chômage et sous-emploi massifs

Le chômage et le sous-emploi constituent l’un des plus grands défis économiques du Cameroun :

Chômage des jeunes : Selon l’Institut National de la Statistique (INS), le taux de chômage chez les jeunes de 15 à 35 ans dépasse 30 %, une situation aggravée par l’absence de politiques publiques efficaces de création d’emplois.

Sous-emploi : La majorité des Camerounais actifs travaillent dans le secteur informel, souvent dans des conditions précaires, sans couverture sociale ni sécurité de l’emploi. En 2024, le secteur informel représentait environ 90 % de l’emploi total.

Exemple concret : À Yaoundé et Douala, les jeunes diplômés peinent à trouver des emplois correspondant à leurs qualifications et se retrouvent souvent contraints de travailler comme conducteurs de mototaxis ou petits commerçants dans le secteur informel.

5. Inflation et perte du pouvoir d’achat

Malgré les affirmations du président sur la maîtrise de l’inflation, la réalité est que les prix des produits de première nécessité continuent de grimper :

Inflation persistante : L’inflation, bien que réduite à 5 % en 2024, reste élevée pour une économie où les salaires sont faibles et stagnants.

Hausse des prix des denrées alimentaires : Le prix du pain, du riz, de l’huile et des autres produits de base a fortement augmenté ces dernières années, mettant à mal le pouvoir d’achat des ménages.

Exemple concret : Entre 2021 et 2024, le prix du litre d’huile de palme est passé de 600 FCFA à 1 200 FCFA, et celui du sac de riz de 12 000 FCFA à 18 000 FCFA, entraînant une baisse du niveau de vie des familles les plus modestes.

Une croissance factice et déséquilibrée

Le discours officiel sur la croissance économique ne reflète pas la réalité quotidienne des Camerounais. Derrière les chiffres flatteurs se cache une économie fragile, marquée par une dépendance excessive aux matières premières, une absence de véritable industrialisation et des inégalités croissantes. Cette situation illustre l’échec des politiques économiques menées sous le régime de Paul Biya, incapables de traduire la croissance en développement inclusif.

II. Une politique industrielle fictive : où sont les vraies usines ?

Dans ses discours, Paul Biya vante régulièrement les « progrès industriels » réalisés sous son régime, citant quelques projets ponctuels comme la création de nouvelles cimenteries ou d’usines de carreaux. Toutefois, cette rhétorique masque une réalité bien plus sombre : une désindustrialisation massive depuis son accession au pouvoir en 1982. Le Cameroun, autrefois doté d’un tissu industriel dynamique, a vu la fermeture de nombreuses usines majeures au cours des quatre dernières décennies, laissant place à une dépendance accrue aux importations.

1. Un tissu industriel en déclin depuis les années 1980

Avant l’arrivée de Paul Biya au pouvoir, le Cameroun possédait un secteur industriel prometteur, soutenu par un État interventionniste qui investissait dans des industries stratégiques. Certaines des usines les plus emblématiques de cette époque étaient :

CELLUCAM (Cellulose du Cameroun) : Cette usine, située à Edea, était spécialisée dans la transformation du bois en pâte à papier. Elle jouait un rôle clé dans l’exploitation des vastes ressources forestières du pays. Sa fermeture dans les années 1990, due à une mauvaise gestion et à un manque d’investissements, a non seulement entraîné la perte de milliers d’emplois, mais aussi forcé le Cameroun à importer du papier.

CICAM (Cotonnière Industrielle du Cameroun) : Acteur majeur de l’industrie textile, la CICAM produisait des tissus destinés à la consommation locale et à l’exportation. Sous Paul Biya, l’usine a progressivement décliné en raison de la concurrence des produits importés, notamment asiatiques, et de l’absence de protection de l’industrie locale. Aujourd’hui, la CICAM fonctionne à peine, avec une production bien en deçà de sa capacité initiale.

CAMSUCO (Cameroun Sugar Company) : Cette entreprise sucrière, située dans la région du Centre, contribuait à la production locale de sucre. Sa privatisation mal encadrée dans les années 1990 a conduit à son effondrement. Le Cameroun est depuis devenu dépendant des importations pour combler sa consommation de sucre.

Exemple marquant : En 1980, le Cameroun exportait une partie de sa production textile et de son papier. Aujourd’hui, il importe l’essentiel de ces produits, aggravant son déficit commercial.

2. Des privatisations désastreuses sous les programmes d’ajustement structurel

Dans les années 1990, le Cameroun, sous pression du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, a lancé une série de privatisations dans le cadre des programmes d’ajustement structurel. Ces privatisations, mal préparées et souvent entachées de corruption, ont conduit à la fermeture de nombreuses usines :

Privatisation de la SONEL (Société Nationale d’Électricité) : Cette entreprise, autrefois publique, a été privatisée en 2001. La gestion privée qui s’en est suivie n’a pas permis d’améliorer l’accès à l’électricité, et les coupures de courant restent fréquentes, entravant le développement industriel.

Liquidation de la REGIFERCAM (Régie Ferroviaire du Cameroun) : La disparition de cette société publique a eu des conséquences dramatiques sur le transport des marchandises et l’approvisionnement des usines en matières premières.

Conséquence : La privatisation et la fermeture de ces entreprises ont entraîné une désorganisation de l’économie nationale et une hausse des coûts de production pour les rares industries restantes.

3. Des projets industriels récents non aboutis

Depuis les années 2010, le gouvernement a multiplié les annonces de projets industriels ambitieux, mais peu d’entre eux ont réellement vu le jour :

Zone industrielle de Kribi : Cette zone, censée accueillir des usines de transformation du bois et des matières premières, reste largement sous-exploitée. En 2024, seules quelques entreprises y opèrent, et les infrastructures promises ne sont toujours pas finalisées.

Technopôle agro-industriel de Ouassa-Babouté : Ce projet, annoncé pour relancer la transformation des produits agricoles locaux (céréales, tubercules, lait), n’a toujours pas démarré, plusieurs années après son lancement officiel.

Exemple concret : La transformation du cacao, un secteur stratégique pour le Cameroun, est un échec flagrant. Bien que le pays soit l’un des premiers producteurs mondiaux de cacao, plus de 85 % de la production est exportée sous forme brute. Les rares usines de transformation fonctionnent en dessous de leur capacité, faute d’investissements et d’un environnement favorable.

4. Un secteur manufacturier embryonnaire

Le secteur manufacturier, clé du développement économique, reste marginal au Cameroun :

Faible contribution au PIB : Le secteur manufacturier représente à peine 14 % du PIB, contre plus de 30 % dans des pays comme l’Éthiopie ou le Maroc, qui ont su diversifier leur économie.

Absence de chaîne de valeur locale : La plupart des produits consommés au Cameroun sont importés, même ceux fabriqués à partir de matières premières disponibles localement. Par exemple, le pays importe des meubles alors qu’il dispose de vastes ressources forestières.

Exemple concret : Dans le secteur de la cimenterie, bien que de nouvelles usines aient vu le jour (comme celle de Dangote Cement), le coût du ciment reste élevé, et l’industrie ne parvient pas à répondre à la demande locale en raison de problèmes d’approvisionnement en énergie et en transport.

5. Conséquences de la désindustrialisation

La désindustrialisation massive sous le régime de Paul Biya a eu des conséquences profondes sur l’économie camerounaise :

Perte de souveraineté économique : Le Cameroun est devenu dépendant des importations pour de nombreux biens de consommation, aggravant son déficit commercial.

Chômage et précarité : La fermeture des grandes usines a entraîné une perte massive d’emplois formels. La majorité des Camerounais travaillent désormais dans le secteur informel, sans couverture sociale ni sécurité de l’emploi.

Faible compétitivité : L’absence d’une industrie forte empêche le Cameroun de s’insérer dans les chaînes de valeur régionales et mondiales, limitant ainsi son potentiel de croissance.

Une illusion industrielle entretenue par le régime

Contrairement aux discours officiels, la réalité industrielle du Cameroun est celle d’un déclin constant depuis les années 1980. Les quelques usines récemment inaugurées ne suffisent pas à masquer la disparition de véritables fleurons industriels, ni à compenser les emplois perdus.

III. Gouvernance et corruption : une plaie béante jamais guérie

Paul Biya promet une fois de plus de renforcer la lutte contre la corruption. Or, selon le classement de Transparency International de 2024, le Cameroun figure parmi les 25 pays les plus corrompus au monde, occupant la 142e place sur 180.

Quelques exemples récents illustrent l’ampleur de cette corruption endémique :

Les rapports de la Cour des comptes : Un miroir accablant de la mauvaise gouvernance au Cameroun

Les rapports annuels de la Cour des comptes du Cameroun constituent une source essentielle pour comprendre les dysfonctionnements structurels qui caractérisent la gestion publique sous le régime de Paul Biya. Ces documents, élaborés par une institution indépendante censée surveiller l’utilisation des deniers publics, révèlent chaque année des irrégularités massives, des détournements de fonds et une mauvaise gestion des ressources publiques. Toutefois, malgré la gravité des conclusions de ces rapports, les mesures correctives tardent à être prises et les responsables identifiés ne subissent que rarement des sanctions exemplaires.

1. Des détournements de fonds à grande échelle

Les rapports de la Cour des comptes soulignent régulièrement des cas de détournements massifs de fonds publics dans plusieurs secteurs clés :

Affaire CovidGate : Dans un rapport publié en 2022, la Cour des comptes a dénoncé la gestion opaque et les détournements de plusieurs milliards de FCFA destinés à la lutte contre la pandémie de Covid-19. Ce scandale a impliqué des ministères stratégiques, mais à ce jour, peu de sanctions concrètes ont été prises.

Projets d’infrastructures routières : La Cour des comptes a pointé du doigt des surcoûts injustifiés dans plusieurs projets routiers, comme l’autoroute Yaoundé-Douala, dont la première phase, entamée en 2014, n’est toujours pas achevée. Des surfacturations et des paiements effectués pour des travaux non réalisés figurent parmi les irrégularités relevées.

2. La mauvaise gestion des entreprises publiques

Un autre point régulièrement souligné par la Cour des comptes concerne la gestion inefficace des entreprises publiques. De nombreuses sociétés d’État, bien que bénéficiant de subventions massives, continuent d’accumuler des pertes sans contribuer au développement économique :

CAMTEL (société de télécommunications) et SONARA (raffinerie nationale) figurent parmi les entreprises dont la gestion a été qualifiée de catastrophique par les rapports successifs de la Cour.

Les zones économiques, telles que la zone industrielle de Kribi, censées dynamiser l’industrialisation, peinent à produire des résultats concrets en raison d’une gestion inadéquate et d’un manque de vision stratégique.

3. Une gouvernance inefficace et un manque de reddition des comptes

Les rapports mettent également en évidence un problème chronique de gouvernance, notamment :

Absence de suivi des recommandations : Bien que la Cour des comptes formule chaque année des recommandations pour améliorer la gestion publique, celles-ci sont rarement suivies d’effet. Cela témoigne d’un manque de volonté politique de mettre en œuvre des réformes.

Implication de hauts responsables intouchables : Nombre des détournements et irrégularités concernent des personnalités proches du pouvoir, qui bénéficient d’une impunité totale.

4. Un signal ignoré par Paul Biya

Les rapports de la Cour des comptes auraient pu être un outil puissant de réforme et d’assainissement de la gestion publique. Cependant, sous le régime de Paul Biya, ils restent largement ignorés, réduisant cette institution à un simple observateur sans réel pouvoir de contrainte. Cette situation illustre parfaitement l’incapacité du régime à instaurer une gouvernance fondée sur la transparence et la reddition des comptes.

Les rapports de la Cour des comptes offrent une preuve irréfutable de l’échec du régime en matière de gestion publique. Ils montrent que, malgré les discours officiels sur la lutte contre la corruption et l’amélioration de la gouvernance, le Cameroun reste enlisé dans des pratiques prédatrices qui freinent son développement. Si Paul Biya décide de se présenter à l’élection présidentielle de 2025, il devra répondre de cet héritage accablant. À moins qu’il ne choisisse de sortir par la grande porte, en facilitant une alternance politique et en permettant une nouvelle gouvernance plus efficace et transparente.

Le scandale des stades de football au Cameroun : Une vitrine de la mauvaise gouvernance

Le scandale entourant la construction et la réhabilitation des stades de football au Cameroun est un symbole éclatant de la mauvaise gestion des projets d’infrastructures sous le régime de Paul Biya. Ce scandale a pris de l’ampleur lors de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2021, initialement prévue en 2019, mais reportée en raison des retards accumulés dans la livraison des infrastructures. Les dysfonctionnements constatés révèlent non seulement une gestion calamiteuse des fonds publics, mais aussi un système profondément corrompu.

1. Des coûts exorbitants et injustifiés

Le coût total des infrastructures sportives liées à la CAN a largement dépassé les prévisions initiales. Le cas emblématique est celui du stade d’Olembe, dont le coût initial était estimé à 163 milliards de FCFA, mais qui a finalement dépassé 330 milliards de FCFA. Cette explosion des coûts s’explique par :

La mauvaise planification : Des modifications répétées des plans et des délais non respectés ont conduit à une inflation artificielle des coûts.

La surfacturation et les détournements de fonds : Selon des rapports de la Cour des comptes et de certaines enquêtes journalistiques, une partie importante des fonds alloués a été détournée ou mal utilisée.

Le stade d’Olembe, censé être un joyau architectural et une fierté nationale, n’a été partiellement achevé qu’à la veille de la compétition, après plusieurs avertissements de la Confédération Africaine de Football (CAF).

2. Des infrastructures inachevées ou sous-utilisées

Malgré les sommes faramineuses investies, plusieurs stades restent partiellement achevés ou sous-utilisés :

Le stade d’Olembe, malgré son inauguration précipitée pour la CAN, présente encore des travaux inachevés. Le complexe sportif prévu autour du stade, comprenant des hôtels et des commerces, n’a jamais été réalisé.

Le stade de Japoma, construit à Douala à un coût également élevé, souffre d’un entretien insuffisant, et son utilisation est limitée faute d’une gestion adaptée.

3. Un scandale sans véritable sanction

Malgré l’ampleur des dysfonctionnements et des détournements constatés, aucune sanction significative n’a été prise contre les responsables de ce fiasco. Les appels de la société civile et de certains parlementaires à ouvrir une enquête indépendante sont restés sans suite. Ce silence s’explique par la proximité des principaux bénéficiaires de ces détournements avec le cercle du pouvoir :

Responsabilité politique : Plusieurs ministres et hauts responsables ayant supervisé ces projets n’ont jamais été inquiétés.

Impunité systémique : Le régime Biya a démontré à plusieurs reprises son incapacité, ou son absence de volonté, à sanctionner les cas de corruption impliquant des proches du pouvoir.

IV. Un bilan sécuritaire désastreux : le mythe de la paix retrouvée

Dans son discours de fin d’année 2024, Paul Biya affirme que la paix et la sécurité sont désormais consolidées au Cameroun, malgré quelques « attaques lâches » de groupes terroristes et des « atrocités commises par des bandes armées ». Cette affirmation, loin de refléter la réalité sur le terrain, s’inscrit dans une longue tradition de discours minimisant la gravité des crises sécuritaires que traverse le pays. En vérité, le bilan sécuritaire du régime Biya est désastreux, marqué par une gestion inefficace des conflits et une détérioration constante de la situation dans plusieurs régions.

1. La persistance de la crise anglophone : Une guerre non déclarée

Depuis 2016, le Cameroun est plongé dans une grave crise dans ses régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où des groupes séparatistes anglophones affrontent les forces gouvernementales. Malgré les déclarations répétées du gouvernement sur un retour progressif à la paix, la réalité est bien différente :

Un conflit meurtrier : Selon les estimations de l’International Crisis Group, le conflit a fait plus de 6 000 morts et forcé près d’un million de personnes à fuir leurs foyers. Les civils, pris en étau entre les forces de sécurité et les groupes séparatistes, paient le prix fort.

Exactions des deux camps : Des rapports de Human Rights Watch et d’autres organisations de défense des droits humains documentent des exactions commises par les deux parties. Les forces de sécurité sont accusées d’exécutions extrajudiciaires, de viols et de destruction de villages, tandis que les groupes séparatistes multiplient les enlèvements, les attaques contre les écoles et les assassinats de civils soupçonnés de collaborer avec le gouvernement.

Un processus de paix au point mort : Le Grand Dialogue National organisé en 2019, censé résoudre la crise, n’a produit aucun effet concret. Les principales revendications des anglophones, comme la fédéralisation ou une autonomie accrue, ont été ignorées, ce qui a conduit à un durcissement des positions des groupes séparatistes.

Exemple marquant : En novembre 2024, une attaque dans un village de la région du Nord-Ouest a causé la mort de 27 civils, dont des femmes et des enfants, un événement qui illustre la violence persistante dans cette zone. Malgré la présence de forces de sécurité, les habitants continuent de vivre dans la peur quotidienne.

2. La menace persistante de Boko Haram dans l’Extrême-Nord

La région de l’Extrême-Nord du Cameroun est confrontée depuis 2014 à la menace de Boko Haram, un groupe terroriste originaire du Nigeria. Bien que Paul Biya se félicite des « progrès significatifs » dans la lutte contre ce groupe, les faits démontrent que la menace persiste :

Attaques régulières : En 2024, plusieurs dizaines d’attaques ont été recensées dans la région, causant la mort de civils et de militaires. Ces attaques visent principalement des villages isolés et des postes de sécurité.

Déplacements de population : Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), plus de 340 000 personnes restent déplacées dans l’Extrême-Nord à cause des violences de Boko Haram, vivant dans des conditions précaires.

Recrutement forcé : Le groupe terroriste continue de recruter de force des jeunes dans les villages reculés, profitant de la pauvreté et de l’absence d’opportunités économiques.

Exemple marquant : En juillet 2024, une attaque de Boko Haram dans la localité de Mozogo a fait 15 morts, principalement des civils, et provoqué le déplacement de centaines de familles. Cet événement démontre que, malgré les opérations militaires, la menace terroriste reste vive.

3. Criminalité urbaine et insécurité dans les grandes villes

En plus des crises majeures dans les régions anglophones et l’Extrême-Nord, le Cameroun est confronté à une montée de la criminalité dans les centres urbains :

Banditisme et vols à main armée : À Douala et Yaoundé, les cas de vols à main armée, d’agressions et de cambriolages se sont multipliés ces dernières années. Malgré l’annonce de mesures pour renforcer la sécurité, les populations continuent de vivre dans l’insécurité.

Développement des gangs : Des gangs organisés, souvent composés de jeunes désœuvrés, prolifèrent dans plusieurs quartiers sensibles, profitant de l’absence de politiques efficaces de réinsertion sociale.

Exemple marquant : En octobre 2024, une série de cambriolages spectaculaires dans des quartiers résidentiels de Yaoundé a suscité une vive inquiétude parmi les habitants, forçant les autorités à lancer une opération de sécurisation. Cependant, ce type d’actions ponctuelles reste sans effet durable sur la criminalité.

4. L’échec des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR)

Pour tenter de résoudre les conflits armés, le gouvernement camerounais a mis en place des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) destinés aux combattants séparatistes et aux ex-membres de Boko Haram. Cependant, ces programmes peinent à atteindre leurs objectifs :

Faible adhésion : Très peu de combattants séparatistes ont rejoint les centres de DDR, craignant des représailles ou ne croyant pas en la sincérité de l’offre gouvernementale.

Conditions de vie précaires dans les centres : Plusieurs rapports font état de mauvaises conditions de vie dans les centres de DDR, où les ex-combattants peinent à recevoir une formation professionnelle ou un accompagnement adéquat.

Rechute dans la violence : Faute de suivi et d’opportunités économiques, certains ex-combattants retournent dans la clandestinité et reprennent les armes.

Un discours déconnecté de la réalité

Le bilan sécuritaire de Paul Biya est loin d’être celui d’un pays en voie de pacification. En réalité, le Cameroun reste confronté à de multiples foyers de tension qui continuent de déstabiliser plusieurs régions et d’affecter la vie quotidienne des populations. Le discours du régime, qui présente une image d’un pays en paix, relève davantage de la propagande que de la réalité.

V. Des infrastructures sociales insuffisantes : un quotidien difficile pour les Camerounais

Malgré les discours optimistes de Paul Biya sur l’amélioration des conditions de vie des Camerounais, les infrastructures sociales restent gravement insuffisantes. Les secteurs clés comme l’éducation, la santé, l’eau potable et l’électricité souffrent d’un sous-investissement chronique et d’une gestion inefficace. Ces défaillances ont des conséquences directes sur le quotidien des populations, notamment les plus vulnérables.

1. Éducation : Des écoles sous-équipées et des enseignants mal rémunérés

Le système éducatif camerounais est confronté à de nombreux défis :

Manque d’infrastructures scolaires : Dans de nombreuses régions, les écoles sont en nombre insuffisant et mal équipées. Il n’est pas rare de voir des enfants suivre les cours dans des abris de fortune ou sous des arbres, faute de salles de classe adaptées.

Classes surchargées : Dans les zones urbaines, les écoles publiques accueillent souvent plus de 100 élèves par classe, ce qui nuit à la qualité de l’enseignement.

Faible motivation des enseignants : Les enseignants, mal rémunérés et confrontés à des conditions de travail précaires, multiplient les grèves pour réclamer de meilleures conditions. En 2022, le mouvement des enseignants baptisé “On a trop supporté” a paralysé le secteur pendant plusieurs semaines.

Ces problèmes contribuent à un taux d’abandon scolaire élevé, en particulier dans les zones rurales et les régions anglophones touchées par la crise.

2. Santé : Un système sous-équipé et inaccessible

Malgré les annonces répétées sur le renforcement du système de santé, la réalité reste préoccupante :

Insuffisance des infrastructures de santé : De nombreuses localités, notamment en zones rurales, ne disposent pas d’hôpitaux ou de centres de santé fonctionnels. Là où ils existent, ils manquent souvent de personnel qualifié, de médicaments et d’équipements essentiels.

Hôpitaux en crise : Les grands hôpitaux publics des villes comme Yaoundé et Douala sont saturés et sous-équipés. Le manque de lits, de matériel médical et de médicaments est récurrent. En 2023, une enquête a révélé que plus de 60 % des patients hospitalisés dans les grandes villes devaient acheter eux-mêmes leurs médicaments en pharmacie.

Frais de santé élevés : L’absence d’un système de couverture universelle efficace rend les soins de santé inaccessibles à une grande partie de la population. De nombreuses familles doivent choisir entre se soigner et subvenir à leurs besoins de base.

Exemple marquant : le Centre hospitalier universitaire de Yaoundé (CHUY), qui, malgré son statut d’hôpital de référence, souffre d’un manque chronique de financement et d’équipements, entraînant une détérioration constante de la qualité des soins.

3. Eau potable : Un défi quotidien pour des millions de Camerounais

L’accès à l’eau potable reste un défi majeur dans de nombreuses régions :

Pénurie d’eau dans les grandes villes : À Yaoundé et Douala, les coupures d’eau sont fréquentes, obligeant les habitants à s’approvisionner auprès de revendeurs informels à des prix élevés. En 2024, plusieurs quartiers de Yaoundé ont connu des périodes de pénurie prolongée, suscitant la colère des populations.

Accès limité en milieu rural : Dans les zones rurales, moins de 40 % des habitants ont accès à une source d’eau potable. La majorité des populations s’approvisionne encore dans les rivières et les puits non protégés, exposant ainsi les familles à des maladies hydriques comme le choléra.

Bien que des projets d’adduction d’eau aient été lancés, comme celui du projet d’alimentation en eau de la ville de Yaoundé à partir du fleuve Sanaga, leur impact reste limité en raison des retards et des problèmes de gestion.

4. Électricité : Un accès irrégulier et insuffisant

Malgré les promesses d’amélioration de l’accès à l’électricité, le Cameroun continue de faire face à des délestages fréquents :

Délestages chroniques : Les coupures de courant sont monnaie courante, même dans les grandes villes. Cela perturbe non seulement la vie des ménages, mais aussi les activités économiques, notamment les petites entreprises.

Inégalité dans l’accès : Selon un rapport de la Banque mondiale, environ 30 % de la population rurale n’a toujours pas accès à l’électricité. Dans certaines localités, les habitants doivent parcourir de longues distances pour recharger leurs appareils électriques à des générateurs privés.

Exemple marquant : le barrage de Lom Pangar, annoncé comme une solution durable au problème énergétique, a été achevé avec plusieurs années de retard et n’a pas permis de résoudre les délestages persistants.

5. Logement et urbanisation : Une gestion anarchique

L’urbanisation rapide des grandes villes comme Douala et Yaoundé a conduit à une crise du logement :

Bidonvilles en expansion : Une grande partie de la population urbaine vit dans des quartiers précaires, sans accès aux services de base (eau, électricité, assainissement). Selon une étude de l’ONU-Habitat, plus de 60 % des habitants de Douala vivent dans des bidonvilles.

Projets de logements sociaux non achevés : Plusieurs programmes de logements sociaux annoncés par le gouvernement, comme ceux de Logpom à Douala et de Mbanga-Bakoko à Yaoundé, n’ont pas été finalisés ou restent inaccessibles en raison de coûts élevés.

Le quotidien difficile des Camerounais, marqué par des infrastructures sociales insuffisantes, contraste fortement avec les discours officiels qui se félicitent de progrès inexistants. La détérioration des services de base reflète l’échec d’une gouvernance incapable de répondre aux besoins essentiels de sa population.

VI. Paul Biya et la présidentielle de 2025 : Le faux appel du peuple et le choix de sa sortie

Dans son discours de fin d’année 2024, Paul Biya laisse habilement entendre qu’il pourrait à nouveau être candidat à l’élection présidentielle prévue en 2025. Bien qu’il ne déclare pas ouvertement ses intentions, les sous-entendus sont clairs : il évoque sa « détermination intacte » et le soutien prétendu d’un peuple reconnaissant, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre le chemin entamé sous son impulsion. Cette mise en scène prépare le terrain à une candidature que ses partisans présenteront comme une « demande du peuple ». Mais au-delà des apparences, cet « appel » du peuple n’est qu’une mascarade orchestrée par une élite politico-administrative soucieuse de préserver ses privilèges sous un régime usé.

1. L’illusion de l’appel populaire : Une manœuvre politicienne bien rodée

Depuis plusieurs décennies, chaque élection présidentielle au Cameroun est précédée d’une série de « motions de soutien » adressées au président Paul Biya par des groupes d’élites locales, des chefs traditionnels et des membres du parti au pouvoir, le RDPC. Ces motions, souvent relayées par les médias publics, présentent toujours la même rhétorique : elles implorent le président de « répondre favorablement à l’appel pressant du peuple » et de briguer un nouveau mandat « pour assurer la stabilité et la continuité du développement ».

Or, il est important de rappeler que ces appels ne sont ni spontanés ni représentatifs de la volonté populaire réelle. En effet :

Mobilisation artificielle : Les motions de soutien sont le fruit de pressions exercées sur les élites locales, qui craignent de perdre leurs privilèges ou leurs postes s’ils ne participent pas activement à cette mise en scène.

Répression des voix dissidentes : Toute voix s’opposant à cette narrative est systématiquement étouffée. L’espace démocratique étant extrêmement restreint au Cameroun, la majorité des citoyens n’a ni les moyens ni la liberté de s’exprimer véritablement.

Le véritable sentiment populaire est tout autre : une grande majorité des Camerounais aspire à un changement de leadership, une alternance démocratique et une nouvelle dynamique politique après 42 années d’immobilisme.

2. Une candidature qui prolongerait la crise politique et économique

Si Paul Biya décidait de se représenter en 2025, cela signifierait le prolongement d’un régime marqué par :

Une économie stagnante : Malgré les discours optimistes, le Cameroun peine à diversifier son économie et reste dépendant des matières premières, tandis que le taux de chômage reste élevé, notamment chez les jeunes.

• Une gouvernance défaillante : La corruption endémique, la mauvaise gestion des ressources publiques et l’absence de réformes structurelles continueraient de freiner le développement.

Une instabilité sécuritaire persistante : La crise anglophone, mal gérée depuis son déclenchement, risque de s’enliser davantage si le régime actuel, perçu comme illégitime par une partie de la population, reste en place.

En choisissant de se maintenir au pouvoir, Paul Biya ne ferait que retarder une transition inévitable, au risque de plonger le pays dans une crise politique et sociale encore plus profonde.

3. Le choix historique de Paul Biya : La grande porte ou la petite porte

À 92 ans et après plus de quatre décennies à la tête du Cameroun, Paul Biya est face à un choix crucial qui déterminera son héritage historique :

Sortir par la grande porte : Le geste d’un homme d’État

Paul Biya a encore la possibilité de marquer positivement l’histoire en renonçant à briguer un nouveau mandat et en organisant une transition démocratique transparente. Ce geste serait celui d’un homme d’État responsable, soucieux de préserver la stabilité de son pays et d’assurer une alternance pacifique. Il pourrait devenir un exemple pour les autres dirigeants africains souvent accusés de s’accrocher au pouvoir. Cette sortie par la grande porte lui permettrait de se retirer avec honneur, respecté non seulement par les Camerounais, mais aussi par la communauté internationale.

Sortir par la petite porte : L’épilogue d’un règne contesté

À l’inverse, s’il choisit de se représenter, Paul Biya risque d’être emporté par une contestation populaire croissante. Une nouvelle candidature ne ferait que renforcer le sentiment de frustration et d’exaspération d’une grande partie de la population, ouvrant la voie à des troubles politiques majeurs. L’histoire est pleine de dirigeants qui, refusant de lire les signes du temps, ont fini par être chassés du pouvoir dans l’humiliation et la violence.

La sagesse voudrait que Paul Biya prenne la mesure de la situation et comprenne qu’il est temps de laisser la place à une nouvelle génération de dirigeants capables de relever les défis de l’heure. Cette décision lui appartient seul : elle sera celle d’un homme qui choisit de rester dans l’histoire comme un bâtisseur de paix ou d’être rejeté comme un dirigeant ayant refusé de céder sa place au moment opportun.

4. Une opportunité pour un nouveau départ démocratique

La non-candidature de Paul Biya pourrait ouvrir une nouvelle ère au Cameroun :

Une transition pacifique et crédible : En se retirant, il permettrait au Cameroun d’organiser des élections crédibles, transparentes et inclusives, qui offriraient au pays une chance de se réinventer.

Un dialogue national sincère : Son retrait ouvrirait la voie à un véritable dialogue avec toutes les forces vives de la nation, y compris l’opposition et la société civile, pour définir un nouveau projet national.

Une réconciliation nationale : L’alternance politique favoriserait la réconciliation des régions anglophones et le renforcement de l’unité nationale.

Conclusion générale : L’heure du choix a sonné

Paul Biya est à un moment décisif de son règne. Son choix de se maintenir au pouvoir ou de céder sa place déterminera non seulement son héritage personnel, mais aussi l’avenir du Cameroun. Ce pays, riche de son potentiel et de sa jeunesse, mérite mieux que la stagnation actuelle. Il mérite une nouvelle direction, une nouvelle vision, un nouveau souffle.

Seul Paul Biya peut encore décider de sortir par la grande porte, en homme d’État conscient de sa responsabilité historique. S’il ne le fait pas, l’histoire et le peuple camerounais lui imposeront tôt ou tard une sortie par la petite porte, avec le souvenir amer d’un règne trop long, marqué par des promesses non tenues et une transition manquée.

Le Cameroun a besoin de changement, et ce changement doit commencer maintenant.

Bibliographie

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8. Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), Rapport sur les déplacés internes au Cameroun, Genève, 2023.

9. International Crisis Group, « Cameroon’s Anglophone Crisis: The Need for Dialogue », Bruxelles, 2024.

10. Agence Ecofin, Articles sur l’économie, les infrastructures et la sécurité au Cameroun, Douala, 2023-2024.

11. Le Messager, « CELLUCAM, CICAM, CAMSUCO : un passé industriel glorieux abandonné », Yaoundé, édition spéciale, 2023.

12. Mutations, « Privatisations et fermetures d’usines : un bilan controversé », Douala, juin 2024.

13. Cour des comptes du Cameroun, Rapport sur la gestion des projets d’infrastructures sportives liés à la CAN 2019 et audit des entreprises publiques, Yaoundé, 2021-2023.

14. ONU-Habitat, Rapport sur l’urbanisation et le logement au Cameroun, Nairobi, 2023.

15. Ministère de la Défense du Cameroun, Rapport annuel sur les opérations de maintien de l’ordre et la lutte contre le terrorisme, Yaoundé, 2024.

16. Cameroon Tribune, Articles sur les défis de la transformation locale et les projets industriels, Yaoundé, 2023-2024.

17. Mutations, « Le chômage des jeunes au Cameroun : une bombe à retardement », Douala, édition spéciale, mai 2024.

18. Le Messager, « Crise anglophone : les civils entre deux feux », Yaoundé, édition spéciale, décembre 2023.

19. Agence Ecofin, « Les échecs des zones industrielles au Cameroun : cas de Kribi et Ouassa-Babouté », Douala, 2023.

20. Confédération Africaine de Football (CAF), Rapports d’inspection des infrastructures sportives au Cameroun, 2018-2021.

PR JIMMY YAB

“LE RDPC RÉFUTE LE PARI PUTATIF ET CHOISIT LE DROIT POSITIF”: UNE DÉFENSE DÉSESPÉRÉE DU PR. JACQUES FAME NDONGO. ANALYSE DÉTAILLÉE… EN TANT QUE SG DU MLDC, JE RELÈVE LE DÉFI D’UN DÉBAT PUBLIC ET TÉLÉVISÉ !

Introduction générale

Depuis son accession à l’indépendance en 1960, le Cameroun s’est caractérisé par une stabilité politique apparente, portée par des institutions rigides et un leadership centralisé. Toutefois, cette stabilité a souvent masqué des tensions structurelles liées à la gouvernance, à l’alternance démocratique et à la légitimité du pouvoir. L’élection présidentielle de 2025 s’inscrit dans cette continuité, avec une attention particulière sur la candidature annoncée de Paul Biya, Président de la République depuis 1982. Cette candidature suscite des débats intenses, nourris par des interrogations sur la conformité juridique, la légitimité démocratique et les dynamiques institutionnelles.

Dans un document publié par le Pr. Jacques Fame Ndongo, membre du Bureau Politique du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) et Secrétaire à la communication du parti, une série d’arguments est avancée pour justifier la candidature de Paul Biya. Ces arguments s’articulent autour de trois principaux axes : le droit positif (légalité constitutionnelle), la légalité inhérente aux statuts du parti, et la légitimité populaire conférée par le soutien militant. En outre, le document oppose le « droit positif », qu’il qualifie d’objectif, au « pari putatif », qu’il considère comme subjectif et illusoire. Enfin, le texte conclut par une invitation à un débat démocratique, présenté comme une preuve de la transparence et de la confiance du RDPC dans ses arguments.

Cependant, une analyse académique approfondie de ces justifications soulève des questions critiques sur leur pertinence dans un contexte démocratique moderne. Les tensions entre légalité formelle et légitimité politique, la centralisation excessive du pouvoir au sein du RDPC et l’absence de mécanismes garantissant un débat équitable sont autant d’éléments qui méritent d’être explorés. À travers une approche interdisciplinaire mobilisant le droit constitutionnel, la théorie politique et les principes de gouvernance démocratique, cet article examine les arguments avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo, en mettant en lumière leurs forces, leurs limites et leurs implications pour l’avenir démocratique du Cameroun.

L’objectif de cet article est double. D’une part, il s’agit d’évaluer la validité juridique et politique des arguments avancés en faveur de la candidature de Paul Biya. D’autre part, il vise à proposer une réflexion critique sur les défis structurels auxquels fait face le Cameroun en matière d’institutionnalisation démocratique. À travers cette analyse, nous espérons contribuer à un débat plus éclairé sur les mécanismes de légitimation du pouvoir et les exigences d’une démocratie pluraliste.

Mots-clés : droit positif, pari putatif, légitimité politique, débat démocratique, Cameroun, RDPC, Paul Biya, élections présidentielles 2025, gouvernance, alternance démocratique.

Abstract

The 2025 presidential election in Cameroon represents a pivotal moment in the country’s political trajectory, particularly with the announced candidacy of Paul Biya, who has held the presidency since 1982. In a defense authored by Jacques Fame Ndongo, a leading figure in the ruling RDPC party, three core arguments are presented: the legal right granted by Cameroon’s constitution (positive law), the automatic candidacy conferred by the party’s statutes, and the popular legitimacy stemming from grassroots support. This article critically examines these arguments by employing an interdisciplinary approach rooted in constitutional law, political theory, and democratic governance.

The analysis highlights key tensions between formal legality and substantive legitimacy, the excessive centralization of power within the RDPC, and the structural deficiencies hindering equitable democratic debate in Cameroon. By interrogating these issues, the article seeks to contribute to a broader conversation on the institutional challenges facing Cameroon and the imperative of ensuring a pluralistic, participatory, and transparent electoral process. Ultimately, this study underscores the need to balance legal frameworks with democratic ethics to foster a sustainable political system.

Keywords: positive law, putative claim, political legitimacy, democratic debate, Cameroon, RDPC, Paul Biya, 2025 presidential elections, governance, democratic alternation.

1. Analyse critique des arguments avancés

1.1. La Constitution

L’argument central avancé par le Pr. Jacques Fame Ndongo, auteur de ce document, repose sur une interprétation textuelle de l’article 6, alinéa 2, de la Constitution camerounaise, qui stipule que « le Président de la République est élu pour un mandat de 7 ans et est rééligible ». En affirmant que cette disposition constitutionnelle « donne le droit » au Président Paul Biya de briguer un nouveau mandat en 2025, l’auteur s’appuie sur le droit positif, à savoir l’application stricte des lois écrites.

Toutefois, une lecture académique critique de cet argument montre qu’une interprétation purement textuelle ne suffit pas. Selon Hans Kelsen (1934), le droit ne peut être séparé de son contexte social et politique. Si, juridiquement, le Président est « rééligible », la question demeure si cet usage répété de cette clause respecte les principes fondamentaux d’un État démocratique moderne, notamment le renouvellement périodique et l’alternance au pouvoir.

En outre, des théoriciens comme Giovanni Sartori (1997) insistent sur l’importance de l’équilibre entre la légalité formelle et la légitimité substantielle. Dans le cas du Cameroun, bien que la Constitution permette la réélection, son usage prolongé peut susciter une crise de légitimité, particulièrement dans un contexte où les institutions sont perçues comme favorisant le maintien du pouvoir d’un individu ou d’un groupe. Par exemple, le prolongement des mandats présidentiels au Cameroun, où Paul Biya est au pouvoir depuis 1982, a été critiqué par des organisations internationales pour son impact sur la consolidation démocratique.

1.2. Les textes du RDPC

L’auteur, Jacques Fame Ndongo, invoque également les statuts du RDPC, affirmant que « le Président National du RDPC est le candidat du parti à l’élection présidentielle » (article 27, alinéa 3). Cet argument renforce une lecture centralisée et quasi-automatique de la désignation du candidat, sans débat interne ou processus démocratique visible au sein du parti. Une telle interprétation appelle plusieurs critiques académiques.

D’une part, comme le souligne Maurice Duverger (1951) dans son ouvrage Les Partis politiques, un parti politique moderne doit incarner une pluralité d’opinions et permettre l’émergence de nouveaux leaders. En verrouillant la candidature au Président National, le RDPC supprime toute possibilité d’un renouvellement interne. Cette absence de débat démocratique interne nuit à la vitalité politique et réduit la compétition électorale à une formalité.

D’autre part, le concept de démocratie interne des partis, développé par Larry Diamond (1999), met en avant l’importance de mécanismes transparents et compétitifs au sein des partis pour sélectionner leurs candidats. Le modèle adopté par le RDPC, où Paul Biya est systématiquement désigné candidat, contredit ce principe fondamental. Il confère un avantage structurel au Président sortant, renforçant ainsi l’asymétrie de pouvoir entre les élites du parti et la base militante.

1.3. Base militante et sympathisante

Jacques Fame Ndongo affirme également que la « base militante et sympathisante » du RDPC a renouvelé son soutien à Paul Biya, en évoquant un « appel sans équivoque » des sections du parti le 6 novembre 2024. Cet argument s’inscrit dans une tentative de légitimation par l’adhésion populaire. Cependant, plusieurs problèmes surgissent lorsqu’on analyse cette revendication sous un prisme académique.

Premièrement, le politologue Samuel Huntington (1991) souligne que la légitimité démocratique repose sur des processus transparents et compétitifs, et non simplement sur des proclamations partisanes. Dans le contexte du Cameroun, les appels à la candidature du Président sortant émanent d’un parti où la pluralité d’opinions est fortement limitée, ce qui remet en question l’authenticité de ce soutien.

Deuxièmement, dans des régimes où les institutions et les partis sont fortement centralisés, la mobilisation de la base militante peut être perçue comme une manifestation de contrôle politique plutôt qu’une véritable adhésion populaire. Comme le soutient Franz Fanon (1961) dans Les Damnés de la Terre, le soutien populaire dans des systèmes dominés par un parti unique ou hégémonique est souvent le produit d’une dynamique coercitive ou clientéliste.

Enfin, l’idée selon laquelle la popularité d’un dirigeant justifie son maintien au pouvoir doit être replacée dans le contexte des mécanismes de gouvernance. Linz et Stepan (1996) insistent sur le fait que même les dirigeants populaires doivent être soumis à des règles institutionnelles qui empêchent la personnalisation du pouvoir. La prolongation du mandat de Paul Biya, bien qu’appuyée par le RDPC, pourrait être perçue comme une concentration excessive du pouvoir dans un régime présidentiel.

1.4. Légalité et légitimité : tensions fondamentales

Le document met en avant trois paradigmes : la légalité républicaine, la légalité inhérente au parti, et la légitimité populaire. Bien que ces notions soient pertinentes, leur application dans ce contexte soulève plusieurs interrogations.

1. Légalité républicaine : Elle s’appuie sur le droit constitutionnel, mais, comme le rappelle Montesquieu (1748), la légalité doit toujours être subordonnée à l’intérêt général et à l’équilibre des pouvoirs. Une légalité qui sert uniquement à prolonger un mandat sans renforcer les institutions démocratiques devient un outil de consolidation autoritaire.

2. Légalité inhérente au parti : La légalité interne au RDPC est utilisée pour justifier des pratiques de centralisation du pouvoir. Cependant, comme l’a observé Robert Michels (1911) dans Les Partis politiques, les organisations politiques tendent à développer des structures oligarchiques qui privilégient les élites au détriment de la base.

3. Légitimité populaire : Ce concept est problématique lorsqu’il n’est pas accompagné de mécanismes institutionnels crédibles. Joseph Schumpeter (1942) définit la démocratie comme un processus dans lequel les citoyens choisissent leurs dirigeants à travers des élections libres et compétitives. Si le RDPC monopolise le paysage politique, la légitimité populaire devient difficile à établir.

Les arguments avancés par Jacques Fame Ndongo dans ce document s’appuient sur une lecture restrictive des textes constitutionnels et statutaires, tout en minimisant les implications démocratiques plus larges. Si le droit positif confère à Paul Biya la possibilité de se représenter, la légitimité de cette candidature reste discutable à la lumière des principes démocratiques modernes. Cette analyse invite à une réflexion sur l’importance de renforcer la démocratie interne des partis politiques et de garantir des mécanismes électoraux transparents pour préserver la vitalité démocratique au Cameroun.

2. Légalité et légitimité : Concepts théoriques et tensions fondamentales

L’un des arguments centraux avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo dans sa défense de la candidature de Paul Biya est l’articulation entre trois paradigmes : la légalité républicaine, la légalité inhérente au parti, et la légitimité populaire. Ces concepts, bien qu’empruntés à des cadres théoriques établis, nécessitent une analyse approfondie, car leur application dans le contexte camerounais soulève des tensions fondamentales entre la légalité formelle, la légitimité démocratique et la justice sociale.

2.1. Légalité républicaine : entre droit et éthique politique

La légalité républicaine invoquée par Fame Ndongo repose sur le respect de la Constitution camerounaise, qui permet au Président Paul Biya de briguer un nouveau mandat. Cet argument s’inscrit dans une vision positiviste du droit, où l’ordre juridique est interprété comme une structure autonome. Cependant, cette approche, bien qu’efficace pour justifier la continuité institutionnelle, occulte des dimensions critiques.

Selon Hans Kelsen (The Pure Theory of Law, 1934), le droit positif garantit la stabilité des États en imposant des règles claires et objectives. Toutefois, Kelsen lui-même reconnaît que le droit ne doit pas être un instrument aveugle au contexte sociopolitique. Dans le cas du Cameroun, bien que la rééligibilité soit légalement justifiée, l’épuisement démocratique causé par plus de 40 ans au pouvoir de Paul Biya soulève la question de l’éthique politique. Montesquieu, dans De l’esprit des lois (1748), souligne que « la corruption des gouvernements commence presque toujours par celle des principes ». Ici, l’argument de légalité républicaine semble déconnecté des besoins de renouvellement politique et d’équilibre institutionnel.

D’autre part, le recours strict à la légalité républicaine néglige le concept d’État de droit substantiel, tel qu’articulé par Amartya Sen (Development as Freedom, 1999). Un État de droit ne se limite pas à l’application mécanique des lois mais garantit que ces lois servent à renforcer la justice, la liberté et la participation citoyenne. Dans ce contexte, l’usage prolongé des dispositions constitutionnelles pour maintenir une même élite au pouvoir risque d’affaiblir la perception de l’État comme vecteur de justice sociale.

2.2. Légalité inhérente au parti : la capture institutionnelle

Le deuxième paradigme avancé par Fame Ndongo est celui de la légalité inhérente au RDPC, qui confère au Président National le rôle automatique de candidat à l’élection présidentielle. Cet argument, bien que juridiquement valide dans le cadre des statuts du parti, suscite plusieurs critiques, notamment sur le plan de la démocratie interne et de la gouvernance.

2.2.1. Démocratie interne des partis

Comme l’a observé Robert Michels dans Les Partis politiques (1911), les grandes organisations politiques développent souvent des structures oligarchiques qui privilégient une élite restreinte. Au Cameroun, la centralisation du pouvoir autour de Paul Biya au sein du RDPC illustre cette « loi d’airain de l’oligarchie ». Cette absence de compétition interne empêche l’émergence de nouveaux leaders et réduit la diversité des idées politiques. Larry Diamond (Developing Democracy, 1999) souligne qu’un parti démocratique doit permettre un débat interne, une alternance des dirigeants et des mécanismes de reddition de comptes pour refléter les aspirations de sa base.

Dans le cas du RDPC, l’imposition d’un candidat unique verrouille non seulement le processus décisionnel interne, mais limite également la possibilité pour les militants de s’identifier à des figures alternatives. En conséquence, le parti devient un outil de conservation du pouvoir plutôt qu’un vecteur de transformation politique.

2.2.2. Capture institutionnelle

La centralisation du pouvoir au sein du RDPC et son influence sur les institutions étatiques relèvent de ce que Juan Linz et Alfred Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996) appellent la « capture institutionnelle ». Dans un tel système, les règles du jeu politique sont façonnées pour favoriser l’élite dominante, ici représentée par Paul Biya. Cela limite la concurrence politique, puisque le RDPC agit non seulement comme un parti majoritaire, mais aussi comme un acteur institutionnel quasi hégémonique, contrôlant les mécanismes électoraux et législatifs.

2.3. Légitimité populaire : mythe ou réalité ?

Le troisième paradigme évoqué par Fame Ndongo est la légitimité populaire, qui serait conférée par le soutien de la base militante et des sympathisants du RDPC. Cet argument repose sur une conception majoritaire de la légitimité, mais son application dans un contexte de faible pluralisme politique soulève des interrogations.

2.3.1. La légitimité comme processus

Selon Max Weber (Économie et société, 1922), la légitimité repose sur trois types d’autorité : traditionnelle, charismatique et rationnelle-légale. Dans le cas du Cameroun, la légitimité de Paul Biya est souvent perçue comme dérivant de son autorité rationnelle-légale, puisqu’il a été régulièrement réélu. Cependant, Weber insiste également sur le fait que cette légitimité est conditionnelle à la perception d’un équilibre entre la règle de droit et l’intérêt général.

En l’absence de compétition politique significative et dans un contexte où l’appareil d’État est dominé par le parti au pouvoir, il est difficile de considérer la légitimité populaire comme un phénomène spontané ou pleinement représentatif. Joseph Schumpeter (Capitalism, Socialism, and Democracy, 1942) note que la démocratie ne consiste pas uniquement en l’obtention d’une majorité, mais dans l’existence de mécanismes permettant une véritable alternance.

2.3.2. Les risques du populisme institutionnalisé

Le recours au soutien populaire pour légitimer la continuité au pouvoir peut également s’apparenter à une forme de populisme institutionnalisé. Ernesto Laclau (On Populist Reason, 2005) définit le populisme comme une stratégie qui mobilise les masses en invoquant des symboles unificateurs, souvent au détriment d’une gouvernance inclusive et pluraliste. Dans ce contexte, le soutien militant évoqué par Fame Ndongo pourrait être moins le reflet d’une adhésion sincère que le produit d’une absence d’alternatives crédibles.

2.4. Tensions entre légalité et légitimité : une crise démocratique

Les tensions entre la légalité républicaine, la légalité partisane et la légitimité populaire illustrent une crise plus profonde du système démocratique camerounais. Ces concepts, bien qu’interconnectés, se trouvent ici en déséquilibre.

La légalité sans légitimité : Comme l’a démontré John Rawls (A Theory of Justice, 1971), la légalité doit être accompagnée d’un sentiment de justice sociale. Lorsque les citoyens perçoivent la légalité comme un outil d’exclusion ou de maintien du pouvoir, elle perd sa capacité à fonder un contrat social solide.

La légitimité sans pluralisme : Dans le cas du RDPC, la légitimité populaire est invoquée sans pluralisme politique ni débat interne, ce qui affaiblit la perception de la légitimité démocratique.

En somme, cette tension entre légalité et légitimité met en lumière ce que Philippe Schmitter et Terry Karl (What Democracy Is… and Is Not, 1991) appellent les « zones grises » des démocraties hybrides, où des pratiques autoritaires coexistent avec des institutions démocratiques. Le Cameroun, sous la présidence de Paul Biya, semble s’inscrire dans cette catégorie, où la légalité est utilisée pour légitimer une concentration prolongée du pouvoir.

L’argumentation du Pr. Jacques Fame Ndongo autour des paradigmes de légalité et de légitimité révèle des failles importantes dans la gouvernance politique du Cameroun. Bien que le droit positif confère à Paul Biya une base légale pour se représenter en 2025, cette légalité ne garantit pas automatiquement une légitimité démocratique. À mesure que le Cameroun approche de cette élection cruciale, il devient impératif de repenser ces concepts non pas comme des justifications statiques, mais comme des outils dynamiques pour renforcer la participation citoyenne, l’alternance et la justice institutionnelle.

3. Droit positif vs. pari putatif : Implications théoriques et pratiques

Dans son document, le Pr. Jacques Fame Ndongo oppose deux notions fondamentales : le « droit positif », qu’il considère comme fondamentalement objectif et indiscutable, et le « pari putatif », qu’il qualifie d’illusoire. Cette dichotomie constitue un élément central de sa défense de la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2025. Cependant, une analyse approfondie révèle que cette opposition soulève des questions complexes sur le rôle du droit, de la perception sociale et des normes démocratiques dans la légitimation du pouvoir politique.

3.1. Comprendre le droit positif dans son contexte politique

Le droit positif, tel que défini par Hans Kelsen (Pure Theory of Law, 1934), repose sur l’idée que le droit est un système de normes créé par des institutions humaines. Il est distinct du droit naturel, qui s’appuie sur des principes moraux universels. Dans le contexte camerounais, Fame Ndongo s’appuie sur le droit positif pour affirmer que Paul Biya a le droit constitutionnel de se représenter à l’élection présidentielle, arguant que cette disposition est inscrite dans l’article 6 de la Constitution.

Cependant, plusieurs penseurs, dont Lon Fuller (The Morality of Law, 1964), mettent en garde contre une interprétation purement positiviste du droit, surtout dans des régimes où les institutions législatives sont contrôlées par l’exécutif. Fuller souligne que le droit doit également répondre à des critères de justice, de transparence et de moralité pour garantir sa légitimité. Dans le cas du Cameroun, l’utilisation répétée de réformes constitutionnelles pour prolonger le mandat présidentiel, comme celles de 2008 qui ont supprimé la limitation des mandats, peut être vue comme un exemple d’instrumentalisation du droit positif au profit du pouvoir exécutif.

Cette instrumentalisation est également critiquée par Ronald Dworkin (Law’s Empire, 1986), qui affirme que le droit ne doit pas être réduit à des règles formelles, mais doit être interprété en fonction de ses principes sous-jacents. Si le droit positif confère à Paul Biya la possibilité de se représenter, il ne garantit pas que cet acte soit moralement ou démocratiquement acceptable.

3.2. Pari putatif : Un concept mal défini

Le terme « pari putatif », utilisé par Fame Ndongo, fait référence à une croyance erronée ou illusoire dans la légitimité d’une situation. Il s’oppose à l’objectivité supposée du droit positif. Cependant, ce concept manque de clarté et semble dévaloriser toute opposition au statu quo en la qualifiant de subjective ou infondée.

Selon Jürgen Habermas (Between Facts and Norms, 1996), une démocratie légitime ne peut se contenter d’invoquer la légalité pour justifier ses actions. Elle doit également s’appuyer sur un consensus rationnel, issu du dialogue entre les citoyens et les institutions. En qualifiant toute critique de la candidature de Paul Biya de « pari putatif », Fame Ndongo rejette implicitement la possibilité d’un débat démocratique sur la pertinence de cette candidature. Ce rejet va à l’encontre de l’idéal habermassien d’une sphère publique où les opinions divergentes peuvent être discutées et confrontées.

Par ailleurs, Ernesto Laclau (On Populist Reason, 2005) met en garde contre l’utilisation de discours dichotomiques qui opposent une vérité prétendument objective (ici, le droit positif) à une illusion collective (le pari putatif). Une telle rhétorique peut être utilisée pour délégitimer les voix critiques et renforcer une domination hégémonique.

3.3. Implications pour la démocratie camerounaise

La tension entre droit positif et pari putatif soulève des questions importantes sur l’état de la démocratie au Cameroun. En invoquant le droit positif comme justification ultime, le document de Fame Ndongo néglige trois dimensions essentielles : la légitimité procédurale, la perception populaire et l’éthique politique.

3.3.1. La légitimité procédurale

Comme l’expliquent Linz et Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996), la légitimité des régimes démocratiques repose sur des procédures équitables et transparentes. Si le droit positif permet la réélection de Paul Biya, il est crucial que ce processus soit perçu comme équitable par la population. Or, des rapports d’organisations internationales, comme Freedom House et Transparency International, soulignent régulièrement des déficiences dans la transparence électorale et l’équité des processus politiques au Cameroun.

En outre, la concentration prolongée du pouvoir autour de Paul Biya réduit la crédibilité des institutions démocratiques. Robert Dahl (Polyarchy: Participation and Opposition, 1971) affirme que la démocratie repose sur une compétition politique réelle, où les citoyens ont le choix entre des alternatives viables. En verrouillant les mécanismes institutionnels pour favoriser la continuité du régime, le Cameroun s’éloigne des normes de la « polyarchie » démocratique.

3.3.2. La perception populaire

La légitimité d’un régime dépend également de la perception qu’en ont les citoyens. Selon David Easton (A Systems Analysis of Political Life, 1965), la stabilité politique repose sur un équilibre entre l’efficacité (performance des institutions) et la légitimité (acceptation des règles du jeu par la population). Si la réélection de Paul Biya est perçue comme un prolongement artificiel de son pouvoir, cela risque d’éroder la confiance des citoyens dans le système politique.

De plus, les travaux de Pierre Rosanvallon (La légitimité démocratique, 2008) montrent que dans les démocraties modernes, la légitimité ne peut pas se limiter à des critères juridiques. Elle doit intégrer une reconnaissance populaire basée sur l’équité, la justice et l’alternance. Dans ce contexte, l’argument de Fame Ndongo selon lequel le droit positif suffit à justifier la candidature de Paul Biya apparaît insuffisant.

3.3.3. L’éthique politique

Enfin, l’éthique politique joue un rôle central dans la consolidation démocratique. Hannah Arendt (The Human Condition, 1958) insiste sur la responsabilité des dirigeants de privilégier l’intérêt général plutôt que leur propre maintien au pouvoir. Si le droit positif peut être utilisé pour prolonger un mandat présidentiel, l’éthique exige une réflexion sur l’impact de cette décision sur la société dans son ensemble.

Au Cameroun, la longévité exceptionnelle de Paul Biya au pouvoir (depuis 1982) pose la question de l’usure démocratique. Giovanni Sartori (The Theory of Democracy Revisited, 1987) avertit que l’absence d’alternance politique peut conduire à une stagnation institutionnelle et à une concentration excessive du pouvoir, sapant ainsi les fondements de la démocratie.

3.4. La nécessité d’un équilibre

L’opposition entre droit positif et pari putatif, telle que formulée par Fame Ndongo, masque une vérité fondamentale : les systèmes politiques démocratiques reposent sur un équilibre entre légalité et légitimité. Comme le soutient John Rawls (A Theory of Justice, 1971), les lois et institutions doivent être conçues pour promouvoir une justice équitable et inclusive. Lorsque cet équilibre est rompu, comme c’est le cas dans les contextes où la légalité est utilisée pour perpétuer le pouvoir d’une seule personne, la stabilité politique est mise en péril.

L’opposition entre droit positif et pari putatif, au cœur de la défense de la candidature de Paul Biya par le Pr. Jacques Fame Ndongo, révèle des failles profondes dans la gouvernance politique camerounaise. Si le droit positif offre un fondement juridique à cette candidature, il ne suffit pas à répondre aux exigences démocratiques modernes, qui incluent l’équité, l’alternance et la participation populaire. Cette analyse souligne la nécessité de repenser les mécanismes politiques et institutionnels pour garantir que le droit soit au service de la justice et non d’une élite dominante. En cela, le Cameroun doit s’inspirer des principes universels de la démocratie, où le pouvoir doit être à la fois légal et légitime.

4. Le rôle du débat démocratique : enjeux et perspectives dans le contexte camerounais

Le Pr. Jacques Fame Ndongo conclut son document en appelant à un débat démocratique sur la candidature de Paul Biya, affirmant que le RDPC est prêt à confronter ses idées à celles des autres acteurs politiques. Cet appel au débat semble louable en surface, mais il soulève des questions sur la réalité des conditions nécessaires à un débat véritablement démocratique dans le contexte camerounais. Cette section explore les éléments fondamentaux du débat démocratique, analyse les obstacles à sa mise en œuvre au Cameroun et propose des pistes pour garantir son authenticité.

4.1. Le débat démocratique : principes fondamentaux

Le débat démocratique est une composante essentielle des systèmes politiques pluralistes. Selon Jürgen Habermas (The Structural Transformation of the Public Sphere, 1962), un débat démocratique véritable repose sur une « sphère publique » où les citoyens peuvent discuter librement des questions d’intérêt commun. Cette sphère doit être caractérisée par :

1. La liberté d’expression : Les citoyens et les acteurs politiques doivent être libres d’exprimer leurs opinions sans crainte de représailles.

2. L’égalité des participants : Toutes les voix doivent avoir un poids égal, indépendamment de leur origine ou affiliation politique.

3. L’argumentation rationnelle : Les débats doivent se fonder sur des arguments logiques et des faits, plutôt que sur des attaques personnelles ou des manipulations émotionnelles.

Dans le contexte des démocraties modernes, Linz et Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996) ajoutent que le débat démocratique doit également être soutenu par des institutions fortes et impartiales, comme des médias indépendants, des mécanismes judiciaires fiables et des organes électoraux transparents.

4.2. Les obstacles au débat démocratique au Cameroun

Bien que le Pr. Jacques Fame Ndongo invite à un débat ouvert, plusieurs obstacles structurels et contextuels compromettent la possibilité d’un débat authentique au Cameroun.

4.2.1. Le contrôle de l’espace public

Au Cameroun, le débat politique est largement dominé par le RDPC, qui bénéficie d’un accès privilégié aux médias publics et d’un contrôle significatif des institutions étatiques. Pierre Rosanvallon (La Contre-démocratie, 2006) souligne que lorsque l’espace public est capturé par une élite dominante, le débat devient une simple formalité, incapable de refléter une véritable diversité d’opinions. Les opposants politiques, en revanche, rencontrent des obstacles importants pour accéder aux plateformes médiatiques ou pour organiser des rassemblements.

4.2.2. La répression des dissidences

La liberté d’expression, essentielle au débat démocratique, est souvent compromise par des restrictions légales et des pratiques répressives. Selon Human Rights Watch (2023), les opposants politiques au Cameroun sont fréquemment soumis à des intimidations, des arrestations arbitraires et des harcèlements judiciaires. Ces conditions découragent la participation active des citoyens et des partis d’opposition au débat public.

4.2.3. La faiblesse des institutions démocratiques

Le Cameroun souffre également d’un déficit institutionnel, caractérisé par une absence de mécanismes impartiaux pour réguler le débat politique. Robert Dahl (Polyarchy: Participation and Opposition, 1971) affirme que des institutions fortes et autonomes sont nécessaires pour garantir l’équité dans la compétition politique. Or, au Cameroun, l’organisme en charge des élections (ELECAM) est souvent critiqué pour son manque d’indépendance, ce qui sape la confiance dans le processus électoral et réduit la motivation des acteurs politiques à s’engager dans un débat constructif.

4.2.4. La culture du débat politique

Au-delà des obstacles structurels, il existe également un problème culturel lié à la manière dont le débat politique est mené. Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (Hegemony and Socialist Strategy, 1985) notent que dans les systèmes où la domination politique est hégémonique, le débat tend à être réduit à une rhétorique d’autolégitimation plutôt qu’à une véritable confrontation d’idées. Au Cameroun, le débat politique est souvent marqué par des accusations personnelles, des insultes et des manipulations médiatiques, plutôt que par un échange rationnel et respectueux.

4.3. Les enjeux du débat démocratique dans le contexte camerounais

Malgré ces obstacles, un débat démocratique authentique reste crucial pour répondre aux défis politiques et institutionnels du Cameroun. Trois enjeux majeurs se dégagent :

4.3.1. Renforcer la légitimité du processus électoral

Un débat démocratique ouvert et transparent peut contribuer à restaurer la confiance des citoyens dans le processus électoral. Comme l’affirme Giovanni Sartori (The Theory of Democracy Revisited, 1987), la compétition politique équitable est essentielle pour légitimer les dirigeants et renforcer la stabilité politique. Si Paul Biya et le RDPC souhaitent réellement justifier leur candidature, ils doivent s’engager dans un débat où les opposants peuvent exprimer leurs points de vue sans contraintes.

4.3.2. Favoriser l’inclusion politique

Le Cameroun est un pays caractérisé par une diversité culturelle, linguistique et régionale. Un débat démocratique authentique peut servir de plateforme pour articuler les revendications des différentes composantes de la société camerounaise. Comme le souligne Iris Marion Young (Inclusion and Democracy, 2000), la démocratie ne peut être inclusive que si toutes les voix, y compris celles des groupes marginalisés, sont entendues dans les processus de décision.

4.3.3. Encourager la responsabilisation des dirigeants

Un débat démocratique rigoureux oblige les dirigeants à rendre des comptes sur leurs actions et leurs promesses. Hannah Arendt (The Origins of Totalitarianism, 1951) rappelle que la responsabilité est au cœur de la démocratie. Au Cameroun, où Paul Biya est au pouvoir depuis plus de 40 ans, un débat ouvert permettrait de confronter son bilan aux aspirations des citoyens.

4.4. Conditions nécessaires pour un débat démocratique authentique

Pour que le débat démocratique prôné par Fame Ndongo soit véritablement inclusif et constructif, plusieurs conditions doivent être réunies :

4.4.1. Garantir la liberté d’expression

Le gouvernement camerounais doit s’engager à protéger les droits fondamentaux des citoyens, notamment la liberté d’expression et d’association. Comme l’affirme Amartya Sen (Development as Freedom, 1999), la liberté politique est un pilier essentiel du développement démocratique.

4.4.2. Assurer l’indépendance des institutions

Les institutions chargées de réguler le débat public, telles que les médias et les organes électoraux, doivent être indépendantes de l’exécutif. Cela nécessite des réformes profondes pour garantir leur impartialité.

4.4.3. Encourager la pluralité des voix

Le RDPC, en tant que parti dominant, a une responsabilité particulière pour garantir que toutes les opinions politiques puissent s’exprimer librement. Cela inclut la création de conditions équitables pour les partis d’opposition et la société civile.

4.4.4. Promouvoir une culture de débat rationnel

Les acteurs politiques camerounais doivent s’engager à respecter les normes du débat démocratique, en évitant les attaques personnelles et en privilégiant les arguments fondés sur des faits.

Le débat démocratique constitue un outil indispensable pour garantir la légitimité et la transparence du processus électoral au Cameroun. Cependant, pour que cet outil soit réellement efficace, il doit s’appuyer sur des principes clairs et des institutions solides. Le Pr. Jacques Fame Ndongo, en appelant à un débat démocratique, offre une opportunité de transformer le paysage politique camerounais. Toutefois, cette opportunité ne peut être saisie que si les conditions nécessaires sont réunies pour permettre une confrontation équitable et respectueuse des idées. Un véritable débat démocratique ne doit pas être une simple formalité rhétorique, mais un processus actif de construction collective, où le droit, la légitimité et la justice se rencontrent.

Conclusion générale

L’analyse des arguments avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo en faveur de la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2025 révèle des tensions profondes entre la légalité formelle, la légitimité démocratique et les aspirations sociopolitiques du Cameroun. Si le recours au droit positif offre une base juridique solide pour justifier cette candidature, il ne parvient pas à dissiper les interrogations sur la nécessité d’une alternance politique, élément fondamental de toute démocratie moderne. En effet, l’invocation des textes constitutionnels et statutaires du RDPC, bien que juridiquement valables, illustre une instrumentalisation des institutions au service d’une élite dominante, au détriment des principes de renouvellement et de pluralité.

Au-delà de la légalité, la légitimité populaire mise en avant dans ce document demeure contestable dans un contexte marqué par un faible pluralisme, des restrictions aux libertés fondamentales et une répression des oppositions. La notion même de « légitimité » est vidée de sa substance lorsqu’elle n’est pas soutenue par des processus transparents, inclusifs et compétitifs. En ce sens, l’appel à un débat démocratique, bien qu’important en théorie, ne peut avoir de valeur réelle sans un environnement institutionnel et politique garantissant l’égalité des chances pour tous les acteurs politiques.

Cette étude met également en lumière les défis structurels de la gouvernance au Cameroun. La centralisation du pouvoir au sein du RDPC, combinée à l’absence d’alternance depuis plus de quatre décennies, risque de saper davantage la confiance des citoyens dans les institutions publiques. Or, comme le démontrent les théories modernes de la démocratie, un système politique ne peut survivre durablement sans un équilibre entre légalité, légitimité et participation citoyenne. Le Cameroun, à ce titre, doit non seulement réévaluer ses pratiques institutionnelles, mais aussi engager des réformes profondes pour consolider un cadre démocratique où le pouvoir n’est pas monopolisé, mais partagé et soumis à des mécanismes de reddition de comptes.

En conclusion, si la défense de Jacques Fame Ndongo constitue une tentative élaborée de justifier la candidature de Paul Biya, elle soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. L’avenir démocratique du Cameroun repose sur sa capacité à dépasser les limitations actuelles, à renforcer ses institutions et à garantir des élections véritablement libres, équitables et transparentes. Cela nécessite non seulement un respect des textes juridiques, mais aussi une adhésion sincère aux principes éthiques et aux aspirations de la société camerounaise pour un État véritablement inclusif et participatif. À l’approche des élections de 2025, le Cameroun a une opportunité historique de démontrer son engagement envers ces idéaux et de tracer une voie vers une démocratie plus solide et durable.

1. Arendt, H. (1958). The Human Condition. University of Chicago Press.

2. Dahl, R. A. (1971). Polyarchy: Participation and Opposition. Yale University Press.

3. Diamond, L. (1999). Developing Democracy: Toward Consolidation. Johns Hopkins University Press.

4. Dworkin, R. (1986). Law’s Empire. Harvard University Press.

5. Easton, D. (1965). A Systems Analysis of Political Life. Wiley.

6. Fuller, L. L. (1964). The Morality of Law. Yale University Press.

7. Habermas, J. (1962). The Structural Transformation of the Public Sphere. MIT Press.

8. Huntington, S. P. (1991). The Third Wave: Democratization in the Late Twentieth Century. University of Oklahoma Press.

9. Kelsen, H. (1934). Pure Theory of Law. University of California Press.

10. Laclau, E., & Mouffe, C. (1985). Hegemony and Socialist Strategy: Towards a Radical Democratic Politics. Verso.

11. Linz, J. J., & Stepan, A. (1996). Problems of Democratic Transition and Consolidation: Southern Europe, South America, and Post-Communist Europe. Johns Hopkins University Press.

12. Michels, R. (1911). Les Partis politiques: Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties. Flammarion.

13. Montesquieu, C.-L. (1748). De l’esprit des lois. Garnier-Flammarion.

14. Rawls, J. (1971). A Theory of Justice. Harvard University Press.

15. Rosanvallon, P. (2006). La Contre-démocratie : La politique à l’âge de la défiance. Seuil.

16. Sartori, G. (1987). The Theory of Democracy Revisited. Chatham House.

17. Schmitter, P. C., & Karl, T. L. (1991). “What Democracy Is… and Is Not”. Journal of Democracy, 2(3), 75-88.

18. Schumpeter, J. A. (1942). Capitalism, Socialism, and Democracy. Harper & Row.

19. Sen, A. (1999). Development as Freedom. Oxford University Press.

20. Weber, M. (1922). Économie et société. Plon.

21. Young, I. M. (2000). Inclusion and Democracy. Oxford University Press.

22. Human Rights Watch. (2023). World Report 2023: Events of 2022. Human Rights Watch.

23. Transparency International. (2023). Corruption Perceptions Index 2022. Transparency International.

24. Freedom House. (2023). Freedom in the World 2023. Freedom House.

MGR KELDA, UNE INTERVIEW A RFI SANS SUBSTANCE: L’Église Catholique Camerounaise, Une Institution en Retrait face aux Luttes de son Peuple

Résumé

L’Église catholique au Cameroun, pourtant historiquement influente, semble s’être retranchée dans une posture prudente face aux défis politiques et sociaux cruciaux du pays. À travers l’interview de Mgr Samuel Kleda, archevêque de Douala, on observe une déconnexion croissante entre l’institution religieuse et les attentes populaires. Cet article critique cette posture en soulignant son manque d’engagement concret, tout en la comparant à des Églises africaines plus engagées, comme celle de Côte d’Ivoire, qui ont su assumer un rôle prophétique et défendre fermement les intérêts des populations. Une telle comparaison révèle l’échec de l’Église camerounaise à incarner un véritable soutien aux luttes populaires, renforçant son image d’une institution timorée, voire complice du statu quo.

Mots clés: Église catholique au Cameroun, Engagement politique, Mgr Samuel Kleda, Crise anglophone, Transition démocratique, Justice sociale, Leadership religieux en Afrique, Église catholique en Côte d’Ivoire, Médiation des conflits, Société civile et religion, Influence religieuse en politique, Églises africaines et droits humains

Abstract

The Catholic Church in Cameroon, historically an influential institution, appears increasingly disconnected from the pressing demands of its people. This paper critically examines the recent interview of Archbishop Samuel Kleda, analyzing its lack of substantive proposals and highlighting the Church’s passive stance on critical national issues such as political transition, the Anglophone crisis, and socioeconomic inequalities. Drawing comparisons with more politically engaged Catholic Churches in Africa, such as those in Côte d’Ivoire and the Democratic Republic of Congo, this study underscores the Church’s failure to embody a prophetic voice. The analysis demonstrates how the Church’s reticence compromises its credibility and alienates it from the struggles of the Cameroonian people, contrasting this with examples of proactive and transformative ecclesiastical leadership in Africa. Finally, the paper calls for a reimagined role of the Catholic Church in Cameroon as a bold advocate for justice, democracy, and social change.

Keywords: Catholic Church in Cameroon, Political engagement, Archbishop Samuel Kleda, Anglophone crisis, Church and democracy, Justice and social change, Côte d’Ivoire Catholic Church, Democratic Republic of Congo (DRC) Catholic Church, Church and political transition, African ecclesiastical leadership

1. Introduction : L’Église face à une crise d’engagement

Dans les contextes africains marqués par des crises politiques, économiques et sociales, les institutions religieuses jouent souvent un rôle déterminant en tant que médiateurs et catalyseurs de changement. Pourtant, l’Église catholique camerounaise semble hésiter à assumer pleinement cette responsabilité. L’interview de Mgr Kleda, bien qu’évoquant des préoccupations légitimes telles que la transition politique et la résolution de la crise anglophone, manque de profondeur, de fermeté et de propositions concrètes pour accompagner le peuple dans sa quête de justice et de démocratie.

2. L’interview de Mgr Kleda : Une neutralité malvenue

2.1. Un appel à la transition politique sans substance

Mgr Kleda appelle à une « transition pacifique » et qualifie une nouvelle candidature de Paul Biya de « non réaliste ». Cependant, cette déclaration évite d’aborder les racines profondes de la crise politique au Cameroun : la gouvernance autocratique et les élections systématiquement contestées.

Neutralité et passivité institutionnelle

Selon Philpott (2004), les Églises qui réussissent à influencer les transitions démocratiques adoptent des positions claires et courageuses face aux régimes autoritaires. L’Église catholique en Pologne, par exemple, a joué un rôle décisif dans la chute du communisme en soutenant activement le mouvement Solidarnosc. Par contraste, les déclarations de Mgr Kleda manquent de substance et ne remettent pas directement en question le système en place.

2.2. Une position floue sur la crise anglophone

La crise anglophone, l’un des conflits les plus meurtriers en Afrique centrale, n’est abordée que de manière superficielle dans l’interview. L’appel au dialogue de Mgr Kleda, bien intentionné, reste dénué de propositions concrètes sur la manière de structurer ce dialogue ou d’en garantir l’efficacité.

L’inaction face aux conflits prolongés

Lederach (1997) insiste sur l’importance de la médiation proactive et de la création d’espaces sûrs pour les négociations dans les conflits prolongés. L’Église camerounaise, malgré son influence, n’a pas organisé de forums ou offert ses ressources comme médiateur impartial, contrairement à ce que l’on a vu dans d’autres pays.

2.3. L’oubli des préoccupations socio-économiques

L’interview de Mgr Kleda néglige totalement les préoccupations socio-économiques des Camerounais, tels que le chômage massif, l’inflation et l’inégalité croissante. Cette omission illustre une déconnexion de l’Église avec les réalités quotidiennes de ses fidèles.

La justice sociale comme mission centrale

Gutierrez (1973) souligne que l’Église doit être à l’avant-garde des luttes pour la justice sociale. En ignorant ces questions, l’Église camerounaise échoue à incarner une institution réellement au service du peuple.

3. Une comparaison avec des Églises africaines engagées

3.1. L’Église catholique de Côte d’Ivoire : Une voix prophétique dans les crises

En Côte d’Ivoire, l’Église catholique s’est démarquée par son franc-parler et son engagement dans les crises politiques. Lors de la crise post-électorale de 2010-2011, les évêques ivoiriens ont publiquement condamné la violence et les abus de pouvoir, tout en appelant à une solution pacifique basée sur la justice. Leur déclaration collective, « Nous n’avons pas peur de la vérité », a marqué une prise de position courageuse et sans ambiguïté.

Exemple : La médiation active de l’Église ivoirienne

En plus de ses déclarations, l’Église catholique ivoirienne a initié des médiations entre les factions rivales et a plaidé pour des réformes institutionnelles afin de garantir des élections crédibles. Cette posture contraste fortement avec l’attentisme de l’Église camerounaise.

3.2. L’Église catholique au Congo-Kinshasa : Leader de la société civile

En République démocratique du Congo (RDC), l’Église catholique est un acteur majeur de la société civile. En 2018, face à l’incertitude politique entourant la succession de Joseph Kabila, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a joué un rôle crucial dans la supervision des élections et la dénonciation des irrégularités.

Exemple : Mobilisation pour la vérité électorale

En mobilisant des milliers d’observateurs pour surveiller les élections et en publiant des rapports détaillés sur les irrégularités, la CENCO a démontré un engagement clair en faveur de la démocratie et des droits des citoyens. Cette mobilisation a renforcé la légitimité de l’Église auprès du peuple.

3.3. Comparaison : Une Église camerounaise en retrait

Contrairement à ces exemples, l’Église catholique au Cameroun reste sur la défensive, évitant les confrontations directes avec le régime et négligeant les initiatives concrètes pour accompagner la transition démocratique ou résoudre la crise anglophone.

4. Conclusion : L’Église catholique camerounaise à la croisée des chemins

L’Église catholique camerounaise est confrontée à une crise de crédibilité en raison de son manque d’engagement clair face aux luttes populaires. L’interview de Mgr Kleda, bien qu’évoquant des thématiques importantes, illustre une institution plus soucieuse de préserver son équilibre institutionnel que de défendre les aspirations des Camerounais.

À la lumière des exemples ivoiriens et congolais, il est évident que l’Église au Cameroun a les moyens de jouer un rôle plus actif et courageux. Cependant, son hésitation actuelle renforce l’idée qu’elle est déconnectée du peuple qu’elle prétend servir.

Pour retrouver sa place en tant qu’institution prophétique et morale, l’Église catholique camerounaise doit :

1. Prendre des positions claires et courageuses sur les crises politiques et sociales.

2. Proposer des initiatives concrètes pour accompagner les transitions démocratiques et résoudre les conflits.

3. S’engager davantage dans les luttes pour la justice sociale et économique.

Faute de quoi, elle continuera à être perçue comme une institution timorée, complice du statu quo, et déconnectée des réalités et des aspirations des Camerounais.

Références

• Gutierrez, G. (1973). A Theology of Liberation: History, Politics, and Salvation. Orbis Books.

• Lederach, J. P. (1997). Building Peace: Sustainable Reconciliation in Divided Societies. United States Institute of Peace Press.

• Philpott, D. (2004). “The Catholic Wave.” Journal of Democracy, 15(2), 32-46.

• Conférence Épiscopale de Côte d’Ivoire (2011). Déclaration sur la vérité et la réconciliation.

L’ESPOIR TRAHI PAR LE PCRN DANS LA SANAGA MARITIME & NYONG-et-KÉLLÉ, LE MLDC PROPOSE

INTERROGEZ ET INTERPELLEZ VOS DÉPUTÉS, SÉNATEURS, MAIRES… VOS ÉLUS… CE SONT VOS EMPLOYÉS

Diaspora camerounaise, levier stratégique pour le MLDC : Vers une révolution électorale en 2025 ?

Pr Jimmy Yab, SG du MLDC à Rennes, France

Résumé

La diaspora camerounaise, forte de plus de 5 millions de membres répartis à travers le monde, joue un rôle central dans les dynamiques socio-économiques et politiques du pays. En 2025, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) met cette communauté au cœur de sa stratégie électorale, en vue de mobiliser un électorat globalisé et de promouvoir un projet sociopolitique inclusif. Cet article examine en détail les contributions économiques, sociales et politiques de la diaspora camerounaise tout en les comparant aux rôles similaires joués par les diasporas nigériane et sénégalaise. À travers cette analyse, nous identifions des stratégies concrètes pour maximiser l’impact de cette communauté sur les prochaines élections présidentielles et au-delà.

Mots-clés: Diaspora camerounaise, Élections présidentielles 2025, MLDC, Participation politique, Transferts financiers, Plaidoyer international, Développement économique,Vote des expatriés, Mobilisation diaspora, Structuration politique

Abstract

The Cameroonian diaspora, with over 5 million members worldwide, plays a central role in the country’s socio-economic and political dynamics. In 2025, the Movement for the Liberation and Development of Cameroon (MLDC) places this community at the core of its electoral strategy, aiming to mobilize a globalized electorate and promote an inclusive sociopolitical agenda. This article provides an in-depth analysis of the economic, social, and political contributions of the Cameroonian diaspora, comparing them to similar roles played by Nigerian and Senegalese diasporas. Through this examination, we identify actionable strategies to enhance the diaspora’s impact on upcoming presidential elections and beyond.

Keywords: Cameroonian diaspora, 2025 presidential elections, MLDC, Political participation, Financial remittances, International advocacy, Economic development, Expatriate voting, Diaspora mobilization, Political structuring

1. La diaspora camerounaise : un levier économique et social

1.1. Les transferts financiers : une bouffée d’oxygène pour l’économie nationale

La diaspora camerounaise contribue de manière significative à l’économie nationale à travers des transferts financiers réguliers. En 2022, ces envois de fonds représentaient environ 1,7 milliard USD, soit 7,5 % du PIB camerounais (Banque mondiale, 2023). Ces montants sont souvent destinés à financer des besoins essentiels : paiement des frais de scolarité, frais médicaux, construction d’habitations, et soutien aux PME. Ces fonds apportent une stabilité économique à des milliers de familles et atténuent les effets de la pauvreté structurelle.

Cependant, ces flux financiers restent largement informels, ce qui limite leur impact sur l’économie nationale dans son ensemble. Contrairement à la diaspora nigériane, qui canalise une part importante de ses envois à travers des plateformes bancaires formelles, la diaspora camerounaise utilise encore massivement des réseaux informels, comme les agences de transfert d’argent ou les envois directs. Pour maximiser cet apport, il est essentiel d’encourager des politiques de bancarisation et d’incitation fiscale, ce que le MLDC pourrait intégrer à son programme économique.

1.2. Le rôle social et culturel de la diaspora

La diaspora camerounaise joue également un rôle central dans le renforcement des liens sociaux et culturels entre les Camerounais résidant au pays et ceux à l’étranger. À travers des associations ou des organisations spécifiques à certaines régions (Bamiléké, Bassa, etc.), elle contribue à des projets communautaires, tels que la construction de centres de santé, le financement de bourses d’études, et la rénovation d’infrastructures locales.

Sur le plan culturel, cette diaspora promeut le patrimoine camerounais à l’international par l’organisation de festivals, conférences, et expositions, ce qui contribue à rehausser l’image du pays sur la scène mondiale. Ce rôle de médiation culturelle pourrait être mieux exploité par le MLDC pour construire une identité collective nationale qui transcende les divisions ethniques et régionales.

2. Rôle politique de la diaspora dans les élections de 2025

2.1. Mobilisation politique : entre défis et opportunités

Depuis plusieurs années, la diaspora camerounaise s’affirme comme un acteur politique majeur, notamment par son rôle dans les mobilisations contre les irrégularités électorales. En 2018, des manifestations organisées dans des villes comme Paris, Washington, et Berlin ont attiré l’attention internationale sur les enjeux démocratiques du pays. En 2025, le MLDC entend canaliser cette énergie en mobilisant la diaspora autour d’un projet politique cohérent.

Cependant, plusieurs défis subsistent. Le vote des Camerounais de l’étranger, bien que légalement prévu, reste sous-exploité en raison de la faible accessibilité des bureaux de vote et du manque de sensibilisation. À titre comparatif, le Sénégal permet à sa diaspora de participer activement au processus électoral, avec une représentation politique institutionnalisée, ce qui renforce la légitimité démocratique.

Pour le MLDC, il est impératif de plaider pour des réformes permettant une plus grande inclusion électorale de la diaspora. Cela pourrait inclure la mise en place de plateformes numériques pour l’inscription sur les listes électorales ou l’introduction du vote par correspondance.

2.2. Diplomatie parallèle et plaidoyer international

La diaspora camerounaise utilise également sa position stratégique dans des pays influents, comme la France ou les États-Unis, pour attirer l’attention des gouvernements et des organisations internationales sur les enjeux politiques et humanitaires du Cameroun. Ce rôle de diplomatie parallèle a permis de sensibiliser sur des problématiques comme la crise anglophone ou la lutte contre la corruption.

Pour les élections de 2025, le MLDC pourrait renforcer cette dynamique en organisant des campagnes internationales de plaidoyer, mobilisant les Camerounais de la diaspora pour interpeller des institutions telles que l’Union européenne, l’Union africaine, ou les Nations unies sur l’importance d’un processus électoral transparent.

3. Comparaison avec d’autres diasporas africaines

3.1. La diaspora nigériane : un modèle de structuration économique et politique

La diaspora nigériane est souvent citée comme un exemple de structuration réussie. Avec des transferts financiers atteignant 21,9 milliards USD en 2022, elle est l’une des premières sources de devises pour le Nigeria. Mais au-delà de son impact économique, cette diaspora a su se positionner politiquement grâce à des organisations bien établies, comme la Nigerian Diaspora Organization (NIDO), qui agit comme une interface entre les Nigérians à l’étranger et le gouvernement.

3.2. La diaspora sénégalaise : un acteur politique institutionnalisé

La diaspora sénégalaise, bien que moins nombreuse, joue un rôle politique crucial grâce à son droit de vote effectif à l’étranger et à la représentation directe dans le Parlement national. Ce modèle, qui renforce l’inclusion politique, pourrait inspirer des réformes au Cameroun, notamment sous l’impulsion du MLDC.

3.3. La spécificité camerounaise

En comparaison, la diaspora camerounaise reste sous-représentée dans les structures politiques nationales, malgré sa contribution économique significative. Cette situation découle en partie d’un manque de structuration et de mécanismes institutionnels adaptés.

4. Perspectives pour le MLDC et la diaspora camerounaise

4.1. Renforcer la structuration de la diaspora

Le MLDC pourrait jouer un rôle clé en facilitant la création de réseaux organisés autour d’intérêts communs, tels que le développement économique ou la démocratisation politique. Cela passe par la mise en place d’une plateforme numérique dédiée, qui connecterait les associations diasporiques et offrirait des ressources pour la mobilisation.

4.2. Réformer le cadre législatif pour le vote à l’étranger

Plaider pour une réforme permettant le vote électronique ou par correspondance pourrait considérablement augmenter la participation de la diaspora.

4.3. Sensibiliser sur l’importance de l’engagement politique

Enfin, une campagne de communication ciblée pourrait encourager davantage de Camerounais de l’étranger à s’impliquer dans le processus électoral, tant en tant qu’électeurs qu’en tant que donateurs ou militants.

Conclusion

La diaspora camerounaise dispose d’un potentiel immense pour influencer positivement les élections présidentielles de 2025. En s’appuyant sur ses contributions économiques, son rôle de plaidoyer et ses aspirations politiques, le MLDC peut non seulement maximiser l’impact de cette communauté, mais aussi tracer la voie vers une transformation durable du paysage politique camerounais.

Bibliographie

• Banque mondiale (2023). Migration and Remittances Data.

• Collier, P. (2013). Exodus: How Migration is Changing Our World. Oxford University Press.

• Mohan, G., & Zack-Williams, A. B. (2002). Globalisation from below: Conceptualising the role of the African diaspora in Africa’s development. Review of African Political Economy.

• Ndi, F. A. (2020). Diaspora politics and development in Cameroon. African Affairs.

• Ratha, D., & Plaza, S. (2011). Harnessing Diaspora Resources for Africa. World Bank.

120 000 Inscrits Rétablis : Le MLDC Dénonce Une Fraude d’État et Exige une Réforme Profonde d’ELECAM »

LE MLDC EXIGE LA DÉMISSION DU PRÉSIDENT D’ELECAM


Résumé

L’annonce récente d’ELECAM de réintégrer 120 000 électeurs dans le fichier électoral met en lumière des irrégularités systémiques dans la gestion du processus électoral camerounais. Le MLDC (Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun) dénonce cette décision comme un mécanisme institutionnalisé de fraude et réitère sa demande de démission du président d’ELECAM. S’appuyant sur des exemples internationaux, cet article plaide pour une réforme urgente de l’organe électoral et une supervision internationale afin de restaurer la crédibilité avant les élections présidentielles de 2025.

Mots clés: Élections Camerounaises, ELECAM, Fraude Électorale, MLDC, Audit International, Réforme Électorale

Abstract:

The recent announcement by ELECAM to reintegrate 120,000 voters into the electoral registry highlights systemic irregularities in the management of Cameroon’s electoral process. The MLDC (Movement for the Liberation and Development of Cameroon) condemns this decision as an institutionalized mechanism for fraud and reiterates its call for the resignation of ELECAM’s president. Drawing from global case studies, this article advocates for an urgent overhaul of the electoral body and international oversight to restore credibility ahead of the 2025 presidential elections.

Keywords: Cameroon Elections, ELECAM, Electoral Fraud, MLDC, International Audit, Electoral Reform

Introduction

L’annonce récente par Élections Cameroon (ELECAM) de la réintégration de 120 000 noms sur les listes électorales met en évidence des défaillances structurelles profondes dans la gestion du processus électoral au Cameroun. Cette situation survient à un moment critique, à moins d’un an des élections présidentielles de 2025. Selon le MLDC (Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun), cette réintégration tardive ne peut être interprétée autrement que comme une tentative d’institutionnalisation de la fraude. En conséquence, le MLDC exige la démission immédiate du président d’ELECAM pour incompétence manifeste et appelle à un audit international indépendant du fichier électoral. L’objectif est clair : restaurer la crédibilité du processus électoral camerounais et assurer une élection juste et transparente.


Analyse des faits

La réintégration des 120 000 inscrits, précédemment supprimés pour des raisons liées à des « problèmes d’empreintes digitales », soulève de sérieuses interrogations. Pourquoi ces erreurs n’ont-elles pas été corrigées plus tôt ? Quelle garantie existe-t-il que ces électeurs réintégrés ne sont pas fictifs ou manipulés ? Selon les statistiques publiées par ELECAM, le fichier électoral comprend près de 7 millions d’électeurs inscrits. Une anomalie de 120 000 noms représente environ 1,7 % du total, un chiffre suffisant pour influencer des élections dans un pays où les résultats sont souvent très serrés.

Cette situation rappelle les défaillances électorales observées au Zimbabwe en 2018, où une analyse des listes électorales a révélé la présence de milliers de doublons et d’électeurs fictifs, menaçant ainsi la crédibilité du scrutin. Au Cameroun, l’absence de transparence et le manque de contrôles internes renforcent les soupçons de manipulation. Dans un contexte où les institutions électorales devraient garantir la justice et la transparence, cette annonce d’ELECAM apparaît comme une preuve accablante d’incompétence et de mauvaise gestion.


Position du MLDC

Le MLDC dénonce fermement cette situation comme une fraude d’État institutionnalisée. Le parti estime que maintenir un fichier électoral fiable n’est pas seulement une obligation technique mais un pilier fondamental de la démocratie. La gestion chaotique du fichier électoral par ELECAM, marquée par des erreurs massives et un manque flagrant de transparence, justifie pleinement la démission immédiate du président de cette institution. En outre, le MLDC appelle à la vigilance de la jeunesse camerounaise, qui représente plus de 60 % de l’électorat, pour exiger des réformes structurelles et une gestion électorale transparente.

En comparaison, des pays comme le Ghana ont montré qu’il est possible d’améliorer significativement la crédibilité électorale. En 2020, la Commission électorale du Ghana a adopté un système biométrique avancé et mis à jour ses listes électorales, réduisant ainsi les fraudes à un minimum. Le MLDC préconise une solution similaire pour le Cameroun : moderniser les outils électoraux et adopter une technologie plus robuste pour prévenir les irrégularités.


Comparaisons internationales

L’expérience de pays comme le Kenya offre des leçons précieuses. En 2017, avant les élections générales, un audit indépendant du fichier électoral réalisé par la Fondation Internationale pour les Systèmes Électoraux (IFES) a permis de détecter et de corriger des anomalies majeures. Cette initiative a renforcé la crédibilité des élections et réduit les tensions politiques. De même, en Afrique du Sud, la publication régulière des listes électorales pour examen public constitue une pratique exemplaire de transparence.

Au Cameroun, ces modèles pourraient être adaptés. Le MLDC propose un audit international supervisé par des personnalités reconnues pour leur impartialité et leur expérience, comme l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Ce dernier a souvent joué un rôle décisif dans la résolution des crises électorales en Afrique, apportant une expertise et une neutralité essentielle pour rétablir la confiance.


Recommandations

Pour éviter une crise électorale majeure en 2025, le MLDC propose les actions suivantes :

  1. Audit international indépendant : Faire appel à des organisations internationales comme l’Union Africaine ou la Fondation Carter pour examiner le fichier électoral. Cet audit pourrait être supervisé par des figures comme Olusegun Obasanjo pour garantir sa crédibilité.
  2. Publication des listes électorales : Les rendre accessibles au public pour permettre une vérification citoyenne, comme cela se fait en Afrique du Sud.
  3. Modernisation technologique : Adopter des technologies biométriques plus avancées pour éliminer les doublons et les erreurs d’inscription.
  4. Formation et responsabilisation des agents électoraux : Introduire des formations approfondies pour garantir que les responsables électoraux soient compétents et impartiaux.
  5. Sensibilisation citoyenne : Mener des campagnes pour informer les Camerounais sur leurs droits électoraux et les inciter à exiger des élections transparentes.

En prenant ces mesures, le Cameroun pourrait non seulement restaurer la confiance dans son processus électoral mais aussi envoyer un signal fort à la communauté internationale sur son engagement envers la démocratie.


Conclusion

La réintégration de 120 000 inscrits par ELECAM ne peut être vue comme une simple correction technique. C’est un symptôme d’un problème systémique plus profond qui, s’il n’est pas adressé, pourrait compromettre les élections présidentielles de 2025. Le MLDC, en tant que voix de l’opposition et du changement, appelle à une refonte totale du système électoral camerounais, sous la supervision d’experts internationaux. Il est temps pour le Cameroun de suivre l’exemple de pays africains qui ont réussi à moderniser et crédibiliser leurs processus électoraux. L’avenir de la démocratie camerounaise en dépend.

Bibliographie

1. Transparency International. (2023). Perceptions of Electoral Integrity in Africa. Berlin : Transparency International.

2. IFES. (2021). Enhancing Electoral Integrity through Technology. Washington, DC : IFES.

3. Commission électorale du Ghana. (2020). Biometric Voter Registration Lessons. Accra : CEG.

4. Obasanjo, O. (2014). My Watch: A Memoir. Lagos : Prestige Publishers.

5. Electoral Institute for Sustainable Democracy in Africa. (2018). Election Integrity in Zimbabwe: Lessons Learned. Pretoria : EISA.

Gouvernance par Génération : Le Sénégal et le Cameroun face au Dynamisme de la Jeunesse au Pouvoir

Résumé

Au Sénégal, une nouvelle génération de dirigeants marque un tournant dans la gouvernance nationale. Le plébiscite d’El Malick Ndiaye, 41 ans, comme président de l’Assemblée nationale, accompagné de Diomaye Faye, 44 ans, président de la République, et Ousmane Sonko, 50 ans, Premier ministre, illustre une rupture générationnelle. Ces figures incarnent une gouvernance en phase avec une population où 64 % des citoyens ont moins de 25 ans. À l’opposé, le Cameroun reste dirigé par une classe politique vieillissante, avec des figures comme Paul Biya, 91 ans, président depuis 1982, et Marcel Niat Njifenji, 89 ans, président du Sénat. Cet article examine les implications de cette disparité générationnelle dans la gouvernance des deux pays, en s’appuyant sur des données démographiques, sociopolitiques et des études académiques.

Mots-clés

Jeunesse, gouvernance générationnelle, Sénégal, Cameroun, leadership, démographie, innovation politique, El Malick Ndiaye, Diomaye Faye, Ousmane Sonko.

Abstract

In Senegal, a new generation of leaders marks a turning point in national governance. The election of El Malick Ndiaye, 41, as Speaker of the National Assembly, alongside President Diomaye Faye, 44, and Prime Minister Ousmane Sonko, 50, demonstrates generational renewal. These leaders reflect governance aligned with a population where 64% are under 25 years old. Conversely, Cameroon remains governed by an aging political class, exemplified by Paul Biya, 91, in power since 1982, and Marcel Niat Njifenji, 89, Senate President. This paper explores the implications of this generational disparity in governance between the two countries, leveraging demographic, sociopolitical data and academic studies.

Keywords

Youth, generational governance, Senegal, Cameroon, leadership, demographics, political innovation, El Malick Ndiaye, Diomaye Faye, Ousmane Sonko.

Introduction

La gouvernance contemporaine en Afrique pose une question cruciale : l’âge des dirigeants reflète-t-il les aspirations des populations jeunes ? Le Sénégal s’impose comme un exemple d’adaptation générationnelle, avec des figures telles qu’El Malick Ndiaye (41 ans), président de l’Assemblée nationale, Diomaye Faye (44 ans), président de la République, et Ousmane Sonko (50 ans), Premier ministre.

Face à cette dynamique, le Cameroun reste ancré dans une gouvernance vieillissante, illustrée par Paul Biya (91 ans), Marcel Niat Njifenji (89 ans) et Cabaye Yeguié Dibril. Cette disparité soulève des interrogations sur les impacts d’un leadership jeune par rapport à un leadership âgé, en termes d’innovation politique, de participation citoyenne et de représentativité.

Cet article explore ces enjeux en comparant le Sénégal et le Cameroun, à travers une analyse approfondie des données démographiques et des réalités politiques.

I. La Jeunesse au Pouvoir au Sénégal : Un Changement de Paradigme

1. El Malick Ndiaye, un symbole de renouveau

À 41 ans, El Malick Ndiaye est devenu en 2024 le plus jeune président de l’Assemblée nationale du Sénégal depuis l’indépendance. Ancien économiste et militant pour la transparence institutionnelle, il incarne une génération de leaders marquée par la modernité.

2. Un exécutif jeune et homogène

• Diomaye Faye, président de la République, 44 ans : avocat de formation, il s’est imposé comme un défenseur de la justice sociale et de la réforme institutionnelle.

• Ousmane Sonko, Premier ministre, 50 ans : ancien inspecteur des impôts, connu pour son franc-parler et son combat contre la corruption.

3. Alignement avec une démographie jeune

Selon les données de l’ONU (2023), 64 % de la population sénégalaise a moins de 25 ans, et la médiane d’âge est de 19 ans. Cette jeunesse se reflète désormais dans un leadership politique, favorisant une meilleure inclusion et des politiques publiques adaptées.

4. Réformes en cours

Depuis leur arrivée, ces dirigeants ont lancé entre autres :

• Des programmes d’entrepreneuriat pour les jeunes.

• Une digitalisation accrue de l’administration publique.

• Un soutien massif à l’éducation technique et à la santé reproductive.

II. Le Cameroun : Un Leadership Vieillissant, une Gouvernance en Déphasage

1. Une élite vieillissante aux commandes

• Paul Biya, 91 ans, président depuis 1982 : au pouvoir depuis plus de 42 ans, il est l’un des chefs d’État les plus âgés et les plus anciens en fonction dans le monde.

.Cavayé Yeguié Djibril, né le 1er janvier 1940 à Mada I, président de l’Assemblée nationale depuis 1992 ,.

• Marcel Niat Njifenji, président du Sénat, 89 ans : ancien ingénieur et figure de l’élite politique camerounaise depuis des décennies.

2. Un contraste frappant avec la démographie nationale

Selon la Banque mondiale (2023), le Cameroun partage une structure démographique similaire au Sénégal, avec une médiane d’âge de 18,7 ans et 62 % de la population âgée de moins de 25 ans. Malgré cela, l’écart générationnel entre les dirigeants et les citoyens reste massif.

3. Conséquences pour la gouvernance

• Une faible participation des jeunes aux décisions publiques.

• Des politiques souvent perçues comme déconnectées des réalités de la jeunesse.

• Une lenteur dans l’adoption des innovations technologiques et des réformes institutionnelles.

III. Gouverner par Génération : Avantages et Défis

1. Les atouts du leadership jeune

• Adaptabilité : Compréhension des enjeux contemporains tels que la technologie et l’environnement.

• Mobilisation : Capacité à engager une jeunesse souvent marginalisée dans le processus décisionnel.

• Innovation : Introduction de nouvelles idées et approches dans la gestion publique.

2. Les défis du rajeunissement

• Manque d’expérience : Les jeunes leaders peuvent commettre des erreurs stratégiques par manque de recul.

• Fragilité institutionnelle : Le renouvellement doit s’accompagner d’une stabilité institutionnelle pour éviter des ruptures brutales.

3. L’équilibre générationnel idéal

Les systèmes politiques doivent s’appuyer sur une diversité générationnelle, combinant la créativité des jeunes et l’expérience des aînés pour une gouvernance optimale.

2. Implications pour les politiques publiques

Au Sénégal, la jeunesse au pouvoir favorise des initiatives telles que :

• L’entrepreneuriat digital.

• Les réformes dans le système éducatif.

Au Cameroun, l’inertie politique empêche souvent une réponse adéquate aux défis des jeunes, tels que le chômage ou l’accès aux services sociaux.

Conclusion

Le Sénégal démontre qu’une gouvernance en phase avec sa jeunesse peut catalyser l’innovation et renforcer la participation citoyenne. À l’inverse, le Cameroun illustre les défis d’un leadership vieillissant face à une société jeune. Cette analyse invite à repenser la place des jeunes dans la gouvernance en Afrique, dans un contexte où l’âge des dirigeants influence directement l’efficacité des politiques publiques.

Bibliographie

1. Institut national de la statistique du Sénégal. Rapport démographique 2023. Dakar, Sénégal.

2. Banque mondiale. Perspectives démographiques et économiques de l’Afrique. 2023.

3. Mbaye, Fatou. Jeunesse et politique en Afrique de l’Ouest. Paris : L’Harmattan, 2020.

4. Bayart, Jean-François. L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard, 1989.

5. ONU Afrique. La jeunesse africaine et les objectifs de développement durable. 2022.

6. Mbembe, Achille. Critique de la raison nègre. Paris : La Découverte, 2013.

Remaniements Ministériels au Cameroun, 82% de Stagnation: Entre Immobilisme, Abandon de Gouvernance et Besoin de Réformes, Les Propositions du MLDC…

Remaniements Ministériels sous Paul Biya (1980s-2024)

Légende du tableau :

Ce graphique montre le nombre de remaniements ministériels effectués par Paul Biya au cours de chaque décennie depuis son accession à la présidence en 1982. Les différentes couleurs des barres indiquent les décennies spécifiques, et le nombre au sommet de chaque barre représente le nombre total de remaniements ministériels effectués durant cette période.

  • 1980s (30%) : Durant cette première décennie, Paul Biya a effectué 7 remaniements ministériels, ce qui correspond à environ 30 % du total de ses remaniements depuis son accession au pouvoir. Cette période a été marquée par la consolidation de son pouvoir et la mise en place de son propre gouvernement après la démission d’Ahmadou Ahidjo.
  • 1990s (26%) : Cette décennie a vu un total de 6 remaniements (26 %), notamment en raison des pressions politiques internes et internationales, notamment la mise en place du multipartisme en 1990 et les premières contestations du régime.
  • 2000s (22%) : Avec 5 remaniements (22 %), cette période a marqué un tournant dans la stabilité apparente du régime, avec un maintien de l’ordre établi et la gestion de certaines crises, mais moins d’initiatives de changement.
  • 2010s (22%) : En dépit de la stabilité de la présidence, cette décennie a aussi été marquée par 5 remaniements, mais également par un ralentissement dans l’innovation politique et une relative stagnation ministérielle.
  • 2019-2024 (0%) : Aucune modification ministérielle n’a été réalisée pendant cette période, ce qui reflète l’immobilisme du gouvernement actuel, malgré les crises graves que traverse le pays. Cette absence de remaniement ministériel peut être interprétée comme un signe de la déconnexion de Paul Biya de la gestion active de l’État et de la gouvernance.

Un (1) à Immobilisme Historique Face aux Défis du Cameroun

Depuis 2019, le Cameroun n’a connu aucun remaniement ministériel, une situation inédite sous Paul Biya, dont le règne de 42 ans a pourtant été marqué par 23 ajustements gouvernementaux. Avec une moyenne annuelle de 0,55 remaniement, Biya a toujours procédé à des changements rares, souvent motivés par des considérations politiques ou clientélistes plutôt que par des objectifs de performance. Durant les années 1980, il a orchestré sept remaniements (30% du total), principalement pour éliminer les fidèles de son prédécesseur Ahmadou Ahidjo et asseoir son autorité personnelle, comme l’explique Jean-François Bayart dans L’État en Afrique : La politique du ventre. Dans les années 1990, six ajustements supplémentaires (26%) ont répondu aux pressions du multipartisme, intégrant parfois des figures de l’opposition pour désamorcer les tensions populaires sans véritablement transformer les institutions. Cependant, dès les années 2000, la fréquence des remaniements a chuté à cinq par décennie, consolidant un système basé sur l’immobilisme. Depuis le dernier remaniement en 2019, aucune réforme n’a été entreprise malgré les multiples crises qui ébranlent le pays. Selon Transparency International, moins de 18% des ministres ont été renouvelés par mandat sous Biya, contre une moyenne mondiale de 30% dans les pays confrontés à des défis majeurs, soulignant un gouvernement incapable de s’adapter aux besoins urgents de la population.

L’Inertie Face aux Crises : Une Déconnexion Préoccupante

L’absence prolongée de remaniements est d’autant plus alarmante que le Cameroun est confronté à des crises profondes qui exigent des réponses stratégiques. La guerre dans les régions anglophones, ayant causé des milliers de morts et des millions de déplacés, illustre l’échec du gouvernement à proposer des solutions novatrices. Le ministre de la Défense n’a pas pu mettre en place des stratégies efficaces pour désamorcer le conflit. De même, dans le domaine économique, le Cameroun affiche une croissance stagnante de 4% par an, insuffisante pour réduire la pauvreté qui touche plus de 40% de la population. Alors que les défis exigeraient des compétences nouvelles, le cabinet reste inchangé. Comme le souligne Patrick Chabal dans Africa Works, “un régime qui ne procède pas à des ajustements institutionnels face aux crises majeures reflète une perte de connexion avec ses citoyens et une gouvernance purement symbolique”. Cette inertie dépasse les standards africains : depuis 2019, des pays comme le Rwanda et le Sénégal ont procédé à plusieurs remaniements pour intégrer des technocrates compétents, alors que le Cameroun demeure figé avec une moyenne d’âge ministérielle dépassant 65 ans.

Un Leadership Absent : Paul Biya et l’Abandon de l’État

L’inaction de Paul Biya est renforcée par son absence prolongée de la scène nationale. Résidant fréquemment en Suisse, il laisse la gestion des affaires publiques à des ministres vieillissants et souvent incompétents. Par comparaison, le Sénégal ou le Rwanda procèdent à des ajustements réguliers pour intégrer des compétences adaptées aux défis actuels. Le Cameroun, en revanche, enregistre une durée moyenne de mandat ministériel de dix ans, contre quatre ans dans les pays en développement dynamiques (Banque mondiale, 2022). L’absence de Biya, couplée à son refus d’ajuster son gouvernement, traduit un abandon manifeste de la gouvernance. Cela alimente le sentiment de désillusion populaire, exacerbé par la perception d’un gouvernement uniquement préoccupé par sa survie.

Une Gouvernance Déconnectée des Réalités Sociales

Le mécontentement des citoyens face à l’inaction gouvernementale est largement documenté, notamment à travers les mouvements sociaux comme “On a trop supporté”, menés par les enseignants en 2022. Ces revendications légitimes, visant à améliorer les conditions de travail et les infrastructures, n’ont suscité aucune réponse de la part d’un gouvernement figé dans l’immobilisme. Par ailleurs, la corruption généralisée alimente la frustration populaire. Selon Transparency International, le Cameroun est classé parmi les 50 pays les plus corrompus au monde, et cette situation est exacerbée par le manque de renouvellement des élites administratives, qui perpétuent un système inefficace et clientéliste.

L’Alternative MLDC : Réformes et Gouvernance Dynamique

Face à cet immobilisme, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose une alternative ambitieuse et pragmatique avec son modèle d’État développementaliste communautaire. Ce modèle repose sur des réformes régulières et basées sur la performance, garantissant une gouvernance redevable et dynamique. Contrairement au régime actuel, le MLDC prône des audits systématiques des ministères clés et la mise en place d’un calendrier de révision gouvernementale tous les trois ans. De plus, le MLDC privilégie une inclusion accrue des populations locales dans la gestion publique. Dans les régions anglophones, cela se traduirait par la création d’un ministère dédié à la réconciliation nationale, dirigé par des personnalités locales crédibles et respectées. Enfin, le modèle MLDC propose une gouvernance décentralisée, où chaque région jouerait un rôle actif dans l’élaboration des politiques nationales, rompant ainsi avec la centralisation excessive qui caractérise le régime Biya.

Conclusion : Entre Immobilisme et Avenir

L’absence de remaniement ministériel au Cameroun depuis 2019 est la manifestation claire d’un régime en perte de gouvernance active. Cette situation, même par les standards limités de Paul Biya, illustre un abandon de l’État face aux défis croissants du pays. Le contraste avec des pays africains dynamiques met en évidence l’urgence d’un changement de paradigme. Le MLDC, avec son modèle d’État développementaliste communautaire, offre une vision réformiste, capable de rompre avec l’inertie actuelle. À l’approche des élections présidentielles de 2025, cette vision représente une opportunité unique pour le Cameroun de renouer avec une gouvernance efficace et inclusive, tournée vers le développement durable et le bien-être de ses citoyens.

Appel du MLDC à une supervision internationale des elections Présidentielles 2025: Pourquoi des figures comme Olusegun Obasanjo doivent superviser l’audit d’ELECAM pour des élections crédibles au Cameroun

Pr Jimmy Yab & Président OLUSEGUN OBASANJO

Résumé

L’avenir démocratique du Cameroun est en jeu alors que le pays se prépare aux élections présidentielles de 2025 dans un climat de méfiance généralisée envers son organe électoral, ELECAM. Les taux alarmants de rejet des inscriptions sur les listes électorales, atteignant jusqu’à 87 % dans certaines circonscriptions, révèlent des défaillances systémiques qui menacent la crédibilité du processus électoral. Face à cette situation, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose un audit international d’ELECAM, supervisé par des personnalités respectées comme l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Cet article explore les raisons pour lesquelles le Cameroun a un besoin urgent d’un encadrement international pour ses réformes électorales, en s’inspirant des exemples du Kenya, du Ghana et du Nigeria, tout en inscrivant les propositions du MLDC dans une vision globale pour le renouveau démocratique et la stabilité géopolitique en Afrique centrale.

Mots-clés : Cameroun, MLDC, ELECAM, réforme électorale, Olusegun Obasanjo, démocratie, audit international, leadership africain.


Introduction : Un pays en quête d’élections crédibles

Le Cameroun traverse une crise de confiance dans son processus électoral, et les élections présidentielles de 2025 constituent un test crucial pour son intégrité démocratique. Les taux de rejet élevés des inscriptions sur les listes électorales révélés par ELECAM ont suscité des inquiétudes quant à la suppression des électeurs et à des défaillances administratives.

Dans ce contexte, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose une solution audacieuse : un audit international d’ELECAM, dirigé par des figures respectées comme Olusegun Obasanjo. Cette initiative reflète l’engagement du MLDC en faveur d’un système électoral crédible et inclusif, dans le cadre de sa vision plus large d’un État développementaliste. La participation de personnalités telles qu’Obasanjo, reconnues pour leur impartialité et leur expérience en résolution de conflits électoraux, pourrait restaurer la confiance publique et ouvrir la voie à des réformes significatives. Cet article plaide pour l’urgence d’une supervision internationale afin de garantir des élections crédibles et de protéger la démocratie camerounaise.


Les échecs d’ELECAM et l’urgence d’une réforme

Liste de rejet ELECAM

1. Des taux de rejet alarmants

Les données d’ELECAM montrent des taux de rejet atteignant 87 % dans des circonscriptions comme Yaoundé 5, en grande partie en raison de défaillances dans les systèmes d’enregistrement biométrique. Ces chiffres révèlent des failles critiques dans l’infrastructure électorale du Cameroun, sapant la confiance publique dans l’équité des prochaines élections.

2. Une crise de confiance publique

Des accusations généralisées de partialité et d’incompétence contre ELECAM ont renforcé le sentiment de méfiance. Le manque de transparence dans les processus d’inscription sur les listes électorales soulève des inquiétudes concernant la suppression des électeurs, en particulier dans les bastions de l’opposition, exacerbant les tensions politiques.

3. Implications régionales et mondiales

La stabilité politique du Cameroun est essentielle pour l’Afrique centrale. Un échec électoral au Cameroun pourrait aggraver l’instabilité régionale, perturber les efforts d’intégration économique et offrir des opportunités à des groupes extrémistes comme Boko Haram pour exploiter le chaos qui en résulterait.


Pourquoi une supervision internationale est essentielle

1. Restaurer la confiance publique

La nomination d’une équipe d’audit international dirigée par des personnalités comme Olusegun Obasanjo rassurerait les Camerounais sur l’impartialité et la transparence du processus. La confiance publique est un pilier de la légitimité démocratique, et un audit international pourrait fournir la responsabilité qu’ELECAM ne garantit pas actuellement.

2. S’aligner sur les meilleures pratiques

Des nations africaines comme le Ghana et le Kenya ont démontré l’importance de la supervision internationale dans la construction de systèmes électoraux crédibles. L’adoption par le Ghana de la technologie biométrique et les réformes électorales post-crise du Kenya, toutes deux soutenues par des observateurs internationaux, servent de modèles pour le Cameroun.

3. Prévenir les crises politiques

Le transfert pacifique du pouvoir au Nigeria en 2015, facilité par la Commission électorale nationale indépendante (INEC) et soutenu par des observateurs internationaux, souligne l’importance d’élections crédibles pour prévenir l’instabilité politique. Le Cameroun doit tirer les leçons de ces exemples pour éviter les conflits électoraux susceptibles de dégénérer en troubles.

4. Tirer parti de l’expertise africaine

Les anciens dirigeants africains comme Olusegun Obasanjo apportent une expérience et une autorité morale inégalées dans la médiation électorale. Son rôle dans la résolution des crises au Libéria (2017) et au Zimbabwe (2008) démontre sa capacité à naviguer dans des environnements politiques complexes et à favoriser le consensus.


La vision du MLDC : Un plan pour la réforme électorale

La proposition du MLDC d’un audit international s’inscrit dans une stratégie plus large visant à transformer le Cameroun en un État développementaliste fondé sur la transparence et la responsabilité. Les recommandations incluent :

1. Un audit international indépendant

Le MLDC propose un audit complet des opérations d’ELECAM, dirigé par une équipe d’experts électoraux internationaux, de dirigeants africains et de représentants de la société civile.
Exemple : La Commission électorale indépendante du Kenya (IEBC) a bénéficié d’une supervision similaire, qui a renforcé sa crédibilité après la crise électorale de 2007.

2. Modernisation de la technologie électorale

Pour réduire les taux de rejet, le MLDC préconise l’adoption de technologies biométriques avancées, en s’inspirant de la mise en œuvre réussie des systèmes de seconde génération au Ghana en 2020.

3. Garantir l’indépendance institutionnelle

Le MLDC insiste sur la nécessité de dépolitiser ELECAM en restructurant son modèle de gouvernance pour refléter celui de la Commission électorale indépendante d’Afrique du Sud (IEC), reconnue pour son impartialité et son professionnalisme.

4. Surveillance multipartite

Le MLDC appelle à la création d’un conseil consultatif multipartite, comprenant des représentants des partis politiques, de la société civile et des observateurs internationaux, pour surveiller les activités d’ELECAM et garantir sa responsabilité.

5. Campagnes d’éducation des électeurs

Reconnaissant l’importance de la participation citoyenne éclairée, le MLDC propose une vaste campagne d’éducation des électeurs, inspirée de l’initiative nigériane « Vote Not Fight », qui a mobilisé avec succès les jeunes pour des élections pacifiques.


Le rôle d’Olusegun Obasanjo dans la transformation électorale

La participation d’Olusegun Obasanjo à l’audit proposé serait transformative. En tant qu’ancien président du Nigeria et observateur expérimenté, Obasanjo a fait ses preuves dans la médiation des conflits électoraux et la promotion des transitions démocratiques. Sa direction garantirait que l’audit soit approfondi, impartial et crédible, établissant une nouvelle norme pour l’intégrité électorale au Cameroun.


Implications géopolitiques des réformes électorales au Cameroun

1. Stabiliser l’Afrique centrale

La stabilité du Cameroun est essentielle à l’intégration économique et politique de l’Afrique centrale. Des élections crédibles renforceraient la confiance régionale dans le leadership du Cameroun et favoriseraient la collaboration sur les initiatives de sécurité et de développement.

2. Renforcer la position du Cameroun à l’international

En adoptant une supervision internationale, le Cameroun pourrait se positionner en tant que leader de la gouvernance démocratique en Afrique. Cela attirerait des investissements étrangers et renforcerait les partenariats avec les institutions mondiales engagées dans le développement démocratique.

3. Prévenir les ingérences extérieures

Des élections transparentes réduisent la probabilité que des acteurs extérieurs exploitent l’instabilité politique à des fins stratégiques ou économiques, protégeant ainsi la souveraineté et les intérêts nationaux du Cameroun.


Conclusion : Un appel à l’action

Les élections présidentielles de 2025 représentent une opportunité cruciale pour le Cameroun de restaurer la confiance dans ses institutions démocratiques. L’appel du MLDC à un audit international, dirigé par des personnalités comme Olusegun Obasanjo, constitue une solution audacieuse et pragmatique à la crise électorale du pays. En adoptant cette proposition, le Cameroun pourrait non seulement garantir des élections crédibles, mais aussi réaffirmer son engagement envers les principes démocratiques et la stabilité régionale. Le moment d’agir est venu—avant que la crise de confiance ne devienne une crise de démocratie.

References

  1. Annan, K. (2014). Interventions: A Life in War and Peace. New York: Penguin Press.
  2. Obasanjo, O. (2014). My Watch: A Memoir. Lagos: Prestige Publishers.
  3. Electoral Commission of Ghana. (2020). Biometric Voter Registration Lessons. Accra: ECG.
  4. Transparency International. (2023). Perceptions of Electoral Integrity in Africa. Berlin: Transparency International.
  5. IFES. (2021). Enhancing Electoral Integrity through Technology. Washington, DC: IFES.

Le problème du Cameroun : 1. Les députés RDPC qui votent de mauvaises lois depuis des décennies et 2: Les maires RDPC incompétents et mauvais depuis des décennies

Cliquez sur vidéo pour suivre le débat

Je disais déjà à l’époque dans l’émission Hutu Africa de Stéphane Mbarga à Info TV que:

IL FAUT REMPLACER TOUS LES DEPUTES ET MAIRES RDPC EN 2025-2026, C’EST UN IMPERATIF CITOYEN POUR NOUS ET LES FUTURES GENERATIONS

Lorsqu’un pays est gouverné pendant des décennies par de mauvaises lois, il en résulte inévitablement des conséquences désastreuses. D’une part, on forme des citoyens qui manquent de compétences et d’initiative. D’autre part, on crée des individus qui, moralement, perdent leurs repères et se retrouvent dans des comportements nuisibles, souvent contraires aux valeurs de bienveillance, de solidarité et d’intégrité.

Pr Jimmy Yab à Info TV

Le problème du Cameroun ne se limite pas à la personne de Paul Biya. Il réside également dans un système entier qui favorise des pratiques et des structures inefficaces, notamment à travers :

1. Les députés du RDPC qui votent des lois inadaptées aux réalités et aux besoins de notre société, renforçant ainsi des normes qui freinent le progrès.

2. Les maires RDPC qui, pour beaucoup, font preuve d’incompétence et d’arrogance, éloignant ainsi l’administration des préoccupations et du bien-être des populations locales.

Ce cadre, qui se perpétue depuis des années, a engendré une partie de notre jeunesse qui manque de repères et de perspectives positives, et qui, parfois, sombre dans des comportements contraires à l’éthique et aux valeurs citoyennes. Pour réformer ce pays, nous devons non seulement transformer les institutions, mais aussi insuffler un nouveau sens des responsabilités et de l’engagement, afin de bâtir une société où les citoyens sont compétents, éthiques et guidés par des valeurs solides.

Cette vidéo met en évidence l’impact des mauvaises pratiques politiques sur la société camerounaise et la nécessité d’un changement en profondeur pour rétablir une gouvernance basée sur des valeurs solides et une administration compétente.

Le Botswana a un nouveau Président de 54 ans: Seule une Coalition Populaire et un Programme d’Amélioration du Niveau de Vie Peuvent Vaincre les Partis Historiques comme le RDPC— Vers un Nouvel Élan pour le Cameroun avec le MLDC

Duma Boko, 54 ans, nouveau Président du Botswana

Dans une cérémonie d’investiture haut en couleur le 8 Novembre 2024 et un tournant politique historique, le Botswana a vu l’élection de Duma Boko, jeune président de 54 ans, qui incarne le changement tant attendu par les citoyens. En s’appuyant sur l’Umbrella for Democratic Change (UDC), une coalition unissant le Botswana National Front et l’Alliance for Progressives, Boko a réussi à renverser le parti au pouvoir après 58 ans de domination. Ce succès est un témoignage de la force d’une coalition qui place le bien-être des citoyens au centre de son programme, avec des promesses concrètes pour relever le niveau de vie de la population.

Lors de son investiture à Gaborone, Boko, acclamé par des milliers de citoyens enthousiastes, a souligné l’importance de l’unité et du changement. « C’est l’un des moments les plus rares de notre histoire — une démonstration de la puissance du peuple lorsqu’il s’unit pour un objectif commun », a-t-il déclaré. Son premier discours a mis en avant les valeurs de respect et de coopération, même envers son prédécesseur, Mokgweetsi Masisi, qui a permis une transition pacifique.

Le MLDC : Une Alternative de Changement pour le Cameroun

Inspiré par l’exemple botswanais, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) se positionne pour les élections de 2025 avec une vision similaire de coalition et de transformation sociale. Conscient que seul un programme populaire et inclusif peut battre le RDPC, parti au pouvoir depuis des décennies, le MLDC propose une coalition large qui réunit les jeunes, les femmes et diverses forces politiques autour d’un objectif commun : améliorer les conditions de vie des Camerounais. Le MLDC est convaincu que seul un mouvement inclusif et solidaire, soutenu par un programme axé sur le bien-être des citoyens, peut apporter l’alternance dont le pays a besoin.

Un Programme pour Élever le Niveau de Vie des Populations

Duma Boko et la coalition UDC ont su capter l’attention des Botswanais avec des engagements concrets : un salaire minimum de 4 000 pulas (302 dollars), des allocations de chômage, des aides pour les personnes âgées, et la création de nouvelles entreprises. Ces mesures répondent directement aux besoins des citoyens, alors que le chômage au Botswana est monté à 27,6 % en 2024. Ce programme pragmatique et orienté vers le développement social a été un facteur clé dans la victoire de l’UDC.

Le MLDC, de son côté, s’engage également à améliorer le niveau de vie des Camerounais, avec des propositions pour lutter contre le chômage, optimiser les services publics, et offrir un accès équitable à l’éducation et à la santé. En mettant l’accent sur une gestion efficace et transparente des fonds publics, le MLDC promet de recentrer les politiques nationales sur les besoins essentiels du peuple, un impératif pour créer un changement durable.

Optimiser les Ressources Nationales pour le Développement

Un autre aspect décisif de la victoire de l’UDC au Botswana est son engagement à renégocier les accords avec De Beers pour maximiser les bénéfices des ressources en diamants, qui constituent 80 % des exportations du pays. En s’inspirant de cette approche, le MLDC au Cameroun propose de réformer la gestion des ressources naturelles telles que le pétrole et le bois, afin d’augmenter les revenus nationaux et de soutenir l’économie locale par la création d’emplois durables.

Un Modèle pour l’Afrique et un Espoir de Transition pour le Cameroun

Le succès de la coalition UDC montre qu’une opposition unie et portée par un programme de progrès social peut triompher même face à un parti historiquement puissant. Cela représente un modèle inspirant pour le Cameroun, où le MLDC se prépare à une campagne historique pour 2025.

En rassemblant les forces populaires et en promouvant un programme qui place le bien-être des Camerounais au premier plan, le MLDC espère encourager la reproduction de ce succès botswanais au Cameroun.

La Faillite d’une Affirmation MENSONGÈRE, MANIPULATRICE, INJUSTE, ÉGOÏSTE, IRRESPONSABLE, DANGEREUSE ET HONTEUSE à l’encontre de la nouvelle génération : « Ne pas soutenir Paul BIYA, c’est défier Dieu qui l’a choisi »

Nouvelle génération de leadership politique camerounais

Le 6 novembre dernier, date commémorative de l’accession au pouvoir du président camerounais Paul Biya en 1982, le ministre du Commerce a déclaré que ne pas soutenir Biya équivaudrait à « défier Dieu qui l’a choisi. » Cette affirmation, bien que provocante, soulève de sérieuses questions sur la démocratie, la responsabilité politique et les aspirations de la nouvelle génération. L’idée que s’opposer à un dirigeant est contraire à la volonté divine est non seulement contestable, mais aussi dangereuse pour l’avenir d’une nation. Cet article démontre pourquoi une telle déclaration est à la fois injuste et irresponsable, et comment elle prive la jeunesse camerounaise de son droit de participer activement à l’avenir de son pays.

Une déclaration injuste pour la nouvelle génération

L’affirmation du ministre du Commerce s’inscrit dans une vision figée de la gouvernance, où la continuité au pouvoir est vue comme un devoir sacré, indépendamment de l’aspiration des jeunes générations à participer aux décisions politiques. La jeunesse camerounaise, comme toute génération montante, souhaite s’investir pour construire son avenir, apporter des solutions aux défis actuels, et participer au développement de son pays. Restreindre cet élan sous prétexte d’une « volonté divine » fige le destin du Cameroun et étouffe le potentiel d’innovation et de progrès dont la nouvelle génération est porteuse.

Chaque génération a le droit de gouverner. L’histoire montre que des sociétés prospères et durables reposent sur une transmission du pouvoir aux nouvelles générations, porteuses de nouvelles idées et mieux adaptées aux enjeux actuels. Imposer un dirigeant de façon perpétuelle, au nom d’une légitimité divine ou supposée, va à l’encontre des principes fondamentaux de la démocratie et empêche l’émergence de nouveaux leaders.

Une affirmation égoïste et irresponsable

L’idée que Paul Biya est un dirigeant « choisi par Dieu » relève d’une vision politique égoïste qui évite de considérer la volonté des citoyens. Une telle déclaration sert avant tout les intérêts de ceux qui bénéficient du système actuel et cherchent à maintenir le statu quo. Cette position dénote une volonté d’exclure toute alternative politique, de décourager le débat et d’éloigner la jeunesse des instances de décision. Elle crée un fossé profond entre les dirigeants et la population, qui voit ses aspirations négligées.

Le Cameroun est actuellement confronté à des crises profondes, notamment la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO), qui a divisé le pays et généré des souffrances incommensurables. Depuis des années, le gouvernement est dans l’incapacité de résoudre ce conflit qui mine la cohésion nationale et la paix sociale. En ancrant l’idée que Biya est le seul et unique dirigeant légitime, cette affirmation détourne l’attention des problèmes réels et des inégalités qui persistent dans le pays.

Une déclaration dangereuse pour la stabilité du Cameroun

Lier le pouvoir politique à une notion divine limite les possibilités de changement pacifique et peut inciter à la violence en cas de crise. En suggérant que toute opposition est illégitime, voire sacrilège, on crée un environnement de défiance et de radicalisation. Au lieu de promouvoir un climat d’échange et de consensus, cette idée creuse encore davantage le fossé entre les gouvernants et les gouvernés, et rend la transition politique de plus en plus incertaine.

Au lieu de préserver la paix et la stabilité, cette rhétorique augmente les tensions. La jeunesse camerounaise se sent exclue des processus de décision, ce qui peut exacerber les frustrations et fragiliser la cohésion nationale. Un Cameroun fort est un Cameroun qui valorise les contributions de chaque génération et qui permet à la jeunesse de s’impliquer activement dans la construction de l’avenir.

Conclusion : une honte pour le ministre du Commerce

Le ministre du Commerce devrait se soucier davantage de l’avenir du Cameroun que de ses intérêts personnels. Pousser un homme de 92 ans à tenir les rênes d’une nation qu’il peine à maîtriser est non seulement injuste pour Paul Biya lui-même, mais aussi pour toute la société. Le pays est en attente d’un renouveau, d’une vision portée par des dirigeants en phase avec les réalités contemporaines et les aspirations de la jeunesse.

Il est temps de promouvoir une alternance politique saine et d’encourager des leaders qui répondent aux besoins réels du pays. La jeunesse camerounaise a le droit de rêver d’un avenir meilleur et de s’engager pour y parvenir. Le devoir de chaque dirigeant, au lieu de maintenir un pouvoir personnel sous le couvert d’une légitimité divine, est de préparer le terrain pour une nouvelle génération capable d’assurer la pérennité et la prospérité de la nation.

La Jeunesse Camerounaise: Bonne vs Mauvaise

Je me permets de diviser la jeunesse camerounaise en deux catégories contrastantes : celle que j’appellerai la « MAUVAISE jeunesse », et celle que j’identifie comme la « BONNE jeunesse ». Ces deux segments de la société, formés et influencés par des dynamiques politiques et sociales distinctes, incarnent des visions radicalement opposées pour l’avenir du Cameroun. Mon analyse s’efforce de mettre en lumière ces divergences, tout en espérant que la « bonne jeunesse » finira par transformer durablement notre pays car comme le dit Nelson MANDELA : “Les jeunes sont l’avenir d’une nation. Ils doivent être valorisés et responsabilisés afin de contribuer positivement à la société.”

LA MAUVAISE JEUNESSE: ENTRE FRUSTRATION ET AMBITION DÉVOYÉE

La « mauvaise jeunesse » est le produit d’un système corrompu et inefficace, alimenté par le régime en place, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Cette jeunesse est formée dans un environnement où la réussite et la promotion sociale dépendent non pas du mérite, mais de l’allégeance politique et du clientélisme. Nombre de jeunes, frustrés par le manque d’opportunités malgré leur fidélité au RDPC, se heurtent à un plafond de verre imposé par des aînés qui refusent de céder la place, préférant conserver leur pouvoir et leurs privilèges.

Le résultat de cette dynamique est une jeunesse sans ambition réelle, qui, en l’absence de perspectives, aspire à l’enrichissement rapide, souvent par des moyens illicites. Cette « mauvaise jeunesse » reproduit ainsi les travers de ses mentors, adoptant une approche de survie axée sur le favoritisme, la corruption et la quête de gains rapides. Elle devient également vulnérable à une double frustration : d’une part, elle doit rivaliser avec une diaspora camerounaise, dont la réussite et le dynamisme mettent en exergue ses propres lacunes ; d’autre part, elle subit des conditions de vie précaires, aggravées par des salaires souvent insuffisants.

Le rejet de la diaspora par cette jeunesse est symptomatique d’un malaise profond. Par exemple, Samuel Eto’o, figure emblématique de la diaspora, a souvent été confronté à une opposition virulente de cette jeunesse lorsqu’il a voulu s’impliquer dans les affaires locales, notamment à la tête de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT). De même, je parie que si Francis Ngannou venait un jour à briguer un poste politique au Cameroun, cette jeunesse, loin de le soutenir, serait l’une de ses principales opposantes. Ce rejet illustre une insécurité face aux Camerounais de la diaspora, perçus comme des « intrus » qui menacent un système de privilèges bien ancré. Ironiquement, elle semble oublier que le président actuel, S.E. Paul Biya, lui-même ancien membre de la diaspora, gouverne le Cameroun à partir de l’étranger, notamment depuis Genève.

LA BONNE JEUNESSE: RÉSISTANCE ET ESPOIR DU CHANGEMENT

À l’opposé, la « bonne jeunesse » représente l’espoir d’un Cameroun nouveau. Cette jeunesse résiste aux pratiques corrompues et clientélistes et aspire à un avenir fondé sur la justice sociale, la transparence et le mérite. Bien que confrontée à un environnement économique difficile, marqué par le chômage et des obstacles quotidiens, elle refuse de céder aux sirènes de la corruption et s’efforce de maintenir une éthique de travail intacte.

La force de cette jeunesse repose sur sa capacité de résilience et sa vision optimiste pour l’avenir. Elle est prête à relever les défis et à se sacrifier pour la construction d’un Cameroun plus juste et équitable. Cette « bonne jeunesse » voit en la diaspora un allié et non un rival. Elle reconnaît que le retour de la diaspora et la contribution de ceux qui, comme Eto’o ou Ngannou, ont réussi à l’étranger, pourraient apporter une expertise précieuse et revigorer le développement du pays.

L’exemple des jeunes Camerounais impliqués dans des initiatives sociales et politiques, montre cette détermination à surmonter les difficultés pour promouvoir le changement. Ces jeunes, loin de se laisser décourager par les conditions répressives imposées par le régime, persistent dans leur engagement pour une réforme politique et économique du pays. Ils incarnent cette jeunesse résistante qui préfère œuvrer pour le changement de l’intérieur plutôt que de fuir le pays en quête de meilleures conditions ailleurs.

UN APPEL À L’UNITÉ DES DEUX JEUNESSES

À mes yeux, la voie vers un Cameroun uni et prospère repose sur la réconciliation entre ces deux jeunesses. La « bonne jeunesse » doit continuer de tendre la main à ses pairs, leur offrant des modèles alternatifs fondés sur l’intégrité et le service à la nation. Cette alliance pourrait aider la « mauvaise jeunesse » à redécouvrir les valeurs de solidarité et de patriotisme nécessaires à la construction d’un Cameroun commun.

Il est crucial que cette bonne jeunesse, en collaboration avec la diaspora, joue un rôle actif dans les prochaines élections, notamment en 2025. Un changement politique profond, porté par une jeunesse unie et visionnaire, pourrait enfin mettre fin aux pratiques de corruption et de favoritisme qui gangrènent notre société. Comme le dit un proverbe africain, « quelque soit la durée de la nuit, le soleil finit toujours par apparaître ».

PR JIMMY YAB

L’Implication des Jeunes Camerounais aux Élections de 2025

La jeunesse camerounaise, qui représente une large majorité de la population, détient un potentiel considérable pour influencer le processus électoral en 2025. D’après les données démographiques, environ 65% des Camerounais ont moins de 25 ans, ce qui en fait l’une des populations les plus jeunes du monde. Pourtant, malgré ce poids démographique, les jeunes Camerounais sont marginalisés dans les prises de décision politiques, à cause d’un faible taux d’inscription sur les listes électorales et d’une participation limitée aux élections.

STATISTIQUES SUR LA JEUNESSE CAMEROUNAISE ET LA PARTICIPATION ÉLECTORALE

Pour mesurer l’ampleur de ce défi, il est utile de se pencher sur quelques chiffres récents :

1. Taux d’inscription sur les listes électorales: Lors de l’élection présidentielle de 2018, seuls 6,6 millions de Camerounais étaient inscrits sur les listes électorales, dans un pays de plus de 26 millions d’habitants, dont environ 15 millions sont en âge de voter. La jeunesse, en particulier, est sous-représentée dans ces inscriptions. Les jeunes de moins de 30 ans sont beaucoup moins enclins à s’inscrire, soit par manque de sensibilisation, soit par désenchantement vis-à-vis du processus politique.

2. Chômage et désillusion : Le taux de chômage chez les jeunes au Cameroun, en particulier ceux âgés de 15 à 35 ans, est élevé, avoisinant les 13% selon les statistiques officielles, et bien plus si l’on prend en compte le sous-emploi et le secteur informel. Cette situation de précarité économique pousse de nombreux jeunes à se désintéresser de la politique, jugeant que les dirigeants actuels ne sont pas à même de répondre à leurs besoins. Cependant, cette même jeunesse représente un réservoir d’énergie et d’innovation, essentiel au développement socio-économique du pays.

L’IMPORTANCE DU RENOUVELLEMENT DE LA CLASSE POLITIQUE

Avec des dirigeants vieillissants et une classe politique qui semble peu encline à céder la place aux jeunes, il est impératif que la jeunesse s’inscrive sur les listes électorales pour provoquer un véritable renouvellement de la classe politique. Paul Biya, qui est au pouvoir depuis plus de 42 ans, incarne cette longévité à la tête du pays, et son régime est largement perçu comme déconnecté des aspirations des jeunes générations.

Les élections de 2025 sont une occasion cruciale pour la jeunesse camerounaise de jouer un rôle actif dans la transition politique. Le Cameroun n’a jamais connu de véritable alternance politique, et le maintien de la même élite politique au pouvoir pendant plusieurs décennies a engendré une stagnation des idées et des réformes. Le renouvellement de cette classe passe par l’implication de la jeunesse, non seulement en votant, mais aussi en se présentant à des postes de responsabilité et en portant des projets novateurs pour l’avenir du pays.

PRENDRE SON DESTIN EN MAIN

Les jeunes Camerounais doivent comprendre qu’ils ont le pouvoir de changer les choses. Chaque vote compte, et la participation massive de la jeunesse pourrait influencer significativement les résultats de l’élection de 2025. Voici quelques points sur lesquels la jeunesse peut peser :

1. Réformes économiques et sociales: Avec un chômage des jeunes élevé et une économie dominée par le secteur informel, il est nécessaire de repenser le modèle économique du Cameroun. La jeunesse, en particulier les diplômés, doit s’assurer que les dirigeants qu’elle choisit auront à cœur de favoriser l’emploi, l’entrepreneuriat, et l’accès aux opportunités économiques pour les jeunes.

2. Éducation et technologies: Le système éducatif camerounais, bien qu’il ait produit de nombreux talents, reste en décalage avec les besoins du marché du travail. Les jeunes doivent voter pour des leaders capables de réformer le système éducatif pour qu’il soit en phase avec les nouvelles technologies et l’économie numérique.

3. Lutte contre la corruption: La corruption est un fléau qui freine le développement du Cameroun. Les jeunes, victimes de ce système inégalitaire, doivent s’engager à travers leur vote pour des leaders qui placent la transparence, l’éthique et la bonne gouvernance au cœur de leur programme.

DES JEUNES LEADERS ÉMERGENTS

Un autre enjeu du renouvellement politique réside dans l’émergence de jeunes leaders. Plusieurs jeunes Camerounais ont déjà commencé à se démarquer dans différents secteurs, que ce soit dans l’entrepreneuriat, la société civile ou la politique.

Si la jeunesse prend conscience de sa puissance électorale et de sa capacité à définir l’avenir du Cameroun, le pays pourrait enfin connaître une alternance politique, un changement de paradigme en matière de gouvernance, et une réorientation vers des politiques publiques centrées sur les besoins des nouvelles générations.

L’URGENCE DE S’INSCRIRE ET DE VOTER

La jeunesse camerounaise ne doit pas rester en marge du processus électoral de 2025. Avec un pouvoir démographique important et une volonté manifeste de changement, elle peut influencer de manière significative le futur politique du pays. L’inscription massive des jeunes sur les listes électorales et leur participation active aux élections sont des étapes cruciales pour garantir un renouvellement de la classe politique, et surtout pour que le Cameroun entre dans une nouvelle ère où les aspirations de la majorité des citoyens sont prises en compte.

Les statistiques montrent que la jeunesse camerounaise, en termes numériques, a déjà le pouvoir de changer les choses. Il reste à s’assurer qu’elle utilise ce pouvoir pour prendre son destin en main et assurer un avenir meilleur pour le Cameroun.

PR. JIMMY YAB, SG MLDC