Plongez au cœur du voyage académique du Pr Jimmy Yab, Président de l’Observatoire Chine Afrique Francophone, en Chine.
À travers cette playlist, découvrez une série de vidéos enrichissantes qui retracent ses rencontres, ses analyses et ses observations sur le modèle de développement chinois. Entre échanges universitaires, visites institutionnelles et réflexions stratégiques, ce voyage met en lumière les opportunités de coopération entre la Chine et l’Afrique francophone.
Au programme :
– Immersion dans les universités et institutions chinoises
– Analyse des politiques économiques et sociales
– Perspectives d’innovation, d’éducation et de développement
Par Pr Jimmy Yab Président National du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC)
De gauche à droite, Pr Jimmy YAB, Patriarches FOTSO VICTOR et LOUIS YINDA
INTRODUCTION
Rendre hommage à Louis Yinda (1940–2025) ne peut se limiter à une évocation anecdotique de souvenirs personnels ou à la simple célébration d’un parcours professionnel remarquable. La figure de cet homme, à la fois capitaine d’industrie, acteur politique et patriarche communautaire, impose une approche qui conjugue mémoire familiale, récit national et analyse scientifique. À travers son itinéraire, se dessinent en filigrane les grandes transformations du Cameroun postcolonial : la difficile construction d’un appareil productif autonome, l’insertion des élites dans la mondialisation, et la tension permanente entre attachement aux racines communautaires et projection dans l’espace national et international.
Dans la tradition africaine, la mort d’un patriarche n’est jamais une fin en soi. Elle constitue un moment de transmission mémorielle et symbolique, où l’individu s’efface pour devenir ancêtre, et où les descendants se réclament de son héritage. Dans ce sens, l’hommage que je rends ici à mon oncle, Louis Yinda, s’inscrit dans une double logique : celle du fils et du neveu qui exprime gratitude et filiation, mais aussi celle du professeur et du chercheur qui mobilise les outils d’analyse pour comprendre l’importance de son œuvre et l’inscrire dans une histoire scientifique du développement camerounais.
L’objet de ce texte est donc double. D’abord, il s’agit de reconstruire le parcours de Louis Yinda, depuis ses origines à Ngompem dans la Sanaga-Maritime jusqu’à son ascension au sommet de la SOSUCAM, pilier de l’agro-industrie nationale, en passant par son rôle dans le secteur énergétique et ses engagements politiques. Ensuite, il s’agit de proposer une lecture académique de ce parcours : comment Louis Yinda incarne-t-il la figure du capitaine d’industrie en contexte postcolonial ? Quelle articulation entre son action économique, son inscription politique et son rôle social de patriarche communautaire ? Quel héritage laisse-t-il aux générations futures, en particulier aux chercheurs et aux jeunes cadres qui, comme lui, entendent conjuguer réussite individuelle et service collectif ?
Plusieurs concepts guideront cette analyse. Le premier est celui de CAPITALISME D’ÉTAT AFRICAIN, tel que théorisé par Bayart (1989) et enrichi par les travaux plus récents de Mbembe (2000) : les trajectoires des grands commis de l’État et des dirigeants d’entreprise en Afrique postcoloniale montrent souvent une interpénétration étroite entre sphères publique et privée, entre économie et politique. Louis Yinda illustre parfaitement cette dynamique : fonctionnaire dans les années 1970, il devient dirigeant d’une entreprise stratégique, tout en siégeant dans les instances politiques du RDPC.
Le deuxième concept est celui de PATRIARCHE COMMUNAUTAIRE, entendu ici non dans son acception réductrice de domination, mais comme fonction de médiation et de transmission. En Afrique, le patriarche est celui qui incarne la mémoire des ancêtres, protège la communauté et assure la continuité entre les générations. LOUIS YINDA fut reconnu comme tel à Ngompem, à Pouma, dans la SANAGA MARITIME où il était surnommé « l’Archiduc », et où il investit dans des écoles, des infrastructures et des œuvres sociales. Son rôle dépasse ainsi celui de gestionnaire pour toucher à une dimension anthropologique : il devint un passeur de valeurs et de cohésion.
Enfin, le troisième concept est celui d’HERITAGE. Héritage économique, avec la consolidation de la filière sucrière nationale. Héritage social, avec ses actions éducatives et philanthropiques. Héritage moral, avec sa discipline, sa foi chrétienne et son attachement aux racines. Mais l’héritage est aussi personnel : il nous oblige, nous, ses enfants, neveux, petits-enfants et successeurs, à porter son flambeau. C’est en ce sens que, dans cet hommage, je revendique mon statut de fils digne et héritier de Louis Yinda, non pour m’approprier son œuvre mais pour affirmer la continuité entre son combat et le mien pour un État développementaliste communautaire au Cameroun.
Cette introduction appelle donc à une démarche hybride : scientifique et mémorielle. Scientifique, parce qu’elle mobilise une grille d’analyse rigoureuse et documentée, permettant de situer Louis Yinda dans les grandes trajectoires des élites africaines postcoloniales. Mémorielle, parce qu’elle s’enracine dans une voix personnelle, celle d’un proche parent qui fut témoin de son action et bénéficiaire de son exemple.
Ainsi conçu, cet hommage se déploiera en cinq mouvements. Le premier retracera ses origines et sa formation, depuis Ngompem jusqu’à Paris. Le deuxième analysera son rôle dans le secteur énergétique et industriel, préfigurant déjà sa stature de bâtisseur. Le troisième examinera sa carrière à la SOSUCAM, moment central de sa vie professionnelle et symbole de son statut de capitaine d’industrie. Le quatrième reviendra sur ses engagements politiques et sociaux, incluant son rôle au sein du RDPC, ses initiatives communautaires et le projet d’Institut Universitaire Louis Yinda (IULY), qui n’a pu voir le jour en raison de considérations politiques. Enfin, le cinquième mouvement s’attardera sur son héritage et ses distinctions, pour montrer comment son nom s’inscrit durablement dans la mémoire nationale et familiale.
Rendre hommage à Louis Yinda, c’est donc écrire une page d’histoire du Cameroun, mais aussi poser une question fondamentale : comment une vie individuelle, à travers ses choix et ses combats, peut-elle incarner le destin collectif d’un peuple en quête de développement et de dignité ?
De droite à gauche, Pr Jimmy YAB et Patriarche Louis YINDA
I. ORIGINE ET FORMATION: l’enfant de Ngompem à l’école de la République
1. Ngompem et la Sanaga-Maritime : un terreau historique et symbolique
La trajectoire de Louis Yinda commence dans un espace géographique et culturel bien particulier : Ngompem, village bassa de Pouma dans la Sanaga-Maritime. Cette région occupe une place centrale dans l’histoire du Cameroun moderne. D’une part, le pays Bassa elle est le berceau de figures majeures de la résistance anticoloniale, à l’instar de Ruben Um Nyobè, le « Mpodol », qui incarna la lutte pour l’indépendance. D’autre part, elle est un espace de contact et de tension entre traditions locales et modernité coloniale.
Naître à Ngompem vers 1940, c’était donc entrer dans une société en mutation profonde. Les structures lignagères et claniques demeuraient puissantes : le nom de la grande famille Log Mboui, auquel appartenait Louis Yinda, renvoyait à une filiation ancestrale enracinée dans la mémoire collective des BASSA Mpõo BÃTI . Mais cette mémoire se voyait déjà bousculée par les transformations induites par la colonisation française : mise en place d’écoles publiques et confessionnelles, introduction de cultures de rente (cacao, café), et imposition de nouvelles structures administratives.
Ainsi, dès sa naissance, Louis Yinda se situe à l’intersection de deux mondes : celui de la tradition BASSA MPÔO BÃTI marquée par l’autorité des patriarches et la solidarité communautaire, et celui de la modernité coloniale, qui introduisait l’écrit, l’école et l’État centralisé. Cette double appartenance explique en partie son destin : il saura conjuguer fidélité aux racines et maîtrise des savoirs modernes.
2. L’école primaire dans son village
Comme beaucoup d’enfants de sa génération, Louis Yinda fit ses premiers pas dans le monde de l’éducation à l’école catholique, institution dirigée par les missionnaires. Ces écoles confessionnelles constituaient alors un vecteur privilégié d’ascension sociale : elles inculquaient non seulement les savoirs de base (lecture, écriture, calcul), mais aussi une discipline de vie et une morale chrétienne qui marqueront durablement la personnalité de Louis Yinda.
Il poursuivit ensuite à l’école publique. Là encore, le contexte est essentiel. Dans les années 1950, l’école publique camerounaise était à la fois rare et exigeante. Obtenir un certificat d’études primaires représentait déjà une élite scolaire dans des villages où la majorité des enfants restaient cantonnés aux travaux champêtres. Louis Yinda s’y distingua par ses aptitudes et sa rigueur.
Ce passage par l’école primaire traduit deux dynamiques. Premièrement, la volonté des familles bassa de miser sur l’éducation comme moyen d’émancipation. Deuxièmement, la capacité de certains élèves à intégrer et dépasser les savoirs coloniaux pour les transformer en instruments d’affirmation nationale.
3. Le Collège Libermann : le creuset de l’élite
Après l’école primaire, Louis Yinda accède au prestigieux Collège Libermann de Douala, tenu par les missionnaires catholiques. Ce collège, fondé en 1952, s’imposait déjà comme un haut lieu de formation des élites camerounaises. Y ont étudié nombre de futurs hauts fonctionnaires, cadres, prêtres et hommes politiques.
L’obtention du baccalauréat au Collège Libermann marqua une étape décisive. Elle signifiait l’entrée dans le cercle étroit des jeunes Camerounais appelés à jouer un rôle dans la construction de l’État postcolonial. Comme le note Joseph Owona (1996), « la scolarisation secondaire au Cameroun des années 1950–60 était l’antichambre des élites, un espace de socialisation qui préparait non seulement des carrières professionnelles, mais aussi des vocations politiques » (Owona, 1996: 112).
Au Libermann, Louis Yinda acquit non seulement des savoirs académiques, mais aussi une discipline spirituelle et morale. Cette formation jésuite allait se retrouver plus tard dans sa manière de diriger : rigueur, exigence, sens de la hiérarchie, mais aussi volonté de service.
4. Les études supérieures en France : la double compétence
À la fin des années 1950 et au début des années 1960, de nombreux jeunes Camerounais bacheliers partirent poursuivre leurs études en France, dans le cadre des accords de coopération post-indépendance. Louis Yinda fut de ceux-là.
Il s’inscrivit d’abord en sciences de gestion à Aix-en-Provence. Ce choix est révélateur : à une époque où beaucoup s’orientaient vers les sciences humaines ou juridiques, opter pour la gestion traduisait déjà une volonté d’entrer dans le monde économique et de maîtriser les techniques modernes d’administration.
Il compléta ensuite sa formation par des études en droit et sciences politiques à Paris. Cette double compétence – gestionnaire et juriste – constituera l’un des fondements de sa carrière. Elle lui permettra d’évoluer aussi bien dans des institutions publiques (ministères, entreprises d’État) que dans des structures privées ou semi-privées (ENELCAM, SOSUCAM).
Comme le souligne Mbembe (2000), « les élites africaines de la première génération postcoloniale furent souvent des élites hybrides, à la fois administratives et entrepreneuriales, juridiques et économiques » (Mbembe, 2000: 87). Louis Yinda incarne pleinement cette figure.
5. Premiers pas en France : l’expérience de l’administration
Avant de rentrer au Cameroun, Louis Yinda travailla quelques années en France, notamment comme archiviste dans une administration. Cet emploi, bien que modeste, lui donna une première expérience concrète de la bureaucratie occidentale et de la gestion documentaire.
Cet aspect, souvent négligé, mérite pourtant attention. Dans une société où l’écrit est roi, la maîtrise des archives, des documents et des flux administratifs constitue une compétence stratégique. Louis Yinda sut en tirer profit. Lorsqu’il rentrera au Cameroun, il possédera non seulement des diplômes prestigieux, mais aussi une expérience pratique de la gestion administrative.
6. Le retour au Cameroun : patriotisme et service public
En 1969, Louis Yinda prend une décision cruciale : quitter la France pour rentrer au Cameroun indépendant. Ce choix, à contre-courant de nombreux jeunes diplômés africains tentés par une carrière en Europe, traduit un patriotisme profond.
Il rejoint le ministère du Développement industriel et commercial en 1970. Ce ministère, créé peu après l’indépendance, avait pour mission de structurer un tissu industriel embryonnaire. C’était un défi immense : il fallait à la fois attirer les investissements étrangers et créer des capacités locales.
Pour Louis Yinda, ce fut le premier terrain d’application de sa double formation. Il y démontra rigueur, discipline et efficacité, qualités qui lui ouvrirent rapidement les portes de responsabilités plus grandes.
7. Signification et portée de cette formation
L’itinéraire éducatif et formateur de Louis Yinda révèle plusieurs points fondamentaux.
La continuité des héritages : de l’école primaire rurale à l’université européenne, son parcours illustre le passage progressif de la tradition locale à la modernité globale. La rareté et l’excellence : obtenir un baccalauréat dans les années 1960, puis un diplôme universitaire en France, faisait de lui une élite rare, appelée à jouer un rôle national. La polyvalence : en conjuguant gestion et sciences politiques, il acquit une capacité à naviguer entre l’économie et le politique, ce qui sera sa marque de fabrique. La fidélité patriotique : son retour volontaire au Cameroun marque un engagement qui dépasse l’intérêt individuel.
En ce sens, sa formation n’est pas un simple préambule biographique. Elle constitue une matrice qui expliquera ses choix ultérieurs : intégrer l’administration publique, puis diriger une entreprise stratégique, tout en restant enraciné dans sa communauté d’origine.
En fin de compte, la jeunesse et la formation de Louis Yinda ne doivent pas être considérées comme une période isolée, mais comme la fondation de tout ce qui suivra. L’enfant de Ngompem, devenu étudiant parisien, revient au Cameroun non pas pour s’enrichir personnellement, mais pour bâtir. En lui se conjuguent trois forces : la mémoire communautaire, la rigueur académique et le patriotisme économique. Ces trois forces guideront toute sa vie et feront de lui un capitaine d’industrie et patriarche.
II. DE LA FONCTION PUBLIQUE À LA SOSSUCAM: le manager d’État devenu capitaine d’industrie
1. Le retour au Cameroun et l’entrée dans la fonction publique
Lorsque Louis Yinda revient au Cameroun en 1969, il appartient à cette première génération d’étudiants africains formés en Europe qui choisissent de mettre leurs compétences au service de leur pays nouvellement indépendant. Ce choix, loin d’être évident dans un contexte où la « fuite des cerveaux » attirait nombre de diplômés vers les carrières européennes, témoigne d’un patriotisme profond.
En 1970, il intègre le ministère du Développement industriel et commercial. Ce ministère avait pour mission stratégique d’impulser une industrialisation encore balbutiante, dans un Cameroun où l’économie demeurait largement agricole et extractive. Comme l’explique Ngono (1999), « les jeunes cadres camerounais de la décennie 1970 devaient inventer les bases d’un appareil industriel sans modèle préexistant, entre importation technologique et adaptation locale » (Ngono, 1999 : 54).
Louis Yinda s’y distingue rapidement. Il acquiert une réputation de rigueur administrative et technique, mais aussi de capacité à dialoguer avec les partenaires étrangers, grâce à sa formation en France et à sa maîtrise des codes internationaux.
2. ENELCAM et la naissance de la SONEL
En 1972, sa carrière prend un tournant décisif. Le groupe français Pechiney sollicite du gouvernement camerounais sa nomination comme secrétaire général d’ENELCAM (Électricité du Cameroun). Dans ce rôle, il participe à la fusion avec PowerCam, société alors contrôlée par des capitaux étrangers, aboutissant à la création de la Société nationale d’électricité (SONEL).
Cette étape est capitale pour comprendre la trajectoire de Louis Yinda. D’abord parce qu’il prend part à un moment fondateur de l’histoire économique camerounaise : la constitution d’une entreprise publique nationale dans un secteur stratégique, l’électricité. Ensuite parce que cette expérience lui permet de se confronter à la complexité des joint-ventures entre État africain et capitaux étrangers.
Comme le souligne Bayart (1989), « les élites africaines des années 1970 se construisent dans l’articulation entre capital étranger et appareil d’État, devenant les médiateurs d’un capitalisme d’État sous tutelle » (Bayart, 1989 : 212). Louis Yinda incarne pleinement ce rôle de médiateur. À travers ENELCAM puis SONEL, il apprend à concilier impératifs nationaux et exigences des partenaires extérieurs.
3. L’entrée à la SOSUCAM (1975) : répondre à une crise nationale
En novembre 1975, alors que le Cameroun traverse une grave pénurie de sucre, Louis Yinda est recruté par la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM). Le sucre est alors une denrée stratégique, à la fois produit de consommation de masse et symbole de modernité alimentaire.
Son entrée dans cette entreprise, filiale du groupe français Somdiaa, illustre la confiance que les autorités et les partenaires étrangers plaçaient en lui. Comme cadre commercial, il doit contribuer à résorber une crise qui menace à la fois la stabilité des prix et la légitimité de l’État.
Très vite, il se distingue par ses qualités de gestionnaire. Sa capacité à planifier, à négocier et à organiser l’approvisionnement place la SOSUCAM sur une trajectoire ascendante. Il gravit les échelons hiérarchiques, passant de directeur commercial à directeur général adjoint, puis directeur général.
4. De directeur général à PDG : la consécration (2000–2018)
En 2000, après vingt-cinq années de carrière à la SOSUCAM, Louis Yinda est nommé Président-directeur général. Cette nomination est la reconnaissance d’une fidélité et d’une compétence éprouvées. Elle marque aussi une étape historique : un Camerounais issu d’un petit village, Ngompem, accède à la direction d’une des plus grandes entreprises agro-industrielles du pays.
Sous sa direction, la SOSUCAM connaît une expansion sans précédent.
Superficie agricole : environ 25 000 hectares de plantations à Mbandjock et Nkoteng. Production annuelle : environ 130 000 tonnes de sucre, couvrant jusqu’à 70 % de la demande nationale. Emplois : près de 8 000 emplois directs et indirects, faisant de la SOSUCAM l’un des plus grands employeurs privés du pays. Recettes fiscales : plus de 12 milliards de FCFA par an, représentant une contribution majeure aux finances publiques (Ecofin, 2018).
Ces chiffres traduisent une réalité : sous Louis Yinda, la SOSUCAM devient un pilier de la sécurité alimentaire nationale et un acteur incontournable de l’économie camerounaise.
5. Le capitaine d’industrie face aux défis
La carrière de Louis Yinda à la tête de la SOSUCAM n’est pas une simple histoire de croissance linéaire. Elle est marquée par des crises et des choix stratégiques.
En 2018, confronté à la concurrence massive du sucre importé, il alerte le gouvernement. Les entrepôts de la SOSUCAM débordent de 45 000 tonnes de sucre invendu, menaçant la survie de l’entreprise. Grâce à son influence et à sa capacité de persuasion, il obtient de la Présidence de la République la suspension des importations (Agence Ecofin, 2018).
Cet épisode illustre deux aspects de sa personnalité. D’abord, sa capacité à se poser en porte-parole de l’industrie nationale, défendant les intérêts locaux face à la mondialisation. Ensuite, sa maîtrise des canaux politiques, qui lui permet de transformer une plainte industrielle en décision étatique.
6. La retraite et la controverse
En novembre 2018, après 43 ans de service, Louis Yinda quitte la direction de la SOSUCAM. Officiellement, il prend sa retraite. Officieusement, certains observateurs parlent d’un « limogeage » sous pression du groupe Castel, actionnaire majoritaire.
Cette controverse, que la presse a relayée (EcoMatin, 2018), ne doit pas occulter l’essentiel : le Cameroun lui doit d’avoir consolidé une filière sucrière nationale solide, capable de répondre à la demande intérieure. Son départ ne fut pas celui d’un homme contesté, mais d’un bâtisseur ayant accompli sa mission.
7. Analyse scientifique : Louis Yinda, figure du manager d’État
L’itinéraire de Louis Yinda, de la fonction publique à la tête de la SOSUCAM, illustre la figure du manager d’État dans le contexte africain postcolonial.
Trois éléments méritent d’être soulignés :
La continuité entre public et privé : sa carrière commence au ministère, se poursuit à ENELCAM, et culmine dans une entreprise semi-privée. Cela montre que les frontières entre État et marché étaient poreuses, et que les élites camerounaises circulaient entre ces sphères (Bayart, 1989). La médiation avec les capitaux étrangers : qu’il s’agisse de Pechiney, de Somdiaa ou du groupe Castel, Louis Yinda sut dialoguer avec les partenaires étrangers tout en défendant les intérêts camerounais. La logique de souveraineté économique : en protégeant la production locale contre les importations, il incarne une volonté de préserver une autonomie alimentaire nationale.
En ce sens, il illustre la tension décrite par Mbembe (2000) : les élites africaines, tout en dépendant des structures héritées de la colonisation, cherchent à les transformer en instruments d’affirmation nationale.
8. Une figure de continuité générationnelle
Enfin, il faut souligner que l’ascension de Louis Yinda représente aussi une continuité générationnelle. Issu d’un village rural, formé dans l’école coloniale puis en Europe, il devient dirigeant d’entreprise dans un Cameroun indépendant. Sa vie incarne le passage d’une génération — celle de la dépendance — à une autre — celle de la construction nationale.
Comme le note Joseph Tchundjang Pouemi (1980), « le destin des économies africaines dépend de la capacité de leurs élites à transformer l’héritage colonial en levier de développement » (Tchundjang Pouemi, 1980 : 143). Louis Yinda fit partie de ces élites.
Pour conclure cette partie, de la fonction publique à la SOSUCAM, la trajectoire de Louis Yinda témoigne d’une double fidélité : à l’État camerounais, qu’il servit dans ses premières années, et à l’industrie nationale, qu’il développa ensuite. En cela, il incarne la figure du manager d’État devenu capitaine d’industrie, médiateur entre capital étranger et souveraineté nationale, entre logique économique et impératifs politiques.
Cette trajectoire prépare la suite : son inscription dans la sphère politique et sociale, où il devient patriarche et acteur communautaire.
III. LOUIS YINDA: l’homme politique et le patriarche communautaire
1. L’inscription dans l’espace politique national
L’itinéraire de Louis Yinda ne se réduit pas à sa carrière industrielle. Dès les années 1980, il s’inscrit dans la vie politique camerounaise à travers son adhésion au Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), parti au pouvoir depuis 1985 et héritier de l’Union Nationale Camerounaise (UNC).
Son profil d’industriel et de cadre supérieur lui ouvrit les portes du Comité central, organe stratégique du RDPC. Cette position ne fut pas seulement honorifique : elle traduisait la reconnaissance par le régime de sa double expertise — économique et politique. Comme le souligne Bayart (1989), les élites africaines se construisent souvent à la croisée des sphères économique et politique, formant ce que l’on peut appeler une « aristocratie d’État » (Bayart, 1989 : 213).
Dans ce cadre, Louis Yinda incarnait l’élite économique intégrée à l’appareil politique, capable de plaider en faveur de l’industrie et d’agir comme médiateur entre l’entreprise et l’État.
2. La régionalisation et la candidature au Conseil régional du Littoral
L’un des épisodes marquants de son engagement politique survient en 2020, lors de la mise en place des conseils régionaux au Cameroun, institutions issues de la réforme constitutionnelle de 1996 mais longtemps différées.
Dans la région du Littoral, le nom de Louis Yinda est avancé comme possible président du Conseil régional. Face à lui, un autre poids lourd du RDPC : Fritz Ntone Ntone, ancien délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala. Cette confrontation symbolisait une bataille de générations et de profils : d’un côté, un industriel patriarche, de l’autre, un technocrate urbain.
Si Louis Yinda ne fut finalement pas élu, sa candidature illustre sa volonté de continuer à servir sa région au-delà de sa carrière à la SOSUCAM. Elle manifeste aussi son attachement au développement local et sa croyance en la décentralisation comme vecteur d’efficacité.
3. La dimension familiale et politique
La famille Yinda elle-même s’inscrivait dans le paysage politique. Son épouse, est sénatrice du RDPC. Ce couple représentait ainsi une alliance entre économie et politique, entre secteur privé et institutions publiques.
Cette insertion familiale dans l’espace politique doit être lue comme une stratégie d’ancrage : au Cameroun, les élites consolident leur pouvoir en multipliant les canaux d’influence, qu’ils soient économiques, politiques ou sociaux (Mbembe, 2000). Louis Yinda en était l’illustration parfaite.
4. Le patriarche communautaire : l’« Archiduc de Ngompem »
Mais au-delà du parti, c’est à l’échelle locale que Louis Yinda s’imposa comme patriarche. Dans son village natal, Ngompem, il fut surnommé affectueusement « l’Archiduc ». Ce titre, plus symbolique que politique, exprimait la reconnaissance de la communauté pour son rôle de médiateur, de protecteur et de bienfaiteur.
Le patriarche, dans les sociétés africaines, n’est pas seulement un chef lignager. Il est aussi un passeur de mémoire, garant de la continuité entre les ancêtres et les vivants. Louis Yinda assuma pleinement ce rôle. Il finança des bourses scolaires pour les jeunes méritants, contribua à la construction d’écoles et de dispensaires, et participa à des projets communautaires d’accès à l’eau et à la santé.
Comme le rappelle Wiredu (1998), « la communauté africaine ne se définit pas seulement par les liens du sang, mais par la solidarité active des uns envers les autres » (Wiredu, 1998 : 57). Louis Yinda incarna cette solidarité active.
5. Le projet avorté de l’Institut Universitaire Louis Yinda (IULY)
L’une des initiatives les plus emblématiques de son engagement social fut la tentative de création de l’Institut Universitaire Louis Yinda (IULY) en 2014. Ce projet visait à doter la région d’un établissement d’enseignement supérieur capable de former des cadres et des techniciens dans les secteurs industriels et agricoles.
Le choix de l’université n’était pas anodin. Pour Louis Yinda, investir dans le capital humain était la clé du développement. Après avoir contribué à bâtir des infrastructures matérielles (usines, plantations), il voulait investir dans les infrastructures immatérielles : la connaissance, la formation, la jeunesse.
Cependant, ce projet ne vit jamais le jour, en raison de blocages politiques. Les lenteurs administratives, les rivalités locales et les considérations partisanes eurent raison de cette initiative pourtant visionnaire. Cet échec n’enlève rien à sa valeur symbolique : il révèle la volonté d’un patriarche de léguer à sa communauté un outil durable d’émancipation.
6. L’homme de foi et les distinctions religieuses
Homme profondément croyant, catholique pratiquant, Louis Yinda fut un soutien constant de l’Église dans la Sanaga-Maritime. Il contribua au financement de chapelles, de paroisses et d’initiatives caritatives.
En 2020, le Pape François lui décerna la médaille Pro Ecclesia et Pontifice, distinction rare attribuée aux laïcs pour services exceptionnels à l’Église. Cette reconnaissance illustre la dimension spirituelle de son engagement. Pour Louis Yinda, le développement n’était pas seulement économique, mais aussi moral et spirituel.
7. La philanthropie éducative et sociale
Au-delà de l’IULY, Louis Yinda soutint des dizaines d’étudiants par des bourses personnelles. Il finança des voyages d’étude, des inscriptions universitaires, et aida des familles en difficulté. Dans une région où l’accès à l’éducation reste un défi, ces initiatives eurent un impact considérable.
De même, il intervint dans des projets de santé : achat de médicaments pour les dispensaires, soutien aux campagnes de vaccination, financement de structures locales. Ces gestes, parfois discrets, construisirent une réputation d’homme généreux, toujours prêt à répondre aux sollicitations de sa communauté.
8. Analyse scientifique : patriarche et acteur de développement
Scientifiquement, Louis Yinda peut être analysé comme une figure du patriarche-développeur. Trois dimensions se dégagent :
Le patriarche symbolique : reconnu comme « Archiduc de Ngompem », il incarne l’autorité morale et culturelle. Le patriarche matériel : par ses investissements sociaux, il améliore les conditions de vie de sa communauté. Le patriarche visionnaire : par le projet de l’IULY, il inscrit son action dans la longue durée, en pensant aux générations futures.
Cette triple dimension fait écho aux analyses de Mbiti (1969), pour qui en Afrique, « être, c’est appartenir » : l’individu n’existe pleinement que dans et pour sa communauté. Louis Yinda fut, jusqu’à sa mort, un homme de communauté, jamais coupé de ses racines malgré ses responsabilités nationales.
9. L’héritage politique et communautaire
L’héritage de Louis Yinda dans ce domaine est immense. Il a montré que l’élite économique ne doit pas se contenter de gérer des entreprises, mais doit aussi assumer un rôle politique et social. Il a incarné une forme d’aristocratie responsable, où le prestige se mesure non seulement à la richesse accumulée, mais au service rendu.
Son parcours rappelle les figures des patrons-développeurs que l’on retrouve dans d’autres contextes africains : Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, Abdoulaye Fadiga au Mali, ou encore Fotso victor au Cameroun. Tous illustrent cette tension entre entreprise, État et communauté.
Louis Yinda, par son attachement à Ngompem, son engagement dans le RDPC et ses initiatives sociales, se distingue cependant par une dimension singulière : il a su garder un ancrage communautaire fort, devenant à la fois acteur national et patriarche local.
Louis Yinda fut bien plus qu’un industriel. Il fut un homme politique, membre du Comité central du RDPC et candidat à la présidence régionale du Littoral. Mais il fut surtout un patriarche communautaire, reconnu comme « Archiduc de Ngompem », protecteur et bienfaiteur.
Par son projet d’université, par ses bourses, par son engagement religieux, il a légué à sa communauté des valeurs de solidarité et de service. Si certaines initiatives, comme l’IULY, n’ont pas pu aboutir, elles restent des symboles de sa vision : investir dans l’éducation, la jeunesse et la foi pour construire l’avenir.
En ce sens, Louis Yinda illustre une figure rare : celle du capitaine d’industrie qui n’a jamais oublié son village, du politicien qui n’a jamais cessé d’être patriarche.
IV. HERITAGE, mémoire et transmission
1. L’héritage économique : bâtisseur d’une filière stratégique
Louis Yinda laisse avant tout un héritage économique. Son nom restera associé à la structuration de l’industrie sucrière camerounaise. De la crise de 1975 à la stabilisation de la production au seuil de 130 000 tonnes annuelles dans les années 2010, son rôle fut déterminant.
Cet héritage se mesure à plusieurs niveaux :
Infrastructure : les usines de Mbandjock et Nkoteng, construites et modernisées sous sa direction, constituent des pôles industriels durables. Emploi : des milliers de Camerounais ont trouvé un travail grâce à la SOSUCAM. Fiscalité : par sa contribution fiscale, la société a renforcé les capacités financières de l’État. Sécurité alimentaire : en couvrant 70 % de la consommation nationale, la SOSUCAM est devenue un pilier de la souveraineté alimentaire.
Au-delà des chiffres, son héritage économique réside dans la démonstration que l’agro-industrie peut être un vecteur de développement national. Comme l’écrit Tchundjang Pouemi (1980), « la liberté économique des nations africaines dépend de leur capacité à maîtriser leurs filières stratégiques ». Louis Yinda illustra cette thèse par l’action.
2. L’héritage politique : l’élite comme médiateur
En politique, Louis Yinda incarne la figure du médiateur. Son rôle au sein du Comité central du RDPC, puis sa candidature à la présidence régionale du Littoral, traduisent une conception de l’élite comme interface entre l’État et la société.
Cet héritage est double:
D’un côté, il a montré que l’élite économique doit s’impliquer en politique, afin de plaider pour les intérêts industriels et sociaux dans les instances décisionnelles. De l’autre, il a démontré que la politique doit rester enracinée dans la communauté, en demeurant attentive aux besoins du terroir.
Dans ce sens, il prolonge la logique décrite par Bayart (1989) : “l’élite africaine postcoloniale navigue entre l’État, le marché et la communauté, formant ce que l’auteur appelle la « politique du ventre” Louis Yinda, loin d’incarner une logique prédatrice, représenta une version patriotique de cette articulation, en mettant son prestige au service du Cameroun.
3. L’héritage social : l’éducation comme flambeau
Peut-être l’héritage le plus précieux de Louis Yinda réside-t-il dans sa vision de l’éducation. Par ses bourses, son projet d’Institut Universitaire, son soutien aux jeunes, il affirma un principe simple : former la jeunesse, c’est préparer la Nation.
L’échec de l’Institut Universitaire Louis Yinda (IULY) à voir le jour, du fait de blocages politiques, ne doit pas être lu comme une défaite. Il constitue au contraire une idée semée : celle que les élites camerounaises doivent investir dans l’enseignement supérieur et la recherche pour assurer le développement endogène.
En ce sens, son héritage rejoint celui des grands bâtisseurs africains qui ont compris que le capital humain est la ressource la plus stratégique. Comme le note Wiredu (1998), « une société n’avance pas par l’abondance de ses richesses naturelles, mais par la formation critique de ses citoyens ».
4. L’héritage spirituel : foi et générosité
Louis Yinda fut également un homme de foi. Sa distinction Pro Ecclesia et Pontifice en 2020 témoigne de son engagement constant envers l’Église catholique. Pour lui, la spiritualité n’était pas séparée de la vie sociale et économique. Elle constituait un socle éthique.
Cet héritage spirituel invite à penser la réussite non seulement en termes de chiffres ou de pouvoir, mais en termes de valeurs : discipline, intégrité, solidarité. Dans une société camerounaise souvent marquée par le cynisme politique, Louis Yinda proposa une autre voie : celle du service.
5. L’héritage mémoriel et communautaire
Enfin, Louis Yinda laisse un héritage mémoriel. À Ngompem, il sera toujours l’« Archiduc », figure tutélaire et protectrice. Ce surnom traduit l’attachement de la communauté à un fils qui n’a jamais oublié ses racines.
Pour les générations futures, sa vie devient un récit fondateur : celui d’un enfant de village devenu bâtisseur national. Dans la mémoire collective, il sera cité aux côtés des grands patriarches qui ont su conjuguer tradition et modernité.
6. Transmission : « Je suis son héritage »
En tant que son neveu et fils digne, je me tiens aujourd’hui devant vous pour proclamer : je suis son héritage. Héritage d’une rigueur académique, héritage d’un patriotisme économique, héritage d’un engagement communautaire.
Cet héritage, je le porte dans mon combat intellectuel et politique pour la construction d’un État Développementaliste Communautaire. Car ce que Louis Yinda a incarné — l’articulation entre l’industrie, l’État et la communauté — est au cœur de cette vision.
Ainsi, la transmission n’est pas seulement familiale. Elle est aussi nationale. Elle oblige chacun de nous à poursuivre l’œuvre : bâtir, former, protéger.
CONCLUSION
Louis Yinda (1940–2025) fut plus qu’un homme. Il fut une institution vivante, un capitaine d’industrie, un acteur politique, un patriarche communautaire et un homme de foi. Son parcours illustre les dynamiques de l’Afrique postcoloniale : l’articulation entre capital étranger et souveraineté nationale, entre élite et communauté, entre tradition et modernité.
Son héritage est multiple : économique, politique, social, spirituel, mémoriel. Mais il est surtout vivant : il continue à irriguer nos luttes et nos espérances.
Rendre hommage à Louis Yinda, c’est affirmer que le Cameroun possède en lui des bâtisseurs, capables de transformer une vie individuelle en destin collectif. C’est affirmer que la mémoire des patriarches est un levier pour penser l’avenir.
Pour nous, famille Log Mboui, la grande communauté Bassa- Mpõo BÃTI, pour la Nation camerounaise, Louis Yinda est et restera un repère.
Repose en paix, Patriarche, Archiduc, Père et Oncle. Ton flambeau brûle dans nos cœurs.
Bibliographie
Actu Cameroun (2020). « Présidence des régions : dans le Littoral, la bataille se jouera entre Fritz Ntone Ntone et Louis Yinda », Actu Cameroun, 17 décembre.
Actu Cameroun (2025). « Nécrologie : Louis Yinda, l’ancien DG de la Sosucam est mort », Actu Cameroun, 6 juillet.
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Bayart, J.-F. (1989). L’État en Afrique. La politique du ventre. Paris : Fayard. EcoMatin (2018). « Cameroun : décès de Louis Yinda, ancien PDG de Sosucam », EcoMatin, 7 juillet.
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Industrialisation et élites au Cameroun : genèse d’un capitalisme d’État. Yaoundé : Clé. Owona, J. (1996).
Le Cameroun entre deux siècles : institutions, acteurs et mutations. Yaoundé : Presses de l’UCAC.
Tchundjang Pouemi, J. (1980). Monnaie, servitude et liberté : la répression monétaire de l’Afrique. Paris : Jeune Afrique.
Wiredu, K. (1998). Cultural Universals and Particulars: An African Perspective. Bloomington: Indiana University Press.
PR JIMMY YAB ET S.E. WANG YI, Ministre des Affaires Étrangères chinois Pr Jimmy Yab exposant le SICCAF 2023 devant le Vice-Gouverneur et la chambre de Commerce de la Province à l’hôtel Shandong
Étude de cas sur l’échec d’un projet stratégique porté par Pr. JIMMY YAB, Président de l’Observatoire Chine Afrique Francophone (OCAF) et plaidoyer pour un Cameroun fondé sur l’État Développementaliste Communautaire et une diplomatie de développement souveraine
S.E. MBELLA MBELLA LEJEUNE et son Homologue S.E. WANG YI
✅ Résumé
Cet article scientifique analyse l’échec du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone, un projet structurant porté par l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF), à la suite d’une conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone. Malgré deux années de travail diplomatique, plus de quarante réunions interministérielles, un soutien officiel du Premier ministre et de l’ambassade de Chine au Cameroun, et un investissement de 22 millions FCFA entièrement autofinancé, le projet a été brutalement bloqué — sans justification — par le Secrétariat Général de la Présidence. À travers cette étude de cas, l’article met en lumière les limites du modèle centralisé camerounais, démontrant son incapacité à soutenir la diplomatie de développement communautaire. Il propose une alternative institutionnelle : l’État Développementaliste Communautaire, défendu par le MLDC, comme cadre propice à la souveraineté territoriale, à la promotion de la jeunesse stratégique, et à l’autonomie diplomatique des régions.
Mots-clés : Cameroun – Chine – diplomatie de développement – gouvernance – État centralisé – MLDC – OCAF – fédéralisme communautaire – Ceinture et Route – coopération Sud–Sud.
✅ Abstract
This paper analyzes the failure of the China–Francophone Africa Industrial and Trade Fair, a high-level initiative led by the Francophone China–Africa Observatory (OCAF), following an international conference on the Belt and Road Initiative in Francophone Africa. Despite two years of intensive preparation, over forty interministerial meetings, official endorsements from the Prime Minister of Cameroon and the Chinese Embassy, and a self-financed budget of 22 million FCFA, the project was suddenly blocked—without explanation—by the General Secretariat of the Presidency. Through this case study, the paper illustrates how Cameroon’s centralized state model structurally undermines community-based development diplomacy. It calls for a new institutional framework: the Community-Based Developmental State, advocated by the MLDC, as the appropriate model to empower regional sovereignty, strategic youth leadership, and decentralized diplomatic engagement.
Keywords: Cameroon – China – development diplomacy – centralized state – MLDC – OCAF – community-based federalism – Belt and Road – South–South cooperation.
PR JIMMY YAB & S.E. WU PENG, DIRECTEUR DES AFFAIRES AFRICAINES, Ministère des Affaires Étrangères de Chine
1. Introduction : Un toast à Pékin, un silence à Yaoundé
La photo ci-jointe illustre une rencontre d’une haute portée symbolique et diplomatique : celle du président de l’OCAF, Pr. Jimmy Yab, avec S.E. Wang Yi, ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, membre du Bureau Politique du Parti Communiste Chinois, et l’un des diplomates les plus puissants de la planète. Cette rencontre, organisée dans le cadre du suivi de la conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone tenue à Yaoundé en partenariat avec l’ambassade de Chine, devait ouvrir la voie à la concrétisation du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone. Ce Salon représentait la suite logique et politique des recommandations issues de cette conférence, fruit d’un alignement rare entre société civile stratégique et diplomatie bilatérale Sud–Sud.
Mais un an plus tard, après deux années de travail diplomatique, organisationnel et stratégique, et un investissement financier personnel de 22 millions de francs CFA, le projet fut enterré dans le silence opaque du Secrétariat Général de la Présidence de la République du Cameroun. Aucune lettre officielle d’annulation. Aucune contre-proposition. Aucun mécanisme institutionnel pour expliquer ou justifier le sabotage d’un projet diplomatiquement validé, économiquement structuré, et stratégiquement indispensable.
Loin d’un simple projet évènementiel, le Salon Chine–Afrique Francophone constituait une innovation diplomatique majeure : il s’agissait de transformer la rhétorique sino-africaine en infrastructure réelle de coopération industrielle, commerciale et technologique, en impliquant directement les États francophones africains, les régions camerounaises, et le tissu économique chinois. Il représentait une forme concrète de « diplomatie de développement », articulée autour d’un projet communautaire souverain et d’un positionnement géopolitique clair du Cameroun dans les nouvelles routes de la mondialisation.
C’est cet espoir que le silence du pouvoir a tué.
Pr Jimmy Yab & le President de l’Association des Entreprises Chinoises au Cameroun (AECC), Mr Xu Huajiang, par ailleurs, Directeur Général de la Division Afrique centrale de China Harbour Engineering Company(CHEC)
2. Une diplomatie communautaire sabotée : les faits, les chiffres, les acteurs
Le projet du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone n’est pas né dans le vide. Il émerge d’un processus rigoureux de diplomatie non étatique, porté par une organisation indépendante mais stratégiquement connectée : l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) dont le Pr. JIMMY YAB est le Président. Dans un pays comme le Cameroun, où l’État central a tendance à se méfier de toute initiative venue de la société civile, l’OCAF constitue pourtant une exception méthodique. Il ne s’agit pas d’un groupe de pression, encore moins d’un lobby partisan, mais d’un think-and-do tank, engagé dans une vision long-termiste : inscrire l’Afrique francophone dans la dynamique mondiale multipolaire en construction autour de la Chine, de l’ASEAN, des BRICS et de la diplomatie Sud–Sud.
2.1. Un héritage stratégique clair : de la Ceinture et la Route au Salon
En Mai 2022, l’OCAF, en partenariat avec l’ambassade de Chine au Cameroun, organisait à Yaoundé la première conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone. Cet événement académique et diplomatique réunissait des universitaires, diplomates, entreprises chinoises, acteurs économiques africains et représentants d’institutions. L’objectif ? Dépasser le discours idéologique et construire des mécanismes pratiques d’intégration Sino–Afrique francophone. La conférence se concluait sur un appel structuré à trois niveaux :
Créer une plateforme permanente de dialogue économique sino-francophone.
Décentraliser les outils de la diplomatie de développement vers les territoires.
Lancer, dans un délai de douze mois, un Salon industriel et commercial de dimension internationale.
La réponse de l’ambassade de Chine fut immédiate et enthousiaste. Des échanges furent initiés avec le ministère chinois du Commerce, le ministère des Affaires étrangères et le Conseil pour la promotion du commerce international (CCPIT). L’élan était diplomatique, intellectuel, bilatéral et opérationnel.
PR JIMMY YAB & MR ZHANG XIUGUI, General manager of Huawei CEMAC region;
2.2. Une année d’activisme diplomatique : missions, rencontres, négociations
Entre Mai 2022 et Avril 2023, le président de l’OCAF entreprend cinq missions diplomatiques de haut niveau en Chine, conduisant des échanges stratégiques avec les figures suivantes :
S.E. Wang Yi, ministre des Affaires étrangères, membre du Bureau Politique du Parti Communiste Chinois.
Le directeur général des Affaires africaines au MAE chinois.
Le président de l’Association des étrangers , lors d’une réception économique à Shenzhen.
Les présidents de chambres de commerce des provinces du Guangdong, du Sichuan et du Jiangsu, régions industrielles majeures.
Des représentants de grandes firmes chinoises déjà implantées en Afrique centrale, telles que Huawei, Sinohydro, Sinosteel, CNPC, ou encore les sociétés minières opérant au Gabon et en Guinée équatoriale.
Chaque mission est préparée selon un protocole diplomatique strict, avec production de dossiers en chinois, présentation PowerPoint traduite, cartes de projets sectoriels, et documentation comparative sur les politiques industrielles francophones. Le coût cumulé des voyages, hébergements, protocoles et coordination : 5 200 000 FCFA.
2.3. Mobilisation nationale sans précédent plus de 15 réunions interministérielles
Parallèlement, à Yaoundé, l’OCAF initie avec le département Asie du ministère camerounais des Relations extérieures (MINREX) un cycle de réunions hebdomadaires, regroupant entre 15 et 20 ministères chaque semaine pendant près de dix mois. Parmi les ministères les plus actifs :
Ministère du Commerce (coordination des filières).
Ministère des Finances (modélisation douanière).
Ministère de l’Économie (appui à l’intégration régionale).
Ministère des PME et de l’Industrie (mobilisation des exposants).
Ministère des Transports et des Travaux Publics (infrastructure logistique).
Ministère de la Recherche scientifique et de l’Enseignement supérieur (valorisation des savoirs locaux).
Ministère de la Décentralisation et du Développement Local (participation des régions).
Et naturellement, le représentant du Premier ministère, qui accorde son aval formel au projet en Décembre 2022.
Ces réunions sont minutées, documentées, synthétisées par l’équipe de coordination de l’OCAF, composée de six permanents, douze bénévoles réguliers et trois consultants sectoriels. Chaque session nécessite :
Impression de supports,
Coordination de courriers officiels,
Accueil logistique,
Rédaction de rapports,
Interprétation en chinois.
Coût estimé de la logistique hebdomadaire cumulée : 3 800 000 FCFA.
2.4. Infrastructure, personnel et communication
Au-delà de la diplomatie et de la logistique institutionnelle, l’OCAF a dû se doter d’un espace de travail dédié, dans un quartier central de Yaoundé, capable d’accueillir des délégations, des réunions techniques, des journalistes, des visiteurs chinois. Le loyer, l’aménagement des bureaux, l’abonnement internet, le matériel de bureau, les rafraîchissements et la sécurité ont représenté environ 3 500 000 FCFA sur dix mois.
À cela s’ajoute la rémunération du personnel permanent de l’OCAF, composée d’un directeur de coordination, d’un assistant logistique, d’un chef de protocole, d’un interprète chinois-français, et d’un responsable communication : 3 000 000 FCFA pour un an, à travers des indemnités mensuelles modestes mais stables.
Enfin, la communication stratégique — charte graphique, affiches, site web, dossiers de presse, dépliants bilingues — a mobilisé environ 1 200 000 FCFA, sans compter les publications régulières dans la presse diplomatique spécialisée.
2.5. Un projet communautaire, sans un franc de financement public
Au total, le projet représente un coût de 22 millions FCFA, entièrement auto-financé par l’OCAF, sans appui budgétaire d’aucun ministère. Cette réalité renforce le caractère exemplaire du cas : il s’agit d’un projet d’intérêt national, stratégique, sans fardeau fiscal pour l’État, soutenu par un partenaire diplomatique majeur (la Chine), et pourtant bloqué sans explication.
Conclusion 2 : Une diplomatie bâtie pierre après pierre, étouffée d’un revers de main
Ce que l’OCAF a construit relève de la diplomatie de développement. Non pas un sommet protocolaire sans suite, mais une initiative stratégique articulée sur des enjeux commerciaux concrets, des liens humains établis, des partenaires alignés. Et pourtant, ce projet a été tué non par l’échec, mais par l’absence d’écoute et de cadre institutionnel pour l’initiative communautaire.
Ce blocage n’est pas une simple mauvaise gestion : c’est la démonstration que l’État centralisé camerounais est devenu incapable d’accompagner la création nationale venue d’en bas, même lorsqu’elle est rigoureusement construite, soutenue diplomatiquement et socialement légitime.
3. Conséquences stratégiques et morales : jeunes humiliés, partenaires chinois désillusionnés, pays discrédité
Le coût de l’échec du Salon Chine–Afrique Francophone ne peut se mesurer uniquement en termes financiers. Si les 22 millions de FCFA perdus représentent déjà un investissement lourd pour une organisation comme l’OCAF, le véritable désastre est moral, diplomatique et stratégique. En bloquant un projet aussi mature, aussi diplomatiquement légitimé, l’État camerounais — ou plus précisément, le Secrétariat Général de la Présidence de la République — a commis un triple sabotage : il a brisé la confiance de la jeunesse engagée, il a trahi la parole donnée à un partenaire majeur, et il a discrédité l’image du Cameroun comme interlocuteur sérieux sur la scène économique internationale.
3.1. La trahison silencieuse de la jeunesse compétente
L’OCAF, comme laboratoire d’idées et de stratégies Sud–Sud, repose sur un socle humain fondamental : des jeunes Camerounais instruits, compétents, multilingues, engagés, et prêts à servir leur pays à travers la diplomatie économique. Le projet du Salon a mobilisé plus de 20 jeunes permanents et bénévoles, travaillant dans des conditions souvent précaires, sans promesse de salaire, mais avec une vision et un sens du devoir collectif.
Pour eux, participer à un événement diplomatique d’envergure internationale, rencontrer des ambassadeurs, rédiger des notes en français et en chinois, coordonner des réunions interministérielles hebdomadaires, gérer des communications bilingues ou organiser des visites d’entreprises, représentait une école du patriotisme actif.
« Ce projet, c’était une manière de dire que nous ne sommes pas seulement la jeunesse du futur, mais celle du présent, capable de faire, de négocier, d’organiser. » — E. …diplômée en Relations internationales, bénévole OCAF
Lorsque le projet fut bloqué — sans préavis, sans lettre, sans remerciement —, ce fut un traumatisme collectif. Le silence de l’État fut vécu comme une gifle institutionnelle. Loin d’encourager, l’État a sanctionné l’initiative, la compétence et le sacrifice, laissant chez ces jeunes une amertume durable.
3.2. Des partenaires chinois désillusionnés : « Le Cameroun n’est pas fiable »
La relation entre la Chine et l’Afrique est l’un des axes majeurs de la géopolitique contemporaine. Depuis 2000, à travers le Forum sur la Coopération Chine–Afrique (FOCAC), Pékin a investi des centaines de milliards de dollars dans les infrastructures, les mines, les télécommunications et l’éducation en Afrique. Mais derrière les chiffres, la Chine attend des signaux de sérieux, de stabilité et d’anticipation politique de ses partenaires.
Des halls d’exposition avaient été identifiés.
Des plans de coopération technologique avaient été proposés.
Des entreprises avaient amorcé leur mobilisation.
Lorsque la présidence camerounaise laissa le projet sombrer sans justification, plusieurs partenaires chinois exprimèrent leur incompréhension, puis leur méfiance :
« Nous avions des garanties officielles. Comment un État peut-il se dédire sans aucune communication ? Cela rend difficile toute planification future. » — Responsable de projet Chine Afrique Centrale, Ministère du Commerce chinois, entretien à Shenzhen
Ce genre de retournement brutal fragilise durablement la crédibilité du Cameroun dans les cercles de coopération internationale. Il sape les fondations patiemment construites par les diplomates de terrain, les chercheurs, les communautés d’affaires, et réduit la diplomatie à une fiction fragile, dépendante des caprices d’un pouvoir fermé, non redevable.
3.3. Le Cameroun, un État discrédité dans la diplomatie économique
À l’heure où les pays africains redéfinissent leur position dans l’ordre mondial post-occidental — en rejoignant les BRICS, en investissant dans des corridors logistiques, en négociant des monnaies alternatives —, le Cameroun reste prisonnier d’une structure politique archaïque, où un projet d’État peut être détruit sans débat, sans justification, sans préavis.
Le cas du Salon Chine–Afrique Francophone est emblématique. Il montre que :
Le ministère des Relations extérieures peut s’engager activement, sans garantie de suivi par les cercles exécutifs ultimes ;
Le Premier ministre peut donner un accord formel, sans que cela ne pèse face à l’inertie du Secrétariat Général de la Présidence ;
Les ministres peuvent travailler pendant un an, mobiliser leur personnel, signer des documents — pour rien.
C’est une forme institutionnelle de dé-crédibilisation interne et externe. Elle produit de la défiance dans l’administration, du désengagement chez les jeunes, et une réputation de pays peu fiable, voire imprévisible, sur la scène régionale.
La Chine, qui valorise la continuité, la hiérarchie claire et l’efficacité, ne comprend pas ce type de dissonance étatique. Pour elle, un partenaire qui se contredit est un partenaire à risque.
Conclusion 3 : une diplomatie sabotée de l’intérieur
Le sabotage du Salon Chine–Afrique Francophone n’est pas seulement une perte d’argent ou une occasion ratée. C’est un acte politique, un choix du système de gouvernance actuel de ne pas soutenir l’excellence communautaire, de refuser les dynamiques souveraines émergentes, de couper l’élan de la jeunesse compétente, et de rompre la parole d’un État devant un partenaire stratégique.
Dans un pays normalement gouverné, une telle tragédie institutionnelle entraînerait un audit, un débat parlementaire, une réforme. Au Cameroun, elle passe dans l’ombre, sans que personne ne soit tenu responsable.
Voilà pourquoi nous devons repenser radicalement l’architecture de l’État.
4. Pourquoi l’État centralisé camerounais est incompatible avec la diplomatie de développement
L’échec du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone, préparé pendant deux ans, diplomatiquement soutenu, financièrement assumé, puis brutalement neutralisé sans explication par le Secrétariat Général de la Présidence, ne relève pas de l’anecdotique. Il révèle un problème plus profond : le modèle même d’organisation de l’État camerounais, fondé sur la verticalité, l’opacité, l’hyper-concentration décisionnelle, est structurellement incompatible avec la diplomatie de développement. Cette diplomatie — agile, coopérative, horizontale, orientée vers les résultats — ne peut prospérer dans un État verrouillé, centralisé, bureaucratique et hostile à l’initiative.
4.1. L’État jacobin : un héritage colonial rigide et dysfonctionnel
Le Cameroun post-indépendance a conservé l’architecture centralisatrice du modèle français de la Cinquième République, combinée à un exécutif présidentialiste fort et un appareil administratif rigide. Dans ce schéma, toute décision stratégique passe par le sommet de l’État, et toute initiative venant de la base — même lorsqu’elle est techniquement meilleure — est perçue comme une atteinte à l’ordre hiérarchique.
Les travaux de Jean-François Bayart (1979) sur l’ »État patrimonial » en Afrique francophone ont montré que ce type d’administration ne fonctionne pas sur la base de la performance, mais sur la protection du pouvoir central et la gestion des clientèles politiques. Le projet du Salon Chine–Afrique, porté par l’OCAF, n’entrait dans aucune des cases de ce système. Il était autonome, non partisan, compétent, multilatéral. Par conséquent, il fut ignoré, puis bloqué.
Ce que l’État ne contrôle pas politiquement, il préfère le faire échouer.
4.2. L’inexistence de la redevabilité institutionnelle
Dans un État développementaliste mature, un projet d’intérêt national bloqué sans raison déclencherait une enquête administrative, un rapport parlementaire, voire une intervention du Conseil d’État. Au Cameroun, aucun mécanisme ne permet de comprendre pourquoi un projet est stoppé, ni qui en porte la responsabilité.
Le Secrétariat Général de la Présidence, institution à la fois politique et administrative, n’est soumis à aucun contrôle citoyen, ni même parlementaire. Il peut invalider sans explication une initiative préparée par 15 ministères et soutenue par le chef du gouvernement.
Cette culture du silence administratif, analysée par Peter Ekeh (1975) comme caractéristique des « États postcoloniaux dualistes », mine la confiance des acteurs nationaux et étrangers. Elle freine l’innovation, détruit la motivation des jeunes cadres, et génère une culture de la peur, où il vaut mieux ne rien proposer que d’échouer faute de bénédiction invisible.
4.3. L’absence d’ancrage territorial de la diplomatie
Le Cameroun pratique une diplomatie centralisée, pilotée uniquement par le MINREX et la Présidence. Pourtant, dans les grands pays émergents — Inde, Brésil, Chine elle-même — la diplomatie économique se décline au niveau des provinces, des États fédérés, des régions. Le Guangdong, par exemple, a sa propre représentation à l’étranger ; la Bavière (Allemagne) signe des accords économiques directs avec des pays tiers.
Dans un État Développementaliste Communautaire, la diplomatie serait décentralisée, territorialisée, adaptée aux forces régionales. Le Littoral porterait la coopération portuaire, le Grand Nord la coopération agropastorale, le Grand Sud les échanges forestiers, etc.
Dans le cas du Salon Chine–Afrique, si une Vice-présidence du Littoral avait été mandatée par le Cameroun, le projet aurait été validé, appuyé, protégé et promu par une instance exécutive territoriale, ancrée dans la réalité économique locale. Il n’aurait pas été suspendu au bon vouloir d’un conseiller à la Présidence.
4.4. L’hostilité de l’État central à l’intelligence collective autonome
Le projet de l’OCAF dérangeait parce qu’il incarnait une intelligence collective autonome, capable de :
Concevoir une stratégie,
Mobiliser des partenaires,
Travailler avec des diplomates,
Évaluer des coûts,
Rendre compte.
Dans un État développementalement immature, l’initiative autonome est vécue comme une insubordination. Ce n’est pas l’utilité du projet qui est évaluée, mais son origine politique. D’où la méfiance, le ralentissement, puis le blocage.
Ce n’est pas le projet qui fut jugé ; c’est son indépendance qui fut condamnée.
4.5. Le déficit de souveraineté stratégique
Le comble du paradoxe, c’est que le Cameroun clame sa souveraineté face aux puissances étrangères, mais sabotage les rares initiatives nationales souveraines visant à s’insérer dans le monde multipolaire. Le Salon Chine–Afrique Francophone était un instrument d’émancipation économique, de projection géopolitique et de crédibilité industrielle. Il a été tué non pas par Pékin, mais par Yaoundé.
C’est la démonstration parfaite de ce que l’économiste Dani Rodrik (2011) appelle « l’autodestruction institutionnelle des États dépendants » : des États qui, au lieu de favoriser l’autonomie stratégique, la bloquent par réflexe de contrôle.
Conclusion 4 : L’État centralisé est devenu le premier obstacle au développement
L’affaire du Salon Chine–Afrique révèle une vérité brutale : le système administratif et institutionnel camerounais, dans sa configuration actuelle, empêche l’État d’émerger comme acteur de développement. Il transforme les institutions en instruments d’obstruction, les fonctionnaires en gardiens de couloirs, et les projets en sacrifices.
La question n’est donc pas « Pourquoi le Salon a-t-il échoué ? », mais « Combien d’autres projets échouent chaque année dans le silence, sous les tapis rouges, dans les couloirs de la Présidence ? »
5. Vers un État Développementaliste Communautaire : construire une architecture qui libère l’initiative stratégique et la diplomatie de développement communautaire
Si le Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone a été brutalement enterré dans les couloirs de la Présidence, ce n’est pas à cause d’un vice technique ni d’un défaut de préparation. Il a échoué parce que le modèle de gouvernance actuel du Cameroun est inapte à accueillir l’intelligence stratégique autonome. Il a échoué parce que notre État ne protège pas les innovations communautaires, il n’honore pas l’engagement des jeunes, et n’intègre pas la diplomatie de développement comme instrument d’émergence.
Il est donc temps, non pas de corriger à la marge, mais de reconstruire la maison Cameroun, sur de nouvelles bases : celles d’un État Développementaliste Communautaire (EDC), proposé par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC).
5.1. Un État Développementaliste Communautaire : définition et fondements
Un État Développementaliste Communautaire est un État :
Où la souveraineté n’est pas concentrée au sommet, mais partagée entre l’État central, les grandes régions fédérées et les communautés organisées.
Où les institutions sont conçues non pour contrôler, mais pour encourager l’initiative stratégique, économique et diplomatique.
Où la planification industrielle et commerciale est territorialisée, structurée autour des réalités locales (ressources, diaspora, main-d’œuvre).
Où la jeunesse et la société civile stratégique sont reconnues comme co-acteurs de l’État.
Ce modèle s’inspire des réussites coréennes, indonésiennes, brésiliennes, mais aussi de certains États africains émergents (Rwanda, Maroc) qui, à défaut de centralisme aveugle, ont su associer régions, collectivités, diaspora et communauté d’affaires à la construction de leur puissance.
5.2. Une nouvelle architecture exécutive pour promouvoir les initiatives régionales
Le projet du Salon aurait prospéré dans un État Développementaliste Communautaire grâce à une série d’innovations institutionnelles :
Une Vice-présidence fédérale du Grand Littoral, chargée de la diplomatie commerciale et de l’intégration portuaire ;
Des ministères régionaux de l’économie et de la coopération internationale, dotés de fonds de souveraineté territoriale pour négocier des projets bilatéraux ;
Un fonds spécial pour la diplomatie communautaire et les initiatives stratégiques locales, alimenté par la fiscalité régionale et la coopération décentralisée.
Dans ce système, l’OCAF n’aurait pas eu à quémander un feu vert opaque. Il aurait négocié directement avec la Vice-présidence régionale, inscrit le Salon dans le programme de développement local, et engagé les collectivités, les chambres de commerce, les universités, les médias, les entrepreneurs.
5.3. Promouvoir une diplomatie de développement communautaire
La diplomatie de développement communautaire est une proposition clef du MLDC. Elle repose sur le principe suivant : ce ne sont pas seulement les ambassadeurs ou les ministres qui font la diplomatie, mais aussi les régions, les collectivités, les réseaux professionnels et les organisations stratégiques comme l’OCAF.
Cette diplomatie :
Identifie les besoins spécifiques d’un territoire : formation, industrie, commerce, santé, culture.
Construits des partenariats ciblés, en Chine, au Maroc, en Inde, au Brésil, dans les diasporas.
Implique les acteurs locaux dans l’exécution des projets (villes, universités, syndicats, chambres professionnelles).
Et surtout, elle repose sur une logique de rendement direct pour les populations : plus de projets, plus d’emplois, plus de mobilité.
Le cas du Salon aurait pu être l’un des plus beaux exemples de cette diplomatie de développement communautaire. Il le sera demain, dans un État qui le permet.
5.4. Le MLDC : une vision, un projet, un changement de paradigme
Le MLDC n’est pas un parti d’opposition comme les autres. Il est un parti d’alternance structurelle. Il ne veut pas seulement remplacer des hommes, mais changer la forme de l’État lui-même. À travers le projet de l’État Développementaliste Communautaire, il propose :
La réorganisation du pays en quatre grandes régions fédérées, chacune dotée d’un exécutif régional souverain.
La création de Vice-présidences régionales, coresponsables des politiques nationales.
La mise en place d’un mécanisme de diplomatie économique régionale, pour éviter que jamais un projet comme le Salon Chine–Afrique ne soit étouffé à nouveau.
5.5. L’avenir : sanctuariser les initiatives comme celles de l’OCAF
L’histoire du Salon Chine–Afrique ne doit pas être perdue. Elle doit devenir un cas d’école, une leçon nationale, un symbole de réforme. Elle montre que le Cameroun regorge de capacités, d’idées, de réseaux et de jeunesse compétente.
Mais sans un changement radical de l’architecture de l’État, ces capacités seront gaspillées, ces idées asphyxiées, ces jeunesses découragées. Voilà pourquoi la construction d’un État Développementaliste Communautaire n’est pas une option idéologique, c’est une urgence historique.
Conclusion 5: La diplomatie de développement n’a pas besoin de permission, elle a besoin d’un État partenaire
La diplomatie de développement n’est pas un luxe. C’est un instrument stratégique pour l’émergence. Elle ne peut être exécutée par un État qui étouffe l’initiative, méprise ses jeunes, et ignore ses partenaires.
L’État Développementaliste Communautaire est le seul cadre possible pour que des projets comme le Salon Chine–Afrique Francophone réussissent demain, non par miracle, mais par structure.
Conclusion générale : L’échec du Salon Chine–Afrique Francophone, ou comment le Cameroun centralisé sacrifie son avenir
Ce n’est pas simplement un Salon qui a été tué. C’est un moment historique. Une convergence diplomatique rare. Une alliance de volontés Sud–Sud. Une démonstration de capacité nationale. Deux ans de travail, 22 millions de francs CFA autofinancés, cinq missions diplomatiques en Chine, quarante réunions interministérielles, des jeunes engagés, des partenaires chinois convaincus — anéantis en silence dans un couloir du Secrétariat Général de la Présidence.
Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est la conséquence logique d’un État centralisé, bloqué, opaque et non redevable. Un État qui préfère l’immobilisme à la coopération. Un État où même un projet validé par le Premier ministre, soutenu par l’ambassade de Chine, et préparé par quinze ministères, peut être effacé sans mot dire. Cet État-là n’est pas capable de porter la diplomatie de développement, parce qu’il refuse la délégation, méprise l’initiative, et sabote le progrès qui ne vient pas de ses cénacles.
Mais cet échec porte en lui-même les germes de la transformation. Car en exposant ses failles, le Cameroun d’aujourd’hui justifie le Cameroun de demain. Il devient l’argument vivant d’une reconstruction politique et institutionnelle profonde : la construction d’un État Développementaliste Communautaire.
Ce modèle, proposé par le MLDC, repose sur des fondements simples mais puissants :
La souveraineté partagée entre les grandes régions fédérées et l’État central.
Une Vice-présidence collégiale garantissant une gouvernance inclusive et territorialisée.
Une diplomatie économique décentralisée, portée par les régions selon leurs priorités.
Une jeunesse responsabilisée, non instrumentalisée.
Une société civile stratégique protégée, et non punie pour sa compétence.
Dans ce nouveau cadre, un projet comme celui du Salon Chine–Afrique Francophone ne serait pas une exception étrangère au système, mais l’une des expressions normales d’un État souverain en dialogue stratégique avec le monde.
Car la vérité est simple : nous avons tout ce qu’il faut pour réussir — idées, partenaires, compétences, énergie, jeunesse. Il nous manque l’architecture politique qui protège ces forces au lieu de les neutraliser.
Le Salon a été tué, mais il a ouvert les yeux d’une génération. Il a révélé que le développement n’échoue pas par manque de moyens, mais par excès de centralisme.
L’État Développementaliste Communautaire est l’horizon de cette génération. Il est la seule voie pour que les idées deviennent projets, et que les projets deviennent nation.
Bibliographie
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Pour 4 Vice-Presidents Collégiaux dans le cadre de la construction d’un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions
Pr. Jimmy Yab & S.E. Joseph Dion Ngute, Premier Ministre du Cameroun
Pr. Jimmy Yab Président du MLDC Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF)
Résumé
Dans cet article, je propose une réflexion critique sur l’architecture exécutive de l’État camerounais dans le contexte d’une transition vers un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions . À partir d’une expérience personnelle — la rencontre avec le Premier ministre Joseph Dion Ngute en décembre 2022 — et de l’échec institutionnel du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone(SICCAF), je met en lumière les limites structurelles du Premier ministère, symbole d’un centralisme postcolonial inefficace. Je plaide pour l’instauration d’une Vice-présidence collégiale régionale, ancrée dans les quatre grandes régions fédérées du Cameroun, comme solution à la crise de gouvernance. En mobilisant des exemples comparatifs (Nigeria, Bosnie-Herzégovine, Bolivie), je démontre que la co-représentation exécutive territoriale constitue une voie légitime, stabilisatrice et adaptée à la pluralité camerounaise. Il s’inscrit dans une approche de souveraineté partagée et de justice territoriale, au cœur du projet politique du MLDC.
This article provides a critical reflection on the executive architecture of the Cameroonian state within the context of a transition toward a community-based, developmental federalism. Grounded in a personal experience — a meeting with Prime Minister Joseph Dion Ngute in December 2022 — and the institutional failure of the Sino–Francophone Africa Trade Fair project, the author highlights the structural limitations of the Prime Minister’s office, emblematic of an ineffective postcolonial centralism. The article advocates for the establishment of a regional collegial Vice Presidency, rooted in Cameroon’s four proposed federated regions, as a response to the governance crisis. Through comparative case studies (Nigeria, Bosnia-Herzegovina, and Bolivia), it demonstrates that territorially balanced executive representation offers a legitimate, stabilising, and context-sensitive institutional model. The analysis is embedded in a framework of shared sovereignty and territorial justice, as promoted by the MLDC’s political agenda.
Introduction : une rencontre décisive, un projet bloqué, un diagnostic institutionnel
C’est dans les couloirs feutrés de l’Immeuble Étoile, un matin de décembre 2022, que j’ai rencontré le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute. En tant que Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF), je lui remettais les actes du Colloque international sur l’Afrique francophone de l’Initiative la Ceinture et la Route, organisé quelques mois plus tôt en partenariat avec l’ambassade de Chine au Cameroun. Ce colloque international avait réuni chercheurs, diplomates et décideurs autour d’une ambition partagée : inscrire l’Afrique francophone dans une nouvelle dynamique Sud-Sud fondée sur l’autonomie économique, la coopération bilatérale et l’intégration régionale de l’Initiative chinoise de « La Ceinture et La Route ».
Au-delà de la restitution intellectuelle, cette rencontre avait un second objectif tout aussi stratégique : présenter au gouvernement camerounais le projet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF 2023), une grande initiative économique multilatérale prévue pour l’année suivante. À cette occasion, le Premier ministre exprima un soutien formel, déclarant clairement : Le gouvernement soutient pleinement votre initiative. Vous pouvez compter sur notre appui.
Ci-dessous le video-clip de promotion officiel du SICCAF 2023.
Mais quelques semaines, puis quelques mois plus tard, ce soutien s’évapora dans les méandres de l’administration. Le dossier, transmis au Secrétariat Général de la Présidence du Cameroun, à part quelques correspondances, resta sans suite. Malgré l’appui officiel de l’Ambassade de Chine au Cameroun, le soutien logistique du President de l’Association des Entreprises Chinoises au Cameroun (AECC), Mr Xu Huajiang, par ailleurs, Directeur Général de la Division Afrique centrale de China Harbour Engineering Company(CHEC), la multinationale meme, qui a construit le Port Autonome de Kribi et l’Auto-route Kribi-Edea et surtout le soutient des grandes entreprises chinoises en Afrique Centrale et d’autres venant directement de l’a Chine continentale, malgre ces garanties techniques apportées, les lourdeurs bureaucratiques prirent le dessus : manque de communication interinstitutionnelle, délais interminables, absence de décision claire. Cette inertie ne fut pas seulement une déception personnelle : elle fut une révélation structurelle. Elle montra à quel point le modèle institutionnel camerounais empêche la concrétisation de projets stratégiques, même lorsqu’ils sont validés politiquement et diplomatiquement.
Ci dessous Quelques photos de voyages du Pr Jimmy Yab en Chine pour la préparation du SICCAF 2023 et quelques grandes personnalités politiques et économiques
De cette expérience est née une interrogation fondamentale : quelle structure exécutive peut porter efficacement une vision de développement autonome, décentralisée et communautaire dans un Cameroun fédéré en quatre grandes régions ? Cet article répond à cette question en opposant deux options : d’une part, le maintien du Premier ministère, institution centrale héritée du modèle jacobin ; d’autre part, l’introduction d’une Vice-présidence collégiale régionale, fondée sur le fédéralisme développementaliste communautaire. L’analyse s’appuie sur une réflexion théorique, des comparaisons internationales et les réalités propres au Cameroun contemporain.
Ci- dessous quelques photos du Premier Colloque International sur « l’Initiative la Ceinture et la Route » en Afrique francophone du 25 au 27 mai 2022, au palais des congrès de Yaoundé
I. Le Premier ministère : héritage centralisateur et impasse exécutive dans un État en recomposition
L’échec du projet du Salon Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré son approbation par le Premier ministre et l’appui formel de l’ambassade de Chine, illustre une faille structurelle profonde dans l’organisation du pouvoir exécutif au Cameroun. Une fois transmis au Secrétariat Général de la Présidence, le dossier s’est enlisé. Ce n’était pas un refus politique, ni une opposition idéologique, mais un symptôme récurrent d’un système exécutif hypercentralisé, opaque et inefficace. Ce constat appelle une analyse critique de la pertinence du Premier ministère dans le cadre du Cameroun du XXIe siècle, en transition vers un modèle fédéral communautaire.
Institué dans la Constitution camerounaise de 1972 (puis réaffirmé en 1996), le Premier ministère est un organe de coordination subordonné au Président de la République. L’article 12 alinéa 1er stipule que le Premier ministre « coordonne l’action gouvernementale sous l’autorité du Président ». Cette formulation dénote un pouvoir dérivé, sans autonomie stratégique. Contrairement aux modèles parlementaires classiques où le Premier ministre est le chef de l’exécutif, celui du Cameroun est dépourvu d’initiative politique autonome, ce qui le rend inefficace dans un contexte de transformation institutionnelle.
Dans un État fédéral organisé autour de quatre grandes régions souveraines — le Grand Sud, le Grand Nord, le Grand Littoral et le Grand Ouest —, le maintien d’un Premier ministre unique et centralisé est une anomalie fonctionnelle. Il empêche la territorialisation des décisions, bloque la remontée des priorités régionales, et reproduit un schéma néocolonial de gouvernance verticale. La dynamique développementaliste communautaire implique au contraire une coproduction des politiques publiques entre centre et périphéries, basée sur la souveraineté partagée, l’écoute communautaire, et la proximité.
D’un point de vue comparatif, les travaux de Hooghe et Marks (2003) sur la gouvernance multiniveau montrent que les exécutifs centralisés sont structurellement inefficaces dans les États pluriethniques et multiculturels. En Éthiopie, par exemple, la coexistence d’un fédéralisme ethnique avec un exécutif hyper-présidentialiste a mené à l’asphyxie des gouvernements régionaux, puis à l’explosion des conflits internes. Le Cameroun, avec ses tensions anglophones, ses déséquilibres historiques et sa diversité sociolinguistique, court les mêmes risques si la réforme institutionnelle reste superficielle.
Le Premier ministère ne saurait être l’instrument de pilotage d’un Cameroun fédéré à visée communautaire. Son existence même pourrait devenir un frein à l’innovation politique, un verrou dans la chaîne des décisions urgentes, et un symbole d’un passé institutionnel incompatible avec les réalités du présent. L’exemple du projet du Salon Industriel et commercial Chine–Afrique francophone en est la preuve vivante : même lorsque la volonté politique existe, le système d’exécution bloque l’action.
Le Cameroun n’a donc pas besoin d’un Premier ministre dans le sens classique du terme, mais d’une architecture exécutive pluraliste, enracinée dans ses régions, capable de dialoguer horizontalement avec les réalités locales. C’est ce que propose le modèle de la Vice-présidence collégiale, que nous développons dans la section suivante.
II. La Vice-présidence collégiale : une architecture de souveraineté territoriale pour un Cameroun fédéré
La déconvenue administrative qui a suivi l’accord formel du Premier ministre au sujet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone ne fut pas simplement une péripétie bureaucratique. Ce fut une illustration concrète de l’absence d’ancrage territorial du pouvoir exécutif camerounais. Le fait que le dossier ait été bloqué, sans justification, au Secrétariat Général de la Présidence malgré l’aval d’un chef de mission diplomatique étranger – en l’occurrence l’Ambassadeur de Chine – démontre l’urgence de repenser l’organisation du pouvoir. C’est dans cette perspective que le concept de Vice-présidence collégiale régionale prend tout son sens.
Le modèle de fédéralisme développementaliste communautaire, tel que défendu par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), repose sur trois principes fondamentaux: la souveraineté partagée, la gouvernance de proximité, et la valorisation des identités territoriales. Dans un tel modèle, l’exécutif ne saurait rester vertical et unifié. Il doit refléter la diversité régionale du Cameroun, la pluralité de ses défis, et la richesse de ses ressources communautaires. La proposition d’une Vice-présidence collégiale à quatre pôles répond précisément à cette exigence.
Concrètement, chaque grande région fédérée — le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral, le Grand Ouest — désignerait un Vice-président régional, membre d’un organe exécutif fédéral commun. Ces Vice-présidents, dotés d’un mandat national mais enracinés dans leur région, formeraient un collège décisionnel chargé de co-piloter l’action gouvernementale avec le Président de la République, garant de l’unité. Chaque Vice-présidence aurait une compétence thématique prioritaire, reflétant les réalités régionales :
Le Grand Nord, confronté aux défis sécuritaires, climatiques et agricoles, piloterait les politiques de résilience et de sécurité communautaire. Le Grand Sud, riche en ressources forestières et minières, aurait la charge de la gouvernance environnementale et du développement rural intégré. Le Grand Littoral, épicentre économique du pays, piloterait les politiques industrielles, portuaires et d’intégration commerciale régionale. Le Grand Ouest, marqué par une forte diaspora et un tissu entrepreneurial dynamique, serait responsable de la cohésion sociale, de la médiation intercommunautaire et de l’économie populaire.
Ce schéma n’est pas une invention abstraite. Il s’appuie sur des logiques éprouvées dans d’autres États pluriels. En Bolivie, l’État plurinational a intégré des formes communautaires de représentation dans l’exécutif. En Bosnie-Herzégovine, la présidence collégiale garantit une cohabitation interethnique. Le Cameroun, à travers ce modèle, pourrait construire un exécutif réconcilié avec sa diversité, garant de l’équité territoriale et de la participation de tous à la destinée nationale.
La Vice-présidence collégiale offre aussi une réponse systémique à l’immobilisme institutionnel. Dans le cas du Salon Chine–Afrique francophone, si le Grand Littoral avait eu une Vice-présidence dotée de compétence commerciale, ce projet porté par l’OCAF aurait immédiatement été co-construit et défendu à l’échelle fédérale, en évitant les blocages bureaucratiques du pouvoir central. En donnant à chaque région une capacité d’action exécutive au sommet, ce modèle décentralise la décision sans fragmenter l’État, et multiplie les points d’entrée pour les initiatives stratégiques.
Enfin, ce dispositif incarne la philosophie du développementaliste communautaire : un État proche de ses populations, réactif aux réalités locales, résilient face aux crises, et créatif dans sa manière de bâtir le futur.
III. Études comparées : la gouvernance exécutive partagée dans les États fédéraux pluriethniques
L’idée d’une Vice-présidence collégiale régionale au Cameroun, dans le cadre du fédéralisme développementaliste communautaire, s’inscrit dans une tradition institutionnelle bien établie dans plusieurs pays confrontés à une forte diversité culturelle, linguistique ou territoriale. Loin d’être une utopie camerounaise, ce modèle exécutif partagé s’appuie sur des précédents comparatifs qui en démontrent à la fois la faisabilité, la légitimité et l’efficacité relative.
1. Le Nigeria : du “federal character” à l’équilibre exécutif implicite
Voisin du Cameroun et ancienne colonie britannique, le Nigeria est souvent présenté comme l’un des fédéralismes les plus aboutis d’Afrique. Il est structuré en 36 États fédérés dotés de larges compétences constitutionnelles. Si la Constitution nigériane ne prévoit pas de vice-présidences régionales multiples, elle impose néanmoins un principe fondamental : le “federal character”. Selon ce principe, toutes les institutions nationales, y compris l’exécutif, doivent refléter la diversité géographique, ethnique et religieuse du pays (Suberu, 2001). En pratique, cela se traduit par une attention constante à l’équilibre régional dans les nominations présidentielles, y compris au niveau du vice-président.
Cette règle non seulement réduit les tensions intercommunautaires, mais elle crée une dynamique de co-responsabilité nationale, où les projets de développement régionaux peuvent bénéficier d’un appui exécutif explicite. Transposé au Cameroun, un tel équilibre ne peut plus être laissé à la discrétion du chef de l’État ; il doit être institutionnalisé par une vice-présidence collégiale constitutionnellement encadrée.
2. La Bosnie-Herzégovine : cohabitation exécutive dans un contexte post-conflit
Autre cas emblématique : la Bosnie-Herzégovine. Pays multiculturel et post-conflit, la Bosnie a adopté une présidence tripartite où les trois principaux groupes ethniques (Bosniaques, Croates, Serbes) sont représentés au sommet de l’État. Chaque président est élu par sa communauté, et la présidence est rotative tous les huit mois. Ce système, bien qu’administrativement lourd, a permis d’éviter un retour à la guerre civile et d’instaurer une paix structurelle fondée sur l’inclusion mutuelle (Bieber, 2006).
Dans le contexte camerounais, où les tensions entre communautés anglophones et francophones, entre régions centrales et périphériques, restent vives, une structure exécutive partagée pourrait jouer le même rôle stabilisateur. Chaque région disposerait d’un représentant à la Vice-présidence, garantissant que les intérêts locaux soient présents dans l’arène fédérale. Ce serait un rempart contre la marginalisation, mais aussi un mécanisme d’équilibre démocratique entre les territoires.
3. La Bolivie : le pluralisme constitutionnel au service de la représentativité
Enfin, l’expérience de la Bolivie offre un modèle particulièrement pertinent pour un État développementaliste communautaire. En 2009, le pays adopte une nouvelle Constitution reconnaissant officiellement l’existence de 36 peuples autochtones. L’État devient alors plurinational, ce qui implique la reconnaissance des droits politiques et institutionnels des communautés à participer au pouvoir (Postero, 2017). Dans les faits, cela s’est traduit par l’inclusion d’acteurs autochtones dans les institutions nationales, y compris l’exécutif, et par une forte décentralisation des politiques publiques.
Ce modèle inspire directement la logique camerounaise, où plus de 250 ethnies, plusieurs aires linguistiques, et une histoire coloniale différenciée (française et britannique) coexistent. L’instauration d’une Vice-présidence collégiale au Cameroun permettrait de formaliser cette pluralité dans l’État, sans tomber dans le piège de la balkanisation. Il s’agirait de passer de la juxtaposition de communautés à leur intégration fonctionnelle dans la gouvernance.
Ces trois exemples convergent vers une conclusion claire : dans les États multiculturels, la stabilité institutionnelle repose sur la reconnaissance structurelle des différences, et non sur leur effacement. En instaurant une Vice-présidence collégiale régionale, le Cameroun adopterait un instrument moderne, inclusif et adapté à ses réalités profondes. Cette réforme serait non seulement cohérente avec les exigences du développement local, mais aussi conforme aux standards internationaux d’un fédéralisme équitable et démocratique.
Conclusion : pour une refondation exécutive ancrée dans la souveraineté territoriale
L’échec du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré l’accord formel du Premier ministre du Cameroun et l’engagement diplomatique de l’ambassade de Chine, n’est pas un incident isolé. Il est le révélateur structurel d’un système exécutif qui concentre le pouvoir tout en diluant la responsabilité, incapable de porter des initiatives territoriales stratégiques ou de réagir efficacement aux mutations du monde. Ce blocage administratif, survenu au niveau du Secrétariat Général de la Présidence, est l’un des multiples symptômes d’un État centralisé, opaque et paralysé, dont les mécanismes de décision sont déconnectés des territoires, des communautés et même des engagements politiques supérieurs.
Dans ce contexte, le Cameroun ne peut plus se contenter d’une réforme marginale. Il doit s’engager dans une refondation structurelle de ses institutions, à commencer par l’architecture de son exécutif fédéral. Le modèle du Premier ministère, dérivé du jacobinisme français, a montré ses limites : vertical, symbolique, inefficace, il ne peut porter la logique du développement communautaire, ni incarner l’autonomie régionale.
Face à cette impasse, le modèle de Vice-présidence collégiale régionale, intégré dans le projet de fédéralisme développementaliste communautaire du MLDC, constitue une alternative viable, cohérente et fondamentalement démocratique. Il ne s’agit pas simplement d’un ajustement technique, mais d’un changement de paradigme : un passage de la centralité vers la coprésidence territoriale, de la hiérarchie administrative vers la responsabilité partagée, de la domination institutionnelle vers la souveraineté coopérative.
Chaque région fédérée — Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, Grand Ouest — disposerait d’une Vice-présidence fédérale, à la fois représentative et décisionnelle. Ce collège de Vice-présidents ne serait pas une division du pouvoir, mais son approfondissement. Il permettrait de construire des réponses différenciées aux défis spécifiques de chaque région tout en consolidant une vision unifiée de la nation. Il serait l’incarnation exécutive d’un Cameroun polycentrique, communautaire, souverain.
Enfin, cette réforme n’est pas isolée dans l’histoire du monde. Le Nigeria, la Bosnie-Herzégovine, la Bolivie — et bien d’autres — ont montré que la stabilité dans les États complexes passe par la reconnaissance institutionnelle de la diversité. Le Cameroun peut devenir un modèle africain de fédéralisme équitable, à condition de s’émanciper des formes mortes du centralisme hérité et d’embrasser un avenir basé sur la coresponsabilité territoriale et la légitimité communautaire.
C’est là, dans cette vice-présidence collégiale souveraine, que se trouve la clé de la transformation républicaine du Cameroun, et peut-être même de sa survie politique comme État-nation. Le MLDC propose ainsi non une réforme parmi d’autres, mais un projet de réinvention nationale.
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Une proposition stratégique du MLDC fondée sur l’État Développementaliste Communautaire. Pr. Jimmy Yab- Président du MLDC. Président de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) Professeur de relations internationales
Résumé
Dans un contexte mondial de recomposition des pôles de pouvoir, le Cameroun reste fortement arrimé à des logiques diplomatiques héritées de la colonisation, alors même que les dynamiques Sud-Sud redessinent les routes du développement. Cet article propose une alternative stratégique portée par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) : l’ouverture d’un axe structurant de coopération bilatérale Cameroun–Nigeria, dans le cadre de l’État Développementaliste Communautaire (EDC). Ce partenariat, s’inspirant des modèles asiatiques d’industrialisation planifiée et de diplomatie pragmatique, pourrait accélérer l’intégration régionale, renforcer la souveraineté économique du Cameroun et stabiliser les zones frontalières à travers une diplomatie de développement. L’analyse mobilise des données économiques récentes, des références académiques et l’expertise acquise par l’auteur dans le cadre de ses travaux à l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF).
1. Introduction : l’urgence d’une refondation diplomatique
La photographie prise lors du 70e anniversaire de la Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries (CPAFFC) à Pékin, où l’auteur fut le seul représentant du Cameroun, aux côtés du président Olusegun Obasanjo, est plus qu’un symbole. Elle révèle un vide stratégique dans la représentation diplomatique camerounaise. À l’heure où le monde se réorganise autour d’alliances régionales Sud-Sud (Cheru & Obi, 2010), le Cameroun reste absent des grandes plateformes de co-développement, prisonnier d’une diplomatie alignée sur des logiques franco-centrées.
Cette absence diplomatique traduit une crise structurelle de vision, que le MLDC propose de dépasser par une diplomatie développementale ancrée dans la sous-région, avec le Nigeria comme partenaire stratégique de premier rang. Dans cette perspective, l’État Développementaliste Communautaire fournit le cadre doctrinal et institutionnel adéquat pour penser un nouvel ordre régional africain piloté par des États souverains et solidaires.
2. Le fondement doctrinal : l’État Développementaliste Communautaire comme levier d’intégration régionale
Inspiré des modèles asiatiques (Japon, Corée, Chine, Vietnam), l’État Développementaliste Communautaire prôné par le MLDC repose sur trois axes de souveraineté : politique, économique, et technologique (Yab, 2024). Il rompt avec les paradigmes de dépendance vis-à-vis des bailleurs internationaux pour privilégier une logique de planification nationale et d’intégration régionale.
Comme le souligne Leftwich (1995), le développement ne résulte pas d’une libéralisation automatique des marchés, mais de l’autonomie stratégique d’un État inséré dans ses communautés nationales et régionales. L’EDC permet de repenser l’action extérieure non comme un outil de représentation passive, mais comme une politique publique de transformation structurelle.
3. Le Nigeria : puissance sous-exploitée dans la stratégie régionale camerounaise
Avec un PIB de 477 milliards USD (FMI, 2023), une population de plus de 230 millions d’habitants, des réserves massives de gaz et une industrie manufacturière en développement, le Nigeria est la première puissance économique du continent. Pourtant, le Cameroun n’a jamais structuré de véritable coopération bilatérale de haut niveau avec Abuja, malgré une frontière de 1 500 kilomètres et des flux commerciaux informels estimés à plus de 500 millions USD en 2022 (BEAC, 2023).
Le MLDC propose de transformer cette cohabitation frontalière informelle en axe structurant de codéveloppement, autour de corridors logistiques (Garoua–Maiduguri, Bamenda–Enugu), de zones économiques conjointes, et d’une coopération industrielle sur les chaînes de valeur régionales (élevage, textile, agriculture, énergie).
4. Une diplomatie académique et opérationnelle : le rôle de l’OCAF
En tant que président de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone, l’auteur a mené de nombreuses analyses comparatives sur les modalités de coopération sino-africaines. Contrairement à une vision simpliste, la Chine n’impose pas un modèle unique mais offre un cadre de négociation à géométrie variable, dans lequel l’État partenaire reste responsable de son agenda (Brautigam, 2009).
C’est à cette école stratégique que s’inspire notre proposition : une co-diplomatie de développement, dans laquelle le Cameroun co-construit avec le Nigeria :
Un Institut Cameroun–Nigeria pour le développement Sud-Sud, basé à Garoua ou Maroua, pour former les cadres de la coopération régionale. Des programmes universitaires conjoints entre Yaoundé I, Douala, Ibadan, Nsukka, Zaria, pour mutualiser les expertises en agriculture, santé, sécurité, industrie. Une stratégie commune d’attractivité des IDE africains et asiatiques, notamment pour financer les infrastructures partagées.
5. Sécurité régionale : la paix par le développement intégré
La frontière Cameroun–Nigeria, en particulier dans l’Extrême-Nord, reste marquée par des insécurités multiformes : Boko Haram, bandes transfrontalières, pauvreté extrême. Le MLDC propose une doctrine de sécurité développementale, inspirée du concept de “human security” (UNDP, 1994), qui conjugue action militaire, inclusion sociale, et intégration économique.
Cette doctrine repose sur :
Des forces conjointes de sécurité communautaire, financées par les deux États ; Des projets de stabilisation économique dans les zones à risque (routes, écoles, hôpitaux) ; Des centres de réinsertion régionale pour les ex-combattants, adossés à des programmes d’alphabétisation et de formation professionnelle.
6. Une rupture stratégique avec la diplomatie de l’attentisme
Contrairement aux politiques étrangères actuelles du Cameroun, qui se contentent d’une diplomatie de représentation et d’influence symbolique, l’approche du MLDC est fondée sur une diplomatie d’impact, orientée vers des objectifs de souveraineté et de développement.
La proposition d’un axe Cameroun–Nigeria s’inscrit dans une logique offensive, fondée sur une lecture réaliste de l’environnement régional. Elle rejoint l’idée selon laquelle les alliances Sud-Sud bien pensées constituent aujourd’hui des leviers stratégiques comparables aux anciens traités bilatéraux avec les puissances du Nord (Mohan & Tan-Mullins, 2019).
Conclusion : pour une géodiplomatie développementale panafricaine
Le MLDC propose un véritable tournant géopolitique pour le Cameroun. En réorientant la diplomatie camerounaise vers des partenariats Sud-Sud pragmatiques, à commencer par le Nigeria, il redonne à la politique étrangère sa mission historique : soutenir l’indépendance nationale, accélérer le développement, garantir la paix.
L’État Développementaliste Communautaire n’est pas un simple modèle administratif, mais un cadre stratégique et opérationnel pour inscrire le Cameroun dans une Afrique forte, intégrée, et souveraine.
« Celui qui n’est pas à la table des négociations est au menu de l’histoire. »
— Pr. Jimmy Yab
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« Les États ne meurent pas toujours dans des guerres. Ils peuvent aussi se décomposer lentement, à l’abri des regards, dans l’indifférence bureaucratique et la résignation populaire. »
— Jimmy Yab
Le Cameroun ne fait pas face à une guerre civile. Il n’est pas formellement en faillite. Et pourtant, il s’effondre. Lentement. Silencieusement. Systématiquement.
Ce processus n’a pas de nom dans les discours officiels. Il est maquillé derrière des taux de croissance trompeurs, des plans stratégiques sans ancrage réel, et des mots creux comme « émergence 2035 ».
Mais les analystes les plus lucides le savent : le Cameroun est en proie à un chaos lent. Ce concept, que je vais expliquer ici, permet de nommer l’indicible, d’analyser l’inertie criminelle, et surtout, de tracer une voie de rupture, fondée sur une alternative radicale : l’État Développementaliste Communautaire (EDC).
I. La théorie du chaos : origine scientifique d’un effondrement silencieux
Avant d’aborder le chaos lent, il est essentiel de comprendre ce que recouvre, sur le plan scientifique, la théorie du chaos.
Qu’est-ce que la théorie du chaos ?
La théorie du chaos est une branche des mathématiques et des sciences qui étudie les systèmes complexes – comme les conditions météorologiques ou le comportement des marchés financiers – qui semblent aléatoires ou imprévisibles à première vue.
Elle explore comment de petits changements dans les conditions initiales d’un système peuvent produire des résultats extrêmement divergents au fil du temps.
Autrement dit, elle révèle que derrière un apparent désordre, se cachent des structures, des régularités, des modèles.
Ce champ d’étude a révolutionné notre compréhension du monde en montrant que même le chaos peut être gouverné par des lois.
Un des principes les plus emblématiques de cette théorie est l’effet papillon.
Principe de l’effet papillon
Il suggère qu’un changement minime – comme le battement d’ailes d’un papillon à Tokyo – pourrait, à terme, déclencher une tornade au Texas.
Cette métaphore illustre la sensibilité extrême des systèmes aux conditions initiales. En d’autres termes, de petites décisions politiques, économiques ou sociales peuvent avoir, à long terme, des conséquences colossales.
II. Du chaos scientifique au chaos lent institutionnel : le cas du Cameroun
Dans les sciences sociales, cette théorie s’est élargie pour décrire des dynamiques d’effondrement progressif. Le chaos lent, en particulier, désigne la désintégration silencieuse et cumulative d’un système politique, économique ou social, sans crise visible immédiate, mais avec une irréversibilité croissante.
Et c’est exactement ce que vit le Cameroun.
III. Cameroun : radiographie d’un chaos lent économique
1. Une économie en façade, sans productivité réelle
On nous parle de croissance : 3,7 % en 2023 selon la BEAC. Mais cette croissance est extravertie, non inclusive, non industrialisante.
Selon l’INS, plus de 80 % de la population active travaille dans l’informel, dans des conditions précaires.
Le secteur secondaire, moteur de toute transformation économique sérieuse, ne représente que 22 % du PIB.
2. Une dette publique inefficace
La dette atteint plus de 12 000 milliards FCFA, soit près de 45 % du PIB. Mais l’impact est invisible : les routes sont défoncées, l’eau potable rare, les universités sinistrées.
La dette finance la consommation politique, pas l’investissement structurant.
3. Une pauvreté structurelle
Plus de 40 % des Camerounais vivent sous le seuil de pauvreté, avec des pics à 70 % dans l’Extrême-Nord. Le taux de chômage des jeunes urbains avoisine 30 %, sans compter le sous-emploi déguisé.
4. Une économie extravertie et dépendante
Le Cameroun exporte son bois brut, son cacao brut, son pétrole brut… et importe ses propres besoins de survie : riz, lait, sucre, médicaments.
70 % des produits consommés sont importés.
5. Une corruption chronique
Avec une position de 142e sur 180 selon Transparency International en 2024, le Cameroun est classé parmi les pays les plus corrompus du monde.
La corruption n’est pas un accident : c’est le carburant même du système.
IV. Pourquoi ce chaos dure ?
Parce que le chaos lent, comme l’a montré la théorie scientifique, ne provoque pas de crise visible immédiate. Il ronge lentement les structures. Il désensibilise la population. Il récompense l’inaction.
Et surtout, il sert une élite, qui s’est affranchie des conséquences de la misère collective. Le chaos lent ne menace pas les palais, mais détruit les villages.
V. Une rupture historique : l’État Développementaliste Communautaire (EDC)
Ce dont le Cameroun a besoin, ce n’est pas d’un réaménagement cosmétique. C’est d’une réinvention du rôle de l’État et de la communauté.
L’État Développementaliste Communautaire repose sur trois souverainetés essentielles :
1. Souveraineté politique et territoriale
Fin de la centralisation abusive. Gouverneurs élus. Assemblées communautaires. Sécurité assurée par des dispositifs enracinés dans les territoires.
2. Souveraineté économique et financière
Substitution aux importations. Industrialisation à petite et moyenne échelle. Transformation locale des matières premières. Création de monnaies communautaires ou de systèmes d’échange territoriaux.
3. Souveraineté technologique et industrielle
Relance des formations techniques et professionnelles. Partenariats technologiques Sud-Sud. Écosystèmes d’innovation locale.
VI. Que propose concrètement l’EDC ?
Un plan Marshall communautaire pour l’agriculture, l’énergie, les routes rurales. Banques communautaires locales adossées à la production territoriale. Fiscalité incitative pour les producteurs locaux, punitive pour les importateurs de luxe. Démocratie économique : chaque village décide de ses priorités par budget participatif.
Conclusion : Choisir entre la lente agonie ou la renaissance populaire
Le chaos lent est la forme la plus dangereuse de destruction : il ne déclenche pas de révolte immédiate, mais prépare le terrain au désespoir collectif et à l’effondrement final.
Nous pouvons continuer à subir ce chaos, ou nous pouvons recréer l’ordre à partir de nos propres modèles, comme la théorie du chaos nous y invite.
L’EDC est cet ordre dans l’apparente confusion.
C’est notre capacité, enfin retrouvée, à transformer les petites décisions locales en grandes mutations historiques.
Comme le papillon de la théorie du chaos, un village qui se relève peut faire s’effondrer un régime injuste.
Un jeune qui entreprend peut réveiller une communauté.
Un peuple qui s’organise peut renverser l’histoire.
Le Cameroun n’est pas condamné à mourir dans le silence. Il peut renaître dans la dignité.
Vive l’État Développementaliste Communautaire. Vive le Cameroun souverain, libre et communautaire.
À gauche, mon arrivée au Cameroun, à droite, mon départ du Cameroun
INTRODUCTION: Un voyage de deuil, un retour à l’enfer
Dans le cadre de mes publications académiques, j’ai souvent l’opportunité de voyager, de parcourir le monde pour confronter mes idées avec d’autres chercheurs, pour débattre de la gouvernance, du développement et des systèmes politiques. Mais aucun voyage ne m’a autant marqué que mon retour au Cameroun pour les obsèques de ma mère.
Parti au pays avec deux pieds, j’en suis reparti avec trois, une béquille sous le bras et le poids du désespoir dans le cœur. Ce n’était pas qu’un deuil personnel que je vivais, mais le deuil d’un pays en perdition, d’un État en lambeaux, d’une société où la souffrance est devenue une norme et où l’injustice est érigée en système.
Ce récit n’est pas seulement le témoignage d’un seul individu que je suis, il s’agit d’une réalité partagée par des millions de Camerounais qui, qu’ils soient sur place ou à l’étranger, sont piégés dans un pays où tout est conçu pour briser les âmes, humilier les citoyens et les priver de leur dignité. Ce que j’ai vécu en quelques semaines est le quotidien de ceux qui y survivent chaque jour : des infrastructures abandonnées, un État absent, une administration corrompue, un système de santé en ruine et une société profondément divisée par la politique du régime en place.
À travers cinq étapes marquantes – de la destruction d’un pont à Ngompem et du mépris des autorités, à ma tentative désespérée de reconstruire ce que l’État refusait de réparer ( à mes propres frais = 3 500 000 FCFA) , en passant par un accident sur des routes délabrées, l’isolement social dû à mon engagement politique et un exil médical forcé – je raconte ici le calvaire d’un peuple pris au piège d’un régime qui ne lui offre qu’une alternative : la soumission ou la mort.
Le Cameroun de Paul Biya est devenu un enfer à ciel ouvert où la misère est institutionnalisée, où la jeunesse est abandonnée, où les élites gouvernantes ne se préoccupent que de leur propre survie. Ce texte n’est pas un simple témoignage, c’est un cri d’alarme, une radiographie d’un pays en état de décomposition avancée. Il met en évidence les maux profonds qui gangrènent notre société et appelle à une prise de conscience collective, car il ne s’agit pas que du sort d’un individu, mais bien de l’avenir de tout un peuple.
CHAPITRE 1 . L’indifférence criminelle de l’État : 31 Décembre 2025 à Pouma, le combat pour un pont et la dignité des citoyens
Lorsque je suis retourné au Cameroun après quelques jours Angleterre après un séminaire, pour les obsèques de ma mère, je ne m’attendais pas à être confronté à l’une des formes les plus manifestes du mépris de l’État pour ses citoyens : la privation du droit fondamental à la mobilité. À Ngompem, dans l’arrondissement de Pouma, un pont essentiel reliant le même village avait été détruit depuis plus de trois ans par une entreprise privée opérant sous le regard passif des autorités locales.
Ce pont, loin d’être un simple ouvrage d’ingénierie, représentait un lien vital pour les populations locales, leur permettant d’accéder aux marchés, aux écoles, aux hôpitaux et aux services administratifs. Sans lui, ces citoyens étaient réduits à l’isolement, coupés du reste du pays comme des prisonniers enfermés dans un ghetto à ciel ouvert.
Au conseil municipal
Le 31 décembre 2024, je me suis rendu au conseil municipal de Pouma pour exiger des explications. Face à moi, le représentant du Préfet de la SANAGA MARITIME, le maire adjoint de Pouma, le sous-préfet, les membres du conseil municipal, tous figures d’une administration qui prétend gouverner mais qui, en réalité, abandonne ses citoyens à leur sort. Ils ne voulaient pas me donner la parole, comme si évoquer le sort de ces populations invisibilisées était une offense. Ils ne voulaient pas entendre que depuis trois à quatre ans, des Camerounais étaient privés de leur droit le plus élémentaire : celui de se mouvoir. Leur attitude était symptomatique d’un régime qui a fait de la surdité institutionnelle un mode de gouvernance.
L’infrastructure : un luxe réservé aux grandes villes et aux élites
Pont détruit de NKANGLA
Le cas du pont de Ngompem n’est pas un incident isolé. Il est le reflet d’un problème systémique au Cameroun : la négligence des infrastructures, en particulier celles situées en dehors des centres urbains stratégiques. Selon un rapport de la Banque Mondiale (2022), plus de 60% des routes au Cameroun sont en mauvais état, et près de 45% des localités rurales sont difficilement accessibles pendant la saison des pluies. Pourtant, la Constitution camerounaise et plusieurs engagements internationaux signés par l’État garantissent le droit à la libre circulation comme un principe fondamental.
Alors que les membres du gouvernement voyagent en jets privés et que les hauts fonctionnaires circulent dans des véhicules de luxe achetés avec l’argent du contribuable, des millions de Camerounais risquent leur vie chaque jour sur des routes défoncées, des ponts effondrés, des pistes impraticables. L’injustice saute aux yeux : l’argent qui aurait pu être investi pour améliorer les infrastructures publiques est détourné pour enrichir une élite restreinte qui ne se sent redevable à personne.
Le mépris des autorités : une politique de l’inaction
Lors de cette réunion du conseil municipal, j’ai vu de mes propres yeux à quel point les dirigeants locaux ne se sentaient ni responsables ni concernés par les souffrances des populations qu’ils sont censés administrer. Non seulement ils ont refusé de me donner la parole, mais ils ont également cherché à minimiser le problème, comme si trois ans d’isolement forcé n’étaient qu’un désagrément mineur.
Ce mépris pour les doléances des citoyens est un des traits caractéristiques du régime Biya. D’après le classement 2023 de l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine, le Cameroun se classe 35e sur 54 pays africains en matière de participation et de droits humains, ce qui reflète le manque de considération des autorités pour les préoccupations des populations. L’administration camerounaise fonctionne comme une forteresse bureaucratique coupée du monde réel, où les décisions sont prises sans consultation, où l’inaction est la règle et où toute voix dissidente est réduite au silence.
L’absence de responsabilité : une impunité institutionnalisée
Le scandale du pont de Ngompem n’est qu’un exemple parmi tant d’autres où l’administration refuse de rendre des comptes. Qui est responsable de sa destruction ? Pourquoi aucune entreprise n’a été tenue de le reconstruire ? Où sont passés les fonds censés être alloués à l’entretien des infrastructures ? Ces questions restent sans réponse, car dans un pays où la corruption siphonne près de 30% du budget de l’État chaque année (Transparency International, 2023), les dirigeants ne se sentent pas obligés de justifier leur incompétence.
En réalité, la destruction du pont est le résultat d’un système où les entreprises privées, souvent liées à des membres influents du régime, peuvent détruire des infrastructures publiques en toute impunité, sans jamais être inquiétées. L’administration locale, au lieu de défendre les intérêts des populations, se contente d’observer passivement, ou pire, de tirer profit de ces situations.
Une administration qui nie l’humanité de son peuple
Ce qui m’a le plus marqué lors de cette confrontation avec le conseil municipal de Pouma, ce n’est pas seulement leur refus de m’écouter, mais l’indifférence avec laquelle ils ont balayé les souffrances de milliers de personnes. Cette attitude traduit une vérité plus profonde : dans le Cameroun de Paul Biya, l’État ne considère pas ses citoyens comme des êtres humains dignes de respect, mais comme des sujets dont on peut ignorer les droits et la dignité.
Il ne s’agit pas seulement d’un pont détruit. Il s’agit d’une politique d’abandon délibéré, d’une stratégie où l’État punit les populations rurales en les privant des services les plus élémentaires. Il s’agit d’une mentalité où la classe dirigeante vit dans une bulle de privilèges pendant que le reste du pays s’enfonce dans la misère et l’oubli.
Ce jour-là, en quittant la salle du conseil municipal sans avoir été écouté, j’ai compris une chose essentielle : dans ce pays, il ne suffit pas de dénoncer, il faut agir, car l’État ne viendra jamais au secours de son peuple. Et c’est ainsi que j’ai pris la décision qui allait marquer la deuxième étape de mon séjour : reconstruire moi-même ce que le gouvernement avait laissé s’effondrer.
CHAPITRE 2. Construire avec le peuple ce que l’État a détruit : un acte de résistance face à l’abandon
Introduction : Le Mensonge Transgénérationnel de Paul Biya
En préparant les obsèques de ma défunte mère qui auront lieu le 7 et 8 Février 2025 à Ngompem, un village sans eau potable, sans électricité, sans routes praticables, coupé en 2 par la destruction de ses ponts et dépourvu de tout service social de base, j’ai découvert dans leurs archives personnelles les cartes de membres du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) de mes parents datant des années 90. Ces archives étaient plus qu’un simple souvenir : elles incarnaient leur foi dans les promesses d’un homme, Paul Biya, et dans son régime, qui avaient promis de transformer le Cameroun en une nation prospère. Mais cette foi, maintes fois renouvelée à chaque élection depuis 1982, n’a jamais été récompensée. Mes parents sont partis dans la pauvreté, comme des millions d’autres Camerounais, trahis par des décennies de mensonges.
Cette découverte m’a confronté à une question existentielle : pourquoi avons-nous, en tant que générations successives, permis à ce système de perdurer ? Nos parents ont cru en des promesses de développement, notre génération a été bercée par des illusions d’émergence, et aujourd’hui, on nous demande d’être complices en transmettant ces mensonges à nos enfants et petits-enfants.
Le Cameroun, sous Paul Biya, est devenu un exemple frappant de stagnation déguisée en progrès. À travers des promesses récurrentes de prospérité économique, de modernisation des infrastructures, et de paix sociale, le régime a tissé un discours séduisant, mais creux, qui a maintenu le pays dans un état de dépendance économique et de sous-développement chronique. Les statistiques sont accablantes : près de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (Banque mondiale, 2023), les infrastructures de base sont en ruine, et la jeunesse, qui constitue 60 % de la population, fait face à un chômage massif et un avenir incertain.
Cet article vise à poser une vérité essentielle : le règne de Paul Biya est un règne de promesses non tenues, un mensonge transgénérationnel qui a piégé les espoirs de plusieurs générations. À l’aube des élections présidentielles de 2025, il devient impératif de rompre ce cycle. Ce papier analyse comment ce régime a trahi nos parents, sacrifié notre génération, et tente aujourd’hui de condamner nos enfants à un avenir similaire. À travers des données rigoureuses, nous démontrerons pourquoi les Camerounais doivent dire non aux mensonges des futures générations et saisir cette opportunité historique pour un changement radical et collectif.
1. Les Promesses Non Tenues à la Génération de Nos Parents
Lorsque Paul Biya accède au pouvoir en 1982, il hérite d’un Cameroun relativement stable et prospère, avec un potentiel économique significatif. Son discours inaugural promet un « Renouveau National », basé sur l’unité, la prospérité et la modernisation. Cependant, cette vision s’est rapidement érodée, laissant derrière elle un pays embourbé dans des défis structurels, notamment pour les générations de nos parents qui ont soutenu ce régime avec espoir. Joseph Takougang (2019), dans son livre “Cameroon under Paul Biya: Continuity or Change?”, note que « les promesses faites dans les premières années du Renouveau National n’étaient que des outils de propagande pour consolider le pouvoir, sans stratégie claire de mise en œuvre. »
1.1. Les Déficiences en Développement Rural
L’une des promesses phares du régime Biya était de moderniser les zones rurales pour réduire les disparités entre les régions urbaines et rurales. Pourtant :
• Accès à l’électricité : En 1982, environ 60 % des villages camerounais étaient privés d’électricité (Banque mondiale, 1985). Aujourd’hui, près de 40 % des zones rurales restent non électrifiées, selon les statistiques de la Banque africaine de développement (BAD, 2022). Cette lente progression reflète un manque d’investissement dans les infrastructures.
• Manque d’accès à l’eau potable : Un rapport de l’UNICEF (2021) indique que seuls 37 % des Camerounais vivant en milieu rural ont accès à des sources d’eau potable, une situation presque inchangée depuis les années 1980.
Ces carences condamnent des millions de familles rurales à vivre dans des conditions précaires, où les maladies hydriques et l’insécurité alimentaire persistent.
1.2. Échec des Infrastructures Routières
Paul Biya avait promis de connecter les zones rurales aux centres urbains pour stimuler l’agriculture et les échanges économiques. Cependant, le Cameroun figure encore parmi les pays africains les moins bien desservis en infrastructures routières. Mbaku & Takougang (2004) dans “The Leadership Challenge in Africa” expliquent que « l’incapacité du régime Biya à investir dans les infrastructures critiques dans les années 1980 a marqué le début d’un déclin systémique dans les zones rurales. »
• Statistiques alarmantes : En 2023, seuls 5,7 % des routes sont asphaltées (source : Global Economy Report, 2023), un chiffre qui place le Cameroun bien en dessous de la moyenne africaine, estimée à 20 %.
• Conséquences économiques : Selon une étude du Centre pour la Recherche et le Développement Durable en Afrique (CERDA, 2020), l’agriculture camerounaise perd 40 % de sa production annuelle en raison de l’inaccessibilité des marchés.
Ces failles dans le réseau routier affectent directement les villages comme celui de mes parents, où la pauvreté est exacerbée par l’isolement économique.
1.3. Des Services Sociaux Dégradés
Malgré les promesses d’améliorer les conditions de vie, les services sociaux de base tels que la santé et l’éducation restent désastreux :
• Santé : L’espérance de vie moyenne au Cameroun était de 46 ans en 1982 et est passée à 60 ans en 2023 (Banque mondiale, 2023). Bien que cela représente une amélioration, cette progression est bien inférieure à celle des pays comparables comme le Ghana ou le Sénégal. Les zones rurales continuent de souffrir d’un manque criant de centres de santé, avec seulement 1 médecin pour 10 000 habitants (OMS, 2023).
• Éducation : En 1982, le taux d’alphabétisation était de 41 %. En 2023, il avoisine les 77 %, mais cette augmentation masque une qualité d’éducation médiocre. Les enseignants, souvent sous-payés et démotivés, ne sont pas en mesure d’assurer une formation adéquate.
1.4. L’Héritage d’une Génération Trompée
Mes parents, comme des millions d’autres Camerounais de leur génération, ont cru aux promesses du RDPC et ont activement soutenu le régime. Mais ces promesses n’ont jamais été tenues. Leur mort dans un village dépourvu d’eau, d’électricité et de routes symbolise l’échec de cette génération à voir les fruits du « Renouveau National ».
1.5. Appel à la Mémoire Collective
Les échecs du passé doivent nous alerter. La génération de nos parents a été dupée par des discours vides de sens et des promesses irréalistes. En tant que leurs héritiers, nous devons refuser de continuer sur cette voie. Le renouveau qu’ils espéraient n’a jamais vu le jour, et c’est à nous de briser ce cycle de mensonges générationnels.
2. Une Génération Sacrifiée : Mon Témoignage Personnel
La génération née dans les années 1970 et 1980, à laquelle j’appartiens, a grandi sous les promesses du « Renouveau National ». Ces années étaient marquées par une croyance collective que l’avenir, sous la gouvernance de Paul Biya, serait plus prospère que celui de nos parents. Pourtant, cette foi s’est heurtée à une dure réalité : chômage massif, système éducatif défaillant et insécurité omniprésente. Ma génération est devenue une génération sacrifiée, piégée dans un cycle d’échec et de désillusion.
2.1. Le Chômage : Une Bombe à Retardement
Malgré les engagements répétés du régime Biya de réduire le chômage et de stimuler l’économie, la réalité a été bien différente :
• Taux de chômage et sous-emploi :
En 2023, le taux de chômage officiel au Cameroun était de 6 % selon l’INS (Institut National de la Statistique). Toutefois, ces chiffres masquent une autre réalité : plus de 70 % des travailleurs camerounais sont employés dans le secteur informel, selon la Banque mondiale (2022). Les jeunes diplômés sont les plus touchés, avec un taux de sous-emploi estimé à 77 %.
• Promesses non tenues en matière d’emploi :
En 2001, le gouvernement a lancé le programme « Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté » (DSRP), qui visait à créer des opportunités d’emploi pour les jeunes. Deux décennies plus tard, les résultats sont minimes, avec une économie encore largement dépendante du secteur primaire et des emplois non qualifiés.
Dans leur analyse des politiques économiques de Biya, Amin et Fokam (2020) concluent que « les réformes économiques, en particulier les programmes d’ajustement structurel des années 1990, ont marginalisé davantage les jeunes en détruisant les secteurs publics et industriels qui auraient pu absorber la main-d’œuvre qualifiée. »
Nkemngu (2019), dans son étude sur l’emploi au Cameroun, indique que « l’incapacité du gouvernement à moderniser le secteur industriel a transformé le Cameroun en une économie de survie, où les jeunes survivent au lieu de s’épanouir. »
2.2. Un Système Éducatif en Ruine
La formation de ma génération a été profondément affectée par un système éducatif qui n’a cessé de se détériorer sous le régime Biya.
• Statistiques éducatives :
En 2022, le Cameroun affichait un taux brut de scolarisation primaire de 88 %, mais seulement 45 % des enfants inscrits atteignent le secondaire (UNESCO, 2023). De plus, les infrastructures éducatives sont en lambeaux, avec une moyenne de 85 élèves par classe dans les écoles publiques rurales.
• Faibles investissements :
Le budget alloué à l’éducation représente en moyenne 3,5 % du PIB, un chiffre bien en deçà de la recommandation de l’UNESCO de 6 %.
• Condition des enseignants :
Les enseignants camerounais, souvent non payés pendant plusieurs mois, mènent des grèves fréquentes. En 2022, plus de 30 000 enseignants du primaire étaient encore des vacataires, selon un rapport du Syndicat National des Enseignants du Cameroun (SNEC).
Tchombe (2021), dans son étude sur l’éducation en Afrique centrale, souligne que « l’absence de stratégie éducative cohérente a produit une génération d’apprenants incapables de rivaliser sur le marché globalisé. »
Mforteh et Ndi (2018) notent que « la priorisation des grands projets politiques sur l’éducation illustre l’abandon des valeurs fondamentales qui définissent un État développementaliste. »
2.3. Une Crise Sécuritaire Persistante
Le Cameroun sous Paul Biya est marqué par une insécurité croissante, exacerbant les défis auxquels ma génération fait face :
• Conflits armés :
La guerre contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et la crise anglophone ont déplacé plus de 900 000 personnes à l’intérieur du pays (HCR, 2023). Ces conflits ont détruit des infrastructures, perturbé les activités économiques et créé un climat de peur.
• Budget militaire exorbitant :
En 2023, le Cameroun a consacré 1,5 milliard de dollars (soit 6 % de son PIB) à la défense, selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). Malgré ces dépenses, l’insécurité persiste, en particulier dans les régions anglophones où des milliers de vies ont été perdues.
• Impact sur la jeunesse :
La militarisation de certaines régions a rendu impossible l’accès à l’éducation pour des milliers d’enfants et de jeunes. En 2023, plus de 30 % des écoles dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest étaient fermées en raison de la crise (UNICEF, 2023).
Mbuh et Ndifor (2022) dans “The Anglophone Crisis in Cameroon” notent que « la réponse militarisée de l’État n’a pas seulement aggravé le conflit, mais a aussi détruit les aspirations économiques et éducatives des jeunes. »
Fonkeng (2021) souligne que « la négligence des causes profondes des crises a transformé les régions affectées en zones de non-droit, contribuant à la désillusion des jeunes. »
2.4. Une Génération Désabusée
Ma génération a été témoin d’une trahison systématique :
• Nous avons grandi avec l’idée que l’éducation nous ouvrirait les portes de l’emploi, mais nous nous sommes retrouvés face à un marché saturé et inhospitalier.
• Nous avons espéré un système politique stable, mais avons vu les conflits se multiplier.
• Nous avons cru en la modernisation promise, mais avons hérité de villes et de villages où les services sociaux sont inexistants.
Ces frustrations alimentent une profonde désillusion chez les jeunes, beaucoup d’entre eux choisissant l’exil, tandis que d’autres sombrent dans le désespoir ou l’activisme radical.
2.5. Une Génération à Revendiquer
L’échec de la génération de mes parents à obtenir un véritable « renouveau » a transformé ma génération en victime collatérale des politiques du régime Biya. Nous devons refuser de laisser cet échec s’étendre à nos enfants. Cet héritage de désillusion doit devenir un appel à l’action pour construire un Cameroun plus juste, plus équitable et véritablement tourné vers l’avenir.
3. La Complicité Inacceptable : Paul Biya et le Mensonge Transgénérationnel
Après avoir menti à la génération de nos parents et sacrifié celle de nos enfants, Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant notre génération et celle de nos enfants. Les élections présidentielles de 2025 sont un moment critique où ce régime espère encore une fois nous embarquer dans un cycle de promesses creuses et de trahisons historiques. Cette stratégie repose sur la création d’une illusion de changement, alors qu’elle ne fait que perpétuer un système défaillant.
3.1. Des Promesses Électorales Répétitives et Illusoires
Depuis les années 1980, le régime de Paul Biya a construit son discours autour de promesses ambitieuses, mais systématiquement non tenues :
• Promesses économiques : En 1987, Biya avait promis de transformer le Cameroun en une « économie émergente » avant l’an 2000. En 2009, il a renouvelé cette promesse en fixant l’horizon 2035 pour atteindre cet objectif. Pourtant, selon le classement de la Banque mondiale (2023), le Cameroun reste classé parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur, avec un PIB par habitant de seulement 1 540 USD, très en deçà des normes des économies émergentes.
• Emplois pour la jeunesse : En 2018, lors de sa campagne électorale, Paul Biya avait promis de créer 500 000 emplois par an. Or, les rapports du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (2022) indiquent que seulement 15 000 emplois formels ont été créés en moyenne par an depuis 2018, soit moins de 3 % de l’objectif.
• Projets d’infrastructure : Le régime a annoncé plusieurs « grands projets » tels que le port en eau profonde de Kribi, le barrage hydroélectrique de Lom Pangar et l’autoroute Yaoundé-Douala. Bien que certains aient vu le jour, leur gestion inefficace, marquée par des surcoûts massifs et des délais prolongés, a limité leur impact sur l’économie nationale (Transparency International, 2023).
Takougang (2019) décrit ces promesses répétées comme un « cycle de déception institutionnalisée », soulignant que « le régime utilise des projets symboliques pour masquer l’absence de réforme structurelle. »
Selon Fomba et Kamdem (2021), « l’économie camerounaise stagne à cause de politiques incohérentes qui privilégient la communication politique au détriment des résultats concrets. »
3.2. Un État Capturé par les Intérêts Personnels
Le régime de Paul Biya a été marqué par une gestion patrimoniale de l’État, où les ressources publiques sont utilisées pour maintenir le pouvoir au lieu de servir la population :
• Corruption endémique : En 2022, le Cameroun se classait 138e sur 180 pays dans l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International. Chaque année, le pays perd environ 30 % de son budget public à cause de la corruption, selon le Contrôle supérieur de l’État.
• Endettement croissant : La dette publique du Cameroun représentait 46,8 % du PIB en 2023, contre 13 % en 2008 (Banque mondiale). Cette augmentation est due à des emprunts mal gérés pour financer des projets souvent inachevés.
• Gestion népotique : Le système administratif est gangrené par le favoritisme, où des proches du pouvoir occupent des postes stratégiques, indépendamment de leur compétence.
Bayart (1993), dans “The State in Africa: The Politics of the Belly”, décrit les régimes comme celui de Biya comme des systèmes où l’État devient une source de prédation économique pour l’élite politique.
Fonkeng (2020) note que « l’absence de transparence dans la gestion publique a consolidé une oligarchie qui contrôle tous les secteurs clés de l’économie. »
3.3. Un Héritage Désastreux pour les Générations Futures
Si rien ne change, nos enfants et petits-enfants hériteront d’un Cameroun marqué par :
• Un appauvrissement chronique : Selon le PNUD (2022), 37,5 % de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté. Les projections indiquent que ce chiffre pourrait augmenter si les réformes structurelles nécessaires ne sont pas mises en œuvre.
• Un système éducatif désuet : En l’absence d’investissements significatifs, les infrastructures éducatives continueront à se dégrader, compromettant l’avenir des jeunes Camerounais.
• Une dette insoutenable : La dette extérieure du Cameroun est projetée à atteindre 25 milliards de dollars d’ici 2030 (FMI, 2023), laissant peu de marge pour financer les services publics essentiels.
• Un climat d’insécurité persistante : La gestion inefficace des crises actuelles (crise anglophone, Boko Haram) risque de créer une instabilité prolongée, privant les générations futures de la paix et de la sécurité nécessaires au développement.
Mbuh (2022) affirme que « l’échec à résoudre les crises actuelles compromet non seulement la stabilité à court terme, mais aussi le développement à long terme. »
UNICEF (2023) indique que « sans une réforme urgente du système éducatif, plus de 50 % des enfants camerounais risquent de devenir des adultes non qualifiés, incapables de contribuer efficacement à l’économie. »
3.4. Un Appel au Réveil Collectif
Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant la mémoire collective et en jouant sur les peurs d’un changement. Mais il est temps de dire non à cette stratégie. Refuser de participer à cette mascarade électorale, c’est refuser d’être complice d’un mensonge qui condamne nos enfants et petits-enfants à un avenir de pauvreté et de stagnation.
4. Dire Non aux Mensonges : L’Appel à une Révolution Générationnelle
Les Camerounais, en particulier notre génération et celles qui suivent, doivent rompre avec les mensonges institutionnalisés du régime de Paul Biya. Depuis son accession au pouvoir en 1982, les promesses non tenues se sont accumulées, alimentant le déclin économique, social et politique du pays. Ce cycle de tromperie et de stagnation appelle à un éveil collectif, à une prise de conscience nationale pour bâtir un avenir meilleur.
4.1. Un État au Bord de l’Effondrement
Le Cameroun est aujourd’hui confronté à des crises multiformes qui menacent sa stabilité à long terme :
• Crise économique persistante :
Selon la Banque mondiale (2023), le taux de croissance économique du Cameroun est en moyenne de 3,5 % par an, insuffisant pour réduire significativement la pauvreté ou améliorer les infrastructures publiques. En comparaison, des pays comme le Rwanda et l’Éthiopie affichent des taux supérieurs à 6 %, avec des programmes de réformes axés sur l’innovation et l’industrialisation.
• Dégradation des infrastructures :
Plus de 70 % des routes du pays sont en mauvais état, limitant l’accès aux marchés et augmentant les coûts de transport. Les villages ruraux, comme celui de Ngompem, où mes parents, ont vécu et sont décédés, sont les plus touchés. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2022) estime que l’absence d’infrastructures modernes réduit la productivité agricole de 40 %, aggravant la pauvreté.
• Déséquilibres sociaux :
En 2023, le GINI index du Cameroun, mesurant les inégalités, était de 46,6, indiquant une concentration extrême des richesses entre les mains d’une élite restreinte, alors que 37,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
Bayart (1993) affirme que les régimes comme celui de Paul Biya perpétuent des inégalités en utilisant l’État comme un outil de prédation économique.
Tchouassi et Fokam (2021) décrivent la politique économique camerounaise comme « un système incapable de générer une croissance inclusive, enfermant le pays dans un cercle vicieux de pauvreté et de dépendance extérieure. »
4.2. Le Poids de la Corruption : Un Système à Déconstruire
La corruption sous le régime de Paul Biya est institutionnalisée, sapant toute tentative de réforme ou de progrès.
• Coût de la corruption :
Environ 30 % du budget annuel du Cameroun, soit plus de 5 milliards de dollars, est détourné chaque année (Transparency International, 2023). Ces fonds auraient pu financer la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures essentielles.
• Conséquences pour les générations futures :
Les ressources qui auraient pu être investies dans le développement durable sont dilapidées. Par exemple, l’endettement croissant du pays (46,8 % du PIB en 2023) compromet la capacité de l’État à financer des projets à long terme.
Ndifor et Ambe (2019) concluent que « la corruption est à la fois une cause et une conséquence de la faiblesse des institutions au Cameroun, perpétuant un état de stagnation nationale. »
Dans son analyse de la gestion publique au Cameroun, Essomba (2020) note que « la culture de l’impunité a ancré la corruption comme un élément structurel de la gouvernance. »
4.3. Un Appel au Réveil Citoyen
Pour mettre fin à ce cycle de mensonges et de promesses non tenues, un mouvement citoyen massif est nécessaire.
• Engagement politique des jeunes :
En 2023, plus de 60 % de la population camerounaise avait moins de 30 ans (INS, 2023). Cependant, leur participation politique reste faible, en grande partie à cause du sentiment de désillusion et de méfiance envers les institutions. La mobilisation des jeunes est cruciale pour porter des leaders nouveaux et visionnaires.
• Exemples de changement dans d’autres pays :
Les récentes transitions démocratiques en Zambie, au Malawi, au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali et en Guinée montrent qu’un leadership engagé et une mobilisation populaire peuvent transformer des systèmes corrompus en opportunités pour les citoyens.
Cheeseman (2022), dans “How to Rig an Election”, montre que des sociétés jeunes et dynamiques peuvent renverser des régimes autoritaires par la mobilisation et la dénonciation des abus.
Kondoh et Ndong (2021) analysent comment la jeunesse africaine, en particulier à travers les réseaux sociaux, joue un rôle croissant dans l’éveil démocratique et la dénonciation des abus de pouvoir.
4.4. Repenser le Modèle de Gouvernance : Vers un État DéveloppementalisteCommunautaire
Pour sortir le Cameroun de cette spirale de stagnation, il faut adopter un modèle de gouvernance centré sur le développement humain, basé sur les principes suivants :
• Investissements massifs dans l’éducation et la santé :
Revoir les priorités budgétaires pour allouer 10 % du PIB à l’éducation et 7 % à la santé, conformément aux recommandations de l’UNESCO et de l’OMS.
• Diversification de l’économie :
Passer d’une économie basée sur l’exportation de matières premières (pétrole, bois) à une industrialisation accrue.
• Décentralisation effective :
Donner aux collectivités locales les moyens de décider et d’agir, au lieu de centraliser les décisions à Yaoundé.
Ndongmo (2020), dans “The Path to Sustainable Development in Central Africa”, plaide pour une décentralisation comme clé d’un développement inclusif.
World Bank (2023) recommande des politiques économiques qui mettent l’accent sur la transformation agricole et industrielle pour stimuler la croissance.
4.5. Un Nouveau Contrat Social : La Responsabilité de Dire Non
Dire non aux mensonges du régime Biya, c’est dire oui à un Cameroun nouveau :
• Oui à une gouvernance transparente.
• Oui à des politiques économiques inclusives.
• Oui à un système éducatif et sanitaire accessible à tous.
Les élections présidentielles de 2025 offrent une opportunité historique de briser ce cycle de tromperie transgénérationnelle. Nous devons refuser de légitimer un régime qui a échoué à répondre aux besoins fondamentaux de ses citoyens.
Conclusion : Rompre avec le Cycle de Mensonges et de Stagnation
Le règne de Paul Biya, qui s’étend sur plus de quatre décennies, est un témoignage accablant d’un système politique marqué par des promesses non tenues, des illusions entretenues et une gouvernance axée sur la perpétuation du pouvoir plutôt que sur le progrès collectif. À travers les générations, ce régime a perfectionné l’art du mensonge : des engagements initiaux envers nos parents qui ont été brisés, à la désillusion de notre propre génération, jusqu’à la tentative de condamner nos enfants à un avenir sans espoir.
Les faits sont clairs : le Cameroun est aujourd’hui embourbé dans une crise multidimensionnelle. Économiquement, nous sommes confrontés à une stagnation chronique avec près de 40 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Socialement, les infrastructures de base restent inexistantes dans de nombreuses régions, reflétant un État qui a failli à son devoir envers ses citoyens. Politiquement, la corruption et le népotisme ont consolidé un système qui privilégie l’élite au détriment de la majorité. Ces réalités ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un régime qui a fait de la manipulation et de l’inaction une stratégie de gouvernance.
L’heure n’est plus au silence ni à la résignation. À l’aube des élections présidentielles de 2025, les Camerounais ont une opportunité historique de rompre avec ce cycle de mensonges et de trahisons. Dire non à ce régime, c’est dire oui à un avenir différent : un avenir où nos ressources seront investies dans l’éducation, la santé, les infrastructures, et le développement économique durable ; un avenir où nos enfants et petits-enfants pourront rêver, innover et bâtir sans être écrasés par l’héritage de la stagnation.
Le changement ne viendra pas de l’élite politique actuelle, mais de la prise de conscience collective de chaque citoyen camerounais. Nous devons refuser d’être complices du mensonge transgénérationnel et agir pour construire un État développementaliste, inclusif et prospère. Ensemble, nous avons le pouvoir de transformer le Cameroun, de briser les chaînes du passé et d’inaugurer une nouvelle ère de responsabilité, de justice et de progrès.
Paul Biya et son régime incarnent le passé. L’avenir appartient à ceux qui ont le courage de dire non, de se lever et de bâtir. Le Cameroun mérite mieux, et l’histoire nous jugera sur les choix que nous ferons aujourd’hui. La révolution générationnelle est en marche – à nous de la mener avec détermination et espoir.
Bibliographie
1. Banque Mondiale. (2023). Rapport sur le développement mondial : Croissance économique et inégalités au Cameroun. Washington, DC : World Bank Publications.
2. Bayart, J.-F. (1993). L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard.
3. Cheeseman, N. (2022). How to Rig an Election. New Haven : Yale University Press.
4. Essomba, P. L. (2020). The Culture of Impunity in Cameroon: Governance and Corruption. Yaoundé : Presses Universitaires du Cameroun.
5. Institut National de la Statistique (INS). (2023). Données statistiques sur la population et l’économie du Cameroun. Yaoundé : INS Cameroun.
6. Kondoh, H., & Ndong, J. P. (2021). Youth Mobilization in Africa: Social Media and Political Change. Johannesburg : African Studies Review.
7. Ndifor, A., & Ambe, C. (2019). Corruption and Economic Decline in Cameroon: A Systematic Analysis. Douala : Centre for Economic Studies.
8. Ndongmo, R. M. (2020). The Path to Sustainable Development in Central Africa: Lessons for Cameroon. Libreville : Central African Development Press.
9. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). (2022). Rapport sur le développement humain au Cameroun : Défis et opportunités. New York : United Nations Development Programme.
10. Transparency International. (2023). Indice de perception de la corruption 2023 : Cameroun. Berlin : Transparency International.
11. Tchouassi, G., & Fokam, A. J. (2021). The Vicious Circle of Poverty and Underdevelopment in Cameroon: Rethinking Economic Policies. Yaoundé : African Economic Research Consortium.
12. World Bank. (2023). Enhancing Economic Diversification in Sub-Saharan Africa: Cameroon Case Study. Washington, DC : World Bank Publications.
Introduction : Un discours en trompe-l’œil pour masquer l’échec total
Le 31 décembre 2024, Paul Biya, fidèle à une tradition vieille de plusieurs décennies, s’est adressé aux Camerounais avec un discours empreint de promesses, de chiffres flatteurs et d’un ton résolument optimiste. Pourtant, derrière cette rhétorique bien rodée, se cache une réalité incontestable : celle d’un pays en proie à une crise multiforme et à un recul socio-économique constant. Depuis son accession au pouvoir en 1982, Paul Biya a multiplié les discours exaltant des avancées imaginaires, alors que la situation sur le terrain se détériore inexorablement. Les problèmes liés à la sécurité, à l’économie, aux infrastructures sociales et à l’industrialisation sont autant de preuves d’un échec total que ce discours tente de dissimuler.
Ce discours s’inscrit dans une stratégie récurrente du régime : afficher une image de progrès et de stabilité pour légitimer un pouvoir en déclin, tout en éludant les véritables causes des maux dont souffre le Cameroun. Les taux de croissance vantés, les projets d’infrastructures annoncés et les efforts sécuritaires supposés concluants ne résistent pas à une analyse objective des faits. Derrière les chiffres officiels se cachent des réalités plus sombres : un chômage endémique, une dépendance économique accrue, une désindustrialisation rampante et une insécurité persistante dans plusieurs régions du pays.
Le contraste entre le discours et la réalité est frappant, notamment sur des aspects cruciaux tels que :
• L’économie, où une croissance purement quantitative masque une pauvreté généralisée et une absence de véritable transformation structurelle.
• La sécurité, où les conflits dans les régions anglophones et les attaques de Boko Haram continuent de semer la terreur, malgré les déclarations sur un retour à la paix.
• Les infrastructures sociales, où la majorité des Camerounais peinent à accéder à des services de base de qualité, malgré des décennies de promesses gouvernementales.
• L’industrie, où le Cameroun, autrefois leader industriel en Afrique centrale, a vu disparaître la plupart de ses fleurons industriels sous le règne de Paul Biya, laissant place à une économie largement dépendante des importations.
Cette introduction met en lumière l’écart abyssal entre les déclarations officielles et la réalité vécue par les Camerounais. Si le régime de Paul Biya s’emploie à maquiller la réalité par des discours soigneusement élaborés, les faits montrent que le Cameroun est confronté à une gestion défaillante de ses ressources, une gouvernance minée par la corruption et un manque cruel de vision stratégique pour sortir le pays de la stagnation.
Dans cette analyse, il s’agira de déconstruire le discours de fin d’année 2024 en mettant en évidence ses contradictions, ses failles et ses omissions volontaires. À travers une étude critique des principaux thèmes abordés, économie, sécurité, infrastructures sociales et industrialisation, nous démontrerons que ce discours, loin de refléter une réalité tangible, n’est qu’une opération de communication destinée à maintenir un pouvoir vieillissant et à masquer les véritables échecs d’un régime à bout de souffle. Le Cameroun, après 42 ans de promesses non tenues, mérite une gouvernance nouvelle, tournée vers le développement inclusif et la justice sociale.
I. Des chiffres de croissance économique trompeurs : le vrai visage de l’économie camerounaise
Dans son discours de fin d’année 2024, Paul Biya s’est félicité d’une croissance économique de 3,8 % en 2024 et a annoncé une projection de 4,1 % pour 2025. Ce chiffre, bien qu’attrayant sur le papier, est loin de refléter la réalité économique vécue par la majorité des Camerounais. En effet, cette croissance, essentiellement quantitative, masque de profondes inégalités, une pauvreté persistante et une absence de véritable transformation structurelle de l’économie.
1. Une croissance sans impact sur le quotidien des Camerounais
Bien que le Cameroun affiche régulièrement des taux de croissance positifs, cette croissance ne se traduit pas par une amélioration significative des conditions de vie de la population :
• Taux de pauvreté élevé : Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), plus de 37 % de la population camerounaise vit en dessous du seuil de pauvreté, malgré la croissance affichée. Cette pauvreté est particulièrement marquée dans les zones rurales, où l’accès aux services de base (éducation, santé, eau potable) reste limité.
• Inégalités sociales accrues : Le Cameroun présente un indice de Gini (mesure des inégalités) supérieur à 0,43, indiquant une forte concentration des richesses dans les mains d’une minorité. Cette inégalité est perceptible à travers le contraste entre les quartiers huppés de Douala et Yaoundé et les bidonvilles en pleine expansion.
Exemple concret : À Douala, le quartier de Bonanjo abrite les sièges de grandes entreprises et des résidences luxueuses, tandis que, non loin de là, des quartiers comme New Bell et Makepe sont caractérisés par une pauvreté extrême, sans accès régulier à l’eau potable ni à l’électricité.
2. Une économie dépendante des matières premières
Le Cameroun reste fortement dépendant de l’exportation de matières premières, sans véritable transformation locale :
• Secteur pétrolier : Bien que le pétrole contribue à plus de 40 % des recettes d’exportation, il n’a pas permis de diversifier l’économie ni de créer des emplois massifs. La chute des prix du pétrole sur le marché international entre 2015 et 2018 a révélé la fragilité de cette dépendance.
• Exportation brute des produits agricoles : Le Cameroun exporte principalement du cacao, du café et de l’hévéa sous forme brute, sans transformation locale significative. En 2024, le pays a exporté plus de 300 000 tonnes de cacao, mais seule une infime partie a été transformée localement, privant ainsi l’économie nationale de valeur ajoutée et d’emplois.
Exemple concret : La filière cacao-café, qui emploie plus de 600 000 producteurs, souffre d’un manque d’industries locales de transformation. La majorité des producteurs vendent leurs récoltes à bas prix à des multinationales étrangères, qui se chargent de la transformation et de la commercialisation sur les marchés internationaux.
3. Un secteur industriel embryonnaire
Malgré les annonces sur l’industrialisation, le secteur industriel camerounais reste peu développé :
• Faible contribution au PIB : Le secteur secondaire, incluant l’industrie manufacturière, ne représente que 14 % du PIB, un chiffre faible pour un pays aspirant à l’émergence.
• Projets industriels non aboutis : De nombreuses zones économiques, comme celle de Kribi, censées attirer les investisseurs industriels, peinent à décoller en raison de la bureaucratie, de l’absence d’infrastructures de qualité et d’un climat des affaires peu attractif.
Exemple concret : Le projet de la zone industrielle de Kribi, lancé en grande pompe en 2017, devait accueillir des usines de transformation du bois, du cacao et du pétrole. À ce jour, très peu d’usines ont vu le jour, et la zone reste largement sous-utilisée.
4. Chômage et sous-emploi massifs
Le chômage et le sous-emploi constituent l’un des plus grands défis économiques du Cameroun :
• Chômage des jeunes : Selon l’Institut National de la Statistique (INS), le taux de chômage chez les jeunes de 15 à 35 ans dépasse 30 %, une situation aggravée par l’absence de politiques publiques efficaces de création d’emplois.
• Sous-emploi : La majorité des Camerounais actifs travaillent dans le secteur informel, souvent dans des conditions précaires, sans couverture sociale ni sécurité de l’emploi. En 2024, le secteur informel représentait environ 90 % de l’emploi total.
Exemple concret : À Yaoundé et Douala, les jeunes diplômés peinent à trouver des emplois correspondant à leurs qualifications et se retrouvent souvent contraints de travailler comme conducteurs de mototaxis ou petits commerçants dans le secteur informel.
5. Inflation et perte du pouvoir d’achat
Malgré les affirmations du président sur la maîtrise de l’inflation, la réalité est que les prix des produits de première nécessité continuent de grimper :
• Inflation persistante : L’inflation, bien que réduite à 5 % en 2024, reste élevée pour une économie où les salaires sont faibles et stagnants.
• Hausse des prix des denrées alimentaires : Le prix du pain, du riz, de l’huile et des autres produits de base a fortement augmenté ces dernières années, mettant à mal le pouvoir d’achat des ménages.
Exemple concret : Entre 2021 et 2024, le prix du litre d’huile de palme est passé de 600 FCFA à 1 200 FCFA, et celui du sac de riz de 12 000 FCFA à 18 000 FCFA, entraînant une baisse du niveau de vie des familles les plus modestes.
Une croissance factice et déséquilibrée
Le discours officiel sur la croissance économique ne reflète pas la réalité quotidienne des Camerounais. Derrière les chiffres flatteurs se cache une économie fragile, marquée par une dépendance excessive aux matières premières, une absence de véritable industrialisation et des inégalités croissantes. Cette situation illustre l’échec des politiques économiques menées sous le régime de Paul Biya, incapables de traduire la croissance en développement inclusif.
II. Une politique industrielle fictive : où sont les vraies usines ?
Dans ses discours, Paul Biya vante régulièrement les « progrès industriels » réalisés sous son régime, citant quelques projets ponctuels comme la création de nouvelles cimenteries ou d’usines de carreaux. Toutefois, cette rhétorique masque une réalité bien plus sombre : une désindustrialisation massive depuis son accession au pouvoir en 1982. Le Cameroun, autrefois doté d’un tissu industriel dynamique, a vu la fermeture de nombreuses usines majeures au cours des quatre dernières décennies, laissant place à une dépendance accrue aux importations.
1. Un tissu industriel en déclin depuis les années 1980
Avant l’arrivée de Paul Biya au pouvoir, le Cameroun possédait un secteur industriel prometteur, soutenu par un État interventionniste qui investissait dans des industries stratégiques. Certaines des usines les plus emblématiques de cette époque étaient :
• CELLUCAM (Cellulose du Cameroun) : Cette usine, située à Edea, était spécialisée dans la transformation du bois en pâte à papier. Elle jouait un rôle clé dans l’exploitation des vastes ressources forestières du pays. Sa fermeture dans les années 1990, due à une mauvaise gestion et à un manque d’investissements, a non seulement entraîné la perte de milliers d’emplois, mais aussi forcé le Cameroun à importer du papier.
• CICAM (Cotonnière Industrielle du Cameroun) : Acteur majeur de l’industrie textile, la CICAM produisait des tissus destinés à la consommation locale et à l’exportation. Sous Paul Biya, l’usine a progressivement décliné en raison de la concurrence des produits importés, notamment asiatiques, et de l’absence de protection de l’industrie locale. Aujourd’hui, la CICAM fonctionne à peine, avec une production bien en deçà de sa capacité initiale.
• CAMSUCO (Cameroun Sugar Company) : Cette entreprise sucrière, située dans la région du Centre, contribuait à la production locale de sucre. Sa privatisation mal encadrée dans les années 1990 a conduit à son effondrement. Le Cameroun est depuis devenu dépendant des importations pour combler sa consommation de sucre.
Exemple marquant : En 1980, le Cameroun exportait une partie de sa production textile et de son papier. Aujourd’hui, il importe l’essentiel de ces produits, aggravant son déficit commercial.
2. Des privatisations désastreuses sous les programmes d’ajustement structurel
Dans les années 1990, le Cameroun, sous pression du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, a lancé une série de privatisations dans le cadre des programmes d’ajustement structurel. Ces privatisations, mal préparées et souvent entachées de corruption, ont conduit à la fermeture de nombreuses usines :
• Privatisation de la SONEL (Société Nationale d’Électricité) : Cette entreprise, autrefois publique, a été privatisée en 2001. La gestion privée qui s’en est suivie n’a pas permis d’améliorer l’accès à l’électricité, et les coupures de courant restent fréquentes, entravant le développement industriel.
• Liquidation de la REGIFERCAM (Régie Ferroviaire du Cameroun) : La disparition de cette société publique a eu des conséquences dramatiques sur le transport des marchandises et l’approvisionnement des usines en matières premières.
Conséquence : La privatisation et la fermeture de ces entreprises ont entraîné une désorganisation de l’économie nationale et une hausse des coûts de production pour les rares industries restantes.
3. Des projets industriels récents non aboutis
Depuis les années 2010, le gouvernement a multiplié les annonces de projets industriels ambitieux, mais peu d’entre eux ont réellement vu le jour :
• Zone industrielle de Kribi : Cette zone, censée accueillir des usines de transformation du bois et des matières premières, reste largement sous-exploitée. En 2024, seules quelques entreprises y opèrent, et les infrastructures promises ne sont toujours pas finalisées.
• Technopôle agro-industriel de Ouassa-Babouté : Ce projet, annoncé pour relancer la transformation des produits agricoles locaux (céréales, tubercules, lait), n’a toujours pas démarré, plusieurs années après son lancement officiel.
Exemple concret : La transformation du cacao, un secteur stratégique pour le Cameroun, est un échec flagrant. Bien que le pays soit l’un des premiers producteurs mondiaux de cacao, plus de 85 % de la production est exportée sous forme brute. Les rares usines de transformation fonctionnent en dessous de leur capacité, faute d’investissements et d’un environnement favorable.
4. Un secteur manufacturier embryonnaire
Le secteur manufacturier, clé du développement économique, reste marginal au Cameroun :
• Faible contribution au PIB : Le secteur manufacturier représente à peine 14 % du PIB, contre plus de 30 % dans des pays comme l’Éthiopie ou le Maroc, qui ont su diversifier leur économie.
• Absence de chaîne de valeur locale : La plupart des produits consommés au Cameroun sont importés, même ceux fabriqués à partir de matières premières disponibles localement. Par exemple, le pays importe des meubles alors qu’il dispose de vastes ressources forestières.
Exemple concret : Dans le secteur de la cimenterie, bien que de nouvelles usines aient vu le jour (comme celle de Dangote Cement), le coût du ciment reste élevé, et l’industrie ne parvient pas à répondre à la demande locale en raison de problèmes d’approvisionnement en énergie et en transport.
5. Conséquences de la désindustrialisation
La désindustrialisation massive sous le régime de Paul Biya a eu des conséquences profondes sur l’économie camerounaise :
• Perte de souveraineté économique : Le Cameroun est devenu dépendant des importations pour de nombreux biens de consommation, aggravant son déficit commercial.
• Chômage et précarité : La fermeture des grandes usines a entraîné une perte massive d’emplois formels. La majorité des Camerounais travaillent désormais dans le secteur informel, sans couverture sociale ni sécurité de l’emploi.
• Faible compétitivité : L’absence d’une industrie forte empêche le Cameroun de s’insérer dans les chaînes de valeur régionales et mondiales, limitant ainsi son potentiel de croissance.
Une illusion industrielle entretenue par le régime
Contrairement aux discours officiels, la réalité industrielle du Cameroun est celle d’un déclin constant depuis les années 1980. Les quelques usines récemment inaugurées ne suffisent pas à masquer la disparition de véritables fleurons industriels, ni à compenser les emplois perdus.
III. Gouvernance et corruption : une plaie béante jamais guérie
Paul Biya promet une fois de plus de renforcer la lutte contre la corruption. Or, selon le classement de Transparency International de 2024, le Cameroun figure parmi les 25 pays les plus corrompus au monde, occupant la 142e place sur 180.
Quelques exemples récents illustrent l’ampleur de cette corruption endémique :
Les rapports de la Cour des comptes : Un miroir accablant de la mauvaise gouvernance au Cameroun
Les rapports annuels de la Cour des comptes du Cameroun constituent une source essentielle pour comprendre les dysfonctionnements structurels qui caractérisent la gestion publique sous le régime de Paul Biya. Ces documents, élaborés par une institution indépendante censée surveiller l’utilisation des deniers publics, révèlent chaque année des irrégularités massives, des détournements de fonds et une mauvaise gestion des ressources publiques. Toutefois, malgré la gravité des conclusions de ces rapports, les mesures correctives tardent à être prises et les responsables identifiés ne subissent que rarement des sanctions exemplaires.
1. Des détournements de fonds à grande échelle
Les rapports de la Cour des comptes soulignent régulièrement des cas de détournements massifs de fonds publics dans plusieurs secteurs clés :
• Affaire CovidGate : Dans un rapport publié en 2022, la Cour des comptes a dénoncé la gestion opaque et les détournements de plusieurs milliards de FCFA destinés à la lutte contre la pandémie de Covid-19. Ce scandale a impliqué des ministères stratégiques, mais à ce jour, peu de sanctions concrètes ont été prises.
• Projets d’infrastructures routières : La Cour des comptes a pointé du doigt des surcoûts injustifiés dans plusieurs projets routiers, comme l’autoroute Yaoundé-Douala, dont la première phase, entamée en 2014, n’est toujours pas achevée. Des surfacturations et des paiements effectués pour des travaux non réalisés figurent parmi les irrégularités relevées.
2. La mauvaise gestion des entreprises publiques
Un autre point régulièrement souligné par la Cour des comptes concerne la gestion inefficace des entreprises publiques. De nombreuses sociétés d’État, bien que bénéficiant de subventions massives, continuent d’accumuler des pertes sans contribuer au développement économique :
• CAMTEL (société de télécommunications) et SONARA (raffinerie nationale) figurent parmi les entreprises dont la gestion a été qualifiée de catastrophique par les rapports successifs de la Cour.
• Les zones économiques, telles que la zone industrielle de Kribi, censées dynamiser l’industrialisation, peinent à produire des résultats concrets en raison d’une gestion inadéquate et d’un manque de vision stratégique.
3. Une gouvernance inefficace et un manque de reddition des comptes
Les rapports mettent également en évidence un problème chronique de gouvernance, notamment :
• Absence de suivi des recommandations : Bien que la Cour des comptes formule chaque année des recommandations pour améliorer la gestion publique, celles-ci sont rarement suivies d’effet. Cela témoigne d’un manque de volonté politique de mettre en œuvre des réformes.
• Implication de hauts responsables intouchables : Nombre des détournements et irrégularités concernent des personnalités proches du pouvoir, qui bénéficient d’une impunité totale.
4. Un signal ignoré par Paul Biya
Les rapports de la Cour des comptes auraient pu être un outil puissant de réforme et d’assainissement de la gestion publique. Cependant, sous le régime de Paul Biya, ils restent largement ignorés, réduisant cette institution à un simple observateur sans réel pouvoir de contrainte. Cette situation illustre parfaitement l’incapacité du régime à instaurer une gouvernance fondée sur la transparence et la reddition des comptes.
Les rapports de la Cour des comptes offrent une preuve irréfutable de l’échec du régime en matière de gestion publique. Ils montrent que, malgré les discours officiels sur la lutte contre la corruption et l’amélioration de la gouvernance, le Cameroun reste enlisé dans des pratiques prédatrices qui freinent son développement. Si Paul Biya décide de se présenter à l’élection présidentielle de 2025, il devra répondre de cet héritage accablant. À moins qu’il ne choisisse de sortir par la grande porte, en facilitant une alternance politique et en permettant une nouvelle gouvernance plus efficace et transparente.
Le scandale des stades de football au Cameroun : Une vitrine de la mauvaise gouvernance
Le scandale entourant la construction et la réhabilitation des stades de football au Cameroun est un symbole éclatant de la mauvaise gestion des projets d’infrastructures sous le régime de Paul Biya. Ce scandale a pris de l’ampleur lors de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2021, initialement prévue en 2019, mais reportée en raison des retards accumulés dans la livraison des infrastructures. Les dysfonctionnements constatés révèlent non seulement une gestion calamiteuse des fonds publics, mais aussi un système profondément corrompu.
1. Des coûts exorbitants et injustifiés
Le coût total des infrastructures sportives liées à la CAN a largement dépassé les prévisions initiales. Le cas emblématique est celui du stade d’Olembe, dont le coût initial était estimé à 163 milliards de FCFA, mais qui a finalement dépassé 330 milliards de FCFA. Cette explosion des coûts s’explique par :
• La mauvaise planification : Des modifications répétées des plans et des délais non respectés ont conduit à une inflation artificielle des coûts.
• La surfacturation et les détournements de fonds : Selon des rapports de la Cour des comptes et de certaines enquêtes journalistiques, une partie importante des fonds alloués a été détournée ou mal utilisée.
Le stade d’Olembe, censé être un joyau architectural et une fierté nationale, n’a été partiellement achevé qu’à la veille de la compétition, après plusieurs avertissements de la Confédération Africaine de Football (CAF).
2. Des infrastructures inachevées ou sous-utilisées
Malgré les sommes faramineuses investies, plusieurs stades restent partiellement achevés ou sous-utilisés :
• Le stade d’Olembe, malgré son inauguration précipitée pour la CAN, présente encore des travaux inachevés. Le complexe sportif prévu autour du stade, comprenant des hôtels et des commerces, n’a jamais été réalisé.
• Le stade de Japoma, construit à Douala à un coût également élevé, souffre d’un entretien insuffisant, et son utilisation est limitée faute d’une gestion adaptée.
3. Un scandale sans véritable sanction
Malgré l’ampleur des dysfonctionnements et des détournements constatés, aucune sanction significative n’a été prise contre les responsables de ce fiasco. Les appels de la société civile et de certains parlementaires à ouvrir une enquête indépendante sont restés sans suite. Ce silence s’explique par la proximité des principaux bénéficiaires de ces détournements avec le cercle du pouvoir :
• Responsabilité politique : Plusieurs ministres et hauts responsables ayant supervisé ces projets n’ont jamais été inquiétés.
• Impunité systémique : Le régime Biya a démontré à plusieurs reprises son incapacité, ou son absence de volonté, à sanctionner les cas de corruption impliquant des proches du pouvoir.
IV. Un bilan sécuritaire désastreux : le mythe de la paix retrouvée
Dans son discours de fin d’année 2024, Paul Biya affirme que la paix et la sécurité sont désormais consolidées au Cameroun, malgré quelques « attaques lâches » de groupes terroristes et des « atrocités commises par des bandes armées ». Cette affirmation, loin de refléter la réalité sur le terrain, s’inscrit dans une longue tradition de discours minimisant la gravité des crises sécuritaires que traverse le pays. En vérité, le bilan sécuritaire du régime Biya est désastreux, marqué par une gestion inefficace des conflits et une détérioration constante de la situation dans plusieurs régions.
1. La persistance de la crise anglophone : Une guerre non déclarée
Depuis 2016, le Cameroun est plongé dans une grave crise dans ses régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où des groupes séparatistes anglophones affrontent les forces gouvernementales. Malgré les déclarations répétées du gouvernement sur un retour progressif à la paix, la réalité est bien différente :
• Un conflit meurtrier : Selon les estimations de l’International Crisis Group, le conflit a fait plus de 6 000 morts et forcé près d’un million de personnes à fuir leurs foyers. Les civils, pris en étau entre les forces de sécurité et les groupes séparatistes, paient le prix fort.
• Exactions des deux camps : Des rapports de Human Rights Watch et d’autres organisations de défense des droits humains documentent des exactions commises par les deux parties. Les forces de sécurité sont accusées d’exécutions extrajudiciaires, de viols et de destruction de villages, tandis que les groupes séparatistes multiplient les enlèvements, les attaques contre les écoles et les assassinats de civils soupçonnés de collaborer avec le gouvernement.
• Un processus de paix au point mort : Le Grand Dialogue National organisé en 2019, censé résoudre la crise, n’a produit aucun effet concret. Les principales revendications des anglophones, comme la fédéralisation ou une autonomie accrue, ont été ignorées, ce qui a conduit à un durcissement des positions des groupes séparatistes.
Exemple marquant : En novembre 2024, une attaque dans un village de la région du Nord-Ouest a causé la mort de 27 civils, dont des femmes et des enfants, un événement qui illustre la violence persistante dans cette zone. Malgré la présence de forces de sécurité, les habitants continuent de vivre dans la peur quotidienne.
2. La menace persistante de Boko Haram dans l’Extrême-Nord
La région de l’Extrême-Nord du Cameroun est confrontée depuis 2014 à la menace de Boko Haram, un groupe terroriste originaire du Nigeria. Bien que Paul Biya se félicite des « progrès significatifs » dans la lutte contre ce groupe, les faits démontrent que la menace persiste :
• Attaques régulières : En 2024, plusieurs dizaines d’attaques ont été recensées dans la région, causant la mort de civils et de militaires. Ces attaques visent principalement des villages isolés et des postes de sécurité.
• Déplacements de population : Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), plus de 340 000 personnes restent déplacées dans l’Extrême-Nord à cause des violences de Boko Haram, vivant dans des conditions précaires.
• Recrutement forcé : Le groupe terroriste continue de recruter de force des jeunes dans les villages reculés, profitant de la pauvreté et de l’absence d’opportunités économiques.
Exemple marquant : En juillet 2024, une attaque de Boko Haram dans la localité de Mozogo a fait 15 morts, principalement des civils, et provoqué le déplacement de centaines de familles. Cet événement démontre que, malgré les opérations militaires, la menace terroriste reste vive.
3. Criminalité urbaine et insécurité dans les grandes villes
En plus des crises majeures dans les régions anglophones et l’Extrême-Nord, le Cameroun est confronté à une montée de la criminalité dans les centres urbains :
• Banditisme et vols à main armée : À Douala et Yaoundé, les cas de vols à main armée, d’agressions et de cambriolages se sont multipliés ces dernières années. Malgré l’annonce de mesures pour renforcer la sécurité, les populations continuent de vivre dans l’insécurité.
• Développement des gangs : Des gangs organisés, souvent composés de jeunes désœuvrés, prolifèrent dans plusieurs quartiers sensibles, profitant de l’absence de politiques efficaces de réinsertion sociale.
Exemple marquant : En octobre 2024, une série de cambriolages spectaculaires dans des quartiers résidentiels de Yaoundé a suscité une vive inquiétude parmi les habitants, forçant les autorités à lancer une opération de sécurisation. Cependant, ce type d’actions ponctuelles reste sans effet durable sur la criminalité.
4. L’échec des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR)
Pour tenter de résoudre les conflits armés, le gouvernement camerounais a mis en place des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) destinés aux combattants séparatistes et aux ex-membres de Boko Haram. Cependant, ces programmes peinent à atteindre leurs objectifs :
• Faible adhésion : Très peu de combattants séparatistes ont rejoint les centres de DDR, craignant des représailles ou ne croyant pas en la sincérité de l’offre gouvernementale.
• Conditions de vie précaires dans les centres : Plusieurs rapports font état de mauvaises conditions de vie dans les centres de DDR, où les ex-combattants peinent à recevoir une formation professionnelle ou un accompagnement adéquat.
• Rechute dans la violence : Faute de suivi et d’opportunités économiques, certains ex-combattants retournent dans la clandestinité et reprennent les armes.
Un discours déconnecté de la réalité
Le bilan sécuritaire de Paul Biya est loin d’être celui d’un pays en voie de pacification. En réalité, le Cameroun reste confronté à de multiples foyers de tension qui continuent de déstabiliser plusieurs régions et d’affecter la vie quotidienne des populations. Le discours du régime, qui présente une image d’un pays en paix, relève davantage de la propagande que de la réalité.
V. Des infrastructures sociales insuffisantes : un quotidien difficile pour les Camerounais
Malgré les discours optimistes de Paul Biya sur l’amélioration des conditions de vie des Camerounais, les infrastructures sociales restent gravement insuffisantes. Les secteurs clés comme l’éducation, la santé, l’eau potable et l’électricité souffrent d’un sous-investissement chronique et d’une gestion inefficace. Ces défaillances ont des conséquences directes sur le quotidien des populations, notamment les plus vulnérables.
1. Éducation : Des écoles sous-équipées et des enseignants mal rémunérés
Le système éducatif camerounais est confronté à de nombreux défis :
• Manque d’infrastructures scolaires : Dans de nombreuses régions, les écoles sont en nombre insuffisant et mal équipées. Il n’est pas rare de voir des enfants suivre les cours dans des abris de fortune ou sous des arbres, faute de salles de classe adaptées.
• Classes surchargées : Dans les zones urbaines, les écoles publiques accueillent souvent plus de 100 élèves par classe, ce qui nuit à la qualité de l’enseignement.
• Faible motivation des enseignants : Les enseignants, mal rémunérés et confrontés à des conditions de travail précaires, multiplient les grèves pour réclamer de meilleures conditions. En 2022, le mouvement des enseignants baptisé “On a trop supporté” a paralysé le secteur pendant plusieurs semaines.
Ces problèmes contribuent à un taux d’abandon scolaire élevé, en particulier dans les zones rurales et les régions anglophones touchées par la crise.
2. Santé : Un système sous-équipé et inaccessible
Malgré les annonces répétées sur le renforcement du système de santé, la réalité reste préoccupante :
• Insuffisance des infrastructures de santé : De nombreuses localités, notamment en zones rurales, ne disposent pas d’hôpitaux ou de centres de santé fonctionnels. Là où ils existent, ils manquent souvent de personnel qualifié, de médicaments et d’équipements essentiels.
• Hôpitaux en crise : Les grands hôpitaux publics des villes comme Yaoundé et Douala sont saturés et sous-équipés. Le manque de lits, de matériel médical et de médicaments est récurrent. En 2023, une enquête a révélé que plus de 60 % des patients hospitalisés dans les grandes villes devaient acheter eux-mêmes leurs médicaments en pharmacie.
• Frais de santé élevés : L’absence d’un système de couverture universelle efficace rend les soins de santé inaccessibles à une grande partie de la population. De nombreuses familles doivent choisir entre se soigner et subvenir à leurs besoins de base.
Exemple marquant : le Centre hospitalier universitaire de Yaoundé (CHUY), qui, malgré son statut d’hôpital de référence, souffre d’un manque chronique de financement et d’équipements, entraînant une détérioration constante de la qualité des soins.
3. Eau potable : Un défi quotidien pour des millions de Camerounais
L’accès à l’eau potable reste un défi majeur dans de nombreuses régions :
• Pénurie d’eau dans les grandes villes : À Yaoundé et Douala, les coupures d’eau sont fréquentes, obligeant les habitants à s’approvisionner auprès de revendeurs informels à des prix élevés. En 2024, plusieurs quartiers de Yaoundé ont connu des périodes de pénurie prolongée, suscitant la colère des populations.
• Accès limité en milieu rural : Dans les zones rurales, moins de 40 % des habitants ont accès à une source d’eau potable. La majorité des populations s’approvisionne encore dans les rivières et les puits non protégés, exposant ainsi les familles à des maladies hydriques comme le choléra.
Bien que des projets d’adduction d’eau aient été lancés, comme celui du projet d’alimentation en eau de la ville de Yaoundé à partir du fleuve Sanaga, leur impact reste limité en raison des retards et des problèmes de gestion.
4. Électricité : Un accès irrégulier et insuffisant
Malgré les promesses d’amélioration de l’accès à l’électricité, le Cameroun continue de faire face à des délestages fréquents :
• Délestages chroniques : Les coupures de courant sont monnaie courante, même dans les grandes villes. Cela perturbe non seulement la vie des ménages, mais aussi les activités économiques, notamment les petites entreprises.
• Inégalité dans l’accès : Selon un rapport de la Banque mondiale, environ 30 % de la population rurale n’a toujours pas accès à l’électricité. Dans certaines localités, les habitants doivent parcourir de longues distances pour recharger leurs appareils électriques à des générateurs privés.
Exemple marquant : le barrage de Lom Pangar, annoncé comme une solution durable au problème énergétique, a été achevé avec plusieurs années de retard et n’a pas permis de résoudre les délestages persistants.
5. Logement et urbanisation : Une gestion anarchique
L’urbanisation rapide des grandes villes comme Douala et Yaoundé a conduit à une crise du logement :
• Bidonvilles en expansion : Une grande partie de la population urbaine vit dans des quartiers précaires, sans accès aux services de base (eau, électricité, assainissement). Selon une étude de l’ONU-Habitat, plus de 60 % des habitants de Douala vivent dans des bidonvilles.
• Projets de logements sociaux non achevés : Plusieurs programmes de logements sociaux annoncés par le gouvernement, comme ceux de Logpom à Douala et de Mbanga-Bakoko à Yaoundé, n’ont pas été finalisés ou restent inaccessibles en raison de coûts élevés.
Le quotidien difficile des Camerounais, marqué par des infrastructures sociales insuffisantes, contraste fortement avec les discours officiels qui se félicitent de progrès inexistants. La détérioration des services de base reflète l’échec d’une gouvernance incapable de répondre aux besoins essentiels de sa population.
VI. Paul Biya et la présidentielle de 2025 : Le faux appel du peuple et le choix de sa sortie
Dans son discours de fin d’année 2024, Paul Biya laisse habilement entendre qu’il pourrait à nouveau être candidat à l’élection présidentielle prévue en 2025. Bien qu’il ne déclare pas ouvertement ses intentions, les sous-entendus sont clairs : il évoque sa « détermination intacte » et le soutien prétendu d’un peuple reconnaissant, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre le chemin entamé sous son impulsion. Cette mise en scène prépare le terrain à une candidature que ses partisans présenteront comme une « demande du peuple ». Mais au-delà des apparences, cet « appel » du peuple n’est qu’une mascarade orchestrée par une élite politico-administrative soucieuse de préserver ses privilèges sous un régime usé.
1. L’illusion de l’appel populaire : Une manœuvre politicienne bien rodée
Depuis plusieurs décennies, chaque élection présidentielle au Cameroun est précédée d’une série de « motions de soutien » adressées au président Paul Biya par des groupes d’élites locales, des chefs traditionnels et des membres du parti au pouvoir, le RDPC. Ces motions, souvent relayées par les médias publics, présentent toujours la même rhétorique : elles implorent le président de « répondre favorablement à l’appel pressant du peuple » et de briguer un nouveau mandat « pour assurer la stabilité et la continuité du développement ».
Or, il est important de rappeler que ces appels ne sont ni spontanés ni représentatifs de la volonté populaire réelle. En effet :
• Mobilisation artificielle : Les motions de soutien sont le fruit de pressions exercées sur les élites locales, qui craignent de perdre leurs privilèges ou leurs postes s’ils ne participent pas activement à cette mise en scène.
• Répression des voix dissidentes : Toute voix s’opposant à cette narrative est systématiquement étouffée. L’espace démocratique étant extrêmement restreint au Cameroun, la majorité des citoyens n’a ni les moyens ni la liberté de s’exprimer véritablement.
Le véritable sentiment populaire est tout autre : une grande majorité des Camerounais aspire à un changement de leadership, une alternance démocratique et une nouvelle dynamique politique après 42 années d’immobilisme.
2. Une candidature qui prolongerait la crise politique et économique
Si Paul Biya décidait de se représenter en 2025, cela signifierait le prolongement d’un régime marqué par :
• Une économie stagnante : Malgré les discours optimistes, le Cameroun peine à diversifier son économie et reste dépendant des matières premières, tandis que le taux de chômage reste élevé, notamment chez les jeunes.
• Une gouvernance défaillante : La corruption endémique, la mauvaise gestion des ressources publiques et l’absence de réformes structurelles continueraient de freiner le développement.
• Une instabilité sécuritaire persistante : La crise anglophone, mal gérée depuis son déclenchement, risque de s’enliser davantage si le régime actuel, perçu comme illégitime par une partie de la population, reste en place.
En choisissant de se maintenir au pouvoir, Paul Biya ne ferait que retarder une transition inévitable, au risque de plonger le pays dans une crise politique et sociale encore plus profonde.
3. Le choix historique de Paul Biya : La grande porte ou la petite porte
À 92 ans et après plus de quatre décennies à la tête du Cameroun, Paul Biya est face à un choix crucial qui déterminera son héritage historique :
• Sortir par la grande porte : Le geste d’un homme d’État
Paul Biya a encore la possibilité de marquer positivement l’histoire en renonçant à briguer un nouveau mandat et en organisant une transition démocratique transparente. Ce geste serait celui d’un homme d’État responsable, soucieux de préserver la stabilité de son pays et d’assurer une alternance pacifique. Il pourrait devenir un exemple pour les autres dirigeants africains souvent accusés de s’accrocher au pouvoir. Cette sortie par la grande porte lui permettrait de se retirer avec honneur, respecté non seulement par les Camerounais, mais aussi par la communauté internationale.
• Sortir par la petite porte : L’épilogue d’un règne contesté
À l’inverse, s’il choisit de se représenter, Paul Biya risque d’être emporté par une contestation populaire croissante. Une nouvelle candidature ne ferait que renforcer le sentiment de frustration et d’exaspération d’une grande partie de la population, ouvrant la voie à des troubles politiques majeurs. L’histoire est pleine de dirigeants qui, refusant de lire les signes du temps, ont fini par être chassés du pouvoir dans l’humiliation et la violence.
La sagesse voudrait que Paul Biya prenne la mesure de la situation et comprenne qu’il est temps de laisser la place à une nouvelle génération de dirigeants capables de relever les défis de l’heure. Cette décision lui appartient seul : elle sera celle d’un homme qui choisit de rester dans l’histoire comme un bâtisseur de paix ou d’être rejeté comme un dirigeant ayant refusé de céder sa place au moment opportun.
4. Une opportunité pour un nouveau départ démocratique
La non-candidature de Paul Biya pourrait ouvrir une nouvelle ère au Cameroun :
• Une transition pacifique et crédible : En se retirant, il permettrait au Cameroun d’organiser des élections crédibles, transparentes et inclusives, qui offriraient au pays une chance de se réinventer.
• Un dialogue national sincère : Son retrait ouvrirait la voie à un véritable dialogue avec toutes les forces vives de la nation, y compris l’opposition et la société civile, pour définir un nouveau projet national.
• Une réconciliation nationale : L’alternance politique favoriserait la réconciliation des régions anglophones et le renforcement de l’unité nationale.
Conclusion générale : L’heure du choix a sonné
Paul Biya est à un moment décisif de son règne. Son choix de se maintenir au pouvoir ou de céder sa place déterminera non seulement son héritage personnel, mais aussi l’avenir du Cameroun. Ce pays, riche de son potentiel et de sa jeunesse, mérite mieux que la stagnation actuelle. Il mérite une nouvelle direction, une nouvelle vision, un nouveau souffle.
Seul Paul Biya peut encore décider de sortir par la grande porte, en homme d’État conscient de sa responsabilité historique. S’il ne le fait pas, l’histoire et le peuple camerounais lui imposeront tôt ou tard une sortie par la petite porte, avec le souvenir amer d’un règne trop long, marqué par des promesses non tenues et une transition manquée.
Le Cameroun a besoin de changement, et ce changement doit commencer maintenant.
Bibliographie
1. Banque mondiale, « Promouvoir une croissance inclusive au Cameroun : Défis et opportunités », Washington DC, 2023.
2. Institut National de la Statistique (INS), Rapport sur l’évolution du secteur industriel au Cameroun, Yaoundé, 2024.
3. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Indice de développement humain et rapport sur la compétitivité économique du Cameroun, Yaoundé, 2023.
4. Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI), Rapport sur la désindustrialisation en Afrique centrale : le cas du Cameroun, Vienne, 2023.
5. Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), « Politique industrielle et chaînes de valeur en Afrique », Genève, 2022.
6. Transparency International, Indice de perception de la corruption : focus sur les grands projets d’infrastructures et gouvernance au Cameroun, Berlin, 2024.
7. Human Rights Watch, « Cameroon: Armed Separatists and Security Forces Abuses », New York, 2024.
8. Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), Rapport sur les déplacés internes au Cameroun, Genève, 2023.
9. International Crisis Group, « Cameroon’s Anglophone Crisis: The Need for Dialogue », Bruxelles, 2024.
10. Agence Ecofin, Articles sur l’économie, les infrastructures et la sécurité au Cameroun, Douala, 2023-2024.
11. Le Messager, « CELLUCAM, CICAM, CAMSUCO : un passé industriel glorieux abandonné », Yaoundé, édition spéciale, 2023.
12. Mutations, « Privatisations et fermetures d’usines : un bilan controversé », Douala, juin 2024.
13. Cour des comptes du Cameroun, Rapport sur la gestion des projets d’infrastructures sportives liés à la CAN 2019 et audit des entreprises publiques, Yaoundé, 2021-2023.
14. ONU-Habitat, Rapport sur l’urbanisation et le logement au Cameroun, Nairobi, 2023.
15. Ministère de la Défense du Cameroun, Rapport annuel sur les opérations de maintien de l’ordre et la lutte contre le terrorisme, Yaoundé, 2024.
16. Cameroon Tribune, Articles sur les défis de la transformation locale et les projets industriels, Yaoundé, 2023-2024.
17. Mutations, « Le chômage des jeunes au Cameroun : une bombe à retardement », Douala, édition spéciale, mai 2024.
18. Le Messager, « Crise anglophone : les civils entre deux feux », Yaoundé, édition spéciale, décembre 2023.
19. Agence Ecofin, « Les échecs des zones industrielles au Cameroun : cas de Kribi et Ouassa-Babouté », Douala, 2023.
20. Confédération Africaine de Football (CAF), Rapports d’inspection des infrastructures sportives au Cameroun, 2018-2021.
Paul Atanga Nji, le ministre camerounais de l’Administration territoriale.
Résumé
Dans un contexte gouvernemental marqué par des déclarations parfois jugées déconnectées des réalités institutionnelles, Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration Territoriale du Cameroun, se distingue par une gestion rigoureuse et rationnelle de ses fonctions. Cet article examine les attributions du ministère de l’Administration Territoriale et les compare aux actions et déclarations d’Atanga Nji. À travers une analyse critique, il établit un contraste avec d’autres membres du gouvernement, notamment Luc Magloire Mbarga Atangana (ministre du Commerce), et Emmanuel Nganou Djoumessi (ministre des Travaux Publics). En s’alignant strictement sur les missions régaliennes de son ministère, Atanga Nji apparaît comme une figure pragmatique et méthodique, contrairement à des déclarations controversées ou irréalistes de ses homologues. Cet article démontre que Paul Atanga Nji, par sa rationalité et son respect des prérogatives institutionnelles, s’impose comme le ministre le plus rationnel du gouvernement Paul Biya en 2024.
Mots-clés : Paul Atanga Nji, Rationalité gouvernementale, Administration Territoriale, Cameroun, Gouvernement Paul Biya.
Abstract
In a government often criticized for unrealistic and controversial statements, Paul Atanga Nji, Cameroon’s Minister of Territorial Administration, stands out for his rational and methodical management of his duties. This article examines the functions of the Ministry of Territorial Administration and compares them with Atanga Nji’s actions and statements. A critical analysis contrasts his performance with other government officials, such as Luc Magloire Mbarga Atangana (Minister of Commerce) and Emmanuel Nganou Djoumessi (Minister of Public Works). By adhering strictly to the sovereign functions of his ministry, Atanga Nji emerges as a pragmatic and disciplined figure, in stark contrast to the hyperbolic and unrealistic remarks of some of his peers. This article argues that Paul Atanga Nji, through his rationality and respect for institutional mandates, is the most rational minister in Paul Biya’s government in 2024.
Keywords: Paul Atanga Nji, Rational governance, Territorial Administration, Cameroon, Paul Biya’s government.
Introduction
La rationalité républicaine se définit comme la capacité à agir en conformité avec les responsabilités institutionnelles, à prioriser les intérêts collectifs sur les ambitions personnelles, et à maintenir un équilibre entre fermeté et respect des principes démocratiques. Dans le gouvernement Paul Biya, où l’inaction et la médiocrité reflètent une polarisation politique et un éloignement des responsabilités institutionnelles, les déclarations publiques des ministres ont souvent suscité des controverses. Dans cette marrée non productive, seul Paul Atanga Nji incarne cette rationalité républicaine en 2024.
Par exemple, Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce, a affirmé que « ne pas soutenir Paul Biya, c’est défier Dieu qui l’a choisi », une déclaration qui mêle politique et théologie.
De son côté, Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des Travaux Publics, a demandé publiquement : « Aidez-nous à arrêter la pluie.» Ces propos contrastent fortement avec la posture pragmatique et institutionnelle de Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration Territoriale, qui s’est concentré sur les missions régaliennes de son ministère, notamment le maintien de l’ordre, la supervision des élections et la gestion des crises.
Cet article vise à démontrer, de manière scientifique, qu’Atanga Nji est le ministre le plus rationnel du gouvernement Paul Biya en 2024. Pour cela, nous analyserons les missions régaliennes du ministère de l’Administration Territoriale et comparerons ses actions et déclarations à celles de ses collègues.
I. Les Missions Régaliennes du Ministère de l’Administration Territoriale
Le ministère de l’Administration Territoriale (MINAT) a des missions claires et stratégiques :
1. Maintien de l’ordre public : Coordination avec les forces de sécurité pour assurer la stabilité nationale.
2. Supervision des ONG et Associations : Contrôle des organisations pour prévenir les ingérences étrangères et les activités subversives.
3. Organisation des élections : Préparation logistique et sécurisation des processus électoraux en collaboration avec ELECAM.
4. Gestion des crises : Coordination des réponses aux catastrophes naturelles et aux conflits internes.
Paul Atanga Nji a démontré son engagement à remplir ces fonctions de manière cohérente et pragmatique, en utilisant une rhétorique des proverbes africains.
Chapitre II : Comparaison avec Luc Magloire Mbarga Atangana : Une Déconnexion Institutionnelle
Luc Magloire Atangana Mbarga, Ministre du Commerce camerounais
1. Déclarations Polémiques : Le cas de la théologisation du pouvoir
Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce, a marqué les esprits avec sa déclaration du 6 novembre 2024 :
« Ne pas soutenir Paul Biya, c’est défier Dieu qui l’a choisi. »
Cette déclaration, faite lors des célébrations marquant l’anniversaire de l’accession de Paul Biya au pouvoir, a suscité de vives critiques. Elle illustre une approche où la fidélité au chef de l’État dépasse le cadre de la neutralité institutionnelle attendue d’un ministre.
En tant que ministre du Commerce, Mbarga Atangana est censé se concentrer sur la régulation des marchés, la maîtrise des prix des denrées alimentaires, et la stimulation des échanges économiques. Cependant, sa déclaration semble mêler religion et politique dans un contexte où les Camerounais s’attendent à des solutions économiques face à la montée des prix des produits de première nécessité. Cette théologisation du pouvoir est un décalage notable par rapport aux attentes de ses fonctions.
2. Analyse Critique : Une posture émotionnelle de Magloire Atangana Mbarga contre la rationalité d’Atanga Nji
En comparaison, Paul Atanga Nji se limite à des déclarations strictement liées à ses responsabilités. Par exemple, lors des tensions postélectorales de 2020, il a déclaré :
« La loi et l’ordre sont des principes fondamentaux pour la stabilité. Nous agirons pour protéger nos institutions. »
Cette posture légaliste et dépourvue de rhétorique émotionnelle démontre une rationalité centrée sur l’État de droit. Contrairement à Mbarga Atangana, Atanga Nji ne détourne pas son rôle institutionnel pour exprimer une allégeance personnelle.
3. Impact sur la crédibilité gouvernementale
Les déclarations de Mbarga Atangana, bien qu’applaudies par les partisans du régime, ont contribué à polariser davantage le débat politique. Elles donnent une image d’un gouvernement plus préoccupé par la loyauté personnelle envers le président que par la résolution des défis économiques. À l’inverse, Atanga Nji projette une image de neutralité institutionnelle, essentielle pour préserver la crédibilité d’un État moderne.
Chapitre III : Contraste avec Emmanuel Nganou Djoumessi : Entre Réalisme et Idéalisme
Ngannou Djoumessi, Ministre des Travaux Publiques camerounais
1. Déclarations Irréalistes : La pluie comme obstacle au développement
Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des Travaux Publics, a déclaré devant le SÉNAT:
« Aidez-nous à arrêter la pluie. »
Cette déclaration, faite devant le SÉNAT, a été perçue comme une tentative maladroite de justifier des retards chroniques dans les travaux d’infrastructures. Elle a suscité moqueries et indignation dans l’opinion publique, qui attend des solutions concrètes face à l’état des routes, souvent impraticables.
2. Une Déconnexion avec les Réalités du Ministère
Le rôle du ministère des Travaux Publics est d’assurer la planification, la construction, et l’entretien des infrastructures. Pourtant, sous la direction de Nganou Djoumessi, de nombreux projets ont été retardés, souvent attribués à des problèmes de financement ou de planification.
Par exemple, l’auto-route Douala- Yaoundé reste inachevée après plusieurs années. Plutôt que d’assumer les responsabilités structurelles, le ministre a fait des déclarations qui minimisent la gravité des défis logistiques et financiers.
3. Conséquences pour la Perception Publique
Les déclarations de Nganou Djoumessi renforcent l’image d’un gouvernement inefficace dans la gestion des infrastructures critiques, un domaine central pour le développement économique. À l’opposé, les actions d’Atanga Nji renforcent sa crédibilité en tant que gestionnaire de crises, en phase avec les attentes des citoyens.
Synthèse des Comparaisons
Les actions et déclarations d’Atanga Nji révèlent une cohérence et une rationalité absentes chez plusieurs de ses collègues. Qu’il s’agisse de Magloire Atangana Mbarga dans ses déclarations théologico- émotives ou de Nganou Djoumessi, dont les déclarations irréalistes fantaisistes décrédibilisent son ministère, Atanga Nji se démarque par son pragmatisme et son respect des missions régaliennes.
Conclusion
Dans un gouvernement souvent marqué par des déclarations controversées et des postures éloignées des réalités institutionnelles, Paul Atanga Nji se distingue par sa rationalité et son respect des missions régaliennes de son ministère. En 2024, il s’impose comme le ministre le plus rationnel du gouvernement Paul Biya, en contraste avec des collègues comme Luc Magloire Mbarga Atangana et Emmanuel Nganou Djoumessi.
Il est la figure qui incarne la rationalité républicaine. Sa capacité à respecter et à exceller dans ses responsabilités institutionnelles fait de lui un exemple rare de pragmatisme et de performance dans un système souvent critiqué pour ses faiblesses. Ce faisant, il rappelle l’importance d’une gouvernance centrée sur le respect des institutions et la réponse aux attentes du peuple camerounais.
Bibliographie
1. Paul Atanga Nji, Discours sur l’Unité et l’Ordre Public. Yaoundé : MINAT, 2023.
2. Luc Magloire Mbarga Atangana, « Déclarations publiques sur le soutien au président Biya. » Journal du Cameroun, 2024.
3. Emmanuel Nganou Djoumessi, Rapports sur les Travaux Publics au Cameroun. Douala : Éditions Universitaires, 2023.
4. ELECAM, Rapport sur les Élections de 2020 au Cameroun. Yaoundé, 2021.
5. Tchango, Jacques. Les Défis de la Gouvernance au Cameroun. Douala : Presse Universitaire, 2021.
Cet article explore le concept de souveraineté économique développementaliste industrielle au Cameroun, un modèle visant à réduire la dépendance extérieure et à promouvoir une croissance inclusive. Inspiré par les expériences des États développementalistes d’Asie de l’Est et du communitarisme en Afrique, ce modèle combine une gouvernance participative, une industrialisation stratégique, et une valorisation des ressources locales. En s’appuyant sur des communes comme unités de développement, sur une souveraineté industrielle transformant les matières premières localement, et sur une stratégie régionale cohérente, le Cameroun peut diversifier son économie et se positionner comme un pôle industriel en Afrique centrale. L’article met également en lumière les défis et opportunités liés à l’intégration régionale, la réforme monétaire, et le rôle central du capital humain et de l’innovation dans cette transition.
Mots-clés: Souveraineté économique, Cameroun, industrialisation, développement communautaire, intégration régionale, transformation des ressources, capital humain, innovation, développement durable.
Abstract
This article examines the developmental and industrial economic sovereignty of Cameroon, a model designed to minimize external dependence and foster inclusive growth. Drawing inspiration from the developmental states of East Asia, the model integrates participatory governance, strategic industrialization, and the local valorization of resources. By leveraging communes as development units, advancing industrial sovereignty through local transformation of raw materials, and pursuing a coherent regional strategy, Cameroon can diversify its economy and establish itself as an industrial hub in Central Africa. The article highlights the challenges and opportunities of regional integration, monetary reform, and the pivotal role of human capital and innovation in achieving this ambitious vision.
Keywords: Economic sovereignty, Cameroon, industrialization, community development, regional integration, resource transformation, human capital, innovation, sustainable development.
Introduction
Face aux défis imposés par la mondialisation, la dépendance chronique aux exportations de matières premières, et des crises structurelles internes, le Cameroun se trouve à un carrefour décisif. Le pays explore une stratégie ambitieuse : la souveraineté économique développementaliste communautaire (SEDC). Ce modèle propose une combinaison innovante de gouvernance participative, d’industrialisation stratégique, et de valorisation des ressources locales pour bâtir une économie résiliente, inclusive et compétitive.
La souveraineté industrielle, pierre angulaire de cette vision, vise à réduire la dépendance extérieure tout en stimulant une transformation locale des matières premières. Ce processus est soutenu par des réformes structurelles, une modernisation des infrastructures et un investissement accru dans le capital humain. Cet article examine les composantes essentielles de cette vision, tout en abordant les défis et opportunités liés à l’intégration régionale, à la réforme monétaire, et au rôle crucial de l’innovation dans ce projet.
1. La Souveraineté Économique Développementaliste Communautaire : Une Approche Contextualisée
1.1 Gouvernance participative et décentralisation
Inspirée par les succès des États développementalistes d’Asie de l’Est, la SEDC repose sur une approche intégrée où la gouvernance décentralisée joue un rôle central. Le Cameroun, avec ses 360 communes, a une opportunité unique de mobiliser ses structures locales pour impulser un développement inclusif. Comme l’affirme Rondinelli (1981), la décentralisation permet une meilleure appropriation des politiques publiques par les citoyens, favorise une répartition équitable des ressources, et réduit les disparités territoriales.
Chaque commune devient ainsi un moteur de développement économique, capable de concevoir et d’exécuter des projets adaptés aux besoins locaux, renforçant ainsi la cohésion sociale et économique.
1.2 Nationalisme économique et valorisation des ressources
Le Cameroun adopte une stratégie de nationalisme économique visant à promouvoir la production locale et à protéger ses industries émergentes. Rodrik (2004) souligne que les politiques protectionnistes intelligentes, combinées à des incitations fiscales, peuvent catalyser le développement industriel tout en stimulant les investissements nationaux dans des secteurs stratégiques comme l’agro-industrie et l’énergie. Ce nationalisme économique, loin d’être isolationniste, vise à renforcer la résilience face aux chocs externes tout en favorisant une croissance endogène.
2. La Souveraineté Industrielle : Le Socle de l’Autonomie Économique
2.1 Transformation locale des ressources
Le Cameroun dispose d’abondantes ressources naturelles, notamment le cacao, le bois, et le pétrole. Cependant, leur transformation locale reste limitée. Sachs et Warner (2001) montrent que la dépendance aux exportations de matières premières non transformées expose les économies au “syndrome hollandais”. La souveraineté industrielle au Cameroun implique de transformer ces ressources sur place pour produire des biens à forte valeur ajoutée, capturant ainsi une plus grande part des chaînes de valeur mondiales.
Par exemple, développer des industries locales pour transformer le cacao en chocolat ou le bois en produits finis pourrait stimuler l’emploi, augmenter les revenus fiscaux, et réduire la vulnérabilité économique.
2.2 Diversification économique et modernisation des infrastructures
La diversification économique est essentielle pour atténuer la dépendance aux matières premières. Hirschman (1958) suggère que les investissements dans des secteurs comme les énergies renouvelables, le textile, ou la chimie peuvent renforcer la résilience économique. Ces initiatives doivent être soutenues par une modernisation des infrastructures, notamment les routes, les ports, et l’accès à une énergie fiable.
2.3 Rôle stratégique de l’État
L’État camerounais doit jouer un rôle catalyseur en planifiant et en dirigeant les investissements stratégiques. Les expériences des pays d’Asie de l’Est, comme la Corée du Sud, montrent que des politiques industrielles proactives, combinées à des partenariats public-privé, peuvent accélérer l’industrialisation (Rodrik, 2004).
3. Défis et Opportunités dans un Contexte d’Intégration Régionale
3.1 Intégration régionale
Avec la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF), le Cameroun a une opportunité unique de se positionner comme un pôle industriel pour l’Afrique centrale. Cependant, comme le souligne Baldwin (2011), l’intégration régionale doit être progressive pour permettre aux industries locales de devenir compétitives avant de s’ouvrir pleinement aux marchés étrangers.
3.2 Réforme monétaire et autonomie financière
L’utilisation du Franc CFA limite la souveraineté monétaire du Cameroun. Stiglitz (2010) argue que l’indépendance monétaire est cruciale pour ajuster les instruments financiers aux besoins de l’industrialisation. Une réforme du Franc CFA pourrait offrir une flexibilité accrue pour soutenir les ambitions industrielles du pays.
4. Capital Humain et Innovation : Les Facteurs Déterminants
4.1 Formation technique et éducation
Le Cameroun doit investir massivement dans la formation technique et professionnelle pour répondre aux besoins des industries émergentes. Lundvall et Johnson (1994) mettent en avant l’importance d’un système éducatif orienté vers l’apprentissage et l’innovation. Des centres de formation spécialisés et des universités axées sur la recherche appliquée sont indispensables.
4.2 Recherche et développement
Encourager l’innovation est essentiel pour réduire la dépendance technologique. Des partenariats entre le secteur privé et les universités peuvent catalyser l’émergence de solutions adaptées au contexte local, renforçant ainsi la compétitivité industrielle.
5. Une Vision Sociale et Inclusive
La SEDC ne se limite pas à des objectifs économiques ; elle inclut une dimension sociale visant à améliorer le bien-être des populations. Cela comprend :
• Une meilleure redistribution des richesses pour réduire les inégalités.
• La lutte contre les discriminations, notamment en matière de genre et d’accès aux services de base.
• La promotion d’un dialogue social inclusif pour garantir que les politiques publiques répondent aux besoins réels des citoyens (Alesina & Perotti, 1996).
Conclusion : Une Feuille de Route pour l’Avenir
Le Cameroun dispose des atouts nécessaires pour devenir un modèle de transformation économique en Afrique. En valorisant ses ressources localement, en diversifiant son économie, et en investissant dans son capital humain, le pays peut bâtir une économie résiliente et inclusive. Cependant, la réussite de cette vision repose sur une gouvernance efficace, une volonté politique forte, et une mobilisation collective des ressources.
Avec une approche cohérente et adaptée à ses réalités, le Cameroun peut non seulement réduire sa dépendance extérieure, mais également se positionner comme un acteur majeur dans l’économie régionale et mondiale.
Références Bibliographiques
1. Alesina, A., & Perotti, R. (1996). Income distribution, political instability, and investment. European Economic Review, 40(6), 1203-1228.
2. Baldwin, R. (2011). Trade and industrialization after globalization’s second unbundling: How building and joining a supply chain are different and why it matters. NBER Working Paper.
3. Hirschman, A. O. (1958). The Strategy of Economic Development. Yale University Press.
4. Lundvall, B.-Å., & Johnson, B. (1994). The learning economy. Journal of Industry Studies, 1(2), 23-42.
5. Rodrik, D. (2004). Industrial Policy for the Twenty-First Century. UNIDO.
6. Sachs, J. D., & Warner, A. M. (2001). The curse of natural resources. European Economic Review, 45(4-6), 827-838.
7. Stiglitz, J. E. (2010). Freefall: America, Free Markets, and the Sinking of the World Economy. W. W. Norton & Company.
8. Rondinelli, D. A. (1981). Government decentralization in comparative perspective: theory and practice in developing countries. International Review of Administrative Sciences, 47(2), 133-145.
Président Paul Biya, Mme Irene Biya et Président Paul Biya
Résumé
Cet article examine le rôle central de l’éducation missionnaire, promue par l’Église, dans la formation des élites africaines et son impact sur le développement en Afrique francophone, notamment au Cameroun. Il démontre comment ce système éducatif, tout en fournissant les outils nécessaires à l’émergence d’une classe dirigeante, a aliéné culturellement ces élites et perpétué des modèles néocoloniaux inadaptés. En analysant le parcours de Paul Biya et de ses gouvernements successifs, nous montrons que cette éducation a produit des dirigeants incapables d’initier des réformes structurelles, consolidant ainsi la dépendance et le sous-développement. Nous mobilisons des références académiques pour une démonstration rigoureuse et documentée.
Mots clés : Éducation missionnaire, Église, Afrique francophone, sous-développement, Cameroun, Paul Biya, néocolonialisme, élites africaines
Abstract
This article investigates the pivotal role of missionary education, promoted by the Church, in shaping African elites and its impact on the development of Francophone Africa, with a specific focus on Cameroon. It demonstrates how this educational system, while equipping elites with essential administrative skills, culturally alienated them and perpetuated unsuitable neo-colonial models. By analyzing the trajectory of Paul Biya and his successive governments, we reveal how this education system fostered leaders unable to implement structural reforms, thereby entrenching dependency and underdevelopment. Academic references are used to support a rigorous and well-documented analysis.
L’éducation est un levier fondamental pour le développement d’une société. En Afrique francophone, les écoles missionnaires ont dominé la scène éducative pendant la période coloniale et après les indépendances, formant une grande partie des élites politiques et administratives. Cependant, malgré l’accès à l’éducation, ces pays restent embourbés dans des problématiques structurelles de sous-développement. L’éducation missionnaire, bien que contribuant à la scolarisation, a-t-elle également limité la capacité des élites africaines à développer des solutions adaptées à leurs contextes locaux ?
Cet article analyse cette question en trois parties. La première explore l’histoire et les objectifs de l’éducation missionnaire. La seconde s’intéresse au Cameroun, en particulier à Paul Biya et certains de ses gouvernements. Enfin, la troisième partie propose une critique de l’héritage missionnaire et des pistes pour en sortir.
Pape Benedict, President Paul BIYA et Mme Chantal BIYA
1. L’éducation missionnaire : outil de domination et d’aliénation
1.1. Les objectifs de l’éducation missionnaire
L’éducation missionnaire a été introduite en Afrique comme un outil stratégique pour soutenir la colonisation. L’objectif principal des missions chrétiennes était la conversion religieuse. Selon Fanon (1952), les missionnaires percevaient les pratiques culturelles africaines comme inférieures et cherchaient à imposer des normes chrétiennes européennes. Ce processus de christianisation allait de pair avec une aliénation culturelle, car les Africains étaient encouragés à rejeter leurs croyances et traditions. À travers l’éducation, les missionnaires formaient une élite locale qui servait d’intermédiaire entre la population et l’administration coloniale. White (1996) soutient que cette élite devait être suffisamment instruite pour remplir des rôles administratifs, mais pas assez autonome pour contester l’ordre colonial. Par ailleurs, les missionnaires insistaient sur la soumission aux autorités, tant religieuses que politiques, consolidant ainsi une culture de dépendance. Les écoles missionnaires devinrent ainsi des instruments de contrôle idéologique, non seulement en christianisant les populations, mais aussi en instaurant une vision du monde hiérarchisée où l’Europe représentait le modèle à suivre. Ce processus a créé un fossé entre les élites éduquées et le reste de la population, renforçant les inégalités sociales et la domination coloniale.
1.2. Les limites du modèle éducatif missionnaire
Le système éducatif missionnaire, bien qu’il ait offert un accès à l’instruction, présentait des limitations majeures qui ont freiné le développement des sociétés africaines. Tout d’abord, le contenu des enseignements était essentiellement eurocentré. Les matières comme l’histoire et la géographie étaient enseignées du point de vue européen, marginalisant les savoirs locaux et les contributions africaines à l’histoire mondiale (Mudimbe, 1988). De plus, les disciplines techniques et scientifiques étaient sous-représentées, limitant les opportunités de développement industriel et technologique. L’approche pédagogique, centrée sur la mémorisation et la récitation, décourageait l’esprit critique et l’innovation. Paulo Freire (1970) critique ce modèle qu’il qualifie de « pédagogie bancaire », où les apprenants sont de simples récipients passifs d’un savoir imposé. Enfin, les écoles missionnaires privilégiaient une éducation élitiste, accessible à un nombre limité d’élèves, souvent issus de familles favorisées. Cela a accentué les inégalités, en créant une classe dirigeante déconnectée des réalités des masses populaires. Ces limites ont façonné des élites peu préparées à gérer les défis post-indépendance, contribuant à l’instabilité socio-économique persistante.
2. Paul Biya et ses gouvernements successifs : un produit et une reproduction de l’éducation missionnaire
2.1. Paul Biya : un dirigeant modelé par l’éducation missionnaire
Paul Biya, né en 1933 dans le village de Mvomeka’a, a grandi dans un contexte marqué par l’influence des missions catholiques dans le sud du Cameroun. Il a reçu son éducation primaire et secondaire dans des écoles dirigées par des missionnaires catholiques, notamment les plus prestigieux. Cette formation a profondément marqué sa vision du monde et son approche de la gouvernance. Les valeurs inculquées – respect de l’autorité, loyauté envers les hiérarchies, et rigueur morale – se retrouvent dans son style de leadership.
Cependant, cette éducation a aussi ses limites. L’approche missionnaire, centrée sur l’obéissance et l’assimilation culturelle, a produit des dirigeants comme Biya, qui privilégient la stabilité au détriment de l’innovation. En analysant ses 42 ans de règne, on constate une tendance marquée à reproduire des schémas administratifs hérités de la période coloniale. Son modèle économique, basé sur l’exportation de matières premières (cacao, pétrole, bois), reste ancré dans une logique néocoloniale. Ce conservatisme économique illustre un manque de vision pour une transformation structurelle du pays.
Par ailleurs, son mode de gouvernance autoritaire reflète une centralisation excessive du pouvoir, semblable à la hiérarchie rigide des structures ecclésiastiques. Biya s’appuie sur un réseau d’élites loyalistes, souvent issues des mêmes écoles missionnaires, pour maintenir son contrôle. En consolidant un régime caractérisé par l’immobilisme, il incarne le produit parfait de l’éducation missionnaire, où la soumission à l’ordre prime sur la capacité à innover ou à remettre en question le statu quo.
2.2. Les gouvernements successifs de Paul Biya : une continuité de l’héritage missionnaire
Depuis son accession au pouvoir en 1982, Paul Biya a formé plus de 30 gouvernements successifs. Ces gouvernements, bien que renouvelés périodiquement sauf ces dernières années, partagent des caractéristiques communes qui trahissent l’influence de l’éducation missionnaire sur leurs membres et leurs politiques.
2.2.1. Les profils des élites gouvernementales : une éducation missionnaire dominante
La majorité des membres des gouvernements Biya ont été formés dans des écoles missionnaires, qu’elles soient catholiques ou protestantes. Ces institutions, comme le collège Vogt à Yaoundé, le collège Libermann à Douala, ou les écoles protestantes de Bali, ont produit des cadres hautement qualifiés mais profondément ancrés dans des modèles éducatifs eurocentriques. Parmi ces figures clés :
• Peter Mafany Musonge : Ancien Premier ministre, éduqué dans des institutions protestantes anglophones, il a adopté une gestion bureaucratique marquée par la continuité plutôt que par le changement.
• Amadou Ali : Ancien ministre de la Justice, issu des écoles protestantes du Nord, son approche rigide des réformes judiciaires reflète une formation axée sur l’obéissance et la loyauté.
• Luc Sindjoun : Conseiller spécial de Paul Biya, sa vision intellectuelle reste influencée par une éducation missionnaire valorisant les modèles occidentaux de pensée.
Ces élites, bien qu’éduquées, illustrent une incapacité chronique à développer des politiques publiques adaptées aux réalités locales. Leur gestion se concentre souvent sur la préservation de l’ordre établi, reproduisant les logiques administratives coloniales sans innovation notable.
2.2.2. Un immobilisme économique et social : l’impact de la formation des élites
Les gouvernements successifs de Biya ont largement échoué à diversifier l’économie camerounaise ou à réduire la pauvreté. Cette stagnation peut être liée à la vision eurocentrée des élites formées dans des écoles missionnaires, qui valorisaient les théories économiques classiques occidentales mais ignoraient les dynamiques locales. Par exemple :
• Les plans d’ajustement structurel des années 1980 et 1990, imposés par le FMI, ont été acceptés sans contestation par des ministres des Finances comme Polycarpe Abah Abah, lui-même issu d’une formation missionnaire. Ces politiques, axées sur la réduction des dépenses publiques et la privatisation, ont aggravé la pauvreté sans résoudre les problèmes structurels du pays.
• La dépendance aux exportations de matières premières reste un problème central. Malgré la richesse en ressources naturelles, les gouvernements Biya n’ont pas investi dans l’industrialisation ou dans des projets de transformation locale. Cette orientation économique, héritée de la colonisation, reflète une incapacité à penser en dehors des cadres imposés par l’éducation missionnaire.
2.2.3. Une éthique dévoyée : entre morale chrétienne et corruption systémique
Bien que l’éducation missionnaire ait inculqué des valeurs chrétiennes, comme l’intégrité et la morale, ces principes ne se reflètent pas dans la pratique gouvernementale. Transparency International (2023) classe régulièrement le Cameroun parmi les pays les plus corrompus au monde. Ce paradoxe – entre une morale chrétienne ostensiblement affichée et des pratiques administratives opaques – met en lumière l’échec de l’éducation missionnaire à inculquer une éthique publique cohérente.
2.3. Une gouvernance immobiliste : un produit de la culture missionnaire
Les gouvernements successifs de Paul Biya se distinguent par leur incapacité à initier des réformes structurelles profondes. Cette tendance à l’immobilisme est un reflet direct des valeurs inculquées par l’éducation missionnaire :
– Centralisation excessive du pouvoir : Les institutions sont conçues pour concentrer le pouvoir entre les mains de l’élite dirigeante, reflétant la hiérarchie stricte des structures ecclésiastiques. Cette centralisation limite l’innovation et la prise de décision au niveau local.
– Absence de vision pour le développement rural : Alors que la majorité des Camerounais vivent en milieu rural, les politiques gouvernementales sont souvent conçues en fonction des modèles urbains occidentaux. Cette déconnexion résulte d’une éducation qui valorisait les normes européennes tout en négligeant les réalités africaines.
–Prédominance des intérêts personnels : Les gouvernements Biya sont caractérisés par un clientélisme et un favoritisme exacerbés. Cette culture politique, où les élites privilégient leurs intérêts personnels, reflète une formation éducative qui a favorisé la loyauté envers les autorités plutôt que la responsabilité envers les citoyens.
En étudiant en détail les gouvernements successifs de Paul Biya, on observe une continuité des limites héritées de l’éducation missionnaire : une dépendance aux modèles coloniaux, une incapacité à innover, et une culture de gouvernance marquée par l’immobilisme et la corruption. Ces caractéristiques, profondément enracinées, expliquent en grande partie l’échec du Cameroun à amorcer une transformation économique et sociale durable.
Président Paul Biya, Pape François et Mme Chantale Biya
3. Critique de l’héritage missionnaire et perspectives
3.1. Les conséquences structurelles
L’héritage de l’éducation missionnaire en Afrique francophone, et particulièrement au Cameroun, a laissé des traces profondes. L’aliénation culturelle est l’une des conséquences les plus marquantes. Mudimbe (1988) souligne que l’éducation missionnaire a implanté une perception selon laquelle les cultures et savoirs africains étaient inférieurs. Cela a conduit à une marginalisation des langues locales, des traditions et des pratiques endogènes dans les politiques publiques. En outre, le déficit d’esprit critique, issu d’un système éducatif dogmatique, limite la capacité des élites à développer des solutions innovantes face aux défis contemporains. Les gouvernements camerounais, influencés par cet héritage, continuent de privilégier des modèles économiques néocoloniaux axés sur l’extraction des ressources naturelles, perpétuant la dépendance aux anciens colonisateurs. Enfin, la stratification sociale produite par l’éducation missionnaire a consolidé une classe dirigeante éloignée des réalités des populations rurales. Ces conséquences structurelles expliquent en partie pourquoi des pays comme le Cameroun n’ont pas réussi à diversifier leur économie ou à améliorer significativement les conditions de vie de leurs citoyens, malgré des décennies d’indépendance.
3.2. Sortir de l’héritage missionnaire
Pour surmonter l’héritage de l’éducation missionnaire, une réforme profonde du système éducatif est nécessaire. Cela commence par une réhabilitation des savoirs locaux, incluant l’intégration des langues et des pratiques culturelles africaines dans les curricula. Une éducation inclusive, valorisant la diversité et les compétences pratiques, pourrait aider à réduire les inégalités sociales. De plus, il est crucial de promouvoir une pédagogie critique, inspirée des travaux de Freire (1970), qui encourage les apprenants à questionner les structures existantes et à proposer des solutions alternatives. Enfin, une gouvernance éthique, basée sur une responsabilité publique plutôt que sur des dogmes religieux, doit être encouragée. Cela implique une rupture avec les pratiques néocoloniales et une réorientation des politiques publiques vers des objectifs de développement durable. Ces réformes permettraient non seulement de corriger les erreurs du passé, mais aussi de préparer une nouvelle génération de leaders capables de transformer leurs sociétés en profondeur.
Bibliographie
• Bayart, J.-F. (1989). L’État en Afrique : La politique du ventre. Fayard.
• Fanon, F. (1952). Peau noire, masques blancs. Éditions du Seuil.
• Freire, P. (1970). Pedagogy of the Oppressed. Bloomsbury Publishing.
• Kuenzi, M. (2006). “Education and Democracy in Africa.” African Studies Review, 49(1), 31-57.
• Mudimbe, V. Y. (1988). The Invention of Africa: Gnosis, Philosophy, and the Order of Knowledge. Indiana University Press.
Cet article défend la revendication du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) pour l’instauration d’un 13ème mois de salaire pour les fonctionnaires camerounais. En analysant des données économiques et sociales, l’article démontre que cette mesure pourrait réduire les inégalités salariales, stimuler l’économie locale, améliorer la productivité des employés publics et renforcer la cohésion nationale. Située dans le cadre de la vision du MLDC d’un État développementaliste communautaire ( EDC), cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large pour une gouvernance inclusive et durable.
This article supports the Movement for the Liberation and Development of Cameroon (MLDC)’s demand for the implementation of a 13th-month salary for Cameroonian civil servants. Through an analysis of economic and social data, the article shows how this measure could reduce wage disparities, stimulate the local economy, improve public employee productivity, and strengthen national cohesion. Framed within the MLDC’s vision of a developmental and community-focused state, this reform is part of a broader strategy for inclusive and sustainable governance.
Le Cameroun, comme de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, est confronté à des défis majeurs liés aux disparités salariales et aux faibles rémunérations des fonctionnaires. Le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose une réforme audacieuse : l’instauration d’un 13ème mois de salaire. Cette mesure, loin d’être uniquement symbolique, est un levier stratégique pour améliorer les conditions de vie des travailleurs, stimuler l’économie locale et promouvoir une gouvernance équitable et inclusive. Cet article analyse les arguments avancés par le MLDC, appuyés par des données économiques et des exemples académiques.
1. Réduction des inégalités salariales : un impératif pour la justice sociale
Les inégalités salariales au Cameroun sont parmi les plus élevées de la région. Selon une étude de la Banque mondiale (2023), le salaire moyen des fonctionnaires camerounais est de 250 USD (150 000 FCFA) par mois, contre 450 USD (290 000 FCFA) au Ghana, 349 USD (220 000 FCFA) en Cote d’Ivoire et 1 200 USD (760 000 FCFA) en Afrique du Sud, où un 13ème mois est versé.
• Comparaison internationale :
• Afrique du Sud : Le 13ème mois est un acquis social qui contribue à maintenir une rémunération compétitive et à réduire les écarts entre les différentes catégories de fonctionnaires.
• Ghana : Depuis l’introduction d’un “bonus de Noël” équivalent au 13ème mois, les écarts de rémunération entre les travailleurs publics et privés ont diminué de 15 %.
Au Cameroun, où le coût de la vie a augmenté de plus de 30 % entre 2015 et 2023, les fonctionnaires peinent à couvrir leurs besoins de base, aggravant les inégalités sociales.
Impact attendu :
L’instauration d’un 13ème mois pour tous les fonctionnaires offrirait un soutien financier crucial, réduisant les disparités salariales internes et améliorant la qualité de vie des employés publics.
2. Stimulation du pouvoir d’achat et dynamisation de l’économie locale
Le 13ème mois injecte directement des liquidités dans l’économie, augmentant le pouvoir d’achat des ménages et stimulant la consommation. Selon une étude menée par l’Union africaine (2022), l’introduction de primes de fin d’année dans les pays africains a conduit à une augmentation de 18 % des dépenses des ménages en décembre.
• Effets multiplicateurs :
• Secteur informel : Les commerçants, artisans et petites entreprises bénéficient directement de l’augmentation des dépenses des ménages.
• Croissance économique : En Afrique du Sud, le paiement du 13ème mois contribue à 1,2 % du PIB annuel grâce à la hausse des transactions économiques.
Étude de cas : Cameroun
Le secteur informel représente plus de 80 % de l’économie camerounaise. Une augmentation du pouvoir d’achat des fonctionnaires, qui forment une part importante des consommateurs, aurait un effet multiplicateur sur les revenus des acteurs économiques locaux.
Impact attendu :
Le 13ème mois pourrait être un levier pour dynamiser l’économie nationale, augmentant les recettes fiscales grâce à la TVA et stimulant la création d’emplois dans les secteurs informel et formel.
3. Motivation et productivité des fonctionnaires
La motivation des fonctionnaires est directement liée à leur rémunération. Selon une enquête menée en 2021, 62 % des fonctionnaires camerounais estiment que leur salaire est insuffisant pour subvenir à leurs besoins, ce qui affecte leur engagement et leur performance.
• Exemple international :
• Sénégal : Depuis l’introduction d’un 13ème mois pour les fonctionnaires des catégories supérieures, les indicateurs de productivité dans la fonction publique ont augmenté de 12 %.
• Ghana : Le “bonus de Noël” a contribué à une réduction de l’absentéisme et à une amélioration des services publics.
Impact attendu :
En reconnaissant les efforts des fonctionnaires avec un 13ème mois, l’État camerounais renforcerait leur engagement, réduisant ainsi la corruption et améliorant la qualité des services publics.
4. Stabilité sociale et renforcement de la cohésion nationale
Dans un pays marqué par des tensions sociales, l’instauration d’un 13ème mois pourrait apaiser les frustrations des fonctionnaires et réduire les risques de grèves.
• Exemple international :
• En Afrique du Sud, le 13ème mois est perçu comme un outil de pacification sociale, renforçant la confiance entre l’État et ses employés publics.
Impact attendu :
Le MLDC considère cette réforme comme une solution stratégique pour renforcer la cohésion sociale et promouvoir une gouvernance inclusive, essentielle à la stabilité politique.
Vers un État Développementaliste Communautaire : Le Rôle du 13ème Mois
Le MLDC inscrit cette réforme dans sa vision d’un État développementaliste communautaire, où les ressources humaines sont valorisées et où les politiques publiques sont orientées vers l’équité sociale et le développement économique.
1. Redistribution équitable et justice sociale
Le 13ème mois s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire les écarts sociaux et à redistribuer les richesses de manière équitable.
2. Financement durable
Le MLDC propose de financer cette mesure par :
• Une meilleure collecte des impôts.
• La réduction des dépenses administratives superflues.
• La création d’un Fonds de Développement Communautaire.
3. Implication citoyenne
Le MLDC propose de mobiliser les communautés locales et les fonctionnaires pour superviser les projets de développement, renforçant ainsi la transparence et l’engagement citoyen.
Conclusion
L’instauration d’un 13ème mois de salaire pour les fonctionnaires camerounais est bien plus qu’une réforme économique : c’est une étape fondamentale vers la justice sociale, la stabilité politique et le développement économique. Pour le MLDC, cette mesure incarne les valeurs d’un État développementaliste communautaire, où les politiques publiques sont centrées sur les citoyens et orientées vers un avenir inclusif et prospère.
Références
1. Banque Mondiale. (2023). “Rapport sur les disparités salariales en Afrique subsaharienne.”
2. Union africaine. (2022). “Politiques économiques et bien-être des fonctionnaires.”
3. OCDE. (2023). “Le rôle des primes salariales dans la croissance économique.”
4. Gouvernement du Ghana. (2021). “Impact économique du bonus de Noël sur les ménages.”
5. Étude MLDC. (2024). “Repenser la gouvernance salariale pour un Cameroun équitable.”
6. Yab,J., et Nkong-Njock, V., ( 2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire; le Cameroun
PR JIMMY YAB et LE PATRIARCHE FOTSO VICTOR, CAPITAINE D’INDUSTRIE
Résumé
Cet article explore comment les modèles économiques communautaires des Bamilekés du Cameroun et des Igbo du Nigeria peuvent inspirer la construction d’États développementalistes en Afrique. Ces deux communautés, reconnues pour leur dynamisme entrepreneurial et leurs réseaux de solidarité, incarnent des approches complémentaires du développement économique local. À travers une analyse approfondie de leurs pratiques culturelles, économiques et sociales, nous mettons en lumière des similitudes et des différences clés, tout en proposant des recommandations pour intégrer ces modèles traditionnels dans des politiques nationales modernes et inclusives.
This article examines how the community-driven economic models of the Bamileké of Cameroon and the Igbo of Nigeria can inspire the construction of developmental states in Africa. Both communities are renowned for their entrepreneurial dynamism and robust solidarity networks, representing complementary approaches to local economic development. Through a detailed analysis of their cultural, economic, and social practices, the article highlights key similarities and differences and offers recommendations for integrating these traditional models into modern, inclusive national policies.
Keywords: Bamileké, Igbo, community economy, developmentalism, Africa, entrepreneurship, ethnic solidarity
Introduction
Le développement économique inclusif est un défi majeur pour de nombreux pays africains. Dans ce contexte, les communautés ethniques jouent un rôle essentiel grâce à leurs mécanismes internes d’entraide et d’organisation économique. Les Bamilekés du Cameroun et les Igbo du Nigeria figurent parmi les exemples les plus emblématiques de communautés ayant développé des systèmes économiques dynamiques tout en préservant leur identité culturelle.
Cet article propose d’étudier ces deux modèles pour montrer comment leurs pratiques traditionnelles peuvent être adaptées aux politiques nationales modernes afin de promouvoir un développement économique équitable et durable.
Analyse des Modèles Bamileké et Igbo
1. Organisation Sociale et Institutionnelle
Les Bamilekés et les Igbo partagent une organisation sociale centrée sur des structures communautaires solides. Les chefs traditionnels Bamilekés jouent un rôle pivot dans la gestion des ressources et la coordination des activités économiques locales (Den Ouden, 1981). De leur côté, les Igbo favorisent une approche décentralisée où l’initiative individuelle et les réseaux familiaux sont essentiels.
Cette différence reflète deux styles complémentaires de gouvernance communautaire : un modèle hiérarchique chez les Bamilekés et un modèle plus horizontal chez les Igbo, mais tous deux soutenus par des valeurs de solidarité et de responsabilité collective.
2. Systèmes de Solidarité : Tontines et “Igba-boi”
Chez les Bamilekés, les tontines constituent un pilier économique majeur. Ces associations d’épargne et de crédit mutuel permettent aux membres de financer leurs projets sans dépendre des institutions financières traditionnelles (Eckert, 1999). Ce système favorise une répartition équitable des ressources au sein de la communauté et réduit les inégalités.
Les Igbo, quant à eux, se distinguent par le système “Igba-boi”. Ce modèle de mentorat entrepreneurial repose sur l’apprentissage, où un jeune travaille pour un entrepreneur expérimenté pendant plusieurs années avant de recevoir un soutien financier pour démarrer sa propre activité. Ce mécanisme renforce l’esprit entrepreneurial et garantit une transmission intergénérationnelle des compétences (Ekeh, 1975).
3. Dynamisme Entrepreneurial et Diversification
Les deux communautés se caractérisent par leur forte capacité à entreprendre et à diversifier leurs activités économiques.
• Les Bamilekés excellent dans le commerce, l’artisanat et l’agriculture, tout en exploitant des opportunités économiques dans des régions urbaines éloignées de leur zone d’origine (Mindzeng, 2018).
• Les Igbo, pour leur part, se concentrent sur le commerce international, l’import-export et les industries modernes, s’imposant comme des acteurs clés dans des secteurs comme l’automobile ou l’électronique.
Leur succès repose sur une capacité commune à s’adapter rapidement aux contextes économiques changeants, tout en capitalisant sur des réseaux communautaires solides.
Comparaison des Modèles Bamileké et Igbo
Aspect Bamileké Igbo
Organisation sociale Modèle hiérarchique structuré Décentralisation et initiative individuelle
Mécanisme de solidarité Tontines Igba-boi (mentorat entrepreneurial)
Diaspora Investissements locaux Réseaux globaux et commerce international
Impact culturel Fort ancrage dans les traditions Intégration de pratiques modernes
Perspectives pour un État DéveloppementalisteCommunautaire
1. Intégration des Systèmes de Solidarité
Les modèles Bamileké et Igbo montrent que des mécanismes comme les tontines et le mentorat peuvent être institutionnalisés à l’échelle nationale. La création de structures de microfinance inspirées des tontines ou de programmes de mentorat entrepreneurial pourrait stimuler le développement économique des jeunes entrepreneurs.
2. Mobilisation de la Diaspora
Les diasporas Bamileké et Igbo jouent un rôle clé dans le financement de projets communautaires. Les gouvernements pourraient mettre en place des incitations fiscales et des partenariats pour canaliser ces fonds vers des initiatives de développement.
3. Développement Participatif
Un modèle de gouvernance basé sur la participation des communautés locales, inspiré des pratiques Bamilekés et Igbo, pourrait renforcer la légitimité et l’efficacité des politiques publiques. Cela inclut la reconnaissance officielle des chefs traditionnels comme partenaires dans le développement économique.
4. Renforcement de l’Éducation Entrepreneuriale
Le système Igbo d’apprentissage entrepreneurial (Igba-boi) pourrait être intégré dans les systèmes éducatifs pour encourager l’autonomie économique des jeunes Camerounais.
Conclusion
Les Bamilekés et les Igbo démontrent que les traditions économiques africaines peuvent être un puissant levier de développement moderne. Ces communautés offrent des solutions pratiques aux défis économiques et sociaux en Afrique, notamment par leur capacité à combiner tradition et innovation. En adaptant ces modèles à l’échelle nationale, des États comme le Cameroun peuvent bâtir un développement inclusif et durable.
Références
1. Den Ouden, J. H. B. (1981). Changes in land tenure and land use in a Bamileke Chiefdom, Cameroon, 1900-1980.
2. Socpa, A. (2015). Political entrepreneurship in Cameroon. Taylor & Francis.
3. Eckert, A. (1999). African rural entrepreneurs and labor in the Cameroon Littoral.
4. Mindzeng, T. N. (2018). Community-based tourism and development in the Bamileke zone of Cameroon.
5. Ekeh, P. (1975). Social exchange theory and Igbo entrepreneurialism. African Studies Review.
6. Ndjio, B. (2009). Migration, architecture, and the transformation of the landscape in the Bamileke Grassfields of West Cameroon.
Le sommet extraordinaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), tenu le 16 décembre 2024, s’est conclu sur des résolutions ambitieuses en apparence, mais qui restent en deçà des défis économiques et sociaux de la sous-région. Cet article examine ces décisions à la lumière des statistiques et démontre leur inadéquation face aux attentes contemporaines. Nous plaidons pour une refonte radicale via la création d’un État Développementaliste Communautaire (EDC) dans chaque pays de la CEMAC et d’une monnaie sous-régionale souveraine, vecteurs d’intégration économique et de souveraineté financière.
The extraordinary summit of the Economic and Monetary Community of Central Africa (CEMAC), held on December 16, 2024, concluded with resolutions that appear ambitious but fall short of addressing the region’s pressing challenges. This article critically examines these decisions, underlining their inefficiency with statistical evidence. We advocate for a transformational approach through the establishment of a Developmental Community State (DCS) and a sovereign sub-regional currency to foster economic integration and financial independence.
La CEMAC, regroupant six États d’Afrique centrale, s’est réunie en sommet extraordinaire pour répondre à des défis persistants : une croissance économique stagnante, une faible intégration régionale et une dépendance économique externe. Si les résolutions adoptées sont présentées comme des solutions, une analyse critique révèle leur manque de profondeur stratégique. Cet article démontre, à l’aide de preuves statistiques, pourquoi ces résolutions sont dépassées et propose une alternative fondée sur l’instauration d’un État Développementaliste Communautaire (EDC) dans chaque pays de la CMAC et une monnaie souveraine sous-régionale.
Analyse des Résolutions : Des ambitions limitées
1. Consolidation de la stabilité macroéconomique
Le sommet recommande des mesures strictes pour réduire les déficits budgétaires et stabiliser la dette publique. Cependant, ces recommandations restent ancrées dans une orthodoxie économique inefficace.
• Statistiques : Le déficit moyen de la sous-région est de 4,6 % du PIB (Banque Mondiale, 2024), et le taux de croissance régional n’atteint que 2,8 %, bien en dessous des 5 % nécessaires pour réduire significativement la pauvreté.
• Critique : Ces politiques ignorent la nécessité d’investissements publics massifs dans les infrastructures et l’éducation, qui pourraient générer une croissance à long terme.
2. Réformes structurelles dans les secteurs clés
Des réformes structurelles sont proposées dans les secteurs de l’énergie et des transports. Cependant, elles sont souvent dictées par des institutions financières internationales, limitant leur appropriation par les États membres.
• Faits : Le taux d’électrification reste à 26 % dans les zones rurales, et seulement 32 % des projets routiers transfrontaliers annoncés depuis 2010 ont été achevés (Banque Africaine de Développement, 2023).
• Limites : Sans mécanismes de financement régional, ces réformes ne répondent pas aux besoins des populations.
3. Soutien au secteur privé
La CEMAC propose des incitations pour le secteur privé, mais sans cadre clair pour favoriser les PME locales.
• Chiffres : Les PME locales ont reçu moins de 15 % des financements alloués en 2024, tandis que 82 % des investissements directs étrangers (IDE) se concentrent dans l’exploitation des ressources naturelles (UNCTAD, 2023).
• Critique : Ces initiatives profitent principalement aux multinationales étrangères, renforçant les inégalités économiques.
4. Intégration régionale
Le sommet réaffirme l’importance de la libre circulation des biens et des personnes.
• Statistiques : Le commerce intra-CEMAC représente seulement 2,8 % des échanges totaux, contre 15 % pour la CEDEAO.
• Analyse : Les barrières douanières et l’absence d’infrastructures transfrontalières freinent l’intégration effective.
Proposition : Un État Développementaliste Communautaire (EDC)
1. Vision et Objectifs
L’EDC se base sur une gouvernance économique régionale centralisée pour piloter le développement.
• Planification économique : Des investissements stratégiques dans les infrastructures, l’éducation et l’industrialisation.
• Souveraineté des ressources : Une gestion commune des ressources naturelles pour maximiser les bénéfices pour les populations locales.
2. Une monnaie souveraine sous-régionale
La création d’une monnaie indépendante du franc CFA est essentielle pour renforcer la souveraineté financière.
• Impact : Une monnaie régionale pourrait augmenter les échanges intra-CEMAC de 25 % en cinq ans (Université de Yaoundé, 2022).
• Avantages : Réduction de la dépendance aux fluctuations de l’euro et stimulation des échanges régionaux.
3. Cohésion sociale et économique
L’EDC intégrerait des mécanismes pour harmoniser les politiques fiscales, lutter contre la corruption et garantir une meilleure répartition des richesses.
• Exemple : Un fonds commun pour les infrastructures régionales améliorerait l’intégration économique et la mobilité des biens et des personnes.
Conclusion
Le sommet extraordinaire de la CEMAC illustre une incapacité à proposer des solutions innovantes face aux défis de la sous-région. Les résolutions adoptées, bien que pertinentes sur le papier, manquent d’ambition et de profondeur stratégique. La construction d’un État Développementaliste Communautaire, soutenu par une monnaie souveraine sous-régionale, représente une voie alternative crédible pour atteindre une croissance durable et inclusive.
Références bibliographiques
1. Banque Mondiale (2024). “Rapport sur le développement en Afrique : défis et opportunités.”
2. Banque Africaine de Développement (2023). “Perspectives économiques régionales : Afrique centrale.”
3. UNCTAD (2023). “World Investment Report.”
4. Université de Yaoundé (2022). “L’impact d’une monnaie régionale sur le commerce intra-CEMAC.”
Besoin d’ajustements ou d’autres éléments ? N’hésitez pas à demander.
Cet article explore la crise économique actuelle au sein de la CEMAC, exacerbée par sa dépendance au franc CFA, une monnaie contrôlée depuis l’extérieur. Face à des dettes publiques croissantes, des réserves de change insuffisantes et un commerce intrarégional limité, il plaide pour l’urgence d’une monnaie sous-régionale. En s’appuyant sur le modèle de l’État Développementaliste Communautaire (EDC), l’article démontre qu’une autonomie monétaire permettrait de financer des projets communautaires, renforcer les échanges économiques, et établir une gouvernance monétaire indépendante alignée sur les besoins des populations. Sans cette révolution monétaire, les aspirations de la CEMAC au développement intégré resteront des promesses non tenues.
Mots-clés : CEMAC, franc CFA, autonomie monétaire, dette publique, réserves de change, intégration régionale, État Développementaliste Communautaire (EDC).
Abstract
This article examines the current economic crisis in CEMAC, worsened by its dependence on the CFA franc, a currency controlled externally. With rising public debts, insufficient foreign reserves, and limited intra-regional trade, it calls for the urgent creation of a sub-regional currency. Drawing on the Community Developmentalist State (CDS) model, the article argues that monetary autonomy would enable the financing of community projects, boost economic exchanges, and establish independent monetary governance aligned with local needs. Without this monetary revolution, CEMAC’s ambitions for integrated development will remain unfulfilled promises.
Keywords: CEMAC, CFA franc, monetary autonomy, public debt, foreign reserves, regional integration, Community Developmentalist State (CDS).
Introduction
La Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) traverse une période de turbulences économiques marquée par une dette publique alarmante, des réserves de change insuffisantes et une faible intégration régionale. Ces défis, exacerbés par la dépendance au franc CFA, soulignent les limites d’un système monétaire hérité de l’histoire coloniale, incapable de répondre aux besoins de développement des États membres.
Face à cette impasse, le modèle de l’État Développementaliste Communautaire (EDC) propose une alternative ambitieuse : repenser la souveraineté monétaire pour en faire un levier de transformation économique et sociale. Ce modèle place l’autonomie monétaire au cœur des politiques publiques, permettant ainsi de financer des projets communautaires, d’accroître les échanges intra-régionaux et de garantir une gouvernance monétaire indépendante alignée sur les aspirations locales.
L’enjeu est clair : sans une monnaie sous-régionale autonome, la CEMAC ne pourra bâtir un avenir fondé sur l’intégration économique et le développement durable. Ce texte explore pourquoi et comment une monnaie régionale, ancrée dans la vision de l’EDC, pourrait briser les chaînes du franc CFA pour ouvrir la voie à une prospérité partagée en Afrique centrale.
À quoi sert la CEMAC sans une autonomie monétaire ?
Le sommet extraordinaire des chefs d’État de la Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC), tenu le 16 décembre 2024 à Yaoundé, intervient dans un contexte économique critique. Entre une dette publique croissante, des déficits budgétaires alarmants, et des réserves de change en déclin, cette rencontre pose une question essentielle : la CEMAC peut-elle réussir son intégration et garantir le développement économique de ses membres sans une monnaie véritablement sous-régionale et autonome ?
1. Une économie sous contrainte extérieure : le poids du franc CFA
Le franc CFA, utilisé par les six pays de la CEMAC, demeure une monnaie contrôlée par la France via le Trésor public. Cette dépendance monétaire limite la capacité des États membres à mener des politiques économiques autonomes. Contrairement à des pays africains comme le Ghana, l’Éthiopie ou le Kenya, qui utilisent leurs monnaies nationales (cedi, birr, shilling), les États de la CEMAC n’ont pas la flexibilité nécessaire pour ajuster leur masse monétaire ou leur taux de change selon leurs besoins économiques.
Comparaison économique :
• Taux de croissance moyen 2023 :
• Ghana (avec sa monnaie nationale) : 3.5 %
• Zone CEMAC : 2.8 %
• Dette publique en pourcentage du PIB :
• Ghana : 71 % (mais en voie de restructuration grâce à des choix monétaires audacieux).
• Congo (CEMAC) : près de 100 %, sans levier monétaire pour y remédier.
La dépendance au franc CFA expose également les économies de la CEMAC aux fluctuations des devises internationales et limite leur capacité d’exportation compétitive.
2. La dette publique : un fardeau aggravé par l’absence d’autonomie monétaire
La dette publique atteint des niveaux critiques dans certains États membres, comme le Congo, où elle représente près de 100 % du PIB. Cette situation est aggravée par les limitations imposées par le franc CFA, qui empêche les gouvernements de financer leurs dépenses par la création monétaire, une stratégie utilisée par des pays avec leurs monnaies nationales pour amortir les chocs économiques.
Les politiques budgétaires rigides imposées par le FMI, souvent liées à l’usage du franc CFA, freinent également l’investissement dans des secteurs stratégiques tels que l’éducation et les infrastructures. Par exemple :
• En 2023, le Cameroun n’a investi que 4.1 % de son PIB dans l’éducation contre 6.2 % au Rwanda, qui utilise sa monnaie nationale.
3. Des réserves de change en déclin : une fragilité systémique
Les réserves de change de la CEMAC s’établissent à seulement trois mois d’importations, loin des cinq mois recommandés. Cette situation expose la région à un risque de dévaluation, une décision qui serait pourtant prise en dernier recours par le Trésor français, et non par les États membres.
À titre comparatif, des pays comme l’Afrique du Sud, grâce à sa souveraineté monétaire, maintiennent des réserves couvrant plus de six mois d’importations, renforçant ainsi la stabilité de leur économie.
4. Une monnaie sous-régionale comme solution à la crise
Pour la CEMAC, la création d’une monnaie autonome pourrait être un levier stratégique pour :
• Stimuler l’intégration régionale : En renforçant les échanges commerciaux intrarégionaux. Actuellement, ils ne représentent que 3 % du commerce total des pays membres, contre 16 % dans la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), qui utilise des monnaies nationales.
• Accroître l’indépendance financière : Une monnaie sous-régionale permettrait de réduire la dépendance à l’euro et d’exploiter pleinement les ressources économiques locales.
• Dynamiser les politiques publiques : Avec une banque centrale indépendante, les États auraient une plus grande marge de manœuvre pour ajuster leur politique monétaire aux besoins locaux.
Des exemples de succès existent :
• L’Union monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) discute actuellement de l’adoption de l’eco, une monnaie régionale, dans le cadre d’une transition du franc CFA vers une souveraineté accrue.
• L’Éthiopie a maintenu une croissance économique moyenne de 7 % au cours de la dernière décennie grâce à une monnaie nationale qui favorise l’industrialisation.
5. L’État Développementaliste Communautaire (EDC) comme socle d’une monnaie sous-régionale
L’État Développementaliste Communautaire (EDC), tel que proposé, repose sur une vision axée sur l’autonomie économique, la solidarité régionale, et le développement intégré des communautés. Ce modèle, qui place l’État au cœur de la transformation économique et sociale, soutient de manière cohérente l’idée d’une monnaie sous-régionale ou régionale comme pilier d’un développement durable et inclusif.
5.1. Une monnaie au service du développement communautaire
Dans le cadre d’un EDC, une monnaie sous-régionale ne serait pas un simple outil monétaire. Elle deviendrait un instrument de transformation économique au service des communautés :
• Financement des projets locaux : Une monnaie sous-régionale, adossée à une banque centrale véritablement indépendante et tournée vers le développement, permettrait de financer des projets communautaires sans recourir systématiquement aux emprunts extérieurs. Par exemple, les infrastructures rurales, l’agro-industrie locale, et l’éducation pourraient bénéficier d’un accès direct à des financements adaptés aux réalités des populations.
• Renforcement de la résilience économique : L’EDC valorise la production locale et les chaînes de valeur communautaires. Une monnaie régionale faciliterait les échanges intra-régionaux, réduisant ainsi la dépendance aux importations et renforçant la souveraineté économique.
5.2. La solidarité régionale comme levier
Le modèle EDC repose sur une solidarité économique et sociale entre les États membres d’une communauté intégrée. La création d’une monnaie sous-régionale s’inscrit dans cette logique :
• Mutualisation des risques : Une monnaie régionale pourrait intégrer un fonds de stabilisation économique, alimenté par les contributions des pays membres, pour aider les États en difficulté à surmonter des crises conjoncturelles, comme celle de la dette publique dans le cas du Congo.
• Renforcement des échanges : En alignant les politiques économiques des pays membres, une monnaie sous-régionale stimulerait les échanges intra-CEMAC, actuellement limités à 3 % du commerce total. Ces échanges deviendraient un moteur pour l’industrialisation locale et la diversification économique.
5.3. Une gouvernance monétaire alignée avec les valeurs communautaires
Dans un EDC, la gouvernance monétaire devrait refléter les aspirations des populations et s’affranchir des ingérences extérieures. Contrairement au franc CFA, dont la gestion est externalisée, une monnaie sous-régionale serait gérée par une institution commune où chaque État membre disposerait d’une voix égale.
Les décisions monétaires seraient guidées par les besoins de développement, par exemple :
• Stimuler les secteurs prioritaires comme l’agriculture et l’énergie.
• Offrir des taux de change compétitifs pour encourager les exportations régionales.
• Créer des emplois via des politiques monétaires proactives.
5.4. L’EDC et l’indépendance économique
L’EDC ne peut se réaliser pleinement sans autonomie monétaire. La dépendance actuelle au franc CFA limite la capacité des États membres à construire des économies résilientes et inclusives. Une monnaie régionale, intégrée au projet d’État Développementaliste Communautaire, devient ainsi un outil stratégique pour :
• Libérer les États de la tutelle monétaire extérieure.
• Permettre une meilleure mobilisation des ressources locales.
• Aligner les politiques monétaires avec les objectifs sociaux et environnementaux des communautés.
l’EDC comme cadre pour une souveraineté monétaire et économique
Le projet d’État Développementaliste Communautaire offre une vision claire et cohérente d’un avenir où les économies sous-régionales sont libérées des chaînes de la dépendance. La création d’une monnaie régionale ou sous-régionale n’est pas simplement un objectif technique, mais une étape nécessaire pour ancrer le développement économique dans les aspirations et les besoins des populations locales.
En adoptant une monnaie sous-régionale, les États de la CEMAC pourraient enfin aligner leurs politiques économiques avec un projet collectif ambitieux : bâtir des sociétés inclusives et prospères, où chaque communauté joue un rôle actif dans la transformation de son avenir. L’EDC, en ce sens, n’est pas seulement une alternative, mais une nécessité pour le développement de l’Afrique centrale.
Conclusion : la nécessité d’une révolution monétaire
La crise actuelle au sein de la CEMAC met en lumière les limites d’un système monétaire hérité de la colonisation. Sans une autonomie monétaire et une véritable réforme institutionnelle, l’intégration régionale restera un mirage et le développement économique, une promesse non tenue.
Le sommet de Yaoundé devrait être l’occasion pour les dirigeants de poser les bases d’une monnaie sous-régionale, symbole d’une souveraineté retrouvée. Faute de quoi, la CEMAC continuera d’être un simple spectateur des transformations économiques mondiales.
Références bibliographiques :
1. Nkrumah, K. (1965). Neo-Colonialism: The Last Stage of Imperialism.
2. Sikafinance. (2024). Rapport économique sur la CEMAC.
3. International Monetary Fund (IMF). (2023). Africa Regional Economic Outlook.
4. Ndikumana, L., & Boyce, J. (2011). Africa’s Odious Debts.
5. Yab, J., & Nkong-Njock, V.,(2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire: Le Cameroun
Pr Jimmy Yab, Honorable Yinda Yvette, Sénatrice Sanaga Maritime et M. Nguidjol Nlend, 1er Adjoint Maire de Pouma
Madame la Sénatrice,
Honorable,
Permettez que cette lettre ouverte, marquée par une profonde douleur et une légitime indignation, vienne frapper à la porte de votre grand cœur. Nous nous adressons à vous non seulement en tant qu’élue de la nation mais aussi, et surtout, en tant FEMME de Ngompem Nord, ce village qui vous a accueilli et que vous portez désormais dans votre lignée.
Madame la Sénatrice, comment comprendre que depuis votre accession à la haute dignité de représentante de la nation, vous n’ayez pas mis les pieds dans votre propre village, Ngompem Nord ?
Votre absence répétée est perçue comme un abandon des vôtres. Avez-vous oublié ceux qui, avec tant d’espoir, voyaient en votre élection une chance de changement ? Avez-vous délibérément tourné le dos à votre village par alliance, qui endure aujourd’hui une humiliation sans précédent ?
Madame la Sénatrice, depuis trois longues années, les habitants de Ngompem Nord vivent dans un isolement total. Les ponts Nkanla I et Nkanla II ont été détruits, la seule route qui les reliait au reste du pays est devenue impraticable. Des familles entèrent leurs morts sur place faute d’accès à une morgue ; des malades meurent sans pouvoir être évacués. Pire encore, les produits agricoles, unique source de revenu de cette population laborieuse, pourrissent sur place faute de voies d’écoulement.
Comment LA FEMME de ce village que vous êtes peut-elle rester indifférente à une telle tragédie ? Qu’a donc fait Ngompem Nord pour mériter une telle indifférence de votre part ? Pourquoi laissez-vous LES PARENTS DE VOTRE ÉPOUX, LE PATRIARCHE LOUIS YINDA, vos propres proches, sombrer dans la misère et l’humiliation ?
Madame la Sénatrice, nous faisons appel à votre compassion et à votre devoir moral envers les vôtres. En tant qu’élue de la nation, vous avez le pouvoir et l’influence nécessaires pour agir. Quelles actions concrètes comptez-vous entreprendre pour rétablir les ponts et le tronçon routier qui relient Ngompem Nord au reste du département ? Quelles mesures envisagez-vous pour réhabiliter la dignité de ce village, votre village, et lui redonner espoir ?
Ponts détruits de Nkanla II
Nous vous invitons à venir constater par vous-même les conditions de vie déplorables de cette population qui vous considère toujours comme LA MAMA DU VILLAGE.
Madame la Sénatrice, l’histoire retiendra vos actes, mais elle retiendra aussi vos silences. Ngompem Nord vous appelle aujourd’hui à l’action. Entendez cet appel.
Avec tout le respect que nous vous devons, nous espérons que cette lettre saura toucher votre cœur et réveiller en vous l’attachement profond à votre village.
Dans l’attente de vos actions, nous vous prions d’agréer, Madame la Sénatrice, l’expression de nos salutations distinguées.
Pr Jimmy Yab & S.E. Dion Ngute, Premier Ministre du Cameroun
MOUVEMENT POUR LA LIBÉRATION ET LE DÉVELOPPEMENT DU CAMEROUN (MLDC)
Secrétariat Général
Yaoundé, 10 Décembre, 2024
À l’attention de Son Excellence, Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement
Réf : Exigence de paiement de la « Prime de modernisation de la recherche »
Objet : Plaidoyer pour la valorisation du rôle des enseignants-chercheurs par le paiement de la prime de modernisation de la recherche
Excellence,
Je viens, en ma qualité de Secrétaire Général du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), vous adresser cette lettre pour attirer votre attention sur une question cruciale et urgente : le paiement de la « Prime de modernisation de la recherche » aux enseignants-chercheurs camerounais.
L’importance stratégique des enseignants-chercheurs pour le Cameroun
Les enseignants-chercheurs constituent un pilier fondamental de la construction d’une société prospère et innovante. Ils ne sont pas de simples transmetteurs de savoir, mais également des artisans de la transformation sociale et économique par la recherche. Comme le souligne Paulo Freire dans Pedagogy of the Oppressed (1970), « une éducation émancipatrice repose sur la valorisation de ceux qui produisent et diffusent le savoir ». En négligeant les conditions de travail de ces acteurs, nous compromettons non seulement leur mission éducative, mais également notre ambition de faire du Cameroun un État compétitif sur la scène internationale.
Les travaux des enseignants-chercheurs, à travers la formation des générations futures et la production scientifique, participent directement à la résolution des défis économiques, sanitaires et technologiques. À titre d’exemple, le rôle des universités dans le développement de solutions locales pendant la pandémie de COVID-19 a été déterminant. Cependant, leur dévouement ne peut être durablement soutenu sans une reconnaissance matérielle appropriée.
Origine de la prime et engagements non tenus
La « Prime de modernisation de la recherche » a été instituée par le décret présidentiel n°2009/121 du 8 avril 2009. Cette initiative, saluée à l’époque comme une avancée majeure, visait à encourager l’excellence académique et à stimuler la recherche scientifique, levier clé pour le développement national. Le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, en prenant cette décision, traduisait sa volonté de repositionner le Cameroun comme un acteur clé de la production de savoir en Afrique.
Cependant, depuis sa création, cette prime n’a été payée que sporadiquement, laissant les enseignants-chercheurs dans un état d’incertitude et de frustration croissante. Ce retard de paiement est perçu non seulement comme une trahison de la promesse faite par le chef de l’État, mais également comme un signe d’incohérence dans la mise en œuvre des priorités nationales.
Conséquences des retards de paiement
Le non-paiement de cette prime engendre des conséquences graves :
1. Baisse de la motivation et fuite des cerveaux : De nombreux enseignants-chercheurs, découragés par le manque de reconnaissance financière, préfèrent chercher des opportunités à l’étranger. Ce phénomène, connu sous le nom de « fuite des cerveaux », prive le Cameroun de ses talents les plus brillants.
2. Image internationale détériorée : Un État qui ne respecte pas ses engagements envers son corps académique projette une image de mauvaise gestion et de non-respect de ses priorités. Cela affecte notre capacité à attirer des partenaires internationaux dans le domaine de l’éducation et de la recherche.
3. Affaiblissement de la recherche locale : Sans incitations financières adéquates, les enseignants-chercheurs ont de moins en moins les moyens de financer des travaux de recherche, ce qui limite la production scientifique nationale.
Comme l’explique Michael Apple dans The State and Higher Education (2000), « la dévalorisation du corps académique affaiblit directement la qualité des systèmes éducatifs et, par extension, la capacité d’un État à innover ». Cette vérité s’applique malheureusement à la situation actuelle des enseignants-chercheurs camerounais.
Recommandations
Au nom du MLDC, je vous exhorte à prendre des mesures concrètes et immédiates pour résoudre cette crise. Voici nos recommandations :
1. Règlement immédiat des arriérés : Publier un calendrier clair et précis pour le paiement des primes dues aux enseignants-chercheurs.
2. Création d’un fonds spécial pour la recherche : Mettre en place un fonds indépendant, géré en collaboration avec des représentants du corps académique, pour garantir la régularité des paiements futurs.
3. Dialogue avec les parties prenantes : Organiser des consultations avec les syndicats des enseignants-chercheurs pour identifier les obstacles à la mise en œuvre des primes et y remédier efficacement.
4. Valorisation des enseignants-chercheurs : Accompagner le paiement de la prime par des mesures de revalorisation globale des conditions de travail, notamment en termes de dotation en ressources pour la recherche.
L’enjeu pour le Chef de l’État
Le Président de la République, garant des engagements pris en son nom, ne saurait rester indifférent face à cette situation. Le non-paiement de la prime de modernisation de la recherche compromet l’image de leadership et de crédibilité qu’il s’efforce de projeter. Comme le disait Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. » En soutenant ses enseignants-chercheurs, le Cameroun peut démontrer sa détermination à bâtir un avenir meilleur.
Excellence, nous ne pouvons pas nous permettre de sacrifier l’avenir de notre pays en négligeant ceux qui forment sa jeunesse et produisent le savoir nécessaire à son développement. En agissant rapidement et résolument, vous avez l’opportunité de redresser cette situation et de montrer votre engagement en faveur de l’éducation et de la recherche, qui sont des piliers essentiels pour la transformation de notre nation.
Dans l’espoir d’une réponse rapide et favorable, je vous prie d’agréer, Excellence, l’expression de ma très haute considération.
PR. JIMMY YAB
Secrétaire Général, Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC)
Nouvelle bâtisse de l’Assemblée Nationale construite par la Chine
Résumé
L’inauguration du nouveau bâtiment de l’Assemblée nationale camerounaise, construit par la Chine, illustre un engagement continu de Beijing dans les infrastructures africaines. Toutefois, une analyse comparative des investissements chinois en Afrique subsaharienne met en évidence un retard notable au Cameroun. Ce décalage découle principalement de la méconnaissance des mécanismes géopolitiques chinois et de la faiblesse institutionnelle de l’administration camerounaise. Cet article analyse la situation en profondeur, en s’appuyant sur des statistiques récentes et des références académiques pour comparer les investissements chinois au Cameroun avec ceux réalisés dans d’autres pays comme l’Éthiopie ou l’Angola, et propose des pistes pour une coopération bilatérale plus efficace.
Mots clés: Chine, Cameroun, investissement chinois, géopolitique, Afrique subsaharienne, infrastructures, Assemblée nationale camerounaise
Abstract: The inauguration of Cameroon’s new National Assembly building, constructed by China, underscores Beijing’s sustained interest in African infrastructure. However, comparative analysis of Chinese investments in sub-Saharan Africa reveals Cameroon’s significant lag. This gap arises from inadequate understanding of Chinese geopolitical mechanisms and the weaknesses in Cameroon’s institutions. This article thoroughly examines the situation, utilizing recent statistics and academic references to compare Chinese investments in Cameroon with those in countries such as Ethiopia and Angola. It also offers insights on how to foster more effective bilateral cooperation.
Keywords: China, Cameroon, Chinese investment, geopolitics, sub-Saharan Africa, infrastructure, National Assembly building.
Pr Jimmy Yab et S.E. Wang Yi, Ministre des Affaires étrangères chinois
Introduction
L’inauguration du nouveau bâtiment de l’Assemblée nationale camerounaise, financé et construit par la République populaire de Chine, a eu lieu le 30 novembre 2024. Ce bâtiment moderne, d’une valeur estimée à 56 milliards de FCFA, symbolise la relation de longue date entre Beijing et Yaoundé. Pourtant, au-delà de cet acte diplomatique, se cache une réalité troublante : le Cameroun peine à capitaliser sur son partenariat avec la Chine. Tandis que d’autres pays africains comme l’Éthiopie, l’Angola ou encore le Kenya enregistrent des volumes d’investissements massifs et stratégiques, le Cameroun semble confiné à des projets symboliques. Pourquoi cette différence ? Ce retard s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’absence d’une stratégie nationale cohérente et un déficit de connaissances sur les mécanismes de la coopération sino-africaine. Cet article s’interroge sur les causes profondes de cette stagnation et propose des pistes pour réorienter la relation sino-camerounaise vers une trajectoire plus ambitieuse.
Les investissements chinois au Cameroun : état des lieux
Les relations sino-camerounaises ont pris de l’ampleur depuis le début des années 2000, à la faveur de l’expansion de la diplomatie économique chinoise en Afrique. Parmi les projets phares, on peut citer le port en eau profonde de Kribi, réalisé grâce à un prêt de 1,3 milliard de dollars octroyé par Exim Bank China, et le barrage hydroélectrique de Memve’ele, qui a coûté environ 850 millions de dollars. Ces infrastructures visent à moderniser les capacités du Cameroun, mais leur impact économique reste limité en raison d’une gestion inefficace et d’une faible intégration dans les chaînes de valeur locales.
En termes de chiffres, le Cameroun a reçu environ 5 milliards de dollars d’investissements directs chinois entre 2000 et 2023, représentant moins de 3 % du total des investissements chinois en Afrique subsaharienne, estimé à 153 milliards de dollars sur la même période (Brautigam, 2019). À titre de comparaison, l’Angola a capté environ 42 milliards de dollars, tandis que l’Éthiopie en a reçu 16 milliards, principalement dans des secteurs productifs comme l’industrie et les transports (IMF, 2023). Cette différence illustre non seulement une volonté stratégique différente de la part de Beijing, mais aussi une incapacité du Cameroun à proposer des projets d’envergure répondant aux priorités chinoises.
Comparaison avec d’autres pays d’Afrique subsaharienne
L’Éthiopie représente un modèle exemplaire de coopération avec la Chine. Ce pays a su aligner ses priorités nationales avec la stratégie chinoise de la Belt and Road Initiative (BRI). Le chemin de fer Addis-Abeba-Djibouti, financé à hauteur de 3,4 milliards de dollars par la Chine, a permis de réduire de moitié le coût et le temps de transport des marchandises entre les deux pays (World Bank, 2024). En parallèle, des parcs industriels comme celui de Hawassa, soutenus par des financements chinois, ont attiré des investisseurs étrangers et créé des milliers d’emplois.
En Angola, la Chine a joué un rôle clé dans la reconstruction post-guerre civile, notamment grâce à un mécanisme novateur de prêts garantis par le pétrole. Ce pays a bénéficié de plus de 500 projets financés par Beijing, allant des infrastructures routières aux hôpitaux, renforçant ainsi sa capacité à diversifier son économie (Mohan & Lampert, 2013).
En revanche, au Cameroun, les projets sont souvent perçus comme des « éléphants blancs ». Le port de Kribi, par exemple, fonctionne bien en deçà de sa capacité maximale en raison d’un manque de connexions ferroviaires et d’infrastructures logistiques appropriées. Cela reflète une planification déficiente et un manque d’intégration dans les réseaux régionaux.
Les raisons du retard camerounais
Plusieurs facteurs expliquent le faible niveau d’investissements chinois au Cameroun, malgré un potentiel évident :
Faiblesse institutionnelle : Contrairement à des pays comme l’Éthiopie, où les projets sont intégrés dans un plan national de développement, le Cameroun manque d’une stratégie claire pour maximiser les opportunités offertes par la Chine.
Méconnaissance des mécanismes chinois : L’administration camerounaise reste mal équipée pour naviguer dans la complexité des financements chinois, qui requièrent souvent des propositions bien documentées et alignées avec les objectifs de la BRI.
Absence de leadership stratégique : Les responsables camerounais se concentrent souvent sur des projets symboliques, sans prendre en compte leur rentabilité économique ou leur durabilité à long terme.
En outre, les fonctionnaires chargés de négocier avec Beijing manquent souvent de formation spécifique en géopolitique chinoise. La Chine fonctionne selon des priorités stratégiques précises, basées sur le développement des infrastructures régionales et l’intégration économique. Sans une compréhension claire de ces dynamiques, le Cameroun risque de rester un partenaire secondaire dans les plans chinois pour l’Afrique.
Vers une coopération plus efficace
L’invitation officielle adressée au président de l’Association d’amitié Chine-Cameroun et de l’Observatoire Chine-Afrique francophone, Pr. JIMMY YAB, pour participer aux célébrations marquant le 75ᵉ anniversaire de la République populaire de Chine et le 70ᵉ anniversaire de l’Association du peuple chinois pour l’amitié avec les étrangers (CPAFFC) est un signe clair de la volonté de Beijing de renforcer ses relations avec le Cameroun. Cet événement, qui s’est tenu sous le thème « Approfondir l’amitié populaire sino-étrangère et promouvoir une communauté de destin pour l’humanité », met en lumière l’importance d’une diplomatie centrée sur les échanges culturels, économiques et stratégiques.
1. Mieux intégrer les mécanismes de la diplomatie chinoise
La Chine privilégie une approche multilatérale qui s’appuie sur des organisations comme la CPAFFC pour bâtir des relations bilatérales solides. Cependant, le Cameroun doit apprendre à tirer parti de ces plateformes en participant activement aux dialogues et en proposant des projets alignés sur les priorités stratégiques chinoises. Les objectifs de Beijing dans la région incluent notamment :
Le développement des infrastructures transnationales pour intégrer les économies régionales.
La promotion de zones économiques spéciales (ZES) pour stimuler l’industrialisation.
Le renforcement des échanges culturels et académiques pour favoriser la compréhension mutuelle.
Recommandation : Créer un Comité permanent pour la coopération sino-camerounaise, sous l’égide de l’Association d’amitié Chine-Cameroun. Ce comité pourrait servir de plateforme pour identifier et prioriser des projets à soumettre aux instances chinoises, tout en veillant à ce qu’ils soient conformes aux besoins du Cameroun et aux orientations stratégiques de la Chine.
2. Capitaliser sur le rôle des échanges culturels et associatifs
Le rôle de la CPAFFC dans la diplomatie chinoise va au-delà des relations étatiques. Son approche consiste à établir des ponts via les associations et organisations de la société civile. Cette méthode permet d’élargir les perspectives de coopération en touchant directement les populations. En tant que président de l’Observatoire Chine-Afrique francophone, vous êtes bien placé pour utiliser cette invitation comme levier afin de :
Renforcer les relations interculturelles entre les deux pays par des programmes d’échange.
Organiser des séminaires et conférences sur le rôle des relations sino-africaines dans un contexte multipolaire.
Proposer des projets de recherche collaborative entre les universités camerounaises et chinoises sur des thèmes comme l’agriculture durable, la technologie ou la santé publique.
Exemple concret : En Éthiopie, les universités chinoises ont financé des programmes de formation en ingénierie pour former des cadres locaux capables de gérer les infrastructures financées par la Chine. Une telle initiative pourrait être répliquée au Cameroun.
3. Développer une stratégie nationale alignée sur la Belt and Road Initiative (BRI)
La BRI, initiative phare de la Chine, repose sur un réseau mondial d’infrastructures visant à stimuler le commerce et la connectivité. Malgré l’adhésion du Cameroun à ce programme, le pays reste absent des corridors majeurs de la BRI en Afrique. Par exemple, l’Éthiopie et Djibouti bénéficient de projets de transport intégrés qui facilitent le commerce intra-africain et avec l’Asie, tandis que le Cameroun n’a pas encore exploité son potentiel de hub régional.
Proposition stratégique :
Réhabiliter les corridors logistiques reliant le port de Kribi au Tchad et à la République centrafricaine.
Intégrer le Cameroun dans les chaînes de valeur régionales en développant des zones économiques spéciales soutenues par des financements chinois.
Favoriser les investissements dans des projets verts (énergies renouvelables, reboisement, etc.) pour aligner les priorités nationales avec les engagements environnementaux de la Chine.
4. Former une nouvelle génération de cadres en géopolitique chinoise
La compréhension des priorités chinoises exige des compétences spécifiques que la plupart des fonctionnaires camerounais ne possèdent pas actuellement. Il est donc impératif de former une nouvelle génération de cadres, non seulement dans la langue et la culture chinoises, mais aussi dans la géopolitique et les mécanismes de financement de la Chine.
Action immédiate : Collaborer avec la CPAFFC pour mettre en place un programme de formation continue destiné aux fonctionnaires et cadres du secteur privé, incluant des modules sur :
Les mécanismes de financement des banques chinoises (Exim Bank, Banque chinoise de développement).
Les principes de négociation des accords bilatéraux dans le cadre de la BRI.
L’utilisation des forums sino-africains (FOCAC) pour attirer des investissements stratégiques.
Conclusion
L’invitation de la CPAFFC au 75ᵉ anniversaire de la République populaire de Chine représente une opportunité unique pour le Cameroun de réévaluer et de renforcer sa coopération avec Beijing. En utilisant cette plateforme, le Cameroun peut s’inspirer des succès d’autres pays africains pour proposer des projets ambitieux, diversifier ses partenariats, et former une nouvelle génération de leaders capables de naviguer dans la complexité des relations sino-africaines. En combinant diplomatie culturelle et stratégie économique, le Cameroun pourrait devenir un acteur majeur de la coopération sino-africaine au XXIᵉ siècle.
Cet article développe le concept de souveraineté développementaliste communautaire partagée comme fondement juridique et institutionnel pour la fédéralisation du Cameroun en quatre grandes régions : le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral et le Grand Ouest. Ce modèle articule trois principes majeurs : le développementalisme, qui priorise les interventions stratégiques pour stimuler la croissance économique ; le communautarisme, qui valorise la gouvernance participative et locale ; et le partage de la souveraineté entre l’État central et les régions fédérées. L’article analyse les aspects fondamentaux de ce modèle, y compris la gestion de la séparation des pouvoirs, en proposant des mécanismes institutionnels robustes pour garantir son efficacité. S’inspirant de cadres théoriques et d’exemples internationaux, il met en lumière les opportunités et les défis de sa mise en œuvre.
Abstract
This article explores the concept of shared developmentalist community sovereignty as a legal and institutional framework for Cameroon’s federalization into four major regions: Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, and Grand Ouest. This model is structured around three main principles: developmentalism, prioritizing strategic interventions to stimulate economic growth; communalism, emphasizing participatory and localized governance; and the sharing of sovereignty between the central state and federated regions. The article examines the core aspects of this model, including the management of power separation, proposing robust institutional mechanisms to ensure its effectiveness. Drawing on theoretical frameworks and international examples, it highlights the opportunities and challenges of its implementation
Mots clés : Fédéralisme, souveraineté partagée, développementalisme, gouvernance communautaire, Cameroun, décentralisation, séparation des pouvoirs.
Keywords: Federalism, shared sovereignty, developmentalism, community governance, Cameroon, decentralization, power separation.
Introduction
Un développementalisme partagé
Le Cameroun, marqué par une diversité ethnique, linguistique et géographique, fait face à des défis institutionnels et socio-économiques qui nécessitent une réforme profonde de son mode de gouvernance. Les tensions régionales, exacerbées par la crise anglophone et les disparités économiques, mettent en lumière les limites d’un système centralisé dans la gestion des besoins variés du pays. Dans ce contexte, la fédéralisation en quatre grandes régions, Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral et Grand Ouest, se présente comme une solution potentielle pour renforcer la gouvernance, favoriser un développement inclusif et promouvoir l’unité nationale.
La souveraineté développementaliste communautaire partagée, concept central de cette proposition, combine autonomie régionale, participation communautaire et coopération nationale. Ce modèle vise à transformer la gouvernance en s’appuyant sur les capacités locales tout en assurant une coordination nationale efficace. Cet article explore les fondements, les mécanismes et les implications pratiques de ce modèle en analysant cinq aspects essentiels : la définition de la souveraineté, le rôle du développementalisme, le communautarisme comme levier participatif, le partage des compétences entre l’État central et les régions, et la gestion de la séparation des pouvoirs dans un État fédéral.
1. Définition et fondements de la souveraineté développementaliste communautaire partagée
La souveraineté développementaliste communautaire partagée se distingue par son caractère hybride, qui combine autonomie régionale et coopération nationale pour garantir une gouvernance inclusive. Inspirée des théories de l’État développementaliste, cette souveraineté reconnaît que les régions fédérées et l’État central doivent collaborer pour atteindre des objectifs communs de développement. Contrairement à un fédéralisme classique, où les régions peuvent fonctionner de manière relativement indépendante, ce modèle privilégie une interaction constante entre les différents niveaux de pouvoir (Evans, 1995).
Dans ce système, chaque région dispose de pouvoirs souverains dans des domaines spécifiques tels que la gestion des ressources naturelles, l’éducation et le développement économique local. Par exemple, le Grand Nord pourrait se concentrer sur des initiatives d’agriculture durable et d’irrigation pour répondre aux défis climatiques, tandis que l’État central travaillerait à fournir les infrastructures nécessaires pour soutenir ces initiatives. Ce partage des responsabilités permet de maximiser les capacités locales tout en maintenant une cohésion nationale.
La souveraineté partagée offre également des mécanismes institutionnels pour résoudre les conflits entre l’État central et les régions. Des conseils intergouvernementaux et une Cour constitutionnelle fédérale seraient chargés d’arbitrer ces différends, garantissant ainsi une gouvernance fluide et efficace.
2. Le développementalisme comme moteur de la souveraineté
Le développementalisme constitue un pilier central de ce modèle en plaçant la transformation économique et sociale au cœur de la souveraineté. Ce concept repose sur l’idée que l’État, à tous les niveaux, doit jouer un rôle actif dans la planification et la mise en œuvre des politiques de développement (Rodrik, 2007).
Dans un Cameroun fédéral, chaque région serait habilitée à développer des stratégies économiques adaptées à ses atouts et défis. Par exemple, le Grand Littoral, avec ses ports de Douala et Kribi, pourrait devenir un hub logistique et commercial en Afrique centrale. L’État central interviendrait pour attirer les investissements internationaux nécessaires à la modernisation des infrastructures portuaires, tandis que les autorités régionales géreraient les zones économiques spéciales autour des ports.
Le développementalisme s’appuie également sur des partenariats public-privé pour stimuler les investissements dans des secteurs clés. Par exemple, le Grand Sud pourrait développer l’agroforesterie durable pour exploiter ses vastes ressources naturelles tout en protégeant l’environnement. Ces initiatives nécessitent cependant une capacité institutionnelle renforcée au niveau régional, avec des fonctionnaires formés et des systèmes de gouvernance transparents.
3. Communautarisme : Intégrer les citoyens dans la gouvernance
Le communautarisme dans ce modèle de souveraineté partagée vise à garantir que les citoyens et les institutions locales participent activement à la prise de décision. Contrairement à une approche descendante de la gouvernance, cette dimension met en avant la participation directe des communautés locales dans la gestion des affaires publiques (Rodríguez-Pose, 2013).
Chaque région pourrait instituer des forums communautaires ou des conseils de village pour permettre aux citoyens d’exprimer leurs besoins et leurs priorités. Par exemple, dans le Grand Ouest, ces structures consultatives pourraient identifier les obstacles rencontrés par les petites entreprises locales et proposer des solutions adaptées. Cette approche renforce la légitimité des institutions régionales et favorise un développement inclusif.
En outre, le communautarisme peut jouer un rôle clé dans la gestion des conflits sociaux. Dans un Cameroun fédéral, les forums communautaires pourraient servir de plateformes pour apaiser les tensions, notamment dans les régions anglophones, où les sentiments de marginalisation sont particulièrement élevés.
4. Le partage de la souveraineté entre l’État central et les régions fédérées
Le partage de la souveraineté dans un modèle de fédéralisme développementaliste communautaire partagée repose sur une division claire et fonctionnelle des compétences entre l’État central et les régions fédérées. Contrairement à une centralisation excessive qui limite l’efficacité locale, ou à un fédéralisme purement autonomiste qui risque de fragmenter l’État, ce modèle établit des responsabilités distinctes mais complémentaires entre les deux niveaux de pouvoir. L’objectif est d’atteindre un équilibre entre autonomie régionale et unité nationale, garantissant une gestion efficace des ressources et des politiques publiques (Hueglin & Fenna, 2006).
Les compétences exclusives de l’État central incluent les domaines stratégiques qui nécessitent une coordination nationale, tels que la défense, la politique étrangère, la régulation monétaire et la justice constitutionnelle. Par exemple, l’État central serait responsable de la négociation des accords internationaux sur le commerce ou l’environnement, ce qui inclut la participation à des initiatives régionales comme la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cette centralisation garantit que les intérêts nationaux sont représentés à l’échelle internationale et que les politiques économiques sont harmonisées pour soutenir la croissance collective.
Les compétences exclusives des régions fédérées couvrent des domaines comme la gestion des ressources naturelles, l’éducation, la santé, l’agriculture et le développement économique local. Par exemple, dans le Grand Sud, qui dispose de vastes ressources forestières et minières, la souveraineté régionale permettrait aux autorités locales de gérer ces richesses, de négocier avec les entreprises exploitantes et de veiller à une redistribution équitable des revenus au sein de la région. Cependant, pour éviter des inégalités extrêmes entre les régions riches en ressources naturelles et celles qui en manquent, un mécanisme de redistribution, tel qu’un Fonds de solidarité nationale, sera mis en place pour garantir une équité interrégionale.
Les compétences partagées concernent des enjeux nécessitant une coopération étroite entre les niveaux de pouvoir, comme la gestion des infrastructures, la protection de l’environnement et le commerce interrégional. Par exemple, le développement des infrastructures routières reliant le Grand Nord et le Grand Littoral exigerait une collaboration entre l’État central et les gouvernements régionaux pour financer et superviser le projet. Un Conseil national de coordination, composé de représentants des régions et de l’État central, pourrait être créé pour gérer ces projets communs.
Enfin, pour garantir le bon fonctionnement de cette répartition des compétences, des mécanismes institutionnels robustes seront mis en place. La Cour constitutionnelle fédérale jouera un rôle clé en arbitrant les litiges entre les régions et l’État central, tandis que les conseils intergouvernementaux favoriseront le dialogue et la coordination. Ce partage de la souveraineté favorise ainsi une gouvernance efficace et une gestion optimale des ressources, tout en réduisant les tensions politiques liées aux revendications d’autonomie.
5. La gestion de la séparation des pouvoirs dans un État fédéral
La séparation des pouvoirs dans un État fédéral basé sur la souveraineté développementaliste communautaire partagée implique une organisation bicéphale avec des structures distinctes mais interconnectées au niveau central et au niveau régional. Cette architecture institutionnelle garantit que chaque niveau de gouvernement peut exercer ses fonctions de manière autonome tout en collaborant efficacement sur des enjeux communs (Rodríguez-Pose, 2013).
Au niveau central, la séparation des pouvoirs s’organise autour de trois branches principales :
L’exécutif, dirigé par le Président fédéral, est responsable des politiques nationales et de la coordination intergouvernementale. Le gouvernement central se concentre sur des domaines transversaux, comme la sécurité nationale, les relations internationales et la planification économique globale.
Le législatif, composé d’un Parlement bicaméral, comprend une Assemblée nationale représentant l’ensemble de la population et un Sénat représentant les intérêts des régions fédérées. Ce Sénat joue un rôle clé en veillant à ce que les politiques nationales respectent les spécificités régionales.
Le judiciaire, incarné par la Cour suprême et la Cour constitutionnelle fédérale, garantit la légalité des actions des gouvernements central et régionaux, tout en arbitrant les conflits de compétence.
Au niveau régional, chaque région dispose d’un gouvernement élu, d’un parlement régional et d’un système judiciaire local pour traiter les affaires internes. Par exemple, le Grand Ouest, caractérisé par son dynamisme entrepreneurial, pourrait légiférer sur des politiques fiscales incitatives pour soutenir les petites et moyennes entreprises locales. Cette autonomie permet aux régions de concevoir des solutions adaptées à leurs besoins spécifiques tout en respectant le cadre constitutionnel fédéral.
Les relations entre les niveaux de pouvoir sont régies par des mécanismes institutionnels conçus pour favoriser la coopération et la transparence. Des comités intergouvernementaux peuvent être établis pour coordonner les politiques partagées, comme la gestion des infrastructures ou les réponses aux crises environnementales. Par exemple, dans le cas d’une catastrophe naturelle affectant plusieurs régions, ces comités faciliteraient une réponse collective et coordonnée.
Un autre aspect clé de cette séparation des pouvoirs est la mise en place de contre-pouvoirs pour prévenir les abus. Par exemple, le Parlement régional pourrait superviser les actions de l’exécutif local, tandis que les citoyens auraient le droit de contester les décisions injustes devant les tribunaux régionaux. Ces garanties renforcent la transparence et la responsabilité des institutions à tous les niveaux.
Enfin, ce modèle de séparation des pouvoirs favorise une gouvernance équilibrée en permettant à chaque niveau de gouvernement d’exercer pleinement ses responsabilités sans interférence excessive. Il contribue également à renforcer la confiance des citoyens dans le système fédéral, en leur offrant des institutions accessibles et adaptées à leurs besoins. Ce cadre institutionnel est essentiel pour assurer la stabilité et la durabilité d’un Cameroun fédéré en quatre régions.
Conclusion
La souveraineté développementaliste communautaire partagée offre un cadre juridique et institutionnel novateur pour la fédéralisation du Cameroun. En articulant autonomie régionale, coopération nationale et participation citoyenne, ce modèle garantit une gouvernance inclusive et orientée vers le développement. Le partage des compétences et la séparation des pouvoirs, bien définis et soutenus par des institutions robustes, permettent d’éviter les conflits tout en maximisant l’efficacité des politiques publiques. Cependant, la réussite de ce projet repose sur la capacité des acteurs politiques à s’engager pleinement dans cette transition et sur la mise en place de mécanismes adaptés pour gérer les relations intergouvernementales. En combinant ces éléments, le Cameroun peut poser les bases d’un État fédéral prospère, équitable et uni.
Bibliographie
Amsden, A. H. (2001). The Rise of « The Rest »: Challenges to the West from Late-Industrializing Economies. Oxford University Press.
Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press.
Hueglin, T. O., & Fenna, A. (2006). Comparative Federalism: A Systematic Inquiry. University of Toronto Press.
Rodríguez-Pose, A. (2013). « Do Institutions Matter for Regional Development? » Regional Studies.
Rodrik, D. (2007). One Economics, Many Recipes: Globalization, Institutions, and Economic Growth. Princeton University Press.
Résumé: Sous la direction du président Paul Biya, la dette publique du Cameroun a grimpé à 6 600 milliards de FCFA (environ 11 milliards de dollars) en 2024. Malgré des emprunts massifs pour des projets d’infrastructures, les bénéfices sont négligeables, de nombreux projets étant inachevés ou sous-performants. Cet article met en évidence l’ampleur de la mauvaise gestion de la dette, le détournement généralisé des fonds publics et l’échec systémique à dissuader la corruption malgré l’emprisonnement de plusieurs hauts fonctionnaires. Il soutient que le détournement des fonds publics est un crime social aux conséquences dévastatrices, privant des millions de personnes de services essentiels tels que la santé et l’éducation.
L’article attire également l’attention sur les rapports de la CONAC et de la Cour des comptes du Cameroun, qui révèlent que 30 % des fonds publics sont détournés chaque année. Malgré ces révélations, la corruption reste profondément ancrée, compromettant le développement du Cameroun. Le MLDC recommande la transparence, des sanctions plus strictes et la participation citoyenne pour lutter contre cette crise et protéger les générations futures du fardeau d’une dette insoutenable.
Mots clés : Cameroun, corruption, dette publique, détournement, gouvernance, développement, CONAC, Cour des Comptes du Cameroun, EU, Chine.
Summary: Under President Paul Biya’s leadership, Cameroon’s public debt has surged to 6,600 billion FCFA (approximately $11 billion) in 2024. Despite borrowing extensively for infrastructure projects, the benefits are negligible, with numerous projects either incomplete or underperforming. This article highlights the scale of debt mismanagement, widespread embezzlement of public funds, and the systemic failure to deter corruption despite the imprisonment of several high-ranking officials. It argues that public fund embezzlement is a social crime with devastating consequences, depriving millions of essential services such as healthcare and education.
The article also draws attention to reports from the CONAC and Cameroon’s Court of Accounts, which reveal that 30% of public funds are diverted annually. Despite these revelations, corruption remains deeply entrenched, undermining Cameroon’s development. The MLDC recommends transparency, stricter penalties, and citizen participation to combat this crisis and protect future generations from the burden of unsustainable debt.
Introduction : Une dette qui n’apporte pas le développement attendu
L’Union européenne a encore engagé 91 millions d’euros (96 millions de dollars) sur trois ans pour améliorer les infrastructures au Cameroun et attirer les investissements étrangers. Le prêt, annoncé à Yaoundé, financera des projets dans les domaines de l’énergie, des routes et des chemins de fer, notamment un réseau reliant le Cameroun au Tchad et un pont sur le fleuve Ntem vers la Guinée équatoriale. Les infrastructures du Cameroun se sont considérablement dégradées, aggravées par un conflit séparatiste dans les régions anglophones qui a fait plus de 6 000 morts et 760 000 déplacés.
En 2024, le Cameroun affiche une dette publique de 6 600 milliards de FCFA (environ 11 milliards de dollars), selon les données officielles du ministère des Finances. Une partie importante de cette dette est due à des emprunts contractés auprès de partenaires bilatéraux comme la Chine ou l’Union européenne, ainsi qu’à des institutions multilatérales comme le FMI et la Banque mondiale. Ces fonds sont destinés à financer des projets d’infrastructure tels que le port en eau profonde de Kribi, le barrage de Memvé’élé ou encore des routes et ponts reliant le Cameroun à ses voisins régionaux comme le Tchad et la Guinée équatoriale.
Cependant, malgré ces emprunts massifs, les infrastructures restent dans un état critique. Par exemple, le projet du port de Kribi, financé par un prêt chinois de plusieurs centaines de milliards de FCFA, a vu ses retombées économiques limitées, tandis que des projets comme le barrage de Memvé’élé n’ont pas permis de résoudre les problèmes chroniques d’électricité dans le pays. Le paradoxe est frappant : le Cameroun est endetté au-delà de ses capacités, mais les populations continuent de manquer d’accès à des services de base comme l’eau, l’électricité, et les soins de santé. Ce constat soulève la question de l’efficacité de la gestion des emprunts publics, mais surtout des détournements qui gangrènent le pays.
Dette publique Camerounaise sous le régime Biya
L’état de l’endettement au Cameroun : Une charge insoutenable pour la future génération
La dette publique camerounaise a été multipliée par trois au cours des deux dernières décennies, passant de 2 100 milliards de FCFA en 2000 à 6 600 milliards de FCFA en 2024. Cette augmentation s’explique par une dépendance accrue aux financements extérieurs pour des projets d’infrastructure ambitieux, mais souvent mal planifiés ou mal exécutés. Environ 50 % de cette dette est due à la Chine, qui est le principal créancier du pays.
Selon les statistiques du FMI, le service de la dette (remboursements d’intérêts et du principal) absorbe près de 30 % des recettes publiques annuelles, limitant considérablement la capacité de l’État à financer d’autres secteurs essentiels tels que l’éducation ou la santé. En outre, chaque Camerounais, du nouveau-né à l’adulte, porterait une charge individuelle de 235 714 FCFA (environ 356 dollars US) pour rembourser cette dette. Ce fardeau est encore plus insoutenable dans un pays où près de 37,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
Cette situation met en lumière l’échec des politiques de gouvernance financière. La plupart des projets financés par la dette étrangère restent inachevés ou ne produisent pas les résultats escomptés. À titre d’exemple, le barrage de Memvé’élé, financé par un prêt chinois de 243 milliards de FCFA, devait produire 211 MW d’électricité. Pourtant, des problèmes techniques persistants limitent considérablement sa capacité, exacerbant les délestages dans le pays.
La banalité des détournements de fonds publics : Un fléau enraciné
Selon le rapport 2023 de la CONAC, environ 30 % des fonds publics destinés à des projets de développement sont détournés chaque année. Cela représente une perte annuelle de plus de 600 milliards de FCFA, soit l’équivalent du budget national de plusieurs secteurs sociaux combinés. Les détournements concernent des projets phares tels que la CAN 2019, où des centaines de milliards ont été détournés par des responsables gouvernementaux.
Malgré les condamnations de plusieurs hauts dignitaires dans le cadre de l’opération Épervier, la corruption reste omniprésente. Plus de 50 responsables, dont des ministres et directeurs généraux, ont été emprisonnés pour des détournements. Cependant, ces sanctions n’ont pas réussi à dissuader les abus.
La persistance des détournements montre que les mécanismes de sanction actuels sont insuffisants. Un audit de la Cour des comptes en 2023 a révélé que les responsables continuent d’utiliser des stratagèmes complexes, tels que la surfacturation et les paiements fictifs, pour s’approprier les ressources publiques.
Évolution de la dette publique du Cameroun de 1982 jusqu’à nos jours
Les détournements de fonds : Un crime contre l’humanité sociale
Dans certains pays comme la Chine et l’Arabie Saoudite, les détournements de fonds à grande échelle sont considérés comme un crime capital, car ils privent des millions de citoyens d’accès aux services essentiels. Cette approche, bien que sévère, repose sur l’idée que la corruption à grande échelle équivaut à un génocide social. Les fonds détournés auraient pu servir à construire des écoles, des hôpitaux ou des routes, améliorant ainsi les conditions de vie de millions de personnes.
Au Cameroun, les conséquences des détournements sont désastreuses :
• Santé : Plus de 60 % des Camerounais n’ont pas accès à des soins de santé de qualité, en grande partie à cause de la mauvaise gestion des fonds publics.
• Éducation : Le taux de scolarisation reste faible, et les écoles manquent cruellement d’équipements et de personnel qualifié.
• Emploi : Le chômage, particulièrement chez les jeunes, dépasse 30 %, aggravant la pauvreté et l’instabilité sociale.
Ces chiffres montrent que les détournements ne sont pas de simples crimes financiers, mais des actes qui compromettent l’avenir d’une nation entière.
Recommandations du MLDC : Une gouvernance responsable pour l’avenir
Face à cette situation alarmante, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose des réformes urgentes pour enrayer la corruption et garantir une utilisation responsable des fonds publics :
1. Transparence totale : Publier les rapports d’audit des projets financés par la dette et garantir l’accès du public aux informations financières.
2. Renforcement des sanctions : Appliquer des peines sévères aux responsables de détournements, y compris des confiscations de biens mal acquis.
3. Création d’un fonds souverain : Réinvestir les économies réalisées dans des secteurs prioritaires comme l’éducation, la santé, et l’emploi des jeunes.
4. Participation citoyenne : Encourager la société civile à surveiller la gestion des fonds publics.
Conclusion
Le régime de Paul Biya a transformé les détournements de fonds publics en une pratique systémique, menaçant le développement et hypothéquant l’avenir des générations futures. Les prêts massifs, qui devraient servir à améliorer les infrastructures et les services sociaux, sont dilapidés dans des projets inefficaces et entachés de corruption. Il est temps d’instaurer une gouvernance responsable pour garantir que les ressources nationales servent réellement à bâtir un Cameroun prospère.
Références bibliographiques
1. CONAC. (2023). Rapport annuel sur la corruption au Cameroun.
2. Cour des comptes. (2023). Audit des finances publiques.
3. Banque mondiale. (2023). Analyse de la dette publique au Cameroun.
4. Transparency International. (2023). Indice de perception de la corruption.
Résumé Cet article explore la proposition de réorganisation territoriale du Cameroun en quatre grandes régions fédérées, telle que présentée par Jimmy Yab et Vincent Nkong Njock dans leur ouvrage Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Le modèle proposé vise à renforcer la gouvernance locale, gérer la diversité ethnique et promouvoir un développement économique équilibré. Chaque région fédérée est étudiée sous l’angle de ses caractéristiques démographiques, économiques, défis majeurs et avantages attendus du fédéralisme. Cette réorganisation ambitionne de répondre aux défis structurels et sociaux tout en favorisant une répartition équitable des ressources et un développement inclusif.
Mots-clés : Cameroun, fédéralisme, État Développementaliste Communautaire (EDC),diversité ethnique, gouvernance locale, développement durable, Grand Sud, Grand Nord, Grand Littoral, Grand Ouest.
NB : Les ethnies mentionnées dans cet article sont données à titre indicatif et ne constituent pas une liste exhaustive pour chacune des grandes régions.
Introduction
La gestion de la diversité ethnique et des défis sociopolitiques au Cameroun reste un enjeu crucial pour garantir la stabilité et le développement. Face aux tensions croissantes et aux disparités économiques, Jimmy Yab et Vincent Nkong Njock proposent une réorganisation territoriale dans leur livre Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Cet article explore cette proposition, qui suggère de regrouper les dix régions actuelles en quatre grandes régions fédérées : le Grand Sud, le Grand Nord, le Grand Littoral et le Grand Ouest.
Contexte et cadre théorique
Le modèle de l’État développementaliste communautaire s’appuie sur les théories de gouvernance participative et de développement régional (Rodríguez-Pose, 2013). Il combine une décentralisation politique avec une gestion intégrée des ressources pour promouvoir l’équité et l’efficacité. Ce cadre théorique s’inspire également des expériences réussies de fédéralisme en Afrique (Oyedele, 2016), de l’Etat developpementaliste de l’Asie de l’Est (Yab, 2020) et du régime communitarisme de l’Afrique Subsaharienne.
Les quatre grandes régions
Organisation des Quatre Grandes Régions Fédérées
Grand Sud : Diversité et richesses naturelles
Caractéristiques démographiques Le Grand Sud regroupe les régions du Centre, du Sud et de l’Est, caractérisées par une population majoritairement bantoue. Les principales ethnies incluent les Beti, Bassas, Ewondo, Fangs, Maka, et les Gbaya, etc.. ainsi que les Pygmées, souvent marginalisés. Ces groupes vivent dans une mosaïque culturelle complexe qui reflète la diversité du Cameroun, surnommé « l’Afrique en miniature ». La région abrite également la capitale, Yaoundé, un centre urbain en pleine expansion. Ce territoire, bien que riche en diversité culturelle, est marqué par une dynamique migratoire importante, en raison des opportunités économiques à Yaoundé et des activités agro-industrielles dans les zones rurales. Cette population diversifiée constitue une richesse, mais aussi un défi pour une gouvernance inclusive.
Atouts économiques Le Grand Sud est une région dotée d’immenses ressources naturelles, notamment des forêts tropicales, des réserves minières de bauxite et de cobalt, et des hydrocarbures en exploitation offshore. La région est également l’un des principaux producteurs de cultures de rente comme le cacao, le café et la banane, qui contribuent significativement au PIB national. En outre, les ressources forestières génèrent des revenus importants grâce à l’exportation de bois, bien que leur exploitation soit parfois entachée par des pratiques illégales. Avec son climat favorable à l’agriculture, cette région possède un potentiel énorme pour la diversification économique, notamment à travers l’agroforesterie et l’écotourisme, encore sous-développés.
Défis Cependant, la région est confrontée à des défis majeurs. La déforestation rapide menace les écosystèmes et les moyens de subsistance des populations locales, notamment les Pygmées, qui dépendent des forêts. L’exploitation minière et forestière, souvent peu réglementée, conduit à des conflits fonciers et à des dégradations environnementales significatives. Par ailleurs, la corruption et une gestion inadéquate des revenus issus de ces ressources perpétuent les inégalités sociales et régionales. Ces défis entravent le développement durable et mettent en évidence la nécessité d’une meilleure gouvernance et de mécanismes de transparence.
Avantages du fédéralisme Le passage à un modèle fédéral offrirait au Grand Sud une autonomie accrue, permettant aux autorités locales de mieux gérer leurs ressources naturelles et d’élaborer des politiques adaptées aux réalités locales. Cela permettrait également de renforcer la participation citoyenne dans la prise de décisions, tout en encourageant une gestion environnementale plus responsable. Une répartition équitable des revenus issus des ressources naturelles contribuerait à réduire les inégalités et à favoriser un développement socio-économique équilibré dans la région.
Grand Nord : Résilience face aux défis sécuritaires et climatiques
Caractéristiques démographiques Le Grand Nord regroupe les régions de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Adamaoua, qui se distinguent par leur diversité ethnique. Les Peuls, Kanuri, Toupouri et Kirdi, etc…composent les principaux groupes, avec des traditions culturelles et sociales variées. La région de l’Extrême-Nord, particulièrement densément peuplée, est un carrefour commercial majeur. En revanche, l’Adamaoua, moins peuplée, agit comme une zone de transition géographique et culturelle entre le Nord et le Sud. Cette diversité ethnique est une force pour le Grand Nord, mais elle est aussi source de tensions liées aux ressources limitées et aux conflits intercommunautaires.
Atouts économiques Le Grand Nord est une région à forte vocation agro-pastorale. L’agriculture y est orientée vers les cultures vivrières (mil, sorgho, arachides) et la production de coton, qui est une source clé de devises pour le pays. L’élevage de bovins, caprins et camélidés constitue également une activité économique majeure, en particulier dans l’Adamaoua, surnommée la « ceinture de l’élevage ». Par ailleurs, la région possède des potentialités inexploitées dans les secteurs minier et énergétique. Le développement de l’agriculture irriguée pourrait transformer cette région en un moteur agricole pour le Cameroun.
Défis Le Grand Nord fait face à des défis cruciaux, notamment l’insécurité provoquée par Boko Haram dans l’Extrême-Nord. Les attaques terroristes ont entraîné des déplacements de population, des perturbations économiques et un climat de peur. De plus, la région est particulièrement vulnérable aux changements climatiques, avec des sécheresses prolongées et des inondations récurrentes. Ces phénomènes affectent directement la productivité agricole et aggravent la pauvreté. Les tensions ethniques et foncières exacerbent ces défis, rendant la stabilité et le développement difficiles.
Avantages du fédéralisme Une organisation fédérale permettrait au Grand Nord de renforcer ses capacités à gérer ses défis locaux en adaptant les politiques à ses besoins spécifiques. L’autonomie accrue donnerait aux dirigeants locaux les moyens de lutter contre l’insécurité, de promouvoir des pratiques agricoles résilientes au climat et de développer des infrastructures adaptées. En outre, cela favoriserait la stabilité et renforcerait la confiance des populations envers les institutions locales.
Vincent Nkong -Njock et Jimmy Yab
Grand Littoral : Pôle économique et multiculturalisme
Caractéristiques démographiques Le Grand Littoral regroupe les régions du Littoral, du Sud-Ouest et des départements du Nyong- et – Kéllé et de l’Ocean, incluant des départements francophones et anglophones. Douala, la capitale économique, est le cœur de cette région cosmopolite, attirant des populations variées grâce à ses opportunités économiques. Cette diversité linguistique et culturelle est à la fois une richesse et une source de tensions, particulièrement dans le contexte de la crise anglophone. La cohabitation des communautés Bakoko, Bassa, Douala, Bakweri, les Sawa en general, crée une dynamique culturelle complexe, nécessitant des mécanismes de gestion interculturelle efficaces.
Atouts économiques Le Grand Littoral est le principal pôle économique du Cameroun, abritant le port de Douala, qui gère la majorité des importations et exportations nationales. La région est également riche en hydrocarbures offshore, avec des infrastructures pétrolières modernes. En outre, le développement des ports de Kribi et de Limbé renforce le rôle stratégique de cette région. Parallèlement, le secteur industriel et commercial y est florissant, avec une concentration d’entreprises locales et multinationales, faisant de Douala le moteur économique du Cameroun.
Défis La région fait face à des défis importants liés à la gestion des tensions linguistiques et politiques entre francophones et anglophones. La crise anglophone a amplifié ces tensions, entraînant des perturbations économiques et sociales. L’urbanisation rapide de Douala exerce une pression considérable sur les infrastructures urbaines, avec des problèmes de logement, de transport et de pollution. La gestion des conflits entre les communautés et l’équité dans le partage des ressources économiques restent des priorités pour assurer la stabilité de la région.
Avantages du fédéralisme Le fédéralisme offrirait une plateforme pour répondre aux spécificités linguistiques et culturelles de la région. Une plus grande autonomie locale permettrait d’élaborer des politiques de gestion des infrastructures et de réconciliation adaptées aux besoins des différentes communautés. Cela contribuerait également à apaiser les tensions et à promouvoir la coexistence pacifique, tout en renforçant le rôle stratégique du Grand Littoral dans l’économie nationale.
Grand Ouest : Innovation et résilience économique
Caractéristiques démographiques Le Grand Ouest, composé des régions de l’Ouest et du Nord-Ouest, se distingue par sa densité de population et sa diversité culturelle. Les principales ethnies, dont Bamileké, les Bamoun, les Mbô, les Bororo, les Tikar sont connues pour leur esprit entrepreneurial et leur dynamisme économique. Cependant, la région du Nord-Ouest, majoritairement anglophone, est marquée par des revendications politiques pour une plus grande autonomie, exacerbées par la crise anglophone. Cette situation met en lumière les défis d’intégration nationale et de gestion des différences culturelles.
Atouts économiques La région est un modèle de résilience économique grâce à son commerce florissant, ses petites et moyennes entreprises, et ses marchés animés. L’agriculture de rente, notamment la culture du café et du cacao, constitue un pilier économique majeur. L’artisanat et le tourisme culturel, autour des chefferies traditionnelles, renforcent l’économie locale. Par ailleurs, les Bamilékés se distinguent par leur capacité à investir dans l’immobilier et les réseaux commerciaux, faisant de cette région un moteur d’innovation et de croissance.
Défis Le Grand Ouest est confronté à des défis politiques et sociaux, notamment les tensions liées à la marginalisation perçue et les revendications séparatistes dans le Nord-Ouest. La crise anglophone a entraîné des violences et des déplacements de population, affectant gravement l’économie locale. En outre, la densité de population élevée exerce une pression sur les ressources naturelles et les terres arables, menaçant la durabilité environnementale.
Avantages du fédéralisme Le fédéralisme pourrait offrir au Grand Ouest une plus grande autonomie pour gérer ses défis spécifiques. En donnant plus de pouvoir aux autorités locales, il serait possible de répondre aux besoins des populations anglophones et francophones, de promouvoir la paix et de relancer les activités économiques affectées par les conflits. Cette autonomie permettrait également de renforcer les initiatives locales pour un développement inclusif et durable.
Conclusion
La proposition de réorganisation du Cameroun en quatre grandes régions fédérées repose sur une vision stratégique visant à mieux répondre aux défis démographiques, économiques et sociopolitiques du pays. Cette structure fédérale offre une opportunité de gouvernance décentralisée et inclusive, favorisant une gestion plus efficace des ressources naturelles, une réduction des tensions intercommunautaires et une promotion de la paix. Elle permettrait également d’adopter des politiques adaptées aux réalités locales, renforçant ainsi la cohésion nationale tout en respectant la diversité culturelle et linguistique.
En outre, ce modèle fédéral renforcerait l’autonomie des régions tout en maintenant l’unité nationale. Chaque région, en s’appuyant sur ses atouts spécifiques, pourrait devenir un pôle de développement économique et social. Cette transformation institutionnelle, si bien mise en œuvre, pourrait repositionner le Cameroun comme un État développementaliste communautaire exemplaire en Afrique, capable de relever les défis contemporains tout en jetant les bases d’un avenir prospère et équitable pour tous ses citoyens.
Références
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Rodríguez-Pose, A. (2013). « Do Institutions Matter for Regional Development? » Regional Studies.
Topa, G., et al. (2009). The Rainforests of Cameroon: Opportunities and Constraints. World Bank Publications.
Yab, J.,(2020). Succès des Politiques de Développement en Asie de l’Est: Étude comparative des politiques économiques de développement: Japon, Corée du Sud, Taïwan, … Malaisie, Singapour et Indonésie. (1960-1997), SUP
La fonction publique camerounaise est confrontée à des défis majeurs, allant de la surpopulation administrative à un manque d’efficacité, dû à un système de recrutement biaisé et une centralisation excessive des postes. Ce diagnostic examine les faiblesses structurelles actuelles en mettant en évidence les effets de l’actuel ratio de 1 fonctionnaire pour 85 habitants. En comparaison avec les modèles de Singapour, de la Chine et de plusieurs autres pays, nous proposons une réduction et une redistribution des effectifs afin de parvenir à un ratio optimal de 1 pour 60, tel que recommandé par le Mouvement pour la Libération du Cameroun (MLDC). Ce nouveau ratio permettrait une administration plus décentralisée, compétente et apte à répondre aux besoins spécifiques des populations locales, s’inscrivant dans une vision d’État développementaliste communautaire.
Mots clés : fonction publique, Cameroun, décentralisation, efficacité administrative, ratio optimal, MLDC, comparaison internationale, Chine , Singapour
Introduction
La fonction publique camerounaise est marquée par des failles systémiques qui réduisent son efficacité et freinent le développement socio-économique du pays. Ces maux incluent une gestion pléthorique, des pratiques de recrutement peu rigoureuses, une centralisation excessive et un manque de technocrates compétents dans des secteurs stratégiques. Ce dysfonctionnement se traduit par une inflation des effectifs, peu de valorisation des compétences locales et une faible réactivité aux besoins des citoyens.
Cet article dresse un diagnostic des principaux maux de la fonction publique camerounaise en tenant compte de comparaisons internationales et propose un ratio de 1 fonctionnaire pour 60 habitants, comme solution selon le modèle d’État développementaliste communautaire proposé par le MLDC.
I. Diagnostic des Dysfonctionnements de la Fonction Publique Camerounaise
Les faiblesses de la fonction publique au Cameroun peuvent se résumer en plusieurs points clés :
1. Un Ratio Excessif et Inefficace :
Actuellement, le Cameroun compte environ 1 fonctionnaire pour 85 habitants, un ratio qui pourrait paraître modeste, mais qui masque une inefficacité structurelle. La répartition des effectifs reste déséquilibrée, avec une concentration des postes dans les grands centres urbains au détriment des zones rurales. Cette configuration limite la capacité de l’administration à répondre efficacement aux besoins de toutes les communautés.
2. Recrutements Biaisés et Favoritisme :
Les processus de recrutement privilégient souvent le népotisme et le clientélisme au détriment de la compétence. Cette pratique entraîne un déficit de technocrates qualifiés, notamment dans les secteurs critiques du développement local et économique.
3. Centralisation Excessive des Postes et Manque de Décentralisation :
La centralisation des décisions et des ressources entrave l’efficacité de la gouvernance locale et aggrave les disparités régionales. Bien que le Cameroun ait initié des réformes de décentralisation, leur mise en œuvre reste limitée, empêchant les collectivités locales de répondre efficacement aux besoins de leurs citoyens.
4. Absence de Formation Continue et d’Évaluation des Performances :
Les fonctionnaires camerounais bénéficient rarement de formations continues, et les évaluations de performance sont quasi-inexistantes. Ceci nuit à l’efficience de l’administration, réduisant la capacité des agents à s’adapter aux nouvelles exigences technologiques et aux priorités économiques.
II. Comparaison Internationale : Leçons de la Fonction Publique à l’Étranger
Pour déterminer un ratio plus optimal, il est utile de se référer à d’autres pays ayant des structures de fonction publique plus performantes.
• Singapour : Avec un ratio de 1 fonctionnaire pour 20 habitants, Singapour met l’accent sur l’excellence administrative, la compétence et la formation continue des agents. Ce modèle est hautement performant grâce à une rigueur de recrutement et un processus de responsabilisation strict (Lee, 2019).
• Chine : La Chine maintient un ratio d’environ 1 fonctionnaire pour 60 habitants, avec une fonction publique décentralisée et orientée vers les priorités de développement. L’administration chinoise repose sur une planification stratégique et un déploiement de technocrates qualifiés dans les zones locales, permettant une exécution rapide et ciblée des politiques de développement (Ming, 2021).
• France : La France, avec un ratio de 1 pour 12, conserve une administration étoffée, mais les défis de centralisation et de bureaucratie restent notables. Ce ratio, bien que permettant une forte couverture des services, n’illustre pas nécessairement une efficacité optimale pour un pays en développement comme le Cameroun (INSEE, 2022).
• Afrique du Sud : La fonction publique sud-africaine, avec un ratio de 1 fonctionnaire pour 35 habitants, affiche une structure centralisée avec des problèmes d’inefficacité similaires à ceux du Cameroun, notamment en matière de décentralisation (StatsSA, 2022).
III. Vers un Ratio Optimal pour une Fonction Publique Efficace au Cameroun : 1 Fonctionnaire pour 60 Habitants
Au vu des modèles internationaux, le MLDC propose de fixer un ratio de 1 fonctionnaire pour 60 habitants au Cameroun, permettant de répondre aux besoins d’efficacité administrative tout en allégeant les charges budgétaires. Ce ratio vise à favoriser un équilibre entre couverture administrative et efficience, et s’accompagne des mesures suivantes :
1. Réduction et Redistribution des Effectifs :
La réduction des effectifs dans les centres urbains pour une meilleure redistribution vers les communes rurales permettrait de répondre aux besoins locaux. En promouvant la décentralisation et en renforçant les capacités des communes, ce modèle assure une gouvernance plus proche des citoyens.
2. Recrutement Basé sur la Compétence et Formation Continue :
Inspiré par les modèles singapourien et chinois, le MLDC recommande une réforme des procédures de recrutement, priorisant la compétence et la transparence. La formation continue et l’évaluation de la performance doivent être intégrées pour renforcer les compétences et maintenir la qualité des services publics.
3. Encourager la Responsabilisation Locale et l’Autonomie des Communes :
La décentralisation doit s’accompagner d’une responsabilisation accrue des administrations locales, permettant à chaque commune d’adapter les politiques publiques à ses spécificités locales, ce qui est un pilier de l’État développementaliste communautaire.
IV. Conclusion : Une Réforme Nécessaire vers une Administration Efficiente
Pour améliorer la fonction publique camerounaise, une révision du ratio fonctionnaires/population s’impose, de 1 pour 85 actuellement à 1 pour 60, comme proposé par le MLDC. Ce changement, associé à des réformes de décentralisation, de recrutement et de formation, pourrait transformer l’administration publique en un levier essentiel du développement. En adoptant ce modèle d’État développementaliste communautaire, le Cameroun pourra mieux répondre aux attentes de sa population, promouvoir l’équité régionale et engager une dynamique de croissance inclusive.
Références
• Lee, H. (2019). Public Administration in Singapore: Lessons for Developing Countries. Singapore Journal of Public Policy.
• Ming, Z. (2021). Technocracy and Economic Development in China: A Case Study. Journal of East Asian Development.
• INSEE (2022). Les effectifs de la fonction publique en France. Paris: INSEE.
• StatsSA (2022). Public Sector Employment Data. South African Statistical Association.
• INS (2021). Statistiques de la fonction publique camerounaise. Yaoundé : Institut National de la Statistique.
Alors qu’une nouvelle session parlementaire s’ouvre cette semaine au Cameroun, le bilan de plus de quatre décennies de sessions laisse un goût amer. Et depuis les premières élections législatives pluralistes des années 1990, le parlement camerounais a échoué à défendre les intérêts du peuple, miné par une domination du parti au pouvoir qui muselle l’opposition. Sous la gouvernance continue de Paul Biya, l’Assemblée Nationale a souvent été perçue comme un outil de validation des décisions de l’exécutif plutôt qu’un véritable contre-pouvoir.
Face à une situation socio-économique de plus en plus critique, où la pauvreté et le chômage grimpent sans relâche, avec une situation securitaire critique, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose des réformes novatrices pour transformer cette institution en un moteur de développement communautaire, au service des citoyens. Inspirées des meilleures pratiques internationales et de la philosophie d’un État développementaliste communautaire, ces réformes visent à rétablir un parlement véritablement représentatif, transparent et comptable.
Un Parlement Impuissant Face à la Montée de la Pauvreté
Les indicateurs socio-économiques du Cameroun depuis les années 1990 brossent un tableau alarmant. En 1991, au lendemain des premières élections législatives pluralistes, le taux de pauvreté nationale était estimé à environ 40%. Depuis, ce chiffre n’a fait qu’augmenter, atteignant plus de 50% en 2022, avec des disparités régionales prononcées où le taux de pauvreté dépasse les 70% dans certaines zones rurales (INS Cameroun, 2022). Par ailleurs, le taux de chômage, qui oscillait autour de 5% en 1991, est aujourd’hui estimé à plus de 12%, affectant particulièrement les jeunes, qui peinent à trouver un emploi stable et durable.
Cette aggravation de la pauvreté et du chômage révèle l’échec d’un parlement inactif, incapable d’adopter des lois favorisant la croissance économique et l’inclusion sociale. Comme le souligne le politologue Jean-François Bayart, « un parlement déconnecté de la réalité du peuple devient complice de l’oppression économique » (Bayart, 1993). En d’autres termes, un parlement sans véritable opposition et sans mécanismes de contrôle des politiques économiques gouvernementales ne fait que prolonger un statu quo défavorable aux citoyens.
Une Assemblée aux Couleurs d’un Parti Unique : L’Absence d’Opposition
Depuis les premières élections législatives pluralistes des années 1990, l’opposition camerounaise a lutté pour se faire une place dans un parlement dominé par le RDPC. En pratique, l’opposition n’a pratiquement jamais eu le pouvoir de faire adopter des lois significatives. Selon les travaux de l’historien Achille Mbembe, « un parlement sans opposition devient une simple chambre d’enregistrement où le pouvoir exécutif impose son agenda sans débat réel » (Mbembe, 2000). Cette remarque résume parfaitement le fonctionnement de l’Assemblée Nationale au Cameroun : les initiatives parlementaires issues de l’opposition, rares et souvent marginalisées, finissent systématiquement par être rejetées, étouffées par une majorité mécanique.
En 42 ans, combien de lois portées par l’opposition ont réellement été adoptées ? La réponse est dérisoire. Dans le contexte camerounais, le pouvoir législatif semble servir davantage à valider les décisions de l’exécutif qu’à offrir un espace de débat démocratique. La quasi-absence d’une opposition structurée et influente au sein de l’Assemblée conduit à une stagnation législative qui ne répond en rien aux besoins criants de la population. Cette situation a mené le Cameroun dans une impasse, où l’inertie institutionnelle se traduit par une absence de progrès socio-économique.
Conséquences de l’Absence d’un Contre-pouvoir Parlementaire
Sans opposition forte, le parlement camerounais s’avère incapable de jouer son rôle de contrepoids au pouvoir exécutif. L’essence même de la démocratie parlementaire, qui repose sur un équilibre entre les différents pouvoirs, est ici compromise. Selon le politologue Jean-François Bayart, « un parlement doit être le reflet des aspirations populaires et non un simple appui pour les décisions du président » (Bayart, 1993). Or, au Cameroun, l’Assemblée Nationale a rarement, voire jamais, constitué un espace de défense des intérêts populaires. Les lois adoptées, principalement initiées par le gouvernement, répondent davantage aux priorités de l’élite politique et économique qu’à celles des citoyens ordinaires.
Cet immobilisme législatif se reflète dans la vie quotidienne des Camerounais : éducation en crise, infrastructures de santé défaillantes, et système de transport obsolète. En l’absence de pression venant d’une opposition active, le gouvernement se trouve dispensé de rendre des comptes. Les rapports annuels de Transparency International sur le Cameroun, qui placent régulièrement le pays parmi les plus corrompus du monde, témoignent d’un système où l’opacité règne et où les institutions manquent de transparence et de responsabilité.
Les Propositions du MLDC pour un Parlement au Service du Développement Communautaire
Pour le MLDC, l’urgence est de transformer l’Assemblée Nationale en un véritable outil de développement et de soutien communautaire, capable de répondre aux besoins sociaux et économiques des Camerounais. En s’inspirant des parlements les plus performants dans le monde, le MLDC propose des réformes structurelles pour rendre l’Assemblée plus accountable, participative et proactive.
Création d’un Bureau de Responsabilité Parlementaire (BRP) : Inspiré du modèle scandinave, ce bureau indépendant serait chargé de surveiller et d’évaluer les activités des députés afin d’assurer qu’ils répondent aux attentes des électeurs. Ce bureau rendrait des comptes à travers des rapports publics réguliers sur les activités, l’assiduité et l’engagement des députés, permettant ainsi aux citoyens de mieux juger la performance de leurs représentants.
Commissions Citoyennes de Contrôle Législatif : À l’image des commissions citoyennes en Europe, le MLDC propose d’associer des citoyens experts ou tirés au sort pour évaluer et suggérer des modifications aux lois. Ces commissions garantiraient que les textes de loi adoptés tiennent compte des préoccupations locales et des réalités sociales et économiques du pays. Selon Achille Mbembe, « le rôle d’un parlement est de donner voix aux aspirations populaires dans chaque décision législative » (Mbembe, 2000).
Budget Participatif pour le Financement des Projets Locaux : Inspirée du modèle brésilien de budget participatif, cette réforme impliquerait que les députés consacrent une partie de leur budget à des projets communautaires définis directement par les citoyens. Cela permettrait aux Camerounais de choisir les projets prioritaires dans leur région, que ce soit pour l’éducation, la santé ou les infrastructures, renforçant ainsi le lien de confiance entre les électeurs et leurs représentants.
Séances Hebdomadaires de Questions au Gouvernement : À l’image des questions hebdomadaires au gouvernement dans les démocraties parlementaires britanniques, le MLDC propose que les ministres soient hebdomadaire tenus de répondre publiquement aux questions des députés. Cette transparence permettrait aux citoyens de suivre de près les décisions de l’exécutif, renforçant ainsi la responsabilité du gouvernement envers la population.
Tribunes de Débat Public et Référendums Consultatifs : Pour renforcer la participation des citoyens aux grandes décisions politiques, le MLDC propose d’instaurer des tribunes de débat public et des référendums consultatifs. Inspirée des pratiques suisses, cette mesure permettrait aux Camerounais de s’exprimer directement sur des questions législatives majeures et de s’assurer que les lois répondent aux besoins réels du pays.
Statut Officiel pour l’Opposition et Droits Renforcés : Le MLDC défend l’idée d’un statut officiel et de moyens accrus pour l’opposition au parlement, afin de garantir un véritable contre-pouvoir. Inspiré du modèle indien, où l’opposition joue un rôle clé dans le processus législatif, ce statut permettrait à l’opposition de proposer des lois, d’enquêter sur les affaires gouvernementales et de représenter plus efficacement les citoyens.
Sessions Annuelles de Bilan devant les Citoyens : Inspiré des pratiques allemandes, le MLDC propose que chaque député organise annuellement une session publique de bilan dans sa circonscription, où il rendrait compte de son activité parlementaire. Cette transparence renforcerait la redevabilité des élus, permettant aux citoyens de mieux suivre et évaluer le travail de leurs représentants.
Une Comparaison Internationale : L’État Développementaliste Communautaire en Action
Dans les pays nordiques, la transparence parlementaire et l’inclusivité sont des piliers essentiels de la gouvernance, et les résultats économiques sont frappants : avec un taux de pauvreté inférieur à 10% et un chômage sous les 5%, ces pays prouvent qu’un parlement accountable peut transformer un pays (World Bank, 2023). Au Japon, la tradition de dialogue et de consensus, essentielle dans la culture communautaire, inspire des pratiques parlementaires où l’opposition est activement impliquée, permettant des lois qui soutiennent une croissance inclusive.
Dans le contexte africain, les valeurs de solidarité, de consultation et d’écoute des sages, présentes dans les cultures locales, peuvent inspirer un parlement qui valorise la parole citoyenne et intègre les préoccupations communautaires. La constitution de commissions législatives comprenant des leaders communautaires, comme le propose le MLDC, contribuerait à rapprocher les institutions politiques des réalités sociales et culturelles camerounaises.
Le Parlement au Service du Peuple
Le MLDC croit fermement que le rôle du parlement camerounais doit être d’incarner un véritable service au peuple, de représenter les intérêts des citoyens, et d’assurer le développement durable de chaque communauté. Avec des réformes audacieuses et inspirées d’un État développementaliste communautaire, il est possible de bâtir une Assemblée Nationale qui répond enfin aux attentes populaires. Un parlement transparent, responsable et inclusif est non seulement un pilier d’une démocratie vivante, mais aussi une condition essentielle pour améliorer les conditions de vie des Camerounais.
Mots Clés:Prime de modernisation de la recherche-Enseignants-chercheurs-Infantilisation-Incompétence- Gouvernement-MLDC (Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun)-État développementaliste communautaire-Michael Apple-Paolo Freire-Michel Foucault-Modèle anglo-saxon–Paul Biya
Analyse du Pr Jimmy Yab, SG du MLDC
Le décret présidentiel n°2009/121 du 8 avril 2009, instituant une « prime pour la modernisation de la recherche » au Cameroun, avait initialement été salué comme une avancée majeure. Cette prime, destinée aux enseignants-chercheurs, visait à stimuler la recherche scientifique et à positionner le Cameroun comme un acteur compétitif dans la production de savoir. Cependant, quinze ans après cette annonce, l’absence de paiement effectif a révélé des failles profondes dans la gestion de cette promesse. Cette situation met en lumière une stratégie politique bien plus complexe, relevant autant de la manipulation et de l’incompétence que d’une volonté délibérée d’infantiliser le corps enseignant camerounais. Face à cette crise, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose des solutions fondées sur les principes d’un État développementaliste communautaire et inspirées des meilleures pratiques de l’éducation universelle pour rétablir la dignité des enseignants.
1. Manipulation et incompétence : une promesse non tenue pour décourager l’excellence académique
Dès l’introduction de la prime, les autorités camerounaises ont présenté cette initiative comme une réponse aux besoins urgents de financement de la recherche. Cependant, le paiement a été retardé année après année, sous des prétextes administratifs qui masquent une incapacité chronique à gérer efficacement le secteur éducatif. Les enseignants-chercheurs, malgré leur engagement et leurs sacrifices, se trouvent démunis face à des institutions qui manquent de transparence et de responsabilité.
Dans son ouvrage The State and Higher Education, Michael Apple (2000) souligne que « les systèmes éducatifs en crise reflètent souvent une crise de l’État lui-même, où l’incapacité à respecter les engagements sociaux traduit un échec de la gouvernance ». Cette observation s’applique pleinement au Cameroun, où l’incapacité à payer la prime de modernisation de la recherche illustre le dysfonctionnement d’un État qui, en sous-estimant le secteur éducatif, compromet son propre développement.
Le MLDC estime que la première étape pour redresser cette situation est la mise en place d’un système transparent et indépendant de gestion des fonds pour l’éducation et la recherche. Inspiré des pratiques de transparence financière anglo-saxonnes, le MLDC propose de créer un Fonds national pour la modernisation de la recherche, administré par un conseil incluant des représentants des enseignants, des experts financiers, et des membres de la société civile. Ce fonds serait entièrement dédié aux primes et financements de recherche, et ses comptes publiés annuellement pour assurer un suivi citoyen et réduire les risques de détournement.
2. L’infantilisation des enseignants : une stratégie de contrôle politique
La crise actuelle dépasse la simple question de l’incompétence. Pour de nombreux observateurs, le refus de payer cette prime traduit une politique de dépendance et de soumission, destinée à maintenir les enseignants dans une position d’infériorité. En refusant d’assurer aux enseignants des droits économiques garantis, le gouvernement semble s’assurer que le corps académique reste « en attente » de la bonne volonté de l’État. Comme le soutient Paolo Freire dans Pedagogy of the Oppressed (1970), « la privation de droits économiques équivaut à une privation de dignité, et un groupe privé de sa dignité est plus facile à dominer ». Au Cameroun, cette approche crée une culture de dépendance et de résignation chez les enseignants, les empêchant de contester ouvertement les décisions du pouvoir.
Le MLDC considère qu’une éducation émancipatrice est un élément fondamental d’un État développementaliste. Pour rompre avec cette dynamique d’infantilisation, il est nécessaire de garantir aux enseignants non seulement une rémunération équitable, mais également une autonomie financière. Inspiré des systèmes anglo-saxons, où les universités disposent d’une forte indépendance budgétaire et académique, le MLDC propose la création d’un système de financement décentralisé, où chaque université camerounaise serait responsable de gérer ses propres ressources pour rémunérer ses enseignants et financer ses projets de recherche. Cette approche permettrait aux institutions d’enseignement supérieur de négocier directement avec le gouvernement les subventions nécessaires, offrant ainsi aux enseignants une plus grande sécurité financière et une indépendance vis-à-vis des caprices de l’État central.
3. Le maintien dans une dépendance économique : une stratégie de domination symbolique
Au-delà de la privation économique, cette prime impayée symbolise une stratégie politique de domination. En gardant les enseignants dans un état de précarité économique, le gouvernement les place dans une situation de vulnérabilité permanente, freinant toute velléité d’opposition. Comme le décrit Michel Foucault dans Surveiller et punir (1975), « la précarité économique est une technique de contrôle, car elle déstabilise psychologiquement les individus, les empêchant d’organiser une résistance collective efficace ». Les enseignants, censés être des vecteurs de savoir et de pensée critique, se retrouvent donc économiquement dépendants d’un gouvernement qui peut, selon son bon vouloir, choisir de respecter ou non ses engagements.
Le MLDC est convaincu que l’indépendance financière et intellectuelle des enseignants est cruciale pour garantir un système éducatif sain et résilient. Inspiré par les universités britanniques et américaines, où le financement de la recherche repose sur un mélange de fonds publics, de mécénat et de contributions privées, le MLDC propose de créer des partenariats public-privé pour la recherche au Cameroun. Ces partenariats permettraient de diversifier les sources de financement de la recherche académique, offrant aux enseignants un accès plus large aux ressources, tout en réduisant la dépendance des institutions académiques vis-à-vis du budget étatique. En parallèle, un Conseil des enseignants-chercheurs, indépendant du gouvernement, serait créé pour assurer un suivi des financements et proposer des projets de recherche d’intérêt national.
Les propositions du MLDC : un modèle éducatif inspiré du système anglo-saxon
Le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) est conscient que le développement du Cameroun passe par une réforme en profondeur de son système éducatif. Inspiré par les modèles anglo-saxons, le MLDC propose les solutions suivantes pour revaloriser durablement le corps enseignant :
1. Établissement d’une autonomie académique et financière pour les universités : En suivant le modèle britannique, où les universités bénéficient d’une grande liberté administrative et budgétaire, chaque établissement au Cameroun disposerait d’un budget indépendant et d’un pouvoir décisionnel autonome. Cela permettrait de garantir une gestion efficiente des fonds de recherche et des primes des enseignants.
2. Création d’un Institut de Formation Permanente pour les Enseignants : Inspiré des programmes de formation continue anglo-saxons, cet institut permettrait aux enseignants camerounais d’accéder à des formations de pointe, financées par l’État et par des partenaires privés, pour adapter leurs compétences aux évolutions de la recherche et des pratiques pédagogiques.
3. Développement d’un système de financement mixte de la recherche : Le MLDC propose d’ouvrir le financement de la recherche aux contributions privées et aux dons d’entreprises, comme c’est le cas dans les universités américaines. Cela permettrait de diversifier les sources de financement, d’encourager les projets innovants, et d’atténuer la dépendance des universités à l’égard du budget étatique.
4. Création d’un Conseil National de la Recherche et de l’Éducation : À l’image du Higher Education Funding Council du Royaume-Uni, cet organe indépendant surveillerait l’allocation des financements dans le domaine éducatif, assurant ainsi transparence et équité dans la répartition des fonds destinés à la recherche et aux enseignants.
5. Mise en place d’une Charte de la Dignité Enseignante : Inspirée des chartes éthiques anglo-saxonnes, cette charte garantirait aux enseignants des droits économiques et sociaux fondamentaux, reconnaissant leur rôle crucial dans le développement de la société camerounaise.
En somme, pour le MLDC, l’amélioration du système éducatif camerounais passe par la mise en place de politiques transparentes, l’autonomisation des universités et le respect des droits des enseignants. En s’inspirant des modèles anglo-saxons et en instaurant des réformes profondes, le Cameroun peut non seulement rendre justice à ses enseignants, mais aussi bâtir une société plus prospère et plus juste. Le MLDC est résolu à mener ces réformes pour que le Cameroun devienne un État développementaliste communautaire, où chaque acteur du savoir est respecté et valorisé dans sa contribution à l’édification nationale.
Je disais déjà à l’époque dans l’émission Hutu Africa de Stéphane Mbarga à Info TV que:
IL FAUT REMPLACER TOUS LES DEPUTES ET MAIRES RDPC EN 2025-2026, C’EST UN IMPERATIF CITOYEN POUR NOUS ET LES FUTURES GENERATIONS
Lorsqu’un pays est gouverné pendant des décennies par de mauvaises lois, il en résulte inévitablement des conséquences désastreuses. D’une part, on forme des citoyens qui manquent de compétences et d’initiative. D’autre part, on crée des individus qui, moralement, perdent leurs repères et se retrouvent dans des comportements nuisibles, souvent contraires aux valeurs de bienveillance, de solidarité et d’intégrité.
Pr Jimmy Yab à Info TV
Le problème du Cameroun ne se limite pas à la personne de Paul Biya. Il réside également dans un système entier qui favorise des pratiques et des structures inefficaces, notamment à travers :
1. Les députés du RDPC qui votent des lois inadaptées aux réalités et aux besoins de notre société, renforçant ainsi des normes qui freinent le progrès.
2. Les maires RDPC qui, pour beaucoup, font preuve d’incompétence et d’arrogance, éloignant ainsi l’administration des préoccupations et du bien-être des populations locales.
Ce cadre, qui se perpétue depuis des années, a engendré une partie de notre jeunesse qui manque de repères et de perspectives positives, et qui, parfois, sombre dans des comportements contraires à l’éthique et aux valeurs citoyennes. Pour réformer ce pays, nous devons non seulement transformer les institutions, mais aussi insuffler un nouveau sens des responsabilités et de l’engagement, afin de bâtir une société où les citoyens sont compétents, éthiques et guidés par des valeurs solides.
Cette vidéo met en évidence l’impact des mauvaises pratiques politiques sur la société camerounaise et la nécessité d’un changement en profondeur pour rétablir une gouvernance basée sur des valeurs solides et une administration compétente.
Dans une cérémonie d’investiture haut en couleur le 8 Novembre 2024 et un tournant politique historique, le Botswana a vu l’élection de Duma Boko, jeune président de 54 ans, qui incarne le changement tant attendu par les citoyens. En s’appuyant sur l’Umbrella for Democratic Change (UDC), une coalition unissant le Botswana National Front et l’Alliance for Progressives, Boko a réussi à renverser le parti au pouvoir après 58 ans de domination. Ce succès est un témoignage de la force d’une coalition qui place le bien-être des citoyens au centre de son programme, avec des promesses concrètes pour relever le niveau de vie de la population.
Lors de son investiture à Gaborone, Boko, acclamé par des milliers de citoyens enthousiastes, a souligné l’importance de l’unité et du changement. « C’est l’un des moments les plus rares de notre histoire — une démonstration de la puissance du peuple lorsqu’il s’unit pour un objectif commun », a-t-il déclaré. Son premier discours a mis en avant les valeurs de respect et de coopération, même envers son prédécesseur, Mokgweetsi Masisi, qui a permis une transition pacifique.
Le MLDC : Une Alternative de Changement pour le Cameroun
Inspiré par l’exemple botswanais, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) se positionne pour les élections de 2025 avec une vision similaire de coalition et de transformation sociale. Conscient que seul un programme populaire et inclusif peut battre le RDPC, parti au pouvoir depuis des décennies, le MLDC propose une coalition large qui réunit les jeunes, les femmes et diverses forces politiques autour d’un objectif commun : améliorer les conditions de vie des Camerounais. Le MLDC est convaincu que seul un mouvement inclusif et solidaire, soutenu par un programme axé sur le bien-être des citoyens, peut apporter l’alternance dont le pays a besoin.
Un Programme pour Élever le Niveau de Vie des Populations
Duma Boko et la coalition UDC ont su capter l’attention des Botswanais avec des engagements concrets : un salaire minimum de 4 000 pulas (302 dollars), des allocations de chômage, des aides pour les personnes âgées, et la création de nouvelles entreprises. Ces mesures répondent directement aux besoins des citoyens, alors que le chômage au Botswana est monté à 27,6 % en 2024. Ce programme pragmatique et orienté vers le développement social a été un facteur clé dans la victoire de l’UDC.
Le MLDC, de son côté, s’engage également à améliorer le niveau de vie des Camerounais, avec des propositions pour lutter contre le chômage, optimiser les services publics, et offrir un accès équitable à l’éducation et à la santé. En mettant l’accent sur une gestion efficace et transparente des fonds publics, le MLDC promet de recentrer les politiques nationales sur les besoins essentiels du peuple, un impératif pour créer un changement durable.
Optimiser les Ressources Nationales pour le Développement
Un autre aspect décisif de la victoire de l’UDC au Botswana est son engagement à renégocier les accords avec De Beers pour maximiser les bénéfices des ressources en diamants, qui constituent 80 % des exportations du pays. En s’inspirant de cette approche, le MLDC au Cameroun propose de réformer la gestion des ressources naturelles telles que le pétrole et le bois, afin d’augmenter les revenus nationaux et de soutenir l’économie locale par la création d’emplois durables.
Un Modèle pour l’Afrique et un Espoir de Transition pour le Cameroun
Le succès de la coalition UDC montre qu’une opposition unie et portée par un programme de progrès social peut triompher même face à un parti historiquement puissant. Cela représente un modèle inspirant pour le Cameroun, où le MLDC se prépare à une campagne historique pour 2025.
En rassemblant les forces populaires et en promouvant un programme qui place le bien-être des Camerounais au premier plan, le MLDC espère encourager la reproduction de ce succès botswanais au Cameroun.
Mots Clés:Pauvreté, Misère, Karl Marx, Frantz Fanon, Jean-François Bayart, Georges Balandier, Desmond Tutu, Banque Mondiale, Développement, Justice sociale, Exploitation, Islam
Chaque dimanche en Afrique, les églises se remplissent de fidèles. Des millions de personnes, parfois sans espoir matériel, se rassemblent pour prier, espérer un miracle ou simplement trouver du réconfort. Pourtant, ce continent, qui se distingue par une ferveur religieuse impressionnante, reste le plus pauvre du monde. Près de la moitié de la population africaine subsaharienne vit encore sous le seuil de pauvreté, avec moins de 1,90 dollar par jour. Les Africains prient, mais ils continuent de souffrir de la misère. Cette situation soulève une question troublante : pourquoi la pauvreté persiste-t-elle malgré cette foi profonde ? Et à qui profite cette multiplication des églises en Afrique ?
1. Les statistiques de la misère : l’Afrique à genoux
L’Afrique est le continent avec le taux de pauvreté le plus élevé au monde. Selon la Banque mondiale, environ 40 % de la population africaine vit sous le seuil de pauvreté, tandis que dans certains pays, comme le Mozambique, la République centrafricaine ou la République démocratique du Congo, ce chiffre dépasse les 60 %. En parallèle, l’Afrique enregistre également des indices alarmants de malnutrition et d’accès limité aux services de base : l’accès à l’eau potable reste un défi pour 400 millions d’Africains, et 600 millions n’ont toujours pas accès à l’électricité. Dans ce contexte, l’épanouissement personnel et le développement économique sont freinés par des obstacles structurels majeurs.
Cependant, alors que les indicateurs économiques et sociaux peinent à s’améliorer, les lieux de culte ne cessent de se multiplier. En Nigeria, par exemple, il existe des mégachurches, pouvant accueillir des dizaines de milliers de fidèles. La religion joue un rôle central dans la vie quotidienne de nombreux Africains, et l’Afrique est devenue un vivier de pratiques chrétiennes, islamiques et syncrétiques, parfois même associées à des cultes traditionnels.
2. La religion comme opium du peuple ?
Pour comprendre la place de la religion dans la vie des Africains, il est utile de revenir aux théories de Karl Marx, qui voyait dans la religion un « opium du peuple ». Pour Marx, la religion permet aux individus opprimés de supporter leur condition en promettant une récompense future, détournant ainsi leur attention des injustices sociales immédiates. En Afrique, la religion est souvent un refuge face aux incertitudes économiques, aux conflits, aux crises politiques, et à une pauvreté endémique. La promesse d’une intervention divine et d’une vie meilleure dans l’au-delà permet de supporter une réalité souvent difficile.
Le philosophe Frantz Fanon a également exploré les dynamiques d’oppression en Afrique. Dans Les Damnés de la Terre, il critique le rôle des institutions qui maintiennent les Africains dans une position de passivité. Il s’interroge sur la manière dont les systèmes de domination exploitent les croyances pour perpétuer un ordre injuste. Fanon nous amène à nous interroger : les régimes africains profitent-ils de l’essor religieux pour maintenir leur emprise sur les populations, en empêchant celles-ci de se mobiliser pour des revendications sociales et politiques concrètes ?
3. À qui profite cette prolifération des églises ?
L’une des questions essentielles est de savoir qui tire profit de l’expansion des églises et des mosquées en Afrique. Certains analystes estiment que les régimes dictatoriaux et corrompus trouvent dans la religion un moyen d’apaiser les foules, en canalisant leur désespoir vers la prière plutôt que vers la révolte. La prolifération des lieux de culte serait donc un instrument pour anesthésier les masses, les privant d’une prise de conscience sociale et politique qui pourrait menacer les régimes en place. Les politiciens eux-mêmes, bien conscients de cette dynamique, n’hésitent pas à fréquenter les églises, à soutenir les chefs religieux et à instrumentaliser les institutions religieuses pour gagner du soutien populaire.
Le sociologue Jean-François Bayart, dans son étude sur le « politique par le bas » en Afrique, montre comment les élites africaines utilisent la religion pour canaliser le mécontentement populaire. En encourageant un système où les individus s’en remettent à la providence divine, les dirigeants maintiennent un ordre social qui leur est favorable. De plus, les institutions religieuses, souvent exemptées d’impôts et bénéficiant de donations, prospèrent tandis que la pauvreté persiste.
4. La foi, moteur de résilience ou obstacle au changement ?
La foi religieuse des Africains est également source de résilience. Elle leur permet de faire face aux épreuves de la vie avec courage et dignité. Mais cette foi, qui les aide à surmonter les difficultés, peut aussi les enfermer dans une forme de résignation. L’anthropologue Georges Balandier, dans son œuvre Afrique ambiguë, décrit l’Afrique comme un continent où cohabitent des aspirations modernes et des traditions ancestrales. Pour lui, cette cohabitation entraîne souvent des contradictions, dont la religion est un parfait exemple : elle symbolise à la fois une espérance pour un avenir meilleur et une dépendance à l’égard d’un pouvoir invisible.
Dans ce cadre, la religion devient un frein à la mobilisation sociale. En promettant une récompense dans l’au-delà ou en valorisant la patience et la soumission aux autorités, les doctrines religieuses peuvent encourager les Africains à accepter leur sort au lieu de le contester. Les structures religieuses, en devenant des acteurs économiques et sociaux puissants, contribuent parfois, malgré elles, à la reproduction de l’ordre établi.
5. Les pistes pour une transformation sociale
Si la religion joue un rôle fondamental en Afrique, il est essentiel que celle-ci se conjugue à des initiatives concrètes pour un changement social et économique. L’ancien archevêque Desmond Tutu, fervent défenseur des droits de l’homme, a montré que la foi peut aussi être un moteur de résistance contre l’injustice. À travers son engagement en faveur de la justice sociale, il a montré qu’il est possible de concilier croyance religieuse et lutte politique.
Les institutions religieuses pourraient avoir un rôle positif en sensibilisant les fidèles aux questions sociales et en soutenant des projets d’éducation et de développement. Plutôt que de promettre des miracles, elles pourraient mettre l’accent sur l’importance de l’autonomisation des individus, de l’éducation, et de la solidarité. En se posant comme des vecteurs de progrès social, elles aideraient les Africains à trouver en eux-mêmes et dans leur communauté les ressources pour améliorer leurs conditions de vie.
Alors, Dieu entend-il le cri des Africains ? Peut-être que la question est moins de savoir si Dieu écoute, que de savoir si les Africains prennent eux-mêmes en main leur destin. La religion peut être une force de transformation si elle ne sert pas à perpétuer une résignation passive, mais encourage à agir pour le bien commun. À la foi en une aide divine devrait s’ajouter une foi en l’action humaine, guidée par la justice, l’entraide, et la solidarité. Ainsi, le miracle pourrait ne plus être attendu passivement, mais construit jour après jour.
Mots Clés: Bible, David, Salomon, Josias, Ezechiel, Choniques, Rois, Ancien Testament, Chrétiens, Catholiques
Le ministre du Commerce du Cameroun a récemment déclaré que « ne pas soutenir Paul Biya, c’est défier Dieu qui l’a choisi ». En utilisant la Bible comme référence pour justifier le règne prolongé d’un dirigeant, il oublie un point fondamental : les rois choisis par Dieu dans les Écritures ont régné non pour leur propre pouvoir, mais pour assurer prospérité, paix et justice à leurs peuples. Ils ont travaillé pour le bien-être matériel et spirituel de leur nation, et, quand le moment était venu, ils ont cédé leur place pour que la prospérité se perpétue.
Contrairement à ces exemples bibliques de rois bénis et justes, le Cameroun vit aujourd’hui une réalité bien différente sous le régime de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Il est crucial de se demander : le règne de Biya reflète-t-il cette mission divine de prospérité et de justice, ou plonge-t-il au contraire la jeunesse camerounaise dans la misère et le désespoir ? Regardons ensemble ce que la Bible nous enseigne sur la gouvernance divine et confrontons cela à la réalité que vit la jeunesse camerounaise aujourd’hui. Dans les besoins de clarté dans la recherche, j’ai assumé que le Dieu dont parle le Ministre du commerce est le Dieu Chrétien, car Paul Biya est chrétien catholique.
La prospérité économique des rois choisis par Dieu : Exemples bibliques
Dans les Écritures, plusieurs rois choisis par Dieu ont conduit leur peuple à des époques de prospérité exceptionnelle. Leur règne est marqué par une économie florissante, la sécurité et le bien-être de leurs sujets.
David : Un règne béni de paix et de prospérité
Le roi David, choisi par Dieu, est un exemple de dirigeant ayant mis la sécurité et la prospérité de son peuple au premier plan. En sécurisant les frontières d’Israël par des conquêtes judicieuses, il a permis à la nation d’atteindre une stabilité sans précédent. Son règne est décrit comme une période de richesse et de gloire.
Dans 1 Chroniques 29:28, il est dit de lui : « Il mourut dans une heureuse vieillesse, rassasié de jours, de richesses et de gloire » (Louis Segond). Cette prospérité n’était pas que personnelle ; elle s’étendait à tout Israël, car David gouvernait pour le bien de ses sujets. Son règne offrait une stabilité sociale qui permettait à chaque famille de vivre en paix, de cultiver ses terres et d’élever ses enfants dans un environnement prospère.
Salomon : La sagesse et l’abondance pour le bien du peuple
Le règne de Salomon, fils de David, est sans doute l’apogée de la prospérité d’Israël. Connu pour sa sagesse divine, Salomon a instauré un âge d’or pour son peuple. Dès le début de son règne, il demanda à Dieu non pas des richesses, mais la sagesse nécessaire pour gouverner son peuple avec justice. En retour, Dieu le bénit abondamment, lui accordant sagesse, richesse et renommée.
1 Rois 10:23-24 décrit l’opulence de son règne : « Le roi Salomon fut plus grand que tous les rois de la terre par les richesses et par la sagesse. Et tout le monde cherchait à voir Salomon, pour entendre la sagesse que Dieu avait mise dans son cœur. » Grâce à son intelligence et à ses alliances commerciales, il multiplia les ressources de son royaume, construisit le Temple de Jérusalem et favorisa le commerce avec des nations lointaines.
1 Rois 4:25 témoigne de la paix sous son règne : « Juda et Israël, depuis Dan jusqu’à Beer-Schéba, habitèrent en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier, tout le temps de Salomon. » Cette image d’abondance et de sécurité est éloquente : sous Salomon, chaque citoyen pouvait bénéficier des fruits de son travail, sans craindre les guerres ou l’oppression. Salomon incarne un roi qui, par sa sagesse, assure le bonheur de ses sujets, une prospérité dans laquelle chaque génération a sa part.
Josias : Un règne de justice et de réforme
Le roi Josias est un autre exemple de roi fidèle et réformateur, qui a restauré le respect des lois divines et apporté la prospérité spirituelle et matérielle à son peuple. Josias entreprit une réforme religieuse majeure en détruisant les idoles et en redirigeant son peuple vers Dieu, assurant ainsi une cohésion et une prospérité nationale.
2 Chroniques 34:33 rapporte : « Josias fit disparaître toutes les abominations de tous les pays qui appartenaient aux enfants d’Israël, et il obligea tous ceux qui se trouvaient en Israël à servir l’Éternel, leur Dieu. Pendant toute sa vie, ils ne se détournèrent point de l’Éternel, le Dieu de leurs pères. » Par son dévouement envers Dieu et la justice, Josias renforça le sentiment de communauté et la prospérité matérielle d’Israël, une condition indispensable à la paix et au bien-être de son peuple.
Ezéchias : Sécurité et développement pour le peuple
Le roi Ezéchias est également reconnu pour avoir mis en place des réformes qui ont garanti la sécurité et l’abondance pour Israël. Il renforça les infrastructures, notamment en construisant un aqueduc pour assurer un approvisionnement en eau stable à Jérusalem, prouvant qu’il mettait les besoins de son peuple au premier plan.
2 Chroniques 32:27-29 témoigne de sa réussite : « Ezéchias eut beaucoup de richesses et de gloire. Il se fit des trésors d’argent, d’or, de pierres précieuses, d’aromates, de boucliers, et de tous les objets précieux ; des magasins pour les récoltes de blé, de moût et d’huile, des crèches pour toutes sortes de bêtes, et des troupeaux pour les étables. » Grâce à sa gestion habile, Ezéchias garantit une prospérité durable qui permit à son peuple de prospérer même en temps de difficultés.
La jeunesse camerounaise sacrifiée
Quand on compare ces exemples bibliques aux réalités actuelles du Cameroun, la différence est frappante. Sous Paul Biya, qui est au pouvoir depuis plus de quatre décennies, le Cameroun ne connaît ni la prospérité, ni la paix promises par les exemples de la Bible. Au contraire, la jeunesse camerounaise endure le chômage, la pauvreté, et le manque d’opportunités. Alors que les rois bibliques laissaient un héritage de sécurité et de bien-être pour les générations futures, les jeunes Camerounais se sentent sacrifiés, réduits à l’exil économique et à la survie dans leur propre pays.
La crise anglophone, le manque d’emplois, l’instabilité économique, et la mauvaise gouvernance montrent que ce régime n’a pas su reproduire la justice et la prospérité qu’un roi choisi par Dieu doit apporter à son peuple. La jeunesse camerounaise est témoin de cette situation et crie sa détresse, elle qui voit les années passer sans perspective d’amélioration.
Conclusion : le vrai leadership selon la Bible
La Bible nous enseigne que les rois choisis par Dieu gouvernaient pour le bien de leurs peuples, en assurant leur prospérité matérielle et spirituelle. Ils n’hésitaient pas à céder leur place quand leur mission était accomplie, permettant à de nouveaux dirigeants d’apporter renouveau et espoir. Comparer ces exemples sacrés au Cameroun actuel révèle une gouvernance bien éloignée des valeurs de justice et d’amour du prochain.
S. Em. Mgr Mbarga, vous qui êtes homme d’Église, rappelez à votre homonyme, le ministre du Commerce, que s’appuyer sur la Bible pour défendre un règne sans prospérité et sans justice est une déformation des enseignements sacrés. Dieu choisit des rois pour le bien de leur peuple, et non pour le pouvoir personnel.
La structure unique et complexe du système électoral américain.
Pendant que le peuple américain est en train de décider de son nouveau président pour les quatre prochaines années cette élection met une fois de plus en lumière la structure unique et complexe du système électoral américain. Contrairement à de nombreux pays qui s’appuient sur un vote populaire direct pour choisir leurs dirigeants, les États-Unis utilisent un processus appelé le Collège électoral. Comprendre ce système est essentiel pour saisir comment le prochain président est choisi.
Le Système du Collège Électoral
Carte du collège électoral des États-Unis
Le président des États-Unis n’est pas élu directement par le peuple, mais par un corps intermédiaire appelé le Collège électoral. Ce système a été établi par les rédacteurs de la Constitution américaine comme un compromis entre une élection par le Congrès et un vote populaire direct. Le Collège électoral est composé de 538 électeurs, et un candidat a besoin de la majorité — soit au moins 270 voix électorales — pour remporter la présidence.
Chaque État se voit attribuer un certain nombre d’électeurs en fonction de sa représentation au Congrès : le nombre de ses sénateurs (toujours deux par État) et de ses représentants (qui varie en fonction de la population de l’État). Par exemple, la Californie, l’État le plus peuplé, dispose de 55 voix électorales, tandis que les États plus petits comme le Wyoming et le Vermont n’en ont que 3.
Comment Fonctionne l’Élection
Le jour de l’élection, les électeurs à travers le pays votent, non pas directement pour Donald Trump ou Kamala Harris, mais pour une liste d’électeurs engagés à soutenir l’un des candidats. Dans presque tous les États, le candidat qui remporte le vote populaire de cet État obtient toutes les voix électorales de cet État — un système appelé “winner-takes-all” ou “le gagnant remporte tout”. Le Maine et le Nebraska font exception, utilisant un système proportionnel qui attribue les voix électorales en fonction du vote populaire dans chaque district électoral.
Une fois les votes populaires comptabilisés, les électeurs choisis dans chaque État votent officiellement pour le président et le vice-président en décembre. Ces votes sont ensuite envoyés au Congrès pour être comptés début janvier. Si un candidat atteint les 270 voix électorales, il est déclaré vainqueur et sera investi président le 20 janvier.
Points Clés de l’Élection Trump contre Harris
Les enjeux sont élevés, car Donald Trump, représentant le Parti républicain, cherche à revenir à la Maison-Blanche après y avoir servi de 2017 à 2021. Pendant ce temps, Kamala Harris, candidate du Parti démocrate et actuelle vice-présidente, aspire à devenir la première femme présidente des États-Unis, portant la vision de son parti pour l’avenir.
La victoire de chaque candidat dépendra fortement de certains États clés — des États pivots où le vote pourrait basculer d’un côté ou de l’autre. Des États comme la Pennsylvanie, la Floride et le Wisconsin devraient être âprement disputés, car ils possèdent un nombre important de voix électorales et peuvent souvent déterminer le résultat de l’élection. Trump et Harris devront s’assurer de gagner dans ces États critiques pour atteindre le seuil des 270 voix.
Les Avantages et les Inconvénients du Collège Électoral
Le système du Collège électoral fait l’objet de débats depuis des siècles. Les partisans affirment qu’il garantit la représentation des petits États, empêchant les États les plus peuplés de dominer entièrement le résultat de l’élection. Ils soutiennent que cela préserve la nature fédérale du gouvernement des États-Unis, où les États conservent certains droits et influences.
Cependant, les critiques soutiennent que ce système peut conduire à des résultats qui ne reflètent pas le vote populaire national. Il y a eu des cas, y compris lors d’élections récentes, où un candidat a remporté la présidence malgré un nombre inférieur de votes au niveau national. Cela a conduit certains à réclamer des réformes ou même l’abolition du Collège électoral en faveur d’un vote populaire direct.
Alors que les Américains sont en train de se rendre aux urnes pour choisir entre Donald Trump et Kamala Harris, le système du Collège électoral jouera à nouveau un rôle déterminant dans le résultat. Bien que le vote populaire donne une perspective nationale, ce sont finalement les votes électoraux qui détermineront le prochain président. Que le choix soit pour la continuité ou le changement, ce processus complexe de la démocratie américaine révélera bientôt le prochain dirigeant de la nation.
I recently visited MARWELL ZOO IN ENGLAND with my family and while I was watching the giraffes, one question comes to my mind: Is the Lion Truly the King of the jungle?
The lion has long been celebrated as the “king of the jungle” or even “king of the forest,” a title that conjures images of unrivaled strength, majesty, and dominance. But how accurate is this label? In reality, the lion’s kingdom is not the forest or jungle but rather the savannas, grasslands, and open plains of Africa. Exploring the lion’s actual habitat, behavioral traits, and ecological relationships reveals that its “royal” title may not fully reflect its role in the natural world. Here, we challenge the traditional notion of the lion as the king of the forest.
The Lion’s Habitat: Not the Forest, Not the Jungle
To begin with, lions don’t inhabit forests or jungles in the sense people often imagine. Lions are primarily found in Africa’s grasslands and savannas, open spaces that allow them to hunt in prides and utilize their strength and coordination. The misconception that they dwell in jungles likely arose from the title “king of the jungle,” which seems to be a misinterpretation based on a lack of knowledge about their true habitats.
In actual forests, lions would not be well-adapted hunters. Forests are dense, shadowy environments where solitary predators, such as tigers and leopards, excel due to their ability to blend into the shadows and stalk prey with stealth. By contrast, lions rely on open plains, where their cooperative hunting strategies and powerful physiques are advantageous.
Royal Status: Dominance in the Animal Kingdom?
The notion of the lion as “king” of the animal kingdom is also worth challenging. While lions are apex predators, they are not the most powerful or even the most successful hunters in their ecosystems. Lions have hunting success rates of about 25% to 30%, a figure lower than that of solitary hunters like leopards and cheetahs, who operate with greater stealth. Further, a lion’s hunting prowess is typically bolstered by teamwork in prides, meaning that even their strength is largely reliant on collaboration rather than individual dominance.
Additionally, lions often scavenge from other animals, including hyenas. Despite popular portrayals of lions as the noble lords of the savanna, they regularly engage in competitive scavenging. In some cases, lions even steal kills from smaller predators or scavenge carrion left by other animals, blurring the line between apex predator and opportunistic scavenger.
Rival Kings in the Animal Kingdom
Jimmy Yab at Marvell zoo in England
When evaluating the title of “king” based on dominance within an ecosystem, other animals could be equally, if not more, deserving of this title. Elephants, for example, are not only physically larger and more powerful than lions but also play a significant ecological role in shaping the environment. Through their behavior—uprooting trees, creating water sources, and spreading seeds—elephants have a profound impact on the ecosystems they inhabit, thus exercising a form of natural governance and influence unmatched by any lion.
Other animals also display unique traits that contribute to their own “kingly” status. Tigers, for instance, dominate the jungles of Asia and have been observed taking down prey larger than themselves, even in dense forests. Their solitary and stealthy approach allows them to reign in an environment where lions would struggle to survive.
Social Structure: Kings Without Kingdoms?
Lions’ social structures, centered around prides, also differ from the hierarchical, centralized image we often associate with kingship. In a pride, there is no absolute, unchallenged ruler. Male lions frequently compete for dominance, often through violent confrontations. A “king” lion may only hold his position temporarily until he is challenged and replaced by a younger or stronger male. This turnover of “kings” within prides contrasts with the traditional idea of a stable monarchy, where a king reigns until death or abdication. Instead, lions’ dominance is transient, a survival strategy rather than a birthright or inherent rule.
The Lion’s Symbolic Value
Much of the lion’s “royal” status comes from symbolic associations in human culture, rather than the animal’s natural behaviors. Across many societies, lions have symbolized strength, courage, and authority, traits idealized by humans. From the roaring lions depicted on heraldry and royal crests to religious and cultural iconography, the lion has been positioned as a symbol of nobility and majesty. This symbolism, however, is largely a human construct, one that overlooks the complex realities of lion behavior and ecology.
In recent years, popular culture has cemented the image of the lion as royalty, thanks to stories such as The Lion King, which portrays lions as moral and wise rulers of the animal world. This narrative, while inspiring, romanticizes the lion’s actual place in the ecosystem and promotes an oversimplified view of its role.
Conclusion: The Complexity of the Natural World
So, is the lion truly the king of the forest? Not really. The title “king” misrepresents the lion’s role in nature, which is more complex and nuanced than simple dominance or royal authority. In the savannas and grasslands, lions occupy a specific ecological niche as powerful and cooperative predators, but they are neither supreme rulers nor lone monarchs. The title also ignores the impressive qualities of other species, from the elephants’ ecological influence to the tiger’s solitary mastery of the jungle.
Ultimately, perhaps it is more fitting to view the lion as a “symbol” rather than a “king”—a reminder of strength, unity, and resilience, but not an uncontested ruler of all creatures or environments. By examining the lion’s true place in nature, we gain a deeper appreciation for the intricate balance of ecosystems and the unique qualities of each species within it.
Présentation-débat du livre: « Construction d’un État Développementaliste Communautaire: Le Cameroun »Vincent Nkong-Njock & Jimmy Yab
Présentation-débat du livre « Construction d’un État Développementaliste Communautaire
Chers amis,
J’ai le plaisir de vous annoncer la tenue prochaine de la présentation-débat de notre nouveau livre, intitulé : « Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Projet de politique de développement à partir du maillage des communautés locales ». Cet ouvrage propose une vision audacieuse pour le développement du Cameroun et de l’Afrique subsaharienne, basée sur une mobilisation et une structuration des communautés locales pour bâtir un modèle de développement durable et inclusif.
Deux rencontres sont prévues à cet effet :
• Yaoundé : le 13 novembre, au Palais des Congrès, à 16h
• Douala : le 15 novembre, à C’ Kans, Bali (face Serena Hotel), à 16h
Cet événement est libre et ouvert à toute personne animée d’un esprit critique et désireuse de mieux comprendre les enjeux et les défis de ce modèle de développement pour l’Afrique subsaharienne. Cependant, en raison du nombre limité de places, nous vous prions de bien vouloir vous inscrire à l’avance pour garantir votre participation.
Pour vous inscrire, rendez-vous dans la section « Laisser un commentaire » en bas de cette page et indiquez vos nom, adresse e-mail et numéro de téléphone.
Je vous remercie par avance pour votre présence et votre soutien, et j’espère que vous serez nombreux à venir échanger, débattre et enrichir cette réflexion collective sur l’avenir de notre pays et de notre continent.
L’État Développementaliste Communautaire (E.D.C.) décrit par JIMMY YAB et Vincent Nkong-Njock, est un modèle de gouvernance innovant qui fusionne les stratégies industrielles et économiques planifiées des États d’Asie de l’Est avec la structure communautariste des Sociétés Africaines Subsahariennes.
Principes normatifs
L’EDC s’inspire des principes normatifs de deux theories importantes :
l’État développementaliste d’Asie de l’Est, qui guide activement le marché capitaliste pour promouvoir le développement des populations, et
l’État communautariste de l’Afrique au Sud du Sahara, où l’importance de l’individu est mesurée par sa contribution au développement de la communauté.
Elements fondamentaux
L’EDC repose sur trois éléments fondamentaux :
Le nationalisme économique comme moteur du développement : Cette approche met l’accent sur la promotion des industries locales, la protection des marchés intérieurs et l’encouragement des investissements nationaux pour stimuler la croissance économique.
Le régime communautaire, où les priorités politiques sont définies en fonction des besoins locaux : En reconnaissant la diversité des communautés, ce modèle s’efforce de créer des politiques qui répondent directement aux besoins spécifiques de chaque localité, assurant ainsi une gouvernance plus réactive et plus pertinente.
La mise en œuvre de politiques industrielles stratégiques par une administration techniquement compétente : Cela implique la formation et le déploiement de technocrates capables de planifier et d’exécuter des projets de développement industriel de manière efficace et efficiente.
Objectif
L’objectif principal de ce modèle est de favoriser un développement économique inclusif en décentralisant le pouvoir et en renforçant les structures communautaires locales. Cela garantit une participation équitable et une juste répartition des bénéfices du développement. Tout en s’inspirant des réussites des pays d’Asie de l’Est et en intégrant les pratiques sociales et les dynamiques communautaires africaines, ce modèle offre une approche holistique adaptée au contexte africain pour le développement.
Un modèle adapté aux réalités camerounaises
Le Cameroun, souvent désigné comme « l’Afrique en miniature » pour sa diversité ethnique, linguistique et culturelle, fait face à de nombreux défis de développement. Le modèle montre comment l’État développementaliste communautaire (EDC) pourrait être mis en œuvre de manière pratique pour résoudre les crises structurelles qui entravent son progrès.
Le modèle propose une refonte en profondeur des structures politiques et économiques du Cameroun, notamment par une réorganisation fédérale en quatre grandes régions et une décentralisation des pouvoirs. Cette approche permet de mieux répondre aux besoins locaux tout en renforçant l’unité nationale.
Une collaboration interdisciplinaire pour une analyse complète
L’un des points forts de ce modèle réside dans la complémentarité de ses auteurs. L’un est professeur de Sciences Politiques et Relations Internationales, et l’autre est Expert en Ingénierie et Systèmes énergétiques y compris l’énergie atomique. Ensemble, ils proposent une analyse à la fois théorique et pragmatique, en croisant des disciplines variées pour offrir des solutions concrètes aux problèmes de gouvernance et de développement en Afrique subsaharienne.
L’État Développementaliste Communautaire (EDC), étant conçu spécifiquement à partir des spécificités de l’Afrique subsaharienne, le modèle est adaptable à chaque pays de cette région. Ainsi, dans le livre Construction d’unÉtat Développementaliste Communautaire: Le Cameroun, le concept d’EDC est appliqué au cas du Cameroun. Cela permet de montrer comment ce modèle peut être mis en œuvre de manière pratique pour répondre aux défis uniques de développement que rencontre le Cameroun, tout en tirant parti de ses atouts culturels et communautaires pour stimuler une croissance économique durable et inclusive.
Je vous partage ici le COMMENTAIRE d’un lecteur et ma RÉPONSE sur notre modèle de développement c’est- a-dire: l’Etat Développementaliste Communautaire( EDC) et le PROTECTIONISME.
COMMENTAIRE:
Bonjour Pr. Dans quelle mesure la construction d’un État Développementariste Communautaire et donc fondamentalement protectionniste, pourrait s’accommoder aux dynamiques d’intégration régionale et être compétitif dans un contexte de libre circulation (marché commun) et autres défis liés aux APE?
J’ai l’impression de ne pas bien saisir, je saurais gré d’un échange instructif à ce sujet.
MA RÉPONSE:
Bonjour,
je t’invite à la première dédicace qui aura lieu le 13 Novembre au Palais des congrès de Yaoundé Nous aurons largement le temps d’en parler et tu auras la possibilité d’avoir l’ouvrage.
Ceci étant dit, voici quelques éléments de réponses à tes interrogations.
Ta question soulève un point crucial sur les défis auxquels pourrait faire face un État Développementaliste Communautaire (EDC) dans le cadre de l’intégration régionale et des accords de libre-échange, tels que les Accords de Partenariat Économique (APE).
Protectionnisme et Intégration Régionale
L’approche de l’EDC se base sur le protectionnisme pour soutenir l’économie locale en protégeant les industries nationales et en favorisant les investissements domestiques. Cependant, il est possible de combiner cette stratégie avec les dynamiques d’intégration régionale en adaptant les mesures protectionnistes. Par exemple, l’État peut définir des secteurs stratégiques où le protectionnisme est justifié à des fins de développement industriel, tout en autorisant une ouverture progressive sur les autres marchés africains pour des produits compétitifs. Cela permettrait d’assurer la compétitivité des industries locales tout en respectant les engagements d’intégration régionale.
Compétitivité dans un Marché Commun
L’EDC pourrait s’engager dans une stratégie de compétitivité régionale par étapes. Au lieu d’ouvrir immédiatement l’ensemble de ses secteurs, l’État pourrait identifier les industries qui sont prêtes pour la compétition régionale et investir dans celles-ci pour améliorer leur productivité et leurs normes de qualité. L’objectif serait de transformer progressivement les industries nationales protégées en industries compétitives au niveau régional, créant ainsi un équilibre entre protection intérieure et expansion dans le marché commun.
Défis des APE et Adaptation de l’EDC
Les APE avec l’Union Européenne posent un défi particulier puisqu’ils imposent des baisses tarifaires sur les produits européens. Pour un EDC, il serait pertinent de négocier des exceptions sectorielles et des périodes de transition prolongées pour les industries naissantes. Parallèlement, l’État pourrait tirer parti des APE pour stimuler les investissements dans des industries locales orientées vers l’exportation, bénéficiant de l’accès privilégié aux marchés européens, tout en soutenant la montée en puissance de celles-ci par des politiques de subventions et d’incitations.
Une Vision de Long Terme
En somme, l’approche développementaliste communautaire n’est pas nécessairement incompatible avec la libre circulation et les APE. L’essentiel est de construire un équilibre qui permet de préserver les intérêts nationaux et de développer progressivement une compétitivité régionale. L’État peut jouer un rôle actif en orientant les ressources vers les secteurs porteurs, en investissant dans le renforcement des capacités et en adoptant des politiques commerciales intelligentes pour naviguer entre protectionnisme et ouverture.
Cette démarche permettrait ainsi de bâtir une économie résiliente, capable de s’intégrer progressivement dans les marchés régionaux et mondiaux, sans sacrifier le développement national. J’espère que cela clarifie les liens entre le modèle de l’EDC et les enjeux d’intégration régionale. N’hésite pas à échanger davantage si tu as des questions. PR JIMMY YAB
Le Pr Viviane Ondoua Biwolé, dans son étude approfondie sur la gestion des entreprises publiques camerounaises, fait des révélations accablantes qui soulèvent une question urgente : la nécessité d’un soutien actif de ses collègues de l’académie camerounaise. Elle révèle que 43 présidents de Conseil d’Administration (PCA) ont illégalement perçu 634 millions de francs CFA depuis juillet 2023, alors même que la durée de leur mandat excède la limite légale fixée par la loi de 2017. En outre, ces dirigeants illégaux, dont les mandats auraient dû être révoqués, ont contribué à une perte de 195 milliards de francs CFA pour l’État du Cameroun entre 2020 et 2024.
Face à cette situation préoccupante, il est clair que le Pr Ondoua Biwolé ne peut porter seule le fardeau de ces révélations. Ses collègues universitaires, experts en gouvernance, économie, droit et management, doivent s’engager publiquement pour soutenir ses revendications. En effet, son analyse montre que ces dirigeants d’entités publiques perçoivent des rémunérations conséquentes sans que leurs résultats soient à la hauteur des attentes, une réalité qui met à mal les finances publiques du pays. Elle souligne que 77 % des 48,4 milliards de FCFA versés aux dirigeants publics entre 2020 et 2024 ont été alloués à des entités qui affichent des performances décevantes voire déficitaires.
Ce constat soulève des questions cruciales sur l’efficacité de la gouvernance et de la gestion des entreprises publiques. Mais pour espérer un changement, le Pr Ondoua Biwolé a besoin d’un large front uni de l’académie camerounaise. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer, mais de mobiliser les forces intellectuelles pour exiger une réforme des pratiques de gestion publique, tout en proposant des solutions concrètes et adaptées. Le silence de ses collègues face à des révélations aussi graves risque de perpétuer un système où les dirigeants contre-performants continuent de dégrader la valeur des entreprises publiques, tout en bénéficiant d’importantes sommes de l’État.
Le Pr Ondoua Biwolé insiste également sur la nécessité d’évaluer la performance des dirigeants, soulignant que « les dirigeants d’entreprises en stagnation et régression coûtent plus cher à l’État, sans véritablement produire la valeur attendue ». À cet égard, l’académie camerounaise doit jouer un rôle de premier plan, non seulement en appuyant ces revendications, mais aussi en se positionnant comme un acteur incontournable pour l’amélioration de la gouvernance au Cameroun.
En définitive, l’universitaire ne peut réussir cette mission sans un appui fort et public de ses pairs, qui doivent s’élever contre les pratiques illégales et inefficaces qui affaiblissent l’État. En unissant leurs forces à celles du Pr Viviane Ondoua Biwolé, ils pourront non seulement exiger des comptes, mais aussi œuvrer pour une République plus exemplaire, fondée sur la bonne gouvernance et l’utilisation optimale des ressources publiques.
AU MOMENT OÙ LE PRÉSIDENT PAUL BIYA SE DÉPLACE POUR Le Sommet 2024 du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) qui se tiendra à Beijing du 4 au 6 septembre, je donne ici quelques remarques sur le FOCAC et les relations Chine Cameroun.
1. Le FORUM SUR LA COOPERATION SINO- AFRICAINE (FOCAC)
Le Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC), créé en 2000, est une plateforme multilatérale qui réunit la Chine et les pays africains pour renforcer la coopération économique, politique et socioculturelle. Le FOCAC se tient tous les trois ans, alternant entre la Chine et l’Afrique, avec des sommets présidentiels et des réunions ministérielles.
Les principaux objectifs du FOCAC sont :
– Renforcer les relations économiques entre la Chine et les pays africains.
– Faciliter le commerce bilatéral et les investissements chinois en Afrique.
– Encourager la coopération en matière de développement, de santé, d’éducation et d’infrastructures.
– Promouvoir la paix, la sécurité et la gouvernance en Afrique.
En termes d’engagements financiers, la Chine a annoncé en 2018 un plan de financement de 60 milliards de dollars pour les pays africains, couvrant des prêts, des crédits et des dons pour les projets de développement.
2. RELATIONS SINO-CAMEROUNAISES DANS LE CADRE DU FOCAC
Les relations entre la Chine et le Cameroun se sont considérablement renforcées dans le cadre du FOCAC. La Chine est devenue un partenaire majeur du Cameroun dans plusieurs domaines :
Investissements dans les infrastructures:
– Le Cameroun a bénéficié d’importants financements chinois pour le développement des infrastructures. Parmi les projets phares figurent la construction du stade d’Olembepour la Coupe d’Afrique des Nations 2021, les travaux d’expansion du port en eau profonde de Kribi, et des projets d’amélioration du réseau routier national.
Échanges commerciaux:
– Le commerce bilatéral entre la Chine et le Cameroun a atteint environ 2,88 milliards de dollars en 2020. La Chine est le premier partenaire commercial du Cameroun, principalement pour les exportations de matières premières (pétrole, bois, coton) et les importations de biens manufacturés chinois.
Coopération en santé:
– Lors de la pandémie de COVID-19, la Chine a apporté une aide sanitaire au Cameroun, notamment par la fourniture de vaccinset de matériel médical,dans le cadre de l’initiative pour renforcer la santé publique.
Financements pour l’énergie:
– La Chine a contribué à la construction du barrage hydroélectrique de Memve’ele (211 MW), une infrastructure clé pour résoudre les problèmes d’énergie au Cameroun.
3. L’INITIATIVE LA CEINTURE ET LA ROUTE EN AFRIQUE
Lancée en 2013 par la Chine, l’Initiative de la Ceinture et la Route (BRI) vise à renforcer la connectivité et la coopération économique entre la Chine et ses partenaires via des investissements massifs dans les infrastructures (routes, ports, chemins de fer).
En Afrique, plus de 50 pays ont adhéré à l’initiative, dont le Cameroun. Les principaux objectifs de la BRI en Afrique sont :
– Améliorer les infrastructures de transport pour favoriser les échanges commerciaux et l’intégration économique.
– Promouvoir des projets dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications et de la logistique.
Le Cameroun a signé un accord avec la Chine en 2018 pour intégrer l’initiative, et plusieurs projets d’infrastructure dans le pays sont financés dans ce cadre. Parmi ces projets, les extensions portuaires et la réhabilitation des routes facilitent les flux commerciaux dans la région du golfe de Guinée, un point stratégique pour la Chine.
4. STATISTIQUES CLÉS DES RELATIONS CHINE – CAMEROUN
– Échanges commerciaux: 2,88 milliards de dollars en 2020.
– Investissements chinois directs: Environ 400 millions de dollars pour des projets d’infrastructures au Cameroun, incluant les stades et les barrages.
– Partenariats énergétiques: Financement des barrages hydroélectriques de Memve’ele et de Lom Pangar.
– Initiatives sanitaires: Don de 200 000 doses de vaccins et de matériel médical pendant la pandémie de COVID-19.
Le FOCAC constitue une plateforme stratégique qui a permis à la Chine et au Cameroun de développer des relations solides. Avec l’intégration du Cameroun dans l’Initiative de la Ceinture et la Route, les projets de développement d’infrastructures et de coopération économique devraient s’amplifier dans les prochaines années. La Chine continue de jouer un rôle clé dans la modernisation des infrastructures camerounaises, le commerce et l’assistance au développement, tout en renforçant son influence politique et économique en Afrique.