LOUIS YINDA (1940–2025) : ITINÉRAIRE D’UN CAPITAINE D’INDUSTRIE ET PATRIARCHE COMMUNAUTAIRE DANS LE CAMEROUN POSTCOLONIAL

Par Pr Jimmy Yab Président National du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC)

De gauche à droite, Pr Jimmy YAB, Patriarches FOTSO VICTOR et LOUIS YINDA

INTRODUCTION

Rendre hommage à Louis Yinda (1940–2025) ne peut se limiter à une évocation anecdotique de souvenirs personnels ou à la simple célébration d’un parcours professionnel remarquable. La figure de cet homme, à la fois capitaine d’industrie, acteur politique et patriarche communautaire, impose une approche qui conjugue mémoire familiale, récit national et analyse scientifique. À travers son itinéraire, se dessinent en filigrane les grandes transformations du Cameroun postcolonial : la difficile construction d’un appareil productif autonome, l’insertion des élites dans la mondialisation, et la tension permanente entre attachement aux racines communautaires et projection dans l’espace national et international.

Dans la tradition africaine, la mort d’un patriarche n’est jamais une fin en soi. Elle constitue un moment de transmission mémorielle et symbolique, où l’individu s’efface pour devenir ancêtre, et où les descendants se réclament de son héritage. Dans ce sens, l’hommage que je rends ici à mon oncle, Louis Yinda, s’inscrit dans une double logique : celle du fils et du neveu qui exprime gratitude et filiation, mais aussi celle du professeur et du chercheur qui mobilise les outils d’analyse pour comprendre l’importance de son œuvre et l’inscrire dans une histoire scientifique du développement camerounais.

L’objet de ce texte est donc double. D’abord, il s’agit de reconstruire le parcours de Louis Yinda, depuis ses origines à Ngompem dans la Sanaga-Maritime jusqu’à son ascension au sommet de la SOSUCAM, pilier de l’agro-industrie nationale, en passant par son rôle dans le secteur énergétique et ses engagements politiques. Ensuite, il s’agit de proposer une lecture académique de ce parcours : comment Louis Yinda incarne-t-il la figure du capitaine d’industrie en contexte postcolonial ? Quelle articulation entre son action économique, son inscription politique et son rôle social de patriarche communautaire ? Quel héritage laisse-t-il aux générations futures, en particulier aux chercheurs et aux jeunes cadres qui, comme lui, entendent conjuguer réussite individuelle et service collectif ?

Plusieurs concepts guideront cette analyse. Le premier est celui de CAPITALISME D’ÉTAT AFRICAIN, tel que théorisé par Bayart (1989) et enrichi par les travaux plus récents de Mbembe (2000) : les trajectoires des grands commis de l’État et des dirigeants d’entreprise en Afrique postcoloniale montrent souvent une interpénétration étroite entre sphères publique et privée, entre économie et politique. Louis Yinda illustre parfaitement cette dynamique : fonctionnaire dans les années 1970, il devient dirigeant d’une entreprise stratégique, tout en siégeant dans les instances politiques du RDPC.

Le deuxième concept est celui de PATRIARCHE COMMUNAUTAIRE, entendu ici non dans son acception réductrice de domination, mais comme fonction de médiation et de transmission. En Afrique, le patriarche est celui qui incarne la mémoire des ancêtres, protège la communauté et assure la continuité entre les générations. LOUIS YINDA fut reconnu comme tel à Ngompem, à Pouma, dans la SANAGA MARITIME où il était surnommé « l’Archiduc », et où il investit dans des écoles, des infrastructures et des œuvres sociales. Son rôle dépasse ainsi celui de gestionnaire pour toucher à une dimension anthropologique : il devint un passeur de valeurs et de cohésion.

Enfin, le troisième concept est celui d’HERITAGE. Héritage économique, avec la consolidation de la filière sucrière nationale. Héritage social, avec ses actions éducatives et philanthropiques. Héritage moral, avec sa discipline, sa foi chrétienne et son attachement aux racines. Mais l’héritage est aussi personnel : il nous oblige, nous, ses enfants, neveux, petits-enfants et successeurs, à porter son flambeau. C’est en ce sens que, dans cet hommage, je revendique mon statut de fils digne et héritier de Louis Yinda, non pour m’approprier son œuvre mais pour affirmer la continuité entre son combat et le mien pour un État développementaliste communautaire au Cameroun.

Cette introduction appelle donc à une démarche hybride : scientifique et mémorielle. Scientifique, parce qu’elle mobilise une grille d’analyse rigoureuse et documentée, permettant de situer Louis Yinda dans les grandes trajectoires des élites africaines postcoloniales. Mémorielle, parce qu’elle s’enracine dans une voix personnelle, celle d’un proche parent qui fut témoin de son action et bénéficiaire de son exemple.

Ainsi conçu, cet hommage se déploiera en cinq mouvements. Le premier retracera ses origines et sa formation, depuis Ngompem jusqu’à Paris. Le deuxième analysera son rôle dans le secteur énergétique et industriel, préfigurant déjà sa stature de bâtisseur. Le troisième examinera sa carrière à la SOSUCAM, moment central de sa vie professionnelle et symbole de son statut de capitaine d’industrie. Le quatrième reviendra sur ses engagements politiques et sociaux, incluant son rôle au sein du RDPC, ses initiatives communautaires et le projet d’Institut Universitaire Louis Yinda (IULY), qui n’a pu voir le jour en raison de considérations politiques. Enfin, le cinquième mouvement s’attardera sur son héritage et ses distinctions, pour montrer comment son nom s’inscrit durablement dans la mémoire nationale et familiale.

Rendre hommage à Louis Yinda, c’est donc écrire une page d’histoire du Cameroun, mais aussi poser une question fondamentale : comment une vie individuelle, à travers ses choix et ses combats, peut-elle incarner le destin collectif d’un peuple en quête de développement et de dignité ?

De droite à gauche, Pr Jimmy YAB et Patriarche Louis YINDA

I. ORIGINE ET FORMATION: l’enfant de Ngompem à l’école de la République

1. Ngompem et la Sanaga-Maritime : un terreau historique et symbolique

La trajectoire de Louis Yinda commence dans un espace géographique et culturel bien particulier : Ngompem, village bassa de Pouma dans la Sanaga-Maritime. Cette région occupe une place centrale dans l’histoire du Cameroun moderne. D’une part, le pays Bassa elle est le berceau de figures majeures de la résistance anticoloniale, à l’instar de Ruben Um Nyobè, le « Mpodol », qui incarna la lutte pour l’indépendance. D’autre part, elle est un espace de contact et de tension entre traditions locales et modernité coloniale.

Naître à Ngompem vers 1940, c’était donc entrer dans une société en mutation profonde. Les structures lignagères et claniques demeuraient puissantes : le nom de la grande famille Log Mboui, auquel appartenait Louis Yinda, renvoyait à une filiation ancestrale enracinée dans la mémoire collective des BASSA Mpõo BÃTI . Mais cette mémoire se voyait déjà bousculée par les transformations induites par la colonisation française : mise en place d’écoles publiques et confessionnelles, introduction de cultures de rente (cacao, café), et imposition de nouvelles structures administratives.

Ainsi, dès sa naissance, Louis Yinda se situe à l’intersection de deux mondes : celui de la tradition BASSA MPÔO BÃTI marquée par l’autorité des patriarches et la solidarité communautaire, et celui de la modernité coloniale, qui introduisait l’écrit, l’école et l’État centralisé. Cette double appartenance explique en partie son destin : il saura conjuguer fidélité aux racines et maîtrise des savoirs modernes.

2. L’école primaire dans son village

Comme beaucoup d’enfants de sa génération, Louis Yinda fit ses premiers pas dans le monde de l’éducation à l’école catholique, institution dirigée par les missionnaires. Ces écoles confessionnelles constituaient alors un vecteur privilégié d’ascension sociale : elles inculquaient non seulement les savoirs de base (lecture, écriture, calcul), mais aussi une discipline de vie et une morale chrétienne qui marqueront durablement la personnalité de Louis Yinda.

Il poursuivit ensuite à l’école publique. Là encore, le contexte est essentiel. Dans les années 1950, l’école publique camerounaise était à la fois rare et exigeante. Obtenir un certificat d’études primaires représentait déjà une élite scolaire dans des villages où la majorité des enfants restaient cantonnés aux travaux champêtres. Louis Yinda s’y distingua par ses aptitudes et sa rigueur.

Ce passage par l’école primaire traduit deux dynamiques. Premièrement, la volonté des familles bassa de miser sur l’éducation comme moyen d’émancipation. Deuxièmement, la capacité de certains élèves à intégrer et dépasser les savoirs coloniaux pour les transformer en instruments d’affirmation nationale.

3. Le Collège Libermann : le creuset de l’élite

Après l’école primaire, Louis Yinda accède au prestigieux Collège Libermann de Douala, tenu par les missionnaires catholiques. Ce collège, fondé en 1952, s’imposait déjà comme un haut lieu de formation des élites camerounaises. Y ont étudié nombre de futurs hauts fonctionnaires, cadres, prêtres et hommes politiques.

L’obtention du baccalauréat au Collège Libermann marqua une étape décisive. Elle signifiait l’entrée dans le cercle étroit des jeunes Camerounais appelés à jouer un rôle dans la construction de l’État postcolonial. Comme le note Joseph Owona (1996), « la scolarisation secondaire au Cameroun des années 1950–60 était l’antichambre des élites, un espace de socialisation qui préparait non seulement des carrières professionnelles, mais aussi des vocations politiques » (Owona, 1996: 112).

Au Libermann, Louis Yinda acquit non seulement des savoirs académiques, mais aussi une discipline spirituelle et morale. Cette formation jésuite allait se retrouver plus tard dans sa manière de diriger : rigueur, exigence, sens de la hiérarchie, mais aussi volonté de service.

4. Les études supérieures en France : la double compétence

À la fin des années 1950 et au début des années 1960, de nombreux jeunes Camerounais bacheliers partirent poursuivre leurs études en France, dans le cadre des accords de coopération post-indépendance. Louis Yinda fut de ceux-là.

Il s’inscrivit d’abord en sciences de gestion à Aix-en-Provence. Ce choix est révélateur : à une époque où beaucoup s’orientaient vers les sciences humaines ou juridiques, opter pour la gestion traduisait déjà une volonté d’entrer dans le monde économique et de maîtriser les techniques modernes d’administration.

Il compléta ensuite sa formation par des études en droit et sciences politiques à Paris. Cette double compétence – gestionnaire et juriste – constituera l’un des fondements de sa carrière. Elle lui permettra d’évoluer aussi bien dans des institutions publiques (ministères, entreprises d’État) que dans des structures privées ou semi-privées (ENELCAM, SOSUCAM).

Comme le souligne Mbembe (2000), « les élites africaines de la première génération postcoloniale furent souvent des élites hybrides, à la fois administratives et entrepreneuriales, juridiques et économiques » (Mbembe, 2000: 87). Louis Yinda incarne pleinement cette figure.

5. Premiers pas en France : l’expérience de l’administration

Avant de rentrer au Cameroun, Louis Yinda travailla quelques années en France, notamment comme archiviste dans une administration. Cet emploi, bien que modeste, lui donna une première expérience concrète de la bureaucratie occidentale et de la gestion documentaire.

Cet aspect, souvent négligé, mérite pourtant attention. Dans une société où l’écrit est roi, la maîtrise des archives, des documents et des flux administratifs constitue une compétence stratégique. Louis Yinda sut en tirer profit. Lorsqu’il rentrera au Cameroun, il possédera non seulement des diplômes prestigieux, mais aussi une expérience pratique de la gestion administrative.

6. Le retour au Cameroun : patriotisme et service public

En 1969, Louis Yinda prend une décision cruciale : quitter la France pour rentrer au Cameroun indépendant. Ce choix, à contre-courant de nombreux jeunes diplômés africains tentés par une carrière en Europe, traduit un patriotisme profond.

Il rejoint le ministère du Développement industriel et commercial en 1970. Ce ministère, créé peu après l’indépendance, avait pour mission de structurer un tissu industriel embryonnaire. C’était un défi immense : il fallait à la fois attirer les investissements étrangers et créer des capacités locales.

Pour Louis Yinda, ce fut le premier terrain d’application de sa double formation. Il y démontra rigueur, discipline et efficacité, qualités qui lui ouvrirent rapidement les portes de responsabilités plus grandes.

7. Signification et portée de cette formation

L’itinéraire éducatif et formateur de Louis Yinda révèle plusieurs points fondamentaux.

La continuité des héritages : de l’école primaire rurale à l’université européenne, son parcours illustre le passage progressif de la tradition locale à la modernité globale. La rareté et l’excellence : obtenir un baccalauréat dans les années 1960, puis un diplôme universitaire en France, faisait de lui une élite rare, appelée à jouer un rôle national. La polyvalence : en conjuguant gestion et sciences politiques, il acquit une capacité à naviguer entre l’économie et le politique, ce qui sera sa marque de fabrique. La fidélité patriotique : son retour volontaire au Cameroun marque un engagement qui dépasse l’intérêt individuel.

En ce sens, sa formation n’est pas un simple préambule biographique. Elle constitue une matrice qui expliquera ses choix ultérieurs : intégrer l’administration publique, puis diriger une entreprise stratégique, tout en restant enraciné dans sa communauté d’origine.

En fin de compte, la jeunesse et la formation de Louis Yinda ne doivent pas être considérées comme une période isolée, mais comme la fondation de tout ce qui suivra. L’enfant de Ngompem, devenu étudiant parisien, revient au Cameroun non pas pour s’enrichir personnellement, mais pour bâtir. En lui se conjuguent trois forces : la mémoire communautaire, la rigueur académique et le patriotisme économique. Ces trois forces guideront toute sa vie et feront de lui un capitaine d’industrie et patriarche.

II. DE LA FONCTION PUBLIQUE À LA SOSSUCAM: le manager d’État devenu capitaine d’industrie

1. Le retour au Cameroun et l’entrée dans la fonction publique

Lorsque Louis Yinda revient au Cameroun en 1969, il appartient à cette première génération d’étudiants africains formés en Europe qui choisissent de mettre leurs compétences au service de leur pays nouvellement indépendant. Ce choix, loin d’être évident dans un contexte où la « fuite des cerveaux » attirait nombre de diplômés vers les carrières européennes, témoigne d’un patriotisme profond.

En 1970, il intègre le ministère du Développement industriel et commercial. Ce ministère avait pour mission stratégique d’impulser une industrialisation encore balbutiante, dans un Cameroun où l’économie demeurait largement agricole et extractive. Comme l’explique Ngono (1999), « les jeunes cadres camerounais de la décennie 1970 devaient inventer les bases d’un appareil industriel sans modèle préexistant, entre importation technologique et adaptation locale » (Ngono, 1999 : 54).

Louis Yinda s’y distingue rapidement. Il acquiert une réputation de rigueur administrative et technique, mais aussi de capacité à dialoguer avec les partenaires étrangers, grâce à sa formation en France et à sa maîtrise des codes internationaux.

2. ENELCAM et la naissance de la SONEL

En 1972, sa carrière prend un tournant décisif. Le groupe français Pechiney sollicite du gouvernement camerounais sa nomination comme secrétaire général d’ENELCAM (Électricité du Cameroun). Dans ce rôle, il participe à la fusion avec PowerCam, société alors contrôlée par des capitaux étrangers, aboutissant à la création de la Société nationale d’électricité (SONEL).

Cette étape est capitale pour comprendre la trajectoire de Louis Yinda. D’abord parce qu’il prend part à un moment fondateur de l’histoire économique camerounaise : la constitution d’une entreprise publique nationale dans un secteur stratégique, l’électricité. Ensuite parce que cette expérience lui permet de se confronter à la complexité des joint-ventures entre État africain et capitaux étrangers.

Comme le souligne Bayart (1989), « les élites africaines des années 1970 se construisent dans l’articulation entre capital étranger et appareil d’État, devenant les médiateurs d’un capitalisme d’État sous tutelle » (Bayart, 1989 : 212). Louis Yinda incarne pleinement ce rôle de médiateur. À travers ENELCAM puis SONEL, il apprend à concilier impératifs nationaux et exigences des partenaires extérieurs.

3. L’entrée à la SOSUCAM (1975) : répondre à une crise nationale

En novembre 1975, alors que le Cameroun traverse une grave pénurie de sucre, Louis Yinda est recruté par la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM). Le sucre est alors une denrée stratégique, à la fois produit de consommation de masse et symbole de modernité alimentaire.

Son entrée dans cette entreprise, filiale du groupe français Somdiaa, illustre la confiance que les autorités et les partenaires étrangers plaçaient en lui. Comme cadre commercial, il doit contribuer à résorber une crise qui menace à la fois la stabilité des prix et la légitimité de l’État.

Très vite, il se distingue par ses qualités de gestionnaire. Sa capacité à planifier, à négocier et à organiser l’approvisionnement place la SOSUCAM sur une trajectoire ascendante. Il gravit les échelons hiérarchiques, passant de directeur commercial à directeur général adjoint, puis directeur général.

4. De directeur général à PDG : la consécration (2000–2018)

En 2000, après vingt-cinq années de carrière à la SOSUCAM, Louis Yinda est nommé Président-directeur général. Cette nomination est la reconnaissance d’une fidélité et d’une compétence éprouvées. Elle marque aussi une étape historique : un Camerounais issu d’un petit village, Ngompem, accède à la direction d’une des plus grandes entreprises agro-industrielles du pays.

Sous sa direction, la SOSUCAM connaît une expansion sans précédent.

Superficie agricole : environ 25 000 hectares de plantations à Mbandjock et Nkoteng. Production annuelle : environ 130 000 tonnes de sucre, couvrant jusqu’à 70 % de la demande nationale. Emplois : près de 8 000 emplois directs et indirects, faisant de la SOSUCAM l’un des plus grands employeurs privés du pays. Recettes fiscales : plus de 12 milliards de FCFA par an, représentant une contribution majeure aux finances publiques (Ecofin, 2018).

Ces chiffres traduisent une réalité : sous Louis Yinda, la SOSUCAM devient un pilier de la sécurité alimentaire nationale et un acteur incontournable de l’économie camerounaise.

5. Le capitaine d’industrie face aux défis

La carrière de Louis Yinda à la tête de la SOSUCAM n’est pas une simple histoire de croissance linéaire. Elle est marquée par des crises et des choix stratégiques.

En 2018, confronté à la concurrence massive du sucre importé, il alerte le gouvernement. Les entrepôts de la SOSUCAM débordent de 45 000 tonnes de sucre invendu, menaçant la survie de l’entreprise. Grâce à son influence et à sa capacité de persuasion, il obtient de la Présidence de la République la suspension des importations (Agence Ecofin, 2018).

Cet épisode illustre deux aspects de sa personnalité. D’abord, sa capacité à se poser en porte-parole de l’industrie nationale, défendant les intérêts locaux face à la mondialisation. Ensuite, sa maîtrise des canaux politiques, qui lui permet de transformer une plainte industrielle en décision étatique.

6. La retraite et la controverse

En novembre 2018, après 43 ans de service, Louis Yinda quitte la direction de la SOSUCAM. Officiellement, il prend sa retraite. Officieusement, certains observateurs parlent d’un « limogeage » sous pression du groupe Castel, actionnaire majoritaire.

Cette controverse, que la presse a relayée (EcoMatin, 2018), ne doit pas occulter l’essentiel : le Cameroun lui doit d’avoir consolidé une filière sucrière nationale solide, capable de répondre à la demande intérieure. Son départ ne fut pas celui d’un homme contesté, mais d’un bâtisseur ayant accompli sa mission.

7. Analyse scientifique : Louis Yinda, figure du manager d’État

L’itinéraire de Louis Yinda, de la fonction publique à la tête de la SOSUCAM, illustre la figure du manager d’État dans le contexte africain postcolonial.

Trois éléments méritent d’être soulignés :

La continuité entre public et privé : sa carrière commence au ministère, se poursuit à ENELCAM, et culmine dans une entreprise semi-privée. Cela montre que les frontières entre État et marché étaient poreuses, et que les élites camerounaises circulaient entre ces sphères (Bayart, 1989). La médiation avec les capitaux étrangers : qu’il s’agisse de Pechiney, de Somdiaa ou du groupe Castel, Louis Yinda sut dialoguer avec les partenaires étrangers tout en défendant les intérêts camerounais. La logique de souveraineté économique : en protégeant la production locale contre les importations, il incarne une volonté de préserver une autonomie alimentaire nationale.

En ce sens, il illustre la tension décrite par Mbembe (2000) : les élites africaines, tout en dépendant des structures héritées de la colonisation, cherchent à les transformer en instruments d’affirmation nationale.

8. Une figure de continuité générationnelle

Enfin, il faut souligner que l’ascension de Louis Yinda représente aussi une continuité générationnelle. Issu d’un village rural, formé dans l’école coloniale puis en Europe, il devient dirigeant d’entreprise dans un Cameroun indépendant. Sa vie incarne le passage d’une génération — celle de la dépendance — à une autre — celle de la construction nationale.

Comme le note Joseph Tchundjang Pouemi (1980), « le destin des économies africaines dépend de la capacité de leurs élites à transformer l’héritage colonial en levier de développement » (Tchundjang Pouemi, 1980 : 143). Louis Yinda fit partie de ces élites.

Pour conclure cette partie, de la fonction publique à la SOSUCAM, la trajectoire de Louis Yinda témoigne d’une double fidélité : à l’État camerounais, qu’il servit dans ses premières années, et à l’industrie nationale, qu’il développa ensuite. En cela, il incarne la figure du manager d’État devenu capitaine d’industrie, médiateur entre capital étranger et souveraineté nationale, entre logique économique et impératifs politiques.

Cette trajectoire prépare la suite : son inscription dans la sphère politique et sociale, où il devient patriarche et acteur communautaire.

III. LOUIS YINDA: l’homme politique et le patriarche communautaire

1. L’inscription dans l’espace politique national

L’itinéraire de Louis Yinda ne se réduit pas à sa carrière industrielle. Dès les années 1980, il s’inscrit dans la vie politique camerounaise à travers son adhésion au Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), parti au pouvoir depuis 1985 et héritier de l’Union Nationale Camerounaise (UNC).

Son profil d’industriel et de cadre supérieur lui ouvrit les portes du Comité central, organe stratégique du RDPC. Cette position ne fut pas seulement honorifique : elle traduisait la reconnaissance par le régime de sa double expertise — économique et politique. Comme le souligne Bayart (1989), les élites africaines se construisent souvent à la croisée des sphères économique et politique, formant ce que l’on peut appeler une « aristocratie d’État » (Bayart, 1989 : 213).

Dans ce cadre, Louis Yinda incarnait l’élite économique intégrée à l’appareil politique, capable de plaider en faveur de l’industrie et d’agir comme médiateur entre l’entreprise et l’État.

2. La régionalisation et la candidature au Conseil régional du Littoral

L’un des épisodes marquants de son engagement politique survient en 2020, lors de la mise en place des conseils régionaux au Cameroun, institutions issues de la réforme constitutionnelle de 1996 mais longtemps différées.

Dans la région du Littoral, le nom de Louis Yinda est avancé comme possible président du Conseil régional. Face à lui, un autre poids lourd du RDPC : Fritz Ntone Ntone, ancien délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala. Cette confrontation symbolisait une bataille de générations et de profils : d’un côté, un industriel patriarche, de l’autre, un technocrate urbain.

Si Louis Yinda ne fut finalement pas élu, sa candidature illustre sa volonté de continuer à servir sa région au-delà de sa carrière à la SOSUCAM. Elle manifeste aussi son attachement au développement local et sa croyance en la décentralisation comme vecteur d’efficacité.

3. La dimension familiale et politique

La famille Yinda elle-même s’inscrivait dans le paysage politique. Son épouse, est sénatrice du RDPC. Ce couple représentait ainsi une alliance entre économie et politique, entre secteur privé et institutions publiques.

Cette insertion familiale dans l’espace politique doit être lue comme une stratégie d’ancrage : au Cameroun, les élites consolident leur pouvoir en multipliant les canaux d’influence, qu’ils soient économiques, politiques ou sociaux (Mbembe, 2000). Louis Yinda en était l’illustration parfaite.

4. Le patriarche communautaire : l’« Archiduc de Ngompem »

Mais au-delà du parti, c’est à l’échelle locale que Louis Yinda s’imposa comme patriarche. Dans son village natal, Ngompem, il fut surnommé affectueusement « l’Archiduc ». Ce titre, plus symbolique que politique, exprimait la reconnaissance de la communauté pour son rôle de médiateur, de protecteur et de bienfaiteur.

Le patriarche, dans les sociétés africaines, n’est pas seulement un chef lignager. Il est aussi un passeur de mémoire, garant de la continuité entre les ancêtres et les vivants. Louis Yinda assuma pleinement ce rôle. Il finança des bourses scolaires pour les jeunes méritants, contribua à la construction d’écoles et de dispensaires, et participa à des projets communautaires d’accès à l’eau et à la santé.

Comme le rappelle Wiredu (1998), « la communauté africaine ne se définit pas seulement par les liens du sang, mais par la solidarité active des uns envers les autres » (Wiredu, 1998 : 57). Louis Yinda incarna cette solidarité active.

5. Le projet avorté de l’Institut Universitaire Louis Yinda (IULY)

L’une des initiatives les plus emblématiques de son engagement social fut la tentative de création de l’Institut Universitaire Louis Yinda (IULY) en 2014. Ce projet visait à doter la région d’un établissement d’enseignement supérieur capable de former des cadres et des techniciens dans les secteurs industriels et agricoles.

Le choix de l’université n’était pas anodin. Pour Louis Yinda, investir dans le capital humain était la clé du développement. Après avoir contribué à bâtir des infrastructures matérielles (usines, plantations), il voulait investir dans les infrastructures immatérielles : la connaissance, la formation, la jeunesse.

Cependant, ce projet ne vit jamais le jour, en raison de blocages politiques. Les lenteurs administratives, les rivalités locales et les considérations partisanes eurent raison de cette initiative pourtant visionnaire. Cet échec n’enlève rien à sa valeur symbolique : il révèle la volonté d’un patriarche de léguer à sa communauté un outil durable d’émancipation.

6. L’homme de foi et les distinctions religieuses

Homme profondément croyant, catholique pratiquant, Louis Yinda fut un soutien constant de l’Église dans la Sanaga-Maritime. Il contribua au financement de chapelles, de paroisses et d’initiatives caritatives.

En 2020, le Pape François lui décerna la médaille Pro Ecclesia et Pontifice, distinction rare attribuée aux laïcs pour services exceptionnels à l’Église. Cette reconnaissance illustre la dimension spirituelle de son engagement. Pour Louis Yinda, le développement n’était pas seulement économique, mais aussi moral et spirituel.

7. La philanthropie éducative et sociale

Au-delà de l’IULY, Louis Yinda soutint des dizaines d’étudiants par des bourses personnelles. Il finança des voyages d’étude, des inscriptions universitaires, et aida des familles en difficulté. Dans une région où l’accès à l’éducation reste un défi, ces initiatives eurent un impact considérable.

De même, il intervint dans des projets de santé : achat de médicaments pour les dispensaires, soutien aux campagnes de vaccination, financement de structures locales. Ces gestes, parfois discrets, construisirent une réputation d’homme généreux, toujours prêt à répondre aux sollicitations de sa communauté.

8. Analyse scientifique : patriarche et acteur de développement

Scientifiquement, Louis Yinda peut être analysé comme une figure du patriarche-développeur. Trois dimensions se dégagent :

Le patriarche symbolique : reconnu comme « Archiduc de Ngompem », il incarne l’autorité morale et culturelle. Le patriarche matériel : par ses investissements sociaux, il améliore les conditions de vie de sa communauté. Le patriarche visionnaire : par le projet de l’IULY, il inscrit son action dans la longue durée, en pensant aux générations futures.

Cette triple dimension fait écho aux analyses de Mbiti (1969), pour qui en Afrique, « être, c’est appartenir » : l’individu n’existe pleinement que dans et pour sa communauté. Louis Yinda fut, jusqu’à sa mort, un homme de communauté, jamais coupé de ses racines malgré ses responsabilités nationales.

9. L’héritage politique et communautaire

L’héritage de Louis Yinda dans ce domaine est immense. Il a montré que l’élite économique ne doit pas se contenter de gérer des entreprises, mais doit aussi assumer un rôle politique et social. Il a incarné une forme d’aristocratie responsable, où le prestige se mesure non seulement à la richesse accumulée, mais au service rendu.

Son parcours rappelle les figures des patrons-développeurs que l’on retrouve dans d’autres contextes africains : Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, Abdoulaye Fadiga au Mali, ou encore Fotso victor au Cameroun. Tous illustrent cette tension entre entreprise, État et communauté.

Louis Yinda, par son attachement à Ngompem, son engagement dans le RDPC et ses initiatives sociales, se distingue cependant par une dimension singulière : il a su garder un ancrage communautaire fort, devenant à la fois acteur national et patriarche local.

Louis Yinda fut bien plus qu’un industriel. Il fut un homme politique, membre du Comité central du RDPC et candidat à la présidence régionale du Littoral. Mais il fut surtout un patriarche communautaire, reconnu comme « Archiduc de Ngompem », protecteur et bienfaiteur.

Par son projet d’université, par ses bourses, par son engagement religieux, il a légué à sa communauté des valeurs de solidarité et de service. Si certaines initiatives, comme l’IULY, n’ont pas pu aboutir, elles restent des symboles de sa vision : investir dans l’éducation, la jeunesse et la foi pour construire l’avenir.

En ce sens, Louis Yinda illustre une figure rare : celle du capitaine d’industrie qui n’a jamais oublié son village, du politicien qui n’a jamais cessé d’être patriarche.

IV. HERITAGE, mémoire et transmission

1. L’héritage économique : bâtisseur d’une filière stratégique

Louis Yinda laisse avant tout un héritage économique. Son nom restera associé à la structuration de l’industrie sucrière camerounaise. De la crise de 1975 à la stabilisation de la production au seuil de 130 000 tonnes annuelles dans les années 2010, son rôle fut déterminant.

Cet héritage se mesure à plusieurs niveaux :

Infrastructure : les usines de Mbandjock et Nkoteng, construites et modernisées sous sa direction, constituent des pôles industriels durables. Emploi : des milliers de Camerounais ont trouvé un travail grâce à la SOSUCAM. Fiscalité : par sa contribution fiscale, la société a renforcé les capacités financières de l’État. Sécurité alimentaire : en couvrant 70 % de la consommation nationale, la SOSUCAM est devenue un pilier de la souveraineté alimentaire.

Au-delà des chiffres, son héritage économique réside dans la démonstration que l’agro-industrie peut être un vecteur de développement national. Comme l’écrit Tchundjang Pouemi (1980), « la liberté économique des nations africaines dépend de leur capacité à maîtriser leurs filières stratégiques ». Louis Yinda illustra cette thèse par l’action.

2. L’héritage politique : l’élite comme médiateur

En politique, Louis Yinda incarne la figure du médiateur. Son rôle au sein du Comité central du RDPC, puis sa candidature à la présidence régionale du Littoral, traduisent une conception de l’élite comme interface entre l’État et la société.

Cet héritage est double:

D’un côté, il a montré que l’élite économique doit s’impliquer en politique, afin de plaider pour les intérêts industriels et sociaux dans les instances décisionnelles. De l’autre, il a démontré que la politique doit rester enracinée dans la communauté, en demeurant attentive aux besoins du terroir.

Dans ce sens, il prolonge la logique décrite par Bayart (1989) : “l’élite africaine postcoloniale navigue entre l’État, le marché et la communauté, formant ce que l’auteur appelle la « politique du ventreLouis Yinda, loin d’incarner une logique prédatrice, représenta une version patriotique de cette articulation, en mettant son prestige au service du Cameroun.

3. L’héritage social : l’éducation comme flambeau

Peut-être l’héritage le plus précieux de Louis Yinda réside-t-il dans sa vision de l’éducation. Par ses bourses, son projet d’Institut Universitaire, son soutien aux jeunes, il affirma un principe simple : former la jeunesse, c’est préparer la Nation.

L’échec de l’Institut Universitaire Louis Yinda (IULY) à voir le jour, du fait de blocages politiques, ne doit pas être lu comme une défaite. Il constitue au contraire une idée semée : celle que les élites camerounaises doivent investir dans l’enseignement supérieur et la recherche pour assurer le développement endogène.

En ce sens, son héritage rejoint celui des grands bâtisseurs africains qui ont compris que le capital humain est la ressource la plus stratégique. Comme le note Wiredu (1998), « une société n’avance pas par l’abondance de ses richesses naturelles, mais par la formation critique de ses citoyens ».

4. L’héritage spirituel : foi et générosité

Louis Yinda fut également un homme de foi. Sa distinction Pro Ecclesia et Pontifice en 2020 témoigne de son engagement constant envers l’Église catholique. Pour lui, la spiritualité n’était pas séparée de la vie sociale et économique. Elle constituait un socle éthique.

Cet héritage spirituel invite à penser la réussite non seulement en termes de chiffres ou de pouvoir, mais en termes de valeurs : discipline, intégrité, solidarité. Dans une société camerounaise souvent marquée par le cynisme politique, Louis Yinda proposa une autre voie : celle du service.

5. L’héritage mémoriel et communautaire

Enfin, Louis Yinda laisse un héritage mémoriel. À Ngompem, il sera toujours l’« Archiduc », figure tutélaire et protectrice. Ce surnom traduit l’attachement de la communauté à un fils qui n’a jamais oublié ses racines.

Pour les générations futures, sa vie devient un récit fondateur : celui d’un enfant de village devenu bâtisseur national. Dans la mémoire collective, il sera cité aux côtés des grands patriarches qui ont su conjuguer tradition et modernité.

6. Transmission : « Je suis son héritage »

En tant que son neveu et fils digne, je me tiens aujourd’hui devant vous pour proclamer : je suis son héritage. Héritage d’une rigueur académique, héritage d’un patriotisme économique, héritage d’un engagement communautaire.

Cet héritage, je le porte dans mon combat intellectuel et politique pour la construction d’un État Développementaliste Communautaire. Car ce que Louis Yinda a incarné — l’articulation entre l’industrie, l’État et la communauté — est au cœur de cette vision.

Ainsi, la transmission n’est pas seulement familiale. Elle est aussi nationale. Elle oblige chacun de nous à poursuivre l’œuvre : bâtir, former, protéger.

CONCLUSION

Louis Yinda (1940–2025) fut plus qu’un homme. Il fut une institution vivante, un capitaine d’industrie, un acteur politique, un patriarche communautaire et un homme de foi. Son parcours illustre les dynamiques de l’Afrique postcoloniale : l’articulation entre capital étranger et souveraineté nationale, entre élite et communauté, entre tradition et modernité.

Son héritage est multiple : économique, politique, social, spirituel, mémoriel. Mais il est surtout vivant : il continue à irriguer nos luttes et nos espérances.

Rendre hommage à Louis Yinda, c’est affirmer que le Cameroun possède en lui des bâtisseurs, capables de transformer une vie individuelle en destin collectif. C’est affirmer que la mémoire des patriarches est un levier pour penser l’avenir.

Pour nous, famille Log Mboui, la grande communauté Bassa- Mpõo BÃTI, pour la Nation camerounaise, Louis Yinda est et restera un repère.

Repose en paix, Patriarche, Archiduc, Père et Oncle. Ton flambeau brûle dans nos cœurs.

Bibliographie

Actu Cameroun (2020). « Présidence des régions : dans le Littoral, la bataille se jouera entre Fritz Ntone Ntone et Louis Yinda », Actu Cameroun, 17 décembre.

Actu Cameroun (2025). « Nécrologie : Louis Yinda, l’ancien DG de la Sosucam est mort », Actu Cameroun, 6 juillet.

Agence Ecofin (2018). « Suite aux plaintes de Sosucam, le Cameroun suspend l’importation du sucre », Agence Ecofin, 4 mai.

Bayart, J.-F. (1989). L’État en Afrique. La politique du ventre. Paris : Fayard. EcoMatin (2018). « Cameroun : décès de Louis Yinda, ancien PDG de Sosucam », EcoMatin, 7 juillet.

Jeune Afrique (2020). « Cameroun : Louis Yinda et André Siaka, deux magnats à l’assaut des régions », Jeune Afrique, 26 novembre.

La Croix Africa (2020). « Un couple de laïcs camerounais reçoit une distinction honorifique du Pape François », La Croix Africa, 28 janvier.

Mbembe, A. (2000). De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine. Paris : Karthala. Mbiti, J.S. (1969).

African Religions and Philosophy. London: Heinemann. Ngono, P. (1999).

Industrialisation et élites au Cameroun : genèse d’un capitalisme d’État. Yaoundé : Clé. Owona, J. (1996).

Le Cameroun entre deux siècles : institutions, acteurs et mutations. Yaoundé : Presses de l’UCAC.

Tchundjang Pouemi, J. (1980). Monnaie, servitude et liberté : la répression monétaire de l’Afrique. Paris : Jeune Afrique.

Wiredu, K. (1998). Cultural Universals and Particulars: An African Perspective. Bloomington: Indiana University Press.

VOTER PAUL BIYA EN 2025, C’EST VOTER L’ECHEC DES GENERATIONS PRESENTES ET FUTURES. ANALYSE DU DISCOURS DE PAUL BIYA DU 31 DÉCEMBRE 2024 : 42 ANS DE PROMESSES, 42 ANS DE CONTRE-VÉRITÉS, 42 ANS D’ÉCHECS… DE L’ÉMERGENCE FANTÔME À LA DUPERIE NATIONALE

Le discours de Paul Biya du 31 décembre 
2024

22 Millions dépensés, 2 ans de Diplomatie de développement anéantis : Comment le Salon Chine–Afrique Francophone (SICCAF 2023) a Disparu dans les Couloirs de la Présidence de la République du Cameroun Sans Aucune Explication…

PR JIMMY YAB ET S.E. WANG YI, Ministre des Affaires Étrangères chinois
Pr Jimmy Yab exposant le SICCAF 2023 devant le Vice-Gouverneur et la chambre de Commerce de la Province à l’hôtel Shandong

Étude de cas sur l’échec d’un projet stratégique porté par Pr. JIMMY YAB, Président de l’Observatoire Chine Afrique Francophone (OCAF) et plaidoyer pour un Cameroun fondé sur l’État Développementaliste Communautaire et une diplomatie de développement souveraine

S.E. MBELLA MBELLA LEJEUNE et son Homologue S.E. WANG YI

Résumé

Cet article scientifique analyse l’échec du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone, un projet structurant porté par l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF), à la suite d’une conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone. Malgré deux années de travail diplomatique, plus de quarante réunions interministérielles, un soutien officiel du Premier ministre et de l’ambassade de Chine au Cameroun, et un investissement de 22 millions FCFA entièrement autofinancé, le projet a été brutalement bloqué — sans justification — par le Secrétariat Général de la Présidence. À travers cette étude de cas, l’article met en lumière les limites du modèle centralisé camerounais, démontrant son incapacité à soutenir la diplomatie de développement communautaire. Il propose une alternative institutionnelle : l’État Développementaliste Communautaire, défendu par le MLDC, comme cadre propice à la souveraineté territoriale, à la promotion de la jeunesse stratégique, et à l’autonomie diplomatique des régions.

Mots-clés : Cameroun – Chine – diplomatie de développement – gouvernance – État centralisé – MLDC – OCAF – fédéralisme communautaire – Ceinture et Route – coopération Sud–Sud.


Abstract

This paper analyzes the failure of the China–Francophone Africa Industrial and Trade Fair, a high-level initiative led by the Francophone China–Africa Observatory (OCAF), following an international conference on the Belt and Road Initiative in Francophone Africa. Despite two years of intensive preparation, over forty interministerial meetings, official endorsements from the Prime Minister of Cameroon and the Chinese Embassy, and a self-financed budget of 22 million FCFA, the project was suddenly blocked—without explanation—by the General Secretariat of the Presidency. Through this case study, the paper illustrates how Cameroon’s centralized state model structurally undermines community-based development diplomacy. It calls for a new institutional framework: the Community-Based Developmental State, advocated by the MLDC, as the appropriate model to empower regional sovereignty, strategic youth leadership, and decentralized diplomatic engagement.

Keywords: Cameroon – China – development diplomacy – centralized state – MLDC – OCAF – community-based federalism – Belt and Road – South–South cooperation.

PR JIMMY YAB & S.E. WU PENG, DIRECTEUR DES AFFAIRES AFRICAINES, Ministère des Affaires Étrangères de Chine

1. Introduction : Un toast à Pékin, un silence à Yaoundé

La photo ci-jointe illustre une rencontre d’une haute portée symbolique et diplomatique : celle du président de l’OCAF, Pr. Jimmy Yab, avec S.E. Wang Yi, ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, membre du Bureau Politique du Parti Communiste Chinois, et l’un des diplomates les plus puissants de la planète. Cette rencontre, organisée dans le cadre du suivi de la conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone tenue à Yaoundé en partenariat avec l’ambassade de Chine, devait ouvrir la voie à la concrétisation du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone. Ce Salon représentait la suite logique et politique des recommandations issues de cette conférence, fruit d’un alignement rare entre société civile stratégique et diplomatie bilatérale Sud–Sud.

Mais un an plus tard, après deux années de travail diplomatique, organisationnel et stratégique, et un investissement financier personnel de 22 millions de francs CFA, le projet fut enterré dans le silence opaque du Secrétariat Général de la Présidence de la République du Cameroun. Aucune lettre officielle d’annulation. Aucune contre-proposition. Aucun mécanisme institutionnel pour expliquer ou justifier le sabotage d’un projet diplomatiquement validé, économiquement structuré, et stratégiquement indispensable.

Loin d’un simple projet évènementiel, le Salon Chine–Afrique Francophone constituait une innovation diplomatique majeure : il s’agissait de transformer la rhétorique sino-africaine en infrastructure réelle de coopération industrielle, commerciale et technologique, en impliquant directement les États francophones africains, les régions camerounaises, et le tissu économique chinois. Il représentait une forme concrète de « diplomatie de développement », articulée autour d’un projet communautaire souverain et d’un positionnement géopolitique clair du Cameroun dans les nouvelles routes de la mondialisation.

C’est cet espoir que le silence du pouvoir a tué.

Pr Jimmy Yab & le President de l’Association des Entreprises Chinoises au Cameroun (AECC), Mr Xu Huajiang, par ailleurs, Directeur Général de la Division Afrique centrale de China Harbour Engineering Company(CHEC)

2. Une diplomatie communautaire sabotée : les faits, les chiffres, les acteurs

Le projet du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone n’est pas né dans le vide. Il émerge d’un processus rigoureux de diplomatie non étatique, porté par une organisation indépendante mais stratégiquement connectée : l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) dont le Pr. JIMMY YAB est le Président. Dans un pays comme le Cameroun, où l’État central a tendance à se méfier de toute initiative venue de la société civile, l’OCAF constitue pourtant une exception méthodique. Il ne s’agit pas d’un groupe de pression, encore moins d’un lobby partisan, mais d’un think-and-do tank, engagé dans une vision long-termiste : inscrire l’Afrique francophone dans la dynamique mondiale multipolaire en construction autour de la Chine, de l’ASEAN, des BRICS et de la diplomatie Sud–Sud.

2.1. Un héritage stratégique clair : de la Ceinture et la Route au Salon

En Mai 2022, l’OCAF, en partenariat avec l’ambassade de Chine au Cameroun, organisait à Yaoundé la première conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone. Cet événement académique et diplomatique réunissait des universitaires, diplomates, entreprises chinoises, acteurs économiques africains et représentants d’institutions. L’objectif ? Dépasser le discours idéologique et construire des mécanismes pratiques d’intégration Sino–Afrique francophone. La conférence se concluait sur un appel structuré à trois niveaux :

  1. Créer une plateforme permanente de dialogue économique sino-francophone.
  2. Décentraliser les outils de la diplomatie de développement vers les territoires.
  3. Lancer, dans un délai de douze mois, un Salon industriel et commercial de dimension internationale.

La réponse de l’ambassade de Chine fut immédiate et enthousiaste. Des échanges furent initiés avec le ministère chinois du Commerce, le ministère des Affaires étrangères et le Conseil pour la promotion du commerce international (CCPIT). L’élan était diplomatique, intellectuel, bilatéral et opérationnel.

PR JIMMY YAB & MR ZHANG XIUGUI, General manager of Huawei CEMAC region;

2.2. Une année d’activisme diplomatique : missions, rencontres, négociations

Entre Mai 2022 et Avril 2023, le président de l’OCAF entreprend cinq missions diplomatiques de haut niveau en Chine, conduisant des échanges stratégiques avec les figures suivantes :

  • S.E. Wang Yi, ministre des Affaires étrangères, membre du Bureau Politique du Parti Communiste Chinois.
  • Le directeur général des Affaires africaines au MAE chinois.
  • Le président de l’Association des étrangers , lors d’une réception économique à Shenzhen.
  • Les présidents de chambres de commerce des provinces du Guangdong, du Sichuan et du Jiangsu, régions industrielles majeures.
  • Des représentants de grandes firmes chinoises déjà implantées en Afrique centrale, telles que Huawei, Sinohydro, Sinosteel, CNPC, ou encore les sociétés minières opérant au Gabon et en Guinée équatoriale.

Chaque mission est préparée selon un protocole diplomatique strict, avec production de dossiers en chinois, présentation PowerPoint traduite, cartes de projets sectoriels, et documentation comparative sur les politiques industrielles francophones. Le coût cumulé des voyages, hébergements, protocoles et coordination : 5 200 000 FCFA.


2.3. Mobilisation nationale sans précédent plus de 15 réunions interministérielles

Parallèlement, à Yaoundé, l’OCAF initie avec le département Asie du ministère camerounais des Relations extérieures (MINREX) un cycle de réunions hebdomadaires, regroupant entre 15 et 20 ministères chaque semaine pendant près de dix mois. Parmi les ministères les plus actifs :

  • Ministère du Commerce (coordination des filières).
  • Ministère des Finances (modélisation douanière).
  • Ministère de l’Économie (appui à l’intégration régionale).
  • Ministère des PME et de l’Industrie (mobilisation des exposants).
  • Ministère des Transports et des Travaux Publics (infrastructure logistique).
  • Ministère de la Recherche scientifique et de l’Enseignement supérieur (valorisation des savoirs locaux).
  • Ministère de la Décentralisation et du Développement Local (participation des régions).
  • Et naturellement, le représentant du Premier ministère, qui accorde son aval formel au projet en Décembre 2022.

Ces réunions sont minutées, documentées, synthétisées par l’équipe de coordination de l’OCAF, composée de six permanents, douze bénévoles réguliers et trois consultants sectoriels. Chaque session nécessite :

  • Impression de supports,
  • Coordination de courriers officiels,
  • Accueil logistique,
  • Rédaction de rapports,
  • Interprétation en chinois.

Coût estimé de la logistique hebdomadaire cumulée : 3 800 000 FCFA.


2.4. Infrastructure, personnel et communication

Au-delà de la diplomatie et de la logistique institutionnelle, l’OCAF a dû se doter d’un espace de travail dédié, dans un quartier central de Yaoundé, capable d’accueillir des délégations, des réunions techniques, des journalistes, des visiteurs chinois. Le loyer, l’aménagement des bureaux, l’abonnement internet, le matériel de bureau, les rafraîchissements et la sécurité ont représenté environ 3 500 000 FCFA sur dix mois.

À cela s’ajoute la rémunération du personnel permanent de l’OCAF, composée d’un directeur de coordination, d’un assistant logistique, d’un chef de protocole, d’un interprète chinois-français, et d’un responsable communication : 3 000 000 FCFA pour un an, à travers des indemnités mensuelles modestes mais stables.

Enfin, la communication stratégique — charte graphique, affiches, site web, dossiers de presse, dépliants bilingues — a mobilisé environ 1 200 000 FCFA, sans compter les publications régulières dans la presse diplomatique spécialisée.


2.5. Un projet communautaire, sans un franc de financement public

Au total, le projet représente un coût de 22 millions FCFA, entièrement auto-financé par l’OCAF, sans appui budgétaire d’aucun ministère. Cette réalité renforce le caractère exemplaire du cas : il s’agit d’un projet d’intérêt national, stratégique, sans fardeau fiscal pour l’État, soutenu par un partenaire diplomatique majeur (la Chine), et pourtant bloqué sans explication.


Conclusion 2 : Une diplomatie bâtie pierre après pierre, étouffée d’un revers de main

Ce que l’OCAF a construit relève de la diplomatie de développement. Non pas un sommet protocolaire sans suite, mais une initiative stratégique articulée sur des enjeux commerciaux concrets, des liens humains établis, des partenaires alignés. Et pourtant, ce projet a été tué non par l’échec, mais par l’absence d’écoute et de cadre institutionnel pour l’initiative communautaire.

Ce blocage n’est pas une simple mauvaise gestion : c’est la démonstration que l’État centralisé camerounais est devenu incapable d’accompagner la création nationale venue d’en bas, même lorsqu’elle est rigoureusement construite, soutenue diplomatiquement et socialement légitime.

3. Conséquences stratégiques et morales : jeunes humiliés, partenaires chinois désillusionnés, pays discrédité

Le coût de l’échec du Salon Chine–Afrique Francophone ne peut se mesurer uniquement en termes financiers. Si les 22 millions de FCFA perdus représentent déjà un investissement lourd pour une organisation comme l’OCAF, le véritable désastre est moral, diplomatique et stratégique. En bloquant un projet aussi mature, aussi diplomatiquement légitimé, l’État camerounais — ou plus précisément, le Secrétariat Général de la Présidence de la République — a commis un triple sabotage : il a brisé la confiance de la jeunesse engagée, il a trahi la parole donnée à un partenaire majeur, et il a discrédité l’image du Cameroun comme interlocuteur sérieux sur la scène économique internationale.


3.1. La trahison silencieuse de la jeunesse compétente

L’OCAF, comme laboratoire d’idées et de stratégies Sud–Sud, repose sur un socle humain fondamental : des jeunes Camerounais instruits, compétents, multilingues, engagés, et prêts à servir leur pays à travers la diplomatie économique. Le projet du Salon a mobilisé plus de 20 jeunes permanents et bénévoles, travaillant dans des conditions souvent précaires, sans promesse de salaire, mais avec une vision et un sens du devoir collectif.

Pour eux, participer à un événement diplomatique d’envergure internationale, rencontrer des ambassadeurs, rédiger des notes en français et en chinois, coordonner des réunions interministérielles hebdomadaires, gérer des communications bilingues ou organiser des visites d’entreprises, représentait une école du patriotisme actif.

« Ce projet, c’était une manière de dire que nous ne sommes pas seulement la jeunesse du futur, mais celle du présent, capable de faire, de négocier, d’organiser. »
E. …diplômée en Relations internationales, bénévole OCAF

Lorsque le projet fut bloqué — sans préavis, sans lettre, sans remerciement —, ce fut un traumatisme collectif. Le silence de l’État fut vécu comme une gifle institutionnelle. Loin d’encourager, l’État a sanctionné l’initiative, la compétence et le sacrifice, laissant chez ces jeunes une amertume durable.


3.2. Des partenaires chinois désillusionnés : « Le Cameroun n’est pas fiable »

La relation entre la Chine et l’Afrique est l’un des axes majeurs de la géopolitique contemporaine. Depuis 2000, à travers le Forum sur la Coopération Chine–Afrique (FOCAC), Pékin a investi des centaines de milliards de dollars dans les infrastructures, les mines, les télécommunications et l’éducation en Afrique. Mais derrière les chiffres, la Chine attend des signaux de sérieux, de stabilité et d’anticipation politique de ses partenaires.

  • Des halls d’exposition avaient été identifiés.
  • Des plans de coopération technologique avaient été proposés.
  • Des entreprises avaient amorcé leur mobilisation.

Lorsque la présidence camerounaise laissa le projet sombrer sans justification, plusieurs partenaires chinois exprimèrent leur incompréhension, puis leur méfiance :

« Nous avions des garanties officielles. Comment un État peut-il se dédire sans aucune communication ? Cela rend difficile toute planification future. »
Responsable de projet Chine Afrique Centrale, Ministère du Commerce chinois, entretien à Shenzhen

Ce genre de retournement brutal fragilise durablement la crédibilité du Cameroun dans les cercles de coopération internationale. Il sape les fondations patiemment construites par les diplomates de terrain, les chercheurs, les communautés d’affaires, et réduit la diplomatie à une fiction fragile, dépendante des caprices d’un pouvoir fermé, non redevable.


3.3. Le Cameroun, un État discrédité dans la diplomatie économique

À l’heure où les pays africains redéfinissent leur position dans l’ordre mondial post-occidental — en rejoignant les BRICS, en investissant dans des corridors logistiques, en négociant des monnaies alternatives —, le Cameroun reste prisonnier d’une structure politique archaïque, où un projet d’État peut être détruit sans débat, sans justification, sans préavis.

Le cas du Salon Chine–Afrique Francophone est emblématique. Il montre que :

  • Le ministère des Relations extérieures peut s’engager activement, sans garantie de suivi par les cercles exécutifs ultimes ;
  • Le Premier ministre peut donner un accord formel, sans que cela ne pèse face à l’inertie du Secrétariat Général de la Présidence ;
  • Les ministres peuvent travailler pendant un an, mobiliser leur personnel, signer des documents — pour rien.

C’est une forme institutionnelle de dé-crédibilisation interne et externe. Elle produit de la défiance dans l’administration, du désengagement chez les jeunes, et une réputation de pays peu fiable, voire imprévisible, sur la scène régionale.

La Chine, qui valorise la continuité, la hiérarchie claire et l’efficacité, ne comprend pas ce type de dissonance étatique. Pour elle, un partenaire qui se contredit est un partenaire à risque.


Conclusion 3 : une diplomatie sabotée de l’intérieur

Le sabotage du Salon Chine–Afrique Francophone n’est pas seulement une perte d’argent ou une occasion ratée. C’est un acte politique, un choix du système de gouvernance actuel de ne pas soutenir l’excellence communautaire, de refuser les dynamiques souveraines émergentes, de couper l’élan de la jeunesse compétente, et de rompre la parole d’un État devant un partenaire stratégique.

Dans un pays normalement gouverné, une telle tragédie institutionnelle entraînerait un audit, un débat parlementaire, une réforme. Au Cameroun, elle passe dans l’ombre, sans que personne ne soit tenu responsable.

Voilà pourquoi nous devons repenser radicalement l’architecture de l’État.

4. Pourquoi l’État centralisé camerounais est incompatible avec la diplomatie de développement

L’échec du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone, préparé pendant deux ans, diplomatiquement soutenu, financièrement assumé, puis brutalement neutralisé sans explication par le Secrétariat Général de la Présidence, ne relève pas de l’anecdotique. Il révèle un problème plus profond : le modèle même d’organisation de l’État camerounais, fondé sur la verticalité, l’opacité, l’hyper-concentration décisionnelle, est structurellement incompatible avec la diplomatie de développement. Cette diplomatie — agile, coopérative, horizontale, orientée vers les résultats — ne peut prospérer dans un État verrouillé, centralisé, bureaucratique et hostile à l’initiative.


4.1. L’État jacobin : un héritage colonial rigide et dysfonctionnel

Le Cameroun post-indépendance a conservé l’architecture centralisatrice du modèle français de la Cinquième République, combinée à un exécutif présidentialiste fort et un appareil administratif rigide. Dans ce schéma, toute décision stratégique passe par le sommet de l’État, et toute initiative venant de la base — même lorsqu’elle est techniquement meilleure — est perçue comme une atteinte à l’ordre hiérarchique.

Les travaux de Jean-François Bayart (1979) sur l’ »État patrimonial » en Afrique francophone ont montré que ce type d’administration ne fonctionne pas sur la base de la performance, mais sur la protection du pouvoir central et la gestion des clientèles politiques. Le projet du Salon Chine–Afrique, porté par l’OCAF, n’entrait dans aucune des cases de ce système. Il était autonome, non partisan, compétent, multilatéral. Par conséquent, il fut ignoré, puis bloqué.

Ce que l’État ne contrôle pas politiquement, il préfère le faire échouer.


4.2. L’inexistence de la redevabilité institutionnelle

Dans un État développementaliste mature, un projet d’intérêt national bloqué sans raison déclencherait une enquête administrative, un rapport parlementaire, voire une intervention du Conseil d’État. Au Cameroun, aucun mécanisme ne permet de comprendre pourquoi un projet est stoppé, ni qui en porte la responsabilité.

Le Secrétariat Général de la Présidence, institution à la fois politique et administrative, n’est soumis à aucun contrôle citoyen, ni même parlementaire. Il peut invalider sans explication une initiative préparée par 15 ministères et soutenue par le chef du gouvernement.

Cette culture du silence administratif, analysée par Peter Ekeh (1975) comme caractéristique des « États postcoloniaux dualistes », mine la confiance des acteurs nationaux et étrangers. Elle freine l’innovation, détruit la motivation des jeunes cadres, et génère une culture de la peur, où il vaut mieux ne rien proposer que d’échouer faute de bénédiction invisible.


4.3. L’absence d’ancrage territorial de la diplomatie

Le Cameroun pratique une diplomatie centralisée, pilotée uniquement par le MINREX et la Présidence. Pourtant, dans les grands pays émergents — Inde, Brésil, Chine elle-même — la diplomatie économique se décline au niveau des provinces, des États fédérés, des régions. Le Guangdong, par exemple, a sa propre représentation à l’étranger ; la Bavière (Allemagne) signe des accords économiques directs avec des pays tiers.

Dans un État Développementaliste Communautaire, la diplomatie serait décentralisée, territorialisée, adaptée aux forces régionales. Le Littoral porterait la coopération portuaire, le Grand Nord la coopération agropastorale, le Grand Sud les échanges forestiers, etc.

Dans le cas du Salon Chine–Afrique, si une Vice-présidence du Littoral avait été mandatée par le Cameroun, le projet aurait été validé, appuyé, protégé et promu par une instance exécutive territoriale, ancrée dans la réalité économique locale. Il n’aurait pas été suspendu au bon vouloir d’un conseiller à la Présidence.


4.4. L’hostilité de l’État central à l’intelligence collective autonome

Le projet de l’OCAF dérangeait parce qu’il incarnait une intelligence collective autonome, capable de :

  • Concevoir une stratégie,
  • Mobiliser des partenaires,
  • Travailler avec des diplomates,
  • Évaluer des coûts,
  • Rendre compte.

Dans un État développementalement immature, l’initiative autonome est vécue comme une insubordination. Ce n’est pas l’utilité du projet qui est évaluée, mais son origine politique. D’où la méfiance, le ralentissement, puis le blocage.

Ce n’est pas le projet qui fut jugé ; c’est son indépendance qui fut condamnée.


4.5. Le déficit de souveraineté stratégique

Le comble du paradoxe, c’est que le Cameroun clame sa souveraineté face aux puissances étrangères, mais sabotage les rares initiatives nationales souveraines visant à s’insérer dans le monde multipolaire. Le Salon Chine–Afrique Francophone était un instrument d’émancipation économique, de projection géopolitique et de crédibilité industrielle. Il a été tué non pas par Pékin, mais par Yaoundé.

C’est la démonstration parfaite de ce que l’économiste Dani Rodrik (2011) appelle « l’autodestruction institutionnelle des États dépendants » : des États qui, au lieu de favoriser l’autonomie stratégique, la bloquent par réflexe de contrôle.


Conclusion 4 : L’État centralisé est devenu le premier obstacle au développement

L’affaire du Salon Chine–Afrique révèle une vérité brutale : le système administratif et institutionnel camerounais, dans sa configuration actuelle, empêche l’État d’émerger comme acteur de développement. Il transforme les institutions en instruments d’obstruction, les fonctionnaires en gardiens de couloirs, et les projets en sacrifices.

La question n’est donc pas « Pourquoi le Salon a-t-il échoué ? », mais « Combien d’autres projets échouent chaque année dans le silence, sous les tapis rouges, dans les couloirs de la Présidence ? »

5. Vers un État Développementaliste Communautaire : construire une architecture qui libère l’initiative stratégique et la diplomatie de développement communautaire

Si le Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone a été brutalement enterré dans les couloirs de la Présidence, ce n’est pas à cause d’un vice technique ni d’un défaut de préparation. Il a échoué parce que le modèle de gouvernance actuel du Cameroun est inapte à accueillir l’intelligence stratégique autonome. Il a échoué parce que notre État ne protège pas les innovations communautaires, il n’honore pas l’engagement des jeunes, et n’intègre pas la diplomatie de développement comme instrument d’émergence.

Il est donc temps, non pas de corriger à la marge, mais de reconstruire la maison Cameroun, sur de nouvelles bases : celles d’un État Développementaliste Communautaire (EDC), proposé par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC).


5.1. Un État Développementaliste Communautaire : définition et fondements

Un État Développementaliste Communautaire est un État :

  • Où la souveraineté n’est pas concentrée au sommet, mais partagée entre l’État central, les grandes régions fédérées et les communautés organisées.
  • Où les institutions sont conçues non pour contrôler, mais pour encourager l’initiative stratégique, économique et diplomatique.
  • la planification industrielle et commerciale est territorialisée, structurée autour des réalités locales (ressources, diaspora, main-d’œuvre).
  • Où la jeunesse et la société civile stratégique sont reconnues comme co-acteurs de l’État.

Ce modèle s’inspire des réussites coréennes, indonésiennes, brésiliennes, mais aussi de certains États africains émergents (Rwanda, Maroc) qui, à défaut de centralisme aveugle, ont su associer régions, collectivités, diaspora et communauté d’affaires à la construction de leur puissance.


5.2. Une nouvelle architecture exécutive pour promouvoir les initiatives régionales

Le projet du Salon aurait prospéré dans un État Développementaliste Communautaire grâce à une série d’innovations institutionnelles :

  • Une Vice-présidence fédérale du Grand Littoral, chargée de la diplomatie commerciale et de l’intégration portuaire ;
  • Des ministères régionaux de l’économie et de la coopération internationale, dotés de fonds de souveraineté territoriale pour négocier des projets bilatéraux ;
  • Un fonds spécial pour la diplomatie communautaire et les initiatives stratégiques locales, alimenté par la fiscalité régionale et la coopération décentralisée.

Dans ce système, l’OCAF n’aurait pas eu à quémander un feu vert opaque. Il aurait négocié directement avec la Vice-présidence régionale, inscrit le Salon dans le programme de développement local, et engagé les collectivités, les chambres de commerce, les universités, les médias, les entrepreneurs.


5.3. Promouvoir une diplomatie de développement communautaire

La diplomatie de développement communautaire est une proposition clef du MLDC. Elle repose sur le principe suivant : ce ne sont pas seulement les ambassadeurs ou les ministres qui font la diplomatie, mais aussi les régions, les collectivités, les réseaux professionnels et les organisations stratégiques comme l’OCAF.

Cette diplomatie :

  • Identifie les besoins spécifiques d’un territoire : formation, industrie, commerce, santé, culture.
  • Construits des partenariats ciblés, en Chine, au Maroc, en Inde, au Brésil, dans les diasporas.
  • Implique les acteurs locaux dans l’exécution des projets (villes, universités, syndicats, chambres professionnelles).
  • Et surtout, elle repose sur une logique de rendement direct pour les populations : plus de projets, plus d’emplois, plus de mobilité.

Le cas du Salon aurait pu être l’un des plus beaux exemples de cette diplomatie de développement communautaire. Il le sera demain, dans un État qui le permet.


5.4. Le MLDC : une vision, un projet, un changement de paradigme

Le MLDC n’est pas un parti d’opposition comme les autres. Il est un parti d’alternance structurelle. Il ne veut pas seulement remplacer des hommes, mais changer la forme de l’État lui-même. À travers le projet de l’État Développementaliste Communautaire, il propose :

  • La réorganisation du pays en quatre grandes régions fédérées, chacune dotée d’un exécutif régional souverain.
  • La création de Vice-présidences régionales, coresponsables des politiques nationales.
  • La mise en place d’un mécanisme de diplomatie économique régionale, pour éviter que jamais un projet comme le Salon Chine–Afrique ne soit étouffé à nouveau.

5.5. L’avenir : sanctuariser les initiatives comme celles de l’OCAF

L’histoire du Salon Chine–Afrique ne doit pas être perdue. Elle doit devenir un cas d’école, une leçon nationale, un symbole de réforme. Elle montre que le Cameroun regorge de capacités, d’idées, de réseaux et de jeunesse compétente.

Mais sans un changement radical de l’architecture de l’État, ces capacités seront gaspillées, ces idées asphyxiées, ces jeunesses découragées. Voilà pourquoi la construction d’un État Développementaliste Communautaire n’est pas une option idéologique, c’est une urgence historique.


Conclusion 5: La diplomatie de développement n’a pas besoin de permission, elle a besoin d’un État partenaire

La diplomatie de développement n’est pas un luxe. C’est un instrument stratégique pour l’émergence. Elle ne peut être exécutée par un État qui étouffe l’initiative, méprise ses jeunes, et ignore ses partenaires.

L’État Développementaliste Communautaire est le seul cadre possible pour que des projets comme le Salon Chine–Afrique Francophone réussissent demain, non par miracle, mais par structure.

Conclusion générale : L’échec du Salon Chine–Afrique Francophone, ou comment le Cameroun centralisé sacrifie son avenir

Ce n’est pas simplement un Salon qui a été tué. C’est un moment historique. Une convergence diplomatique rare. Une alliance de volontés Sud–Sud. Une démonstration de capacité nationale. Deux ans de travail, 22 millions de francs CFA autofinancés, cinq missions diplomatiques en Chine, quarante réunions interministérielles, des jeunes engagés, des partenaires chinois convaincus — anéantis en silence dans un couloir du Secrétariat Général de la Présidence.

Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est la conséquence logique d’un État centralisé, bloqué, opaque et non redevable. Un État qui préfère l’immobilisme à la coopération. Un État où même un projet validé par le Premier ministre, soutenu par l’ambassade de Chine, et préparé par quinze ministères, peut être effacé sans mot dire. Cet État-là n’est pas capable de porter la diplomatie de développement, parce qu’il refuse la délégation, méprise l’initiative, et sabote le progrès qui ne vient pas de ses cénacles.

Mais cet échec porte en lui-même les germes de la transformation. Car en exposant ses failles, le Cameroun d’aujourd’hui justifie le Cameroun de demain. Il devient l’argument vivant d’une reconstruction politique et institutionnelle profonde : la construction d’un État Développementaliste Communautaire.

Ce modèle, proposé par le MLDC, repose sur des fondements simples mais puissants :

  • La souveraineté partagée entre les grandes régions fédérées et l’État central.
  • Une Vice-présidence collégiale garantissant une gouvernance inclusive et territorialisée.
  • Une diplomatie économique décentralisée, portée par les régions selon leurs priorités.
  • Une jeunesse responsabilisée, non instrumentalisée.
  • Une société civile stratégique protégée, et non punie pour sa compétence.

Dans ce nouveau cadre, un projet comme celui du Salon Chine–Afrique Francophone ne serait pas une exception étrangère au système, mais l’une des expressions normales d’un État souverain en dialogue stratégique avec le monde.

Car la vérité est simple : nous avons tout ce qu’il faut pour réussir — idées, partenaires, compétences, énergie, jeunesse. Il nous manque l’architecture politique qui protège ces forces au lieu de les neutraliser.

Le Salon a été tué, mais il a ouvert les yeux d’une génération. Il a révélé que le développement n’échoue pas par manque de moyens, mais par excès de centralisme.

L’État Développementaliste Communautaire est l’horizon de cette génération. Il est la seule voie pour que les idées deviennent projets, et que les projets deviennent nation.

Bibliographie

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  • Yab, J. (2022). OCAF, Diplomatie Sud–Sud et Coopération Chine–Afrique Francophone : Actes de la Conférence sur la Ceinture et la Route. Yaoundé : Éditions OCAF.

Du Bureau du Premier Ministre au Silence de la Présidence : Pourquoi le MLDC Propose 4 Vice-Présidents Collégiaux Régionaux pour Refonder le Cameroun

Pour 4 Vice-Presidents Collégiaux dans le cadre de la construction d’un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions

Pr. Jimmy Yab & S.E. Joseph Dion Ngute, Premier Ministre du Cameroun

Pr. Jimmy Yab
Président du MLDC
Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF
)

Résumé

Dans cet article, je propose une réflexion critique sur l’architecture exécutive de l’État camerounais dans le contexte d’une transition vers un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions . À partir d’une expérience personnelle — la rencontre avec le Premier ministre Joseph Dion Ngute en décembre 2022 — et de l’échec institutionnel du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF), je met en lumière les limites structurelles du Premier ministère, symbole d’un centralisme postcolonial inefficace. Je plaide pour l’instauration d’une Vice-présidence collégiale régionale, ancrée dans les quatre grandes régions fédérées du Cameroun, comme solution à la crise de gouvernance. En mobilisant des exemples comparatifs (Nigeria, Bosnie-Herzégovine, Bolivie), je démontre que la co-représentation exécutive territoriale constitue une voie légitime, stabilisatrice et adaptée à la pluralité camerounaise. Il s’inscrit dans une approche de souveraineté partagée et de justice territoriale, au cœur du projet politique du MLDC.

Mots-clés : Fédéralisme communautaire, Cameroun, Vice-présidence, Gouvernance territoriale, Développement régional, MLDC, Institutions.

Abstract

This article provides a critical reflection on the executive architecture of the Cameroonian state within the context of a transition toward a community-based, developmental federalism. Grounded in a personal experience — a meeting with Prime Minister Joseph Dion Ngute in December 2022 — and the institutional failure of the Sino–Francophone Africa Trade Fair project, the author highlights the structural limitations of the Prime Minister’s office, emblematic of an ineffective postcolonial centralism. The article advocates for the establishment of a regional collegial Vice Presidency, rooted in Cameroon’s four proposed federated regions, as a response to the governance crisis. Through comparative case studies (Nigeria, Bosnia-Herzegovina, and Bolivia), it demonstrates that territorially balanced executive representation offers a legitimate, stabilising, and context-sensitive institutional model. The analysis is embedded in a framework of shared sovereignty and territorial justice, as promoted by the MLDC’s political agenda.

Keywords: Community-based federalism, Cameroon, Vice Presidency, Territorial governance, Regional development, MLDC, Institutions.

Introduction : une rencontre décisive, un projet bloqué, un diagnostic institutionnel

C’est dans les couloirs feutrés de l’Immeuble Étoile, un matin de décembre 2022, que j’ai rencontré le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute. En tant que Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF), je lui remettais les actes du Colloque international sur l’Afrique francophone de l’Initiative la Ceinture et la Route, organisé quelques mois plus tôt en partenariat avec l’ambassade de Chine au Cameroun. Ce colloque international avait réuni chercheurs, diplomates et décideurs autour d’une ambition partagée : inscrire l’Afrique francophone dans une nouvelle dynamique Sud-Sud fondée sur l’autonomie économique, la coopération bilatérale et l’intégration régionale de l’Initiative chinoise de « La Ceinture et La Route ».

Au-delà de la restitution intellectuelle, cette rencontre avait un second objectif tout aussi stratégique : présenter au gouvernement camerounais le projet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF 2023), une grande initiative économique multilatérale prévue pour l’année suivante. À cette occasion, le Premier ministre exprima un soutien formel, déclarant clairement : Le gouvernement soutient pleinement votre initiative. Vous pouvez compter sur notre appui.

Ci-dessous le video-clip de promotion officiel du SICCAF 2023.

Mais quelques semaines, puis quelques mois plus tard, ce soutien s’évapora dans les méandres de l’administration. Le dossier, transmis au Secrétariat Général de la Présidence du Cameroun, à part quelques correspondances, resta sans suite. Malgré l’appui officiel de l’Ambassade de Chine au Cameroun, le soutien logistique du President de l’Association des Entreprises Chinoises au Cameroun (AECC), Mr Xu Huajiang, par ailleurs, Directeur Général de la Division Afrique centrale de China Harbour Engineering Company(CHEC), la multinationale meme, qui a construit le Port Autonome de Kribi et l’Auto-route Kribi-Edea et surtout le soutient des grandes entreprises chinoises en Afrique Centrale et d’autres venant directement de l’a Chine continentale, malgre ces garanties techniques apportées, les lourdeurs bureaucratiques prirent le dessus : manque de communication interinstitutionnelle, délais interminables, absence de décision claire. Cette inertie ne fut pas seulement une déception personnelle : elle fut une révélation structurelle. Elle montra à quel point le modèle institutionnel camerounais empêche la concrétisation de projets stratégiques, même lorsqu’ils sont validés politiquement et diplomatiquement.

Ci dessous Quelques photos de voyages du Pr Jimmy Yab en Chine pour la préparation du SICCAF 2023 et quelques grandes personnalités politiques et économiques

De cette expérience est née une interrogation fondamentale : quelle structure exécutive peut porter efficacement une vision de développement autonome, décentralisée et communautaire dans un Cameroun fédéré en quatre grandes régions ? Cet article répond à cette question en opposant deux options : d’une part, le maintien du Premier ministère, institution centrale héritée du modèle jacobin ; d’autre part, l’introduction d’une Vice-présidence collégiale régionale, fondée sur le fédéralisme développementaliste communautaire. L’analyse s’appuie sur une réflexion théorique, des comparaisons internationales et les réalités propres au Cameroun contemporain.

Ci- dessous quelques photos du Premier Colloque International sur « l’Initiative la Ceinture et la Route » en Afrique francophone du 25 au 27 mai 2022, au palais des congrès de Yaoundé

I. Le Premier ministère : héritage centralisateur et impasse exécutive dans un État en recomposition

L’échec du projet du Salon Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré son approbation par le Premier ministre et l’appui formel de l’ambassade de Chine, illustre une faille structurelle profonde dans l’organisation du pouvoir exécutif au Cameroun. Une fois transmis au Secrétariat Général de la Présidence, le dossier s’est enlisé. Ce n’était pas un refus politique, ni une opposition idéologique, mais un symptôme récurrent d’un système exécutif hypercentralisé, opaque et inefficace. Ce constat appelle une analyse critique de la pertinence du Premier ministère dans le cadre du Cameroun du XXIe siècle, en transition vers un modèle fédéral communautaire.

Institué dans la Constitution camerounaise de 1972 (puis réaffirmé en 1996), le Premier ministère est un organe de coordination subordonné au Président de la République. L’article 12 alinéa 1er stipule que le Premier ministre « coordonne l’action gouvernementale sous l’autorité du Président ». Cette formulation dénote un pouvoir dérivé, sans autonomie stratégique. Contrairement aux modèles parlementaires classiques où le Premier ministre est le chef de l’exécutif, celui du Cameroun est dépourvu d’initiative politique autonome, ce qui le rend inefficace dans un contexte de transformation institutionnelle.

Dans un État fédéral organisé autour de quatre grandes régions souveraines — le Grand Sud, le Grand Nord, le Grand Littoral et le Grand Ouest —, le maintien d’un Premier ministre unique et centralisé est une anomalie fonctionnelle. Il empêche la territorialisation des décisions, bloque la remontée des priorités régionales, et reproduit un schéma néocolonial de gouvernance verticale. La dynamique développementaliste communautaire implique au contraire une coproduction des politiques publiques entre centre et périphéries, basée sur la souveraineté partagée, l’écoute communautaire, et la proximité.

D’un point de vue comparatif, les travaux de Hooghe et Marks (2003) sur la gouvernance multiniveau montrent que les exécutifs centralisés sont structurellement inefficaces dans les États pluriethniques et multiculturels. En Éthiopie, par exemple, la coexistence d’un fédéralisme ethnique avec un exécutif hyper-présidentialiste a mené à l’asphyxie des gouvernements régionaux, puis à l’explosion des conflits internes. Le Cameroun, avec ses tensions anglophones, ses déséquilibres historiques et sa diversité sociolinguistique, court les mêmes risques si la réforme institutionnelle reste superficielle.

Le Premier ministère ne saurait être l’instrument de pilotage d’un Cameroun fédéré à visée communautaire. Son existence même pourrait devenir un frein à l’innovation politique, un verrou dans la chaîne des décisions urgentes, et un symbole d’un passé institutionnel incompatible avec les réalités du présent. L’exemple du projet du Salon Industriel et commercial Chine–Afrique francophone en est la preuve vivante : même lorsque la volonté politique existe, le système d’exécution bloque l’action.

Le Cameroun n’a donc pas besoin d’un Premier ministre dans le sens classique du terme, mais d’une architecture exécutive pluraliste, enracinée dans ses régions, capable de dialoguer horizontalement avec les réalités locales. C’est ce que propose le modèle de la Vice-présidence collégiale, que nous développons dans la section suivante.

II. La Vice-présidence collégiale : une architecture de souveraineté territoriale pour un Cameroun fédéré

La déconvenue administrative qui a suivi l’accord formel du Premier ministre au sujet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone ne fut pas simplement une péripétie bureaucratique. Ce fut une illustration concrète de l’absence d’ancrage territorial du pouvoir exécutif camerounais. Le fait que le dossier ait été bloqué, sans justification, au Secrétariat Général de la Présidence malgré l’aval d’un chef de mission diplomatique étranger – en l’occurrence l’Ambassadeur de Chine – démontre l’urgence de repenser l’organisation du pouvoir. C’est dans cette perspective que le concept de Vice-présidence collégiale régionale prend tout son sens.

Le modèle de fédéralisme développementaliste communautaire, tel que défendu par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), repose sur trois principes fondamentaux: la souveraineté partagée, la gouvernance de proximité, et la valorisation des identités territoriales. Dans un tel modèle, l’exécutif ne saurait rester vertical et unifié. Il doit refléter la diversité régionale du Cameroun, la pluralité de ses défis, et la richesse de ses ressources communautaires. La proposition d’une Vice-présidence collégiale à quatre pôles répond précisément à cette exigence.

Concrètement, chaque grande région fédérée — le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral, le Grand Ouest — désignerait un Vice-président régional, membre d’un organe exécutif fédéral commun. Ces Vice-présidents, dotés d’un mandat national mais enracinés dans leur région, formeraient un collège décisionnel chargé de co-piloter l’action gouvernementale avec le Président de la République, garant de l’unité. Chaque Vice-présidence aurait une compétence thématique prioritaire, reflétant les réalités régionales :

Le Grand Nord, confronté aux défis sécuritaires, climatiques et agricoles, piloterait les politiques de résilience et de sécurité communautaire. Le Grand Sud, riche en ressources forestières et minières, aurait la charge de la gouvernance environnementale et du développement rural intégré. Le Grand Littoral, épicentre économique du pays, piloterait les politiques industrielles, portuaires et d’intégration commerciale régionale. Le Grand Ouest, marqué par une forte diaspora et un tissu entrepreneurial dynamique, serait responsable de la cohésion sociale, de la médiation intercommunautaire et de l’économie populaire.

Ce schéma n’est pas une invention abstraite. Il s’appuie sur des logiques éprouvées dans d’autres États pluriels. En Bolivie, l’État plurinational a intégré des formes communautaires de représentation dans l’exécutif. En Bosnie-Herzégovine, la présidence collégiale garantit une cohabitation interethnique. Le Cameroun, à travers ce modèle, pourrait construire un exécutif réconcilié avec sa diversité, garant de l’équité territoriale et de la participation de tous à la destinée nationale.

La Vice-présidence collégiale offre aussi une réponse systémique à l’immobilisme institutionnel. Dans le cas du Salon Chine–Afrique francophone, si le Grand Littoral avait eu une Vice-présidence dotée de compétence commerciale, ce projet porté par l’OCAF aurait immédiatement été co-construit et défendu à l’échelle fédérale, en évitant les blocages bureaucratiques du pouvoir central. En donnant à chaque région une capacité d’action exécutive au sommet, ce modèle décentralise la décision sans fragmenter l’État, et multiplie les points d’entrée pour les initiatives stratégiques.

Enfin, ce dispositif incarne la philosophie du développementaliste communautaire : un État proche de ses populations, réactif aux réalités locales, résilient face aux crises, et créatif dans sa manière de bâtir le futur.

III. Études comparées : la gouvernance exécutive partagée dans les États fédéraux pluriethniques

L’idée d’une Vice-présidence collégiale régionale au Cameroun, dans le cadre du fédéralisme développementaliste communautaire, s’inscrit dans une tradition institutionnelle bien établie dans plusieurs pays confrontés à une forte diversité culturelle, linguistique ou territoriale. Loin d’être une utopie camerounaise, ce modèle exécutif partagé s’appuie sur des précédents comparatifs qui en démontrent à la fois la faisabilité, la légitimité et l’efficacité relative.

1. Le Nigeria : du “federal character” à l’équilibre exécutif implicite

Voisin du Cameroun et ancienne colonie britannique, le Nigeria est souvent présenté comme l’un des fédéralismes les plus aboutis d’Afrique. Il est structuré en 36 États fédérés dotés de larges compétences constitutionnelles. Si la Constitution nigériane ne prévoit pas de vice-présidences régionales multiples, elle impose néanmoins un principe fondamental : le “federal character”. Selon ce principe, toutes les institutions nationales, y compris l’exécutif, doivent refléter la diversité géographique, ethnique et religieuse du pays (Suberu, 2001). En pratique, cela se traduit par une attention constante à l’équilibre régional dans les nominations présidentielles, y compris au niveau du vice-président.

Cette règle non seulement réduit les tensions intercommunautaires, mais elle crée une dynamique de co-responsabilité nationale, où les projets de développement régionaux peuvent bénéficier d’un appui exécutif explicite. Transposé au Cameroun, un tel équilibre ne peut plus être laissé à la discrétion du chef de l’État ; il doit être institutionnalisé par une vice-présidence collégiale constitutionnellement encadrée.

2. La Bosnie-Herzégovine : cohabitation exécutive dans un contexte post-conflit

Autre cas emblématique : la Bosnie-Herzégovine. Pays multiculturel et post-conflit, la Bosnie a adopté une présidence tripartite où les trois principaux groupes ethniques (Bosniaques, Croates, Serbes) sont représentés au sommet de l’État. Chaque président est élu par sa communauté, et la présidence est rotative tous les huit mois. Ce système, bien qu’administrativement lourd, a permis d’éviter un retour à la guerre civile et d’instaurer une paix structurelle fondée sur l’inclusion mutuelle (Bieber, 2006).

Dans le contexte camerounais, où les tensions entre communautés anglophones et francophones, entre régions centrales et périphériques, restent vives, une structure exécutive partagée pourrait jouer le même rôle stabilisateur. Chaque région disposerait d’un représentant à la Vice-présidence, garantissant que les intérêts locaux soient présents dans l’arène fédérale. Ce serait un rempart contre la marginalisation, mais aussi un mécanisme d’équilibre démocratique entre les territoires.

3. La Bolivie : le pluralisme constitutionnel au service de la représentativité

Enfin, l’expérience de la Bolivie offre un modèle particulièrement pertinent pour un État développementaliste communautaire. En 2009, le pays adopte une nouvelle Constitution reconnaissant officiellement l’existence de 36 peuples autochtones. L’État devient alors plurinational, ce qui implique la reconnaissance des droits politiques et institutionnels des communautés à participer au pouvoir (Postero, 2017). Dans les faits, cela s’est traduit par l’inclusion d’acteurs autochtones dans les institutions nationales, y compris l’exécutif, et par une forte décentralisation des politiques publiques.

Ce modèle inspire directement la logique camerounaise, où plus de 250 ethnies, plusieurs aires linguistiques, et une histoire coloniale différenciée (française et britannique) coexistent. L’instauration d’une Vice-présidence collégiale au Cameroun permettrait de formaliser cette pluralité dans l’État, sans tomber dans le piège de la balkanisation. Il s’agirait de passer de la juxtaposition de communautés à leur intégration fonctionnelle dans la gouvernance.

Ces trois exemples convergent vers une conclusion claire : dans les États multiculturels, la stabilité institutionnelle repose sur la reconnaissance structurelle des différences, et non sur leur effacement. En instaurant une Vice-présidence collégiale régionale, le Cameroun adopterait un instrument moderne, inclusif et adapté à ses réalités profondes. Cette réforme serait non seulement cohérente avec les exigences du développement local, mais aussi conforme aux standards internationaux d’un fédéralisme équitable et démocratique.

Conclusion : pour une refondation exécutive ancrée dans la souveraineté territoriale

L’échec du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré l’accord formel du Premier ministre du Cameroun et l’engagement diplomatique de l’ambassade de Chine, n’est pas un incident isolé. Il est le révélateur structurel d’un système exécutif qui concentre le pouvoir tout en diluant la responsabilité, incapable de porter des initiatives territoriales stratégiques ou de réagir efficacement aux mutations du monde. Ce blocage administratif, survenu au niveau du Secrétariat Général de la Présidence, est l’un des multiples symptômes d’un État centralisé, opaque et paralysé, dont les mécanismes de décision sont déconnectés des territoires, des communautés et même des engagements politiques supérieurs.

Dans ce contexte, le Cameroun ne peut plus se contenter d’une réforme marginale. Il doit s’engager dans une refondation structurelle de ses institutions, à commencer par l’architecture de son exécutif fédéral. Le modèle du Premier ministère, dérivé du jacobinisme français, a montré ses limites : vertical, symbolique, inefficace, il ne peut porter la logique du développement communautaire, ni incarner l’autonomie régionale.

Face à cette impasse, le modèle de Vice-présidence collégiale régionale, intégré dans le projet de fédéralisme développementaliste communautaire du MLDC, constitue une alternative viable, cohérente et fondamentalement démocratique. Il ne s’agit pas simplement d’un ajustement technique, mais d’un changement de paradigme : un passage de la centralité vers la coprésidence territoriale, de la hiérarchie administrative vers la responsabilité partagée, de la domination institutionnelle vers la souveraineté coopérative.

Chaque région fédérée — Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, Grand Ouest — disposerait d’une Vice-présidence fédérale, à la fois représentative et décisionnelle. Ce collège de Vice-présidents ne serait pas une division du pouvoir, mais son approfondissement. Il permettrait de construire des réponses différenciées aux défis spécifiques de chaque région tout en consolidant une vision unifiée de la nation. Il serait l’incarnation exécutive d’un Cameroun polycentrique, communautaire, souverain.

Enfin, cette réforme n’est pas isolée dans l’histoire du monde. Le Nigeria, la Bosnie-Herzégovine, la Bolivie — et bien d’autres — ont montré que la stabilité dans les États complexes passe par la reconnaissance institutionnelle de la diversité. Le Cameroun peut devenir un modèle africain de fédéralisme équitable, à condition de s’émanciper des formes mortes du centralisme hérité et d’embrasser un avenir basé sur la coresponsabilité territoriale et la légitimité communautaire.

C’est là, dans cette vice-présidence collégiale souveraine, que se trouve la clé de la transformation républicaine du Cameroun, et peut-être même de sa survie politique comme État-nation. Le MLDC propose ainsi non une réforme parmi d’autres, mais un projet de réinvention nationale.

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• Yab, J., Nkong-Njock, V. (2025). Pour un État Développementaliste Communautaire: le Cameroun

Construire un Axe Cameroun–Nigeria pour un Développement Sud-Sud Structurant

Pr Jimmy Yab & Président Olusegun Obasanjo

Une proposition stratégique du MLDC fondée sur l’État Développementaliste Communautaire. Pr. Jimmy Yab- Président du MLDC. Président de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) Professeur de relations internationales

Résumé

Dans un contexte mondial de recomposition des pôles de pouvoir, le Cameroun reste fortement arrimé à des logiques diplomatiques héritées de la colonisation, alors même que les dynamiques Sud-Sud redessinent les routes du développement. Cet article propose une alternative stratégique portée par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) : l’ouverture d’un axe structurant de coopération bilatérale Cameroun–Nigeria, dans le cadre de l’État Développementaliste Communautaire (EDC). Ce partenariat, s’inspirant des modèles asiatiques d’industrialisation planifiée et de diplomatie pragmatique, pourrait accélérer l’intégration régionale, renforcer la souveraineté économique du Cameroun et stabiliser les zones frontalières à travers une diplomatie de développement. L’analyse mobilise des données économiques récentes, des références académiques et l’expertise acquise par l’auteur dans le cadre de ses travaux à l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF).

1. Introduction : l’urgence d’une refondation diplomatique

La photographie prise lors du 70e anniversaire de la Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries (CPAFFC) à Pékin, où l’auteur fut le seul représentant du Cameroun, aux côtés du président Olusegun Obasanjo, est plus qu’un symbole. Elle révèle un vide stratégique dans la représentation diplomatique camerounaise. À l’heure où le monde se réorganise autour d’alliances régionales Sud-Sud (Cheru & Obi, 2010), le Cameroun reste absent des grandes plateformes de co-développement, prisonnier d’une diplomatie alignée sur des logiques franco-centrées.

Cette absence diplomatique traduit une crise structurelle de vision, que le MLDC propose de dépasser par une diplomatie développementale ancrée dans la sous-région, avec le Nigeria comme partenaire stratégique de premier rang. Dans cette perspective, l’État Développementaliste Communautaire fournit le cadre doctrinal et institutionnel adéquat pour penser un nouvel ordre régional africain piloté par des États souverains et solidaires.

2. Le fondement doctrinal : l’État Développementaliste Communautaire comme levier d’intégration régionale

Inspiré des modèles asiatiques (Japon, Corée, Chine, Vietnam), l’État Développementaliste Communautaire prôné par le MLDC repose sur trois axes de souveraineté : politique, économique, et technologique (Yab, 2024). Il rompt avec les paradigmes de dépendance vis-à-vis des bailleurs internationaux pour privilégier une logique de planification nationale et d’intégration régionale.

Comme le souligne Leftwich (1995), le développement ne résulte pas d’une libéralisation automatique des marchés, mais de l’autonomie stratégique d’un État inséré dans ses communautés nationales et régionales. L’EDC permet de repenser l’action extérieure non comme un outil de représentation passive, mais comme une politique publique de transformation structurelle.

3. Le Nigeria : puissance sous-exploitée dans la stratégie régionale camerounaise

Avec un PIB de 477 milliards USD (FMI, 2023), une population de plus de 230 millions d’habitants, des réserves massives de gaz et une industrie manufacturière en développement, le Nigeria est la première puissance économique du continent. Pourtant, le Cameroun n’a jamais structuré de véritable coopération bilatérale de haut niveau avec Abuja, malgré une frontière de 1 500 kilomètres et des flux commerciaux informels estimés à plus de 500 millions USD en 2022 (BEAC, 2023).

Le MLDC propose de transformer cette cohabitation frontalière informelle en axe structurant de codéveloppement, autour de corridors logistiques (Garoua–Maiduguri, Bamenda–Enugu), de zones économiques conjointes, et d’une coopération industrielle sur les chaînes de valeur régionales (élevage, textile, agriculture, énergie).

4. Une diplomatie académique et opérationnelle : le rôle de l’OCAF

En tant que président de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone, l’auteur a mené de nombreuses analyses comparatives sur les modalités de coopération sino-africaines. Contrairement à une vision simpliste, la Chine n’impose pas un modèle unique mais offre un cadre de négociation à géométrie variable, dans lequel l’État partenaire reste responsable de son agenda (Brautigam, 2009).

C’est à cette école stratégique que s’inspire notre proposition : une co-diplomatie de développement, dans laquelle le Cameroun co-construit avec le Nigeria :

Un Institut Cameroun–Nigeria pour le développement Sud-Sud, basé à Garoua ou Maroua, pour former les cadres de la coopération régionale. Des programmes universitaires conjoints entre Yaoundé I, Douala, Ibadan, Nsukka, Zaria, pour mutualiser les expertises en agriculture, santé, sécurité, industrie. Une stratégie commune d’attractivité des IDE africains et asiatiques, notamment pour financer les infrastructures partagées.

5. Sécurité régionale : la paix par le développement intégré

La frontière Cameroun–Nigeria, en particulier dans l’Extrême-Nord, reste marquée par des insécurités multiformes : Boko Haram, bandes transfrontalières, pauvreté extrême. Le MLDC propose une doctrine de sécurité développementale, inspirée du concept de “human security” (UNDP, 1994), qui conjugue action militaire, inclusion sociale, et intégration économique.

Cette doctrine repose sur :

Des forces conjointes de sécurité communautaire, financées par les deux États ; Des projets de stabilisation économique dans les zones à risque (routes, écoles, hôpitaux) ; Des centres de réinsertion régionale pour les ex-combattants, adossés à des programmes d’alphabétisation et de formation professionnelle.

6. Une rupture stratégique avec la diplomatie de l’attentisme

Contrairement aux politiques étrangères actuelles du Cameroun, qui se contentent d’une diplomatie de représentation et d’influence symbolique, l’approche du MLDC est fondée sur une diplomatie d’impact, orientée vers des objectifs de souveraineté et de développement.

La proposition d’un axe Cameroun–Nigeria s’inscrit dans une logique offensive, fondée sur une lecture réaliste de l’environnement régional. Elle rejoint l’idée selon laquelle les alliances Sud-Sud bien pensées constituent aujourd’hui des leviers stratégiques comparables aux anciens traités bilatéraux avec les puissances du Nord (Mohan & Tan-Mullins, 2019).

Conclusion : pour une géodiplomatie développementale panafricaine

Le MLDC propose un véritable tournant géopolitique pour le Cameroun. En réorientant la diplomatie camerounaise vers des partenariats Sud-Sud pragmatiques, à commencer par le Nigeria, il redonne à la politique étrangère sa mission historique : soutenir l’indépendance nationale, accélérer le développement, garantir la paix.

L’État Développementaliste Communautaire n’est pas un simple modèle administratif, mais un cadre stratégique et opérationnel pour inscrire le Cameroun dans une Afrique forte, intégrée, et souveraine.

« Celui qui n’est pas à la table des négociations est au menu de l’histoire. »

— Pr. Jimmy Yab

Références

Brautigam, D. (2009). The Dragon’s Gift: The Real Story of China in Africa. Oxford University Press.

Cheru, F., & Obi, C. (2010). The Rise of China and India in Africa: Challenges, Opportunities and Critical Interventions. Zed Books.

Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press.

FMI. (2023). World Economic Outlook. Fonds Monétaire International.

Leftwich, A. (1995). Bringing Politics Back In: Towards a Model of the Developmental State.

Journal of Development Studies, 31(3), 400–427.

Mohan, G., & Tan-Mullins, M. (2019). The Geopolitics of South-South Infrastructure Development: Chinese-Funded Transport Projects in Ethiopia and Kenya.

Political Geography, 73, 31–43. UNDP. (1994). Human Development Report 1994: New Dimensions of Human Security. United Nations Development Programme.

Yab, J. (2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Éditions US.

BEAC. (2023). Rapport sur les échanges informels dans la CEMAC. Banque des États de l’Afrique Centrale.

Le Cameroun dans le piège de la théorie du chaos lent : Comment l’État Développementaliste Communautaire (EDC) peut rompre la fatalité

Par Pr. Jimmy Yab
Président du MLDC, Professeur de Relations Internationales

Théorie du chaos lent
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Introduction

« Les États ne meurent pas toujours dans des guerres. Ils peuvent aussi se décomposer lentement, à l’abri des regards, dans l’indifférence bureaucratique et la résignation populaire. »

— Jimmy Yab

Le Cameroun ne fait pas face à une guerre civile. Il n’est pas formellement en faillite. Et pourtant, il s’effondre. Lentement. Silencieusement. Systématiquement.

Ce processus n’a pas de nom dans les discours officiels. Il est maquillé derrière des taux de croissance trompeurs, des plans stratégiques sans ancrage réel, et des mots creux comme « émergence 2035 ».

Mais les analystes les plus lucides le savent : le Cameroun est en proie à un chaos lent. Ce concept, que je vais expliquer ici, permet de nommer l’indicible, d’analyser l’inertie criminelle, et surtout, de tracer une voie de rupture, fondée sur une alternative radicale : l’État Développementaliste Communautaire (EDC).

I. La théorie du chaos : origine scientifique d’un effondrement silencieux

Avant d’aborder le chaos lent, il est essentiel de comprendre ce que recouvre, sur le plan scientifique, la théorie du chaos.

Qu’est-ce que la théorie du chaos ?

La théorie du chaos est une branche des mathématiques et des sciences qui étudie les systèmes complexes – comme les conditions météorologiques ou le comportement des marchés financiers – qui semblent aléatoires ou imprévisibles à première vue.

Elle explore comment de petits changements dans les conditions initiales d’un système peuvent produire des résultats extrêmement divergents au fil du temps.

Autrement dit, elle révèle que derrière un apparent désordre, se cachent des structures, des régularités, des modèles.

Ce champ d’étude a révolutionné notre compréhension du monde en montrant que même le chaos peut être gouverné par des lois.

Un des principes les plus emblématiques de cette théorie est l’effet papillon.

Principe de l’effet papillon

Il suggère qu’un changement minime – comme le battement d’ailes d’un papillon à Tokyo – pourrait, à terme, déclencher une tornade au Texas.

Cette métaphore illustre la sensibilité extrême des systèmes aux conditions initiales. En d’autres termes, de petites décisions politiques, économiques ou sociales peuvent avoir, à long terme, des conséquences colossales.

II. Du chaos scientifique au chaos lent institutionnel : le cas du Cameroun

Dans les sciences sociales, cette théorie s’est élargie pour décrire des dynamiques d’effondrement progressif. Le chaos lent, en particulier, désigne la désintégration silencieuse et cumulative d’un système politique, économique ou social, sans crise visible immédiate, mais avec une irréversibilité croissante.

Et c’est exactement ce que vit le Cameroun.

III. Cameroun : radiographie d’un chaos lent économique

1. Une économie en façade, sans productivité réelle

On nous parle de croissance : 3,7 % en 2023 selon la BEAC. Mais cette croissance est extravertie, non inclusive, non industrialisante.

Selon l’INS, plus de 80 % de la population active travaille dans l’informel, dans des conditions précaires.

Le secteur secondaire, moteur de toute transformation économique sérieuse, ne représente que 22 % du PIB.

2. Une dette publique inefficace

La dette atteint plus de 12 000 milliards FCFA, soit près de 45 % du PIB. Mais l’impact est invisible : les routes sont défoncées, l’eau potable rare, les universités sinistrées.

La dette finance la consommation politique, pas l’investissement structurant.

3. Une pauvreté structurelle

Plus de 40 % des Camerounais vivent sous le seuil de pauvreté, avec des pics à 70 % dans l’Extrême-Nord. Le taux de chômage des jeunes urbains avoisine 30 %, sans compter le sous-emploi déguisé.

4. Une économie extravertie et dépendante

Le Cameroun exporte son bois brut, son cacao brut, son pétrole brut… et importe ses propres besoins de survie : riz, lait, sucre, médicaments.

70 % des produits consommés sont importés.

5. Une corruption chronique

Avec une position de 142e sur 180 selon Transparency International en 2024, le Cameroun est classé parmi les pays les plus corrompus du monde.

La corruption n’est pas un accident : c’est le carburant même du système.

IV. Pourquoi ce chaos dure ?

Parce que le chaos lent, comme l’a montré la théorie scientifique, ne provoque pas de crise visible immédiate. Il ronge lentement les structures. Il désensibilise la population. Il récompense l’inaction.

Et surtout, il sert une élite, qui s’est affranchie des conséquences de la misère collective. Le chaos lent ne menace pas les palais, mais détruit les villages.

V. Une rupture historique : l’État Développementaliste Communautaire (EDC)

Ce dont le Cameroun a besoin, ce n’est pas d’un réaménagement cosmétique. C’est d’une réinvention du rôle de l’État et de la communauté.

L’État Développementaliste Communautaire repose sur trois souverainetés essentielles :

1. Souveraineté politique et territoriale

Fin de la centralisation abusive. Gouverneurs élus. Assemblées communautaires. Sécurité assurée par des dispositifs enracinés dans les territoires.

2. Souveraineté économique et financière

Substitution aux importations. Industrialisation à petite et moyenne échelle. Transformation locale des matières premières. Création de monnaies communautaires ou de systèmes d’échange territoriaux.

3. Souveraineté technologique et industrielle

Relance des formations techniques et professionnelles. Partenariats technologiques Sud-Sud. Écosystèmes d’innovation locale.

VI. Que propose concrètement l’EDC ?

Un plan Marshall communautaire pour l’agriculture, l’énergie, les routes rurales. Banques communautaires locales adossées à la production territoriale. Fiscalité incitative pour les producteurs locaux, punitive pour les importateurs de luxe. Démocratie économique : chaque village décide de ses priorités par budget participatif.

Conclusion : Choisir entre la lente agonie ou la renaissance populaire

Le chaos lent est la forme la plus dangereuse de destruction : il ne déclenche pas de révolte immédiate, mais prépare le terrain au désespoir collectif et à l’effondrement final.

Nous pouvons continuer à subir ce chaos, ou nous pouvons recréer l’ordre à partir de nos propres modèles, comme la théorie du chaos nous y invite.

L’EDC est cet ordre dans l’apparente confusion.

C’est notre capacité, enfin retrouvée, à transformer les petites décisions locales en grandes mutations historiques.

Comme le papillon de la théorie du chaos, un village qui se relève peut faire s’effondrer un régime injuste.

Un jeune qui entreprend peut réveiller une communauté.

Un peuple qui s’organise peut renverser l’histoire.

Le Cameroun n’est pas condamné à mourir dans le silence. Il peut renaître dans la dignité.

Vive l’État Développementaliste Communautaire. Vive le Cameroun souverain, libre et communautaire.

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère ( Racontée en 5 parties)

PARTIE I : Introduction et Chapitre 1

À gauche, mon arrivée au Cameroun, à droite, mon départ du Cameroun

INTRODUCTION: Un voyage de deuil, un retour à l’enfer

Dans le cadre de mes publications académiques, j’ai souvent l’opportunité de voyager, de parcourir le monde pour confronter mes idées avec d’autres chercheurs, pour débattre de la gouvernance, du développement et des systèmes politiques. Mais aucun voyage ne m’a autant marqué que mon retour au Cameroun pour les obsèques de ma mère.

Parti au pays avec deux pieds, j’en suis reparti avec trois, une béquille sous le bras et le poids du désespoir dans le cœur. Ce n’était pas qu’un deuil personnel que je vivais, mais le deuil d’un pays en perdition, d’un État en lambeaux, d’une société où la souffrance est devenue une norme et où l’injustice est érigée en système.

Ce récit n’est pas seulement le témoignage d’un seul individu que je suis, il s’agit d’une réalité partagée par des millions de Camerounais qui, qu’ils soient sur place ou à l’étranger, sont piégés dans un pays où tout est conçu pour briser les âmes, humilier les citoyens et les priver de leur dignité. Ce que j’ai vécu en quelques semaines est le quotidien de ceux qui y survivent chaque jour : des infrastructures abandonnées, un État absent, une administration corrompue, un système de santé en ruine et une société profondément divisée par la politique du régime en place.

À travers cinq étapes marquantes – de la destruction d’un pont à Ngompem et du mépris des autorités, à ma tentative désespérée de reconstruire ce que l’État refusait de réparer ( à mes propres frais = 3 500 000 FCFA) , en passant par un accident sur des routes délabrées, l’isolement social dû à mon engagement politique et un exil médical forcé – je raconte ici le calvaire d’un peuple pris au piège d’un régime qui ne lui offre qu’une alternative : la soumission ou la mort.

Le Cameroun de Paul Biya est devenu un enfer à ciel ouvert où la misère est institutionnalisée, où la jeunesse est abandonnée, où les élites gouvernantes ne se préoccupent que de leur propre survie. Ce texte n’est pas un simple témoignage, c’est un cri d’alarme, une radiographie d’un pays en état de décomposition avancée. Il met en évidence les maux profonds qui gangrènent notre société et appelle à une prise de conscience collective, car il ne s’agit pas que du sort d’un individu, mais bien de l’avenir de tout un peuple.

CHAPITRE 1 . L’indifférence criminelle de l’État : 31 Décembre 2025 à Pouma, le combat pour un pont et la dignité des citoyens

Lorsque je suis retourné au Cameroun après quelques jours Angleterre après un séminaire, pour les obsèques de ma mère, je ne m’attendais pas à être confronté à l’une des formes les plus manifestes du mépris de l’État pour ses citoyens : la privation du droit fondamental à la mobilité. À Ngompem, dans l’arrondissement de Pouma, un pont essentiel reliant le même village avait été détruit depuis plus de trois ans par une entreprise privée opérant sous le regard passif des autorités locales.

Ce pont, loin d’être un simple ouvrage d’ingénierie, représentait un lien vital pour les populations locales, leur permettant d’accéder aux marchés, aux écoles, aux hôpitaux et aux services administratifs. Sans lui, ces citoyens étaient réduits à l’isolement, coupés du reste du pays comme des prisonniers enfermés dans un ghetto à ciel ouvert.

Au conseil municipal

Le 31 décembre 2024, je me suis rendu au conseil municipal de Pouma pour exiger des explications. Face à moi, le représentant du Préfet de la SANAGA MARITIME, le maire adjoint de Pouma, le sous-préfet, les membres du conseil municipal, tous figures d’une administration qui prétend gouverner mais qui, en réalité, abandonne ses citoyens à leur sort. Ils ne voulaient pas me donner la parole, comme si évoquer le sort de ces populations invisibilisées était une offense. Ils ne voulaient pas entendre que depuis trois à quatre ans, des Camerounais étaient privés de leur droit le plus élémentaire : celui de se mouvoir. Leur attitude était symptomatique d’un régime qui a fait de la surdité institutionnelle un mode de gouvernance.

L’infrastructure : un luxe réservé aux grandes villes et aux élites

Pont détruit de NKANGLA

Le cas du pont de Ngompem n’est pas un incident isolé. Il est le reflet d’un problème systémique au Cameroun : la négligence des infrastructures, en particulier celles situées en dehors des centres urbains stratégiques. Selon un rapport de la Banque Mondiale (2022), plus de 60% des routes au Cameroun sont en mauvais état, et près de 45% des localités rurales sont difficilement accessibles pendant la saison des pluies. Pourtant, la Constitution camerounaise et plusieurs engagements internationaux signés par l’État garantissent le droit à la libre circulation comme un principe fondamental.

Alors que les membres du gouvernement voyagent en jets privés et que les hauts fonctionnaires circulent dans des véhicules de luxe achetés avec l’argent du contribuable, des millions de Camerounais risquent leur vie chaque jour sur des routes défoncées, des ponts effondrés, des pistes impraticables. L’injustice saute aux yeux : l’argent qui aurait pu être investi pour améliorer les infrastructures publiques est détourné pour enrichir une élite restreinte qui ne se sent redevable à personne.

Le mépris des autorités : une politique de l’inaction

Lors de cette réunion du conseil municipal, j’ai vu de mes propres yeux à quel point les dirigeants locaux ne se sentaient ni responsables ni concernés par les souffrances des populations qu’ils sont censés administrer. Non seulement ils ont refusé de me donner la parole, mais ils ont également cherché à minimiser le problème, comme si trois ans d’isolement forcé n’étaient qu’un désagrément mineur.

Ce mépris pour les doléances des citoyens est un des traits caractéristiques du régime Biya. D’après le classement 2023 de l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine, le Cameroun se classe 35e sur 54 pays africains en matière de participation et de droits humains, ce qui reflète le manque de considération des autorités pour les préoccupations des populations. L’administration camerounaise fonctionne comme une forteresse bureaucratique coupée du monde réel, où les décisions sont prises sans consultation, où l’inaction est la règle et où toute voix dissidente est réduite au silence.

L’absence de responsabilité : une impunité institutionnalisée

Le scandale du pont de Ngompem n’est qu’un exemple parmi tant d’autres où l’administration refuse de rendre des comptes. Qui est responsable de sa destruction ? Pourquoi aucune entreprise n’a été tenue de le reconstruire ? Où sont passés les fonds censés être alloués à l’entretien des infrastructures ? Ces questions restent sans réponse, car dans un pays où la corruption siphonne près de 30% du budget de l’État chaque année (Transparency International, 2023), les dirigeants ne se sentent pas obligés de justifier leur incompétence.

En réalité, la destruction du pont est le résultat d’un système où les entreprises privées, souvent liées à des membres influents du régime, peuvent détruire des infrastructures publiques en toute impunité, sans jamais être inquiétées. L’administration locale, au lieu de défendre les intérêts des populations, se contente d’observer passivement, ou pire, de tirer profit de ces situations.

Une administration qui nie l’humanité de son peuple

Ce qui m’a le plus marqué lors de cette confrontation avec le conseil municipal de Pouma, ce n’est pas seulement leur refus de m’écouter, mais l’indifférence avec laquelle ils ont balayé les souffrances de milliers de personnes. Cette attitude traduit une vérité plus profonde : dans le Cameroun de Paul Biya, l’État ne considère pas ses citoyens comme des êtres humains dignes de respect, mais comme des sujets dont on peut ignorer les droits et la dignité.

Il ne s’agit pas seulement d’un pont détruit. Il s’agit d’une politique d’abandon délibéré, d’une stratégie où l’État punit les populations rurales en les privant des services les plus élémentaires. Il s’agit d’une mentalité où la classe dirigeante vit dans une bulle de privilèges pendant que le reste du pays s’enfonce dans la misère et l’oubli.

Ce jour-là, en quittant la salle du conseil municipal sans avoir été écouté, j’ai compris une chose essentielle : dans ce pays, il ne suffit pas de dénoncer, il faut agir, car l’État ne viendra jamais au secours de son peuple. Et c’est ainsi que j’ai pris la décision qui allait marquer la deuxième étape de mon séjour : reconstruire moi-même ce que le gouvernement avait laissé s’effondrer.

CHAPITRE 2. Construire avec le peuple ce que l’État a détruit : un acte de résistance face à l’abandon

QUATRE DÉCENNIES DE MENSONGES TRANSGÉNÉRATIONNELS: COMMENT PAUL BIYA A TROMPÉ MES PARENTS, MA GÉNÉRATION ET VEUT HYPOTHÉQUER L’AVENIR DE MES ENFANTS ET PETITS ENFANTS

Multiples générations sacrifiées

Introduction : Le Mensonge Transgénérationnel de Paul Biya

En préparant les obsèques de ma défunte mère qui auront lieu le 7 et 8 Février 2025 à Ngompem, un village sans eau potable, sans électricité, sans routes praticables, coupé en 2 par la destruction de ses ponts et dépourvu de tout service social de base, j’ai découvert dans leurs archives personnelles les cartes de membres du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) de mes parents datant des années 90. Ces archives étaient plus qu’un simple souvenir : elles incarnaient leur foi dans les promesses d’un homme, Paul Biya, et dans son régime, qui avaient promis de transformer le Cameroun en une nation prospère. Mais cette foi, maintes fois renouvelée à chaque élection depuis 1982, n’a jamais été récompensée. Mes parents sont partis dans la pauvreté, comme des millions d’autres Camerounais, trahis par des décennies de mensonges.

Cette découverte m’a confronté à une question existentielle : pourquoi avons-nous, en tant que générations successives, permis à ce système de perdurer ? Nos parents ont cru en des promesses de développement, notre génération a été bercée par des illusions d’émergence, et aujourd’hui, on nous demande d’être complices en transmettant ces mensonges à nos enfants et petits-enfants.

Le Cameroun, sous Paul Biya, est devenu un exemple frappant de stagnation déguisée en progrès. À travers des promesses récurrentes de prospérité économique, de modernisation des infrastructures, et de paix sociale, le régime a tissé un discours séduisant, mais creux, qui a maintenu le pays dans un état de dépendance économique et de sous-développement chronique. Les statistiques sont accablantes : près de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (Banque mondiale, 2023), les infrastructures de base sont en ruine, et la jeunesse, qui constitue 60 % de la population, fait face à un chômage massif et un avenir incertain.

Cet article vise à poser une vérité essentielle : le règne de Paul Biya est un règne de promesses non tenues, un mensonge transgénérationnel qui a piégé les espoirs de plusieurs générations. À l’aube des élections présidentielles de 2025, il devient impératif de rompre ce cycle. Ce papier analyse comment ce régime a trahi nos parents, sacrifié notre génération, et tente aujourd’hui de condamner nos enfants à un avenir similaire. À travers des données rigoureuses, nous démontrerons pourquoi les Camerounais doivent dire non aux mensonges des futures générations et saisir cette opportunité historique pour un changement radical et collectif.

1. Les Promesses Non Tenues à la Génération de Nos Parents

Lorsque Paul Biya accède au pouvoir en 1982, il hérite d’un Cameroun relativement stable et prospère, avec un potentiel économique significatif. Son discours inaugural promet un « Renouveau National », basé sur l’unité, la prospérité et la modernisation. Cependant, cette vision s’est rapidement érodée, laissant derrière elle un pays embourbé dans des défis structurels, notamment pour les générations de nos parents qui ont soutenu ce régime avec espoir. Joseph Takougang (2019), dans son livre “Cameroon under Paul Biya: Continuity or Change?”, note que « les promesses faites dans les premières années du Renouveau National n’étaient que des outils de propagande pour consolider le pouvoir, sans stratégie claire de mise en œuvre. »

1.1. Les Déficiences en Développement Rural

L’une des promesses phares du régime Biya était de moderniser les zones rurales pour réduire les disparités entre les régions urbaines et rurales. Pourtant :

• Accès à l’électricité : En 1982, environ 60 % des villages camerounais étaient privés d’électricité (Banque mondiale, 1985). Aujourd’hui, près de 40 % des zones rurales restent non électrifiées, selon les statistiques de la Banque africaine de développement (BAD, 2022). Cette lente progression reflète un manque d’investissement dans les infrastructures.

• Manque d’accès à l’eau potable : Un rapport de l’UNICEF (2021) indique que seuls 37 % des Camerounais vivant en milieu rural ont accès à des sources d’eau potable, une situation presque inchangée depuis les années 1980.

Ces carences condamnent des millions de familles rurales à vivre dans des conditions précaires, où les maladies hydriques et l’insécurité alimentaire persistent.

1.2. Échec des Infrastructures Routières

Paul Biya avait promis de connecter les zones rurales aux centres urbains pour stimuler l’agriculture et les échanges économiques. Cependant, le Cameroun figure encore parmi les pays africains les moins bien desservis en infrastructures routières. Mbaku & Takougang (2004) dans “The Leadership Challenge in Africa” expliquent que « l’incapacité du régime Biya à investir dans les infrastructures critiques dans les années 1980 a marqué le début d’un déclin systémique dans les zones rurales. »

• Statistiques alarmantes : En 2023, seuls 5,7 % des routes sont asphaltées (source : Global Economy Report, 2023), un chiffre qui place le Cameroun bien en dessous de la moyenne africaine, estimée à 20 %.

• Conséquences économiques : Selon une étude du Centre pour la Recherche et le Développement Durable en Afrique (CERDA, 2020), l’agriculture camerounaise perd 40 % de sa production annuelle en raison de l’inaccessibilité des marchés.

Ces failles dans le réseau routier affectent directement les villages comme celui de mes parents, où la pauvreté est exacerbée par l’isolement économique.

1.3. Des Services Sociaux Dégradés

Malgré les promesses d’améliorer les conditions de vie, les services sociaux de base tels que la santé et l’éducation restent désastreux :

• Santé : L’espérance de vie moyenne au Cameroun était de 46 ans en 1982 et est passée à 60 ans en 2023 (Banque mondiale, 2023). Bien que cela représente une amélioration, cette progression est bien inférieure à celle des pays comparables comme le Ghana ou le Sénégal. Les zones rurales continuent de souffrir d’un manque criant de centres de santé, avec seulement 1 médecin pour 10 000 habitants (OMS, 2023).

• Éducation : En 1982, le taux d’alphabétisation était de 41 %. En 2023, il avoisine les 77 %, mais cette augmentation masque une qualité d’éducation médiocre. Les enseignants, souvent sous-payés et démotivés, ne sont pas en mesure d’assurer une formation adéquate.

1.4. L’Héritage d’une Génération Trompée

Mes parents, comme des millions d’autres Camerounais de leur génération, ont cru aux promesses du RDPC et ont activement soutenu le régime. Mais ces promesses n’ont jamais été tenues. Leur mort dans un village dépourvu d’eau, d’électricité et de routes symbolise l’échec de cette génération à voir les fruits du « Renouveau National ».

1.5. Appel à la Mémoire Collective

Les échecs du passé doivent nous alerter. La génération de nos parents a été dupée par des discours vides de sens et des promesses irréalistes. En tant que leurs héritiers, nous devons refuser de continuer sur cette voie. Le renouveau qu’ils espéraient n’a jamais vu le jour, et c’est à nous de briser ce cycle de mensonges générationnels.

2. Une Génération Sacrifiée : Mon Témoignage Personnel

La génération née dans les années 1970 et 1980, à laquelle j’appartiens, a grandi sous les promesses du « Renouveau National ». Ces années étaient marquées par une croyance collective que l’avenir, sous la gouvernance de Paul Biya, serait plus prospère que celui de nos parents. Pourtant, cette foi s’est heurtée à une dure réalité : chômage massif, système éducatif défaillant et insécurité omniprésente. Ma génération est devenue une génération sacrifiée, piégée dans un cycle d’échec et de désillusion.

2.1. Le Chômage : Une Bombe à Retardement

Malgré les engagements répétés du régime Biya de réduire le chômage et de stimuler l’économie, la réalité a été bien différente :

• Taux de chômage et sous-emploi :

En 2023, le taux de chômage officiel au Cameroun était de 6 % selon l’INS (Institut National de la Statistique). Toutefois, ces chiffres masquent une autre réalité : plus de 70 % des travailleurs camerounais sont employés dans le secteur informel, selon la Banque mondiale (2022). Les jeunes diplômés sont les plus touchés, avec un taux de sous-emploi estimé à 77 %.

• Promesses non tenues en matière d’emploi :

En 2001, le gouvernement a lancé le programme « Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté » (DSRP), qui visait à créer des opportunités d’emploi pour les jeunes. Deux décennies plus tard, les résultats sont minimes, avec une économie encore largement dépendante du secteur primaire et des emplois non qualifiés.

Dans leur analyse des politiques économiques de Biya, Amin et Fokam (2020) concluent que « les réformes économiques, en particulier les programmes d’ajustement structurel des années 1990, ont marginalisé davantage les jeunes en détruisant les secteurs publics et industriels qui auraient pu absorber la main-d’œuvre qualifiée. »

Nkemngu (2019), dans son étude sur l’emploi au Cameroun, indique que « l’incapacité du gouvernement à moderniser le secteur industriel a transformé le Cameroun en une économie de survie, où les jeunes survivent au lieu de s’épanouir. »

2.2. Un Système Éducatif en Ruine

La formation de ma génération a été profondément affectée par un système éducatif qui n’a cessé de se détériorer sous le régime Biya.

• Statistiques éducatives :

En 2022, le Cameroun affichait un taux brut de scolarisation primaire de 88 %, mais seulement 45 % des enfants inscrits atteignent le secondaire (UNESCO, 2023). De plus, les infrastructures éducatives sont en lambeaux, avec une moyenne de 85 élèves par classe dans les écoles publiques rurales.

• Faibles investissements :

Le budget alloué à l’éducation représente en moyenne 3,5 % du PIB, un chiffre bien en deçà de la recommandation de l’UNESCO de 6 %.

• Condition des enseignants :

Les enseignants camerounais, souvent non payés pendant plusieurs mois, mènent des grèves fréquentes. En 2022, plus de 30 000 enseignants du primaire étaient encore des vacataires, selon un rapport du Syndicat National des Enseignants du Cameroun (SNEC).

Tchombe (2021), dans son étude sur l’éducation en Afrique centrale, souligne que « l’absence de stratégie éducative cohérente a produit une génération d’apprenants incapables de rivaliser sur le marché globalisé. »

Mforteh et Ndi (2018) notent que « la priorisation des grands projets politiques sur l’éducation illustre l’abandon des valeurs fondamentales qui définissent un État développementaliste. »

2.3. Une Crise Sécuritaire Persistante

Le Cameroun sous Paul Biya est marqué par une insécurité croissante, exacerbant les défis auxquels ma génération fait face :

• Conflits armés :

La guerre contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et la crise anglophone ont déplacé plus de 900 000 personnes à l’intérieur du pays (HCR, 2023). Ces conflits ont détruit des infrastructures, perturbé les activités économiques et créé un climat de peur.

• Budget militaire exorbitant :

En 2023, le Cameroun a consacré 1,5 milliard de dollars (soit 6 % de son PIB) à la défense, selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). Malgré ces dépenses, l’insécurité persiste, en particulier dans les régions anglophones où des milliers de vies ont été perdues.

• Impact sur la jeunesse :

La militarisation de certaines régions a rendu impossible l’accès à l’éducation pour des milliers d’enfants et de jeunes. En 2023, plus de 30 % des écoles dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest étaient fermées en raison de la crise (UNICEF, 2023).

Mbuh et Ndifor (2022) dans “The Anglophone Crisis in Cameroon” notent que « la réponse militarisée de l’État n’a pas seulement aggravé le conflit, mais a aussi détruit les aspirations économiques et éducatives des jeunes. »

Fonkeng (2021) souligne que « la négligence des causes profondes des crises a transformé les régions affectées en zones de non-droit, contribuant à la désillusion des jeunes. »

2.4. Une Génération Désabusée

Ma génération a été témoin d’une trahison systématique :

• Nous avons grandi avec l’idée que l’éducation nous ouvrirait les portes de l’emploi, mais nous nous sommes retrouvés face à un marché saturé et inhospitalier.

• Nous avons espéré un système politique stable, mais avons vu les conflits se multiplier.

• Nous avons cru en la modernisation promise, mais avons hérité de villes et de villages où les services sociaux sont inexistants.

Ces frustrations alimentent une profonde désillusion chez les jeunes, beaucoup d’entre eux choisissant l’exil, tandis que d’autres sombrent dans le désespoir ou l’activisme radical.

2.5. Une Génération à Revendiquer

L’échec de la génération de mes parents à obtenir un véritable « renouveau » a transformé ma génération en victime collatérale des politiques du régime Biya. Nous devons refuser de laisser cet échec s’étendre à nos enfants. Cet héritage de désillusion doit devenir un appel à l’action pour construire un Cameroun plus juste, plus équitable et véritablement tourné vers l’avenir.

3. La Complicité Inacceptable : Paul Biya et le Mensonge Transgénérationnel

Après avoir menti à la génération de nos parents et sacrifié celle de nos enfants, Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant notre génération et celle de nos enfants. Les élections présidentielles de 2025 sont un moment critique où ce régime espère encore une fois nous embarquer dans un cycle de promesses creuses et de trahisons historiques. Cette stratégie repose sur la création d’une illusion de changement, alors qu’elle ne fait que perpétuer un système défaillant.

3.1. Des Promesses Électorales Répétitives et Illusoires

Depuis les années 1980, le régime de Paul Biya a construit son discours autour de promesses ambitieuses, mais systématiquement non tenues :

• Promesses économiques : En 1987, Biya avait promis de transformer le Cameroun en une « économie émergente » avant l’an 2000. En 2009, il a renouvelé cette promesse en fixant l’horizon 2035 pour atteindre cet objectif. Pourtant, selon le classement de la Banque mondiale (2023), le Cameroun reste classé parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur, avec un PIB par habitant de seulement 1 540 USD, très en deçà des normes des économies émergentes.

• Emplois pour la jeunesse : En 2018, lors de sa campagne électorale, Paul Biya avait promis de créer 500 000 emplois par an. Or, les rapports du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (2022) indiquent que seulement 15 000 emplois formels ont été créés en moyenne par an depuis 2018, soit moins de 3 % de l’objectif.

• Projets d’infrastructure : Le régime a annoncé plusieurs « grands projets » tels que le port en eau profonde de Kribi, le barrage hydroélectrique de Lom Pangar et l’autoroute Yaoundé-Douala. Bien que certains aient vu le jour, leur gestion inefficace, marquée par des surcoûts massifs et des délais prolongés, a limité leur impact sur l’économie nationale (Transparency International, 2023).

Takougang (2019) décrit ces promesses répétées comme un « cycle de déception institutionnalisée », soulignant que « le régime utilise des projets symboliques pour masquer l’absence de réforme structurelle. »

Selon Fomba et Kamdem (2021), « l’économie camerounaise stagne à cause de politiques incohérentes qui privilégient la communication politique au détriment des résultats concrets. »

3.2. Un État Capturé par les Intérêts Personnels

Le régime de Paul Biya a été marqué par une gestion patrimoniale de l’État, où les ressources publiques sont utilisées pour maintenir le pouvoir au lieu de servir la population :

• Corruption endémique : En 2022, le Cameroun se classait 138e sur 180 pays dans l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International. Chaque année, le pays perd environ 30 % de son budget public à cause de la corruption, selon le Contrôle supérieur de l’État.

• Endettement croissant : La dette publique du Cameroun représentait 46,8 % du PIB en 2023, contre 13 % en 2008 (Banque mondiale). Cette augmentation est due à des emprunts mal gérés pour financer des projets souvent inachevés.

• Gestion népotique : Le système administratif est gangrené par le favoritisme, où des proches du pouvoir occupent des postes stratégiques, indépendamment de leur compétence.

Bayart (1993), dans “The State in Africa: The Politics of the Belly”, décrit les régimes comme celui de Biya comme des systèmes où l’État devient une source de prédation économique pour l’élite politique.

Fonkeng (2020) note que « l’absence de transparence dans la gestion publique a consolidé une oligarchie qui contrôle tous les secteurs clés de l’économie. »

3.3. Un Héritage Désastreux pour les Générations Futures

Si rien ne change, nos enfants et petits-enfants hériteront d’un Cameroun marqué par :

• Un appauvrissement chronique : Selon le PNUD (2022), 37,5 % de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté. Les projections indiquent que ce chiffre pourrait augmenter si les réformes structurelles nécessaires ne sont pas mises en œuvre.

• Un système éducatif désuet : En l’absence d’investissements significatifs, les infrastructures éducatives continueront à se dégrader, compromettant l’avenir des jeunes Camerounais.

• Une dette insoutenable : La dette extérieure du Cameroun est projetée à atteindre 25 milliards de dollars d’ici 2030 (FMI, 2023), laissant peu de marge pour financer les services publics essentiels.

• Un climat d’insécurité persistante : La gestion inefficace des crises actuelles (crise anglophone, Boko Haram) risque de créer une instabilité prolongée, privant les générations futures de la paix et de la sécurité nécessaires au développement.

Mbuh (2022) affirme que « l’échec à résoudre les crises actuelles compromet non seulement la stabilité à court terme, mais aussi le développement à long terme. »

UNICEF (2023) indique que « sans une réforme urgente du système éducatif, plus de 50 % des enfants camerounais risquent de devenir des adultes non qualifiés, incapables de contribuer efficacement à l’économie. »

3.4. Un Appel au Réveil Collectif

Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant la mémoire collective et en jouant sur les peurs d’un changement. Mais il est temps de dire non à cette stratégie. Refuser de participer à cette mascarade électorale, c’est refuser d’être complice d’un mensonge qui condamne nos enfants et petits-enfants à un avenir de pauvreté et de stagnation.

4. Dire Non aux Mensonges : L’Appel à une Révolution Générationnelle

Les Camerounais, en particulier notre génération et celles qui suivent, doivent rompre avec les mensonges institutionnalisés du régime de Paul Biya. Depuis son accession au pouvoir en 1982, les promesses non tenues se sont accumulées, alimentant le déclin économique, social et politique du pays. Ce cycle de tromperie et de stagnation appelle à un éveil collectif, à une prise de conscience nationale pour bâtir un avenir meilleur.

4.1. Un État au Bord de l’Effondrement

Le Cameroun est aujourd’hui confronté à des crises multiformes qui menacent sa stabilité à long terme :

• Crise économique persistante :

Selon la Banque mondiale (2023), le taux de croissance économique du Cameroun est en moyenne de 3,5 % par an, insuffisant pour réduire significativement la pauvreté ou améliorer les infrastructures publiques. En comparaison, des pays comme le Rwanda et l’Éthiopie affichent des taux supérieurs à 6 %, avec des programmes de réformes axés sur l’innovation et l’industrialisation.

• Dégradation des infrastructures :

Plus de 70 % des routes du pays sont en mauvais état, limitant l’accès aux marchés et augmentant les coûts de transport. Les villages ruraux, comme celui de Ngompem, où mes parents, ont vécu et sont décédés, sont les plus touchés. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2022) estime que l’absence d’infrastructures modernes réduit la productivité agricole de 40 %, aggravant la pauvreté.

• Déséquilibres sociaux :

En 2023, le GINI index du Cameroun, mesurant les inégalités, était de 46,6, indiquant une concentration extrême des richesses entre les mains d’une élite restreinte, alors que 37,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Bayart (1993) affirme que les régimes comme celui de Paul Biya perpétuent des inégalités en utilisant l’État comme un outil de prédation économique.

Tchouassi et Fokam (2021) décrivent la politique économique camerounaise comme « un système incapable de générer une croissance inclusive, enfermant le pays dans un cercle vicieux de pauvreté et de dépendance extérieure. »

4.2. Le Poids de la Corruption : Un Système à Déconstruire

La corruption sous le régime de Paul Biya est institutionnalisée, sapant toute tentative de réforme ou de progrès.

• Coût de la corruption :

Environ 30 % du budget annuel du Cameroun, soit plus de 5 milliards de dollars, est détourné chaque année (Transparency International, 2023). Ces fonds auraient pu financer la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures essentielles.

• Conséquences pour les générations futures :

Les ressources qui auraient pu être investies dans le développement durable sont dilapidées. Par exemple, l’endettement croissant du pays (46,8 % du PIB en 2023) compromet la capacité de l’État à financer des projets à long terme.

Ndifor et Ambe (2019) concluent que « la corruption est à la fois une cause et une conséquence de la faiblesse des institutions au Cameroun, perpétuant un état de stagnation nationale. »

Dans son analyse de la gestion publique au Cameroun, Essomba (2020) note que « la culture de l’impunité a ancré la corruption comme un élément structurel de la gouvernance. »

4.3. Un Appel au Réveil Citoyen

Pour mettre fin à ce cycle de mensonges et de promesses non tenues, un mouvement citoyen massif est nécessaire.

• Engagement politique des jeunes :

En 2023, plus de 60 % de la population camerounaise avait moins de 30 ans (INS, 2023). Cependant, leur participation politique reste faible, en grande partie à cause du sentiment de désillusion et de méfiance envers les institutions. La mobilisation des jeunes est cruciale pour porter des leaders nouveaux et visionnaires.

• Exemples de changement dans d’autres pays :

Les récentes transitions démocratiques en Zambie, au Malawi, au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali et en Guinée montrent qu’un leadership engagé et une mobilisation populaire peuvent transformer des systèmes corrompus en opportunités pour les citoyens.

Cheeseman (2022), dans “How to Rig an Election”, montre que des sociétés jeunes et dynamiques peuvent renverser des régimes autoritaires par la mobilisation et la dénonciation des abus.

Kondoh et Ndong (2021) analysent comment la jeunesse africaine, en particulier à travers les réseaux sociaux, joue un rôle croissant dans l’éveil démocratique et la dénonciation des abus de pouvoir.

4.4. Repenser le Modèle de Gouvernance : Vers un État Développementaliste Communautaire

Pour sortir le Cameroun de cette spirale de stagnation, il faut adopter un modèle de gouvernance centré sur le développement humain, basé sur les principes suivants :

• Investissements massifs dans l’éducation et la santé :

Revoir les priorités budgétaires pour allouer 10 % du PIB à l’éducation et 7 % à la santé, conformément aux recommandations de l’UNESCO et de l’OMS.

• Diversification de l’économie :

Passer d’une économie basée sur l’exportation de matières premières (pétrole, bois) à une industrialisation accrue.

• Décentralisation effective :

Donner aux collectivités locales les moyens de décider et d’agir, au lieu de centraliser les décisions à Yaoundé.

Ndongmo (2020), dans “The Path to Sustainable Development in Central Africa”, plaide pour une décentralisation comme clé d’un développement inclusif.

World Bank (2023) recommande des politiques économiques qui mettent l’accent sur la transformation agricole et industrielle pour stimuler la croissance.

4.5. Un Nouveau Contrat Social : La Responsabilité de Dire Non

Dire non aux mensonges du régime Biya, c’est dire oui à un Cameroun nouveau :

• Oui à une gouvernance transparente.

• Oui à des politiques économiques inclusives.

• Oui à un système éducatif et sanitaire accessible à tous.

Les élections présidentielles de 2025 offrent une opportunité historique de briser ce cycle de tromperie transgénérationnelle. Nous devons refuser de légitimer un régime qui a échoué à répondre aux besoins fondamentaux de ses citoyens.

Conclusion : Rompre avec le Cycle de Mensonges et de Stagnation

Le règne de Paul Biya, qui s’étend sur plus de quatre décennies, est un témoignage accablant d’un système politique marqué par des promesses non tenues, des illusions entretenues et une gouvernance axée sur la perpétuation du pouvoir plutôt que sur le progrès collectif. À travers les générations, ce régime a perfectionné l’art du mensonge : des engagements initiaux envers nos parents qui ont été brisés, à la désillusion de notre propre génération, jusqu’à la tentative de condamner nos enfants à un avenir sans espoir.

Les faits sont clairs : le Cameroun est aujourd’hui embourbé dans une crise multidimensionnelle. Économiquement, nous sommes confrontés à une stagnation chronique avec près de 40 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Socialement, les infrastructures de base restent inexistantes dans de nombreuses régions, reflétant un État qui a failli à son devoir envers ses citoyens. Politiquement, la corruption et le népotisme ont consolidé un système qui privilégie l’élite au détriment de la majorité. Ces réalités ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un régime qui a fait de la manipulation et de l’inaction une stratégie de gouvernance.

L’heure n’est plus au silence ni à la résignation. À l’aube des élections présidentielles de 2025, les Camerounais ont une opportunité historique de rompre avec ce cycle de mensonges et de trahisons. Dire non à ce régime, c’est dire oui à un avenir différent : un avenir où nos ressources seront investies dans l’éducation, la santé, les infrastructures, et le développement économique durable ; un avenir où nos enfants et petits-enfants pourront rêver, innover et bâtir sans être écrasés par l’héritage de la stagnation.

Le changement ne viendra pas de l’élite politique actuelle, mais de la prise de conscience collective de chaque citoyen camerounais. Nous devons refuser d’être complices du mensonge transgénérationnel et agir pour construire un État développementaliste, inclusif et prospère. Ensemble, nous avons le pouvoir de transformer le Cameroun, de briser les chaînes du passé et d’inaugurer une nouvelle ère de responsabilité, de justice et de progrès.

Paul Biya et son régime incarnent le passé. L’avenir appartient à ceux qui ont le courage de dire non, de se lever et de bâtir. Le Cameroun mérite mieux, et l’histoire nous jugera sur les choix que nous ferons aujourd’hui. La révolution générationnelle est en marche – à nous de la mener avec détermination et espoir.

Bibliographie

1. Banque Mondiale. (2023). Rapport sur le développement mondial : Croissance économique et inégalités au Cameroun. Washington, DC : World Bank Publications.

2. Bayart, J.-F. (1993). L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard.

3. Cheeseman, N. (2022). How to Rig an Election. New Haven : Yale University Press.

4. Essomba, P. L. (2020). The Culture of Impunity in Cameroon: Governance and Corruption. Yaoundé : Presses Universitaires du Cameroun.

5. Institut National de la Statistique (INS). (2023). Données statistiques sur la population et l’économie du Cameroun. Yaoundé : INS Cameroun.

6. Kondoh, H., & Ndong, J. P. (2021). Youth Mobilization in Africa: Social Media and Political Change. Johannesburg : African Studies Review.

7. Ndifor, A., & Ambe, C. (2019). Corruption and Economic Decline in Cameroon: A Systematic Analysis. Douala : Centre for Economic Studies.

8. Ndongmo, R. M. (2020). The Path to Sustainable Development in Central Africa: Lessons for Cameroon. Libreville : Central African Development Press.

9. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). (2022). Rapport sur le développement humain au Cameroun : Défis et opportunités. New York : United Nations Development Programme.

10. Transparency International. (2023). Indice de perception de la corruption 2023 : Cameroun. Berlin : Transparency International.

11. Tchouassi, G., & Fokam, A. J. (2021). The Vicious Circle of Poverty and Underdevelopment in Cameroon: Rethinking Economic Policies. Yaoundé : African Economic Research Consortium.

12. World Bank. (2023). Enhancing Economic Diversification in Sub-Saharan Africa: Cameroon Case Study. Washington, DC : World Bank Publications.

L’ÉGLISE ET L’ÉDUCATION MISSIONNAIRE: FACTEUR D’ALIÉNATION ET DE SOUS-DÉVELOPPEMENT EN AFRIQUE FRANCOPHONE. CAS DU CAMEROUN ET DES GOUVERNEMENTS DE PAUL BIYA

Président Paul Biya, Mme Irene Biya et Président Paul Biya

Résumé

Cet article examine le rôle central de l’éducation missionnaire, promue par l’Église, dans la formation des élites africaines et son impact sur le développement en Afrique francophone, notamment au Cameroun. Il démontre comment ce système éducatif, tout en fournissant les outils nécessaires à l’émergence d’une classe dirigeante, a aliéné culturellement ces élites et perpétué des modèles néocoloniaux inadaptés. En analysant le parcours de Paul Biya et de ses gouvernements successifs, nous montrons que cette éducation a produit des dirigeants incapables d’initier des réformes structurelles, consolidant ainsi la dépendance et le sous-développement. Nous mobilisons des références académiques pour une démonstration rigoureuse et documentée.

Mots clés : Éducation missionnaire, Église, Afrique francophone, sous-développement, Cameroun, Paul Biya, néocolonialisme, élites africaines

Abstract

This article investigates the pivotal role of missionary education, promoted by the Church, in shaping African elites and its impact on the development of Francophone Africa, with a specific focus on Cameroon. It demonstrates how this educational system, while equipping elites with essential administrative skills, culturally alienated them and perpetuated unsuitable neo-colonial models. By analyzing the trajectory of Paul Biya and his successive governments, we reveal how this education system fostered leaders unable to implement structural reforms, thereby entrenching dependency and underdevelopment. Academic references are used to support a rigorous and well-documented analysis.

Keywords : Missionary education, Church, Francophone Africa, underdevelopment, Cameroon, Paul Biya, neo-colonialism, African elites

Introduction

L’éducation est un levier fondamental pour le développement d’une société. En Afrique francophone, les écoles missionnaires ont dominé la scène éducative pendant la période coloniale et après les indépendances, formant une grande partie des élites politiques et administratives. Cependant, malgré l’accès à l’éducation, ces pays restent embourbés dans des problématiques structurelles de sous-développement. L’éducation missionnaire, bien que contribuant à la scolarisation, a-t-elle également limité la capacité des élites africaines à développer des solutions adaptées à leurs contextes locaux ?

Cet article analyse cette question en trois parties. La première explore l’histoire et les objectifs de l’éducation missionnaire. La seconde s’intéresse au Cameroun, en particulier à Paul Biya et certains de ses gouvernements. Enfin, la troisième partie propose une critique de l’héritage missionnaire et des pistes pour en sortir.

Pape Benedict, President Paul BIYA et Mme Chantal BIYA

1. L’éducation missionnaire : outil de domination et d’aliénation

1.1. Les objectifs de l’éducation missionnaire

L’éducation missionnaire a été introduite en Afrique comme un outil stratégique pour soutenir la colonisation. L’objectif principal des missions chrétiennes était la conversion religieuse. Selon Fanon (1952), les missionnaires percevaient les pratiques culturelles africaines comme inférieures et cherchaient à imposer des normes chrétiennes européennes. Ce processus de christianisation allait de pair avec une aliénation culturelle, car les Africains étaient encouragés à rejeter leurs croyances et traditions. À travers l’éducation, les missionnaires formaient une élite locale qui servait d’intermédiaire entre la population et l’administration coloniale. White (1996) soutient que cette élite devait être suffisamment instruite pour remplir des rôles administratifs, mais pas assez autonome pour contester l’ordre colonial. Par ailleurs, les missionnaires insistaient sur la soumission aux autorités, tant religieuses que politiques, consolidant ainsi une culture de dépendance. Les écoles missionnaires devinrent ainsi des instruments de contrôle idéologique, non seulement en christianisant les populations, mais aussi en instaurant une vision du monde hiérarchisée où l’Europe représentait le modèle à suivre. Ce processus a créé un fossé entre les élites éduquées et le reste de la population, renforçant les inégalités sociales et la domination coloniale.

1.2. Les limites du modèle éducatif missionnaire

Le système éducatif missionnaire, bien qu’il ait offert un accès à l’instruction, présentait des limitations majeures qui ont freiné le développement des sociétés africaines. Tout d’abord, le contenu des enseignements était essentiellement eurocentré. Les matières comme l’histoire et la géographie étaient enseignées du point de vue européen, marginalisant les savoirs locaux et les contributions africaines à l’histoire mondiale (Mudimbe, 1988). De plus, les disciplines techniques et scientifiques étaient sous-représentées, limitant les opportunités de développement industriel et technologique. L’approche pédagogique, centrée sur la mémorisation et la récitation, décourageait l’esprit critique et l’innovation. Paulo Freire (1970) critique ce modèle qu’il qualifie de « pédagogie bancaire », où les apprenants sont de simples récipients passifs d’un savoir imposé. Enfin, les écoles missionnaires privilégiaient une éducation élitiste, accessible à un nombre limité d’élèves, souvent issus de familles favorisées. Cela a accentué les inégalités, en créant une classe dirigeante déconnectée des réalités des masses populaires. Ces limites ont façonné des élites peu préparées à gérer les défis post-indépendance, contribuant à l’instabilité socio-économique persistante.

2. Paul Biya et ses gouvernements successifs : un produit et une reproduction de l’éducation missionnaire

2.1. Paul Biya : un dirigeant modelé par l’éducation missionnaire

Paul Biya, né en 1933 dans le village de Mvomeka’a, a grandi dans un contexte marqué par l’influence des missions catholiques dans le sud du Cameroun. Il a reçu son éducation primaire et secondaire dans des écoles dirigées par des missionnaires catholiques, notamment les plus prestigieux. Cette formation a profondément marqué sa vision du monde et son approche de la gouvernance. Les valeurs inculquées – respect de l’autorité, loyauté envers les hiérarchies, et rigueur morale – se retrouvent dans son style de leadership.

Cependant, cette éducation a aussi ses limites. L’approche missionnaire, centrée sur l’obéissance et l’assimilation culturelle, a produit des dirigeants comme Biya, qui privilégient la stabilité au détriment de l’innovation. En analysant ses 42 ans de règne, on constate une tendance marquée à reproduire des schémas administratifs hérités de la période coloniale. Son modèle économique, basé sur l’exportation de matières premières (cacao, pétrole, bois), reste ancré dans une logique néocoloniale. Ce conservatisme économique illustre un manque de vision pour une transformation structurelle du pays.

Par ailleurs, son mode de gouvernance autoritaire reflète une centralisation excessive du pouvoir, semblable à la hiérarchie rigide des structures ecclésiastiques. Biya s’appuie sur un réseau d’élites loyalistes, souvent issues des mêmes écoles missionnaires, pour maintenir son contrôle. En consolidant un régime caractérisé par l’immobilisme, il incarne le produit parfait de l’éducation missionnaire, où la soumission à l’ordre prime sur la capacité à innover ou à remettre en question le statu quo.

2.2. Les gouvernements successifs de Paul Biya : une continuité de l’héritage missionnaire

Depuis son accession au pouvoir en 1982, Paul Biya a formé plus de 30 gouvernements successifs. Ces gouvernements, bien que renouvelés périodiquement sauf ces dernières années, partagent des caractéristiques communes qui trahissent l’influence de l’éducation missionnaire sur leurs membres et leurs politiques.

2.2.1. Les profils des élites gouvernementales : une éducation missionnaire dominante

La majorité des membres des gouvernements Biya ont été formés dans des écoles missionnaires, qu’elles soient catholiques ou protestantes. Ces institutions, comme le collège Vogt à Yaoundé, le collège Libermann à Douala, ou les écoles protestantes de Bali, ont produit des cadres hautement qualifiés mais profondément ancrés dans des modèles éducatifs eurocentriques. Parmi ces figures clés :

Peter Mafany Musonge : Ancien Premier ministre, éduqué dans des institutions protestantes anglophones, il a adopté une gestion bureaucratique marquée par la continuité plutôt que par le changement.

Amadou Ali : Ancien ministre de la Justice, issu des écoles protestantes du Nord, son approche rigide des réformes judiciaires reflète une formation axée sur l’obéissance et la loyauté.

Luc Sindjoun : Conseiller spécial de Paul Biya, sa vision intellectuelle reste influencée par une éducation missionnaire valorisant les modèles occidentaux de pensée.

Ces élites, bien qu’éduquées, illustrent une incapacité chronique à développer des politiques publiques adaptées aux réalités locales. Leur gestion se concentre souvent sur la préservation de l’ordre établi, reproduisant les logiques administratives coloniales sans innovation notable.

2.2.2. Un immobilisme économique et social : l’impact de la formation des élites

Les gouvernements successifs de Biya ont largement échoué à diversifier l’économie camerounaise ou à réduire la pauvreté. Cette stagnation peut être liée à la vision eurocentrée des élites formées dans des écoles missionnaires, qui valorisaient les théories économiques classiques occidentales mais ignoraient les dynamiques locales. Par exemple :

Les plans d’ajustement structurel des années 1980 et 1990, imposés par le FMI, ont été acceptés sans contestation par des ministres des Finances comme Polycarpe Abah Abah, lui-même issu d’une formation missionnaire. Ces politiques, axées sur la réduction des dépenses publiques et la privatisation, ont aggravé la pauvreté sans résoudre les problèmes structurels du pays.

La dépendance aux exportations de matières premières reste un problème central. Malgré la richesse en ressources naturelles, les gouvernements Biya n’ont pas investi dans l’industrialisation ou dans des projets de transformation locale. Cette orientation économique, héritée de la colonisation, reflète une incapacité à penser en dehors des cadres imposés par l’éducation missionnaire.

2.2.3. Une éthique dévoyée : entre morale chrétienne et corruption systémique

Bien que l’éducation missionnaire ait inculqué des valeurs chrétiennes, comme l’intégrité et la morale, ces principes ne se reflètent pas dans la pratique gouvernementale. Transparency International (2023) classe régulièrement le Cameroun parmi les pays les plus corrompus au monde. Ce paradoxe – entre une morale chrétienne ostensiblement affichée et des pratiques administratives opaques – met en lumière l’échec de l’éducation missionnaire à inculquer une éthique publique cohérente.

2.3. Une gouvernance immobiliste : un produit de la culture missionnaire

Les gouvernements successifs de Paul Biya se distinguent par leur incapacité à initier des réformes structurelles profondes. Cette tendance à l’immobilisme est un reflet direct des valeurs inculquées par l’éducation missionnaire :

Centralisation excessive du pouvoir : Les institutions sont conçues pour concentrer le pouvoir entre les mains de l’élite dirigeante, reflétant la hiérarchie stricte des structures ecclésiastiques. Cette centralisation limite l’innovation et la prise de décision au niveau local.

Absence de vision pour le développement rural : Alors que la majorité des Camerounais vivent en milieu rural, les politiques gouvernementales sont souvent conçues en fonction des modèles urbains occidentaux. Cette déconnexion résulte d’une éducation qui valorisait les normes européennes tout en négligeant les réalités africaines.

Prédominance des intérêts personnels : Les gouvernements Biya sont caractérisés par un clientélisme et un favoritisme exacerbés. Cette culture politique, où les élites privilégient leurs intérêts personnels, reflète une formation éducative qui a favorisé la loyauté envers les autorités plutôt que la responsabilité envers les citoyens.

En étudiant en détail les gouvernements successifs de Paul Biya, on observe une continuité des limites héritées de l’éducation missionnaire : une dépendance aux modèles coloniaux, une incapacité à innover, et une culture de gouvernance marquée par l’immobilisme et la corruption. Ces caractéristiques, profondément enracinées, expliquent en grande partie l’échec du Cameroun à amorcer une transformation économique et sociale durable.

Président Paul Biya, Pape François et Mme Chantale Biya

3. Critique de l’héritage missionnaire et perspectives

3.1. Les conséquences structurelles

L’héritage de l’éducation missionnaire en Afrique francophone, et particulièrement au Cameroun, a laissé des traces profondes. L’aliénation culturelle est l’une des conséquences les plus marquantes. Mudimbe (1988) souligne que l’éducation missionnaire a implanté une perception selon laquelle les cultures et savoirs africains étaient inférieurs. Cela a conduit à une marginalisation des langues locales, des traditions et des pratiques endogènes dans les politiques publiques. En outre, le déficit d’esprit critique, issu d’un système éducatif dogmatique, limite la capacité des élites à développer des solutions innovantes face aux défis contemporains. Les gouvernements camerounais, influencés par cet héritage, continuent de privilégier des modèles économiques néocoloniaux axés sur l’extraction des ressources naturelles, perpétuant la dépendance aux anciens colonisateurs. Enfin, la stratification sociale produite par l’éducation missionnaire a consolidé une classe dirigeante éloignée des réalités des populations rurales. Ces conséquences structurelles expliquent en partie pourquoi des pays comme le Cameroun n’ont pas réussi à diversifier leur économie ou à améliorer significativement les conditions de vie de leurs citoyens, malgré des décennies d’indépendance.

3.2. Sortir de l’héritage missionnaire

Pour surmonter l’héritage de l’éducation missionnaire, une réforme profonde du système éducatif est nécessaire. Cela commence par une réhabilitation des savoirs locaux, incluant l’intégration des langues et des pratiques culturelles africaines dans les curricula. Une éducation inclusive, valorisant la diversité et les compétences pratiques, pourrait aider à réduire les inégalités sociales. De plus, il est crucial de promouvoir une pédagogie critique, inspirée des travaux de Freire (1970), qui encourage les apprenants à questionner les structures existantes et à proposer des solutions alternatives. Enfin, une gouvernance éthique, basée sur une responsabilité publique plutôt que sur des dogmes religieux, doit être encouragée. Cela implique une rupture avec les pratiques néocoloniales et une réorientation des politiques publiques vers des objectifs de développement durable. Ces réformes permettraient non seulement de corriger les erreurs du passé, mais aussi de préparer une nouvelle génération de leaders capables de transformer leurs sociétés en profondeur.

Bibliographie

• Bayart, J.-F. (1989). L’État en Afrique : La politique du ventre. Fayard.

• Fanon, F. (1952). Peau noire, masques blancs. Éditions du Seuil.

• Freire, P. (1970). Pedagogy of the Oppressed. Bloomsbury Publishing.

• Kuenzi, M. (2006). “Education and Democracy in Africa.” African Studies Review, 49(1), 31-57.

• Mudimbe, V. Y. (1988). The Invention of Africa: Gnosis, Philosophy, and the Order of Knowledge. Indiana University Press.

• Transparency International. (2023). Corruption Perceptions Index.

LE MLDC EXIGE LE PAIEMENT D’UN 13ème MOIS POUR LES FONCTIONNAIRES CAMEROUNAIS: UN PILIER POUR STIMULER L’ÉCONOMIE ET CONSTRUIRE UN ÉTAT DÉVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE ( EDC)

Résumé

Cet article défend la revendication du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) pour l’instauration d’un 13ème mois de salaire pour les fonctionnaires camerounais. En analysant des données économiques et sociales, l’article démontre que cette mesure pourrait réduire les inégalités salariales, stimuler l’économie locale, améliorer la productivité des employés publics et renforcer la cohésion nationale. Située dans le cadre de la vision du MLDC d’un État développementaliste communautaire ( EDC), cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large pour une gouvernance inclusive et durable.

Mots clés: MLDC, Cameroun, fonctionnaires, 13ème mois, État développementaliste communautaire, équité salariale, réforme économique.

Abstract

This article supports the Movement for the Liberation and Development of Cameroon (MLDC)’s demand for the implementation of a 13th-month salary for Cameroonian civil servants. Through an analysis of economic and social data, the article shows how this measure could reduce wage disparities, stimulate the local economy, improve public employee productivity, and strengthen national cohesion. Framed within the MLDC’s vision of a developmental and community-focused state, this reform is part of a broader strategy for inclusive and sustainable governance.

Keywords: MLDC, Cameroon, civil servants, 13th-month salary, developmental state, wage equity, economic reform.

Introduction

Le Cameroun, comme de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, est confronté à des défis majeurs liés aux disparités salariales et aux faibles rémunérations des fonctionnaires. Le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose une réforme audacieuse : l’instauration d’un 13ème mois de salaire. Cette mesure, loin d’être uniquement symbolique, est un levier stratégique pour améliorer les conditions de vie des travailleurs, stimuler l’économie locale et promouvoir une gouvernance équitable et inclusive. Cet article analyse les arguments avancés par le MLDC, appuyés par des données économiques et des exemples académiques.

1. Réduction des inégalités salariales : un impératif pour la justice sociale

Les inégalités salariales au Cameroun sont parmi les plus élevées de la région. Selon une étude de la Banque mondiale (2023), le salaire moyen des fonctionnaires camerounais est de 250 USD (150 000 FCFA) par mois, contre 450 USD (290 000 FCFA) au Ghana, 349 USD (220 000 FCFA) en Cote d’Ivoire et 1 200 USD (760 000 FCFA) en Afrique du Sud, où un 13ème mois est versé.

Comparaison internationale :

Afrique du Sud : Le 13ème mois est un acquis social qui contribue à maintenir une rémunération compétitive et à réduire les écarts entre les différentes catégories de fonctionnaires.

Ghana : Depuis l’introduction d’un “bonus de Noël” équivalent au 13ème mois, les écarts de rémunération entre les travailleurs publics et privés ont diminué de 15 %.

Au Cameroun, où le coût de la vie a augmenté de plus de 30 % entre 2015 et 2023, les fonctionnaires peinent à couvrir leurs besoins de base, aggravant les inégalités sociales.

Impact attendu :

L’instauration d’un 13ème mois pour tous les fonctionnaires offrirait un soutien financier crucial, réduisant les disparités salariales internes et améliorant la qualité de vie des employés publics.

2. Stimulation du pouvoir d’achat et dynamisation de l’économie locale

Le 13ème mois injecte directement des liquidités dans l’économie, augmentant le pouvoir d’achat des ménages et stimulant la consommation. Selon une étude menée par l’Union africaine (2022), l’introduction de primes de fin d’année dans les pays africains a conduit à une augmentation de 18 % des dépenses des ménages en décembre.

Effets multiplicateurs :

Secteur informel : Les commerçants, artisans et petites entreprises bénéficient directement de l’augmentation des dépenses des ménages.

Croissance économique : En Afrique du Sud, le paiement du 13ème mois contribue à 1,2 % du PIB annuel grâce à la hausse des transactions économiques.

Étude de cas : Cameroun

Le secteur informel représente plus de 80 % de l’économie camerounaise. Une augmentation du pouvoir d’achat des fonctionnaires, qui forment une part importante des consommateurs, aurait un effet multiplicateur sur les revenus des acteurs économiques locaux.

Impact attendu :

Le 13ème mois pourrait être un levier pour dynamiser l’économie nationale, augmentant les recettes fiscales grâce à la TVA et stimulant la création d’emplois dans les secteurs informel et formel.

3. Motivation et productivité des fonctionnaires

La motivation des fonctionnaires est directement liée à leur rémunération. Selon une enquête menée en 2021, 62 % des fonctionnaires camerounais estiment que leur salaire est insuffisant pour subvenir à leurs besoins, ce qui affecte leur engagement et leur performance.

Exemple international :

Sénégal : Depuis l’introduction d’un 13ème mois pour les fonctionnaires des catégories supérieures, les indicateurs de productivité dans la fonction publique ont augmenté de 12 %.

Ghana : Le “bonus de Noël” a contribué à une réduction de l’absentéisme et à une amélioration des services publics.

Impact attendu :

En reconnaissant les efforts des fonctionnaires avec un 13ème mois, l’État camerounais renforcerait leur engagement, réduisant ainsi la corruption et améliorant la qualité des services publics.

4. Stabilité sociale et renforcement de la cohésion nationale

Dans un pays marqué par des tensions sociales, l’instauration d’un 13ème mois pourrait apaiser les frustrations des fonctionnaires et réduire les risques de grèves.

Exemple international :

• En Afrique du Sud, le 13ème mois est perçu comme un outil de pacification sociale, renforçant la confiance entre l’État et ses employés publics.

Impact attendu :

Le MLDC considère cette réforme comme une solution stratégique pour renforcer la cohésion sociale et promouvoir une gouvernance inclusive, essentielle à la stabilité politique.

Vers un État Développementaliste Communautaire : Le Rôle du 13ème Mois

Le MLDC inscrit cette réforme dans sa vision d’un État développementaliste communautaire, où les ressources humaines sont valorisées et où les politiques publiques sont orientées vers l’équité sociale et le développement économique.

1. Redistribution équitable et justice sociale

Le 13ème mois s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire les écarts sociaux et à redistribuer les richesses de manière équitable.

2. Financement durable

Le MLDC propose de financer cette mesure par :

• Une meilleure collecte des impôts.

• La réduction des dépenses administratives superflues.

• La création d’un Fonds de Développement Communautaire.

3. Implication citoyenne

Le MLDC propose de mobiliser les communautés locales et les fonctionnaires pour superviser les projets de développement, renforçant ainsi la transparence et l’engagement citoyen.

Conclusion

L’instauration d’un 13ème mois de salaire pour les fonctionnaires camerounais est bien plus qu’une réforme économique : c’est une étape fondamentale vers la justice sociale, la stabilité politique et le développement économique. Pour le MLDC, cette mesure incarne les valeurs d’un État développementaliste communautaire, où les politiques publiques sont centrées sur les citoyens et orientées vers un avenir inclusif et prospère.

Références

1. Banque Mondiale. (2023). “Rapport sur les disparités salariales en Afrique subsaharienne.”

2. Union africaine. (2022). “Politiques économiques et bien-être des fonctionnaires.”

3. OCDE. (2023). “Le rôle des primes salariales dans la croissance économique.”

4. Gouvernement du Ghana. (2021). “Impact économique du bonus de Noël sur les ménages.”

5. Étude MLDC. (2024). “Repenser la gouvernance salariale pour un Cameroun équitable.”

6. Yab,J., et Nkong-Njock, V., ( 2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire; le Cameroun

VERS UN DÉVELOPPEMENTALISME COMMUNAUTAIRE EN AFRIQUE : LES MODÈLES BAMILEKÉ ET IGBO AU SERVICE DE LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE DU CAMEROUN

PR JIMMY YAB et LE PATRIARCHE FOTSO VICTOR, CAPITAINE D’INDUSTRIE

Résumé

Cet article explore comment les modèles économiques communautaires des Bamilekés du Cameroun et des Igbo du Nigeria peuvent inspirer la construction d’États développementalistes en Afrique. Ces deux communautés, reconnues pour leur dynamisme entrepreneurial et leurs réseaux de solidarité, incarnent des approches complémentaires du développement économique local. À travers une analyse approfondie de leurs pratiques culturelles, économiques et sociales, nous mettons en lumière des similitudes et des différences clés, tout en proposant des recommandations pour intégrer ces modèles traditionnels dans des politiques nationales modernes et inclusives.

Mots-clés : Bamileké, Igbo, économie communautaire, développementalisme, Afrique, entrepreneuriat, solidarité ethnique

Abstract

This article examines how the community-driven economic models of the Bamileké of Cameroon and the Igbo of Nigeria can inspire the construction of developmental states in Africa. Both communities are renowned for their entrepreneurial dynamism and robust solidarity networks, representing complementary approaches to local economic development. Through a detailed analysis of their cultural, economic, and social practices, the article highlights key similarities and differences and offers recommendations for integrating these traditional models into modern, inclusive national policies.

Keywords: Bamileké, Igbo, community economy, developmentalism, Africa, entrepreneurship, ethnic solidarity

Introduction

Le développement économique inclusif est un défi majeur pour de nombreux pays africains. Dans ce contexte, les communautés ethniques jouent un rôle essentiel grâce à leurs mécanismes internes d’entraide et d’organisation économique. Les Bamilekés du Cameroun et les Igbo du Nigeria figurent parmi les exemples les plus emblématiques de communautés ayant développé des systèmes économiques dynamiques tout en préservant leur identité culturelle.

Cet article propose d’étudier ces deux modèles pour montrer comment leurs pratiques traditionnelles peuvent être adaptées aux politiques nationales modernes afin de promouvoir un développement économique équitable et durable.

Analyse des Modèles Bamileké et Igbo

1. Organisation Sociale et Institutionnelle

Les Bamilekés et les Igbo partagent une organisation sociale centrée sur des structures communautaires solides. Les chefs traditionnels Bamilekés jouent un rôle pivot dans la gestion des ressources et la coordination des activités économiques locales (Den Ouden, 1981). De leur côté, les Igbo favorisent une approche décentralisée où l’initiative individuelle et les réseaux familiaux sont essentiels.

Cette différence reflète deux styles complémentaires de gouvernance communautaire : un modèle hiérarchique chez les Bamilekés et un modèle plus horizontal chez les Igbo, mais tous deux soutenus par des valeurs de solidarité et de responsabilité collective.

2. Systèmes de Solidarité : Tontines et “Igba-boi”

Chez les Bamilekés, les tontines constituent un pilier économique majeur. Ces associations d’épargne et de crédit mutuel permettent aux membres de financer leurs projets sans dépendre des institutions financières traditionnelles (Eckert, 1999). Ce système favorise une répartition équitable des ressources au sein de la communauté et réduit les inégalités.

Les Igbo, quant à eux, se distinguent par le système “Igba-boi”. Ce modèle de mentorat entrepreneurial repose sur l’apprentissage, où un jeune travaille pour un entrepreneur expérimenté pendant plusieurs années avant de recevoir un soutien financier pour démarrer sa propre activité. Ce mécanisme renforce l’esprit entrepreneurial et garantit une transmission intergénérationnelle des compétences (Ekeh, 1975).

3. Dynamisme Entrepreneurial et Diversification

Les deux communautés se caractérisent par leur forte capacité à entreprendre et à diversifier leurs activités économiques.

• Les Bamilekés excellent dans le commerce, l’artisanat et l’agriculture, tout en exploitant des opportunités économiques dans des régions urbaines éloignées de leur zone d’origine (Mindzeng, 2018).

• Les Igbo, pour leur part, se concentrent sur le commerce international, l’import-export et les industries modernes, s’imposant comme des acteurs clés dans des secteurs comme l’automobile ou l’électronique.

Leur succès repose sur une capacité commune à s’adapter rapidement aux contextes économiques changeants, tout en capitalisant sur des réseaux communautaires solides.

Comparaison des Modèles Bamileké et Igbo

Aspect Bamileké Igbo

Organisation sociale Modèle hiérarchique structuré Décentralisation et initiative individuelle

Mécanisme de solidarité Tontines Igba-boi (mentorat entrepreneurial)

Secteurs d’activité Commerce local, artisanat, agriculture Import-export, industrie automobile

Diaspora Investissements locaux Réseaux globaux et commerce international

Impact culturel Fort ancrage dans les traditions Intégration de pratiques modernes

Perspectives pour un État Développementaliste Communautaire

1. Intégration des Systèmes de Solidarité

Les modèles Bamileké et Igbo montrent que des mécanismes comme les tontines et le mentorat peuvent être institutionnalisés à l’échelle nationale. La création de structures de microfinance inspirées des tontines ou de programmes de mentorat entrepreneurial pourrait stimuler le développement économique des jeunes entrepreneurs.

2. Mobilisation de la Diaspora

Les diasporas Bamileké et Igbo jouent un rôle clé dans le financement de projets communautaires. Les gouvernements pourraient mettre en place des incitations fiscales et des partenariats pour canaliser ces fonds vers des initiatives de développement.

3. Développement Participatif

Un modèle de gouvernance basé sur la participation des communautés locales, inspiré des pratiques Bamilekés et Igbo, pourrait renforcer la légitimité et l’efficacité des politiques publiques. Cela inclut la reconnaissance officielle des chefs traditionnels comme partenaires dans le développement économique.

4. Renforcement de l’Éducation Entrepreneuriale

Le système Igbo d’apprentissage entrepreneurial (Igba-boi) pourrait être intégré dans les systèmes éducatifs pour encourager l’autonomie économique des jeunes Camerounais.

Conclusion

Les Bamilekés et les Igbo démontrent que les traditions économiques africaines peuvent être un puissant levier de développement moderne. Ces communautés offrent des solutions pratiques aux défis économiques et sociaux en Afrique, notamment par leur capacité à combiner tradition et innovation. En adaptant ces modèles à l’échelle nationale, des États comme le Cameroun peuvent bâtir un développement inclusif et durable.

Références

1. Den Ouden, J. H. B. (1981). Changes in land tenure and land use in a Bamileke Chiefdom, Cameroon, 1900-1980.

2. Socpa, A. (2015). Political entrepreneurship in Cameroon. Taylor & Francis.

3. Eckert, A. (1999). African rural entrepreneurs and labor in the Cameroon Littoral.

4. Mindzeng, T. N. (2018). Community-based tourism and development in the Bamileke zone of Cameroon.

5. Ekeh, P. (1975). Social exchange theory and Igbo entrepreneurialism. African Studies Review.

6. Ndjio, B. (2009). Migration, architecture, and the transformation of the landscape in the Bamileke Grassfields of West Cameroon.

LA CEMAC, OTAGE DU FRANC CFA : PEUT-ON PARLER DE DÉVELOPPEMENT SANS AUTONOMIE MONÉTAIRE ? VERS LA CONSTRUCTION D’UN ETAT DEVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE (EDC)

Résumé

Cet article explore la crise économique actuelle au sein de la CEMAC, exacerbée par sa dépendance au franc CFA, une monnaie contrôlée depuis l’extérieur. Face à des dettes publiques croissantes, des réserves de change insuffisantes et un commerce intrarégional limité, il plaide pour l’urgence d’une monnaie sous-régionale. En s’appuyant sur le modèle de l’État Développementaliste Communautaire (EDC), l’article démontre qu’une autonomie monétaire permettrait de financer des projets communautaires, renforcer les échanges économiques, et établir une gouvernance monétaire indépendante alignée sur les besoins des populations. Sans cette révolution monétaire, les aspirations de la CEMAC au développement intégré resteront des promesses non tenues.

Mots-clés : CEMAC, franc CFA, autonomie monétaire, dette publique, réserves de change, intégration régionale, État Développementaliste Communautaire (EDC).

Abstract

This article examines the current economic crisis in CEMAC, worsened by its dependence on the CFA franc, a currency controlled externally. With rising public debts, insufficient foreign reserves, and limited intra-regional trade, it calls for the urgent creation of a sub-regional currency. Drawing on the Community Developmentalist State (CDS) model, the article argues that monetary autonomy would enable the financing of community projects, boost economic exchanges, and establish independent monetary governance aligned with local needs. Without this monetary revolution, CEMAC’s ambitions for integrated development will remain unfulfilled promises.

Keywords: CEMAC, CFA franc, monetary autonomy, public debt, foreign reserves, regional integration, Community Developmentalist State (CDS).

Introduction

La Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) traverse une période de turbulences économiques marquée par une dette publique alarmante, des réserves de change insuffisantes et une faible intégration régionale. Ces défis, exacerbés par la dépendance au franc CFA, soulignent les limites d’un système monétaire hérité de l’histoire coloniale, incapable de répondre aux besoins de développement des États membres.

Face à cette impasse, le modèle de l’État Développementaliste Communautaire (EDC) propose une alternative ambitieuse : repenser la souveraineté monétaire pour en faire un levier de transformation économique et sociale. Ce modèle place l’autonomie monétaire au cœur des politiques publiques, permettant ainsi de financer des projets communautaires, d’accroître les échanges intra-régionaux et de garantir une gouvernance monétaire indépendante alignée sur les aspirations locales.

L’enjeu est clair : sans une monnaie sous-régionale autonome, la CEMAC ne pourra bâtir un avenir fondé sur l’intégration économique et le développement durable. Ce texte explore pourquoi et comment une monnaie régionale, ancrée dans la vision de l’EDC, pourrait briser les chaînes du franc CFA pour ouvrir la voie à une prospérité partagée en Afrique centrale.

À quoi sert la CEMAC sans une autonomie monétaire ?

Le sommet extraordinaire des chefs d’État de la Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC), tenu le 16 décembre 2024 à Yaoundé, intervient dans un contexte économique critique. Entre une dette publique croissante, des déficits budgétaires alarmants, et des réserves de change en déclin, cette rencontre pose une question essentielle : la CEMAC peut-elle réussir son intégration et garantir le développement économique de ses membres sans une monnaie véritablement sous-régionale et autonome ?

1. Une économie sous contrainte extérieure : le poids du franc CFA

Le franc CFA, utilisé par les six pays de la CEMAC, demeure une monnaie contrôlée par la France via le Trésor public. Cette dépendance monétaire limite la capacité des États membres à mener des politiques économiques autonomes. Contrairement à des pays africains comme le Ghana, l’Éthiopie ou le Kenya, qui utilisent leurs monnaies nationales (cedi, birr, shilling), les États de la CEMAC n’ont pas la flexibilité nécessaire pour ajuster leur masse monétaire ou leur taux de change selon leurs besoins économiques.

Comparaison économique :

• Taux de croissance moyen 2023 :

• Ghana (avec sa monnaie nationale) : 3.5 %

• Zone CEMAC : 2.8 %

• Dette publique en pourcentage du PIB :

• Ghana : 71 % (mais en voie de restructuration grâce à des choix monétaires audacieux).

• Congo (CEMAC) : près de 100 %, sans levier monétaire pour y remédier.

La dépendance au franc CFA expose également les économies de la CEMAC aux fluctuations des devises internationales et limite leur capacité d’exportation compétitive.

2. La dette publique : un fardeau aggravé par l’absence d’autonomie monétaire

La dette publique atteint des niveaux critiques dans certains États membres, comme le Congo, où elle représente près de 100 % du PIB. Cette situation est aggravée par les limitations imposées par le franc CFA, qui empêche les gouvernements de financer leurs dépenses par la création monétaire, une stratégie utilisée par des pays avec leurs monnaies nationales pour amortir les chocs économiques.

Les politiques budgétaires rigides imposées par le FMI, souvent liées à l’usage du franc CFA, freinent également l’investissement dans des secteurs stratégiques tels que l’éducation et les infrastructures. Par exemple :

• En 2023, le Cameroun n’a investi que 4.1 % de son PIB dans l’éducation contre 6.2 % au Rwanda, qui utilise sa monnaie nationale.

3. Des réserves de change en déclin : une fragilité systémique

Les réserves de change de la CEMAC s’établissent à seulement trois mois d’importations, loin des cinq mois recommandés. Cette situation expose la région à un risque de dévaluation, une décision qui serait pourtant prise en dernier recours par le Trésor français, et non par les États membres.

À titre comparatif, des pays comme l’Afrique du Sud, grâce à sa souveraineté monétaire, maintiennent des réserves couvrant plus de six mois d’importations, renforçant ainsi la stabilité de leur économie.

4. Une monnaie sous-régionale comme solution à la crise

Pour la CEMAC, la création d’une monnaie autonome pourrait être un levier stratégique pour :

• Stimuler l’intégration régionale : En renforçant les échanges commerciaux intrarégionaux. Actuellement, ils ne représentent que 3 % du commerce total des pays membres, contre 16 % dans la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), qui utilise des monnaies nationales.

• Accroître l’indépendance financière : Une monnaie sous-régionale permettrait de réduire la dépendance à l’euro et d’exploiter pleinement les ressources économiques locales.

• Dynamiser les politiques publiques : Avec une banque centrale indépendante, les États auraient une plus grande marge de manœuvre pour ajuster leur politique monétaire aux besoins locaux.

Des exemples de succès existent :

• L’Union monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) discute actuellement de l’adoption de l’eco, une monnaie régionale, dans le cadre d’une transition du franc CFA vers une souveraineté accrue.

• L’Éthiopie a maintenu une croissance économique moyenne de 7 % au cours de la dernière décennie grâce à une monnaie nationale qui favorise l’industrialisation.

5. L’État Développementaliste Communautaire (EDC) comme socle d’une monnaie sous-régionale

L’État Développementaliste Communautaire (EDC), tel que proposé, repose sur une vision axée sur l’autonomie économique, la solidarité régionale, et le développement intégré des communautés. Ce modèle, qui place l’État au cœur de la transformation économique et sociale, soutient de manière cohérente l’idée d’une monnaie sous-régionale ou régionale comme pilier d’un développement durable et inclusif.

5.1. Une monnaie au service du développement communautaire

Dans le cadre d’un EDC, une monnaie sous-régionale ne serait pas un simple outil monétaire. Elle deviendrait un instrument de transformation économique au service des communautés :

• Financement des projets locaux : Une monnaie sous-régionale, adossée à une banque centrale véritablement indépendante et tournée vers le développement, permettrait de financer des projets communautaires sans recourir systématiquement aux emprunts extérieurs. Par exemple, les infrastructures rurales, l’agro-industrie locale, et l’éducation pourraient bénéficier d’un accès direct à des financements adaptés aux réalités des populations.

• Renforcement de la résilience économique : L’EDC valorise la production locale et les chaînes de valeur communautaires. Une monnaie régionale faciliterait les échanges intra-régionaux, réduisant ainsi la dépendance aux importations et renforçant la souveraineté économique.

5.2. La solidarité régionale comme levier

Le modèle EDC repose sur une solidarité économique et sociale entre les États membres d’une communauté intégrée. La création d’une monnaie sous-régionale s’inscrit dans cette logique :

• Mutualisation des risques : Une monnaie régionale pourrait intégrer un fonds de stabilisation économique, alimenté par les contributions des pays membres, pour aider les États en difficulté à surmonter des crises conjoncturelles, comme celle de la dette publique dans le cas du Congo.

• Renforcement des échanges : En alignant les politiques économiques des pays membres, une monnaie sous-régionale stimulerait les échanges intra-CEMAC, actuellement limités à 3 % du commerce total. Ces échanges deviendraient un moteur pour l’industrialisation locale et la diversification économique.

5.3. Une gouvernance monétaire alignée avec les valeurs communautaires

Dans un EDC, la gouvernance monétaire devrait refléter les aspirations des populations et s’affranchir des ingérences extérieures. Contrairement au franc CFA, dont la gestion est externalisée, une monnaie sous-régionale serait gérée par une institution commune où chaque État membre disposerait d’une voix égale.

Les décisions monétaires seraient guidées par les besoins de développement, par exemple :

• Stimuler les secteurs prioritaires comme l’agriculture et l’énergie.

• Offrir des taux de change compétitifs pour encourager les exportations régionales.

• Créer des emplois via des politiques monétaires proactives.

5.4. L’EDC et l’indépendance économique

L’EDC ne peut se réaliser pleinement sans autonomie monétaire. La dépendance actuelle au franc CFA limite la capacité des États membres à construire des économies résilientes et inclusives. Une monnaie régionale, intégrée au projet d’État Développementaliste Communautaire, devient ainsi un outil stratégique pour :

• Libérer les États de la tutelle monétaire extérieure.

• Permettre une meilleure mobilisation des ressources locales.

• Aligner les politiques monétaires avec les objectifs sociaux et environnementaux des communautés.

l’EDC comme cadre pour une souveraineté monétaire et économique

Le projet d’État Développementaliste Communautaire offre une vision claire et cohérente d’un avenir où les économies sous-régionales sont libérées des chaînes de la dépendance. La création d’une monnaie régionale ou sous-régionale n’est pas simplement un objectif technique, mais une étape nécessaire pour ancrer le développement économique dans les aspirations et les besoins des populations locales.

En adoptant une monnaie sous-régionale, les États de la CEMAC pourraient enfin aligner leurs politiques économiques avec un projet collectif ambitieux : bâtir des sociétés inclusives et prospères, où chaque communauté joue un rôle actif dans la transformation de son avenir. L’EDC, en ce sens, n’est pas seulement une alternative, mais une nécessité pour le développement de l’Afrique centrale.

Conclusion : la nécessité d’une révolution monétaire

La crise actuelle au sein de la CEMAC met en lumière les limites d’un système monétaire hérité de la colonisation. Sans une autonomie monétaire et une véritable réforme institutionnelle, l’intégration régionale restera un mirage et le développement économique, une promesse non tenue.

Le sommet de Yaoundé devrait être l’occasion pour les dirigeants de poser les bases d’une monnaie sous-régionale, symbole d’une souveraineté retrouvée. Faute de quoi, la CEMAC continuera d’être un simple spectateur des transformations économiques mondiales.

Références bibliographiques :

1. Nkrumah, K. (1965). Neo-Colonialism: The Last Stage of Imperialism.

2. Sikafinance. (2024). Rapport économique sur la CEMAC.

3. International Monetary Fund (IMF). (2023). Africa Regional Economic Outlook.

4. Ndikumana, L., & Boyce, J. (2011). Africa’s Odious Debts.

5. Yab, J., & Nkong-Njock, V.,(2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire: Le Cameroun

L’ÉGLISE DOIT PAYER, RESTITUTION DES TERRES SACRÉES AUX POPULATIONS AUTOCHTONES D’AFRIQUE NOIRE. CAS D’ETUDE: MONASTÈRE BÉNÉDICTIN DU MONT FÉBÉ À YAOUNDÉ

Monastère Bénédictin du Mont Fébé à Yaoundé

Résumé

En Afrique noire francophone, des terres offertes par des populations autochtones à l’Église catholique pour des œuvres sociales et religieuses sont aujourd’hui transformées en biens commerciaux. Ce phénomène, particulièrement visible au Cameroun, prive les communautés locales de leur héritage foncier et aggrave les inégalités. En s’appuyant sur des cas précis, comme celui du Monastère Bénédictin du Mont Fébé à Yaoundé, cet article explore la manière dont ces terres sacrées sont devenues des actifs lucratifs et propose des solutions pour une justice foncière : restitution, compensation et dialogue entre les parties concernées.

Mots clés : Restitution des terres, Église catholique, Droits fonciers autochtones, Terres sacrées, Afrique francophone, Afrique subsaharienne, Monastère du Mont Fébé, Héritage colonial, Commercialisation des terres, Etoudi.

Abstract:
In Francophone Sub-Saharan Africa, lands donated by indigenous communities to the Catholic Church for social and religious purposes have been transformed into commercial assets. This phenomenon, notably in Cameroon, deprives local populations of their ancestral heritage and exacerbates inequalities. Focusing on specific cases like the Benedictine Monastery of Mont Fébé in Yaoundé, this article examines how sacred lands have turned into profitable ventures and offers solutions for land justice: restitution, compensation, and dialogue among stakeholders.

Keywords : Land restitution, Catholic Church, Indigenous land rights, Sacred lands, Francophone Africa, Sub-Saharan Africa, Mont Fébé Monastery, Colonial legacy, Land commercialization


Introduction

Aujourd’hui, c’est encore dimanche et, comme chaque semaine, des millions de chrétiens catholiques remplissent les églises en Afrique noire francophone. Pourtant, derrière cet élan spirituel se cache une question épineuse : celle des terres offertes par des populations autochtones à l’Église catholique, et aujourd’hui commercialisées.

Ces terres, autrefois données pour des œuvres sociales ou religieuses, ont souvent été transformées en biens lucratifs, privant les communautés locales de leur patrimoine foncier. Ce phénomène, particulièrement visible au Cameroun, suscite des controverses grandissantes. En examinant des cas concrets, comme celui du Monastère Bénédictin du Mont Fébé, cet article propose une analyse critique et des pistes pour rétablir la justice foncière.

1. Contexte historique : des dons pour le bien commun

Dans les années coloniales, les missionnaires catholiques ont reçu des terres des chefs traditionnels africains. Ces terres, offertes gratuitement, devaient servir à construire des églises, écoles et dispensaires pour le bien-être des communautés locales.

Exemple au Cameroun :

  • Entre 1900 et 1960, des chefs comme les Ewondo ou les Douala ont attribué des terrains aux missionnaires pallottins. Ces dons, non monétaires, étaient basés sur une confiance mutuelle et une volonté de développement communautaire.

Cependant, après les indépendances, ces terres ont souvent été enregistrées sous le nom de l’Église catholique, sans reconnaissance officielle des droits des donateurs ou de leurs descendants.


2. Des terres sacrées devenues biens commerciaux

Avec l’urbanisation croissante, l’Église catholique a tiré profit de ces terrains. Des terres qui abritaient autrefois des projets sociaux ont été vendues ou louées à des promoteurs immobiliers.

Données clés :

  • Une étude de Terra Afrique (2023) révèle que 30 % des terres urbaines détenues par l’Église en Afrique noire francophone sont utilisées à des fins lucratives.
  • Au Cameroun, les terrains urbains de Douala et Yaoundé génèrent plus de 1 milliard de FCFA annuels en revenus locatifs.

Exemple :
À Yaoundé, dans le quartier de Mendong, des terrains offerts pour construire une école sont aujourd’hui occupés par des immeubles commerciaux. Ces transactions, opérées sans consultation des populations locales, posent des questions éthiques.


3. Les conséquences pour les populations autochtones

Les communautés locales subissent des conséquences graves de cette transformation foncière :

  • Exclusion économique : La perte d’accès à des terres rend l’agriculture et l’habitat plus difficiles pour les populations locales.
  • Erosion culturelle : Les terres sacrées, autrefois symboles de confiance, sont aujourd’hui des lieux de commerce, brisant le lien entre les communautés et leur patrimoine spirituel.
  • Inégalités accrues : Les profits tirés de ces terres ne sont pas redistribués aux populations qui les ont cédées.

4. Étude de cas : Le Monastère Bénédictin du Mont Fébé à Yaoundé

Le Monastère Bénédictin du Mont Fébé, situé sur les hauteurs de Yaoundé, illustre de manière frappante le paradoxe des terres sacrées devenues des actifs économiques stratégiques. Fondé en 1952 par des missionnaires bénédictins, ce monastère a été établi sur des terres généreusement offertes par des chefs traditionnels locaux ETOUDI. À l’époque, ces terrains étaient considérés comme des lieux sacrés et paisibles, propices à la prière, à la méditation et aux activités spirituelles. Cependant, l’évolution de l’usage de ces terres au fil des décennies soulève des questions sur leur vocation initiale et les bénéfices qu’en tirent aujourd’hui les institutions religieuses.


4.1. Le contexte historique : des dons pour la foi et la communauté

Les terres où se trouve le Monastère du Mont Fébé étaient autrefois des espaces forestiers appartenant à des clans locaux ETOUDI. Ces chefs ont cédé ces terres dans un esprit de coopération religieuse et culturelle, croyant que l’établissement des moines bénéficierait à la communauté par :

  • L’éducation (formation religieuse et académique),
  • L’accès aux soins de santé via des initiatives missionnaires,
  • La création d’un sanctuaire spirituel pour la région.

Aucun acte de propriété formel n’avait été signé, les dons reposant sur un pacte moral entre les missionnaires et les communautés locales.


4.2. Une transformation économique notable

Aujourd’hui, le site du Monastère Bénédictin est une propriété emblématique de Yaoundé, avec des activités dépassant largement sa mission spirituelle initiale. Sur les terres qui entourent le monastère, plusieurs transformations sont notables :

  1. L’Hôtel Mont Fébé : Un établissement hôtelier de luxe situé sur une partie des terres initialement offertes. Cet hôtel, qui génère des revenus substantiels, cible une clientèle touristique et d’affaires, notamment des dignitaires religieux, politiques et internationaux.
  2. Exploitation foncière à des fins commerciales : Selon une enquête menée par Le Quotidien Camerounais (2023), certaines parcelles ont été louées ou cédées à des particuliers et entreprises, entraînant une urbanisation croissante de cette zone autrefois réservée à des usages religieux.
  3. Absence de projets communautaires directs : Bien que le monastère conserve un rôle religieux actif, les populations autochtones qui avaient offert ces terres ne bénéficient pas directement des revenus générés par ces développements.

4.3. L’impact sur les populations autochtones

L’évolution économique des terres du Mont Fébé a eu des conséquences importantes pour les communautés ETOUDI locales :

  • Privation de terres : Les clans qui avaient offert ces terrains sont désormais coupés de leur accès à ces espaces, aujourd’hui clôturés ou privatisés.
  • Inégalités sociales : Les revenus issus des activités commerciales ne profitent pas aux populations locales, mais enrichissent uniquement les institutions religieuses.
  • Sentiment de trahison culturelle : Les populations locales estiment que la vocation sacrée et communautaire de ces terres a été détournée à des fins lucratives, rompant le pacte moral initial.

4.4. Controverse sur l’Hôtel Mont Fébé

L’Hôtel Mont Fébé, construit sur des terres offertes pour des missions religieuses, est particulièrement controversé. Évalué à plusieurs milliards de FCFA, cet hôtel est un exemple de la manière dont des actifs religieux peuvent être transformés en entreprises commerciales sans consultation des communautés locales.

Données clés :

  • En 2022, l’hôtel a généré un chiffre d’affaires estimé à 800 millions de FCFA.
  • Une enquête menée par Cameroon Tribune (2023) révèle que l’Église catholique détient 70 % des parts dans cette entreprise, tandis que les bénéfices ne sont pas réinvestis dans des projets communautaires.

4.5. Exigences des communautés locales

Les clans ETOUDI revendiquent aujourd’hui une reconnaissance de leurs contributions historiques et demandent :

  1. Transparence financière : Publier les comptes des activités commerciales du Monastère, notamment ceux de l’Hôtel Mont Fébé, pour évaluer l’usage des revenus générés.
  2. Partage des bénéfices : Redistribuer une partie des revenus aux communautés locales, par exemple via des projets de développement (écoles, hôpitaux, infrastructures).
  3. Rétablissement des droits fonciers : Réserver certaines terres pour des usages communautaires ou spirituels, comme initialement convenu.
  4. Dialogue intercommunautaire : Organiser des consultations régulières entre les autorités religieuses et les représentants des populations autochtones pour rétablir une relation de confiance.

4.6. Le rôle des autorités étatiques

Les gouvernements locaux et nationaux doivent également intervenir pour réguler ce type de situation :

  • Audit des terres du Mont Fébé : Identifier les parcelles encore dédiées à des usages religieux et celles utilisées à des fins commerciales.
  • Encadrement légal : Renforcer les lois sur les dons de terres pour éviter leur détournement à des fins lucratives.
  • Médiation : Faciliter un dialogue entre l’Église, les populations autochtones et les organisations de la société civile pour parvenir à un compromis équitable.

Le Mont Fébé, un symbole de rupture et d’espoir

Le cas du Monastère Bénédictin du Mont Fébé incarne les tensions autour de la gestion des terres sacrées en Afrique. Tandis que l’Église catholique profite des revenus générés par ces terrains, les populations autochtones, véritables donatrices de ce patrimoine, sont marginalisées. Pour éviter que ces situations ne deviennent des foyers de conflit, il est impératif d’instaurer des mécanismes de justice foncière. Restituer une partie des terres ou partager équitablement les bénéfices constitue non seulement une obligation morale, mais aussi une opportunité de réconciliation entre les communautés et l’Église.

5. Propositions pour une justice foncière

Face à cette situation, des solutions sont nécessaires pour restaurer l’équité :

  1. Audit foncier transparent : Recenser toutes les terres détenues par l’Église pour établir leur origine et leur utilisation actuelle.
  2. Restitution des terres : Les terres non utilisées pour des projets sociaux devraient être rendues aux communautés locales.
  3. Compensation financière : Les bénéfices tirés des terres devraient financer des infrastructures pour les populations autochtones (écoles, hôpitaux, logements).
  4. Réformes juridiques : Mettre en place un cadre légal qui empêche les institutions religieuses d’exploiter les terres à des fins commerciales sans consultation locale.

Conclusion : L’Église face à ses responsabilités

L’Église catholique doit aligner ses actions sur ses principes de justice et de charité. Les terres sacrées offertes par les ancêtres africains ne doivent pas devenir des symboles d’exploitation économique, mais des outils de réconciliation et de développement communautaire. Par des audits transparents, des restitutions et des compensations, l’Église peut réparer ces injustices historiques et renouer avec les populations qu’elle prétend servir.

Restituer, compenser, dialoguer : tel est le chemin vers une justice foncière durable.

Références académiques

  1. Kouassi, J. (2020). Colonial Legacies and Land Ownership in Sub-Saharan Africa. African Studies Quarterly.
  2. Nfor, C. (2023). « Religious Land Deals in Cameroon: A Case Study of Douala and Yaoundé. » Journal of African Land Studies.
  3. Terra Afrique. (2023). Land Ownership and Economic Inequality in Francophone Africa.
  4. Le Messager. (2023). « Les terres de Mendong : une injustice foncière. »

LE MLDC EXIGE LE PAIEMENT DE LA PRIME DE MODERNISATION DE LA RECHERCHE: LETTRE OUVERTE AU PREMIER MINISTRE, CHEF DU GOUVERNEMENT DU CAMEROUN

Pr Jimmy Yab & S.E. Dion Ngute, Premier Ministre du Cameroun

MOUVEMENT POUR LA LIBÉRATION ET LE DÉVELOPPEMENT DU CAMEROUN (MLDC)

Secrétariat Général

Yaoundé, 10 Décembre, 2024

À l’attention de Son Excellence, Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement

Réf : Exigence de paiement de la « Prime de modernisation de la recherche »

Objet : Plaidoyer pour la valorisation du rôle des enseignants-chercheurs par le paiement de la prime de modernisation de la recherche

Excellence,

Je viens, en ma qualité de Secrétaire Général du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), vous adresser cette lettre pour attirer votre attention sur une question cruciale et urgente : le paiement de la « Prime de modernisation de la recherche » aux enseignants-chercheurs camerounais.

L’importance stratégique des enseignants-chercheurs pour le Cameroun

Les enseignants-chercheurs constituent un pilier fondamental de la construction d’une société prospère et innovante. Ils ne sont pas de simples transmetteurs de savoir, mais également des artisans de la transformation sociale et économique par la recherche. Comme le souligne Paulo Freire dans Pedagogy of the Oppressed (1970), « une éducation émancipatrice repose sur la valorisation de ceux qui produisent et diffusent le savoir ». En négligeant les conditions de travail de ces acteurs, nous compromettons non seulement leur mission éducative, mais également notre ambition de faire du Cameroun un État compétitif sur la scène internationale.

Les travaux des enseignants-chercheurs, à travers la formation des générations futures et la production scientifique, participent directement à la résolution des défis économiques, sanitaires et technologiques. À titre d’exemple, le rôle des universités dans le développement de solutions locales pendant la pandémie de COVID-19 a été déterminant. Cependant, leur dévouement ne peut être durablement soutenu sans une reconnaissance matérielle appropriée.

Origine de la prime et engagements non tenus

La « Prime de modernisation de la recherche » a été instituée par le décret présidentiel n°2009/121 du 8 avril 2009. Cette initiative, saluée à l’époque comme une avancée majeure, visait à encourager l’excellence académique et à stimuler la recherche scientifique, levier clé pour le développement national. Le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, en prenant cette décision, traduisait sa volonté de repositionner le Cameroun comme un acteur clé de la production de savoir en Afrique.

Cependant, depuis sa création, cette prime n’a été payée que sporadiquement, laissant les enseignants-chercheurs dans un état d’incertitude et de frustration croissante. Ce retard de paiement est perçu non seulement comme une trahison de la promesse faite par le chef de l’État, mais également comme un signe d’incohérence dans la mise en œuvre des priorités nationales.

Conséquences des retards de paiement

Le non-paiement de cette prime engendre des conséquences graves :

1. Baisse de la motivation et fuite des cerveaux : De nombreux enseignants-chercheurs, découragés par le manque de reconnaissance financière, préfèrent chercher des opportunités à l’étranger. Ce phénomène, connu sous le nom de « fuite des cerveaux », prive le Cameroun de ses talents les plus brillants.

2. Image internationale détériorée : Un État qui ne respecte pas ses engagements envers son corps académique projette une image de mauvaise gestion et de non-respect de ses priorités. Cela affecte notre capacité à attirer des partenaires internationaux dans le domaine de l’éducation et de la recherche.

3. Affaiblissement de la recherche locale : Sans incitations financières adéquates, les enseignants-chercheurs ont de moins en moins les moyens de financer des travaux de recherche, ce qui limite la production scientifique nationale.

Comme l’explique Michael Apple dans The State and Higher Education (2000), « la dévalorisation du corps académique affaiblit directement la qualité des systèmes éducatifs et, par extension, la capacité d’un État à innover ». Cette vérité s’applique malheureusement à la situation actuelle des enseignants-chercheurs camerounais.

Recommandations

Au nom du MLDC, je vous exhorte à prendre des mesures concrètes et immédiates pour résoudre cette crise. Voici nos recommandations :

1. Règlement immédiat des arriérés : Publier un calendrier clair et précis pour le paiement des primes dues aux enseignants-chercheurs.

2. Création d’un fonds spécial pour la recherche : Mettre en place un fonds indépendant, géré en collaboration avec des représentants du corps académique, pour garantir la régularité des paiements futurs.

3. Dialogue avec les parties prenantes : Organiser des consultations avec les syndicats des enseignants-chercheurs pour identifier les obstacles à la mise en œuvre des primes et y remédier efficacement.

4. Valorisation des enseignants-chercheurs : Accompagner le paiement de la prime par des mesures de revalorisation globale des conditions de travail, notamment en termes de dotation en ressources pour la recherche.

L’enjeu pour le Chef de l’État

Le Président de la République, garant des engagements pris en son nom, ne saurait rester indifférent face à cette situation. Le non-paiement de la prime de modernisation de la recherche compromet l’image de leadership et de crédibilité qu’il s’efforce de projeter. Comme le disait Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. » En soutenant ses enseignants-chercheurs, le Cameroun peut démontrer sa détermination à bâtir un avenir meilleur.

Excellence, nous ne pouvons pas nous permettre de sacrifier l’avenir de notre pays en négligeant ceux qui forment sa jeunesse et produisent le savoir nécessaire à son développement. En agissant rapidement et résolument, vous avez l’opportunité de redresser cette situation et de montrer votre engagement en faveur de l’éducation et de la recherche, qui sont des piliers essentiels pour la transformation de notre nation.

Dans l’espoir d’une réponse rapide et favorable, je vous prie d’agréer, Excellence, l’expression de ma très haute considération.

PR. JIMMY YAB

Secrétaire Général, Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC)

PAUL BIYA INAUGURE LE PALAIS DES SPORTS; MAIS BOUDE L’ASSEMBLÉE NATIONALE: UN SYMBOLE D’UNE INSTITUTION EN CRISE

Palais des Sports de Yaoundé

Résumé

L’inauguration par Paul Biya du Palais des sports de Yaoundé, construit par les Chinois, contraste fortement avec l’absence d’une cérémonie similaire pour le siège flambant neuf de l’Assemblée nationale, également bâti par la Chine. Ce choix soulève des interrogations sur la perception et la crédibilité de l’institution parlementaire au Cameroun. S’agit-il d’un désaveu du président de l’Assemblée ou d’une crise plus profonde de la représentativité et du fonctionnement de l’institution ? En analysant les symboles et implications politiques de cet acte, cet article explore les tensions qui minent le parlement camerounais et leur portée pour la gouvernance nationale.

Mots Clés:

Abstract

Paul Biya’s inauguration of the Yaoundé Sports Complex, built by the Chinese, starkly contrasts with his omission of a similar ceremony for the brand-new National Assembly building, also constructed by China. This decision raises questions about the perception and credibility of the parliamentary institution in Cameroon. Is this a snub to the Speaker of the Assembly, or a reflection of a deeper crisis in the institution’s representativeness and functioning? By analyzing the symbolic and political implications of this act, this article delves into the tensions undermining Cameroon’s parliament and their impact on national governance.

Assemblée Nationale Cameroun

1. Le Parlement Camerounais : Une Institution Fragilisée

L’Assemblée nationale est censée incarner la souveraineté populaire selon l’article 1 de la Constitution camerounaise. Cependant, cette institution, comme beaucoup d’autres parlements africains, est confrontée à une faiblesse structurelle qui entrave son rôle.

1.1. Absence d’Indépendance

Le parlement camerounais est largement dominé par le parti au pouvoir, le RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), qui détient une majorité écrasante depuis plusieurs décennies. En conséquence, son rôle législatif est souvent réduit à un appui mécanique aux décisions présidentielles. Comme l’écrit Jean-François Bayart dans L’État en Afrique : La politique du ventre (1989) :

« Les institutions parlementaires en Afrique ne sont souvent que des vitrines permettant de légitimer les décisions d’un exécutif omnipotent. »

Un exemple frappant est l’adoption systématique des lois budgétaires sans véritable débat parlementaire. En 2023, par exemple, la loi de finances a été adoptée en moins de deux semaines, une rapidité qui traduit un manque d’examen critique.

1.2. Déficit de Légitimité

Les taux de participation aux élections législatives sont en constante baisse. Lors des élections de 2020, la participation nationale n’a été que de 43 %, et certaines régions, notamment anglophones, ont enregistré des taux inférieurs à 15 %, en raison de la crise sociopolitique qui secoue ces zones. Ce faible taux de participation témoigne d’une désaffection croissante envers une institution perçue comme éloignée des préoccupations citoyennes.

Un parallèle peut être établi avec d’autres parlements africains : en Côte d’Ivoire, le parlement de Laurent Gbagbo, avant la crise de 2010, faisait face à des accusations similaires d’être une chambre d’enregistrement. La crise politique qui en a découlé a montré à quel point le manque de légitimité d’une institution peut miner la stabilité nationale.

2. Un Désaveu Personnel ou Institutionnel ?

L’absence d’inauguration du siège de l’Assemblée nationale par Paul Biya peut être interprétée sous deux angles complémentaires :

2.1. Un Désaveu du Président de l’Assemblée

Cavaye Yéguié Djibril, qui préside l’Assemblée nationale depuis 1992, est devenu un symbole de la stagnation institutionnelle. Sa longévité à ce poste illustre une politisation excessive et un manque de renouvellement des élites parlementaires. Dans un contexte où la société civile demande davantage de transparence et de diversité politique, Cavaye est régulièrement critiqué pour son alignement inconditionnel avec l’exécutif.

Comme l’écrit Achille Mbembe dans On the Postcolony (2001) :

« Les élites politiques africaines maintiennent leur position non pas en modernisant les institutions, mais en consolidant des structures de domination qui aliènent les citoyens. »

L’absence d’inauguration pourrait donc traduire une volonté de Paul Biya de marquer une distance avec Cavaye, même si cela n’implique pas nécessairement une rupture.

2.2. Une Crise Institutionnelle Profonde

Au-delà des individus, le parlement camerounais souffre d’une crise structurelle. En ne lui accordant pas l’importance symbolique qu’il réserve à des infrastructures comme le Palais des sports, Paul Biya semble refléter un consensus tacite sur l’inutilité relative de l’Assemblée dans le processus décisionnel.

Des précédents historiques appuient cette lecture. En République démocratique du Congo sous Mobutu, l’Assemblée nationale était surnommée « la caisse de résonance », en référence à son rôle passif. Cette absence de pouvoir réel a contribué à l’effondrement institutionnel du régime dans les années 1990.

3. Le Symbolisme de l’Acte et Ses Implications

L’absence d’inauguration est un acte chargé de symboles. En analysant les messages implicites qu’il véhicule, plusieurs implications se dégagent.

3.1. La Primauté de l’Exécutif

Dans un régime hyperprésidentialisé comme celui du Cameroun, le président concentre l’essentiel des pouvoirs. En célébrant le Palais des sports et en ignorant l’Assemblée nationale, Paul Biya renforce l’idée que les infrastructures tangibles et les projets exécutifs priment sur les espaces de débat démocratique.

Ce phénomène n’est pas unique au Cameroun. En Éthiopie, sous Haile Selassie, les institutions parlementaires étaient maintenues pour des raisons symboliques, mais elles n’avaient aucun impact réel sur les politiques publiques.

3.2. Une Vision Orientée vers l’Apparence

Le Palais des sports représente un outil de diplomatie publique : il accueille des compétitions internationales, attire des visiteurs et projette une image de modernité. En revanche, le siège de l’Assemblée nationale, bien qu’important, ne génère pas la même visibilité.

Comme le souligne Larry Diamond dans Developing Democracy: Toward Consolidation (1999) :

« Les régimes autoritaires tendent à privilégier les réalisations spectaculaires qui masquent leur déficit démocratique. »

En inaugurant le Palais des sports, Paul Biya mise sur des infrastructures qui valorisent son image, plutôt que sur celles qui renforcent les institutions démocratiques.

Conclusion : Une Institution à Réinventer

L’omission de l’inauguration du siège de l’Assemblée nationale par Paul Biya illustre une crise institutionnelle plus large au Cameroun. Si le Palais des sports brille par son éclat, l’Assemblée nationale incarne une stagnation politique et un déficit démocratique.

Ce geste met en lumière un problème récurrent en Afrique : la mise à l’écart des institutions démocratiques au profit d’un exécutif omniprésent. Pour restaurer la confiance dans le parlement camerounais, des réformes profondes sont nécessaires : renouvellement des élites, indépendance accrue et mécanismes de reddition des comptes. En l’absence de telles initiatives, le parlement risque de rester une institution marginalisée, incapable de jouer son rôle dans la construction démocratique.

Bibliographie

1. Bayart, Jean-François. L’État en Afrique : La politique du ventre. Fayard, 1989.

2. Diamond, Larry. Developing Democracy: Toward Consolidation. Johns Hopkins University Press, 1999.

3. Mbembe, Achille. On the Postcolony. University of California Press, 2001.

4. Van de Walle, Nicolas. African Economies and the Politics of Permanent Crisis, 1979-1999. Cambridge University Press, 2001.

5. Nnoli, Okwudiba. Politics of Democratization in Africa. CODESRIA, 2003.

6. Tordoff, William. Government and Politics in Africa. Macmillan, 2002.

LA CHINE DÉÇUE PAR LE CAMEROUN ? ENTRE OPPORTUNITÉS MANQUÉES ET NÉGLIGENCE GÉOPOLITIQUE

Nouvelle bâtisse de l’Assemblée Nationale construite par la Chine

Résumé

L’inauguration du nouveau bâtiment de l’Assemblée nationale camerounaise, construit par la Chine, illustre un engagement continu de Beijing dans les infrastructures africaines. Toutefois, une analyse comparative des investissements chinois en Afrique subsaharienne met en évidence un retard notable au Cameroun. Ce décalage découle principalement de la méconnaissance des mécanismes géopolitiques chinois et de la faiblesse institutionnelle de l’administration camerounaise. Cet article analyse la situation en profondeur, en s’appuyant sur des statistiques récentes et des références académiques pour comparer les investissements chinois au Cameroun avec ceux réalisés dans d’autres pays comme l’Éthiopie ou l’Angola, et propose des pistes pour une coopération bilatérale plus efficace.

Mots clés: Chine, Cameroun, investissement chinois, géopolitique, Afrique subsaharienne, infrastructures, Assemblée nationale camerounaise

Abstract:
The inauguration of Cameroon’s new National Assembly building, constructed by China, underscores Beijing’s sustained interest in African infrastructure. However, comparative analysis of Chinese investments in sub-Saharan Africa reveals Cameroon’s significant lag. This gap arises from inadequate understanding of Chinese geopolitical mechanisms and the weaknesses in Cameroon’s institutions. This article thoroughly examines the situation, utilizing recent statistics and academic references to compare Chinese investments in Cameroon with those in countries such as Ethiopia and Angola. It also offers insights on how to foster more effective bilateral cooperation.

Keywords: China, Cameroon, Chinese investment, geopolitics, sub-Saharan Africa, infrastructure, National Assembly building.


Pr Jimmy Yab et S.E. Wang Yi, Ministre des Affaires étrangères chinois

Introduction

L’inauguration du nouveau bâtiment de l’Assemblée nationale camerounaise, financé et construit par la République populaire de Chine, a eu lieu le 30 novembre 2024. Ce bâtiment moderne, d’une valeur estimée à 56 milliards de FCFA, symbolise la relation de longue date entre Beijing et Yaoundé. Pourtant, au-delà de cet acte diplomatique, se cache une réalité troublante : le Cameroun peine à capitaliser sur son partenariat avec la Chine. Tandis que d’autres pays africains comme l’Éthiopie, l’Angola ou encore le Kenya enregistrent des volumes d’investissements massifs et stratégiques, le Cameroun semble confiné à des projets symboliques. Pourquoi cette différence ? Ce retard s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’absence d’une stratégie nationale cohérente et un déficit de connaissances sur les mécanismes de la coopération sino-africaine. Cet article s’interroge sur les causes profondes de cette stagnation et propose des pistes pour réorienter la relation sino-camerounaise vers une trajectoire plus ambitieuse.


Les investissements chinois au Cameroun : état des lieux

Les relations sino-camerounaises ont pris de l’ampleur depuis le début des années 2000, à la faveur de l’expansion de la diplomatie économique chinoise en Afrique. Parmi les projets phares, on peut citer le port en eau profonde de Kribi, réalisé grâce à un prêt de 1,3 milliard de dollars octroyé par Exim Bank China, et le barrage hydroélectrique de Memve’ele, qui a coûté environ 850 millions de dollars. Ces infrastructures visent à moderniser les capacités du Cameroun, mais leur impact économique reste limité en raison d’une gestion inefficace et d’une faible intégration dans les chaînes de valeur locales.

En termes de chiffres, le Cameroun a reçu environ 5 milliards de dollars d’investissements directs chinois entre 2000 et 2023, représentant moins de 3 % du total des investissements chinois en Afrique subsaharienne, estimé à 153 milliards de dollars sur la même période (Brautigam, 2019). À titre de comparaison, l’Angola a capté environ 42 milliards de dollars, tandis que l’Éthiopie en a reçu 16 milliards, principalement dans des secteurs productifs comme l’industrie et les transports (IMF, 2023). Cette différence illustre non seulement une volonté stratégique différente de la part de Beijing, mais aussi une incapacité du Cameroun à proposer des projets d’envergure répondant aux priorités chinoises.


Comparaison avec d’autres pays d’Afrique subsaharienne

L’Éthiopie représente un modèle exemplaire de coopération avec la Chine. Ce pays a su aligner ses priorités nationales avec la stratégie chinoise de la Belt and Road Initiative (BRI). Le chemin de fer Addis-Abeba-Djibouti, financé à hauteur de 3,4 milliards de dollars par la Chine, a permis de réduire de moitié le coût et le temps de transport des marchandises entre les deux pays (World Bank, 2024). En parallèle, des parcs industriels comme celui de Hawassa, soutenus par des financements chinois, ont attiré des investisseurs étrangers et créé des milliers d’emplois.

En Angola, la Chine a joué un rôle clé dans la reconstruction post-guerre civile, notamment grâce à un mécanisme novateur de prêts garantis par le pétrole. Ce pays a bénéficié de plus de 500 projets financés par Beijing, allant des infrastructures routières aux hôpitaux, renforçant ainsi sa capacité à diversifier son économie (Mohan & Lampert, 2013).

En revanche, au Cameroun, les projets sont souvent perçus comme des « éléphants blancs ». Le port de Kribi, par exemple, fonctionne bien en deçà de sa capacité maximale en raison d’un manque de connexions ferroviaires et d’infrastructures logistiques appropriées. Cela reflète une planification déficiente et un manque d’intégration dans les réseaux régionaux.


Les raisons du retard camerounais

Plusieurs facteurs expliquent le faible niveau d’investissements chinois au Cameroun, malgré un potentiel évident :

  1. Faiblesse institutionnelle : Contrairement à des pays comme l’Éthiopie, où les projets sont intégrés dans un plan national de développement, le Cameroun manque d’une stratégie claire pour maximiser les opportunités offertes par la Chine.
  2. Méconnaissance des mécanismes chinois : L’administration camerounaise reste mal équipée pour naviguer dans la complexité des financements chinois, qui requièrent souvent des propositions bien documentées et alignées avec les objectifs de la BRI.
  3. Absence de leadership stratégique : Les responsables camerounais se concentrent souvent sur des projets symboliques, sans prendre en compte leur rentabilité économique ou leur durabilité à long terme.

En outre, les fonctionnaires chargés de négocier avec Beijing manquent souvent de formation spécifique en géopolitique chinoise. La Chine fonctionne selon des priorités stratégiques précises, basées sur le développement des infrastructures régionales et l’intégration économique. Sans une compréhension claire de ces dynamiques, le Cameroun risque de rester un partenaire secondaire dans les plans chinois pour l’Afrique.


Vers une coopération plus efficace

L’invitation officielle adressée au président de l’Association d’amitié Chine-Cameroun et de l’Observatoire Chine-Afrique francophone, Pr. JIMMY YAB, pour participer aux célébrations marquant le 75ᵉ anniversaire de la République populaire de Chine et le 70ᵉ anniversaire de l’Association du peuple chinois pour l’amitié avec les étrangers (CPAFFC) est un signe clair de la volonté de Beijing de renforcer ses relations avec le Cameroun. Cet événement, qui s’est tenu sous le thème « Approfondir l’amitié populaire sino-étrangère et promouvoir une communauté de destin pour l’humanité », met en lumière l’importance d’une diplomatie centrée sur les échanges culturels, économiques et stratégiques.

1. Mieux intégrer les mécanismes de la diplomatie chinoise

La Chine privilégie une approche multilatérale qui s’appuie sur des organisations comme la CPAFFC pour bâtir des relations bilatérales solides. Cependant, le Cameroun doit apprendre à tirer parti de ces plateformes en participant activement aux dialogues et en proposant des projets alignés sur les priorités stratégiques chinoises. Les objectifs de Beijing dans la région incluent notamment :

  • Le développement des infrastructures transnationales pour intégrer les économies régionales.
  • La promotion de zones économiques spéciales (ZES) pour stimuler l’industrialisation.
  • Le renforcement des échanges culturels et académiques pour favoriser la compréhension mutuelle.

Recommandation : Créer un Comité permanent pour la coopération sino-camerounaise, sous l’égide de l’Association d’amitié Chine-Cameroun. Ce comité pourrait servir de plateforme pour identifier et prioriser des projets à soumettre aux instances chinoises, tout en veillant à ce qu’ils soient conformes aux besoins du Cameroun et aux orientations stratégiques de la Chine.

2. Capitaliser sur le rôle des échanges culturels et associatifs

Le rôle de la CPAFFC dans la diplomatie chinoise va au-delà des relations étatiques. Son approche consiste à établir des ponts via les associations et organisations de la société civile. Cette méthode permet d’élargir les perspectives de coopération en touchant directement les populations. En tant que président de l’Observatoire Chine-Afrique francophone, vous êtes bien placé pour utiliser cette invitation comme levier afin de :

  • Renforcer les relations interculturelles entre les deux pays par des programmes d’échange.
  • Organiser des séminaires et conférences sur le rôle des relations sino-africaines dans un contexte multipolaire.
  • Proposer des projets de recherche collaborative entre les universités camerounaises et chinoises sur des thèmes comme l’agriculture durable, la technologie ou la santé publique.

Exemple concret : En Éthiopie, les universités chinoises ont financé des programmes de formation en ingénierie pour former des cadres locaux capables de gérer les infrastructures financées par la Chine. Une telle initiative pourrait être répliquée au Cameroun.

3. Développer une stratégie nationale alignée sur la Belt and Road Initiative (BRI)

La BRI, initiative phare de la Chine, repose sur un réseau mondial d’infrastructures visant à stimuler le commerce et la connectivité. Malgré l’adhésion du Cameroun à ce programme, le pays reste absent des corridors majeurs de la BRI en Afrique. Par exemple, l’Éthiopie et Djibouti bénéficient de projets de transport intégrés qui facilitent le commerce intra-africain et avec l’Asie, tandis que le Cameroun n’a pas encore exploité son potentiel de hub régional.

Proposition stratégique :

  • Réhabiliter les corridors logistiques reliant le port de Kribi au Tchad et à la République centrafricaine.
  • Intégrer le Cameroun dans les chaînes de valeur régionales en développant des zones économiques spéciales soutenues par des financements chinois.
  • Favoriser les investissements dans des projets verts (énergies renouvelables, reboisement, etc.) pour aligner les priorités nationales avec les engagements environnementaux de la Chine.

4. Former une nouvelle génération de cadres en géopolitique chinoise

La compréhension des priorités chinoises exige des compétences spécifiques que la plupart des fonctionnaires camerounais ne possèdent pas actuellement. Il est donc impératif de former une nouvelle génération de cadres, non seulement dans la langue et la culture chinoises, mais aussi dans la géopolitique et les mécanismes de financement de la Chine.

Action immédiate : Collaborer avec la CPAFFC pour mettre en place un programme de formation continue destiné aux fonctionnaires et cadres du secteur privé, incluant des modules sur :

  • Les mécanismes de financement des banques chinoises (Exim Bank, Banque chinoise de développement).
  • Les principes de négociation des accords bilatéraux dans le cadre de la BRI.
  • L’utilisation des forums sino-africains (FOCAC) pour attirer des investissements stratégiques.

Conclusion

L’invitation de la CPAFFC au 75ᵉ anniversaire de la République populaire de Chine représente une opportunité unique pour le Cameroun de réévaluer et de renforcer sa coopération avec Beijing. En utilisant cette plateforme, le Cameroun peut s’inspirer des succès d’autres pays africains pour proposer des projets ambitieux, diversifier ses partenariats, et former une nouvelle génération de leaders capables de naviguer dans la complexité des relations sino-africaines. En combinant diplomatie culturelle et stratégie économique, le Cameroun pourrait devenir un acteur majeur de la coopération sino-africaine au XXIᵉ siècle.

Encore un autre prêt qui hypothèque l’avenir de la jeunesse : Le régime Biya et la banalité des détournements des fonds publics. Le MLDC recommande…

Paul Biya

Résumé: Sous la direction du président Paul Biya, la dette publique du Cameroun a grimpé à 6 600 milliards de FCFA (environ 11 milliards de dollars) en 2024. Malgré des emprunts massifs pour des projets d’infrastructures, les bénéfices sont négligeables, de nombreux projets étant inachevés ou sous-performants. Cet article met en évidence l’ampleur de la mauvaise gestion de la dette, le détournement généralisé des fonds publics et l’échec systémique à dissuader la corruption malgré l’emprisonnement de plusieurs hauts fonctionnaires. Il soutient que le détournement des fonds publics est un crime social aux conséquences dévastatrices, privant des millions de personnes de services essentiels tels que la santé et l’éducation.

L’article attire également l’attention sur les rapports de la CONAC et de la Cour des comptes du Cameroun, qui révèlent que 30 % des fonds publics sont détournés chaque année. Malgré ces révélations, la corruption reste profondément ancrée, compromettant le développement du Cameroun. Le MLDC recommande la transparence, des sanctions plus strictes et la participation citoyenne pour lutter contre cette crise et protéger les générations futures du fardeau d’une dette insoutenable.

Mots clés : Cameroun, corruption, dette publique, détournement, gouvernance, développement, CONAC, Cour des Comptes du Cameroun, EU, Chine.

Summary: Under President Paul Biya’s leadership, Cameroon’s public debt has surged to 6,600 billion FCFA (approximately $11 billion) in 2024. Despite borrowing extensively for infrastructure projects, the benefits are negligible, with numerous projects either incomplete or underperforming. This article highlights the scale of debt mismanagement, widespread embezzlement of public funds, and the systemic failure to deter corruption despite the imprisonment of several high-ranking officials. It argues that public fund embezzlement is a social crime with devastating consequences, depriving millions of essential services such as healthcare and education.

The article also draws attention to reports from the CONAC and Cameroon’s Court of Accounts, which reveal that 30% of public funds are diverted annually. Despite these revelations, corruption remains deeply entrenched, undermining Cameroon’s development. The MLDC recommends transparency, stricter penalties, and citizen participation to combat this crisis and protect future generations from the burden of unsustainable debt.

Introduction : Une dette qui n’apporte pas le développement attendu

L’Union européenne a encore engagé 91 millions d’euros (96 millions de dollars) sur trois ans pour améliorer les infrastructures au Cameroun et attirer les investissements étrangers. Le prêt, annoncé à Yaoundé, financera des projets dans les domaines de l’énergie, des routes et des chemins de fer, notamment un réseau reliant le Cameroun au Tchad et un pont sur le fleuve Ntem vers la Guinée équatoriale. Les infrastructures du Cameroun se sont considérablement dégradées, aggravées par un conflit séparatiste dans les régions anglophones qui a fait plus de 6 000 morts et 760 000 déplacés.

En 2024, le Cameroun affiche une dette publique de 6 600 milliards de FCFA (environ 11 milliards de dollars), selon les données officielles du ministère des Finances. Une partie importante de cette dette est due à des emprunts contractés auprès de partenaires bilatéraux comme la Chine ou l’Union européenne, ainsi qu’à des institutions multilatérales comme le FMI et la Banque mondiale. Ces fonds sont destinés à financer des projets d’infrastructure tels que le port en eau profonde de Kribi, le barrage de Memvé’élé ou encore des routes et ponts reliant le Cameroun à ses voisins régionaux comme le Tchad et la Guinée équatoriale.

Cependant, malgré ces emprunts massifs, les infrastructures restent dans un état critique. Par exemple, le projet du port de Kribi, financé par un prêt chinois de plusieurs centaines de milliards de FCFA, a vu ses retombées économiques limitées, tandis que des projets comme le barrage de Memvé’élé n’ont pas permis de résoudre les problèmes chroniques d’électricité dans le pays. Le paradoxe est frappant : le Cameroun est endetté au-delà de ses capacités, mais les populations continuent de manquer d’accès à des services de base comme l’eau, l’électricité, et les soins de santé. Ce constat soulève la question de l’efficacité de la gestion des emprunts publics, mais surtout des détournements qui gangrènent le pays.

Dette publique Camerounaise sous le régime Biya

L’état de l’endettement au Cameroun : Une charge insoutenable pour la future génération

La dette publique camerounaise a été multipliée par trois au cours des deux dernières décennies, passant de 2 100 milliards de FCFA en 2000 à 6 600 milliards de FCFA en 2024. Cette augmentation s’explique par une dépendance accrue aux financements extérieurs pour des projets d’infrastructure ambitieux, mais souvent mal planifiés ou mal exécutés. Environ 50 % de cette dette est due à la Chine, qui est le principal créancier du pays.

Selon les statistiques du FMI, le service de la dette (remboursements d’intérêts et du principal) absorbe près de 30 % des recettes publiques annuelles, limitant considérablement la capacité de l’État à financer d’autres secteurs essentiels tels que l’éducation ou la santé. En outre, chaque Camerounais, du nouveau-né à l’adulte, porterait une charge individuelle de 235 714 FCFA (environ 356 dollars US) pour rembourser cette dette. Ce fardeau est encore plus insoutenable dans un pays où près de 37,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Cette situation met en lumière l’échec des politiques de gouvernance financière. La plupart des projets financés par la dette étrangère restent inachevés ou ne produisent pas les résultats escomptés. À titre d’exemple, le barrage de Memvé’élé, financé par un prêt chinois de 243 milliards de FCFA, devait produire 211 MW d’électricité. Pourtant, des problèmes techniques persistants limitent considérablement sa capacité, exacerbant les délestages dans le pays.

La banalité des détournements de fonds publics : Un fléau enraciné

Selon le rapport 2023 de la CONAC, environ 30 % des fonds publics destinés à des projets de développement sont détournés chaque année. Cela représente une perte annuelle de plus de 600 milliards de FCFA, soit l’équivalent du budget national de plusieurs secteurs sociaux combinés. Les détournements concernent des projets phares tels que la CAN 2019, où des centaines de milliards ont été détournés par des responsables gouvernementaux.

Malgré les condamnations de plusieurs hauts dignitaires dans le cadre de l’opération Épervier, la corruption reste omniprésente. Plus de 50 responsables, dont des ministres et directeurs généraux, ont été emprisonnés pour des détournements. Cependant, ces sanctions n’ont pas réussi à dissuader les abus.

La persistance des détournements montre que les mécanismes de sanction actuels sont insuffisants. Un audit de la Cour des comptes en 2023 a révélé que les responsables continuent d’utiliser des stratagèmes complexes, tels que la surfacturation et les paiements fictifs, pour s’approprier les ressources publiques.

Évolution de la dette publique du Cameroun de 1982 jusqu’à nos jours

Les détournements de fonds : Un crime contre l’humanité sociale

Dans certains pays comme la Chine et l’Arabie Saoudite, les détournements de fonds à grande échelle sont considérés comme un crime capital, car ils privent des millions de citoyens d’accès aux services essentiels. Cette approche, bien que sévère, repose sur l’idée que la corruption à grande échelle équivaut à un génocide social. Les fonds détournés auraient pu servir à construire des écoles, des hôpitaux ou des routes, améliorant ainsi les conditions de vie de millions de personnes.

Au Cameroun, les conséquences des détournements sont désastreuses :

• Santé : Plus de 60 % des Camerounais n’ont pas accès à des soins de santé de qualité, en grande partie à cause de la mauvaise gestion des fonds publics.

• Éducation : Le taux de scolarisation reste faible, et les écoles manquent cruellement d’équipements et de personnel qualifié.

• Emploi : Le chômage, particulièrement chez les jeunes, dépasse 30 %, aggravant la pauvreté et l’instabilité sociale.

Ces chiffres montrent que les détournements ne sont pas de simples crimes financiers, mais des actes qui compromettent l’avenir d’une nation entière.

Recommandations du MLDC : Une gouvernance responsable pour l’avenir

Face à cette situation alarmante, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose des réformes urgentes pour enrayer la corruption et garantir une utilisation responsable des fonds publics :

1. Transparence totale : Publier les rapports d’audit des projets financés par la dette et garantir l’accès du public aux informations financières.

2. Renforcement des sanctions : Appliquer des peines sévères aux responsables de détournements, y compris des confiscations de biens mal acquis.

3. Création d’un fonds souverain : Réinvestir les économies réalisées dans des secteurs prioritaires comme l’éducation, la santé, et l’emploi des jeunes.

4. Participation citoyenne : Encourager la société civile à surveiller la gestion des fonds publics.

Conclusion

Le régime de Paul Biya a transformé les détournements de fonds publics en une pratique systémique, menaçant le développement et hypothéquant l’avenir des générations futures. Les prêts massifs, qui devraient servir à améliorer les infrastructures et les services sociaux, sont dilapidés dans des projets inefficaces et entachés de corruption. Il est temps d’instaurer une gouvernance responsable pour garantir que les ressources nationales servent réellement à bâtir un Cameroun prospère.

Références bibliographiques

1. CONAC. (2023). Rapport annuel sur la corruption au Cameroun.

2. Cour des comptes. (2023). Audit des finances publiques.

3. Banque mondiale. (2023). Analyse de la dette publique au Cameroun.

4. Transparency International. (2023). Indice de perception de la corruption.

Remaniements Ministériels au Cameroun, 82% de Stagnation: Entre Immobilisme, Abandon de Gouvernance et Besoin de Réformes, Les Propositions du MLDC…

Remaniements Ministériels sous Paul Biya (1980s-2024)

Légende du tableau :

Ce graphique montre le nombre de remaniements ministériels effectués par Paul Biya au cours de chaque décennie depuis son accession à la présidence en 1982. Les différentes couleurs des barres indiquent les décennies spécifiques, et le nombre au sommet de chaque barre représente le nombre total de remaniements ministériels effectués durant cette période.

  • 1980s (30%) : Durant cette première décennie, Paul Biya a effectué 7 remaniements ministériels, ce qui correspond à environ 30 % du total de ses remaniements depuis son accession au pouvoir. Cette période a été marquée par la consolidation de son pouvoir et la mise en place de son propre gouvernement après la démission d’Ahmadou Ahidjo.
  • 1990s (26%) : Cette décennie a vu un total de 6 remaniements (26 %), notamment en raison des pressions politiques internes et internationales, notamment la mise en place du multipartisme en 1990 et les premières contestations du régime.
  • 2000s (22%) : Avec 5 remaniements (22 %), cette période a marqué un tournant dans la stabilité apparente du régime, avec un maintien de l’ordre établi et la gestion de certaines crises, mais moins d’initiatives de changement.
  • 2010s (22%) : En dépit de la stabilité de la présidence, cette décennie a aussi été marquée par 5 remaniements, mais également par un ralentissement dans l’innovation politique et une relative stagnation ministérielle.
  • 2019-2024 (0%) : Aucune modification ministérielle n’a été réalisée pendant cette période, ce qui reflète l’immobilisme du gouvernement actuel, malgré les crises graves que traverse le pays. Cette absence de remaniement ministériel peut être interprétée comme un signe de la déconnexion de Paul Biya de la gestion active de l’État et de la gouvernance.

Un (1) à Immobilisme Historique Face aux Défis du Cameroun

Depuis 2019, le Cameroun n’a connu aucun remaniement ministériel, une situation inédite sous Paul Biya, dont le règne de 42 ans a pourtant été marqué par 23 ajustements gouvernementaux. Avec une moyenne annuelle de 0,55 remaniement, Biya a toujours procédé à des changements rares, souvent motivés par des considérations politiques ou clientélistes plutôt que par des objectifs de performance. Durant les années 1980, il a orchestré sept remaniements (30% du total), principalement pour éliminer les fidèles de son prédécesseur Ahmadou Ahidjo et asseoir son autorité personnelle, comme l’explique Jean-François Bayart dans L’État en Afrique : La politique du ventre. Dans les années 1990, six ajustements supplémentaires (26%) ont répondu aux pressions du multipartisme, intégrant parfois des figures de l’opposition pour désamorcer les tensions populaires sans véritablement transformer les institutions. Cependant, dès les années 2000, la fréquence des remaniements a chuté à cinq par décennie, consolidant un système basé sur l’immobilisme. Depuis le dernier remaniement en 2019, aucune réforme n’a été entreprise malgré les multiples crises qui ébranlent le pays. Selon Transparency International, moins de 18% des ministres ont été renouvelés par mandat sous Biya, contre une moyenne mondiale de 30% dans les pays confrontés à des défis majeurs, soulignant un gouvernement incapable de s’adapter aux besoins urgents de la population.

L’Inertie Face aux Crises : Une Déconnexion Préoccupante

L’absence prolongée de remaniements est d’autant plus alarmante que le Cameroun est confronté à des crises profondes qui exigent des réponses stratégiques. La guerre dans les régions anglophones, ayant causé des milliers de morts et des millions de déplacés, illustre l’échec du gouvernement à proposer des solutions novatrices. Le ministre de la Défense n’a pas pu mettre en place des stratégies efficaces pour désamorcer le conflit. De même, dans le domaine économique, le Cameroun affiche une croissance stagnante de 4% par an, insuffisante pour réduire la pauvreté qui touche plus de 40% de la population. Alors que les défis exigeraient des compétences nouvelles, le cabinet reste inchangé. Comme le souligne Patrick Chabal dans Africa Works, “un régime qui ne procède pas à des ajustements institutionnels face aux crises majeures reflète une perte de connexion avec ses citoyens et une gouvernance purement symbolique”. Cette inertie dépasse les standards africains : depuis 2019, des pays comme le Rwanda et le Sénégal ont procédé à plusieurs remaniements pour intégrer des technocrates compétents, alors que le Cameroun demeure figé avec une moyenne d’âge ministérielle dépassant 65 ans.

Un Leadership Absent : Paul Biya et l’Abandon de l’État

L’inaction de Paul Biya est renforcée par son absence prolongée de la scène nationale. Résidant fréquemment en Suisse, il laisse la gestion des affaires publiques à des ministres vieillissants et souvent incompétents. Par comparaison, le Sénégal ou le Rwanda procèdent à des ajustements réguliers pour intégrer des compétences adaptées aux défis actuels. Le Cameroun, en revanche, enregistre une durée moyenne de mandat ministériel de dix ans, contre quatre ans dans les pays en développement dynamiques (Banque mondiale, 2022). L’absence de Biya, couplée à son refus d’ajuster son gouvernement, traduit un abandon manifeste de la gouvernance. Cela alimente le sentiment de désillusion populaire, exacerbé par la perception d’un gouvernement uniquement préoccupé par sa survie.

Une Gouvernance Déconnectée des Réalités Sociales

Le mécontentement des citoyens face à l’inaction gouvernementale est largement documenté, notamment à travers les mouvements sociaux comme “On a trop supporté”, menés par les enseignants en 2022. Ces revendications légitimes, visant à améliorer les conditions de travail et les infrastructures, n’ont suscité aucune réponse de la part d’un gouvernement figé dans l’immobilisme. Par ailleurs, la corruption généralisée alimente la frustration populaire. Selon Transparency International, le Cameroun est classé parmi les 50 pays les plus corrompus au monde, et cette situation est exacerbée par le manque de renouvellement des élites administratives, qui perpétuent un système inefficace et clientéliste.

L’Alternative MLDC : Réformes et Gouvernance Dynamique

Face à cet immobilisme, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose une alternative ambitieuse et pragmatique avec son modèle d’État développementaliste communautaire. Ce modèle repose sur des réformes régulières et basées sur la performance, garantissant une gouvernance redevable et dynamique. Contrairement au régime actuel, le MLDC prône des audits systématiques des ministères clés et la mise en place d’un calendrier de révision gouvernementale tous les trois ans. De plus, le MLDC privilégie une inclusion accrue des populations locales dans la gestion publique. Dans les régions anglophones, cela se traduirait par la création d’un ministère dédié à la réconciliation nationale, dirigé par des personnalités locales crédibles et respectées. Enfin, le modèle MLDC propose une gouvernance décentralisée, où chaque région jouerait un rôle actif dans l’élaboration des politiques nationales, rompant ainsi avec la centralisation excessive qui caractérise le régime Biya.

Conclusion : Entre Immobilisme et Avenir

L’absence de remaniement ministériel au Cameroun depuis 2019 est la manifestation claire d’un régime en perte de gouvernance active. Cette situation, même par les standards limités de Paul Biya, illustre un abandon de l’État face aux défis croissants du pays. Le contraste avec des pays africains dynamiques met en évidence l’urgence d’un changement de paradigme. Le MLDC, avec son modèle d’État développementaliste communautaire, offre une vision réformiste, capable de rompre avec l’inertie actuelle. À l’approche des élections présidentielles de 2025, cette vision représente une opportunité unique pour le Cameroun de renouer avec une gouvernance efficace et inclusive, tournée vers le développement durable et le bien-être de ses citoyens.

Parlement Camerounais : Encore une Session! 42 Ans de Misère, 42 Ans de Pauvreté – Pour Qui Travaille l’Assemblée Nationale ?

Mots clés : Parlement, Cameroun, MLDC, réformes, transparence, pauvreté, chômage, démocratie, État développementaliste, Bayart, Mbembe, responsabilité, budget participatif, opposition, représentativité, comptabilité.

Alors qu’une nouvelle session parlementaire s’ouvre cette semaine au Cameroun, le bilan de plus de quatre décennies de sessions laisse un goût amer. Et depuis les premières élections législatives pluralistes des années 1990, le parlement camerounais a échoué à défendre les intérêts du peuple, miné par une domination du parti au pouvoir qui muselle l’opposition. Sous la gouvernance continue de Paul Biya, l’Assemblée Nationale a souvent été perçue comme un outil de validation des décisions de l’exécutif plutôt qu’un véritable contre-pouvoir.

Face à une situation socio-économique de plus en plus critique, où la pauvreté et le chômage grimpent sans relâche, avec une situation securitaire critique, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose des réformes novatrices pour transformer cette institution en un moteur de développement communautaire, au service des citoyens. Inspirées des meilleures pratiques internationales et de la philosophie d’un État développementaliste communautaire, ces réformes visent à rétablir un parlement véritablement représentatif, transparent et comptable.

Un Parlement Impuissant Face à la Montée de la Pauvreté

Les indicateurs socio-économiques du Cameroun depuis les années 1990 brossent un tableau alarmant. En 1991, au lendemain des premières élections législatives pluralistes, le taux de pauvreté nationale était estimé à environ 40%. Depuis, ce chiffre n’a fait qu’augmenter, atteignant plus de 50% en 2022, avec des disparités régionales prononcées où le taux de pauvreté dépasse les 70% dans certaines zones rurales (INS Cameroun, 2022). Par ailleurs, le taux de chômage, qui oscillait autour de 5% en 1991, est aujourd’hui estimé à plus de 12%, affectant particulièrement les jeunes, qui peinent à trouver un emploi stable et durable.

Cette aggravation de la pauvreté et du chômage révèle l’échec d’un parlement inactif, incapable d’adopter des lois favorisant la croissance économique et l’inclusion sociale. Comme le souligne le politologue Jean-François Bayart, « un parlement déconnecté de la réalité du peuple devient complice de l’oppression économique » (Bayart, 1993). En d’autres termes, un parlement sans véritable opposition et sans mécanismes de contrôle des politiques économiques gouvernementales ne fait que prolonger un statu quo défavorable aux citoyens.

Une Assemblée aux Couleurs d’un Parti Unique : L’Absence d’Opposition

Depuis les premières élections législatives pluralistes des années 1990, l’opposition camerounaise a lutté pour se faire une place dans un parlement dominé par le RDPC. En pratique, l’opposition n’a pratiquement jamais eu le pouvoir de faire adopter des lois significatives. Selon les travaux de l’historien Achille Mbembe, « un parlement sans opposition devient une simple chambre d’enregistrement où le pouvoir exécutif impose son agenda sans débat réel » (Mbembe, 2000). Cette remarque résume parfaitement le fonctionnement de l’Assemblée Nationale au Cameroun : les initiatives parlementaires issues de l’opposition, rares et souvent marginalisées, finissent systématiquement par être rejetées, étouffées par une majorité mécanique.

En 42 ans, combien de lois portées par l’opposition ont réellement été adoptées ? La réponse est dérisoire. Dans le contexte camerounais, le pouvoir législatif semble servir davantage à valider les décisions de l’exécutif qu’à offrir un espace de débat démocratique. La quasi-absence d’une opposition structurée et influente au sein de l’Assemblée conduit à une stagnation législative qui ne répond en rien aux besoins criants de la population. Cette situation a mené le Cameroun dans une impasse, où l’inertie institutionnelle se traduit par une absence de progrès socio-économique.

Conséquences de l’Absence d’un Contre-pouvoir Parlementaire

Sans opposition forte, le parlement camerounais s’avère incapable de jouer son rôle de contrepoids au pouvoir exécutif. L’essence même de la démocratie parlementaire, qui repose sur un équilibre entre les différents pouvoirs, est ici compromise. Selon le politologue Jean-François Bayart, « un parlement doit être le reflet des aspirations populaires et non un simple appui pour les décisions du président » (Bayart, 1993). Or, au Cameroun, l’Assemblée Nationale a rarement, voire jamais, constitué un espace de défense des intérêts populaires. Les lois adoptées, principalement initiées par le gouvernement, répondent davantage aux priorités de l’élite politique et économique qu’à celles des citoyens ordinaires.

Cet immobilisme législatif se reflète dans la vie quotidienne des Camerounais : éducation en crise, infrastructures de santé défaillantes, et système de transport obsolète. En l’absence de pression venant d’une opposition active, le gouvernement se trouve dispensé de rendre des comptes. Les rapports annuels de Transparency International sur le Cameroun, qui placent régulièrement le pays parmi les plus corrompus du monde, témoignent d’un système où l’opacité règne et où les institutions manquent de transparence et de responsabilité.

Les Propositions du MLDC pour un Parlement au Service du Développement Communautaire

Pour le MLDC, l’urgence est de transformer l’Assemblée Nationale en un véritable outil de développement et de soutien communautaire, capable de répondre aux besoins sociaux et économiques des Camerounais. En s’inspirant des parlements les plus performants dans le monde, le MLDC propose des réformes structurelles pour rendre l’Assemblée plus accountable, participative et proactive.

  1. Création d’un Bureau de Responsabilité Parlementaire (BRP) : Inspiré du modèle scandinave, ce bureau indépendant serait chargé de surveiller et d’évaluer les activités des députés afin d’assurer qu’ils répondent aux attentes des électeurs. Ce bureau rendrait des comptes à travers des rapports publics réguliers sur les activités, l’assiduité et l’engagement des députés, permettant ainsi aux citoyens de mieux juger la performance de leurs représentants.
  2. Commissions Citoyennes de Contrôle Législatif : À l’image des commissions citoyennes en Europe, le MLDC propose d’associer des citoyens experts ou tirés au sort pour évaluer et suggérer des modifications aux lois. Ces commissions garantiraient que les textes de loi adoptés tiennent compte des préoccupations locales et des réalités sociales et économiques du pays. Selon Achille Mbembe, « le rôle d’un parlement est de donner voix aux aspirations populaires dans chaque décision législative » (Mbembe, 2000).
  3. Budget Participatif pour le Financement des Projets Locaux : Inspirée du modèle brésilien de budget participatif, cette réforme impliquerait que les députés consacrent une partie de leur budget à des projets communautaires définis directement par les citoyens. Cela permettrait aux Camerounais de choisir les projets prioritaires dans leur région, que ce soit pour l’éducation, la santé ou les infrastructures, renforçant ainsi le lien de confiance entre les électeurs et leurs représentants.
  4. Séances Hebdomadaires de Questions au Gouvernement : À l’image des questions hebdomadaires au gouvernement dans les démocraties parlementaires britanniques, le MLDC propose que les ministres soient hebdomadaire tenus de répondre publiquement aux questions des députés. Cette transparence permettrait aux citoyens de suivre de près les décisions de l’exécutif, renforçant ainsi la responsabilité du gouvernement envers la population.
  5. Tribunes de Débat Public et Référendums Consultatifs : Pour renforcer la participation des citoyens aux grandes décisions politiques, le MLDC propose d’instaurer des tribunes de débat public et des référendums consultatifs. Inspirée des pratiques suisses, cette mesure permettrait aux Camerounais de s’exprimer directement sur des questions législatives majeures et de s’assurer que les lois répondent aux besoins réels du pays.
  6. Statut Officiel pour l’Opposition et Droits Renforcés : Le MLDC défend l’idée d’un statut officiel et de moyens accrus pour l’opposition au parlement, afin de garantir un véritable contre-pouvoir. Inspiré du modèle indien, où l’opposition joue un rôle clé dans le processus législatif, ce statut permettrait à l’opposition de proposer des lois, d’enquêter sur les affaires gouvernementales et de représenter plus efficacement les citoyens.
  7. Sessions Annuelles de Bilan devant les Citoyens : Inspiré des pratiques allemandes, le MLDC propose que chaque député organise annuellement une session publique de bilan dans sa circonscription, où il rendrait compte de son activité parlementaire. Cette transparence renforcerait la redevabilité des élus, permettant aux citoyens de mieux suivre et évaluer le travail de leurs représentants.

Une Comparaison Internationale : L’État Développementaliste Communautaire en Action

Dans les pays nordiques, la transparence parlementaire et l’inclusivité sont des piliers essentiels de la gouvernance, et les résultats économiques sont frappants : avec un taux de pauvreté inférieur à 10% et un chômage sous les 5%, ces pays prouvent qu’un parlement accountable peut transformer un pays (World Bank, 2023). Au Japon, la tradition de dialogue et de consensus, essentielle dans la culture communautaire, inspire des pratiques parlementaires où l’opposition est activement impliquée, permettant des lois qui soutiennent une croissance inclusive.

Dans le contexte africain, les valeurs de solidarité, de consultation et d’écoute des sages, présentes dans les cultures locales, peuvent inspirer un parlement qui valorise la parole citoyenne et intègre les préoccupations communautaires. La constitution de commissions législatives comprenant des leaders communautaires, comme le propose le MLDC, contribuerait à rapprocher les institutions politiques des réalités sociales et culturelles camerounaises.

Le Parlement au Service du Peuple

Le MLDC croit fermement que le rôle du parlement camerounais doit être d’incarner un véritable service au peuple, de représenter les intérêts des citoyens, et d’assurer le développement durable de chaque communauté. Avec des réformes audacieuses et inspirées d’un État développementaliste communautaire, il est possible de bâtir une Assemblée Nationale qui répond enfin aux attentes populaires. Un parlement transparent, responsable et inclusif est non seulement un pilier d’une démocratie vivante, mais aussi une condition essentielle pour améliorer les conditions de vie des Camerounais.

Prime de modernisation de la recherche, Encore un Echec du Gouvernement! Une stratégie d’infantilisation des enseignants camerounais: Les SOLUTIONS DU MLDC

Mots Clés: Prime de modernisation de la recherche-Enseignants-chercheurs-Infantilisation-Incompétence- Gouvernement-MLDC (Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun)-État développementaliste communautaire-Michael Apple-Paolo Freire-Michel Foucault-Modèle anglo-saxonPaul Biya

Analyse du Pr Jimmy Yab, SG du MLDC

Le décret présidentiel n°2009/121 du 8 avril 2009, instituant une « prime pour la modernisation de la recherche » au Cameroun, avait initialement été salué comme une avancée majeure. Cette prime, destinée aux enseignants-chercheurs, visait à stimuler la recherche scientifique et à positionner le Cameroun comme un acteur compétitif dans la production de savoir. Cependant, quinze ans après cette annonce, l’absence de paiement effectif a révélé des failles profondes dans la gestion de cette promesse. Cette situation met en lumière une stratégie politique bien plus complexe, relevant autant de la manipulation et de l’incompétence que d’une volonté délibérée d’infantiliser le corps enseignant camerounais. Face à cette crise, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose des solutions fondées sur les principes d’un État développementaliste communautaire et inspirées des meilleures pratiques de l’éducation universelle pour rétablir la dignité des enseignants.

1. Manipulation et incompétence : une promesse non tenue pour décourager l’excellence académique

Dès l’introduction de la prime, les autorités camerounaises ont présenté cette initiative comme une réponse aux besoins urgents de financement de la recherche. Cependant, le paiement a été retardé année après année, sous des prétextes administratifs qui masquent une incapacité chronique à gérer efficacement le secteur éducatif. Les enseignants-chercheurs, malgré leur engagement et leurs sacrifices, se trouvent démunis face à des institutions qui manquent de transparence et de responsabilité.

Dans son ouvrage The State and Higher Education, Michael Apple (2000) souligne que « les systèmes éducatifs en crise reflètent souvent une crise de l’État lui-même, où l’incapacité à respecter les engagements sociaux traduit un échec de la gouvernance ». Cette observation s’applique pleinement au Cameroun, où l’incapacité à payer la prime de modernisation de la recherche illustre le dysfonctionnement d’un État qui, en sous-estimant le secteur éducatif, compromet son propre développement.

Le MLDC estime que la première étape pour redresser cette situation est la mise en place d’un système transparent et indépendant de gestion des fonds pour l’éducation et la recherche. Inspiré des pratiques de transparence financière anglo-saxonnes, le MLDC propose de créer un Fonds national pour la modernisation de la recherche, administré par un conseil incluant des représentants des enseignants, des experts financiers, et des membres de la société civile. Ce fonds serait entièrement dédié aux primes et financements de recherche, et ses comptes publiés annuellement pour assurer un suivi citoyen et réduire les risques de détournement.

2. L’infantilisation des enseignants : une stratégie de contrôle politique

La crise actuelle dépasse la simple question de l’incompétence. Pour de nombreux observateurs, le refus de payer cette prime traduit une politique de dépendance et de soumission, destinée à maintenir les enseignants dans une position d’infériorité. En refusant d’assurer aux enseignants des droits économiques garantis, le gouvernement semble s’assurer que le corps académique reste « en attente » de la bonne volonté de l’État. Comme le soutient Paolo Freire dans Pedagogy of the Oppressed (1970), « la privation de droits économiques équivaut à une privation de dignité, et un groupe privé de sa dignité est plus facile à dominer ». Au Cameroun, cette approche crée une culture de dépendance et de résignation chez les enseignants, les empêchant de contester ouvertement les décisions du pouvoir.

Le MLDC considère qu’une éducation émancipatrice est un élément fondamental d’un État développementaliste. Pour rompre avec cette dynamique d’infantilisation, il est nécessaire de garantir aux enseignants non seulement une rémunération équitable, mais également une autonomie financière. Inspiré des systèmes anglo-saxons, où les universités disposent d’une forte indépendance budgétaire et académique, le MLDC propose la création d’un système de financement décentralisé, où chaque université camerounaise serait responsable de gérer ses propres ressources pour rémunérer ses enseignants et financer ses projets de recherche. Cette approche permettrait aux institutions d’enseignement supérieur de négocier directement avec le gouvernement les subventions nécessaires, offrant ainsi aux enseignants une plus grande sécurité financière et une indépendance vis-à-vis des caprices de l’État central.

3. Le maintien dans une dépendance économique : une stratégie de domination symbolique

Au-delà de la privation économique, cette prime impayée symbolise une stratégie politique de domination. En gardant les enseignants dans un état de précarité économique, le gouvernement les place dans une situation de vulnérabilité permanente, freinant toute velléité d’opposition. Comme le décrit Michel Foucault dans Surveiller et punir (1975), « la précarité économique est une technique de contrôle, car elle déstabilise psychologiquement les individus, les empêchant d’organiser une résistance collective efficace ». Les enseignants, censés être des vecteurs de savoir et de pensée critique, se retrouvent donc économiquement dépendants d’un gouvernement qui peut, selon son bon vouloir, choisir de respecter ou non ses engagements.

Le MLDC est convaincu que l’indépendance financière et intellectuelle des enseignants est cruciale pour garantir un système éducatif sain et résilient. Inspiré par les universités britanniques et américaines, où le financement de la recherche repose sur un mélange de fonds publics, de mécénat et de contributions privées, le MLDC propose de créer des partenariats public-privé pour la recherche au Cameroun. Ces partenariats permettraient de diversifier les sources de financement de la recherche académique, offrant aux enseignants un accès plus large aux ressources, tout en réduisant la dépendance des institutions académiques vis-à-vis du budget étatique. En parallèle, un Conseil des enseignants-chercheurs, indépendant du gouvernement, serait créé pour assurer un suivi des financements et proposer des projets de recherche d’intérêt national.

Les propositions du MLDC : un modèle éducatif inspiré du système anglo-saxon

Le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) est conscient que le développement du Cameroun passe par une réforme en profondeur de son système éducatif. Inspiré par les modèles anglo-saxons, le MLDC propose les solutions suivantes pour revaloriser durablement le corps enseignant :

1. Établissement d’une autonomie académique et financière pour les universités : En suivant le modèle britannique, où les universités bénéficient d’une grande liberté administrative et budgétaire, chaque établissement au Cameroun disposerait d’un budget indépendant et d’un pouvoir décisionnel autonome. Cela permettrait de garantir une gestion efficiente des fonds de recherche et des primes des enseignants.

2. Création d’un Institut de Formation Permanente pour les Enseignants : Inspiré des programmes de formation continue anglo-saxons, cet institut permettrait aux enseignants camerounais d’accéder à des formations de pointe, financées par l’État et par des partenaires privés, pour adapter leurs compétences aux évolutions de la recherche et des pratiques pédagogiques.

3. Développement d’un système de financement mixte de la recherche : Le MLDC propose d’ouvrir le financement de la recherche aux contributions privées et aux dons d’entreprises, comme c’est le cas dans les universités américaines. Cela permettrait de diversifier les sources de financement, d’encourager les projets innovants, et d’atténuer la dépendance des universités à l’égard du budget étatique.

4. Création d’un Conseil National de la Recherche et de l’Éducation : À l’image du Higher Education Funding Council du Royaume-Uni, cet organe indépendant surveillerait l’allocation des financements dans le domaine éducatif, assurant ainsi transparence et équité dans la répartition des fonds destinés à la recherche et aux enseignants.

5. Mise en place d’une Charte de la Dignité Enseignante : Inspirée des chartes éthiques anglo-saxonnes, cette charte garantirait aux enseignants des droits économiques et sociaux fondamentaux, reconnaissant leur rôle crucial dans le développement de la société camerounaise.

En somme, pour le MLDC, l’amélioration du système éducatif camerounais passe par la mise en place de politiques transparentes, l’autonomisation des universités et le respect des droits des enseignants. En s’inspirant des modèles anglo-saxons et en instaurant des réformes profondes, le Cameroun peut non seulement rendre justice à ses enseignants, mais aussi bâtir une société plus prospère et plus juste. Le MLDC est résolu à mener ces réformes pour que le Cameroun devienne un État développementaliste communautaire, où chaque acteur du savoir est respecté et valorisé dans sa contribution à l’édification nationale.

Le problème du Cameroun : 1. Les députés RDPC qui votent de mauvaises lois depuis des décennies et 2: Les maires RDPC incompétents et mauvais depuis des décennies

Cliquez sur vidéo pour suivre le débat

Je disais déjà à l’époque dans l’émission Hutu Africa de Stéphane Mbarga à Info TV que:

IL FAUT REMPLACER TOUS LES DEPUTES ET MAIRES RDPC EN 2025-2026, C’EST UN IMPERATIF CITOYEN POUR NOUS ET LES FUTURES GENERATIONS

Lorsqu’un pays est gouverné pendant des décennies par de mauvaises lois, il en résulte inévitablement des conséquences désastreuses. D’une part, on forme des citoyens qui manquent de compétences et d’initiative. D’autre part, on crée des individus qui, moralement, perdent leurs repères et se retrouvent dans des comportements nuisibles, souvent contraires aux valeurs de bienveillance, de solidarité et d’intégrité.

Pr Jimmy Yab à Info TV

Le problème du Cameroun ne se limite pas à la personne de Paul Biya. Il réside également dans un système entier qui favorise des pratiques et des structures inefficaces, notamment à travers :

1. Les députés du RDPC qui votent des lois inadaptées aux réalités et aux besoins de notre société, renforçant ainsi des normes qui freinent le progrès.

2. Les maires RDPC qui, pour beaucoup, font preuve d’incompétence et d’arrogance, éloignant ainsi l’administration des préoccupations et du bien-être des populations locales.

Ce cadre, qui se perpétue depuis des années, a engendré une partie de notre jeunesse qui manque de repères et de perspectives positives, et qui, parfois, sombre dans des comportements contraires à l’éthique et aux valeurs citoyennes. Pour réformer ce pays, nous devons non seulement transformer les institutions, mais aussi insuffler un nouveau sens des responsabilités et de l’engagement, afin de bâtir une société où les citoyens sont compétents, éthiques et guidés par des valeurs solides.

Cette vidéo met en évidence l’impact des mauvaises pratiques politiques sur la société camerounaise et la nécessité d’un changement en profondeur pour rétablir une gouvernance basée sur des valeurs solides et une administration compétente.

Le Botswana a un nouveau Président de 54 ans: Seule une Coalition Populaire et un Programme d’Amélioration du Niveau de Vie Peuvent Vaincre les Partis Historiques comme le RDPC— Vers un Nouvel Élan pour le Cameroun avec le MLDC

Duma Boko, 54 ans, nouveau Président du Botswana

Dans une cérémonie d’investiture haut en couleur le 8 Novembre 2024 et un tournant politique historique, le Botswana a vu l’élection de Duma Boko, jeune président de 54 ans, qui incarne le changement tant attendu par les citoyens. En s’appuyant sur l’Umbrella for Democratic Change (UDC), une coalition unissant le Botswana National Front et l’Alliance for Progressives, Boko a réussi à renverser le parti au pouvoir après 58 ans de domination. Ce succès est un témoignage de la force d’une coalition qui place le bien-être des citoyens au centre de son programme, avec des promesses concrètes pour relever le niveau de vie de la population.

Lors de son investiture à Gaborone, Boko, acclamé par des milliers de citoyens enthousiastes, a souligné l’importance de l’unité et du changement. « C’est l’un des moments les plus rares de notre histoire — une démonstration de la puissance du peuple lorsqu’il s’unit pour un objectif commun », a-t-il déclaré. Son premier discours a mis en avant les valeurs de respect et de coopération, même envers son prédécesseur, Mokgweetsi Masisi, qui a permis une transition pacifique.

Le MLDC : Une Alternative de Changement pour le Cameroun

Inspiré par l’exemple botswanais, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) se positionne pour les élections de 2025 avec une vision similaire de coalition et de transformation sociale. Conscient que seul un programme populaire et inclusif peut battre le RDPC, parti au pouvoir depuis des décennies, le MLDC propose une coalition large qui réunit les jeunes, les femmes et diverses forces politiques autour d’un objectif commun : améliorer les conditions de vie des Camerounais. Le MLDC est convaincu que seul un mouvement inclusif et solidaire, soutenu par un programme axé sur le bien-être des citoyens, peut apporter l’alternance dont le pays a besoin.

Un Programme pour Élever le Niveau de Vie des Populations

Duma Boko et la coalition UDC ont su capter l’attention des Botswanais avec des engagements concrets : un salaire minimum de 4 000 pulas (302 dollars), des allocations de chômage, des aides pour les personnes âgées, et la création de nouvelles entreprises. Ces mesures répondent directement aux besoins des citoyens, alors que le chômage au Botswana est monté à 27,6 % en 2024. Ce programme pragmatique et orienté vers le développement social a été un facteur clé dans la victoire de l’UDC.

Le MLDC, de son côté, s’engage également à améliorer le niveau de vie des Camerounais, avec des propositions pour lutter contre le chômage, optimiser les services publics, et offrir un accès équitable à l’éducation et à la santé. En mettant l’accent sur une gestion efficace et transparente des fonds publics, le MLDC promet de recentrer les politiques nationales sur les besoins essentiels du peuple, un impératif pour créer un changement durable.

Optimiser les Ressources Nationales pour le Développement

Un autre aspect décisif de la victoire de l’UDC au Botswana est son engagement à renégocier les accords avec De Beers pour maximiser les bénéfices des ressources en diamants, qui constituent 80 % des exportations du pays. En s’inspirant de cette approche, le MLDC au Cameroun propose de réformer la gestion des ressources naturelles telles que le pétrole et le bois, afin d’augmenter les revenus nationaux et de soutenir l’économie locale par la création d’emplois durables.

Un Modèle pour l’Afrique et un Espoir de Transition pour le Cameroun

Le succès de la coalition UDC montre qu’une opposition unie et portée par un programme de progrès social peut triompher même face à un parti historiquement puissant. Cela représente un modèle inspirant pour le Cameroun, où le MLDC se prépare à une campagne historique pour 2025.

En rassemblant les forces populaires et en promouvant un programme qui place le bien-être des Camerounais au premier plan, le MLDC espère encourager la reproduction de ce succès botswanais au Cameroun.

Alliance Cabral Libii et Maurice Kamto, une opportunité historique pour Paul Biya: Vers une transition républicaine et apaisée au Cameroun

Mots Clés: Paul Biya, Cabral Libii, Maurice Kamto, Election 2025, Barack Obama, Joe Biden, Nelson Mandela, Thabo Mbeki, Michael Sata, Angela Merkel, SPD, Winston Churchill, Parti travailliste, Transition républicaine

Depuis des décennies, le Cameroun est marqué par une gouvernance dominée par le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. À l’approche des élections de 2025, l’idée d’une transition démocratique et républicaine devient de plus en plus pressante. Dans ce contexte, une alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto, deux figures influentes de l’opposition camerounaise, pourrait représenter une solution d’équilibre et de renouveau pour le pays, offrant également à Paul Biya une sortie honorable de la scène politique. Une telle coalition entre jeunesse et expérience au Cameroun fait écho à des alliances politiques marquantes à travers le monde, qui ont souvent permis de surmonter des transitions complexes et de renforcer l’unité nationale.

Cabral Libii et Maurice Kamto : l’alliance de la jeunesse et de l’expérience

L’alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto incarne un équilibre unique entre la jeunesse et l’expérience, capable d’unir différentes générations de Camerounais et de bâtir un projet de renouveau dans un cadre républicain. Cabral Libii, jeune leader politique dynamique, représente un espoir pour de nombreux jeunes Camerounais aspirant à un changement de génération. Sa capacité à mobiliser la jeunesse et sa performance lors de la présidentielle de 2018 montrent sa pertinence pour incarner ce renouvellement politique. Cette situation rappelle l’alliance entre Barack Obama et Joe Biden aux États-Unis en 2008, où Obama, figure jeune et charismatique, s’est entouré de Biden pour son expérience, assurant ainsi une vision de changement appuyée par la stabilité institutionnelle.

De son côté, Maurice Kamto est une figure respectée, dotée d’une longue expérience politique et juridique. Ancien ministre délégué auprès du ministre de la Justice et professeur de droit international, il possède une connaissance approfondie des rouages de l’État et des institutions camerounaises. À l’instar de Nelson Mandela et de Thabo Mbeki en Afrique du Sud, où l’expérience de Mandela a aidé Mbeki à prendre la relève de manière stable, Kamto pourrait servir de garant de la continuité et de la légitimité, tout en soutenant les ambitions de Libii pour un Cameroun plus inclusif.

Les avantages pour Paul Biya : une sortie honorable et républicaine

Dans de nombreux pays, des leaders de longue date ont pu quitter le pouvoir de façon honorable en favorisant une alliance avec des figures de l’opposition. En soutenant implicitement une coalition entre Libii et Kamto, Paul Biya pourrait faciliter une transition démocratique tout en sortant de la vie politique avec dignité. Ce type de transition a permis à plusieurs dirigeants de rester dans l’histoire comme des bâtisseurs de paix, plutôt que comme des figures autocratiques.

L’exemple de la transition politique pacifique de Michael Sata en Zambie est pertinent : en coopérant avec ses opposants et en favorisant la réforme, il a aidé à garantir la stabilité de son pays. En adoptant une approche similaire, Paul Biya pourrait inscrire son héritage comme celui d’un chef d’État ayant œuvré pour le bien de son pays, tout en légitimant l’aspiration de la jeunesse et de la société civile camerounaise à une gouvernance démocratique.

Unir les Camerounais autour d’un projet commun

Une alliance Libii-Kamto pourrait transcender les clivages générationnels et ethniques souvent exploités à des fins politiques au Cameroun. En associant jeunesse et expérience, cette union aurait le potentiel de rassembler les Camerounais autour d’un projet de développement inclusif et de réformes institutionnelles. Le dynamisme de Cabral Libii pourrait être associé à la crédibilité de Kamto, offrant ainsi un programme qui répond aux aspirations de la jeunesse tout en respectant les valeurs républicaines et démocratiques. Cette alliance rappelle le partenariat entre Angela Merkel et le SPD en Allemagne, qui a permis de consolider une grande coalition capable de gouverner en temps de crise et de favoriser la stabilité du pays.

Une telle alliance enverrait aussi un message fort aux investisseurs et partenaires internationaux, rassurés par la vision d’un Cameroun capable de se renouveler sans conflit. Cela pourrait renforcer la position du Cameroun en Afrique et à l’international, et favoriser une relance économique bénéfique pour l’ensemble du pays. Un exemple similaire est celui du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque Winston Churchill et le parti travailliste ont formé une coalition pour unir le pays face aux défis énormes de l’époque, permettant de concentrer les efforts sur les priorités nationales.

L’alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto pourrait bien représenter la clé d’une transition politique pacifique et d’un renouveau démocratique pour le Cameroun. Pour Paul Biya, une telle union offrirait une opportunité unique de quitter le pouvoir de manière honorable, en laissant derrière lui un pays uni et en paix. Pour le Cameroun, c’est l’opportunité de renforcer ses institutions et d’ouvrir un nouveau chapitre fondé sur le respect de la diversité des générations et la construction d’un avenir commun. À l’instar des alliances historiques qui ont marqué des périodes de changement à travers le monde, une alliance Libii-Kamto pourrait inaugurer une nouvelle ère d’unité et de progrès au Cameroun.

C’est encore Dimanche ! Dieu entend-il le cri des Africains ? Entre ferveur religieuse et misère persistante

Mots Clés: Pauvreté, Misère, Karl Marx, Frantz Fanon, Jean-François Bayart, Georges Balandier, Desmond Tutu, Banque Mondiale, Développement, Justice sociale, Exploitation, Islam

Chaque dimanche en Afrique, les églises se remplissent de fidèles. Des millions de personnes, parfois sans espoir matériel, se rassemblent pour prier, espérer un miracle ou simplement trouver du réconfort. Pourtant, ce continent, qui se distingue par une ferveur religieuse impressionnante, reste le plus pauvre du monde. Près de la moitié de la population africaine subsaharienne vit encore sous le seuil de pauvreté, avec moins de 1,90 dollar par jour. Les Africains prient, mais ils continuent de souffrir de la misère. Cette situation soulève une question troublante : pourquoi la pauvreté persiste-t-elle malgré cette foi profonde ? Et à qui profite cette multiplication des églises en Afrique ?

1. Les statistiques de la misère : l’Afrique à genoux

L’Afrique est le continent avec le taux de pauvreté le plus élevé au monde. Selon la Banque mondiale, environ 40 % de la population africaine vit sous le seuil de pauvreté, tandis que dans certains pays, comme le Mozambique, la République centrafricaine ou la République démocratique du Congo, ce chiffre dépasse les 60 %. En parallèle, l’Afrique enregistre également des indices alarmants de malnutrition et d’accès limité aux services de base : l’accès à l’eau potable reste un défi pour 400 millions d’Africains, et 600 millions n’ont toujours pas accès à l’électricité. Dans ce contexte, l’épanouissement personnel et le développement économique sont freinés par des obstacles structurels majeurs.

Cependant, alors que les indicateurs économiques et sociaux peinent à s’améliorer, les lieux de culte ne cessent de se multiplier. En Nigeria, par exemple, il existe des mégachurches, pouvant accueillir des dizaines de milliers de fidèles. La religion joue un rôle central dans la vie quotidienne de nombreux Africains, et l’Afrique est devenue un vivier de pratiques chrétiennes, islamiques et syncrétiques, parfois même associées à des cultes traditionnels.

2. La religion comme opium du peuple ?

Pour comprendre la place de la religion dans la vie des Africains, il est utile de revenir aux théories de Karl Marx, qui voyait dans la religion un « opium du peuple ». Pour Marx, la religion permet aux individus opprimés de supporter leur condition en promettant une récompense future, détournant ainsi leur attention des injustices sociales immédiates. En Afrique, la religion est souvent un refuge face aux incertitudes économiques, aux conflits, aux crises politiques, et à une pauvreté endémique. La promesse d’une intervention divine et d’une vie meilleure dans l’au-delà permet de supporter une réalité souvent difficile.

Le philosophe Frantz Fanon a également exploré les dynamiques d’oppression en Afrique. Dans Les Damnés de la Terre, il critique le rôle des institutions qui maintiennent les Africains dans une position de passivité. Il s’interroge sur la manière dont les systèmes de domination exploitent les croyances pour perpétuer un ordre injuste. Fanon nous amène à nous interroger : les régimes africains profitent-ils de l’essor religieux pour maintenir leur emprise sur les populations, en empêchant celles-ci de se mobiliser pour des revendications sociales et politiques concrètes ?

3. À qui profite cette prolifération des églises ?

L’une des questions essentielles est de savoir qui tire profit de l’expansion des églises et des mosquées en Afrique. Certains analystes estiment que les régimes dictatoriaux et corrompus trouvent dans la religion un moyen d’apaiser les foules, en canalisant leur désespoir vers la prière plutôt que vers la révolte. La prolifération des lieux de culte serait donc un instrument pour anesthésier les masses, les privant d’une prise de conscience sociale et politique qui pourrait menacer les régimes en place. Les politiciens eux-mêmes, bien conscients de cette dynamique, n’hésitent pas à fréquenter les églises, à soutenir les chefs religieux et à instrumentaliser les institutions religieuses pour gagner du soutien populaire.

Le sociologue Jean-François Bayart, dans son étude sur le « politique par le bas » en Afrique, montre comment les élites africaines utilisent la religion pour canaliser le mécontentement populaire. En encourageant un système où les individus s’en remettent à la providence divine, les dirigeants maintiennent un ordre social qui leur est favorable. De plus, les institutions religieuses, souvent exemptées d’impôts et bénéficiant de donations, prospèrent tandis que la pauvreté persiste.

4. La foi, moteur de résilience ou obstacle au changement ?

La foi religieuse des Africains est également source de résilience. Elle leur permet de faire face aux épreuves de la vie avec courage et dignité. Mais cette foi, qui les aide à surmonter les difficultés, peut aussi les enfermer dans une forme de résignation. L’anthropologue Georges Balandier, dans son œuvre Afrique ambiguë, décrit l’Afrique comme un continent où cohabitent des aspirations modernes et des traditions ancestrales. Pour lui, cette cohabitation entraîne souvent des contradictions, dont la religion est un parfait exemple : elle symbolise à la fois une espérance pour un avenir meilleur et une dépendance à l’égard d’un pouvoir invisible.

Dans ce cadre, la religion devient un frein à la mobilisation sociale. En promettant une récompense dans l’au-delà ou en valorisant la patience et la soumission aux autorités, les doctrines religieuses peuvent encourager les Africains à accepter leur sort au lieu de le contester. Les structures religieuses, en devenant des acteurs économiques et sociaux puissants, contribuent parfois, malgré elles, à la reproduction de l’ordre établi.

5. Les pistes pour une transformation sociale

Si la religion joue un rôle fondamental en Afrique, il est essentiel que celle-ci se conjugue à des initiatives concrètes pour un changement social et économique. L’ancien archevêque Desmond Tutu, fervent défenseur des droits de l’homme, a montré que la foi peut aussi être un moteur de résistance contre l’injustice. À travers son engagement en faveur de la justice sociale, il a montré qu’il est possible de concilier croyance religieuse et lutte politique.

Les institutions religieuses pourraient avoir un rôle positif en sensibilisant les fidèles aux questions sociales et en soutenant des projets d’éducation et de développement. Plutôt que de promettre des miracles, elles pourraient mettre l’accent sur l’importance de l’autonomisation des individus, de l’éducation, et de la solidarité. En se posant comme des vecteurs de progrès social, elles aideraient les Africains à trouver en eux-mêmes et dans leur communauté les ressources pour améliorer leurs conditions de vie.

Alors, Dieu entend-il le cri des Africains ? Peut-être que la question est moins de savoir si Dieu écoute, que de savoir si les Africains prennent eux-mêmes en main leur destin. La religion peut être une force de transformation si elle ne sert pas à perpétuer une résignation passive, mais encourage à agir pour le bien commun. À la foi en une aide divine devrait s’ajouter une foi en l’action humaine, guidée par la justice, l’entraide, et la solidarité. Ainsi, le miracle pourrait ne plus être attendu passivement, mais construit jour après jour.

S. Em. Mgr Mbarga, prière de rappeler à ton homonyme, le ministre Mbarga, que les ROIS CHOISIS PAR DIEU ont régné dans la prospérité pour le bien du peuple et ont su céder leur place

Mots Clés: Bible, David, Salomon, Josias, Ezechiel, Choniques, Rois, Ancien Testament, Chrétiens, Catholiques

Le ministre du Commerce du Cameroun a récemment déclaré que « ne pas soutenir Paul Biya, c’est défier Dieu qui l’a choisi ». En utilisant la Bible comme référence pour justifier le règne prolongé d’un dirigeant, il oublie un point fondamental : les rois choisis par Dieu dans les Écritures ont régné non pour leur propre pouvoir, mais pour assurer prospérité, paix et justice à leurs peuples. Ils ont travaillé pour le bien-être matériel et spirituel de leur nation, et, quand le moment était venu, ils ont cédé leur place pour que la prospérité se perpétue.

Contrairement à ces exemples bibliques de rois bénis et justes, le Cameroun vit aujourd’hui une réalité bien différente sous le régime de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Il est crucial de se demander : le règne de Biya reflète-t-il cette mission divine de prospérité et de justice, ou plonge-t-il au contraire la jeunesse camerounaise dans la misère et le désespoir ? Regardons ensemble ce que la Bible nous enseigne sur la gouvernance divine et confrontons cela à la réalité que vit la jeunesse camerounaise aujourd’hui. Dans les besoins de clarté dans la recherche, j’ai assumé que le Dieu dont parle le Ministre du commerce est le Dieu Chrétien, car Paul Biya est chrétien catholique.

La prospérité économique des rois choisis par Dieu : Exemples bibliques

Dans les Écritures, plusieurs rois choisis par Dieu ont conduit leur peuple à des époques de prospérité exceptionnelle. Leur règne est marqué par une économie florissante, la sécurité et le bien-être de leurs sujets.

David : Un règne béni de paix et de prospérité

Le roi David, choisi par Dieu, est un exemple de dirigeant ayant mis la sécurité et la prospérité de son peuple au premier plan. En sécurisant les frontières d’Israël par des conquêtes judicieuses, il a permis à la nation d’atteindre une stabilité sans précédent. Son règne est décrit comme une période de richesse et de gloire.

Dans 1 Chroniques 29:28, il est dit de lui : « Il mourut dans une heureuse vieillesse, rassasié de jours, de richesses et de gloire » (Louis Segond). Cette prospérité n’était pas que personnelle ; elle s’étendait à tout Israël, car David gouvernait pour le bien de ses sujets. Son règne offrait une stabilité sociale qui permettait à chaque famille de vivre en paix, de cultiver ses terres et d’élever ses enfants dans un environnement prospère.

Salomon : La sagesse et l’abondance pour le bien du peuple

Le règne de Salomon, fils de David, est sans doute l’apogée de la prospérité d’Israël. Connu pour sa sagesse divine, Salomon a instauré un âge d’or pour son peuple. Dès le début de son règne, il demanda à Dieu non pas des richesses, mais la sagesse nécessaire pour gouverner son peuple avec justice. En retour, Dieu le bénit abondamment, lui accordant sagesse, richesse et renommée.

1 Rois 10:23-24 décrit l’opulence de son règne : « Le roi Salomon fut plus grand que tous les rois de la terre par les richesses et par la sagesse. Et tout le monde cherchait à voir Salomon, pour entendre la sagesse que Dieu avait mise dans son cœur. » Grâce à son intelligence et à ses alliances commerciales, il multiplia les ressources de son royaume, construisit le Temple de Jérusalem et favorisa le commerce avec des nations lointaines.

1 Rois 4:25 témoigne de la paix sous son règne : « Juda et Israël, depuis Dan jusqu’à Beer-Schéba, habitèrent en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier, tout le temps de Salomon. » Cette image d’abondance et de sécurité est éloquente : sous Salomon, chaque citoyen pouvait bénéficier des fruits de son travail, sans craindre les guerres ou l’oppression. Salomon incarne un roi qui, par sa sagesse, assure le bonheur de ses sujets, une prospérité dans laquelle chaque génération a sa part.

Josias : Un règne de justice et de réforme

Le roi Josias est un autre exemple de roi fidèle et réformateur, qui a restauré le respect des lois divines et apporté la prospérité spirituelle et matérielle à son peuple. Josias entreprit une réforme religieuse majeure en détruisant les idoles et en redirigeant son peuple vers Dieu, assurant ainsi une cohésion et une prospérité nationale.

2 Chroniques 34:33 rapporte : « Josias fit disparaître toutes les abominations de tous les pays qui appartenaient aux enfants d’Israël, et il obligea tous ceux qui se trouvaient en Israël à servir l’Éternel, leur Dieu. Pendant toute sa vie, ils ne se détournèrent point de l’Éternel, le Dieu de leurs pères. » Par son dévouement envers Dieu et la justice, Josias renforça le sentiment de communauté et la prospérité matérielle d’Israël, une condition indispensable à la paix et au bien-être de son peuple.

Ezéchias : Sécurité et développement pour le peuple

Le roi Ezéchias est également reconnu pour avoir mis en place des réformes qui ont garanti la sécurité et l’abondance pour Israël. Il renforça les infrastructures, notamment en construisant un aqueduc pour assurer un approvisionnement en eau stable à Jérusalem, prouvant qu’il mettait les besoins de son peuple au premier plan.

2 Chroniques 32:27-29 témoigne de sa réussite : « Ezéchias eut beaucoup de richesses et de gloire. Il se fit des trésors d’argent, d’or, de pierres précieuses, d’aromates, de boucliers, et de tous les objets précieux ; des magasins pour les récoltes de blé, de moût et d’huile, des crèches pour toutes sortes de bêtes, et des troupeaux pour les étables. » Grâce à sa gestion habile, Ezéchias garantit une prospérité durable qui permit à son peuple de prospérer même en temps de difficultés.

La jeunesse camerounaise sacrifiée

Quand on compare ces exemples bibliques aux réalités actuelles du Cameroun, la différence est frappante. Sous Paul Biya, qui est au pouvoir depuis plus de quatre décennies, le Cameroun ne connaît ni la prospérité, ni la paix promises par les exemples de la Bible. Au contraire, la jeunesse camerounaise endure le chômage, la pauvreté, et le manque d’opportunités. Alors que les rois bibliques laissaient un héritage de sécurité et de bien-être pour les générations futures, les jeunes Camerounais se sentent sacrifiés, réduits à l’exil économique et à la survie dans leur propre pays.

La crise anglophone, le manque d’emplois, l’instabilité économique, et la mauvaise gouvernance montrent que ce régime n’a pas su reproduire la justice et la prospérité qu’un roi choisi par Dieu doit apporter à son peuple. La jeunesse camerounaise est témoin de cette situation et crie sa détresse, elle qui voit les années passer sans perspective d’amélioration.

Conclusion : le vrai leadership selon la Bible

La Bible nous enseigne que les rois choisis par Dieu gouvernaient pour le bien de leurs peuples, en assurant leur prospérité matérielle et spirituelle. Ils n’hésitaient pas à céder leur place quand leur mission était accomplie, permettant à de nouveaux dirigeants d’apporter renouveau et espoir. Comparer ces exemples sacrés au Cameroun actuel révèle une gouvernance bien éloignée des valeurs de justice et d’amour du prochain.

S. Em. Mgr Mbarga, vous qui êtes homme d’Église, rappelez à votre homonyme, le ministre du Commerce, que s’appuyer sur la Bible pour défendre un règne sans prospérité et sans justice est une déformation des enseignements sacrés. Dieu choisit des rois pour le bien de leur peuple, et non pour le pouvoir personnel.

La Faillite d’une Affirmation MENSONGÈRE, MANIPULATRICE, INJUSTE, ÉGOÏSTE, IRRESPONSABLE, DANGEREUSE ET HONTEUSE à l’encontre de la nouvelle génération : « Ne pas soutenir Paul BIYA, c’est défier Dieu qui l’a choisi »

Nouvelle génération de leadership politique camerounais

Le 6 novembre dernier, date commémorative de l’accession au pouvoir du président camerounais Paul Biya en 1982, le ministre du Commerce a déclaré que ne pas soutenir Biya équivaudrait à « défier Dieu qui l’a choisi. » Cette affirmation, bien que provocante, soulève de sérieuses questions sur la démocratie, la responsabilité politique et les aspirations de la nouvelle génération. L’idée que s’opposer à un dirigeant est contraire à la volonté divine est non seulement contestable, mais aussi dangereuse pour l’avenir d’une nation. Cet article démontre pourquoi une telle déclaration est à la fois injuste et irresponsable, et comment elle prive la jeunesse camerounaise de son droit de participer activement à l’avenir de son pays.

Une déclaration injuste pour la nouvelle génération

L’affirmation du ministre du Commerce s’inscrit dans une vision figée de la gouvernance, où la continuité au pouvoir est vue comme un devoir sacré, indépendamment de l’aspiration des jeunes générations à participer aux décisions politiques. La jeunesse camerounaise, comme toute génération montante, souhaite s’investir pour construire son avenir, apporter des solutions aux défis actuels, et participer au développement de son pays. Restreindre cet élan sous prétexte d’une « volonté divine » fige le destin du Cameroun et étouffe le potentiel d’innovation et de progrès dont la nouvelle génération est porteuse.

Chaque génération a le droit de gouverner. L’histoire montre que des sociétés prospères et durables reposent sur une transmission du pouvoir aux nouvelles générations, porteuses de nouvelles idées et mieux adaptées aux enjeux actuels. Imposer un dirigeant de façon perpétuelle, au nom d’une légitimité divine ou supposée, va à l’encontre des principes fondamentaux de la démocratie et empêche l’émergence de nouveaux leaders.

Une affirmation égoïste et irresponsable

L’idée que Paul Biya est un dirigeant « choisi par Dieu » relève d’une vision politique égoïste qui évite de considérer la volonté des citoyens. Une telle déclaration sert avant tout les intérêts de ceux qui bénéficient du système actuel et cherchent à maintenir le statu quo. Cette position dénote une volonté d’exclure toute alternative politique, de décourager le débat et d’éloigner la jeunesse des instances de décision. Elle crée un fossé profond entre les dirigeants et la population, qui voit ses aspirations négligées.

Le Cameroun est actuellement confronté à des crises profondes, notamment la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO), qui a divisé le pays et généré des souffrances incommensurables. Depuis des années, le gouvernement est dans l’incapacité de résoudre ce conflit qui mine la cohésion nationale et la paix sociale. En ancrant l’idée que Biya est le seul et unique dirigeant légitime, cette affirmation détourne l’attention des problèmes réels et des inégalités qui persistent dans le pays.

Une déclaration dangereuse pour la stabilité du Cameroun

Lier le pouvoir politique à une notion divine limite les possibilités de changement pacifique et peut inciter à la violence en cas de crise. En suggérant que toute opposition est illégitime, voire sacrilège, on crée un environnement de défiance et de radicalisation. Au lieu de promouvoir un climat d’échange et de consensus, cette idée creuse encore davantage le fossé entre les gouvernants et les gouvernés, et rend la transition politique de plus en plus incertaine.

Au lieu de préserver la paix et la stabilité, cette rhétorique augmente les tensions. La jeunesse camerounaise se sent exclue des processus de décision, ce qui peut exacerber les frustrations et fragiliser la cohésion nationale. Un Cameroun fort est un Cameroun qui valorise les contributions de chaque génération et qui permet à la jeunesse de s’impliquer activement dans la construction de l’avenir.

Conclusion : une honte pour le ministre du Commerce

Le ministre du Commerce devrait se soucier davantage de l’avenir du Cameroun que de ses intérêts personnels. Pousser un homme de 92 ans à tenir les rênes d’une nation qu’il peine à maîtriser est non seulement injuste pour Paul Biya lui-même, mais aussi pour toute la société. Le pays est en attente d’un renouveau, d’une vision portée par des dirigeants en phase avec les réalités contemporaines et les aspirations de la jeunesse.

Il est temps de promouvoir une alternance politique saine et d’encourager des leaders qui répondent aux besoins réels du pays. La jeunesse camerounaise a le droit de rêver d’un avenir meilleur et de s’engager pour y parvenir. Le devoir de chaque dirigeant, au lieu de maintenir un pouvoir personnel sous le couvert d’une légitimité divine, est de préparer le terrain pour une nouvelle génération capable d’assurer la pérennité et la prospérité de la nation.

Donald Trump et les Afro-Américains : Une Relation Controversée

À quoi nous en tenir avec Donald Trump

L’élection de Donald Trump, désormais 47e président des États-Unis, suscite une réflexion intense sur sa relation avec les Afro-Américains et les Africains. L’ancien président, au cours de son premier mandat, n’a pas hésité à exprimer des opinions parfois polarisantes sur les communautés noires, tant aux États-Unis qu’à l’international. Entre commentaires controversés, accusations de racisme et défense par ses partisans, Trump a souvent été au cœur de débats sur le racisme et la discrimination.

Cette transparence brutale dans ses paroles permet, selon certains, de savoir à quoi s’en tenir. Voici un retour sur certaines de ses déclarations les plus célèbres concernant les Noirs et ce qu’elles impliquent pour l’avenir.

Les “Pays de Merde” : Une Vision Brute de l’Afrique

L’un des commentaires les plus marquants de Donald Trump concernant l’Afrique fut sa fameuse déclaration en 2018. Lors d’une réunion à la Maison-Blanche sur l’immigration, il aurait qualifié des nations africaines, ainsi qu’Haïti, de “pays de merde”. Cette phrase a provoqué une onde de choc, tant aux États-Unis qu’à l’international. Ce commentaire a été largement perçu comme une expression de mépris envers les pays africains et leurs habitants, renforçant l’idée que Trump voyait l’Afrique comme un continent sans valeur aux yeux des États-Unis.

Bien que Trump ait nié avoir utilisé ces mots, plusieurs sources présentes lors de la réunion ont confirmé la véracité de cette déclaration. Ce commentaire laisse entrevoir une vision simpliste et péjorative de l’Afrique, en dépit de sa richesse culturelle, de son potentiel économique et de son importance géopolitique croissante.

Le président américain Donald Trump et la première dame Melania Trump, l’ancien président américain Barack Obama et la première dame Michelle Obama assistent aux funérailles nationales de l’ancien président américain George H.W. Bush à la cathédrale nationale de Washington à Washington, DC, le 5 décembre 2018

Les Accusations de Racisme Aux États-Unis

La relation de Trump avec les Afro-Américains a également été teintée de controverses. Avant même de devenir président, il avait été accusé de discrimination raciale. Dans les années 1970, lui et son père avaient été poursuivis par le département de la Justice pour avoir discriminé les locataires noirs dans leurs propriétés. Bien que l’affaire ait été réglée sans reconnaissance de culpabilité, elle a laissé une empreinte dans l’imaginaire collectif américain.

Durant son mandat, Trump a souvent utilisé des propos qui ont été interprétés comme racistes. Il a été critiqué pour sa réaction aux manifestations de Charlottesville en 2017, où il avait déclaré qu’il y avait “des gens bien de chaque côté” en faisant référence aux nationalistes blancs et aux manifestants anti-racistes. Beaucoup y ont vu un manque de condamnation claire du racisme et des suprémacistes blancs.

Les Afro-Américains et la Réaction de Trump aux Violences Policières

Lors des manifestations de 2020 après la mort de George Floyd, Trump a souvent utilisé un langage perçu comme hostile envers les manifestants, qualifiant ceux-ci de “fauteurs de troubles” et menaçant de répondre par la force. Son commentaire célèbre “When the looting starts, the shooting starts” (Quand le pillage commence, les tirs commencent) a été largement condamné et interprété comme une incitation à la violence contre les manifestants, dont beaucoup étaient noirs.

Plutôt que de s’adresser aux causes profondes du mouvement Black Lives Matter, Trump a souvent préféré un discours de loi et d’ordre, se positionnant en défenseur de la police, malgré les demandes de réformes pour mettre fin aux violences policières contre les Afro-Américains.

“Qu’avez-vous à perdre ?”

Pendant sa campagne présidentielle de 2016, Donald Trump a tenté d’attirer les électeurs noirs avec la célèbre question : “Qu’avez-vous à perdre ?” Ce commentaire, bien que destiné à montrer que le Parti républicain pourrait offrir une alternative aux électeurs noirs, a été perçu par certains comme paternaliste et condescendant. En posant cette question, il semblait minimiser les complexités des inégalités raciales et économiques auxquelles la communauté afro-américaine est confrontée.

Une Relation Translucide

En fin de compte, Donald Trump, par ses déclarations directes et parfois choquantes, offre une transparence unique qui permet de savoir où il se positionne sur certaines questions raciales. Contrairement à d’autres politiciens qui pourraient masquer leur position réelle, Trump expose, sans détour, ses sentiments et ses opinions.

Pour certains, cela peut sembler rassurant dans le sens où il est possible de prévoir comment il pourrait aborder certaines questions relatives aux relations raciales. Cependant, pour d’autres, cela soulève des préoccupations importantes sur la manière dont son administration pourrait affecter les droits civiques et les politiques d’égalité, tant pour les Afro-Américains que pour les Africains.

Que Peut-On Attendre de Ce Second Mandat ?

Avec un retour à la Maison-Blanche, Trump pourrait renforcer son approche de “l’Amérique d’abord” (America First), un credo qui s’est souvent traduit par une politique peu centrée sur les préoccupations des minorités et des nations en développement. Sur le continent africain, certains s’attendent à un renforcement de la compétition avec la Chine, mais également à une réduction des aides, remplacées par une approche strictement transactionnelle.

Pour les communautés noires aux États-Unis, il est probable que son discours de “loi et ordre” pourrait encore une fois prendre le pas sur les demandes de réformes sociales et policières. Son retour à la présidence pose ainsi la question de savoir si ces prochaines années marqueront un recul ou une continuation du statu quo en matière de relations raciales.

Conclusion : “Nous savons à quoi nous en tenir”

Les propos de Trump, qu’ils soient interprétés comme des expressions racistes ou non, mettent en lumière une transparence parfois brutale dans sa vision des Noirs et des Africains. Pour certains, cette franchise est préférée à l’hypocrisie ou aux non-dits ; pour d’autres, elle est perçue comme un signal d’alarme pour les droits civiques. En tout cas, ses déclarations passées laissent présager une politique intérieure et étrangère dont les implications pour les communautés noires devront être observées de près.

Quoi qu’il en soit, comme le dit l’adage : “au moins, nous savons à quoi nous en tenir”.

Présentation-débat du livre « Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Projet de politique de développement à partir du maillage des communautés locales »

Présentation-débat du livre: «  Construction d’un État Développementaliste Communautaire: Le Cameroun »
Vincent Nkong-Njock & Jimmy Yab

Présentation-débat du livre « Construction d’un État Développementaliste Communautaire

Chers amis,

J’ai le plaisir de vous annoncer la tenue prochaine de la présentation-débat de notre nouveau livre, intitulé : « Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Projet de politique de développement à partir du maillage des communautés locales ». Cet ouvrage propose une vision audacieuse pour le développement du Cameroun et de l’Afrique subsaharienne, basée sur une mobilisation et une structuration des communautés locales pour bâtir un modèle de développement durable et inclusif.

Deux rencontres sont prévues à cet effet :

Yaoundé : le 13 novembre, au Palais des Congrès, à 16h

Douala : le 15 novembre, à C’ Kans, Bali (face Serena Hotel), à 16h

Cet événement est libre et ouvert à toute personne animée d’un esprit critique et désireuse de mieux comprendre les enjeux et les défis de ce modèle de développement pour l’Afrique subsaharienne. Cependant, en raison du nombre limité de places, nous vous prions de bien vouloir vous inscrire à l’avance pour garantir votre participation.

Pour vous inscrire, rendez-vous dans la section « Laisser un commentaire » en bas de cette page et indiquez vos nom, adresse e-mail et numéro de téléphone.

Je vous remercie par avance pour votre présence et votre soutien, et j’espère que vous serez nombreux à venir échanger, débattre et enrichir cette réflexion collective sur l’avenir de notre pays et de notre continent.

Merci à tous !

Vincent Nkong-Njock & Jimmy Yab

Qu’est ce que l’État Développementaliste Communautaire (EDC) de Jimmy Yab et Vincent Nkong-Njock?

L’État Développementaliste Communautaire (E.D.C.) décrit par JIMMY YAB et Vincent Nkong-Njock, est un modèle de gouvernance innovant qui fusionne les stratégies industrielles et économiques planifiées des États d’Asie de l’Est avec la structure communautariste des Sociétés Africaines Subsahariennes.

Principes normatifs

L’EDC s’inspire des principes normatifs de deux theories importantes :

  1. l’État développementaliste d’Asie de l’Est, qui guide activement le marché capitaliste pour promouvoir le développement des populations, et
  2. l’État communautariste de l’Afrique au Sud du Sahara, où l’importance de l’individu est mesurée par sa contribution au développement de la communauté.

Elements fondamentaux

L’EDC repose sur trois éléments fondamentaux :

  1. Le nationalisme économique comme moteur du développement : Cette approche met l’accent sur la promotion des industries locales, la protection des marchés intérieurs et l’encouragement des investissements nationaux pour stimuler la croissance économique.
  2. Le régime communautaire, où les priorités politiques sont définies en fonction des besoins locaux : En reconnaissant la diversité des communautés, ce modèle s’efforce de créer des politiques qui répondent directement aux besoins spécifiques de chaque localité, assurant ainsi une gouvernance plus réactive et plus pertinente.
  3. La mise en œuvre de politiques industrielles stratégiques par une administration techniquement compétente : Cela implique la formation et le déploiement de technocrates capables de planifier et d’exécuter des projets de développement industriel de manière efficace et efficiente.

Objectif 

L’objectif principal de ce modèle est de favoriser un développement économique inclusif en décentralisant le pouvoir et en renforçant les structures communautaires locales. Cela garantit une participation équitable et une juste répartition des bénéfices du développement. Tout en s’inspirant des réussites des pays d’Asie de l’Est et en intégrant les pratiques sociales et les dynamiques communautaires africaines, ce modèle offre une approche holistique adaptée au contexte africain pour le développement.

Un modèle adapté aux réalités camerounaises 

Le Cameroun, souvent désigné comme « l’Afrique en miniature » pour sa diversité ethnique, linguistique et culturelle, fait face à de nombreux défis de développement. Le modèle montre comment  l’État développementaliste communautaire (EDC) pourrait être mis en œuvre de manière pratique pour résoudre les crises structurelles qui entravent son progrès. 

Le modèle propose une refonte en profondeur des structures politiques et économiques du Cameroun, notamment par une réorganisation fédérale en quatre grandes régions et une décentralisation des pouvoirs. Cette approche permet de mieux répondre aux besoins locaux tout en renforçant l’unité nationale. 

Une collaboration interdisciplinaire pour une analyse complète 

L’un des points forts de ce modèle réside dans la complémentarité de ses auteurs. L’un est professeur de Sciences Politiques et Relations Internationales, et l’autre est Expert en Ingénierie et Systèmes énergétiques y compris l’énergie atomique. Ensemble, ils proposent une analyse à la fois théorique et pragmatique, en croisant des disciplines variées pour offrir des solutions concrètes aux problèmes de gouvernance et de développement en Afrique subsaharienne.  

L’État Développementaliste Communautaire (EDC), étant conçu spécifiquement à partir des spécificités de l’Afrique subsaharienne, le modèle est adaptable à chaque pays de cette région. Ainsi, dans le livre Construction d’un État Développementaliste Communautaire: Le Cameroun,  le concept d’EDC est appliqué au cas du Cameroun. Cela permet de montrer comment ce modèle peut être mis en œuvre de manière pratique pour répondre aux défis uniques de développement que rencontre le Cameroun, tout en tirant parti de ses atouts culturels et communautaires pour stimuler une croissance économique durable et inclusive.

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Etat Développementaliste Communautaire (EDC): Compétitivité et Protectionisme

Je vous partage ici le COMMENTAIRE d’un lecteur et ma RÉPONSE sur notre modèle de développement c’est- a-dire: l’Etat Développementaliste Communautaire( EDC) et le PROTECTIONISME.

COMMENTAIRE:

Bonjour Pr. Dans quelle mesure la construction d’un État Développementariste Communautaire et donc fondamentalement protectionniste, pourrait s’accommoder aux dynamiques d’intégration régionale et être compétitif dans un contexte de libre circulation (marché commun) et autres défis liés aux APE?

J’ai l’impression de ne pas bien saisir, je saurais gré d’un échange instructif à ce sujet.

MA RÉPONSE:

Bonjour,

je t’invite à la première dédicace qui aura lieu le 13 Novembre au Palais des congrès de Yaoundé Nous aurons largement le temps d’en parler et tu auras la possibilité d’avoir l’ouvrage.

Ceci étant dit, voici quelques éléments de réponses à tes interrogations.

Ta question soulève un point crucial sur les défis auxquels pourrait faire face un État Développementaliste Communautaire (EDC) dans le cadre de l’intégration régionale et des accords de libre-échange, tels que les Accords de Partenariat Économique (APE).

  1. Protectionnisme et Intégration Régionale

L’approche de l’EDC se base sur le protectionnisme pour soutenir l’économie locale en protégeant les industries nationales et en favorisant les investissements domestiques. Cependant, il est possible de combiner cette stratégie avec les dynamiques d’intégration régionale en adaptant les mesures protectionnistes. Par exemple, l’État peut définir des secteurs stratégiques où le protectionnisme est justifié à des fins de développement industriel, tout en autorisant une ouverture progressive sur les autres marchés africains pour des produits compétitifs. Cela permettrait d’assurer la compétitivité des industries locales tout en respectant les engagements d’intégration régionale.

  1. Compétitivité dans un Marché Commun

L’EDC pourrait s’engager dans une stratégie de compétitivité régionale par étapes. Au lieu d’ouvrir immédiatement l’ensemble de ses secteurs, l’État pourrait identifier les industries qui sont prêtes pour la compétition régionale et investir dans celles-ci pour améliorer leur productivité et leurs normes de qualité. L’objectif serait de transformer progressivement les industries nationales protégées en industries compétitives au niveau régional, créant ainsi un équilibre entre protection intérieure et expansion dans le marché commun.

  1. Défis des APE et Adaptation de l’EDC

Les APE avec l’Union Européenne posent un défi particulier puisqu’ils imposent des baisses tarifaires sur les produits européens. Pour un EDC, il serait pertinent de négocier des exceptions sectorielles et des périodes de transition prolongées pour les industries naissantes. Parallèlement, l’État pourrait tirer parti des APE pour stimuler les investissements dans des industries locales orientées vers l’exportation, bénéficiant de l’accès privilégié aux marchés européens, tout en soutenant la montée en puissance de celles-ci par des politiques de subventions et d’incitations.

  1. Une Vision de Long Terme

En somme, l’approche développementaliste communautaire n’est pas nécessairement incompatible avec la libre circulation et les APE. L’essentiel est de construire un équilibre qui permet de préserver les intérêts nationaux et de développer progressivement une compétitivité régionale. L’État peut jouer un rôle actif en orientant les ressources vers les secteurs porteurs, en investissant dans le renforcement des capacités et en adoptant des politiques commerciales intelligentes pour naviguer entre protectionnisme et ouverture.

Cette démarche permettrait ainsi de bâtir une économie résiliente, capable de s’intégrer progressivement dans les marchés régionaux et mondiaux, sans sacrifier le développement national. J’espère que cela clarifie les liens entre le modèle de l’EDC et les enjeux d’intégration régionale. N’hésite pas à échanger davantage si tu as des questions.
PR JIMMY YAB