LA DECLARATION DU SG ADJOINT DU RDPC A PROPOS DE LA VIOLENCE ENVERS LES ÉVÊQUES RAPPELLE LES ASSASSINATS DES MGR YVES PLUMEY, JEAN-MARIE BENOÎT BALLA et de l’ABBE JOSEPH MBASSI: Quand la Parole des Évêques Dévoile les Ombres du Pouvoir — Entre Métaphore Spirituelle et Menace Réelle. LE MLDC APPELLE À LA VIGILANCE CITOYENNE

Introduction : La voix des Évêques face au silence des injustices

Dans l’histoire des sociétés en crise, les institutions religieuses ont souvent joué un rôle déterminant en s’érigeant en contre-pouvoir moral. Au Cameroun, cette dynamique est particulièrement sensible. Alors que le pays se prépare à une élection présidentielle décisive en 2025, les récentes prises de position publiques de certaines figures ecclésiastiques marquent un tournant. En évoquant métaphoriquement la « prise de pouvoir par le diable », Mgr Yaouda Hourgo a dénoncé, avec force, une situation jugée insoutenable. Cette déclaration, bien que symbolique, a suscité une réponse ambiguë du Secrétaire Général adjoint du RDPC, membre du Comté Central, qui, sous une apparente invitation au calme, a ravivé des souvenirs douloureux d’assassinats non élucidés de membres du clergé.

Comme le souligne Stephen Ellis dans Worlds of Power: Religious Thought and Political Practice in Africa (2004), les institutions religieuses en Afrique subsaharienne ne sont pas seulement des acteurs spirituels : elles jouent également un rôle social et politique crucial, surtout dans des contextes où les régimes en place peinent à répondre aux attentes populaires. Cette introduction pose les bases d’un débat fondamental : la critique religieuse peut-elle encore s’exprimer sans craindre des représailles dans un État en quête de légitimité démocratique ?

1. Mgr Yaouda Hourgo : une métaphore forte, une douleur partagée

Mgr Yaouda Hourgo

La déclaration de Mgr Yaouda Hourgo — « Même le diable qu’il prenne d’abord le pouvoir au Cameroun » — traduit une exaspération légitime face à des décennies de stagnation politique, de corruption systémique et de souffrance populaire. Dans le contexte théologique, le diable symbolise le mal absolu, mais il peut également représenter l’oppression, la mauvaise gouvernance et l’injustice sociale. Cette métaphore, utilisée pour frapper les esprits, relève d’une tradition rhétorique ancienne où les figures spirituelles emploient des images fortes pour interpeller les consciences.

Des figures telles que Desmond Tutu en Afrique du Sud ou Laurent Monsengwo en RDC ont régulièrement employé des métaphores similaires pour dénoncer les régimes autoritaires de leur époque. En Afrique du Sud, l’archevêque Tutu qualifiait le régime de l’apartheid de « démon maléfique », une manière puissante de souligner la gravité de l’oppression sans inciter à la violence. De même, au Cameroun, la déclaration de Mgr Hourgo ne constitue pas un appel à l’insurrection mais une invitation à une prise de conscience collective.

En littérature politique, Jean-François Bayart, dans L’État en Afrique : la politique du ventre (1989), explique que les élites africaines, par leur gestion patrimoniale de l’État, créent une frustration sociale profonde, ce qui alimente les critiques des institutions religieuses. Mgr Hourgo ne fait que traduire cette réalité dans un langage accessible au peuple, en jouant sur une symbolique connue de tous.

2. La réponse ambiguë du SG adjoint du RDPC : une menace voilée et dangereuse

SG Adjoint du RDPC, Grégoire Owona

La déclaration du secrétaire général adjoint du RDPC semble, en surface, prôner l’apaisement : « Ne soyons pas violents envers les évêques même quand ils font l’apologie du diable car le Président Biya est contre la violence sous toutes ses formes ». Cependant, une analyse plus poussée révèle une ambiguïté lourde de sens. En évoquant la violence dans un contexte où elle n’a jamais été suggérée par l’évêque, il fait planer une menace implicite, rappelant de sombres épisodes de l’histoire camerounaise.

Le Cameroun a en effet connu plusieurs assassinats de figures ecclésiastiques critiques du pouvoir, restés à ce jour non élucidés :

L’abbé Joseph Mbassi, journaliste et prêtre catholique, fut retrouvé mort en 1988 après avoir dénoncé des réseaux de corruption liés à des élites politiques.

L’abbé Joseph MBASSI

Mgr Yves Plumey, archevêque émérite de Garoua, fut assassiné en 1991, un crime dont les circonstances demeurent floues.

Mgr Yves PLUMEY

Mgr Jean-Marie Benoît Balla, archevêque de Bafia, fut retrouvé mort dans le fleuve Sanaga en 2017, dans ce qui a été officiellement qualifié de suicide, mais qui reste largement contesté par la communauté religieuse et civile.

Mgr Jean-Marie Benoît Balla

Ces assassinats, qui n’ont jamais été élucidés, entretiennent un climat de peur et de méfiance entre le pouvoir et l’Église. Comme le décrit Achille Mbembe dans Critique de la raison nègre (2013), les régimes autoritaires utilisent souvent la violence symbolique et réelle pour maintenir leur emprise sur les populations et dissuader toute forme de contestation. La déclaration du SG adjoint du RDPC, en ravivant le spectre de ces assassinats, s’inscrit dans cette logique de dissuasion subtile.

3. L’Église : une conscience morale dans une nation en crise

L’histoire politique du Cameroun ne peut être écrite sans mentionner le rôle central de l’Église comme contre-pouvoir. Depuis les années post-indépendance, l’Église catholique s’est régulièrement opposée aux dérives autoritaires des différents régimes, devenant ainsi une voix morale respectée. Comme le rappelle Adrian Hastings dans The Church in Africa: 1450-1950 (1994), l’Église, par sa structure et son influence, a souvent été la seule institution capable de mobiliser les masses et de défendre les droits fondamentaux dans des contextes d’injustice généralisée.

Le cas du Cameroun n’est pas isolé. En République démocratique du Congo, l’Église catholique a joué un rôle clé dans la dénonciation du régime de Mobutu et, plus récemment, dans la pression exercée pour des élections transparentes. En Afrique de l’Ouest, le rôle de l’Église dans les transitions démocratiques, notamment au Sénégal et au Bénin, a été largement documenté. Ce rôle de veilleur moral expose inévitablement les figures religieuses à des représailles, comme l’illustre tragiquement l’histoire récente du Cameroun.

4. LE MLDC APPELLE À LA VIGILANCE CITOYENNE : ne laissons pas l’intimidation triompher

Face à ce contexte tendu, il devient crucial que la société civile camerounaise s’organise et se mobilise pour protéger les libertés fondamentales. L’élection présidentielle de 2025 représente un tournant décisif dans l’histoire politique du pays. Si les voix critiques, y compris celles issues du clergé, sont muselées, le processus électoral perdra toute crédibilité.

L’appel du SG adjoint du RDPC à « débattre sans se battre » ne doit pas devenir un slogan creux masquant une répression larvée. Comme l’écrivait John Locke dans Two Treatises of Government (1690), « la liberté d’expression est la pierre angulaire de toute société libre ». Si cette liberté est menacée, c’est l’avenir même du Cameroun qui est en péril.

Le peuple camerounais ne doit pas céder à la peur. Il doit se lever, pacifiquement mais fermement, pour défendre ses droits et exiger des élections transparentes et inclusives. L’histoire récente montre que les régimes autoritaires finissent par s’effondrer face à une mobilisation populaire déterminée et organisée.

Conclusion : Pour un Cameroun debout, libre et juste

La confrontation entre l’Église et l’État, à travers les déclarations de Mgr Yaouda Hourgo et du SG adjoint du RDPC, illustre les tensions profondes qui agitent le Cameroun à l’aube des élections de 2025. Ce débat, au-delà des mots, pose une question cruciale : le Cameroun est-il prêt à garantir un processus électoral véritablement démocratique ?

Les Camerounais, qu’ils soient croyants ou non, doivent se souvenir que l’histoire appartient à ceux qui osent se battre pour la vérité et la justice. La parole est un pouvoir. Ne la laissons pas être muselée. Pour un Cameroun libre, debout et juste, il est temps d’agir.

Bibliographie

1. Bayart, Jean-François. L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard, 1989.

Cet ouvrage essentiel explore les dynamiques politiques en Afrique subsaharienne et les relations entre l’État et les institutions religieuses.

2. Laburthe-Tolra, Philippe. Politique et religion en Afrique : Les Églises face aux pouvoirs. Paris : Karthala, 1996.

Une analyse approfondie des rapports entre les institutions religieuses et les pouvoirs politiques en Afrique francophone.

3. Bourdieu, Pierre. La domination masculine. Paris : Seuil, 1998.

Bien que consacré aux rapports de genre, cet ouvrage développe des concepts clés de la violence symbolique applicables au discours politique et religieux.

4. Bourdieu, Pierre. Langage et pouvoir symbolique. Paris : Seuil, 2001.

Ce livre décrit comment le langage peut être utilisé comme un instrument de pouvoir et de domination.

5. Tutu, Desmond. No Future Without Forgiveness. New York : Doubleday, 1999.

Desmond Tutu y décrit le rôle de l’Église dans le processus de transition démocratique en Afrique du Sud, soulignant l’importance du discours symbolique dans la lutte contre l’oppression.

6. Locke, John. Two Treatises of Government. Londres : Awnsham Churchill, 1690.

Ce texte fondamental sur la philosophie politique explore la liberté d’expression et le rôle de la critique dans la construction d’une société démocratique.

7. Ellis, Stephen, et Ter Haar, Gerrie. Worlds of Power: Religious Thought and Political Practice in Africa. New York : Oxford University Press, 2004.

Cet ouvrage montre comment les idées religieuses influencent les pratiques politiques en Afrique.

8. Mbembe, Achille. Critique de la raison nègre. Paris : La Découverte, 2013.

Un ouvrage majeur sur les formes contemporaines de domination en Afrique, incluant des réflexions sur la religion et la politique.

9. Hastings, Adrian. The Church in Africa: 1450-1950. Oxford : Clarendon Press, 1994.

Un classique sur l’histoire de l’Église en Afrique, utile pour comprendre son rôle de contre-pouvoir à travers les époques.

10. Gifford, Paul. Christianity and Politics in Doe’s Liberia. Cambridge : Cambridge University Press, 1993.


Laisser un commentaire