Réponse du Pr Jimmy Yab, Président du MLDC, à Paul Atanga Nji: Gouverner avec le peuple, non contre lui

À vous, Monsieur le Ministre, je dis ceci :
Vous êtes aujourd’hui au cœur d’une période sensible de notre histoire. Vous avez entre vos mains une responsabilité immense, celle de préserver la cohésion nationale.
Je vous invite à être non seulement le ministre de l’administration territoriale, mais le ministre de la réconciliation territoriale, celui qui apaise, qui unit, qui écoute.

VOTER PAUL BIYA EN 2025, C’EST VOTER L’ECHEC DES GENERATIONS PRESENTES ET FUTURES. ANALYSE DU DISCOURS DE PAUL BIYA DU 31 DÉCEMBRE 2024 : 42 ANS DE PROMESSES, 42 ANS DE CONTRE-VÉRITÉS, 42 ANS D’ÉCHECS… DE L’ÉMERGENCE FANTÔME À LA DUPERIE NATIONALE

Le discours de Paul Biya du 31 décembre 
2024

Le MLDC est un parti d’alternance, pas seulement un parti d’opposition : Pour une refondation démocratique par l’État développementaliste communautaire ( EDC)

Du rôle d’opposition à la vocation d’alternance : Le MLDC et la refondation politique au Cameroun

1. Introduction

Depuis les années 1990, la démocratisation en Afrique subsaharienne a été marquée par la prolifération de partis politiques d’opposition. Mais très vite, le modèle multipartite s’est heurté à une réalité bien connue des régimes hybrides : la démocratie sans alternance. Dans la majorité des pays africains, les partis dits “d’opposition” sont tolérés, voire encouragés, à condition qu’ils n’ébranlent pas les bases du pouvoir établi. Cette logique produit un simulacre de pluralisme où le changement de régime par les urnes devient presque illusoire.

Au Cameroun, cette réalité est particulièrement prononcée. Depuis 1982, le pouvoir est monopolisé par Paul Biya et son parti, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Les alternances institutionnelles y sont inexistantes, malgré la présence de partis d’opposition comme le Social Democratic Front (SDF) ou le MRC. Dans ce contexte, toute tentative d’émergence politique est suspectée de vouloir soit cohabiter avec le pouvoir en place, soit de tomber dans une opposition purement verbale et inefficace.

C’est dans ce climat de méfiance généralisée que le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) cherche à tracer une voie singulière. Parti historique, le MLDC fut fondé en 1998 par un collectif de grandes figures patriotiques, parmi lesquelles le patriarche Dr. Marcel Yondo, ancien ministre des Finances et conseiller du Président Ahmadou Ahidjo. Dans un contexte de transition politique difficile, le MLDC s’est distingué comme l’un des acteurs majeurs de la lutte pour le multipartisme au Cameroun. Durant les années 1990, il comptait des députés à l’Assemblée nationale et des conseillers municipaux dans plusieurs localités du pays. Après des années de combat loyal et constant, le patriarche a décidé de transmettre le flambeau à une nouvelle génération. Ainsi, lors du dernier Congrès ordinaire du parti tenu à Édéa en avril 2025, le Professeur Jimmy Yab a été démocratiquement élu Président national du MLDC, amorçant une nouvelle ère dans l’histoire du mouvement.

Sous cette nouvelle direction, le MLDC ne se contente pas de perpétuer un rôle d’opposition institutionnalisée. Il se définit désormais comme un parti d’alternance démocratique, porteur d’un projet national fondé sur l’État Développementaliste Communautaire (EDC). Cette distinction n’est pas seulement sémantique ; elle est stratégique, idéologique, et profondément ancrée dans une vision transformatrice de l’État. Le MLDC n’est pas un simple “contre-pouvoir”, il est porteur d’un contre-modèle, structuré autour de trois souverainetés essentielles : politique, économique et technologique.

Cet article entend démontrer que le MLDC incarne une dynamique d’alternance démocratique réelle, et non une opposition de façade. Pour ce faire, il est nécessaire d’abord de distinguer, sur un plan théorique, les notions d’opposition politique et d’alternance démocratique. Ensuite, il faut analyser l’histoire récente des partis d’opposition en Afrique afin de situer les défis et potentialités du MLDC dans une perspective comparative. Enfin, l’article explorera les fondements idéologiques et stratégiques du MLDC avant de montrer comment son projet d’État Développementaliste Communautaire constitue une rupture systémique avec l’ordre politique actuel.

En mobilisant des sources académiques et des exemples historiques, notamment africains, cette réflexion veut répondre à une critique fréquente : celle selon laquelle tout discours sur “l’alternance” serait un masque langagier cachant une volonté d’intégration au système dominant. À l’inverse, nous soutenons que le véritable visage de l’alternance n’est pas l’alternance de personnes, mais de paradigmes politiques et institutionnels. Et c’est précisément cette alternance que le MLDC ambitionne d’incarner.

Comme le rappelle Linz (1978), « une démocratie consolidée suppose non seulement des élections régulières, mais la possibilité réelle que le pouvoir change de mains par les urnes ». Cette remarque s’inscrit dans une perspective où l’opposition n’est légitime que si elle est en capacité de proposer une gouvernance alternative crédible. Le politologue africain E. Gyimah-Boadi, quant à lui, affirme que « le problème des oppositions africaines est moins leur existence juridique que leur incapacité structurelle à incarner l’espoir d’un changement systémique » (Gyimah-Boadi, 2015).

Dans cette optique, cet article entend montrer que le MLDC ne se contente pas d’exister comme parti légal d’opposition, mais qu’il propose une vision de l’État fondée sur la souveraineté populaire et le développement local endogène. Cette vision n’est pas un simple programme électoral, mais une refondation du contrat politique, inspirée de modèles asiatiques et africains de développement maîtrisé, tout en les adaptant aux réalités camerounaises.

L’enjeu de cette réflexion est donc double : théorique et pratique. Théorique, car il s’agit de clarifier les catégories d’analyse souvent confondues (opposition, alternance, démocratie). Pratique, car il faut répondre à une question urgente : comment une formation politique peut-elle ne pas se contenter d’opposer, mais proposer une véritable transformation du système ? C’est à cette question que tente de répondre le MLDC à travers son programme d’alternance fondé sur l’État Développementaliste Communautaire.

2. Opposition politique et alternance démocratique : distinctions conceptuelles et enjeux

La confusion entre les notions d’opposition politique et d’alternance démocratique est fréquente dans les débats politiques, en particulier dans les démocraties inachevées. Pourtant, ces deux concepts relèvent de dynamiques différentes, tant dans leur fonction institutionnelle que dans leur portée historique. Tandis que l’opposition politique désigne une posture dans le jeu politique, souvent critique, l’alternance démocratique implique un changement effectif du pouvoir par des moyens électoraux, dans un cadre pluraliste et compétitif.

2.1. Qu’est-ce que l’opposition politique ?

Dans les systèmes démocratiques, l’opposition politique joue un rôle essentiel : elle sert de contre-pouvoir, veille à la responsabilité de l’exécutif et propose des politiques alternatives. Selon Giovanni Sartori (1976), « l’opposition est une composante structurelle du système parlementaire ; elle est ce qui rend la démocratie dynamique, contrastée et vivante ». Elle peut être radicale ou modérée, selon son rapport aux institutions et à la légitimité du pouvoir en place.

Mais dans des régimes autoritaires ou semi-autoritaires comme celui du Cameroun, l’opposition est souvent tolérée sans réelle possibilité d’accéder au pouvoir. Les élections sont organisées, mais sans les garanties d’équité, de transparence et de neutralité institutionnelle. L’opposition y devient alors un simple ornement démocratique, autorisé tant qu’elle ne remet pas en cause l’hégémonie du pouvoir dominant. Plusieurs auteurs, dont Larry Diamond (2002), qualifient ces régimes de « démocratures » ou de « pseudo-démocraties ».

Au Cameroun, l’opposition existe depuis la loi de 1990 sur le multipartisme, mais elle reste marginalisée. Le RDPC contrôle tous les leviers de l’État : exécutif, législatif, judiciaire, armée, administration, et même les institutions électorales. Cette situation réduit les partis d’opposition à une fonction d’alerte, sans levier sur la gouvernance. C’est dans ce sens que l’opposition camerounaise a souvent été décrite comme divisée, réprimée et infiltrée, ce qui empêche l’émergence d’un projet alternatif cohérent.

2.2. L’alternance démocratique : plus qu’un changement d’acteurs

À l’opposé, l’alternance démocratique suppose un changement réel dans la direction politique d’un pays, à travers des élections libres. Elle implique que des partis d’idéologies différentes peuvent se succéder au pouvoir, dans le respect des règles du jeu démocratique. Comme le rappelle Philippe Schmitter (1991), « il ne peut y avoir de démocratie consolidée sans la possibilité effective d’une alternance politique régulière ».

L’alternance n’est donc pas seulement quantitative (remplacement d’un parti par un autre), mais surtout qualitative (changement de cap politique, institutionnel et éthique). Elle repose sur trois conditions fondamentales :

Une offre politique crédible et distincte. Des institutions électorales neutres et compétentes. Un électorat suffisamment mobilisé et conscient.

2.3. Exemples d’alternances démocratiques en Afrique

Contrairement à une idée reçue, l’Afrique n’est pas totalement étrangère à l’alternance. Plusieurs pays du continent ont connu des transitions démocratiques effectives à travers les urnes :

Sénégal : en 2000, Abdoulaye Wade bat Abdou Diouf, marquant la première alternance dans ce pays depuis l’indépendance. En 2012, Macky Sall bat Wade dans une élection libre. Ghana : considéré comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, le Ghana a connu plusieurs alternances pacifiques entre le NPP et le NDC. Zambie : en 2021, Hakainde Hichilema du parti UPND bat Edgar Lungu, dans une élection jugée libre par les observateurs internationaux. Kenya : malgré des tensions ethniques, l’alternance entre Mwai Kibaki, Uhuru Kenyatta et William Ruto illustre une certaine maturation démocratique.

Ces exemples montrent que l’alternance est possible en Afrique, à condition d’un ancrage institutionnel, d’une offre politique claire, et d’une volonté populaire forte.

2.4. Le cas camerounais : une opposition sans alternance

Au Cameroun, malgré la multiplication des partis politiques, aucune alternance réelle n’a été observée depuis 1982. Les élections sont systématiquement remportées par le RDPC, souvent avec des scores soviétiques. Les partis d’opposition, bien qu’actifs, n’ont jamais pu bâtir une coalition capable de renverser l’ordre établi. Cela s’explique par :

La mainmise du RDPC sur les institutions électorales (Elecam). Le boycott de certaines élections par des partis majeurs, affaiblissant la mobilisation citoyenne. Le manque de projet de société alternatif unificateur.

C’est dans ce vide stratégique que s’inscrit la démarche du MLDC. Refusant le piège de l’opposition symbolique, il se positionne clairement comme acteur d’alternance démocratique, en articulant une offre politique structurée, cohérente et radicalement différente. Le MLDC ne veut pas seulement critiquer le pouvoir ; il veut prendre le pouvoir pour changer le système, non pour le reproduire. Il propose une autre architecture de l’État, fondée sur la décentralisation active, l’autonomie communautaire et la souveraineté économique.

Loin d’être un simple choix rhétorique, la distinction entre opposition et alternance est fondamentale pour comprendre les dynamiques politiques camerounaises. L’opposition critique sans projet n’aboutit qu’à la marginalisation. L’alternance véritable exige une vision claire, une organisation disciplinée, et une capacité à conquérir le pouvoir de manière démocratique. C’est cette ambition que porte le MLDC : ne plus s’opposer simplement, mais proposer une rupture systémique par l’alternance, fondée sur l’État Développementaliste Communautaire.

3. L’expérience du MLDC : au-delà de l’opposition, vers une alternative systémique

Le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), depuis sa refondation et son renouvellement en avril 2025, se positionne clairement non pas comme un acteur politique d’opposition classique, mais comme le moteur d’une alternance démocratique et systémique, fondée sur un projet cohérent : l’État Développementaliste Communautaire (EDC). Contrairement aux partis qui se limitent à une critique de surface du régime en place, le MLDC propose une transformation en profondeur de l’État camerounais, tant sur les plans institutionnel, économique, social que culturel. Cette posture tranche radicalement avec l’histoire des oppositions fragmentées et clientélistes au Cameroun.

3.1. De la dénonciation à la proposition : un saut stratégique

Nombreux sont les partis d’opposition camerounais qui ont sombré dans une logique protestataire sans projet structurant. Cette posture, bien que légitime, a ses limites. Comme le souligne Jean-François Bayart (1993), « la politique en Afrique postcoloniale s’est trop souvent enfermée dans une logique de confrontation sans construction, où l’ennemi politique est diabolisé, mais rarement dépassé ». C’est précisément cette impasse que le MLDC entend surmonter.

Depuis la prise de fonction du Pr. Jimmy Yab comme Président national du MLDC lors du Congrès d’Edéa (avril 2025), le parti a entamé une mutation programmatique et stratégique majeure. Il ne s’agit plus seulement de contester le pouvoir du RDPC, mais de construire un récit national alternatif, fondé sur une refondation de l’État et une réhabilitation de la souveraineté populaire.

Le MLDC développe un projet de société articulé autour de trois piliers :

La souveraineté politique et territoriale, rompant avec la dépendance postcoloniale. La souveraineté économique et financière, reposant sur la valorisation des ressources locales. La souveraineté industrielle et technologique, orientée vers l’innovation communautaire.

3.2. L’État Développementaliste Communautaire : une vision transformante

Au cœur de l’offre politique du MLDC se trouve le concept d’État Développementaliste Communautaire. Ce modèle est inspiré à la fois des expériences asiatiques de développement (notamment les États développementalistes comme la Corée du Sud ou Singapour) et des traditions africaines de gouvernance communautaire et solidaire.

L’État Développementaliste Communautaire repose sur :

Une planification stratégique du développement par l’État, en partenariat avec les collectivités locales. Une autonomie des communautés locales dans la gestion de leur développement, y compris la fiscalité locale, la production agricole, et l’éducation. Une industrialisation territorialisée, où chaque région développe ses filières industrielles à partir de ses ressources et savoir-faire. Un État-protecteur, garantissant l’accès aux services publics de base (santé, éducation, transport) de manière équitable.

Ce modèle dépasse la vision néolibérale de l’État minimal, tout en évitant le centralisme autoritaire qui a marqué le régime du Renouveau. Il incarne une rupture systémique avec le régime actuel, tant dans sa philosophie que dans sa méthode.

3.3. Une stratégie d’alternance électorale et populaire

Contrairement à certains partis qui considèrent les élections comme des simulacres à boycotter, le MLDC adopte une stratégie de conquête électorale méthodique, basée sur :

Une implantation locale progressive, avec des sections régionales, départementales et communales actives. Un programme clair, décliné dans les dix régions, adapté aux réalités de chaque territoire. Un discours de proximité, qui s’adresse aux jeunes, aux femmes, aux paysans, aux enseignants, et aux travailleurs du secteur informel. Une démarche de rassemblement des forces citoyennes, au-delà des appartenances partisanes.

Le MLDC inscrit sa démarche dans une logique de transition populaire vers la démocratie effective, en redonnant au peuple les moyens d’agir par la participation politique, l’éducation civique, et la prise en charge locale du développement. Ce positionnement le différencie des partis qui espèrent un changement par le haut ou par des interventions extérieures.

3.4. Une nouvelle génération politique

L’alternance ne peut se produire sans un renouvellement profond du leadership. À cet égard, l’élection du Pr. Jimmy Yab comme Président national du MLDC incarne le passage d’une génération à une autre, alliant la fidélité aux luttes passées et l’innovation idéologique.

Ce changement de génération au sein du MLDC, loin d’être symbolique, se traduit par :

Une réorientation stratégique vers la jeunesse et la diaspora. Une volonté de réhabiliter l’intelligence comme outil de transformation politique, en rompant avec l’anti-intellectualisme ambiant. Une ouverture vers les mouvements sociaux, les organisations communautaires, et les syndicats.

Le MLDC ne se définit donc pas seulement comme une opposition morale, mais comme une élite de responsabilité, prête à gouverner et à reconstruire l’État.

En s’émancipant des logiques d’opposition protestataire pour porter une vision globale de l’alternance, le MLDC inaugure un nouveau cycle politique au Cameroun. Il ne se contente pas de dénoncer le système dominant ; il propose une alternative systémique, fondée sur une pensée originale, une stratégie électorale réaliste, et une volonté de transformation concrète.

Le MLDC ne cherche pas simplement à remplacer les hommes en place, mais à changer les règles du jeu, à rebâtir la relation entre l’État et les citoyens, et à restaurer l’idée que la politique peut être au service du bien commun. Ce faisant, il s’inscrit dans la lignée des grands mouvements africains de transformation systémique, comme le Congrès National Africain de Mandela ou le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix en Côte d’Ivoire.

4. Le MLDC comme alternative crédible dans le contexte de la présidentielle 2025

À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025, le Cameroun vit un tournant décisif. L’essoufflement du régime du Renouveau, marqué par plus de quatre décennies de gouvernance autoritaire, centralisée et prédatrice, a engendré une crise de légitimité, une désaffection massive de la jeunesse, une paupérisation galopante et un affaissement des institutions. C’est dans ce contexte qu’émerge avec vigueur le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), comme alternative politique crédible, portant une vision nouvelle, un projet structuré et une volonté ferme de rupture démocratique.

4.1. Un contexte politique mûr pour l’alternance

L’environnement socio-politique camerounais actuel est marqué par plusieurs dynamiques favorables à une alternance :

Une jeunesse majoritaire mais désabusée, qui représente plus de 60 % de la population et dont une grande partie est au chômage ou sous-employée (INS, 2024). Un discrédit croissant du RDPC, perçu comme incapable de résoudre les défis du pays, notamment la corruption, la centralisation abusive, et le délabrement des services sociaux. Une société civile de plus en plus active, avec des mobilisations sur les réseaux sociaux, des mouvements étudiants, des syndicats enseignants et des ONG de défense des droits humains. Une diaspora structurée et politisée, qui joue un rôle croissant dans le financement, la sensibilisation et la proposition de modèles alternatifs.

Dans ce contexte, l’alternance n’est plus un vœu pieux, mais une nécessité historique. Toutefois, cette alternance ne peut être incarnée que par un parti capable de réunir crédibilité, projet et organisation. C’est précisément ce que le MLDC s’efforce de construire.

4.2. Une crédibilité reconstruite sur l’héritage et l’innovation

Contrairement à certains nouveaux partis qui émergent sans mémoire politique, le MLDC s’appuie sur une longue tradition de militantisme patriotique, entamée dès les années 1990 avec des élus municipaux et parlementaires engagés dans le combat pour le multipartisme. Le MLDC ne surgit donc pas de nulle part ; il est le fruit d’un héritage assumé, mais désormais reconfiguré pour répondre aux exigences du présent.

Depuis son Congrès d’avril 2025 à Édéa, le parti a engagé :

Un renouvellement de sa direction nationale, avec à sa tête le Pr. Jimmy Yab, figure de la jeunesse intellectuelle et militante camerounaise. Une restructuration de ses bases régionales, avec la mise en place de coordinations locales démocratiques. Une stratégie de communication offensive et pédagogique, centrée sur l’éducation politique, la critique argumentée, et la mise en débat de solutions concrètes.

La combinaison de l’enracinement historique et de l’innovation générationnelle donne au MLDC une assise à la fois symbolique, programmatique et organisationnelle.

4.3. Un programme réaliste et mobilisateur : les 10 priorités de la transition

Dans la perspective de la présidentielle de 2025, le MLDC a présenté un programme de transition national, articulé autour de dix priorités, elles-mêmes issues de la vision de l’État Développementaliste Communautaire. Parmi ces priorités figurent :

L’éducation de masse et la revalorisation des enseignants, pierre angulaire du renouveau national. La décentralisation réelle et la gouvernance communautaire, contre le centralisme paralysant actuel. La relance de l’agriculture et de l’industrie locale, pour une économie autosuffisante. La réforme de l’administration et la lutte contre la corruption, avec des mécanismes de transparence communautaire. L’accès équitable aux soins, à l’eau et à l’électricité, considérés comme des droits fondamentaux. La souveraineté monétaire et la fin de la dépendance au franc CFA. La paix, la sécurité et la réconciliation nationale, à travers une approche inclusive. Le respect des libertés fondamentales, avec une justice indépendante et des médias libres. La promotion de la jeunesse et de la femme dans les institutions. La diaspora comme moteur du développement, avec des incitations concrètes à l’investissement.

Ce programme se distingue des promesses électoralistes vagues. Il est territorialisé, budgétisé, et organisé par étapes, inspiré de modèles ayant fait leurs preuves, comme la Vision 2030 du Rwanda ou la planification communautaire au Ghana.

4.4. Une stratégie électorale d’alternance pacifique

Le MLDC s’inscrit dans une démarche de conquête démocratique du pouvoir par les urnes, en appelant à une mobilisation populaire pacifique et massive. Pour cela, il développe :

Des tournées régionales de sensibilisation, avec des forums citoyens dans les 10 régions. La formation d’observateurs électoraux à partir de ses cellules communautaires. Des alliances avec des forces progressistes, sans compromission avec les clans du régime. Une pédagogie de l’alternance, pour briser le fatalisme politique et redonner confiance au peuple.

Comme l’écrit Mbembe (2010), « l’alternance démocratique en Afrique ne peut s’imposer que si elle se conjugue avec une prise de conscience citoyenne et une volonté populaire de rupture ». Le MLDC agit précisément dans ce sens.

L’élection présidentielle de 2025 ne sera pas une compétition ordinaire. Elle représentera un jugement historique sur plus de quarante ans de règne du RDPC. Dans ce cadre, le MLDC apparaît comme l’unique parti structuré, enraciné et porteur d’un projet alternatif global, capable de transformer le Cameroun non seulement au sommet, mais aussi à la base.

Il ne s’agit pas seulement d’un changement de gouvernants, mais d’un changement de paradigme, où le pouvoir est repensé non comme domination, mais comme service public communautaire. Le MLDC, dans cette logique, n’est pas un simple parti d’opposition. Il est le vecteur de l’alternance systémique tant attendue, une alternance par les urnes, par la base et par la vision.

Conclusion générale : Le MLDC, catalyseur d’une nouvelle ère politique au Cameroun

L’analyse approfondie du parcours, de la vision et de la stratégie du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) démontre de manière claire que ce parti politique ne se contente pas d’occuper une posture oppositionnelle classique. Il se positionne résolument comme le moteur d’une alternance politique profonde, non réductible à un simple changement d’élites, mais pensée comme refondation systémique de l’État camerounais, à travers l’idéologie de l’État Développementaliste Communautaire (EDC).

Dans un contexte marqué par la fatigue démocratique, l’enlisement de la gouvernance autoritaire du RDPC, et le discrédit grandissant des institutions de l’État, le MLDC incarne un espoir de transformation. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer, mais de proposer, planifier, mobiliser et reconstruire — avec méthode, mémoire, et ambition collective. Cela le distingue fondamentalement des partis d’opposition classiques, qui, dans bien des cas, oscillent entre radicalisme impuissant et compromission stérile.

Une alternative fondée sur une identité idéologique claire

Alors que de nombreux partis africains souffrent d’un flou idéologique ou d’un mimétisme doctrinal hérité de l’époque coloniale, le MLDC s’enracine dans une pensée politique originale, structurée autour du concept d’État Développementaliste Communautaire. Cette doctrine ne cherche ni à importer des modèles étrangers, ni à répéter les formules stériles des socialismes d’antan. Elle propose une synthèse contextualisée entre la rigueur de l’État stratège, la participation citoyenne à la base et la valorisation des savoirs locaux (Mkandawire, 2001 ; Foucher, 2019).

Cette perspective, loin d’être abstraite, prend la forme d’un programme national concret, articulé autour de dix priorités de transition. Ce programme est conçu comme un outil de mobilisation populaire et de réforme institutionnelle, à la manière de ce qu’Amílcar Cabral appelait « l’arme de la théorie » au service de la libération concrète des peuples africains.

Un enracinement historique et une légitimité renouvelée

La trajectoire du MLDC n’est pas celle d’un opportunisme politique de dernière heure. Né en 1998 dans le sillage des luttes post-conférence nationale, fondé par des figures emblématiques du patriotisme d’État comme le Dr. Marcel Yondo, le MLDC porte une mémoire du combat démocratique. Ce n’est pas un parti de la rupture sans racines ; c’est un parti qui renoue avec les ambitions de souveraineté abandonnées depuis les années 1980.

La transition à la tête du parti, avec l’élection démocratique du Pr. Jimmy Yab lors du Congrès d’Édéa en avril 2025, marque un tournant générationnel, stratégique et symbolique. Il s’agit d’un passage de témoin maîtrisé entre le legs des anciens et les aspirations des jeunes générations, en quête de justice sociale, de souveraineté et de dignité.

Une posture d’alternance pacifique et de refondation républicaine

Contrairement aux courants populistes qui surfent sur le désespoir sans projet, ou aux partis protestataires enfermés dans la dénonciation perpétuelle, le MLDC articule une vision de l’alternance à trois dimensions :

Alternance politique, à travers les urnes, le respect des règles démocratiques, et le rejet de la violence politique. Alternance institutionnelle, par une refonte des structures de gouvernance, pour en finir avec le présidentialisme absolu et restaurer les contre-pouvoirs. Alternance sociale et morale, fondée sur le mérite, la transparence et la réhabilitation de la fonction publique comme service du bien commun.

L’objectif n’est donc pas de remplacer un clan par un autre, mais de refonder l’État à partir des communautés, selon une éthique du développement endogène, participatif et souverain. Cette ambition rejoint les exigences formulées par nombre de penseurs africains contemporains, comme Achille Mbembe ou Felwine Sarr, qui appellent à sortir de l’État postcolonial rentier pour inventer un nouvel imaginaire du pouvoir africain.

Une ouverture continentale : vers une dynamique panafricaine de l’alternance

L’expérience du MLDC n’est pas un cas isolé. À l’échelle du continent, plusieurs formations politiques ont réussi à incarner, dans un moment historique donné, l’alternance démocratique salvatrice : l’ANC en Afrique du Sud en 1994, le RPG d’Alpha Condé en Guinée en 2010, le RDR d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, ou encore l’UPDS en République démocratique du Congo en 2019.

Mais ces alternances ont souvent été compromises par un manque de préparation doctrinale, de discipline organisationnelle ou de volonté éthique. Le MLDC, en intégrant ces leçons, propose une alternance durable, adossée à une doctrine, à des communautés politisées, et à une base populaire consciente.

Cette dynamique, si elle réussit, pourrait servir de modèle reproductible ailleurs en Afrique centrale, région encore dominée par des régimes semi-autoritaires peu enclins à la dévolution démocratique du pouvoir.

Une conclusion pour l’avenir

En définitive, considérer le MLDC comme un simple parti d’opposition serait méconnaître sa trajectoire, sa doctrine et sa stratégie. Il est le vecteur d’une alternance organique, à la fois politique, économique, sociale et culturelle. Dans un pays qui a trop longtemps confondu stabilité et immobilisme, alternance et chaos, le MLDC propose une troisième voie : celle de la transition souveraine, pacifique, communautaire et résolument africaine.

La présidentielle de 2025 ne sera pas un aboutissement, mais le point de départ d’un nouveau contrat social, fondé sur la souveraineté populaire, la justice territoriale et le développement collectif. Le MLDC est prêt à porter cette ambition. Il ne s’agit plus de s’opposer seulement. Il s’agit désormais de construire autrement. Ensemble. Dès maintenant.

Références

Diamond, L. (1999). Developing Democracy: Toward Consolidation. Johns Hopkins University Press.

Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press. Foucher, V. (2019).

L’alternance impossible? Gouverner le Sénégal après Wade. Karthala. Levitsky, S., & Way, L. (2010).

Competitive Authoritarianism: Hybrid Regimes After the Cold War. Cambridge University Press. Linz, J. J. (1978).

The Breakdown of Democratic Regimes. Johns Hopkins University Press. Mkandawire, T. (2001).

“Thinking about developmental states in Africa”, Cambridge Journal of Economics, 25(3), 289–313. Sartori, G. (1976). Parties and Party Systems: A Framework for Analysis. Cambridge University Press.

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère (SUITE 4)

CHAPITRE 5 : UN RETOUR FORCÉ EN ANGLETERRE: MALADIE ET EXIL MÉDICAL, SYMBOLE ULTIME DE L’EFFONDREMENT DU SYSTÈME

Radio du pied à l’hôpital ST Mary

L’adieu à ma mère aurait dû marquer un moment de recueillement et de résilience. Mais à peine les obsèques achevées, mon corps, épuisé par la douleur, le stress et les épreuves endurées, a cédé. Paludisme, anémie, fatigue extrême, blessures dues à mon accident de moto, entorse… Mon état de santé s’est rapidement détérioré, au point de ne plus pouvoir rester au Cameroun. Ironie cruelle du destin : alors que je venais d’enterrer celle qui m’a donné la vie, je me retrouvais moi-même en danger de mort dans mon propre pays.

Le Cameroun m’a forcé à l’exil, non pas pour des raisons politiques, mais pour un impératif vital : survivre. J’ai dû quitter précipitamment Yaoundé et embarquer pour Londres, où je suis aujourd’hui hospitalisé à St Mary’s Hospital, bénéficiant des soins d’un système médical digne de ce nom. Ce seul fait résume le drame absolu du Cameroun contemporain : un pays où même un universitaire, un intellectuel, un leader politique, ne peut espérer guérir sans fuir.

Mais cette opportunité d’accès aux soins à l’étranger, je ne la dois ni au gouvernement camerounais ni à un quelconque mérite national. Je la dois exclusivement à mon parcours académique, à mes études supérieures en Angleterre, à mon PhD en politique obtenu à l’Université de Southampton – l’une des meilleures universités du Royaume-Uni –, et à ma résidence permanente dans ce pays où vit une partie de ma famille. Si je n’avais pas eu ce privilège, que me serait-il arrivé ? Que se passe-t-il pour les millions de Camerounais qui, eux, n’ont pas d’issue de secours ?

Car la vérité est brutale : le système de santé camerounais est une condamnation à mort pour les pauvres et un simple désagrément pour les riches. Tandis que le peuple se débat dans des hôpitaux délabrés, manquant de médicaments, d’équipements et de personnel, les élites du régime, elles, prennent le premier vol pour Paris, Genève ou Bruxelles au moindre malaise. L’apartheid sanitaire est une réalité au Cameroun : il y a un système de santé pour les puissants, et un autre pour les damnés de la terre.

Ce chapitre est un acte d’accusation. Il démontrera, à travers mon expérience personnelle et des faits tangibles, l’ampleur du scandale du système de santé camerounais :

1. Un système de santé à l’agonie : un pays où tomber malade est une condamnation

– Comment l’hôpital public camerounais est devenu un mouroir pour la population

– Les chiffres alarmants de la mortalité et du sous-financement du secteur

– Le manque criant de personnel médical et la fuite massive des médecins à l’étranger

2. Le scandale des évacuations médicales : un apartheid sanitaire entretenu par les élites

– Pourquoi les dirigeants camerounais refusent-ils de se soigner dans leurs propres hôpitaux ?

– Des milliards de francs CFA engloutis chaque année dans les soins à l’étranger pour les ministres et leurs familles

– Comment cet apartheid médical institutionnalisé maintient le système dans son sous-développement chronique

3. Que serait-il arrivé si je n’avais pas eu accès aux soins à l’étranger ?

– Une analyse des conséquences d’une hospitalisation « classique » dans un hôpital camerounais

– Les statistiques implacables sur la mortalité due aux maladies évitables

– L’injustice fondamentale d’un système de santé qui condamne les pauvres et protège les nantis

À travers ce témoignage, je pose une question fondamentale : Pourquoi un pays qui produit d’excellents médecins et qui regorge de ressources naturelles ne peut-il pas garantir un accès aux soins de base à ses citoyens ? La réponse est simple : parce que nos dirigeants n’ont aucun intérêt à améliorer le système de santé tant qu’ils peuvent eux-mêmes se faire soigner ailleurs.

Le Cameroun est malade. Mais son cancer n’est pas le paludisme, ni la fatigue, ni les blessures mal soignées. Son cancer, c’est un régime qui a décidé que la santé du peuple ne valait rien. Ce chapitre est un cri d’alerte, une dénonciation frontale d’un État qui laisse mourir ses citoyens dans l’indifférence la plus totale, pendant que ses dirigeants s’offrent les meilleurs hôpitaux du monde.

Si je suis encore en vie, c’est parce que j’ai pu partir. Mais combien de Camerounais meurent chaque jour faute d’avoir eu, comme moi, une porte de sortie ?

I. Un système de santé à l’agonie : un pays où tomber malade est une condamnation

Au Cameroun, la maladie n’est pas simplement une épreuve physique ; elle se transforme souvent en une sentence fatale en raison de l’effondrement du système de santé. Les infrastructures médicales sont en ruine, les équipements obsolètes ou inexistants, et le personnel médical, bien que dévoué, est submergé et insuffisamment formé. Cette réalité tragique est accentuée par des statistiques alarmantes qui témoignent de l’ampleur du désastre sanitaire.

St Mary’s Hospital

Espérance de vie et mortalité infantile : des indicateurs au rouge

L’espérance de vie au Cameroun stagne à environ 51 ans, un chiffre qui reflète les conditions de vie précaires et l’accès limité aux soins de santé de qualité.  La mortalité infantile est tout aussi préoccupante, avec un taux de 122 décès pour 1 000 naissances vivantes, plaçant le pays parmi ceux où la survie des enfants est la moins assurée. 

Mortalité maternelle : un fléau persistant

Les femmes enceintes au Cameroun affrontent des risques considérables. Le taux de mortalité maternelle est estimé à 406 décès pour 100 000 naissances vivantes, un chiffre qui illustre les carences en matière de soins prénatals et obstétricaux.  Cette situation est exacerbée par des inégalités régionales flagrantes, certaines zones enregistrant des taux encore plus élevés.

Paludisme : une menace omniprésente

Le paludisme demeure l’une des principales causes de morbidité et de mortalité au Cameroun. Il représente environ 23,7 % de la charge morbide totale et 25 % des décès, affectant particulièrement les enfants de moins de cinq ans.  Malgré ces chiffres alarmants, les efforts de prévention et de traitement restent insuffisants, laissant une grande partie de la population vulnérable face à cette maladie dévastatrice.

Infrastructures et personnel médical : un déficit criant

Le pays compte environ 6 770 formations sanitaires, dont 3 351 publiques.  Cependant, cette offre est largement insuffisante pour une population de plus de 22 millions d’habitants. Les zones rurales sont particulièrement défavorisées, avec des centres de santé souvent éloignés, mal équipés et manquant de personnel qualifié. Cette situation conduit de nombreux Camerounais à parcourir de longues distances pour accéder à des soins de base, un parcours semé d’embûches qui décourage plus d’un.

Dépenses de santé : un fardeau pour les ménages

L’accès aux soins est également entravé par le coût prohibitif des services médicaux. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 97 % des dépenses de santé des ménages camerounais sont constituées de paiements directs au point de service, une réalité qui plonge de nombreuses familles dans la précarité lorsqu’une maladie survient.  Cette situation est d’autant plus scandaleuse que, parallèlement, les élites politiques et économiques du pays n’hésitent pas à se faire soigner à l’étranger aux frais de l’État, illustrant une inégalité criante dans l’accès aux soins.

Une urgence sanitaire nationale

Le système de santé camerounais est en état de délabrement avancé, transformant chaque maladie en une potentielle condamnation à mort pour les citoyens ordinaires. Les indicateurs de santé sont alarmants, les infrastructures insuffisantes et le personnel médical en sous-effectif chronique. Il est impératif que des réformes profondes et immédiates soient entreprises pour redresser ce secteur vital, garantir un accès équitable aux soins de santé et restaurer la confiance de la population dans son système de santé.

II. Le scandale des évacuations médicales : un apartheid sanitaire entretenu par les élites

Petit Déjeuner à St’s Mary Hospital

Au Cameroun, le système de santé est en proie à une crise profonde, caractérisée par des infrastructures délabrées, un personnel médical insuffisant et des équipements obsolètes. Dans ce contexte, les évacuations sanitaires à l’étranger sont devenues une pratique courante pour les élites politiques et économiques, créant ainsi une fracture sanitaire béante entre les privilégiés et le reste de la population.

Une pratique coûteuse et inéquitable

Les évacuations sanitaires consistent à transférer des patients vers des établissements de santé étrangers pour des soins non disponibles ou inaccessibles localement. Si, en théorie, cette option devrait être exceptionnelle, elle est devenue la norme pour les dirigeants camerounais. En 2008, le ministère de la Santé publique recensait une soixantaine d’évacuations pour un coût avoisinant 600 millions de FCFA  . Bien que les données récentes soient rares, les estimations suggèrent que ces chiffres ont considérablement augmenté, atteignant des montants faramineux.

Cette pratique soulève des questions éthiques majeures. Alors que les élites bénéficient de soins de qualité à l’étranger aux frais de l’État, la majorité des Camerounais sont contraints de se contenter d’un système de santé national défaillant. Cette situation crée une véritable ségrégation sanitaire, où l’accès aux soins dépend du statut social et des connexions politiques.

Un système de santé national en déliquescence

Le recours systématique aux évacuations médicales par les élites est symptomatique de la dégradation du système de santé camerounais. Les hôpitaux publics souffrent d’un manque chronique de financement, de personnel qualifié et d’équipements adéquats. Les patients doivent souvent fournir eux-mêmes le matériel médical de base, et les ruptures de stock de médicaments essentiels sont fréquentes. Cette réalité contraste fortement avec les sommes colossales dépensées pour les évacuations sanitaires des privilégiés.

Des coûts exorbitants pour des résultats discutables

Les évacuations sanitaires représentent une charge financière considérable pour l’État camerounais. En 2014, le Cameroun a fait interner 213 patients dans les hôpitaux français, principalement dans le cadre d’évacuations sanitaires  . Le coût d’une évacuation sanitaire par Europ Assistance est estimé entre 20 et 40 millions de FCFA par patient, sans compter les frais annexes tels que le transport, l’hébergement et les soins post-hospitalisation. Ces dépenses exorbitantes profitent à une infime minorité, tandis que l’investissement dans les infrastructures de santé locales demeure insuffisant.

Un détournement des ressources publiques

Le financement des évacuations sanitaires est souvent opaque, et les fonds publics alloués à ces opérations échappent à tout contrôle citoyen. Cette opacité favorise les abus et les détournements de fonds, au détriment du développement d’un système de santé performant pour l’ensemble de la population. Les ressources consacrées aux évacuations pourraient être réinvesties dans la modernisation des infrastructures sanitaires nationales, la formation du personnel médical et l’approvisionnement en équipements et médicaments de qualité.

Vers une réforme nécessaire et urgente

Pour mettre fin à cette injustice sanitaire, il est impératif de réformer en profondeur le système de santé camerounais. Cela passe par une allocation budgétaire accrue en faveur de la santé publique, une gestion transparente et efficace des ressources, et une volonté politique de réduire les inégalités d’accès aux soins. Les évacuations sanitaires devraient redevenir des exceptions, réservées aux cas réellement intraitables localement, et non un privilège pour une élite déconnectée des réalités de la majorité.

Le scandale des évacuations médicales au Cameroun illustre un apartheid sanitaire institutionnalisé, où les élites se soignent à l’étranger aux frais de l’État, tandis que la population est abandonnée à un système de santé moribond. Il est urgent de repenser les priorités sanitaires du pays pour garantir un accès équitable aux soins pour tous les Camerounais.

III. Que serait-il arrivé si je n’avais pas eu accès aux soins à l’étranger ?

Si aujourd’hui je peux encore écrire ces lignes, c’est parce que j’ai eu la chance – ou plutôt le privilège – d’avoir eu accès à des soins médicaux de qualité en Angleterre. Mais ce privilège ne m’a pas été offert par le Cameroun, mon pays d’origine. Je le dois uniquement à mon parcours académique, à mes études supérieures en Angleterre et à ma résidence permanente dans ce pays, où une partie de ma famille vit. Si je n’avais pas eu cette opportunité, si je faisais partie des millions de Camerounais condamnés à se soigner sur place, mon sort aurait été tout autre.

Un destin bien différent dans un hôpital camerounais : la roulette russe sanitaire

Que se serait-il passé si j’avais dû me soigner dans un hôpital public camerounais ? Le scénario est glaçant : une attente interminable dans un couloir bondé, faute de lits disponibles. Une prise en charge retardée, car il aurait fallu que j’achète moi-même les médicaments et même le matériel médical de base. Des soins bâclés par un personnel soignant surmené et démoralisé, travaillant dans des conditions indignes.

Avec une fatigue extrême, une anémie avancée, une entorse sévère et des blessures consécutives à mon accident, sans parler du paludisme et de la fièvre violente qui m’épuisaient déjà, il est presque certain que mon état aurait empiré rapidement. L’absence d’équipements modernes, l’indisponibilité des médicaments et le manque de réactivité des structures hospitalières camerounaises auraient transformé mon hospitalisation en une véritable descente aux enfers.

Les chiffres de l’échec : un système de santé qui tue

Les statistiques sont implacables. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Cameroun affiche l’un des taux de mortalité hospitalière les plus élevés d’Afrique. En 2021, le taux de mortalité infantile y était de 52 décès pour 1 000 naissances, contre 4 décès pour 1 000 naissances au Royaume-Uni. La mortalité maternelle y est également alarmante, avec 529 décès pour 100 000 naissances, contre 7 décès pour 100 000 en Angleterre (source : OMS, 2023). Ces chiffres traduisent un système de santé où chaque hospitalisation devient un pari avec la mort.

Le paludisme, qui était l’une des principales causes de ma maladie, reste la première cause de mortalité au Cameroun. En 2022, plus de 3 500 personnes en sont mortes, et la maladie continue de ravager les populations les plus vulnérables, faute de prévention et de traitements adéquats (source : Ministère de la Santé du Cameroun, 2023).

Si l’on ajoute à cela les pénuries de sang dans les banques de transfusion, l’absence de soins spécialisés en traumatologie et la vétusté des équipements médicaux, il est évident qu’en restant au Cameroun, mon pronostic vital aurait été engagé.

Le cauchemar des hôpitaux camerounais : quand se soigner est un luxe

Le budget de la santé publique au Cameroun est dérisoire : seulement 5,1 % du budget national y est alloué en 2023, bien en deçà des 15 % recommandés par l’OMS. Cette négligence budgétaire se traduit par des hôpitaux sous-équipés, des médecins en sous-effectif et des patients abandonnés à leur sort.

Les hôpitaux publics sont devenus des mouroirs. Dans les urgences, les malades sont souvent laissés sur le sol, faute de lits disponibles. Dans certains cas, les cadavres restent plusieurs heures dans les salles faute de morgue fonctionnelle. Les médecins eux-mêmes, mal payés et désabusés, fuient le pays. Environ 40 % des médecins formés au Cameroun exercent aujourd’hui à l’étranger (source : Conseil Médical du Cameroun, 2023).

Et si j’avais été un Camerounais « ordinaire » ?

Si je n’avais pas eu le privilège de pouvoir me faire soigner en Angleterre, je serais aujourd’hui un simple numéro dans les statistiques morbides du Cameroun. Je serais peut-être mort d’un accès de paludisme mal traité. Peut-être que l’infection causée par mes blessures se serait aggravée en septicémie, faute d’antibiotiques adaptés. Peut-être que l’anémie aurait eu raison de mon corps affaibli, faute de transfusion sanguine rapide.

Combien de Camerounais meurent chaque jour dans l’indifférence générale faute d’accès aux soins ? Combien de familles doivent assister, impuissantes, à l’agonie de leurs proches, simplement parce qu’ils n’ont pas les moyens de se faire évacuer à l’étranger comme le font les ministres et les hauts fonctionnaires ?

Ce n’est pas une fatalité. C’est une injustice. C’est la conséquence directe d’un système de santé sacrifié sur l’autel du clientélisme et de l’incompétence.

Quand l’injustice sanitaire devient une condamnation sociale

Le scandale des évacuations sanitaires des élites est un apartheid médical institutionnalisé. D’un côté, une minorité qui voyage en avion privé vers les hôpitaux de Paris, Genève ou Londres, aux frais du contribuable. De l’autre, une population abandonnée à un système hospitalier sinistré, où l’espérance de vie est inférieure à 60 ans.

Moi, j’ai eu la chance de partir. Mais cette chance, combien l’ont ? Combien de Camerounais meurent simplement parce qu’ils sont nés du mauvais côté de la barrière sociale ?

Se pose alors la question fondamentale : pourquoi, en 2025, un citoyen camerounais doit-il fuir son propre pays pour espérer survivre ? Pourquoi le Cameroun, qui a vu naître de brillants médecins et chercheurs, est-il incapable de garantir des soins de base à sa population ?

La réponse est simple : parce que nos dirigeants ont décidé que la santé du peuple ne les concernait pas. Parce qu’ils se soignent ailleurs, ils ne ressentent pas l’urgence de moderniser nos hôpitaux. Ils n’investissent pas dans la santé publique, car ils savent qu’en cas de problème, ils prendront le premier avion pour la France ou la Suisse.

Le réveil est nécessaire

Si mon hospitalisation en Angleterre m’a permis de survivre, elle m’a aussi ouvert les yeux sur l’ampleur du drame qui se joue au Cameroun. Ce n’est pas un simple dysfonctionnement, c’est un crime. C’est un abandon collectif.

Il est temps que les Camerounais réalisent que la santé n’est pas un privilège réservé à une élite. C’est un droit fondamental. Il est temps que les milliards dépensés pour les évacuations médicales des ministres soient réinvestis dans la construction d’hôpitaux modernes. Il est temps de demander des comptes à ceux qui, depuis des décennies, sacrifient la vie de millions de citoyens pour leur propre confort.

Aujourd’hui, je suis vivant. Mais demain, combien d’autres mourront faute d’avoir eu, comme moi, une porte de sortie ? Combien de familles perdront un père, une mère, un enfant, simplement parce qu’ils sont Camerounais et non ministres ?

Cette injustice ne peut plus durer. L’histoire jugera ceux qui, par leur incompétence et leur cynisme, ont transformé un pays en un cimetière à ciel ouvert.

Conclusion: Quand tomber malade devient un crime de pauvreté

Mon exil médical en Angleterre n’était pas un choix, mais une nécessité. Mon corps, épuisé par des semaines d’intenses épreuves, n’a pas résisté. Malaria, anémie, blessures, fatigue extrême… des maladies qui, ailleurs, auraient été prises en charge rapidement, mais qui, au Cameroun, peuvent signifier une condamnation à mort. J’ai eu la chance de partir, de bénéficier d’un système de santé digne de ce nom, mais cette opportunité est un luxe inaccessible pour des millions de mes compatriotes.

Ce chapitre a démontré, à travers mon propre vécu, l’effondrement du système de santé camerounais, devenu un champ de ruines où la maladie est une loterie fatale pour les pauvres et un désagrément temporaire pour les élites. Le drame du Cameroun n’est pas un manque de ressources, mais un manque de volonté politique. Un pays qui produit des médecins d’exception, qui regorge de ressources naturelles et dont les élites dépensent des fortunes pour se soigner à l’étranger ne peut pas prétendre manquer des moyens pour offrir des soins de qualité à son peuple.

Mais pourquoi améliorer un système de santé quand ceux qui dirigent ne comptent jamais l’utiliser ?

Telle est la question fondamentale que pose le scandale des évacuations médicales. Pourquoi construire des hôpitaux performants au Cameroun quand un billet d’avion pour Paris, Genève ou Bruxelles suffit à garantir les meilleurs soins aux dirigeants ? Tant que cette inégalité flagrante existera, le Cameroun ne pourra jamais évoluer.

Le système de santé est à l’image du régime : un cercle vicieux d’incompétence, de cynisme et d’abandon. La maladie, au Cameroun, est devenue une question de classe sociale, une tragédie évitable que le gouvernement refuse de résoudre. Pendant que le peuple meurt dans l’indifférence, les dignitaires du régime dépensent chaque année des milliards de francs CFA en soins à l’étranger, au mépris des citoyens qui les ont élus.

Mon cas personnel illustre une vérité brutale : au Cameroun, seule l’élite au pouvoir a le droit de survivre. Moi, j’ai pu partir. Mais combien de Camerounais meurent chaque jour faute de médicaments, d’équipements, ou simplement d’un médecin disponible ? Combien de mères voient leurs enfants leur être arrachés parce qu’une perfusion, une simple poche de sang ou un respirateur n’étaient pas disponibles ? Combien de destins brisés par un système qui considère la vie humaine comme une variable négligeable ?

L’effondrement du système de santé camerounais n’est pas une fatalité. C’est une décision politique. Tant que le pays sera gouverné par une élite qui ne croit pas en ses propres infrastructures, qui méprise son peuple et qui refuse de bâtir un État digne de ce nom, la maladie continuera d’être une condamnation pour les plus vulnérables. L’histoire jugera ces criminels qui, au lieu de servir le peuple, l’ont condamné à mourir dans la souffrance et l’indifférence.

Si je suis encore en vie aujourd’hui, c’est parce que j’ai pu fuir. Mais qu’adviendra-t-il de ceux qui n’ont pas d’issue de secours ?

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère (SUITE 3)

CHAPITRE 4: QUAND L’ADIEU À MA MÈRE DEVIENT UN RÉVÉLATEUR: OBSÈQUES, EXCLUSION SOCIALE ET TRAHISON DES TRADITIONS SOUS LE RÉGIME DU RDPC

Introduction : Un dernier hommage dans un pays fracturé

Un enterrement est bien plus qu’un simple rituel funéraire ; il est un moment de communion, un témoignage de respect et d’amour, un acte de mémoire collective. C’est une parenthèse où la famille, les amis, les collègues, et la communauté se rassemblent, non seulement pour pleurer une disparition, mais aussi pour célébrer une vie. Pourtant, dans le Cameroun du RDPC, même un événement aussi sacré qu’un dernier hommage devient un terrain d’affrontement politique, une démonstration de l’exclusion sociale systémique imposée par le régime en place.

Lorsque j’ai conduit les obsèques de ma mère, je m’attendais à un moment de recueillement, à un instant où l’unité familiale et communautaire transcenderait les divisions. Mais ce que j’ai vu, ressenti et vécu ce jour-là a révélé avec une brutalité implacable l’état de décomposition avancée de la société camerounaise sous le joug du RDPC. L’absence de mes collègues de l’IRIC, l’Institut des Relations Internationales du Cameroun, a mis en lumière une intelligentsia soumise, réduite au silence et privée de toute ambition intellectuelle indépendante. La non-présence des figures influentes du parti au pouvoir dans ma famille a confirmé la politisation extrême des relations sociales. L’absence des chefs traditionnels, censés être les garants de la cohésion communautaire, a démontré que même le socle de nos traditions a été infiltré et perverti par le régime.

Ce dernier hommage à ma mère ne fut donc pas qu’une simple cérémonie d’adieu. Il s’est transformé en un révélateur brutal des fractures profondes qui rongent le Cameroun : un pays où l’appartenance politique détermine l’inclusion ou l’exclusion sociale, où la fonction publique est devenue une machine de clientélisme et d’intimidation, où la chefferie traditionnelle a troqué son indépendance pour une servitude politique, et où l’élite intellectuelle a renoncé à son rôle critique pour devenir une chambre d’écho du pouvoir.

Avec le Patriarche Marcel YONDO et Vincent NKONG- NJOCK

Cette partie explore ces différentes dimensions de la fracture sociale et politique du Cameroun à travers quatre aspects majeurs :

1. L’absence des collègues de l’IRIC : quand l’élite intellectuelle choisit le silence plutôt que l’engagement

• Loin d’être un simple incident anecdotique, le refus des membres de l’IRIC de venir rendre hommage à ma mère illustre un malaise profond dans l’intelligentsia camerounaise. L’institut, censé former les futurs cadres diplomatiques du pays, est devenu une maison de résonance du RDPC, un bastion du conformisme où toute pensée critique est réprimée. À travers cette analyse, nous verrons comment le Cameroun a brisé l’esprit de ses intellectuels, les transformant en bureaucrates dociles, incapables de défendre des idées de progrès et de développement.

2. L’exclusion sociale sous le RDPC : un système de domination par la peur et l’isolement

• Le RDPC ne se contente pas d’exercer un pouvoir autoritaire sur les institutions, il fracture aussi le tissu social en opposant ceux qui lui sont loyaux à ceux qui osent penser autrement. L’absence des membres influents du parti lors des obsèques de ma mère démontre la profondeur de cette stratégie d’isolement et de répression sociale. Ce chapitre analyse comment le RDPC a réussi à diviser même les familles, à créer un climat de méfiance où le simple fait d’assister aux funérailles d’un opposant politique est perçu comme un acte de dissidence.

3. L’absence de la chefferie traditionnelle : la domestication des gardiens des traditions par le régime

• Dans les sociétés africaines, les chefs traditionnels sont censés être les piliers de la cohésion sociale, les protecteurs des valeurs ancestrales et les arbitres des conflits. Pourtant, au Cameroun, ils sont devenus des marionnettes du pouvoir, subordonnés au RDPC et contraints d’ignorer les souffrances de leurs propres populations. L’absence des chefs lors des funérailles de ma mère n’était pas un simple oubli, mais un acte politique : une démonstration de leur soumission totale à un régime qui les a vidés de leur autorité morale. Ce chapitre démontrera comment la capture de la chefferie par l’État a affaibli les structures communautaires et rendu les populations encore plus vulnérables face aux abus du pouvoir central.

4. Un hommage authentique : quand la vraie famille transcende les divisions artificielles

• Malgré ces absences et ces trahisons, la cérémonie a révélé une autre vérité : celle d’une famille véritable, non pas celle dictée par la politique ou les affiliations, mais celle du quotidien, du partage, de l’amour sincère et inconditionnel. Si les figures influentes du RDPC et les élites corrompues ont choisi de briller par leur absence, les amis sincères, les voisins, les proches et les anonymes ont répondu présents, prouvant que la solidarité humaine ne peut être totalement étouffée par la machine du régime. La messe pontificale, célébrée par Mgr Achille Eyabi, a marqué un moment de recueillement et de dignité, prouvant que, même dans un pays fracturé, certains espaces de vérité et d’humanité persistent.

Ainsi, ces obsèques ont été bien plus qu’un adieu à une mère ; elles ont été le miroir des maux profonds du Cameroun sous le RDPC. Elles ont révélé l’ampleur de l’exclusion sociale orchestrée par le régime, la soumission de l’élite intellectuelle, la trahison des valeurs traditionnelles par la chefferie et, paradoxalement, la force de la solidarité humaine face à l’oppression.

Un enterrement ne devrait jamais être un acte politique, et pourtant, au Cameroun, il l’est devenu. Quand même les morts ne peuvent rassembler les vivants, c’est que le régime en place a réussi à pervertir jusqu’aux liens les plus sacrés de la société. Mais l’histoire nous enseigne aussi que tout système de domination fondé sur la peur et la division finit un jour par s’effondrer.

Ce récit est donc à la fois un constat amer et un appel à la résilience : tant que l’humain prévaudra sur la politique, tant qu’il y aura des hommes et des femmes refusant de plier devant l’injustice, alors l’exclusion sociale imposée par le RDPC ne sera jamais totale.

I. L’absence des collègues de l’IRIC : Quand l’élite intellectuelle choisit le silence plutôt que l’engagement

L’intellectuel est censé être une boussole pour la société, un phare dans l’obscurité du conformisme et de la pensée unique. Pourtant, au Cameroun, l’élite académique s’est transformée en spectatrice silencieuse du délitement national. Le silence assourdissant de mes collègues de l’IRIC lors des obsèques de ma mère est la preuve que, dans ce pays, même la mort est politisée.

L’IRIC, censé former les élites diplomatiques du Cameroun, devrait être un creuset de réflexion critique sur l’État, la gouvernance et les relations internationales. Mais au lieu de cela, il est devenu une maison de résonance du RDPC, où la pensée critique s’arrête là où commence la peur des représailles.

Le jour des funérailles, je n’ai pas seulement enterré ma mère. J’ai aussi constaté la mort de la solidarité intellectuelle, l’agonie d’un milieu académique qui a renoncé à sa mission première : éclairer la société, dénoncer l’injustice, être un contre-pouvoir.

Quand le silence devient une forme de complicité

Si mes collègues de l’IRIC ont brillé par leur absence, ce n’est pas parce qu’ils ne pouvaient pas venir. C’est parce qu’ils ont choisi de ne pas être associés à un homme qui défie l’ordre établi. Le simple fait d’assister aux obsèques d’un intellectuel engagé dans l’opposition politique est perçu comme une prise de position risquée. Dans le Cameroun de Paul Biya, tout geste, même le plus anodin, est scruté à travers le prisme de l’allégeance au pouvoir.

Ce mutisme collectif est révélateur d’une dynamique plus large. L’universitaire camerounais, jadis figure respectée et redoutée du débat public, est devenu un fonctionnaire de la pensée, un bureaucrate du savoir, un diplomate du silence. Son rôle n’est plus de questionner l’État, mais de le légitimer par des discours vides et des recherches sans impact.

L’intellectuel camerounais : un prisonnier volontaire du système

Pourquoi ce silence ? Par peur, bien sûr. Au Cameroun, l’intellectuel qui ose parler est puni ; celui qui se tait est récompensé. Les nominations, les subventions, les promotions sont conditionnées par un allégeance tacite au régime. L’université, censée être un sanctuaire de la pensée libre, est aujourd’hui un laboratoire de l’autocensure.

En refusant de s’associer à un collègue qui défie le pouvoir, mes anciens camarades de l’IRIC ont confirmé qu’ils sont prisonniers d’un système où l’intellectuel ne doit pas penser, mais réciter. Ils ont choisi la prudence plutôt que la loyauté, la carrière plutôt que le courage, le silence plutôt que la vérité.

Une élite qui trahit sa mission

L’intellectuel n’a pas pour mission de se cacher derrière des titres et des privilèges. Il a le devoir de questionner, de déranger, de proposer. Mais au Cameroun, il est devenu un spectateur passif, un témoin muet de la déchéance nationale.

Le silence de mes collègues n’est pas juste une lâcheté individuelle, c’est une trahison collective. Une trahison de la jeunesse qui attend des modèles, une trahison du peuple qui a besoin de guides, une trahison de la mémoire des penseurs africains qui ont risqué leur vie pour une société plus juste.

À quoi sert un intellectuel qui ne pense pas ? À quoi sert un enseignant qui n’enseigne pas la vérité ? À quoi sert une élite qui préfère la soumission au combat ?

Dans ce Cameroun où l’intelligence est devenue un crime et le silence une vertu, il n’est plus étonnant que la médiocrité triomphe et que l’exclusion soit le prix du courage.

II. L’exclusion sociale sous le RDPC : un système de domination par la peur et l’isolement

Le régime du RDPC ne se contente pas de gouverner par la force ou la fraude électorale. Il contrôle aussi la société par un mécanisme insidieux : l’exclusion sociale. Dans le Cameroun de Paul Biya, ne pas appartenir au RDPC, c’est être marginalisé, isolé, traité comme un paria.

Un système qui brise les liens sociaux

L’absence de nombreux proches, collègues et figures influentes lors des obsèques de ma mère en est une illustration parfaite. Ce n’était pas un oubli. Ce n’était pas une coïncidence. C’était un message. Un message envoyé par un système qui punit ceux qui osent penser différemment. Refuser de soutenir le RDPC, c’est être mis au ban de la société, c’est voir ses relations s’effriter, c’est devenir un “intouchable” dans son propre pays.

Ce phénomène ne me concerne pas uniquement. Il est vécu par des milliers de Camerounais qui osent ne pas plier le genou devant le parti au pouvoir. Dans l’administration, dans les entreprises, dans les familles mêmes, le RDPC a instauré une logique d’exclusion où l’appartenance politique détermine qui a droit au respect, à l’entraide, au simple lien humain.

Diviser pour mieux régner

La stratégie est claire : créer une fracture sociale entre ceux qui “sont avec le parti” et ceux qui refusent de se soumettre. Ce n’est pas un hasard si les cadres du RDPC n’étaient pas présents aux funérailles. Ce n’est pas un hasard si même certains membres de ma famille affiliés au parti ont préféré l’absentéisme. La peur du régime est si profonde que même rendre hommage à une défunte devient un acte politique risqué.

On retrouve ce même mécanisme dans les milieux professionnels. Dans l’administration, une promotion n’est pas accordée sur la base du mérite, mais sur l’allégeance au RDPC. Dans les universités, les enseignants critiques sont mis à l’écart, bloqués dans leur avancement, exclus des cercles de décision. L’État ne se contente pas d’exclure ses opposants politiquement, il les condamne aussi à une mort sociale.

Une exclusion qui rappelle les divisions religieuses coloniales

L’absence de certains membres de ma famille aux obsèques de ma mère a révélé une vérité encore plus tragique : au Cameroun, la politique a remplacé la religion comme principal facteur de division sociale.

Autrefois, les familles africaines ont été déchirées par l’arrivée des religions monothéistes, qui ont imposé de nouveaux dogmes en opposition aux traditions ancestrales (Mudimbe, 1988). Aujourd’hui, le RDPC applique la même stratégie : il divise les familles, sépare les amis, et impose une allégeance idéologique comme condition d’intégration sociale.

• Soit vous êtes avec eux, soit vous êtes contre eux.

• Soit vous faites allégeance au RDPC, soit vous êtes considéré comme un paria.

Ce schéma a remplacé les valeurs d’entraide et de solidarité par une logique d’exclusion, où les liens de sang sont moins importants que les liens partisans.

Dans un pays où le pouvoir est monopolisé par une oligarchie vieillissante, l’adhésion au RDPC est devenue une condition de survie, et la neutralité un crime silencieux.

L’intimidation et le chantage comme outils de gouvernance

L’intimidation, dans ce contexte, devient un outil de gouvernance, ou du moins, de maintien du pouvoir. L’absence d’une réponse claire et cohérente du gouvernement face aux défis sociaux (comme la destruction du pont de Nkanla) est l’expression la plus évidente de ce climat de peur. Les citoyens, les intellectuels, les leaders communautaires savent qu’ils devront payer un prix s’ils osent défier l’ordre établi. C’est cette peur d’être écarté, ostracisé, voire puni, qui rends toute tentative d’opposition ou de protestation presque impossible.

Le mécanisme de chantage est subtil mais efficace : si vous ne vous alignez pas sur le pouvoir, vous perdez vos privilèges, vos relations, vos opportunités de carrière. Dans un pays où les moyens économiques et les opportunités sont limités, cette pression sociale devient écrasante. Cela pousse de nombreux Camerounais à se conformer au régime, non par conviction, mais par peur d’être réduits au silence, à la marginalisation, voire à l’anonymat total.

III. L’absence de la chefferie traditionnelle : la domestication des gardiens des traditions par le régime

Dans les sociétés africaines précoloniales, la chefferie traditionnelle était l’incarnation de l’autorité légitime, du lien ancestral et du garant de l’harmonie communautaire. Elle jouait un rôle central dans la régulation sociale, la résolution des conflits et la préservation des valeurs culturelles. Les chefs traditionnels étaient des figures respectées, au-dessus des querelles politiques, servant d’intermédiaires entre les vivants et les ancêtres, entre le peuple et les forces spirituelles.

Or, l’un des aspects les plus frappants des obsèques de ma mère a été l’absence des autorités traditionnelles, censées être les gardiennes du respect et de l’ordre moral dans nos communautés. Comment expliquer qu’une institution aussi ancrée dans notre histoire ait été dévoyée au point de devenir un simple prolongement du pouvoir politique ?

De la légitimité coutumière à l’asservissement politique : une trahison des valeurs ancestrales

Sous le régime du RDPC, les chefferies traditionnelles ont progressivement perdu leur autonomie pour devenir des instruments dociles du pouvoir central. Cette capture institutionnelle s’est faite par plusieurs moyens :

1. La cooptation et la nomination des chefs traditionnels par l’État

• Avant l’indépendance et dans les premières décennies postcoloniales, les chefs étaient désignés selon des critères historiques et coutumiers. Aujourd’hui, le RDPC a transformé cette fonction en un poste politique. Les chefs qui refusent de prêter allégeance au parti sont marginalisés, remplacés ou tout simplement ignorés.

• L’État ne reconnaît officiellement que les chefs qui servent ses intérêts, créant ainsi une fracture entre les chefs légitimes selon la tradition et ceux fabriqués par le pouvoir.

2. L’intégration des chefs dans l’appareil du RDPC

• À travers le décret présidentiel de 1977, modifié plusieurs fois, les chefs traditionnels ont été transformés en auxiliaires de l’administration, les obligeant à faire allégeance au parti unique.

• Certains d’entre eux deviennent des militants actifs du RDPC, servant plus les intérêts du parti que ceux des populations qu’ils sont censés représenter.

• Ils participent aux campagnes électorales, mobilisent leurs sujets pour voter en faveur du RDPC et répriment toute contestation locale.

3. L’instrumentalisation économique et financière des chefferies

• Les chefs traditionnels reçoivent des salaires de l’État, ce qui les place dans une situation de dépendance vis-à-vis du régime.

• En échange de cette subvention, ils doivent servir de relais du pouvoir en place, empêcher les contestations locales et neutraliser toute opposition politique dans leur territoire.

Cette domestication des chefferies traditionnelles par le RDPC a vidé ces institutions de leur essence. Plutôt que d’être des figures neutres et protectrices des populations, les chefs sont devenus des courroies de transmission du pouvoir.

L’absence de la chefferie à mes obsèques : un symbole de soumission totale au régime

Dans une société où la tradition reste profondément ancrée, les funérailles d’une personne sont un moment sacré où les chefs coutumiers ont un rôle crucial à jouer. Ils viennent honorer la mémoire du défunt, témoigner de la continuité du lien entre les vivants et les ancêtres, et réaffirmer l’appartenance du disparu à la communauté.

Le fait que les autorités traditionnelles aient brillé par leur absence lors des funérailles de ma mère n’était pas anodin. Il s’agissait d’un acte politique, une preuve de l’emprise totale du RDPC sur ces institutions supposées être indépendantes.

• Ce silence n’était pas un oubli, mais une allégeance : l’omission de leur présence à cette cérémonie reflète leur crainte d’être perçus comme proches d’un opposant politique.

• L’évitement était un message : en s’abstenant de participer, ces chefs montraient leur soumission totale au pouvoir en place, préférant l’obéissance au RDPC plutôt que le respect des traditions et des valeurs ancestrales.

Cette absence ne concernait pas seulement ma famille. Elle est le symptôme d’une situation bien plus grave qui touche toutes les familles camerounaises :

• Lorsqu’une chefferie traditionnelle préfère suivre les ordres d’un parti politique plutôt que de remplir son devoir envers son peuple, c’est que la société est en perdition.

• Lorsqu’un chef traditionnel doit choisir entre sa loyauté à l’État et son engagement envers son peuple, c’est que l’État a corrompu le fondement même de notre civilisation.

Dans un Cameroun où le RDPC a remplacé les coutumes par l’obéissance aveugle, où la parole des anciens est soumise aux injonctions de Yaoundé, que reste-t-il du respect des traditions ?

IV. Un hommage authentique : quand la vraie famille transcende les divisions artificielles

Le moment de recueillement, célébré par Mgr Achille Eyabi, docteur de l’Eglise, Evêque d’Eseka, fut une véritable messe pontificale, un hommage qui a transcendé les divisions artificielles et révélé la vraie famille. Ce fut un succès total, marquant la célébration de la vie de ma mère dans la vérité et la dignité, et une victoire de l’humanité sur la politique de division du pouvoir en place.

L’hommage rendu à ma mère fut un acte profondément émouvant et significatif, marquant bien plus qu’une simple cérémonie funéraire. Il fut, en effet, un moment de vérité et de résistance silencieuse face à la fracture sociale orchestrée par le régime du RDPC. Un hommage où la “vraie famille” s’est manifestée dans sa plus pure expression, dépassant les clivages politiques, les rivalités partisanes et les exclusions sociales. Cet hommage fut, avant tout, un rappel que, malgré les divisions imposées par le pouvoir, la véritable unité ne réside pas dans les alliances artificielles, mais dans la solidarité authentique des hommes et des femmes unis par des liens d’affection, d’histoire et de culture commune.

L’absence des membres du RDPC, ainsi que des collègues de l’IRIC, m’a profondément interpellé. Il n’était pas question ici de politique, mais de l’essence même de l’humanité : rendre hommage à un être cher, célébrer une vie, marquer un départ dans la dignité. Cette absence n’était pas seulement symbolique ; elle fut une démonstration flagrante de l’exclusion sociale systématique dont les citoyens sont victimes lorsqu’ils ne se conforment pas à la vision étroite et totalitaire du pouvoir en place. Il est difficile de ne pas voir dans cette absence une volonté délibérée d’ostracisme. Le RDPC, par son attitude, a non seulement marginalisé mon engagement politique, mais a également séparé les familles, transformant ce qui devrait être un acte de solidarité humaine en un enjeu de loyauté partisane.

Mais, malgré tout, l’âme de cette cérémonie fut celle de la famille véritable. Contrairement à l’image imposée par ceux qui se sont opposés à mon engagement, la famille qui a entouré ma mère, la véritable famille, n’a pas été celle qui se définissait par des liens politiques, mais par des liens de cœur et de mémoire. Elle n’a pas été celle des partis et des distinctions, mais celle des gens du peuple, des amis sincères, des voisins, des parents d’hier et d’aujourd’hui. Cette famille-là, la seule qui vaille, est celle qui transcende les barrières politiques et les préjugés. Elle est celle qui prend soin de l’autre sans attendre d’avantages politiques. Elle est celle qui, en silence, tisse les liens humains, ceux qui sont plus forts que toutes les manipulations et exclusions sociales.

Il est particulièrement révélateur de constater que l’absence de mes collègues de l’IRIC et des responsables du RDPC contraste directement avec la présence de ceux qui, de manière authentique, ont montré leur solidarité. Parmi eux, il y avait ceux qui se sont toujours tenus aux côtés de ma famille, indépendamment de la politique ou des affiliations partisanes. La véritable famille se compose de ceux qui sont là, dans les bons et mauvais moments, de ceux qui ont choisi de ne pas être aveuglés par des idéologies politiciennes, mais de faire preuve de respect humain et de fraternité. C’est cette famille-là qui, par sa présence, a dignement honoré la mémoire de ma mère.

Le contraste était d’autant plus frappant avec l’absence de la chefferie traditionnelle, pourtant supposée être un pilier de la communauté. Là aussi, cette absence n’était pas accidentelle. Elle témoigne de la manière dont les institutions traditionnelles, jadis considérées comme les garantes de l’unité communautaire, ont été infiltrées et dénaturées par le régime en place. La chefferie, autrefois perçue comme le lien social par excellence, a été réduite à un simple instrument de pouvoir, corrompu et isolé de la réalité du peuple. Elle ne pouvait, de ce fait, se rendre présente pour rendre hommage à une personnalité véritablement incarnée par la communauté, qui n’était pas issue de la sphère politique mais de la vie quotidienne.

L’absence de ces différentes figures du pouvoir n’a donc fait que souligner la vérité sur la société camerounaise actuelle : une société déchirée, divisée par des lignes tracées artificiellement par le régime, où la solidarité, l’humanité et l’empathie sont constamment écartées au profit d’une loyauté aveugle envers un système qui se nourrit de la division et de la peur. Mais dans ce contexte, un hommage authentique a su prendre forme, non pas à travers les gestes des puissants, mais grâce à ceux qui, loin de l’ombre de l’idéologie du RDPC, ont honoré ma mère avec sincérité et respect.

Conclusion : Un dernier adieu sous le poids d’un régime diviseur

Ce qui aurait dû être un moment de recueillement, un hommage solennel rendu à une mère disparue, s’est transformé en une démonstration éclatante du mal profond qui ronge la société camerounaise. Sous le régime du RDPC, même la mort ne suffit plus à rassembler, car elle est désormais soumise aux calculs politiques, aux allégeances partisanes et aux fractures sociales imposées par un pouvoir qui ne tolère aucune voix dissonante.

L’absence des collègues de l’IRIC a révélé l’emprise d’une culture du silence et du conformisme sur une élite intellectuelle qui, plutôt que de jouer son rôle de vigie de la société, se contente d’être l’écho du pouvoir en place. L’exclusion sociale dont j’ai été victime, au sein même de ma propre famille élargie, a mis en lumière l’un des piliers du système RDPC : diviser pour mieux régner, en instillant la peur et en brisant les liens naturels de solidarité. La soumission de la chefferie traditionnelle, autrefois bastion de la cohésion communautaire, montre combien le régime a su s’approprier les structures ancestrales pour les transformer en instruments de légitimation de son pouvoir.

Pourtant, au milieu de cette mise en scène de l’isolement et de la trahison des valeurs essentielles, une vérité éclatante s’est imposée : la vraie famille n’est pas celle dictée par les appartenances politiques, les titres ou les privilèges, mais celle qui demeure fidèle, qui résiste aux pressions et qui se tient debout dans l’épreuve. C’est cette famille-là, composée des proches sincères, des villageois et des âmes libres, qui a rendu un hommage digne à ma mère et a refusé de céder à la logique d’exclusion imposée par le régime.

Ainsi, ces obsèques sont devenues bien plus qu’une cérémonie funéraire : elles ont été une illustration tragique de la manière dont le RDPC a transformé la société camerounaise en une arène de suspicion, d’allégeance contrainte et d’opportunisme politique. Mais elles ont aussi été un acte de résistance, la preuve que malgré l’emprise du pouvoir, des poches de dignité subsistent et s’affirment.

L’histoire retiendra que, même sous le poids de la répression et de la manipulation, il existe encore des Camerounais capables de dire non à la division, capables d’honorer leurs morts sans compromission et de maintenir vivantes les valeurs de solidarité et d’authenticité que le régime tente d’enterrer. Mon adieu à ma mère a donc été aussi un adieu à une illusion : celle d’un Cameroun encore capable de fraternité sous ce régime. Mais il a été aussi un serment : celui de continuer à me battre pour un pays où plus jamais la mort ne servira d’instrument de ségrégation politique.

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère (SUITE 2)

PARTIES II et III

CHAPITRE 2: Construire avec le PEUPLE ce que la MAIRIE DE POUMA A DÉTRUIT sous LE REGARD COMPLICE DE L’ÉTAT : un acte de résistance face à l’abandon

Un État qui laisse détruire ses infrastructures vitales sans réagir est un État complice. Un État qui ignore les cris de détresse de ses citoyens est un État assassin. Et un État qui, face à la souffrance de son peuple, choisit le silence est un État mort. Le pont de Nkanla n’a pas été détruit par une catastrophe naturelle. Il a été détruit par une entreprise privée, sous le regard complice de la mairie de Pouma et dans l’indifférence totale de l’administration camerounaise.

Ce pont n’était pas un simple passage. C’était le cordon ombilical reliant les populations de Nkanla 1 et 2 au reste du pays, leur permettant d’accéder aux marchés, aux écoles, aux hôpitaux, et tout simplement de vivre. Pendant trois à quatre ans, ces populations ont été abandonnées, privées d’un droit aussi fondamental que celui de se déplacer librement.

Nous avons écrit à toutes les autorités concernées : la mairie, la sous-préfecture, la préfecture, et même les instances supérieures de l’administration centrale. Silence absolu. Pas une seule réponse, pas un seul acte concret, pas même une visite sur le terrain pour constater l’ampleur du drame. Pire encore, lorsque j’ai interpellé les autorités lors du conseil municipal du 31 décembre 2024, le représentant du préfet est resté muet, aussi inerte qu’une statue, comme si ce crime ne le concernait pas.

Alors, face à cette trahison étatique, il ne nous restait qu’une seule solution : prendre nous-mêmes en main notre destin et reconstruire ce que l’État a laissé détruire.

Ici la page FB de la chefferie de Ngompem signalant le début des travaux le 30 juin 2023 en vain

Un projet titanesque sans les moyens de l’État

Reconstruire un pont sans les moyens d’un État, dans un village tropical enclavé, relève d’un défi herculéen. Mais lorsque l’injustice devient insupportable, la résistance devient une nécessité. Nous avons donc lancé la reconstruction avec les forces et les ressources du peuple, dans un esprit de solidarité qui contraste avec la lâcheté des autorités.

Emplacement choisit pour le pont de déviation

Le coût total des travaux s’est élevé à près de 3 500 000 FCFA, entièrement financés par mes propres fonds. Un chiffre dérisoire comparé aux budgets astronomiques que l’État alloue chaque année à des projets fictifs dont l’argent disparaît dans les poches de l’élite corrompue.

Voici comment ces fonds ont été répartis :

1. Mobilisation des jeunes travailleurs :

• Près de 100 jeunes, y compris ceux des villages avoisinants comme Dibang, ont été mobilisés.

• Transport : Les amener sur le site n’a pas été une mince affaire, nécessitant des véhicules et des motos.

• Nourriture et eau potable : Travailler sous le soleil brûlant, avec des outils rudimentaires, exigeait de nourrir correctement les volontaires. Chaque jour, nous avons dû acheter du riz, du maïs, du manioc, de la viande, et de l’eau potable.

2. Prospection et coupe du bois :

• Dans une région tropicale, le choix du bois est crucial. Il fallait une essence robuste, résistante à l’humidité et aux termites.

• Nous avons mené une prospection en forêt pendant plusieurs jours, identifiant les arbres appropriés et organisant leur abattage dans le respect de l’environnement et des traditions locales.

• Transport du bois : Une tâche titanesque. Faute de grues ou d’équipements modernes, nous avons transporté les troncs à la force humaine et avec des charrettes improvisées.

3. Construction du pont :

• Assemblage des poutres : Sans machines, tout a été fait à la hache, à la scie et à la machette. Chaque poutre a été taillée avec précision pour garantir la stabilité de l’ouvrage.

• Fixation et renforcement : Nous avons utilisé des cordes solides, des clous en acier et des techniques artisanales éprouvées par des générations de bâtisseurs locaux.

• Remblayage et stabilisation : La terre et les pierres ont été compactées pour solidifier les abords du pont et empêcher son effondrement en saison des pluies.

Chaque jour, sous un soleil accablant, pieds nus pour certains, avec des mains couvertes d’ampoules, ces jeunes ont travaillé sans relâche pour restaurer ce que l’État avait laissé détruire.

L’État complice : silence et mépris face à la souffrance des populations

Ce chantier a révélé deux Cameroun diamétralement opposés. D’un côté, le Cameroun du peuple, celui qui, sans ressources, sans budget, sans soutien institutionnel, est capable de reconstruire un pont vital par la force de sa volonté et de sa solidarité. De l’autre, le Cameroun des élites corrompues, qui, malgré des milliards de francs CFA en budget, est incapable de garantir une infrastructure de base à ses citoyens.

L’administration, pourtant alertée depuis des années, n’a rien fait. Et ce silence est un aveu de complicité. Comment expliquer qu’un individu privé puisse reconstruire un pont avec 3 500 000 FCFA, tandis que l’État, avec ses milliards, ne bouge pas le petit doigt ?

Ce n’est pas un oubli. Ce n’est pas une négligence. C’est une politique délibérée de mépris et de prédation. Laisser mourir les infrastructures publiques est un moyen pour la mafia au pouvoir de justifier de nouveaux budgets qu’ils détournent ensuite. Et si une communauté ose se prendre en charge, ils réagissent par la répression, car un peuple autonome est un peuple dangereux pour un régime autoritaire.

Quand la solidarité du peuple supplante l’incompétence de l’État

Face à cet abandon criminel, les jeunes de Nkanla et Dibang ont donné une leçon d’honneur et de dignité à l’administration camerounaise. Ils ont montré que la résilience et la solidarité valent mieux que les promesses creuses des politiciens.

Pendant des jours, ils ont travaillé dans des conditions extrêmes. Ils ne demandaient pas des salaires exorbitants, des contrats juteux, ou des privilèges. Ils voulaient juste rétablir un droit fondamental : celui de circuler librement sur leur propre territoire.

Et ils l’ont fait. Le pont de Nkanla a été reconstruit par la sueur et le sang de ces jeunes, et non par les milliards dilapidés dans les hôtels de luxe de Yaoundé et de Genève.

Un acte de résistance, un modèle pour l’avenir

Ce projet ne fut pas qu’une simple réparation d’infrastructure. C’était un acte de résistance politique, un défi lancé à un État qui a fait de la négligence une arme contre son propre peuple.

Si 100 jeunes ont pu reconstruire un pont avec 3 500 000 FCFA, que pourrions-nous accomplir avec une gestion honnête et patriotique des ressources publiques ? Cette question, les dirigeants du Cameroun refusent de se la poser, car la réponse est une menace pour leur règne.

Le pont de Nkanla est plus qu’un passage restauré. C’est un symbole de ce que nous, Camerounais, pouvons réaliser si nous refusons d’être esclaves d’un système corrompu.

Et si l’État refuse de nous écouter, alors nous devons bâtir notre propre avenir, pierre après pierre, poutre après poutre, en nous souvenant toujours que ce pays appartient au peuple, et non à ceux qui le pillent.

Et c’est dans cette lutte que j’ai failli laisser ma propre vie, lors de la troisième étape de mon séjour : un accident de moto sur une route délabrée, une route qui, comme tant d’autres au Cameroun, aurait dû être entretenue par un État qui, encore une fois, n’a pas fait son travail.

CHAPITRE 3 : UN ACCIDENT ÉVITABLE, UN ÉTAT CRIMINEL: QUAND LA ROUTE DEVIENT UNE ARME DE MORT

Moi, le jour des obsèques chaussant déjà une béquille auprès de Mgr

Dans un pays normal, voyager d’un point A à un point B ne devrait pas être un pari sur la vie ou la mort. Mais au Cameroun, l’état des routes est si catastrophique qu’un simple trajet peut se transformer en tragédie. Le 4 février 2025, sur la colline dangereuse de Dongui, j’ai failli perdre la vie. Victime d’un accident de moto où je partais chercher ma voiture au garage, sur une route totalement délabrée, j’ai quitté cet endroit avec une jambe en lambeaux, une douleur indicible et une conviction encore plus forte : au Cameroun, l’incurie de l’État tue autant que la répression politique.

Un réseau routier en état de mort clinique

Si l’on voulait résumer en une image l’échec du régime de Paul Biya, il suffirait de photographier une route camerounaise après une pluie. Ornières béantes, bitume éventré, poussière suffocante en saison sèche et rivières de boue en saison des pluies : tel est le sort de la majorité des axes routiers du pays.

Selon la Banque mondiale (2022), plus de 90 % des routes rurales au Cameroun sont impraticables après une forte pluie. Et pourtant, chaque année, des milliards de francs CFA sont officiellement destinés à l’entretien routier. Où va cet argent ? Dans les poches des pontes du régime, dans les comptes offshore de ministres corrompus, tandis que le peuple, lui, paie le prix du sang.

Le cas de la colline de Dongui est emblématique. Depuis des décennies, cette route est un piège mortel pour ceux qui l’empruntent. Trop pentue, mal entretenue, transformée en un véritable champ de mines par les intempéries, elle aurait dû être sécurisée depuis des années. Mais l’État camerounais ne construit pas des routes pour ses citoyens. Il en construit pour des marchés surfacturés, pour enrichir une oligarchie qui ne circule jamais sur ces axes mortels, préférant les avions privés et les convois sécurisés.

Le Cameroun enregistre l’un des taux de mortalité routière les plus élevés d’Afrique. Selon l’OMS (2023), plus de 16 500 Camerounais meurent chaque année dans des accidents de la route, soit l’équivalent d’un massacre permanent et silencieux, orchestré par l’incompétence et la corruption.

Un accident qui aurait pu m’être fatal

Ce jour-là, j’allais chercher ma voiture au garage à Pouma lorsque ma moto a perdu le contrôle sur cette route en ruine. En une fraction de seconde, j’ai vu défiler ma propre mort. La moto a percuté une crevasse, j’ai été projeté violemment au sol et ma jambe s’est écrasée sous le poids de la moto. Une douleur fulgurante a traversé mon corps. Au sol, incapable de bouger, j’ai réalisé à quel point nous, Camerounais, sommes à la merci de l’incompétence de ceux qui nous gouvernent.

Mon accident n’était pas un simple fait divers. C’était un crime d’État. Car chaque trou non réparé, chaque route abandonnée, chaque infrastructure délaissée est une sentence de mort signée par ce régime. Si les routes camerounaises étaient entretenues, cet accident ne se serait jamais produit. Mais au Cameroun, comme dans bien d’autres domaines, la norme est l’abandon, le mépris, et l’indifférence totale face aux souffrances du peuple.

L’indifférence des pouvoirs publics face à la détresse des citoyens

Après mon accident, aucun service d’urgence n’est venu me secourir. Dans un pays où les ambulances sont des luxes réservés aux ministres, les victimes d’accidents doivent compter sur la chance et la solidarité populaire. J’ai été transporté tant bien que mal par des villageois, sur une route qui, ironie du sort, était en aussi mauvais état que celle qui m’avait blessé.

Les hôpitaux camerounais, eux aussi victimes de décennies de mauvaise gestion, offrent peu d’espoir à ceux qui y arrivent en situation d’urgence. Selon le Rapport sur la Santé en Afrique (2023), plus de 60 % des hôpitaux publics camerounais souffrent d’un manque criant de matériel médical et de personnel qualifié. Pourtant, les élites du régime ne s’y soignent jamais : elles prennent l’avion pour la France, la Suisse ou les États-Unis, pendant que le peuple est abandonné à son sort dans des structures médicales délabrées.

J’ai survécu à cet accident, mais combien d’autres n’ont pas cette chance ? Combien de Camerounais meurent chaque jour sur des routes qui devraient être sûres, dans un pays qui pourrait largement se permettre de les entretenir si les fonds publics étaient réellement investis dans le développement au lieu d’être pillés par une caste prédatrice ?

Quand l’absence d’État devient une condamnation à mort

Mon accident sur la colline de Dongui est plus qu’un simple événement personnel. Il est le symbole d’un Cameroun où l’on ne meurt pas seulement de maladie ou de vieillesse, mais aussi de négligence, de corruption et de l’abandon total du peuple par ses dirigeants. Au Cameroun, chaque trajet est un pari sur la vie. Chaque kilomètre parcouru est un défi contre la mort.

Et le plus tragique, c’est que cet état des routes n’est pas une fatalité. D’autres pays africains, avec des budgets similaires, ont su construire et entretenir des infrastructures viables. Le Rwanda, malgré des ressources bien moindres, possède un réseau routier en bien meilleur état que le Cameroun, simplement parce que la corruption y est combattue et que l’argent public sert réellement à l’intérêt collectif.

Mais au Cameroun, l’État ne sert pas le peuple. Il le méprise. Il le sacrifie. Il lui impose une souffrance quotidienne qui, à force d’être banalisée, est devenue la norme. Et c’est cette normalisation du chaos qui est la plus révoltante.

Je suis reparti de la colline de Dongui avec une jambe meurtrie, mais avec une détermination encore plus forte : ce pays ne changera pas tant que ceux qui l’ont plongé dans cet état ne seront pas balayés.

Si nous acceptons cet état des choses, alors nous nous condamnons nous-mêmes à mourir sur des routes éventrées, dans des hôpitaux sans médicaments, dans des écoles qui s’effondrent. Mais si nous refusons, si nous nous levons pour exiger des comptes, pour réclamer la justice, alors il reste un espoir.

De la route délabrée aux obsèques d’une mère : une transition amère

Malgré la douleur et les séquelles de mon accident, je n’avais pas le luxe de m’arrêter. Un autre combat m’attendait : rendre un dernier hommage à ma mère, dans un pays où même le deuil est politisé. Car si la route du Cameroun est un enfer physique, le système politique qui l’accompagne est un enfer moral où la division, la haine et la peur dictent qui peut pleurer avec vous et qui ne le peut pas.

A suivre …

L’ARMÉE CAMEROUNAISE : LE DERNIER REMPART DE L’ÉTAT DÉVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE, DE LA DÉMOCRATIE ET LE SOCLE D’UNE JEUNESSE EN QUÊTE DE REPÈRE

Introduction

J’ai eu l’honneur de donner des séminaires à l’École Internationale de Guerre de Yaoundé, un lieu emblématique où se forment les esprits stratégiques les plus brillants d’Afrique. C’est dans cet environnement que j’ai saisi pleinement une vérité souvent ignorée : l’armée n’est pas seulement une institution militaire, elle est l’épine dorsale de la souveraineté nationale, le dernier bastion de la démocratie et un moteur de transformation sociale.

Aujourd’hui, le Cameroun traverse des turbulences multiples. Sa jeunesse, confrontée à un chômage galopant, à l’effritement des valeurs traditionnelles et à la montée des divisions sociopolitiques, manque cruellement de repères. Les institutions civiles vacillent sous le poids des crises, et les conflits internes dans les régions anglophones ou l’Extrême-Nord menacent l’unité nationale. Dans ce contexte, l’armée camerounaise se dresse comme un pilier inébranlable, garantissant la stabilité démocratique et incarnant une citoyenneté active.

Il est vrai que l’armée n’échappe pas à la critique. Certains abus isolés dans les zones de conflit ont alimenté des débats houleux, et des organisations internationales ont pointé du doigt des dysfonctionnements. Pourtant, réduire cette institution à ces incidents serait une erreur profonde et injuste. Car, au-delà des polémiques, l’armée camerounaise est un modèle incontestable de discipline, de patriotisme et de service communautaire. Elle transcende son rôle militaire pour devenir un acteur de développement, de cohésion sociale et un repère essentiel pour une jeunesse en quête de direction.

Plus qu’un simple rempart contre les menaces internes et externes, l’armée est aujourd’hui le dernier garant de la démocratie camerounaise. Dans une sous-région marquée par des coups d’État et des transitions forcées, elle a su maintenir une neutralité politique exemplaire et protéger les fondements constitutionnels du pays. À une époque où la résilience de l’État est testée, où les tensions identitaires mettent à mal l’unité, et où les jeunes cherchent une voie, le Cameroun a plus que jamais besoin de son armée pour préserver sa souveraineté et raviver l’espoir d’une nation unie.

Cet article défend une thèse inhabituelle mais profondément ancrée dans la réalité : l’armée camerounaise, malgré ses défis, incarne le dernier rempart contre la fragmentation sociale et politique. Par ses actions de développement communautaire, son engagement civique et son rôle stabilisateur, elle représente une institution indispensable pour la survie et l’épanouissement du modèle républicain camerounais. Quand tout vacille, l’armée demeure le socle sur lequel le Cameroun peut reconstruire son avenir.

I. L’armée camerounaise : un modèle de citoyenneté républicaine

Dans un Cameroun marqué par des fractures sociales et des tensions régionales, l’armée camerounaise s’est affirmée comme un pilier de la citoyenneté républicaine. Sa mission dépasse le simple maintien de l’ordre et la défense des frontières. Elle incarne des valeurs fondamentales qui structurent la société : l’unité nationale, la discipline, le respect des institutions et la promotion d’une citoyenneté active.

A. Une institution garante de l’unité nationale

Depuis l’indépendance, l’armée camerounaise a été pensée comme une institution capable de transcender les divisions ethniques et linguistiques du pays. À travers une politique de recrutement inclusive, elle reflète la diversité culturelle du Cameroun, ce qui renforce son rôle dans la consolidation de l’unité nationale.

Selon Tchouala (2018), « la structure multiethnique des forces armées camerounaises symbolise une volonté de dépasser les clivages identitaires et de forger un véritable esprit de fraternité nationale ».

Exemple concret : Chaque année, l’École Militaire Interarmées (EMIA) forme des officiers provenant de toutes les régions du Cameroun. Ces futurs cadres, en interagissant avec des camarades issus d’autres groupes culturels, développent une vision unifiée et collective de la nation.

L’armée s’efforce également d’apaiser les tensions régionales par sa présence dans les zones historiquement marginalisées. Par exemple, dans l’Extrême-Nord, elle ne se limite pas à lutter contre Boko Haram, mais elle s’implique aussi dans des projets de développement, renforçant ainsi la confiance entre les populations locales et l’État.

B. La discipline et le patriotisme comme piliers éducatifs

L’armée camerounaise est non seulement une force de défense, mais aussi une école de discipline et de patriotisme. Dès leur intégration, les recrues reçoivent une formation rigoureuse basée sur des valeurs telles que l’intégrité, la loyauté et le service à la nation.

Pondi (2016) souligne que « l’armée camerounaise incarne une école de citoyenneté où les recrues apprennent à mettre l’intérêt collectif au-dessus des intérêts individuels ».

Exemple concret : Les célébrations annuelles de la fête nationale du 20 mai, organisées par les forces armées, ne se limitent pas à des parades militaires. Elles incluent des ateliers éducatifs pour les jeunes, visant à promouvoir le sens du devoir et l’amour pour la patrie.

Ces efforts se traduisent également par la participation de l’armée à des programmes de sensibilisation dans les écoles. En 2022, par exemple, des officiers ont visité 50 établissements scolaires dans tout le pays pour dispenser des cours sur le civisme, le respect des institutions et les droits humains. Cette initiative, organisée en partenariat avec le ministère de l’Éducation de base, a touché plus de 30 000 élèves.

C. L’armée comme rempart contre les dérives populistes

Dans un environnement marqué par des tensions politiques croissantes, l’armée camerounaise joue un rôle crucial en tant que stabilisateur institutionnel. Contrairement à certaines armées de la sous-région, souvent instrumentalisées à des fins partisanes, l’armée camerounaise a su maintenir une neutralité politique.

Comparaison régionale :

• Au Tchad, l’armée est souvent perçue comme un outil de répression au service des régimes en place.

• En République centrafricaine, des éléments des forces armées se sont alignés sur des factions politiques, exacerbant les conflits internes.

En revanche, l’armée camerounaise a su préserver son image de gardienne des institutions républicaines, favorisant la stabilité et la cohésion sociale.

Exemple concret : Lors des élections générales de 2018, l’armée a été déployée pour sécuriser le processus électoral dans les zones sensibles. Contrairement à d’autres pays où les forces militaires interfèrent dans les résultats, l’armée camerounaise a strictement respecté son rôle, contribuant à renforcer la crédibilité des institutions démocratiques.

D. Une réponse aux crises identitaires et sociales

Le Cameroun, souvent qualifié d’« Afrique en miniature » en raison de sa diversité ethnique, linguistique et religieuse, fait face à des défis identitaires majeurs. Dans ce contexte, l’armée joue un rôle pédagogique en renforçant les valeurs de respect et de tolérance.

Selon Mouiche (1996), « en associant des jeunes de différents horizons au sein des forces armées, l’armée camerounaise crée un espace de dialogue interculturel, atténuant ainsi les tensions communautaires ».

En 2021, dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des campagnes de sensibilisation menées par l’armée ont mis l’accent sur la coexistence pacifique. Ces efforts incluaient des ateliers sur le vivre-ensemble, animés par des officiers formés en médiation culturelle.

II. Un acteur central du développement communautaire

Loin de se limiter à ses fonctions traditionnelles de défense et de sécurité, l’armée camerounaise s’illustre comme un moteur de développement communautaire. Ses actions vont au-delà des opérations militaires, en touchant directement des aspects critiques du bien-être social. Dans un pays où les inégalités régionales persistent, notamment dans les zones enclavées, l’armée joue un rôle de bâtisseur et de vecteur de transformation sociale.

A. Contributions concrètes au développement local

Les contributions de l’armée camerounaise au développement communautaire se matérialisent par la construction et la réhabilitation d’infrastructures dans des zones délaissées. Ces initiatives, menées souvent en collaboration avec des organisations locales et internationales, visent à améliorer l’accès aux services essentiels.

Projets d’infrastructures :

En 2021, l’armée a construit 15 écoles dans des zones rurales des régions du Nord et de l’Extrême-Nord, accueillant plus de 10 000 élèves. Ces écoles ont permis de scolariser des enfants déplacés par les conflits avec Boko Haram, offrant ainsi une chance à la jeunesse d’accéder à une éducation de base.

Exemple spécifique : À Mozogo (Extrême-Nord), une unité du Génie militaire a construit un centre scolaire entièrement équipé pour des élèves déplacés, avec le soutien de l’UNICEF.

• Amélioration des infrastructures de santé :

En collaboration avec le ministère de la Santé, l’armée a réhabilité plusieurs centres de santé dans les régions isolées. En 2020, 4 centres médicaux ont été remis à neuf dans la région de l’Est, facilitant l’accès aux soins pour plus de 50 000 habitants.

• Accès à l’eau potable :

Des forages ont été installés dans des villages éloignés, comme ceux de la région de l’Adamaoua, permettant à des milliers de familles de bénéficier d’un accès à l’eau potable. Ces efforts réduisent les risques de maladies hydriques dans des zones particulièrement vulnérables.

B. Soutien humanitaire en temps de crise

L’armée camerounaise joue également un rôle humanitaire crucial lors des crises humanitaires et des catastrophes naturelles. Dans ces situations, ses capacités logistiques et organisationnelles deviennent un atout indispensable pour répondre aux besoins urgents des populations.

Réponse aux déplacements massifs :

Les conflits avec Boko Haram dans l’Extrême-Nord ont entraîné des déplacements massifs de populations. En 2020, l’armée a distribué des vivres, des vêtements et des fournitures médicales à plus de 20 000 réfugiés internes dans les camps de Kolofata et Mora.

Human Rights Watch (2021) reconnaît que « l’armée camerounaise, en dépit de défis structurels, a su mobiliser ses ressources pour atténuer les souffrances des populations déplacées. »

• Aide en période de catastrophes naturelles :

Lors des inondations de 2019 dans la région de l’Extrême-Nord, l’armée a déployé des équipes pour construire des digues temporaires, reloger des familles et distribuer des vivres. Ces interventions ont permis d’éviter une aggravation de la crise humanitaire.

Soins médicaux d’urgence :

En partenariat avec des ONG, l’armée a mis en place des cliniques mobiles pour fournir des soins gratuits dans les zones de conflit. En 2022, plus de 5 000 consultations médicales ont été réalisées grâce à ces initiatives dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

C. Programmes éducatifs et civiques pour la jeunesse

Consciente de l’importance de l’éducation et de la formation civique, l’armée a développé des programmes spécifiques pour la jeunesse camerounaise. Ces initiatives visent à inculquer des valeurs citoyennes, à promouvoir la discipline et à encourager la participation communautaire.

Camps civiques pour les jeunes :

Depuis 2018, des camps organisés par les forces armées accueillent chaque année des milliers de jeunes Camerounais. Ces camps enseignent des compétences pratiques (agriculture, menuiserie, etc.) tout en sensibilisant les participants aux droits et devoirs des citoyens.

Exemple spécifique : En 2022, un camp civique organisé à Garoua a formé 500 jeunes, dont beaucoup étaient issus de milieux vulnérables.

• Ateliers de sensibilisation au civisme :

L’armée organise régulièrement des ateliers dans les écoles secondaires, où des officiers expliquent aux élèves l’importance de valeurs telles que le respect des institutions, la solidarité et le patriotisme. Ces actions ont touché plus de 30 000 élèves entre 2019 et 2022, selon le ministère de la Défense.

Promotion de l’engagement communautaire :

En encourageant les jeunes à participer à des projets locaux, l’armée crée des ponts entre les générations et favorise un sentiment d’appartenance à la nation. Par exemple, des campagnes de reboisement menées dans la région de l’Ouest ont mobilisé plus de 1 000 jeunes volontaires sous la supervision de militaires.

D. L’armée comme catalyseur du vivre-ensemble

Le Cameroun, pays aux multiples identités culturelles, linguistiques et religieuses, a souvent été confronté à des tensions communautaires. L’armée, par son action inclusive et ses initiatives de dialogue, s’est imposée comme un acteur clé du vivre-ensemble.

Exemple spécifique : Dans les régions anglophones, où les tensions sont particulièrement vives, des officiers spécialement formés en médiation culturelle ont organisé des forums de dialogue en 2021. Ces initiatives, qui ont réuni des leaders communautaires, religieux et des jeunes, ont permis de désamorcer certaines tensions locales.

Selon Mouiche (1996), « en intervenant dans les crises sociales avec une approche de dialogue et de médiation, l’armée transcende son rôle militaire pour devenir un acteur du renforcement de la cohésion nationale. »

III. Une institution exemplaire malgré les défis et une comparaison régionale favorable

Bien que l’armée camerounaise joue un rôle fondamental dans la consolidation de la citoyenneté et le développement communautaire, elle n’échappe pas à des défis. Ces défis, bien que notables, n’éclipsent pas son caractère exemplaire, surtout lorsqu’elle est comparée aux armées de la sous-région Afrique centrale. Cette partie met en lumière les critiques, les réformes en cours, et démontre pourquoi l’armée camerounaise reste un modèle face à ses homologues régionaux.

A. Des défis liés aux conflits internes

Depuis 2016, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont en proie à une crise sociopolitique connue sous le nom de conflit anglophone. Ce conflit a mis à rude épreuve l’armée camerounaise, qui s’efforce de rétablir la paix tout en limitant les débordements. Cependant, des incidents isolés d’abus ont terni son image.

Critiques des ONG : Des organisations comme Human Rights Watch ont documenté des cas d’arrestations arbitraires, d’exactions et de violences commises par certains éléments de l’armée. Par exemple, un rapport de 2021 mentionne des abus dans les localités de Bamenda et Kumbo, affectant la perception de l’armée dans ces zones.

Mouiche (1996) nuance cette critique en affirmant que « les dérives observées dans les zones de conflit ne doivent pas occulter le rôle stabilisateur et éducatif global de l’armée camerounaise. »

Réformes en cours : En réponse, l’État camerounais a renforcé les formations en droits humains pour les militaires déployés dans ces zones. En 2022, 500 soldats ont suivi des séminaires sur le droit international humanitaire, en partenariat avec le Comité international de la Croix-Rouge.

B. Une gestion délicate des tensions communautaires

Outre les zones anglophones, l’armée opère également dans l’Extrême-Nord, où elle combat Boko Haram. Si les interventions ont permis de limiter l’expansion du groupe terroriste, des tensions subsistent entre l’armée et certaines populations locales.

Exemple concret : À Kolofata en 2020, des accusations de pillages ont été portées contre des soldats, ce qui a nécessité une intervention disciplinaire des autorités militaires.

Réaction institutionnelle : Ces incidents, bien qu’isolés, ont poussé l’armée à renforcer ses mécanismes internes de contrôle et à établir des équipes de médiation pour désamorcer les tensions.

C. Comparaison avec les armées de la sous-région

Lorsque l’on compare l’armée camerounaise aux autres forces armées d’Afrique centrale, il devient évident qu’elle s’affirme comme un modèle de discipline et de citoyenneté, en particulier dans son approche du développement communautaire.

1. Cameroun vs Tchad : une armée plus équilibrée

Le Tchad est souvent perçu comme une puissance militaire dans la lutte contre le terrorisme. Cependant, l’armée tchadienne est critiquée pour son manque de neutralité politique et son recours fréquent à la répression.

• Comparaison :

• L’armée tchadienne, bien qu’efficace sur le plan militaire, reste un outil du régime pour asseoir son autorité.

• En revanche, l’armée camerounaise, malgré des défis internes, montre une volonté d’équilibrer ses missions militaires avec des actions sociales et civiques.

2. Cameroun vs Gabon : une armée plus impliquée dans la société civile

Au Gabon, l’armée est principalement concentrée sur la protection du régime en place, avec peu d’implication dans le développement communautaire.

Comparaison :

• Contrairement au Cameroun, où l’armée construit des écoles, des routes et distribue des vivres, l’armée gabonaise reste cantonnée à un rôle de maintien de l’ordre.

• Les projets sociaux de l’armée camerounaise renforcent son lien avec la population, un point souligné par Tchouala (2018), qui affirme que « l’armée camerounaise, par ses actions civiques, bâtit un pont entre l’État et le peuple. »

3. Cameroun vs République centrafricaine : un rôle stabilisateur

En République centrafricaine, l’armée nationale est affaiblie et dépend fortement des forces étrangères pour maintenir l’ordre. Le Cameroun, en revanche, dispose d’une armée autonome et proactive, capable de mener des missions complexes sans dépendre d’appuis extérieurs.

D. Les réformes nécessaires pour maintenir l’exemplarité

Malgré ses réussites, l’armée camerounaise peut encore améliorer certains aspects pour consolider son rôle exemplaire. Voici quelques pistes :

1. Renforcer la transparence :

• La création d’une commission indépendante pour surveiller les abus dans les zones de conflit renforcerait la confiance du public.

2. Améliorer la formation continue :

• Intégrer des modules de gestion des tensions communautaires et de médiation culturelle dans les programmes de formation des officiers.

3. Institutionnaliser les partenariats civils :

• Collaborer davantage avec les ONG et les associations locales pour maximiser l’impact des projets sociaux et humanitaires.

IV. L’armée camerounaise : dernier rempart de la démocratie camerounais

Selon Pondi (2016), « l’armée camerounaise, en se tenant à l’écart des conflits politiques, incarne l’idéal d’une force armée républicaine entièrement dédiée au service de la nation. »

Dans un contexte où les institutions civiles vacillent sous le poids des crises politiques, économiques et sociales, l’armée camerounaise s’impose comme le dernier rempart de la démocratie et de la souveraineté nationale. Bien plus qu’un simple outil de défense, elle joue un rôle stratégique dans la préservation des valeurs républicaines et la stabilité démocratique. Cette section met en lumière son rôle clé en tant que garant de l’ordre constitutionnel et de la cohésion nationale.

A. Une neutralité politique exemplaire

Contrairement à d’autres pays de la sous-région où les armées se sont souvent impliquées dans des coups d’État ou des luttes de pouvoir, l’armée camerounaise a su maintenir une neutralité politique qui renforce sa légitimité et sa crédibilité.

Un positionnement non partisan :

• Lors des élections générales de 2018, marquées par des tensions politiques, l’armée a assuré la sécurité du processus électoral sans interférer dans les résultats. Elle a permis aux institutions civiles de fonctionner normalement tout en veillant à la protection des populations.

Un contraste avec les armées de la région :

• Au Tchad ou en Guinée équatoriale, les forces armées sont régulièrement perçues comme des outils de maintien au pouvoir des régimes en place. À l’opposé, l’armée camerounaise s’efforce de préserver une indépendance qui la distingue dans une sous-région souvent marquée par des dérives autoritaires.

B. Un rôle clé dans la protection de la souveraineté nationale

Face aux menaces internes et externes, l’armée est un acteur incontournable pour garantir l’intégrité territoriale et la continuité de l’État.

1. La lutte contre les insurrections internes :

• Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, l’armée a été déployée pour protéger les institutions républicaines contre les velléités sécessionnistes. Bien que des abus aient été signalés, son rôle central dans le maintien de l’ordre et la défense de l’intégrité territoriale est indéniable.

Exemple concret : En 2020, les forces armées ont sécurisé les administrations locales de Bamenda, permettant à la justice et aux services publics de reprendre leurs fonctions.

2. La lutte contre les menaces transnationales :

• Face à Boko Haram, l’armée a non seulement protégé le Cameroun, mais a également collaboré avec les pays voisins dans le cadre de la Force multinationale mixte (FMM) pour garantir la stabilité régionale.

Human Rights Watch (2021) note que « l’armée camerounaise, malgré ses défis, est un pilier dans la lutte contre le terrorisme en Afrique centrale, contribuant à préserver la souveraineté nationale et régionale. »

C. Un garant de la continuité constitutionnelle

L’armée camerounaise est aussi un rempart contre les menaces qui pourraient ébranler la démocratie, telles que les tentatives de prise de pouvoir illégale ou les crises institutionnelles.

Un engagement en faveur de la légalité constitutionnelle :

• En 2019, alors que certains groupes politiques contestaient la légitimité des institutions, l’armée s’est mobilisée pour protéger les infrastructures publiques et garantir la continuité des services de l’État.

Exemple concret : Lors des manifestations post-électorales de 2018, les forces armées ont agi en concert avec la police pour éviter les débordements, tout en respectant les principes de proportionnalité.

Une position de stabilisateur national :

• Contrairement à certains pays d’Afrique où les transitions de pouvoir sont souvent accompagnées de crises militaires, le Cameroun a bénéficié de la stabilité relative offerte par une armée disciplinée et respectueuse de l’ordre républicain.

D. L’armée comme ultime protectrice des libertés publiques

Bien que l’armée soit associée à la sécurité et à l’ordre, elle joue également un rôle indirect dans la protection des libertés publiques. En sécurisant les processus démocratiques et en veillant à la continuité de l’État, elle garantit un environnement où les citoyens peuvent exercer leurs droits fondamentaux.

Exemple concret : Lors des élections municipales et législatives de 2020, l’armée a été déployée dans les régions sensibles pour permettre aux citoyens de voter en toute sécurité.

• Tchouala (2018) affirme que « l’armée camerounaise, en sécurisant l’espace public, permet l’expression des libertés fondamentales tout en évitant les dérives anarchiques. »

V. Recommandations pour pérenniser le rôle modèle de l’armée camerounaise

Si l’armée camerounaise s’est affirmée comme un pilier de citoyenneté et de développement communautaire, elle doit encore consolider son rôle pour répondre pleinement aux attentes d’une jeunesse en quête de repères. Cette section propose des recommandations stratégiques visant à renforcer son impact civique, sa crédibilité et son exemplarité, tout en maximisant son influence positive sur la société camerounaise.

A. Renforcer la transparence et la reddition des comptes

L’une des principales critiques adressées à l’armée camerounaise concerne le manque de transparence dans certaines de ses opérations, en particulier dans les zones de conflit. Pour préserver sa légitimité et renforcer la confiance des populations, des mécanismes de contrôle et de reddition des comptes doivent être mis en place.

1. Créer une commission indépendante de surveillance :

• Une entité autonome composée de représentants de l’armée, d’organisations de la société civile et d’experts en droits humains pourrait enquêter sur les abus et recommander des mesures disciplinaires.

Exemple inspirant : Le Rwanda a mis en place des organes de suivi similaires pour garantir l’éthique de ses forces armées, contribuant à améliorer leur image internationale.

2. Publier des rapports périodiques sur les activités militaires :

• Un rapport annuel détaillant les actions civiques, les dépenses et les progrès réalisés dans les zones de conflit renforcerait la transparence.

B. Investir davantage dans la formation aux droits humains

L’efficacité de l’armée camerounaise repose sur la discipline de ses membres, mais celle-ci doit être complétée par une solide formation sur les droits humains et les principes de citoyenneté.

1. Institutionnaliser la formation en droit international humanitaire :

• Tous les niveaux hiérarchiques devraient suivre des modules obligatoires sur les droits humains, le droit des conflits armés et les techniques de gestion des populations civiles.

2. Renforcer la sensibilisation à la médiation communautaire :

• Former des officiers spécialisés dans la gestion des tensions intercommunautaires, notamment dans les régions anglophones et septentrionales.

Selon Mouiche (1996), « une armée qui intègre la médiation dans son approche stratégique devient un acteur clé de pacification et de réconciliation nationale. »

C. Étendre les initiatives civiques pour la jeunesse

Pour répondre à la désorientation de la jeunesse camerounaise, l’armée pourrait intensifier ses programmes de sensibilisation et d’encadrement civique. Ces initiatives seraient une réponse directe aux frustrations des jeunes et un moyen efficace de promouvoir les valeurs républicaines.

1. Multiplier les camps civiques à l’échelle nationale :

• Organiser des sessions régulières pour former les jeunes aux principes de citoyenneté, de leadership et de participation communautaire.

Exemple concret : Les camps organisés dans la région de Garoua en 2022 pourraient être élargis à d’autres régions, avec un objectif de toucher au moins 10 000 jeunes par an.

2. Créer un programme de volontariat civique encadré par l’armée :

• Inspiré du service civique dans d’autres pays, ce programme impliquerait les jeunes dans des projets locaux (reboisement, construction d’infrastructures, campagnes de sensibilisation).

3. Inclure des formations professionnelles :

• Offrir aux jeunes des compétences transférables (artisanat, agriculture, informatique) pour améliorer leur employabilité tout en renforçant leur engagement civique.

D. Intensifier les collaborations avec les acteurs civils et internationaux

L’armée camerounaise ne peut maximiser son impact civique et communautaire sans une collaboration étroite avec d’autres acteurs. Les partenariats avec des organisations locales et internationales peuvent renforcer les capacités et les ressources nécessaires pour ses projets.

1. Travailler avec les ONG locales :

• Impliquer des organisations comme Redhac (Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale) dans les programmes de sensibilisation aux droits humains.

2. Mobiliser les ressources internationales :

• Coopérer avec des institutions comme l’UNICEF ou l’OMS pour des projets humanitaires et éducatifs.

Exemple inspirant : Le partenariat entre l’armée et l’UNICEF dans l’Extrême-Nord a permis de construire des écoles et de fournir un accès à l’eau potable à des milliers de familles.

3. Créer des plateformes de dialogue interinstitutionnel :

• Organiser des forums réguliers entre l’armée, les communautés locales, les leaders religieux et les associations pour discuter des priorités communautaires.

E. Améliorer les conditions de vie des militaires pour renforcer leur exemplarité

L’efficacité et l’intégrité des forces armées dépendent également de leurs conditions de vie et de travail. Il est essentiel de garantir un environnement qui motive les soldats à donner le meilleur d’eux-mêmes.

1. Revaloriser les salaires et les primes :

• Une rémunération juste et compétitive réduirait les risques de corruption ou d’abus.

2. Investir dans l’équipement et les infrastructures militaires :

• Fournir des équipements modernes et renforcer les bases militaires pour améliorer les conditions de travail.

3. Offrir des programmes de soutien psychologique :

• Les soldats en première ligne, particulièrement dans les zones de conflit, devraient bénéficier d’un suivi psychologique pour faire face au stress et au traumatisme.

En investissant dans la transparence, l’éducation aux droits humains, les initiatives pour la jeunesse et les collaborations avec les acteurs civils, l’armée pourrait devenir non seulement un modèle pour le Cameroun, mais aussi une référence régionale. Plus que jamais, le Cameroun a besoin d’une armée forte, disciplinée et tournée vers l’avenir.

Conclusion

Dans un Cameroun traversé par des crises identitaires, politiques et sociales, l’armée camerounaise s’impose comme le dernier bastion de la souveraineté nationale et de la démocratie. Plus qu’une simple force de défense, elle est devenue un acteur clé du développement communautaire, le dernier rempart de la démocratie, un modèle de citoyenneté dans un pays où la jeunesse, désorientée, cherche désespérément des repères.

Par ses actions sur le terrain – construction d’écoles, réhabilitation d’infrastructures, distribution d’aides humanitaires – et son rôle dans la préservation de l’unité nationale, l’armée transcende sa mission première. Elle protège non seulement le territoire, mais aussi les valeurs républicaines qui cimentent la nation. Sa neutralité politique exemplaire, dans une région souvent marquée par des dérives autoritaires, et son engagement en faveur de la continuité constitutionnelle en font un rempart essentiel contre l’effondrement des institutions civiles.

Certes, des défis subsistent, notamment dans la gestion des conflits internes et les perceptions négatives liées à des abus isolés. Mais ces failles ne doivent pas occulter l’essentiel : l’armée est le socle de la résilience camerounaise. Elle incarne l’espoir d’un Cameroun uni, démocratique, fort et prospère, capable de surmonter ses divisions et de préparer un avenir meilleur pour sa jeunesse.

Aujourd’hui plus que jamais, le Cameroun a besoin de son armée. Elle est le rempart ultime contre le chaos, le garant de la stabilité démocratique et le moteur d’un développement inclusif. Dans un monde incertain, où les institutions chancellent, l’armée camerounaise reste le pilier sur lequel le peuple peut compter pour préserver son identité, sa souveraineté et ses aspirations républicaines.

Bibliographie

1. ALT Mabou, A. Legrand. De la crise anglophone à la construction d’un nouveau contrat social au Cameroun. Analecta, 2020. Lien PDF.

2. NEF Xavier. Le cinéma et l’éducation à la citoyenneté au Cameroun. Espace Géographique et Société Marocaine, 2021. Lien PDF.

3. Mouiche, I. Mutations socio-politiques et replis identitaires en Afrique: le cas du Cameroun. African Journal of Political Science, 1996. JSTOR.

4. Barry, M. A. L’armée guinéenne : comment et pourquoi faire ? Torrossa, 2009.

5. Pondi, J. E. Citoyenneté et pouvoir politique en Afrique centrale. 2016.

6. Tchouala, R. A. L. Diplomatie préventive et construction d’une communauté de sécurité en Afrique centrale. 2018.

« COMMISSION MÉMOIRE »: QUAND MACRON RÉÉCRIT L’HISTOIRE DU CAMEROUN SOUS LE SILENCE COMPLICE DE PAUL BIYA

Introduction

L’histoire, bien qu’elle se veuille objective, est trop souvent écrite par les vainqueurs, au détriment des vaincus, dont les voix sont réduites au silence. Dans le contexte postcolonial, cette dynamique est particulièrement visible, notamment dans les anciennes colonies africaines. Le Cameroun, marqué par une guerre d’indépendance sanglante et une répression brutale menée par les autorités coloniales françaises, en est un exemple criant. Pourtant, ce chapitre clé de l’histoire camerounaise demeure largement absent des récits officiels et des consciences collectives, relégué à la périphérie par un silence gouvernemental complice et une hégémonie narrative imposée par l’ancienne puissance coloniale.

La remise, en janvier 2025, du rapport de la « Commission Mémoire », commanditée par le président français Emmanuel Macron, prétend éclairer le rôle de la France dans la répression des mouvements indépendantistes camerounais. Mais cette initiative, loin d’être un acte de réconciliation désintéressée, soulève des interrogations profondes. Peut-on confier à l’ancien oppresseur le soin de narrer l’histoire de son oppression ? Cette démarche, bien que parée d’un vernis académique, apparaît davantage comme une tentative de justification des violences coloniales que comme une volonté sincère de rétablir la vérité. Pendant ce temps, le président camerounais Paul Biya et son gouvernement persistent dans un mutisme accablant, trahissant une incapacité à revendiquer la souveraineté mémorielle de leur propre pays.

Cette passivité, symptomatique d’une déconnexion plus large entre l’État camerounais et son histoire, soulève des questions cruciales sur les conséquences de cette abdication narrative. Un pays qui refuse de s’interroger sur son passé peut-il réellement bâtir un avenir autonome ? Comment justifier que ce soit une puissance étrangère, responsable des souffrances d’hier, qui prenne l’initiative de « faire la lumière » sur ces événements tragiques ? Cet article analyse ces enjeux avec un regard critique, en démontrant que la « Commission Mémoire » n’est pas une démarche de réhabilitation, mais un instrument politique de domination narrative. Il examine également les répercussions du silence camerounais sur l’identité nationale et plaide pour une réappropriation urgente de l’histoire par le peuple camerounais. Ce combat pour la souveraineté mémorielle est, aujourd’hui plus que jamais, un impératif pour construire un Cameroun conscient de ses luttes et maître de son destin.

A. L’Histoire Écrite par les Vainqueurs : Un Modèle Colonisateur

L’expression « l’histoire est écrite par les vainqueurs » reflète une vérité historique omniprésente : les dominants contrôlent le récit des événements, imposant leur interprétation et effaçant souvent les perspectives des dominés. Cette dynamique, particulièrement manifeste dans les contextes coloniaux, sert non seulement à légitimer la domination passée, mais aussi à perpétuer des rapports de pouvoir asymétriques dans le présent. La « Commission Mémoire » commanditée par Emmanuel Macron s’inscrit dans ce modèle colonisateur, où la narration historique devient un outil de contrôle.

La domination narrative comme prolongement de la colonisation

Dans les sociétés coloniales, l’écriture de l’histoire servait directement les intérêts des puissances dominantes. Frantz Fanon, dans Les Damnés de la Terre (1961), souligne que « le colonialisme n’est pas seulement l’occupation physique, mais aussi une destruction culturelle et narrative ». En imposant leur propre récit, les colonisateurs construisaient une image de supériorité civilisationnelle et justifiaient les violences exercées sur les peuples colonisés. La mission civilisatrice, concept central de la colonisation française, s’est appuyée sur des récits historiques déformés qui présentaient la colonisation comme un acte de bienfaisance destiné à élever les populations « arriérées ».

La rédaction des archives coloniales en est un exemple frappant. Ces documents, rédigés par des administrateurs coloniaux, mettent en avant la perspective de l’occupant tout en marginalisant les voix locales. Par exemple, les résistances africaines à la colonisation – de Samory Touré en Afrique de l’Ouest à l’UPC au Cameroun – sont souvent décrites dans les archives françaises comme des actes de rébellion ou de banditisme, et non comme des luttes légitimes pour la liberté. Cette distorsion volontaire crée une « mémoire officielle » qui, comme le souligne l’historienne Florence Bernault (Colonial Transactions: Imaginaries, Bodies, and Histories in Gabon), déshumanise les colonisés en effaçant leurs perspectives.

Exemples historiques de contrôle narratif par les vainqueurs

L’idée que les vainqueurs façonnent l’histoire pour justifier leurs actes et leur domination trouve de nombreux exemples à travers l’histoire.

1. La conquête des Amériques : Les récits européens sur la conquête du Nouveau Monde, tels que ceux des chroniqueurs espagnols comme Bartolomé de Las Casas, décrivent souvent les peuples autochtones comme barbares ou païens nécessitant une évangélisation. Ces récits ont justifié les massacres, l’esclavage et l’appropriation des terres.

2. La répression de la Commune de Paris (1871) : En France même, les récits dominants sur la Commune de Paris, écrits par les vainqueurs bourgeois, ont longtemps qualifié les communards de criminels et d’anarchistes, minimisant leurs revendications légitimes pour une société égalitaire. Ce n’est que bien plus tard que des voix critiques, comme celle de Karl Marx dans La Guerre Civile en France, ont mis en lumière les dimensions révolutionnaires de la Commune.

3. Les révoltes anti-coloniales en Afrique : Les répressions sanglantes, comme celle de la guerre d’indépendance en Algérie, ont également été narrées à travers le prisme français. Les massacres de Sétif (1945), où des milliers d’Algériens ont été tués, ont été présentés dans les récits officiels comme une réponse nécessaire à des « émeutes ». La vérité sur ces événements n’a émergé qu’après des décennies de militantisme et de recherche indépendante.

Le Cameroun : une histoire coloniale manipulée

Au Cameroun, l’Union des Populations du Cameroun (UPC) offre un exemple frappant de la manière dont les puissances coloniales et postcoloniales manipulent l’histoire. Pendant la guerre d’indépendance (1955-1971), les leaders de l’UPC, comme Ruben Um Nyobé et Félix Moumié, ont été qualifiés de « terroristes » par la France, alors qu’ils luttaient pour l’autodétermination. Cette classification, reprise par le gouvernement camerounais post-indépendance, a permis de justifier des exécutions extrajudiciaires et des massacres. Aujourd’hui encore, les archives sur cette période restent sous le contrôle de la France, limitant l’accès des chercheurs camerounais et empêchant l’émergence d’une version alternative des événements.

Le rôle de la Commission Mémoire dans ce contexte

La commande du rapport par Emmanuel Macron s’inscrit dans ce cadre de domination narrative. En centralisant l’initiative, la France conserve un rôle de « gardien » de l’histoire coloniale, privant les Camerounais de leur droit de se réapproprier leur passé. Pire encore, cette commission ne vise pas à restituer la vérité historique, mais à réhabiliter, d’une manière ou d’une autre, le rôle de la France dans le processus de décolonisation.

Comme l’affirme Achille Mbembe dans Critique de la raison nègre (2013), « le pouvoir de la narration est un pouvoir d’assujettissement ». La France, en initiant cette démarche, exerce ce pouvoir d’assujettissement en maintenant les Camerounais dans une position subalterne, où ils doivent attendre la version officielle des événements de la part de leur ancien colonisateur.

Conclusion

L’histoire, lorsqu’elle est écrite par les vainqueurs, devient un instrument de domination qui sert à justifier les injustices du passé et à consolider les inégalités du présent. La « Commission Mémoire », commandée par Emmanuel Macron, ne fait pas exception. Elle reflète un modèle colonisateur où le récit reste sous le contrôle de la puissance dominante. Pour briser ce cycle, il est impératif que le Cameroun reprenne le contrôle de sa propre narration historique, en développant ses propres institutions de recherche et en exigeant l’accès à ses archives. Une véritable réappropriation historique est essentielle pour construire un avenir souverain et équitable.

B. Un Effort de Justification et Non de Réconciliation

L’initiative de la « Commission Mémoire » commandée par le président Emmanuel Macron, censée faire la lumière sur le rôle de la France dans la répression des mouvements indépendantistes au Cameroun, semble davantage s’inscrire dans une stratégie de justification que dans une démarche sincère de réconciliation. Ce biais peut être compris comme un prolongement de la diplomatie mémorielle française, visant à atténuer les critiques sur les crimes coloniaux tout en évitant des engagements plus significatifs, tels que des excuses officielles ou des réparations.

La diplomatie mémorielle : un écran de fumée politique

Les puissances coloniales, lorsqu’elles se retrouvent confrontées à des demandes de vérité et de justice, optent souvent pour des stratégies symboliques plutôt que des mesures concrètes. Cette approche est analysée par des chercheurs comme Todd Shepard dans The Invention of Decolonization (2006), où il démontre comment la France, après la guerre d’Algérie, a construit une narrative visant à légitimer son passé tout en évitant de reconnaître pleinement les violences perpétrées. Ces efforts de « réparation symbolique » permettent à l’État de contrôler la portée des débats historiques en orientant les récits dans une direction qui minimise les demandes de justice.

Dans le cas de la « Commission Mémoire », la commande d’un rapport de près de 1 000 pages par le gouvernement français, sans consultation préalable avec des institutions ou chercheurs camerounais, est révélatrice. Cette initiative exclut les Camerounais de la narration de leur propre histoire, leur assignant une posture passive. Ce déséquilibre met en évidence une stratégie de justification où la France peut prétendre reconnaître son rôle tout en cadrant le débat selon ses propres intérêts.

La gestion coloniale des archives : un outil de justification

L’accès restreint aux archives coloniales françaises est un autre exemple de ce contrôle narratif. Florence Bernault (Archives imaginaires et pouvoir colonial en Afrique centrale, 1996) montre comment les archives sont souvent triées, censurées ou détruites pour protéger les intérêts de la puissance coloniale. La France continue d’exercer ce pouvoir en retardant l’ouverture complète de ses archives sur des périodes sensibles, comme celles liées à la répression de l’UPC au Cameroun.

Ainsi, en commandant un rapport sur son rôle dans la guerre d’indépendance camerounaise, la France ne vise pas à encourager une réappropriation camerounaise de cette mémoire, mais plutôt à maintenir le contrôle des sources et des conclusions. Cette stratégie permet d’éviter que le Cameroun ou d’autres pays ne formulent des accusations directes ou des demandes de réparations sur des bases documentées.

Exemples historiques d’efforts de justification

1. La guerre d’Algérie et les excuses tardives

L’attitude française vis-à-vis de la guerre d’Algérie illustre parfaitement cette tendance. Pendant des décennies, la France a nié la reconnaissance des tortures systématiques et des massacres commis pendant la guerre (1954-1962). Ce n’est qu’en 2018 que le président Macron a reconnu la responsabilité de la France dans la mort de Maurice Audin, un militant pro-indépendance. Cependant, cette reconnaissance ciblée est restée partielle et n’a pas été étendue aux victimes algériennes anonymes des massacres de Sétif (1945) ou de Paris (1961). En choisissant de concentrer les excuses sur des cas isolés, la France évite une remise en question globale de son passé colonial.

2. Les massacres de Sétif (1945)

Après les manifestations algériennes du 8 mai 1945, les autorités coloniales françaises ont réprimé violemment les protestataires, causant des milliers de morts. Pendant des décennies, ce massacre a été minimisé dans les récits historiques français, présenté comme une réaction nécessaire à des « troubles publics ». Ce n’est qu’à partir des années 1990 que des chercheurs algériens et français, tels que Benjamin Stora, ont commencé à remettre en question cette version officielle. Cependant, même après que la vérité sur ces massacres a été établie, la France n’a toujours pas formulé d’excuses officielles, préférant maintenir une position ambiguë.

3. Le rôle des missions civilisatrices

La justification des crimes coloniaux repose aussi sur des narratifs idéologiques comme celui de la « mission civilisatrice ». Dans Discours sur le colonialisme (1950), Aimé Césaire démontre comment les puissances coloniales, notamment la France, ont utilisé cette idée pour rationaliser les violences, l’exploitation et les génocides culturels perpétrés contre les populations colonisées. La « Commission Mémoire », en s’inscrivant dans une démarche centralisée et dirigée par la France, reflète ce même mécanisme de justification.

Les limites de la « réconciliation » dans ce contexte

L’idée de réconciliation est souvent utilisée comme un concept politique pour apaiser les tensions sans transformer les structures de pouvoir. La « Commission Mémoire » suit ce schéma en posant un cadre de « réconciliation mémorielle » qui omet les questions de justice, de réparations et de reconnaissance complète des responsabilités. En fait, cette initiative vise davantage à réhabiliter l’image de la France en Afrique qu’à engager un dialogue sincère sur son passé.

Une véritable réconciliation exigerait une démarche collaborative, où les Camerounais – universitaires, historiens, activistes et citoyens – auraient un rôle central dans l’élaboration du récit historique. En excluant cette collaboration, la France perpétue un déséquilibre néocolonial qui reproduit les inégalités héritées de la période coloniale.

Conclusion

La « Commission Mémoire » commanditée par Emmanuel Macron illustre une stratégie politique centrée sur la justification et le contrôle narratif, plutôt que sur la réconciliation ou la recherche de justice. En excluant les Camerounais du processus, elle reproduit les mécanismes de domination hérités de la colonisation. Ce type d’initiative symbolique, qui évite les mesures concrètes telles que les excuses officielles ou l’ouverture totale des archives, reflète une volonté de préserver le rôle de la France en tant qu’arbitre de son propre passé. Pour qu’une réconciliation véritable puisse émerger, il est impératif que le Cameroun prenne l’initiative de produire et de contrôler son propre récit historique.

C. Le Silence du Gouvernement Camerounais : Un Échec Historique

L’absence d’initiative du gouvernement camerounais pour faire la lumière sur les crimes coloniaux, notamment ceux perpétrés pendant la guerre d’indépendance, constitue un échec historique majeur. Ce silence institutionnel reflète non seulement un manque de volonté politique, mais aussi une incapacité à se réapproprier l’histoire nationale, privant ainsi le pays d’un fondement solide pour construire son présent et son avenir. En choisissant de ne pas confronter cette mémoire, le Cameroun renforce une dynamique de dépendance envers les anciens colonisateurs, tout en trahissant les luttes et sacrifices des figures de l’indépendance.

Une abdication mémorielle face à l’histoire nationale

Le gouvernement camerounais n’a jamais entrepris d’efforts significatifs pour réhabiliter les victimes de la répression coloniale ou pour reconnaître officiellement les luttes de l’Union des Populations du Cameroun (UPC). Ruben Um Nyobé, Félix Moumié, Ernest Ouandié, et d’autres figures emblématiques de la lutte pour l’indépendance continuent d’être marginalisés dans le récit historique officiel. Le Cameroun a ainsi manqué l’occasion de construire une mémoire nationale inclusive et unifiée.

Achille Mbembe, dans De la postcolonie : essai sur l’imagination politique en Afrique (2000), critique ce type de silence des gouvernements africains postcoloniaux. Il soutient que « le refus de réconcilier le passé avec le présent laisse des blessures ouvertes, maintenant les sociétés dans une instabilité mémorielle ». En négligeant la mémoire de la guerre d’indépendance, l’État camerounais maintient une fracture entre les générations et alimente un sentiment d’aliénation parmi les citoyens.

L’influence néocoloniale comme facteur de paralysie

Le silence du Cameroun sur ces questions ne peut être compris sans considérer l’influence persistante de la France dans ses affaires politiques. Depuis l’indépendance, le pays est marqué par des relations néocoloniales qui limitent sa souveraineté. La coopération militaire et économique entre les deux pays a souvent dissuadé les dirigeants camerounais d’adopter des positions critiques envers la France, même sur des questions historiques.

La politologue Jeanne-Hélène Fabre, dans son étude Les États postcoloniaux d’Afrique : entre dépendance et souveraineté (2011), montre comment les gouvernements africains, particulièrement ceux sous influence française, privilégient souvent le statu quo politique pour garantir leur stabilité interne. Cette dépendance se manifeste par une absence de revendications mémorielles, perçues comme risquant de compromettre des alliances stratégiques.

Exemples historiques de silences institutionnels en Afrique

Le Cameroun n’est pas le seul pays à avoir échoué dans la gestion de sa mémoire nationale, mais son cas illustre particulièrement bien les conséquences de ce silence. D’autres exemples en Afrique montrent comment l’absence d’initiatives mémorielles peut perpétuer les injustices du passé.

1. L’Algérie et le contrôle mémoriel post-indépendance

Malgré l’ampleur de la guerre d’Algérie (1954-1962), les autorités algériennes ont longtemps maintenu un discours figé, centré sur le Front de Libération Nationale (FLN), excluant les récits des autres groupes ou des victimes civiles. Cette monopolisation de la mémoire par l’État a empêché une véritable réconciliation nationale et marginalisé des pans entiers de la société.

2. L’Afrique du Sud et la Commission Vérité et Réconciliation (CVR)

Bien que l’Afrique du Sud ait établi une CVR après l’apartheid, certaines communautés, notamment les populations noires des zones rurales, se sentent encore exclues de ce processus. Cela souligne l’importance d’inclure toutes les voix dans la construction d’une mémoire nationale, un point sur lequel le Cameroun n’a même pas commencé à travailler.

3. Le Rwanda et la gestion du génocide de 1994

Le Rwanda, sous la direction de Paul Kagame, a pris des initiatives claires pour préserver la mémoire du génocide, mais l’accent mis sur une version officielle du récit a également suscité des critiques. Bien que l’intention ait été de promouvoir l’unité nationale, ce contrôle rigide de la mémoire historique montre comment les silences ou exclusions peuvent engendrer des tensions sous-jacentes.

Les conséquences du silence camerounais

L’échec du gouvernement camerounais à initier des démarches mémorielles a plusieurs conséquences graves :

1. Une mémoire fragmentée et manipulée

En n’assumant pas son passé, le Cameroun laisse le soin aux anciens colonisateurs de raconter l’histoire, comme le montre la « Commission Mémoire » initiée par Emmanuel Macron. Ce déséquilibre renforce une vision eurocentrée de l’histoire camerounaise, où les luttes anticoloniales sont soit marginalisées, soit reconfigurées pour justifier les actions de la France.

2. Un vide identitaire et politique

Le refus d’explorer cette mémoire historique prive les Camerounais d’un cadre commun pour comprendre leur passé et renforcer leur identité nationale. Comme le souligne Éric Hobsbawm dans Nations and Nationalism since 1780, « une nation sans mémoire est une nation sans direction ». Ce vide contribue à la fragilité politique et sociale du pays.

3. La marginalisation des figures de l’indépendance

Le gouvernement actuel trahit les sacrifices des leaders de l’indépendance en ne les honorant pas comme il se doit. Par exemple, Ruben Um Nyobé, pourtant désigné comme héros national, est rarement célébré dans les discours officiels ou les manuels scolaires. Cela alimente un sentiment d’injustice parmi les populations qui se reconnaissent dans ces figures.

Un impératif de réappropriation historique

Le Cameroun doit impérativement reprendre l’initiative de l’écriture de son histoire pour sortir de cette dépendance mémorielle. Cela passe par :

• La création d’une commission nationale de la mémoire, indépendante et inclusive, qui intégrerait des historiens, des victimes et des représentants de la société civile.

• L’accès aux archives nationales et coloniales, par des accords bilatéraux avec la France, pour permettre une recherche historique autonome.

• La reconnaissance officielle des crimes commis pendant la période coloniale, accompagnée de réparations symboliques ou matérielles pour les familles des victimes.

Conclusion

Le silence du gouvernement camerounais sur les crimes coloniaux n’est pas seulement un échec mémoriel ; il reflète une abdication face aux responsabilités historiques. Ce vide contribue à maintenir les déséquilibres hérités de la colonisation et prive les générations actuelles et futures des outils nécessaires pour comprendre leur passé. Une réappropriation historique, portée par une volonté politique forte, est essentielle pour briser ce cycle de dépendance et poser les bases d’une véritable souveraineté nationale.

D. Des Conséquences sur le Présent et l’Avenir

Le refus ou l’incapacité du gouvernement camerounais à assumer et réhabiliter son passé colonial a des répercussions profondes sur le présent et l’avenir de la nation. L’absence d’une réflexion collective et critique sur cette histoire affecte non seulement l’identité nationale, mais aussi les politiques publiques, les relations internationales et la cohésion sociale. Comme l’a écrit l’historien Éric Hobsbawm dans L’Âge des extrêmes (1994), « un peuple qui ne connaît pas son passé est condamné à le répéter. » Dans le cas du Cameroun, l’inaction en matière mémorielle alimente des dynamiques de dépendance, d’injustice et d’instabilité politique.

1. Une identité nationale fragmentée et fragilisée

L’histoire coloniale et les luttes pour l’indépendance constituent des éléments fondamentaux pour forger une identité nationale cohérente. En omettant de reconnaître pleinement ces événements, le Cameroun limite la capacité de ses citoyens à se projeter comme un peuple uni autour d’un récit commun. Selon Benedict Anderson, dans Imagined Communities (1983), la mémoire collective est un des piliers essentiels pour construire une « communauté imaginée » nationale.

Au Cameroun, le silence sur des figures historiques comme Ruben Um Nyobé ou Ernest Ouandié a marginalisé des groupes entiers de la société, notamment ceux qui s’identifient à ces leaders. Ce manque de reconnaissance officielle exacerbe les tensions régionales et ethniques, car certaines populations se sentent ignorées ou trahies par l’État. En conséquence, le Cameroun reste vulnérable aux divisions internes qui affaiblissent sa stabilité politique et sociale.

Exemple : Le rôle de l’UPC

L’Union des Populations du Cameroun (UPC), pilier de la lutte pour l’indépendance, a été systématiquement effacée du récit officiel après l’indépendance. Ce vide mémoriel a non seulement effacé des épisodes cruciaux de l’histoire nationale, mais a également empêché les Camerounais de tirer des leçons des sacrifices et des erreurs de cette période. L’oubli délibéré des luttes de l’UPC a laissé des blessures ouvertes parmi les descendants des militants et a contribué à l’érosion du sentiment d’appartenance nationale.

2. Des relations internationales marquées par une dépendance persistante

L’absence d’une posture mémorielle claire fragilise également les relations internationales du Cameroun. En négligeant de confronter la France sur son rôle historique, le gouvernement camerounais perpétue une relation néocoloniale marquée par des déséquilibres de pouvoir. La France continue de dicter les termes du dialogue mémoriel, comme en témoigne la « Commission Mémoire » commandée par Emmanuel Macron, initiative qui positionne la France comme l’arbitre de sa propre culpabilité.

L’économiste et historien Samir Amin, dans L’Afrique de l’Ouest bloquée (1989), explique que l’incapacité des gouvernements africains à affronter leur passé colonial les enferme dans une logique de dépendance structurelle. Cela se traduit par des accords économiques et politiques biaisés, où l’ancien colonisateur conserve une influence disproportionnée. Le silence du Cameroun sur son passé colonial renforce cette dépendance et limite sa capacité à négocier des relations internationales plus équilibrées.

Exemple : Les accords de coopération postcoloniaux

Depuis les indépendances, les accords de coopération entre la France et ses anciennes colonies, souvent qualifiés de « Françafrique », sont restés asymétriques. Le contrôle exercé par la France sur certaines sphères économiques et politiques camerounaises est un héritage direct de cette dynamique historique non résolue. En n’interrogeant pas ce passé, le Cameroun compromet sa souveraineté et son développement à long terme.

3. Une gouvernance entravée par l’absence de responsabilité historique

Un gouvernement qui refuse de s’intéresser à son histoire risque de reproduire les erreurs du passé, notamment en matière de gouvernance autoritaire et de répression des dissidents. L’absence de reconnaissance des violences coloniales et postcoloniales envoie un message implicite de banalisation des abus de pouvoir. Ce manque de responsabilité historique a des répercussions directes sur les pratiques politiques actuelles.

Exemple : La répression des opposants

La continuité entre les méthodes coloniales de répression et les pratiques des gouvernements postcoloniaux est frappante au Cameroun. Le silence sur les violences de la guerre d’indépendance a contribué à légitimer une culture politique où la dissidence est perçue comme une menace existentielle. Les opposants politiques, à l’image des militants de l’UPC, continuent d’être marginalisés ou persécutés, perpétuant un cycle d’autoritarisme.

Dans The Wretched of the Earth (1961), Frantz Fanon souligne que « l’État postcolonial hérite souvent des structures et des pratiques répressives de l’administration coloniale. » L’échec à interroger ces héritages entraîne une stagnation politique où les citoyens restent aliénés du processus décisionnel.

4. Une jeunesse déconnectée de son passé et désorientée sur son avenir

La jeunesse camerounaise, majoritaire dans la population, est privée des outils nécessaires pour comprendre son passé et, par conséquent, pour se projeter dans l’avenir. L’histoire, en tant que vecteur de transmission intergénérationnelle, est cruciale pour inspirer les jeunes générations et leur fournir des modèles de résilience, de leadership et de patriotisme.

Exemple : L’enseignement de l’histoire au Cameroun

L’histoire coloniale et les luttes pour l’indépendance sont souvent mal enseignées ou délibérément omises dans les programmes scolaires camerounais. En conséquence, les jeunes Camerounais sont déconnectés des réalités historiques de leur pays et cherchent souvent des références culturelles ou identitaires ailleurs, notamment en Occident. Comme le note Ngũgĩ wa Thiong’o dans Decolonising the Mind (1986), « une jeunesse qui ignore son histoire est condamnée à vivre dans l’ombre des autres, adoptant leurs récits comme les siens. »

5. Une incapacité à construire un projet de société inclusif

Le silence sur le passé colonial entrave la capacité du Cameroun à définir un projet de société inclusif et développementaliste. Les injustices historiques non résolues continuent de peser sur les relations entre les différentes régions et groupes ethniques du pays. Par exemple, les tensions dans les régions anglophones trouvent en partie leurs racines dans un traitement historique inégal et des promesses non tenues depuis l’indépendance.

Amilcar Cabral, dans Unity and Struggle (1979), écrit que « l’ignorance de l’histoire prive une nation de la capacité de comprendre et d’affronter les défis contemporains. » Cette incapacité à tirer les leçons du passé empêche le Cameroun de construire une nation fondée sur l’égalité et la justice.

Conclusion

Le silence du gouvernement camerounais sur son histoire coloniale et postcoloniale constitue un handicap majeur pour le développement du pays. Ce silence entrave la construction d’une identité nationale forte, renforce les dynamiques de dépendance néocoloniale, perpétue des pratiques politiques répressives et déconnecte les jeunes générations de leur héritage. Pour remédier à ces conséquences, il est impératif que le Cameroun entreprenne une démarche active de réappropriation historique, à travers des initiatives telles que la création d’une commission vérité et réconciliation, la réforme des programmes scolaires et l’ouverture des archives nationales et coloniales. Ce n’est qu’en assumant pleinement son passé que le Cameroun pourra espérer construire un avenir plus souverain, juste et inclusif.

E. Une Alternative Nécessaire : Reprendre le Contrôle Narratif

Face à l’hégémonie coloniale dans la construction de l’histoire nationale, il est impératif pour le Cameroun de reprendre le contrôle narratif de son passé. Ce processus ne consiste pas seulement à corriger des récits biaisés, mais aussi à reconstruire une mémoire nationale capable d’inspirer une identité collective forte et une vision de développement souveraine. Reprendre le contrôle narratif implique de se libérer des cadres interprétatifs imposés par les anciens colonisateurs et d’offrir un récit alternatif, authentique et inclusif, fondé sur les expériences, luttes et aspirations des Camerounais eux-mêmes.

1. L’importance de la narration dans la construction de l’identité nationale

Les récits historiques façonnent les identités collectives et influencent la manière dont une société se perçoit et agit. La domination coloniale sur les archives et l’interprétation de l’histoire camerounaise a marginalisé les contributions locales, souvent réduites à des anecdotes secondaires dans un récit où les colonisateurs jouent le rôle central. Cette dynamique reflète ce que Ngũgĩ wa Thiong’o, dans Decolonising the Mind (1986), décrit comme une « colonisation de la mémoire » : un processus par lequel les peuples colonisés intègrent des récits déformés qui les privent de leur capacité à se représenter eux-mêmes.

Pour contrer cette situation, le Cameroun doit établir une historiographie nationale indépendante qui valorise les luttes de figures emblématiques comme Ruben Um Nyobé, Félix Moumié et Ernest Ouandié. Ces leaders doivent être reconnus non pas comme des rebelles isolés, mais comme des architectes de la souveraineté nationale. Ce travail est essentiel pour reconnecter les Camerounais à leur passé et leur permettre de s’approprier les sacrifices de leurs ancêtres.

2. La réappropriation des archives et des récits

Un contrôle narratif ne peut être effectif sans un accès total aux archives historiques. Malheureusement, les archives sur la colonisation et la guerre d’indépendance du Cameroun restent largement détenues par la France, qui contrôle leur diffusion et leur interprétation. L’historienne Karine Ramondy, dans son ouvrage Les mémoires de l’indépendance camerounaise (2019), souligne que « la gestion des archives coloniales reste un outil stratégique pour les anciens colonisateurs, permettant de maintenir leur influence sur le récit historique et d’éclipser les responsabilités dans les violences de la décolonisation. »

Pour dépasser cette entrave, des initiatives bilatérales et multilatérales doivent être entreprises pour obtenir la restitution complète des archives coloniales. Des pays comme l’Algérie, qui a obtenu des copies de certaines archives coloniales françaises, peuvent servir d’exemple. Ce processus de restitution doit s’accompagner d’un effort pour former une nouvelle génération d’historiens camerounais capables d’interpréter ces données de manière indépendante.

3. Développer une historiographie décolonisée

La réappropriation narrative implique également une révision profonde des outils académiques et pédagogiques utilisés pour enseigner l’histoire. Actuellement, les programmes scolaires camerounais continuent de s’appuyer sur des cadres narratifs hérités de l’époque coloniale, où les récits valorisent davantage l’intervention française que les résistances locales.

Dans The Invention of Africa (1988), Valentin Mudimbe critique l’eurocentrisme des récits historiques africains, où « l’Afrique est souvent décrite en termes de déficits, de manques ou d’absence de civilisation ». Pour contrecarrer cette tendance, le Cameroun doit promouvoir une historiographie qui place les perspectives camerounaises au centre du récit historique. Les recherches doivent valoriser les sources orales, les traditions locales et les récits communautaires, souvent négligés dans les approches académiques classiques.

4. Intégrer les initiatives communautaires dans le processus mémoriel

Reprendre le contrôle narratif ne doit pas se limiter aux sphères académiques et institutionnelles. Il est essentiel d’inclure les communautés locales et les descendants des acteurs historiques dans la reconstruction du récit national. Les mémoires locales, souvent transmises par voie orale, offrent des perspectives uniques sur les luttes de l’indépendance, les résistances à la colonisation et les injustices postcoloniales.

Exemple : Le rôle des musées communautaires et des archives locales

Des initiatives comme la création de musées communautaires ou de centres d’archives locaux pourraient jouer un rôle central dans ce processus. Par exemple, au Rwanda, le Mémorial du Génocide à Kigali intègre les voix des survivants pour offrir une représentation plurielle et inclusive de l’histoire. Un modèle similaire pourrait être adopté au Cameroun pour documenter la guerre d’indépendance et les luttes pour la souveraineté.

5. L’impact sur le présent et l’avenir

Reprendre le contrôle narratif permet non seulement de rétablir la vérité historique, mais aussi d’influencer les choix politiques et culturels du présent. Une mémoire collective bien établie peut inspirer des politiques publiques qui favorisent la justice sociale, l’unité nationale et la souveraineté. Elle peut également renforcer l’estime de soi collective, en montrant que les Camerounais sont les héritiers d’une histoire de résilience et de courage.

Exemple historique : Le mouvement panafricain

L’une des clés du succès des mouvements panafricains au XXe siècle réside dans leur capacité à proposer un récit alternatif à la domination coloniale. Des leaders comme Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba et Julius Nyerere ont utilisé l’histoire pour mobiliser les masses et proposer des visions audacieuses pour le continent. De même, le Cameroun pourrait mobiliser son histoire pour inspirer un projet de société axé sur la souveraineté et le développement communautaire.

6. Le rôle des institutions culturelles et éducatives

Pour assurer la pérennité de ce processus, il est crucial d’intégrer le récit décolonisé dans les institutions culturelles et éducatives du pays. Les programmes scolaires doivent inclure des cours détaillés sur la colonisation, la guerre d’indépendance et les figures de la lutte pour la souveraineté. Par ailleurs, les médias, les artistes et les écrivains doivent être encouragés à produire des œuvres qui valorisent ces récits historiques.

Dans Nation-Building in Africa (1993), Ali Mazrui écrit : « Les nations qui réussissent à façonner des récits historiques cohérents et inclusifs se donnent les moyens de surmonter les divisions internes et de projeter une image forte sur la scène internationale. » Le Cameroun a donc tout à gagner à investir dans la réécriture de son histoire.

Conclusion

Reprendre le contrôle narratif n’est pas un acte symbolique, mais une nécessité stratégique pour le Cameroun. Ce processus permet de rétablir la vérité historique, de renforcer l’identité nationale et de projeter une vision souveraine de l’avenir. En investissant dans la recherche historique, la restitution des archives et la valorisation des mémoires locales, le Cameroun peut se libérer de l’hégémonie narrative coloniale et construire une mémoire collective qui inspire et guide les générations futures.

Conclusion Générale

L’histoire est une arme, et comme toute arme, elle peut être utilisée pour libérer ou pour asservir. Dans le cas du Cameroun, la gestion de la mémoire nationale, ou plutôt son abandon, témoigne de l’incapacité d’un État postcolonial à affronter son passé et à affirmer sa souveraineté narrative. La « Commission Mémoire », sous l’impulsion du président Emmanuel Macron, prétend faire œuvre de vérité en examinant le rôle de la France dans la répression des mouvements indépendantistes camerounais. Cependant, cette initiative s’inscrit dans une logique bien connue de justification des actes coloniaux et de maintien d’une influence idéologique sur ses anciennes colonies. En laissant à la France l’initiative de rédiger ce chapitre crucial de son histoire, le gouvernement camerounais, sous la direction de Paul Biya, trahit non seulement les luttes de ses héros de l’indépendance, mais aussi les aspirations d’un peuple en quête de justice et de reconnaissance.

Ce silence complice a des répercussions profondes sur le présent et l’avenir du Cameroun. En renonçant à construire une mémoire collective authentique, le pays s’expose à la fragmentation de son identité nationale et au risque de perpétuer des cycles d’aliénation culturelle et politique. Il est paradoxal qu’un État, dont les fondements reposent sur les luttes pour l’indépendance, puisse ignorer délibérément ces sacrifices au profit d’une dépendance mémorielle envers l’ancien colonisateur. Cette abdication n’est pas seulement un échec moral, mais aussi une faute politique majeure qui hypothèque la possibilité d’un développement véritablement souverain et inclusif.

La France, quant à elle, ne peut être perçue comme une arbitre neutre dans ce processus. Comme dans d’autres contextes postcoloniaux, elle adopte une posture paternaliste en se positionnant comme gardienne de l’histoire qu’elle a elle-même contribué à façonner de manière violente. Ce n’est pas un acte de réconciliation, mais une tentative de réécrire l’histoire en sa faveur, dans une continuité de domination intellectuelle et culturelle.

Face à cette situation, il devient impératif pour les Camerounais de reprendre le contrôle narratif de leur passé. Cette tâche incombe autant aux historiens, aux intellectuels, aux organisations de la société civile qu’aux citoyens ordinaires, qui doivent exiger de leur gouvernement une prise de position claire sur les enjeux mémoriels. Reconstituer une histoire nationale décolonisée, ancrée dans les luttes et les aspirations du peuple camerounais, est une condition sine qua non pour bâtir un État véritablement souverain.

En définitive, l’histoire d’un peuple ne peut être confiée à ceux qui ont participé à son oppression. Laisser la France écrire l’histoire de la guerre d’indépendance du Cameroun revient à valider un récit tronqué et à minimiser les luttes pour la liberté. Le Cameroun doit se libérer de cette domination narrative et affirmer son autonomie intellectuelle, car un pays qui néglige son passé est condamné à errer sans vision dans un avenir incertain. Il appartient aux générations présentes et futures de rompre ce silence et de réhabiliter les vérités enfouies, en honorant ceux qui se sont sacrifiés pour la dignité et la souveraineté du Cameroun.

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QUATRE DÉCENNIES DE MENSONGES TRANSGÉNÉRATIONNELS: COMMENT PAUL BIYA A TROMPÉ MES PARENTS, MA GÉNÉRATION ET VEUT HYPOTHÉQUER L’AVENIR DE MES ENFANTS ET PETITS ENFANTS

Multiples générations sacrifiées

Introduction : Le Mensonge Transgénérationnel de Paul Biya

En préparant les obsèques de ma défunte mère qui auront lieu le 7 et 8 Février 2025 à Ngompem, un village sans eau potable, sans électricité, sans routes praticables, coupé en 2 par la destruction de ses ponts et dépourvu de tout service social de base, j’ai découvert dans leurs archives personnelles les cartes de membres du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) de mes parents datant des années 90. Ces archives étaient plus qu’un simple souvenir : elles incarnaient leur foi dans les promesses d’un homme, Paul Biya, et dans son régime, qui avaient promis de transformer le Cameroun en une nation prospère. Mais cette foi, maintes fois renouvelée à chaque élection depuis 1982, n’a jamais été récompensée. Mes parents sont partis dans la pauvreté, comme des millions d’autres Camerounais, trahis par des décennies de mensonges.

Cette découverte m’a confronté à une question existentielle : pourquoi avons-nous, en tant que générations successives, permis à ce système de perdurer ? Nos parents ont cru en des promesses de développement, notre génération a été bercée par des illusions d’émergence, et aujourd’hui, on nous demande d’être complices en transmettant ces mensonges à nos enfants et petits-enfants.

Le Cameroun, sous Paul Biya, est devenu un exemple frappant de stagnation déguisée en progrès. À travers des promesses récurrentes de prospérité économique, de modernisation des infrastructures, et de paix sociale, le régime a tissé un discours séduisant, mais creux, qui a maintenu le pays dans un état de dépendance économique et de sous-développement chronique. Les statistiques sont accablantes : près de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (Banque mondiale, 2023), les infrastructures de base sont en ruine, et la jeunesse, qui constitue 60 % de la population, fait face à un chômage massif et un avenir incertain.

Cet article vise à poser une vérité essentielle : le règne de Paul Biya est un règne de promesses non tenues, un mensonge transgénérationnel qui a piégé les espoirs de plusieurs générations. À l’aube des élections présidentielles de 2025, il devient impératif de rompre ce cycle. Ce papier analyse comment ce régime a trahi nos parents, sacrifié notre génération, et tente aujourd’hui de condamner nos enfants à un avenir similaire. À travers des données rigoureuses, nous démontrerons pourquoi les Camerounais doivent dire non aux mensonges des futures générations et saisir cette opportunité historique pour un changement radical et collectif.

1. Les Promesses Non Tenues à la Génération de Nos Parents

Lorsque Paul Biya accède au pouvoir en 1982, il hérite d’un Cameroun relativement stable et prospère, avec un potentiel économique significatif. Son discours inaugural promet un « Renouveau National », basé sur l’unité, la prospérité et la modernisation. Cependant, cette vision s’est rapidement érodée, laissant derrière elle un pays embourbé dans des défis structurels, notamment pour les générations de nos parents qui ont soutenu ce régime avec espoir. Joseph Takougang (2019), dans son livre “Cameroon under Paul Biya: Continuity or Change?”, note que « les promesses faites dans les premières années du Renouveau National n’étaient que des outils de propagande pour consolider le pouvoir, sans stratégie claire de mise en œuvre. »

1.1. Les Déficiences en Développement Rural

L’une des promesses phares du régime Biya était de moderniser les zones rurales pour réduire les disparités entre les régions urbaines et rurales. Pourtant :

• Accès à l’électricité : En 1982, environ 60 % des villages camerounais étaient privés d’électricité (Banque mondiale, 1985). Aujourd’hui, près de 40 % des zones rurales restent non électrifiées, selon les statistiques de la Banque africaine de développement (BAD, 2022). Cette lente progression reflète un manque d’investissement dans les infrastructures.

• Manque d’accès à l’eau potable : Un rapport de l’UNICEF (2021) indique que seuls 37 % des Camerounais vivant en milieu rural ont accès à des sources d’eau potable, une situation presque inchangée depuis les années 1980.

Ces carences condamnent des millions de familles rurales à vivre dans des conditions précaires, où les maladies hydriques et l’insécurité alimentaire persistent.

1.2. Échec des Infrastructures Routières

Paul Biya avait promis de connecter les zones rurales aux centres urbains pour stimuler l’agriculture et les échanges économiques. Cependant, le Cameroun figure encore parmi les pays africains les moins bien desservis en infrastructures routières. Mbaku & Takougang (2004) dans “The Leadership Challenge in Africa” expliquent que « l’incapacité du régime Biya à investir dans les infrastructures critiques dans les années 1980 a marqué le début d’un déclin systémique dans les zones rurales. »

• Statistiques alarmantes : En 2023, seuls 5,7 % des routes sont asphaltées (source : Global Economy Report, 2023), un chiffre qui place le Cameroun bien en dessous de la moyenne africaine, estimée à 20 %.

• Conséquences économiques : Selon une étude du Centre pour la Recherche et le Développement Durable en Afrique (CERDA, 2020), l’agriculture camerounaise perd 40 % de sa production annuelle en raison de l’inaccessibilité des marchés.

Ces failles dans le réseau routier affectent directement les villages comme celui de mes parents, où la pauvreté est exacerbée par l’isolement économique.

1.3. Des Services Sociaux Dégradés

Malgré les promesses d’améliorer les conditions de vie, les services sociaux de base tels que la santé et l’éducation restent désastreux :

• Santé : L’espérance de vie moyenne au Cameroun était de 46 ans en 1982 et est passée à 60 ans en 2023 (Banque mondiale, 2023). Bien que cela représente une amélioration, cette progression est bien inférieure à celle des pays comparables comme le Ghana ou le Sénégal. Les zones rurales continuent de souffrir d’un manque criant de centres de santé, avec seulement 1 médecin pour 10 000 habitants (OMS, 2023).

• Éducation : En 1982, le taux d’alphabétisation était de 41 %. En 2023, il avoisine les 77 %, mais cette augmentation masque une qualité d’éducation médiocre. Les enseignants, souvent sous-payés et démotivés, ne sont pas en mesure d’assurer une formation adéquate.

1.4. L’Héritage d’une Génération Trompée

Mes parents, comme des millions d’autres Camerounais de leur génération, ont cru aux promesses du RDPC et ont activement soutenu le régime. Mais ces promesses n’ont jamais été tenues. Leur mort dans un village dépourvu d’eau, d’électricité et de routes symbolise l’échec de cette génération à voir les fruits du « Renouveau National ».

1.5. Appel à la Mémoire Collective

Les échecs du passé doivent nous alerter. La génération de nos parents a été dupée par des discours vides de sens et des promesses irréalistes. En tant que leurs héritiers, nous devons refuser de continuer sur cette voie. Le renouveau qu’ils espéraient n’a jamais vu le jour, et c’est à nous de briser ce cycle de mensonges générationnels.

2. Une Génération Sacrifiée : Mon Témoignage Personnel

La génération née dans les années 1970 et 1980, à laquelle j’appartiens, a grandi sous les promesses du « Renouveau National ». Ces années étaient marquées par une croyance collective que l’avenir, sous la gouvernance de Paul Biya, serait plus prospère que celui de nos parents. Pourtant, cette foi s’est heurtée à une dure réalité : chômage massif, système éducatif défaillant et insécurité omniprésente. Ma génération est devenue une génération sacrifiée, piégée dans un cycle d’échec et de désillusion.

2.1. Le Chômage : Une Bombe à Retardement

Malgré les engagements répétés du régime Biya de réduire le chômage et de stimuler l’économie, la réalité a été bien différente :

• Taux de chômage et sous-emploi :

En 2023, le taux de chômage officiel au Cameroun était de 6 % selon l’INS (Institut National de la Statistique). Toutefois, ces chiffres masquent une autre réalité : plus de 70 % des travailleurs camerounais sont employés dans le secteur informel, selon la Banque mondiale (2022). Les jeunes diplômés sont les plus touchés, avec un taux de sous-emploi estimé à 77 %.

• Promesses non tenues en matière d’emploi :

En 2001, le gouvernement a lancé le programme « Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté » (DSRP), qui visait à créer des opportunités d’emploi pour les jeunes. Deux décennies plus tard, les résultats sont minimes, avec une économie encore largement dépendante du secteur primaire et des emplois non qualifiés.

Dans leur analyse des politiques économiques de Biya, Amin et Fokam (2020) concluent que « les réformes économiques, en particulier les programmes d’ajustement structurel des années 1990, ont marginalisé davantage les jeunes en détruisant les secteurs publics et industriels qui auraient pu absorber la main-d’œuvre qualifiée. »

Nkemngu (2019), dans son étude sur l’emploi au Cameroun, indique que « l’incapacité du gouvernement à moderniser le secteur industriel a transformé le Cameroun en une économie de survie, où les jeunes survivent au lieu de s’épanouir. »

2.2. Un Système Éducatif en Ruine

La formation de ma génération a été profondément affectée par un système éducatif qui n’a cessé de se détériorer sous le régime Biya.

• Statistiques éducatives :

En 2022, le Cameroun affichait un taux brut de scolarisation primaire de 88 %, mais seulement 45 % des enfants inscrits atteignent le secondaire (UNESCO, 2023). De plus, les infrastructures éducatives sont en lambeaux, avec une moyenne de 85 élèves par classe dans les écoles publiques rurales.

• Faibles investissements :

Le budget alloué à l’éducation représente en moyenne 3,5 % du PIB, un chiffre bien en deçà de la recommandation de l’UNESCO de 6 %.

• Condition des enseignants :

Les enseignants camerounais, souvent non payés pendant plusieurs mois, mènent des grèves fréquentes. En 2022, plus de 30 000 enseignants du primaire étaient encore des vacataires, selon un rapport du Syndicat National des Enseignants du Cameroun (SNEC).

Tchombe (2021), dans son étude sur l’éducation en Afrique centrale, souligne que « l’absence de stratégie éducative cohérente a produit une génération d’apprenants incapables de rivaliser sur le marché globalisé. »

Mforteh et Ndi (2018) notent que « la priorisation des grands projets politiques sur l’éducation illustre l’abandon des valeurs fondamentales qui définissent un État développementaliste. »

2.3. Une Crise Sécuritaire Persistante

Le Cameroun sous Paul Biya est marqué par une insécurité croissante, exacerbant les défis auxquels ma génération fait face :

• Conflits armés :

La guerre contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et la crise anglophone ont déplacé plus de 900 000 personnes à l’intérieur du pays (HCR, 2023). Ces conflits ont détruit des infrastructures, perturbé les activités économiques et créé un climat de peur.

• Budget militaire exorbitant :

En 2023, le Cameroun a consacré 1,5 milliard de dollars (soit 6 % de son PIB) à la défense, selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). Malgré ces dépenses, l’insécurité persiste, en particulier dans les régions anglophones où des milliers de vies ont été perdues.

• Impact sur la jeunesse :

La militarisation de certaines régions a rendu impossible l’accès à l’éducation pour des milliers d’enfants et de jeunes. En 2023, plus de 30 % des écoles dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest étaient fermées en raison de la crise (UNICEF, 2023).

Mbuh et Ndifor (2022) dans “The Anglophone Crisis in Cameroon” notent que « la réponse militarisée de l’État n’a pas seulement aggravé le conflit, mais a aussi détruit les aspirations économiques et éducatives des jeunes. »

Fonkeng (2021) souligne que « la négligence des causes profondes des crises a transformé les régions affectées en zones de non-droit, contribuant à la désillusion des jeunes. »

2.4. Une Génération Désabusée

Ma génération a été témoin d’une trahison systématique :

• Nous avons grandi avec l’idée que l’éducation nous ouvrirait les portes de l’emploi, mais nous nous sommes retrouvés face à un marché saturé et inhospitalier.

• Nous avons espéré un système politique stable, mais avons vu les conflits se multiplier.

• Nous avons cru en la modernisation promise, mais avons hérité de villes et de villages où les services sociaux sont inexistants.

Ces frustrations alimentent une profonde désillusion chez les jeunes, beaucoup d’entre eux choisissant l’exil, tandis que d’autres sombrent dans le désespoir ou l’activisme radical.

2.5. Une Génération à Revendiquer

L’échec de la génération de mes parents à obtenir un véritable « renouveau » a transformé ma génération en victime collatérale des politiques du régime Biya. Nous devons refuser de laisser cet échec s’étendre à nos enfants. Cet héritage de désillusion doit devenir un appel à l’action pour construire un Cameroun plus juste, plus équitable et véritablement tourné vers l’avenir.

3. La Complicité Inacceptable : Paul Biya et le Mensonge Transgénérationnel

Après avoir menti à la génération de nos parents et sacrifié celle de nos enfants, Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant notre génération et celle de nos enfants. Les élections présidentielles de 2025 sont un moment critique où ce régime espère encore une fois nous embarquer dans un cycle de promesses creuses et de trahisons historiques. Cette stratégie repose sur la création d’une illusion de changement, alors qu’elle ne fait que perpétuer un système défaillant.

3.1. Des Promesses Électorales Répétitives et Illusoires

Depuis les années 1980, le régime de Paul Biya a construit son discours autour de promesses ambitieuses, mais systématiquement non tenues :

• Promesses économiques : En 1987, Biya avait promis de transformer le Cameroun en une « économie émergente » avant l’an 2000. En 2009, il a renouvelé cette promesse en fixant l’horizon 2035 pour atteindre cet objectif. Pourtant, selon le classement de la Banque mondiale (2023), le Cameroun reste classé parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur, avec un PIB par habitant de seulement 1 540 USD, très en deçà des normes des économies émergentes.

• Emplois pour la jeunesse : En 2018, lors de sa campagne électorale, Paul Biya avait promis de créer 500 000 emplois par an. Or, les rapports du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (2022) indiquent que seulement 15 000 emplois formels ont été créés en moyenne par an depuis 2018, soit moins de 3 % de l’objectif.

• Projets d’infrastructure : Le régime a annoncé plusieurs « grands projets » tels que le port en eau profonde de Kribi, le barrage hydroélectrique de Lom Pangar et l’autoroute Yaoundé-Douala. Bien que certains aient vu le jour, leur gestion inefficace, marquée par des surcoûts massifs et des délais prolongés, a limité leur impact sur l’économie nationale (Transparency International, 2023).

Takougang (2019) décrit ces promesses répétées comme un « cycle de déception institutionnalisée », soulignant que « le régime utilise des projets symboliques pour masquer l’absence de réforme structurelle. »

Selon Fomba et Kamdem (2021), « l’économie camerounaise stagne à cause de politiques incohérentes qui privilégient la communication politique au détriment des résultats concrets. »

3.2. Un État Capturé par les Intérêts Personnels

Le régime de Paul Biya a été marqué par une gestion patrimoniale de l’État, où les ressources publiques sont utilisées pour maintenir le pouvoir au lieu de servir la population :

• Corruption endémique : En 2022, le Cameroun se classait 138e sur 180 pays dans l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International. Chaque année, le pays perd environ 30 % de son budget public à cause de la corruption, selon le Contrôle supérieur de l’État.

• Endettement croissant : La dette publique du Cameroun représentait 46,8 % du PIB en 2023, contre 13 % en 2008 (Banque mondiale). Cette augmentation est due à des emprunts mal gérés pour financer des projets souvent inachevés.

• Gestion népotique : Le système administratif est gangrené par le favoritisme, où des proches du pouvoir occupent des postes stratégiques, indépendamment de leur compétence.

Bayart (1993), dans “The State in Africa: The Politics of the Belly”, décrit les régimes comme celui de Biya comme des systèmes où l’État devient une source de prédation économique pour l’élite politique.

Fonkeng (2020) note que « l’absence de transparence dans la gestion publique a consolidé une oligarchie qui contrôle tous les secteurs clés de l’économie. »

3.3. Un Héritage Désastreux pour les Générations Futures

Si rien ne change, nos enfants et petits-enfants hériteront d’un Cameroun marqué par :

• Un appauvrissement chronique : Selon le PNUD (2022), 37,5 % de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté. Les projections indiquent que ce chiffre pourrait augmenter si les réformes structurelles nécessaires ne sont pas mises en œuvre.

• Un système éducatif désuet : En l’absence d’investissements significatifs, les infrastructures éducatives continueront à se dégrader, compromettant l’avenir des jeunes Camerounais.

• Une dette insoutenable : La dette extérieure du Cameroun est projetée à atteindre 25 milliards de dollars d’ici 2030 (FMI, 2023), laissant peu de marge pour financer les services publics essentiels.

• Un climat d’insécurité persistante : La gestion inefficace des crises actuelles (crise anglophone, Boko Haram) risque de créer une instabilité prolongée, privant les générations futures de la paix et de la sécurité nécessaires au développement.

Mbuh (2022) affirme que « l’échec à résoudre les crises actuelles compromet non seulement la stabilité à court terme, mais aussi le développement à long terme. »

UNICEF (2023) indique que « sans une réforme urgente du système éducatif, plus de 50 % des enfants camerounais risquent de devenir des adultes non qualifiés, incapables de contribuer efficacement à l’économie. »

3.4. Un Appel au Réveil Collectif

Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant la mémoire collective et en jouant sur les peurs d’un changement. Mais il est temps de dire non à cette stratégie. Refuser de participer à cette mascarade électorale, c’est refuser d’être complice d’un mensonge qui condamne nos enfants et petits-enfants à un avenir de pauvreté et de stagnation.

4. Dire Non aux Mensonges : L’Appel à une Révolution Générationnelle

Les Camerounais, en particulier notre génération et celles qui suivent, doivent rompre avec les mensonges institutionnalisés du régime de Paul Biya. Depuis son accession au pouvoir en 1982, les promesses non tenues se sont accumulées, alimentant le déclin économique, social et politique du pays. Ce cycle de tromperie et de stagnation appelle à un éveil collectif, à une prise de conscience nationale pour bâtir un avenir meilleur.

4.1. Un État au Bord de l’Effondrement

Le Cameroun est aujourd’hui confronté à des crises multiformes qui menacent sa stabilité à long terme :

• Crise économique persistante :

Selon la Banque mondiale (2023), le taux de croissance économique du Cameroun est en moyenne de 3,5 % par an, insuffisant pour réduire significativement la pauvreté ou améliorer les infrastructures publiques. En comparaison, des pays comme le Rwanda et l’Éthiopie affichent des taux supérieurs à 6 %, avec des programmes de réformes axés sur l’innovation et l’industrialisation.

• Dégradation des infrastructures :

Plus de 70 % des routes du pays sont en mauvais état, limitant l’accès aux marchés et augmentant les coûts de transport. Les villages ruraux, comme celui de Ngompem, où mes parents, ont vécu et sont décédés, sont les plus touchés. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2022) estime que l’absence d’infrastructures modernes réduit la productivité agricole de 40 %, aggravant la pauvreté.

• Déséquilibres sociaux :

En 2023, le GINI index du Cameroun, mesurant les inégalités, était de 46,6, indiquant une concentration extrême des richesses entre les mains d’une élite restreinte, alors que 37,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Bayart (1993) affirme que les régimes comme celui de Paul Biya perpétuent des inégalités en utilisant l’État comme un outil de prédation économique.

Tchouassi et Fokam (2021) décrivent la politique économique camerounaise comme « un système incapable de générer une croissance inclusive, enfermant le pays dans un cercle vicieux de pauvreté et de dépendance extérieure. »

4.2. Le Poids de la Corruption : Un Système à Déconstruire

La corruption sous le régime de Paul Biya est institutionnalisée, sapant toute tentative de réforme ou de progrès.

• Coût de la corruption :

Environ 30 % du budget annuel du Cameroun, soit plus de 5 milliards de dollars, est détourné chaque année (Transparency International, 2023). Ces fonds auraient pu financer la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures essentielles.

• Conséquences pour les générations futures :

Les ressources qui auraient pu être investies dans le développement durable sont dilapidées. Par exemple, l’endettement croissant du pays (46,8 % du PIB en 2023) compromet la capacité de l’État à financer des projets à long terme.

Ndifor et Ambe (2019) concluent que « la corruption est à la fois une cause et une conséquence de la faiblesse des institutions au Cameroun, perpétuant un état de stagnation nationale. »

Dans son analyse de la gestion publique au Cameroun, Essomba (2020) note que « la culture de l’impunité a ancré la corruption comme un élément structurel de la gouvernance. »

4.3. Un Appel au Réveil Citoyen

Pour mettre fin à ce cycle de mensonges et de promesses non tenues, un mouvement citoyen massif est nécessaire.

• Engagement politique des jeunes :

En 2023, plus de 60 % de la population camerounaise avait moins de 30 ans (INS, 2023). Cependant, leur participation politique reste faible, en grande partie à cause du sentiment de désillusion et de méfiance envers les institutions. La mobilisation des jeunes est cruciale pour porter des leaders nouveaux et visionnaires.

• Exemples de changement dans d’autres pays :

Les récentes transitions démocratiques en Zambie, au Malawi, au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali et en Guinée montrent qu’un leadership engagé et une mobilisation populaire peuvent transformer des systèmes corrompus en opportunités pour les citoyens.

Cheeseman (2022), dans “How to Rig an Election”, montre que des sociétés jeunes et dynamiques peuvent renverser des régimes autoritaires par la mobilisation et la dénonciation des abus.

Kondoh et Ndong (2021) analysent comment la jeunesse africaine, en particulier à travers les réseaux sociaux, joue un rôle croissant dans l’éveil démocratique et la dénonciation des abus de pouvoir.

4.4. Repenser le Modèle de Gouvernance : Vers un État Développementaliste Communautaire

Pour sortir le Cameroun de cette spirale de stagnation, il faut adopter un modèle de gouvernance centré sur le développement humain, basé sur les principes suivants :

• Investissements massifs dans l’éducation et la santé :

Revoir les priorités budgétaires pour allouer 10 % du PIB à l’éducation et 7 % à la santé, conformément aux recommandations de l’UNESCO et de l’OMS.

• Diversification de l’économie :

Passer d’une économie basée sur l’exportation de matières premières (pétrole, bois) à une industrialisation accrue.

• Décentralisation effective :

Donner aux collectivités locales les moyens de décider et d’agir, au lieu de centraliser les décisions à Yaoundé.

Ndongmo (2020), dans “The Path to Sustainable Development in Central Africa”, plaide pour une décentralisation comme clé d’un développement inclusif.

World Bank (2023) recommande des politiques économiques qui mettent l’accent sur la transformation agricole et industrielle pour stimuler la croissance.

4.5. Un Nouveau Contrat Social : La Responsabilité de Dire Non

Dire non aux mensonges du régime Biya, c’est dire oui à un Cameroun nouveau :

• Oui à une gouvernance transparente.

• Oui à des politiques économiques inclusives.

• Oui à un système éducatif et sanitaire accessible à tous.

Les élections présidentielles de 2025 offrent une opportunité historique de briser ce cycle de tromperie transgénérationnelle. Nous devons refuser de légitimer un régime qui a échoué à répondre aux besoins fondamentaux de ses citoyens.

Conclusion : Rompre avec le Cycle de Mensonges et de Stagnation

Le règne de Paul Biya, qui s’étend sur plus de quatre décennies, est un témoignage accablant d’un système politique marqué par des promesses non tenues, des illusions entretenues et une gouvernance axée sur la perpétuation du pouvoir plutôt que sur le progrès collectif. À travers les générations, ce régime a perfectionné l’art du mensonge : des engagements initiaux envers nos parents qui ont été brisés, à la désillusion de notre propre génération, jusqu’à la tentative de condamner nos enfants à un avenir sans espoir.

Les faits sont clairs : le Cameroun est aujourd’hui embourbé dans une crise multidimensionnelle. Économiquement, nous sommes confrontés à une stagnation chronique avec près de 40 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Socialement, les infrastructures de base restent inexistantes dans de nombreuses régions, reflétant un État qui a failli à son devoir envers ses citoyens. Politiquement, la corruption et le népotisme ont consolidé un système qui privilégie l’élite au détriment de la majorité. Ces réalités ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un régime qui a fait de la manipulation et de l’inaction une stratégie de gouvernance.

L’heure n’est plus au silence ni à la résignation. À l’aube des élections présidentielles de 2025, les Camerounais ont une opportunité historique de rompre avec ce cycle de mensonges et de trahisons. Dire non à ce régime, c’est dire oui à un avenir différent : un avenir où nos ressources seront investies dans l’éducation, la santé, les infrastructures, et le développement économique durable ; un avenir où nos enfants et petits-enfants pourront rêver, innover et bâtir sans être écrasés par l’héritage de la stagnation.

Le changement ne viendra pas de l’élite politique actuelle, mais de la prise de conscience collective de chaque citoyen camerounais. Nous devons refuser d’être complices du mensonge transgénérationnel et agir pour construire un État développementaliste, inclusif et prospère. Ensemble, nous avons le pouvoir de transformer le Cameroun, de briser les chaînes du passé et d’inaugurer une nouvelle ère de responsabilité, de justice et de progrès.

Paul Biya et son régime incarnent le passé. L’avenir appartient à ceux qui ont le courage de dire non, de se lever et de bâtir. Le Cameroun mérite mieux, et l’histoire nous jugera sur les choix que nous ferons aujourd’hui. La révolution générationnelle est en marche – à nous de la mener avec détermination et espoir.

Bibliographie

1. Banque Mondiale. (2023). Rapport sur le développement mondial : Croissance économique et inégalités au Cameroun. Washington, DC : World Bank Publications.

2. Bayart, J.-F. (1993). L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard.

3. Cheeseman, N. (2022). How to Rig an Election. New Haven : Yale University Press.

4. Essomba, P. L. (2020). The Culture of Impunity in Cameroon: Governance and Corruption. Yaoundé : Presses Universitaires du Cameroun.

5. Institut National de la Statistique (INS). (2023). Données statistiques sur la population et l’économie du Cameroun. Yaoundé : INS Cameroun.

6. Kondoh, H., & Ndong, J. P. (2021). Youth Mobilization in Africa: Social Media and Political Change. Johannesburg : African Studies Review.

7. Ndifor, A., & Ambe, C. (2019). Corruption and Economic Decline in Cameroon: A Systematic Analysis. Douala : Centre for Economic Studies.

8. Ndongmo, R. M. (2020). The Path to Sustainable Development in Central Africa: Lessons for Cameroon. Libreville : Central African Development Press.

9. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). (2022). Rapport sur le développement humain au Cameroun : Défis et opportunités. New York : United Nations Development Programme.

10. Transparency International. (2023). Indice de perception de la corruption 2023 : Cameroun. Berlin : Transparency International.

11. Tchouassi, G., & Fokam, A. J. (2021). The Vicious Circle of Poverty and Underdevelopment in Cameroon: Rethinking Economic Policies. Yaoundé : African Economic Research Consortium.

12. World Bank. (2023). Enhancing Economic Diversification in Sub-Saharan Africa: Cameroon Case Study. Washington, DC : World Bank Publications.

LA DECLARATION DU SG ADJOINT DU RDPC A PROPOS DE LA VIOLENCE ENVERS LES ÉVÊQUES RAPPELLE LES ASSASSINATS DES MGR YVES PLUMEY, JEAN-MARIE BENOÎT BALLA et de l’ABBE JOSEPH MBASSI: Quand la Parole des Évêques Dévoile les Ombres du Pouvoir — Entre Métaphore Spirituelle et Menace Réelle. LE MLDC APPELLE À LA VIGILANCE CITOYENNE

Introduction : La voix des Évêques face au silence des injustices

Dans l’histoire des sociétés en crise, les institutions religieuses ont souvent joué un rôle déterminant en s’érigeant en contre-pouvoir moral. Au Cameroun, cette dynamique est particulièrement sensible. Alors que le pays se prépare à une élection présidentielle décisive en 2025, les récentes prises de position publiques de certaines figures ecclésiastiques marquent un tournant. En évoquant métaphoriquement la « prise de pouvoir par le diable », Mgr Yaouda Hourgo a dénoncé, avec force, une situation jugée insoutenable. Cette déclaration, bien que symbolique, a suscité une réponse ambiguë du Secrétaire Général adjoint du RDPC, membre du Comté Central, qui, sous une apparente invitation au calme, a ravivé des souvenirs douloureux d’assassinats non élucidés de membres du clergé.

Comme le souligne Stephen Ellis dans Worlds of Power: Religious Thought and Political Practice in Africa (2004), les institutions religieuses en Afrique subsaharienne ne sont pas seulement des acteurs spirituels : elles jouent également un rôle social et politique crucial, surtout dans des contextes où les régimes en place peinent à répondre aux attentes populaires. Cette introduction pose les bases d’un débat fondamental : la critique religieuse peut-elle encore s’exprimer sans craindre des représailles dans un État en quête de légitimité démocratique ?

1. Mgr Yaouda Hourgo : une métaphore forte, une douleur partagée

Mgr Yaouda Hourgo

La déclaration de Mgr Yaouda Hourgo — « Même le diable qu’il prenne d’abord le pouvoir au Cameroun » — traduit une exaspération légitime face à des décennies de stagnation politique, de corruption systémique et de souffrance populaire. Dans le contexte théologique, le diable symbolise le mal absolu, mais il peut également représenter l’oppression, la mauvaise gouvernance et l’injustice sociale. Cette métaphore, utilisée pour frapper les esprits, relève d’une tradition rhétorique ancienne où les figures spirituelles emploient des images fortes pour interpeller les consciences.

Des figures telles que Desmond Tutu en Afrique du Sud ou Laurent Monsengwo en RDC ont régulièrement employé des métaphores similaires pour dénoncer les régimes autoritaires de leur époque. En Afrique du Sud, l’archevêque Tutu qualifiait le régime de l’apartheid de « démon maléfique », une manière puissante de souligner la gravité de l’oppression sans inciter à la violence. De même, au Cameroun, la déclaration de Mgr Hourgo ne constitue pas un appel à l’insurrection mais une invitation à une prise de conscience collective.

En littérature politique, Jean-François Bayart, dans L’État en Afrique : la politique du ventre (1989), explique que les élites africaines, par leur gestion patrimoniale de l’État, créent une frustration sociale profonde, ce qui alimente les critiques des institutions religieuses. Mgr Hourgo ne fait que traduire cette réalité dans un langage accessible au peuple, en jouant sur une symbolique connue de tous.

2. La réponse ambiguë du SG adjoint du RDPC : une menace voilée et dangereuse

SG Adjoint du RDPC, Grégoire Owona

La déclaration du secrétaire général adjoint du RDPC semble, en surface, prôner l’apaisement : « Ne soyons pas violents envers les évêques même quand ils font l’apologie du diable car le Président Biya est contre la violence sous toutes ses formes ». Cependant, une analyse plus poussée révèle une ambiguïté lourde de sens. En évoquant la violence dans un contexte où elle n’a jamais été suggérée par l’évêque, il fait planer une menace implicite, rappelant de sombres épisodes de l’histoire camerounaise.

Le Cameroun a en effet connu plusieurs assassinats de figures ecclésiastiques critiques du pouvoir, restés à ce jour non élucidés :

L’abbé Joseph Mbassi, journaliste et prêtre catholique, fut retrouvé mort en 1988 après avoir dénoncé des réseaux de corruption liés à des élites politiques.

L’abbé Joseph MBASSI

Mgr Yves Plumey, archevêque émérite de Garoua, fut assassiné en 1991, un crime dont les circonstances demeurent floues.

Mgr Yves PLUMEY

Mgr Jean-Marie Benoît Balla, archevêque de Bafia, fut retrouvé mort dans le fleuve Sanaga en 2017, dans ce qui a été officiellement qualifié de suicide, mais qui reste largement contesté par la communauté religieuse et civile.

Mgr Jean-Marie Benoît Balla

Ces assassinats, qui n’ont jamais été élucidés, entretiennent un climat de peur et de méfiance entre le pouvoir et l’Église. Comme le décrit Achille Mbembe dans Critique de la raison nègre (2013), les régimes autoritaires utilisent souvent la violence symbolique et réelle pour maintenir leur emprise sur les populations et dissuader toute forme de contestation. La déclaration du SG adjoint du RDPC, en ravivant le spectre de ces assassinats, s’inscrit dans cette logique de dissuasion subtile.

3. L’Église : une conscience morale dans une nation en crise

L’histoire politique du Cameroun ne peut être écrite sans mentionner le rôle central de l’Église comme contre-pouvoir. Depuis les années post-indépendance, l’Église catholique s’est régulièrement opposée aux dérives autoritaires des différents régimes, devenant ainsi une voix morale respectée. Comme le rappelle Adrian Hastings dans The Church in Africa: 1450-1950 (1994), l’Église, par sa structure et son influence, a souvent été la seule institution capable de mobiliser les masses et de défendre les droits fondamentaux dans des contextes d’injustice généralisée.

Le cas du Cameroun n’est pas isolé. En République démocratique du Congo, l’Église catholique a joué un rôle clé dans la dénonciation du régime de Mobutu et, plus récemment, dans la pression exercée pour des élections transparentes. En Afrique de l’Ouest, le rôle de l’Église dans les transitions démocratiques, notamment au Sénégal et au Bénin, a été largement documenté. Ce rôle de veilleur moral expose inévitablement les figures religieuses à des représailles, comme l’illustre tragiquement l’histoire récente du Cameroun.

4. LE MLDC APPELLE À LA VIGILANCE CITOYENNE : ne laissons pas l’intimidation triompher

Face à ce contexte tendu, il devient crucial que la société civile camerounaise s’organise et se mobilise pour protéger les libertés fondamentales. L’élection présidentielle de 2025 représente un tournant décisif dans l’histoire politique du pays. Si les voix critiques, y compris celles issues du clergé, sont muselées, le processus électoral perdra toute crédibilité.

L’appel du SG adjoint du RDPC à « débattre sans se battre » ne doit pas devenir un slogan creux masquant une répression larvée. Comme l’écrivait John Locke dans Two Treatises of Government (1690), « la liberté d’expression est la pierre angulaire de toute société libre ». Si cette liberté est menacée, c’est l’avenir même du Cameroun qui est en péril.

Le peuple camerounais ne doit pas céder à la peur. Il doit se lever, pacifiquement mais fermement, pour défendre ses droits et exiger des élections transparentes et inclusives. L’histoire récente montre que les régimes autoritaires finissent par s’effondrer face à une mobilisation populaire déterminée et organisée.

Conclusion : Pour un Cameroun debout, libre et juste

La confrontation entre l’Église et l’État, à travers les déclarations de Mgr Yaouda Hourgo et du SG adjoint du RDPC, illustre les tensions profondes qui agitent le Cameroun à l’aube des élections de 2025. Ce débat, au-delà des mots, pose une question cruciale : le Cameroun est-il prêt à garantir un processus électoral véritablement démocratique ?

Les Camerounais, qu’ils soient croyants ou non, doivent se souvenir que l’histoire appartient à ceux qui osent se battre pour la vérité et la justice. La parole est un pouvoir. Ne la laissons pas être muselée. Pour un Cameroun libre, debout et juste, il est temps d’agir.

Bibliographie

1. Bayart, Jean-François. L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard, 1989.

Cet ouvrage essentiel explore les dynamiques politiques en Afrique subsaharienne et les relations entre l’État et les institutions religieuses.

2. Laburthe-Tolra, Philippe. Politique et religion en Afrique : Les Églises face aux pouvoirs. Paris : Karthala, 1996.

Une analyse approfondie des rapports entre les institutions religieuses et les pouvoirs politiques en Afrique francophone.

3. Bourdieu, Pierre. La domination masculine. Paris : Seuil, 1998.

Bien que consacré aux rapports de genre, cet ouvrage développe des concepts clés de la violence symbolique applicables au discours politique et religieux.

4. Bourdieu, Pierre. Langage et pouvoir symbolique. Paris : Seuil, 2001.

Ce livre décrit comment le langage peut être utilisé comme un instrument de pouvoir et de domination.

5. Tutu, Desmond. No Future Without Forgiveness. New York : Doubleday, 1999.

Desmond Tutu y décrit le rôle de l’Église dans le processus de transition démocratique en Afrique du Sud, soulignant l’importance du discours symbolique dans la lutte contre l’oppression.

6. Locke, John. Two Treatises of Government. Londres : Awnsham Churchill, 1690.

Ce texte fondamental sur la philosophie politique explore la liberté d’expression et le rôle de la critique dans la construction d’une société démocratique.

7. Ellis, Stephen, et Ter Haar, Gerrie. Worlds of Power: Religious Thought and Political Practice in Africa. New York : Oxford University Press, 2004.

Cet ouvrage montre comment les idées religieuses influencent les pratiques politiques en Afrique.

8. Mbembe, Achille. Critique de la raison nègre. Paris : La Découverte, 2013.

Un ouvrage majeur sur les formes contemporaines de domination en Afrique, incluant des réflexions sur la religion et la politique.

9. Hastings, Adrian. The Church in Africa: 1450-1950. Oxford : Clarendon Press, 1994.

Un classique sur l’histoire de l’Église en Afrique, utile pour comprendre son rôle de contre-pouvoir à travers les époques.

10. Gifford, Paul. Christianity and Politics in Doe’s Liberia. Cambridge : Cambridge University Press, 1993.

“LE RDPC RÉFUTE LE PARI PUTATIF ET CHOISIT LE DROIT POSITIF”: UNE DÉFENSE DÉSESPÉRÉE DU PR. JACQUES FAME NDONGO. ANALYSE DÉTAILLÉE… EN TANT QUE SG DU MLDC, JE RELÈVE LE DÉFI D’UN DÉBAT PUBLIC ET TÉLÉVISÉ !

Introduction générale

Depuis son accession à l’indépendance en 1960, le Cameroun s’est caractérisé par une stabilité politique apparente, portée par des institutions rigides et un leadership centralisé. Toutefois, cette stabilité a souvent masqué des tensions structurelles liées à la gouvernance, à l’alternance démocratique et à la légitimité du pouvoir. L’élection présidentielle de 2025 s’inscrit dans cette continuité, avec une attention particulière sur la candidature annoncée de Paul Biya, Président de la République depuis 1982. Cette candidature suscite des débats intenses, nourris par des interrogations sur la conformité juridique, la légitimité démocratique et les dynamiques institutionnelles.

Dans un document publié par le Pr. Jacques Fame Ndongo, membre du Bureau Politique du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) et Secrétaire à la communication du parti, une série d’arguments est avancée pour justifier la candidature de Paul Biya. Ces arguments s’articulent autour de trois principaux axes : le droit positif (légalité constitutionnelle), la légalité inhérente aux statuts du parti, et la légitimité populaire conférée par le soutien militant. En outre, le document oppose le « droit positif », qu’il qualifie d’objectif, au « pari putatif », qu’il considère comme subjectif et illusoire. Enfin, le texte conclut par une invitation à un débat démocratique, présenté comme une preuve de la transparence et de la confiance du RDPC dans ses arguments.

Cependant, une analyse académique approfondie de ces justifications soulève des questions critiques sur leur pertinence dans un contexte démocratique moderne. Les tensions entre légalité formelle et légitimité politique, la centralisation excessive du pouvoir au sein du RDPC et l’absence de mécanismes garantissant un débat équitable sont autant d’éléments qui méritent d’être explorés. À travers une approche interdisciplinaire mobilisant le droit constitutionnel, la théorie politique et les principes de gouvernance démocratique, cet article examine les arguments avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo, en mettant en lumière leurs forces, leurs limites et leurs implications pour l’avenir démocratique du Cameroun.

L’objectif de cet article est double. D’une part, il s’agit d’évaluer la validité juridique et politique des arguments avancés en faveur de la candidature de Paul Biya. D’autre part, il vise à proposer une réflexion critique sur les défis structurels auxquels fait face le Cameroun en matière d’institutionnalisation démocratique. À travers cette analyse, nous espérons contribuer à un débat plus éclairé sur les mécanismes de légitimation du pouvoir et les exigences d’une démocratie pluraliste.

Mots-clés : droit positif, pari putatif, légitimité politique, débat démocratique, Cameroun, RDPC, Paul Biya, élections présidentielles 2025, gouvernance, alternance démocratique.

Abstract

The 2025 presidential election in Cameroon represents a pivotal moment in the country’s political trajectory, particularly with the announced candidacy of Paul Biya, who has held the presidency since 1982. In a defense authored by Jacques Fame Ndongo, a leading figure in the ruling RDPC party, three core arguments are presented: the legal right granted by Cameroon’s constitution (positive law), the automatic candidacy conferred by the party’s statutes, and the popular legitimacy stemming from grassroots support. This article critically examines these arguments by employing an interdisciplinary approach rooted in constitutional law, political theory, and democratic governance.

The analysis highlights key tensions between formal legality and substantive legitimacy, the excessive centralization of power within the RDPC, and the structural deficiencies hindering equitable democratic debate in Cameroon. By interrogating these issues, the article seeks to contribute to a broader conversation on the institutional challenges facing Cameroon and the imperative of ensuring a pluralistic, participatory, and transparent electoral process. Ultimately, this study underscores the need to balance legal frameworks with democratic ethics to foster a sustainable political system.

Keywords: positive law, putative claim, political legitimacy, democratic debate, Cameroon, RDPC, Paul Biya, 2025 presidential elections, governance, democratic alternation.

1. Analyse critique des arguments avancés

1.1. La Constitution

L’argument central avancé par le Pr. Jacques Fame Ndongo, auteur de ce document, repose sur une interprétation textuelle de l’article 6, alinéa 2, de la Constitution camerounaise, qui stipule que « le Président de la République est élu pour un mandat de 7 ans et est rééligible ». En affirmant que cette disposition constitutionnelle « donne le droit » au Président Paul Biya de briguer un nouveau mandat en 2025, l’auteur s’appuie sur le droit positif, à savoir l’application stricte des lois écrites.

Toutefois, une lecture académique critique de cet argument montre qu’une interprétation purement textuelle ne suffit pas. Selon Hans Kelsen (1934), le droit ne peut être séparé de son contexte social et politique. Si, juridiquement, le Président est « rééligible », la question demeure si cet usage répété de cette clause respecte les principes fondamentaux d’un État démocratique moderne, notamment le renouvellement périodique et l’alternance au pouvoir.

En outre, des théoriciens comme Giovanni Sartori (1997) insistent sur l’importance de l’équilibre entre la légalité formelle et la légitimité substantielle. Dans le cas du Cameroun, bien que la Constitution permette la réélection, son usage prolongé peut susciter une crise de légitimité, particulièrement dans un contexte où les institutions sont perçues comme favorisant le maintien du pouvoir d’un individu ou d’un groupe. Par exemple, le prolongement des mandats présidentiels au Cameroun, où Paul Biya est au pouvoir depuis 1982, a été critiqué par des organisations internationales pour son impact sur la consolidation démocratique.

1.2. Les textes du RDPC

L’auteur, Jacques Fame Ndongo, invoque également les statuts du RDPC, affirmant que « le Président National du RDPC est le candidat du parti à l’élection présidentielle » (article 27, alinéa 3). Cet argument renforce une lecture centralisée et quasi-automatique de la désignation du candidat, sans débat interne ou processus démocratique visible au sein du parti. Une telle interprétation appelle plusieurs critiques académiques.

D’une part, comme le souligne Maurice Duverger (1951) dans son ouvrage Les Partis politiques, un parti politique moderne doit incarner une pluralité d’opinions et permettre l’émergence de nouveaux leaders. En verrouillant la candidature au Président National, le RDPC supprime toute possibilité d’un renouvellement interne. Cette absence de débat démocratique interne nuit à la vitalité politique et réduit la compétition électorale à une formalité.

D’autre part, le concept de démocratie interne des partis, développé par Larry Diamond (1999), met en avant l’importance de mécanismes transparents et compétitifs au sein des partis pour sélectionner leurs candidats. Le modèle adopté par le RDPC, où Paul Biya est systématiquement désigné candidat, contredit ce principe fondamental. Il confère un avantage structurel au Président sortant, renforçant ainsi l’asymétrie de pouvoir entre les élites du parti et la base militante.

1.3. Base militante et sympathisante

Jacques Fame Ndongo affirme également que la « base militante et sympathisante » du RDPC a renouvelé son soutien à Paul Biya, en évoquant un « appel sans équivoque » des sections du parti le 6 novembre 2024. Cet argument s’inscrit dans une tentative de légitimation par l’adhésion populaire. Cependant, plusieurs problèmes surgissent lorsqu’on analyse cette revendication sous un prisme académique.

Premièrement, le politologue Samuel Huntington (1991) souligne que la légitimité démocratique repose sur des processus transparents et compétitifs, et non simplement sur des proclamations partisanes. Dans le contexte du Cameroun, les appels à la candidature du Président sortant émanent d’un parti où la pluralité d’opinions est fortement limitée, ce qui remet en question l’authenticité de ce soutien.

Deuxièmement, dans des régimes où les institutions et les partis sont fortement centralisés, la mobilisation de la base militante peut être perçue comme une manifestation de contrôle politique plutôt qu’une véritable adhésion populaire. Comme le soutient Franz Fanon (1961) dans Les Damnés de la Terre, le soutien populaire dans des systèmes dominés par un parti unique ou hégémonique est souvent le produit d’une dynamique coercitive ou clientéliste.

Enfin, l’idée selon laquelle la popularité d’un dirigeant justifie son maintien au pouvoir doit être replacée dans le contexte des mécanismes de gouvernance. Linz et Stepan (1996) insistent sur le fait que même les dirigeants populaires doivent être soumis à des règles institutionnelles qui empêchent la personnalisation du pouvoir. La prolongation du mandat de Paul Biya, bien qu’appuyée par le RDPC, pourrait être perçue comme une concentration excessive du pouvoir dans un régime présidentiel.

1.4. Légalité et légitimité : tensions fondamentales

Le document met en avant trois paradigmes : la légalité républicaine, la légalité inhérente au parti, et la légitimité populaire. Bien que ces notions soient pertinentes, leur application dans ce contexte soulève plusieurs interrogations.

1. Légalité républicaine : Elle s’appuie sur le droit constitutionnel, mais, comme le rappelle Montesquieu (1748), la légalité doit toujours être subordonnée à l’intérêt général et à l’équilibre des pouvoirs. Une légalité qui sert uniquement à prolonger un mandat sans renforcer les institutions démocratiques devient un outil de consolidation autoritaire.

2. Légalité inhérente au parti : La légalité interne au RDPC est utilisée pour justifier des pratiques de centralisation du pouvoir. Cependant, comme l’a observé Robert Michels (1911) dans Les Partis politiques, les organisations politiques tendent à développer des structures oligarchiques qui privilégient les élites au détriment de la base.

3. Légitimité populaire : Ce concept est problématique lorsqu’il n’est pas accompagné de mécanismes institutionnels crédibles. Joseph Schumpeter (1942) définit la démocratie comme un processus dans lequel les citoyens choisissent leurs dirigeants à travers des élections libres et compétitives. Si le RDPC monopolise le paysage politique, la légitimité populaire devient difficile à établir.

Les arguments avancés par Jacques Fame Ndongo dans ce document s’appuient sur une lecture restrictive des textes constitutionnels et statutaires, tout en minimisant les implications démocratiques plus larges. Si le droit positif confère à Paul Biya la possibilité de se représenter, la légitimité de cette candidature reste discutable à la lumière des principes démocratiques modernes. Cette analyse invite à une réflexion sur l’importance de renforcer la démocratie interne des partis politiques et de garantir des mécanismes électoraux transparents pour préserver la vitalité démocratique au Cameroun.

2. Légalité et légitimité : Concepts théoriques et tensions fondamentales

L’un des arguments centraux avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo dans sa défense de la candidature de Paul Biya est l’articulation entre trois paradigmes : la légalité républicaine, la légalité inhérente au parti, et la légitimité populaire. Ces concepts, bien qu’empruntés à des cadres théoriques établis, nécessitent une analyse approfondie, car leur application dans le contexte camerounais soulève des tensions fondamentales entre la légalité formelle, la légitimité démocratique et la justice sociale.

2.1. Légalité républicaine : entre droit et éthique politique

La légalité républicaine invoquée par Fame Ndongo repose sur le respect de la Constitution camerounaise, qui permet au Président Paul Biya de briguer un nouveau mandat. Cet argument s’inscrit dans une vision positiviste du droit, où l’ordre juridique est interprété comme une structure autonome. Cependant, cette approche, bien qu’efficace pour justifier la continuité institutionnelle, occulte des dimensions critiques.

Selon Hans Kelsen (The Pure Theory of Law, 1934), le droit positif garantit la stabilité des États en imposant des règles claires et objectives. Toutefois, Kelsen lui-même reconnaît que le droit ne doit pas être un instrument aveugle au contexte sociopolitique. Dans le cas du Cameroun, bien que la rééligibilité soit légalement justifiée, l’épuisement démocratique causé par plus de 40 ans au pouvoir de Paul Biya soulève la question de l’éthique politique. Montesquieu, dans De l’esprit des lois (1748), souligne que « la corruption des gouvernements commence presque toujours par celle des principes ». Ici, l’argument de légalité républicaine semble déconnecté des besoins de renouvellement politique et d’équilibre institutionnel.

D’autre part, le recours strict à la légalité républicaine néglige le concept d’État de droit substantiel, tel qu’articulé par Amartya Sen (Development as Freedom, 1999). Un État de droit ne se limite pas à l’application mécanique des lois mais garantit que ces lois servent à renforcer la justice, la liberté et la participation citoyenne. Dans ce contexte, l’usage prolongé des dispositions constitutionnelles pour maintenir une même élite au pouvoir risque d’affaiblir la perception de l’État comme vecteur de justice sociale.

2.2. Légalité inhérente au parti : la capture institutionnelle

Le deuxième paradigme avancé par Fame Ndongo est celui de la légalité inhérente au RDPC, qui confère au Président National le rôle automatique de candidat à l’élection présidentielle. Cet argument, bien que juridiquement valide dans le cadre des statuts du parti, suscite plusieurs critiques, notamment sur le plan de la démocratie interne et de la gouvernance.

2.2.1. Démocratie interne des partis

Comme l’a observé Robert Michels dans Les Partis politiques (1911), les grandes organisations politiques développent souvent des structures oligarchiques qui privilégient une élite restreinte. Au Cameroun, la centralisation du pouvoir autour de Paul Biya au sein du RDPC illustre cette « loi d’airain de l’oligarchie ». Cette absence de compétition interne empêche l’émergence de nouveaux leaders et réduit la diversité des idées politiques. Larry Diamond (Developing Democracy, 1999) souligne qu’un parti démocratique doit permettre un débat interne, une alternance des dirigeants et des mécanismes de reddition de comptes pour refléter les aspirations de sa base.

Dans le cas du RDPC, l’imposition d’un candidat unique verrouille non seulement le processus décisionnel interne, mais limite également la possibilité pour les militants de s’identifier à des figures alternatives. En conséquence, le parti devient un outil de conservation du pouvoir plutôt qu’un vecteur de transformation politique.

2.2.2. Capture institutionnelle

La centralisation du pouvoir au sein du RDPC et son influence sur les institutions étatiques relèvent de ce que Juan Linz et Alfred Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996) appellent la « capture institutionnelle ». Dans un tel système, les règles du jeu politique sont façonnées pour favoriser l’élite dominante, ici représentée par Paul Biya. Cela limite la concurrence politique, puisque le RDPC agit non seulement comme un parti majoritaire, mais aussi comme un acteur institutionnel quasi hégémonique, contrôlant les mécanismes électoraux et législatifs.

2.3. Légitimité populaire : mythe ou réalité ?

Le troisième paradigme évoqué par Fame Ndongo est la légitimité populaire, qui serait conférée par le soutien de la base militante et des sympathisants du RDPC. Cet argument repose sur une conception majoritaire de la légitimité, mais son application dans un contexte de faible pluralisme politique soulève des interrogations.

2.3.1. La légitimité comme processus

Selon Max Weber (Économie et société, 1922), la légitimité repose sur trois types d’autorité : traditionnelle, charismatique et rationnelle-légale. Dans le cas du Cameroun, la légitimité de Paul Biya est souvent perçue comme dérivant de son autorité rationnelle-légale, puisqu’il a été régulièrement réélu. Cependant, Weber insiste également sur le fait que cette légitimité est conditionnelle à la perception d’un équilibre entre la règle de droit et l’intérêt général.

En l’absence de compétition politique significative et dans un contexte où l’appareil d’État est dominé par le parti au pouvoir, il est difficile de considérer la légitimité populaire comme un phénomène spontané ou pleinement représentatif. Joseph Schumpeter (Capitalism, Socialism, and Democracy, 1942) note que la démocratie ne consiste pas uniquement en l’obtention d’une majorité, mais dans l’existence de mécanismes permettant une véritable alternance.

2.3.2. Les risques du populisme institutionnalisé

Le recours au soutien populaire pour légitimer la continuité au pouvoir peut également s’apparenter à une forme de populisme institutionnalisé. Ernesto Laclau (On Populist Reason, 2005) définit le populisme comme une stratégie qui mobilise les masses en invoquant des symboles unificateurs, souvent au détriment d’une gouvernance inclusive et pluraliste. Dans ce contexte, le soutien militant évoqué par Fame Ndongo pourrait être moins le reflet d’une adhésion sincère que le produit d’une absence d’alternatives crédibles.

2.4. Tensions entre légalité et légitimité : une crise démocratique

Les tensions entre la légalité républicaine, la légalité partisane et la légitimité populaire illustrent une crise plus profonde du système démocratique camerounais. Ces concepts, bien qu’interconnectés, se trouvent ici en déséquilibre.

La légalité sans légitimité : Comme l’a démontré John Rawls (A Theory of Justice, 1971), la légalité doit être accompagnée d’un sentiment de justice sociale. Lorsque les citoyens perçoivent la légalité comme un outil d’exclusion ou de maintien du pouvoir, elle perd sa capacité à fonder un contrat social solide.

La légitimité sans pluralisme : Dans le cas du RDPC, la légitimité populaire est invoquée sans pluralisme politique ni débat interne, ce qui affaiblit la perception de la légitimité démocratique.

En somme, cette tension entre légalité et légitimité met en lumière ce que Philippe Schmitter et Terry Karl (What Democracy Is… and Is Not, 1991) appellent les « zones grises » des démocraties hybrides, où des pratiques autoritaires coexistent avec des institutions démocratiques. Le Cameroun, sous la présidence de Paul Biya, semble s’inscrire dans cette catégorie, où la légalité est utilisée pour légitimer une concentration prolongée du pouvoir.

L’argumentation du Pr. Jacques Fame Ndongo autour des paradigmes de légalité et de légitimité révèle des failles importantes dans la gouvernance politique du Cameroun. Bien que le droit positif confère à Paul Biya une base légale pour se représenter en 2025, cette légalité ne garantit pas automatiquement une légitimité démocratique. À mesure que le Cameroun approche de cette élection cruciale, il devient impératif de repenser ces concepts non pas comme des justifications statiques, mais comme des outils dynamiques pour renforcer la participation citoyenne, l’alternance et la justice institutionnelle.

3. Droit positif vs. pari putatif : Implications théoriques et pratiques

Dans son document, le Pr. Jacques Fame Ndongo oppose deux notions fondamentales : le « droit positif », qu’il considère comme fondamentalement objectif et indiscutable, et le « pari putatif », qu’il qualifie d’illusoire. Cette dichotomie constitue un élément central de sa défense de la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2025. Cependant, une analyse approfondie révèle que cette opposition soulève des questions complexes sur le rôle du droit, de la perception sociale et des normes démocratiques dans la légitimation du pouvoir politique.

3.1. Comprendre le droit positif dans son contexte politique

Le droit positif, tel que défini par Hans Kelsen (Pure Theory of Law, 1934), repose sur l’idée que le droit est un système de normes créé par des institutions humaines. Il est distinct du droit naturel, qui s’appuie sur des principes moraux universels. Dans le contexte camerounais, Fame Ndongo s’appuie sur le droit positif pour affirmer que Paul Biya a le droit constitutionnel de se représenter à l’élection présidentielle, arguant que cette disposition est inscrite dans l’article 6 de la Constitution.

Cependant, plusieurs penseurs, dont Lon Fuller (The Morality of Law, 1964), mettent en garde contre une interprétation purement positiviste du droit, surtout dans des régimes où les institutions législatives sont contrôlées par l’exécutif. Fuller souligne que le droit doit également répondre à des critères de justice, de transparence et de moralité pour garantir sa légitimité. Dans le cas du Cameroun, l’utilisation répétée de réformes constitutionnelles pour prolonger le mandat présidentiel, comme celles de 2008 qui ont supprimé la limitation des mandats, peut être vue comme un exemple d’instrumentalisation du droit positif au profit du pouvoir exécutif.

Cette instrumentalisation est également critiquée par Ronald Dworkin (Law’s Empire, 1986), qui affirme que le droit ne doit pas être réduit à des règles formelles, mais doit être interprété en fonction de ses principes sous-jacents. Si le droit positif confère à Paul Biya la possibilité de se représenter, il ne garantit pas que cet acte soit moralement ou démocratiquement acceptable.

3.2. Pari putatif : Un concept mal défini

Le terme « pari putatif », utilisé par Fame Ndongo, fait référence à une croyance erronée ou illusoire dans la légitimité d’une situation. Il s’oppose à l’objectivité supposée du droit positif. Cependant, ce concept manque de clarté et semble dévaloriser toute opposition au statu quo en la qualifiant de subjective ou infondée.

Selon Jürgen Habermas (Between Facts and Norms, 1996), une démocratie légitime ne peut se contenter d’invoquer la légalité pour justifier ses actions. Elle doit également s’appuyer sur un consensus rationnel, issu du dialogue entre les citoyens et les institutions. En qualifiant toute critique de la candidature de Paul Biya de « pari putatif », Fame Ndongo rejette implicitement la possibilité d’un débat démocratique sur la pertinence de cette candidature. Ce rejet va à l’encontre de l’idéal habermassien d’une sphère publique où les opinions divergentes peuvent être discutées et confrontées.

Par ailleurs, Ernesto Laclau (On Populist Reason, 2005) met en garde contre l’utilisation de discours dichotomiques qui opposent une vérité prétendument objective (ici, le droit positif) à une illusion collective (le pari putatif). Une telle rhétorique peut être utilisée pour délégitimer les voix critiques et renforcer une domination hégémonique.

3.3. Implications pour la démocratie camerounaise

La tension entre droit positif et pari putatif soulève des questions importantes sur l’état de la démocratie au Cameroun. En invoquant le droit positif comme justification ultime, le document de Fame Ndongo néglige trois dimensions essentielles : la légitimité procédurale, la perception populaire et l’éthique politique.

3.3.1. La légitimité procédurale

Comme l’expliquent Linz et Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996), la légitimité des régimes démocratiques repose sur des procédures équitables et transparentes. Si le droit positif permet la réélection de Paul Biya, il est crucial que ce processus soit perçu comme équitable par la population. Or, des rapports d’organisations internationales, comme Freedom House et Transparency International, soulignent régulièrement des déficiences dans la transparence électorale et l’équité des processus politiques au Cameroun.

En outre, la concentration prolongée du pouvoir autour de Paul Biya réduit la crédibilité des institutions démocratiques. Robert Dahl (Polyarchy: Participation and Opposition, 1971) affirme que la démocratie repose sur une compétition politique réelle, où les citoyens ont le choix entre des alternatives viables. En verrouillant les mécanismes institutionnels pour favoriser la continuité du régime, le Cameroun s’éloigne des normes de la « polyarchie » démocratique.

3.3.2. La perception populaire

La légitimité d’un régime dépend également de la perception qu’en ont les citoyens. Selon David Easton (A Systems Analysis of Political Life, 1965), la stabilité politique repose sur un équilibre entre l’efficacité (performance des institutions) et la légitimité (acceptation des règles du jeu par la population). Si la réélection de Paul Biya est perçue comme un prolongement artificiel de son pouvoir, cela risque d’éroder la confiance des citoyens dans le système politique.

De plus, les travaux de Pierre Rosanvallon (La légitimité démocratique, 2008) montrent que dans les démocraties modernes, la légitimité ne peut pas se limiter à des critères juridiques. Elle doit intégrer une reconnaissance populaire basée sur l’équité, la justice et l’alternance. Dans ce contexte, l’argument de Fame Ndongo selon lequel le droit positif suffit à justifier la candidature de Paul Biya apparaît insuffisant.

3.3.3. L’éthique politique

Enfin, l’éthique politique joue un rôle central dans la consolidation démocratique. Hannah Arendt (The Human Condition, 1958) insiste sur la responsabilité des dirigeants de privilégier l’intérêt général plutôt que leur propre maintien au pouvoir. Si le droit positif peut être utilisé pour prolonger un mandat présidentiel, l’éthique exige une réflexion sur l’impact de cette décision sur la société dans son ensemble.

Au Cameroun, la longévité exceptionnelle de Paul Biya au pouvoir (depuis 1982) pose la question de l’usure démocratique. Giovanni Sartori (The Theory of Democracy Revisited, 1987) avertit que l’absence d’alternance politique peut conduire à une stagnation institutionnelle et à une concentration excessive du pouvoir, sapant ainsi les fondements de la démocratie.

3.4. La nécessité d’un équilibre

L’opposition entre droit positif et pari putatif, telle que formulée par Fame Ndongo, masque une vérité fondamentale : les systèmes politiques démocratiques reposent sur un équilibre entre légalité et légitimité. Comme le soutient John Rawls (A Theory of Justice, 1971), les lois et institutions doivent être conçues pour promouvoir une justice équitable et inclusive. Lorsque cet équilibre est rompu, comme c’est le cas dans les contextes où la légalité est utilisée pour perpétuer le pouvoir d’une seule personne, la stabilité politique est mise en péril.

L’opposition entre droit positif et pari putatif, au cœur de la défense de la candidature de Paul Biya par le Pr. Jacques Fame Ndongo, révèle des failles profondes dans la gouvernance politique camerounaise. Si le droit positif offre un fondement juridique à cette candidature, il ne suffit pas à répondre aux exigences démocratiques modernes, qui incluent l’équité, l’alternance et la participation populaire. Cette analyse souligne la nécessité de repenser les mécanismes politiques et institutionnels pour garantir que le droit soit au service de la justice et non d’une élite dominante. En cela, le Cameroun doit s’inspirer des principes universels de la démocratie, où le pouvoir doit être à la fois légal et légitime.

4. Le rôle du débat démocratique : enjeux et perspectives dans le contexte camerounais

Le Pr. Jacques Fame Ndongo conclut son document en appelant à un débat démocratique sur la candidature de Paul Biya, affirmant que le RDPC est prêt à confronter ses idées à celles des autres acteurs politiques. Cet appel au débat semble louable en surface, mais il soulève des questions sur la réalité des conditions nécessaires à un débat véritablement démocratique dans le contexte camerounais. Cette section explore les éléments fondamentaux du débat démocratique, analyse les obstacles à sa mise en œuvre au Cameroun et propose des pistes pour garantir son authenticité.

4.1. Le débat démocratique : principes fondamentaux

Le débat démocratique est une composante essentielle des systèmes politiques pluralistes. Selon Jürgen Habermas (The Structural Transformation of the Public Sphere, 1962), un débat démocratique véritable repose sur une « sphère publique » où les citoyens peuvent discuter librement des questions d’intérêt commun. Cette sphère doit être caractérisée par :

1. La liberté d’expression : Les citoyens et les acteurs politiques doivent être libres d’exprimer leurs opinions sans crainte de représailles.

2. L’égalité des participants : Toutes les voix doivent avoir un poids égal, indépendamment de leur origine ou affiliation politique.

3. L’argumentation rationnelle : Les débats doivent se fonder sur des arguments logiques et des faits, plutôt que sur des attaques personnelles ou des manipulations émotionnelles.

Dans le contexte des démocraties modernes, Linz et Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996) ajoutent que le débat démocratique doit également être soutenu par des institutions fortes et impartiales, comme des médias indépendants, des mécanismes judiciaires fiables et des organes électoraux transparents.

4.2. Les obstacles au débat démocratique au Cameroun

Bien que le Pr. Jacques Fame Ndongo invite à un débat ouvert, plusieurs obstacles structurels et contextuels compromettent la possibilité d’un débat authentique au Cameroun.

4.2.1. Le contrôle de l’espace public

Au Cameroun, le débat politique est largement dominé par le RDPC, qui bénéficie d’un accès privilégié aux médias publics et d’un contrôle significatif des institutions étatiques. Pierre Rosanvallon (La Contre-démocratie, 2006) souligne que lorsque l’espace public est capturé par une élite dominante, le débat devient une simple formalité, incapable de refléter une véritable diversité d’opinions. Les opposants politiques, en revanche, rencontrent des obstacles importants pour accéder aux plateformes médiatiques ou pour organiser des rassemblements.

4.2.2. La répression des dissidences

La liberté d’expression, essentielle au débat démocratique, est souvent compromise par des restrictions légales et des pratiques répressives. Selon Human Rights Watch (2023), les opposants politiques au Cameroun sont fréquemment soumis à des intimidations, des arrestations arbitraires et des harcèlements judiciaires. Ces conditions découragent la participation active des citoyens et des partis d’opposition au débat public.

4.2.3. La faiblesse des institutions démocratiques

Le Cameroun souffre également d’un déficit institutionnel, caractérisé par une absence de mécanismes impartiaux pour réguler le débat politique. Robert Dahl (Polyarchy: Participation and Opposition, 1971) affirme que des institutions fortes et autonomes sont nécessaires pour garantir l’équité dans la compétition politique. Or, au Cameroun, l’organisme en charge des élections (ELECAM) est souvent critiqué pour son manque d’indépendance, ce qui sape la confiance dans le processus électoral et réduit la motivation des acteurs politiques à s’engager dans un débat constructif.

4.2.4. La culture du débat politique

Au-delà des obstacles structurels, il existe également un problème culturel lié à la manière dont le débat politique est mené. Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (Hegemony and Socialist Strategy, 1985) notent que dans les systèmes où la domination politique est hégémonique, le débat tend à être réduit à une rhétorique d’autolégitimation plutôt qu’à une véritable confrontation d’idées. Au Cameroun, le débat politique est souvent marqué par des accusations personnelles, des insultes et des manipulations médiatiques, plutôt que par un échange rationnel et respectueux.

4.3. Les enjeux du débat démocratique dans le contexte camerounais

Malgré ces obstacles, un débat démocratique authentique reste crucial pour répondre aux défis politiques et institutionnels du Cameroun. Trois enjeux majeurs se dégagent :

4.3.1. Renforcer la légitimité du processus électoral

Un débat démocratique ouvert et transparent peut contribuer à restaurer la confiance des citoyens dans le processus électoral. Comme l’affirme Giovanni Sartori (The Theory of Democracy Revisited, 1987), la compétition politique équitable est essentielle pour légitimer les dirigeants et renforcer la stabilité politique. Si Paul Biya et le RDPC souhaitent réellement justifier leur candidature, ils doivent s’engager dans un débat où les opposants peuvent exprimer leurs points de vue sans contraintes.

4.3.2. Favoriser l’inclusion politique

Le Cameroun est un pays caractérisé par une diversité culturelle, linguistique et régionale. Un débat démocratique authentique peut servir de plateforme pour articuler les revendications des différentes composantes de la société camerounaise. Comme le souligne Iris Marion Young (Inclusion and Democracy, 2000), la démocratie ne peut être inclusive que si toutes les voix, y compris celles des groupes marginalisés, sont entendues dans les processus de décision.

4.3.3. Encourager la responsabilisation des dirigeants

Un débat démocratique rigoureux oblige les dirigeants à rendre des comptes sur leurs actions et leurs promesses. Hannah Arendt (The Origins of Totalitarianism, 1951) rappelle que la responsabilité est au cœur de la démocratie. Au Cameroun, où Paul Biya est au pouvoir depuis plus de 40 ans, un débat ouvert permettrait de confronter son bilan aux aspirations des citoyens.

4.4. Conditions nécessaires pour un débat démocratique authentique

Pour que le débat démocratique prôné par Fame Ndongo soit véritablement inclusif et constructif, plusieurs conditions doivent être réunies :

4.4.1. Garantir la liberté d’expression

Le gouvernement camerounais doit s’engager à protéger les droits fondamentaux des citoyens, notamment la liberté d’expression et d’association. Comme l’affirme Amartya Sen (Development as Freedom, 1999), la liberté politique est un pilier essentiel du développement démocratique.

4.4.2. Assurer l’indépendance des institutions

Les institutions chargées de réguler le débat public, telles que les médias et les organes électoraux, doivent être indépendantes de l’exécutif. Cela nécessite des réformes profondes pour garantir leur impartialité.

4.4.3. Encourager la pluralité des voix

Le RDPC, en tant que parti dominant, a une responsabilité particulière pour garantir que toutes les opinions politiques puissent s’exprimer librement. Cela inclut la création de conditions équitables pour les partis d’opposition et la société civile.

4.4.4. Promouvoir une culture de débat rationnel

Les acteurs politiques camerounais doivent s’engager à respecter les normes du débat démocratique, en évitant les attaques personnelles et en privilégiant les arguments fondés sur des faits.

Le débat démocratique constitue un outil indispensable pour garantir la légitimité et la transparence du processus électoral au Cameroun. Cependant, pour que cet outil soit réellement efficace, il doit s’appuyer sur des principes clairs et des institutions solides. Le Pr. Jacques Fame Ndongo, en appelant à un débat démocratique, offre une opportunité de transformer le paysage politique camerounais. Toutefois, cette opportunité ne peut être saisie que si les conditions nécessaires sont réunies pour permettre une confrontation équitable et respectueuse des idées. Un véritable débat démocratique ne doit pas être une simple formalité rhétorique, mais un processus actif de construction collective, où le droit, la légitimité et la justice se rencontrent.

Conclusion générale

L’analyse des arguments avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo en faveur de la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2025 révèle des tensions profondes entre la légalité formelle, la légitimité démocratique et les aspirations sociopolitiques du Cameroun. Si le recours au droit positif offre une base juridique solide pour justifier cette candidature, il ne parvient pas à dissiper les interrogations sur la nécessité d’une alternance politique, élément fondamental de toute démocratie moderne. En effet, l’invocation des textes constitutionnels et statutaires du RDPC, bien que juridiquement valables, illustre une instrumentalisation des institutions au service d’une élite dominante, au détriment des principes de renouvellement et de pluralité.

Au-delà de la légalité, la légitimité populaire mise en avant dans ce document demeure contestable dans un contexte marqué par un faible pluralisme, des restrictions aux libertés fondamentales et une répression des oppositions. La notion même de « légitimité » est vidée de sa substance lorsqu’elle n’est pas soutenue par des processus transparents, inclusifs et compétitifs. En ce sens, l’appel à un débat démocratique, bien qu’important en théorie, ne peut avoir de valeur réelle sans un environnement institutionnel et politique garantissant l’égalité des chances pour tous les acteurs politiques.

Cette étude met également en lumière les défis structurels de la gouvernance au Cameroun. La centralisation du pouvoir au sein du RDPC, combinée à l’absence d’alternance depuis plus de quatre décennies, risque de saper davantage la confiance des citoyens dans les institutions publiques. Or, comme le démontrent les théories modernes de la démocratie, un système politique ne peut survivre durablement sans un équilibre entre légalité, légitimité et participation citoyenne. Le Cameroun, à ce titre, doit non seulement réévaluer ses pratiques institutionnelles, mais aussi engager des réformes profondes pour consolider un cadre démocratique où le pouvoir n’est pas monopolisé, mais partagé et soumis à des mécanismes de reddition de comptes.

En conclusion, si la défense de Jacques Fame Ndongo constitue une tentative élaborée de justifier la candidature de Paul Biya, elle soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. L’avenir démocratique du Cameroun repose sur sa capacité à dépasser les limitations actuelles, à renforcer ses institutions et à garantir des élections véritablement libres, équitables et transparentes. Cela nécessite non seulement un respect des textes juridiques, mais aussi une adhésion sincère aux principes éthiques et aux aspirations de la société camerounaise pour un État véritablement inclusif et participatif. À l’approche des élections de 2025, le Cameroun a une opportunité historique de démontrer son engagement envers ces idéaux et de tracer une voie vers une démocratie plus solide et durable.

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