Réponse du Pr Jimmy Yab, Président du MLDC, à Paul Atanga Nji: Gouverner avec le peuple, non contre lui

À vous, Monsieur le Ministre, je dis ceci :
Vous êtes aujourd’hui au cœur d’une période sensible de notre histoire. Vous avez entre vos mains une responsabilité immense, celle de préserver la cohésion nationale.
Je vous invite à être non seulement le ministre de l’administration territoriale, mais le ministre de la réconciliation territoriale, celui qui apaise, qui unit, qui écoute.

🎬 ÉPISODE 4. Ahidjo et le parti unique : la dictature institutionnalisée

En 1966, Ahmadou Ahidjo proclame la création de l’Union Nationale Camerounaise (UNC).

Mais ce n’est qu’en apparence un parti politique.

En réalité, c’est une architecture de domination, un outil froid, impersonnel, conçu pour organiser l’obéissance, surveiller les consciences, et neutraliser toute dissidence.

Le Cameroun entre alors dans une ère où la politique devient liturgie, et où la loyauté au chef supplante toute idée de débat.

AU NOM DE QUOI LE GRAND NORD REVIENDRAIT -il AU POUVOIR AU CAMEROUN EN 2025? NON! CE N’EST PAS AHIDJO QUI A DONNÉ LE POUVOIR À PAUL BIYA ; C’EST LA FRANCE.

1. NON, CE N’EST PAS AHIDJO QUI A DONNÉ LE POUVOIR À PAUL BIYA ; C’EST LA FRANCE.

Le transfert de pouvoir en 1982 n’est pas un acte souverain d’Ahidjo,

mais une décision dictée par la France, soucieuse de préserver ses intérêts postcoloniaux.

Les archives diplomatiques et les travaux académiques montrent que Paul Biya a été choisi dans le cadre d’un agenda géopolitique français.

2. LE GRAND NORD N’A PAS COMBATTU POUR L’INDÉPENDANCE : IL EN A HÉRITÉ.

Ce n’est pas par engagement souverainiste que le Grand Nord est arrivé au pouvoir.

Pendant que des figures comme Ruben Um Nyobè, Félix-Roland Moumié, Ernest Ouandié, Osendé Afana

versaient leur sang, le Grand Nord collaborait avec l’administration coloniale.

3. SE RÉCLAMER D’AHIDJO, C’EST SE RÉCLAMER D’UN RÉGIME DE TERREUR.

Ahidjo a bâti sa légitimité politique sur la répression.

Il a organisé la liquidation des résistants indépendantistes,

particulièrement dans les régions Bassa et Bamiléké.

Se revendiquer de son modèle, c’est revendiquer une continuité de violence d’État.

Nous refusons cela.

4. CROIRE QU’ON NE PEUT GAGNER UNE ÉLECTION SANS LE GRAND NORD EST UNE ILLUSION POLITIQUE.

Les peuples que le régime d’Ahidjo a opprimés ne se laisseront plus gouverner par ceux qui glorifient son héritage.

On ne construit pas une nation sur l’oubli des souffrances.

Il faut justice, mémoire et reconnaissance.

5. LES PEUPLES QUE VOUS AVEZ MARTYRISÉS NE VOUS REDONNERONT JAMAIS LEUR CONFIANCE.

Le retour au pouvoir du Grand Nord, sans rupture avec l’héritage autoritaire et répressif, est une illusion.

La République ne peut se bâtir sur l’impunité historique.

ÉPISODE SPÉCIALE AHMADOU AHIDJO, La mort d’ERNEST OUANDIÉ: arrestation, procès et exécution du dernier HERO indépendantiste camerounais

Ernest Ouandié (1924-1971) est l’une des grandes figures de la lutte pour l’indépendance du Cameroun et du maquis de l’Union des populations du Cameroun (UPC) dans les années 1950-1960 . Leader nationaliste camerounais, il fut impliqué dans la guerre d’indépendance contre l’administration coloniale française, puis dans l’insurrection qui suivit l’indépendance formelle du pays en 1960. Son arrestation en 1970, suivie d’un procès politique retentissant et de son exécution publique en 1971, ont marqué un tournant sombre de l’histoire post-coloniale du Cameroun . Le présent article retrace, dans un style académique et documenté, les circonstances de l’arrestation d’Ernest Ouandié, le déroulement de son procès, ainsi que les détails de son exécution, en s’appuyant sur des sources historiques et archivistiques fiables.

🎬 ÉPISODE 3: Ahidjo fonde l’État unique : fin du multipartisme, début de l’autocratie

ÉPISODE 3: Ahidjo fonde l’État unique : fin du multipartisme, début de l’autocratie

En 1960, le Cameroun devient officiellement indépendant.

Du moins, c’est ce que proclament les textes.

Car dans les faits, le pouvoir reste vertical, centralisé, et sous influence.

Et les partis politiques issus de la lutte anticoloniale — ceux qui avaient survécu à la clandestinité — sont rapidement marginalisés, infiltrés, ou dissous.

Dès 1962, Ahidjo fait adopter des lois d’exception qui limitent drastiquement la liberté d’association et d’opinion.

La presse est contrôlée, les syndicats muselés, les opposants arrêtés ou exilés.

Mais c’est en 1966 que tout bascule.

ÉPISODE 1: Ahmadou Ahidjo prend le pouvoir : naissance d’un État contre son peuple

Lorsque l’on parle du Cameroun moderne, on oublie souvent que tout commence dans le silence.

Un silence lourd, structuré, calculé.

Ce silence, c’est celui qui entoure la montée au pouvoir d’un homme : Ahmadou Ahidjo.

Nous sommes en mai 1957, la loi-cadre Defferre est fraîchement adoptée, et pour la première fois, le Cameroun, encore sous tutelle française, obtient un gouvernement autonome.

Le nom que la France pousse discrètement vers la tête de l’exécutif, c’est celui d’un homme formé dans l’administration coloniale, loyal, réservé, méthodique : Ahmadou Ahidjo

Contexte général : De son accession au poste de Premier ministre en 1958 jusqu’à sa démission en 1982, Ahmadou Ahidjo a mené un régime autoritaire marqué par une répression brutale des mouvements indépendantistes (notamment l’Union des populations du Cameroun, UPC) et des opposants politiques. La guerre contre les maquis nationalistes entamée sous la colonisation française s’est prolongée bien après l’indépendance, avec un bilan humain lourd. Entre 1955 et 1964, des dizaines de milliers de personnes (combattants nationalistes et civils) auraient été tuées dans ce conflit méconnu . La répression a pris la forme de massacres, d’assassinats ciblés de leaders nationalistes, d’emprisonnements massifs et de torture, instaurant un climat de terreur pour consolider le pouvoir central.( cliquez sur la vidéo)

La géopolitique de l’AXE LOURD DOUALA-YAOUNDE: Le cœur stratégique du Cameroun bat dans l’oubli, l’heure du réveil a sonné!

Ruben Um Nyobe

Résumé

L’axe Douala–Yaoundé est plus qu’une simple infrastructure routière reliant les deux principales métropoles du Cameroun : il constitue un espace stratégique, économique, énergétique, minier et géopolitique majeur pour la refondation du pays. Traversant les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime, ce corridor concentre à lui seul l’essentiel des ressources naturelles, des grandes infrastructures de transport et d’énergie, des gisements miniers, ainsi que les principaux projets d’intégration sous-régionale. Pourtant, ce territoire reste marqué par une profonde marginalisation politique et territoriale. L’article examine les dynamiques multiples à l’œuvre le long de cet axe, en mobilisant des données statistiques, des références académiques et une grille d’analyse géopolitique interdisciplinaire. Il soutient que la transformation de cet axe en colonne vertébrale de la souveraineté nationale constitue une condition fondamentale pour tout projet d’État développementaliste communautaire au Cameroun.


Mots-clés

Géopolitique – Douala–Yaoundé – Cameroun – Nyong-et-Kéllé – Sanaga-Maritime – ressources naturelles – souveraineté – corridors logistiques – intégration régionale – État développementaliste communautaire


Abstract

The Douala–Yaoundé corridor is more than just a transport artery linking Cameroon’s two major cities. It is a strategic and multifunctional geopolitical space—economic, energetic, territorial, and symbolic—crossing key departments such as Nyong-et-Kéllé and Sanaga-Maritime. This region hosts a rich endowment of natural resources, critical mineral reserves, hydroelectric infrastructure, and major transport networks, making it a central pillar of national sovereignty and regional integration. Yet, despite its strategic value, this axis suffers from chronic marginalization and underdevelopment. This article provides a multidisciplinary geopolitical analysis of the corridor, drawing on statistical data, field research, and historical perspectives. It argues for the urgent reintegration of this territory into Cameroon’s state-building strategy through a model of community-based developmentalism that links infrastructure, local empowerment, and national sovereignty.


Keywords

Geopolitics – Cameroon – Douala–Yaoundé – Nyong-et-Kéllé – Sanaga-Maritime – natural resources – national sovereignty – regional integration – developmental state – infrastructure


Introduction générale

Le Cameroun est un pays aux multiples potentiels, souvent qualifié de « pays d’Afrique en miniature » pour sa diversité géographique, culturelle et économique. Mais derrière cette formule flatteuse se cache une réalité plus complexe : une centralisation excessive, une distribution inégale des ressources, et des fractures territoriales profondes. Au cœur de ces contradictions se trouve un axe structurant majeur : la route Douala–Yaoundé. Ce corridor, long d’environ 250 kilomètres, n’est pas seulement un trait d’union entre la capitale politique et la capitale économique. Il constitue une colonne vertébrale stratégique traversant deux départements historiquement marginaux, mais géo-économiquement centraux : le Nyong-et-Kéllé et la Sanaga-Maritime.

Depuis l’époque coloniale, cet axe a été conçu comme un couloir de circulation pour les marchandises, l’électricité, les matières premières et les hommes. Cependant, les territoires qu’il traverse sont restés exclus des logiques de redistribution et de gouvernance. Ils concentrent aujourd’hui des inégalités criantes : pauvreté des infrastructures sociales, sous-investissement dans les équipements publics, enclavement rural malgré la présence des grandes voies, et faible représentativité politique. Pourtant, ce territoire renferme une abondance de ressources : forêts, rivières, terres agricoles, barrages hydroélectriques, gisements miniers (or, fer, nickel, calcaire, terres rares), réserves en biodiversité, et un réseau de communication stratégique connectant le port de Douala aux pays de l’hinterland (Tchad, RCA).

Cet article scientifique vise à proposer une relecture géopolitique complète de cet axe, en croisant plusieurs dimensions : territoriale, économique, énergétique, minière, historique, politique et sous-régionale. Il s’agit de démontrer que le corridor Douala–Yaoundé, loin d’être une simple voie de transit, est un territoire stratégique pour la refondation de l’État camerounais, à condition d’y appliquer une grille de lecture intégrée et souveraine. Cette analyse s’inscrit dans le cadre du modèle de l’État Développementaliste Communautaire, qui privilégie la valorisation des ressources locales, la justice territoriale, et l’intégration des populations aux stratégies nationales.

Le premier chapitre analyse l’espace géographique et logistique de l’axe, en démontrant que sa position centrale lui confère une importance structurelle nationale et régionale. Le deuxième chapitre met en lumière la richesse naturelle exceptionnelle du corridor, notamment son potentiel agricole, forestier et hydraulique. Le troisième chapitre s’intéresse aux ressources minières du sous-sol local, encore largement inexploitées malgré les données géologiques prometteuses. Le quatrième chapitre approfondit la dimension énergétique, en examinant le rôle des barrages, des lignes électriques, et des projets industriels associés. Le cinquième chapitre ouvre la perspective sous-régionale, en insistant sur le rôle d’interface logistique que joue l’axe dans la connectivité entre le Cameroun et ses voisins d’Afrique centrale. Enfin, le sixième chapitre développe une réflexion critique sur la géopolitique du pouvoir, la marginalisation historique de la zone, et les recompositions politiques en cours, en particulier dans la perspective d’une transition politique imminente.

Méthodologiquement, l’article s’appuie sur une revue documentaire riche (rapports du MINMIDT, études de la Banque mondiale, littérature académique, données de l’INS), des données statistiques actualisées, ainsi qu’une analyse cartographique du territoire traversé. Il mobilise également les outils théoriques de la géopolitique critique (Lacoste, Raffestin), de l’économie politique du développement (Amin, Mkandawire) et de la sociologie territoriale (Lussault, Badie).

En définitive, l’objectif est de réhabiliter un axe stratégique oublié, en proposant un modèle de gouvernance territoriale fondé sur la souveraineté, la transformation locale des ressources, et la participation communautaire. Cet article s’adresse à la fois aux chercheurs, aux décideurs publics, aux acteurs de la société civile, et aux mouvements politiques porteurs de projets alternatifs. Car repenser l’axe Douala–Yaoundé, c’est aussi repérer la faille qui empêche le Cameroun de devenir une nation cohérente, souveraine et équitable. Et c’est surtout poser les bases d’une réforme territoriale et géopolitique majeure, fondée sur les réalités de terrain, les ressources endogènes, et les aspirations populaires.

Chapitre 1 : Un territoire géographique et logistique central

1.1. Un corridor naturel entre deux capitales stratégiques

L’axe Douala–Yaoundé, long d’environ 230 kilomètres, relie les deux centres de gravité du Cameroun : Yaoundé, la capitale politique et administrative, et Douala, la capitale économique et portuaire. Cet axe traverse deux départements essentiels, à savoir le Nyong-et-Kéllé (dans la région du Centre) et la Sanaga-Maritime (dans la région du Littoral). Cette trajectoire n’est pas fortuite. Elle épouse une géographie naturelle faite de plaines fertiles, de forêts denses, et d’un maillage hydrographique dense dominé par le fleuve Sanaga, le plus grand du pays. Sur le plan topographique, cette zone sert de charnière entre le bassin sud forestier et les plateaux centraux, constituant ainsi un couloir de passage naturel pour les marchandises, les personnes, les ressources énergétiques et les flux d’information.

Historiquement, ce corridor a été structuré dès la colonisation allemande comme axe de pénétration intérieure, reliant le port de Douala aux hauts-plateaux bamilékés et à l’administration centrale. Cette structuration a été renforcée durant la période coloniale française, puis sous les régimes successifs d’Ahmadou Ahidjo et Paul Biya, mais sans jamais inclure sérieusement le développement des zones traversées. D’après une étude du MINHDU (2020), plus de 65 % du fret terrestre national passe par cet axe, et près de 70 % des flux interurbains y sont concentrés. Cette densité de trafic en fait l’artère économique vitale du Cameroun.


1.2. Une convergence multimodale unique au Cameroun

L’axe Douala–Yaoundé est également le seul corridor du pays où convergent tous les modes de transport modernes : routier, ferroviaire, fluvial, électrique et numérique. On y trouve la Route Nationale N°3 (RN3), une voie bitumée classée d’intérêt stratégique par le gouvernement, mais aujourd’hui dégradée à plus de 40 % sur certains tronçons selon le Rapport de suivi des infrastructures du MINTP (2023). En parallèle, la voie ferroviaire de la CAMRAIL relie Douala à Yaoundé, puis à Ngaoundéré, mais le tronçon entre Édéa, Messondo et Makak reste peu utilisé pour le transport local.

En plus de cette infrastructure terrestre, le corridor héberge aussi deux lignes électriques haute tension majeures (225 kV) partant des barrages de Songloulou et d’Édéa pour alimenter Douala, Yaoundé et l’est du pays. Il constitue aussi un passage crucial pour les pipelines de produits pétroliers en provenance du terminal pétrolier de Limbé et des installations portuaires. Le réseau de fibre optique qui alimente les centres urbains en connectivité numérique suit également ce tracé, ce qui fait dire à plusieurs experts que le corridor Douala–Yaoundé est la colonne vertébrale technologique du pays (cf. ANINF, 2022).


1.3. Un espace stratégique pour l’intégration urbaine et périurbaine

La pression démographique autour de cet axe a engendré une urbanisation linéaire, avec des pôles secondaires en croissance rapide comme Édéa, Pouma, Boumnyébel, Makak, Messondo, Mandoumba, etc. Ces localités, bien que traversées par le développement, n’en profitent que très peu, car elles sont dépourvues d’équipements structurants. Selon les données de l’INS (2022), plus de 1,7 million de personnes vivent dans un rayon de 15 km de part et d’autre de la RN3. La zone a un potentiel de mégalopole linéaire si elle était structurée par un aménagement planifié, incluant zones industrielles, habitats sociaux, infrastructures de santé et de formation.

Cependant, cette urbanisation spontanée n’est pas accompagnée par des politiques d’aménagement adaptées. L’Observatoire du Développement Territorial (ODT, 2021) note que la zone est sujette à un déséquilibre croissant entre son poids stratégique et son niveau d’investissement public. Les taux de couverture en eau potable y sont inférieurs à 35 %, ceux d’accès à l’électricité à 40 %, et les taux de scolarisation post-primaire ne dépassent pas 30 % dans plusieurs localités (notamment dans le Nyong-et-Kéllé rural). Ainsi, la croissance y est subie, non organisée, renforçant les tensions sociales.


1.4. Un point d’ancrage entre les bassins agricoles, énergétiques et industriels

Le territoire traversé par cet axe relie trois zones économiques majeures : la zone portuaire et industrielle de Douala, la ceinture énergétique Édéa–Songloulou, et le bassin administratif de Yaoundé. Entre ces trois pôles gravitent des ressources et des activités essentielles au fonctionnement national. Par exemple, la ville d’Édéa accueille l’usine Alucam, fleuron de la transformation d’aluminium (aujourd’hui en sommeil industriel), ainsi qu’une centrale thermique. La zone de Pouma–Dibang héberge plusieurs projets agro-industriels (Socapalm, Hévéa Cameroun, etc.), tandis que le Nyong-et-Kéllé concentre des petits producteurs de cacao, manioc, banane, huile rouge, etc., avec un potentiel de transformation locale inexploité.

Les études de l’ANIS (2022) classent cet axe comme zone prioritaire de structuration industrielle, en raison de sa proximité à la fois aux matières premières, aux infrastructures logistiques et à une main-d’œuvre jeune. Pourtant, aucune politique cohérente de zonage industriel n’a encore été mise en œuvre. Seuls des projets ponctuels, comme la Zone Industrielle Intégrée d’Édéa, ont été proposés sans aboutissement, faute de coordination interministérielle et de planification territoriale réelle. Le paradoxe est que la logistique transite par là, mais la valeur ajoutée part ailleurs.


1.5. Une colonne vertébrale sans moelle : le drame de l’oubli étatique

Malgré sa centralité géographique et logistique, l’axe Douala–Yaoundé souffre d’un abandon institutionnel manifeste. Les budgets d’investissement public dans cette zone représentent moins de 8 % des dépenses régionales du Centre et du Littoral combinés (MINFI, 2021). Ce sous-financement est aggravé par le fait que le territoire reste invisible politiquement. Aucun ministère de plein exercice n’est basé dans cette bande, aucun grand programme gouvernemental de développement rural ou industriel ne cible en priorité ces départements. En somme, l’État traverse la région sans s’y implanter.

Ce décalage entre usage stratégique et marginalisation sociale alimente un sentiment d’exclusion profond. Les populations locales, notamment la jeunesse, n’ont pas accès aux bénéfices des richesses qu’ils voient transiter chaque jour devant eux. Cette situation crée un terreau d’injustice territoriale dont les effets politiques à venir seront déterminants. Comme le souligne Bayart (1989), « le politique est d’abord affaire de territorialisation des ressources ». Or, dans ce corridor vital, les ressources sont centralisées, mais les bénéfices sont déterritorialisés.


1.6. Conclusion : un corridor vital à réintégrer dans la gouvernance territoriale

Le corridor Douala–Yaoundé, loin d’être une simple voie de passage, est un territoire de haute intensité stratégique, tant sur le plan économique que sur celui de l’aménagement, de l’énergie, de l’agriculture, de la mémoire nationale et de la justice sociale. Le considérer comme un simple « axe lourd » est un contresens : il est la colonne vertébrale du Cameroun moderne. Son potentiel logistique, industriel et humain en fait un espace de transformation décisif. Mais pour cela, il doit sortir de l’oubli politique, être investi, gouverné, structuré, et inscrit au cœur des équilibres régionaux et nationaux.

Chapitre 2 : Une abondance de ressources naturelles à haute valeur

2.1. Un patrimoine agroécologique exceptionnel

Le corridor Douala–Yaoundé traverse deux zones agroécologiques majeures du Cameroun : la zone forestière humide à pluviométrie abondante (Sanaga-Maritime) et la zone de transition agroforestière (Nyong-et-Kéllé). Ces zones se caractérisent par une pluviométrie annuelle comprise entre 1 500 et 2 500 mm, des sols ferralitiques riches en matière organique, et une biodiversité exceptionnelle. Cette combinaison climatique et pédologique en fait l’un des bassins agricoles les plus fertiles du pays, avec un fort potentiel pour les cultures de rente et de subsistance.

Selon les données du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER, 2022), les cultures dominantes dans la zone comprennent le cacao, le manioc, la banane plantain, l’igname, l’huile de palme, le maïs et les arachides. Le département du Nyong-et-Kéllé, notamment les arrondissements de Makak, Messondo, Ngog-Mapubi et Bondjock, est classé parmi les trois plus importants producteurs de manioc au Cameroun, avec une production excédant les 320 000 tonnes par an. La Sanaga-Maritime, notamment autour d’Édéa et Pouma, demeure une zone stratégique de production de cacao, enregistrant plus de 14 000 tonnes de fèves exportées en 2021 (Office National du Cacao et du Café – ONCC, 2022).

Outre les cultures, le territoire possède un potentiel agroforestier immense : essences forestières comestibles (moabi, safoutier, njansang), plantes médicinales (alchornea, prunus africana), et fruitiers tropicaux. Ce potentiel reste sous-exploité du fait du manque d’industries locales de transformation, de l’enclavement des bassins de production, et d’un soutien étatique très limité. Pourtant, une étude du Centre de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD, 2020) révèle que 60 % des ménages agricoles du Nyong-et-Kéllé vivent uniquement de la vente de leurs produits, dans un système non structuré et sans accès aux crédits productifs. Une véritable stratégie de souveraineté alimentaire nationale pourrait s’appuyer sur ce patrimoine.


2.2. Des forêts denses à haute valeur économique et écologique

La couverture forestière du corridor Douala–Yaoundé est une richesse souvent méconnue. Les départements de la Sanaga-Maritime et du Nyong-et-Kéllé appartiennent au massif forestier du Sud-Cameroun, qui est une extension du bassin du Congo, le deuxième plus grand bassin forestier tropical du monde. D’après la FAO (Global Forest Resources Assessment, 2020), le Cameroun possède environ 20 millions d’hectares de forêts, dont près de 800 000 hectares sont situés dans les deux départements étudiés.

Ces forêts sont constituées d’essences précieuses telles que l’azobé, le bubinga, le moabi, le sapelli, l’okoumé, le doussié ou encore le padouk. Le Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF, 2023) recense plus de 35 unités forestières d’aménagement (UFA) dans cette bande géographique, représentant environ 11 % du potentiel forestier commercial exploité du pays. Pourtant, les communautés riveraines, notamment à Ngog-Mapubi, Messondo et Pouma, dénoncent l’absence de retombées locales : moins de 7 % des revenus forestiers perçus par l’État sont réinjectés dans ces localités (source : FODER, 2022).

Sur le plan écologique, ces forêts jouent un rôle crucial dans la captation du CO₂, la régulation climatique, la préservation de la biodiversité et la sécurité hydrique des populations riveraines. La pression industrielle, l’exploitation illégale et l’absence de gestion communautaire durable compromettent cependant cet équilibre. Dans un contexte mondial de transition verte, il devient urgent de transformer cette richesse forestière en levier de développement local, via des mécanismes de paiements pour services écosystémiques (PSE), des partenariats de reboisement communautaire, et une réforme de la fiscalité forestière.


2.3. Le potentiel halieutique et hydrologique du fleuve Sanaga

Le fleuve Sanaga, plus grand fleuve du Cameroun avec 918 km de long, traverse de part en part la Sanaga-Maritime et marque l’identité écologique et économique de ce corridor. Ce fleuve, qui alimente les barrages d’Édéa et de Songloulou, constitue également une ressource halieutique majeure. Selon les chiffres du Ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA, 2022), plus de 22 000 pêcheurs traditionnels vivent directement des activités de pêche dans les affluents et bras morts de la Sanaga dans la zone d’Édéa, Mouanko et Yassoukou. La production annuelle dépasse les 9 500 tonnes de poissons d’eau douce, incluant le silure, le capitaine, la perche et diverses espèces de tilapia.

Malgré ce potentiel, aucune infrastructure moderne de transformation du poisson n’existe dans la zone. Les pertes post-capture sont estimées à 30 %, faute de chaînes de froid, de routes carrossables et de marchés formalisés. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, 2021) recommande la création de zones de transformation halieutique décentralisées pour valoriser ce type de gisement, notamment dans les zones semi-rurales proches de la ressource.

Par ailleurs, la Sanaga est aussi une réserve stratégique en eau potable, aujourd’hui sous-exploitée. Selon Camwater (2021), seules 18 % des localités riveraines du fleuve dans le Nyong-et-Kéllé ont accès à de l’eau potable issue de la Sanaga, malgré des besoins croissants. La sécurisation de cette ressource, combinée à un investissement dans la production d’eau industrielle, pourrait faire de ce fleuve un levier d’hydrodiplomatie nationale et régionale, à condition d’intégrer les collectivités locales dans sa gouvernance.


2.4. Une richesse en terres agricoles, mais une absence de souveraineté foncière

L’un des paradoxes les plus marquants du corridor Douala–Yaoundé réside dans l’abondance de terres agricoles arables et la précarité foncière des producteurs locaux. Le territoire dispose de plus de 700 000 hectares de terres cultivables (source : MINADER/PNDP, 2021), dont à peine 30 % sont mis en valeur. Cela est dû à plusieurs facteurs : enclavement, absence de mécanismes d’irrigation, faiblesse du crédit rural, mais surtout à une insécurité foncière croissante.

La région a été le théâtre de nombreuses opérations d’accaparement foncier, sous forme de concessions agro-industrielles accordées à des multinationales (cas de Socapalm à Dizangué, Hévéa Cameroun à Pouma, ou encore Neo Industry dans le Centre), qui empiètent sur les terres coutumières sans compensation suffisante. Ce phénomène est amplifié par le cadre légal de 1974, qui ne reconnaît pas le droit foncier coutumier en tant que tel. Selon une enquête du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED, 2022), près de 65 % des communautés rurales du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime n’ont aucun titre de propriété formel, les rendant vulnérables aux expulsions.

Dans une région aussi stratégique, l’absence d’une réforme foncière centrée sur les droits communautaires compromet non seulement la sécurité alimentaire, mais aussi la paix sociale. Des initiatives pilotes de coopératives foncières communautaires, soutenues par certaines ONG internationales (GIZ, FIDA), commencent à émerger dans le Nyong-et-Kéllé, mais restent embryonnaires. Il s’agit d’un enjeu central pour faire des terres un outil de souveraineté plutôt qu’un objet de dépossession.


2.5. Une opportunité pour une économie verte et décentralisée

Enfin, l’abondance de ressources naturelles dans l’axe Douala–Yaoundé représente une base idéale pour bâtir une économie verte, inclusive et décentralisée. Les potentialités dans l’agroécologie, le bois certifié, la transformation alimentaire locale, les biocarburants à partir de palmier à huile, ou encore les énergies renouvelables (solaire, micro-hydro) sont considérables. Les stratégies climatiques nationales, notamment la Contribution Déterminée au niveau National (CDN 2021), identifient cette région comme une zone prioritaire d’investissement climat, mais les financements internationaux tardent à s’y matérialiser.

Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2023) recommande le renforcement des collectivités territoriales décentralisées pour piloter des projets basés sur les ressources locales. Le corridor Douala–Yaoundé, traversant des collectivités comme Édéa 1er, Makak, Pouma, Ngog-Mapubi, pourrait devenir un laboratoire d’économie territoriale circulaire, s’il bénéficie de politiques décentralisées cohérentes, de fonds d’investissement délégués, et d’un accompagnement technique solide. C’est une condition sine qua non pour transformer la richesse naturelle en prospérité partagée, et sortir du cycle de l’exploitation sans développement.

Chapitre 3 – Ressources minières : un sous-sol encore sous-exploité

Le sous-sol du Cameroun regorge de ressources minérales importantes, et l’axe Douala–Yaoundé, notamment les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime, n’échappe pas à cette réalité. Ces territoires, longtemps perçus comme zones de transit ou d’exploitation forestière, révèlent aujourd’hui un potentiel minier encore largement sous-évalué. L’émergence de nouveaux permis d’exploration, la ruée vers l’or observée à Eséka, les projets d’industrialisation autour du fer à Édéa, et les indices de minéraux stratégiques comme le rutile, les terres rares ou le nickel, positionnent cette zone comme un réservoir stratégique pour la souveraineté économique nationale. Pourtant, ces ressources restent peu ou mal exploitées, en raison de l’absence d’industries de transformation, de l’enclavement relatif des zones rurales, et de la faiblesse des politiques publiques d’accompagnement. Ce chapitre propose une cartographie précise des principales ressources minières du corridor, les projets en cours, et les défis qui conditionnent leur valorisation dans le cadre d’un État développementaliste communautaire.


3.1. L’or à Eséka : entre ruée artisanale et encadrement institutionnel incertain

Depuis 2017, la commune d’Eséka (département du Nyong-et-Kéllé) connaît une importante activité d’orpaillage, suite à la découverte d’or alluvionnaire dans plusieurs localités dont Eséka-Village, Makak, Mésondo et Ngog-Mapubi. Selon un rapport de la Délégation Régionale des Mines (DRM-Centre, 2019), au moins quatre sites aurifères sont actuellement en activité, exploités principalement par des mineurs artisanaux venus du Centre, de l’Est et même d’Afrique de l’Ouest. Ces exploitations, bien que génératrices de revenus immédiats pour certaines communautés, s’opèrent dans un cadre informel, souvent sans permis légal ni contrôle environnemental. Les préfets des départements concernés ont adopté plusieurs arrêtés de suspension ou d’encadrement, mais sans effets durables, en raison de la pauvreté des populations et de la complicité de certaines élites locales. La production moyenne est difficile à estimer, mais les ONG locales évoquent des extractions de 300 à 600 grammes d’or par mois sur les sites les plus actifs. Cette ruée aurifère, si elle était structurée par l’État, pourrait servir de levier de développement rural, à condition d’instituer des coopératives minières légales, de créer des centres de traitement semi-industriel, et d’assurer une redistribution locale des redevances minières, conformément à l’article 142 du Code minier camerounais (2016).


3.2. Fer à Édéa : un projet d’industrialisation en attente de concrétisation

Le gisement de fer de Sanaga Sud, situé près d’Édéa (Sanaga-Maritime), représente l’un des projets les plus prometteurs de l’axe Douala–Yaoundé. Découvert en 2013 et évalué par West African Minerals puis par la Compagnie Minière du Cameroun (CMC), ce gisement est estimé à environ 82,9 millions de tonnes de minerai de fer, avec une teneur moyenne de 32,1 % Fe (CMC, 2015 ; MINMIDT, 2019). Il présente plusieurs atouts géoéconomiques : proximité du port de Douala (60 km), présence du chemin de fer existant, et connexion directe avec le barrage hydroélectrique de Songloulou. Des études de faisabilité ont été soumises, et un intérêt public a été exprimé par des entreprises chinoises, notamment Sinosteel, pour développer une mine à ciel ouvert couplée à une usine de bouletage, voire à une fonderie. Toutefois, les blocages sont multiples : incertitudes sur la demande mondiale de fer, retards dans la libération des permis, absence d’accords d’infrastructures de soutien (routes, énergie industrielle). Ce gisement, s’il était développé dans une logique nationale, pourrait catalyser la naissance d’un complexe sidérurgique camerounais, contribuant à la production locale d’acier, à la baisse des importations et à la création de plusieurs milliers d’emplois. L’État devrait intégrer ce projet dans le Plan Directeur d’Industrialisation (PDI) et y associer les communes riveraines via un modèle de développement intégré.


3.3. Terres rares, rutile et zircon : minéraux critiques à haute valeur stratégique

Dans un contexte de transition énergétique et numérique mondiale, les terres rares et minéraux critiques deviennent des ressources hautement stratégiques. Le Cameroun, à travers un programme financé par la Banque mondiale (Projet PRECASEM, 2014–2019), a identifié plus de 300 nouveaux sites miniers dans 10 régions, avec des occurrences de rutile (TiO₂), de zircon (ZrSiO₄) et de terres rares légères et lourdes (CNM/World Bank, 2020). Bien que les gisements les plus étudiés soient à Akonolinga (Est) ou Minta (Haute-Sanaga), des indices prometteurs ont été signalés dans la Sanaga-Maritime, notamment dans les sables fluviatiles et latéritiques en aval de la Sanaga et de la Dibamba. Ces sables contiennent jusqu’à 64 % de rutile selon des échantillons prélevés par une société canadienne (Global Mineral Research, 2021). Le zircon, quant à lui, est utilisé dans l’aéronautique et la céramique, tandis que les terres rares sont indispensables pour la fabrication de batteries, d’aimants permanents, et d’équipements militaires. L’absence de cartographie géologique fine dans ces zones constitue un frein. Toutefois, le potentiel existe, et pourrait être valorisé à travers des partenariats public-privé, des coopérations sud-sud, et l’installation de laboratoires régionaux d’analyse minéralogique à Édéa ou Eséka, pour éviter que les échantillons ne soient systématiquement envoyés en Europe ou en Chine.


3.4. Nickel et cobalt : des indices à surveiller dans la dynamique de la transition verte

Le Cameroun dispose d’un potentiel reconnu en nickel et cobalt, notamment dans la région de Lomié (Est), avec les projets de Nkamouna et Ngaoundal (plus de 120 millions de tonnes de minerai à 0,65 % Ni et 0,23 % Co selon Geovic Mining Corp). Toutefois, des prospections menées en 2022–2023 par la société Reymans Mining ont mis en lumière des indices de gisements latéritiques dans le prolongement géologique de la Sanaga-Maritime, notamment à Pouma et Ngwei, zones peu explorées. Ces indices, encore à l’état de pré-campagne géochimique, suggèrent que des extensions latérales du craton du Sud-Cameroun pourraient receler des teneurs économiquement exploitables. Le cobalt, essentiel pour les batteries lithium-ion, pourrait devenir une ressource d’intérêt stratégique majeur pour le Cameroun dans le cadre de la stratégie africaine de mobilité électrique (African Battery Alliance, 2022). Toutefois, l’exploitation de ces métaux doit éviter les erreurs du passé : absence de transformation locale, externalisation complète de la chaîne de valeur, et non-respect des normes environnementales. Le modèle proposé par la République Démocratique du Congo, avec la création d’une zone économique spéciale du cobalt à Kolwezi, pourrait inspirer une approche camerounaise, avec la Sanaga-Maritime comme plaque tournante potentielle.


3.5. Le calcaire et la filière ciment : un levier de croissance industrielle déjà en marche

L’un des rares sous-secteurs miniers déjà en exploitation semi-industrielle dans la zone est celui du calcaire, destiné à l’industrie du ciment. À Édéa, trois cimenteries en cours d’installation – Sinafcim, Central Africa Cement, et Yousheng Cement – ambitionnent une capacité de production cumulée de 4 millions de tonnes de ciment/an, soit plus de 35 % des besoins du marché camerounais. Ces cimenteries s’approvisionnent localement auprès de carrières de calcaire (roche carbonatée) exploitées par SMC (Société Minière de la Côtière) et Huayan Pierre, toutes deux actives à Édéa et Pouma (MINMIDT, 2023). La localisation proche du port de Douala, de la RN3, du rail et des barrages hydroélectriques crée un écosystème industriel propice à l’intégration verticale. Cependant, plusieurs défis persistent : accès au foncier, conflits avec les populations riveraines, manque de régulation sur l’extraction des matériaux, et absence de transformation plus poussée (production de clinker local, préfabrication béton). Le calcaire, bien que moins médiatisé que l’or ou le cobalt, représente une ressource structurante pour l’urbanisation, la construction et les infrastructures. L’insertion de cette filière dans un schéma de développement industriel régional est essentielle pour éviter qu’elle ne devienne un simple relais d’accumulation sans effet multiplicateur.


3.6. Pour une gouvernance souveraine et communautaire des ressources minières

La richesse minérale du corridor Douala–Yaoundé est indéniable. Toutefois, son exploitation actuelle reste fragmentaire, artisanale ou dominée par des acteurs extérieurs, sans intégration réelle dans une stratégie de développement local ou national. L’absence de zones industrielles de transformation, de laboratoires de contrôle géologique régionaux, et de dispositifs de redistribution des revenus miniers vers les collectivités territoriales, renforce un sentiment d’injustice territoriale, notamment dans des communes rurales qui subissent les impacts (pollution, déforestation, conflits fonciers) sans en tirer de bénéfices concrets.

Dans une logique d’État développementaliste communautaire, il est impératif de mettre en place un cadre territorialisé de gouvernance minière, articulé autour de cinq leviers :

  1. La cartographie géologique fine et ouverte au public ;
  2. La révision des permis d’exploration avec clause de transformation locale obligatoire ;
  3. La création de fonds locaux d’investissement minier gérés par les communes ;
  4. La formation de coopératives minières légales avec appui technique de l’État ;
  5. L’institution d’un système de contrôle citoyen des contrats miniers, adossé aux chefferies et aux conseils de villages.

Chapitre 4 – Ressources énergétiques : un pilier de la souveraineté nationale

L’énergie est aujourd’hui l’un des leviers fondamentaux de la souveraineté économique et politique d’un État. Pour les pays africains, qui aspirent à une industrialisation accélérée et à un développement inclusif, la maîtrise de l’approvisionnement énergétique conditionne aussi bien l’essor du tissu productif que l’équilibre territorial. Le Cameroun, doté d’un potentiel énergétique considérable, reste néanmoins confronté à une fracture énergétique profonde, où les zones de production sont souvent distinctes des zones de consommation et largement coupées des communautés locales. Dans cette perspective, l’axe Douala–Yaoundé, et plus précisément les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime, occupe une position centrale : c’est à la fois une zone de production majeure d’électricité hydroélectrique, un nœud logistique énergétique, et un corridor stratégique d’interconnexion entre les régions du pays. Ce chapitre examine les principales ressources énergétiques de la zone, leurs impacts géopolitiques et sociaux, ainsi que les défis d’une gouvernance souveraine et communautaire de l’énergie.


4.1. La Sanaga : colonne vertébrale hydroélectrique du Cameroun

Le fleuve Sanaga, le plus long du Cameroun (918 km), joue un rôle vital dans la production d’électricité du pays. Il abrite les deux principaux barrages hydroélectriques : Songloulou (384 MW) et Édéa (276 MW), qui ensemble, assurent environ 60 à 70 % de la production d’électricité du Réseau Interconnecté Sud (RIS) selon les données du MINEE (Ministère de l’Eau et de l’Énergie, 2022). Le barrage d’Édéa, mis en service dès 1954, fut construit à l’origine pour alimenter l’usine d’aluminium de la société ALUCAM. Quant à Songloulou, inauguré en 1981, il est la plus puissante centrale hydroélectrique du pays. Ces installations exploitent le fort dénivelé naturel de la Sanaga entre le plateau de Nanga-Eboko et l’estuaire d’Édéa, où le débit fluvial moyen dépasse 2 100 m³/s. Malgré leur ancienneté, ces barrages demeurent opérationnels, mais nécessitent des opérations constantes de maintenance et de modernisation, notamment du système de turbines. Ils constituent des infrastructures critiques, non seulement pour l’économie camerounaise, mais aussi pour la stabilité du réseau électrique régional, car l’axe Douala–Yaoundé est également connecté à d’autres pôles industriels via des lignes de 225 kV, formant la colonne vertébrale énergétique du pays.


4.2. La centrale hydroélectrique de Nachtigal : une nouvelle ère de production

À une cinquantaine de kilomètres au nord d’Éséka, sur la Sanaga, se trouve le projet hydroélectrique de Nachtigal-Amont, l’un des plus ambitieux développés par le Cameroun dans la dernière décennie. Porté par NHPC (Nachtigal Hydro Power Company), un consortium composé d’EDF, IFC (Banque mondiale), STOA, Africa50 et l’État du Cameroun, ce projet vise une capacité installée de 420 MW, avec une production annuelle estimée à 2 900 GWh (IFC, 2021). Cette centrale, dont la mise en service est prévue pour 2024, permettra d’augmenter de 30 % la capacité énergétique du réseau national et de stabiliser l’approvisionnement du RIS. Elle est directement connectée à la ligne à haute tension 225 kV Nachtigal–Yaoundé–Bertoua, renforçant l’interconnexion entre les centres de consommation et les zones rurales de l’Est et du Centre. Toutefois, les retombées locales restent encore incertaines. Plusieurs villages riverains de la Sanaga dans le Nyong-et-Kéllé, notamment Ngambé Tikar ou Mbandjock périphérique, se plaignent de n’avoir ni électricité, ni compensation foncière équitable, bien que vivant à quelques kilomètres de ces installations. Cette situation illustre le paradoxe de l’énergie camerounaise : les ressources sont disponibles et produites localement, mais les bénéficiaires en sont souvent éloignés.


4.3. Le gaz naturel de Sanaga Sud : diversification et exportation stratégique

En complément de l’hydroélectricité, la région de la Sanaga-Maritime dispose aussi d’une réserve prouvée de gaz naturel offshore. Le champ gazier de Sanaga Sud, situé au large de Kribi, est exploité par un consortium dirigé par Perenco et la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). Depuis 2013, ce gaz alimente la centrale thermique de Kribi, d’une capacité de 216 MW, opérée par Kribi Power Development Company (KPDC). En 2018, le gouvernement a lancé un projet d’exportation de GNL (gaz naturel liquéfié) via le terminal flottant Hilli Episeyo, qui permet au Cameroun de devenir exportateur net de gaz liquéfié sur les marchés asiatiques. En 2020, le pays a exporté plus de 1,2 million de tonnes de GNL, générant des revenus estimés à 250 millions de dollars (SNH, Rapport annuel 2021). Bien que cette ressource ne soit pas directement exploitée dans le Nyong-et-Kéllé, les infrastructures de transport (gazoducs, routes, lignes électriques) qui traversent la Sanaga-Maritime font de cette région un nœud énergétique stratégique. La question cruciale reste celle de la valeur ajoutée locale : aucune unité de transformation du gaz (engrais, plastiques, méthanol) n’a encore été implantée dans la zone. La conversion énergétique du pays dépendra de la capacité de l’État à lier exploitation, industrialisation et redistribution territoriale.


4.4. Les lignes de transport et la gouvernance de SONATREL

L’interconnexion énergétique du pays repose sur un maillage complexe de lignes haute et moyenne tension. Le corridor Douala–Yaoundé est traversé par la ligne 225 kV Songloulou–Yaoundé (via Édéa et Eséka), opérée par SONATREL (Société Nationale de Transport d’Électricité). Cette ligne permet le transit quotidien de plusieurs milliers de mégawatts, approvisionnant aussi bien les ménages que les zones industrielles (ALUCAM, CIMENCAM, Sinafcim). Pourtant, les pertes sur le réseau restent élevées, dépassant 22 % sur certaines portions (SONATREL, Rapport Technique 2022), à cause du vieillissement des câbles, de la faiblesse des transformateurs, et du vandalisme. Dans le Nyong-et-Kéllé, plusieurs localités riveraines des lignes ne sont pas électrifiées. Des villages comme Makak Nord, Mésondo, ou Ngog-Mapubi Centre, bien que situés à moins de 1 km d’une ligne HT, vivent dans le noir. Ce constat met en lumière une défaillance structurelle : l’infrastructure traverse, mais ne dessert pas. Il est urgent de déployer un plan d’électrification rurale ciblée, intégrant les postes de transformation intermédiaires, les mini-réseaux autonomes, et les subventions croisés entre zones industrielles et zones villageoises.


4.5. Biomasse et potentialités de bioénergie à petite échelle

La biomasse constitue une ressource énergétique majeure dans les deux départements étudiés, notamment grâce à l’intense activité agro-industrielle (SOCAPALM, SAFACAM, SOSUCAM). Les résidus de palmier à huile, les tiges de canne à sucre, les écorces de bois, ainsi que les déjections animales, peuvent être transformés en briquettes, biogaz, ou charbon vert. Selon une étude de l’Université de Dschang (Fopa et al., 2020), le seul domaine de Mbongo (SOCAPALM) pourrait produire jusqu’à 5 GWh/an d’énergie thermique à partir de ses déchets. Pourtant, l’absence de cadre normatif sur la bioénergie, le manque d’investissement dans les digesteurs industriels, et la faible sensibilisation des producteurs limitent cette voie. La production domestique de biogaz pourrait répondre aux besoins énergétiques des ménages ruraux, actuellement dépendants du bois de chauffe, responsable de la déforestation croissante autour des axes routiers. Des projets pilotes ont été lancés en 2022 dans la commune de Pouma avec l’appui du GIZ, mais nécessitent un soutien étatique plus conséquent. La bioénergie pourrait devenir un complément énergétique de proximité, peu coûteux, durable et adapté au contexte communautaire.


4.6. Le solaire : potentiel sous-exploité et enjeux d’inclusion

La région bénéficie d’un ensoleillement moyen de 4,2 à 5,5 kWh/m²/jour, ce qui en fait une zone favorable à l’implantation de centrales photovoltaïques. Pourtant, l’énergie solaire reste marginale dans le mix énergétique local, en dehors de quelques projets isolés d’électrification rurale menés par des ONG ou des bailleurs. En 2021, le PNUD, via le Programme Solaire pour le Sahel, a financé l’installation de 15 mini-centrales solaires dans le Nyong-et-Kéllé, dont deux à Mésondo et Ngog-Mapubi, avec une puissance installée cumulée de 150 kW. Ces initiatives ont permis d’alimenter des écoles, des centres de santé, et des marchés. Toutefois, l’absence de maintenance, la faiblesse des capacités locales en génie solaire, et l’inexistence de financements bancaires pour l’équipement domestique (kits solaires, lampes) limitent l’impact à long terme. Le Cameroun pourrait s’inspirer du modèle rwandais ou béninois, qui ont mis en place des zones d’énergies renouvelables rurales (ZERR), avec subvention étatique et gestion communautaire. Le solaire, dans les zones reculées du Nyong-et-Kéllé, n’est pas un luxe mais une condition minimale de dignité énergétique.


Conclusion

Le corridor Douala–Yaoundé constitue indiscutablement le cœur énergétique du Cameroun. De l’hydroélectricité de la Sanaga au gaz naturel de Kribi, des lignes à haute tension aux résidus agro-industriels, tout converge pour faire de cette zone un pilier de la souveraineté énergétique nationale. Mais cette puissance est aujourd’hui éclatée, inégalement redistribuée, et parfois contradictoire avec les réalités locales. Les communautés qui vivent à l’ombre des barrages, des pylônes ou des usines, ne bénéficient que trop peu des richesses générées. L’enjeu pour un État développementaliste communautaire est donc de reconnecter la production à la consommation locale, de transformer les infrastructures énergétiques en leviers de justice territoriale, et d’intégrer les citoyens à la gouvernance de l’énergie. Sans cela, la puissance énergétique restera une force désincarnée, servant les centres mais oubliant les périphéries.

Chapitre 5 – Une porte d’entrée sous-régionale : intégration et connectivité en Afrique centrale

L’intégration sous-régionale en Afrique centrale reste un défi majeur du XXIe siècle. Malgré les initiatives politiques portées par la CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale) et la CEEAC (Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale), les échanges intra-régionaux représentent à peine 3 % du commerce global des États membres (BAD, 2022), contre plus de 15 % en Afrique de l’Ouest. L’une des principales causes de cette faiblesse est l’insuffisance des infrastructures de connectivité physique, notamment les corridors logistiques multimodaux. Dans ce contexte, le corridor Douala–Yaoundé, traversant la Sanaga-Maritime et le Nyong-et-Kéllé, se révèle être un véritable poumon géoéconomique de la sous-région. C’est lui qui assure la liaison entre le port de Douala et l’hinterland sahélien – en particulier le Tchad, la Centrafrique et, dans une moindre mesure, le nord de la République du Congo. Sa consolidation comme porte d’entrée sous-régionale ne relève pas d’un luxe, mais d’un impératif stratégique pour l’intégration continentale et la compétitivité des économies d’Afrique centrale.


5.1. Un axe vital pour les pays enclavés : chiffres et flux

Le port de Douala est de loin le premier port d’Afrique centrale, avec un trafic annuel de plus de 12 millions de tonnes en 2021, dont 3,5 millions destinés à des pays de la sous-région (Port Autonome de Douala, Rapport 2022). Environ 80 % des importations de la République Centrafricaine (RCA) et 95 % de celles du Tchad passent par Douala, via l’axe Douala–Yaoundé, puis les corridors routiers Douala–Ngaoundéré–N’Djamena (1 800 km) et Douala–Bertoua–Bangui (1 450 km). En 2022, plus de 60 000 camions de fret lourd ont transité chaque année sur ces axes, selon les données du SITRASS (Système d’Information sur les Transports en Afrique Subsaharienne). La Sanaga-Maritime, par sa position, constitue la zone tampon logistique entre la zone portuaire de Douala et les bassins intérieurs. Le passage par Édéa, Pouma et Mésondo est donc incontournable pour l’ensemble du commerce sous-régional. Le corridor est aussi utilisé pour l’exportation du coton tchadien, du bois centrafricain, des grumes de la Sangha congolaise, ou des produits agro-pastoraux vers le Golfe de Guinée. En retour, les pays enclavés y importent carburant, riz, ciment, équipements, etc. L’enjeu est donc clair : l’état de l’axe Douala–Yaoundé conditionne la fluidité de l’intégration sous-régionale.


5.2. L’autoroute Douala–Yaoundé : un projet structurant à géométrie variable

Face à l’augmentation du trafic et à l’usure de la route nationale n°3, le gouvernement camerounais a engagé depuis 2015 la construction d’une autoroute Douala–Yaoundé, avec le soutien de la Chine. Le projet, prévu en deux phases (Douala–Boumnyebel et Boumnyebel–Yaoundé), vise à réduire le temps de parcours de 5 heures à moins de 2 heures et à sécuriser le corridor contre les accidents. La première section de 60 km entre Yaoundé et Bibodi, achevée en 2021, a été réalisée par China First Highway Engineering Co (CFHEC) pour un coût de environ 240 milliards FCFA. Toutefois, les 140 km restants, traversant les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime, accusent des retards majeurs en raison de problèmes de financement, d’expropriations foncières contestées, et de désaccords techniques sur le tracé. Pourtant, c’est précisément cette portion centrale qui est la plus vitale pour les échanges sous-régionaux, notamment autour d’Édéa, carrefour vers le port de Kribi. Selon la CEMAC, le non-achèvement de l’autoroute réduit la compétitivité du corridor de 28 % par rapport aux standards de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA, 2021). Ce tronçon devrait donc être considéré comme une priorité communautaire, éligible à des financements régionaux multilatéraux (FODEC, BEAC, Banque africaine de développement).


5.3. Le port en eau profonde de Kribi et son hinterland nord

Depuis la mise en service du port en eau profonde de Kribi en 2018, la question de son intégration dans les corridors logistiques nord est devenue cruciale. Conçu pour accueillir des navires de plus de 100 000 tonnes, Kribi vise à désengorger Douala et à capter une part croissante du trafic régional. Toutefois, les connexions entre Kribi et les zones de transit sont encore limitées. Le port est actuellement relié à la RN3 via un embranchement de 100 km jusqu’à Pouma, puis par la route Douala–Yaoundé. Cela place la Sanaga-Maritime au cœur d’un triangle logistique stratégique, entre deux ports (Douala, Kribi) et l’arrière-pays intérieur. Des plateformes logistiques avancées, comme le port sec de Pouma ou la zone industrielle d’Édéa, ont été proposées dans le Schéma Directeur d’Industrialisation (MINMIDT, 2020). Si ces infrastructures sont réalisées, elles pourraient transformer la zone en un hinterland partagé, capable de redistribuer les flux de conteneurs vers le Tchad, la RCA et le Nord-Cameroun. En 2023, un projet de ligne ferroviaire Kribi–Édéa a été relancé par la société camerouno-chinoise CAMRAIL–CREC, en vue de faciliter le transport minier et industriel.


5.4. Douala, Yaoundé, Kribi : une tripolarité logistique à équilibrer

La complémentarité entre Douala, Yaoundé et Kribi peut devenir un levier de réorganisation régionale. Douala reste le nœud historique du commerce maritime, tandis que Kribi se positionne comme plateforme d’exportation lourde (minerai de fer, bois transformé, hydrocarbures) et que Yaoundé demeure le centre décisionnel de l’État et des politiques régionales. L’axe Douala–Yaoundé, qui connecte les trois pôles via la RN3 et la voie ferrée, est donc plus qu’un simple couloir économique : il est l’épine dorsale de la souveraineté logistique de la CEMAC. Pourtant, cette tripolarité est aujourd’hui déséquilibrée. Les investissements restent fortement concentrés à Douala, tandis que la connectivité intérieure (zones rurales du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime) est négligée. Il n’existe actuellement aucune zone économique spéciale (ZES) dans ces deux départements, alors qu’ils forment l’articulation naturelle entre les trois grands pôles. Une révision de la politique d’aménagement du territoire régional devrait intégrer un maillage équilibré des infrastructures, appuyé sur un système de ports secs, de zones logistiques rurales, et de centres de formation technique adaptés aux besoins de la chaîne de valeur régionale.


5.5. Projets CEMAC et corridors régionaux : de la vision à l’action

La CEMAC, dans son Programme Économique Régional (PER II 2021–2025), a identifié six corridors prioritaires d’intégration physique, dont deux concernent directement l’axe Douala–Yaoundé : le corridor Douala–Bangui et le corridor Douala–N’Djamena. Ces corridors ont fait l’objet de financements conjoints de la BAD, de la Banque Mondiale et de l’Union Européenne, à hauteur de plus de 300 millions USD depuis 2018. Le PER II préconise également la mise en place d’observatoires de la fluidité du transport, des guichets uniques de transit, et des programmes de numérisation douanière. Toutefois, la mise en œuvre reste lente. Des tracasseries administratives persistantes (multiples check-points, frais illégaux), une corruption endémique, et l’absence d’harmonisation tarifaire entre les États membres freinent la dynamique. La construction d’un poste frontalier juxtaposé à Kousséri, à l’extrémité du corridor, n’est toujours pas achevée. Le segment central – Douala à Yaoundé – se retrouve donc pénalisé par les lenteurs structurelles régionales, alors qu’il en est la charnière vitale. Une gouvernance communautaire du corridor, sous pilotage multilatéral, pourrait aider à sortir de cette impasse.


5.6. Risques géopolitiques et enjeux sécuritaires du corridor

L’axe Douala–Yaoundé, bien qu’économiquement vital, n’est pas à l’abri de tensions géopolitiques. La présence de groupes armés dans l’Ouest et le Nord-Ouest, la porosité des frontières avec la RCA et le Nigeria, et la criminalité organisée sur les routes (braquages, corruption) constituent des risques systémiques. En 2022, plusieurs incidents ont été recensés entre Pouma et Ngog-Mapubi, impliquant des vols de carburant, des agressions de chauffeurs, et des enlèvements ciblés. Ces insécurités ralentissent la fluidité du commerce, augmentent les coûts de transport, et réduisent la confiance des investisseurs. Selon la CEMAC, le coût de ces instabilités représente jusqu’à 15 % du coût final des marchandises dans la région. Une réponse intégrée est nécessaire : renforcement des unités de gendarmerie mobile, surveillance électronique du corridor, coopération transfrontalière en temps réel, et surtout, inclusion socio-économique des communautés riveraines. Un corridor ne peut être sécurisé que s’il est accepté et co-géré par les territoires qu’il traverse.


Conclusion du chapitre

Le corridor Douala–Yaoundé n’est pas un simple segment d’infrastructure nationale : il est le pivot stratégique de l’intégration sous-régionale en Afrique centrale. De par sa fonction de transit, son positionnement géographique, et son rôle dans le désenclavement de plusieurs pays voisins, il constitue une ressource géopolitique majeure. Pourtant, sa gestion reste trop cloisonnée, trop centralisée, et trop peu ancrée dans les réalités locales. Pour qu’il devienne réellement un levier d’intégration continentale, il faut renforcer la coopération multilatérale, rééquilibrer les investissements entre les ports et l’intérieur, et surtout associer les populations riveraines à la conception, la gestion et les retombées du corridor. Dans une perspective développementaliste communautaire, l’axe Douala–Yaoundé doit devenir non pas un couloir de passage, mais une colonne vertébrale de prospérité partagée, à l’échelle camerounaise et régionale.

Chapitre 6 – Géopolitique de l’Axe : Marginalisation, Recomposition et Souveraineté

L’axe Douala–Yaoundé, bien que central dans la structuration territoriale et économique du Cameroun, a longtemps été victime d’une marginalisation politique silencieuse. Cette marginalisation s’est opérée à travers une série de processus combinant désinvestissement ciblé, exclusion symbolique des élites locales dans les hautes sphères du pouvoir, et centralisation décisionnelle autour d’intérêts exogènes à la zone. Pourtant, cette portion du territoire, traversant les départements du Nyong-et-Kéllé (région du Centre) et de la Sanaga-Maritime (région du Littoral), constitue une véritable dorsale géopolitique. Elle relie non seulement la capitale administrative (Yaoundé) à la capitale économique (Douala), mais structure aussi l’espace interrégional. Dans ce chapitre, nous analysons les dynamiques de marginalisation, les recompositions politico-territoriales à l’œuvre, ainsi que les enjeux de souveraineté liés à cet axe stratégique. L’approche combine la géopolitique des territoires, la sociologie du pouvoir et les théories critiques de l’aménagement.


6.1. Marginalisation historique des bassins intermédiaires : le cas du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime

Depuis l’indépendance du Cameroun, les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime ont joué un rôle fondateur dans les luttes politiques nationales. Ils ont été les bastions historiques de l’UPC (Union des Populations du Cameroun), mouvement de libération anticolonialiste réprimé dans le sang par l’État français et les régimes successifs. Des figures emblématiques comme Ruben Um Nyobè, assassiné en 1958 dans la brousse de Boumnyebel (Nyong-et-Kéllé), symbolisent cette marginalisation mémorielle. Jusqu’à aujourd’hui, les localités comme Songmbengue, Ngog-Mapubi, Pouma ou Mésondo souffrent d’un déficit d’infrastructures publiques, malgré leur centralité géographique. Aucun centre hospitalier régional, aucune université publique, ni grande école ne s’y trouve, bien que ces territoires abritent les principales voies de circulation du pays. Une étude de l’Université de Yaoundé II (Tchakounte, 2019) note que le taux d’accès aux services de base y est inférieur de 40 % à la moyenne nationale, malgré leur proximité avec deux métropoles majeures. Cette marginalisation n’est pas que physique : elle est aussi politique, sociale et symbolique.


6.2. Une recomposition territoriale à sens unique : centralisation sans redistribution

Le développement des infrastructures le long de l’axe Douala–Yaoundé a souvent été pensé dans une logique de désenclavement vertical (du port vers la capitale), sans intégration des territoires traversés. Ainsi, les barrages hydroélectriques de Songloulou et d’Édéa, les lignes de transport 225 kV, les corridors logistiques, les pipelines gaziers et les projets autoroutiers traversent les villages et communes sans créer de retombées locales. Selon une enquête du Bureau National de Recensement (INS, 2022), plus de 71 % des ménages de la Sanaga-Maritime vivent sans accès régulier à l’électricité, malgré leur proximité avec les centrales. Les revenus issus des redevances foncières et environnementales sont souvent captés par les échelons centraux. Cette situation a contribué à une recomposition à sens unique : les flux d’énergie, de marchandises et de capitaux circulent du sud vers le nord sans redistribution équitable. Or, dans la tradition du développement territorial (Amin, 1980 ; Perroux, 1964), les zones de passage doivent devenir des pôles de polarisation, en structurant la croissance autour d’elles. Ce n’est pas le cas ici. Les populations riveraines sont spectatrices et non actrices du développement qui les traverse.


6.3. Douala–Yaoundé : une géopolitique des rivalités masquées

La géopolitique de l’axe Douala–Yaoundé est également une géopolitique des rivalités interélitaires, souvent invisibles dans les discours officiels mais déterminantes dans l’allocation des ressources. La domination historique de la classe politique originaire du Grand Nord, depuis les années Ahidjo, a concentré les leviers du pouvoir à Yaoundé tout en contrôlant les flux économiques de Douala. Ce verrouillage a produit une configuration bipolaire asymétrique, où Yaoundé contrôle les institutions, et Douala concentre les ressources. Le corridor qui relie les deux devient ainsi un territoire de négociation conflictuelle, notamment au moment des élections, des nominations ou des grands chantiers. La création d’un réseau de notables du Centre (Ngog, Nanga, Nyemeg), et du Littoral (Diboue, Eyoum, Ngock), n’a pas permis de rééquilibrer les rapports de force, car ces élites locales restent dépendantes des réseaux présidentiels. En analysant les affectations budgétaires du ministère des Travaux Publics entre 2010 et 2020, le chercheur camerounais Aboya Endong (2021) note que moins de 5 % des projets routiers stratégiques concernaient les axes secondaires du Nyong-et-Kéllé, alors même qu’ils supportaient plus de 30 % du trafic national.


6.4. La souveraineté territoriale compromise par l’incohérence institutionnelle

La souveraineté territoriale repose sur la capacité de l’État à contrôler, équiper et valoriser son espace national de manière équilibrée. Or, l’axe Douala–Yaoundé, loin d’être une colonne vertébrale consolidée, souffre d’une incohérence institutionnelle profonde. Plusieurs projets d’aménagement – tels que l’autoroute Douala–Yaoundé, le prolongement de la voie ferrée, ou les ZES (zones économiques spéciales) – sont portés par des ministères distincts, souvent en compétition pour les financements. De plus, les collectivités territoriales décentralisées du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime n’ont aucun pouvoir effectif d’influence sur ces projets, faute de ressources financières et humaines. La logique de souveraineté, telle que théorisée par Bertrand Badie (2010), suppose une articulation cohérente entre autorité, légitimité et capacité. Ici, l’État camerounais délègue sans autonomiser, planifie sans territorialiser, et construit sans intégrer. Le résultat est un espace stratégique non maîtrisé, où les multinationales (Perenco, Alucam, ENEO) occupent plus de territoire économique que l’administration elle-même. La souveraineté devient alors nominale, désincarnée, sans pouvoir réel sur le terrain.


6.5. Espaces de luttes et de recomposition post-Biya : un axe géopolitique en tension

À l’approche de l’échéance politique de 2025, plusieurs signaux indiquent que l’axe Douala–Yaoundé sera un espace majeur de recomposition politique post-Biya. D’un côté, de nouveaux réseaux tentent de redéployer leurs stratégies autour des corridors logistiques, en captant les mairies stratégiques (Édéa, Pouma, Ngog-Mapubi). De l’autre, la société civile et certains partis d’opposition y testent de nouvelles formes de territorialisation politique, en lien avec les communautés rurales. Le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), par exemple, a ouvert des antennes permanentes à Boumnyebel, Songmbengue et Pouma, en visant une alliance stratégique entre zones rurales et espaces intermédiaires. Selon le politologue Évariste Owona (2023), les élections locales de 2020 ont montré une percée inédite des partis émergents dans ces zones, avec plus de 20 % des voix à Ngog-Mapubi et Mésondo. Cela indique que les territoires marginalisés deviennent des laboratoires de recomposition. Leur centralité logistique pourrait se transformer en centralité politique, à condition que les mouvements populaires soient soutenus par des programmes structurants, et non par de simples rhétoriques.


6.6. Une souveraineté communautaire à réinventer : pistes pour un État développementaliste

Face à la marginalisation historique et aux recompositions en cours, une alternative consiste à penser l’axe Douala–Yaoundé comme un espace pilote de souveraineté communautaire. Cette approche, inspirée du modèle de l’État développementaliste communautaire (Yab, 2024), repose sur la mise en valeur des ressources locales à travers des chaînes de valeur intégrées, la formation des jeunes sur site, et la gouvernance participative. Elle suppose que chaque infrastructure stratégique (autoroute, barrage, port sec, centrale) doit inclure une part locale d’appropriation (emplois, PME, fonds de compensation). Elle repose aussi sur la relance des chefferies traditionnelles comme co-acteurs du développement, capables de garantir la paix sociale, l’arbitrage foncier et la mobilisation communautaire. Dans cette optique, le corridor Douala–Yaoundé devient un laboratoire de souveraineté renouvelée, à la fois productif, redistributif et légitime. Il ne s’agira plus de relier deux villes, mais de tisser un territoire souverain, capable de transformer les passages en ancrages, et les flux en justice spatiale.


Conclusion du chapitre

La géopolitique de l’axe Douala–Yaoundé révèle une tension structurelle entre centralité fonctionnelle et marginalité politique. Ce corridor, au cœur des flux économiques et énergétiques du Cameroun, reste paradoxalement un espace oublié des grandes politiques de développement territorial. Pourtant, à la croisée des crises de gouvernance, des urgences d’intégration régionale et des aspirations démocratiques, il offre une opportunité unique de repenser la souveraineté territoriale dans une logique communautaire et endogène. Il est temps que cet axe, symbole des fractures anciennes, devienne l’épine dorsale d’une nouvelle République du lien, du service public et de la justice territoriale.

Conclusion générale – L’axe Douala–Yaoundé : d’un couloir de passage à une colonne vertébrale de souveraineté

L’axe Douala–Yaoundé n’est pas une simple route ou un corridor logistique. Il est un espace géopolitique total, une ligne de tension et de connexion à la fois, un miroir des contradictions du Cameroun postcolonial et un levier pour sa transformation souveraine. À travers les analyses développées dans les six chapitres de cet article, il est apparu que cet axe concentre à lui seul l’essentiel des enjeux structurants du pays : économiques, énergétiques, territoriaux, politiques, historiques, et même mémoriels. Pourtant, malgré sa centralité fonctionnelle, cet axe reste périphérique dans les stratégies de développement et de souveraineté de l’État camerounais. Cette dissonance entre centralité géographique et marginalité politique constitue l’un des nœuds critiques de la crise camerounaise contemporaine.

La première partie de notre étude a démontré que le positionnement géographique de l’axe Douala–Yaoundé en fait un territoire logistique stratégique. Il articule les deux principales métropoles du pays, traverse les départements charnières du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime, et joue un rôle fondamental dans la structuration territoriale du Cameroun. Toutes les infrastructures vitales y convergent : route nationale, autoroute en construction, voie ferroviaire, lignes électriques haute tension, pipelines, réseaux de communication. À ce titre, cet axe constitue le socle de la souveraineté territoriale et logistique du pays, et devrait, à juste titre, être classé zone d’intérêt national prioritaire, bénéficiant d’un statut spécial d’aménagement et de développement.

La deuxième partie a mis en lumière l’incroyable densité de ressources naturelles présentes tout au long de cet axe : forêts denses exploitables, eaux fluviales, terres agricoles fertiles, biodiversité endémique, et espaces propices à l’agro-industrie. Malgré cette richesse, les populations locales vivent dans la précarité, subissant les effets de l’accaparement foncier, de l’exclusion économique, et de l’absence de services publics. Cette situation souligne un paradoxe : la richesse naturelle cohabite avec la pauvreté sociale, illustrant l’échec d’un modèle de développement basé sur l’extraction sans transformation ni redistribution.

Ce paradoxe s’accentue dans la troisième partie, qui a analysé le potentiel minier sous-exploité de l’axe. Les indices confirmés de gisements d’or, de nickel, de rutile, de calcaire et probablement de terres rares dans le Nyong-et-Kéllé et la Sanaga-Maritime restent largement ignorés des politiques publiques. Ce sous-sol riche, qui pourrait être au cœur d’une stratégie d’industrialisation, est aujourd’hui le théâtre de spéculations, d’abandons et de conflits latents. À l’heure où l’Afrique centrale cherche à rompre avec la malédiction des ressources, l’absence de valorisation de ces gisements constitue une perte stratégique majeure pour le Cameroun. Le silence sur les richesses minières de cette zone est une forme d’auto-sabotage économique.

La quatrième partie a souligné que l’axe Douala–Yaoundé est le pilier énergétique du Cameroun, abritant les principaux barrages hydroélectriques (Édéa, Songloulou), les lignes de transport électrique interconnectées, et les plateformes de transformation industrielle. Pourtant, les populations riveraines continuent de vivre sans électricité stable ni industries locales. Il y a donc une fracture entre l’énergie produite et l’énergie distribuée. Cette situation pose la question fondamentale de la souveraineté énergétique réelle : produire de l’énergie sans la redistribuer localement, c’est entretenir une dépendance interne, contraire à tout projet de développement souverain et équitable.

La cinquième partie a replacé l’axe dans son environnement régional, en démontrant son rôle fondamental dans l’intégration sous-régionale d’Afrique centrale. Le corridor Douala–Yaoundé est la porte d’entrée vers le Tchad, la Centrafrique, et d’autres pays enclavés, avec des flux logistiques vitaux pour leurs économies. Le port de Douala, et de plus en plus celui de Kribi, dépend de cet axe pour assurer leur rôle d’interface régionale. Pourtant, les lenteurs institutionnelles, les conflits de compétence, et l’insécurité sur les routes freinent cette ambition d’intégration. Il est urgent d’internationaliser la gouvernance de ce corridor à travers des mécanismes régionaux CEMAC ou panafricains, de type Zone de libre-échange continentale (ZLECAF), afin que le Cameroun transforme sa position géographique en levier diplomatique et économique.

Enfin, la sixième partie a démontré que l’axe Douala–Yaoundé est un espace géopolitique en tension, marqué par l’héritage des luttes indépendantistes (UPC), la marginalisation des bassins intermédiaires, et les recompositions actuelles du pouvoir à la veille d’un probable changement de régime. Le corridor logistique est aussi un corridor politique, dans lequel se croisent des intérêts divergents : élites centrales, entreprises extractives, populations locales, partis politiques émergents. La souveraineté sur cet axe ne peut être restaurée que par une repolitisation territoriale équitable, fondée sur la justice sociale, la mémoire collective et l’autonomie des communautés. C’est dans ce sens que le modèle de l’État Développementaliste Communautaire, fondé sur la territorialisation des politiques publiques, prend tout son sens.

En somme, l’axe Douala–Yaoundé concentre toutes les contradictions et les potentialités du Cameroun contemporain. C’est un espace où l’infrastructure existe, mais ne profite pas aux riverains ; où les richesses sont extraites, mais non transformées ; où les routes sont construites, mais les villages oubliés ; où le pouvoir passe, mais ne s’arrête pas. Il ne suffit plus de penser cet axe comme un simple lien entre Douala et Yaoundé. Il faut le réinterpréter comme une ligne de fracture à refermer, un vecteur de souveraineté à réactiver, et un laboratoire territorial à reconstruire.

La transition politique à venir ne pourra ignorer ce territoire. Tout projet de refondation nationale qui ne réintègre pas pleinement les départements du Nyong-et-Kéllé et de la Sanaga-Maritime dans la gouvernance, la redistribution et la planification, est voué à l’échec. L’heure est venue de renverser la logique : ne plus construire pour traverser, mais construire pour ancrer ; ne plus exploiter sans redistribuer, mais valoriser avec justice ; ne plus gouverner d’en haut, mais construire avec les communautés d’en bas.

L’axe Douala–Yaoundé ne doit plus être un couloir de passage pour les intérêts extérieurs, mais la colonne vertébrale d’un État souverain, équitable et communautaire.

Bibliographie

1. Ouvrages et articles académiques

  • Amin, S. (1980). Le développement inégal. Paris : Éditions de Minuit.
  • Badie, B. (2010). La fin des territoires. Paris : Fayard.
  • Bayart, J.-F. (1989). L’État en Afrique. La politique du ventre. Paris : Fayard.
  • Lacoste, Y. (1993). La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre. Paris : La Découverte.
  • Mkandawire, T. (2001). « Thinking about developmental states in Africa », Cambridge Journal of Economics, 25(3), 289–314.
  • Perroux, F. (1964). L’économie du XXe siècle. Paris : PUF.
  • Raffestin, C. (1980). Pour une géographie du pouvoir. Paris : Librairies Techniques.
  • Tchakounté, J. (2019). Inégalités d’accès aux services publics dans les zones périurbaines du Centre Cameroun. Université de Yaoundé II.
  • Yab, J. (2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Yaoundé : MLDC Éditions.

2. Rapports institutionnels et statistiques

  • Institut National de la Statistique (INS) (2022). Annuaire Statistique du Cameroun 2022. Yaoundé : INS.
  • Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT) (2023). Inventaire des ressources minières du Cameroun. Yaoundé : MINMIDT.
  • Banque Mondiale (2021). Cameroon Economic Update: Building a Resilient Recovery. Washington D.C.
  • CEMAC (2020). Programme Économique Régional de la CEMAC 2020–2025. N’Djamena : Commission CEMAC.
  • Agence Nationale des Investissements Stratégiques (ANIS) (2022). Cartographie des zones industrielles potentielles dans les corridors logistiques du Cameroun. Yaoundé : ANIS.
  • Ministère de l’Énergie et de l’Eau (MINEE) (2023). Rapport sur l’état du réseau énergétique national. Yaoundé : MINEE.
  • Observatoire du Développement Territorial (ODT) (2022). Étude de structuration territoriale des corridors de développement au Cameroun. Yaoundé : ODT.

3. Articles de presse et sources spécialisées

  • Jeune Afrique (2023). « Le port de Kribi monte en puissance », Jeune Afrique, 21 mars 2023.
  • Africa Energy Portal (2022). « Hydropower in Cameroon: A sleeping giant? », Africa-Energy-Portal.org.
  • Investir au Cameroun (2022). « Le Cameroun ambitionne d’attirer plus de compagnies minières », Investir au Cameroun, n°142.
  • EcoMatin (2023). « Les infrastructures manquent dans le Nyong-et-Kéllé : cri d’alarme d’un élu », EcoMatin, 15 avril 2023.

4. Références spécifiques sur les zones étudiées

  • Yondo, M. (2018). Chroniques du Nyong-et-Kéllé : mémoire et luttes d’un territoire marginalisé. Éditions Populaire du Centre.
  • Ngui, A. (2020). « La Sanaga-Maritime entre héritage upéciste et recompositions politiques contemporaines », Revue Camerounaise de Science Politique, 12(2), 55–79.
  • Owona, É. (2023). « Les élections municipales et la recomposition territoriale dans la vallée de la Sanaga », Cahiers d’Études Africaines, 241, 77–95.

De la légalité formelle à l’inconstitutionnalité matérielle : trois précédents internationaux contre le réductionnisme juridique du Pr. MAGLOIRE ONDOA

Par Pr. Jimmy Yab – Professeur des Relations Internationales

Pr Jimmy Yab dans son bureau à Yaoundé

Résumé

Le présent article examine, à travers trois jurisprudences internationales majeures, la thèse positiviste défendue par le Professeur Magloire Ondoa selon laquelle une loi régulièrement votée et promulguée dans l’ordre juridique camerounais bénéficie d’une présomption irréfragable de constitutionnalité tant qu’elle n’a pas été annulée par le Conseil Constitutionnel. En analysant les affaires Brown v. Board of Education et Ruby Bridges aux États-Unis, le système électoral légal de l’apartheid en Afrique du Sud, et le procès Eichmann à Jérusalem, l’article démontre que la légalité procédurale ne saurait suffire à garantir la validité constitutionnelle d’une norme. Il établit ainsi la nécessité irréductible de distinguer entre légalité formelle et inconstitutionnalité matérielle dans tout État de droit véritable.

Mots-clés : contrôle de constitutionnalité, légalité formelle, inconstitutionnalité matérielle, souveraineté populaire, jurisprudence comparée, Cameroun.

INTRODUCTION

Dans le débat juridique actuel autour de la validité constitutionnelle de certaines dispositions du Code électoral camerounais, notamment de son article 121, une position doctrinale particulière défendue par le Professeur Magloire Ondoa suscite de vives discussions. Selon cette thèse positiviste, une fois qu’une loi a été adoptée suivant la procédure parlementaire régulière et promulguée par les autorités compétentes, elle bénéficie d’une présomption de constitutionnalité irréfragable, et son application ne saurait être contestée qu’après une éventuelle annulation par l’organe juridictionnel compétent, en l’occurrence le Conseil Constitutionnel.

Autrement dit, tant qu’une loi est en vigueur dans l’ordre juridique national, sa légalité formelle suffirait à garantir sa validité constitutionnelle. Cette approche tend ainsi à assimiler la conformité procédurale au respect matériel de la Constitution, neutralisant de facto toute réflexion juridique substantielle sur l’inconstitutionnalité matérielle d’une norme juridique régulièrement adoptée.

Or, en droit constitutionnel moderne, cette assimilation est dangereuse. Elle confond deux plans normatifs distincts : celui de la production régulière de la norme (légalité procédurale) et celui de sa validité au regard des principes supérieurs de la norme fondamentale (constitutionnalité substantielle). Elle méconnaît également le rôle central de la hiérarchie des normes, qui place la Constitution au sommet de l’ordre juridique et assujettit toutes les normes infra-constitutionnelles, même régulièrement adoptées, à un contrôle permanent de conformité matérielle.

L’objectif de cet article est précisément de démontrer, à travers l’analyse de trois jurisprudences internationales majeures, pourquoi une loi régulièrement votée et promulguée peut néanmoins être matériellement inconstitutionnelle. Ces exemples montrent que la suprématie de la Constitution ne repose pas uniquement sur la procédure d’adoption des lois, mais avant tout sur le respect des principes fondamentaux qui garantissent la souveraineté populaire, l’égalité politique, et la dignité humaine.

Trois cas emblématiques seront ainsi mobilisés :

1. L’affaire Brown v. Board of Education (1954) et l’intégration de Ruby Bridges aux États-Unis, qui illustrent la prééminence de l’égalité constitutionnelle sur les lois locales ségrégationnistes régulièrement votées.

2. L’expérience sud-africaine de l’apartheid, où des lois électorales régulièrement adoptées avaient pourtant organisé l’exclusion de la majorité noire de la participation politique, en violation du principe fondamental de souveraineté populaire.

3. Le procès Eichmann à Jérusalem (1961), qui démontre l’irrecevabilité de la défense fondée sur l’obéissance à des lois légalement édictées, lorsqu’elles violent des normes supérieures d’humanité et de dignité.

À travers l’étude rigoureuse de ces précédents, je vise à démontrer que la position défendue par le Professeur Magloire Ondoa ne résiste ni à l’analyse juridique approfondie, ni aux enseignements universels tirés des grandes jurisprudences comparées. Au contraire, ces cas confirment que l’inconstitutionnalité matérielle d’une loi existe indépendamment de la régularité de son adoption, et qu’elle constitue une alerte juridique permanente au sein des systèmes démocratiques.

I. BROWN V. BOARD OF EDUCATION ET RUBY BRIDGES : LA SUPERIORITE DES PRINCIPES CONSTITUTIONNELS SUR LES LOIS ADOPTEES

Ruby Bridges, premier enfant à bénéficier de l’abolition de la ségrégation scolaire aux États-Unis depuis les arrêts Brown v. Board of Education en 1954, escortée par des marshals en 1960. 

L’affaire Brown v. Board of Education of Topeka (1954) constitue l’une des décisions les plus fondamentales de l’histoire du droit constitutionnel américain et même du droit constitutionnel comparé. Elle illustre de manière exemplaire la distinction fondamentale entre la légalité formelle d’une norme juridique et sa validité constitutionnelle substantielle. Ce cas est d’une portée universelle, et permet de comprendre, par analogie, les limites de la thèse positiviste soutenue par le Professeur Magloire Ondoa dans le débat camerounais.

1. Le contexte historique et juridique de Brown v. Board of Education

Aux États-Unis, pendant plusieurs décennies, le principe de la ségrégation raciale avait été juridiquement consacré à la suite de l’arrêt Plessy v. Ferguson (1896), qui avait institué la doctrine du “separate but equal” (séparés mais égaux). En vertu de cette jurisprudence, les États fédérés pouvaient légalement adopter des lois séparant les citoyens noirs et blancs dans l’accès aux services publics, tant que ces services étaient considérés comme équivalents.

Ainsi, dans de nombreux États du Sud, des lois dûment votées et promulguées interdisaient aux enfants afro-américains de fréquenter les mêmes écoles que les enfants blancs. Ces lois étaient formellement régulières dans l’ordre juridique des États fédérés concernés et appliquées sans contestation locale pendant plusieurs décennies.

Or, le problème fondamental résidait précisément dans le fait que ces lois, bien qu’adoptées légalement et appliquées conformément aux procédures parlementaires, violaient un principe supérieur inscrit dans la Constitution fédérale, à savoir le 14e amendement, qui garantit à tous les citoyens l’égalité de protection devant la loi (Equal Protection Clause).

En 1954, la Cour suprême des États-Unis, saisie par la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), rendit sa décision historique dans l’affaire Brown v. Board of Education. Elle affirma que la doctrine du separate but equal était inconstitutionnelle dans le domaine de l’éducation publique, en déclarant :

« Dans le domaine de l’éducation publique, la doctrine du « séparés mais égaux » n’a pas sa place. Des établissements éducatifs séparés sont par nature inégaux. »

Par cet arrêt, la Cour suprême consacra la suprématie des principes substantiels de la Constitution fédérale sur les lois ordinaires adoptées dans le respect des procédures démocratiques locales. Ce fut une affirmation claire que la légalité procédurale ne pouvait prévaloir contre la hiérarchie des normes et les principes fondamentaux d’égalité et de dignité humaine.

2. La mise en œuvre : Ruby Bridges comme illustration vivante de Brown

La décision de Brown ne signifia pas pour autant que l’application de ce principe fut immédiate ni généralisée. De nombreux États sudistes résistèrent à l’intégration scolaire, et plusieurs gouverneurs et autorités locales continuèrent d’appliquer les anciennes lois ségrégationnistes, malgré la décision de la Cour suprême.

C’est dans ce contexte de résistance locale que se déroule l’histoire de Ruby Bridges en 1960. Agée de 6 ans, Ruby fut sélectionnée comme la première élève noire à intégrer une école primaire auparavant réservée aux enfants blancs à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Cette intégration, pourtant ordonnée par une juridiction fédérale en application de l’arrêt Brown, fut violemment contestée par des foules hostiles, des fonctionnaires locaux et des groupes ségrégationnistes.

L’administration fédérale dut envoyer des U.S. Marshals pour escorter Ruby chaque jour jusqu’à sa salle de classe, illustrant que, même face à des lois locales toujours techniquement en vigueur, le principe constitutionnel fédéral s’imposait en surplomb aux législations étatiques.

L’affaire Ruby Bridges démontre ainsi avec éclat que :

La légalité d’une loi au regard de la procédure nationale ou locale ne garantit en rien sa conformité constitutionnelle. La hiérarchie des normes implique que les lois inférieures (lois locales ou ordinaires) doivent toujours être compatibles avec les normes supérieures constitutionnelles. L’État de droit suppose un contrôle permanent de la conformité des lois aux principes supérieurs, même si ces lois ont été régulièrement votées.

3. L’enseignement pour le débat camerounais

Transposé au contexte camerounais, l’enseignement de Brown et de l’affaire Ruby Bridges est fondamental. Le fait qu’une loi électorale, telle que l’article 121 du Code électoral camerounais, ait été régulièrement adoptée et promulguée conformément aux procédures parlementaires ne saurait suffire à la rendre conforme à la Constitution, si elle viole les principes supérieurs de souveraineté populaire, d’égalité politique et de participation démocratique consacrés notamment aux articles 1 et 2 de la Constitution camerounaise.

La position du Professeur Magloire Ondoa, qui assimile légalité procédurale et validité constitutionnelle, méconnaît justement cette distinction essentielle entre la forme et le fond, entre la régularité législative et la conformité constitutionnelle.

Tout comme aux États-Unis dans Brown, la validité d’une loi électorale au Cameroun doit être appréciée au regard de son respect des principes supérieurs de la Constitution. Si une loi électorale verrouille excessivement la participation citoyenne ou introduit des barrières injustifiées à la compétition démocratique, elle est matériellement inconstitutionnelle, même si aucune juridiction ne l’a encore officiellement annulée.

II. LE VERROUILLAGE ELECTORAL SOUS L’APARTHEID SUD-AFRICAIN : L’EXEMPLE D’UNE LEGALITE CONTRAIRE A LA SOUVERAINETE POPULAIRE

Lors d’une manifestation anti-apartheid le 16 juin 1985

L’exemple sud-africain constitue un cas d’école en matière de contradiction entre légalité procédurale et légitimité constitutionnelle substantielle. Il démontre que des lois électorales et institutionnelles, bien qu’adoptées dans le respect formel de la procédure parlementaire nationale, peuvent organiser un système totalement contraire aux principes fondamentaux de souveraineté populaire, d’égalité politique et de droits humains universels. Ce précédent permet d’éclairer directement le débat juridique camerounais sur la validité constitutionnelle de certaines dispositions du Code électoral, notamment l’article 121.

1. Le cadre juridique et institutionnel de l’apartheid sud-africain

L’Afrique du Sud, entre 1948 et 1994, a été gouvernée sous un régime légalement établi de ségrégation raciale et de discrimination politique systématique connu sous le nom d’apartheid. Ce système fut progressivement codifié par une série de lois adoptées régulièrement par le Parlement sud-africain, dominé par la minorité blanche afrikaner, au terme de procédures parlementaires régulières et conformément à l’ordre constitutionnel interne de l’époque.

Parmi ces lois figurent notamment :

The Representation of Natives Act (1936) : restreignant drastiquement les droits électoraux des Noirs. The Population Registration Act (1950) : établissant l’enregistrement racial obligatoire. The Separate Representation of Voters Act (1951) : excluant les populations de couleur du corps électoral principal. The Promotion of Bantu Self-Government Act (1959) : créant des pseudo-structures d’autonomie territoriale fictives pour les Noirs, connues sous le nom de Bantoustans.

Toutes ces lois, bien que légalement promulguées selon les règles internes sud-africaines, avaient pour effet concret de réserver exclusivement le droit de vote et d’éligibilité aux citoyens blancs, soit environ 10 % de la population, excluant la majorité noire et les autres groupes raciaux du processus électoral et de la participation au pouvoir.

2. La négation de la souveraineté populaire sous couvert de légalité parlementaire

Sur le plan strictement légal, les autorités sud-africaines justifiaient la régularité de ces lois en invoquant leur adoption conforme aux règles de procédure parlementaire. Le Parlement disposait de la plénitude des compétences législatives dans un régime dominé par l’exécutif et sans véritable contrôle juridictionnel indépendant sur la constitutionnalité des lois.

Mais cette légalité procédurale ne pouvait masquer une évidence juridique plus fondamentale : en excluant la majorité de la population de la participation politique, ces lois violaient le principe même de souveraineté populaire qui fonde tout régime démocratique authentique.

En effet, la souveraineté populaire repose sur l’idée que le pouvoir politique doit émaner de l’ensemble du peuple, chaque citoyen disposant de droits égaux de participation au choix de ses gouvernants. En Afrique du Sud, ce principe était vidé de toute substance puisque plus de 80 % de la population étaient privés du droit de vote et de candidature.

Ainsi, l’ordre juridique sud-africain, bien que « légal » en apparence, constituait en réalité un régime profondément inconstitutionnel sur le plan substantiel. Ce système fut d’ailleurs condamné massivement par la communauté internationale, notamment à travers les résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies et les sanctions du Conseil de sécurité, qui reconnurent l’apartheid comme une violation grave des droits humains et de la démocratie.

3. Le rapport avec le débat camerounais

L’expérience sud-africaine démontre de façon éclatante qu’une loi électorale, même adoptée selon les règles formelles de l’État, peut néanmoins porter atteinte à la souveraineté populaire lorsqu’elle restreint artificiellement la participation politique de la population.

C’est exactement le danger que soulève l’article 121 du Code électoral camerounais, qui instaure des obstacles administratifs, procéduraux et financiers sélectifs à l’exercice du droit de candidature à la présidence de la République.

Même si le Cameroun ne pratique évidemment pas de discrimination raciale comparable à l’apartheid, la logique juridique est similaire : l’introduction de filtres politiques, administratifs et financiers excessifs restreint la diversité des candidatures et réduit ainsi l’étendue du choix offert au peuple souverain. Or, comme l’enseignait déjà Rousseau dans Le Contrat Social, la souveraineté populaire n’existe véritablement que lorsque le peuple peut exercer un choix réel et libre entre plusieurs candidats et projets politiques.

Dès lors, une loi électorale qui verrouille la compétition en amont, en limitant artificiellement les candidatures possibles, ne respecte pas l’exigence constitutionnelle de souveraineté populaire, même si elle a été adoptée suivant la procédure législative régulière.

4. L’enseignement universel : la supériorité des principes démocratiques sur la légalité formelle

L’Afrique du Sud post-apartheid a d’ailleurs intégré cette leçon dans sa nouvelle Constitution de 1996, largement saluée dans le monde entier comme l’une des plus avancées en matière de droits fondamentaux. Son article premier proclame désormais l’égalité politique de tous les citoyens sans distinction, reconnaissant ainsi la suprématie des principes démocratiques sur toute légalité procédurale détournée de sa finalité.

L’ordre juridique camerounais gagnerait à s’inspirer de cette évolution : le respect des procédures parlementaires ne peut servir à couvrir des atteintes substantielles aux droits politiques fondamentaux des citoyens.

III. LE PROCES EICHMANN : LA RESPONSABILITE INDIVIDUELLE FACE A L’ORDRE LEGAL MANIFESTEMENT INCONSTITUTIONNEL

Le 11 avril 1961: à Jérusalem, Eichmann fait face à ses juges

Le procès d’Adolf Eichmann, tenu à Jérusalem en 1961, constitue l’une des grandes références du droit pénal international et du droit constitutionnel comparé. Au-delà du crime contre l’humanité qui fut au cœur de l’affaire, ce procès a posé un principe fondamental applicable à tous les ordres juridiques modernes : la légalité formelle ne peut jamais justifier une inconstitutionnalité matérielle flagrante. Ce principe éclaire directement le débat juridique camerounais, en particulier face à la thèse du Professeur Magloire Ondoa selon laquelle la légalité procédurale suffirait à garantir la constitutionnalité des lois.

1. Le contexte juridique du procès Eichmann

Adolf Eichmann fut l’un des principaux architectes de la « Solution finale » mise en œuvre par le régime nazi, qui conduisit à l’extermination systématique de six millions de Juifs d’Europe. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il parvint à s’enfuir et à se réfugier en Argentine, avant d’être capturé par les services israéliens en 1960 et transféré à Jérusalem pour y être jugé.

Lors de son procès, la ligne de défense principale d’Eichmann fut de plaider l’obéissance aux lois et ordres du régime nazi. Il expliqua qu’il ne faisait qu’exécuter les lois en vigueur en Allemagne à l’époque, qu’il agissait sous la stricte autorité de sa hiérarchie, et qu’en conséquence, il ne pouvait être tenu pour personnellement responsable d’actes qu’il n’avait pas lui-même décidés politiquement.

En d’autres termes, Eichmann s’abritait derrière la légalité formelle du système juridique nazi pour tenter d’échapper à toute responsabilité pénale et morale.

2. La réponse de la justice internationale : la supériorité des normes fondamentales

La Cour de Jérusalem rejeta radicalement cette défense. Le tribunal rappela que la légalité formelle d’une norme ou d’un ordre ne constitue jamais une justification recevable lorsque cette norme viole des principes supérieurs universels de droit et de dignité humaine.

Le procès Eichmann établit un principe central qui depuis irrigue l’ensemble du droit pénal international et du droit constitutionnel comparé : le simple fait qu’un acte soit conforme à une loi nationale en vigueur ne protège pas contre la qualification de crime ou de violation des droits fondamentaux si cette loi est en soi contraire aux normes supérieures d’humanité, de dignité et de justice.

Ce principe est désormais universellement consacré :

dans la jurisprudence du Tribunal de Nuremberg (1945-1946) ; dans la Convention des Nations Unies sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité (1968) ; dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (1998).

3. Le principe de la hiérarchie des normes renforcé

Au fondement de la décision dans l’affaire Eichmann réside la théorie de la hiérarchie des normes, initialement développée par Hans Kelsen, mais ici renforcée sur le plan substantiel : les normes supérieures de protection des droits humains et de souveraineté du peuple s’imposent à toutes les lois et règlements adoptés, quelle que soit la régularité de la procédure qui les a produites.

Ainsi, même dans un régime légalement constitué, une loi adoptée démocratiquement peut être en contradiction avec des principes constitutionnels supérieurs. Le juge ne saurait alors s’abriter derrière la simple légalité pour éviter d’en contrôler la substance.

4. Application au débat constitutionnel camerounais

Le débat actuel au Cameroun autour de l’article 121 du Code électoral soulève exactement la même problématique juridique de fond. La thèse du Professeur Magloire Ondoa revient à dire que dès lors qu’une loi électorale a été votée et promulguée dans le respect des procédures parlementaires, elle est présumée irréfragablement constitutionnelle tant que le Conseil Constitutionnel ne l’a pas annulée.

Or, le procès Eichmann démontre avec force qu’une norme légale peut parfaitement exister et être appliquée dans un ordre juridique donné tout en étant objectivement contraire à des principes constitutionnels ou supérieurs de droit. La conformité procédurale d’une loi ne garantit pas nécessairement sa légitimité constitutionnelle substantielle.

Ainsi, l’article 121 du Code électoral, même s’il est régulièrement en vigueur et appliqué, peut matériellement porter atteinte :

à la souveraineté populaire (article 2 de la Constitution camerounaise) ; au principe d’égalité des citoyens (article 1 alinéa 2) ; aux engagements internationaux du Cameroun (Charte africaine des droits de l’homme, Pacte international relatif aux droits civils et politiques).

Le fait que cette loi n’ait pas encore été annulée par le Conseil Constitutionnel ne supprime pas son inconstitutionnalité matérielle, qui existe dès lors qu’elle viole ces principes supérieurs.

5. L’enseignement universel du procès Eichmann

L’universalité de l’enseignement du procès Eichmann tient à cette affirmation fondamentale : nul ne peut se prévaloir de la légalité d’une norme pour justifier sa violation des principes supérieurs du droit.

Transposé au contrôle de constitutionnalité, ce principe impose que l’appréciation de la validité d’une loi ne repose pas uniquement sur le respect des procédures d’adoption, mais sur la conformité de son contenu aux normes constitutionnelles et aux droits fondamentaux.

En d’autres termes, une loi régulièrement votée mais qui viole les principes de souveraineté populaire et d’égalité politique reste, en substance, inconstitutionnelle. C’est cette distinction entre validité formelle et validité matérielle que toute science juridique rigoureuse doit constamment rappeler.

CONCLUSION : LA DISTINCTION IRREDUCTIBLE ENTRE LEGALITE FORMELLE ET CONSTITUTIONNALITE SUBSTANTIELLE

Les trois exemples internationaux développés dans cet article — Brown v. Board of Education et l’affaire Ruby Bridges aux États-Unis, le verrouillage électoral légal sous l’apartheid en Afrique du Sud, et le procès Eichmann à Jérusalem — démontrent avec une clarté incontestable la nécessité absolue de distinguer, en droit constitutionnel moderne, entre légalité procédurale et validité constitutionnelle substantielle.

Dans chacun de ces cas, les autorités concernées s’appuyaient sur des lois formellement adoptées, régulièrement promulguées et intégrées dans l’ordre juridique interne de l’époque. Pourtant, chacune de ces lois violait des principes supérieurs de droit : l’égalité devant la loi, la souveraineté populaire, la dignité humaine et le droit universel de participation aux affaires publiques.

L’affaire Brown v. Board of Education montre que la régularité d’une loi votée localement ne saurait prévaloir face à la protection constitutionnelle de l’égalité. Ruby Bridges illustre la nécessité de faire prévaloir les principes constitutionnels contre la résistance locale aux normes supérieures.

L’expérience sud-africaine de l’apartheid révèle que l’organisation formellement légale d’un système électoral ne garantit en rien la validité démocratique de ses institutions si le corps électoral est arbitrairement restreint au détriment de la souveraineté du peuple.

Enfin, le procès Eichmann établit de façon universelle qu’un individu ne saurait se réfugier derrière la légalité formelle d’un ordre juridique pour échapper à la responsabilité de la violation de principes supérieurs de droit.

Ces trois jurisprudences convergent ainsi vers un même enseignement universel applicable à tous les États de droit contemporains : la légalité formelle d’une norme ne constitue jamais une garantie automatique de sa validité constitutionnelle.

Transposée au débat constitutionnel camerounais autour de l’article 121 du Code électoral, cette leçon revêt une portée décisive. Soutenir, comme le fait le Professeur Magloire Ondoa, qu’une loi électorale est nécessairement constitutionnelle parce qu’elle a été votée et promulguée conformément aux procédures en vigueur, revient à confondre deux niveaux essentiels de l’analyse juridique. Cela revient à nier l’existence même de l’inconstitutionnalité matérielle, qui existe indépendamment de sa reconnaissance juridictionnelle formelle.

Dans un État de droit véritable, la Constitution est la norme suprême vivante qui irrigue et contrôle en permanence la production normative inférieure. Le contrôle de constitutionnalité ne saurait être réduit à une pure formalité procédurale. Au contraire, il constitue le mécanisme essentiel de protection de la souveraineté populaire contre les dérives possibles du législateur, même démocratiquement élu.

En définitive, la démarche de vigilance critique face aux lois électorales ne relève pas d’une spéculation théorique, mais d’une exigence démocratique essentielle. Rappeler que l’article 121 du Code électoral camerounais est matériellement inconstitutionnel, malgré sa régularité formelle, c’est défendre l’esprit même de la Constitution, protéger la souveraineté du peuple et maintenir vivant le contrôle de la norme suprême dans l’évolution de notre ordre juridique.

Bibliographie

-Brown v. Board of Education of Topeka, 347 U.S. 483 (1954).

-Ruby Bridges, Federal District Court of Louisiana, 1960.

-Eichmann Trial, District Court of Jerusalem, 1961.

-Tribunal militaire international de Nuremberg, 1945-1946.

-Charte des Nations Unies. Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

-Constitution du Cameroun, 1996.

-KELSEN, Hans, Théorie pure du droit, Dalloz.

-LOENEN, G., The Principle of Equality in International Human Rights Law, European Journal of International Law.

-SOUTH AFRICA, Constitution of the Republic of South Africa, 1996.

À propos de la Justice dans l’État Développementaliste Communautaire

“Quand un État cesse de protéger ses enfants, il cesse d’être un État.”

Le MLDC adresse ses condoléances les plus sincères à la famille du petit Mathis, atrocement arraché à la vie, à seulement six ans, dans une scène d’horreur qui glace le sang. Ce drame n’est pas un simple fait divers : c’est un miroir brisé de notre société, une tragédie nationale, un cri d’alarme contre un système judiciaire rongé par la corruption, l’impunité et la déshumanisation.

Dans un pays normal, un tel acte entraînerait une réaction rapide, juste, transparente et exemplaire. Mais nous sommes au Cameroun de Paul Biya, où la justice est une marchandise, une arme au service des puissants, et un fardeau pour les faibles. Où les crimes sont étouffés sous le poids des réseaux, des influences, et des silences complices. Où, parfois, les liens de sang d’un coupable avec une célébrité suffisent à brouiller les pistes et à dévier l’opinion du cœur de l’horreur : un enfant égorgé. Un pays en ruine morale. Une justice malade.

Oui, nous refusons de détourner le regard. Le MLDC exige justice pour Mathis. Une justice non pas médiatique, mais structurelle. Non pas émotionnelle, mais institutionnelle. Une justice que seul l’État Développementaliste Communautaire (EDC) que nous portons peut bâtir, car c’est un État fondé sur la vérité, la responsabilité, la dignité humaine, et la participation communautaire.

Dans l’État Développementaliste Communautaire :

-Les juges sont élus localement, par les communautés, pour garantir leur indépendance et leur proximité avec les victimes. Les magistrats sont évalués selon leur intégrité et efficacité, pas leur loyauté au pouvoir. Les victimes comme les familles de Mathis ont accès à un système d’accompagnement judiciaire, psychologique et financier, pour reconstruire, se défendre, et obtenir réparation. Les citoyens participent à la surveillance du fonctionnement de la justice, à travers des mécanismes communautaires de contrôle.

Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas un mal isolé. C’est le fruit pourri d’un système autoritaire, élitiste et centralisé, qui a vidé l’État de toute humanité. Combien d’enfants comme Mathis devront encore tomber avant que la peur ne devienne colère ? Avant que la colère ne devienne changement ?

Le MLDC ne se contente pas de pleurer les morts : nous portons l’ambition d’un nouveau Cameroun, où chaque vie compte, où chaque crime est puni, où chaque citoyen peut croire en sa justice. Mathis mérite mieux. Le Cameroun mérite mieux.

Et c’est pourquoi nous appelons à un sursaut national. Pas seulement pour condamner un meurtre, mais pour réinventer un système. Pour que plus jamais un autre Mathis ne soit sacrifié dans le silence ou dans le chaos.

Repose en paix, petit ange. Que ton sang devienne semence de justice.

MLDC — Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun

Pr. Jimmy Yab, Président National

Appel du MLDC à la Diaspora SILENCIEUSE Camerounaise : Le Temps du Silence est Révolu

Camerounaises, Camerounais de la diaspora,

Depuis deux décennies, vous avez été les véritables piliers invisibles du Cameroun. Pendant que le régime en place enchaînait les scandales, les détournements et les promesses sans lendemain, vous étiez là, dans l’ombre, à soutenir vos familles, vos villages, vos communautés. Sans vous, l’État aurait implosé.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Entre 2000 et 2022, selon les données de la Banque mondiale, la diaspora camerounaise a transféré plus de 15 milliards de dollars américains au pays. En 2020 seulement, malgré la pandémie mondiale, vous avez envoyé plus de 333 milliards de FCFA (environ 600 millions USD) à vos proches restés au pays. Ces montants dépassent de loin l’aide publique au développement que le Cameroun reçoit chaque année, et sont près de dix fois supérieurs aux investissements publics dans des secteurs vitaux comme la santé ou l’éducation.

Mais où est votre reconnaissance ? Avez-vous une voix politique ? Avez-vous été consultés sur l’avenir du pays ? Avez-vous même le droit de voter depuis votre pays de résidence sans obstacle administratif ou diplomatique ? Non.

Vous avez été traités comme des étrangers dans votre propre nation.

Il est temps de rompre le silence.

En 2025, le Cameroun va jouer sa survie. Ce sera soit la continuité du déclin, soit le sursaut historique de la reconstruction. Et cette reconstruction, le MLDC la propose à travers un projet clair : la construction d’un État Développementaliste Communautaire, fondé sur la justice sociale, l’intégrité, la souveraineté nationale et le développement local.

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Mais nous ne pouvons pas gagner sans vous.

Vous êtes le cœur économique du peuple camerounais.

Vous êtes l’intelligence dispersée du pays.

Vous êtes la mémoire des échecs, mais aussi la promesse du renouveau.

Camerounais de la diaspora, nous vous appelons à entrer dans l’arène :

Mobilisez-vous activement pour l’alternance politique. Ne soyez plus des observateurs lointains. Soyez des bâtisseurs. Contribuez à la campagne de la transition démocratique, comme vous l’avez fait pendant des années pour nourrir, soigner, scolariser vos familles. Exigez le droit de vote réel, sécurisé, et respecté. Plus jamais votre voix ne doit être confisquée. Rejoignez le MLDC, et portez le flambeau d’un nouveau Cameroun, celui de la dignité retrouvée.

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Ne laissez pas votre silence nourrir le statu quo.

Ne laissez pas vos sacrifices être effacés par l’histoire.

Le 7 octobre 2025, vous devez peser. Pas seulement par vos envois d’argent. Mais par votre voix. Par votre vote. Par votre engagement.

Le MLDC vous tend la main. Répondez à l’appel du pays. Rejoignez le combat.

Vive la diaspora debout ! Vive le Cameroun nouveau !

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère (SUITE 3)

CHAPITRE 4: QUAND L’ADIEU À MA MÈRE DEVIENT UN RÉVÉLATEUR: OBSÈQUES, EXCLUSION SOCIALE ET TRAHISON DES TRADITIONS SOUS LE RÉGIME DU RDPC

Introduction : Un dernier hommage dans un pays fracturé

Un enterrement est bien plus qu’un simple rituel funéraire ; il est un moment de communion, un témoignage de respect et d’amour, un acte de mémoire collective. C’est une parenthèse où la famille, les amis, les collègues, et la communauté se rassemblent, non seulement pour pleurer une disparition, mais aussi pour célébrer une vie. Pourtant, dans le Cameroun du RDPC, même un événement aussi sacré qu’un dernier hommage devient un terrain d’affrontement politique, une démonstration de l’exclusion sociale systémique imposée par le régime en place.

Lorsque j’ai conduit les obsèques de ma mère, je m’attendais à un moment de recueillement, à un instant où l’unité familiale et communautaire transcenderait les divisions. Mais ce que j’ai vu, ressenti et vécu ce jour-là a révélé avec une brutalité implacable l’état de décomposition avancée de la société camerounaise sous le joug du RDPC. L’absence de mes collègues de l’IRIC, l’Institut des Relations Internationales du Cameroun, a mis en lumière une intelligentsia soumise, réduite au silence et privée de toute ambition intellectuelle indépendante. La non-présence des figures influentes du parti au pouvoir dans ma famille a confirmé la politisation extrême des relations sociales. L’absence des chefs traditionnels, censés être les garants de la cohésion communautaire, a démontré que même le socle de nos traditions a été infiltré et perverti par le régime.

Ce dernier hommage à ma mère ne fut donc pas qu’une simple cérémonie d’adieu. Il s’est transformé en un révélateur brutal des fractures profondes qui rongent le Cameroun : un pays où l’appartenance politique détermine l’inclusion ou l’exclusion sociale, où la fonction publique est devenue une machine de clientélisme et d’intimidation, où la chefferie traditionnelle a troqué son indépendance pour une servitude politique, et où l’élite intellectuelle a renoncé à son rôle critique pour devenir une chambre d’écho du pouvoir.

Avec le Patriarche Marcel YONDO et Vincent NKONG- NJOCK

Cette partie explore ces différentes dimensions de la fracture sociale et politique du Cameroun à travers quatre aspects majeurs :

1. L’absence des collègues de l’IRIC : quand l’élite intellectuelle choisit le silence plutôt que l’engagement

• Loin d’être un simple incident anecdotique, le refus des membres de l’IRIC de venir rendre hommage à ma mère illustre un malaise profond dans l’intelligentsia camerounaise. L’institut, censé former les futurs cadres diplomatiques du pays, est devenu une maison de résonance du RDPC, un bastion du conformisme où toute pensée critique est réprimée. À travers cette analyse, nous verrons comment le Cameroun a brisé l’esprit de ses intellectuels, les transformant en bureaucrates dociles, incapables de défendre des idées de progrès et de développement.

2. L’exclusion sociale sous le RDPC : un système de domination par la peur et l’isolement

• Le RDPC ne se contente pas d’exercer un pouvoir autoritaire sur les institutions, il fracture aussi le tissu social en opposant ceux qui lui sont loyaux à ceux qui osent penser autrement. L’absence des membres influents du parti lors des obsèques de ma mère démontre la profondeur de cette stratégie d’isolement et de répression sociale. Ce chapitre analyse comment le RDPC a réussi à diviser même les familles, à créer un climat de méfiance où le simple fait d’assister aux funérailles d’un opposant politique est perçu comme un acte de dissidence.

3. L’absence de la chefferie traditionnelle : la domestication des gardiens des traditions par le régime

• Dans les sociétés africaines, les chefs traditionnels sont censés être les piliers de la cohésion sociale, les protecteurs des valeurs ancestrales et les arbitres des conflits. Pourtant, au Cameroun, ils sont devenus des marionnettes du pouvoir, subordonnés au RDPC et contraints d’ignorer les souffrances de leurs propres populations. L’absence des chefs lors des funérailles de ma mère n’était pas un simple oubli, mais un acte politique : une démonstration de leur soumission totale à un régime qui les a vidés de leur autorité morale. Ce chapitre démontrera comment la capture de la chefferie par l’État a affaibli les structures communautaires et rendu les populations encore plus vulnérables face aux abus du pouvoir central.

4. Un hommage authentique : quand la vraie famille transcende les divisions artificielles

• Malgré ces absences et ces trahisons, la cérémonie a révélé une autre vérité : celle d’une famille véritable, non pas celle dictée par la politique ou les affiliations, mais celle du quotidien, du partage, de l’amour sincère et inconditionnel. Si les figures influentes du RDPC et les élites corrompues ont choisi de briller par leur absence, les amis sincères, les voisins, les proches et les anonymes ont répondu présents, prouvant que la solidarité humaine ne peut être totalement étouffée par la machine du régime. La messe pontificale, célébrée par Mgr Achille Eyabi, a marqué un moment de recueillement et de dignité, prouvant que, même dans un pays fracturé, certains espaces de vérité et d’humanité persistent.

Ainsi, ces obsèques ont été bien plus qu’un adieu à une mère ; elles ont été le miroir des maux profonds du Cameroun sous le RDPC. Elles ont révélé l’ampleur de l’exclusion sociale orchestrée par le régime, la soumission de l’élite intellectuelle, la trahison des valeurs traditionnelles par la chefferie et, paradoxalement, la force de la solidarité humaine face à l’oppression.

Un enterrement ne devrait jamais être un acte politique, et pourtant, au Cameroun, il l’est devenu. Quand même les morts ne peuvent rassembler les vivants, c’est que le régime en place a réussi à pervertir jusqu’aux liens les plus sacrés de la société. Mais l’histoire nous enseigne aussi que tout système de domination fondé sur la peur et la division finit un jour par s’effondrer.

Ce récit est donc à la fois un constat amer et un appel à la résilience : tant que l’humain prévaudra sur la politique, tant qu’il y aura des hommes et des femmes refusant de plier devant l’injustice, alors l’exclusion sociale imposée par le RDPC ne sera jamais totale.

I. L’absence des collègues de l’IRIC : Quand l’élite intellectuelle choisit le silence plutôt que l’engagement

L’intellectuel est censé être une boussole pour la société, un phare dans l’obscurité du conformisme et de la pensée unique. Pourtant, au Cameroun, l’élite académique s’est transformée en spectatrice silencieuse du délitement national. Le silence assourdissant de mes collègues de l’IRIC lors des obsèques de ma mère est la preuve que, dans ce pays, même la mort est politisée.

L’IRIC, censé former les élites diplomatiques du Cameroun, devrait être un creuset de réflexion critique sur l’État, la gouvernance et les relations internationales. Mais au lieu de cela, il est devenu une maison de résonance du RDPC, où la pensée critique s’arrête là où commence la peur des représailles.

Le jour des funérailles, je n’ai pas seulement enterré ma mère. J’ai aussi constaté la mort de la solidarité intellectuelle, l’agonie d’un milieu académique qui a renoncé à sa mission première : éclairer la société, dénoncer l’injustice, être un contre-pouvoir.

Quand le silence devient une forme de complicité

Si mes collègues de l’IRIC ont brillé par leur absence, ce n’est pas parce qu’ils ne pouvaient pas venir. C’est parce qu’ils ont choisi de ne pas être associés à un homme qui défie l’ordre établi. Le simple fait d’assister aux obsèques d’un intellectuel engagé dans l’opposition politique est perçu comme une prise de position risquée. Dans le Cameroun de Paul Biya, tout geste, même le plus anodin, est scruté à travers le prisme de l’allégeance au pouvoir.

Ce mutisme collectif est révélateur d’une dynamique plus large. L’universitaire camerounais, jadis figure respectée et redoutée du débat public, est devenu un fonctionnaire de la pensée, un bureaucrate du savoir, un diplomate du silence. Son rôle n’est plus de questionner l’État, mais de le légitimer par des discours vides et des recherches sans impact.

L’intellectuel camerounais : un prisonnier volontaire du système

Pourquoi ce silence ? Par peur, bien sûr. Au Cameroun, l’intellectuel qui ose parler est puni ; celui qui se tait est récompensé. Les nominations, les subventions, les promotions sont conditionnées par un allégeance tacite au régime. L’université, censée être un sanctuaire de la pensée libre, est aujourd’hui un laboratoire de l’autocensure.

En refusant de s’associer à un collègue qui défie le pouvoir, mes anciens camarades de l’IRIC ont confirmé qu’ils sont prisonniers d’un système où l’intellectuel ne doit pas penser, mais réciter. Ils ont choisi la prudence plutôt que la loyauté, la carrière plutôt que le courage, le silence plutôt que la vérité.

Une élite qui trahit sa mission

L’intellectuel n’a pas pour mission de se cacher derrière des titres et des privilèges. Il a le devoir de questionner, de déranger, de proposer. Mais au Cameroun, il est devenu un spectateur passif, un témoin muet de la déchéance nationale.

Le silence de mes collègues n’est pas juste une lâcheté individuelle, c’est une trahison collective. Une trahison de la jeunesse qui attend des modèles, une trahison du peuple qui a besoin de guides, une trahison de la mémoire des penseurs africains qui ont risqué leur vie pour une société plus juste.

À quoi sert un intellectuel qui ne pense pas ? À quoi sert un enseignant qui n’enseigne pas la vérité ? À quoi sert une élite qui préfère la soumission au combat ?

Dans ce Cameroun où l’intelligence est devenue un crime et le silence une vertu, il n’est plus étonnant que la médiocrité triomphe et que l’exclusion soit le prix du courage.

II. L’exclusion sociale sous le RDPC : un système de domination par la peur et l’isolement

Le régime du RDPC ne se contente pas de gouverner par la force ou la fraude électorale. Il contrôle aussi la société par un mécanisme insidieux : l’exclusion sociale. Dans le Cameroun de Paul Biya, ne pas appartenir au RDPC, c’est être marginalisé, isolé, traité comme un paria.

Un système qui brise les liens sociaux

L’absence de nombreux proches, collègues et figures influentes lors des obsèques de ma mère en est une illustration parfaite. Ce n’était pas un oubli. Ce n’était pas une coïncidence. C’était un message. Un message envoyé par un système qui punit ceux qui osent penser différemment. Refuser de soutenir le RDPC, c’est être mis au ban de la société, c’est voir ses relations s’effriter, c’est devenir un “intouchable” dans son propre pays.

Ce phénomène ne me concerne pas uniquement. Il est vécu par des milliers de Camerounais qui osent ne pas plier le genou devant le parti au pouvoir. Dans l’administration, dans les entreprises, dans les familles mêmes, le RDPC a instauré une logique d’exclusion où l’appartenance politique détermine qui a droit au respect, à l’entraide, au simple lien humain.

Diviser pour mieux régner

La stratégie est claire : créer une fracture sociale entre ceux qui “sont avec le parti” et ceux qui refusent de se soumettre. Ce n’est pas un hasard si les cadres du RDPC n’étaient pas présents aux funérailles. Ce n’est pas un hasard si même certains membres de ma famille affiliés au parti ont préféré l’absentéisme. La peur du régime est si profonde que même rendre hommage à une défunte devient un acte politique risqué.

On retrouve ce même mécanisme dans les milieux professionnels. Dans l’administration, une promotion n’est pas accordée sur la base du mérite, mais sur l’allégeance au RDPC. Dans les universités, les enseignants critiques sont mis à l’écart, bloqués dans leur avancement, exclus des cercles de décision. L’État ne se contente pas d’exclure ses opposants politiquement, il les condamne aussi à une mort sociale.

Une exclusion qui rappelle les divisions religieuses coloniales

L’absence de certains membres de ma famille aux obsèques de ma mère a révélé une vérité encore plus tragique : au Cameroun, la politique a remplacé la religion comme principal facteur de division sociale.

Autrefois, les familles africaines ont été déchirées par l’arrivée des religions monothéistes, qui ont imposé de nouveaux dogmes en opposition aux traditions ancestrales (Mudimbe, 1988). Aujourd’hui, le RDPC applique la même stratégie : il divise les familles, sépare les amis, et impose une allégeance idéologique comme condition d’intégration sociale.

• Soit vous êtes avec eux, soit vous êtes contre eux.

• Soit vous faites allégeance au RDPC, soit vous êtes considéré comme un paria.

Ce schéma a remplacé les valeurs d’entraide et de solidarité par une logique d’exclusion, où les liens de sang sont moins importants que les liens partisans.

Dans un pays où le pouvoir est monopolisé par une oligarchie vieillissante, l’adhésion au RDPC est devenue une condition de survie, et la neutralité un crime silencieux.

L’intimidation et le chantage comme outils de gouvernance

L’intimidation, dans ce contexte, devient un outil de gouvernance, ou du moins, de maintien du pouvoir. L’absence d’une réponse claire et cohérente du gouvernement face aux défis sociaux (comme la destruction du pont de Nkanla) est l’expression la plus évidente de ce climat de peur. Les citoyens, les intellectuels, les leaders communautaires savent qu’ils devront payer un prix s’ils osent défier l’ordre établi. C’est cette peur d’être écarté, ostracisé, voire puni, qui rends toute tentative d’opposition ou de protestation presque impossible.

Le mécanisme de chantage est subtil mais efficace : si vous ne vous alignez pas sur le pouvoir, vous perdez vos privilèges, vos relations, vos opportunités de carrière. Dans un pays où les moyens économiques et les opportunités sont limités, cette pression sociale devient écrasante. Cela pousse de nombreux Camerounais à se conformer au régime, non par conviction, mais par peur d’être réduits au silence, à la marginalisation, voire à l’anonymat total.

III. L’absence de la chefferie traditionnelle : la domestication des gardiens des traditions par le régime

Dans les sociétés africaines précoloniales, la chefferie traditionnelle était l’incarnation de l’autorité légitime, du lien ancestral et du garant de l’harmonie communautaire. Elle jouait un rôle central dans la régulation sociale, la résolution des conflits et la préservation des valeurs culturelles. Les chefs traditionnels étaient des figures respectées, au-dessus des querelles politiques, servant d’intermédiaires entre les vivants et les ancêtres, entre le peuple et les forces spirituelles.

Or, l’un des aspects les plus frappants des obsèques de ma mère a été l’absence des autorités traditionnelles, censées être les gardiennes du respect et de l’ordre moral dans nos communautés. Comment expliquer qu’une institution aussi ancrée dans notre histoire ait été dévoyée au point de devenir un simple prolongement du pouvoir politique ?

De la légitimité coutumière à l’asservissement politique : une trahison des valeurs ancestrales

Sous le régime du RDPC, les chefferies traditionnelles ont progressivement perdu leur autonomie pour devenir des instruments dociles du pouvoir central. Cette capture institutionnelle s’est faite par plusieurs moyens :

1. La cooptation et la nomination des chefs traditionnels par l’État

• Avant l’indépendance et dans les premières décennies postcoloniales, les chefs étaient désignés selon des critères historiques et coutumiers. Aujourd’hui, le RDPC a transformé cette fonction en un poste politique. Les chefs qui refusent de prêter allégeance au parti sont marginalisés, remplacés ou tout simplement ignorés.

• L’État ne reconnaît officiellement que les chefs qui servent ses intérêts, créant ainsi une fracture entre les chefs légitimes selon la tradition et ceux fabriqués par le pouvoir.

2. L’intégration des chefs dans l’appareil du RDPC

• À travers le décret présidentiel de 1977, modifié plusieurs fois, les chefs traditionnels ont été transformés en auxiliaires de l’administration, les obligeant à faire allégeance au parti unique.

• Certains d’entre eux deviennent des militants actifs du RDPC, servant plus les intérêts du parti que ceux des populations qu’ils sont censés représenter.

• Ils participent aux campagnes électorales, mobilisent leurs sujets pour voter en faveur du RDPC et répriment toute contestation locale.

3. L’instrumentalisation économique et financière des chefferies

• Les chefs traditionnels reçoivent des salaires de l’État, ce qui les place dans une situation de dépendance vis-à-vis du régime.

• En échange de cette subvention, ils doivent servir de relais du pouvoir en place, empêcher les contestations locales et neutraliser toute opposition politique dans leur territoire.

Cette domestication des chefferies traditionnelles par le RDPC a vidé ces institutions de leur essence. Plutôt que d’être des figures neutres et protectrices des populations, les chefs sont devenus des courroies de transmission du pouvoir.

L’absence de la chefferie à mes obsèques : un symbole de soumission totale au régime

Dans une société où la tradition reste profondément ancrée, les funérailles d’une personne sont un moment sacré où les chefs coutumiers ont un rôle crucial à jouer. Ils viennent honorer la mémoire du défunt, témoigner de la continuité du lien entre les vivants et les ancêtres, et réaffirmer l’appartenance du disparu à la communauté.

Le fait que les autorités traditionnelles aient brillé par leur absence lors des funérailles de ma mère n’était pas anodin. Il s’agissait d’un acte politique, une preuve de l’emprise totale du RDPC sur ces institutions supposées être indépendantes.

• Ce silence n’était pas un oubli, mais une allégeance : l’omission de leur présence à cette cérémonie reflète leur crainte d’être perçus comme proches d’un opposant politique.

• L’évitement était un message : en s’abstenant de participer, ces chefs montraient leur soumission totale au pouvoir en place, préférant l’obéissance au RDPC plutôt que le respect des traditions et des valeurs ancestrales.

Cette absence ne concernait pas seulement ma famille. Elle est le symptôme d’une situation bien plus grave qui touche toutes les familles camerounaises :

• Lorsqu’une chefferie traditionnelle préfère suivre les ordres d’un parti politique plutôt que de remplir son devoir envers son peuple, c’est que la société est en perdition.

• Lorsqu’un chef traditionnel doit choisir entre sa loyauté à l’État et son engagement envers son peuple, c’est que l’État a corrompu le fondement même de notre civilisation.

Dans un Cameroun où le RDPC a remplacé les coutumes par l’obéissance aveugle, où la parole des anciens est soumise aux injonctions de Yaoundé, que reste-t-il du respect des traditions ?

IV. Un hommage authentique : quand la vraie famille transcende les divisions artificielles

Le moment de recueillement, célébré par Mgr Achille Eyabi, docteur de l’Eglise, Evêque d’Eseka, fut une véritable messe pontificale, un hommage qui a transcendé les divisions artificielles et révélé la vraie famille. Ce fut un succès total, marquant la célébration de la vie de ma mère dans la vérité et la dignité, et une victoire de l’humanité sur la politique de division du pouvoir en place.

L’hommage rendu à ma mère fut un acte profondément émouvant et significatif, marquant bien plus qu’une simple cérémonie funéraire. Il fut, en effet, un moment de vérité et de résistance silencieuse face à la fracture sociale orchestrée par le régime du RDPC. Un hommage où la “vraie famille” s’est manifestée dans sa plus pure expression, dépassant les clivages politiques, les rivalités partisanes et les exclusions sociales. Cet hommage fut, avant tout, un rappel que, malgré les divisions imposées par le pouvoir, la véritable unité ne réside pas dans les alliances artificielles, mais dans la solidarité authentique des hommes et des femmes unis par des liens d’affection, d’histoire et de culture commune.

L’absence des membres du RDPC, ainsi que des collègues de l’IRIC, m’a profondément interpellé. Il n’était pas question ici de politique, mais de l’essence même de l’humanité : rendre hommage à un être cher, célébrer une vie, marquer un départ dans la dignité. Cette absence n’était pas seulement symbolique ; elle fut une démonstration flagrante de l’exclusion sociale systématique dont les citoyens sont victimes lorsqu’ils ne se conforment pas à la vision étroite et totalitaire du pouvoir en place. Il est difficile de ne pas voir dans cette absence une volonté délibérée d’ostracisme. Le RDPC, par son attitude, a non seulement marginalisé mon engagement politique, mais a également séparé les familles, transformant ce qui devrait être un acte de solidarité humaine en un enjeu de loyauté partisane.

Mais, malgré tout, l’âme de cette cérémonie fut celle de la famille véritable. Contrairement à l’image imposée par ceux qui se sont opposés à mon engagement, la famille qui a entouré ma mère, la véritable famille, n’a pas été celle qui se définissait par des liens politiques, mais par des liens de cœur et de mémoire. Elle n’a pas été celle des partis et des distinctions, mais celle des gens du peuple, des amis sincères, des voisins, des parents d’hier et d’aujourd’hui. Cette famille-là, la seule qui vaille, est celle qui transcende les barrières politiques et les préjugés. Elle est celle qui prend soin de l’autre sans attendre d’avantages politiques. Elle est celle qui, en silence, tisse les liens humains, ceux qui sont plus forts que toutes les manipulations et exclusions sociales.

Il est particulièrement révélateur de constater que l’absence de mes collègues de l’IRIC et des responsables du RDPC contraste directement avec la présence de ceux qui, de manière authentique, ont montré leur solidarité. Parmi eux, il y avait ceux qui se sont toujours tenus aux côtés de ma famille, indépendamment de la politique ou des affiliations partisanes. La véritable famille se compose de ceux qui sont là, dans les bons et mauvais moments, de ceux qui ont choisi de ne pas être aveuglés par des idéologies politiciennes, mais de faire preuve de respect humain et de fraternité. C’est cette famille-là qui, par sa présence, a dignement honoré la mémoire de ma mère.

Le contraste était d’autant plus frappant avec l’absence de la chefferie traditionnelle, pourtant supposée être un pilier de la communauté. Là aussi, cette absence n’était pas accidentelle. Elle témoigne de la manière dont les institutions traditionnelles, jadis considérées comme les garantes de l’unité communautaire, ont été infiltrées et dénaturées par le régime en place. La chefferie, autrefois perçue comme le lien social par excellence, a été réduite à un simple instrument de pouvoir, corrompu et isolé de la réalité du peuple. Elle ne pouvait, de ce fait, se rendre présente pour rendre hommage à une personnalité véritablement incarnée par la communauté, qui n’était pas issue de la sphère politique mais de la vie quotidienne.

L’absence de ces différentes figures du pouvoir n’a donc fait que souligner la vérité sur la société camerounaise actuelle : une société déchirée, divisée par des lignes tracées artificiellement par le régime, où la solidarité, l’humanité et l’empathie sont constamment écartées au profit d’une loyauté aveugle envers un système qui se nourrit de la division et de la peur. Mais dans ce contexte, un hommage authentique a su prendre forme, non pas à travers les gestes des puissants, mais grâce à ceux qui, loin de l’ombre de l’idéologie du RDPC, ont honoré ma mère avec sincérité et respect.

Conclusion : Un dernier adieu sous le poids d’un régime diviseur

Ce qui aurait dû être un moment de recueillement, un hommage solennel rendu à une mère disparue, s’est transformé en une démonstration éclatante du mal profond qui ronge la société camerounaise. Sous le régime du RDPC, même la mort ne suffit plus à rassembler, car elle est désormais soumise aux calculs politiques, aux allégeances partisanes et aux fractures sociales imposées par un pouvoir qui ne tolère aucune voix dissonante.

L’absence des collègues de l’IRIC a révélé l’emprise d’une culture du silence et du conformisme sur une élite intellectuelle qui, plutôt que de jouer son rôle de vigie de la société, se contente d’être l’écho du pouvoir en place. L’exclusion sociale dont j’ai été victime, au sein même de ma propre famille élargie, a mis en lumière l’un des piliers du système RDPC : diviser pour mieux régner, en instillant la peur et en brisant les liens naturels de solidarité. La soumission de la chefferie traditionnelle, autrefois bastion de la cohésion communautaire, montre combien le régime a su s’approprier les structures ancestrales pour les transformer en instruments de légitimation de son pouvoir.

Pourtant, au milieu de cette mise en scène de l’isolement et de la trahison des valeurs essentielles, une vérité éclatante s’est imposée : la vraie famille n’est pas celle dictée par les appartenances politiques, les titres ou les privilèges, mais celle qui demeure fidèle, qui résiste aux pressions et qui se tient debout dans l’épreuve. C’est cette famille-là, composée des proches sincères, des villageois et des âmes libres, qui a rendu un hommage digne à ma mère et a refusé de céder à la logique d’exclusion imposée par le régime.

Ainsi, ces obsèques sont devenues bien plus qu’une cérémonie funéraire : elles ont été une illustration tragique de la manière dont le RDPC a transformé la société camerounaise en une arène de suspicion, d’allégeance contrainte et d’opportunisme politique. Mais elles ont aussi été un acte de résistance, la preuve que malgré l’emprise du pouvoir, des poches de dignité subsistent et s’affirment.

L’histoire retiendra que, même sous le poids de la répression et de la manipulation, il existe encore des Camerounais capables de dire non à la division, capables d’honorer leurs morts sans compromission et de maintenir vivantes les valeurs de solidarité et d’authenticité que le régime tente d’enterrer. Mon adieu à ma mère a donc été aussi un adieu à une illusion : celle d’un Cameroun encore capable de fraternité sous ce régime. Mais il a été aussi un serment : celui de continuer à me battre pour un pays où plus jamais la mort ne servira d’instrument de ségrégation politique.

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère ( Racontée en 5 parties)

PARTIE I : Introduction et Chapitre 1

À gauche, mon arrivée au Cameroun, à droite, mon départ du Cameroun

INTRODUCTION: Un voyage de deuil, un retour à l’enfer

Dans le cadre de mes publications académiques, j’ai souvent l’opportunité de voyager, de parcourir le monde pour confronter mes idées avec d’autres chercheurs, pour débattre de la gouvernance, du développement et des systèmes politiques. Mais aucun voyage ne m’a autant marqué que mon retour au Cameroun pour les obsèques de ma mère.

Parti au pays avec deux pieds, j’en suis reparti avec trois, une béquille sous le bras et le poids du désespoir dans le cœur. Ce n’était pas qu’un deuil personnel que je vivais, mais le deuil d’un pays en perdition, d’un État en lambeaux, d’une société où la souffrance est devenue une norme et où l’injustice est érigée en système.

Ce récit n’est pas seulement le témoignage d’un seul individu que je suis, il s’agit d’une réalité partagée par des millions de Camerounais qui, qu’ils soient sur place ou à l’étranger, sont piégés dans un pays où tout est conçu pour briser les âmes, humilier les citoyens et les priver de leur dignité. Ce que j’ai vécu en quelques semaines est le quotidien de ceux qui y survivent chaque jour : des infrastructures abandonnées, un État absent, une administration corrompue, un système de santé en ruine et une société profondément divisée par la politique du régime en place.

À travers cinq étapes marquantes – de la destruction d’un pont à Ngompem et du mépris des autorités, à ma tentative désespérée de reconstruire ce que l’État refusait de réparer ( à mes propres frais = 3 500 000 FCFA) , en passant par un accident sur des routes délabrées, l’isolement social dû à mon engagement politique et un exil médical forcé – je raconte ici le calvaire d’un peuple pris au piège d’un régime qui ne lui offre qu’une alternative : la soumission ou la mort.

Le Cameroun de Paul Biya est devenu un enfer à ciel ouvert où la misère est institutionnalisée, où la jeunesse est abandonnée, où les élites gouvernantes ne se préoccupent que de leur propre survie. Ce texte n’est pas un simple témoignage, c’est un cri d’alarme, une radiographie d’un pays en état de décomposition avancée. Il met en évidence les maux profonds qui gangrènent notre société et appelle à une prise de conscience collective, car il ne s’agit pas que du sort d’un individu, mais bien de l’avenir de tout un peuple.

CHAPITRE 1 . L’indifférence criminelle de l’État : 31 Décembre 2025 à Pouma, le combat pour un pont et la dignité des citoyens

Lorsque je suis retourné au Cameroun après quelques jours Angleterre après un séminaire, pour les obsèques de ma mère, je ne m’attendais pas à être confronté à l’une des formes les plus manifestes du mépris de l’État pour ses citoyens : la privation du droit fondamental à la mobilité. À Ngompem, dans l’arrondissement de Pouma, un pont essentiel reliant le même village avait été détruit depuis plus de trois ans par une entreprise privée opérant sous le regard passif des autorités locales.

Ce pont, loin d’être un simple ouvrage d’ingénierie, représentait un lien vital pour les populations locales, leur permettant d’accéder aux marchés, aux écoles, aux hôpitaux et aux services administratifs. Sans lui, ces citoyens étaient réduits à l’isolement, coupés du reste du pays comme des prisonniers enfermés dans un ghetto à ciel ouvert.

Au conseil municipal

Le 31 décembre 2024, je me suis rendu au conseil municipal de Pouma pour exiger des explications. Face à moi, le représentant du Préfet de la SANAGA MARITIME, le maire adjoint de Pouma, le sous-préfet, les membres du conseil municipal, tous figures d’une administration qui prétend gouverner mais qui, en réalité, abandonne ses citoyens à leur sort. Ils ne voulaient pas me donner la parole, comme si évoquer le sort de ces populations invisibilisées était une offense. Ils ne voulaient pas entendre que depuis trois à quatre ans, des Camerounais étaient privés de leur droit le plus élémentaire : celui de se mouvoir. Leur attitude était symptomatique d’un régime qui a fait de la surdité institutionnelle un mode de gouvernance.

L’infrastructure : un luxe réservé aux grandes villes et aux élites

Pont détruit de NKANGLA

Le cas du pont de Ngompem n’est pas un incident isolé. Il est le reflet d’un problème systémique au Cameroun : la négligence des infrastructures, en particulier celles situées en dehors des centres urbains stratégiques. Selon un rapport de la Banque Mondiale (2022), plus de 60% des routes au Cameroun sont en mauvais état, et près de 45% des localités rurales sont difficilement accessibles pendant la saison des pluies. Pourtant, la Constitution camerounaise et plusieurs engagements internationaux signés par l’État garantissent le droit à la libre circulation comme un principe fondamental.

Alors que les membres du gouvernement voyagent en jets privés et que les hauts fonctionnaires circulent dans des véhicules de luxe achetés avec l’argent du contribuable, des millions de Camerounais risquent leur vie chaque jour sur des routes défoncées, des ponts effondrés, des pistes impraticables. L’injustice saute aux yeux : l’argent qui aurait pu être investi pour améliorer les infrastructures publiques est détourné pour enrichir une élite restreinte qui ne se sent redevable à personne.

Le mépris des autorités : une politique de l’inaction

Lors de cette réunion du conseil municipal, j’ai vu de mes propres yeux à quel point les dirigeants locaux ne se sentaient ni responsables ni concernés par les souffrances des populations qu’ils sont censés administrer. Non seulement ils ont refusé de me donner la parole, mais ils ont également cherché à minimiser le problème, comme si trois ans d’isolement forcé n’étaient qu’un désagrément mineur.

Ce mépris pour les doléances des citoyens est un des traits caractéristiques du régime Biya. D’après le classement 2023 de l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine, le Cameroun se classe 35e sur 54 pays africains en matière de participation et de droits humains, ce qui reflète le manque de considération des autorités pour les préoccupations des populations. L’administration camerounaise fonctionne comme une forteresse bureaucratique coupée du monde réel, où les décisions sont prises sans consultation, où l’inaction est la règle et où toute voix dissidente est réduite au silence.

L’absence de responsabilité : une impunité institutionnalisée

Le scandale du pont de Ngompem n’est qu’un exemple parmi tant d’autres où l’administration refuse de rendre des comptes. Qui est responsable de sa destruction ? Pourquoi aucune entreprise n’a été tenue de le reconstruire ? Où sont passés les fonds censés être alloués à l’entretien des infrastructures ? Ces questions restent sans réponse, car dans un pays où la corruption siphonne près de 30% du budget de l’État chaque année (Transparency International, 2023), les dirigeants ne se sentent pas obligés de justifier leur incompétence.

En réalité, la destruction du pont est le résultat d’un système où les entreprises privées, souvent liées à des membres influents du régime, peuvent détruire des infrastructures publiques en toute impunité, sans jamais être inquiétées. L’administration locale, au lieu de défendre les intérêts des populations, se contente d’observer passivement, ou pire, de tirer profit de ces situations.

Une administration qui nie l’humanité de son peuple

Ce qui m’a le plus marqué lors de cette confrontation avec le conseil municipal de Pouma, ce n’est pas seulement leur refus de m’écouter, mais l’indifférence avec laquelle ils ont balayé les souffrances de milliers de personnes. Cette attitude traduit une vérité plus profonde : dans le Cameroun de Paul Biya, l’État ne considère pas ses citoyens comme des êtres humains dignes de respect, mais comme des sujets dont on peut ignorer les droits et la dignité.

Il ne s’agit pas seulement d’un pont détruit. Il s’agit d’une politique d’abandon délibéré, d’une stratégie où l’État punit les populations rurales en les privant des services les plus élémentaires. Il s’agit d’une mentalité où la classe dirigeante vit dans une bulle de privilèges pendant que le reste du pays s’enfonce dans la misère et l’oubli.

Ce jour-là, en quittant la salle du conseil municipal sans avoir été écouté, j’ai compris une chose essentielle : dans ce pays, il ne suffit pas de dénoncer, il faut agir, car l’État ne viendra jamais au secours de son peuple. Et c’est ainsi que j’ai pris la décision qui allait marquer la deuxième étape de mon séjour : reconstruire moi-même ce que le gouvernement avait laissé s’effondrer.

CHAPITRE 2. Construire avec le peuple ce que l’État a détruit : un acte de résistance face à l’abandon

QUATRE DÉCENNIES DE MENSONGES TRANSGÉNÉRATIONNELS: COMMENT PAUL BIYA A TROMPÉ MES PARENTS, MA GÉNÉRATION ET VEUT HYPOTHÉQUER L’AVENIR DE MES ENFANTS ET PETITS ENFANTS

Multiples générations sacrifiées

Introduction : Le Mensonge Transgénérationnel de Paul Biya

En préparant les obsèques de ma défunte mère qui auront lieu le 7 et 8 Février 2025 à Ngompem, un village sans eau potable, sans électricité, sans routes praticables, coupé en 2 par la destruction de ses ponts et dépourvu de tout service social de base, j’ai découvert dans leurs archives personnelles les cartes de membres du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) de mes parents datant des années 90. Ces archives étaient plus qu’un simple souvenir : elles incarnaient leur foi dans les promesses d’un homme, Paul Biya, et dans son régime, qui avaient promis de transformer le Cameroun en une nation prospère. Mais cette foi, maintes fois renouvelée à chaque élection depuis 1982, n’a jamais été récompensée. Mes parents sont partis dans la pauvreté, comme des millions d’autres Camerounais, trahis par des décennies de mensonges.

Cette découverte m’a confronté à une question existentielle : pourquoi avons-nous, en tant que générations successives, permis à ce système de perdurer ? Nos parents ont cru en des promesses de développement, notre génération a été bercée par des illusions d’émergence, et aujourd’hui, on nous demande d’être complices en transmettant ces mensonges à nos enfants et petits-enfants.

Le Cameroun, sous Paul Biya, est devenu un exemple frappant de stagnation déguisée en progrès. À travers des promesses récurrentes de prospérité économique, de modernisation des infrastructures, et de paix sociale, le régime a tissé un discours séduisant, mais creux, qui a maintenu le pays dans un état de dépendance économique et de sous-développement chronique. Les statistiques sont accablantes : près de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (Banque mondiale, 2023), les infrastructures de base sont en ruine, et la jeunesse, qui constitue 60 % de la population, fait face à un chômage massif et un avenir incertain.

Cet article vise à poser une vérité essentielle : le règne de Paul Biya est un règne de promesses non tenues, un mensonge transgénérationnel qui a piégé les espoirs de plusieurs générations. À l’aube des élections présidentielles de 2025, il devient impératif de rompre ce cycle. Ce papier analyse comment ce régime a trahi nos parents, sacrifié notre génération, et tente aujourd’hui de condamner nos enfants à un avenir similaire. À travers des données rigoureuses, nous démontrerons pourquoi les Camerounais doivent dire non aux mensonges des futures générations et saisir cette opportunité historique pour un changement radical et collectif.

1. Les Promesses Non Tenues à la Génération de Nos Parents

Lorsque Paul Biya accède au pouvoir en 1982, il hérite d’un Cameroun relativement stable et prospère, avec un potentiel économique significatif. Son discours inaugural promet un « Renouveau National », basé sur l’unité, la prospérité et la modernisation. Cependant, cette vision s’est rapidement érodée, laissant derrière elle un pays embourbé dans des défis structurels, notamment pour les générations de nos parents qui ont soutenu ce régime avec espoir. Joseph Takougang (2019), dans son livre “Cameroon under Paul Biya: Continuity or Change?”, note que « les promesses faites dans les premières années du Renouveau National n’étaient que des outils de propagande pour consolider le pouvoir, sans stratégie claire de mise en œuvre. »

1.1. Les Déficiences en Développement Rural

L’une des promesses phares du régime Biya était de moderniser les zones rurales pour réduire les disparités entre les régions urbaines et rurales. Pourtant :

• Accès à l’électricité : En 1982, environ 60 % des villages camerounais étaient privés d’électricité (Banque mondiale, 1985). Aujourd’hui, près de 40 % des zones rurales restent non électrifiées, selon les statistiques de la Banque africaine de développement (BAD, 2022). Cette lente progression reflète un manque d’investissement dans les infrastructures.

• Manque d’accès à l’eau potable : Un rapport de l’UNICEF (2021) indique que seuls 37 % des Camerounais vivant en milieu rural ont accès à des sources d’eau potable, une situation presque inchangée depuis les années 1980.

Ces carences condamnent des millions de familles rurales à vivre dans des conditions précaires, où les maladies hydriques et l’insécurité alimentaire persistent.

1.2. Échec des Infrastructures Routières

Paul Biya avait promis de connecter les zones rurales aux centres urbains pour stimuler l’agriculture et les échanges économiques. Cependant, le Cameroun figure encore parmi les pays africains les moins bien desservis en infrastructures routières. Mbaku & Takougang (2004) dans “The Leadership Challenge in Africa” expliquent que « l’incapacité du régime Biya à investir dans les infrastructures critiques dans les années 1980 a marqué le début d’un déclin systémique dans les zones rurales. »

• Statistiques alarmantes : En 2023, seuls 5,7 % des routes sont asphaltées (source : Global Economy Report, 2023), un chiffre qui place le Cameroun bien en dessous de la moyenne africaine, estimée à 20 %.

• Conséquences économiques : Selon une étude du Centre pour la Recherche et le Développement Durable en Afrique (CERDA, 2020), l’agriculture camerounaise perd 40 % de sa production annuelle en raison de l’inaccessibilité des marchés.

Ces failles dans le réseau routier affectent directement les villages comme celui de mes parents, où la pauvreté est exacerbée par l’isolement économique.

1.3. Des Services Sociaux Dégradés

Malgré les promesses d’améliorer les conditions de vie, les services sociaux de base tels que la santé et l’éducation restent désastreux :

• Santé : L’espérance de vie moyenne au Cameroun était de 46 ans en 1982 et est passée à 60 ans en 2023 (Banque mondiale, 2023). Bien que cela représente une amélioration, cette progression est bien inférieure à celle des pays comparables comme le Ghana ou le Sénégal. Les zones rurales continuent de souffrir d’un manque criant de centres de santé, avec seulement 1 médecin pour 10 000 habitants (OMS, 2023).

• Éducation : En 1982, le taux d’alphabétisation était de 41 %. En 2023, il avoisine les 77 %, mais cette augmentation masque une qualité d’éducation médiocre. Les enseignants, souvent sous-payés et démotivés, ne sont pas en mesure d’assurer une formation adéquate.

1.4. L’Héritage d’une Génération Trompée

Mes parents, comme des millions d’autres Camerounais de leur génération, ont cru aux promesses du RDPC et ont activement soutenu le régime. Mais ces promesses n’ont jamais été tenues. Leur mort dans un village dépourvu d’eau, d’électricité et de routes symbolise l’échec de cette génération à voir les fruits du « Renouveau National ».

1.5. Appel à la Mémoire Collective

Les échecs du passé doivent nous alerter. La génération de nos parents a été dupée par des discours vides de sens et des promesses irréalistes. En tant que leurs héritiers, nous devons refuser de continuer sur cette voie. Le renouveau qu’ils espéraient n’a jamais vu le jour, et c’est à nous de briser ce cycle de mensonges générationnels.

2. Une Génération Sacrifiée : Mon Témoignage Personnel

La génération née dans les années 1970 et 1980, à laquelle j’appartiens, a grandi sous les promesses du « Renouveau National ». Ces années étaient marquées par une croyance collective que l’avenir, sous la gouvernance de Paul Biya, serait plus prospère que celui de nos parents. Pourtant, cette foi s’est heurtée à une dure réalité : chômage massif, système éducatif défaillant et insécurité omniprésente. Ma génération est devenue une génération sacrifiée, piégée dans un cycle d’échec et de désillusion.

2.1. Le Chômage : Une Bombe à Retardement

Malgré les engagements répétés du régime Biya de réduire le chômage et de stimuler l’économie, la réalité a été bien différente :

• Taux de chômage et sous-emploi :

En 2023, le taux de chômage officiel au Cameroun était de 6 % selon l’INS (Institut National de la Statistique). Toutefois, ces chiffres masquent une autre réalité : plus de 70 % des travailleurs camerounais sont employés dans le secteur informel, selon la Banque mondiale (2022). Les jeunes diplômés sont les plus touchés, avec un taux de sous-emploi estimé à 77 %.

• Promesses non tenues en matière d’emploi :

En 2001, le gouvernement a lancé le programme « Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté » (DSRP), qui visait à créer des opportunités d’emploi pour les jeunes. Deux décennies plus tard, les résultats sont minimes, avec une économie encore largement dépendante du secteur primaire et des emplois non qualifiés.

Dans leur analyse des politiques économiques de Biya, Amin et Fokam (2020) concluent que « les réformes économiques, en particulier les programmes d’ajustement structurel des années 1990, ont marginalisé davantage les jeunes en détruisant les secteurs publics et industriels qui auraient pu absorber la main-d’œuvre qualifiée. »

Nkemngu (2019), dans son étude sur l’emploi au Cameroun, indique que « l’incapacité du gouvernement à moderniser le secteur industriel a transformé le Cameroun en une économie de survie, où les jeunes survivent au lieu de s’épanouir. »

2.2. Un Système Éducatif en Ruine

La formation de ma génération a été profondément affectée par un système éducatif qui n’a cessé de se détériorer sous le régime Biya.

• Statistiques éducatives :

En 2022, le Cameroun affichait un taux brut de scolarisation primaire de 88 %, mais seulement 45 % des enfants inscrits atteignent le secondaire (UNESCO, 2023). De plus, les infrastructures éducatives sont en lambeaux, avec une moyenne de 85 élèves par classe dans les écoles publiques rurales.

• Faibles investissements :

Le budget alloué à l’éducation représente en moyenne 3,5 % du PIB, un chiffre bien en deçà de la recommandation de l’UNESCO de 6 %.

• Condition des enseignants :

Les enseignants camerounais, souvent non payés pendant plusieurs mois, mènent des grèves fréquentes. En 2022, plus de 30 000 enseignants du primaire étaient encore des vacataires, selon un rapport du Syndicat National des Enseignants du Cameroun (SNEC).

Tchombe (2021), dans son étude sur l’éducation en Afrique centrale, souligne que « l’absence de stratégie éducative cohérente a produit une génération d’apprenants incapables de rivaliser sur le marché globalisé. »

Mforteh et Ndi (2018) notent que « la priorisation des grands projets politiques sur l’éducation illustre l’abandon des valeurs fondamentales qui définissent un État développementaliste. »

2.3. Une Crise Sécuritaire Persistante

Le Cameroun sous Paul Biya est marqué par une insécurité croissante, exacerbant les défis auxquels ma génération fait face :

• Conflits armés :

La guerre contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et la crise anglophone ont déplacé plus de 900 000 personnes à l’intérieur du pays (HCR, 2023). Ces conflits ont détruit des infrastructures, perturbé les activités économiques et créé un climat de peur.

• Budget militaire exorbitant :

En 2023, le Cameroun a consacré 1,5 milliard de dollars (soit 6 % de son PIB) à la défense, selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). Malgré ces dépenses, l’insécurité persiste, en particulier dans les régions anglophones où des milliers de vies ont été perdues.

• Impact sur la jeunesse :

La militarisation de certaines régions a rendu impossible l’accès à l’éducation pour des milliers d’enfants et de jeunes. En 2023, plus de 30 % des écoles dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest étaient fermées en raison de la crise (UNICEF, 2023).

Mbuh et Ndifor (2022) dans “The Anglophone Crisis in Cameroon” notent que « la réponse militarisée de l’État n’a pas seulement aggravé le conflit, mais a aussi détruit les aspirations économiques et éducatives des jeunes. »

Fonkeng (2021) souligne que « la négligence des causes profondes des crises a transformé les régions affectées en zones de non-droit, contribuant à la désillusion des jeunes. »

2.4. Une Génération Désabusée

Ma génération a été témoin d’une trahison systématique :

• Nous avons grandi avec l’idée que l’éducation nous ouvrirait les portes de l’emploi, mais nous nous sommes retrouvés face à un marché saturé et inhospitalier.

• Nous avons espéré un système politique stable, mais avons vu les conflits se multiplier.

• Nous avons cru en la modernisation promise, mais avons hérité de villes et de villages où les services sociaux sont inexistants.

Ces frustrations alimentent une profonde désillusion chez les jeunes, beaucoup d’entre eux choisissant l’exil, tandis que d’autres sombrent dans le désespoir ou l’activisme radical.

2.5. Une Génération à Revendiquer

L’échec de la génération de mes parents à obtenir un véritable « renouveau » a transformé ma génération en victime collatérale des politiques du régime Biya. Nous devons refuser de laisser cet échec s’étendre à nos enfants. Cet héritage de désillusion doit devenir un appel à l’action pour construire un Cameroun plus juste, plus équitable et véritablement tourné vers l’avenir.

3. La Complicité Inacceptable : Paul Biya et le Mensonge Transgénérationnel

Après avoir menti à la génération de nos parents et sacrifié celle de nos enfants, Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant notre génération et celle de nos enfants. Les élections présidentielles de 2025 sont un moment critique où ce régime espère encore une fois nous embarquer dans un cycle de promesses creuses et de trahisons historiques. Cette stratégie repose sur la création d’une illusion de changement, alors qu’elle ne fait que perpétuer un système défaillant.

3.1. Des Promesses Électorales Répétitives et Illusoires

Depuis les années 1980, le régime de Paul Biya a construit son discours autour de promesses ambitieuses, mais systématiquement non tenues :

• Promesses économiques : En 1987, Biya avait promis de transformer le Cameroun en une « économie émergente » avant l’an 2000. En 2009, il a renouvelé cette promesse en fixant l’horizon 2035 pour atteindre cet objectif. Pourtant, selon le classement de la Banque mondiale (2023), le Cameroun reste classé parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur, avec un PIB par habitant de seulement 1 540 USD, très en deçà des normes des économies émergentes.

• Emplois pour la jeunesse : En 2018, lors de sa campagne électorale, Paul Biya avait promis de créer 500 000 emplois par an. Or, les rapports du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (2022) indiquent que seulement 15 000 emplois formels ont été créés en moyenne par an depuis 2018, soit moins de 3 % de l’objectif.

• Projets d’infrastructure : Le régime a annoncé plusieurs « grands projets » tels que le port en eau profonde de Kribi, le barrage hydroélectrique de Lom Pangar et l’autoroute Yaoundé-Douala. Bien que certains aient vu le jour, leur gestion inefficace, marquée par des surcoûts massifs et des délais prolongés, a limité leur impact sur l’économie nationale (Transparency International, 2023).

Takougang (2019) décrit ces promesses répétées comme un « cycle de déception institutionnalisée », soulignant que « le régime utilise des projets symboliques pour masquer l’absence de réforme structurelle. »

Selon Fomba et Kamdem (2021), « l’économie camerounaise stagne à cause de politiques incohérentes qui privilégient la communication politique au détriment des résultats concrets. »

3.2. Un État Capturé par les Intérêts Personnels

Le régime de Paul Biya a été marqué par une gestion patrimoniale de l’État, où les ressources publiques sont utilisées pour maintenir le pouvoir au lieu de servir la population :

• Corruption endémique : En 2022, le Cameroun se classait 138e sur 180 pays dans l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International. Chaque année, le pays perd environ 30 % de son budget public à cause de la corruption, selon le Contrôle supérieur de l’État.

• Endettement croissant : La dette publique du Cameroun représentait 46,8 % du PIB en 2023, contre 13 % en 2008 (Banque mondiale). Cette augmentation est due à des emprunts mal gérés pour financer des projets souvent inachevés.

• Gestion népotique : Le système administratif est gangrené par le favoritisme, où des proches du pouvoir occupent des postes stratégiques, indépendamment de leur compétence.

Bayart (1993), dans “The State in Africa: The Politics of the Belly”, décrit les régimes comme celui de Biya comme des systèmes où l’État devient une source de prédation économique pour l’élite politique.

Fonkeng (2020) note que « l’absence de transparence dans la gestion publique a consolidé une oligarchie qui contrôle tous les secteurs clés de l’économie. »

3.3. Un Héritage Désastreux pour les Générations Futures

Si rien ne change, nos enfants et petits-enfants hériteront d’un Cameroun marqué par :

• Un appauvrissement chronique : Selon le PNUD (2022), 37,5 % de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté. Les projections indiquent que ce chiffre pourrait augmenter si les réformes structurelles nécessaires ne sont pas mises en œuvre.

• Un système éducatif désuet : En l’absence d’investissements significatifs, les infrastructures éducatives continueront à se dégrader, compromettant l’avenir des jeunes Camerounais.

• Une dette insoutenable : La dette extérieure du Cameroun est projetée à atteindre 25 milliards de dollars d’ici 2030 (FMI, 2023), laissant peu de marge pour financer les services publics essentiels.

• Un climat d’insécurité persistante : La gestion inefficace des crises actuelles (crise anglophone, Boko Haram) risque de créer une instabilité prolongée, privant les générations futures de la paix et de la sécurité nécessaires au développement.

Mbuh (2022) affirme que « l’échec à résoudre les crises actuelles compromet non seulement la stabilité à court terme, mais aussi le développement à long terme. »

UNICEF (2023) indique que « sans une réforme urgente du système éducatif, plus de 50 % des enfants camerounais risquent de devenir des adultes non qualifiés, incapables de contribuer efficacement à l’économie. »

3.4. Un Appel au Réveil Collectif

Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant la mémoire collective et en jouant sur les peurs d’un changement. Mais il est temps de dire non à cette stratégie. Refuser de participer à cette mascarade électorale, c’est refuser d’être complice d’un mensonge qui condamne nos enfants et petits-enfants à un avenir de pauvreté et de stagnation.

4. Dire Non aux Mensonges : L’Appel à une Révolution Générationnelle

Les Camerounais, en particulier notre génération et celles qui suivent, doivent rompre avec les mensonges institutionnalisés du régime de Paul Biya. Depuis son accession au pouvoir en 1982, les promesses non tenues se sont accumulées, alimentant le déclin économique, social et politique du pays. Ce cycle de tromperie et de stagnation appelle à un éveil collectif, à une prise de conscience nationale pour bâtir un avenir meilleur.

4.1. Un État au Bord de l’Effondrement

Le Cameroun est aujourd’hui confronté à des crises multiformes qui menacent sa stabilité à long terme :

• Crise économique persistante :

Selon la Banque mondiale (2023), le taux de croissance économique du Cameroun est en moyenne de 3,5 % par an, insuffisant pour réduire significativement la pauvreté ou améliorer les infrastructures publiques. En comparaison, des pays comme le Rwanda et l’Éthiopie affichent des taux supérieurs à 6 %, avec des programmes de réformes axés sur l’innovation et l’industrialisation.

• Dégradation des infrastructures :

Plus de 70 % des routes du pays sont en mauvais état, limitant l’accès aux marchés et augmentant les coûts de transport. Les villages ruraux, comme celui de Ngompem, où mes parents, ont vécu et sont décédés, sont les plus touchés. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2022) estime que l’absence d’infrastructures modernes réduit la productivité agricole de 40 %, aggravant la pauvreté.

• Déséquilibres sociaux :

En 2023, le GINI index du Cameroun, mesurant les inégalités, était de 46,6, indiquant une concentration extrême des richesses entre les mains d’une élite restreinte, alors que 37,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Bayart (1993) affirme que les régimes comme celui de Paul Biya perpétuent des inégalités en utilisant l’État comme un outil de prédation économique.

Tchouassi et Fokam (2021) décrivent la politique économique camerounaise comme « un système incapable de générer une croissance inclusive, enfermant le pays dans un cercle vicieux de pauvreté et de dépendance extérieure. »

4.2. Le Poids de la Corruption : Un Système à Déconstruire

La corruption sous le régime de Paul Biya est institutionnalisée, sapant toute tentative de réforme ou de progrès.

• Coût de la corruption :

Environ 30 % du budget annuel du Cameroun, soit plus de 5 milliards de dollars, est détourné chaque année (Transparency International, 2023). Ces fonds auraient pu financer la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures essentielles.

• Conséquences pour les générations futures :

Les ressources qui auraient pu être investies dans le développement durable sont dilapidées. Par exemple, l’endettement croissant du pays (46,8 % du PIB en 2023) compromet la capacité de l’État à financer des projets à long terme.

Ndifor et Ambe (2019) concluent que « la corruption est à la fois une cause et une conséquence de la faiblesse des institutions au Cameroun, perpétuant un état de stagnation nationale. »

Dans son analyse de la gestion publique au Cameroun, Essomba (2020) note que « la culture de l’impunité a ancré la corruption comme un élément structurel de la gouvernance. »

4.3. Un Appel au Réveil Citoyen

Pour mettre fin à ce cycle de mensonges et de promesses non tenues, un mouvement citoyen massif est nécessaire.

• Engagement politique des jeunes :

En 2023, plus de 60 % de la population camerounaise avait moins de 30 ans (INS, 2023). Cependant, leur participation politique reste faible, en grande partie à cause du sentiment de désillusion et de méfiance envers les institutions. La mobilisation des jeunes est cruciale pour porter des leaders nouveaux et visionnaires.

• Exemples de changement dans d’autres pays :

Les récentes transitions démocratiques en Zambie, au Malawi, au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali et en Guinée montrent qu’un leadership engagé et une mobilisation populaire peuvent transformer des systèmes corrompus en opportunités pour les citoyens.

Cheeseman (2022), dans “How to Rig an Election”, montre que des sociétés jeunes et dynamiques peuvent renverser des régimes autoritaires par la mobilisation et la dénonciation des abus.

Kondoh et Ndong (2021) analysent comment la jeunesse africaine, en particulier à travers les réseaux sociaux, joue un rôle croissant dans l’éveil démocratique et la dénonciation des abus de pouvoir.

4.4. Repenser le Modèle de Gouvernance : Vers un État Développementaliste Communautaire

Pour sortir le Cameroun de cette spirale de stagnation, il faut adopter un modèle de gouvernance centré sur le développement humain, basé sur les principes suivants :

• Investissements massifs dans l’éducation et la santé :

Revoir les priorités budgétaires pour allouer 10 % du PIB à l’éducation et 7 % à la santé, conformément aux recommandations de l’UNESCO et de l’OMS.

• Diversification de l’économie :

Passer d’une économie basée sur l’exportation de matières premières (pétrole, bois) à une industrialisation accrue.

• Décentralisation effective :

Donner aux collectivités locales les moyens de décider et d’agir, au lieu de centraliser les décisions à Yaoundé.

Ndongmo (2020), dans “The Path to Sustainable Development in Central Africa”, plaide pour une décentralisation comme clé d’un développement inclusif.

World Bank (2023) recommande des politiques économiques qui mettent l’accent sur la transformation agricole et industrielle pour stimuler la croissance.

4.5. Un Nouveau Contrat Social : La Responsabilité de Dire Non

Dire non aux mensonges du régime Biya, c’est dire oui à un Cameroun nouveau :

• Oui à une gouvernance transparente.

• Oui à des politiques économiques inclusives.

• Oui à un système éducatif et sanitaire accessible à tous.

Les élections présidentielles de 2025 offrent une opportunité historique de briser ce cycle de tromperie transgénérationnelle. Nous devons refuser de légitimer un régime qui a échoué à répondre aux besoins fondamentaux de ses citoyens.

Conclusion : Rompre avec le Cycle de Mensonges et de Stagnation

Le règne de Paul Biya, qui s’étend sur plus de quatre décennies, est un témoignage accablant d’un système politique marqué par des promesses non tenues, des illusions entretenues et une gouvernance axée sur la perpétuation du pouvoir plutôt que sur le progrès collectif. À travers les générations, ce régime a perfectionné l’art du mensonge : des engagements initiaux envers nos parents qui ont été brisés, à la désillusion de notre propre génération, jusqu’à la tentative de condamner nos enfants à un avenir sans espoir.

Les faits sont clairs : le Cameroun est aujourd’hui embourbé dans une crise multidimensionnelle. Économiquement, nous sommes confrontés à une stagnation chronique avec près de 40 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Socialement, les infrastructures de base restent inexistantes dans de nombreuses régions, reflétant un État qui a failli à son devoir envers ses citoyens. Politiquement, la corruption et le népotisme ont consolidé un système qui privilégie l’élite au détriment de la majorité. Ces réalités ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un régime qui a fait de la manipulation et de l’inaction une stratégie de gouvernance.

L’heure n’est plus au silence ni à la résignation. À l’aube des élections présidentielles de 2025, les Camerounais ont une opportunité historique de rompre avec ce cycle de mensonges et de trahisons. Dire non à ce régime, c’est dire oui à un avenir différent : un avenir où nos ressources seront investies dans l’éducation, la santé, les infrastructures, et le développement économique durable ; un avenir où nos enfants et petits-enfants pourront rêver, innover et bâtir sans être écrasés par l’héritage de la stagnation.

Le changement ne viendra pas de l’élite politique actuelle, mais de la prise de conscience collective de chaque citoyen camerounais. Nous devons refuser d’être complices du mensonge transgénérationnel et agir pour construire un État développementaliste, inclusif et prospère. Ensemble, nous avons le pouvoir de transformer le Cameroun, de briser les chaînes du passé et d’inaugurer une nouvelle ère de responsabilité, de justice et de progrès.

Paul Biya et son régime incarnent le passé. L’avenir appartient à ceux qui ont le courage de dire non, de se lever et de bâtir. Le Cameroun mérite mieux, et l’histoire nous jugera sur les choix que nous ferons aujourd’hui. La révolution générationnelle est en marche – à nous de la mener avec détermination et espoir.

Bibliographie

1. Banque Mondiale. (2023). Rapport sur le développement mondial : Croissance économique et inégalités au Cameroun. Washington, DC : World Bank Publications.

2. Bayart, J.-F. (1993). L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard.

3. Cheeseman, N. (2022). How to Rig an Election. New Haven : Yale University Press.

4. Essomba, P. L. (2020). The Culture of Impunity in Cameroon: Governance and Corruption. Yaoundé : Presses Universitaires du Cameroun.

5. Institut National de la Statistique (INS). (2023). Données statistiques sur la population et l’économie du Cameroun. Yaoundé : INS Cameroun.

6. Kondoh, H., & Ndong, J. P. (2021). Youth Mobilization in Africa: Social Media and Political Change. Johannesburg : African Studies Review.

7. Ndifor, A., & Ambe, C. (2019). Corruption and Economic Decline in Cameroon: A Systematic Analysis. Douala : Centre for Economic Studies.

8. Ndongmo, R. M. (2020). The Path to Sustainable Development in Central Africa: Lessons for Cameroon. Libreville : Central African Development Press.

9. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). (2022). Rapport sur le développement humain au Cameroun : Défis et opportunités. New York : United Nations Development Programme.

10. Transparency International. (2023). Indice de perception de la corruption 2023 : Cameroun. Berlin : Transparency International.

11. Tchouassi, G., & Fokam, A. J. (2021). The Vicious Circle of Poverty and Underdevelopment in Cameroon: Rethinking Economic Policies. Yaoundé : African Economic Research Consortium.

12. World Bank. (2023). Enhancing Economic Diversification in Sub-Saharan Africa: Cameroon Case Study. Washington, DC : World Bank Publications.

LA DECLARATION DU SG ADJOINT DU RDPC A PROPOS DE LA VIOLENCE ENVERS LES ÉVÊQUES RAPPELLE LES ASSASSINATS DES MGR YVES PLUMEY, JEAN-MARIE BENOÎT BALLA et de l’ABBE JOSEPH MBASSI: Quand la Parole des Évêques Dévoile les Ombres du Pouvoir — Entre Métaphore Spirituelle et Menace Réelle. LE MLDC APPELLE À LA VIGILANCE CITOYENNE

Introduction : La voix des Évêques face au silence des injustices

Dans l’histoire des sociétés en crise, les institutions religieuses ont souvent joué un rôle déterminant en s’érigeant en contre-pouvoir moral. Au Cameroun, cette dynamique est particulièrement sensible. Alors que le pays se prépare à une élection présidentielle décisive en 2025, les récentes prises de position publiques de certaines figures ecclésiastiques marquent un tournant. En évoquant métaphoriquement la « prise de pouvoir par le diable », Mgr Yaouda Hourgo a dénoncé, avec force, une situation jugée insoutenable. Cette déclaration, bien que symbolique, a suscité une réponse ambiguë du Secrétaire Général adjoint du RDPC, membre du Comté Central, qui, sous une apparente invitation au calme, a ravivé des souvenirs douloureux d’assassinats non élucidés de membres du clergé.

Comme le souligne Stephen Ellis dans Worlds of Power: Religious Thought and Political Practice in Africa (2004), les institutions religieuses en Afrique subsaharienne ne sont pas seulement des acteurs spirituels : elles jouent également un rôle social et politique crucial, surtout dans des contextes où les régimes en place peinent à répondre aux attentes populaires. Cette introduction pose les bases d’un débat fondamental : la critique religieuse peut-elle encore s’exprimer sans craindre des représailles dans un État en quête de légitimité démocratique ?

1. Mgr Yaouda Hourgo : une métaphore forte, une douleur partagée

Mgr Yaouda Hourgo

La déclaration de Mgr Yaouda Hourgo — « Même le diable qu’il prenne d’abord le pouvoir au Cameroun » — traduit une exaspération légitime face à des décennies de stagnation politique, de corruption systémique et de souffrance populaire. Dans le contexte théologique, le diable symbolise le mal absolu, mais il peut également représenter l’oppression, la mauvaise gouvernance et l’injustice sociale. Cette métaphore, utilisée pour frapper les esprits, relève d’une tradition rhétorique ancienne où les figures spirituelles emploient des images fortes pour interpeller les consciences.

Des figures telles que Desmond Tutu en Afrique du Sud ou Laurent Monsengwo en RDC ont régulièrement employé des métaphores similaires pour dénoncer les régimes autoritaires de leur époque. En Afrique du Sud, l’archevêque Tutu qualifiait le régime de l’apartheid de « démon maléfique », une manière puissante de souligner la gravité de l’oppression sans inciter à la violence. De même, au Cameroun, la déclaration de Mgr Hourgo ne constitue pas un appel à l’insurrection mais une invitation à une prise de conscience collective.

En littérature politique, Jean-François Bayart, dans L’État en Afrique : la politique du ventre (1989), explique que les élites africaines, par leur gestion patrimoniale de l’État, créent une frustration sociale profonde, ce qui alimente les critiques des institutions religieuses. Mgr Hourgo ne fait que traduire cette réalité dans un langage accessible au peuple, en jouant sur une symbolique connue de tous.

2. La réponse ambiguë du SG adjoint du RDPC : une menace voilée et dangereuse

SG Adjoint du RDPC, Grégoire Owona

La déclaration du secrétaire général adjoint du RDPC semble, en surface, prôner l’apaisement : « Ne soyons pas violents envers les évêques même quand ils font l’apologie du diable car le Président Biya est contre la violence sous toutes ses formes ». Cependant, une analyse plus poussée révèle une ambiguïté lourde de sens. En évoquant la violence dans un contexte où elle n’a jamais été suggérée par l’évêque, il fait planer une menace implicite, rappelant de sombres épisodes de l’histoire camerounaise.

Le Cameroun a en effet connu plusieurs assassinats de figures ecclésiastiques critiques du pouvoir, restés à ce jour non élucidés :

L’abbé Joseph Mbassi, journaliste et prêtre catholique, fut retrouvé mort en 1988 après avoir dénoncé des réseaux de corruption liés à des élites politiques.

L’abbé Joseph MBASSI

Mgr Yves Plumey, archevêque émérite de Garoua, fut assassiné en 1991, un crime dont les circonstances demeurent floues.

Mgr Yves PLUMEY

Mgr Jean-Marie Benoît Balla, archevêque de Bafia, fut retrouvé mort dans le fleuve Sanaga en 2017, dans ce qui a été officiellement qualifié de suicide, mais qui reste largement contesté par la communauté religieuse et civile.

Mgr Jean-Marie Benoît Balla

Ces assassinats, qui n’ont jamais été élucidés, entretiennent un climat de peur et de méfiance entre le pouvoir et l’Église. Comme le décrit Achille Mbembe dans Critique de la raison nègre (2013), les régimes autoritaires utilisent souvent la violence symbolique et réelle pour maintenir leur emprise sur les populations et dissuader toute forme de contestation. La déclaration du SG adjoint du RDPC, en ravivant le spectre de ces assassinats, s’inscrit dans cette logique de dissuasion subtile.

3. L’Église : une conscience morale dans une nation en crise

L’histoire politique du Cameroun ne peut être écrite sans mentionner le rôle central de l’Église comme contre-pouvoir. Depuis les années post-indépendance, l’Église catholique s’est régulièrement opposée aux dérives autoritaires des différents régimes, devenant ainsi une voix morale respectée. Comme le rappelle Adrian Hastings dans The Church in Africa: 1450-1950 (1994), l’Église, par sa structure et son influence, a souvent été la seule institution capable de mobiliser les masses et de défendre les droits fondamentaux dans des contextes d’injustice généralisée.

Le cas du Cameroun n’est pas isolé. En République démocratique du Congo, l’Église catholique a joué un rôle clé dans la dénonciation du régime de Mobutu et, plus récemment, dans la pression exercée pour des élections transparentes. En Afrique de l’Ouest, le rôle de l’Église dans les transitions démocratiques, notamment au Sénégal et au Bénin, a été largement documenté. Ce rôle de veilleur moral expose inévitablement les figures religieuses à des représailles, comme l’illustre tragiquement l’histoire récente du Cameroun.

4. LE MLDC APPELLE À LA VIGILANCE CITOYENNE : ne laissons pas l’intimidation triompher

Face à ce contexte tendu, il devient crucial que la société civile camerounaise s’organise et se mobilise pour protéger les libertés fondamentales. L’élection présidentielle de 2025 représente un tournant décisif dans l’histoire politique du pays. Si les voix critiques, y compris celles issues du clergé, sont muselées, le processus électoral perdra toute crédibilité.

L’appel du SG adjoint du RDPC à « débattre sans se battre » ne doit pas devenir un slogan creux masquant une répression larvée. Comme l’écrivait John Locke dans Two Treatises of Government (1690), « la liberté d’expression est la pierre angulaire de toute société libre ». Si cette liberté est menacée, c’est l’avenir même du Cameroun qui est en péril.

Le peuple camerounais ne doit pas céder à la peur. Il doit se lever, pacifiquement mais fermement, pour défendre ses droits et exiger des élections transparentes et inclusives. L’histoire récente montre que les régimes autoritaires finissent par s’effondrer face à une mobilisation populaire déterminée et organisée.

Conclusion : Pour un Cameroun debout, libre et juste

La confrontation entre l’Église et l’État, à travers les déclarations de Mgr Yaouda Hourgo et du SG adjoint du RDPC, illustre les tensions profondes qui agitent le Cameroun à l’aube des élections de 2025. Ce débat, au-delà des mots, pose une question cruciale : le Cameroun est-il prêt à garantir un processus électoral véritablement démocratique ?

Les Camerounais, qu’ils soient croyants ou non, doivent se souvenir que l’histoire appartient à ceux qui osent se battre pour la vérité et la justice. La parole est un pouvoir. Ne la laissons pas être muselée. Pour un Cameroun libre, debout et juste, il est temps d’agir.

Bibliographie

1. Bayart, Jean-François. L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard, 1989.

Cet ouvrage essentiel explore les dynamiques politiques en Afrique subsaharienne et les relations entre l’État et les institutions religieuses.

2. Laburthe-Tolra, Philippe. Politique et religion en Afrique : Les Églises face aux pouvoirs. Paris : Karthala, 1996.

Une analyse approfondie des rapports entre les institutions religieuses et les pouvoirs politiques en Afrique francophone.

3. Bourdieu, Pierre. La domination masculine. Paris : Seuil, 1998.

Bien que consacré aux rapports de genre, cet ouvrage développe des concepts clés de la violence symbolique applicables au discours politique et religieux.

4. Bourdieu, Pierre. Langage et pouvoir symbolique. Paris : Seuil, 2001.

Ce livre décrit comment le langage peut être utilisé comme un instrument de pouvoir et de domination.

5. Tutu, Desmond. No Future Without Forgiveness. New York : Doubleday, 1999.

Desmond Tutu y décrit le rôle de l’Église dans le processus de transition démocratique en Afrique du Sud, soulignant l’importance du discours symbolique dans la lutte contre l’oppression.

6. Locke, John. Two Treatises of Government. Londres : Awnsham Churchill, 1690.

Ce texte fondamental sur la philosophie politique explore la liberté d’expression et le rôle de la critique dans la construction d’une société démocratique.

7. Ellis, Stephen, et Ter Haar, Gerrie. Worlds of Power: Religious Thought and Political Practice in Africa. New York : Oxford University Press, 2004.

Cet ouvrage montre comment les idées religieuses influencent les pratiques politiques en Afrique.

8. Mbembe, Achille. Critique de la raison nègre. Paris : La Découverte, 2013.

Un ouvrage majeur sur les formes contemporaines de domination en Afrique, incluant des réflexions sur la religion et la politique.

9. Hastings, Adrian. The Church in Africa: 1450-1950. Oxford : Clarendon Press, 1994.

Un classique sur l’histoire de l’Église en Afrique, utile pour comprendre son rôle de contre-pouvoir à travers les époques.

10. Gifford, Paul. Christianity and Politics in Doe’s Liberia. Cambridge : Cambridge University Press, 1993.

“LE RDPC RÉFUTE LE PARI PUTATIF ET CHOISIT LE DROIT POSITIF”: UNE DÉFENSE DÉSESPÉRÉE DU PR. JACQUES FAME NDONGO. ANALYSE DÉTAILLÉE… EN TANT QUE SG DU MLDC, JE RELÈVE LE DÉFI D’UN DÉBAT PUBLIC ET TÉLÉVISÉ !

Introduction générale

Depuis son accession à l’indépendance en 1960, le Cameroun s’est caractérisé par une stabilité politique apparente, portée par des institutions rigides et un leadership centralisé. Toutefois, cette stabilité a souvent masqué des tensions structurelles liées à la gouvernance, à l’alternance démocratique et à la légitimité du pouvoir. L’élection présidentielle de 2025 s’inscrit dans cette continuité, avec une attention particulière sur la candidature annoncée de Paul Biya, Président de la République depuis 1982. Cette candidature suscite des débats intenses, nourris par des interrogations sur la conformité juridique, la légitimité démocratique et les dynamiques institutionnelles.

Dans un document publié par le Pr. Jacques Fame Ndongo, membre du Bureau Politique du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) et Secrétaire à la communication du parti, une série d’arguments est avancée pour justifier la candidature de Paul Biya. Ces arguments s’articulent autour de trois principaux axes : le droit positif (légalité constitutionnelle), la légalité inhérente aux statuts du parti, et la légitimité populaire conférée par le soutien militant. En outre, le document oppose le « droit positif », qu’il qualifie d’objectif, au « pari putatif », qu’il considère comme subjectif et illusoire. Enfin, le texte conclut par une invitation à un débat démocratique, présenté comme une preuve de la transparence et de la confiance du RDPC dans ses arguments.

Cependant, une analyse académique approfondie de ces justifications soulève des questions critiques sur leur pertinence dans un contexte démocratique moderne. Les tensions entre légalité formelle et légitimité politique, la centralisation excessive du pouvoir au sein du RDPC et l’absence de mécanismes garantissant un débat équitable sont autant d’éléments qui méritent d’être explorés. À travers une approche interdisciplinaire mobilisant le droit constitutionnel, la théorie politique et les principes de gouvernance démocratique, cet article examine les arguments avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo, en mettant en lumière leurs forces, leurs limites et leurs implications pour l’avenir démocratique du Cameroun.

L’objectif de cet article est double. D’une part, il s’agit d’évaluer la validité juridique et politique des arguments avancés en faveur de la candidature de Paul Biya. D’autre part, il vise à proposer une réflexion critique sur les défis structurels auxquels fait face le Cameroun en matière d’institutionnalisation démocratique. À travers cette analyse, nous espérons contribuer à un débat plus éclairé sur les mécanismes de légitimation du pouvoir et les exigences d’une démocratie pluraliste.

Mots-clés : droit positif, pari putatif, légitimité politique, débat démocratique, Cameroun, RDPC, Paul Biya, élections présidentielles 2025, gouvernance, alternance démocratique.

Abstract

The 2025 presidential election in Cameroon represents a pivotal moment in the country’s political trajectory, particularly with the announced candidacy of Paul Biya, who has held the presidency since 1982. In a defense authored by Jacques Fame Ndongo, a leading figure in the ruling RDPC party, three core arguments are presented: the legal right granted by Cameroon’s constitution (positive law), the automatic candidacy conferred by the party’s statutes, and the popular legitimacy stemming from grassroots support. This article critically examines these arguments by employing an interdisciplinary approach rooted in constitutional law, political theory, and democratic governance.

The analysis highlights key tensions between formal legality and substantive legitimacy, the excessive centralization of power within the RDPC, and the structural deficiencies hindering equitable democratic debate in Cameroon. By interrogating these issues, the article seeks to contribute to a broader conversation on the institutional challenges facing Cameroon and the imperative of ensuring a pluralistic, participatory, and transparent electoral process. Ultimately, this study underscores the need to balance legal frameworks with democratic ethics to foster a sustainable political system.

Keywords: positive law, putative claim, political legitimacy, democratic debate, Cameroon, RDPC, Paul Biya, 2025 presidential elections, governance, democratic alternation.

1. Analyse critique des arguments avancés

1.1. La Constitution

L’argument central avancé par le Pr. Jacques Fame Ndongo, auteur de ce document, repose sur une interprétation textuelle de l’article 6, alinéa 2, de la Constitution camerounaise, qui stipule que « le Président de la République est élu pour un mandat de 7 ans et est rééligible ». En affirmant que cette disposition constitutionnelle « donne le droit » au Président Paul Biya de briguer un nouveau mandat en 2025, l’auteur s’appuie sur le droit positif, à savoir l’application stricte des lois écrites.

Toutefois, une lecture académique critique de cet argument montre qu’une interprétation purement textuelle ne suffit pas. Selon Hans Kelsen (1934), le droit ne peut être séparé de son contexte social et politique. Si, juridiquement, le Président est « rééligible », la question demeure si cet usage répété de cette clause respecte les principes fondamentaux d’un État démocratique moderne, notamment le renouvellement périodique et l’alternance au pouvoir.

En outre, des théoriciens comme Giovanni Sartori (1997) insistent sur l’importance de l’équilibre entre la légalité formelle et la légitimité substantielle. Dans le cas du Cameroun, bien que la Constitution permette la réélection, son usage prolongé peut susciter une crise de légitimité, particulièrement dans un contexte où les institutions sont perçues comme favorisant le maintien du pouvoir d’un individu ou d’un groupe. Par exemple, le prolongement des mandats présidentiels au Cameroun, où Paul Biya est au pouvoir depuis 1982, a été critiqué par des organisations internationales pour son impact sur la consolidation démocratique.

1.2. Les textes du RDPC

L’auteur, Jacques Fame Ndongo, invoque également les statuts du RDPC, affirmant que « le Président National du RDPC est le candidat du parti à l’élection présidentielle » (article 27, alinéa 3). Cet argument renforce une lecture centralisée et quasi-automatique de la désignation du candidat, sans débat interne ou processus démocratique visible au sein du parti. Une telle interprétation appelle plusieurs critiques académiques.

D’une part, comme le souligne Maurice Duverger (1951) dans son ouvrage Les Partis politiques, un parti politique moderne doit incarner une pluralité d’opinions et permettre l’émergence de nouveaux leaders. En verrouillant la candidature au Président National, le RDPC supprime toute possibilité d’un renouvellement interne. Cette absence de débat démocratique interne nuit à la vitalité politique et réduit la compétition électorale à une formalité.

D’autre part, le concept de démocratie interne des partis, développé par Larry Diamond (1999), met en avant l’importance de mécanismes transparents et compétitifs au sein des partis pour sélectionner leurs candidats. Le modèle adopté par le RDPC, où Paul Biya est systématiquement désigné candidat, contredit ce principe fondamental. Il confère un avantage structurel au Président sortant, renforçant ainsi l’asymétrie de pouvoir entre les élites du parti et la base militante.

1.3. Base militante et sympathisante

Jacques Fame Ndongo affirme également que la « base militante et sympathisante » du RDPC a renouvelé son soutien à Paul Biya, en évoquant un « appel sans équivoque » des sections du parti le 6 novembre 2024. Cet argument s’inscrit dans une tentative de légitimation par l’adhésion populaire. Cependant, plusieurs problèmes surgissent lorsqu’on analyse cette revendication sous un prisme académique.

Premièrement, le politologue Samuel Huntington (1991) souligne que la légitimité démocratique repose sur des processus transparents et compétitifs, et non simplement sur des proclamations partisanes. Dans le contexte du Cameroun, les appels à la candidature du Président sortant émanent d’un parti où la pluralité d’opinions est fortement limitée, ce qui remet en question l’authenticité de ce soutien.

Deuxièmement, dans des régimes où les institutions et les partis sont fortement centralisés, la mobilisation de la base militante peut être perçue comme une manifestation de contrôle politique plutôt qu’une véritable adhésion populaire. Comme le soutient Franz Fanon (1961) dans Les Damnés de la Terre, le soutien populaire dans des systèmes dominés par un parti unique ou hégémonique est souvent le produit d’une dynamique coercitive ou clientéliste.

Enfin, l’idée selon laquelle la popularité d’un dirigeant justifie son maintien au pouvoir doit être replacée dans le contexte des mécanismes de gouvernance. Linz et Stepan (1996) insistent sur le fait que même les dirigeants populaires doivent être soumis à des règles institutionnelles qui empêchent la personnalisation du pouvoir. La prolongation du mandat de Paul Biya, bien qu’appuyée par le RDPC, pourrait être perçue comme une concentration excessive du pouvoir dans un régime présidentiel.

1.4. Légalité et légitimité : tensions fondamentales

Le document met en avant trois paradigmes : la légalité républicaine, la légalité inhérente au parti, et la légitimité populaire. Bien que ces notions soient pertinentes, leur application dans ce contexte soulève plusieurs interrogations.

1. Légalité républicaine : Elle s’appuie sur le droit constitutionnel, mais, comme le rappelle Montesquieu (1748), la légalité doit toujours être subordonnée à l’intérêt général et à l’équilibre des pouvoirs. Une légalité qui sert uniquement à prolonger un mandat sans renforcer les institutions démocratiques devient un outil de consolidation autoritaire.

2. Légalité inhérente au parti : La légalité interne au RDPC est utilisée pour justifier des pratiques de centralisation du pouvoir. Cependant, comme l’a observé Robert Michels (1911) dans Les Partis politiques, les organisations politiques tendent à développer des structures oligarchiques qui privilégient les élites au détriment de la base.

3. Légitimité populaire : Ce concept est problématique lorsqu’il n’est pas accompagné de mécanismes institutionnels crédibles. Joseph Schumpeter (1942) définit la démocratie comme un processus dans lequel les citoyens choisissent leurs dirigeants à travers des élections libres et compétitives. Si le RDPC monopolise le paysage politique, la légitimité populaire devient difficile à établir.

Les arguments avancés par Jacques Fame Ndongo dans ce document s’appuient sur une lecture restrictive des textes constitutionnels et statutaires, tout en minimisant les implications démocratiques plus larges. Si le droit positif confère à Paul Biya la possibilité de se représenter, la légitimité de cette candidature reste discutable à la lumière des principes démocratiques modernes. Cette analyse invite à une réflexion sur l’importance de renforcer la démocratie interne des partis politiques et de garantir des mécanismes électoraux transparents pour préserver la vitalité démocratique au Cameroun.

2. Légalité et légitimité : Concepts théoriques et tensions fondamentales

L’un des arguments centraux avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo dans sa défense de la candidature de Paul Biya est l’articulation entre trois paradigmes : la légalité républicaine, la légalité inhérente au parti, et la légitimité populaire. Ces concepts, bien qu’empruntés à des cadres théoriques établis, nécessitent une analyse approfondie, car leur application dans le contexte camerounais soulève des tensions fondamentales entre la légalité formelle, la légitimité démocratique et la justice sociale.

2.1. Légalité républicaine : entre droit et éthique politique

La légalité républicaine invoquée par Fame Ndongo repose sur le respect de la Constitution camerounaise, qui permet au Président Paul Biya de briguer un nouveau mandat. Cet argument s’inscrit dans une vision positiviste du droit, où l’ordre juridique est interprété comme une structure autonome. Cependant, cette approche, bien qu’efficace pour justifier la continuité institutionnelle, occulte des dimensions critiques.

Selon Hans Kelsen (The Pure Theory of Law, 1934), le droit positif garantit la stabilité des États en imposant des règles claires et objectives. Toutefois, Kelsen lui-même reconnaît que le droit ne doit pas être un instrument aveugle au contexte sociopolitique. Dans le cas du Cameroun, bien que la rééligibilité soit légalement justifiée, l’épuisement démocratique causé par plus de 40 ans au pouvoir de Paul Biya soulève la question de l’éthique politique. Montesquieu, dans De l’esprit des lois (1748), souligne que « la corruption des gouvernements commence presque toujours par celle des principes ». Ici, l’argument de légalité républicaine semble déconnecté des besoins de renouvellement politique et d’équilibre institutionnel.

D’autre part, le recours strict à la légalité républicaine néglige le concept d’État de droit substantiel, tel qu’articulé par Amartya Sen (Development as Freedom, 1999). Un État de droit ne se limite pas à l’application mécanique des lois mais garantit que ces lois servent à renforcer la justice, la liberté et la participation citoyenne. Dans ce contexte, l’usage prolongé des dispositions constitutionnelles pour maintenir une même élite au pouvoir risque d’affaiblir la perception de l’État comme vecteur de justice sociale.

2.2. Légalité inhérente au parti : la capture institutionnelle

Le deuxième paradigme avancé par Fame Ndongo est celui de la légalité inhérente au RDPC, qui confère au Président National le rôle automatique de candidat à l’élection présidentielle. Cet argument, bien que juridiquement valide dans le cadre des statuts du parti, suscite plusieurs critiques, notamment sur le plan de la démocratie interne et de la gouvernance.

2.2.1. Démocratie interne des partis

Comme l’a observé Robert Michels dans Les Partis politiques (1911), les grandes organisations politiques développent souvent des structures oligarchiques qui privilégient une élite restreinte. Au Cameroun, la centralisation du pouvoir autour de Paul Biya au sein du RDPC illustre cette « loi d’airain de l’oligarchie ». Cette absence de compétition interne empêche l’émergence de nouveaux leaders et réduit la diversité des idées politiques. Larry Diamond (Developing Democracy, 1999) souligne qu’un parti démocratique doit permettre un débat interne, une alternance des dirigeants et des mécanismes de reddition de comptes pour refléter les aspirations de sa base.

Dans le cas du RDPC, l’imposition d’un candidat unique verrouille non seulement le processus décisionnel interne, mais limite également la possibilité pour les militants de s’identifier à des figures alternatives. En conséquence, le parti devient un outil de conservation du pouvoir plutôt qu’un vecteur de transformation politique.

2.2.2. Capture institutionnelle

La centralisation du pouvoir au sein du RDPC et son influence sur les institutions étatiques relèvent de ce que Juan Linz et Alfred Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996) appellent la « capture institutionnelle ». Dans un tel système, les règles du jeu politique sont façonnées pour favoriser l’élite dominante, ici représentée par Paul Biya. Cela limite la concurrence politique, puisque le RDPC agit non seulement comme un parti majoritaire, mais aussi comme un acteur institutionnel quasi hégémonique, contrôlant les mécanismes électoraux et législatifs.

2.3. Légitimité populaire : mythe ou réalité ?

Le troisième paradigme évoqué par Fame Ndongo est la légitimité populaire, qui serait conférée par le soutien de la base militante et des sympathisants du RDPC. Cet argument repose sur une conception majoritaire de la légitimité, mais son application dans un contexte de faible pluralisme politique soulève des interrogations.

2.3.1. La légitimité comme processus

Selon Max Weber (Économie et société, 1922), la légitimité repose sur trois types d’autorité : traditionnelle, charismatique et rationnelle-légale. Dans le cas du Cameroun, la légitimité de Paul Biya est souvent perçue comme dérivant de son autorité rationnelle-légale, puisqu’il a été régulièrement réélu. Cependant, Weber insiste également sur le fait que cette légitimité est conditionnelle à la perception d’un équilibre entre la règle de droit et l’intérêt général.

En l’absence de compétition politique significative et dans un contexte où l’appareil d’État est dominé par le parti au pouvoir, il est difficile de considérer la légitimité populaire comme un phénomène spontané ou pleinement représentatif. Joseph Schumpeter (Capitalism, Socialism, and Democracy, 1942) note que la démocratie ne consiste pas uniquement en l’obtention d’une majorité, mais dans l’existence de mécanismes permettant une véritable alternance.

2.3.2. Les risques du populisme institutionnalisé

Le recours au soutien populaire pour légitimer la continuité au pouvoir peut également s’apparenter à une forme de populisme institutionnalisé. Ernesto Laclau (On Populist Reason, 2005) définit le populisme comme une stratégie qui mobilise les masses en invoquant des symboles unificateurs, souvent au détriment d’une gouvernance inclusive et pluraliste. Dans ce contexte, le soutien militant évoqué par Fame Ndongo pourrait être moins le reflet d’une adhésion sincère que le produit d’une absence d’alternatives crédibles.

2.4. Tensions entre légalité et légitimité : une crise démocratique

Les tensions entre la légalité républicaine, la légalité partisane et la légitimité populaire illustrent une crise plus profonde du système démocratique camerounais. Ces concepts, bien qu’interconnectés, se trouvent ici en déséquilibre.

La légalité sans légitimité : Comme l’a démontré John Rawls (A Theory of Justice, 1971), la légalité doit être accompagnée d’un sentiment de justice sociale. Lorsque les citoyens perçoivent la légalité comme un outil d’exclusion ou de maintien du pouvoir, elle perd sa capacité à fonder un contrat social solide.

La légitimité sans pluralisme : Dans le cas du RDPC, la légitimité populaire est invoquée sans pluralisme politique ni débat interne, ce qui affaiblit la perception de la légitimité démocratique.

En somme, cette tension entre légalité et légitimité met en lumière ce que Philippe Schmitter et Terry Karl (What Democracy Is… and Is Not, 1991) appellent les « zones grises » des démocraties hybrides, où des pratiques autoritaires coexistent avec des institutions démocratiques. Le Cameroun, sous la présidence de Paul Biya, semble s’inscrire dans cette catégorie, où la légalité est utilisée pour légitimer une concentration prolongée du pouvoir.

L’argumentation du Pr. Jacques Fame Ndongo autour des paradigmes de légalité et de légitimité révèle des failles importantes dans la gouvernance politique du Cameroun. Bien que le droit positif confère à Paul Biya une base légale pour se représenter en 2025, cette légalité ne garantit pas automatiquement une légitimité démocratique. À mesure que le Cameroun approche de cette élection cruciale, il devient impératif de repenser ces concepts non pas comme des justifications statiques, mais comme des outils dynamiques pour renforcer la participation citoyenne, l’alternance et la justice institutionnelle.

3. Droit positif vs. pari putatif : Implications théoriques et pratiques

Dans son document, le Pr. Jacques Fame Ndongo oppose deux notions fondamentales : le « droit positif », qu’il considère comme fondamentalement objectif et indiscutable, et le « pari putatif », qu’il qualifie d’illusoire. Cette dichotomie constitue un élément central de sa défense de la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2025. Cependant, une analyse approfondie révèle que cette opposition soulève des questions complexes sur le rôle du droit, de la perception sociale et des normes démocratiques dans la légitimation du pouvoir politique.

3.1. Comprendre le droit positif dans son contexte politique

Le droit positif, tel que défini par Hans Kelsen (Pure Theory of Law, 1934), repose sur l’idée que le droit est un système de normes créé par des institutions humaines. Il est distinct du droit naturel, qui s’appuie sur des principes moraux universels. Dans le contexte camerounais, Fame Ndongo s’appuie sur le droit positif pour affirmer que Paul Biya a le droit constitutionnel de se représenter à l’élection présidentielle, arguant que cette disposition est inscrite dans l’article 6 de la Constitution.

Cependant, plusieurs penseurs, dont Lon Fuller (The Morality of Law, 1964), mettent en garde contre une interprétation purement positiviste du droit, surtout dans des régimes où les institutions législatives sont contrôlées par l’exécutif. Fuller souligne que le droit doit également répondre à des critères de justice, de transparence et de moralité pour garantir sa légitimité. Dans le cas du Cameroun, l’utilisation répétée de réformes constitutionnelles pour prolonger le mandat présidentiel, comme celles de 2008 qui ont supprimé la limitation des mandats, peut être vue comme un exemple d’instrumentalisation du droit positif au profit du pouvoir exécutif.

Cette instrumentalisation est également critiquée par Ronald Dworkin (Law’s Empire, 1986), qui affirme que le droit ne doit pas être réduit à des règles formelles, mais doit être interprété en fonction de ses principes sous-jacents. Si le droit positif confère à Paul Biya la possibilité de se représenter, il ne garantit pas que cet acte soit moralement ou démocratiquement acceptable.

3.2. Pari putatif : Un concept mal défini

Le terme « pari putatif », utilisé par Fame Ndongo, fait référence à une croyance erronée ou illusoire dans la légitimité d’une situation. Il s’oppose à l’objectivité supposée du droit positif. Cependant, ce concept manque de clarté et semble dévaloriser toute opposition au statu quo en la qualifiant de subjective ou infondée.

Selon Jürgen Habermas (Between Facts and Norms, 1996), une démocratie légitime ne peut se contenter d’invoquer la légalité pour justifier ses actions. Elle doit également s’appuyer sur un consensus rationnel, issu du dialogue entre les citoyens et les institutions. En qualifiant toute critique de la candidature de Paul Biya de « pari putatif », Fame Ndongo rejette implicitement la possibilité d’un débat démocratique sur la pertinence de cette candidature. Ce rejet va à l’encontre de l’idéal habermassien d’une sphère publique où les opinions divergentes peuvent être discutées et confrontées.

Par ailleurs, Ernesto Laclau (On Populist Reason, 2005) met en garde contre l’utilisation de discours dichotomiques qui opposent une vérité prétendument objective (ici, le droit positif) à une illusion collective (le pari putatif). Une telle rhétorique peut être utilisée pour délégitimer les voix critiques et renforcer une domination hégémonique.

3.3. Implications pour la démocratie camerounaise

La tension entre droit positif et pari putatif soulève des questions importantes sur l’état de la démocratie au Cameroun. En invoquant le droit positif comme justification ultime, le document de Fame Ndongo néglige trois dimensions essentielles : la légitimité procédurale, la perception populaire et l’éthique politique.

3.3.1. La légitimité procédurale

Comme l’expliquent Linz et Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996), la légitimité des régimes démocratiques repose sur des procédures équitables et transparentes. Si le droit positif permet la réélection de Paul Biya, il est crucial que ce processus soit perçu comme équitable par la population. Or, des rapports d’organisations internationales, comme Freedom House et Transparency International, soulignent régulièrement des déficiences dans la transparence électorale et l’équité des processus politiques au Cameroun.

En outre, la concentration prolongée du pouvoir autour de Paul Biya réduit la crédibilité des institutions démocratiques. Robert Dahl (Polyarchy: Participation and Opposition, 1971) affirme que la démocratie repose sur une compétition politique réelle, où les citoyens ont le choix entre des alternatives viables. En verrouillant les mécanismes institutionnels pour favoriser la continuité du régime, le Cameroun s’éloigne des normes de la « polyarchie » démocratique.

3.3.2. La perception populaire

La légitimité d’un régime dépend également de la perception qu’en ont les citoyens. Selon David Easton (A Systems Analysis of Political Life, 1965), la stabilité politique repose sur un équilibre entre l’efficacité (performance des institutions) et la légitimité (acceptation des règles du jeu par la population). Si la réélection de Paul Biya est perçue comme un prolongement artificiel de son pouvoir, cela risque d’éroder la confiance des citoyens dans le système politique.

De plus, les travaux de Pierre Rosanvallon (La légitimité démocratique, 2008) montrent que dans les démocraties modernes, la légitimité ne peut pas se limiter à des critères juridiques. Elle doit intégrer une reconnaissance populaire basée sur l’équité, la justice et l’alternance. Dans ce contexte, l’argument de Fame Ndongo selon lequel le droit positif suffit à justifier la candidature de Paul Biya apparaît insuffisant.

3.3.3. L’éthique politique

Enfin, l’éthique politique joue un rôle central dans la consolidation démocratique. Hannah Arendt (The Human Condition, 1958) insiste sur la responsabilité des dirigeants de privilégier l’intérêt général plutôt que leur propre maintien au pouvoir. Si le droit positif peut être utilisé pour prolonger un mandat présidentiel, l’éthique exige une réflexion sur l’impact de cette décision sur la société dans son ensemble.

Au Cameroun, la longévité exceptionnelle de Paul Biya au pouvoir (depuis 1982) pose la question de l’usure démocratique. Giovanni Sartori (The Theory of Democracy Revisited, 1987) avertit que l’absence d’alternance politique peut conduire à une stagnation institutionnelle et à une concentration excessive du pouvoir, sapant ainsi les fondements de la démocratie.

3.4. La nécessité d’un équilibre

L’opposition entre droit positif et pari putatif, telle que formulée par Fame Ndongo, masque une vérité fondamentale : les systèmes politiques démocratiques reposent sur un équilibre entre légalité et légitimité. Comme le soutient John Rawls (A Theory of Justice, 1971), les lois et institutions doivent être conçues pour promouvoir une justice équitable et inclusive. Lorsque cet équilibre est rompu, comme c’est le cas dans les contextes où la légalité est utilisée pour perpétuer le pouvoir d’une seule personne, la stabilité politique est mise en péril.

L’opposition entre droit positif et pari putatif, au cœur de la défense de la candidature de Paul Biya par le Pr. Jacques Fame Ndongo, révèle des failles profondes dans la gouvernance politique camerounaise. Si le droit positif offre un fondement juridique à cette candidature, il ne suffit pas à répondre aux exigences démocratiques modernes, qui incluent l’équité, l’alternance et la participation populaire. Cette analyse souligne la nécessité de repenser les mécanismes politiques et institutionnels pour garantir que le droit soit au service de la justice et non d’une élite dominante. En cela, le Cameroun doit s’inspirer des principes universels de la démocratie, où le pouvoir doit être à la fois légal et légitime.

4. Le rôle du débat démocratique : enjeux et perspectives dans le contexte camerounais

Le Pr. Jacques Fame Ndongo conclut son document en appelant à un débat démocratique sur la candidature de Paul Biya, affirmant que le RDPC est prêt à confronter ses idées à celles des autres acteurs politiques. Cet appel au débat semble louable en surface, mais il soulève des questions sur la réalité des conditions nécessaires à un débat véritablement démocratique dans le contexte camerounais. Cette section explore les éléments fondamentaux du débat démocratique, analyse les obstacles à sa mise en œuvre au Cameroun et propose des pistes pour garantir son authenticité.

4.1. Le débat démocratique : principes fondamentaux

Le débat démocratique est une composante essentielle des systèmes politiques pluralistes. Selon Jürgen Habermas (The Structural Transformation of the Public Sphere, 1962), un débat démocratique véritable repose sur une « sphère publique » où les citoyens peuvent discuter librement des questions d’intérêt commun. Cette sphère doit être caractérisée par :

1. La liberté d’expression : Les citoyens et les acteurs politiques doivent être libres d’exprimer leurs opinions sans crainte de représailles.

2. L’égalité des participants : Toutes les voix doivent avoir un poids égal, indépendamment de leur origine ou affiliation politique.

3. L’argumentation rationnelle : Les débats doivent se fonder sur des arguments logiques et des faits, plutôt que sur des attaques personnelles ou des manipulations émotionnelles.

Dans le contexte des démocraties modernes, Linz et Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996) ajoutent que le débat démocratique doit également être soutenu par des institutions fortes et impartiales, comme des médias indépendants, des mécanismes judiciaires fiables et des organes électoraux transparents.

4.2. Les obstacles au débat démocratique au Cameroun

Bien que le Pr. Jacques Fame Ndongo invite à un débat ouvert, plusieurs obstacles structurels et contextuels compromettent la possibilité d’un débat authentique au Cameroun.

4.2.1. Le contrôle de l’espace public

Au Cameroun, le débat politique est largement dominé par le RDPC, qui bénéficie d’un accès privilégié aux médias publics et d’un contrôle significatif des institutions étatiques. Pierre Rosanvallon (La Contre-démocratie, 2006) souligne que lorsque l’espace public est capturé par une élite dominante, le débat devient une simple formalité, incapable de refléter une véritable diversité d’opinions. Les opposants politiques, en revanche, rencontrent des obstacles importants pour accéder aux plateformes médiatiques ou pour organiser des rassemblements.

4.2.2. La répression des dissidences

La liberté d’expression, essentielle au débat démocratique, est souvent compromise par des restrictions légales et des pratiques répressives. Selon Human Rights Watch (2023), les opposants politiques au Cameroun sont fréquemment soumis à des intimidations, des arrestations arbitraires et des harcèlements judiciaires. Ces conditions découragent la participation active des citoyens et des partis d’opposition au débat public.

4.2.3. La faiblesse des institutions démocratiques

Le Cameroun souffre également d’un déficit institutionnel, caractérisé par une absence de mécanismes impartiaux pour réguler le débat politique. Robert Dahl (Polyarchy: Participation and Opposition, 1971) affirme que des institutions fortes et autonomes sont nécessaires pour garantir l’équité dans la compétition politique. Or, au Cameroun, l’organisme en charge des élections (ELECAM) est souvent critiqué pour son manque d’indépendance, ce qui sape la confiance dans le processus électoral et réduit la motivation des acteurs politiques à s’engager dans un débat constructif.

4.2.4. La culture du débat politique

Au-delà des obstacles structurels, il existe également un problème culturel lié à la manière dont le débat politique est mené. Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (Hegemony and Socialist Strategy, 1985) notent que dans les systèmes où la domination politique est hégémonique, le débat tend à être réduit à une rhétorique d’autolégitimation plutôt qu’à une véritable confrontation d’idées. Au Cameroun, le débat politique est souvent marqué par des accusations personnelles, des insultes et des manipulations médiatiques, plutôt que par un échange rationnel et respectueux.

4.3. Les enjeux du débat démocratique dans le contexte camerounais

Malgré ces obstacles, un débat démocratique authentique reste crucial pour répondre aux défis politiques et institutionnels du Cameroun. Trois enjeux majeurs se dégagent :

4.3.1. Renforcer la légitimité du processus électoral

Un débat démocratique ouvert et transparent peut contribuer à restaurer la confiance des citoyens dans le processus électoral. Comme l’affirme Giovanni Sartori (The Theory of Democracy Revisited, 1987), la compétition politique équitable est essentielle pour légitimer les dirigeants et renforcer la stabilité politique. Si Paul Biya et le RDPC souhaitent réellement justifier leur candidature, ils doivent s’engager dans un débat où les opposants peuvent exprimer leurs points de vue sans contraintes.

4.3.2. Favoriser l’inclusion politique

Le Cameroun est un pays caractérisé par une diversité culturelle, linguistique et régionale. Un débat démocratique authentique peut servir de plateforme pour articuler les revendications des différentes composantes de la société camerounaise. Comme le souligne Iris Marion Young (Inclusion and Democracy, 2000), la démocratie ne peut être inclusive que si toutes les voix, y compris celles des groupes marginalisés, sont entendues dans les processus de décision.

4.3.3. Encourager la responsabilisation des dirigeants

Un débat démocratique rigoureux oblige les dirigeants à rendre des comptes sur leurs actions et leurs promesses. Hannah Arendt (The Origins of Totalitarianism, 1951) rappelle que la responsabilité est au cœur de la démocratie. Au Cameroun, où Paul Biya est au pouvoir depuis plus de 40 ans, un débat ouvert permettrait de confronter son bilan aux aspirations des citoyens.

4.4. Conditions nécessaires pour un débat démocratique authentique

Pour que le débat démocratique prôné par Fame Ndongo soit véritablement inclusif et constructif, plusieurs conditions doivent être réunies :

4.4.1. Garantir la liberté d’expression

Le gouvernement camerounais doit s’engager à protéger les droits fondamentaux des citoyens, notamment la liberté d’expression et d’association. Comme l’affirme Amartya Sen (Development as Freedom, 1999), la liberté politique est un pilier essentiel du développement démocratique.

4.4.2. Assurer l’indépendance des institutions

Les institutions chargées de réguler le débat public, telles que les médias et les organes électoraux, doivent être indépendantes de l’exécutif. Cela nécessite des réformes profondes pour garantir leur impartialité.

4.4.3. Encourager la pluralité des voix

Le RDPC, en tant que parti dominant, a une responsabilité particulière pour garantir que toutes les opinions politiques puissent s’exprimer librement. Cela inclut la création de conditions équitables pour les partis d’opposition et la société civile.

4.4.4. Promouvoir une culture de débat rationnel

Les acteurs politiques camerounais doivent s’engager à respecter les normes du débat démocratique, en évitant les attaques personnelles et en privilégiant les arguments fondés sur des faits.

Le débat démocratique constitue un outil indispensable pour garantir la légitimité et la transparence du processus électoral au Cameroun. Cependant, pour que cet outil soit réellement efficace, il doit s’appuyer sur des principes clairs et des institutions solides. Le Pr. Jacques Fame Ndongo, en appelant à un débat démocratique, offre une opportunité de transformer le paysage politique camerounais. Toutefois, cette opportunité ne peut être saisie que si les conditions nécessaires sont réunies pour permettre une confrontation équitable et respectueuse des idées. Un véritable débat démocratique ne doit pas être une simple formalité rhétorique, mais un processus actif de construction collective, où le droit, la légitimité et la justice se rencontrent.

Conclusion générale

L’analyse des arguments avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo en faveur de la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2025 révèle des tensions profondes entre la légalité formelle, la légitimité démocratique et les aspirations sociopolitiques du Cameroun. Si le recours au droit positif offre une base juridique solide pour justifier cette candidature, il ne parvient pas à dissiper les interrogations sur la nécessité d’une alternance politique, élément fondamental de toute démocratie moderne. En effet, l’invocation des textes constitutionnels et statutaires du RDPC, bien que juridiquement valables, illustre une instrumentalisation des institutions au service d’une élite dominante, au détriment des principes de renouvellement et de pluralité.

Au-delà de la légalité, la légitimité populaire mise en avant dans ce document demeure contestable dans un contexte marqué par un faible pluralisme, des restrictions aux libertés fondamentales et une répression des oppositions. La notion même de « légitimité » est vidée de sa substance lorsqu’elle n’est pas soutenue par des processus transparents, inclusifs et compétitifs. En ce sens, l’appel à un débat démocratique, bien qu’important en théorie, ne peut avoir de valeur réelle sans un environnement institutionnel et politique garantissant l’égalité des chances pour tous les acteurs politiques.

Cette étude met également en lumière les défis structurels de la gouvernance au Cameroun. La centralisation du pouvoir au sein du RDPC, combinée à l’absence d’alternance depuis plus de quatre décennies, risque de saper davantage la confiance des citoyens dans les institutions publiques. Or, comme le démontrent les théories modernes de la démocratie, un système politique ne peut survivre durablement sans un équilibre entre légalité, légitimité et participation citoyenne. Le Cameroun, à ce titre, doit non seulement réévaluer ses pratiques institutionnelles, mais aussi engager des réformes profondes pour consolider un cadre démocratique où le pouvoir n’est pas monopolisé, mais partagé et soumis à des mécanismes de reddition de comptes.

En conclusion, si la défense de Jacques Fame Ndongo constitue une tentative élaborée de justifier la candidature de Paul Biya, elle soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. L’avenir démocratique du Cameroun repose sur sa capacité à dépasser les limitations actuelles, à renforcer ses institutions et à garantir des élections véritablement libres, équitables et transparentes. Cela nécessite non seulement un respect des textes juridiques, mais aussi une adhésion sincère aux principes éthiques et aux aspirations de la société camerounaise pour un État véritablement inclusif et participatif. À l’approche des élections de 2025, le Cameroun a une opportunité historique de démontrer son engagement envers ces idéaux et de tracer une voie vers une démocratie plus solide et durable.

1. Arendt, H. (1958). The Human Condition. University of Chicago Press.

2. Dahl, R. A. (1971). Polyarchy: Participation and Opposition. Yale University Press.

3. Diamond, L. (1999). Developing Democracy: Toward Consolidation. Johns Hopkins University Press.

4. Dworkin, R. (1986). Law’s Empire. Harvard University Press.

5. Easton, D. (1965). A Systems Analysis of Political Life. Wiley.

6. Fuller, L. L. (1964). The Morality of Law. Yale University Press.

7. Habermas, J. (1962). The Structural Transformation of the Public Sphere. MIT Press.

8. Huntington, S. P. (1991). The Third Wave: Democratization in the Late Twentieth Century. University of Oklahoma Press.

9. Kelsen, H. (1934). Pure Theory of Law. University of California Press.

10. Laclau, E., & Mouffe, C. (1985). Hegemony and Socialist Strategy: Towards a Radical Democratic Politics. Verso.

11. Linz, J. J., & Stepan, A. (1996). Problems of Democratic Transition and Consolidation: Southern Europe, South America, and Post-Communist Europe. Johns Hopkins University Press.

12. Michels, R. (1911). Les Partis politiques: Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties. Flammarion.

13. Montesquieu, C.-L. (1748). De l’esprit des lois. Garnier-Flammarion.

14. Rawls, J. (1971). A Theory of Justice. Harvard University Press.

15. Rosanvallon, P. (2006). La Contre-démocratie : La politique à l’âge de la défiance. Seuil.

16. Sartori, G. (1987). The Theory of Democracy Revisited. Chatham House.

17. Schmitter, P. C., & Karl, T. L. (1991). “What Democracy Is… and Is Not”. Journal of Democracy, 2(3), 75-88.

18. Schumpeter, J. A. (1942). Capitalism, Socialism, and Democracy. Harper & Row.

19. Sen, A. (1999). Development as Freedom. Oxford University Press.

20. Weber, M. (1922). Économie et société. Plon.

21. Young, I. M. (2000). Inclusion and Democracy. Oxford University Press.

22. Human Rights Watch. (2023). World Report 2023: Events of 2022. Human Rights Watch.

23. Transparency International. (2023). Corruption Perceptions Index 2022. Transparency International.

24. Freedom House. (2023). Freedom in the World 2023. Freedom House.

L’ESPOIR TRAHI PAR LE PCRN DANS LA SANAGA MARITIME & NYONG-et-KÉLLÉ, LE MLDC PROPOSE

M. LE DÉPUTÉ BIBA THOMAS (PCRN- SANAGA MARITIME) : UN APPEL AU DEVOIR ENVERS LES POPULATIONS DE NGOMPEM NORD

Ponts détruis de Nkangla I et II

Monsieur le Député,

Honorable,

Nous nous adressons à vous avec respect mais également avec une profonde inquiétude concernant la situation désastreuse dans laquelle se trouve le village de Ngompem Nord, une localité de la Sanaga Maritime que vous représentez en tant que député. Permettez que cette lettre soit un rappel solennel de votre devoir en tant que représentant du peuple et membre de l’opposition.

Monsieur le Député, le rôle principal de l’opposition dans une démocratie est de contrôler les actions du gouvernement et de défendre les droits des citoyens contre toute forme d’abus ou de négligence. Dans le cas présent, la mairie de Pouma, tenue par le parti au pouvoir, a manifestement failli à sa mission de développement local. Les ponts Nkanla I et Nkanla II, ainsi que l’unique tronçon routier reliant Ngompem Nord au reste du département, ont été détruits et laissés à l’abandon sous prétexte de travaux qui n’ont jamais été réalisés. Cette négligence, amplifiée par des pratiques de corruption dans la passation des marchés publics, a isolé cette population, la privant de ses droits fondamentaux.

Depuis trois ans, les conséquences de cette situation sont dramatiques : des malades meurent faute d’être évacués vers les centres de santé, des familles ne peuvent plus transporter leurs défunts à la morgue, et des produits agricoles pourrissent faute d’accès aux marchés urbains. Il est clair que cette tragédie résulte directement de la mauvaise gouvernance et du manque de responsabilité de l’exécutif local.

Monsieur le Député, en tant que membre de l’opposition, vous avez une obligation morale et politique de contrôler l’action de l’exécutif, y compris celle de la mairie de Pouma. Votre silence sur cette question est perçu par les populations de Ngompem Nord comme un manquement grave à votre mission. Les citoyens de cette localité s’interrogent : pourquoi leur représentant n’a-t-il pas élevé la voix pour dénoncer cette injustice ? Pourquoi n’avez-vous pas exigé des comptes sur l’exécution des projets publics dans cette zone ?

Nous vous demandons donc, avec insistance, de nous indiquer quelles actions concrètes vous envisagez d’entreprendre pour réparer les torts causés aux populations de Ngompem Nord. Allez-vous exiger une enquête parlementaire sur la gestion des marchés publics par la mairie de Pouma ? Allez-vous mobiliser les autres élus de l’opposition pour faire pression sur les autorités compétentes afin que justice soit rendue à ces populations ?

Monsieur le Député, l’histoire retiendra vos actes, tout comme elle retiendra votre silence. Les populations de Ngompem Nord, qui vivent dans l’isolement et la misère, attendent de vous un engagement ferme et immédiat. Nous espérons que cette lettre saura raviver en vous le sens du devoir et l’attachement à votre rôle de défenseur des droits des citoyens.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Député, l’expression de nos salutations distinguées.

PR JIMMY YAB

PAUL BIYA INAUGURE LE PALAIS DES SPORTS; MAIS BOUDE L’ASSEMBLÉE NATIONALE: UN SYMBOLE D’UNE INSTITUTION EN CRISE

Palais des Sports de Yaoundé

Résumé

L’inauguration par Paul Biya du Palais des sports de Yaoundé, construit par les Chinois, contraste fortement avec l’absence d’une cérémonie similaire pour le siège flambant neuf de l’Assemblée nationale, également bâti par la Chine. Ce choix soulève des interrogations sur la perception et la crédibilité de l’institution parlementaire au Cameroun. S’agit-il d’un désaveu du président de l’Assemblée ou d’une crise plus profonde de la représentativité et du fonctionnement de l’institution ? En analysant les symboles et implications politiques de cet acte, cet article explore les tensions qui minent le parlement camerounais et leur portée pour la gouvernance nationale.

Mots Clés:

Abstract

Paul Biya’s inauguration of the Yaoundé Sports Complex, built by the Chinese, starkly contrasts with his omission of a similar ceremony for the brand-new National Assembly building, also constructed by China. This decision raises questions about the perception and credibility of the parliamentary institution in Cameroon. Is this a snub to the Speaker of the Assembly, or a reflection of a deeper crisis in the institution’s representativeness and functioning? By analyzing the symbolic and political implications of this act, this article delves into the tensions undermining Cameroon’s parliament and their impact on national governance.

Assemblée Nationale Cameroun

1. Le Parlement Camerounais : Une Institution Fragilisée

L’Assemblée nationale est censée incarner la souveraineté populaire selon l’article 1 de la Constitution camerounaise. Cependant, cette institution, comme beaucoup d’autres parlements africains, est confrontée à une faiblesse structurelle qui entrave son rôle.

1.1. Absence d’Indépendance

Le parlement camerounais est largement dominé par le parti au pouvoir, le RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), qui détient une majorité écrasante depuis plusieurs décennies. En conséquence, son rôle législatif est souvent réduit à un appui mécanique aux décisions présidentielles. Comme l’écrit Jean-François Bayart dans L’État en Afrique : La politique du ventre (1989) :

« Les institutions parlementaires en Afrique ne sont souvent que des vitrines permettant de légitimer les décisions d’un exécutif omnipotent. »

Un exemple frappant est l’adoption systématique des lois budgétaires sans véritable débat parlementaire. En 2023, par exemple, la loi de finances a été adoptée en moins de deux semaines, une rapidité qui traduit un manque d’examen critique.

1.2. Déficit de Légitimité

Les taux de participation aux élections législatives sont en constante baisse. Lors des élections de 2020, la participation nationale n’a été que de 43 %, et certaines régions, notamment anglophones, ont enregistré des taux inférieurs à 15 %, en raison de la crise sociopolitique qui secoue ces zones. Ce faible taux de participation témoigne d’une désaffection croissante envers une institution perçue comme éloignée des préoccupations citoyennes.

Un parallèle peut être établi avec d’autres parlements africains : en Côte d’Ivoire, le parlement de Laurent Gbagbo, avant la crise de 2010, faisait face à des accusations similaires d’être une chambre d’enregistrement. La crise politique qui en a découlé a montré à quel point le manque de légitimité d’une institution peut miner la stabilité nationale.

2. Un Désaveu Personnel ou Institutionnel ?

L’absence d’inauguration du siège de l’Assemblée nationale par Paul Biya peut être interprétée sous deux angles complémentaires :

2.1. Un Désaveu du Président de l’Assemblée

Cavaye Yéguié Djibril, qui préside l’Assemblée nationale depuis 1992, est devenu un symbole de la stagnation institutionnelle. Sa longévité à ce poste illustre une politisation excessive et un manque de renouvellement des élites parlementaires. Dans un contexte où la société civile demande davantage de transparence et de diversité politique, Cavaye est régulièrement critiqué pour son alignement inconditionnel avec l’exécutif.

Comme l’écrit Achille Mbembe dans On the Postcolony (2001) :

« Les élites politiques africaines maintiennent leur position non pas en modernisant les institutions, mais en consolidant des structures de domination qui aliènent les citoyens. »

L’absence d’inauguration pourrait donc traduire une volonté de Paul Biya de marquer une distance avec Cavaye, même si cela n’implique pas nécessairement une rupture.

2.2. Une Crise Institutionnelle Profonde

Au-delà des individus, le parlement camerounais souffre d’une crise structurelle. En ne lui accordant pas l’importance symbolique qu’il réserve à des infrastructures comme le Palais des sports, Paul Biya semble refléter un consensus tacite sur l’inutilité relative de l’Assemblée dans le processus décisionnel.

Des précédents historiques appuient cette lecture. En République démocratique du Congo sous Mobutu, l’Assemblée nationale était surnommée « la caisse de résonance », en référence à son rôle passif. Cette absence de pouvoir réel a contribué à l’effondrement institutionnel du régime dans les années 1990.

3. Le Symbolisme de l’Acte et Ses Implications

L’absence d’inauguration est un acte chargé de symboles. En analysant les messages implicites qu’il véhicule, plusieurs implications se dégagent.

3.1. La Primauté de l’Exécutif

Dans un régime hyperprésidentialisé comme celui du Cameroun, le président concentre l’essentiel des pouvoirs. En célébrant le Palais des sports et en ignorant l’Assemblée nationale, Paul Biya renforce l’idée que les infrastructures tangibles et les projets exécutifs priment sur les espaces de débat démocratique.

Ce phénomène n’est pas unique au Cameroun. En Éthiopie, sous Haile Selassie, les institutions parlementaires étaient maintenues pour des raisons symboliques, mais elles n’avaient aucun impact réel sur les politiques publiques.

3.2. Une Vision Orientée vers l’Apparence

Le Palais des sports représente un outil de diplomatie publique : il accueille des compétitions internationales, attire des visiteurs et projette une image de modernité. En revanche, le siège de l’Assemblée nationale, bien qu’important, ne génère pas la même visibilité.

Comme le souligne Larry Diamond dans Developing Democracy: Toward Consolidation (1999) :

« Les régimes autoritaires tendent à privilégier les réalisations spectaculaires qui masquent leur déficit démocratique. »

En inaugurant le Palais des sports, Paul Biya mise sur des infrastructures qui valorisent son image, plutôt que sur celles qui renforcent les institutions démocratiques.

Conclusion : Une Institution à Réinventer

L’omission de l’inauguration du siège de l’Assemblée nationale par Paul Biya illustre une crise institutionnelle plus large au Cameroun. Si le Palais des sports brille par son éclat, l’Assemblée nationale incarne une stagnation politique et un déficit démocratique.

Ce geste met en lumière un problème récurrent en Afrique : la mise à l’écart des institutions démocratiques au profit d’un exécutif omniprésent. Pour restaurer la confiance dans le parlement camerounais, des réformes profondes sont nécessaires : renouvellement des élites, indépendance accrue et mécanismes de reddition des comptes. En l’absence de telles initiatives, le parlement risque de rester une institution marginalisée, incapable de jouer son rôle dans la construction démocratique.

Bibliographie

1. Bayart, Jean-François. L’État en Afrique : La politique du ventre. Fayard, 1989.

2. Diamond, Larry. Developing Democracy: Toward Consolidation. Johns Hopkins University Press, 1999.

3. Mbembe, Achille. On the Postcolony. University of California Press, 2001.

4. Van de Walle, Nicolas. African Economies and the Politics of Permanent Crisis, 1979-1999. Cambridge University Press, 2001.

5. Nnoli, Okwudiba. Politics of Democratization in Africa. CODESRIA, 2003.

6. Tordoff, William. Government and Politics in Africa. Macmillan, 2002.

Remaniements Ministériels au Cameroun, 82% de Stagnation: Entre Immobilisme, Abandon de Gouvernance et Besoin de Réformes, Les Propositions du MLDC…

Remaniements Ministériels sous Paul Biya (1980s-2024)

Légende du tableau :

Ce graphique montre le nombre de remaniements ministériels effectués par Paul Biya au cours de chaque décennie depuis son accession à la présidence en 1982. Les différentes couleurs des barres indiquent les décennies spécifiques, et le nombre au sommet de chaque barre représente le nombre total de remaniements ministériels effectués durant cette période.

  • 1980s (30%) : Durant cette première décennie, Paul Biya a effectué 7 remaniements ministériels, ce qui correspond à environ 30 % du total de ses remaniements depuis son accession au pouvoir. Cette période a été marquée par la consolidation de son pouvoir et la mise en place de son propre gouvernement après la démission d’Ahmadou Ahidjo.
  • 1990s (26%) : Cette décennie a vu un total de 6 remaniements (26 %), notamment en raison des pressions politiques internes et internationales, notamment la mise en place du multipartisme en 1990 et les premières contestations du régime.
  • 2000s (22%) : Avec 5 remaniements (22 %), cette période a marqué un tournant dans la stabilité apparente du régime, avec un maintien de l’ordre établi et la gestion de certaines crises, mais moins d’initiatives de changement.
  • 2010s (22%) : En dépit de la stabilité de la présidence, cette décennie a aussi été marquée par 5 remaniements, mais également par un ralentissement dans l’innovation politique et une relative stagnation ministérielle.
  • 2019-2024 (0%) : Aucune modification ministérielle n’a été réalisée pendant cette période, ce qui reflète l’immobilisme du gouvernement actuel, malgré les crises graves que traverse le pays. Cette absence de remaniement ministériel peut être interprétée comme un signe de la déconnexion de Paul Biya de la gestion active de l’État et de la gouvernance.

Un (1) à Immobilisme Historique Face aux Défis du Cameroun

Depuis 2019, le Cameroun n’a connu aucun remaniement ministériel, une situation inédite sous Paul Biya, dont le règne de 42 ans a pourtant été marqué par 23 ajustements gouvernementaux. Avec une moyenne annuelle de 0,55 remaniement, Biya a toujours procédé à des changements rares, souvent motivés par des considérations politiques ou clientélistes plutôt que par des objectifs de performance. Durant les années 1980, il a orchestré sept remaniements (30% du total), principalement pour éliminer les fidèles de son prédécesseur Ahmadou Ahidjo et asseoir son autorité personnelle, comme l’explique Jean-François Bayart dans L’État en Afrique : La politique du ventre. Dans les années 1990, six ajustements supplémentaires (26%) ont répondu aux pressions du multipartisme, intégrant parfois des figures de l’opposition pour désamorcer les tensions populaires sans véritablement transformer les institutions. Cependant, dès les années 2000, la fréquence des remaniements a chuté à cinq par décennie, consolidant un système basé sur l’immobilisme. Depuis le dernier remaniement en 2019, aucune réforme n’a été entreprise malgré les multiples crises qui ébranlent le pays. Selon Transparency International, moins de 18% des ministres ont été renouvelés par mandat sous Biya, contre une moyenne mondiale de 30% dans les pays confrontés à des défis majeurs, soulignant un gouvernement incapable de s’adapter aux besoins urgents de la population.

L’Inertie Face aux Crises : Une Déconnexion Préoccupante

L’absence prolongée de remaniements est d’autant plus alarmante que le Cameroun est confronté à des crises profondes qui exigent des réponses stratégiques. La guerre dans les régions anglophones, ayant causé des milliers de morts et des millions de déplacés, illustre l’échec du gouvernement à proposer des solutions novatrices. Le ministre de la Défense n’a pas pu mettre en place des stratégies efficaces pour désamorcer le conflit. De même, dans le domaine économique, le Cameroun affiche une croissance stagnante de 4% par an, insuffisante pour réduire la pauvreté qui touche plus de 40% de la population. Alors que les défis exigeraient des compétences nouvelles, le cabinet reste inchangé. Comme le souligne Patrick Chabal dans Africa Works, “un régime qui ne procède pas à des ajustements institutionnels face aux crises majeures reflète une perte de connexion avec ses citoyens et une gouvernance purement symbolique”. Cette inertie dépasse les standards africains : depuis 2019, des pays comme le Rwanda et le Sénégal ont procédé à plusieurs remaniements pour intégrer des technocrates compétents, alors que le Cameroun demeure figé avec une moyenne d’âge ministérielle dépassant 65 ans.

Un Leadership Absent : Paul Biya et l’Abandon de l’État

L’inaction de Paul Biya est renforcée par son absence prolongée de la scène nationale. Résidant fréquemment en Suisse, il laisse la gestion des affaires publiques à des ministres vieillissants et souvent incompétents. Par comparaison, le Sénégal ou le Rwanda procèdent à des ajustements réguliers pour intégrer des compétences adaptées aux défis actuels. Le Cameroun, en revanche, enregistre une durée moyenne de mandat ministériel de dix ans, contre quatre ans dans les pays en développement dynamiques (Banque mondiale, 2022). L’absence de Biya, couplée à son refus d’ajuster son gouvernement, traduit un abandon manifeste de la gouvernance. Cela alimente le sentiment de désillusion populaire, exacerbé par la perception d’un gouvernement uniquement préoccupé par sa survie.

Une Gouvernance Déconnectée des Réalités Sociales

Le mécontentement des citoyens face à l’inaction gouvernementale est largement documenté, notamment à travers les mouvements sociaux comme “On a trop supporté”, menés par les enseignants en 2022. Ces revendications légitimes, visant à améliorer les conditions de travail et les infrastructures, n’ont suscité aucune réponse de la part d’un gouvernement figé dans l’immobilisme. Par ailleurs, la corruption généralisée alimente la frustration populaire. Selon Transparency International, le Cameroun est classé parmi les 50 pays les plus corrompus au monde, et cette situation est exacerbée par le manque de renouvellement des élites administratives, qui perpétuent un système inefficace et clientéliste.

L’Alternative MLDC : Réformes et Gouvernance Dynamique

Face à cet immobilisme, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose une alternative ambitieuse et pragmatique avec son modèle d’État développementaliste communautaire. Ce modèle repose sur des réformes régulières et basées sur la performance, garantissant une gouvernance redevable et dynamique. Contrairement au régime actuel, le MLDC prône des audits systématiques des ministères clés et la mise en place d’un calendrier de révision gouvernementale tous les trois ans. De plus, le MLDC privilégie une inclusion accrue des populations locales dans la gestion publique. Dans les régions anglophones, cela se traduirait par la création d’un ministère dédié à la réconciliation nationale, dirigé par des personnalités locales crédibles et respectées. Enfin, le modèle MLDC propose une gouvernance décentralisée, où chaque région jouerait un rôle actif dans l’élaboration des politiques nationales, rompant ainsi avec la centralisation excessive qui caractérise le régime Biya.

Conclusion : Entre Immobilisme et Avenir

L’absence de remaniement ministériel au Cameroun depuis 2019 est la manifestation claire d’un régime en perte de gouvernance active. Cette situation, même par les standards limités de Paul Biya, illustre un abandon de l’État face aux défis croissants du pays. Le contraste avec des pays africains dynamiques met en évidence l’urgence d’un changement de paradigme. Le MLDC, avec son modèle d’État développementaliste communautaire, offre une vision réformiste, capable de rompre avec l’inertie actuelle. À l’approche des élections présidentielles de 2025, cette vision représente une opportunité unique pour le Cameroun de renouer avec une gouvernance efficace et inclusive, tournée vers le développement durable et le bien-être de ses citoyens.

Le problème du Cameroun : 1. Les députés RDPC qui votent de mauvaises lois depuis des décennies et 2: Les maires RDPC incompétents et mauvais depuis des décennies

Cliquez sur vidéo pour suivre le débat

Je disais déjà à l’époque dans l’émission Hutu Africa de Stéphane Mbarga à Info TV que:

IL FAUT REMPLACER TOUS LES DEPUTES ET MAIRES RDPC EN 2025-2026, C’EST UN IMPERATIF CITOYEN POUR NOUS ET LES FUTURES GENERATIONS

Lorsqu’un pays est gouverné pendant des décennies par de mauvaises lois, il en résulte inévitablement des conséquences désastreuses. D’une part, on forme des citoyens qui manquent de compétences et d’initiative. D’autre part, on crée des individus qui, moralement, perdent leurs repères et se retrouvent dans des comportements nuisibles, souvent contraires aux valeurs de bienveillance, de solidarité et d’intégrité.

Pr Jimmy Yab à Info TV

Le problème du Cameroun ne se limite pas à la personne de Paul Biya. Il réside également dans un système entier qui favorise des pratiques et des structures inefficaces, notamment à travers :

1. Les députés du RDPC qui votent des lois inadaptées aux réalités et aux besoins de notre société, renforçant ainsi des normes qui freinent le progrès.

2. Les maires RDPC qui, pour beaucoup, font preuve d’incompétence et d’arrogance, éloignant ainsi l’administration des préoccupations et du bien-être des populations locales.

Ce cadre, qui se perpétue depuis des années, a engendré une partie de notre jeunesse qui manque de repères et de perspectives positives, et qui, parfois, sombre dans des comportements contraires à l’éthique et aux valeurs citoyennes. Pour réformer ce pays, nous devons non seulement transformer les institutions, mais aussi insuffler un nouveau sens des responsabilités et de l’engagement, afin de bâtir une société où les citoyens sont compétents, éthiques et guidés par des valeurs solides.

Cette vidéo met en évidence l’impact des mauvaises pratiques politiques sur la société camerounaise et la nécessité d’un changement en profondeur pour rétablir une gouvernance basée sur des valeurs solides et une administration compétente.

Alliance Cabral Libii et Maurice Kamto, une opportunité historique pour Paul Biya: Vers une transition républicaine et apaisée au Cameroun

Mots Clés: Paul Biya, Cabral Libii, Maurice Kamto, Election 2025, Barack Obama, Joe Biden, Nelson Mandela, Thabo Mbeki, Michael Sata, Angela Merkel, SPD, Winston Churchill, Parti travailliste, Transition républicaine

Depuis des décennies, le Cameroun est marqué par une gouvernance dominée par le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. À l’approche des élections de 2025, l’idée d’une transition démocratique et républicaine devient de plus en plus pressante. Dans ce contexte, une alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto, deux figures influentes de l’opposition camerounaise, pourrait représenter une solution d’équilibre et de renouveau pour le pays, offrant également à Paul Biya une sortie honorable de la scène politique. Une telle coalition entre jeunesse et expérience au Cameroun fait écho à des alliances politiques marquantes à travers le monde, qui ont souvent permis de surmonter des transitions complexes et de renforcer l’unité nationale.

Cabral Libii et Maurice Kamto : l’alliance de la jeunesse et de l’expérience

L’alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto incarne un équilibre unique entre la jeunesse et l’expérience, capable d’unir différentes générations de Camerounais et de bâtir un projet de renouveau dans un cadre républicain. Cabral Libii, jeune leader politique dynamique, représente un espoir pour de nombreux jeunes Camerounais aspirant à un changement de génération. Sa capacité à mobiliser la jeunesse et sa performance lors de la présidentielle de 2018 montrent sa pertinence pour incarner ce renouvellement politique. Cette situation rappelle l’alliance entre Barack Obama et Joe Biden aux États-Unis en 2008, où Obama, figure jeune et charismatique, s’est entouré de Biden pour son expérience, assurant ainsi une vision de changement appuyée par la stabilité institutionnelle.

De son côté, Maurice Kamto est une figure respectée, dotée d’une longue expérience politique et juridique. Ancien ministre délégué auprès du ministre de la Justice et professeur de droit international, il possède une connaissance approfondie des rouages de l’État et des institutions camerounaises. À l’instar de Nelson Mandela et de Thabo Mbeki en Afrique du Sud, où l’expérience de Mandela a aidé Mbeki à prendre la relève de manière stable, Kamto pourrait servir de garant de la continuité et de la légitimité, tout en soutenant les ambitions de Libii pour un Cameroun plus inclusif.

Les avantages pour Paul Biya : une sortie honorable et républicaine

Dans de nombreux pays, des leaders de longue date ont pu quitter le pouvoir de façon honorable en favorisant une alliance avec des figures de l’opposition. En soutenant implicitement une coalition entre Libii et Kamto, Paul Biya pourrait faciliter une transition démocratique tout en sortant de la vie politique avec dignité. Ce type de transition a permis à plusieurs dirigeants de rester dans l’histoire comme des bâtisseurs de paix, plutôt que comme des figures autocratiques.

L’exemple de la transition politique pacifique de Michael Sata en Zambie est pertinent : en coopérant avec ses opposants et en favorisant la réforme, il a aidé à garantir la stabilité de son pays. En adoptant une approche similaire, Paul Biya pourrait inscrire son héritage comme celui d’un chef d’État ayant œuvré pour le bien de son pays, tout en légitimant l’aspiration de la jeunesse et de la société civile camerounaise à une gouvernance démocratique.

Unir les Camerounais autour d’un projet commun

Une alliance Libii-Kamto pourrait transcender les clivages générationnels et ethniques souvent exploités à des fins politiques au Cameroun. En associant jeunesse et expérience, cette union aurait le potentiel de rassembler les Camerounais autour d’un projet de développement inclusif et de réformes institutionnelles. Le dynamisme de Cabral Libii pourrait être associé à la crédibilité de Kamto, offrant ainsi un programme qui répond aux aspirations de la jeunesse tout en respectant les valeurs républicaines et démocratiques. Cette alliance rappelle le partenariat entre Angela Merkel et le SPD en Allemagne, qui a permis de consolider une grande coalition capable de gouverner en temps de crise et de favoriser la stabilité du pays.

Une telle alliance enverrait aussi un message fort aux investisseurs et partenaires internationaux, rassurés par la vision d’un Cameroun capable de se renouveler sans conflit. Cela pourrait renforcer la position du Cameroun en Afrique et à l’international, et favoriser une relance économique bénéfique pour l’ensemble du pays. Un exemple similaire est celui du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque Winston Churchill et le parti travailliste ont formé une coalition pour unir le pays face aux défis énormes de l’époque, permettant de concentrer les efforts sur les priorités nationales.

L’alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto pourrait bien représenter la clé d’une transition politique pacifique et d’un renouveau démocratique pour le Cameroun. Pour Paul Biya, une telle union offrirait une opportunité unique de quitter le pouvoir de manière honorable, en laissant derrière lui un pays uni et en paix. Pour le Cameroun, c’est l’opportunité de renforcer ses institutions et d’ouvrir un nouveau chapitre fondé sur le respect de la diversité des générations et la construction d’un avenir commun. À l’instar des alliances historiques qui ont marqué des périodes de changement à travers le monde, une alliance Libii-Kamto pourrait inaugurer une nouvelle ère d’unité et de progrès au Cameroun.

La Faillite d’une Affirmation MENSONGÈRE, MANIPULATRICE, INJUSTE, ÉGOÏSTE, IRRESPONSABLE, DANGEREUSE ET HONTEUSE à l’encontre de la nouvelle génération : « Ne pas soutenir Paul BIYA, c’est défier Dieu qui l’a choisi »

Nouvelle génération de leadership politique camerounais

Le 6 novembre dernier, date commémorative de l’accession au pouvoir du président camerounais Paul Biya en 1982, le ministre du Commerce a déclaré que ne pas soutenir Biya équivaudrait à « défier Dieu qui l’a choisi. » Cette affirmation, bien que provocante, soulève de sérieuses questions sur la démocratie, la responsabilité politique et les aspirations de la nouvelle génération. L’idée que s’opposer à un dirigeant est contraire à la volonté divine est non seulement contestable, mais aussi dangereuse pour l’avenir d’une nation. Cet article démontre pourquoi une telle déclaration est à la fois injuste et irresponsable, et comment elle prive la jeunesse camerounaise de son droit de participer activement à l’avenir de son pays.

Une déclaration injuste pour la nouvelle génération

L’affirmation du ministre du Commerce s’inscrit dans une vision figée de la gouvernance, où la continuité au pouvoir est vue comme un devoir sacré, indépendamment de l’aspiration des jeunes générations à participer aux décisions politiques. La jeunesse camerounaise, comme toute génération montante, souhaite s’investir pour construire son avenir, apporter des solutions aux défis actuels, et participer au développement de son pays. Restreindre cet élan sous prétexte d’une « volonté divine » fige le destin du Cameroun et étouffe le potentiel d’innovation et de progrès dont la nouvelle génération est porteuse.

Chaque génération a le droit de gouverner. L’histoire montre que des sociétés prospères et durables reposent sur une transmission du pouvoir aux nouvelles générations, porteuses de nouvelles idées et mieux adaptées aux enjeux actuels. Imposer un dirigeant de façon perpétuelle, au nom d’une légitimité divine ou supposée, va à l’encontre des principes fondamentaux de la démocratie et empêche l’émergence de nouveaux leaders.

Une affirmation égoïste et irresponsable

L’idée que Paul Biya est un dirigeant « choisi par Dieu » relève d’une vision politique égoïste qui évite de considérer la volonté des citoyens. Une telle déclaration sert avant tout les intérêts de ceux qui bénéficient du système actuel et cherchent à maintenir le statu quo. Cette position dénote une volonté d’exclure toute alternative politique, de décourager le débat et d’éloigner la jeunesse des instances de décision. Elle crée un fossé profond entre les dirigeants et la population, qui voit ses aspirations négligées.

Le Cameroun est actuellement confronté à des crises profondes, notamment la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO), qui a divisé le pays et généré des souffrances incommensurables. Depuis des années, le gouvernement est dans l’incapacité de résoudre ce conflit qui mine la cohésion nationale et la paix sociale. En ancrant l’idée que Biya est le seul et unique dirigeant légitime, cette affirmation détourne l’attention des problèmes réels et des inégalités qui persistent dans le pays.

Une déclaration dangereuse pour la stabilité du Cameroun

Lier le pouvoir politique à une notion divine limite les possibilités de changement pacifique et peut inciter à la violence en cas de crise. En suggérant que toute opposition est illégitime, voire sacrilège, on crée un environnement de défiance et de radicalisation. Au lieu de promouvoir un climat d’échange et de consensus, cette idée creuse encore davantage le fossé entre les gouvernants et les gouvernés, et rend la transition politique de plus en plus incertaine.

Au lieu de préserver la paix et la stabilité, cette rhétorique augmente les tensions. La jeunesse camerounaise se sent exclue des processus de décision, ce qui peut exacerber les frustrations et fragiliser la cohésion nationale. Un Cameroun fort est un Cameroun qui valorise les contributions de chaque génération et qui permet à la jeunesse de s’impliquer activement dans la construction de l’avenir.

Conclusion : une honte pour le ministre du Commerce

Le ministre du Commerce devrait se soucier davantage de l’avenir du Cameroun que de ses intérêts personnels. Pousser un homme de 92 ans à tenir les rênes d’une nation qu’il peine à maîtriser est non seulement injuste pour Paul Biya lui-même, mais aussi pour toute la société. Le pays est en attente d’un renouveau, d’une vision portée par des dirigeants en phase avec les réalités contemporaines et les aspirations de la jeunesse.

Il est temps de promouvoir une alternance politique saine et d’encourager des leaders qui répondent aux besoins réels du pays. La jeunesse camerounaise a le droit de rêver d’un avenir meilleur et de s’engager pour y parvenir. Le devoir de chaque dirigeant, au lieu de maintenir un pouvoir personnel sous le couvert d’une légitimité divine, est de préparer le terrain pour une nouvelle génération capable d’assurer la pérennité et la prospérité de la nation.

La Jeunesse Camerounaise: Bonne vs Mauvaise

Je me permets de diviser la jeunesse camerounaise en deux catégories contrastantes : celle que j’appellerai la « MAUVAISE jeunesse », et celle que j’identifie comme la « BONNE jeunesse ». Ces deux segments de la société, formés et influencés par des dynamiques politiques et sociales distinctes, incarnent des visions radicalement opposées pour l’avenir du Cameroun. Mon analyse s’efforce de mettre en lumière ces divergences, tout en espérant que la « bonne jeunesse » finira par transformer durablement notre pays car comme le dit Nelson MANDELA : “Les jeunes sont l’avenir d’une nation. Ils doivent être valorisés et responsabilisés afin de contribuer positivement à la société.”

LA MAUVAISE JEUNESSE: ENTRE FRUSTRATION ET AMBITION DÉVOYÉE

La « mauvaise jeunesse » est le produit d’un système corrompu et inefficace, alimenté par le régime en place, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Cette jeunesse est formée dans un environnement où la réussite et la promotion sociale dépendent non pas du mérite, mais de l’allégeance politique et du clientélisme. Nombre de jeunes, frustrés par le manque d’opportunités malgré leur fidélité au RDPC, se heurtent à un plafond de verre imposé par des aînés qui refusent de céder la place, préférant conserver leur pouvoir et leurs privilèges.

Le résultat de cette dynamique est une jeunesse sans ambition réelle, qui, en l’absence de perspectives, aspire à l’enrichissement rapide, souvent par des moyens illicites. Cette « mauvaise jeunesse » reproduit ainsi les travers de ses mentors, adoptant une approche de survie axée sur le favoritisme, la corruption et la quête de gains rapides. Elle devient également vulnérable à une double frustration : d’une part, elle doit rivaliser avec une diaspora camerounaise, dont la réussite et le dynamisme mettent en exergue ses propres lacunes ; d’autre part, elle subit des conditions de vie précaires, aggravées par des salaires souvent insuffisants.

Le rejet de la diaspora par cette jeunesse est symptomatique d’un malaise profond. Par exemple, Samuel Eto’o, figure emblématique de la diaspora, a souvent été confronté à une opposition virulente de cette jeunesse lorsqu’il a voulu s’impliquer dans les affaires locales, notamment à la tête de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT). De même, je parie que si Francis Ngannou venait un jour à briguer un poste politique au Cameroun, cette jeunesse, loin de le soutenir, serait l’une de ses principales opposantes. Ce rejet illustre une insécurité face aux Camerounais de la diaspora, perçus comme des « intrus » qui menacent un système de privilèges bien ancré. Ironiquement, elle semble oublier que le président actuel, S.E. Paul Biya, lui-même ancien membre de la diaspora, gouverne le Cameroun à partir de l’étranger, notamment depuis Genève.

LA BONNE JEUNESSE: RÉSISTANCE ET ESPOIR DU CHANGEMENT

À l’opposé, la « bonne jeunesse » représente l’espoir d’un Cameroun nouveau. Cette jeunesse résiste aux pratiques corrompues et clientélistes et aspire à un avenir fondé sur la justice sociale, la transparence et le mérite. Bien que confrontée à un environnement économique difficile, marqué par le chômage et des obstacles quotidiens, elle refuse de céder aux sirènes de la corruption et s’efforce de maintenir une éthique de travail intacte.

La force de cette jeunesse repose sur sa capacité de résilience et sa vision optimiste pour l’avenir. Elle est prête à relever les défis et à se sacrifier pour la construction d’un Cameroun plus juste et équitable. Cette « bonne jeunesse » voit en la diaspora un allié et non un rival. Elle reconnaît que le retour de la diaspora et la contribution de ceux qui, comme Eto’o ou Ngannou, ont réussi à l’étranger, pourraient apporter une expertise précieuse et revigorer le développement du pays.

L’exemple des jeunes Camerounais impliqués dans des initiatives sociales et politiques, montre cette détermination à surmonter les difficultés pour promouvoir le changement. Ces jeunes, loin de se laisser décourager par les conditions répressives imposées par le régime, persistent dans leur engagement pour une réforme politique et économique du pays. Ils incarnent cette jeunesse résistante qui préfère œuvrer pour le changement de l’intérieur plutôt que de fuir le pays en quête de meilleures conditions ailleurs.

UN APPEL À L’UNITÉ DES DEUX JEUNESSES

À mes yeux, la voie vers un Cameroun uni et prospère repose sur la réconciliation entre ces deux jeunesses. La « bonne jeunesse » doit continuer de tendre la main à ses pairs, leur offrant des modèles alternatifs fondés sur l’intégrité et le service à la nation. Cette alliance pourrait aider la « mauvaise jeunesse » à redécouvrir les valeurs de solidarité et de patriotisme nécessaires à la construction d’un Cameroun commun.

Il est crucial que cette bonne jeunesse, en collaboration avec la diaspora, joue un rôle actif dans les prochaines élections, notamment en 2025. Un changement politique profond, porté par une jeunesse unie et visionnaire, pourrait enfin mettre fin aux pratiques de corruption et de favoritisme qui gangrènent notre société. Comme le dit un proverbe africain, « quelque soit la durée de la nuit, le soleil finit toujours par apparaître ».

PR JIMMY YAB