L’ARMÉE CAMEROUNAISE : LE DERNIER REMPART DE L’ÉTAT DÉVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE, DE LA DÉMOCRATIE ET LE SOCLE D’UNE JEUNESSE EN QUÊTE DE REPÈRE

Introduction

J’ai eu l’honneur de donner des séminaires à l’École Internationale de Guerre de Yaoundé, un lieu emblématique où se forment les esprits stratégiques les plus brillants d’Afrique. C’est dans cet environnement que j’ai saisi pleinement une vérité souvent ignorée : l’armée n’est pas seulement une institution militaire, elle est l’épine dorsale de la souveraineté nationale, le dernier bastion de la démocratie et un moteur de transformation sociale.

Aujourd’hui, le Cameroun traverse des turbulences multiples. Sa jeunesse, confrontée à un chômage galopant, à l’effritement des valeurs traditionnelles et à la montée des divisions sociopolitiques, manque cruellement de repères. Les institutions civiles vacillent sous le poids des crises, et les conflits internes dans les régions anglophones ou l’Extrême-Nord menacent l’unité nationale. Dans ce contexte, l’armée camerounaise se dresse comme un pilier inébranlable, garantissant la stabilité démocratique et incarnant une citoyenneté active.

Il est vrai que l’armée n’échappe pas à la critique. Certains abus isolés dans les zones de conflit ont alimenté des débats houleux, et des organisations internationales ont pointé du doigt des dysfonctionnements. Pourtant, réduire cette institution à ces incidents serait une erreur profonde et injuste. Car, au-delà des polémiques, l’armée camerounaise est un modèle incontestable de discipline, de patriotisme et de service communautaire. Elle transcende son rôle militaire pour devenir un acteur de développement, de cohésion sociale et un repère essentiel pour une jeunesse en quête de direction.

Plus qu’un simple rempart contre les menaces internes et externes, l’armée est aujourd’hui le dernier garant de la démocratie camerounaise. Dans une sous-région marquée par des coups d’État et des transitions forcées, elle a su maintenir une neutralité politique exemplaire et protéger les fondements constitutionnels du pays. À une époque où la résilience de l’État est testée, où les tensions identitaires mettent à mal l’unité, et où les jeunes cherchent une voie, le Cameroun a plus que jamais besoin de son armée pour préserver sa souveraineté et raviver l’espoir d’une nation unie.

Cet article défend une thèse inhabituelle mais profondément ancrée dans la réalité : l’armée camerounaise, malgré ses défis, incarne le dernier rempart contre la fragmentation sociale et politique. Par ses actions de développement communautaire, son engagement civique et son rôle stabilisateur, elle représente une institution indispensable pour la survie et l’épanouissement du modèle républicain camerounais. Quand tout vacille, l’armée demeure le socle sur lequel le Cameroun peut reconstruire son avenir.

I. L’armée camerounaise : un modèle de citoyenneté républicaine

Dans un Cameroun marqué par des fractures sociales et des tensions régionales, l’armée camerounaise s’est affirmée comme un pilier de la citoyenneté républicaine. Sa mission dépasse le simple maintien de l’ordre et la défense des frontières. Elle incarne des valeurs fondamentales qui structurent la société : l’unité nationale, la discipline, le respect des institutions et la promotion d’une citoyenneté active.

A. Une institution garante de l’unité nationale

Depuis l’indépendance, l’armée camerounaise a été pensée comme une institution capable de transcender les divisions ethniques et linguistiques du pays. À travers une politique de recrutement inclusive, elle reflète la diversité culturelle du Cameroun, ce qui renforce son rôle dans la consolidation de l’unité nationale.

Selon Tchouala (2018), « la structure multiethnique des forces armées camerounaises symbolise une volonté de dépasser les clivages identitaires et de forger un véritable esprit de fraternité nationale ».

Exemple concret : Chaque année, l’École Militaire Interarmées (EMIA) forme des officiers provenant de toutes les régions du Cameroun. Ces futurs cadres, en interagissant avec des camarades issus d’autres groupes culturels, développent une vision unifiée et collective de la nation.

L’armée s’efforce également d’apaiser les tensions régionales par sa présence dans les zones historiquement marginalisées. Par exemple, dans l’Extrême-Nord, elle ne se limite pas à lutter contre Boko Haram, mais elle s’implique aussi dans des projets de développement, renforçant ainsi la confiance entre les populations locales et l’État.

B. La discipline et le patriotisme comme piliers éducatifs

L’armée camerounaise est non seulement une force de défense, mais aussi une école de discipline et de patriotisme. Dès leur intégration, les recrues reçoivent une formation rigoureuse basée sur des valeurs telles que l’intégrité, la loyauté et le service à la nation.

Pondi (2016) souligne que « l’armée camerounaise incarne une école de citoyenneté où les recrues apprennent à mettre l’intérêt collectif au-dessus des intérêts individuels ».

Exemple concret : Les célébrations annuelles de la fête nationale du 20 mai, organisées par les forces armées, ne se limitent pas à des parades militaires. Elles incluent des ateliers éducatifs pour les jeunes, visant à promouvoir le sens du devoir et l’amour pour la patrie.

Ces efforts se traduisent également par la participation de l’armée à des programmes de sensibilisation dans les écoles. En 2022, par exemple, des officiers ont visité 50 établissements scolaires dans tout le pays pour dispenser des cours sur le civisme, le respect des institutions et les droits humains. Cette initiative, organisée en partenariat avec le ministère de l’Éducation de base, a touché plus de 30 000 élèves.

C. L’armée comme rempart contre les dérives populistes

Dans un environnement marqué par des tensions politiques croissantes, l’armée camerounaise joue un rôle crucial en tant que stabilisateur institutionnel. Contrairement à certaines armées de la sous-région, souvent instrumentalisées à des fins partisanes, l’armée camerounaise a su maintenir une neutralité politique.

Comparaison régionale :

• Au Tchad, l’armée est souvent perçue comme un outil de répression au service des régimes en place.

• En République centrafricaine, des éléments des forces armées se sont alignés sur des factions politiques, exacerbant les conflits internes.

En revanche, l’armée camerounaise a su préserver son image de gardienne des institutions républicaines, favorisant la stabilité et la cohésion sociale.

Exemple concret : Lors des élections générales de 2018, l’armée a été déployée pour sécuriser le processus électoral dans les zones sensibles. Contrairement à d’autres pays où les forces militaires interfèrent dans les résultats, l’armée camerounaise a strictement respecté son rôle, contribuant à renforcer la crédibilité des institutions démocratiques.

D. Une réponse aux crises identitaires et sociales

Le Cameroun, souvent qualifié d’« Afrique en miniature » en raison de sa diversité ethnique, linguistique et religieuse, fait face à des défis identitaires majeurs. Dans ce contexte, l’armée joue un rôle pédagogique en renforçant les valeurs de respect et de tolérance.

Selon Mouiche (1996), « en associant des jeunes de différents horizons au sein des forces armées, l’armée camerounaise crée un espace de dialogue interculturel, atténuant ainsi les tensions communautaires ».

En 2021, dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des campagnes de sensibilisation menées par l’armée ont mis l’accent sur la coexistence pacifique. Ces efforts incluaient des ateliers sur le vivre-ensemble, animés par des officiers formés en médiation culturelle.

II. Un acteur central du développement communautaire

Loin de se limiter à ses fonctions traditionnelles de défense et de sécurité, l’armée camerounaise s’illustre comme un moteur de développement communautaire. Ses actions vont au-delà des opérations militaires, en touchant directement des aspects critiques du bien-être social. Dans un pays où les inégalités régionales persistent, notamment dans les zones enclavées, l’armée joue un rôle de bâtisseur et de vecteur de transformation sociale.

A. Contributions concrètes au développement local

Les contributions de l’armée camerounaise au développement communautaire se matérialisent par la construction et la réhabilitation d’infrastructures dans des zones délaissées. Ces initiatives, menées souvent en collaboration avec des organisations locales et internationales, visent à améliorer l’accès aux services essentiels.

Projets d’infrastructures :

En 2021, l’armée a construit 15 écoles dans des zones rurales des régions du Nord et de l’Extrême-Nord, accueillant plus de 10 000 élèves. Ces écoles ont permis de scolariser des enfants déplacés par les conflits avec Boko Haram, offrant ainsi une chance à la jeunesse d’accéder à une éducation de base.

Exemple spécifique : À Mozogo (Extrême-Nord), une unité du Génie militaire a construit un centre scolaire entièrement équipé pour des élèves déplacés, avec le soutien de l’UNICEF.

• Amélioration des infrastructures de santé :

En collaboration avec le ministère de la Santé, l’armée a réhabilité plusieurs centres de santé dans les régions isolées. En 2020, 4 centres médicaux ont été remis à neuf dans la région de l’Est, facilitant l’accès aux soins pour plus de 50 000 habitants.

• Accès à l’eau potable :

Des forages ont été installés dans des villages éloignés, comme ceux de la région de l’Adamaoua, permettant à des milliers de familles de bénéficier d’un accès à l’eau potable. Ces efforts réduisent les risques de maladies hydriques dans des zones particulièrement vulnérables.

B. Soutien humanitaire en temps de crise

L’armée camerounaise joue également un rôle humanitaire crucial lors des crises humanitaires et des catastrophes naturelles. Dans ces situations, ses capacités logistiques et organisationnelles deviennent un atout indispensable pour répondre aux besoins urgents des populations.

Réponse aux déplacements massifs :

Les conflits avec Boko Haram dans l’Extrême-Nord ont entraîné des déplacements massifs de populations. En 2020, l’armée a distribué des vivres, des vêtements et des fournitures médicales à plus de 20 000 réfugiés internes dans les camps de Kolofata et Mora.

Human Rights Watch (2021) reconnaît que « l’armée camerounaise, en dépit de défis structurels, a su mobiliser ses ressources pour atténuer les souffrances des populations déplacées. »

• Aide en période de catastrophes naturelles :

Lors des inondations de 2019 dans la région de l’Extrême-Nord, l’armée a déployé des équipes pour construire des digues temporaires, reloger des familles et distribuer des vivres. Ces interventions ont permis d’éviter une aggravation de la crise humanitaire.

Soins médicaux d’urgence :

En partenariat avec des ONG, l’armée a mis en place des cliniques mobiles pour fournir des soins gratuits dans les zones de conflit. En 2022, plus de 5 000 consultations médicales ont été réalisées grâce à ces initiatives dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

C. Programmes éducatifs et civiques pour la jeunesse

Consciente de l’importance de l’éducation et de la formation civique, l’armée a développé des programmes spécifiques pour la jeunesse camerounaise. Ces initiatives visent à inculquer des valeurs citoyennes, à promouvoir la discipline et à encourager la participation communautaire.

Camps civiques pour les jeunes :

Depuis 2018, des camps organisés par les forces armées accueillent chaque année des milliers de jeunes Camerounais. Ces camps enseignent des compétences pratiques (agriculture, menuiserie, etc.) tout en sensibilisant les participants aux droits et devoirs des citoyens.

Exemple spécifique : En 2022, un camp civique organisé à Garoua a formé 500 jeunes, dont beaucoup étaient issus de milieux vulnérables.

• Ateliers de sensibilisation au civisme :

L’armée organise régulièrement des ateliers dans les écoles secondaires, où des officiers expliquent aux élèves l’importance de valeurs telles que le respect des institutions, la solidarité et le patriotisme. Ces actions ont touché plus de 30 000 élèves entre 2019 et 2022, selon le ministère de la Défense.

Promotion de l’engagement communautaire :

En encourageant les jeunes à participer à des projets locaux, l’armée crée des ponts entre les générations et favorise un sentiment d’appartenance à la nation. Par exemple, des campagnes de reboisement menées dans la région de l’Ouest ont mobilisé plus de 1 000 jeunes volontaires sous la supervision de militaires.

D. L’armée comme catalyseur du vivre-ensemble

Le Cameroun, pays aux multiples identités culturelles, linguistiques et religieuses, a souvent été confronté à des tensions communautaires. L’armée, par son action inclusive et ses initiatives de dialogue, s’est imposée comme un acteur clé du vivre-ensemble.

Exemple spécifique : Dans les régions anglophones, où les tensions sont particulièrement vives, des officiers spécialement formés en médiation culturelle ont organisé des forums de dialogue en 2021. Ces initiatives, qui ont réuni des leaders communautaires, religieux et des jeunes, ont permis de désamorcer certaines tensions locales.

Selon Mouiche (1996), « en intervenant dans les crises sociales avec une approche de dialogue et de médiation, l’armée transcende son rôle militaire pour devenir un acteur du renforcement de la cohésion nationale. »

III. Une institution exemplaire malgré les défis et une comparaison régionale favorable

Bien que l’armée camerounaise joue un rôle fondamental dans la consolidation de la citoyenneté et le développement communautaire, elle n’échappe pas à des défis. Ces défis, bien que notables, n’éclipsent pas son caractère exemplaire, surtout lorsqu’elle est comparée aux armées de la sous-région Afrique centrale. Cette partie met en lumière les critiques, les réformes en cours, et démontre pourquoi l’armée camerounaise reste un modèle face à ses homologues régionaux.

A. Des défis liés aux conflits internes

Depuis 2016, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont en proie à une crise sociopolitique connue sous le nom de conflit anglophone. Ce conflit a mis à rude épreuve l’armée camerounaise, qui s’efforce de rétablir la paix tout en limitant les débordements. Cependant, des incidents isolés d’abus ont terni son image.

Critiques des ONG : Des organisations comme Human Rights Watch ont documenté des cas d’arrestations arbitraires, d’exactions et de violences commises par certains éléments de l’armée. Par exemple, un rapport de 2021 mentionne des abus dans les localités de Bamenda et Kumbo, affectant la perception de l’armée dans ces zones.

Mouiche (1996) nuance cette critique en affirmant que « les dérives observées dans les zones de conflit ne doivent pas occulter le rôle stabilisateur et éducatif global de l’armée camerounaise. »

Réformes en cours : En réponse, l’État camerounais a renforcé les formations en droits humains pour les militaires déployés dans ces zones. En 2022, 500 soldats ont suivi des séminaires sur le droit international humanitaire, en partenariat avec le Comité international de la Croix-Rouge.

B. Une gestion délicate des tensions communautaires

Outre les zones anglophones, l’armée opère également dans l’Extrême-Nord, où elle combat Boko Haram. Si les interventions ont permis de limiter l’expansion du groupe terroriste, des tensions subsistent entre l’armée et certaines populations locales.

Exemple concret : À Kolofata en 2020, des accusations de pillages ont été portées contre des soldats, ce qui a nécessité une intervention disciplinaire des autorités militaires.

Réaction institutionnelle : Ces incidents, bien qu’isolés, ont poussé l’armée à renforcer ses mécanismes internes de contrôle et à établir des équipes de médiation pour désamorcer les tensions.

C. Comparaison avec les armées de la sous-région

Lorsque l’on compare l’armée camerounaise aux autres forces armées d’Afrique centrale, il devient évident qu’elle s’affirme comme un modèle de discipline et de citoyenneté, en particulier dans son approche du développement communautaire.

1. Cameroun vs Tchad : une armée plus équilibrée

Le Tchad est souvent perçu comme une puissance militaire dans la lutte contre le terrorisme. Cependant, l’armée tchadienne est critiquée pour son manque de neutralité politique et son recours fréquent à la répression.

• Comparaison :

• L’armée tchadienne, bien qu’efficace sur le plan militaire, reste un outil du régime pour asseoir son autorité.

• En revanche, l’armée camerounaise, malgré des défis internes, montre une volonté d’équilibrer ses missions militaires avec des actions sociales et civiques.

2. Cameroun vs Gabon : une armée plus impliquée dans la société civile

Au Gabon, l’armée est principalement concentrée sur la protection du régime en place, avec peu d’implication dans le développement communautaire.

Comparaison :

• Contrairement au Cameroun, où l’armée construit des écoles, des routes et distribue des vivres, l’armée gabonaise reste cantonnée à un rôle de maintien de l’ordre.

• Les projets sociaux de l’armée camerounaise renforcent son lien avec la population, un point souligné par Tchouala (2018), qui affirme que « l’armée camerounaise, par ses actions civiques, bâtit un pont entre l’État et le peuple. »

3. Cameroun vs République centrafricaine : un rôle stabilisateur

En République centrafricaine, l’armée nationale est affaiblie et dépend fortement des forces étrangères pour maintenir l’ordre. Le Cameroun, en revanche, dispose d’une armée autonome et proactive, capable de mener des missions complexes sans dépendre d’appuis extérieurs.

D. Les réformes nécessaires pour maintenir l’exemplarité

Malgré ses réussites, l’armée camerounaise peut encore améliorer certains aspects pour consolider son rôle exemplaire. Voici quelques pistes :

1. Renforcer la transparence :

• La création d’une commission indépendante pour surveiller les abus dans les zones de conflit renforcerait la confiance du public.

2. Améliorer la formation continue :

• Intégrer des modules de gestion des tensions communautaires et de médiation culturelle dans les programmes de formation des officiers.

3. Institutionnaliser les partenariats civils :

• Collaborer davantage avec les ONG et les associations locales pour maximiser l’impact des projets sociaux et humanitaires.

IV. L’armée camerounaise : dernier rempart de la démocratie camerounais

Selon Pondi (2016), « l’armée camerounaise, en se tenant à l’écart des conflits politiques, incarne l’idéal d’une force armée républicaine entièrement dédiée au service de la nation. »

Dans un contexte où les institutions civiles vacillent sous le poids des crises politiques, économiques et sociales, l’armée camerounaise s’impose comme le dernier rempart de la démocratie et de la souveraineté nationale. Bien plus qu’un simple outil de défense, elle joue un rôle stratégique dans la préservation des valeurs républicaines et la stabilité démocratique. Cette section met en lumière son rôle clé en tant que garant de l’ordre constitutionnel et de la cohésion nationale.

A. Une neutralité politique exemplaire

Contrairement à d’autres pays de la sous-région où les armées se sont souvent impliquées dans des coups d’État ou des luttes de pouvoir, l’armée camerounaise a su maintenir une neutralité politique qui renforce sa légitimité et sa crédibilité.

Un positionnement non partisan :

• Lors des élections générales de 2018, marquées par des tensions politiques, l’armée a assuré la sécurité du processus électoral sans interférer dans les résultats. Elle a permis aux institutions civiles de fonctionner normalement tout en veillant à la protection des populations.

Un contraste avec les armées de la région :

• Au Tchad ou en Guinée équatoriale, les forces armées sont régulièrement perçues comme des outils de maintien au pouvoir des régimes en place. À l’opposé, l’armée camerounaise s’efforce de préserver une indépendance qui la distingue dans une sous-région souvent marquée par des dérives autoritaires.

B. Un rôle clé dans la protection de la souveraineté nationale

Face aux menaces internes et externes, l’armée est un acteur incontournable pour garantir l’intégrité territoriale et la continuité de l’État.

1. La lutte contre les insurrections internes :

• Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, l’armée a été déployée pour protéger les institutions républicaines contre les velléités sécessionnistes. Bien que des abus aient été signalés, son rôle central dans le maintien de l’ordre et la défense de l’intégrité territoriale est indéniable.

Exemple concret : En 2020, les forces armées ont sécurisé les administrations locales de Bamenda, permettant à la justice et aux services publics de reprendre leurs fonctions.

2. La lutte contre les menaces transnationales :

• Face à Boko Haram, l’armée a non seulement protégé le Cameroun, mais a également collaboré avec les pays voisins dans le cadre de la Force multinationale mixte (FMM) pour garantir la stabilité régionale.

Human Rights Watch (2021) note que « l’armée camerounaise, malgré ses défis, est un pilier dans la lutte contre le terrorisme en Afrique centrale, contribuant à préserver la souveraineté nationale et régionale. »

C. Un garant de la continuité constitutionnelle

L’armée camerounaise est aussi un rempart contre les menaces qui pourraient ébranler la démocratie, telles que les tentatives de prise de pouvoir illégale ou les crises institutionnelles.

Un engagement en faveur de la légalité constitutionnelle :

• En 2019, alors que certains groupes politiques contestaient la légitimité des institutions, l’armée s’est mobilisée pour protéger les infrastructures publiques et garantir la continuité des services de l’État.

Exemple concret : Lors des manifestations post-électorales de 2018, les forces armées ont agi en concert avec la police pour éviter les débordements, tout en respectant les principes de proportionnalité.

Une position de stabilisateur national :

• Contrairement à certains pays d’Afrique où les transitions de pouvoir sont souvent accompagnées de crises militaires, le Cameroun a bénéficié de la stabilité relative offerte par une armée disciplinée et respectueuse de l’ordre républicain.

D. L’armée comme ultime protectrice des libertés publiques

Bien que l’armée soit associée à la sécurité et à l’ordre, elle joue également un rôle indirect dans la protection des libertés publiques. En sécurisant les processus démocratiques et en veillant à la continuité de l’État, elle garantit un environnement où les citoyens peuvent exercer leurs droits fondamentaux.

Exemple concret : Lors des élections municipales et législatives de 2020, l’armée a été déployée dans les régions sensibles pour permettre aux citoyens de voter en toute sécurité.

• Tchouala (2018) affirme que « l’armée camerounaise, en sécurisant l’espace public, permet l’expression des libertés fondamentales tout en évitant les dérives anarchiques. »

V. Recommandations pour pérenniser le rôle modèle de l’armée camerounaise

Si l’armée camerounaise s’est affirmée comme un pilier de citoyenneté et de développement communautaire, elle doit encore consolider son rôle pour répondre pleinement aux attentes d’une jeunesse en quête de repères. Cette section propose des recommandations stratégiques visant à renforcer son impact civique, sa crédibilité et son exemplarité, tout en maximisant son influence positive sur la société camerounaise.

A. Renforcer la transparence et la reddition des comptes

L’une des principales critiques adressées à l’armée camerounaise concerne le manque de transparence dans certaines de ses opérations, en particulier dans les zones de conflit. Pour préserver sa légitimité et renforcer la confiance des populations, des mécanismes de contrôle et de reddition des comptes doivent être mis en place.

1. Créer une commission indépendante de surveillance :

• Une entité autonome composée de représentants de l’armée, d’organisations de la société civile et d’experts en droits humains pourrait enquêter sur les abus et recommander des mesures disciplinaires.

Exemple inspirant : Le Rwanda a mis en place des organes de suivi similaires pour garantir l’éthique de ses forces armées, contribuant à améliorer leur image internationale.

2. Publier des rapports périodiques sur les activités militaires :

• Un rapport annuel détaillant les actions civiques, les dépenses et les progrès réalisés dans les zones de conflit renforcerait la transparence.

B. Investir davantage dans la formation aux droits humains

L’efficacité de l’armée camerounaise repose sur la discipline de ses membres, mais celle-ci doit être complétée par une solide formation sur les droits humains et les principes de citoyenneté.

1. Institutionnaliser la formation en droit international humanitaire :

• Tous les niveaux hiérarchiques devraient suivre des modules obligatoires sur les droits humains, le droit des conflits armés et les techniques de gestion des populations civiles.

2. Renforcer la sensibilisation à la médiation communautaire :

• Former des officiers spécialisés dans la gestion des tensions intercommunautaires, notamment dans les régions anglophones et septentrionales.

Selon Mouiche (1996), « une armée qui intègre la médiation dans son approche stratégique devient un acteur clé de pacification et de réconciliation nationale. »

C. Étendre les initiatives civiques pour la jeunesse

Pour répondre à la désorientation de la jeunesse camerounaise, l’armée pourrait intensifier ses programmes de sensibilisation et d’encadrement civique. Ces initiatives seraient une réponse directe aux frustrations des jeunes et un moyen efficace de promouvoir les valeurs républicaines.

1. Multiplier les camps civiques à l’échelle nationale :

• Organiser des sessions régulières pour former les jeunes aux principes de citoyenneté, de leadership et de participation communautaire.

Exemple concret : Les camps organisés dans la région de Garoua en 2022 pourraient être élargis à d’autres régions, avec un objectif de toucher au moins 10 000 jeunes par an.

2. Créer un programme de volontariat civique encadré par l’armée :

• Inspiré du service civique dans d’autres pays, ce programme impliquerait les jeunes dans des projets locaux (reboisement, construction d’infrastructures, campagnes de sensibilisation).

3. Inclure des formations professionnelles :

• Offrir aux jeunes des compétences transférables (artisanat, agriculture, informatique) pour améliorer leur employabilité tout en renforçant leur engagement civique.

D. Intensifier les collaborations avec les acteurs civils et internationaux

L’armée camerounaise ne peut maximiser son impact civique et communautaire sans une collaboration étroite avec d’autres acteurs. Les partenariats avec des organisations locales et internationales peuvent renforcer les capacités et les ressources nécessaires pour ses projets.

1. Travailler avec les ONG locales :

• Impliquer des organisations comme Redhac (Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale) dans les programmes de sensibilisation aux droits humains.

2. Mobiliser les ressources internationales :

• Coopérer avec des institutions comme l’UNICEF ou l’OMS pour des projets humanitaires et éducatifs.

Exemple inspirant : Le partenariat entre l’armée et l’UNICEF dans l’Extrême-Nord a permis de construire des écoles et de fournir un accès à l’eau potable à des milliers de familles.

3. Créer des plateformes de dialogue interinstitutionnel :

• Organiser des forums réguliers entre l’armée, les communautés locales, les leaders religieux et les associations pour discuter des priorités communautaires.

E. Améliorer les conditions de vie des militaires pour renforcer leur exemplarité

L’efficacité et l’intégrité des forces armées dépendent également de leurs conditions de vie et de travail. Il est essentiel de garantir un environnement qui motive les soldats à donner le meilleur d’eux-mêmes.

1. Revaloriser les salaires et les primes :

• Une rémunération juste et compétitive réduirait les risques de corruption ou d’abus.

2. Investir dans l’équipement et les infrastructures militaires :

• Fournir des équipements modernes et renforcer les bases militaires pour améliorer les conditions de travail.

3. Offrir des programmes de soutien psychologique :

• Les soldats en première ligne, particulièrement dans les zones de conflit, devraient bénéficier d’un suivi psychologique pour faire face au stress et au traumatisme.

En investissant dans la transparence, l’éducation aux droits humains, les initiatives pour la jeunesse et les collaborations avec les acteurs civils, l’armée pourrait devenir non seulement un modèle pour le Cameroun, mais aussi une référence régionale. Plus que jamais, le Cameroun a besoin d’une armée forte, disciplinée et tournée vers l’avenir.

Conclusion

Dans un Cameroun traversé par des crises identitaires, politiques et sociales, l’armée camerounaise s’impose comme le dernier bastion de la souveraineté nationale et de la démocratie. Plus qu’une simple force de défense, elle est devenue un acteur clé du développement communautaire, le dernier rempart de la démocratie, un modèle de citoyenneté dans un pays où la jeunesse, désorientée, cherche désespérément des repères.

Par ses actions sur le terrain – construction d’écoles, réhabilitation d’infrastructures, distribution d’aides humanitaires – et son rôle dans la préservation de l’unité nationale, l’armée transcende sa mission première. Elle protège non seulement le territoire, mais aussi les valeurs républicaines qui cimentent la nation. Sa neutralité politique exemplaire, dans une région souvent marquée par des dérives autoritaires, et son engagement en faveur de la continuité constitutionnelle en font un rempart essentiel contre l’effondrement des institutions civiles.

Certes, des défis subsistent, notamment dans la gestion des conflits internes et les perceptions négatives liées à des abus isolés. Mais ces failles ne doivent pas occulter l’essentiel : l’armée est le socle de la résilience camerounaise. Elle incarne l’espoir d’un Cameroun uni, démocratique, fort et prospère, capable de surmonter ses divisions et de préparer un avenir meilleur pour sa jeunesse.

Aujourd’hui plus que jamais, le Cameroun a besoin de son armée. Elle est le rempart ultime contre le chaos, le garant de la stabilité démocratique et le moteur d’un développement inclusif. Dans un monde incertain, où les institutions chancellent, l’armée camerounaise reste le pilier sur lequel le peuple peut compter pour préserver son identité, sa souveraineté et ses aspirations républicaines.

Bibliographie

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2. NEF Xavier. Le cinéma et l’éducation à la citoyenneté au Cameroun. Espace Géographique et Société Marocaine, 2021. Lien PDF.

3. Mouiche, I. Mutations socio-politiques et replis identitaires en Afrique: le cas du Cameroun. African Journal of Political Science, 1996. JSTOR.

4. Barry, M. A. L’armée guinéenne : comment et pourquoi faire ? Torrossa, 2009.

5. Pondi, J. E. Citoyenneté et pouvoir politique en Afrique centrale. 2016.

6. Tchouala, R. A. L. Diplomatie préventive et construction d’une communauté de sécurité en Afrique centrale. 2018.


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