Du rôle d’opposition à la vocation d’alternance : Le MLDC et la refondation politique au Cameroun

1. Introduction
Depuis les années 1990, la démocratisation en Afrique subsaharienne a été marquée par la prolifération de partis politiques d’opposition. Mais très vite, le modèle multipartite s’est heurté à une réalité bien connue des régimes hybrides : la démocratie sans alternance. Dans la majorité des pays africains, les partis dits “d’opposition” sont tolérés, voire encouragés, à condition qu’ils n’ébranlent pas les bases du pouvoir établi. Cette logique produit un simulacre de pluralisme où le changement de régime par les urnes devient presque illusoire.
Au Cameroun, cette réalité est particulièrement prononcée. Depuis 1982, le pouvoir est monopolisé par Paul Biya et son parti, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Les alternances institutionnelles y sont inexistantes, malgré la présence de partis d’opposition comme le Social Democratic Front (SDF) ou le MRC. Dans ce contexte, toute tentative d’émergence politique est suspectée de vouloir soit cohabiter avec le pouvoir en place, soit de tomber dans une opposition purement verbale et inefficace.
C’est dans ce climat de méfiance généralisée que le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) cherche à tracer une voie singulière. Parti historique, le MLDC fut fondé en 1998 par un collectif de grandes figures patriotiques, parmi lesquelles le patriarche Dr. Marcel Yondo, ancien ministre des Finances et conseiller du Président Ahmadou Ahidjo. Dans un contexte de transition politique difficile, le MLDC s’est distingué comme l’un des acteurs majeurs de la lutte pour le multipartisme au Cameroun. Durant les années 1990, il comptait des députés à l’Assemblée nationale et des conseillers municipaux dans plusieurs localités du pays. Après des années de combat loyal et constant, le patriarche a décidé de transmettre le flambeau à une nouvelle génération. Ainsi, lors du dernier Congrès ordinaire du parti tenu à Édéa en avril 2025, le Professeur Jimmy Yab a été démocratiquement élu Président national du MLDC, amorçant une nouvelle ère dans l’histoire du mouvement.
Sous cette nouvelle direction, le MLDC ne se contente pas de perpétuer un rôle d’opposition institutionnalisée. Il se définit désormais comme un parti d’alternance démocratique, porteur d’un projet national fondé sur l’État Développementaliste Communautaire (EDC). Cette distinction n’est pas seulement sémantique ; elle est stratégique, idéologique, et profondément ancrée dans une vision transformatrice de l’État. Le MLDC n’est pas un simple “contre-pouvoir”, il est porteur d’un contre-modèle, structuré autour de trois souverainetés essentielles : politique, économique et technologique.
Cet article entend démontrer que le MLDC incarne une dynamique d’alternance démocratique réelle, et non une opposition de façade. Pour ce faire, il est nécessaire d’abord de distinguer, sur un plan théorique, les notions d’opposition politique et d’alternance démocratique. Ensuite, il faut analyser l’histoire récente des partis d’opposition en Afrique afin de situer les défis et potentialités du MLDC dans une perspective comparative. Enfin, l’article explorera les fondements idéologiques et stratégiques du MLDC avant de montrer comment son projet d’État Développementaliste Communautaire constitue une rupture systémique avec l’ordre politique actuel.
En mobilisant des sources académiques et des exemples historiques, notamment africains, cette réflexion veut répondre à une critique fréquente : celle selon laquelle tout discours sur “l’alternance” serait un masque langagier cachant une volonté d’intégration au système dominant. À l’inverse, nous soutenons que le véritable visage de l’alternance n’est pas l’alternance de personnes, mais de paradigmes politiques et institutionnels. Et c’est précisément cette alternance que le MLDC ambitionne d’incarner.
Comme le rappelle Linz (1978), « une démocratie consolidée suppose non seulement des élections régulières, mais la possibilité réelle que le pouvoir change de mains par les urnes ». Cette remarque s’inscrit dans une perspective où l’opposition n’est légitime que si elle est en capacité de proposer une gouvernance alternative crédible. Le politologue africain E. Gyimah-Boadi, quant à lui, affirme que « le problème des oppositions africaines est moins leur existence juridique que leur incapacité structurelle à incarner l’espoir d’un changement systémique » (Gyimah-Boadi, 2015).
Dans cette optique, cet article entend montrer que le MLDC ne se contente pas d’exister comme parti légal d’opposition, mais qu’il propose une vision de l’État fondée sur la souveraineté populaire et le développement local endogène. Cette vision n’est pas un simple programme électoral, mais une refondation du contrat politique, inspirée de modèles asiatiques et africains de développement maîtrisé, tout en les adaptant aux réalités camerounaises.
L’enjeu de cette réflexion est donc double : théorique et pratique. Théorique, car il s’agit de clarifier les catégories d’analyse souvent confondues (opposition, alternance, démocratie). Pratique, car il faut répondre à une question urgente : comment une formation politique peut-elle ne pas se contenter d’opposer, mais proposer une véritable transformation du système ? C’est à cette question que tente de répondre le MLDC à travers son programme d’alternance fondé sur l’État Développementaliste Communautaire.

2. Opposition politique et alternance démocratique : distinctions conceptuelles et enjeux
La confusion entre les notions d’opposition politique et d’alternance démocratique est fréquente dans les débats politiques, en particulier dans les démocraties inachevées. Pourtant, ces deux concepts relèvent de dynamiques différentes, tant dans leur fonction institutionnelle que dans leur portée historique. Tandis que l’opposition politique désigne une posture dans le jeu politique, souvent critique, l’alternance démocratique implique un changement effectif du pouvoir par des moyens électoraux, dans un cadre pluraliste et compétitif.
2.1. Qu’est-ce que l’opposition politique ?
Dans les systèmes démocratiques, l’opposition politique joue un rôle essentiel : elle sert de contre-pouvoir, veille à la responsabilité de l’exécutif et propose des politiques alternatives. Selon Giovanni Sartori (1976), « l’opposition est une composante structurelle du système parlementaire ; elle est ce qui rend la démocratie dynamique, contrastée et vivante ». Elle peut être radicale ou modérée, selon son rapport aux institutions et à la légitimité du pouvoir en place.
Mais dans des régimes autoritaires ou semi-autoritaires comme celui du Cameroun, l’opposition est souvent tolérée sans réelle possibilité d’accéder au pouvoir. Les élections sont organisées, mais sans les garanties d’équité, de transparence et de neutralité institutionnelle. L’opposition y devient alors un simple ornement démocratique, autorisé tant qu’elle ne remet pas en cause l’hégémonie du pouvoir dominant. Plusieurs auteurs, dont Larry Diamond (2002), qualifient ces régimes de « démocratures » ou de « pseudo-démocraties ».
Au Cameroun, l’opposition existe depuis la loi de 1990 sur le multipartisme, mais elle reste marginalisée. Le RDPC contrôle tous les leviers de l’État : exécutif, législatif, judiciaire, armée, administration, et même les institutions électorales. Cette situation réduit les partis d’opposition à une fonction d’alerte, sans levier sur la gouvernance. C’est dans ce sens que l’opposition camerounaise a souvent été décrite comme divisée, réprimée et infiltrée, ce qui empêche l’émergence d’un projet alternatif cohérent.
2.2. L’alternance démocratique : plus qu’un changement d’acteurs
À l’opposé, l’alternance démocratique suppose un changement réel dans la direction politique d’un pays, à travers des élections libres. Elle implique que des partis d’idéologies différentes peuvent se succéder au pouvoir, dans le respect des règles du jeu démocratique. Comme le rappelle Philippe Schmitter (1991), « il ne peut y avoir de démocratie consolidée sans la possibilité effective d’une alternance politique régulière ».
L’alternance n’est donc pas seulement quantitative (remplacement d’un parti par un autre), mais surtout qualitative (changement de cap politique, institutionnel et éthique). Elle repose sur trois conditions fondamentales :
Une offre politique crédible et distincte. Des institutions électorales neutres et compétentes. Un électorat suffisamment mobilisé et conscient.
2.3. Exemples d’alternances démocratiques en Afrique
Contrairement à une idée reçue, l’Afrique n’est pas totalement étrangère à l’alternance. Plusieurs pays du continent ont connu des transitions démocratiques effectives à travers les urnes :
Sénégal : en 2000, Abdoulaye Wade bat Abdou Diouf, marquant la première alternance dans ce pays depuis l’indépendance. En 2012, Macky Sall bat Wade dans une élection libre. Ghana : considéré comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, le Ghana a connu plusieurs alternances pacifiques entre le NPP et le NDC. Zambie : en 2021, Hakainde Hichilema du parti UPND bat Edgar Lungu, dans une élection jugée libre par les observateurs internationaux. Kenya : malgré des tensions ethniques, l’alternance entre Mwai Kibaki, Uhuru Kenyatta et William Ruto illustre une certaine maturation démocratique.
Ces exemples montrent que l’alternance est possible en Afrique, à condition d’un ancrage institutionnel, d’une offre politique claire, et d’une volonté populaire forte.
2.4. Le cas camerounais : une opposition sans alternance
Au Cameroun, malgré la multiplication des partis politiques, aucune alternance réelle n’a été observée depuis 1982. Les élections sont systématiquement remportées par le RDPC, souvent avec des scores soviétiques. Les partis d’opposition, bien qu’actifs, n’ont jamais pu bâtir une coalition capable de renverser l’ordre établi. Cela s’explique par :
La mainmise du RDPC sur les institutions électorales (Elecam). Le boycott de certaines élections par des partis majeurs, affaiblissant la mobilisation citoyenne. Le manque de projet de société alternatif unificateur.
C’est dans ce vide stratégique que s’inscrit la démarche du MLDC. Refusant le piège de l’opposition symbolique, il se positionne clairement comme acteur d’alternance démocratique, en articulant une offre politique structurée, cohérente et radicalement différente. Le MLDC ne veut pas seulement critiquer le pouvoir ; il veut prendre le pouvoir pour changer le système, non pour le reproduire. Il propose une autre architecture de l’État, fondée sur la décentralisation active, l’autonomie communautaire et la souveraineté économique.
Loin d’être un simple choix rhétorique, la distinction entre opposition et alternance est fondamentale pour comprendre les dynamiques politiques camerounaises. L’opposition critique sans projet n’aboutit qu’à la marginalisation. L’alternance véritable exige une vision claire, une organisation disciplinée, et une capacité à conquérir le pouvoir de manière démocratique. C’est cette ambition que porte le MLDC : ne plus s’opposer simplement, mais proposer une rupture systémique par l’alternance, fondée sur l’État Développementaliste Communautaire.
3. L’expérience du MLDC : au-delà de l’opposition, vers une alternative systémique
Le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), depuis sa refondation et son renouvellement en avril 2025, se positionne clairement non pas comme un acteur politique d’opposition classique, mais comme le moteur d’une alternance démocratique et systémique, fondée sur un projet cohérent : l’État Développementaliste Communautaire (EDC). Contrairement aux partis qui se limitent à une critique de surface du régime en place, le MLDC propose une transformation en profondeur de l’État camerounais, tant sur les plans institutionnel, économique, social que culturel. Cette posture tranche radicalement avec l’histoire des oppositions fragmentées et clientélistes au Cameroun.
3.1. De la dénonciation à la proposition : un saut stratégique
Nombreux sont les partis d’opposition camerounais qui ont sombré dans une logique protestataire sans projet structurant. Cette posture, bien que légitime, a ses limites. Comme le souligne Jean-François Bayart (1993), « la politique en Afrique postcoloniale s’est trop souvent enfermée dans une logique de confrontation sans construction, où l’ennemi politique est diabolisé, mais rarement dépassé ». C’est précisément cette impasse que le MLDC entend surmonter.
Depuis la prise de fonction du Pr. Jimmy Yab comme Président national du MLDC lors du Congrès d’Edéa (avril 2025), le parti a entamé une mutation programmatique et stratégique majeure. Il ne s’agit plus seulement de contester le pouvoir du RDPC, mais de construire un récit national alternatif, fondé sur une refondation de l’État et une réhabilitation de la souveraineté populaire.
Le MLDC développe un projet de société articulé autour de trois piliers :
La souveraineté politique et territoriale, rompant avec la dépendance postcoloniale. La souveraineté économique et financière, reposant sur la valorisation des ressources locales. La souveraineté industrielle et technologique, orientée vers l’innovation communautaire.
3.2. L’État Développementaliste Communautaire : une vision transformante
Au cœur de l’offre politique du MLDC se trouve le concept d’État Développementaliste Communautaire. Ce modèle est inspiré à la fois des expériences asiatiques de développement (notamment les États développementalistes comme la Corée du Sud ou Singapour) et des traditions africaines de gouvernance communautaire et solidaire.
L’État Développementaliste Communautaire repose sur :
Une planification stratégique du développement par l’État, en partenariat avec les collectivités locales. Une autonomie des communautés locales dans la gestion de leur développement, y compris la fiscalité locale, la production agricole, et l’éducation. Une industrialisation territorialisée, où chaque région développe ses filières industrielles à partir de ses ressources et savoir-faire. Un État-protecteur, garantissant l’accès aux services publics de base (santé, éducation, transport) de manière équitable.
Ce modèle dépasse la vision néolibérale de l’État minimal, tout en évitant le centralisme autoritaire qui a marqué le régime du Renouveau. Il incarne une rupture systémique avec le régime actuel, tant dans sa philosophie que dans sa méthode.
3.3. Une stratégie d’alternance électorale et populaire
Contrairement à certains partis qui considèrent les élections comme des simulacres à boycotter, le MLDC adopte une stratégie de conquête électorale méthodique, basée sur :
Une implantation locale progressive, avec des sections régionales, départementales et communales actives. Un programme clair, décliné dans les dix régions, adapté aux réalités de chaque territoire. Un discours de proximité, qui s’adresse aux jeunes, aux femmes, aux paysans, aux enseignants, et aux travailleurs du secteur informel. Une démarche de rassemblement des forces citoyennes, au-delà des appartenances partisanes.
Le MLDC inscrit sa démarche dans une logique de transition populaire vers la démocratie effective, en redonnant au peuple les moyens d’agir par la participation politique, l’éducation civique, et la prise en charge locale du développement. Ce positionnement le différencie des partis qui espèrent un changement par le haut ou par des interventions extérieures.
3.4. Une nouvelle génération politique
L’alternance ne peut se produire sans un renouvellement profond du leadership. À cet égard, l’élection du Pr. Jimmy Yab comme Président national du MLDC incarne le passage d’une génération à une autre, alliant la fidélité aux luttes passées et l’innovation idéologique.
Ce changement de génération au sein du MLDC, loin d’être symbolique, se traduit par :
Une réorientation stratégique vers la jeunesse et la diaspora. Une volonté de réhabiliter l’intelligence comme outil de transformation politique, en rompant avec l’anti-intellectualisme ambiant. Une ouverture vers les mouvements sociaux, les organisations communautaires, et les syndicats.
Le MLDC ne se définit donc pas seulement comme une opposition morale, mais comme une élite de responsabilité, prête à gouverner et à reconstruire l’État.
En s’émancipant des logiques d’opposition protestataire pour porter une vision globale de l’alternance, le MLDC inaugure un nouveau cycle politique au Cameroun. Il ne se contente pas de dénoncer le système dominant ; il propose une alternative systémique, fondée sur une pensée originale, une stratégie électorale réaliste, et une volonté de transformation concrète.
Le MLDC ne cherche pas simplement à remplacer les hommes en place, mais à changer les règles du jeu, à rebâtir la relation entre l’État et les citoyens, et à restaurer l’idée que la politique peut être au service du bien commun. Ce faisant, il s’inscrit dans la lignée des grands mouvements africains de transformation systémique, comme le Congrès National Africain de Mandela ou le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix en Côte d’Ivoire.
4. Le MLDC comme alternative crédible dans le contexte de la présidentielle 2025
À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025, le Cameroun vit un tournant décisif. L’essoufflement du régime du Renouveau, marqué par plus de quatre décennies de gouvernance autoritaire, centralisée et prédatrice, a engendré une crise de légitimité, une désaffection massive de la jeunesse, une paupérisation galopante et un affaissement des institutions. C’est dans ce contexte qu’émerge avec vigueur le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), comme alternative politique crédible, portant une vision nouvelle, un projet structuré et une volonté ferme de rupture démocratique.
4.1. Un contexte politique mûr pour l’alternance
L’environnement socio-politique camerounais actuel est marqué par plusieurs dynamiques favorables à une alternance :
Une jeunesse majoritaire mais désabusée, qui représente plus de 60 % de la population et dont une grande partie est au chômage ou sous-employée (INS, 2024). Un discrédit croissant du RDPC, perçu comme incapable de résoudre les défis du pays, notamment la corruption, la centralisation abusive, et le délabrement des services sociaux. Une société civile de plus en plus active, avec des mobilisations sur les réseaux sociaux, des mouvements étudiants, des syndicats enseignants et des ONG de défense des droits humains. Une diaspora structurée et politisée, qui joue un rôle croissant dans le financement, la sensibilisation et la proposition de modèles alternatifs.
Dans ce contexte, l’alternance n’est plus un vœu pieux, mais une nécessité historique. Toutefois, cette alternance ne peut être incarnée que par un parti capable de réunir crédibilité, projet et organisation. C’est précisément ce que le MLDC s’efforce de construire.
4.2. Une crédibilité reconstruite sur l’héritage et l’innovation
Contrairement à certains nouveaux partis qui émergent sans mémoire politique, le MLDC s’appuie sur une longue tradition de militantisme patriotique, entamée dès les années 1990 avec des élus municipaux et parlementaires engagés dans le combat pour le multipartisme. Le MLDC ne surgit donc pas de nulle part ; il est le fruit d’un héritage assumé, mais désormais reconfiguré pour répondre aux exigences du présent.
Depuis son Congrès d’avril 2025 à Édéa, le parti a engagé :
Un renouvellement de sa direction nationale, avec à sa tête le Pr. Jimmy Yab, figure de la jeunesse intellectuelle et militante camerounaise. Une restructuration de ses bases régionales, avec la mise en place de coordinations locales démocratiques. Une stratégie de communication offensive et pédagogique, centrée sur l’éducation politique, la critique argumentée, et la mise en débat de solutions concrètes.
La combinaison de l’enracinement historique et de l’innovation générationnelle donne au MLDC une assise à la fois symbolique, programmatique et organisationnelle.
4.3. Un programme réaliste et mobilisateur : les 10 priorités de la transition
Dans la perspective de la présidentielle de 2025, le MLDC a présenté un programme de transition national, articulé autour de dix priorités, elles-mêmes issues de la vision de l’État Développementaliste Communautaire. Parmi ces priorités figurent :
L’éducation de masse et la revalorisation des enseignants, pierre angulaire du renouveau national. La décentralisation réelle et la gouvernance communautaire, contre le centralisme paralysant actuel. La relance de l’agriculture et de l’industrie locale, pour une économie autosuffisante. La réforme de l’administration et la lutte contre la corruption, avec des mécanismes de transparence communautaire. L’accès équitable aux soins, à l’eau et à l’électricité, considérés comme des droits fondamentaux. La souveraineté monétaire et la fin de la dépendance au franc CFA. La paix, la sécurité et la réconciliation nationale, à travers une approche inclusive. Le respect des libertés fondamentales, avec une justice indépendante et des médias libres. La promotion de la jeunesse et de la femme dans les institutions. La diaspora comme moteur du développement, avec des incitations concrètes à l’investissement.
Ce programme se distingue des promesses électoralistes vagues. Il est territorialisé, budgétisé, et organisé par étapes, inspiré de modèles ayant fait leurs preuves, comme la Vision 2030 du Rwanda ou la planification communautaire au Ghana.
4.4. Une stratégie électorale d’alternance pacifique
Le MLDC s’inscrit dans une démarche de conquête démocratique du pouvoir par les urnes, en appelant à une mobilisation populaire pacifique et massive. Pour cela, il développe :
Des tournées régionales de sensibilisation, avec des forums citoyens dans les 10 régions. La formation d’observateurs électoraux à partir de ses cellules communautaires. Des alliances avec des forces progressistes, sans compromission avec les clans du régime. Une pédagogie de l’alternance, pour briser le fatalisme politique et redonner confiance au peuple.
Comme l’écrit Mbembe (2010), « l’alternance démocratique en Afrique ne peut s’imposer que si elle se conjugue avec une prise de conscience citoyenne et une volonté populaire de rupture ». Le MLDC agit précisément dans ce sens.
L’élection présidentielle de 2025 ne sera pas une compétition ordinaire. Elle représentera un jugement historique sur plus de quarante ans de règne du RDPC. Dans ce cadre, le MLDC apparaît comme l’unique parti structuré, enraciné et porteur d’un projet alternatif global, capable de transformer le Cameroun non seulement au sommet, mais aussi à la base.
Il ne s’agit pas seulement d’un changement de gouvernants, mais d’un changement de paradigme, où le pouvoir est repensé non comme domination, mais comme service public communautaire. Le MLDC, dans cette logique, n’est pas un simple parti d’opposition. Il est le vecteur de l’alternance systémique tant attendue, une alternance par les urnes, par la base et par la vision.
Conclusion générale : Le MLDC, catalyseur d’une nouvelle ère politique au Cameroun
L’analyse approfondie du parcours, de la vision et de la stratégie du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) démontre de manière claire que ce parti politique ne se contente pas d’occuper une posture oppositionnelle classique. Il se positionne résolument comme le moteur d’une alternance politique profonde, non réductible à un simple changement d’élites, mais pensée comme refondation systémique de l’État camerounais, à travers l’idéologie de l’État Développementaliste Communautaire (EDC).
Dans un contexte marqué par la fatigue démocratique, l’enlisement de la gouvernance autoritaire du RDPC, et le discrédit grandissant des institutions de l’État, le MLDC incarne un espoir de transformation. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer, mais de proposer, planifier, mobiliser et reconstruire — avec méthode, mémoire, et ambition collective. Cela le distingue fondamentalement des partis d’opposition classiques, qui, dans bien des cas, oscillent entre radicalisme impuissant et compromission stérile.
Une alternative fondée sur une identité idéologique claire
Alors que de nombreux partis africains souffrent d’un flou idéologique ou d’un mimétisme doctrinal hérité de l’époque coloniale, le MLDC s’enracine dans une pensée politique originale, structurée autour du concept d’État Développementaliste Communautaire. Cette doctrine ne cherche ni à importer des modèles étrangers, ni à répéter les formules stériles des socialismes d’antan. Elle propose une synthèse contextualisée entre la rigueur de l’État stratège, la participation citoyenne à la base et la valorisation des savoirs locaux (Mkandawire, 2001 ; Foucher, 2019).
Cette perspective, loin d’être abstraite, prend la forme d’un programme national concret, articulé autour de dix priorités de transition. Ce programme est conçu comme un outil de mobilisation populaire et de réforme institutionnelle, à la manière de ce qu’Amílcar Cabral appelait « l’arme de la théorie » au service de la libération concrète des peuples africains.
Un enracinement historique et une légitimité renouvelée
La trajectoire du MLDC n’est pas celle d’un opportunisme politique de dernière heure. Né en 1998 dans le sillage des luttes post-conférence nationale, fondé par des figures emblématiques du patriotisme d’État comme le Dr. Marcel Yondo, le MLDC porte une mémoire du combat démocratique. Ce n’est pas un parti de la rupture sans racines ; c’est un parti qui renoue avec les ambitions de souveraineté abandonnées depuis les années 1980.
La transition à la tête du parti, avec l’élection démocratique du Pr. Jimmy Yab lors du Congrès d’Édéa en avril 2025, marque un tournant générationnel, stratégique et symbolique. Il s’agit d’un passage de témoin maîtrisé entre le legs des anciens et les aspirations des jeunes générations, en quête de justice sociale, de souveraineté et de dignité.
Une posture d’alternance pacifique et de refondation républicaine
Contrairement aux courants populistes qui surfent sur le désespoir sans projet, ou aux partis protestataires enfermés dans la dénonciation perpétuelle, le MLDC articule une vision de l’alternance à trois dimensions :
Alternance politique, à travers les urnes, le respect des règles démocratiques, et le rejet de la violence politique. Alternance institutionnelle, par une refonte des structures de gouvernance, pour en finir avec le présidentialisme absolu et restaurer les contre-pouvoirs. Alternance sociale et morale, fondée sur le mérite, la transparence et la réhabilitation de la fonction publique comme service du bien commun.
L’objectif n’est donc pas de remplacer un clan par un autre, mais de refonder l’État à partir des communautés, selon une éthique du développement endogène, participatif et souverain. Cette ambition rejoint les exigences formulées par nombre de penseurs africains contemporains, comme Achille Mbembe ou Felwine Sarr, qui appellent à sortir de l’État postcolonial rentier pour inventer un nouvel imaginaire du pouvoir africain.
Une ouverture continentale : vers une dynamique panafricaine de l’alternance
L’expérience du MLDC n’est pas un cas isolé. À l’échelle du continent, plusieurs formations politiques ont réussi à incarner, dans un moment historique donné, l’alternance démocratique salvatrice : l’ANC en Afrique du Sud en 1994, le RPG d’Alpha Condé en Guinée en 2010, le RDR d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, ou encore l’UPDS en République démocratique du Congo en 2019.
Mais ces alternances ont souvent été compromises par un manque de préparation doctrinale, de discipline organisationnelle ou de volonté éthique. Le MLDC, en intégrant ces leçons, propose une alternance durable, adossée à une doctrine, à des communautés politisées, et à une base populaire consciente.
Cette dynamique, si elle réussit, pourrait servir de modèle reproductible ailleurs en Afrique centrale, région encore dominée par des régimes semi-autoritaires peu enclins à la dévolution démocratique du pouvoir.
Une conclusion pour l’avenir
En définitive, considérer le MLDC comme un simple parti d’opposition serait méconnaître sa trajectoire, sa doctrine et sa stratégie. Il est le vecteur d’une alternance organique, à la fois politique, économique, sociale et culturelle. Dans un pays qui a trop longtemps confondu stabilité et immobilisme, alternance et chaos, le MLDC propose une troisième voie : celle de la transition souveraine, pacifique, communautaire et résolument africaine.
La présidentielle de 2025 ne sera pas un aboutissement, mais le point de départ d’un nouveau contrat social, fondé sur la souveraineté populaire, la justice territoriale et le développement collectif. Le MLDC est prêt à porter cette ambition. Il ne s’agit plus de s’opposer seulement. Il s’agit désormais de construire autrement. Ensemble. Dès maintenant.
Références
Diamond, L. (1999). Developing Democracy: Toward Consolidation. Johns Hopkins University Press.
Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press. Foucher, V. (2019).
L’alternance impossible? Gouverner le Sénégal après Wade. Karthala. Levitsky, S., & Way, L. (2010).
Competitive Authoritarianism: Hybrid Regimes After the Cold War. Cambridge University Press. Linz, J. J. (1978).
The Breakdown of Democratic Regimes. Johns Hopkins University Press. Mkandawire, T. (2001).
“Thinking about developmental states in Africa”, Cambridge Journal of Economics, 25(3), 289–313. Sartori, G. (1976). Parties and Party Systems: A Framework for Analysis. Cambridge University Press.
