Pourquoi le Cameroun Doit Encourager ses Talents Internationaux

Dans son article 29 Octobre 2024, Le système Biya, pire ennemi du Cameroun à l’international ?, Georges Dougueli met en lumière les obstacles que le gouvernement camerounais semble ériger pour limiter l’accession de ses citoyens aux postes internationaux. Selon Dougueli, cette réticence s’enracine dans une méfiance politique visant à éviter l’émergence de figures influentes pouvant devenir des concurrents pour le pouvoir en place. Voici les principaux arguments avancés par l’auteur :
- Réticence du Pouvoir Camerounais à Soutenir les Candidats Internationaux : Dougueli pointe un recul manifeste du soutien gouvernemental aux Camerounais cherchant des postes stratégiques dans les organisations internationales, attribuant cela à une crainte de l’apparition de nouveaux leaders susceptibles de contester le pouvoir actuel.
- Nostalgie de l’Époque Ahidjo : Sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo, les ressortissants camerounais étaient encouragés à occuper des postes de premier plan dans des institutions telles que l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et les Nations Unies, contribuant au rayonnement international du Cameroun.
- Les « Orphelins à l’International » : Simon Pascal Alain Handy, ancien diplomate camerounais, décrit les Camerounais comme abandonnés sur le marché de l’emploi international. Son propre parcours, marqué par des obstacles administratifs dus au manque de soutien de son gouvernement, illustre une tendance généralisée.
- Surveillance et Méfiance envers les Camerounais à l’Étranger : L’article indique que le président Paul Biya, ainsi que ses services spéciaux, surveillent les Camerounais évoluant à l’international, craignant leur loyauté et soupçonnant qu’ils puissent nourrir des ambitions politiques.
- Comparaison avec le Gabon : Dougueli compare cette attitude du Cameroun à celle du Gabon, où Omar Bongo, puis son fils Ali, surveillaient de près les carrières internationales de leurs compatriotes, montrant une tendance similaire de méfiance au sein de certains États africains.
- Doctrine de Léopold Ferdinand Oyono : Dougueli cite une recommandation de Léopold Ferdinand Oyono, haut diplomate camerounais, qui aurait dissuadé de soutenir les Camerounais à l’international dont la fidélité politique n’était pas garantie, affirmant ainsi la doctrine actuelle de prudence du Cameroun envers ses ressortissants ambitieux.
- Exemples d’Obstacles aux Carrières Internationales de Camerounais : Plusieurs exemples illustrent cette doctrine, dont les candidatures retardées de Théodore Nkodo pour la Banque Africaine de Développement ou de Philippe Camille Akoa pour ONU-Habitat, où l’inaction du gouvernement a compromis leurs chances.
- Cas Isolé de Philémon Yang : L’article mentionne Philémon Yang comme une rare exception, élu président de l’Assemblée générale des Nations unies, bien que l’auteur considère cela comme une anomalie dans une tendance générale de retrait du soutien aux Camerounais.
L’ensemble de ces arguments met en évidence une stratégie politique où le gouvernement camerounais se méfie de l’influence que pourraient acquérir ses ressortissants à l’international, perçue comme potentiellement menaçante pour le régime en place.
Cependant, cette attitude ne devrait pas prévaloir. À l’inverse, soutenir les talents camerounais sur la scène internationale représente une opportunité unique de renforcement de l’image, de l’influence et des intérêts du Cameroun. De nombreux pays ont compris que promouvoir leurs ressortissants à l’étranger est non seulement un levier de rayonnement, mais aussi un moyen de défendre activement leurs intérêts stratégiques.
Les Pays qui Investissent dans la Promotion de leurs Talents à l’International
- Le Rwanda : Sous Paul Kagame, le Rwanda soutient fermement ses citoyens pour occuper des postes internationaux, comme Louise Mushikiwabo, devenue Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Ce soutien a permis de renforcer l’influence diplomatique du Rwanda et de développer son image positive.
- La France : La France place activement ses ressortissants dans les organisations internationales comme l’ONU, l’OTAN et l’Union européenne, utilisant cette présence pour influencer des décisions clés et faire avancer ses intérêts nationaux.
- La Corée du Sud : Avec des figures comme Ban Ki-moon, ancien secrétaire général de l’ONU, la Corée du Sud illustre comment le soutien à des talents nationaux peut renforcer le soft power d’un pays et augmenter son rayonnement diplomatique.
- L’Inde : Forte de sa diaspora, l’Inde encourage ses citoyens à exceller dans des organisations mondiales telles que l’OMS et la Banque mondiale, permettant ainsi d’élargir l’influence et les partenariats de l’Inde à travers le monde.
- Le Brésil : En Amérique latine, le Brésil utilise la présence de ses diplomates dans des organisations comme la Banque interaméricaine de développement pour asseoir son leadership régional et défendre ses intérêts économiques et politiques.
Ces exemples montrent que la promotion de citoyens au sein des organisations internationales offre des avantages significatifs pour le pays d’origine, en termes d’influence politique, d’ouverture économique, et d’amélioration de l’image à l’étranger. Le Cameroun a tout à gagner en soutenant ses candidats et en réintégrant une diplomatie proactive pour placer ses talents dans des rôles stratégiques.
Pourquoi le Cameroun Doit Revoir sa Stratégie
Encourager les Camerounais à occuper des postes d’influence ne devrait pas être perçu comme une menace pour le pouvoir en place, mais bien comme un moyen de redonner au Cameroun une influence internationale significative. Je recommande une politique de soutien inconditionnel des talents camerounais pour des postes internationaux. Le Cameroun a tout à gagner à se rapprocher des modèles rwandais, français ou sud-coréen pour assurer une présence internationale forte, propice au développement économique et politique. Soutenir les talents camerounais sur la scène mondiale, c’est non seulement valoriser les compétences de la nation, mais également accroître les possibilités de partenariats internationaux, de financements, et de projets de développement en faveur du pays.
L’article de Dougueli, bien qu’il soulève des obstacles actuels, devrait servir de catalyseur pour repenser la diplomatie camerounaise et encourager le pays à exploiter pleinement le potentiel de ses citoyens pour mieux se positionner dans un monde de plus en plus interconnecté.
