Réévaluation des Philosophes Racistes en Afrique tels que Kant, David Hume, Voltaire et Georg Wilhelm Friedrich Hegel

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« Décoloniser l’éducation africaine : Écarter les philosophes racistes pour redonner du pouvoir intellectuel et spirituel a l’Afrique

Lorsque j’ai écrit « Kant and the Politics of Racism: Towards Kant’s Racialised Form of Cosmopolitan Right » c’est-a-dire: Kant et la politique du racisme : Vers une forme racialisée du droit cosmopolitique chez Kant, publié en 2021 par Palgrave Macmillan, l’une des plus prestigieuses maison d’edition occidentale, mon objectif principal était de dévoiler les préjugés raciaux profondément ancrés dans la philosophie de Kant, un biais qui n’est pas unique à lui, mais partagé par d’autres penseurs des Lumières tels que David Hume, Voltaire et Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Ces philosophes, largement célébrés pour leurs contributions intellectuelles, ont également propagé des idées qui soutenaient et justifiaient les hiérarchies raciales au fondement du colonialisme et de l’oppression. Dans les universités africaines, où le contenu éducatif devrait être aligné avec les objectifs de libération, de valorisation culturelle et de décolonisation, l’inclusion non critique de telles figures dans les programmes représente un risque. Voici les principaux arguments pour lesquels des philosophes comme Kant et d’autres ayant des points de vue similaires devraient être réévalués, voire exclus, des programmes universitaires en Afrique.

1. La perpétuation des hiérarchies raciales dans l’éducation

Le concept de droit cosmopolitique de Kant, qui en apparence semble universel, soutient implicitement une hiérarchie plaçant les Européens au sommet, les considérant comme moralement et intellectuellement supérieurs aux autres races. Si ces perspectives sont enseignées sans recul critique, elles peuvent subtilement promouvoir un sentiment d’infériorité chez les étudiants africains, sapant ainsi leur identité culturelle et perpétuant des mentalités coloniales. En intégrant Kant dans les programmes sans un cadre critique qui souligne ses préjugés raciaux, nous risquons de maintenir un modèle qui place la pensée occidentale—spécifiquement celle empreinte de préjugés raciaux—comme le summum du raisonnement philosophique.

D’autres philosophes, tels que David Hume et Hegel, partageaient des vues également destructrices sur la race. Hume qualifiait les Africains d’« inférieurs par nature » aux Européens, tandis que Hegel décrivait l’Afrique comme un continent sans histoire ni civilisation. Continuer d’enseigner ces perspectives comme des piliers philosophiques dans les universités africaines revient, en quelque sorte, à valider leurs présupposés racistes et à dénigrer l’héritage et les capacités intellectuelles africaines.

2. Incompatibilité avec les objectifs de décolonisation en Afrique

L’éducation en Afrique est aujourd’hui perçue comme un outil de décolonisation, un moyen de cultiver la pensée indépendante, la fierté culturelle et l’émancipation socio-économique. Cependant, l’intégration non critique de philosophes ayant soutenu des idéologies colonialistes va directement à l’encontre de ces objectifs de décolonisation. Des figures comme Kant et Voltaire ont contribué à un héritage philosophique justifiant l’exploitation et la déshumanisation des Africains, qui fut à la base du projet colonial.

Lorsque j’ai écrit Kant et la politique du racisme, j’ai souligné l’urgence de réévaluer les philosophies présentées comme des « vérités universelles ». En écartant—ou au moins en recontextualisant de manière critique—ces penseurs, nous créons un espace pour des philosophies africaines qui favorisent le respect de soi, la résilience et l’indépendance intellectuelle.

3. Impact psychologique sur les étudiants africains

L’inclusion de philosophes ayant dénigré les cultures non-européennes crée un environnement psychologique néfaste pour les étudiants africains. Une exposition répétée à des penseurs reléguant les Africains à des rôles inférieurs dans leurs cadres philosophiques peut influencer subtilement la perception de soi des étudiants. L’héritage éducatif colonial a déjà présenté l’Afrique et ses habitants comme étant « dépourvus » de civilisation ou d’intellect. Enseigner ces œuvres sans analyse critique risque de perpétuer un sentiment d’infériorité internalisé, un vestige colonial qui continue d’affecter le bien-être psychologique des étudiants africains.

Dans mon livre, je montre comment la représentation de Kant des non-Européens comme étant moralement et rationnellement inférieurs sous-tend son cosmopolitisme. En présentant Kant et ses contemporains comme le sommet de l’accomplissement intellectuel, nous risquons de réinscrire les mêmes hiérarchies coloniales dont les nations africaines cherchent encore à se libérer.

4. Philosophies alternatives pour les contextes africains

Des intellectuels africains tels que Cheikh Anta Diop, Fabien Eboussi Boulaga et Kwasi Wiredu proposent des philosophies ancrées dans les contextes, cultures et expériences africains, offrant des cadres précieux pour aborder les problématiques contemporaines africaines. Remplacer ou compléter les programmes avec ces penseurs ne refléterait pas seulement les réalités vécues des étudiants africains, mais inspirerait également une fierté dans les accomplissements intellectuels africains. Lorsque les universités en Afrique priorisent Kant ou Hegel au détriment de Diop ou Wiredu, elles relèguent les contributions des penseurs africains qui répondent mieux aux réalités historiques et culturelles du continent.

Dans mon livre, je montre comment, en se tournant vers la philosophie africaine, c’est-a- dire celle des africains, les universités africaines peuvent cultiver un environnement éducatif qui soutient l’émancipation et la fierté culturelle. Les penseurs africains ont développé des philosophies éthiques, politiques et sociales complètes ; leur inclusion dans les programmes servirait bien mieux les étudiants africains que des philosophes dont l’héritage est lié à la subjugation raciale.

5. Promouvoir un cosmopolitisme réellement inclusif

Enfin, l’objectif d’une éducation cosmopolite devrait être de favoriser le respect mutuel, la compréhension interculturelle et une inclusion authentique. Les philosophies de Kant et de ses contemporains, cependant, contredisent ces idéaux en excluant les non-Européens de leurs définitions d’êtres moraux et rationnels. Une éducation plus inclusive en Afrique devrait critiquer et remettre en question ces limitations, en favorisant un cosmopolitisme qui valorise toutes les cultures de manière égale.

En conclusion, comme je le soutiens dans« Kant and the Politics of Racism: Towards Kant’s Racialised Form of Cosmopolitan Right », les universités africaines devraient réévaluer avec soin la place de Kant et d’autres philosophes empreints de préjugés raciaux dans leurs programmes. Plutôt que d’enseigner ces figures sans recul critique, les universités devraient privilégier des penseurs dont le travail s’aligne avec les objectifs de libération, d’émancipation et d’inclusion authentique pour les étudiants africains.

PR JIMMY YAB


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