Je me permets ici de partager le point de vue d’un ami et frère en réaction à mon article intitulé : « Présidente ou Vice-Présidente en 2025 : Le Cameroun prêt pour un Leadership Féminin », car il soulève une question fondamentale : celle de la notion d’Institutions Fortes versus Hommes Forts. Ce débat fait écho à la position de Barack Obama, qui affirme : « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes et fiables. » Cette citation ouvre une réflexion profonde sur le rôle des leaders dans la construction des fondations durables d’une nation.
Je vous partage également ma réponse à ce débat, dans laquelle j’analyse et développe la vision de ce que signifie réellement un leadership fort et responsable dans le contexte africain et au-delà. »
LE TEXTE DE MON AMI ET FRERE
« Bonjour Jimmy, excuse-moi, mais le problème du Cameroun se situe ailleurs. Les Camerounais ne revendiquent ni la parité des genres dans l’attribution des responsabilités politiques, ni l’équilibre régional, contrairement à ce que certains activistes manipulateurs veulent souvent faire croire dans leur interprétation des conflits actuels.
Le véritable problème du Cameroun est celui de la mauvaise gouvernance, ainsi que l’absence de définition d’une vision et d’une dynamique orientées vers un progrès industriel et économique réel.
En réalité, nous perdons beaucoup de temps dans des débats dits démocratiques, qui ne sont en fait qu’une distraction orchestrée par le néocolonialisme, nous maintenant ainsi dans une position de dépendance pendant qu’il continue de nous piller. Nous devons regarder ailleurs, nous affranchir du néocolonialisme, créer nos propres chaînes de valeur, nous réinventer et nous projeter dans les relations internationales sans paternalisme, qu’il soit occidental ou oriental. C’est de cela que nous avons besoin.
Et, bien sûr, je donne raison à Barack Obama lorsqu’il affirmait : « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes et fiables. » Pour ma part, je voudrais reprendre cette phrase en ajoutant que l’Afrique n’a besoin ni d’hommes ni de femmes forts, mais d’une vision de progrès indépendante, soutenue par des institutions solides et dignes de confiance.
Bonne journée, mon frère. »
MA REPONSE
Mon très cher ami et frère,
Tu as raison de dire que le Cameroun a besoin d’une vision de progrès, et qu’il est crucial de se libérer du néocolonialisme pour construire nos propres chaînes de valeurs. Cependant, il est important de souligner que des institutions fortes ne peuvent pas naître spontanément ni fonctionner de manière autonome sans l’action et l’influence de leaders véritablement forts et visionnaires. Ce sont des hommes et des femmes forts, au sens noble du terme, qui construisent et laissent en héritage des institutions solides, capables de soutenir un progrès durable.
Hommes et Femmes Forts : Une Force de Transformation Positive
Quand Barack Obama parle d’“hommes forts”, il critique, en effet, des figures autocratiques comme Mobutu Sese Seko au Congo ou Hissène Habré au Tchad. Ces leaders, bien qu’autoproclamés patriotes, ont concentré le pouvoir entre leurs mains, privant leurs pays d’institutions solides capables de les survivre. Mobutu a régné sur le Congo avec une poigne de fer, laissant un pays affaibli, marqué par la corruption et le népotisme, où les institutions publiques étaient peu efficaces. Hissène Habré, quant à lui, a instauré un régime de terreur au Tchad, réprimant violemment toute opposition et laissant derrière lui un pays économiquement dévasté et institutionnellement fragile. Ces exemples montrent que le terme “homme fort” dans son sens négatif se traduit par un pouvoir personnel oppressant et destructeur, sans réelle vision pour l’avenir collectif.
À l’opposé, un homme ou une femme fort(e), dans le sens positif, est quelqu’un qui agit avec intégrité et vision pour bâtir une nation capable de résister aux épreuves et de prospérer, même après son départ. Nelson Mandela incarne ce type de leader tout comme Ellen Johnson Sirleaf du Liberia.
L’Héritage de Mandela : Un Modèle d’Institutions Durables en Afrique du Sud
Nelson Mandela incarne parfaitement ce type de leadership fort et désintéressé. Sa vision d’une Afrique du Sud pacifiée et démocratique a guidé son action, et en choisissant de quitter le pouvoir après un seul mandat, il a montré que son objectif n’était pas personnel, mais de construire une nation forte, appuyée sur des institutions solides. Mandela a travaillé pour bâtir une société fondée sur l’égalité des droits, la justice et la réconciliation. Son influence perdure aujourd’hui dans les institutions sud-africaines, qui, bien que confrontées à des défis, continuent de résister aux tentations de la dictature et de la centralisation du pouvoir grâce à la culture démocratique qu’il a implantée. Son héritage institutionnel, fondé sur la transparence et la primauté de la Constitution, est devenu un socle sur lequel l’Afrique du Sud a pu s’appuyer, même après sa retraite.
Ellen Johnson Sirleaf : Une Femme Forte pour le Renouveau du Libéria
L’exemple d’Ellen Johnson Sirleaf au Libéria illustre aussi le pouvoir transformateur d’un leader visionnaire. Première femme élue présidente en Afrique, elle a pris la tête d’un pays ravagé par des années de guerre civile et de corruption. Sa gouvernance a mis l’accent sur la reconstruction de l’État, la transparence, et la restauration de la paix. Elle a activement travaillé à réformer les institutions et à éradiquer la corruption systémique qui minait le pays. Aujourd’hui, le Libéria bénéficie d’institutions plus stables et d’un système judiciaire renforcé, des avancées directement héritées de l’engagement de Sirleaf pour le bien public. Contrairement aux dictateurs qui s’accrochent au pouvoir pour consolider leur emprise personnelle, Sirleaf a œuvré à renforcer la nation en posant les bases d’un État plus résilient, capable de répondre aux besoins des citoyens.
Le Genre et la Bonne Gouvernance : Une Question de Diversité et d’Inclusion
La mal-gouvernance, que tu mentionnes, peut également être interprétée à travers le prisme de la diversité des genres dans le leadership. Les études montrent que dans des pays comme la Norvège, la Suède, et le Danemark, où les femmes occupent des postes décisionnels élevés, on observe des niveaux de corruption plus bas, une meilleure gestion des ressources publiques et une plus grande stabilité. Par exemple, en Finlande, la Première ministre Sanna Marin, entourée de nombreuses femmes au gouvernement, a contribué à des politiques plus inclusives, notamment en matière de justice sociale et d’égalité des chances. En introduisant plus de voix féminines, ces nations ont su équilibrer et renforcer leur gouvernance.
L’Afrique dispose également de ses propres exemples de femmes leaders qui ont contribué à la construction d’institutions solides. Ellen Johnson Sirleaf, ancienne présidente du Libéria, comme je l’ai dejà dit a su restaurer la paix et réformer les institutions publiques dans un pays marqué par la guerre civile. Sa gouvernance a non seulement contribué à stabiliser le Libéria, mais a également donné l’exemple de ce qu’un leadership féminin engagé peut accomplir.
Les Institutions Fortes : Un Héritage des Leaders Visionnaires
Les institutions fortes ne naissent pas dans un vide. Elles sont le fruit de la volonté d’hommes et de femmes qui comprennent leur importance pour le développement à long terme d’un pays. Lorsque des leaders visionnaires construisent des institutions, ils assurent leur stabilité au-delà de leur propre mandat. Par exemple, au Ghana, Kwame Nkrumah a posé les bases d’un modèle de développement indépendant, valorisant la souveraineté africaine et la création de ressources locales. Bien que son mandat ait été interrompu, son influence a inspiré les générations futures et les institutions ghanéennes.
D’autres exemples mondiaux, comme Angela Merkel en Allemagne, montrent que la force d’un(e) leader visionnaire contribue à renforcer les structures politiques et économiques d’un pays, en mettant l’accent sur l’équité, la rigueur et l’intégrité. Sous sa direction, l’Allemagne a prospéré et est devenue l’une des principales puissances de l’Europe, en grande partie grâce aux institutions solides qu’elle a su renforcer et léguer.
Conclusion : Une Vision et des Leaders pour un Cameroun Fort
Je suis d’accord avec toi, sur le fait que le Cameroun doit s’émanciper des chaînes du néocolonialisme et forger sa propre voie de progrès. Toutefois, ce progrès ne pourra se réaliser que si nous avons des leaders — hommes et femmes — capables de bâtir des institutions robustes et durables. Il est clair que des institutions fortes ne naissent pas dans le vide. Elles nécessitent l’impulsion d’hommes et de femmes forts au sens noble, qui comprennent leur responsabilité envers le peuple. Mandela et Sirleaf montrent que des leaders visionnaires peuvent transformer leur pays en construisant des structures solides, qui, loin d’être le prolongement de leur pouvoir personnel, sont au service de la société. À l’opposé, les régimes tyranniques comme ceux de Mobutu ou Hissène Habré n’ont laissé qu’un héritage de peur et de ruine.
Pour le Cameroun, et pour l’Afrique en général, il est donc essentiel de promouvoir un leadership qui allie vision, intégrité et engagement pour le bien commun, afin de bâtir des institutions capables de soutenir un développement durable et de résister aux aléas du pouvoir dictatorial.
Portes toi bien mon frère.
PR JIMMY YAB
