
Au fil des huit dernières présidentielles, le taux de participation a connu un déclin significatif, passant d’un niveau quasi unanime lors du régime de parti unique à un peu plus de la moitié du corps électoral dans les scrutins récents. En 1984, Paul Biya était seul candidat et le taux de participation officiel atteignait 97,7 % – quasiment l’ensemble des inscrits avaient voté. En 1988, encore sous le régime du parti unique, la participation restait très élevée à 92,6 %. Ces chiffres reflétaient un engagement électoral forcé ou largement encouragé durant l’ère du parti unique, où l’absence d’alternative pouvait gonfler artificiellement la participation.
Avec le retour du multipartisme en 1992, une chute brutale de la participation est enregistrée. Lors de la présidentielle d’octobre 1992, seulement 71,9 % des inscrits ont voté, soit plus de 20 points de moins qu’en 1988. Cette élection de 1992 – la première réellement pluraliste – a vu une mobilisation moindre en raison du scepticisme et des tensions politiques, mais aussi possiblement d’un vote de protestation par l’abstention. Par la suite, le taux de participation a fluctué sans jamais retrouver les sommets des années 1980 : 83,1 % en 1997 (élection boycottée par une partie de l’opposition, ce qui, paradoxalement, a pu augmenter le pourcentage de participation des seuls partisans du pouvoir dans les statistiques), puis 82,2 % en 2004. À partir de 2011, une nouvelle baisse structurelle s’observe : la participation tombe à 68,2 %, signe d’une démobilisation croissante de l’électorat. Cette tendance s’est accentuée lors des deux scrutins les plus récents, avec un taux de participation historiquement bas de 53,8 % en 2018 – dans un contexte marqué par le conflit anglophone et la méfiance envers le processus électoral – suivi d’une légère remontée à 57,8 % en 2025. Malgré cette légère hausse en 2025 (environ +4 points par rapport à 2018), seuls un peu plus de la moitié des électeurs inscrits se sont déplacés. Autrement dit, près de 42 % des citoyens enregistrés ont choisi de s’abstenir en 2025, traduisant un désengagement politique massif.
Cette diminution de la participation sur le long terme traduit une crise de confiance envers le processus électoral et les dirigeants en place. Alors qu’aux débuts du régime Biya la participation quasi-générale pouvait être interprétée (non sans controverse) comme un soutien de façade massif, les scrutins récents montrent une population de plus en plus silencieuse dans les urnes. Le désintérêt ou le boycott d’une large frange de l’électorat jette un sérieux doute sur la légitimité populaire du vainqueur, même s’il est légalement élu. En effet, une élection remportée avec seulement 54-58 % de participation signifie que le président élu ne représente, en voix, qu’une minorité des citoyens en âge de voter, et a fortiori une fraction encore plus petite de l’ensemble de la population.
