Le Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC), Vers une Consolidation Stratégique de la Présence Chinoise en Afrique: Les objectifs immédiats de la réunion ministérielle de suivi du 10 au 11 juin 2025

Introduction : les objectifs stratégiques du FOCAC 2024 à Pékin

En septembre 2024, le Sommet de Pékin du Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC) a marqué une étape décisive dans l’approfondissement du partenariat sino-africain. Sous la présidence de Xi Jinping et en présence des chefs d’État africains, ce sommet a permis de tracer les contours d’une “communauté de destin sino-africaine pour la nouvelle ère”. Le sommet s’est structuré autour de deux grands axes :

Un agenda de modernisation conjointe, avec la présentation d’une proposition en six points visant à accompagner l’Afrique dans ses processus de développement économique, d’industrialisation et de transformation numérique. La définition de dix actions partenariales prioritaires, couvrant des secteurs aussi variés que le commerce, l’agriculture, la gouvernance, les infrastructures, l’énergie, la formation des élites administratives et la coopération culturelle.

Dans un contexte international marqué par des recompositions géopolitiques, des tensions commerciales et des rivalités croissantes entre grandes puissances, le FOCAC 2024 s’est affirmé comme une plateforme privilégiée permettant à la Chine et à l’Afrique de renforcer leur solidarité, d’approfondir leurs interdépendances économiques et de défendre conjointement les intérêts du Sud global.

Les objectifs immédiats de la réunion ministérielle de suivi du FOCAC en 2025

Dans le prolongement de ces engagements, la réunion ministérielle des coordinateurs, tenue à Changsha du 10 au 12 juin 2025, poursuit une double mission stratégique :

1. Évaluer l’état d’avancement de la mise en œuvre des engagements du Sommet de Pékin 2024

Cette rencontre constitue un moment crucial de bilan d’étape. Depuis le Sommet de 2024, la Chine a mobilisé des financements significatifs au bénéfice de ses partenaires africains (130,32 milliards de yuans en financement direct et 139,95 milliards en couverture d’assurance), tandis que des projets concrets ont été initiés dans les domaines du commerce, de l’agriculture, du e-commerce, de la formation politique et de la gouvernance.

Les échanges ministériels visent ainsi à :

Passer en revue les progrès réalisés. Identifier les obstacles rencontrés dans la mise en œuvre des projets. Proposer des ajustements opérationnels pour garantir l’efficacité des programmes.

2. Planifier et sécuriser les étapes futures de la coopération sino-africaine

Au-delà du bilan, cette réunion vise également à :

Actualiser la feuille de route commune, en tenant compte des évolutions économiques et géopolitiques récentes. Consolider les cadres institutionnels de coopération afin de garantir la stabilité et la résilience des partenariats. Réaffirmer la volonté commune de défendre un ordre international plus juste, fondé sur la solidarité Sud-Sud, le multilatéralisme et la diversité des civilisations.

Dans un monde marqué par l’instabilité financière, les conflits et la montée des logiques protectionnistes, la Chine et l’Afrique s’emploient ainsi à affirmer une posture stratégique autonome qui défend leurs intérêts communs dans la mondialisation.

La consolidation géopolitique de la Chine face aux avancées russe et américaine en Afrique

Au-delà des aspects techniques de coopération, cette dynamique de suivi du FOCAC s’inscrit dans une lecture géopolitique plus large. La Chine entend, par ces mécanismes multilatéraux structurants, consolider sa position dominante en Afrique face à la concurrence croissante de la Russie et des États-Unis.

1. Face à la montée en puissance de la Russie en Afrique

La Russie a renforcé ces dernières années sa présence sur le continent, principalement à travers des partenariats sécuritaires et militaires dans plusieurs États fragiles (Mali, Centrafrique, Burkina Faso, Niger). Cette stratégie russe s’appuie davantage sur des logiques sécuritaires, des déploiements de sociétés paramilitaires et une rhétorique anti-occidentale.

La Chine adopte une approche distincte, fondée sur :

La diplomatie du développement, via des investissements massifs dans les infrastructures économiques et sociales. Le soutien à la modernisation des États africains, à travers des transferts technologiques, des projets industriels, et la formation des ressources humaines. L’intégration progressive des économies africaines aux chaînes de valeur chinoises, par le biais des accords commerciaux bilatéraux et régionaux.

2. Face au retour offensif des États-Unis

L’administration Biden a intensifié sa diplomatie africaine, multipliant les sommets et les propositions d’investissement dans les infrastructures stratégiques (initiatives Prosper Africa, PGII, etc.). Toutefois, ces propositions américaines restent encore largement conditionnées par des exigences politiques et des contreparties institutionnelles.

En contraste, l’approche chinoise apparaît aux yeux de nombreux dirigeants africains comme plus pragmatique, plus rapide dans l’exécution et moins intrusive sur le plan des choix politiques internes.

3. Le maintien de la suprématie économique chinoise

Avec un volume commercial bilatéral atteignant 295,6 milliards USD en 2024 et des exportations africaines massivement facilitées par des accords de libre-échange et des exonérations tarifaires, la Chine demeure le premier partenaire économique de l’Afrique. L’ouverture du marché chinois aux produits africains (notamment agricoles) et la mise en place de mécanismes de financement innovants (financements commerciaux, e-commerce, reconnaissance douanière mutuelle) consolident davantage cette position. Enfin, la stratégie chinoise d’e-commerce transfrontalier et de digitalisation des échanges commerciaux ouvre des perspectives nouvelles d’intégration africaine aux nouvelles routes numériques.

Conclusion

La réunion ministérielle du FOCAC 2025 ne se limite pas à un simple exercice de suivi technique ; elle constitue une étape stratégique majeure dans la volonté de Pékin de :

Ancrer durablement l’Afrique dans son orbite économique. Offrir un contre-modèle de coopération au Nord global. Préserver son avance face aux dynamiques concurrentes russe et américaine.

En s’appuyant sur une approche globale intégrant financement, commerce, infrastructures, gouvernance, et diplomatie culturelle, la Chine confirme son ambition d’être, aux côtés de l’Afrique, l’un des pôles structurants du Sud global dans le nouvel ordre mondial en recomposition.


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