Entretien entre le Professeur JIMMY YAB, Président de l’Observatoire Chine‑Afrique Francophone (O.C.A.F), et Son Excellence XU YONG, Ambassadeur de la République populaire de Chine au Cameroun 

Pr Jimmy Yab et S.E. Xu Yong

Yaoundé, le 13 Octobre 2025 – Le Professeur Jimmy Yab, président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone, a accueilli en entretien de travail Son Excellence Xu Yong, nouvel Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République populaire de Chine auprès de la République du Cameroun.

Un cadre de dialogue renforcé

La rencontre, empreinte d’un esprit constructif et tourné vers l’avenir, s’est focalisée sur les grandes lignes d’une coopération approfondie entre la Chine et les pays francophones d’Afrique. Au-menu des échanges: le renforcement de la recherche universitaire, le développement des échanges culturels, l’intégration technologique ainsi que la promotion d’un modèle de développement durable partagé.

Positionnement stratégique des deux institutions

Pr Jimmy Yab et S.E. Xu Yong

Le Professeur Yab a rappelé la vocation de l’Observatoire : servir de plateforme d’analyse et de réflexion sur les dynamiques de la relation sino-africaine dans l’espace francophone. Il a mis en exergue la nécessité de co-construire des partenariats fondés sur le savoir, la mutualité et la compréhension interculturelle.

De son côté, l’Ambassadeur Xu Yong a confirmé l’engagement de la Chine à œuvrer pour une coopération équilibrée et avantageuse pour les deux parties, et a salué le rôle de l’Observatoire comme acteur incontournable du dialogue intellectuel sino-africain.

Enjeux et signification

Cette prise de contact s’inscrit à un moment clé de la coopération sino-africaine : alors que les contextes géopolitiques et économiques évoluent, elle traduit la volonté commune d’inscrire le partenariat dans une logique renouvelée, articulée autour de l’expertise, de l’innovation et de la réciprocité.

Pour l’Observatoire, cette rencontre marque un tournant : un passage de l’analyse pure à la concrétisation d’un agenda d’action partagé. Pour l’Ambassade de Chine, c’est l’occasion de renforcer sa présence dans l’espace francophone par une démarche plus académique et collaborative.

Le Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC), Vers une Consolidation Stratégique de la Présence Chinoise en Afrique: Les objectifs immédiats de la réunion ministérielle de suivi du 10 au 11 juin 2025

Introduction : les objectifs stratégiques du FOCAC 2024 à Pékin

En septembre 2024, le Sommet de Pékin du Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC) a marqué une étape décisive dans l’approfondissement du partenariat sino-africain. Sous la présidence de Xi Jinping et en présence des chefs d’État africains, ce sommet a permis de tracer les contours d’une “communauté de destin sino-africaine pour la nouvelle ère”. Le sommet s’est structuré autour de deux grands axes :

Un agenda de modernisation conjointe, avec la présentation d’une proposition en six points visant à accompagner l’Afrique dans ses processus de développement économique, d’industrialisation et de transformation numérique. La définition de dix actions partenariales prioritaires, couvrant des secteurs aussi variés que le commerce, l’agriculture, la gouvernance, les infrastructures, l’énergie, la formation des élites administratives et la coopération culturelle.

Dans un contexte international marqué par des recompositions géopolitiques, des tensions commerciales et des rivalités croissantes entre grandes puissances, le FOCAC 2024 s’est affirmé comme une plateforme privilégiée permettant à la Chine et à l’Afrique de renforcer leur solidarité, d’approfondir leurs interdépendances économiques et de défendre conjointement les intérêts du Sud global.

Les objectifs immédiats de la réunion ministérielle de suivi du FOCAC en 2025

Dans le prolongement de ces engagements, la réunion ministérielle des coordinateurs, tenue à Changsha du 10 au 12 juin 2025, poursuit une double mission stratégique :

1. Évaluer l’état d’avancement de la mise en œuvre des engagements du Sommet de Pékin 2024

Cette rencontre constitue un moment crucial de bilan d’étape. Depuis le Sommet de 2024, la Chine a mobilisé des financements significatifs au bénéfice de ses partenaires africains (130,32 milliards de yuans en financement direct et 139,95 milliards en couverture d’assurance), tandis que des projets concrets ont été initiés dans les domaines du commerce, de l’agriculture, du e-commerce, de la formation politique et de la gouvernance.

Les échanges ministériels visent ainsi à :

Passer en revue les progrès réalisés. Identifier les obstacles rencontrés dans la mise en œuvre des projets. Proposer des ajustements opérationnels pour garantir l’efficacité des programmes.

2. Planifier et sécuriser les étapes futures de la coopération sino-africaine

Au-delà du bilan, cette réunion vise également à :

Actualiser la feuille de route commune, en tenant compte des évolutions économiques et géopolitiques récentes. Consolider les cadres institutionnels de coopération afin de garantir la stabilité et la résilience des partenariats. Réaffirmer la volonté commune de défendre un ordre international plus juste, fondé sur la solidarité Sud-Sud, le multilatéralisme et la diversité des civilisations.

Dans un monde marqué par l’instabilité financière, les conflits et la montée des logiques protectionnistes, la Chine et l’Afrique s’emploient ainsi à affirmer une posture stratégique autonome qui défend leurs intérêts communs dans la mondialisation.

La consolidation géopolitique de la Chine face aux avancées russe et américaine en Afrique

Au-delà des aspects techniques de coopération, cette dynamique de suivi du FOCAC s’inscrit dans une lecture géopolitique plus large. La Chine entend, par ces mécanismes multilatéraux structurants, consolider sa position dominante en Afrique face à la concurrence croissante de la Russie et des États-Unis.

1. Face à la montée en puissance de la Russie en Afrique

La Russie a renforcé ces dernières années sa présence sur le continent, principalement à travers des partenariats sécuritaires et militaires dans plusieurs États fragiles (Mali, Centrafrique, Burkina Faso, Niger). Cette stratégie russe s’appuie davantage sur des logiques sécuritaires, des déploiements de sociétés paramilitaires et une rhétorique anti-occidentale.

La Chine adopte une approche distincte, fondée sur :

La diplomatie du développement, via des investissements massifs dans les infrastructures économiques et sociales. Le soutien à la modernisation des États africains, à travers des transferts technologiques, des projets industriels, et la formation des ressources humaines. L’intégration progressive des économies africaines aux chaînes de valeur chinoises, par le biais des accords commerciaux bilatéraux et régionaux.

2. Face au retour offensif des États-Unis

L’administration Biden a intensifié sa diplomatie africaine, multipliant les sommets et les propositions d’investissement dans les infrastructures stratégiques (initiatives Prosper Africa, PGII, etc.). Toutefois, ces propositions américaines restent encore largement conditionnées par des exigences politiques et des contreparties institutionnelles.

En contraste, l’approche chinoise apparaît aux yeux de nombreux dirigeants africains comme plus pragmatique, plus rapide dans l’exécution et moins intrusive sur le plan des choix politiques internes.

3. Le maintien de la suprématie économique chinoise

Avec un volume commercial bilatéral atteignant 295,6 milliards USD en 2024 et des exportations africaines massivement facilitées par des accords de libre-échange et des exonérations tarifaires, la Chine demeure le premier partenaire économique de l’Afrique. L’ouverture du marché chinois aux produits africains (notamment agricoles) et la mise en place de mécanismes de financement innovants (financements commerciaux, e-commerce, reconnaissance douanière mutuelle) consolident davantage cette position. Enfin, la stratégie chinoise d’e-commerce transfrontalier et de digitalisation des échanges commerciaux ouvre des perspectives nouvelles d’intégration africaine aux nouvelles routes numériques.

Conclusion

La réunion ministérielle du FOCAC 2025 ne se limite pas à un simple exercice de suivi technique ; elle constitue une étape stratégique majeure dans la volonté de Pékin de :

Ancrer durablement l’Afrique dans son orbite économique. Offrir un contre-modèle de coopération au Nord global. Préserver son avance face aux dynamiques concurrentes russe et américaine.

En s’appuyant sur une approche globale intégrant financement, commerce, infrastructures, gouvernance, et diplomatie culturelle, la Chine confirme son ambition d’être, aux côtés de l’Afrique, l’un des pôles structurants du Sud global dans le nouvel ordre mondial en recomposition.

22 Millions dépensés, 2 ans de Diplomatie de développement anéantis : Comment le Salon Chine–Afrique Francophone (SICCAF 2023) a Disparu dans les Couloirs de la Présidence de la République du Cameroun Sans Aucune Explication…

PR JIMMY YAB ET S.E. WANG YI, Ministre des Affaires Étrangères chinois
Pr Jimmy Yab exposant le SICCAF 2023 devant le Vice-Gouverneur et la chambre de Commerce de la Province à l’hôtel Shandong

Étude de cas sur l’échec d’un projet stratégique porté par Pr. JIMMY YAB, Président de l’Observatoire Chine Afrique Francophone (OCAF) et plaidoyer pour un Cameroun fondé sur l’État Développementaliste Communautaire et une diplomatie de développement souveraine

S.E. MBELLA MBELLA LEJEUNE et son Homologue S.E. WANG YI

Résumé

Cet article scientifique analyse l’échec du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone, un projet structurant porté par l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF), à la suite d’une conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone. Malgré deux années de travail diplomatique, plus de quarante réunions interministérielles, un soutien officiel du Premier ministre et de l’ambassade de Chine au Cameroun, et un investissement de 22 millions FCFA entièrement autofinancé, le projet a été brutalement bloqué — sans justification — par le Secrétariat Général de la Présidence. À travers cette étude de cas, l’article met en lumière les limites du modèle centralisé camerounais, démontrant son incapacité à soutenir la diplomatie de développement communautaire. Il propose une alternative institutionnelle : l’État Développementaliste Communautaire, défendu par le MLDC, comme cadre propice à la souveraineté territoriale, à la promotion de la jeunesse stratégique, et à l’autonomie diplomatique des régions.

Mots-clés : Cameroun – Chine – diplomatie de développement – gouvernance – État centralisé – MLDC – OCAF – fédéralisme communautaire – Ceinture et Route – coopération Sud–Sud.


Abstract

This paper analyzes the failure of the China–Francophone Africa Industrial and Trade Fair, a high-level initiative led by the Francophone China–Africa Observatory (OCAF), following an international conference on the Belt and Road Initiative in Francophone Africa. Despite two years of intensive preparation, over forty interministerial meetings, official endorsements from the Prime Minister of Cameroon and the Chinese Embassy, and a self-financed budget of 22 million FCFA, the project was suddenly blocked—without explanation—by the General Secretariat of the Presidency. Through this case study, the paper illustrates how Cameroon’s centralized state model structurally undermines community-based development diplomacy. It calls for a new institutional framework: the Community-Based Developmental State, advocated by the MLDC, as the appropriate model to empower regional sovereignty, strategic youth leadership, and decentralized diplomatic engagement.

Keywords: Cameroon – China – development diplomacy – centralized state – MLDC – OCAF – community-based federalism – Belt and Road – South–South cooperation.

PR JIMMY YAB & S.E. WU PENG, DIRECTEUR DES AFFAIRES AFRICAINES, Ministère des Affaires Étrangères de Chine

1. Introduction : Un toast à Pékin, un silence à Yaoundé

La photo ci-jointe illustre une rencontre d’une haute portée symbolique et diplomatique : celle du président de l’OCAF, Pr. Jimmy Yab, avec S.E. Wang Yi, ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, membre du Bureau Politique du Parti Communiste Chinois, et l’un des diplomates les plus puissants de la planète. Cette rencontre, organisée dans le cadre du suivi de la conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone tenue à Yaoundé en partenariat avec l’ambassade de Chine, devait ouvrir la voie à la concrétisation du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone. Ce Salon représentait la suite logique et politique des recommandations issues de cette conférence, fruit d’un alignement rare entre société civile stratégique et diplomatie bilatérale Sud–Sud.

Mais un an plus tard, après deux années de travail diplomatique, organisationnel et stratégique, et un investissement financier personnel de 22 millions de francs CFA, le projet fut enterré dans le silence opaque du Secrétariat Général de la Présidence de la République du Cameroun. Aucune lettre officielle d’annulation. Aucune contre-proposition. Aucun mécanisme institutionnel pour expliquer ou justifier le sabotage d’un projet diplomatiquement validé, économiquement structuré, et stratégiquement indispensable.

Loin d’un simple projet évènementiel, le Salon Chine–Afrique Francophone constituait une innovation diplomatique majeure : il s’agissait de transformer la rhétorique sino-africaine en infrastructure réelle de coopération industrielle, commerciale et technologique, en impliquant directement les États francophones africains, les régions camerounaises, et le tissu économique chinois. Il représentait une forme concrète de « diplomatie de développement », articulée autour d’un projet communautaire souverain et d’un positionnement géopolitique clair du Cameroun dans les nouvelles routes de la mondialisation.

C’est cet espoir que le silence du pouvoir a tué.

Pr Jimmy Yab & le President de l’Association des Entreprises Chinoises au Cameroun (AECC), Mr Xu Huajiang, par ailleurs, Directeur Général de la Division Afrique centrale de China Harbour Engineering Company(CHEC)

2. Une diplomatie communautaire sabotée : les faits, les chiffres, les acteurs

Le projet du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone n’est pas né dans le vide. Il émerge d’un processus rigoureux de diplomatie non étatique, porté par une organisation indépendante mais stratégiquement connectée : l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) dont le Pr. JIMMY YAB est le Président. Dans un pays comme le Cameroun, où l’État central a tendance à se méfier de toute initiative venue de la société civile, l’OCAF constitue pourtant une exception méthodique. Il ne s’agit pas d’un groupe de pression, encore moins d’un lobby partisan, mais d’un think-and-do tank, engagé dans une vision long-termiste : inscrire l’Afrique francophone dans la dynamique mondiale multipolaire en construction autour de la Chine, de l’ASEAN, des BRICS et de la diplomatie Sud–Sud.

2.1. Un héritage stratégique clair : de la Ceinture et la Route au Salon

En Mai 2022, l’OCAF, en partenariat avec l’ambassade de Chine au Cameroun, organisait à Yaoundé la première conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone. Cet événement académique et diplomatique réunissait des universitaires, diplomates, entreprises chinoises, acteurs économiques africains et représentants d’institutions. L’objectif ? Dépasser le discours idéologique et construire des mécanismes pratiques d’intégration Sino–Afrique francophone. La conférence se concluait sur un appel structuré à trois niveaux :

  1. Créer une plateforme permanente de dialogue économique sino-francophone.
  2. Décentraliser les outils de la diplomatie de développement vers les territoires.
  3. Lancer, dans un délai de douze mois, un Salon industriel et commercial de dimension internationale.

La réponse de l’ambassade de Chine fut immédiate et enthousiaste. Des échanges furent initiés avec le ministère chinois du Commerce, le ministère des Affaires étrangères et le Conseil pour la promotion du commerce international (CCPIT). L’élan était diplomatique, intellectuel, bilatéral et opérationnel.

PR JIMMY YAB & MR ZHANG XIUGUI, General manager of Huawei CEMAC region;

2.2. Une année d’activisme diplomatique : missions, rencontres, négociations

Entre Mai 2022 et Avril 2023, le président de l’OCAF entreprend cinq missions diplomatiques de haut niveau en Chine, conduisant des échanges stratégiques avec les figures suivantes :

  • S.E. Wang Yi, ministre des Affaires étrangères, membre du Bureau Politique du Parti Communiste Chinois.
  • Le directeur général des Affaires africaines au MAE chinois.
  • Le président de l’Association des étrangers , lors d’une réception économique à Shenzhen.
  • Les présidents de chambres de commerce des provinces du Guangdong, du Sichuan et du Jiangsu, régions industrielles majeures.
  • Des représentants de grandes firmes chinoises déjà implantées en Afrique centrale, telles que Huawei, Sinohydro, Sinosteel, CNPC, ou encore les sociétés minières opérant au Gabon et en Guinée équatoriale.

Chaque mission est préparée selon un protocole diplomatique strict, avec production de dossiers en chinois, présentation PowerPoint traduite, cartes de projets sectoriels, et documentation comparative sur les politiques industrielles francophones. Le coût cumulé des voyages, hébergements, protocoles et coordination : 5 200 000 FCFA.


2.3. Mobilisation nationale sans précédent plus de 15 réunions interministérielles

Parallèlement, à Yaoundé, l’OCAF initie avec le département Asie du ministère camerounais des Relations extérieures (MINREX) un cycle de réunions hebdomadaires, regroupant entre 15 et 20 ministères chaque semaine pendant près de dix mois. Parmi les ministères les plus actifs :

  • Ministère du Commerce (coordination des filières).
  • Ministère des Finances (modélisation douanière).
  • Ministère de l’Économie (appui à l’intégration régionale).
  • Ministère des PME et de l’Industrie (mobilisation des exposants).
  • Ministère des Transports et des Travaux Publics (infrastructure logistique).
  • Ministère de la Recherche scientifique et de l’Enseignement supérieur (valorisation des savoirs locaux).
  • Ministère de la Décentralisation et du Développement Local (participation des régions).
  • Et naturellement, le représentant du Premier ministère, qui accorde son aval formel au projet en Décembre 2022.

Ces réunions sont minutées, documentées, synthétisées par l’équipe de coordination de l’OCAF, composée de six permanents, douze bénévoles réguliers et trois consultants sectoriels. Chaque session nécessite :

  • Impression de supports,
  • Coordination de courriers officiels,
  • Accueil logistique,
  • Rédaction de rapports,
  • Interprétation en chinois.

Coût estimé de la logistique hebdomadaire cumulée : 3 800 000 FCFA.


2.4. Infrastructure, personnel et communication

Au-delà de la diplomatie et de la logistique institutionnelle, l’OCAF a dû se doter d’un espace de travail dédié, dans un quartier central de Yaoundé, capable d’accueillir des délégations, des réunions techniques, des journalistes, des visiteurs chinois. Le loyer, l’aménagement des bureaux, l’abonnement internet, le matériel de bureau, les rafraîchissements et la sécurité ont représenté environ 3 500 000 FCFA sur dix mois.

À cela s’ajoute la rémunération du personnel permanent de l’OCAF, composée d’un directeur de coordination, d’un assistant logistique, d’un chef de protocole, d’un interprète chinois-français, et d’un responsable communication : 3 000 000 FCFA pour un an, à travers des indemnités mensuelles modestes mais stables.

Enfin, la communication stratégique — charte graphique, affiches, site web, dossiers de presse, dépliants bilingues — a mobilisé environ 1 200 000 FCFA, sans compter les publications régulières dans la presse diplomatique spécialisée.


2.5. Un projet communautaire, sans un franc de financement public

Au total, le projet représente un coût de 22 millions FCFA, entièrement auto-financé par l’OCAF, sans appui budgétaire d’aucun ministère. Cette réalité renforce le caractère exemplaire du cas : il s’agit d’un projet d’intérêt national, stratégique, sans fardeau fiscal pour l’État, soutenu par un partenaire diplomatique majeur (la Chine), et pourtant bloqué sans explication.


Conclusion 2 : Une diplomatie bâtie pierre après pierre, étouffée d’un revers de main

Ce que l’OCAF a construit relève de la diplomatie de développement. Non pas un sommet protocolaire sans suite, mais une initiative stratégique articulée sur des enjeux commerciaux concrets, des liens humains établis, des partenaires alignés. Et pourtant, ce projet a été tué non par l’échec, mais par l’absence d’écoute et de cadre institutionnel pour l’initiative communautaire.

Ce blocage n’est pas une simple mauvaise gestion : c’est la démonstration que l’État centralisé camerounais est devenu incapable d’accompagner la création nationale venue d’en bas, même lorsqu’elle est rigoureusement construite, soutenue diplomatiquement et socialement légitime.

3. Conséquences stratégiques et morales : jeunes humiliés, partenaires chinois désillusionnés, pays discrédité

Le coût de l’échec du Salon Chine–Afrique Francophone ne peut se mesurer uniquement en termes financiers. Si les 22 millions de FCFA perdus représentent déjà un investissement lourd pour une organisation comme l’OCAF, le véritable désastre est moral, diplomatique et stratégique. En bloquant un projet aussi mature, aussi diplomatiquement légitimé, l’État camerounais — ou plus précisément, le Secrétariat Général de la Présidence de la République — a commis un triple sabotage : il a brisé la confiance de la jeunesse engagée, il a trahi la parole donnée à un partenaire majeur, et il a discrédité l’image du Cameroun comme interlocuteur sérieux sur la scène économique internationale.


3.1. La trahison silencieuse de la jeunesse compétente

L’OCAF, comme laboratoire d’idées et de stratégies Sud–Sud, repose sur un socle humain fondamental : des jeunes Camerounais instruits, compétents, multilingues, engagés, et prêts à servir leur pays à travers la diplomatie économique. Le projet du Salon a mobilisé plus de 20 jeunes permanents et bénévoles, travaillant dans des conditions souvent précaires, sans promesse de salaire, mais avec une vision et un sens du devoir collectif.

Pour eux, participer à un événement diplomatique d’envergure internationale, rencontrer des ambassadeurs, rédiger des notes en français et en chinois, coordonner des réunions interministérielles hebdomadaires, gérer des communications bilingues ou organiser des visites d’entreprises, représentait une école du patriotisme actif.

« Ce projet, c’était une manière de dire que nous ne sommes pas seulement la jeunesse du futur, mais celle du présent, capable de faire, de négocier, d’organiser. »
E. …diplômée en Relations internationales, bénévole OCAF

Lorsque le projet fut bloqué — sans préavis, sans lettre, sans remerciement —, ce fut un traumatisme collectif. Le silence de l’État fut vécu comme une gifle institutionnelle. Loin d’encourager, l’État a sanctionné l’initiative, la compétence et le sacrifice, laissant chez ces jeunes une amertume durable.


3.2. Des partenaires chinois désillusionnés : « Le Cameroun n’est pas fiable »

La relation entre la Chine et l’Afrique est l’un des axes majeurs de la géopolitique contemporaine. Depuis 2000, à travers le Forum sur la Coopération Chine–Afrique (FOCAC), Pékin a investi des centaines de milliards de dollars dans les infrastructures, les mines, les télécommunications et l’éducation en Afrique. Mais derrière les chiffres, la Chine attend des signaux de sérieux, de stabilité et d’anticipation politique de ses partenaires.

  • Des halls d’exposition avaient été identifiés.
  • Des plans de coopération technologique avaient été proposés.
  • Des entreprises avaient amorcé leur mobilisation.

Lorsque la présidence camerounaise laissa le projet sombrer sans justification, plusieurs partenaires chinois exprimèrent leur incompréhension, puis leur méfiance :

« Nous avions des garanties officielles. Comment un État peut-il se dédire sans aucune communication ? Cela rend difficile toute planification future. »
Responsable de projet Chine Afrique Centrale, Ministère du Commerce chinois, entretien à Shenzhen

Ce genre de retournement brutal fragilise durablement la crédibilité du Cameroun dans les cercles de coopération internationale. Il sape les fondations patiemment construites par les diplomates de terrain, les chercheurs, les communautés d’affaires, et réduit la diplomatie à une fiction fragile, dépendante des caprices d’un pouvoir fermé, non redevable.


3.3. Le Cameroun, un État discrédité dans la diplomatie économique

À l’heure où les pays africains redéfinissent leur position dans l’ordre mondial post-occidental — en rejoignant les BRICS, en investissant dans des corridors logistiques, en négociant des monnaies alternatives —, le Cameroun reste prisonnier d’une structure politique archaïque, où un projet d’État peut être détruit sans débat, sans justification, sans préavis.

Le cas du Salon Chine–Afrique Francophone est emblématique. Il montre que :

  • Le ministère des Relations extérieures peut s’engager activement, sans garantie de suivi par les cercles exécutifs ultimes ;
  • Le Premier ministre peut donner un accord formel, sans que cela ne pèse face à l’inertie du Secrétariat Général de la Présidence ;
  • Les ministres peuvent travailler pendant un an, mobiliser leur personnel, signer des documents — pour rien.

C’est une forme institutionnelle de dé-crédibilisation interne et externe. Elle produit de la défiance dans l’administration, du désengagement chez les jeunes, et une réputation de pays peu fiable, voire imprévisible, sur la scène régionale.

La Chine, qui valorise la continuité, la hiérarchie claire et l’efficacité, ne comprend pas ce type de dissonance étatique. Pour elle, un partenaire qui se contredit est un partenaire à risque.


Conclusion 3 : une diplomatie sabotée de l’intérieur

Le sabotage du Salon Chine–Afrique Francophone n’est pas seulement une perte d’argent ou une occasion ratée. C’est un acte politique, un choix du système de gouvernance actuel de ne pas soutenir l’excellence communautaire, de refuser les dynamiques souveraines émergentes, de couper l’élan de la jeunesse compétente, et de rompre la parole d’un État devant un partenaire stratégique.

Dans un pays normalement gouverné, une telle tragédie institutionnelle entraînerait un audit, un débat parlementaire, une réforme. Au Cameroun, elle passe dans l’ombre, sans que personne ne soit tenu responsable.

Voilà pourquoi nous devons repenser radicalement l’architecture de l’État.

4. Pourquoi l’État centralisé camerounais est incompatible avec la diplomatie de développement

L’échec du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone, préparé pendant deux ans, diplomatiquement soutenu, financièrement assumé, puis brutalement neutralisé sans explication par le Secrétariat Général de la Présidence, ne relève pas de l’anecdotique. Il révèle un problème plus profond : le modèle même d’organisation de l’État camerounais, fondé sur la verticalité, l’opacité, l’hyper-concentration décisionnelle, est structurellement incompatible avec la diplomatie de développement. Cette diplomatie — agile, coopérative, horizontale, orientée vers les résultats — ne peut prospérer dans un État verrouillé, centralisé, bureaucratique et hostile à l’initiative.


4.1. L’État jacobin : un héritage colonial rigide et dysfonctionnel

Le Cameroun post-indépendance a conservé l’architecture centralisatrice du modèle français de la Cinquième République, combinée à un exécutif présidentialiste fort et un appareil administratif rigide. Dans ce schéma, toute décision stratégique passe par le sommet de l’État, et toute initiative venant de la base — même lorsqu’elle est techniquement meilleure — est perçue comme une atteinte à l’ordre hiérarchique.

Les travaux de Jean-François Bayart (1979) sur l’ »État patrimonial » en Afrique francophone ont montré que ce type d’administration ne fonctionne pas sur la base de la performance, mais sur la protection du pouvoir central et la gestion des clientèles politiques. Le projet du Salon Chine–Afrique, porté par l’OCAF, n’entrait dans aucune des cases de ce système. Il était autonome, non partisan, compétent, multilatéral. Par conséquent, il fut ignoré, puis bloqué.

Ce que l’État ne contrôle pas politiquement, il préfère le faire échouer.


4.2. L’inexistence de la redevabilité institutionnelle

Dans un État développementaliste mature, un projet d’intérêt national bloqué sans raison déclencherait une enquête administrative, un rapport parlementaire, voire une intervention du Conseil d’État. Au Cameroun, aucun mécanisme ne permet de comprendre pourquoi un projet est stoppé, ni qui en porte la responsabilité.

Le Secrétariat Général de la Présidence, institution à la fois politique et administrative, n’est soumis à aucun contrôle citoyen, ni même parlementaire. Il peut invalider sans explication une initiative préparée par 15 ministères et soutenue par le chef du gouvernement.

Cette culture du silence administratif, analysée par Peter Ekeh (1975) comme caractéristique des « États postcoloniaux dualistes », mine la confiance des acteurs nationaux et étrangers. Elle freine l’innovation, détruit la motivation des jeunes cadres, et génère une culture de la peur, où il vaut mieux ne rien proposer que d’échouer faute de bénédiction invisible.


4.3. L’absence d’ancrage territorial de la diplomatie

Le Cameroun pratique une diplomatie centralisée, pilotée uniquement par le MINREX et la Présidence. Pourtant, dans les grands pays émergents — Inde, Brésil, Chine elle-même — la diplomatie économique se décline au niveau des provinces, des États fédérés, des régions. Le Guangdong, par exemple, a sa propre représentation à l’étranger ; la Bavière (Allemagne) signe des accords économiques directs avec des pays tiers.

Dans un État Développementaliste Communautaire, la diplomatie serait décentralisée, territorialisée, adaptée aux forces régionales. Le Littoral porterait la coopération portuaire, le Grand Nord la coopération agropastorale, le Grand Sud les échanges forestiers, etc.

Dans le cas du Salon Chine–Afrique, si une Vice-présidence du Littoral avait été mandatée par le Cameroun, le projet aurait été validé, appuyé, protégé et promu par une instance exécutive territoriale, ancrée dans la réalité économique locale. Il n’aurait pas été suspendu au bon vouloir d’un conseiller à la Présidence.


4.4. L’hostilité de l’État central à l’intelligence collective autonome

Le projet de l’OCAF dérangeait parce qu’il incarnait une intelligence collective autonome, capable de :

  • Concevoir une stratégie,
  • Mobiliser des partenaires,
  • Travailler avec des diplomates,
  • Évaluer des coûts,
  • Rendre compte.

Dans un État développementalement immature, l’initiative autonome est vécue comme une insubordination. Ce n’est pas l’utilité du projet qui est évaluée, mais son origine politique. D’où la méfiance, le ralentissement, puis le blocage.

Ce n’est pas le projet qui fut jugé ; c’est son indépendance qui fut condamnée.


4.5. Le déficit de souveraineté stratégique

Le comble du paradoxe, c’est que le Cameroun clame sa souveraineté face aux puissances étrangères, mais sabotage les rares initiatives nationales souveraines visant à s’insérer dans le monde multipolaire. Le Salon Chine–Afrique Francophone était un instrument d’émancipation économique, de projection géopolitique et de crédibilité industrielle. Il a été tué non pas par Pékin, mais par Yaoundé.

C’est la démonstration parfaite de ce que l’économiste Dani Rodrik (2011) appelle « l’autodestruction institutionnelle des États dépendants » : des États qui, au lieu de favoriser l’autonomie stratégique, la bloquent par réflexe de contrôle.


Conclusion 4 : L’État centralisé est devenu le premier obstacle au développement

L’affaire du Salon Chine–Afrique révèle une vérité brutale : le système administratif et institutionnel camerounais, dans sa configuration actuelle, empêche l’État d’émerger comme acteur de développement. Il transforme les institutions en instruments d’obstruction, les fonctionnaires en gardiens de couloirs, et les projets en sacrifices.

La question n’est donc pas « Pourquoi le Salon a-t-il échoué ? », mais « Combien d’autres projets échouent chaque année dans le silence, sous les tapis rouges, dans les couloirs de la Présidence ? »

5. Vers un État Développementaliste Communautaire : construire une architecture qui libère l’initiative stratégique et la diplomatie de développement communautaire

Si le Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone a été brutalement enterré dans les couloirs de la Présidence, ce n’est pas à cause d’un vice technique ni d’un défaut de préparation. Il a échoué parce que le modèle de gouvernance actuel du Cameroun est inapte à accueillir l’intelligence stratégique autonome. Il a échoué parce que notre État ne protège pas les innovations communautaires, il n’honore pas l’engagement des jeunes, et n’intègre pas la diplomatie de développement comme instrument d’émergence.

Il est donc temps, non pas de corriger à la marge, mais de reconstruire la maison Cameroun, sur de nouvelles bases : celles d’un État Développementaliste Communautaire (EDC), proposé par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC).


5.1. Un État Développementaliste Communautaire : définition et fondements

Un État Développementaliste Communautaire est un État :

  • Où la souveraineté n’est pas concentrée au sommet, mais partagée entre l’État central, les grandes régions fédérées et les communautés organisées.
  • Où les institutions sont conçues non pour contrôler, mais pour encourager l’initiative stratégique, économique et diplomatique.
  • la planification industrielle et commerciale est territorialisée, structurée autour des réalités locales (ressources, diaspora, main-d’œuvre).
  • Où la jeunesse et la société civile stratégique sont reconnues comme co-acteurs de l’État.

Ce modèle s’inspire des réussites coréennes, indonésiennes, brésiliennes, mais aussi de certains États africains émergents (Rwanda, Maroc) qui, à défaut de centralisme aveugle, ont su associer régions, collectivités, diaspora et communauté d’affaires à la construction de leur puissance.


5.2. Une nouvelle architecture exécutive pour promouvoir les initiatives régionales

Le projet du Salon aurait prospéré dans un État Développementaliste Communautaire grâce à une série d’innovations institutionnelles :

  • Une Vice-présidence fédérale du Grand Littoral, chargée de la diplomatie commerciale et de l’intégration portuaire ;
  • Des ministères régionaux de l’économie et de la coopération internationale, dotés de fonds de souveraineté territoriale pour négocier des projets bilatéraux ;
  • Un fonds spécial pour la diplomatie communautaire et les initiatives stratégiques locales, alimenté par la fiscalité régionale et la coopération décentralisée.

Dans ce système, l’OCAF n’aurait pas eu à quémander un feu vert opaque. Il aurait négocié directement avec la Vice-présidence régionale, inscrit le Salon dans le programme de développement local, et engagé les collectivités, les chambres de commerce, les universités, les médias, les entrepreneurs.


5.3. Promouvoir une diplomatie de développement communautaire

La diplomatie de développement communautaire est une proposition clef du MLDC. Elle repose sur le principe suivant : ce ne sont pas seulement les ambassadeurs ou les ministres qui font la diplomatie, mais aussi les régions, les collectivités, les réseaux professionnels et les organisations stratégiques comme l’OCAF.

Cette diplomatie :

  • Identifie les besoins spécifiques d’un territoire : formation, industrie, commerce, santé, culture.
  • Construits des partenariats ciblés, en Chine, au Maroc, en Inde, au Brésil, dans les diasporas.
  • Implique les acteurs locaux dans l’exécution des projets (villes, universités, syndicats, chambres professionnelles).
  • Et surtout, elle repose sur une logique de rendement direct pour les populations : plus de projets, plus d’emplois, plus de mobilité.

Le cas du Salon aurait pu être l’un des plus beaux exemples de cette diplomatie de développement communautaire. Il le sera demain, dans un État qui le permet.


5.4. Le MLDC : une vision, un projet, un changement de paradigme

Le MLDC n’est pas un parti d’opposition comme les autres. Il est un parti d’alternance structurelle. Il ne veut pas seulement remplacer des hommes, mais changer la forme de l’État lui-même. À travers le projet de l’État Développementaliste Communautaire, il propose :

  • La réorganisation du pays en quatre grandes régions fédérées, chacune dotée d’un exécutif régional souverain.
  • La création de Vice-présidences régionales, coresponsables des politiques nationales.
  • La mise en place d’un mécanisme de diplomatie économique régionale, pour éviter que jamais un projet comme le Salon Chine–Afrique ne soit étouffé à nouveau.

5.5. L’avenir : sanctuariser les initiatives comme celles de l’OCAF

L’histoire du Salon Chine–Afrique ne doit pas être perdue. Elle doit devenir un cas d’école, une leçon nationale, un symbole de réforme. Elle montre que le Cameroun regorge de capacités, d’idées, de réseaux et de jeunesse compétente.

Mais sans un changement radical de l’architecture de l’État, ces capacités seront gaspillées, ces idées asphyxiées, ces jeunesses découragées. Voilà pourquoi la construction d’un État Développementaliste Communautaire n’est pas une option idéologique, c’est une urgence historique.


Conclusion 5: La diplomatie de développement n’a pas besoin de permission, elle a besoin d’un État partenaire

La diplomatie de développement n’est pas un luxe. C’est un instrument stratégique pour l’émergence. Elle ne peut être exécutée par un État qui étouffe l’initiative, méprise ses jeunes, et ignore ses partenaires.

L’État Développementaliste Communautaire est le seul cadre possible pour que des projets comme le Salon Chine–Afrique Francophone réussissent demain, non par miracle, mais par structure.

Conclusion générale : L’échec du Salon Chine–Afrique Francophone, ou comment le Cameroun centralisé sacrifie son avenir

Ce n’est pas simplement un Salon qui a été tué. C’est un moment historique. Une convergence diplomatique rare. Une alliance de volontés Sud–Sud. Une démonstration de capacité nationale. Deux ans de travail, 22 millions de francs CFA autofinancés, cinq missions diplomatiques en Chine, quarante réunions interministérielles, des jeunes engagés, des partenaires chinois convaincus — anéantis en silence dans un couloir du Secrétariat Général de la Présidence.

Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est la conséquence logique d’un État centralisé, bloqué, opaque et non redevable. Un État qui préfère l’immobilisme à la coopération. Un État où même un projet validé par le Premier ministre, soutenu par l’ambassade de Chine, et préparé par quinze ministères, peut être effacé sans mot dire. Cet État-là n’est pas capable de porter la diplomatie de développement, parce qu’il refuse la délégation, méprise l’initiative, et sabote le progrès qui ne vient pas de ses cénacles.

Mais cet échec porte en lui-même les germes de la transformation. Car en exposant ses failles, le Cameroun d’aujourd’hui justifie le Cameroun de demain. Il devient l’argument vivant d’une reconstruction politique et institutionnelle profonde : la construction d’un État Développementaliste Communautaire.

Ce modèle, proposé par le MLDC, repose sur des fondements simples mais puissants :

  • La souveraineté partagée entre les grandes régions fédérées et l’État central.
  • Une Vice-présidence collégiale garantissant une gouvernance inclusive et territorialisée.
  • Une diplomatie économique décentralisée, portée par les régions selon leurs priorités.
  • Une jeunesse responsabilisée, non instrumentalisée.
  • Une société civile stratégique protégée, et non punie pour sa compétence.

Dans ce nouveau cadre, un projet comme celui du Salon Chine–Afrique Francophone ne serait pas une exception étrangère au système, mais l’une des expressions normales d’un État souverain en dialogue stratégique avec le monde.

Car la vérité est simple : nous avons tout ce qu’il faut pour réussir — idées, partenaires, compétences, énergie, jeunesse. Il nous manque l’architecture politique qui protège ces forces au lieu de les neutraliser.

Le Salon a été tué, mais il a ouvert les yeux d’une génération. Il a révélé que le développement n’échoue pas par manque de moyens, mais par excès de centralisme.

L’État Développementaliste Communautaire est l’horizon de cette génération. Il est la seule voie pour que les idées deviennent projets, et que les projets deviennent nation.

Bibliographie

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Du Bureau du Premier Ministre au Silence de la Présidence : Pourquoi le MLDC Propose 4 Vice-Présidents Collégiaux Régionaux pour Refonder le Cameroun

Pour 4 Vice-Presidents Collégiaux dans le cadre de la construction d’un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions

Pr. Jimmy Yab & S.E. Joseph Dion Ngute, Premier Ministre du Cameroun

Pr. Jimmy Yab
Président du MLDC
Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF
)

Résumé

Dans cet article, je propose une réflexion critique sur l’architecture exécutive de l’État camerounais dans le contexte d’une transition vers un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions . À partir d’une expérience personnelle — la rencontre avec le Premier ministre Joseph Dion Ngute en décembre 2022 — et de l’échec institutionnel du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF), je met en lumière les limites structurelles du Premier ministère, symbole d’un centralisme postcolonial inefficace. Je plaide pour l’instauration d’une Vice-présidence collégiale régionale, ancrée dans les quatre grandes régions fédérées du Cameroun, comme solution à la crise de gouvernance. En mobilisant des exemples comparatifs (Nigeria, Bosnie-Herzégovine, Bolivie), je démontre que la co-représentation exécutive territoriale constitue une voie légitime, stabilisatrice et adaptée à la pluralité camerounaise. Il s’inscrit dans une approche de souveraineté partagée et de justice territoriale, au cœur du projet politique du MLDC.

Mots-clés : Fédéralisme communautaire, Cameroun, Vice-présidence, Gouvernance territoriale, Développement régional, MLDC, Institutions.

Abstract

This article provides a critical reflection on the executive architecture of the Cameroonian state within the context of a transition toward a community-based, developmental federalism. Grounded in a personal experience — a meeting with Prime Minister Joseph Dion Ngute in December 2022 — and the institutional failure of the Sino–Francophone Africa Trade Fair project, the author highlights the structural limitations of the Prime Minister’s office, emblematic of an ineffective postcolonial centralism. The article advocates for the establishment of a regional collegial Vice Presidency, rooted in Cameroon’s four proposed federated regions, as a response to the governance crisis. Through comparative case studies (Nigeria, Bosnia-Herzegovina, and Bolivia), it demonstrates that territorially balanced executive representation offers a legitimate, stabilising, and context-sensitive institutional model. The analysis is embedded in a framework of shared sovereignty and territorial justice, as promoted by the MLDC’s political agenda.

Keywords: Community-based federalism, Cameroon, Vice Presidency, Territorial governance, Regional development, MLDC, Institutions.

Introduction : une rencontre décisive, un projet bloqué, un diagnostic institutionnel

C’est dans les couloirs feutrés de l’Immeuble Étoile, un matin de décembre 2022, que j’ai rencontré le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute. En tant que Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF), je lui remettais les actes du Colloque international sur l’Afrique francophone de l’Initiative la Ceinture et la Route, organisé quelques mois plus tôt en partenariat avec l’ambassade de Chine au Cameroun. Ce colloque international avait réuni chercheurs, diplomates et décideurs autour d’une ambition partagée : inscrire l’Afrique francophone dans une nouvelle dynamique Sud-Sud fondée sur l’autonomie économique, la coopération bilatérale et l’intégration régionale de l’Initiative chinoise de « La Ceinture et La Route ».

Au-delà de la restitution intellectuelle, cette rencontre avait un second objectif tout aussi stratégique : présenter au gouvernement camerounais le projet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF 2023), une grande initiative économique multilatérale prévue pour l’année suivante. À cette occasion, le Premier ministre exprima un soutien formel, déclarant clairement : Le gouvernement soutient pleinement votre initiative. Vous pouvez compter sur notre appui.

Ci-dessous le video-clip de promotion officiel du SICCAF 2023.

Mais quelques semaines, puis quelques mois plus tard, ce soutien s’évapora dans les méandres de l’administration. Le dossier, transmis au Secrétariat Général de la Présidence du Cameroun, à part quelques correspondances, resta sans suite. Malgré l’appui officiel de l’Ambassade de Chine au Cameroun, le soutien logistique du President de l’Association des Entreprises Chinoises au Cameroun (AECC), Mr Xu Huajiang, par ailleurs, Directeur Général de la Division Afrique centrale de China Harbour Engineering Company(CHEC), la multinationale meme, qui a construit le Port Autonome de Kribi et l’Auto-route Kribi-Edea et surtout le soutient des grandes entreprises chinoises en Afrique Centrale et d’autres venant directement de l’a Chine continentale, malgre ces garanties techniques apportées, les lourdeurs bureaucratiques prirent le dessus : manque de communication interinstitutionnelle, délais interminables, absence de décision claire. Cette inertie ne fut pas seulement une déception personnelle : elle fut une révélation structurelle. Elle montra à quel point le modèle institutionnel camerounais empêche la concrétisation de projets stratégiques, même lorsqu’ils sont validés politiquement et diplomatiquement.

Ci dessous Quelques photos de voyages du Pr Jimmy Yab en Chine pour la préparation du SICCAF 2023 et quelques grandes personnalités politiques et économiques

De cette expérience est née une interrogation fondamentale : quelle structure exécutive peut porter efficacement une vision de développement autonome, décentralisée et communautaire dans un Cameroun fédéré en quatre grandes régions ? Cet article répond à cette question en opposant deux options : d’une part, le maintien du Premier ministère, institution centrale héritée du modèle jacobin ; d’autre part, l’introduction d’une Vice-présidence collégiale régionale, fondée sur le fédéralisme développementaliste communautaire. L’analyse s’appuie sur une réflexion théorique, des comparaisons internationales et les réalités propres au Cameroun contemporain.

Ci- dessous quelques photos du Premier Colloque International sur « l’Initiative la Ceinture et la Route » en Afrique francophone du 25 au 27 mai 2022, au palais des congrès de Yaoundé

I. Le Premier ministère : héritage centralisateur et impasse exécutive dans un État en recomposition

L’échec du projet du Salon Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré son approbation par le Premier ministre et l’appui formel de l’ambassade de Chine, illustre une faille structurelle profonde dans l’organisation du pouvoir exécutif au Cameroun. Une fois transmis au Secrétariat Général de la Présidence, le dossier s’est enlisé. Ce n’était pas un refus politique, ni une opposition idéologique, mais un symptôme récurrent d’un système exécutif hypercentralisé, opaque et inefficace. Ce constat appelle une analyse critique de la pertinence du Premier ministère dans le cadre du Cameroun du XXIe siècle, en transition vers un modèle fédéral communautaire.

Institué dans la Constitution camerounaise de 1972 (puis réaffirmé en 1996), le Premier ministère est un organe de coordination subordonné au Président de la République. L’article 12 alinéa 1er stipule que le Premier ministre « coordonne l’action gouvernementale sous l’autorité du Président ». Cette formulation dénote un pouvoir dérivé, sans autonomie stratégique. Contrairement aux modèles parlementaires classiques où le Premier ministre est le chef de l’exécutif, celui du Cameroun est dépourvu d’initiative politique autonome, ce qui le rend inefficace dans un contexte de transformation institutionnelle.

Dans un État fédéral organisé autour de quatre grandes régions souveraines — le Grand Sud, le Grand Nord, le Grand Littoral et le Grand Ouest —, le maintien d’un Premier ministre unique et centralisé est une anomalie fonctionnelle. Il empêche la territorialisation des décisions, bloque la remontée des priorités régionales, et reproduit un schéma néocolonial de gouvernance verticale. La dynamique développementaliste communautaire implique au contraire une coproduction des politiques publiques entre centre et périphéries, basée sur la souveraineté partagée, l’écoute communautaire, et la proximité.

D’un point de vue comparatif, les travaux de Hooghe et Marks (2003) sur la gouvernance multiniveau montrent que les exécutifs centralisés sont structurellement inefficaces dans les États pluriethniques et multiculturels. En Éthiopie, par exemple, la coexistence d’un fédéralisme ethnique avec un exécutif hyper-présidentialiste a mené à l’asphyxie des gouvernements régionaux, puis à l’explosion des conflits internes. Le Cameroun, avec ses tensions anglophones, ses déséquilibres historiques et sa diversité sociolinguistique, court les mêmes risques si la réforme institutionnelle reste superficielle.

Le Premier ministère ne saurait être l’instrument de pilotage d’un Cameroun fédéré à visée communautaire. Son existence même pourrait devenir un frein à l’innovation politique, un verrou dans la chaîne des décisions urgentes, et un symbole d’un passé institutionnel incompatible avec les réalités du présent. L’exemple du projet du Salon Industriel et commercial Chine–Afrique francophone en est la preuve vivante : même lorsque la volonté politique existe, le système d’exécution bloque l’action.

Le Cameroun n’a donc pas besoin d’un Premier ministre dans le sens classique du terme, mais d’une architecture exécutive pluraliste, enracinée dans ses régions, capable de dialoguer horizontalement avec les réalités locales. C’est ce que propose le modèle de la Vice-présidence collégiale, que nous développons dans la section suivante.

II. La Vice-présidence collégiale : une architecture de souveraineté territoriale pour un Cameroun fédéré

La déconvenue administrative qui a suivi l’accord formel du Premier ministre au sujet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone ne fut pas simplement une péripétie bureaucratique. Ce fut une illustration concrète de l’absence d’ancrage territorial du pouvoir exécutif camerounais. Le fait que le dossier ait été bloqué, sans justification, au Secrétariat Général de la Présidence malgré l’aval d’un chef de mission diplomatique étranger – en l’occurrence l’Ambassadeur de Chine – démontre l’urgence de repenser l’organisation du pouvoir. C’est dans cette perspective que le concept de Vice-présidence collégiale régionale prend tout son sens.

Le modèle de fédéralisme développementaliste communautaire, tel que défendu par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), repose sur trois principes fondamentaux: la souveraineté partagée, la gouvernance de proximité, et la valorisation des identités territoriales. Dans un tel modèle, l’exécutif ne saurait rester vertical et unifié. Il doit refléter la diversité régionale du Cameroun, la pluralité de ses défis, et la richesse de ses ressources communautaires. La proposition d’une Vice-présidence collégiale à quatre pôles répond précisément à cette exigence.

Concrètement, chaque grande région fédérée — le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral, le Grand Ouest — désignerait un Vice-président régional, membre d’un organe exécutif fédéral commun. Ces Vice-présidents, dotés d’un mandat national mais enracinés dans leur région, formeraient un collège décisionnel chargé de co-piloter l’action gouvernementale avec le Président de la République, garant de l’unité. Chaque Vice-présidence aurait une compétence thématique prioritaire, reflétant les réalités régionales :

Le Grand Nord, confronté aux défis sécuritaires, climatiques et agricoles, piloterait les politiques de résilience et de sécurité communautaire. Le Grand Sud, riche en ressources forestières et minières, aurait la charge de la gouvernance environnementale et du développement rural intégré. Le Grand Littoral, épicentre économique du pays, piloterait les politiques industrielles, portuaires et d’intégration commerciale régionale. Le Grand Ouest, marqué par une forte diaspora et un tissu entrepreneurial dynamique, serait responsable de la cohésion sociale, de la médiation intercommunautaire et de l’économie populaire.

Ce schéma n’est pas une invention abstraite. Il s’appuie sur des logiques éprouvées dans d’autres États pluriels. En Bolivie, l’État plurinational a intégré des formes communautaires de représentation dans l’exécutif. En Bosnie-Herzégovine, la présidence collégiale garantit une cohabitation interethnique. Le Cameroun, à travers ce modèle, pourrait construire un exécutif réconcilié avec sa diversité, garant de l’équité territoriale et de la participation de tous à la destinée nationale.

La Vice-présidence collégiale offre aussi une réponse systémique à l’immobilisme institutionnel. Dans le cas du Salon Chine–Afrique francophone, si le Grand Littoral avait eu une Vice-présidence dotée de compétence commerciale, ce projet porté par l’OCAF aurait immédiatement été co-construit et défendu à l’échelle fédérale, en évitant les blocages bureaucratiques du pouvoir central. En donnant à chaque région une capacité d’action exécutive au sommet, ce modèle décentralise la décision sans fragmenter l’État, et multiplie les points d’entrée pour les initiatives stratégiques.

Enfin, ce dispositif incarne la philosophie du développementaliste communautaire : un État proche de ses populations, réactif aux réalités locales, résilient face aux crises, et créatif dans sa manière de bâtir le futur.

III. Études comparées : la gouvernance exécutive partagée dans les États fédéraux pluriethniques

L’idée d’une Vice-présidence collégiale régionale au Cameroun, dans le cadre du fédéralisme développementaliste communautaire, s’inscrit dans une tradition institutionnelle bien établie dans plusieurs pays confrontés à une forte diversité culturelle, linguistique ou territoriale. Loin d’être une utopie camerounaise, ce modèle exécutif partagé s’appuie sur des précédents comparatifs qui en démontrent à la fois la faisabilité, la légitimité et l’efficacité relative.

1. Le Nigeria : du “federal character” à l’équilibre exécutif implicite

Voisin du Cameroun et ancienne colonie britannique, le Nigeria est souvent présenté comme l’un des fédéralismes les plus aboutis d’Afrique. Il est structuré en 36 États fédérés dotés de larges compétences constitutionnelles. Si la Constitution nigériane ne prévoit pas de vice-présidences régionales multiples, elle impose néanmoins un principe fondamental : le “federal character”. Selon ce principe, toutes les institutions nationales, y compris l’exécutif, doivent refléter la diversité géographique, ethnique et religieuse du pays (Suberu, 2001). En pratique, cela se traduit par une attention constante à l’équilibre régional dans les nominations présidentielles, y compris au niveau du vice-président.

Cette règle non seulement réduit les tensions intercommunautaires, mais elle crée une dynamique de co-responsabilité nationale, où les projets de développement régionaux peuvent bénéficier d’un appui exécutif explicite. Transposé au Cameroun, un tel équilibre ne peut plus être laissé à la discrétion du chef de l’État ; il doit être institutionnalisé par une vice-présidence collégiale constitutionnellement encadrée.

2. La Bosnie-Herzégovine : cohabitation exécutive dans un contexte post-conflit

Autre cas emblématique : la Bosnie-Herzégovine. Pays multiculturel et post-conflit, la Bosnie a adopté une présidence tripartite où les trois principaux groupes ethniques (Bosniaques, Croates, Serbes) sont représentés au sommet de l’État. Chaque président est élu par sa communauté, et la présidence est rotative tous les huit mois. Ce système, bien qu’administrativement lourd, a permis d’éviter un retour à la guerre civile et d’instaurer une paix structurelle fondée sur l’inclusion mutuelle (Bieber, 2006).

Dans le contexte camerounais, où les tensions entre communautés anglophones et francophones, entre régions centrales et périphériques, restent vives, une structure exécutive partagée pourrait jouer le même rôle stabilisateur. Chaque région disposerait d’un représentant à la Vice-présidence, garantissant que les intérêts locaux soient présents dans l’arène fédérale. Ce serait un rempart contre la marginalisation, mais aussi un mécanisme d’équilibre démocratique entre les territoires.

3. La Bolivie : le pluralisme constitutionnel au service de la représentativité

Enfin, l’expérience de la Bolivie offre un modèle particulièrement pertinent pour un État développementaliste communautaire. En 2009, le pays adopte une nouvelle Constitution reconnaissant officiellement l’existence de 36 peuples autochtones. L’État devient alors plurinational, ce qui implique la reconnaissance des droits politiques et institutionnels des communautés à participer au pouvoir (Postero, 2017). Dans les faits, cela s’est traduit par l’inclusion d’acteurs autochtones dans les institutions nationales, y compris l’exécutif, et par une forte décentralisation des politiques publiques.

Ce modèle inspire directement la logique camerounaise, où plus de 250 ethnies, plusieurs aires linguistiques, et une histoire coloniale différenciée (française et britannique) coexistent. L’instauration d’une Vice-présidence collégiale au Cameroun permettrait de formaliser cette pluralité dans l’État, sans tomber dans le piège de la balkanisation. Il s’agirait de passer de la juxtaposition de communautés à leur intégration fonctionnelle dans la gouvernance.

Ces trois exemples convergent vers une conclusion claire : dans les États multiculturels, la stabilité institutionnelle repose sur la reconnaissance structurelle des différences, et non sur leur effacement. En instaurant une Vice-présidence collégiale régionale, le Cameroun adopterait un instrument moderne, inclusif et adapté à ses réalités profondes. Cette réforme serait non seulement cohérente avec les exigences du développement local, mais aussi conforme aux standards internationaux d’un fédéralisme équitable et démocratique.

Conclusion : pour une refondation exécutive ancrée dans la souveraineté territoriale

L’échec du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré l’accord formel du Premier ministre du Cameroun et l’engagement diplomatique de l’ambassade de Chine, n’est pas un incident isolé. Il est le révélateur structurel d’un système exécutif qui concentre le pouvoir tout en diluant la responsabilité, incapable de porter des initiatives territoriales stratégiques ou de réagir efficacement aux mutations du monde. Ce blocage administratif, survenu au niveau du Secrétariat Général de la Présidence, est l’un des multiples symptômes d’un État centralisé, opaque et paralysé, dont les mécanismes de décision sont déconnectés des territoires, des communautés et même des engagements politiques supérieurs.

Dans ce contexte, le Cameroun ne peut plus se contenter d’une réforme marginale. Il doit s’engager dans une refondation structurelle de ses institutions, à commencer par l’architecture de son exécutif fédéral. Le modèle du Premier ministère, dérivé du jacobinisme français, a montré ses limites : vertical, symbolique, inefficace, il ne peut porter la logique du développement communautaire, ni incarner l’autonomie régionale.

Face à cette impasse, le modèle de Vice-présidence collégiale régionale, intégré dans le projet de fédéralisme développementaliste communautaire du MLDC, constitue une alternative viable, cohérente et fondamentalement démocratique. Il ne s’agit pas simplement d’un ajustement technique, mais d’un changement de paradigme : un passage de la centralité vers la coprésidence territoriale, de la hiérarchie administrative vers la responsabilité partagée, de la domination institutionnelle vers la souveraineté coopérative.

Chaque région fédérée — Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, Grand Ouest — disposerait d’une Vice-présidence fédérale, à la fois représentative et décisionnelle. Ce collège de Vice-présidents ne serait pas une division du pouvoir, mais son approfondissement. Il permettrait de construire des réponses différenciées aux défis spécifiques de chaque région tout en consolidant une vision unifiée de la nation. Il serait l’incarnation exécutive d’un Cameroun polycentrique, communautaire, souverain.

Enfin, cette réforme n’est pas isolée dans l’histoire du monde. Le Nigeria, la Bosnie-Herzégovine, la Bolivie — et bien d’autres — ont montré que la stabilité dans les États complexes passe par la reconnaissance institutionnelle de la diversité. Le Cameroun peut devenir un modèle africain de fédéralisme équitable, à condition de s’émanciper des formes mortes du centralisme hérité et d’embrasser un avenir basé sur la coresponsabilité territoriale et la légitimité communautaire.

C’est là, dans cette vice-présidence collégiale souveraine, que se trouve la clé de la transformation républicaine du Cameroun, et peut-être même de sa survie politique comme État-nation. Le MLDC propose ainsi non une réforme parmi d’autres, mais un projet de réinvention nationale.

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• Yab, J., Nkong-Njock, V. (2025). Pour un État Développementaliste Communautaire: le Cameroun

Building a Cameroon–Nigeria Axis for Structuring South–South Development

A Strategic Proposal from the MLDC Based on the Community Developmental State (CDS)

Prof. Jimmy Yab. President of the MLDC. President of the Francophone China–Africa Observatory (OCAF). Professor of International Relations.

Prof Jimmy Yab & H.E. OLUSEGUN OBASANJO

Abstract

In a global context of shifting power poles, Cameroon remains deeply anchored in diplomatic frameworks inherited from colonialism, even as South–South dynamics are redrawing the paths of development. This article puts forward a strategic alternative led by the Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC): the creation of a structured bilateral cooperation axis between Cameroon and Nigeria, framed by the Community Developmental State (CDS) model. Drawing inspiration from Asian models of planned industrialization and pragmatic diplomacy, this partnership could accelerate regional integration, reinforce Cameroon’s economic sovereignty, and stabilize border zones through development-oriented diplomacy. The analysis draws upon recent economic data, academic references, and the author’s experience as president of the Francophone China–Africa Observatory (OCAF).

1. Introduction: The Urgency of Diplomatic Refoundation

A photo taken during the 70th anniversary of the Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries (CPAFFC) in Beijing—where the author was the sole representative of Cameroon, standing alongside President Olusegun Obasanjo—is more than symbolic. It illustrates a strategic vacuum in Cameroon’s diplomatic presence. While the world is restructuring around regional South–South alliances (Cheru & Obi, 2010), Cameroon remains absent from major co-development platforms, held captive by a France-centric diplomatic approach.

This diplomatic absence signals a structural crisis of vision, which the MLDC seeks to overcome through a developmental diplomacy rooted in the sub-region, positioning Nigeria as a first-tier strategic partner. Within this framework, the Community Developmental State offers the doctrinal and institutional basis to envision a new African regional order, led by sovereign and mutually supportive states.

2. Doctrinal Foundations: The Community Developmental State as a Lever for Regional Integration

Inspired by Asian models (Japan, South Korea, China, Vietnam), the Community Developmental State advocated by the MLDC rests on three pillars of sovereignty: political, economic, and technological (Yab, 2024). It breaks away from paradigms of dependence on international donors in favor of national planning and regional integration.

As Leftwich (1995) emphasizes, development does not arise from automatic market liberalization, but from the strategic autonomy of a state embedded in its national and regional communities. The CDS reframes foreign action not as passive representation but as a public policy of structural transformation.

3. Nigeria: An Underutilized Power in Cameroon’s Regional Strategy

With a GDP of $477 billion (IMF, 2023), a population exceeding 230 million, vast gas reserves, and a growing manufacturing sector, Nigeria is the continent’s leading economic power. Yet, Cameroon has never developed a high-level bilateral cooperation framework with Abuja—despite sharing a 1,500 km border and informal trade flows estimated at over $500 million in 2022 (BEAC, 2023).

The MLDC proposes transforming this informal border coexistence into a structured co-development axis, built around logistical corridors (Garoua–Maiduguri, Bamenda–Enugu), joint economic zones, and industrial cooperation on regional value chains (livestock, textiles, agriculture, energy).

4. Academic and Operational Diplomacy: The Role of OCAF

As President of the Francophone China–Africa Observatory, the author has conducted numerous comparative analyses on Sino-African cooperation modalities. Contrary to simplistic interpretations, China does not impose a single model but offers a flexible negotiation framework in which the partner state remains responsible for its agenda (Brautigam, 2009).

It is this strategic school that informs our proposal: a co-diplomacy of development, in which Cameroon co-constructs with Nigeria:

A Cameroon–Nigeria Institute for South–South Development, based in Garoua or Maroua, to train regional cooperation personnel; Joint university programs linking Yaoundé I, Douala, Ibadan, Nsukka, Zaria, to share expertise in agriculture, health, security, and industry; A shared strategy to attract African and Asian FDI, particularly for financing common infrastructure.

5. Regional Security: Peace Through Integrated Development

The Cameroon–Nigeria border, particularly in the Far North, remains plagued by multiple forms of insecurity: Boko Haram, cross-border banditry, extreme poverty. The MLDC proposes a doctrine of developmental security, inspired by the concept of “human security” (UNDP, 1994), which integrates military action, social inclusion, and economic integration.

This doctrine is based on:

Joint community-based security forces, funded by both states; Economic stabilization projects in at-risk areas (roads, schools, hospitals); Regional reintegration centers for former combatants, linked to literacy and vocational training programs.

6. A Strategic Break from Passive Diplomacy

Unlike Cameroon’s current foreign policies, which rely on symbolic representation and influence, the MLDC’s approach is grounded in impact diplomacy, oriented toward sovereignty and development goals.

The proposed Cameroon–Nigeria axis adopts an offensive posture, based on a realistic reading of the regional environment. It aligns with the notion that well-crafted South–South alliances are now strategic levers comparable to past bilateral treaties with Northern powers (Mohan & Tan-Mullins, 2019).

Conclusion: Toward a Pan-African Developmental Geodiplomacy

The MLDC puts forward a true geopolitical shift for Cameroon. By reorienting Cameroonian diplomacy toward pragmatic South–South partnerships—beginning with Nigeria—it restores foreign policy to its historical mission: supporting national independence, accelerating development, and ensuring peace.

The Community Developmental State is not merely an administrative model but a strategic and operational framework for situating Cameroon within a strong, integrated, and sovereign Africa.

“Those not at the negotiation table are on the menu of history.”

— Prof. Jimmy Yab

References

Brautigam, D. (2009). The Dragon’s Gift: The Real Story of China in Africa. Oxford University Press.

Cheru, F., & Obi, C. (2010). The Rise of China and India in Africa: Challenges, Opportunities and Critical Interventions. Zed Books.

Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press.

IMF. (2023). World Economic Outlook. International Monetary Fund.

Leftwich, A. (1995). Bringing Politics Back In: Towards a Model of the Developmental State. Journal of Development Studies, 31(3), 400–427.

Mohan, G., & Tan-Mullins, M. (2019). The Geopolitics of South–South Infrastructure Development: Chinese-Funded Transport Projects in Ethiopia and Kenya. Political Geography, 73, 31–43.

UNDP. (1994). Human Development Report 1994: New Dimensions of Human Security. United Nations Development Programme.

Yab, J. (2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. US Editions.

BEAC. (2023). Report on Informal Trade Flows in CEMAC. Bank of Central African States.

LA CHINE DÉÇUE PAR LE CAMEROUN ? ENTRE OPPORTUNITÉS MANQUÉES ET NÉGLIGENCE GÉOPOLITIQUE

Nouvelle bâtisse de l’Assemblée Nationale construite par la Chine

Résumé

L’inauguration du nouveau bâtiment de l’Assemblée nationale camerounaise, construit par la Chine, illustre un engagement continu de Beijing dans les infrastructures africaines. Toutefois, une analyse comparative des investissements chinois en Afrique subsaharienne met en évidence un retard notable au Cameroun. Ce décalage découle principalement de la méconnaissance des mécanismes géopolitiques chinois et de la faiblesse institutionnelle de l’administration camerounaise. Cet article analyse la situation en profondeur, en s’appuyant sur des statistiques récentes et des références académiques pour comparer les investissements chinois au Cameroun avec ceux réalisés dans d’autres pays comme l’Éthiopie ou l’Angola, et propose des pistes pour une coopération bilatérale plus efficace.

Mots clés: Chine, Cameroun, investissement chinois, géopolitique, Afrique subsaharienne, infrastructures, Assemblée nationale camerounaise

Abstract:
The inauguration of Cameroon’s new National Assembly building, constructed by China, underscores Beijing’s sustained interest in African infrastructure. However, comparative analysis of Chinese investments in sub-Saharan Africa reveals Cameroon’s significant lag. This gap arises from inadequate understanding of Chinese geopolitical mechanisms and the weaknesses in Cameroon’s institutions. This article thoroughly examines the situation, utilizing recent statistics and academic references to compare Chinese investments in Cameroon with those in countries such as Ethiopia and Angola. It also offers insights on how to foster more effective bilateral cooperation.

Keywords: China, Cameroon, Chinese investment, geopolitics, sub-Saharan Africa, infrastructure, National Assembly building.


Pr Jimmy Yab et S.E. Wang Yi, Ministre des Affaires étrangères chinois

Introduction

L’inauguration du nouveau bâtiment de l’Assemblée nationale camerounaise, financé et construit par la République populaire de Chine, a eu lieu le 30 novembre 2024. Ce bâtiment moderne, d’une valeur estimée à 56 milliards de FCFA, symbolise la relation de longue date entre Beijing et Yaoundé. Pourtant, au-delà de cet acte diplomatique, se cache une réalité troublante : le Cameroun peine à capitaliser sur son partenariat avec la Chine. Tandis que d’autres pays africains comme l’Éthiopie, l’Angola ou encore le Kenya enregistrent des volumes d’investissements massifs et stratégiques, le Cameroun semble confiné à des projets symboliques. Pourquoi cette différence ? Ce retard s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’absence d’une stratégie nationale cohérente et un déficit de connaissances sur les mécanismes de la coopération sino-africaine. Cet article s’interroge sur les causes profondes de cette stagnation et propose des pistes pour réorienter la relation sino-camerounaise vers une trajectoire plus ambitieuse.


Les investissements chinois au Cameroun : état des lieux

Les relations sino-camerounaises ont pris de l’ampleur depuis le début des années 2000, à la faveur de l’expansion de la diplomatie économique chinoise en Afrique. Parmi les projets phares, on peut citer le port en eau profonde de Kribi, réalisé grâce à un prêt de 1,3 milliard de dollars octroyé par Exim Bank China, et le barrage hydroélectrique de Memve’ele, qui a coûté environ 850 millions de dollars. Ces infrastructures visent à moderniser les capacités du Cameroun, mais leur impact économique reste limité en raison d’une gestion inefficace et d’une faible intégration dans les chaînes de valeur locales.

En termes de chiffres, le Cameroun a reçu environ 5 milliards de dollars d’investissements directs chinois entre 2000 et 2023, représentant moins de 3 % du total des investissements chinois en Afrique subsaharienne, estimé à 153 milliards de dollars sur la même période (Brautigam, 2019). À titre de comparaison, l’Angola a capté environ 42 milliards de dollars, tandis que l’Éthiopie en a reçu 16 milliards, principalement dans des secteurs productifs comme l’industrie et les transports (IMF, 2023). Cette différence illustre non seulement une volonté stratégique différente de la part de Beijing, mais aussi une incapacité du Cameroun à proposer des projets d’envergure répondant aux priorités chinoises.


Comparaison avec d’autres pays d’Afrique subsaharienne

L’Éthiopie représente un modèle exemplaire de coopération avec la Chine. Ce pays a su aligner ses priorités nationales avec la stratégie chinoise de la Belt and Road Initiative (BRI). Le chemin de fer Addis-Abeba-Djibouti, financé à hauteur de 3,4 milliards de dollars par la Chine, a permis de réduire de moitié le coût et le temps de transport des marchandises entre les deux pays (World Bank, 2024). En parallèle, des parcs industriels comme celui de Hawassa, soutenus par des financements chinois, ont attiré des investisseurs étrangers et créé des milliers d’emplois.

En Angola, la Chine a joué un rôle clé dans la reconstruction post-guerre civile, notamment grâce à un mécanisme novateur de prêts garantis par le pétrole. Ce pays a bénéficié de plus de 500 projets financés par Beijing, allant des infrastructures routières aux hôpitaux, renforçant ainsi sa capacité à diversifier son économie (Mohan & Lampert, 2013).

En revanche, au Cameroun, les projets sont souvent perçus comme des « éléphants blancs ». Le port de Kribi, par exemple, fonctionne bien en deçà de sa capacité maximale en raison d’un manque de connexions ferroviaires et d’infrastructures logistiques appropriées. Cela reflète une planification déficiente et un manque d’intégration dans les réseaux régionaux.


Les raisons du retard camerounais

Plusieurs facteurs expliquent le faible niveau d’investissements chinois au Cameroun, malgré un potentiel évident :

  1. Faiblesse institutionnelle : Contrairement à des pays comme l’Éthiopie, où les projets sont intégrés dans un plan national de développement, le Cameroun manque d’une stratégie claire pour maximiser les opportunités offertes par la Chine.
  2. Méconnaissance des mécanismes chinois : L’administration camerounaise reste mal équipée pour naviguer dans la complexité des financements chinois, qui requièrent souvent des propositions bien documentées et alignées avec les objectifs de la BRI.
  3. Absence de leadership stratégique : Les responsables camerounais se concentrent souvent sur des projets symboliques, sans prendre en compte leur rentabilité économique ou leur durabilité à long terme.

En outre, les fonctionnaires chargés de négocier avec Beijing manquent souvent de formation spécifique en géopolitique chinoise. La Chine fonctionne selon des priorités stratégiques précises, basées sur le développement des infrastructures régionales et l’intégration économique. Sans une compréhension claire de ces dynamiques, le Cameroun risque de rester un partenaire secondaire dans les plans chinois pour l’Afrique.


Vers une coopération plus efficace

L’invitation officielle adressée au président de l’Association d’amitié Chine-Cameroun et de l’Observatoire Chine-Afrique francophone, Pr. JIMMY YAB, pour participer aux célébrations marquant le 75ᵉ anniversaire de la République populaire de Chine et le 70ᵉ anniversaire de l’Association du peuple chinois pour l’amitié avec les étrangers (CPAFFC) est un signe clair de la volonté de Beijing de renforcer ses relations avec le Cameroun. Cet événement, qui s’est tenu sous le thème « Approfondir l’amitié populaire sino-étrangère et promouvoir une communauté de destin pour l’humanité », met en lumière l’importance d’une diplomatie centrée sur les échanges culturels, économiques et stratégiques.

1. Mieux intégrer les mécanismes de la diplomatie chinoise

La Chine privilégie une approche multilatérale qui s’appuie sur des organisations comme la CPAFFC pour bâtir des relations bilatérales solides. Cependant, le Cameroun doit apprendre à tirer parti de ces plateformes en participant activement aux dialogues et en proposant des projets alignés sur les priorités stratégiques chinoises. Les objectifs de Beijing dans la région incluent notamment :

  • Le développement des infrastructures transnationales pour intégrer les économies régionales.
  • La promotion de zones économiques spéciales (ZES) pour stimuler l’industrialisation.
  • Le renforcement des échanges culturels et académiques pour favoriser la compréhension mutuelle.

Recommandation : Créer un Comité permanent pour la coopération sino-camerounaise, sous l’égide de l’Association d’amitié Chine-Cameroun. Ce comité pourrait servir de plateforme pour identifier et prioriser des projets à soumettre aux instances chinoises, tout en veillant à ce qu’ils soient conformes aux besoins du Cameroun et aux orientations stratégiques de la Chine.

2. Capitaliser sur le rôle des échanges culturels et associatifs

Le rôle de la CPAFFC dans la diplomatie chinoise va au-delà des relations étatiques. Son approche consiste à établir des ponts via les associations et organisations de la société civile. Cette méthode permet d’élargir les perspectives de coopération en touchant directement les populations. En tant que président de l’Observatoire Chine-Afrique francophone, vous êtes bien placé pour utiliser cette invitation comme levier afin de :

  • Renforcer les relations interculturelles entre les deux pays par des programmes d’échange.
  • Organiser des séminaires et conférences sur le rôle des relations sino-africaines dans un contexte multipolaire.
  • Proposer des projets de recherche collaborative entre les universités camerounaises et chinoises sur des thèmes comme l’agriculture durable, la technologie ou la santé publique.

Exemple concret : En Éthiopie, les universités chinoises ont financé des programmes de formation en ingénierie pour former des cadres locaux capables de gérer les infrastructures financées par la Chine. Une telle initiative pourrait être répliquée au Cameroun.

3. Développer une stratégie nationale alignée sur la Belt and Road Initiative (BRI)

La BRI, initiative phare de la Chine, repose sur un réseau mondial d’infrastructures visant à stimuler le commerce et la connectivité. Malgré l’adhésion du Cameroun à ce programme, le pays reste absent des corridors majeurs de la BRI en Afrique. Par exemple, l’Éthiopie et Djibouti bénéficient de projets de transport intégrés qui facilitent le commerce intra-africain et avec l’Asie, tandis que le Cameroun n’a pas encore exploité son potentiel de hub régional.

Proposition stratégique :

  • Réhabiliter les corridors logistiques reliant le port de Kribi au Tchad et à la République centrafricaine.
  • Intégrer le Cameroun dans les chaînes de valeur régionales en développant des zones économiques spéciales soutenues par des financements chinois.
  • Favoriser les investissements dans des projets verts (énergies renouvelables, reboisement, etc.) pour aligner les priorités nationales avec les engagements environnementaux de la Chine.

4. Former une nouvelle génération de cadres en géopolitique chinoise

La compréhension des priorités chinoises exige des compétences spécifiques que la plupart des fonctionnaires camerounais ne possèdent pas actuellement. Il est donc impératif de former une nouvelle génération de cadres, non seulement dans la langue et la culture chinoises, mais aussi dans la géopolitique et les mécanismes de financement de la Chine.

Action immédiate : Collaborer avec la CPAFFC pour mettre en place un programme de formation continue destiné aux fonctionnaires et cadres du secteur privé, incluant des modules sur :

  • Les mécanismes de financement des banques chinoises (Exim Bank, Banque chinoise de développement).
  • Les principes de négociation des accords bilatéraux dans le cadre de la BRI.
  • L’utilisation des forums sino-africains (FOCAC) pour attirer des investissements stratégiques.

Conclusion

L’invitation de la CPAFFC au 75ᵉ anniversaire de la République populaire de Chine représente une opportunité unique pour le Cameroun de réévaluer et de renforcer sa coopération avec Beijing. En utilisant cette plateforme, le Cameroun peut s’inspirer des succès d’autres pays africains pour proposer des projets ambitieux, diversifier ses partenariats, et former une nouvelle génération de leaders capables de naviguer dans la complexité des relations sino-africaines. En combinant diplomatie culturelle et stratégie économique, le Cameroun pourrait devenir un acteur majeur de la coopération sino-africaine au XXIᵉ siècle.

Donald Trump and Africa: What to Expect in His Second Term

Donald Trump USA presidential elections 2024

Donald Trump and Africa: What to Expect in His Second Term

As Donald Trump assumes office once again as the 47th President of the United States, many are looking to assess what his return to the White House might mean for Africa. Trump’s previous term (2017-2021) was marked by a controversial and often divisive approach to the continent, with critics highlighting his blunt rhetoric, while supporters argue he was the first to bring much-needed attention to the growing influence of China in Africa. As Trump returns, it’s likely that his policies towards Africa will continue to prioritize U.S. economic interests and countering Chinese influence on the continent, though the specifics may evolve given the current global and regional context.

A Controversial Start: Trump’s First Term and Africa

Donald Trump’s first term as president was characterized by moments that reflected a seemingly dismissive attitude towards Africa. In 2018, reports surfaced that he referred to some African nations as “s-hole countries” in a meeting, a comment that sparked widespread condemnation and left a lasting impact on his administration’s reputation in Africa. Many African leaders and citizens saw the comment as emblematic of a lack of respect and understanding from the Trump administration toward the continent.

Yet despite the controversy, Trump’s Africa policy also had a strategic focus, especially in terms of countering China’s growing influence. His administration consistently underscored the risks of Chinese involvement in Africa, especially concerning China’s investments and infrastructure projects across the continent. Many African nations had increasingly turned to China for economic assistance, with Beijing financing major projects from railways to highways through its Belt and Road Initiative (BRI). Trump and his advisors saw this as a potential threat to U.S. strategic interests and sought to push back against China’s foothold.

Countering China: An Ongoing Priority

One area where Trump’s supporters argue he made a significant contribution was in raising awareness about China’s influence in Africa. “You will again see aggressive countering of Chinese influence in Africa,” stated Tibor Nagy, former Assistant Secretary of State for African Affairs under Trump. During Trump’s first term, Nagy and other officials frequently warned African leaders about the risks associated with Chinese debt and dependence, framing China as a “revisionist power” with interests that do not align with Africa’s long-term sovereignty and stability.

In Trump’s second term, this approach is expected to intensify, with an even greater focus on economic strategies that seek to curb China’s influence on the continent. Under Trump, the United States is likely to strengthen partnerships with African nations that share American views on economic sovereignty and could potentially benefit from alternatives to Chinese investment. Trump’s administration may explore initiatives such as the “Prosper Africa” initiative — an economic program from his first term aimed at boosting trade and investment between the U.S. and Africa — and expand on it to promote American business interests while creating competitive alternatives to China’s BRI.

Securing Critical Minerals for Green Technologies

One of the biggest areas of focus in Trump’s return to office will likely be securing access to Africa’s vast reserves of critical minerals, especially those essential to emerging green technologies. Africa is rich in minerals such as cobalt, lithium, and rare earth elements that are key components in the batteries used for electric vehicles, mobile phones, and other modern technologies. As the world moves toward greener energy solutions, the demand for these minerals is increasing rapidly, and the U.S. views stable access to these resources as a matter of national security.

“There is no denying that access to the many critical minerals that Africa has in great abundance is needed for America’s economy today as well as for the technologies that will lead us into the future,” said Ambassador J. Peter Pham, a former U.S. Special Envoy for the Sahel Region under Trump. Pham emphasizes that any monopolization of these supply chains — particularly by China, which has made strategic investments in Africa’s mining sector — represents a security risk for the United States. In his second term, Trump’s administration may push for partnerships and investments in Africa that help secure a more diverse and reliable supply chain for these resources, positioning the U.S. as a competitive partner to African nations looking to develop their mining industries.

A Transactional Approach to Diplomacy

In line with Trump’s signature “America First” philosophy, his approach to Africa is expected to remain transactional. Rather than promoting broad-based development aid, Trump’s policies are likely to focus on areas that directly serve U.S. interests, including trade, security, and resource acquisition. During his first term, Trump’s administration significantly cut foreign aid, and it is likely that he will continue to prioritize mutually beneficial agreements over traditional assistance. African nations that align with U.S. policy objectives may benefit from increased economic opportunities and security cooperation, while others may see reduced engagement from Washington.

Security and Counterterrorism Cooperation

Security cooperation in Africa, particularly in regions facing instability from extremist groups, was another aspect of Trump’s policy in his first term. The Sahel region, for instance, has seen a growing threat from terrorist groups such as Boko Haram and ISIS-affiliated organizations. The Trump administration supported counterterrorism initiatives in these regions, although his focus was often criticized as narrow and selective. In his second term, Trump is expected to continue supporting counterterrorism measures in Africa, especially if they align with U.S. security interests. However, Trump’s tendency to scale back American military involvement could lead to a more cautious approach, with the U.S. possibly encouraging regional allies and private security firms to take on a larger role.

What African Nations Can Expect

While the specifics of Trump’s Africa strategy remain to be seen, African leaders can expect an administration that prioritizes pragmatic partnerships over ideological commitments. Countries that are rich in critical minerals, aligned with U.S. anti-China policies, or play strategic roles in regional security may find themselves prioritized in Trump’s second term.

However, this transactional approach may also mean that countries that fail to align closely with U.S. interests could face disengagement. African nations may also be wary of Washington’s perceived unpredictability under Trump, with leaders potentially weighing whether to strengthen ties with other global powers such as China or Russia as a hedge against shifting U.S. policies.

A Different Kind of Engagement

Trump’s second term in office will likely bring a distinct and pragmatic engagement strategy with Africa, one that heavily focuses on securing U.S. economic interests, countering Chinese influence, and building selective security partnerships. African leaders and policymakers will have to navigate an evolving landscape, where U.S. engagement is driven by a transactional mindset rather than broad developmental goals. For better or worse, Trump’s approach to Africa may reshape the continent’s diplomatic landscape, making it essential for African leaders to weigh their own strategic priorities as they engage with the United States.

HOW CHINA IS CHANGING THE WORLD EVERY MINUTE

FROM CHINA

FROM THE WORLD

International Friendship Conference in Beijing and 70th Anniversary of the Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries chaired by H.E. Xi Jinping

By the China-Cameroon Friendship Association (AACC) and the China-Francophone Africa Observatory (OCAF)

BEIJING, October 11, 2024 — Chinese President Xi Jinping presided over the International Friendship Conference in Beijing, which we attended, an event celebrating the 70th anniversary of the Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries (CPAFFC). This conference gathered nearly 200 international attendees, including former political leaders, members of royal families, and representatives from international cooperation organizations. The meeting highlighted Xi Jinping’s vision of a « community with a shared future » and the essential role of people-to-people diplomacy in strengthening international relations.

Renewed Commitment to Friendship Between Nations

In his opening speech, President Xi Jinping underscored the foundational importance of friendship between nations for global stability and prosperity. Reflecting on China’s 75 years of development since the founding of the People’s Republic, he noted that such progress would not have been possible without the support of numerous international partners. « We will always remember your important contributions to China and the sincere friendship developed with the Chinese people, » Xi stated.

Emphasizing the CPAFFC’s central role in building ties between nations, Xi reaffirmed that people-to-people diplomacy is essential for creating a fairer and more peaceful world. This approach, he explained, should serve as a model in the current context of global transformations.

Building a Community with a Shared Future for Humanity

In his address, Xi Jinping spoke about today’s global challenges and called for creating a « community with a shared future for humanity. » His vision includes three key areas:

  1. Shared Responsibility: Xi said, “We must build broad consensus on creating a community with a shared future for humanity,” based on values such as peace, development, and justice. He advocated for a multipolar world characterized by equality and an inclusive globalization.
  2. Win-Win Cooperation: Xi reiterated that China’s modernization does not aim for self-centered growth. He encouraged foreign nations to actively participate in this process, fostering shared prosperity and global peaceful development.
  3. Dialogue Between Civilizations: Xi Jinping championed a model of diplomacy that values intercultural exchange. Citing China’s longstanding openness, he promoted the Global Civilization Initiative to replace conflicts with constructive dialogue.

Xi concluded by stating that Chinese diplomacy serves the people, and the Chinese government will fully support the CPAFFC in its mission of fostering international friendship and pragmatic cooperation.

Remarks from Honorary Guests

Among the distinguished guests, former Nigerian President Olusegun Obasanjo and former President of Thailand’s National Assembly, Bhokin Bhalakula, expressed their admiration for China’s rapid development under Xi Jinping’s leadership. They praised initiatives like the « Belt and Road Initiative » as visionary steps toward a more interconnected and cooperative world. China, they affirmed, has become a beacon of hope for developing countries, demonstrating that absolute poverty can be eradicated and inclusive growth achieved.

A Message of Peace and Prosperity for the World

The International Friendship Conference and the CPAFFC’s 70th anniversary illustrate China’s commitment to promoting people-to-people diplomacy to support international cooperation. By inviting partners worldwide to join its modernization, China positions itself as a responsible player, aiming to build a united humanity based on shared values. Guided by Xi Jinping, this approach steers international relations toward a future rooted in solidarity, respect, and shared prosperity.

Outlook and Next Steps

As the world stands at a historical crossroads, the conference demonstrated that people-to-people diplomacy can play a leading role in addressing global challenges. Under Xi Jinping’s leadership and with CPAFFC’s support, China is committed to fostering friendly and peaceful relations while offering partner nations mutually beneficial development opportunities. This international dialogue marks a new chapter in China’s efforts toward a shared future, and the CPAFFC will continue to strengthen these ties in the years to come.

PR. JIMMY YAB
President of the China-Cameroon Friendship Association (AACC) and the China-Francophone Africa Observatory (OCAF).

Conférence Internationale d’Amitié à Beijing et 70e Anniversaire de l’Association du Peuple Chinois pour l’Amitié avec l’Étranger presidé par S.E. Xi Jinping

Par l’Association d’Amitié Chine Cameroun (AACC) et l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF)

BEIJING, le 11 octobre 2024 — Le Président chinois Xi Jinping a présidé la Conférence Internationale d’Amitié à Beijing à laquelle nous avons assisté, un événement marquant le 70e anniversaire de l’Association du Peuple Chinois pour l’Amitié avec l’Étranger (CPAFFC). Cette conférence a réuni près de 200 participants internationaux, incluant d’anciens dirigeants politiques, des membres de familles royales et des représentants d’organisations de coopération internationale. La rencontre a mis en avant la vision de Xi Jinping d’une « communauté de destin partagé » et le rôle essentiel de la diplomatie populaire dans le renforcement des Relations Internationales.

Un Engagement Renouvelé pour l’Amitié entre les Peuples

Dans son discours d’ouverture, le Président Xi Jinping a souligné le fondement que représente l’amitié entre les peuples dans la stabilité et la prospérité mondiale. Rappelant les 75 ans de développement de la Chine depuis la fondation de la République Populaire, il a noté que ce progrès n’aurait pas été possible sans le soutien de nombreux partenaires internationaux. « Nous nous souviendrons toujours de vos contributions importantes à la Chine et de l’amitié sincère qui s’est développée avec le peuple chinois, » a déclaré Xi.

En insistant sur le rôle central de la CPAFFC dans l’établissement de liens entre les peuples, Xi a réaffirmé que la diplomatie populaire est essentielle pour créer un monde plus équitable et pacifique. Cette approche, selon lui, doit servir de modèle dans un contexte global marqué par des transformations profondes.

Bâtir une Communauté de Destin Partagé pour l’Humanité

Dans son allocution, Xi Jinping a fait écho aux défis contemporains en appelant à la création d’une « communauté de destin partagé pour l’humanité ». Dans cette vision, il a exposé trois axes essentiels :

  1. Responsabilité partagée : Selon Xi, « nous devons construire un large consensus sur la création d’une communauté avec un avenir commun pour l’humanité », en s’appuyant sur des valeurs telles que la paix, le développement et la justice. Il a prôné un monde multipolaire, caractérisé par l’égalité et une mondialisation inclusive.
  2. Coopération gagnant-gagnant : Xi a réitéré que la modernisation de la Chine ne vise pas un développement autocentré. Il a encouragé les nations étrangères à participer activement à ce processus, dans une approche qui favorise la prospérité partagée et le développement pacifique à l’échelle mondiale.
  3. Dialogue des civilisations : Xi Jinping a défendu un modèle de diplomatie qui valorise les échanges interculturels. En s’appuyant sur la tradition chinoise d’ouverture, il a promu l’Initiative pour la Civilisation Globale, visant à dépasser les conflits pour instaurer un dialogue constructif.

En conclusion, Xi a déclaré que la diplomatie chinoise est au service du peuple et que le gouvernement chinois soutiendra pleinement la CPAFFC pour poursuivre sa mission d’amitié internationale et de coopération pragmatique.

Témoignages des Invités d’Honneur

Parmi les invités, l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo et l’ancien président de l’Assemblée nationale de Thaïlande, Bhokin Bhalakula, ont exprimé leur admiration pour le développement rapide de la Chine sous la direction de Xi Jinping. Ils ont salué les initiatives de Xi telles que la « Belt and Road Initiative » comme autant de signes de sa vision pour un monde plus interconnecté et solidaire. La Chine, ont-ils affirmé, est aujourd’hui une source d’espoir pour les pays en développement, ayant démontré qu’il est possible d’éradiquer la pauvreté absolue et d’atteindre une croissance inclusive.

Un Message de Paix et de Prospérité pour le Monde

La Conférence Internationale d’Amitié et le 70e anniversaire de la CPAFFC témoignent de la volonté de la Chine de promouvoir une diplomatie populaire en soutien à la coopération internationale. En invitant des partenaires du monde entier à s’associer à sa modernisation, la Chine se pose en acteur responsable et soucieux de bâtir une humanité unie autour de valeurs communes. Cette démarche, pilotée par Xi Jinping, engage les relations internationales vers un futur basé sur la solidarité, le respect et la prospérité partagée.

Perspectives et Prochaines Étapes

À l’heure où le monde est à un carrefour historique, la conférence a montré que la diplomatie populaire peut jouer un rôle de premier plan dans la résolution des défis globaux. Sous l’impulsion de Xi Jinping et avec le soutien de la CPAFFC, la Chine s’engage à développer des relations amicales et pacifiques, tout en offrant aux nations partenaires des opportunités de développement mutuellement bénéfiques. Ce dialogue international marque un nouveau chapitre dans les efforts de la Chine pour un avenir partagé, et la CPAFFC continuera de renforcer ces liens dans les années à venir.

PR. JIMMY YAB

President de l’Association d’Amitié Chine Cameroun (AACC) et de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF)

“À l’Intérieur du Palais du Peuple à Beijing : L’Attente Solennelle de l’Arrivée du Président Xi Jinping”

Dans un silence solennel, quasi mystique, semblable à celui d’un monastère bouddhiste, nous attendons l’arrivée du Président Xi Jinping. Tout bruit semble interdit, comme si chaque respiration devait rester suspendue, en attente. La tension est palpable, une intensité silencieuse flotte dans l’air. La table officielle du président Xi n’est qu’à quinze mètres de moi, une proximité qui intensifie chaque instant de cette attente. Chacun mesure le privilège de se trouver ici, à cette distance restreinte, dans ce lieu si chargé d’histoire et de symbolisme.

Le Palais du Peuple, majestueux et imposant, se dresse comme le gardien des valeurs de la République populaire de Chine. Symbole de l’unité nationale et de la puissance politique du pays, ce bâtiment sert de théâtre aux cérémonies d’État, aux grandes rencontres diplomatiques et aux décisions historiques. Il est l’écrin des ambitions et des desseins de la nation. Chaque pierre, chaque colonne semble porter le poids de l’histoire et l’aura des dirigeants qui y sont passés. En ce lieu sacré, le moindre mouvement prend un sens, et l’arrivée du président Xi Jinping incarne, pour chacun ici, une convergence entre passé et futur, tradition et modernité.

L’attente se prolonge, et dans ce silence presque sacré, on ressent la gravité du moment. Le Palais du Peuple devient, dans cette attente, bien plus qu’un bâtiment : il devient l’âme de la Chine, un sanctuaire où se joue l’avenir.

Historic Handshake: My Meeting with Xi Jinping

That morning, the Great Hall of the People in Beijing stood resplendent in its majestic glory. Inside, only 200 specially selected guests, world-renowned figures, were gathered for this historic event. Each guest was acutely aware of the privilege of being present in such an iconic venue, and as I represented Cameroon, I felt especially honored to be among this exclusive group. The atmosphere in the room, adorned with traditional Chinese artworks, was filled with palpable solemnity. Conversations were hushed, almost whispered, while a discreet security presence quietly oversaw the proceedings, much like in a scene from a suspenseful film where every detail carries weight.

The purpose of this gathering was exceptional: the celebrations of the 75th anniversary of the founding of the People’s Republic of China and the 70th anniversary of the Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries. Yet, beyond the festivities, it was the anticipated arrival of President Xi Jinping that held everyone’s attention. Time seemed to stretch, heightening the subtle tension as each guest awaited his entrance.

Finally, the grand doors of the hall opened silently. President Xi Jinping entered, surrounded by his advisors. The entire room’s focus shifted toward him. His movements were measured, his gestures imbued with a calm confidence. He walked slowly, greeting a few guests along the way. Every step he took resonated like a note of suspense, intensifying the anticipation of a unique moment. Then, my turn came.

As President Xi approached me, a surge of adrenaline coursed through me. I was fully aware of the symbolic significance of this moment: I was representing Cameroon at this historic gathering. The President looked at me with a discreet smile and extended his hand. I shook it, deeply conscious of the importance of this moment. He looked into my eyes and, with a calm and dignified tone, asked his first question:

“How are you?”

I responded without hesitation, with confidence: “Very well, Mr. President.” A faint smile appeared on his face, then he continued with the second question, asked with the same measured calm:

“How is China?”

I took a quick breath, then answered with genuine emotion: “Magnificent, Your Excellency.” My voice marked by the privilege of this exchange. Finally, with palpable emotion, I concluded solemnly: “Thank you, sir.”

President Xi Jinping moved on to greet other guests, and at that moment, a profound realization struck me: I had just shaken hands with one of the most powerful men on the planet, perhaps the second most powerful after the President of the United States. The weight of this global recognition suddenly enveloped me. This was not merely a handshake – it was a reflection of my journey, my dedication as a scholar in Sino-African relations, and above all, of the importance China places on these relations.

For me, this exchange represented far more than a moment of diplomatic courtesy. It symbolized a validation of my efforts to build bridges between China and Africa, to promote a mutually beneficial partnership that transcends borders. This handshake was a promise of even stronger collaboration, and it reinforced my commitment to continue this vital work, to build this shared community of destiny for humanity.
PR JIMMY YAB

Cérémonie Historique avec Xi Jinping : 75 ans de la RPC

INVITATION A UNE CÉRÉMONIE HISTORIQUE SOUS LA PRÉSIDENCE DE S. E. XI JINPING, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE.

Départ de LONDRES pour BEIJING tout de suite.

Je suis très honoré de vous informer que cette année marque deux anniversaires historiques pour la Chine : le 75e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine et le 70e anniversaire de la fondation de l’Association chinoise du peuple pour l’amitié avec les pays étrangers (CPAFFC). Ces célébrations auront lieu lors d’une cérémonie spéciale à Pékin, le 11 octobre 2024, sous la présidence de Son Excellence Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.

J’ai l’honneur d’avoir été invité à cet événement en tant que Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF). Je représenterai mon pays le Cameroun comme d’habitude avec distinction.

Cette invitation est une reconnaissance significative de notre travail dans le renforcement des relations sino-africaines, une marque de confiance qui reflète l’importance de nos contributions à l’amitié entre nos peuples et à la promotion d’une communauté de destin pour l’humanité.

Cet événement sera une opportunité unique pour approfondir nos partenariats et poursuivre nos objectifs de coopération internationale. Je suis sûr que cette reconnaissance rejaillira sur notre travail collectif et sur les efforts déployés pour une collaboration plus fructueuse entre la Chine et l’Afrique.

Je vous remercie d’avance pour votre soutien et compréhension à l’occasion de cette célébration majeure.

PR JIMMY YAB

Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF).

FOCAC 2024 : Relations Chine-Cameroun en Détail

AU MOMENT OÙ LE PRÉSIDENT PAUL BIYA SE DÉPLACE POUR Le Sommet 2024 du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) qui se tiendra à Beijing du 4 au 6 septembre, je donne ici quelques remarques sur le FOCAC et les relations Chine Cameroun.

1. Le FORUM SUR LA COOPERATION SINO- AFRICAINE (FOCAC)

Le Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC), créé en 2000, est une plateforme multilatérale qui réunit la Chine et les pays africains pour renforcer la coopération économique, politique et socioculturelle. Le FOCAC se tient tous les trois ans, alternant entre la Chine et l’Afrique, avec des sommets présidentiels et des réunions ministérielles.

Les principaux objectifs du FOCAC sont :

– Renforcer les relations économiques entre la Chine et les pays africains.

– Faciliter le commerce bilatéral et les investissements chinois en Afrique.

– Encourager la coopération en matière de développement, de santé, d’éducation et d’infrastructures.

– Promouvoir la paix, la sécurité et la gouvernance en Afrique.

En termes d’engagements financiers, la Chine a annoncé en 2018 un plan de financement de 60 milliards de dollars pour les pays africains, couvrant des prêts, des crédits et des dons pour les projets de développement.

2. RELATIONS SINO-CAMEROUNAISES DANS LE CADRE DU FOCAC

Les relations entre la Chine et le Cameroun se sont considérablement renforcées dans le cadre du FOCAC. La Chine est devenue un partenaire majeur du Cameroun dans plusieurs domaines :

Investissements dans les infrastructures:

– Le Cameroun a bénéficié d’importants financements chinois pour le développement des infrastructures. Parmi les projets phares figurent la construction du stade d’Olembepour la Coupe d’Afrique des Nations 2021, les travaux d’expansion du port en eau profonde de Kribi, et des projets d’amélioration du réseau routier national.

Échanges commerciaux:

– Le commerce bilatéral entre la Chine et le Cameroun a atteint environ 2,88 milliards de dollars en 2020. La Chine est le premier partenaire commercial du Cameroun, principalement pour les exportations de matières premières (pétrole, bois, coton) et les importations de biens manufacturés chinois.

Coopération en santé:

– Lors de la pandémie de COVID-19, la Chine a apporté une aide sanitaire au Cameroun, notamment par la fourniture de vaccinset de matériel médical,dans le cadre de l’initiative pour renforcer la santé publique.

Financements pour l’énergie:

– La Chine a contribué à la construction du barrage hydroélectrique de Memve’ele (211 MW), une infrastructure clé pour résoudre les problèmes d’énergie au Cameroun.

3. L’INITIATIVE LA CEINTURE ET LA ROUTE EN AFRIQUE

Lancée en 2013 par la Chine, l’Initiative de la Ceinture et la Route (BRI) vise à renforcer la connectivité et la coopération économique entre la Chine et ses partenaires via des investissements massifs dans les infrastructures (routes, ports, chemins de fer).

En Afrique, plus de 50 pays ont adhéré à l’initiative, dont le Cameroun. Les principaux objectifs de la BRI en Afrique sont :

– Améliorer les infrastructures de transport pour favoriser les échanges commerciaux et l’intégration économique.

– Promouvoir des projets dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications et de la logistique.

Le Cameroun a signé un accord avec la Chine en 2018 pour intégrer l’initiative, et plusieurs projets d’infrastructure dans le pays sont financés dans ce cadre. Parmi ces projets, les extensions portuaires et la réhabilitation des routes facilitent les flux commerciaux dans la région du golfe de Guinée, un point stratégique pour la Chine.

4. STATISTIQUES CLÉS DES RELATIONS CHINE – CAMEROUN

– Échanges commerciaux: 2,88 milliards de dollars en 2020.

– Investissements chinois directs: Environ 400 millions de dollars pour des projets d’infrastructures au Cameroun, incluant les stades et les barrages.

– Partenariats énergétiques: Financement des barrages hydroélectriques de Memve’ele et de Lom Pangar.

– Initiatives sanitaires: Don de 200 000 doses de vaccins et de matériel médical pendant la pandémie de COVID-19.

Le FOCAC constitue une plateforme stratégique qui a permis à la Chine et au Cameroun de développer des relations solides. Avec l’intégration du Cameroun dans l’Initiative de la Ceinture et la Route, les projets de développement d’infrastructures et de coopération économique devraient s’amplifier dans les prochaines années. La Chine continue de jouer un rôle clé dans la modernisation des infrastructures camerounaises, le commerce et l’assistance au développement, tout en renforçant son influence politique et économique en Afrique.

PR JIMMY YAB