L’opposition camerounaise doit demander pardon au peuple camerounais

En 1994, Nelson Mandela, après avoir triomphé de l’apartheid, tendait la main à ses anciens bourreaux, au nom de la réconciliation nationale. Mais avant de demander la réconciliation, il avait demandé des comptes à l’Histoire.

Depuis plus de trois décennies, le peuple camerounais attend une véritable alternance démocratique. Il a espéré, voté, marché, crié, souffert… Mais jusqu’à aujourd’hui, aucun changement politique réel n’a eu lieu. Le régime en place, usé mais encore debout, continue d’imposer son autorité. Pourquoi ? Parce que ceux qui prétendaient être des alternatives se sont souvent révélés indignes de la confiance populaire. Oui, l’opposition camerounaise doit humblement demander pardon au peuple camerounais. Et voici pourquoi.

1. Parce qu’elle a trahi l’espoir né du multipartisme

Quand la loi de 1990 a autorisé le retour au multipartisme, une lueur d’espoir a jailli dans tout le pays. Le peuple pensait enfin pouvoir choisir ses dirigeants. Mais rapidement, les partis d’opposition se sont enfermés dans des querelles de leadership, des alliances contre-nature, et des combats d’ego. Au lieu de se constituer en force crédible, structurée et unie, ils ont offert un spectacle désolant de divisions, de calculs politiciens et de compromissions.

2. Parce qu’elle a été complice, par faiblesse ou par intérêt

Plusieurs figures de l’opposition ont accepté des postes au sein du gouvernement ou ont pactisé avec le pouvoir, sans jamais rendre compte à ceux qui les suivaient. D’autres ont transformé leur combat en commerce d’influence. Des partis dits « d’opposition » ont accepté de participer à des élections truquées, validant ainsi le système qu’ils prétendaient combattre. Cette duplicité a tué l’espoir démocratique.

3. Parce qu’elle n’a jamais été à la hauteur du peuple

Le peuple camerounais, malgré la peur, malgré la répression, est descendu dans la rue. Il a voté avec foi. Il a parfois payé de sa liberté, voire de sa vie, son engagement pour le changement. Pendant ce temps, une grande partie de l’opposition restait dans les salons, sur les plateaux télé, à commenter l’histoire au lieu de la faire. Elle n’a pas su encadrer, canaliser, ni défendre les dynamiques populaires. Elle a échoué à créer un mouvement national d’émancipation.

4. Parce qu’elle a méprisé l’organisation et le terrain

L’opposition a souvent négligé le travail communautaire, préférant la politique spectacle à la construction méthodique. Elle a abandonné les villages, les syndicats, les marchés, les quartiers populaires à la propagande du régime. Elle a échoué à créer une base populaire enracinée, fidèle et formée. Résultat : le pouvoir a gardé l’appareil, l’administration, l’armée… et le terrain.

5. Parce qu’elle a participé à l’usure de la confiance politique

Aujourd’hui, le mot “politique” est synonyme de trahison, de corruption, de mensonge. Et l’opposition porte aussi une part de responsabilité dans cet effondrement moral. Par son incohérence, son opportunisme, ses divisions, elle a contribué à détruire la foi du peuple en l’action politique.

Un pardon utile : pour refermer un cycle et en ouvrir un nouveau

Demander pardon, ce n’est pas s’humilier. C’est faire acte de lucidité, de responsabilité et de maturité politique. Le peuple camerounais a été blessé, abusé, trahi. Il mérite un mea culpa sincère. Et ce pardon serait aussi un acte fondateur : celui d’un nouveau cycle politique, celui de l’alternance préparée, construite, assumée.

Le MLDC, en se positionnant comme parti d’alternance et non de simple opposition, veut rompre avec cette histoire d’échecs répétés. Il propose une vision claire, un enracinement local, une stratégie disciplinée et un leadership nouveau. Mais pour que ce changement soit accepté, il faut d’abord reconnaître les fautes du passé.

Oui, l’opposition camerounaise doit demander pardon au peuple.

Et lui dire enfin : « Nous avons échoué à vous libérer. Mais ensemble, désormais, nous allons bâtir. »


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