Paul Biya : Débat sur l’âge et la gouvernance au Cameroun

La question de l’âge du Président Paul Biya, qui atteindra 92 ans lors des élections de 2025, constitue un point focal du débat politique au Cameroun. Cet aspect de sa longévité au pouvoir est souvent mis en avant par l’opposition, qui y voit un argument central pour remettre en cause sa capacité à continuer à gouverner efficacement le pays. Cependant, l’accent mis sur l’âge doit être examiné dans un contexte plus large, où la continuité et la stabilité du régime sont des enjeux majeurs pour l’avenir du Cameroun.

L’âge : un symbole ou un levier politique ?

L’âge avancé du Président Biya ne peut être ignoré. À mesure que l’on avance en âge, il est bien établi que les capacités physiques et cognitives peuvent décliner, affectant potentiellement la prise de décision et la gouvernance d’un pays. Toutefois, cette perspective doit être nuancée. L’âge, en tant que tel, n’est pas automatiquement synonyme d’incapacité à gouverner. Ce qui est plus pertinent, c’est l’efficacité avec laquelle un dirigeant peut continuer à exercer son rôle, même s’il s’appuie sur une équipe de conseillers expérimentés et un réseau de soutien politique bien établi.

Cet argument de l’âge est-il donc légitime ou est-il simplement utilisé par l’opposition comme un outil pour affaiblir un leader qui conserve une emprise considérable sur le pouvoir ? Il est probable que les deux dimensions coexistent. L’âge de Biya symbolise à la fois les défis de la longévité au pouvoir et les craintes d’une stagnation politique. Pourtant, il pourrait également s’agir d’un simple levier rhétorique dans un contexte où l’opposition peine à mobiliser autour d’un programme alternatif convaincant.

La longévité au pouvoir : stabilité ou stagnation ?

Le long règne de Paul Biya a certes apporté une certaine stabilité au Cameroun, un facteur crucial dans une région marquée par des conflits et des incertitudes politiques. Cependant, cette stabilité est de plus en plus perçue comme un obstacle au renouvellement nécessaire du leadership. L’absence de renouvellement politique peut engendrer un immobilisme qui limite la capacité du pays à s’adapter aux enjeux contemporains, qu’ils soient économiques, sociaux ou sécuritaires.

Le débat sur l’âge de Biya doit donc être replacé dans une réflexion plus globale sur la longévité au pouvoir et ses implications pour la démocratie camerounaise. Une gouvernance marquée par la continuité a ses avantages, mais elle pose aussi des questions sur la capacité du régime à se renouveler et à répondre aux aspirations des nouvelles générations.

L’influence persistante de Paul Biya

Malgré son âge, Paul Biya continue de jouir d’une influence considérable, soutenue par un réseau puissant au sein du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) et au-delà. Cette influence pourrait lui permettre de jouer un rôle significatif dans la politique camerounaise, même en cas de déclin physique. Le Cameroun est-il devenu trop dépendant de cette figure centrale, au point que son retrait pourrait entraîner des troubles ou une incertitude politique ? Cette question soulève des préoccupations légitimes sur l’avenir du pays et la nécessité d’une transition maîtrisée.

L’opposition et la quête d’une alternative crédible

L’un des principaux défis pour l’opposition camerounaise réside non seulement dans la critique du maintien au pouvoir d’un président vieillissant, mais aussi dans sa capacité à proposer une alternative cohérente et crédible. À ce jour, l’opposition a peiné à s’unir et à formuler un projet politique convaincant qui pourrait inspirer la confiance des Camerounais et offrir une réelle possibilité de changement.

Le manque de leadership clair et la fragmentation des forces d’opposition affaiblissent leur pouvoir de persuasion et renforcent la position du RDPC et de Paul Biya. Ce déséquilibre est exacerbé par le fait que, pour nombre de Camerounais, la continuité incarne une certaine sécurité, surtout face aux défis sécuritaires actuels, tels que la crise anglophone et la menace de Boko Haram.

Vers une transition politique nécessaire ?

Il est indéniable que le Cameroun devra, à un moment donné, affronter la question de la succession de Paul Biya. Une transition politique pacifique et ordonnée est essentielle pour garantir une stabilité durable. Cette transition pourrait être initiée par un Paul Biya lucide, qui déciderait de passer le flambeau à une nouvelle génération, tout en s’assurant que cette transition se fasse en douceur. À défaut, il incomberait à l’opposition de se structurer pour offrir une alternative solide et prête à prendre les rênes du pouvoir.

Conclusion

L’argument de l’âge du Président Biya ne peut être écarté, mais il doit être analysé dans une perspective plus large qui inclut la nécessité d’un renouvellement politique et la capacité de l’opposition à proposer une alternative crédible. Le Cameroun, comme toute nation, a besoin de leaders qui non seulement comprennent les défis actuels, mais qui sont aussi prêts à préparer l’avenir en permettant une transition politique pacifique et ordonnée. Le futur du pays dépendra de la manière dont cette transition sera orchestrée, qu’elle soit menée par un leader vieillissant ou par une opposition enfin unie et inspirée.

PR JIMMY YAB


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