
Un de mes étudiants m’a interpellé par un commentaire qui, je l’avoue, m’a à la fois fait sourire et profondément attristé. Voici ce qu’il a dit :
“L’essentiel est qu’il soit ce sue les saintes écritures disent de lui, c’est à dire le seigneur qui est mort sur la croix et que Dieu a ressuscité, celui qui ote le péché de l’humanité par son son sang, quant à sa race, elle nous importe très peu »
Ces mots, prononcés par un jeune Africain camerounais, m’ont frappé comme un coup de poing. Ils révèlent une blessure profonde dans notre conscience collective, une amnésie historique qui nous condamne à répéter les erreurs du passé et à minimiser notre propre valeur.
Je ne peux m’empêcher de poser une question simple : Comment en sommes-nous arrivés là ?
La force des récits : Une arme redoutable
L’histoire de l’humanité est faite de récits. Ces récits ne sont pas neutres. Ils façonnent l’imaginaire collectif, justifient les dominations, et renforcent ou détruisent l’identité des peuples. Pendant des siècles, l’Afrique a été la cible de récits falsifiés, construits pour la dévaloriser. Ces récits ont été utilisés pour justifier l’esclavage, la colonisation et le néocolonialisme.

Lorsque l’histoire de l’Égypte negro-pharaonique est falsifiée pour nier la contribution de l’Afrique à la civilisation, cela importe. Quand des leaders comme Nicolas Sarkozy affirment que l’Africain “n’est pas entré dans l’histoire”, cela a des conséquences. Ces récits ne sont pas innocents : ils influencent la perception que les autres ont de nous, mais surtout celle que nous avons de nous-mêmes.
Dans ce contexte, dire que “la race de Jésus n’importe pas” ou que “l’histoire est secondaire”, c’est participer, volontairement ou non, à notre propre effacement.
L’importance de la représentation
Pourquoi la couleur de Jésus, qu’il soit noir ou blanc, est-elle importante ? Parce que la représentation compte. Chaque peuple peint ses héros, ses divinités et ses figures historiques à son image. Cela n’a rien de banal : cela renforce l’estime de soi, légitime sa culture, et construit une identité forte.
Alors pourquoi, nous Africains, devrions-nous accepter que nos figures historiques soient effacées ou transformées ? Pourquoi devrions-nous nous contenter des récits imposés par d’autres, qui servent souvent à nous dévaloriser ?
C’est ici que réside le cœur du problème : notre capacité à valoriser notre propre histoire et à la défendre n’est pas qu’une question de fierté. C’est une question de survie culturelle et psychologique.
La responsabilité de l’éducation
En tant qu’enseignant, je ressens une tristesse immense lorsque je rencontre des jeunes Africains qui semblent avoir intégré ces discours dévalorisants. Ils ne sont pas responsables de cet état de fait : ils sont les produits d’un système éducatif qui, depuis la colonisation, a trop souvent ignoré ou minimisé notre histoire.
Mais cela ne peut pas devenir une excuse pour continuer à marcher les yeux fermés. Chaque jeune Africain a le droit, mais aussi le devoir, de questionner ce qu’on lui enseigne. Pourquoi sommes-nous le seul continent où une partie de la jeunesse rejette l’importance de sa propre histoire ? Pourquoi sommes-nous si nombreux à ne pas voir que l’histoire est une arme aussi puissante que l’économie ou la politique ?

Un appel à l’éveil
À toi, mon étudiant, et à tous les jeunes Africains : je vous en supplie, ne sous-estimez jamais le pouvoir de l’histoire. Ce n’est pas un luxe intellectuel, ce n’est pas un sujet pour érudits. C’est la base sur laquelle repose notre identité, notre dignité, et notre capacité à revendiquer notre place dans le monde.
Lorsque vous minimisez l’importance de votre histoire, vous ne faites pas que renoncer à votre passé. Vous renoncez aussi à votre avenir.
Alors, oui, tout est important. Que Jésus soit noir ou blanc, que l’Afrique pharaonique soit reconnue comme le berceau de grandes civilisations, que les crimes de la colonisation soient enseignés dans toute leur brutalité — tout cela compte. Parce que si nous ne défendons pas notre histoire, personne ne le fera pour nous.
La lumière au bout du tunnel
Il n’est jamais trop tard pour ouvrir les yeux. Nous avons en nous la capacité de réécrire notre récit, de réhabiliter notre mémoire collective et de redonner à notre jeunesse une fierté légitime. Mais cela commence par une prise de conscience, par un rejet ferme des récits dévalorisants, et par un engagement à transmettre la vérité, à nos enfants et au monde entier.
L’Afrique n’est pas condamnée à être l’otage de l’amnésie historique. À toi, mon étudiant, et à tous ceux qui liront ces lignes : libérons-nous, ensemble, de ces chaînes invisibles. C’est notre responsabilité et notre devoir.
