
Résumé
Pour assister à l’avant-première du film Mufasa: The Lion King à Londres, il fallait s’organiser très à l’avance tant les billets se sont vendus rapidement. Ce film, réalisé par Barry Jenkins, illustre le talent d’un Afro-Américain, mais également la manière dont Disney s’est approprié l’imagerie africaine pour construire une machine lucrative mondiale. Cette exploitation soulève des questions fondamentales : où sont les Africains dans ce processus ? Cet article analyse comment l’Afrique, riche de ses récits et de son patrimoine, est laissée à la marge des gains économiques et culturels. En proposant des solutions dans le cadre de la construction d’un État développementaliste communautaire, nous soulignons le rôle central que la culture peut jouer dans la souveraineté économique et identitaire de l’Afrique.
Mots-clés : Afrique, appropriation culturelle, Disney, État développementaliste communautaire, cinéma africain, Mufasa.
Abstract
Attending the premiere of Mufasa: The Lion King in London required careful planning due to high demand. Directed by Barry Jenkins, the film highlights an African-American’s talent but also Disney’s ability to capitalize on African imagery for global economic success. This dynamic raises critical questions: where are Africans in this process? This paper explores the marginalization of Africans in the economic and cultural exploitation of their heritage. Proposing solutions within the framework of a developmentalist community state, it emphasizes the central role of culture in Africa’s economic and identity sovereignty.
Keywords: Africa, cultural appropriation, Disney, developmentalist community state, African cinema, Mufasa.

Introduction
Pour obtenir un ticket pour l’avant-première de Mufasa: The Lion King, il fallait affronter des files d’attente virtuelles interminables. Les projections se sont remplies en un temps record, témoignant de l’engouement mondial pour ce film. Cependant, cet intérêt ne reflète pas une reconnaissance de l’Afrique et de ses créateurs. Disney, une multinationale américaine, continue d’exploiter l’imaginaire africain pour créer des produits culturels générant des milliards de dollars, tandis que l’Afrique reste exclue des bénéfices économiques et symboliques. Cet article examine cette dynamique d’appropriation culturelle, tout en proposant des pistes pour que l’Afrique se réapproprie son patrimoine dans le cadre d’un État développementaliste communautaire.
L’Histoire de Mufasa et ses Valeurs

Mufasa: The Lion King raconte l’histoire d’un jeune lion orphelin, confronté à des défis insurmontables avant de devenir roi. Le film explore des thèmes universels tels que la résilience, le courage et l’importance de la transmission intergénérationnelle. Narrativement, il s’inscrit à la fois comme un préquel et une suite de The Lion King (2019). Ces valeurs, bien que fondamentales, sont utilisées pour enrichir un récit global qui déconnecte l’Afrique réelle de ses récits mythiques.
L’Appropriation Culturelle : Une Industrie Multimilliardaire
Selon Achille Mbembe, « l’Afrique est souvent réduite à un spectacle, un décor dans l’imaginaire occidental ». Disney s’inscrit parfaitement dans cette logique. Avec des films comme The Lion King et Mufasa, la multinationale a transformé des récits inspirés de la culture africaine en produits destinés à un marché mondial. Pourtant, aucune part de ces bénéfices n’est réinvestie dans le développement des industries culturelles africaines. Cette dynamique met en lumière un déséquilibre criant : l’Afrique est le fournisseur des idées, mais les autres en récoltent les fruits.
Propositions pour un État Développementaliste Communautaire Centré sur la Culture
La réappropriation de la culture africaine passe nécessairement par des initiatives structurées et ambitieuses qui s’intègrent dans une vision d’État développementaliste communautaire. Voici les axes principaux :
1. Faire de la culture un pilier du développement économique
Un État développementaliste communautaire place la culture au cœur de ses stratégies économiques. Cela implique :
• La création de studios de production nationaux capables de concurrencer les grandes entreprises internationales.
• Le financement d’industries culturelles locales à travers des partenariats public-privé.
• L’exportation de récits africains authentiques pour capter une part du marché mondial.
En soutenant des plateformes de streaming africaines et en renforçant les droits d’auteur, l’Afrique peut valoriser ses artistes et ses récits.
2. Renforcer l’éducation et la formation culturelle
L’éducation est centrale dans la construction d’un État développementaliste communautaire. Les écoles et universités doivent inclure des programmes valorisant le patrimoine africain, notamment :
• La formation en métiers de la création, de la production et de la distribution.
• La mise en place de bourses pour les jeunes artistes et cinéastes.
L’objectif est de créer une génération capable de raconter des histoires africaines avec des outils modernes tout en préservant l’authenticité culturelle.
3. Protéger le patrimoine africain par des cadres juridiques internationaux
La culture africaine doit être protégée par des instruments juridiques solides. Cela implique :
• La ratification et l’application stricte des conventions internationales sur la protection du patrimoine culturel.
• La création d’une agence panafricaine dédiée à la promotion et à la sauvegarde du patrimoine immatériel.
Un État développementaliste communautaire veille à ce que les profits générés par l’exploitation du patrimoine reviennent aux communautés locales.
4. Encourager des récits authentiques dans les médias
La réappropriation narrative est essentielle. Cela signifie :
• Développer des récits où l’Afrique n’est pas seulement un décor, mais un acteur central.
• Financer des projets qui valorisent les héros africains et les luttes locales.
Ces récits permettent non seulement de renforcer l’identité culturelle, mais aussi de créer des produits compétitifs sur le marché mondial.
Conclusion
Mufasa: The Lion King est une œuvre qui met en lumière à la fois le potentiel immense de l’imagerie africaine et les contradictions de son exploitation. Dans un cadre d’État développementaliste communautaire, la culture peut devenir un levier de transformation sociale et économique pour l’Afrique. Il appartient aux gouvernements, aux artistes et aux jeunes générations de prendre en main ce défi, afin que l’Afrique ne soit plus un spectateur de son propre patrimoine, mais un acteur central de son exploitation et de sa valorisation.
Bibliographie
• Mbembe, Achille. Critique de la raison nègre. La Découverte, 2013.
• Hall, Stuart. Representation: Cultural Representations and Signifying Practices. SAGE Publications, 1997.
• Thiong’o, Ngũgĩ wa. Décoloniser l’esprit. Présence Africaine, 1986.
• UNESCO. Conventions pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, 2003.
• Jenkins, Barry. Mufasa: The Lion King, Walt Disney Pictures, 2024.
• Sassen, Saskia. Territory, Authority, Rights: From Medieval to Global Assemblages. Princeton University Press, 2006.
