Quand la Chine signe avec l’Iran, Israël se déchaîne: L’accord stratégique de 2021, catalyseur d’un embrasement multipolaire

When China Protects Iran, Israel Strikes Back: The 2021 Strategic Pact as a Catalyst of Multipolar Conflagration

Résumé

Depuis le 13 juin 2025, une guerre ouverte oppose l’Iran et Israël, marquée par des frappes aériennes massives, des missiles balistiques, et des drones kamikazes. Cet article explore comment l’accord stratégique sino-iranien signé en 2021, prévoyant des investissements chinois massifs dans les secteurs énergétique, militaire et numérique iraniens, a redéfini l’équilibre des forces au Moyen-Orient. En reconfigurant la posture iranienne face aux sanctions occidentales, cet accord a renforcé les capacités de riposte de Téhéran et suscité l’inquiétude stratégique d’Israël. Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, avec son soutien inconditionnel à Israël, a complété les conditions pour une offensive militaire israélienne, justifiée par la menace croissante de l’Iran renforcé par Pékin. L’article analyse cette séquence comme l’illustration d’une reconfiguration géopolitique multipolaire où la Chine devient un acteur de dissuasion indirecte dans les conflits du Proche-Orient.

Abstract

Since June 13, 2025, Iran and Israel have engaged in open military confrontation, marked by intense airstrikes, ballistic missile barrages, and drone warfare. This article examines how the 2021 China–Iran strategic partnership agreement—featuring massive Chinese investments in Iranian energy, defense, and technological sectors—reshaped regional power dynamics in the Middle East. By helping Tehran resist Western sanctions and modernize its military, the agreement undermined Israeli deterrence and triggered preemptive Israeli strikes. The return of Donald Trump to the White House, with overt backing for Israel, completed the preconditions for this escalation. We argue that this war episode reveals the emergence of a multipolar confrontation in which China plays an indirect but critical deterrent role, redrawing the contours of Middle Eastern geopolitics.

1. Introduction : une guerre annoncée dans un ordre en transition

L’attaque aérienne lancée par Israël le 13 juin 2025 contre plus de cent cibles stratégiques iraniennes constitue bien plus qu’une réponse ponctuelle à une menace nucléaire. C’est la matérialisation d’un déséquilibre stratégique aggravé par l’alliance sino-iranienne, forgée dans l’accord global de 25 ans signé en mars 2021. Ce partenariat, aux implications militaires, énergétiques et technologiques, a modifié en profondeur les équilibres du Moyen-Orient, en conférant à l’Iran une profondeur stratégique nouvelle face à son rival israélien.

Le présent article analyse la guerre Iran–Israël de juin 2025 à la lumière de cet accord, en démontrant que la protection indirecte chinoise a permis à l’Iran de défier la dissuasion israélienne, tandis que le soutien réaffirmé des États-Unis sous Donald Trump a libéré l’initiative offensive israélienne.

2. L’accord stratégique sino-iranien : redéfinir la sécurité régionale

Signé le 27 mars 2021, l’accord Chine–Iran prévoit :

jusqu’à 400 milliards $ d’investissements chinois dans l’énergie, les infrastructures, les transports et les télécommunications iraniens ; un approvisionnement en pétrole et gaz iranien garanti pour la Chine, à des prix réduits sur 25 ans ; un volet militaire discret : coopération en cybersécurité, équipements de surveillance, participation à des exercices conjoints.

Cet accord a permis à Téhéran de :

bypasser les sanctions américaines, en exportant son pétrole et en finançant son programme nucléaire ; moderniser son arsenal balistique et ses drones, notamment grâce à une coopération sino-russe ; obtenir un soutien diplomatique majeur au Conseil de sécurité des Nations unies, où la Chine joue un rôle de protecteur discret.

3. Le tournant de juin 2025 : frappes, ripostes, escalade

3.1 Israël frappe

Le 13 juin 2025, Israël lance “Opération Rising Lion” : plus de 200 aéronefs, 330 missiles de précision, frappent les centres de centrifugation (Natanz, Fordow), les bases du CGRI, les ports pétroliers. Objectif : détruire la capacité nucléaire et balistique iranienne, empêchée de progresser par des voies diplomatiques. L’action est rendue possible par l’appui diplomatique de Trump, qui appelle à la “reddition inconditionnelle” de Téhéran.

3.2 L’Iran riposte

Le 14 juin, l’Iran envoie plus de 400 drones et missiles vers Tel Aviv, Haïfa, et le Néguev. Bilan : des dizaines de morts, des centaines de blessés. C’est la première fois qu’une riposte directe et symétrique est déclenchée par l’Iran, signe d’un changement d’ère. Cette réaction repose sur la confiance stratégique dans l’axe Pékin–Téhéran–Moscou.

4. La Chine, arbitre ou catalyseur ?

Pékin n’a pas fourni directement d’armement à l’Iran, mais son rôle est structurel :

Grâce à ses investissements et technologies, l’Iran a résisté à la pression économique occidentale. Les systèmes de surveillance chinois (Huawei, Beidou) ont modernisé les défenses iraniennes. La présence économique chinoise en Iran est devenue un bouclier diplomatique : toute frappe massive sur l’Iran affecte les intérêts chinois.

La Chine appelle désormais à une désescalade, tout en accusant Israël d’avoir provoqué une crise aux conséquences régionales potentiellement incontrôlables.

5. Vers une guerre multipolaire froide ?

La guerre Iran–Israël de juin 2025 consacre un basculement :

L’ordre unipolaire centré sur les États-Unis est ébranlé. Le Moyen-Orient devient un espace de projection sino-américaine indirecte. L’Iran, longtemps isolé, est désormais une puissance régionale dotée de relais stratégiques majeurs.

Les risques d’internationalisation sont multiples :

Les intérêts chinois en mer d’Oman sont menacés. Le Hezbollah et les Houthis peuvent être activés en cas d’extension du conflit. La Russie, en retrait tactique, surveille de près tout renforcement de l’axe Pékin–Téhéran.

Conclusion : le “choc des pactes” dans un ordre mondial fracturé

L’accord Chine–Iran de 2021, loin d’être une initiative économique isolée, a préparé la mutation géopolitique de la guerre Iran–Israël. Il a permis à l’Iran de se projeter au-delà de la dissuasion passive, et à Israël de considérer la guerre comme une nécessité préemptive. À travers cette crise, la Chine devient l’acteur fantôme d’un conflit qu’elle n’a pas déclenché, mais qu’elle structure.

Une nouvelle architecture de sécurité moyen-orientale est en gestation. L’avenir dépendra de la capacité des grandes puissances à gérer cette polarisation sans collision directe.

Bibliographie indicative

Al Jazeera. (2025). “Israel launches massive airstrikes on Iran’s nuclear sites”.

The Times of India. (2025). “400 drones and missiles launched by Iran on Tel Aviv”.

Xinhua News. (2021–2025). “Iran-China Comprehensive Strategic Partnership”.

IISS Strategic Dossier (2022). “Iran’s Missile and Drone Capabilities: Emerging Threats”.

Middle East Institute (2023). “China’s rising influence in the Gulf and Iran”.

Reuters. (2021–2025). “China urges calm after Israeli strike”.

Global Times (2025). “Beijing condemns Israeli aggression, calls for restraint”.

Foreign Affairs. (2022). “The End of U.S. Primacy in the Middle East?” Trump, D. (2025). Statements on Iran and Israel, White House Archives.

VOTER PAUL BIYA EN 2025 C’EST VOTER L’ECHEC. ANALYSE DU DISCOURS DE PAUL BIYA DU 31 DÉCEMBRE 2024 : 42 ANS DE PROMESSES, 42 ANS de CONTRE-VÉRITÉS, 42 ANS D’ÉCHECS… DE L’ÉMERGENCE FANTÔME À LA DUPERIE NATIONALE. Une analyse académique…

Introduction : Un discours en trompe-l’œil pour masquer l’échec total

Le 31 décembre 2024, Paul Biya, fidèle à une tradition vieille de plusieurs décennies, s’est adressé aux Camerounais avec un discours empreint de promesses, de chiffres flatteurs et d’un ton résolument optimiste. Pourtant, derrière cette rhétorique bien rodée, se cache une réalité incontestable : celle d’un pays en proie à une crise multiforme et à un recul socio-économique constant. Depuis son accession au pouvoir en 1982, Paul Biya a multiplié les discours exaltant des avancées imaginaires, alors que la situation sur le terrain se détériore inexorablement. Les problèmes liés à la sécurité, à l’économie, aux infrastructures sociales et à l’industrialisation sont autant de preuves d’un échec total que ce discours tente de dissimuler.

Ce discours s’inscrit dans une stratégie récurrente du régime : afficher une image de progrès et de stabilité pour légitimer un pouvoir en déclin, tout en éludant les véritables causes des maux dont souffre le Cameroun. Les taux de croissance vantés, les projets d’infrastructures annoncés et les efforts sécuritaires supposés concluants ne résistent pas à une analyse objective des faits. Derrière les chiffres officiels se cachent des réalités plus sombres : un chômage endémique, une dépendance économique accrue, une désindustrialisation rampante et une insécurité persistante dans plusieurs régions du pays.

Le contraste entre le discours et la réalité est frappant, notamment sur des aspects cruciaux tels que :

• L’économie, où une croissance purement quantitative masque une pauvreté généralisée et une absence de véritable transformation structurelle.

• La sécurité, où les conflits dans les régions anglophones et les attaques de Boko Haram continuent de semer la terreur, malgré les déclarations sur un retour à la paix.

• Les infrastructures sociales, où la majorité des Camerounais peinent à accéder à des services de base de qualité, malgré des décennies de promesses gouvernementales.

• L’industrie, où le Cameroun, autrefois leader industriel en Afrique centrale, a vu disparaître la plupart de ses fleurons industriels sous le règne de Paul Biya, laissant place à une économie largement dépendante des importations.

Cette introduction met en lumière l’écart abyssal entre les déclarations officielles et la réalité vécue par les Camerounais. Si le régime de Paul Biya s’emploie à maquiller la réalité par des discours soigneusement élaborés, les faits montrent que le Cameroun est confronté à une gestion défaillante de ses ressources, une gouvernance minée par la corruption et un manque cruel de vision stratégique pour sortir le pays de la stagnation.

Dans cette analyse, il s’agira de déconstruire le discours de fin d’année 2024 en mettant en évidence ses contradictions, ses failles et ses omissions volontaires. À travers une étude critique des principaux thèmes abordés, économie, sécurité, infrastructures sociales et industrialisation, nous démontrerons que ce discours, loin de refléter une réalité tangible, n’est qu’une opération de communication destinée à maintenir un pouvoir vieillissant et à masquer les véritables échecs d’un régime à bout de souffle. Le Cameroun, après 42 ans de promesses non tenues, mérite une gouvernance nouvelle, tournée vers le développement inclusif et la justice sociale.

I. Des chiffres de croissance économique trompeurs : le vrai visage de l’économie camerounaise

Dans son discours de fin d’année 2024, Paul Biya s’est félicité d’une croissance économique de 3,8 % en 2024 et a annoncé une projection de 4,1 % pour 2025. Ce chiffre, bien qu’attrayant sur le papier, est loin de refléter la réalité économique vécue par la majorité des Camerounais. En effet, cette croissance, essentiellement quantitative, masque de profondes inégalités, une pauvreté persistante et une absence de véritable transformation structurelle de l’économie.

1. Une croissance sans impact sur le quotidien des Camerounais

Bien que le Cameroun affiche régulièrement des taux de croissance positifs, cette croissance ne se traduit pas par une amélioration significative des conditions de vie de la population :

Taux de pauvreté élevé : Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), plus de 37 % de la population camerounaise vit en dessous du seuil de pauvreté, malgré la croissance affichée. Cette pauvreté est particulièrement marquée dans les zones rurales, où l’accès aux services de base (éducation, santé, eau potable) reste limité.

Inégalités sociales accrues : Le Cameroun présente un indice de Gini (mesure des inégalités) supérieur à 0,43, indiquant une forte concentration des richesses dans les mains d’une minorité. Cette inégalité est perceptible à travers le contraste entre les quartiers huppés de Douala et Yaoundé et les bidonvilles en pleine expansion.

Exemple concret : À Douala, le quartier de Bonanjo abrite les sièges de grandes entreprises et des résidences luxueuses, tandis que, non loin de là, des quartiers comme New Bell et Makepe sont caractérisés par une pauvreté extrême, sans accès régulier à l’eau potable ni à l’électricité.

2. Une économie dépendante des matières premières

Le Cameroun reste fortement dépendant de l’exportation de matières premières, sans véritable transformation locale :

Secteur pétrolier : Bien que le pétrole contribue à plus de 40 % des recettes d’exportation, il n’a pas permis de diversifier l’économie ni de créer des emplois massifs. La chute des prix du pétrole sur le marché international entre 2015 et 2018 a révélé la fragilité de cette dépendance.

Exportation brute des produits agricoles : Le Cameroun exporte principalement du cacao, du café et de l’hévéa sous forme brute, sans transformation locale significative. En 2024, le pays a exporté plus de 300 000 tonnes de cacao, mais seule une infime partie a été transformée localement, privant ainsi l’économie nationale de valeur ajoutée et d’emplois.

Exemple concret : La filière cacao-café, qui emploie plus de 600 000 producteurs, souffre d’un manque d’industries locales de transformation. La majorité des producteurs vendent leurs récoltes à bas prix à des multinationales étrangères, qui se chargent de la transformation et de la commercialisation sur les marchés internationaux.

3. Un secteur industriel embryonnaire

Malgré les annonces sur l’industrialisation, le secteur industriel camerounais reste peu développé :

Faible contribution au PIB : Le secteur secondaire, incluant l’industrie manufacturière, ne représente que 14 % du PIB, un chiffre faible pour un pays aspirant à l’émergence.

Projets industriels non aboutis : De nombreuses zones économiques, comme celle de Kribi, censées attirer les investisseurs industriels, peinent à décoller en raison de la bureaucratie, de l’absence d’infrastructures de qualité et d’un climat des affaires peu attractif.

Exemple concret : Le projet de la zone industrielle de Kribi, lancé en grande pompe en 2017, devait accueillir des usines de transformation du bois, du cacao et du pétrole. À ce jour, très peu d’usines ont vu le jour, et la zone reste largement sous-utilisée.

4. Chômage et sous-emploi massifs

Le chômage et le sous-emploi constituent l’un des plus grands défis économiques du Cameroun :

Chômage des jeunes : Selon l’Institut National de la Statistique (INS), le taux de chômage chez les jeunes de 15 à 35 ans dépasse 30 %, une situation aggravée par l’absence de politiques publiques efficaces de création d’emplois.

Sous-emploi : La majorité des Camerounais actifs travaillent dans le secteur informel, souvent dans des conditions précaires, sans couverture sociale ni sécurité de l’emploi. En 2024, le secteur informel représentait environ 90 % de l’emploi total.

Exemple concret : À Yaoundé et Douala, les jeunes diplômés peinent à trouver des emplois correspondant à leurs qualifications et se retrouvent souvent contraints de travailler comme conducteurs de mototaxis ou petits commerçants dans le secteur informel.

5. Inflation et perte du pouvoir d’achat

Malgré les affirmations du président sur la maîtrise de l’inflation, la réalité est que les prix des produits de première nécessité continuent de grimper :

Inflation persistante : L’inflation, bien que réduite à 5 % en 2024, reste élevée pour une économie où les salaires sont faibles et stagnants.

Hausse des prix des denrées alimentaires : Le prix du pain, du riz, de l’huile et des autres produits de base a fortement augmenté ces dernières années, mettant à mal le pouvoir d’achat des ménages.

Exemple concret : Entre 2021 et 2024, le prix du litre d’huile de palme est passé de 600 FCFA à 1 200 FCFA, et celui du sac de riz de 12 000 FCFA à 18 000 FCFA, entraînant une baisse du niveau de vie des familles les plus modestes.

Une croissance factice et déséquilibrée

Le discours officiel sur la croissance économique ne reflète pas la réalité quotidienne des Camerounais. Derrière les chiffres flatteurs se cache une économie fragile, marquée par une dépendance excessive aux matières premières, une absence de véritable industrialisation et des inégalités croissantes. Cette situation illustre l’échec des politiques économiques menées sous le régime de Paul Biya, incapables de traduire la croissance en développement inclusif.

II. Une politique industrielle fictive : où sont les vraies usines ?

Dans ses discours, Paul Biya vante régulièrement les « progrès industriels » réalisés sous son régime, citant quelques projets ponctuels comme la création de nouvelles cimenteries ou d’usines de carreaux. Toutefois, cette rhétorique masque une réalité bien plus sombre : une désindustrialisation massive depuis son accession au pouvoir en 1982. Le Cameroun, autrefois doté d’un tissu industriel dynamique, a vu la fermeture de nombreuses usines majeures au cours des quatre dernières décennies, laissant place à une dépendance accrue aux importations.

1. Un tissu industriel en déclin depuis les années 1980

Avant l’arrivée de Paul Biya au pouvoir, le Cameroun possédait un secteur industriel prometteur, soutenu par un État interventionniste qui investissait dans des industries stratégiques. Certaines des usines les plus emblématiques de cette époque étaient :

CELLUCAM (Cellulose du Cameroun) : Cette usine, située à Edea, était spécialisée dans la transformation du bois en pâte à papier. Elle jouait un rôle clé dans l’exploitation des vastes ressources forestières du pays. Sa fermeture dans les années 1990, due à une mauvaise gestion et à un manque d’investissements, a non seulement entraîné la perte de milliers d’emplois, mais aussi forcé le Cameroun à importer du papier.

CICAM (Cotonnière Industrielle du Cameroun) : Acteur majeur de l’industrie textile, la CICAM produisait des tissus destinés à la consommation locale et à l’exportation. Sous Paul Biya, l’usine a progressivement décliné en raison de la concurrence des produits importés, notamment asiatiques, et de l’absence de protection de l’industrie locale. Aujourd’hui, la CICAM fonctionne à peine, avec une production bien en deçà de sa capacité initiale.

CAMSUCO (Cameroun Sugar Company) : Cette entreprise sucrière, située dans la région du Centre, contribuait à la production locale de sucre. Sa privatisation mal encadrée dans les années 1990 a conduit à son effondrement. Le Cameroun est depuis devenu dépendant des importations pour combler sa consommation de sucre.

Exemple marquant : En 1980, le Cameroun exportait une partie de sa production textile et de son papier. Aujourd’hui, il importe l’essentiel de ces produits, aggravant son déficit commercial.

2. Des privatisations désastreuses sous les programmes d’ajustement structurel

Dans les années 1990, le Cameroun, sous pression du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, a lancé une série de privatisations dans le cadre des programmes d’ajustement structurel. Ces privatisations, mal préparées et souvent entachées de corruption, ont conduit à la fermeture de nombreuses usines :

Privatisation de la SONEL (Société Nationale d’Électricité) : Cette entreprise, autrefois publique, a été privatisée en 2001. La gestion privée qui s’en est suivie n’a pas permis d’améliorer l’accès à l’électricité, et les coupures de courant restent fréquentes, entravant le développement industriel.

Liquidation de la REGIFERCAM (Régie Ferroviaire du Cameroun) : La disparition de cette société publique a eu des conséquences dramatiques sur le transport des marchandises et l’approvisionnement des usines en matières premières.

Conséquence : La privatisation et la fermeture de ces entreprises ont entraîné une désorganisation de l’économie nationale et une hausse des coûts de production pour les rares industries restantes.

3. Des projets industriels récents non aboutis

Depuis les années 2010, le gouvernement a multiplié les annonces de projets industriels ambitieux, mais peu d’entre eux ont réellement vu le jour :

Zone industrielle de Kribi : Cette zone, censée accueillir des usines de transformation du bois et des matières premières, reste largement sous-exploitée. En 2024, seules quelques entreprises y opèrent, et les infrastructures promises ne sont toujours pas finalisées.

Technopôle agro-industriel de Ouassa-Babouté : Ce projet, annoncé pour relancer la transformation des produits agricoles locaux (céréales, tubercules, lait), n’a toujours pas démarré, plusieurs années après son lancement officiel.

Exemple concret : La transformation du cacao, un secteur stratégique pour le Cameroun, est un échec flagrant. Bien que le pays soit l’un des premiers producteurs mondiaux de cacao, plus de 85 % de la production est exportée sous forme brute. Les rares usines de transformation fonctionnent en dessous de leur capacité, faute d’investissements et d’un environnement favorable.

4. Un secteur manufacturier embryonnaire

Le secteur manufacturier, clé du développement économique, reste marginal au Cameroun :

Faible contribution au PIB : Le secteur manufacturier représente à peine 14 % du PIB, contre plus de 30 % dans des pays comme l’Éthiopie ou le Maroc, qui ont su diversifier leur économie.

Absence de chaîne de valeur locale : La plupart des produits consommés au Cameroun sont importés, même ceux fabriqués à partir de matières premières disponibles localement. Par exemple, le pays importe des meubles alors qu’il dispose de vastes ressources forestières.

Exemple concret : Dans le secteur de la cimenterie, bien que de nouvelles usines aient vu le jour (comme celle de Dangote Cement), le coût du ciment reste élevé, et l’industrie ne parvient pas à répondre à la demande locale en raison de problèmes d’approvisionnement en énergie et en transport.

5. Conséquences de la désindustrialisation

La désindustrialisation massive sous le régime de Paul Biya a eu des conséquences profondes sur l’économie camerounaise :

Perte de souveraineté économique : Le Cameroun est devenu dépendant des importations pour de nombreux biens de consommation, aggravant son déficit commercial.

Chômage et précarité : La fermeture des grandes usines a entraîné une perte massive d’emplois formels. La majorité des Camerounais travaillent désormais dans le secteur informel, sans couverture sociale ni sécurité de l’emploi.

Faible compétitivité : L’absence d’une industrie forte empêche le Cameroun de s’insérer dans les chaînes de valeur régionales et mondiales, limitant ainsi son potentiel de croissance.

Une illusion industrielle entretenue par le régime

Contrairement aux discours officiels, la réalité industrielle du Cameroun est celle d’un déclin constant depuis les années 1980. Les quelques usines récemment inaugurées ne suffisent pas à masquer la disparition de véritables fleurons industriels, ni à compenser les emplois perdus.

III. Gouvernance et corruption : une plaie béante jamais guérie

Paul Biya promet une fois de plus de renforcer la lutte contre la corruption. Or, selon le classement de Transparency International de 2024, le Cameroun figure parmi les 25 pays les plus corrompus au monde, occupant la 142e place sur 180.

Quelques exemples récents illustrent l’ampleur de cette corruption endémique :

Les rapports de la Cour des comptes : Un miroir accablant de la mauvaise gouvernance au Cameroun

Les rapports annuels de la Cour des comptes du Cameroun constituent une source essentielle pour comprendre les dysfonctionnements structurels qui caractérisent la gestion publique sous le régime de Paul Biya. Ces documents, élaborés par une institution indépendante censée surveiller l’utilisation des deniers publics, révèlent chaque année des irrégularités massives, des détournements de fonds et une mauvaise gestion des ressources publiques. Toutefois, malgré la gravité des conclusions de ces rapports, les mesures correctives tardent à être prises et les responsables identifiés ne subissent que rarement des sanctions exemplaires.

1. Des détournements de fonds à grande échelle

Les rapports de la Cour des comptes soulignent régulièrement des cas de détournements massifs de fonds publics dans plusieurs secteurs clés :

Affaire CovidGate : Dans un rapport publié en 2022, la Cour des comptes a dénoncé la gestion opaque et les détournements de plusieurs milliards de FCFA destinés à la lutte contre la pandémie de Covid-19. Ce scandale a impliqué des ministères stratégiques, mais à ce jour, peu de sanctions concrètes ont été prises.

Projets d’infrastructures routières : La Cour des comptes a pointé du doigt des surcoûts injustifiés dans plusieurs projets routiers, comme l’autoroute Yaoundé-Douala, dont la première phase, entamée en 2014, n’est toujours pas achevée. Des surfacturations et des paiements effectués pour des travaux non réalisés figurent parmi les irrégularités relevées.

2. La mauvaise gestion des entreprises publiques

Un autre point régulièrement souligné par la Cour des comptes concerne la gestion inefficace des entreprises publiques. De nombreuses sociétés d’État, bien que bénéficiant de subventions massives, continuent d’accumuler des pertes sans contribuer au développement économique :

CAMTEL (société de télécommunications) et SONARA (raffinerie nationale) figurent parmi les entreprises dont la gestion a été qualifiée de catastrophique par les rapports successifs de la Cour.

Les zones économiques, telles que la zone industrielle de Kribi, censées dynamiser l’industrialisation, peinent à produire des résultats concrets en raison d’une gestion inadéquate et d’un manque de vision stratégique.

3. Une gouvernance inefficace et un manque de reddition des comptes

Les rapports mettent également en évidence un problème chronique de gouvernance, notamment :

Absence de suivi des recommandations : Bien que la Cour des comptes formule chaque année des recommandations pour améliorer la gestion publique, celles-ci sont rarement suivies d’effet. Cela témoigne d’un manque de volonté politique de mettre en œuvre des réformes.

Implication de hauts responsables intouchables : Nombre des détournements et irrégularités concernent des personnalités proches du pouvoir, qui bénéficient d’une impunité totale.

4. Un signal ignoré par Paul Biya

Les rapports de la Cour des comptes auraient pu être un outil puissant de réforme et d’assainissement de la gestion publique. Cependant, sous le régime de Paul Biya, ils restent largement ignorés, réduisant cette institution à un simple observateur sans réel pouvoir de contrainte. Cette situation illustre parfaitement l’incapacité du régime à instaurer une gouvernance fondée sur la transparence et la reddition des comptes.

Les rapports de la Cour des comptes offrent une preuve irréfutable de l’échec du régime en matière de gestion publique. Ils montrent que, malgré les discours officiels sur la lutte contre la corruption et l’amélioration de la gouvernance, le Cameroun reste enlisé dans des pratiques prédatrices qui freinent son développement. Si Paul Biya décide de se présenter à l’élection présidentielle de 2025, il devra répondre de cet héritage accablant. À moins qu’il ne choisisse de sortir par la grande porte, en facilitant une alternance politique et en permettant une nouvelle gouvernance plus efficace et transparente.

Le scandale des stades de football au Cameroun : Une vitrine de la mauvaise gouvernance

Le scandale entourant la construction et la réhabilitation des stades de football au Cameroun est un symbole éclatant de la mauvaise gestion des projets d’infrastructures sous le régime de Paul Biya. Ce scandale a pris de l’ampleur lors de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2021, initialement prévue en 2019, mais reportée en raison des retards accumulés dans la livraison des infrastructures. Les dysfonctionnements constatés révèlent non seulement une gestion calamiteuse des fonds publics, mais aussi un système profondément corrompu.

1. Des coûts exorbitants et injustifiés

Le coût total des infrastructures sportives liées à la CAN a largement dépassé les prévisions initiales. Le cas emblématique est celui du stade d’Olembe, dont le coût initial était estimé à 163 milliards de FCFA, mais qui a finalement dépassé 330 milliards de FCFA. Cette explosion des coûts s’explique par :

La mauvaise planification : Des modifications répétées des plans et des délais non respectés ont conduit à une inflation artificielle des coûts.

La surfacturation et les détournements de fonds : Selon des rapports de la Cour des comptes et de certaines enquêtes journalistiques, une partie importante des fonds alloués a été détournée ou mal utilisée.

Le stade d’Olembe, censé être un joyau architectural et une fierté nationale, n’a été partiellement achevé qu’à la veille de la compétition, après plusieurs avertissements de la Confédération Africaine de Football (CAF).

2. Des infrastructures inachevées ou sous-utilisées

Malgré les sommes faramineuses investies, plusieurs stades restent partiellement achevés ou sous-utilisés :

Le stade d’Olembe, malgré son inauguration précipitée pour la CAN, présente encore des travaux inachevés. Le complexe sportif prévu autour du stade, comprenant des hôtels et des commerces, n’a jamais été réalisé.

Le stade de Japoma, construit à Douala à un coût également élevé, souffre d’un entretien insuffisant, et son utilisation est limitée faute d’une gestion adaptée.

3. Un scandale sans véritable sanction

Malgré l’ampleur des dysfonctionnements et des détournements constatés, aucune sanction significative n’a été prise contre les responsables de ce fiasco. Les appels de la société civile et de certains parlementaires à ouvrir une enquête indépendante sont restés sans suite. Ce silence s’explique par la proximité des principaux bénéficiaires de ces détournements avec le cercle du pouvoir :

Responsabilité politique : Plusieurs ministres et hauts responsables ayant supervisé ces projets n’ont jamais été inquiétés.

Impunité systémique : Le régime Biya a démontré à plusieurs reprises son incapacité, ou son absence de volonté, à sanctionner les cas de corruption impliquant des proches du pouvoir.

IV. Un bilan sécuritaire désastreux : le mythe de la paix retrouvée

Dans son discours de fin d’année 2024, Paul Biya affirme que la paix et la sécurité sont désormais consolidées au Cameroun, malgré quelques « attaques lâches » de groupes terroristes et des « atrocités commises par des bandes armées ». Cette affirmation, loin de refléter la réalité sur le terrain, s’inscrit dans une longue tradition de discours minimisant la gravité des crises sécuritaires que traverse le pays. En vérité, le bilan sécuritaire du régime Biya est désastreux, marqué par une gestion inefficace des conflits et une détérioration constante de la situation dans plusieurs régions.

1. La persistance de la crise anglophone : Une guerre non déclarée

Depuis 2016, le Cameroun est plongé dans une grave crise dans ses régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où des groupes séparatistes anglophones affrontent les forces gouvernementales. Malgré les déclarations répétées du gouvernement sur un retour progressif à la paix, la réalité est bien différente :

Un conflit meurtrier : Selon les estimations de l’International Crisis Group, le conflit a fait plus de 6 000 morts et forcé près d’un million de personnes à fuir leurs foyers. Les civils, pris en étau entre les forces de sécurité et les groupes séparatistes, paient le prix fort.

Exactions des deux camps : Des rapports de Human Rights Watch et d’autres organisations de défense des droits humains documentent des exactions commises par les deux parties. Les forces de sécurité sont accusées d’exécutions extrajudiciaires, de viols et de destruction de villages, tandis que les groupes séparatistes multiplient les enlèvements, les attaques contre les écoles et les assassinats de civils soupçonnés de collaborer avec le gouvernement.

Un processus de paix au point mort : Le Grand Dialogue National organisé en 2019, censé résoudre la crise, n’a produit aucun effet concret. Les principales revendications des anglophones, comme la fédéralisation ou une autonomie accrue, ont été ignorées, ce qui a conduit à un durcissement des positions des groupes séparatistes.

Exemple marquant : En novembre 2024, une attaque dans un village de la région du Nord-Ouest a causé la mort de 27 civils, dont des femmes et des enfants, un événement qui illustre la violence persistante dans cette zone. Malgré la présence de forces de sécurité, les habitants continuent de vivre dans la peur quotidienne.

2. La menace persistante de Boko Haram dans l’Extrême-Nord

La région de l’Extrême-Nord du Cameroun est confrontée depuis 2014 à la menace de Boko Haram, un groupe terroriste originaire du Nigeria. Bien que Paul Biya se félicite des « progrès significatifs » dans la lutte contre ce groupe, les faits démontrent que la menace persiste :

Attaques régulières : En 2024, plusieurs dizaines d’attaques ont été recensées dans la région, causant la mort de civils et de militaires. Ces attaques visent principalement des villages isolés et des postes de sécurité.

Déplacements de population : Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), plus de 340 000 personnes restent déplacées dans l’Extrême-Nord à cause des violences de Boko Haram, vivant dans des conditions précaires.

Recrutement forcé : Le groupe terroriste continue de recruter de force des jeunes dans les villages reculés, profitant de la pauvreté et de l’absence d’opportunités économiques.

Exemple marquant : En juillet 2024, une attaque de Boko Haram dans la localité de Mozogo a fait 15 morts, principalement des civils, et provoqué le déplacement de centaines de familles. Cet événement démontre que, malgré les opérations militaires, la menace terroriste reste vive.

3. Criminalité urbaine et insécurité dans les grandes villes

En plus des crises majeures dans les régions anglophones et l’Extrême-Nord, le Cameroun est confronté à une montée de la criminalité dans les centres urbains :

Banditisme et vols à main armée : À Douala et Yaoundé, les cas de vols à main armée, d’agressions et de cambriolages se sont multipliés ces dernières années. Malgré l’annonce de mesures pour renforcer la sécurité, les populations continuent de vivre dans l’insécurité.

Développement des gangs : Des gangs organisés, souvent composés de jeunes désœuvrés, prolifèrent dans plusieurs quartiers sensibles, profitant de l’absence de politiques efficaces de réinsertion sociale.

Exemple marquant : En octobre 2024, une série de cambriolages spectaculaires dans des quartiers résidentiels de Yaoundé a suscité une vive inquiétude parmi les habitants, forçant les autorités à lancer une opération de sécurisation. Cependant, ce type d’actions ponctuelles reste sans effet durable sur la criminalité.

4. L’échec des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR)

Pour tenter de résoudre les conflits armés, le gouvernement camerounais a mis en place des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) destinés aux combattants séparatistes et aux ex-membres de Boko Haram. Cependant, ces programmes peinent à atteindre leurs objectifs :

Faible adhésion : Très peu de combattants séparatistes ont rejoint les centres de DDR, craignant des représailles ou ne croyant pas en la sincérité de l’offre gouvernementale.

Conditions de vie précaires dans les centres : Plusieurs rapports font état de mauvaises conditions de vie dans les centres de DDR, où les ex-combattants peinent à recevoir une formation professionnelle ou un accompagnement adéquat.

Rechute dans la violence : Faute de suivi et d’opportunités économiques, certains ex-combattants retournent dans la clandestinité et reprennent les armes.

Un discours déconnecté de la réalité

Le bilan sécuritaire de Paul Biya est loin d’être celui d’un pays en voie de pacification. En réalité, le Cameroun reste confronté à de multiples foyers de tension qui continuent de déstabiliser plusieurs régions et d’affecter la vie quotidienne des populations. Le discours du régime, qui présente une image d’un pays en paix, relève davantage de la propagande que de la réalité.

V. Des infrastructures sociales insuffisantes : un quotidien difficile pour les Camerounais

Malgré les discours optimistes de Paul Biya sur l’amélioration des conditions de vie des Camerounais, les infrastructures sociales restent gravement insuffisantes. Les secteurs clés comme l’éducation, la santé, l’eau potable et l’électricité souffrent d’un sous-investissement chronique et d’une gestion inefficace. Ces défaillances ont des conséquences directes sur le quotidien des populations, notamment les plus vulnérables.

1. Éducation : Des écoles sous-équipées et des enseignants mal rémunérés

Le système éducatif camerounais est confronté à de nombreux défis :

Manque d’infrastructures scolaires : Dans de nombreuses régions, les écoles sont en nombre insuffisant et mal équipées. Il n’est pas rare de voir des enfants suivre les cours dans des abris de fortune ou sous des arbres, faute de salles de classe adaptées.

Classes surchargées : Dans les zones urbaines, les écoles publiques accueillent souvent plus de 100 élèves par classe, ce qui nuit à la qualité de l’enseignement.

Faible motivation des enseignants : Les enseignants, mal rémunérés et confrontés à des conditions de travail précaires, multiplient les grèves pour réclamer de meilleures conditions. En 2022, le mouvement des enseignants baptisé “On a trop supporté” a paralysé le secteur pendant plusieurs semaines.

Ces problèmes contribuent à un taux d’abandon scolaire élevé, en particulier dans les zones rurales et les régions anglophones touchées par la crise.

2. Santé : Un système sous-équipé et inaccessible

Malgré les annonces répétées sur le renforcement du système de santé, la réalité reste préoccupante :

Insuffisance des infrastructures de santé : De nombreuses localités, notamment en zones rurales, ne disposent pas d’hôpitaux ou de centres de santé fonctionnels. Là où ils existent, ils manquent souvent de personnel qualifié, de médicaments et d’équipements essentiels.

Hôpitaux en crise : Les grands hôpitaux publics des villes comme Yaoundé et Douala sont saturés et sous-équipés. Le manque de lits, de matériel médical et de médicaments est récurrent. En 2023, une enquête a révélé que plus de 60 % des patients hospitalisés dans les grandes villes devaient acheter eux-mêmes leurs médicaments en pharmacie.

Frais de santé élevés : L’absence d’un système de couverture universelle efficace rend les soins de santé inaccessibles à une grande partie de la population. De nombreuses familles doivent choisir entre se soigner et subvenir à leurs besoins de base.

Exemple marquant : le Centre hospitalier universitaire de Yaoundé (CHUY), qui, malgré son statut d’hôpital de référence, souffre d’un manque chronique de financement et d’équipements, entraînant une détérioration constante de la qualité des soins.

3. Eau potable : Un défi quotidien pour des millions de Camerounais

L’accès à l’eau potable reste un défi majeur dans de nombreuses régions :

Pénurie d’eau dans les grandes villes : À Yaoundé et Douala, les coupures d’eau sont fréquentes, obligeant les habitants à s’approvisionner auprès de revendeurs informels à des prix élevés. En 2024, plusieurs quartiers de Yaoundé ont connu des périodes de pénurie prolongée, suscitant la colère des populations.

Accès limité en milieu rural : Dans les zones rurales, moins de 40 % des habitants ont accès à une source d’eau potable. La majorité des populations s’approvisionne encore dans les rivières et les puits non protégés, exposant ainsi les familles à des maladies hydriques comme le choléra.

Bien que des projets d’adduction d’eau aient été lancés, comme celui du projet d’alimentation en eau de la ville de Yaoundé à partir du fleuve Sanaga, leur impact reste limité en raison des retards et des problèmes de gestion.

4. Électricité : Un accès irrégulier et insuffisant

Malgré les promesses d’amélioration de l’accès à l’électricité, le Cameroun continue de faire face à des délestages fréquents :

Délestages chroniques : Les coupures de courant sont monnaie courante, même dans les grandes villes. Cela perturbe non seulement la vie des ménages, mais aussi les activités économiques, notamment les petites entreprises.

Inégalité dans l’accès : Selon un rapport de la Banque mondiale, environ 30 % de la population rurale n’a toujours pas accès à l’électricité. Dans certaines localités, les habitants doivent parcourir de longues distances pour recharger leurs appareils électriques à des générateurs privés.

Exemple marquant : le barrage de Lom Pangar, annoncé comme une solution durable au problème énergétique, a été achevé avec plusieurs années de retard et n’a pas permis de résoudre les délestages persistants.

5. Logement et urbanisation : Une gestion anarchique

L’urbanisation rapide des grandes villes comme Douala et Yaoundé a conduit à une crise du logement :

Bidonvilles en expansion : Une grande partie de la population urbaine vit dans des quartiers précaires, sans accès aux services de base (eau, électricité, assainissement). Selon une étude de l’ONU-Habitat, plus de 60 % des habitants de Douala vivent dans des bidonvilles.

Projets de logements sociaux non achevés : Plusieurs programmes de logements sociaux annoncés par le gouvernement, comme ceux de Logpom à Douala et de Mbanga-Bakoko à Yaoundé, n’ont pas été finalisés ou restent inaccessibles en raison de coûts élevés.

Le quotidien difficile des Camerounais, marqué par des infrastructures sociales insuffisantes, contraste fortement avec les discours officiels qui se félicitent de progrès inexistants. La détérioration des services de base reflète l’échec d’une gouvernance incapable de répondre aux besoins essentiels de sa population.

VI. Paul Biya et la présidentielle de 2025 : Le faux appel du peuple et le choix de sa sortie

Dans son discours de fin d’année 2024, Paul Biya laisse habilement entendre qu’il pourrait à nouveau être candidat à l’élection présidentielle prévue en 2025. Bien qu’il ne déclare pas ouvertement ses intentions, les sous-entendus sont clairs : il évoque sa « détermination intacte » et le soutien prétendu d’un peuple reconnaissant, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre le chemin entamé sous son impulsion. Cette mise en scène prépare le terrain à une candidature que ses partisans présenteront comme une « demande du peuple ». Mais au-delà des apparences, cet « appel » du peuple n’est qu’une mascarade orchestrée par une élite politico-administrative soucieuse de préserver ses privilèges sous un régime usé.

1. L’illusion de l’appel populaire : Une manœuvre politicienne bien rodée

Depuis plusieurs décennies, chaque élection présidentielle au Cameroun est précédée d’une série de « motions de soutien » adressées au président Paul Biya par des groupes d’élites locales, des chefs traditionnels et des membres du parti au pouvoir, le RDPC. Ces motions, souvent relayées par les médias publics, présentent toujours la même rhétorique : elles implorent le président de « répondre favorablement à l’appel pressant du peuple » et de briguer un nouveau mandat « pour assurer la stabilité et la continuité du développement ».

Or, il est important de rappeler que ces appels ne sont ni spontanés ni représentatifs de la volonté populaire réelle. En effet :

Mobilisation artificielle : Les motions de soutien sont le fruit de pressions exercées sur les élites locales, qui craignent de perdre leurs privilèges ou leurs postes s’ils ne participent pas activement à cette mise en scène.

Répression des voix dissidentes : Toute voix s’opposant à cette narrative est systématiquement étouffée. L’espace démocratique étant extrêmement restreint au Cameroun, la majorité des citoyens n’a ni les moyens ni la liberté de s’exprimer véritablement.

Le véritable sentiment populaire est tout autre : une grande majorité des Camerounais aspire à un changement de leadership, une alternance démocratique et une nouvelle dynamique politique après 42 années d’immobilisme.

2. Une candidature qui prolongerait la crise politique et économique

Si Paul Biya décidait de se représenter en 2025, cela signifierait le prolongement d’un régime marqué par :

Une économie stagnante : Malgré les discours optimistes, le Cameroun peine à diversifier son économie et reste dépendant des matières premières, tandis que le taux de chômage reste élevé, notamment chez les jeunes.

• Une gouvernance défaillante : La corruption endémique, la mauvaise gestion des ressources publiques et l’absence de réformes structurelles continueraient de freiner le développement.

Une instabilité sécuritaire persistante : La crise anglophone, mal gérée depuis son déclenchement, risque de s’enliser davantage si le régime actuel, perçu comme illégitime par une partie de la population, reste en place.

En choisissant de se maintenir au pouvoir, Paul Biya ne ferait que retarder une transition inévitable, au risque de plonger le pays dans une crise politique et sociale encore plus profonde.

3. Le choix historique de Paul Biya : La grande porte ou la petite porte

À 92 ans et après plus de quatre décennies à la tête du Cameroun, Paul Biya est face à un choix crucial qui déterminera son héritage historique :

Sortir par la grande porte : Le geste d’un homme d’État

Paul Biya a encore la possibilité de marquer positivement l’histoire en renonçant à briguer un nouveau mandat et en organisant une transition démocratique transparente. Ce geste serait celui d’un homme d’État responsable, soucieux de préserver la stabilité de son pays et d’assurer une alternance pacifique. Il pourrait devenir un exemple pour les autres dirigeants africains souvent accusés de s’accrocher au pouvoir. Cette sortie par la grande porte lui permettrait de se retirer avec honneur, respecté non seulement par les Camerounais, mais aussi par la communauté internationale.

Sortir par la petite porte : L’épilogue d’un règne contesté

À l’inverse, s’il choisit de se représenter, Paul Biya risque d’être emporté par une contestation populaire croissante. Une nouvelle candidature ne ferait que renforcer le sentiment de frustration et d’exaspération d’une grande partie de la population, ouvrant la voie à des troubles politiques majeurs. L’histoire est pleine de dirigeants qui, refusant de lire les signes du temps, ont fini par être chassés du pouvoir dans l’humiliation et la violence.

La sagesse voudrait que Paul Biya prenne la mesure de la situation et comprenne qu’il est temps de laisser la place à une nouvelle génération de dirigeants capables de relever les défis de l’heure. Cette décision lui appartient seul : elle sera celle d’un homme qui choisit de rester dans l’histoire comme un bâtisseur de paix ou d’être rejeté comme un dirigeant ayant refusé de céder sa place au moment opportun.

4. Une opportunité pour un nouveau départ démocratique

La non-candidature de Paul Biya pourrait ouvrir une nouvelle ère au Cameroun :

Une transition pacifique et crédible : En se retirant, il permettrait au Cameroun d’organiser des élections crédibles, transparentes et inclusives, qui offriraient au pays une chance de se réinventer.

Un dialogue national sincère : Son retrait ouvrirait la voie à un véritable dialogue avec toutes les forces vives de la nation, y compris l’opposition et la société civile, pour définir un nouveau projet national.

Une réconciliation nationale : L’alternance politique favoriserait la réconciliation des régions anglophones et le renforcement de l’unité nationale.

Conclusion générale : L’heure du choix a sonné

Paul Biya est à un moment décisif de son règne. Son choix de se maintenir au pouvoir ou de céder sa place déterminera non seulement son héritage personnel, mais aussi l’avenir du Cameroun. Ce pays, riche de son potentiel et de sa jeunesse, mérite mieux que la stagnation actuelle. Il mérite une nouvelle direction, une nouvelle vision, un nouveau souffle.

Seul Paul Biya peut encore décider de sortir par la grande porte, en homme d’État conscient de sa responsabilité historique. S’il ne le fait pas, l’histoire et le peuple camerounais lui imposeront tôt ou tard une sortie par la petite porte, avec le souvenir amer d’un règne trop long, marqué par des promesses non tenues et une transition manquée.

Le Cameroun a besoin de changement, et ce changement doit commencer maintenant.

Bibliographie

1. Banque mondiale, « Promouvoir une croissance inclusive au Cameroun : Défis et opportunités », Washington DC, 2023.

2. Institut National de la Statistique (INS), Rapport sur l’évolution du secteur industriel au Cameroun, Yaoundé, 2024.

3. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Indice de développement humain et rapport sur la compétitivité économique du Cameroun, Yaoundé, 2023.

4. Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI), Rapport sur la désindustrialisation en Afrique centrale : le cas du Cameroun, Vienne, 2023.

5. Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), « Politique industrielle et chaînes de valeur en Afrique », Genève, 2022.

6. Transparency International, Indice de perception de la corruption : focus sur les grands projets d’infrastructures et gouvernance au Cameroun, Berlin, 2024.

7. Human Rights Watch, « Cameroon: Armed Separatists and Security Forces Abuses », New York, 2024.

8. Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), Rapport sur les déplacés internes au Cameroun, Genève, 2023.

9. International Crisis Group, « Cameroon’s Anglophone Crisis: The Need for Dialogue », Bruxelles, 2024.

10. Agence Ecofin, Articles sur l’économie, les infrastructures et la sécurité au Cameroun, Douala, 2023-2024.

11. Le Messager, « CELLUCAM, CICAM, CAMSUCO : un passé industriel glorieux abandonné », Yaoundé, édition spéciale, 2023.

12. Mutations, « Privatisations et fermetures d’usines : un bilan controversé », Douala, juin 2024.

13. Cour des comptes du Cameroun, Rapport sur la gestion des projets d’infrastructures sportives liés à la CAN 2019 et audit des entreprises publiques, Yaoundé, 2021-2023.

14. ONU-Habitat, Rapport sur l’urbanisation et le logement au Cameroun, Nairobi, 2023.

15. Ministère de la Défense du Cameroun, Rapport annuel sur les opérations de maintien de l’ordre et la lutte contre le terrorisme, Yaoundé, 2024.

16. Cameroon Tribune, Articles sur les défis de la transformation locale et les projets industriels, Yaoundé, 2023-2024.

17. Mutations, « Le chômage des jeunes au Cameroun : une bombe à retardement », Douala, édition spéciale, mai 2024.

18. Le Messager, « Crise anglophone : les civils entre deux feux », Yaoundé, édition spéciale, décembre 2023.

19. Agence Ecofin, « Les échecs des zones industrielles au Cameroun : cas de Kribi et Ouassa-Babouté », Douala, 2023.

20. Confédération Africaine de Football (CAF), Rapports d’inspection des infrastructures sportives au Cameroun, 2018-2021.

PR JIMMY YAB

Que signifie la chute du régime d’Assad en Syrie pour les dictatures africaines et les régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel soutenus par la Russie ?

Résumé

La chute du régime syrien de Bachar al-Assad, survenue le 8 décembre, marque un tournant majeur dans la géopolitique régionale et mondiale. Précipitée par l’effondrement de son armée, le désengagement progressif de ses alliés historiques, et l’opportunisme des groupes islamistes, cet événement soulève des questions cruciales pour les régimes autoritaires en Afrique et les gouvernements militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES), soutenus par la Russie. Ce papier examine les implications de cette évolution sur la stabilité politique et les alliances stratégiques dans ces régions.

Mots-clés : Chute d’Assad, Russie, dictatures africaines, Alliance des États du Sahel, géopolitique, influence russe, Korybko (2016), Boniface (2024).

Abstract

The fall of Bashar al-Assad’s Syrian regime on December 8, driven by the weakening of its army, the disengagement of its historical allies, and Islamist opportunism, represents a major geopolitical shift. This event raises critical questions for African authoritarian regimes and military governments in the Sahel Alliance, both heavily reliant on Russian support. This paper explores the implications of this development on political stability and strategic alliances in these regions.

Keywords: Assad’s fall, Russia, African dictatorships, Sahel Alliance, geopolitics, Russian influence, Korybko (2016), Boniface (2024).

Introduction

Le 8 décembre marque un moment décisif dans l’histoire moderne du Moyen-Orient avec la chute du régime syrien de Bachar al-Assad. Cet effondrement, attribué à une combinaison de facteurs internes et externes, dont l’affaiblissement de l’armée syrienne, le désengagement de ses soutiens comme la Russie et l’Iran, ainsi que l’offensive opportuniste des groupes islamistes, remet en cause des équilibres géopolitiques. Ce bouleversement a des implications directes pour les régimes autoritaires africains et les gouvernements militaires sahéliens, en particulier ceux liés à la Russie.

1. Les facteurs de la chute d’Assad et leurs implications

1.1. L’affaiblissement de l’armée syrienne

La désintégration de l’armée syrienne sous la pression des groupes islamistes a démontré l’incapacité des régimes autoritaires à résister à des crises prolongées sans un soutien militaire solide. Cela met en lumière la dépendance excessive des régimes comme ceux du Sahel vis-à-vis de partenaires étrangers comme la Russie.

Impact potentiel : Les régimes sahéliens, confrontés à des insurrections similaires, pourraient tirer des leçons de cet échec militaire, mais aussi voir leurs propres armées questionnées sur leur résilience.

1.2. Le désengagement des soutiens historiques

La préoccupation croissante de la Russie et de l’Iran sur d’autres théâtres stratégiques (Ukraine, tensions dans le Golfe) a accéléré la chute d’Assad. Comme le souligne Boniface (2024), une puissance étrangère incapable de maintenir ses alliances fragilise les régimes qui dépendent de son soutien.

Exemple africain : Une Russie affaiblie par la guerre en Ukraine pourrait se désengager de ses partenariats militaires avec l’AES, mettant en péril les régimes militaires du Sahel.

1.3. L’opportunisme des groupes islamistes

L’offensive des groupes islamistes en Syrie illustre l’importance de leur capacité à exploiter les failles des régimes autoritaires. Selon Dia (2013), cette dynamique se retrouve au Sahel, où des groupes comme AQMI et Boko Haram utilisent les faiblesses institutionnelles pour renforcer leur influence.

Risque au Sahel : Les gouvernements militaires sahéliens pourraient être confrontés à une intensification des attaques terroristes en cas de fragilisation de leur soutien extérieur.

2. La fragilité des alliances russes en Afrique

La chute d’Assad met en lumière la dépendance des régimes autoritaires envers la Russie. Selon Korybko (2016), les alliances russes reposent sur des partenariats transactionnels limités à des livraisons d’armes et de mercenaires. La perte du régime syrien expose les limites de cette stratégie.

Implications pour l’AES : Les régimes militaires du Sahel, comme ceux du Mali et du Burkina Faso, pourraient être confrontés à une diminution des livraisons d’armes et d’un soutien logistique crucial.

3. Répercussions politiques et sociales

3.1. Effet de contagion politique

La chute d’un régime soutenu par la Russie envoie un signal fort aux mouvements d’opposition dans des pays comme le Tchad ou la Guinée, renforçant leur détermination à défier les gouvernements en place. Boniface (2024) souligne que de telles transitions politiques s’accélèrent souvent après la chute de régimes soutenus par des puissances majeures.

3.2. Instabilité sécuritaire

Le désengagement russe affaiblirait les capacités militaires des régimes sahéliens, augmentant leur vulnérabilité aux groupes terroristes. Dia (2013) note que les acteurs non étatiques exploitent souvent ces moments de transition pour renforcer leur contrôle territorial.

4. Scénarios futurs pour l’Afrique et le Sahel

4.1. Reconfiguration des alliances

Les régimes militaires du Sahel pourraient chercher de nouveaux partenaires stratégiques comme la Turquie ou la Chine pour compenser le retrait potentiel de la Russie.

4.2. Transitions démocratiques

L’absence de soutien extérieur pourrait accélérer des transitions démocratiques forcées sous la pression des populations locales et des acteurs internationaux.

4.3. Aggravation des crises humanitaires

La fragilisation des régimes sahéliens exacerberait les crises existantes, notamment en matière de sécurité alimentaire, de déplacements de populations et de manque d’accès aux services de base.

Conclusion

La chute du régime d’Assad, résultat de facteurs internes et externes, représente un avertissement pour les dictatures africaines et les régimes militaires sahéliens. Elle souligne les limites de la stratégie russe de maintien des régimes autoritaires et met en lumière la fragilité des alliances stratégiques en Afrique. À mesure que la Russie réévalue ses priorités internationales, l’instabilité dans les zones sous son influence pourrait s’intensifier, ouvrant la voie à une refonte des équilibres régionaux et à une éventuelle démocratisation.

Références

1. Korybko, A. (2016). “La Russie au Moyen-Orient : Leçons pour l’Afrique.” Mondialisation.ca.

2. Boniface, P. (2024). La géopolitique : 50 fiches pour comprendre l’actualité.

3. Dia, A.M. (2013). Ruptures diplomatiques et sécurité internationale.

PAUL BIYA INAUGURE LE PALAIS DES SPORTS; MAIS BOUDE L’ASSEMBLÉE NATIONALE: UN SYMBOLE D’UNE INSTITUTION EN CRISE

Palais des Sports de Yaoundé

Résumé

L’inauguration par Paul Biya du Palais des sports de Yaoundé, construit par les Chinois, contraste fortement avec l’absence d’une cérémonie similaire pour le siège flambant neuf de l’Assemblée nationale, également bâti par la Chine. Ce choix soulève des interrogations sur la perception et la crédibilité de l’institution parlementaire au Cameroun. S’agit-il d’un désaveu du président de l’Assemblée ou d’une crise plus profonde de la représentativité et du fonctionnement de l’institution ? En analysant les symboles et implications politiques de cet acte, cet article explore les tensions qui minent le parlement camerounais et leur portée pour la gouvernance nationale.

Mots Clés:

Abstract

Paul Biya’s inauguration of the Yaoundé Sports Complex, built by the Chinese, starkly contrasts with his omission of a similar ceremony for the brand-new National Assembly building, also constructed by China. This decision raises questions about the perception and credibility of the parliamentary institution in Cameroon. Is this a snub to the Speaker of the Assembly, or a reflection of a deeper crisis in the institution’s representativeness and functioning? By analyzing the symbolic and political implications of this act, this article delves into the tensions undermining Cameroon’s parliament and their impact on national governance.

Assemblée Nationale Cameroun

1. Le Parlement Camerounais : Une Institution Fragilisée

L’Assemblée nationale est censée incarner la souveraineté populaire selon l’article 1 de la Constitution camerounaise. Cependant, cette institution, comme beaucoup d’autres parlements africains, est confrontée à une faiblesse structurelle qui entrave son rôle.

1.1. Absence d’Indépendance

Le parlement camerounais est largement dominé par le parti au pouvoir, le RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), qui détient une majorité écrasante depuis plusieurs décennies. En conséquence, son rôle législatif est souvent réduit à un appui mécanique aux décisions présidentielles. Comme l’écrit Jean-François Bayart dans L’État en Afrique : La politique du ventre (1989) :

« Les institutions parlementaires en Afrique ne sont souvent que des vitrines permettant de légitimer les décisions d’un exécutif omnipotent. »

Un exemple frappant est l’adoption systématique des lois budgétaires sans véritable débat parlementaire. En 2023, par exemple, la loi de finances a été adoptée en moins de deux semaines, une rapidité qui traduit un manque d’examen critique.

1.2. Déficit de Légitimité

Les taux de participation aux élections législatives sont en constante baisse. Lors des élections de 2020, la participation nationale n’a été que de 43 %, et certaines régions, notamment anglophones, ont enregistré des taux inférieurs à 15 %, en raison de la crise sociopolitique qui secoue ces zones. Ce faible taux de participation témoigne d’une désaffection croissante envers une institution perçue comme éloignée des préoccupations citoyennes.

Un parallèle peut être établi avec d’autres parlements africains : en Côte d’Ivoire, le parlement de Laurent Gbagbo, avant la crise de 2010, faisait face à des accusations similaires d’être une chambre d’enregistrement. La crise politique qui en a découlé a montré à quel point le manque de légitimité d’une institution peut miner la stabilité nationale.

2. Un Désaveu Personnel ou Institutionnel ?

L’absence d’inauguration du siège de l’Assemblée nationale par Paul Biya peut être interprétée sous deux angles complémentaires :

2.1. Un Désaveu du Président de l’Assemblée

Cavaye Yéguié Djibril, qui préside l’Assemblée nationale depuis 1992, est devenu un symbole de la stagnation institutionnelle. Sa longévité à ce poste illustre une politisation excessive et un manque de renouvellement des élites parlementaires. Dans un contexte où la société civile demande davantage de transparence et de diversité politique, Cavaye est régulièrement critiqué pour son alignement inconditionnel avec l’exécutif.

Comme l’écrit Achille Mbembe dans On the Postcolony (2001) :

« Les élites politiques africaines maintiennent leur position non pas en modernisant les institutions, mais en consolidant des structures de domination qui aliènent les citoyens. »

L’absence d’inauguration pourrait donc traduire une volonté de Paul Biya de marquer une distance avec Cavaye, même si cela n’implique pas nécessairement une rupture.

2.2. Une Crise Institutionnelle Profonde

Au-delà des individus, le parlement camerounais souffre d’une crise structurelle. En ne lui accordant pas l’importance symbolique qu’il réserve à des infrastructures comme le Palais des sports, Paul Biya semble refléter un consensus tacite sur l’inutilité relative de l’Assemblée dans le processus décisionnel.

Des précédents historiques appuient cette lecture. En République démocratique du Congo sous Mobutu, l’Assemblée nationale était surnommée « la caisse de résonance », en référence à son rôle passif. Cette absence de pouvoir réel a contribué à l’effondrement institutionnel du régime dans les années 1990.

3. Le Symbolisme de l’Acte et Ses Implications

L’absence d’inauguration est un acte chargé de symboles. En analysant les messages implicites qu’il véhicule, plusieurs implications se dégagent.

3.1. La Primauté de l’Exécutif

Dans un régime hyperprésidentialisé comme celui du Cameroun, le président concentre l’essentiel des pouvoirs. En célébrant le Palais des sports et en ignorant l’Assemblée nationale, Paul Biya renforce l’idée que les infrastructures tangibles et les projets exécutifs priment sur les espaces de débat démocratique.

Ce phénomène n’est pas unique au Cameroun. En Éthiopie, sous Haile Selassie, les institutions parlementaires étaient maintenues pour des raisons symboliques, mais elles n’avaient aucun impact réel sur les politiques publiques.

3.2. Une Vision Orientée vers l’Apparence

Le Palais des sports représente un outil de diplomatie publique : il accueille des compétitions internationales, attire des visiteurs et projette une image de modernité. En revanche, le siège de l’Assemblée nationale, bien qu’important, ne génère pas la même visibilité.

Comme le souligne Larry Diamond dans Developing Democracy: Toward Consolidation (1999) :

« Les régimes autoritaires tendent à privilégier les réalisations spectaculaires qui masquent leur déficit démocratique. »

En inaugurant le Palais des sports, Paul Biya mise sur des infrastructures qui valorisent son image, plutôt que sur celles qui renforcent les institutions démocratiques.

Conclusion : Une Institution à Réinventer

L’omission de l’inauguration du siège de l’Assemblée nationale par Paul Biya illustre une crise institutionnelle plus large au Cameroun. Si le Palais des sports brille par son éclat, l’Assemblée nationale incarne une stagnation politique et un déficit démocratique.

Ce geste met en lumière un problème récurrent en Afrique : la mise à l’écart des institutions démocratiques au profit d’un exécutif omniprésent. Pour restaurer la confiance dans le parlement camerounais, des réformes profondes sont nécessaires : renouvellement des élites, indépendance accrue et mécanismes de reddition des comptes. En l’absence de telles initiatives, le parlement risque de rester une institution marginalisée, incapable de jouer son rôle dans la construction démocratique.

Bibliographie

1. Bayart, Jean-François. L’État en Afrique : La politique du ventre. Fayard, 1989.

2. Diamond, Larry. Developing Democracy: Toward Consolidation. Johns Hopkins University Press, 1999.

3. Mbembe, Achille. On the Postcolony. University of California Press, 2001.

4. Van de Walle, Nicolas. African Economies and the Politics of Permanent Crisis, 1979-1999. Cambridge University Press, 2001.

5. Nnoli, Okwudiba. Politics of Democratization in Africa. CODESRIA, 2003.

6. Tordoff, William. Government and Politics in Africa. Macmillan, 2002.

LA CHINE DÉÇUE PAR LE CAMEROUN ? ENTRE OPPORTUNITÉS MANQUÉES ET NÉGLIGENCE GÉOPOLITIQUE

Nouvelle bâtisse de l’Assemblée Nationale construite par la Chine

Résumé

L’inauguration du nouveau bâtiment de l’Assemblée nationale camerounaise, construit par la Chine, illustre un engagement continu de Beijing dans les infrastructures africaines. Toutefois, une analyse comparative des investissements chinois en Afrique subsaharienne met en évidence un retard notable au Cameroun. Ce décalage découle principalement de la méconnaissance des mécanismes géopolitiques chinois et de la faiblesse institutionnelle de l’administration camerounaise. Cet article analyse la situation en profondeur, en s’appuyant sur des statistiques récentes et des références académiques pour comparer les investissements chinois au Cameroun avec ceux réalisés dans d’autres pays comme l’Éthiopie ou l’Angola, et propose des pistes pour une coopération bilatérale plus efficace.

Mots clés: Chine, Cameroun, investissement chinois, géopolitique, Afrique subsaharienne, infrastructures, Assemblée nationale camerounaise

Abstract:
The inauguration of Cameroon’s new National Assembly building, constructed by China, underscores Beijing’s sustained interest in African infrastructure. However, comparative analysis of Chinese investments in sub-Saharan Africa reveals Cameroon’s significant lag. This gap arises from inadequate understanding of Chinese geopolitical mechanisms and the weaknesses in Cameroon’s institutions. This article thoroughly examines the situation, utilizing recent statistics and academic references to compare Chinese investments in Cameroon with those in countries such as Ethiopia and Angola. It also offers insights on how to foster more effective bilateral cooperation.

Keywords: China, Cameroon, Chinese investment, geopolitics, sub-Saharan Africa, infrastructure, National Assembly building.


Pr Jimmy Yab et S.E. Wang Yi, Ministre des Affaires étrangères chinois

Introduction

L’inauguration du nouveau bâtiment de l’Assemblée nationale camerounaise, financé et construit par la République populaire de Chine, a eu lieu le 30 novembre 2024. Ce bâtiment moderne, d’une valeur estimée à 56 milliards de FCFA, symbolise la relation de longue date entre Beijing et Yaoundé. Pourtant, au-delà de cet acte diplomatique, se cache une réalité troublante : le Cameroun peine à capitaliser sur son partenariat avec la Chine. Tandis que d’autres pays africains comme l’Éthiopie, l’Angola ou encore le Kenya enregistrent des volumes d’investissements massifs et stratégiques, le Cameroun semble confiné à des projets symboliques. Pourquoi cette différence ? Ce retard s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’absence d’une stratégie nationale cohérente et un déficit de connaissances sur les mécanismes de la coopération sino-africaine. Cet article s’interroge sur les causes profondes de cette stagnation et propose des pistes pour réorienter la relation sino-camerounaise vers une trajectoire plus ambitieuse.


Les investissements chinois au Cameroun : état des lieux

Les relations sino-camerounaises ont pris de l’ampleur depuis le début des années 2000, à la faveur de l’expansion de la diplomatie économique chinoise en Afrique. Parmi les projets phares, on peut citer le port en eau profonde de Kribi, réalisé grâce à un prêt de 1,3 milliard de dollars octroyé par Exim Bank China, et le barrage hydroélectrique de Memve’ele, qui a coûté environ 850 millions de dollars. Ces infrastructures visent à moderniser les capacités du Cameroun, mais leur impact économique reste limité en raison d’une gestion inefficace et d’une faible intégration dans les chaînes de valeur locales.

En termes de chiffres, le Cameroun a reçu environ 5 milliards de dollars d’investissements directs chinois entre 2000 et 2023, représentant moins de 3 % du total des investissements chinois en Afrique subsaharienne, estimé à 153 milliards de dollars sur la même période (Brautigam, 2019). À titre de comparaison, l’Angola a capté environ 42 milliards de dollars, tandis que l’Éthiopie en a reçu 16 milliards, principalement dans des secteurs productifs comme l’industrie et les transports (IMF, 2023). Cette différence illustre non seulement une volonté stratégique différente de la part de Beijing, mais aussi une incapacité du Cameroun à proposer des projets d’envergure répondant aux priorités chinoises.


Comparaison avec d’autres pays d’Afrique subsaharienne

L’Éthiopie représente un modèle exemplaire de coopération avec la Chine. Ce pays a su aligner ses priorités nationales avec la stratégie chinoise de la Belt and Road Initiative (BRI). Le chemin de fer Addis-Abeba-Djibouti, financé à hauteur de 3,4 milliards de dollars par la Chine, a permis de réduire de moitié le coût et le temps de transport des marchandises entre les deux pays (World Bank, 2024). En parallèle, des parcs industriels comme celui de Hawassa, soutenus par des financements chinois, ont attiré des investisseurs étrangers et créé des milliers d’emplois.

En Angola, la Chine a joué un rôle clé dans la reconstruction post-guerre civile, notamment grâce à un mécanisme novateur de prêts garantis par le pétrole. Ce pays a bénéficié de plus de 500 projets financés par Beijing, allant des infrastructures routières aux hôpitaux, renforçant ainsi sa capacité à diversifier son économie (Mohan & Lampert, 2013).

En revanche, au Cameroun, les projets sont souvent perçus comme des « éléphants blancs ». Le port de Kribi, par exemple, fonctionne bien en deçà de sa capacité maximale en raison d’un manque de connexions ferroviaires et d’infrastructures logistiques appropriées. Cela reflète une planification déficiente et un manque d’intégration dans les réseaux régionaux.


Les raisons du retard camerounais

Plusieurs facteurs expliquent le faible niveau d’investissements chinois au Cameroun, malgré un potentiel évident :

  1. Faiblesse institutionnelle : Contrairement à des pays comme l’Éthiopie, où les projets sont intégrés dans un plan national de développement, le Cameroun manque d’une stratégie claire pour maximiser les opportunités offertes par la Chine.
  2. Méconnaissance des mécanismes chinois : L’administration camerounaise reste mal équipée pour naviguer dans la complexité des financements chinois, qui requièrent souvent des propositions bien documentées et alignées avec les objectifs de la BRI.
  3. Absence de leadership stratégique : Les responsables camerounais se concentrent souvent sur des projets symboliques, sans prendre en compte leur rentabilité économique ou leur durabilité à long terme.

En outre, les fonctionnaires chargés de négocier avec Beijing manquent souvent de formation spécifique en géopolitique chinoise. La Chine fonctionne selon des priorités stratégiques précises, basées sur le développement des infrastructures régionales et l’intégration économique. Sans une compréhension claire de ces dynamiques, le Cameroun risque de rester un partenaire secondaire dans les plans chinois pour l’Afrique.


Vers une coopération plus efficace

L’invitation officielle adressée au président de l’Association d’amitié Chine-Cameroun et de l’Observatoire Chine-Afrique francophone, Pr. JIMMY YAB, pour participer aux célébrations marquant le 75ᵉ anniversaire de la République populaire de Chine et le 70ᵉ anniversaire de l’Association du peuple chinois pour l’amitié avec les étrangers (CPAFFC) est un signe clair de la volonté de Beijing de renforcer ses relations avec le Cameroun. Cet événement, qui s’est tenu sous le thème « Approfondir l’amitié populaire sino-étrangère et promouvoir une communauté de destin pour l’humanité », met en lumière l’importance d’une diplomatie centrée sur les échanges culturels, économiques et stratégiques.

1. Mieux intégrer les mécanismes de la diplomatie chinoise

La Chine privilégie une approche multilatérale qui s’appuie sur des organisations comme la CPAFFC pour bâtir des relations bilatérales solides. Cependant, le Cameroun doit apprendre à tirer parti de ces plateformes en participant activement aux dialogues et en proposant des projets alignés sur les priorités stratégiques chinoises. Les objectifs de Beijing dans la région incluent notamment :

  • Le développement des infrastructures transnationales pour intégrer les économies régionales.
  • La promotion de zones économiques spéciales (ZES) pour stimuler l’industrialisation.
  • Le renforcement des échanges culturels et académiques pour favoriser la compréhension mutuelle.

Recommandation : Créer un Comité permanent pour la coopération sino-camerounaise, sous l’égide de l’Association d’amitié Chine-Cameroun. Ce comité pourrait servir de plateforme pour identifier et prioriser des projets à soumettre aux instances chinoises, tout en veillant à ce qu’ils soient conformes aux besoins du Cameroun et aux orientations stratégiques de la Chine.

2. Capitaliser sur le rôle des échanges culturels et associatifs

Le rôle de la CPAFFC dans la diplomatie chinoise va au-delà des relations étatiques. Son approche consiste à établir des ponts via les associations et organisations de la société civile. Cette méthode permet d’élargir les perspectives de coopération en touchant directement les populations. En tant que président de l’Observatoire Chine-Afrique francophone, vous êtes bien placé pour utiliser cette invitation comme levier afin de :

  • Renforcer les relations interculturelles entre les deux pays par des programmes d’échange.
  • Organiser des séminaires et conférences sur le rôle des relations sino-africaines dans un contexte multipolaire.
  • Proposer des projets de recherche collaborative entre les universités camerounaises et chinoises sur des thèmes comme l’agriculture durable, la technologie ou la santé publique.

Exemple concret : En Éthiopie, les universités chinoises ont financé des programmes de formation en ingénierie pour former des cadres locaux capables de gérer les infrastructures financées par la Chine. Une telle initiative pourrait être répliquée au Cameroun.

3. Développer une stratégie nationale alignée sur la Belt and Road Initiative (BRI)

La BRI, initiative phare de la Chine, repose sur un réseau mondial d’infrastructures visant à stimuler le commerce et la connectivité. Malgré l’adhésion du Cameroun à ce programme, le pays reste absent des corridors majeurs de la BRI en Afrique. Par exemple, l’Éthiopie et Djibouti bénéficient de projets de transport intégrés qui facilitent le commerce intra-africain et avec l’Asie, tandis que le Cameroun n’a pas encore exploité son potentiel de hub régional.

Proposition stratégique :

  • Réhabiliter les corridors logistiques reliant le port de Kribi au Tchad et à la République centrafricaine.
  • Intégrer le Cameroun dans les chaînes de valeur régionales en développant des zones économiques spéciales soutenues par des financements chinois.
  • Favoriser les investissements dans des projets verts (énergies renouvelables, reboisement, etc.) pour aligner les priorités nationales avec les engagements environnementaux de la Chine.

4. Former une nouvelle génération de cadres en géopolitique chinoise

La compréhension des priorités chinoises exige des compétences spécifiques que la plupart des fonctionnaires camerounais ne possèdent pas actuellement. Il est donc impératif de former une nouvelle génération de cadres, non seulement dans la langue et la culture chinoises, mais aussi dans la géopolitique et les mécanismes de financement de la Chine.

Action immédiate : Collaborer avec la CPAFFC pour mettre en place un programme de formation continue destiné aux fonctionnaires et cadres du secteur privé, incluant des modules sur :

  • Les mécanismes de financement des banques chinoises (Exim Bank, Banque chinoise de développement).
  • Les principes de négociation des accords bilatéraux dans le cadre de la BRI.
  • L’utilisation des forums sino-africains (FOCAC) pour attirer des investissements stratégiques.

Conclusion

L’invitation de la CPAFFC au 75ᵉ anniversaire de la République populaire de Chine représente une opportunité unique pour le Cameroun de réévaluer et de renforcer sa coopération avec Beijing. En utilisant cette plateforme, le Cameroun peut s’inspirer des succès d’autres pays africains pour proposer des projets ambitieux, diversifier ses partenariats, et former une nouvelle génération de leaders capables de naviguer dans la complexité des relations sino-africaines. En combinant diplomatie culturelle et stratégie économique, le Cameroun pourrait devenir un acteur majeur de la coopération sino-africaine au XXIᵉ siècle.

FOCAC 2024 : Relations Chine-Cameroun en Détail

AU MOMENT OÙ LE PRÉSIDENT PAUL BIYA SE DÉPLACE POUR Le Sommet 2024 du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) qui se tiendra à Beijing du 4 au 6 septembre, je donne ici quelques remarques sur le FOCAC et les relations Chine Cameroun.

1. Le FORUM SUR LA COOPERATION SINO- AFRICAINE (FOCAC)

Le Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC), créé en 2000, est une plateforme multilatérale qui réunit la Chine et les pays africains pour renforcer la coopération économique, politique et socioculturelle. Le FOCAC se tient tous les trois ans, alternant entre la Chine et l’Afrique, avec des sommets présidentiels et des réunions ministérielles.

Les principaux objectifs du FOCAC sont :

– Renforcer les relations économiques entre la Chine et les pays africains.

– Faciliter le commerce bilatéral et les investissements chinois en Afrique.

– Encourager la coopération en matière de développement, de santé, d’éducation et d’infrastructures.

– Promouvoir la paix, la sécurité et la gouvernance en Afrique.

En termes d’engagements financiers, la Chine a annoncé en 2018 un plan de financement de 60 milliards de dollars pour les pays africains, couvrant des prêts, des crédits et des dons pour les projets de développement.

2. RELATIONS SINO-CAMEROUNAISES DANS LE CADRE DU FOCAC

Les relations entre la Chine et le Cameroun se sont considérablement renforcées dans le cadre du FOCAC. La Chine est devenue un partenaire majeur du Cameroun dans plusieurs domaines :

Investissements dans les infrastructures:

– Le Cameroun a bénéficié d’importants financements chinois pour le développement des infrastructures. Parmi les projets phares figurent la construction du stade d’Olembepour la Coupe d’Afrique des Nations 2021, les travaux d’expansion du port en eau profonde de Kribi, et des projets d’amélioration du réseau routier national.

Échanges commerciaux:

– Le commerce bilatéral entre la Chine et le Cameroun a atteint environ 2,88 milliards de dollars en 2020. La Chine est le premier partenaire commercial du Cameroun, principalement pour les exportations de matières premières (pétrole, bois, coton) et les importations de biens manufacturés chinois.

Coopération en santé:

– Lors de la pandémie de COVID-19, la Chine a apporté une aide sanitaire au Cameroun, notamment par la fourniture de vaccinset de matériel médical,dans le cadre de l’initiative pour renforcer la santé publique.

Financements pour l’énergie:

– La Chine a contribué à la construction du barrage hydroélectrique de Memve’ele (211 MW), une infrastructure clé pour résoudre les problèmes d’énergie au Cameroun.

3. L’INITIATIVE LA CEINTURE ET LA ROUTE EN AFRIQUE

Lancée en 2013 par la Chine, l’Initiative de la Ceinture et la Route (BRI) vise à renforcer la connectivité et la coopération économique entre la Chine et ses partenaires via des investissements massifs dans les infrastructures (routes, ports, chemins de fer).

En Afrique, plus de 50 pays ont adhéré à l’initiative, dont le Cameroun. Les principaux objectifs de la BRI en Afrique sont :

– Améliorer les infrastructures de transport pour favoriser les échanges commerciaux et l’intégration économique.

– Promouvoir des projets dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications et de la logistique.

Le Cameroun a signé un accord avec la Chine en 2018 pour intégrer l’initiative, et plusieurs projets d’infrastructure dans le pays sont financés dans ce cadre. Parmi ces projets, les extensions portuaires et la réhabilitation des routes facilitent les flux commerciaux dans la région du golfe de Guinée, un point stratégique pour la Chine.

4. STATISTIQUES CLÉS DES RELATIONS CHINE – CAMEROUN

– Échanges commerciaux: 2,88 milliards de dollars en 2020.

– Investissements chinois directs: Environ 400 millions de dollars pour des projets d’infrastructures au Cameroun, incluant les stades et les barrages.

– Partenariats énergétiques: Financement des barrages hydroélectriques de Memve’ele et de Lom Pangar.

– Initiatives sanitaires: Don de 200 000 doses de vaccins et de matériel médical pendant la pandémie de COVID-19.

Le FOCAC constitue une plateforme stratégique qui a permis à la Chine et au Cameroun de développer des relations solides. Avec l’intégration du Cameroun dans l’Initiative de la Ceinture et la Route, les projets de développement d’infrastructures et de coopération économique devraient s’amplifier dans les prochaines années. La Chine continue de jouer un rôle clé dans la modernisation des infrastructures camerounaises, le commerce et l’assistance au développement, tout en renforçant son influence politique et économique en Afrique.

PR JIMMY YAB