AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère (SUITE 4)

CHAPITRE 5 : UN RETOUR FORCÉ EN ANGLETERRE: MALADIE ET EXIL MÉDICAL, SYMBOLE ULTIME DE L’EFFONDREMENT DU SYSTÈME

Radio du pied à l’hôpital ST Mary

L’adieu à ma mère aurait dû marquer un moment de recueillement et de résilience. Mais à peine les obsèques achevées, mon corps, épuisé par la douleur, le stress et les épreuves endurées, a cédé. Paludisme, anémie, fatigue extrême, blessures dues à mon accident de moto, entorse… Mon état de santé s’est rapidement détérioré, au point de ne plus pouvoir rester au Cameroun. Ironie cruelle du destin : alors que je venais d’enterrer celle qui m’a donné la vie, je me retrouvais moi-même en danger de mort dans mon propre pays.

Le Cameroun m’a forcé à l’exil, non pas pour des raisons politiques, mais pour un impératif vital : survivre. J’ai dû quitter précipitamment Yaoundé et embarquer pour Londres, où je suis aujourd’hui hospitalisé à St Mary’s Hospital, bénéficiant des soins d’un système médical digne de ce nom. Ce seul fait résume le drame absolu du Cameroun contemporain : un pays où même un universitaire, un intellectuel, un leader politique, ne peut espérer guérir sans fuir.

Mais cette opportunité d’accès aux soins à l’étranger, je ne la dois ni au gouvernement camerounais ni à un quelconque mérite national. Je la dois exclusivement à mon parcours académique, à mes études supérieures en Angleterre, à mon PhD en politique obtenu à l’Université de Southampton – l’une des meilleures universités du Royaume-Uni –, et à ma résidence permanente dans ce pays où vit une partie de ma famille. Si je n’avais pas eu ce privilège, que me serait-il arrivé ? Que se passe-t-il pour les millions de Camerounais qui, eux, n’ont pas d’issue de secours ?

Car la vérité est brutale : le système de santé camerounais est une condamnation à mort pour les pauvres et un simple désagrément pour les riches. Tandis que le peuple se débat dans des hôpitaux délabrés, manquant de médicaments, d’équipements et de personnel, les élites du régime, elles, prennent le premier vol pour Paris, Genève ou Bruxelles au moindre malaise. L’apartheid sanitaire est une réalité au Cameroun : il y a un système de santé pour les puissants, et un autre pour les damnés de la terre.

Ce chapitre est un acte d’accusation. Il démontrera, à travers mon expérience personnelle et des faits tangibles, l’ampleur du scandale du système de santé camerounais :

1. Un système de santé à l’agonie : un pays où tomber malade est une condamnation

– Comment l’hôpital public camerounais est devenu un mouroir pour la population

– Les chiffres alarmants de la mortalité et du sous-financement du secteur

– Le manque criant de personnel médical et la fuite massive des médecins à l’étranger

2. Le scandale des évacuations médicales : un apartheid sanitaire entretenu par les élites

– Pourquoi les dirigeants camerounais refusent-ils de se soigner dans leurs propres hôpitaux ?

– Des milliards de francs CFA engloutis chaque année dans les soins à l’étranger pour les ministres et leurs familles

– Comment cet apartheid médical institutionnalisé maintient le système dans son sous-développement chronique

3. Que serait-il arrivé si je n’avais pas eu accès aux soins à l’étranger ?

– Une analyse des conséquences d’une hospitalisation « classique » dans un hôpital camerounais

– Les statistiques implacables sur la mortalité due aux maladies évitables

– L’injustice fondamentale d’un système de santé qui condamne les pauvres et protège les nantis

À travers ce témoignage, je pose une question fondamentale : Pourquoi un pays qui produit d’excellents médecins et qui regorge de ressources naturelles ne peut-il pas garantir un accès aux soins de base à ses citoyens ? La réponse est simple : parce que nos dirigeants n’ont aucun intérêt à améliorer le système de santé tant qu’ils peuvent eux-mêmes se faire soigner ailleurs.

Le Cameroun est malade. Mais son cancer n’est pas le paludisme, ni la fatigue, ni les blessures mal soignées. Son cancer, c’est un régime qui a décidé que la santé du peuple ne valait rien. Ce chapitre est un cri d’alerte, une dénonciation frontale d’un État qui laisse mourir ses citoyens dans l’indifférence la plus totale, pendant que ses dirigeants s’offrent les meilleurs hôpitaux du monde.

Si je suis encore en vie, c’est parce que j’ai pu partir. Mais combien de Camerounais meurent chaque jour faute d’avoir eu, comme moi, une porte de sortie ?

I. Un système de santé à l’agonie : un pays où tomber malade est une condamnation

Au Cameroun, la maladie n’est pas simplement une épreuve physique ; elle se transforme souvent en une sentence fatale en raison de l’effondrement du système de santé. Les infrastructures médicales sont en ruine, les équipements obsolètes ou inexistants, et le personnel médical, bien que dévoué, est submergé et insuffisamment formé. Cette réalité tragique est accentuée par des statistiques alarmantes qui témoignent de l’ampleur du désastre sanitaire.

St Mary’s Hospital

Espérance de vie et mortalité infantile : des indicateurs au rouge

L’espérance de vie au Cameroun stagne à environ 51 ans, un chiffre qui reflète les conditions de vie précaires et l’accès limité aux soins de santé de qualité.  La mortalité infantile est tout aussi préoccupante, avec un taux de 122 décès pour 1 000 naissances vivantes, plaçant le pays parmi ceux où la survie des enfants est la moins assurée. 

Mortalité maternelle : un fléau persistant

Les femmes enceintes au Cameroun affrontent des risques considérables. Le taux de mortalité maternelle est estimé à 406 décès pour 100 000 naissances vivantes, un chiffre qui illustre les carences en matière de soins prénatals et obstétricaux.  Cette situation est exacerbée par des inégalités régionales flagrantes, certaines zones enregistrant des taux encore plus élevés.

Paludisme : une menace omniprésente

Le paludisme demeure l’une des principales causes de morbidité et de mortalité au Cameroun. Il représente environ 23,7 % de la charge morbide totale et 25 % des décès, affectant particulièrement les enfants de moins de cinq ans.  Malgré ces chiffres alarmants, les efforts de prévention et de traitement restent insuffisants, laissant une grande partie de la population vulnérable face à cette maladie dévastatrice.

Infrastructures et personnel médical : un déficit criant

Le pays compte environ 6 770 formations sanitaires, dont 3 351 publiques.  Cependant, cette offre est largement insuffisante pour une population de plus de 22 millions d’habitants. Les zones rurales sont particulièrement défavorisées, avec des centres de santé souvent éloignés, mal équipés et manquant de personnel qualifié. Cette situation conduit de nombreux Camerounais à parcourir de longues distances pour accéder à des soins de base, un parcours semé d’embûches qui décourage plus d’un.

Dépenses de santé : un fardeau pour les ménages

L’accès aux soins est également entravé par le coût prohibitif des services médicaux. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 97 % des dépenses de santé des ménages camerounais sont constituées de paiements directs au point de service, une réalité qui plonge de nombreuses familles dans la précarité lorsqu’une maladie survient.  Cette situation est d’autant plus scandaleuse que, parallèlement, les élites politiques et économiques du pays n’hésitent pas à se faire soigner à l’étranger aux frais de l’État, illustrant une inégalité criante dans l’accès aux soins.

Une urgence sanitaire nationale

Le système de santé camerounais est en état de délabrement avancé, transformant chaque maladie en une potentielle condamnation à mort pour les citoyens ordinaires. Les indicateurs de santé sont alarmants, les infrastructures insuffisantes et le personnel médical en sous-effectif chronique. Il est impératif que des réformes profondes et immédiates soient entreprises pour redresser ce secteur vital, garantir un accès équitable aux soins de santé et restaurer la confiance de la population dans son système de santé.

II. Le scandale des évacuations médicales : un apartheid sanitaire entretenu par les élites

Petit Déjeuner à St’s Mary Hospital

Au Cameroun, le système de santé est en proie à une crise profonde, caractérisée par des infrastructures délabrées, un personnel médical insuffisant et des équipements obsolètes. Dans ce contexte, les évacuations sanitaires à l’étranger sont devenues une pratique courante pour les élites politiques et économiques, créant ainsi une fracture sanitaire béante entre les privilégiés et le reste de la population.

Une pratique coûteuse et inéquitable

Les évacuations sanitaires consistent à transférer des patients vers des établissements de santé étrangers pour des soins non disponibles ou inaccessibles localement. Si, en théorie, cette option devrait être exceptionnelle, elle est devenue la norme pour les dirigeants camerounais. En 2008, le ministère de la Santé publique recensait une soixantaine d’évacuations pour un coût avoisinant 600 millions de FCFA  . Bien que les données récentes soient rares, les estimations suggèrent que ces chiffres ont considérablement augmenté, atteignant des montants faramineux.

Cette pratique soulève des questions éthiques majeures. Alors que les élites bénéficient de soins de qualité à l’étranger aux frais de l’État, la majorité des Camerounais sont contraints de se contenter d’un système de santé national défaillant. Cette situation crée une véritable ségrégation sanitaire, où l’accès aux soins dépend du statut social et des connexions politiques.

Un système de santé national en déliquescence

Le recours systématique aux évacuations médicales par les élites est symptomatique de la dégradation du système de santé camerounais. Les hôpitaux publics souffrent d’un manque chronique de financement, de personnel qualifié et d’équipements adéquats. Les patients doivent souvent fournir eux-mêmes le matériel médical de base, et les ruptures de stock de médicaments essentiels sont fréquentes. Cette réalité contraste fortement avec les sommes colossales dépensées pour les évacuations sanitaires des privilégiés.

Des coûts exorbitants pour des résultats discutables

Les évacuations sanitaires représentent une charge financière considérable pour l’État camerounais. En 2014, le Cameroun a fait interner 213 patients dans les hôpitaux français, principalement dans le cadre d’évacuations sanitaires  . Le coût d’une évacuation sanitaire par Europ Assistance est estimé entre 20 et 40 millions de FCFA par patient, sans compter les frais annexes tels que le transport, l’hébergement et les soins post-hospitalisation. Ces dépenses exorbitantes profitent à une infime minorité, tandis que l’investissement dans les infrastructures de santé locales demeure insuffisant.

Un détournement des ressources publiques

Le financement des évacuations sanitaires est souvent opaque, et les fonds publics alloués à ces opérations échappent à tout contrôle citoyen. Cette opacité favorise les abus et les détournements de fonds, au détriment du développement d’un système de santé performant pour l’ensemble de la population. Les ressources consacrées aux évacuations pourraient être réinvesties dans la modernisation des infrastructures sanitaires nationales, la formation du personnel médical et l’approvisionnement en équipements et médicaments de qualité.

Vers une réforme nécessaire et urgente

Pour mettre fin à cette injustice sanitaire, il est impératif de réformer en profondeur le système de santé camerounais. Cela passe par une allocation budgétaire accrue en faveur de la santé publique, une gestion transparente et efficace des ressources, et une volonté politique de réduire les inégalités d’accès aux soins. Les évacuations sanitaires devraient redevenir des exceptions, réservées aux cas réellement intraitables localement, et non un privilège pour une élite déconnectée des réalités de la majorité.

Le scandale des évacuations médicales au Cameroun illustre un apartheid sanitaire institutionnalisé, où les élites se soignent à l’étranger aux frais de l’État, tandis que la population est abandonnée à un système de santé moribond. Il est urgent de repenser les priorités sanitaires du pays pour garantir un accès équitable aux soins pour tous les Camerounais.

III. Que serait-il arrivé si je n’avais pas eu accès aux soins à l’étranger ?

Si aujourd’hui je peux encore écrire ces lignes, c’est parce que j’ai eu la chance – ou plutôt le privilège – d’avoir eu accès à des soins médicaux de qualité en Angleterre. Mais ce privilège ne m’a pas été offert par le Cameroun, mon pays d’origine. Je le dois uniquement à mon parcours académique, à mes études supérieures en Angleterre et à ma résidence permanente dans ce pays, où une partie de ma famille vit. Si je n’avais pas eu cette opportunité, si je faisais partie des millions de Camerounais condamnés à se soigner sur place, mon sort aurait été tout autre.

Un destin bien différent dans un hôpital camerounais : la roulette russe sanitaire

Que se serait-il passé si j’avais dû me soigner dans un hôpital public camerounais ? Le scénario est glaçant : une attente interminable dans un couloir bondé, faute de lits disponibles. Une prise en charge retardée, car il aurait fallu que j’achète moi-même les médicaments et même le matériel médical de base. Des soins bâclés par un personnel soignant surmené et démoralisé, travaillant dans des conditions indignes.

Avec une fatigue extrême, une anémie avancée, une entorse sévère et des blessures consécutives à mon accident, sans parler du paludisme et de la fièvre violente qui m’épuisaient déjà, il est presque certain que mon état aurait empiré rapidement. L’absence d’équipements modernes, l’indisponibilité des médicaments et le manque de réactivité des structures hospitalières camerounaises auraient transformé mon hospitalisation en une véritable descente aux enfers.

Les chiffres de l’échec : un système de santé qui tue

Les statistiques sont implacables. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Cameroun affiche l’un des taux de mortalité hospitalière les plus élevés d’Afrique. En 2021, le taux de mortalité infantile y était de 52 décès pour 1 000 naissances, contre 4 décès pour 1 000 naissances au Royaume-Uni. La mortalité maternelle y est également alarmante, avec 529 décès pour 100 000 naissances, contre 7 décès pour 100 000 en Angleterre (source : OMS, 2023). Ces chiffres traduisent un système de santé où chaque hospitalisation devient un pari avec la mort.

Le paludisme, qui était l’une des principales causes de ma maladie, reste la première cause de mortalité au Cameroun. En 2022, plus de 3 500 personnes en sont mortes, et la maladie continue de ravager les populations les plus vulnérables, faute de prévention et de traitements adéquats (source : Ministère de la Santé du Cameroun, 2023).

Si l’on ajoute à cela les pénuries de sang dans les banques de transfusion, l’absence de soins spécialisés en traumatologie et la vétusté des équipements médicaux, il est évident qu’en restant au Cameroun, mon pronostic vital aurait été engagé.

Le cauchemar des hôpitaux camerounais : quand se soigner est un luxe

Le budget de la santé publique au Cameroun est dérisoire : seulement 5,1 % du budget national y est alloué en 2023, bien en deçà des 15 % recommandés par l’OMS. Cette négligence budgétaire se traduit par des hôpitaux sous-équipés, des médecins en sous-effectif et des patients abandonnés à leur sort.

Les hôpitaux publics sont devenus des mouroirs. Dans les urgences, les malades sont souvent laissés sur le sol, faute de lits disponibles. Dans certains cas, les cadavres restent plusieurs heures dans les salles faute de morgue fonctionnelle. Les médecins eux-mêmes, mal payés et désabusés, fuient le pays. Environ 40 % des médecins formés au Cameroun exercent aujourd’hui à l’étranger (source : Conseil Médical du Cameroun, 2023).

Et si j’avais été un Camerounais « ordinaire » ?

Si je n’avais pas eu le privilège de pouvoir me faire soigner en Angleterre, je serais aujourd’hui un simple numéro dans les statistiques morbides du Cameroun. Je serais peut-être mort d’un accès de paludisme mal traité. Peut-être que l’infection causée par mes blessures se serait aggravée en septicémie, faute d’antibiotiques adaptés. Peut-être que l’anémie aurait eu raison de mon corps affaibli, faute de transfusion sanguine rapide.

Combien de Camerounais meurent chaque jour dans l’indifférence générale faute d’accès aux soins ? Combien de familles doivent assister, impuissantes, à l’agonie de leurs proches, simplement parce qu’ils n’ont pas les moyens de se faire évacuer à l’étranger comme le font les ministres et les hauts fonctionnaires ?

Ce n’est pas une fatalité. C’est une injustice. C’est la conséquence directe d’un système de santé sacrifié sur l’autel du clientélisme et de l’incompétence.

Quand l’injustice sanitaire devient une condamnation sociale

Le scandale des évacuations sanitaires des élites est un apartheid médical institutionnalisé. D’un côté, une minorité qui voyage en avion privé vers les hôpitaux de Paris, Genève ou Londres, aux frais du contribuable. De l’autre, une population abandonnée à un système hospitalier sinistré, où l’espérance de vie est inférieure à 60 ans.

Moi, j’ai eu la chance de partir. Mais cette chance, combien l’ont ? Combien de Camerounais meurent simplement parce qu’ils sont nés du mauvais côté de la barrière sociale ?

Se pose alors la question fondamentale : pourquoi, en 2025, un citoyen camerounais doit-il fuir son propre pays pour espérer survivre ? Pourquoi le Cameroun, qui a vu naître de brillants médecins et chercheurs, est-il incapable de garantir des soins de base à sa population ?

La réponse est simple : parce que nos dirigeants ont décidé que la santé du peuple ne les concernait pas. Parce qu’ils se soignent ailleurs, ils ne ressentent pas l’urgence de moderniser nos hôpitaux. Ils n’investissent pas dans la santé publique, car ils savent qu’en cas de problème, ils prendront le premier avion pour la France ou la Suisse.

Le réveil est nécessaire

Si mon hospitalisation en Angleterre m’a permis de survivre, elle m’a aussi ouvert les yeux sur l’ampleur du drame qui se joue au Cameroun. Ce n’est pas un simple dysfonctionnement, c’est un crime. C’est un abandon collectif.

Il est temps que les Camerounais réalisent que la santé n’est pas un privilège réservé à une élite. C’est un droit fondamental. Il est temps que les milliards dépensés pour les évacuations médicales des ministres soient réinvestis dans la construction d’hôpitaux modernes. Il est temps de demander des comptes à ceux qui, depuis des décennies, sacrifient la vie de millions de citoyens pour leur propre confort.

Aujourd’hui, je suis vivant. Mais demain, combien d’autres mourront faute d’avoir eu, comme moi, une porte de sortie ? Combien de familles perdront un père, une mère, un enfant, simplement parce qu’ils sont Camerounais et non ministres ?

Cette injustice ne peut plus durer. L’histoire jugera ceux qui, par leur incompétence et leur cynisme, ont transformé un pays en un cimetière à ciel ouvert.

Conclusion: Quand tomber malade devient un crime de pauvreté

Mon exil médical en Angleterre n’était pas un choix, mais une nécessité. Mon corps, épuisé par des semaines d’intenses épreuves, n’a pas résisté. Malaria, anémie, blessures, fatigue extrême… des maladies qui, ailleurs, auraient été prises en charge rapidement, mais qui, au Cameroun, peuvent signifier une condamnation à mort. J’ai eu la chance de partir, de bénéficier d’un système de santé digne de ce nom, mais cette opportunité est un luxe inaccessible pour des millions de mes compatriotes.

Ce chapitre a démontré, à travers mon propre vécu, l’effondrement du système de santé camerounais, devenu un champ de ruines où la maladie est une loterie fatale pour les pauvres et un désagrément temporaire pour les élites. Le drame du Cameroun n’est pas un manque de ressources, mais un manque de volonté politique. Un pays qui produit des médecins d’exception, qui regorge de ressources naturelles et dont les élites dépensent des fortunes pour se soigner à l’étranger ne peut pas prétendre manquer des moyens pour offrir des soins de qualité à son peuple.

Mais pourquoi améliorer un système de santé quand ceux qui dirigent ne comptent jamais l’utiliser ?

Telle est la question fondamentale que pose le scandale des évacuations médicales. Pourquoi construire des hôpitaux performants au Cameroun quand un billet d’avion pour Paris, Genève ou Bruxelles suffit à garantir les meilleurs soins aux dirigeants ? Tant que cette inégalité flagrante existera, le Cameroun ne pourra jamais évoluer.

Le système de santé est à l’image du régime : un cercle vicieux d’incompétence, de cynisme et d’abandon. La maladie, au Cameroun, est devenue une question de classe sociale, une tragédie évitable que le gouvernement refuse de résoudre. Pendant que le peuple meurt dans l’indifférence, les dignitaires du régime dépensent chaque année des milliards de francs CFA en soins à l’étranger, au mépris des citoyens qui les ont élus.

Mon cas personnel illustre une vérité brutale : au Cameroun, seule l’élite au pouvoir a le droit de survivre. Moi, j’ai pu partir. Mais combien de Camerounais meurent chaque jour faute de médicaments, d’équipements, ou simplement d’un médecin disponible ? Combien de mères voient leurs enfants leur être arrachés parce qu’une perfusion, une simple poche de sang ou un respirateur n’étaient pas disponibles ? Combien de destins brisés par un système qui considère la vie humaine comme une variable négligeable ?

L’effondrement du système de santé camerounais n’est pas une fatalité. C’est une décision politique. Tant que le pays sera gouverné par une élite qui ne croit pas en ses propres infrastructures, qui méprise son peuple et qui refuse de bâtir un État digne de ce nom, la maladie continuera d’être une condamnation pour les plus vulnérables. L’histoire jugera ces criminels qui, au lieu de servir le peuple, l’ont condamné à mourir dans la souffrance et l’indifférence.

Si je suis encore en vie aujourd’hui, c’est parce que j’ai pu fuir. Mais qu’adviendra-t-il de ceux qui n’ont pas d’issue de secours ?

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère (SUITE 3)

CHAPITRE 4: QUAND L’ADIEU À MA MÈRE DEVIENT UN RÉVÉLATEUR: OBSÈQUES, EXCLUSION SOCIALE ET TRAHISON DES TRADITIONS SOUS LE RÉGIME DU RDPC

Introduction : Un dernier hommage dans un pays fracturé

Un enterrement est bien plus qu’un simple rituel funéraire ; il est un moment de communion, un témoignage de respect et d’amour, un acte de mémoire collective. C’est une parenthèse où la famille, les amis, les collègues, et la communauté se rassemblent, non seulement pour pleurer une disparition, mais aussi pour célébrer une vie. Pourtant, dans le Cameroun du RDPC, même un événement aussi sacré qu’un dernier hommage devient un terrain d’affrontement politique, une démonstration de l’exclusion sociale systémique imposée par le régime en place.

Lorsque j’ai conduit les obsèques de ma mère, je m’attendais à un moment de recueillement, à un instant où l’unité familiale et communautaire transcenderait les divisions. Mais ce que j’ai vu, ressenti et vécu ce jour-là a révélé avec une brutalité implacable l’état de décomposition avancée de la société camerounaise sous le joug du RDPC. L’absence de mes collègues de l’IRIC, l’Institut des Relations Internationales du Cameroun, a mis en lumière une intelligentsia soumise, réduite au silence et privée de toute ambition intellectuelle indépendante. La non-présence des figures influentes du parti au pouvoir dans ma famille a confirmé la politisation extrême des relations sociales. L’absence des chefs traditionnels, censés être les garants de la cohésion communautaire, a démontré que même le socle de nos traditions a été infiltré et perverti par le régime.

Ce dernier hommage à ma mère ne fut donc pas qu’une simple cérémonie d’adieu. Il s’est transformé en un révélateur brutal des fractures profondes qui rongent le Cameroun : un pays où l’appartenance politique détermine l’inclusion ou l’exclusion sociale, où la fonction publique est devenue une machine de clientélisme et d’intimidation, où la chefferie traditionnelle a troqué son indépendance pour une servitude politique, et où l’élite intellectuelle a renoncé à son rôle critique pour devenir une chambre d’écho du pouvoir.

Avec le Patriarche Marcel YONDO et Vincent NKONG- NJOCK

Cette partie explore ces différentes dimensions de la fracture sociale et politique du Cameroun à travers quatre aspects majeurs :

1. L’absence des collègues de l’IRIC : quand l’élite intellectuelle choisit le silence plutôt que l’engagement

• Loin d’être un simple incident anecdotique, le refus des membres de l’IRIC de venir rendre hommage à ma mère illustre un malaise profond dans l’intelligentsia camerounaise. L’institut, censé former les futurs cadres diplomatiques du pays, est devenu une maison de résonance du RDPC, un bastion du conformisme où toute pensée critique est réprimée. À travers cette analyse, nous verrons comment le Cameroun a brisé l’esprit de ses intellectuels, les transformant en bureaucrates dociles, incapables de défendre des idées de progrès et de développement.

2. L’exclusion sociale sous le RDPC : un système de domination par la peur et l’isolement

• Le RDPC ne se contente pas d’exercer un pouvoir autoritaire sur les institutions, il fracture aussi le tissu social en opposant ceux qui lui sont loyaux à ceux qui osent penser autrement. L’absence des membres influents du parti lors des obsèques de ma mère démontre la profondeur de cette stratégie d’isolement et de répression sociale. Ce chapitre analyse comment le RDPC a réussi à diviser même les familles, à créer un climat de méfiance où le simple fait d’assister aux funérailles d’un opposant politique est perçu comme un acte de dissidence.

3. L’absence de la chefferie traditionnelle : la domestication des gardiens des traditions par le régime

• Dans les sociétés africaines, les chefs traditionnels sont censés être les piliers de la cohésion sociale, les protecteurs des valeurs ancestrales et les arbitres des conflits. Pourtant, au Cameroun, ils sont devenus des marionnettes du pouvoir, subordonnés au RDPC et contraints d’ignorer les souffrances de leurs propres populations. L’absence des chefs lors des funérailles de ma mère n’était pas un simple oubli, mais un acte politique : une démonstration de leur soumission totale à un régime qui les a vidés de leur autorité morale. Ce chapitre démontrera comment la capture de la chefferie par l’État a affaibli les structures communautaires et rendu les populations encore plus vulnérables face aux abus du pouvoir central.

4. Un hommage authentique : quand la vraie famille transcende les divisions artificielles

• Malgré ces absences et ces trahisons, la cérémonie a révélé une autre vérité : celle d’une famille véritable, non pas celle dictée par la politique ou les affiliations, mais celle du quotidien, du partage, de l’amour sincère et inconditionnel. Si les figures influentes du RDPC et les élites corrompues ont choisi de briller par leur absence, les amis sincères, les voisins, les proches et les anonymes ont répondu présents, prouvant que la solidarité humaine ne peut être totalement étouffée par la machine du régime. La messe pontificale, célébrée par Mgr Achille Eyabi, a marqué un moment de recueillement et de dignité, prouvant que, même dans un pays fracturé, certains espaces de vérité et d’humanité persistent.

Ainsi, ces obsèques ont été bien plus qu’un adieu à une mère ; elles ont été le miroir des maux profonds du Cameroun sous le RDPC. Elles ont révélé l’ampleur de l’exclusion sociale orchestrée par le régime, la soumission de l’élite intellectuelle, la trahison des valeurs traditionnelles par la chefferie et, paradoxalement, la force de la solidarité humaine face à l’oppression.

Un enterrement ne devrait jamais être un acte politique, et pourtant, au Cameroun, il l’est devenu. Quand même les morts ne peuvent rassembler les vivants, c’est que le régime en place a réussi à pervertir jusqu’aux liens les plus sacrés de la société. Mais l’histoire nous enseigne aussi que tout système de domination fondé sur la peur et la division finit un jour par s’effondrer.

Ce récit est donc à la fois un constat amer et un appel à la résilience : tant que l’humain prévaudra sur la politique, tant qu’il y aura des hommes et des femmes refusant de plier devant l’injustice, alors l’exclusion sociale imposée par le RDPC ne sera jamais totale.

I. L’absence des collègues de l’IRIC : Quand l’élite intellectuelle choisit le silence plutôt que l’engagement

L’intellectuel est censé être une boussole pour la société, un phare dans l’obscurité du conformisme et de la pensée unique. Pourtant, au Cameroun, l’élite académique s’est transformée en spectatrice silencieuse du délitement national. Le silence assourdissant de mes collègues de l’IRIC lors des obsèques de ma mère est la preuve que, dans ce pays, même la mort est politisée.

L’IRIC, censé former les élites diplomatiques du Cameroun, devrait être un creuset de réflexion critique sur l’État, la gouvernance et les relations internationales. Mais au lieu de cela, il est devenu une maison de résonance du RDPC, où la pensée critique s’arrête là où commence la peur des représailles.

Le jour des funérailles, je n’ai pas seulement enterré ma mère. J’ai aussi constaté la mort de la solidarité intellectuelle, l’agonie d’un milieu académique qui a renoncé à sa mission première : éclairer la société, dénoncer l’injustice, être un contre-pouvoir.

Quand le silence devient une forme de complicité

Si mes collègues de l’IRIC ont brillé par leur absence, ce n’est pas parce qu’ils ne pouvaient pas venir. C’est parce qu’ils ont choisi de ne pas être associés à un homme qui défie l’ordre établi. Le simple fait d’assister aux obsèques d’un intellectuel engagé dans l’opposition politique est perçu comme une prise de position risquée. Dans le Cameroun de Paul Biya, tout geste, même le plus anodin, est scruté à travers le prisme de l’allégeance au pouvoir.

Ce mutisme collectif est révélateur d’une dynamique plus large. L’universitaire camerounais, jadis figure respectée et redoutée du débat public, est devenu un fonctionnaire de la pensée, un bureaucrate du savoir, un diplomate du silence. Son rôle n’est plus de questionner l’État, mais de le légitimer par des discours vides et des recherches sans impact.

L’intellectuel camerounais : un prisonnier volontaire du système

Pourquoi ce silence ? Par peur, bien sûr. Au Cameroun, l’intellectuel qui ose parler est puni ; celui qui se tait est récompensé. Les nominations, les subventions, les promotions sont conditionnées par un allégeance tacite au régime. L’université, censée être un sanctuaire de la pensée libre, est aujourd’hui un laboratoire de l’autocensure.

En refusant de s’associer à un collègue qui défie le pouvoir, mes anciens camarades de l’IRIC ont confirmé qu’ils sont prisonniers d’un système où l’intellectuel ne doit pas penser, mais réciter. Ils ont choisi la prudence plutôt que la loyauté, la carrière plutôt que le courage, le silence plutôt que la vérité.

Une élite qui trahit sa mission

L’intellectuel n’a pas pour mission de se cacher derrière des titres et des privilèges. Il a le devoir de questionner, de déranger, de proposer. Mais au Cameroun, il est devenu un spectateur passif, un témoin muet de la déchéance nationale.

Le silence de mes collègues n’est pas juste une lâcheté individuelle, c’est une trahison collective. Une trahison de la jeunesse qui attend des modèles, une trahison du peuple qui a besoin de guides, une trahison de la mémoire des penseurs africains qui ont risqué leur vie pour une société plus juste.

À quoi sert un intellectuel qui ne pense pas ? À quoi sert un enseignant qui n’enseigne pas la vérité ? À quoi sert une élite qui préfère la soumission au combat ?

Dans ce Cameroun où l’intelligence est devenue un crime et le silence une vertu, il n’est plus étonnant que la médiocrité triomphe et que l’exclusion soit le prix du courage.

II. L’exclusion sociale sous le RDPC : un système de domination par la peur et l’isolement

Le régime du RDPC ne se contente pas de gouverner par la force ou la fraude électorale. Il contrôle aussi la société par un mécanisme insidieux : l’exclusion sociale. Dans le Cameroun de Paul Biya, ne pas appartenir au RDPC, c’est être marginalisé, isolé, traité comme un paria.

Un système qui brise les liens sociaux

L’absence de nombreux proches, collègues et figures influentes lors des obsèques de ma mère en est une illustration parfaite. Ce n’était pas un oubli. Ce n’était pas une coïncidence. C’était un message. Un message envoyé par un système qui punit ceux qui osent penser différemment. Refuser de soutenir le RDPC, c’est être mis au ban de la société, c’est voir ses relations s’effriter, c’est devenir un “intouchable” dans son propre pays.

Ce phénomène ne me concerne pas uniquement. Il est vécu par des milliers de Camerounais qui osent ne pas plier le genou devant le parti au pouvoir. Dans l’administration, dans les entreprises, dans les familles mêmes, le RDPC a instauré une logique d’exclusion où l’appartenance politique détermine qui a droit au respect, à l’entraide, au simple lien humain.

Diviser pour mieux régner

La stratégie est claire : créer une fracture sociale entre ceux qui “sont avec le parti” et ceux qui refusent de se soumettre. Ce n’est pas un hasard si les cadres du RDPC n’étaient pas présents aux funérailles. Ce n’est pas un hasard si même certains membres de ma famille affiliés au parti ont préféré l’absentéisme. La peur du régime est si profonde que même rendre hommage à une défunte devient un acte politique risqué.

On retrouve ce même mécanisme dans les milieux professionnels. Dans l’administration, une promotion n’est pas accordée sur la base du mérite, mais sur l’allégeance au RDPC. Dans les universités, les enseignants critiques sont mis à l’écart, bloqués dans leur avancement, exclus des cercles de décision. L’État ne se contente pas d’exclure ses opposants politiquement, il les condamne aussi à une mort sociale.

Une exclusion qui rappelle les divisions religieuses coloniales

L’absence de certains membres de ma famille aux obsèques de ma mère a révélé une vérité encore plus tragique : au Cameroun, la politique a remplacé la religion comme principal facteur de division sociale.

Autrefois, les familles africaines ont été déchirées par l’arrivée des religions monothéistes, qui ont imposé de nouveaux dogmes en opposition aux traditions ancestrales (Mudimbe, 1988). Aujourd’hui, le RDPC applique la même stratégie : il divise les familles, sépare les amis, et impose une allégeance idéologique comme condition d’intégration sociale.

• Soit vous êtes avec eux, soit vous êtes contre eux.

• Soit vous faites allégeance au RDPC, soit vous êtes considéré comme un paria.

Ce schéma a remplacé les valeurs d’entraide et de solidarité par une logique d’exclusion, où les liens de sang sont moins importants que les liens partisans.

Dans un pays où le pouvoir est monopolisé par une oligarchie vieillissante, l’adhésion au RDPC est devenue une condition de survie, et la neutralité un crime silencieux.

L’intimidation et le chantage comme outils de gouvernance

L’intimidation, dans ce contexte, devient un outil de gouvernance, ou du moins, de maintien du pouvoir. L’absence d’une réponse claire et cohérente du gouvernement face aux défis sociaux (comme la destruction du pont de Nkanla) est l’expression la plus évidente de ce climat de peur. Les citoyens, les intellectuels, les leaders communautaires savent qu’ils devront payer un prix s’ils osent défier l’ordre établi. C’est cette peur d’être écarté, ostracisé, voire puni, qui rends toute tentative d’opposition ou de protestation presque impossible.

Le mécanisme de chantage est subtil mais efficace : si vous ne vous alignez pas sur le pouvoir, vous perdez vos privilèges, vos relations, vos opportunités de carrière. Dans un pays où les moyens économiques et les opportunités sont limités, cette pression sociale devient écrasante. Cela pousse de nombreux Camerounais à se conformer au régime, non par conviction, mais par peur d’être réduits au silence, à la marginalisation, voire à l’anonymat total.

III. L’absence de la chefferie traditionnelle : la domestication des gardiens des traditions par le régime

Dans les sociétés africaines précoloniales, la chefferie traditionnelle était l’incarnation de l’autorité légitime, du lien ancestral et du garant de l’harmonie communautaire. Elle jouait un rôle central dans la régulation sociale, la résolution des conflits et la préservation des valeurs culturelles. Les chefs traditionnels étaient des figures respectées, au-dessus des querelles politiques, servant d’intermédiaires entre les vivants et les ancêtres, entre le peuple et les forces spirituelles.

Or, l’un des aspects les plus frappants des obsèques de ma mère a été l’absence des autorités traditionnelles, censées être les gardiennes du respect et de l’ordre moral dans nos communautés. Comment expliquer qu’une institution aussi ancrée dans notre histoire ait été dévoyée au point de devenir un simple prolongement du pouvoir politique ?

De la légitimité coutumière à l’asservissement politique : une trahison des valeurs ancestrales

Sous le régime du RDPC, les chefferies traditionnelles ont progressivement perdu leur autonomie pour devenir des instruments dociles du pouvoir central. Cette capture institutionnelle s’est faite par plusieurs moyens :

1. La cooptation et la nomination des chefs traditionnels par l’État

• Avant l’indépendance et dans les premières décennies postcoloniales, les chefs étaient désignés selon des critères historiques et coutumiers. Aujourd’hui, le RDPC a transformé cette fonction en un poste politique. Les chefs qui refusent de prêter allégeance au parti sont marginalisés, remplacés ou tout simplement ignorés.

• L’État ne reconnaît officiellement que les chefs qui servent ses intérêts, créant ainsi une fracture entre les chefs légitimes selon la tradition et ceux fabriqués par le pouvoir.

2. L’intégration des chefs dans l’appareil du RDPC

• À travers le décret présidentiel de 1977, modifié plusieurs fois, les chefs traditionnels ont été transformés en auxiliaires de l’administration, les obligeant à faire allégeance au parti unique.

• Certains d’entre eux deviennent des militants actifs du RDPC, servant plus les intérêts du parti que ceux des populations qu’ils sont censés représenter.

• Ils participent aux campagnes électorales, mobilisent leurs sujets pour voter en faveur du RDPC et répriment toute contestation locale.

3. L’instrumentalisation économique et financière des chefferies

• Les chefs traditionnels reçoivent des salaires de l’État, ce qui les place dans une situation de dépendance vis-à-vis du régime.

• En échange de cette subvention, ils doivent servir de relais du pouvoir en place, empêcher les contestations locales et neutraliser toute opposition politique dans leur territoire.

Cette domestication des chefferies traditionnelles par le RDPC a vidé ces institutions de leur essence. Plutôt que d’être des figures neutres et protectrices des populations, les chefs sont devenus des courroies de transmission du pouvoir.

L’absence de la chefferie à mes obsèques : un symbole de soumission totale au régime

Dans une société où la tradition reste profondément ancrée, les funérailles d’une personne sont un moment sacré où les chefs coutumiers ont un rôle crucial à jouer. Ils viennent honorer la mémoire du défunt, témoigner de la continuité du lien entre les vivants et les ancêtres, et réaffirmer l’appartenance du disparu à la communauté.

Le fait que les autorités traditionnelles aient brillé par leur absence lors des funérailles de ma mère n’était pas anodin. Il s’agissait d’un acte politique, une preuve de l’emprise totale du RDPC sur ces institutions supposées être indépendantes.

• Ce silence n’était pas un oubli, mais une allégeance : l’omission de leur présence à cette cérémonie reflète leur crainte d’être perçus comme proches d’un opposant politique.

• L’évitement était un message : en s’abstenant de participer, ces chefs montraient leur soumission totale au pouvoir en place, préférant l’obéissance au RDPC plutôt que le respect des traditions et des valeurs ancestrales.

Cette absence ne concernait pas seulement ma famille. Elle est le symptôme d’une situation bien plus grave qui touche toutes les familles camerounaises :

• Lorsqu’une chefferie traditionnelle préfère suivre les ordres d’un parti politique plutôt que de remplir son devoir envers son peuple, c’est que la société est en perdition.

• Lorsqu’un chef traditionnel doit choisir entre sa loyauté à l’État et son engagement envers son peuple, c’est que l’État a corrompu le fondement même de notre civilisation.

Dans un Cameroun où le RDPC a remplacé les coutumes par l’obéissance aveugle, où la parole des anciens est soumise aux injonctions de Yaoundé, que reste-t-il du respect des traditions ?

IV. Un hommage authentique : quand la vraie famille transcende les divisions artificielles

Le moment de recueillement, célébré par Mgr Achille Eyabi, docteur de l’Eglise, Evêque d’Eseka, fut une véritable messe pontificale, un hommage qui a transcendé les divisions artificielles et révélé la vraie famille. Ce fut un succès total, marquant la célébration de la vie de ma mère dans la vérité et la dignité, et une victoire de l’humanité sur la politique de division du pouvoir en place.

L’hommage rendu à ma mère fut un acte profondément émouvant et significatif, marquant bien plus qu’une simple cérémonie funéraire. Il fut, en effet, un moment de vérité et de résistance silencieuse face à la fracture sociale orchestrée par le régime du RDPC. Un hommage où la “vraie famille” s’est manifestée dans sa plus pure expression, dépassant les clivages politiques, les rivalités partisanes et les exclusions sociales. Cet hommage fut, avant tout, un rappel que, malgré les divisions imposées par le pouvoir, la véritable unité ne réside pas dans les alliances artificielles, mais dans la solidarité authentique des hommes et des femmes unis par des liens d’affection, d’histoire et de culture commune.

L’absence des membres du RDPC, ainsi que des collègues de l’IRIC, m’a profondément interpellé. Il n’était pas question ici de politique, mais de l’essence même de l’humanité : rendre hommage à un être cher, célébrer une vie, marquer un départ dans la dignité. Cette absence n’était pas seulement symbolique ; elle fut une démonstration flagrante de l’exclusion sociale systématique dont les citoyens sont victimes lorsqu’ils ne se conforment pas à la vision étroite et totalitaire du pouvoir en place. Il est difficile de ne pas voir dans cette absence une volonté délibérée d’ostracisme. Le RDPC, par son attitude, a non seulement marginalisé mon engagement politique, mais a également séparé les familles, transformant ce qui devrait être un acte de solidarité humaine en un enjeu de loyauté partisane.

Mais, malgré tout, l’âme de cette cérémonie fut celle de la famille véritable. Contrairement à l’image imposée par ceux qui se sont opposés à mon engagement, la famille qui a entouré ma mère, la véritable famille, n’a pas été celle qui se définissait par des liens politiques, mais par des liens de cœur et de mémoire. Elle n’a pas été celle des partis et des distinctions, mais celle des gens du peuple, des amis sincères, des voisins, des parents d’hier et d’aujourd’hui. Cette famille-là, la seule qui vaille, est celle qui transcende les barrières politiques et les préjugés. Elle est celle qui prend soin de l’autre sans attendre d’avantages politiques. Elle est celle qui, en silence, tisse les liens humains, ceux qui sont plus forts que toutes les manipulations et exclusions sociales.

Il est particulièrement révélateur de constater que l’absence de mes collègues de l’IRIC et des responsables du RDPC contraste directement avec la présence de ceux qui, de manière authentique, ont montré leur solidarité. Parmi eux, il y avait ceux qui se sont toujours tenus aux côtés de ma famille, indépendamment de la politique ou des affiliations partisanes. La véritable famille se compose de ceux qui sont là, dans les bons et mauvais moments, de ceux qui ont choisi de ne pas être aveuglés par des idéologies politiciennes, mais de faire preuve de respect humain et de fraternité. C’est cette famille-là qui, par sa présence, a dignement honoré la mémoire de ma mère.

Le contraste était d’autant plus frappant avec l’absence de la chefferie traditionnelle, pourtant supposée être un pilier de la communauté. Là aussi, cette absence n’était pas accidentelle. Elle témoigne de la manière dont les institutions traditionnelles, jadis considérées comme les garantes de l’unité communautaire, ont été infiltrées et dénaturées par le régime en place. La chefferie, autrefois perçue comme le lien social par excellence, a été réduite à un simple instrument de pouvoir, corrompu et isolé de la réalité du peuple. Elle ne pouvait, de ce fait, se rendre présente pour rendre hommage à une personnalité véritablement incarnée par la communauté, qui n’était pas issue de la sphère politique mais de la vie quotidienne.

L’absence de ces différentes figures du pouvoir n’a donc fait que souligner la vérité sur la société camerounaise actuelle : une société déchirée, divisée par des lignes tracées artificiellement par le régime, où la solidarité, l’humanité et l’empathie sont constamment écartées au profit d’une loyauté aveugle envers un système qui se nourrit de la division et de la peur. Mais dans ce contexte, un hommage authentique a su prendre forme, non pas à travers les gestes des puissants, mais grâce à ceux qui, loin de l’ombre de l’idéologie du RDPC, ont honoré ma mère avec sincérité et respect.

Conclusion : Un dernier adieu sous le poids d’un régime diviseur

Ce qui aurait dû être un moment de recueillement, un hommage solennel rendu à une mère disparue, s’est transformé en une démonstration éclatante du mal profond qui ronge la société camerounaise. Sous le régime du RDPC, même la mort ne suffit plus à rassembler, car elle est désormais soumise aux calculs politiques, aux allégeances partisanes et aux fractures sociales imposées par un pouvoir qui ne tolère aucune voix dissonante.

L’absence des collègues de l’IRIC a révélé l’emprise d’une culture du silence et du conformisme sur une élite intellectuelle qui, plutôt que de jouer son rôle de vigie de la société, se contente d’être l’écho du pouvoir en place. L’exclusion sociale dont j’ai été victime, au sein même de ma propre famille élargie, a mis en lumière l’un des piliers du système RDPC : diviser pour mieux régner, en instillant la peur et en brisant les liens naturels de solidarité. La soumission de la chefferie traditionnelle, autrefois bastion de la cohésion communautaire, montre combien le régime a su s’approprier les structures ancestrales pour les transformer en instruments de légitimation de son pouvoir.

Pourtant, au milieu de cette mise en scène de l’isolement et de la trahison des valeurs essentielles, une vérité éclatante s’est imposée : la vraie famille n’est pas celle dictée par les appartenances politiques, les titres ou les privilèges, mais celle qui demeure fidèle, qui résiste aux pressions et qui se tient debout dans l’épreuve. C’est cette famille-là, composée des proches sincères, des villageois et des âmes libres, qui a rendu un hommage digne à ma mère et a refusé de céder à la logique d’exclusion imposée par le régime.

Ainsi, ces obsèques sont devenues bien plus qu’une cérémonie funéraire : elles ont été une illustration tragique de la manière dont le RDPC a transformé la société camerounaise en une arène de suspicion, d’allégeance contrainte et d’opportunisme politique. Mais elles ont aussi été un acte de résistance, la preuve que malgré l’emprise du pouvoir, des poches de dignité subsistent et s’affirment.

L’histoire retiendra que, même sous le poids de la répression et de la manipulation, il existe encore des Camerounais capables de dire non à la division, capables d’honorer leurs morts sans compromission et de maintenir vivantes les valeurs de solidarité et d’authenticité que le régime tente d’enterrer. Mon adieu à ma mère a donc été aussi un adieu à une illusion : celle d’un Cameroun encore capable de fraternité sous ce régime. Mais il a été aussi un serment : celui de continuer à me battre pour un pays où plus jamais la mort ne servira d’instrument de ségrégation politique.

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère ( Racontée en 5 parties)

PARTIE I : Introduction et Chapitre 1

À gauche, mon arrivée au Cameroun, à droite, mon départ du Cameroun

INTRODUCTION: Un voyage de deuil, un retour à l’enfer

Dans le cadre de mes publications académiques, j’ai souvent l’opportunité de voyager, de parcourir le monde pour confronter mes idées avec d’autres chercheurs, pour débattre de la gouvernance, du développement et des systèmes politiques. Mais aucun voyage ne m’a autant marqué que mon retour au Cameroun pour les obsèques de ma mère.

Parti au pays avec deux pieds, j’en suis reparti avec trois, une béquille sous le bras et le poids du désespoir dans le cœur. Ce n’était pas qu’un deuil personnel que je vivais, mais le deuil d’un pays en perdition, d’un État en lambeaux, d’une société où la souffrance est devenue une norme et où l’injustice est érigée en système.

Ce récit n’est pas seulement le témoignage d’un seul individu que je suis, il s’agit d’une réalité partagée par des millions de Camerounais qui, qu’ils soient sur place ou à l’étranger, sont piégés dans un pays où tout est conçu pour briser les âmes, humilier les citoyens et les priver de leur dignité. Ce que j’ai vécu en quelques semaines est le quotidien de ceux qui y survivent chaque jour : des infrastructures abandonnées, un État absent, une administration corrompue, un système de santé en ruine et une société profondément divisée par la politique du régime en place.

À travers cinq étapes marquantes – de la destruction d’un pont à Ngompem et du mépris des autorités, à ma tentative désespérée de reconstruire ce que l’État refusait de réparer ( à mes propres frais = 3 500 000 FCFA) , en passant par un accident sur des routes délabrées, l’isolement social dû à mon engagement politique et un exil médical forcé – je raconte ici le calvaire d’un peuple pris au piège d’un régime qui ne lui offre qu’une alternative : la soumission ou la mort.

Le Cameroun de Paul Biya est devenu un enfer à ciel ouvert où la misère est institutionnalisée, où la jeunesse est abandonnée, où les élites gouvernantes ne se préoccupent que de leur propre survie. Ce texte n’est pas un simple témoignage, c’est un cri d’alarme, une radiographie d’un pays en état de décomposition avancée. Il met en évidence les maux profonds qui gangrènent notre société et appelle à une prise de conscience collective, car il ne s’agit pas que du sort d’un individu, mais bien de l’avenir de tout un peuple.

CHAPITRE 1 . L’indifférence criminelle de l’État : 31 Décembre 2025 à Pouma, le combat pour un pont et la dignité des citoyens

Lorsque je suis retourné au Cameroun après quelques jours Angleterre après un séminaire, pour les obsèques de ma mère, je ne m’attendais pas à être confronté à l’une des formes les plus manifestes du mépris de l’État pour ses citoyens : la privation du droit fondamental à la mobilité. À Ngompem, dans l’arrondissement de Pouma, un pont essentiel reliant le même village avait été détruit depuis plus de trois ans par une entreprise privée opérant sous le regard passif des autorités locales.

Ce pont, loin d’être un simple ouvrage d’ingénierie, représentait un lien vital pour les populations locales, leur permettant d’accéder aux marchés, aux écoles, aux hôpitaux et aux services administratifs. Sans lui, ces citoyens étaient réduits à l’isolement, coupés du reste du pays comme des prisonniers enfermés dans un ghetto à ciel ouvert.

Au conseil municipal

Le 31 décembre 2024, je me suis rendu au conseil municipal de Pouma pour exiger des explications. Face à moi, le représentant du Préfet de la SANAGA MARITIME, le maire adjoint de Pouma, le sous-préfet, les membres du conseil municipal, tous figures d’une administration qui prétend gouverner mais qui, en réalité, abandonne ses citoyens à leur sort. Ils ne voulaient pas me donner la parole, comme si évoquer le sort de ces populations invisibilisées était une offense. Ils ne voulaient pas entendre que depuis trois à quatre ans, des Camerounais étaient privés de leur droit le plus élémentaire : celui de se mouvoir. Leur attitude était symptomatique d’un régime qui a fait de la surdité institutionnelle un mode de gouvernance.

L’infrastructure : un luxe réservé aux grandes villes et aux élites

Pont détruit de NKANGLA

Le cas du pont de Ngompem n’est pas un incident isolé. Il est le reflet d’un problème systémique au Cameroun : la négligence des infrastructures, en particulier celles situées en dehors des centres urbains stratégiques. Selon un rapport de la Banque Mondiale (2022), plus de 60% des routes au Cameroun sont en mauvais état, et près de 45% des localités rurales sont difficilement accessibles pendant la saison des pluies. Pourtant, la Constitution camerounaise et plusieurs engagements internationaux signés par l’État garantissent le droit à la libre circulation comme un principe fondamental.

Alors que les membres du gouvernement voyagent en jets privés et que les hauts fonctionnaires circulent dans des véhicules de luxe achetés avec l’argent du contribuable, des millions de Camerounais risquent leur vie chaque jour sur des routes défoncées, des ponts effondrés, des pistes impraticables. L’injustice saute aux yeux : l’argent qui aurait pu être investi pour améliorer les infrastructures publiques est détourné pour enrichir une élite restreinte qui ne se sent redevable à personne.

Le mépris des autorités : une politique de l’inaction

Lors de cette réunion du conseil municipal, j’ai vu de mes propres yeux à quel point les dirigeants locaux ne se sentaient ni responsables ni concernés par les souffrances des populations qu’ils sont censés administrer. Non seulement ils ont refusé de me donner la parole, mais ils ont également cherché à minimiser le problème, comme si trois ans d’isolement forcé n’étaient qu’un désagrément mineur.

Ce mépris pour les doléances des citoyens est un des traits caractéristiques du régime Biya. D’après le classement 2023 de l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine, le Cameroun se classe 35e sur 54 pays africains en matière de participation et de droits humains, ce qui reflète le manque de considération des autorités pour les préoccupations des populations. L’administration camerounaise fonctionne comme une forteresse bureaucratique coupée du monde réel, où les décisions sont prises sans consultation, où l’inaction est la règle et où toute voix dissidente est réduite au silence.

L’absence de responsabilité : une impunité institutionnalisée

Le scandale du pont de Ngompem n’est qu’un exemple parmi tant d’autres où l’administration refuse de rendre des comptes. Qui est responsable de sa destruction ? Pourquoi aucune entreprise n’a été tenue de le reconstruire ? Où sont passés les fonds censés être alloués à l’entretien des infrastructures ? Ces questions restent sans réponse, car dans un pays où la corruption siphonne près de 30% du budget de l’État chaque année (Transparency International, 2023), les dirigeants ne se sentent pas obligés de justifier leur incompétence.

En réalité, la destruction du pont est le résultat d’un système où les entreprises privées, souvent liées à des membres influents du régime, peuvent détruire des infrastructures publiques en toute impunité, sans jamais être inquiétées. L’administration locale, au lieu de défendre les intérêts des populations, se contente d’observer passivement, ou pire, de tirer profit de ces situations.

Une administration qui nie l’humanité de son peuple

Ce qui m’a le plus marqué lors de cette confrontation avec le conseil municipal de Pouma, ce n’est pas seulement leur refus de m’écouter, mais l’indifférence avec laquelle ils ont balayé les souffrances de milliers de personnes. Cette attitude traduit une vérité plus profonde : dans le Cameroun de Paul Biya, l’État ne considère pas ses citoyens comme des êtres humains dignes de respect, mais comme des sujets dont on peut ignorer les droits et la dignité.

Il ne s’agit pas seulement d’un pont détruit. Il s’agit d’une politique d’abandon délibéré, d’une stratégie où l’État punit les populations rurales en les privant des services les plus élémentaires. Il s’agit d’une mentalité où la classe dirigeante vit dans une bulle de privilèges pendant que le reste du pays s’enfonce dans la misère et l’oubli.

Ce jour-là, en quittant la salle du conseil municipal sans avoir été écouté, j’ai compris une chose essentielle : dans ce pays, il ne suffit pas de dénoncer, il faut agir, car l’État ne viendra jamais au secours de son peuple. Et c’est ainsi que j’ai pris la décision qui allait marquer la deuxième étape de mon séjour : reconstruire moi-même ce que le gouvernement avait laissé s’effondrer.

CHAPITRE 2. Construire avec le peuple ce que l’État a détruit : un acte de résistance face à l’abandon

QUATRE DÉCENNIES DE MENSONGES TRANSGÉNÉRATIONNELS: COMMENT PAUL BIYA A TROMPÉ MES PARENTS, MA GÉNÉRATION ET VEUT HYPOTHÉQUER L’AVENIR DE MES ENFANTS ET PETITS ENFANTS

Multiples générations sacrifiées

Introduction : Le Mensonge Transgénérationnel de Paul Biya

En préparant les obsèques de ma défunte mère qui auront lieu le 7 et 8 Février 2025 à Ngompem, un village sans eau potable, sans électricité, sans routes praticables, coupé en 2 par la destruction de ses ponts et dépourvu de tout service social de base, j’ai découvert dans leurs archives personnelles les cartes de membres du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) de mes parents datant des années 90. Ces archives étaient plus qu’un simple souvenir : elles incarnaient leur foi dans les promesses d’un homme, Paul Biya, et dans son régime, qui avaient promis de transformer le Cameroun en une nation prospère. Mais cette foi, maintes fois renouvelée à chaque élection depuis 1982, n’a jamais été récompensée. Mes parents sont partis dans la pauvreté, comme des millions d’autres Camerounais, trahis par des décennies de mensonges.

Cette découverte m’a confronté à une question existentielle : pourquoi avons-nous, en tant que générations successives, permis à ce système de perdurer ? Nos parents ont cru en des promesses de développement, notre génération a été bercée par des illusions d’émergence, et aujourd’hui, on nous demande d’être complices en transmettant ces mensonges à nos enfants et petits-enfants.

Le Cameroun, sous Paul Biya, est devenu un exemple frappant de stagnation déguisée en progrès. À travers des promesses récurrentes de prospérité économique, de modernisation des infrastructures, et de paix sociale, le régime a tissé un discours séduisant, mais creux, qui a maintenu le pays dans un état de dépendance économique et de sous-développement chronique. Les statistiques sont accablantes : près de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (Banque mondiale, 2023), les infrastructures de base sont en ruine, et la jeunesse, qui constitue 60 % de la population, fait face à un chômage massif et un avenir incertain.

Cet article vise à poser une vérité essentielle : le règne de Paul Biya est un règne de promesses non tenues, un mensonge transgénérationnel qui a piégé les espoirs de plusieurs générations. À l’aube des élections présidentielles de 2025, il devient impératif de rompre ce cycle. Ce papier analyse comment ce régime a trahi nos parents, sacrifié notre génération, et tente aujourd’hui de condamner nos enfants à un avenir similaire. À travers des données rigoureuses, nous démontrerons pourquoi les Camerounais doivent dire non aux mensonges des futures générations et saisir cette opportunité historique pour un changement radical et collectif.

1. Les Promesses Non Tenues à la Génération de Nos Parents

Lorsque Paul Biya accède au pouvoir en 1982, il hérite d’un Cameroun relativement stable et prospère, avec un potentiel économique significatif. Son discours inaugural promet un « Renouveau National », basé sur l’unité, la prospérité et la modernisation. Cependant, cette vision s’est rapidement érodée, laissant derrière elle un pays embourbé dans des défis structurels, notamment pour les générations de nos parents qui ont soutenu ce régime avec espoir. Joseph Takougang (2019), dans son livre “Cameroon under Paul Biya: Continuity or Change?”, note que « les promesses faites dans les premières années du Renouveau National n’étaient que des outils de propagande pour consolider le pouvoir, sans stratégie claire de mise en œuvre. »

1.1. Les Déficiences en Développement Rural

L’une des promesses phares du régime Biya était de moderniser les zones rurales pour réduire les disparités entre les régions urbaines et rurales. Pourtant :

• Accès à l’électricité : En 1982, environ 60 % des villages camerounais étaient privés d’électricité (Banque mondiale, 1985). Aujourd’hui, près de 40 % des zones rurales restent non électrifiées, selon les statistiques de la Banque africaine de développement (BAD, 2022). Cette lente progression reflète un manque d’investissement dans les infrastructures.

• Manque d’accès à l’eau potable : Un rapport de l’UNICEF (2021) indique que seuls 37 % des Camerounais vivant en milieu rural ont accès à des sources d’eau potable, une situation presque inchangée depuis les années 1980.

Ces carences condamnent des millions de familles rurales à vivre dans des conditions précaires, où les maladies hydriques et l’insécurité alimentaire persistent.

1.2. Échec des Infrastructures Routières

Paul Biya avait promis de connecter les zones rurales aux centres urbains pour stimuler l’agriculture et les échanges économiques. Cependant, le Cameroun figure encore parmi les pays africains les moins bien desservis en infrastructures routières. Mbaku & Takougang (2004) dans “The Leadership Challenge in Africa” expliquent que « l’incapacité du régime Biya à investir dans les infrastructures critiques dans les années 1980 a marqué le début d’un déclin systémique dans les zones rurales. »

• Statistiques alarmantes : En 2023, seuls 5,7 % des routes sont asphaltées (source : Global Economy Report, 2023), un chiffre qui place le Cameroun bien en dessous de la moyenne africaine, estimée à 20 %.

• Conséquences économiques : Selon une étude du Centre pour la Recherche et le Développement Durable en Afrique (CERDA, 2020), l’agriculture camerounaise perd 40 % de sa production annuelle en raison de l’inaccessibilité des marchés.

Ces failles dans le réseau routier affectent directement les villages comme celui de mes parents, où la pauvreté est exacerbée par l’isolement économique.

1.3. Des Services Sociaux Dégradés

Malgré les promesses d’améliorer les conditions de vie, les services sociaux de base tels que la santé et l’éducation restent désastreux :

• Santé : L’espérance de vie moyenne au Cameroun était de 46 ans en 1982 et est passée à 60 ans en 2023 (Banque mondiale, 2023). Bien que cela représente une amélioration, cette progression est bien inférieure à celle des pays comparables comme le Ghana ou le Sénégal. Les zones rurales continuent de souffrir d’un manque criant de centres de santé, avec seulement 1 médecin pour 10 000 habitants (OMS, 2023).

• Éducation : En 1982, le taux d’alphabétisation était de 41 %. En 2023, il avoisine les 77 %, mais cette augmentation masque une qualité d’éducation médiocre. Les enseignants, souvent sous-payés et démotivés, ne sont pas en mesure d’assurer une formation adéquate.

1.4. L’Héritage d’une Génération Trompée

Mes parents, comme des millions d’autres Camerounais de leur génération, ont cru aux promesses du RDPC et ont activement soutenu le régime. Mais ces promesses n’ont jamais été tenues. Leur mort dans un village dépourvu d’eau, d’électricité et de routes symbolise l’échec de cette génération à voir les fruits du « Renouveau National ».

1.5. Appel à la Mémoire Collective

Les échecs du passé doivent nous alerter. La génération de nos parents a été dupée par des discours vides de sens et des promesses irréalistes. En tant que leurs héritiers, nous devons refuser de continuer sur cette voie. Le renouveau qu’ils espéraient n’a jamais vu le jour, et c’est à nous de briser ce cycle de mensonges générationnels.

2. Une Génération Sacrifiée : Mon Témoignage Personnel

La génération née dans les années 1970 et 1980, à laquelle j’appartiens, a grandi sous les promesses du « Renouveau National ». Ces années étaient marquées par une croyance collective que l’avenir, sous la gouvernance de Paul Biya, serait plus prospère que celui de nos parents. Pourtant, cette foi s’est heurtée à une dure réalité : chômage massif, système éducatif défaillant et insécurité omniprésente. Ma génération est devenue une génération sacrifiée, piégée dans un cycle d’échec et de désillusion.

2.1. Le Chômage : Une Bombe à Retardement

Malgré les engagements répétés du régime Biya de réduire le chômage et de stimuler l’économie, la réalité a été bien différente :

• Taux de chômage et sous-emploi :

En 2023, le taux de chômage officiel au Cameroun était de 6 % selon l’INS (Institut National de la Statistique). Toutefois, ces chiffres masquent une autre réalité : plus de 70 % des travailleurs camerounais sont employés dans le secteur informel, selon la Banque mondiale (2022). Les jeunes diplômés sont les plus touchés, avec un taux de sous-emploi estimé à 77 %.

• Promesses non tenues en matière d’emploi :

En 2001, le gouvernement a lancé le programme « Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté » (DSRP), qui visait à créer des opportunités d’emploi pour les jeunes. Deux décennies plus tard, les résultats sont minimes, avec une économie encore largement dépendante du secteur primaire et des emplois non qualifiés.

Dans leur analyse des politiques économiques de Biya, Amin et Fokam (2020) concluent que « les réformes économiques, en particulier les programmes d’ajustement structurel des années 1990, ont marginalisé davantage les jeunes en détruisant les secteurs publics et industriels qui auraient pu absorber la main-d’œuvre qualifiée. »

Nkemngu (2019), dans son étude sur l’emploi au Cameroun, indique que « l’incapacité du gouvernement à moderniser le secteur industriel a transformé le Cameroun en une économie de survie, où les jeunes survivent au lieu de s’épanouir. »

2.2. Un Système Éducatif en Ruine

La formation de ma génération a été profondément affectée par un système éducatif qui n’a cessé de se détériorer sous le régime Biya.

• Statistiques éducatives :

En 2022, le Cameroun affichait un taux brut de scolarisation primaire de 88 %, mais seulement 45 % des enfants inscrits atteignent le secondaire (UNESCO, 2023). De plus, les infrastructures éducatives sont en lambeaux, avec une moyenne de 85 élèves par classe dans les écoles publiques rurales.

• Faibles investissements :

Le budget alloué à l’éducation représente en moyenne 3,5 % du PIB, un chiffre bien en deçà de la recommandation de l’UNESCO de 6 %.

• Condition des enseignants :

Les enseignants camerounais, souvent non payés pendant plusieurs mois, mènent des grèves fréquentes. En 2022, plus de 30 000 enseignants du primaire étaient encore des vacataires, selon un rapport du Syndicat National des Enseignants du Cameroun (SNEC).

Tchombe (2021), dans son étude sur l’éducation en Afrique centrale, souligne que « l’absence de stratégie éducative cohérente a produit une génération d’apprenants incapables de rivaliser sur le marché globalisé. »

Mforteh et Ndi (2018) notent que « la priorisation des grands projets politiques sur l’éducation illustre l’abandon des valeurs fondamentales qui définissent un État développementaliste. »

2.3. Une Crise Sécuritaire Persistante

Le Cameroun sous Paul Biya est marqué par une insécurité croissante, exacerbant les défis auxquels ma génération fait face :

• Conflits armés :

La guerre contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et la crise anglophone ont déplacé plus de 900 000 personnes à l’intérieur du pays (HCR, 2023). Ces conflits ont détruit des infrastructures, perturbé les activités économiques et créé un climat de peur.

• Budget militaire exorbitant :

En 2023, le Cameroun a consacré 1,5 milliard de dollars (soit 6 % de son PIB) à la défense, selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). Malgré ces dépenses, l’insécurité persiste, en particulier dans les régions anglophones où des milliers de vies ont été perdues.

• Impact sur la jeunesse :

La militarisation de certaines régions a rendu impossible l’accès à l’éducation pour des milliers d’enfants et de jeunes. En 2023, plus de 30 % des écoles dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest étaient fermées en raison de la crise (UNICEF, 2023).

Mbuh et Ndifor (2022) dans “The Anglophone Crisis in Cameroon” notent que « la réponse militarisée de l’État n’a pas seulement aggravé le conflit, mais a aussi détruit les aspirations économiques et éducatives des jeunes. »

Fonkeng (2021) souligne que « la négligence des causes profondes des crises a transformé les régions affectées en zones de non-droit, contribuant à la désillusion des jeunes. »

2.4. Une Génération Désabusée

Ma génération a été témoin d’une trahison systématique :

• Nous avons grandi avec l’idée que l’éducation nous ouvrirait les portes de l’emploi, mais nous nous sommes retrouvés face à un marché saturé et inhospitalier.

• Nous avons espéré un système politique stable, mais avons vu les conflits se multiplier.

• Nous avons cru en la modernisation promise, mais avons hérité de villes et de villages où les services sociaux sont inexistants.

Ces frustrations alimentent une profonde désillusion chez les jeunes, beaucoup d’entre eux choisissant l’exil, tandis que d’autres sombrent dans le désespoir ou l’activisme radical.

2.5. Une Génération à Revendiquer

L’échec de la génération de mes parents à obtenir un véritable « renouveau » a transformé ma génération en victime collatérale des politiques du régime Biya. Nous devons refuser de laisser cet échec s’étendre à nos enfants. Cet héritage de désillusion doit devenir un appel à l’action pour construire un Cameroun plus juste, plus équitable et véritablement tourné vers l’avenir.

3. La Complicité Inacceptable : Paul Biya et le Mensonge Transgénérationnel

Après avoir menti à la génération de nos parents et sacrifié celle de nos enfants, Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant notre génération et celle de nos enfants. Les élections présidentielles de 2025 sont un moment critique où ce régime espère encore une fois nous embarquer dans un cycle de promesses creuses et de trahisons historiques. Cette stratégie repose sur la création d’une illusion de changement, alors qu’elle ne fait que perpétuer un système défaillant.

3.1. Des Promesses Électorales Répétitives et Illusoires

Depuis les années 1980, le régime de Paul Biya a construit son discours autour de promesses ambitieuses, mais systématiquement non tenues :

• Promesses économiques : En 1987, Biya avait promis de transformer le Cameroun en une « économie émergente » avant l’an 2000. En 2009, il a renouvelé cette promesse en fixant l’horizon 2035 pour atteindre cet objectif. Pourtant, selon le classement de la Banque mondiale (2023), le Cameroun reste classé parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur, avec un PIB par habitant de seulement 1 540 USD, très en deçà des normes des économies émergentes.

• Emplois pour la jeunesse : En 2018, lors de sa campagne électorale, Paul Biya avait promis de créer 500 000 emplois par an. Or, les rapports du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (2022) indiquent que seulement 15 000 emplois formels ont été créés en moyenne par an depuis 2018, soit moins de 3 % de l’objectif.

• Projets d’infrastructure : Le régime a annoncé plusieurs « grands projets » tels que le port en eau profonde de Kribi, le barrage hydroélectrique de Lom Pangar et l’autoroute Yaoundé-Douala. Bien que certains aient vu le jour, leur gestion inefficace, marquée par des surcoûts massifs et des délais prolongés, a limité leur impact sur l’économie nationale (Transparency International, 2023).

Takougang (2019) décrit ces promesses répétées comme un « cycle de déception institutionnalisée », soulignant que « le régime utilise des projets symboliques pour masquer l’absence de réforme structurelle. »

Selon Fomba et Kamdem (2021), « l’économie camerounaise stagne à cause de politiques incohérentes qui privilégient la communication politique au détriment des résultats concrets. »

3.2. Un État Capturé par les Intérêts Personnels

Le régime de Paul Biya a été marqué par une gestion patrimoniale de l’État, où les ressources publiques sont utilisées pour maintenir le pouvoir au lieu de servir la population :

• Corruption endémique : En 2022, le Cameroun se classait 138e sur 180 pays dans l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International. Chaque année, le pays perd environ 30 % de son budget public à cause de la corruption, selon le Contrôle supérieur de l’État.

• Endettement croissant : La dette publique du Cameroun représentait 46,8 % du PIB en 2023, contre 13 % en 2008 (Banque mondiale). Cette augmentation est due à des emprunts mal gérés pour financer des projets souvent inachevés.

• Gestion népotique : Le système administratif est gangrené par le favoritisme, où des proches du pouvoir occupent des postes stratégiques, indépendamment de leur compétence.

Bayart (1993), dans “The State in Africa: The Politics of the Belly”, décrit les régimes comme celui de Biya comme des systèmes où l’État devient une source de prédation économique pour l’élite politique.

Fonkeng (2020) note que « l’absence de transparence dans la gestion publique a consolidé une oligarchie qui contrôle tous les secteurs clés de l’économie. »

3.3. Un Héritage Désastreux pour les Générations Futures

Si rien ne change, nos enfants et petits-enfants hériteront d’un Cameroun marqué par :

• Un appauvrissement chronique : Selon le PNUD (2022), 37,5 % de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté. Les projections indiquent que ce chiffre pourrait augmenter si les réformes structurelles nécessaires ne sont pas mises en œuvre.

• Un système éducatif désuet : En l’absence d’investissements significatifs, les infrastructures éducatives continueront à se dégrader, compromettant l’avenir des jeunes Camerounais.

• Une dette insoutenable : La dette extérieure du Cameroun est projetée à atteindre 25 milliards de dollars d’ici 2030 (FMI, 2023), laissant peu de marge pour financer les services publics essentiels.

• Un climat d’insécurité persistante : La gestion inefficace des crises actuelles (crise anglophone, Boko Haram) risque de créer une instabilité prolongée, privant les générations futures de la paix et de la sécurité nécessaires au développement.

Mbuh (2022) affirme que « l’échec à résoudre les crises actuelles compromet non seulement la stabilité à court terme, mais aussi le développement à long terme. »

UNICEF (2023) indique que « sans une réforme urgente du système éducatif, plus de 50 % des enfants camerounais risquent de devenir des adultes non qualifiés, incapables de contribuer efficacement à l’économie. »

3.4. Un Appel au Réveil Collectif

Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant la mémoire collective et en jouant sur les peurs d’un changement. Mais il est temps de dire non à cette stratégie. Refuser de participer à cette mascarade électorale, c’est refuser d’être complice d’un mensonge qui condamne nos enfants et petits-enfants à un avenir de pauvreté et de stagnation.

4. Dire Non aux Mensonges : L’Appel à une Révolution Générationnelle

Les Camerounais, en particulier notre génération et celles qui suivent, doivent rompre avec les mensonges institutionnalisés du régime de Paul Biya. Depuis son accession au pouvoir en 1982, les promesses non tenues se sont accumulées, alimentant le déclin économique, social et politique du pays. Ce cycle de tromperie et de stagnation appelle à un éveil collectif, à une prise de conscience nationale pour bâtir un avenir meilleur.

4.1. Un État au Bord de l’Effondrement

Le Cameroun est aujourd’hui confronté à des crises multiformes qui menacent sa stabilité à long terme :

• Crise économique persistante :

Selon la Banque mondiale (2023), le taux de croissance économique du Cameroun est en moyenne de 3,5 % par an, insuffisant pour réduire significativement la pauvreté ou améliorer les infrastructures publiques. En comparaison, des pays comme le Rwanda et l’Éthiopie affichent des taux supérieurs à 6 %, avec des programmes de réformes axés sur l’innovation et l’industrialisation.

• Dégradation des infrastructures :

Plus de 70 % des routes du pays sont en mauvais état, limitant l’accès aux marchés et augmentant les coûts de transport. Les villages ruraux, comme celui de Ngompem, où mes parents, ont vécu et sont décédés, sont les plus touchés. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2022) estime que l’absence d’infrastructures modernes réduit la productivité agricole de 40 %, aggravant la pauvreté.

• Déséquilibres sociaux :

En 2023, le GINI index du Cameroun, mesurant les inégalités, était de 46,6, indiquant une concentration extrême des richesses entre les mains d’une élite restreinte, alors que 37,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Bayart (1993) affirme que les régimes comme celui de Paul Biya perpétuent des inégalités en utilisant l’État comme un outil de prédation économique.

Tchouassi et Fokam (2021) décrivent la politique économique camerounaise comme « un système incapable de générer une croissance inclusive, enfermant le pays dans un cercle vicieux de pauvreté et de dépendance extérieure. »

4.2. Le Poids de la Corruption : Un Système à Déconstruire

La corruption sous le régime de Paul Biya est institutionnalisée, sapant toute tentative de réforme ou de progrès.

• Coût de la corruption :

Environ 30 % du budget annuel du Cameroun, soit plus de 5 milliards de dollars, est détourné chaque année (Transparency International, 2023). Ces fonds auraient pu financer la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures essentielles.

• Conséquences pour les générations futures :

Les ressources qui auraient pu être investies dans le développement durable sont dilapidées. Par exemple, l’endettement croissant du pays (46,8 % du PIB en 2023) compromet la capacité de l’État à financer des projets à long terme.

Ndifor et Ambe (2019) concluent que « la corruption est à la fois une cause et une conséquence de la faiblesse des institutions au Cameroun, perpétuant un état de stagnation nationale. »

Dans son analyse de la gestion publique au Cameroun, Essomba (2020) note que « la culture de l’impunité a ancré la corruption comme un élément structurel de la gouvernance. »

4.3. Un Appel au Réveil Citoyen

Pour mettre fin à ce cycle de mensonges et de promesses non tenues, un mouvement citoyen massif est nécessaire.

• Engagement politique des jeunes :

En 2023, plus de 60 % de la population camerounaise avait moins de 30 ans (INS, 2023). Cependant, leur participation politique reste faible, en grande partie à cause du sentiment de désillusion et de méfiance envers les institutions. La mobilisation des jeunes est cruciale pour porter des leaders nouveaux et visionnaires.

• Exemples de changement dans d’autres pays :

Les récentes transitions démocratiques en Zambie, au Malawi, au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali et en Guinée montrent qu’un leadership engagé et une mobilisation populaire peuvent transformer des systèmes corrompus en opportunités pour les citoyens.

Cheeseman (2022), dans “How to Rig an Election”, montre que des sociétés jeunes et dynamiques peuvent renverser des régimes autoritaires par la mobilisation et la dénonciation des abus.

Kondoh et Ndong (2021) analysent comment la jeunesse africaine, en particulier à travers les réseaux sociaux, joue un rôle croissant dans l’éveil démocratique et la dénonciation des abus de pouvoir.

4.4. Repenser le Modèle de Gouvernance : Vers un État Développementaliste Communautaire

Pour sortir le Cameroun de cette spirale de stagnation, il faut adopter un modèle de gouvernance centré sur le développement humain, basé sur les principes suivants :

• Investissements massifs dans l’éducation et la santé :

Revoir les priorités budgétaires pour allouer 10 % du PIB à l’éducation et 7 % à la santé, conformément aux recommandations de l’UNESCO et de l’OMS.

• Diversification de l’économie :

Passer d’une économie basée sur l’exportation de matières premières (pétrole, bois) à une industrialisation accrue.

• Décentralisation effective :

Donner aux collectivités locales les moyens de décider et d’agir, au lieu de centraliser les décisions à Yaoundé.

Ndongmo (2020), dans “The Path to Sustainable Development in Central Africa”, plaide pour une décentralisation comme clé d’un développement inclusif.

World Bank (2023) recommande des politiques économiques qui mettent l’accent sur la transformation agricole et industrielle pour stimuler la croissance.

4.5. Un Nouveau Contrat Social : La Responsabilité de Dire Non

Dire non aux mensonges du régime Biya, c’est dire oui à un Cameroun nouveau :

• Oui à une gouvernance transparente.

• Oui à des politiques économiques inclusives.

• Oui à un système éducatif et sanitaire accessible à tous.

Les élections présidentielles de 2025 offrent une opportunité historique de briser ce cycle de tromperie transgénérationnelle. Nous devons refuser de légitimer un régime qui a échoué à répondre aux besoins fondamentaux de ses citoyens.

Conclusion : Rompre avec le Cycle de Mensonges et de Stagnation

Le règne de Paul Biya, qui s’étend sur plus de quatre décennies, est un témoignage accablant d’un système politique marqué par des promesses non tenues, des illusions entretenues et une gouvernance axée sur la perpétuation du pouvoir plutôt que sur le progrès collectif. À travers les générations, ce régime a perfectionné l’art du mensonge : des engagements initiaux envers nos parents qui ont été brisés, à la désillusion de notre propre génération, jusqu’à la tentative de condamner nos enfants à un avenir sans espoir.

Les faits sont clairs : le Cameroun est aujourd’hui embourbé dans une crise multidimensionnelle. Économiquement, nous sommes confrontés à une stagnation chronique avec près de 40 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Socialement, les infrastructures de base restent inexistantes dans de nombreuses régions, reflétant un État qui a failli à son devoir envers ses citoyens. Politiquement, la corruption et le népotisme ont consolidé un système qui privilégie l’élite au détriment de la majorité. Ces réalités ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un régime qui a fait de la manipulation et de l’inaction une stratégie de gouvernance.

L’heure n’est plus au silence ni à la résignation. À l’aube des élections présidentielles de 2025, les Camerounais ont une opportunité historique de rompre avec ce cycle de mensonges et de trahisons. Dire non à ce régime, c’est dire oui à un avenir différent : un avenir où nos ressources seront investies dans l’éducation, la santé, les infrastructures, et le développement économique durable ; un avenir où nos enfants et petits-enfants pourront rêver, innover et bâtir sans être écrasés par l’héritage de la stagnation.

Le changement ne viendra pas de l’élite politique actuelle, mais de la prise de conscience collective de chaque citoyen camerounais. Nous devons refuser d’être complices du mensonge transgénérationnel et agir pour construire un État développementaliste, inclusif et prospère. Ensemble, nous avons le pouvoir de transformer le Cameroun, de briser les chaînes du passé et d’inaugurer une nouvelle ère de responsabilité, de justice et de progrès.

Paul Biya et son régime incarnent le passé. L’avenir appartient à ceux qui ont le courage de dire non, de se lever et de bâtir. Le Cameroun mérite mieux, et l’histoire nous jugera sur les choix que nous ferons aujourd’hui. La révolution générationnelle est en marche – à nous de la mener avec détermination et espoir.

Bibliographie

1. Banque Mondiale. (2023). Rapport sur le développement mondial : Croissance économique et inégalités au Cameroun. Washington, DC : World Bank Publications.

2. Bayart, J.-F. (1993). L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard.

3. Cheeseman, N. (2022). How to Rig an Election. New Haven : Yale University Press.

4. Essomba, P. L. (2020). The Culture of Impunity in Cameroon: Governance and Corruption. Yaoundé : Presses Universitaires du Cameroun.

5. Institut National de la Statistique (INS). (2023). Données statistiques sur la population et l’économie du Cameroun. Yaoundé : INS Cameroun.

6. Kondoh, H., & Ndong, J. P. (2021). Youth Mobilization in Africa: Social Media and Political Change. Johannesburg : African Studies Review.

7. Ndifor, A., & Ambe, C. (2019). Corruption and Economic Decline in Cameroon: A Systematic Analysis. Douala : Centre for Economic Studies.

8. Ndongmo, R. M. (2020). The Path to Sustainable Development in Central Africa: Lessons for Cameroon. Libreville : Central African Development Press.

9. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). (2022). Rapport sur le développement humain au Cameroun : Défis et opportunités. New York : United Nations Development Programme.

10. Transparency International. (2023). Indice de perception de la corruption 2023 : Cameroun. Berlin : Transparency International.

11. Tchouassi, G., & Fokam, A. J. (2021). The Vicious Circle of Poverty and Underdevelopment in Cameroon: Rethinking Economic Policies. Yaoundé : African Economic Research Consortium.

12. World Bank. (2023). Enhancing Economic Diversification in Sub-Saharan Africa: Cameroon Case Study. Washington, DC : World Bank Publications.

M. LE DÉPUTÉ BIBA THOMAS (PCRN- SANAGA MARITIME) : UN APPEL AU DEVOIR ENVERS LES POPULATIONS DE NGOMPEM NORD

Ponts détruis de Nkangla I et II

Monsieur le Député,

Honorable,

Nous nous adressons à vous avec respect mais également avec une profonde inquiétude concernant la situation désastreuse dans laquelle se trouve le village de Ngompem Nord, une localité de la Sanaga Maritime que vous représentez en tant que député. Permettez que cette lettre soit un rappel solennel de votre devoir en tant que représentant du peuple et membre de l’opposition.

Monsieur le Député, le rôle principal de l’opposition dans une démocratie est de contrôler les actions du gouvernement et de défendre les droits des citoyens contre toute forme d’abus ou de négligence. Dans le cas présent, la mairie de Pouma, tenue par le parti au pouvoir, a manifestement failli à sa mission de développement local. Les ponts Nkanla I et Nkanla II, ainsi que l’unique tronçon routier reliant Ngompem Nord au reste du département, ont été détruits et laissés à l’abandon sous prétexte de travaux qui n’ont jamais été réalisés. Cette négligence, amplifiée par des pratiques de corruption dans la passation des marchés publics, a isolé cette population, la privant de ses droits fondamentaux.

Depuis trois ans, les conséquences de cette situation sont dramatiques : des malades meurent faute d’être évacués vers les centres de santé, des familles ne peuvent plus transporter leurs défunts à la morgue, et des produits agricoles pourrissent faute d’accès aux marchés urbains. Il est clair que cette tragédie résulte directement de la mauvaise gouvernance et du manque de responsabilité de l’exécutif local.

Monsieur le Député, en tant que membre de l’opposition, vous avez une obligation morale et politique de contrôler l’action de l’exécutif, y compris celle de la mairie de Pouma. Votre silence sur cette question est perçu par les populations de Ngompem Nord comme un manquement grave à votre mission. Les citoyens de cette localité s’interrogent : pourquoi leur représentant n’a-t-il pas élevé la voix pour dénoncer cette injustice ? Pourquoi n’avez-vous pas exigé des comptes sur l’exécution des projets publics dans cette zone ?

Nous vous demandons donc, avec insistance, de nous indiquer quelles actions concrètes vous envisagez d’entreprendre pour réparer les torts causés aux populations de Ngompem Nord. Allez-vous exiger une enquête parlementaire sur la gestion des marchés publics par la mairie de Pouma ? Allez-vous mobiliser les autres élus de l’opposition pour faire pression sur les autorités compétentes afin que justice soit rendue à ces populations ?

Monsieur le Député, l’histoire retiendra vos actes, tout comme elle retiendra votre silence. Les populations de Ngompem Nord, qui vivent dans l’isolement et la misère, attendent de vous un engagement ferme et immédiat. Nous espérons que cette lettre saura raviver en vous le sens du devoir et l’attachement à votre rôle de défenseur des droits des citoyens.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Député, l’expression de nos salutations distinguées.

PR JIMMY YAB

APPEL URGENT AU PRÉFET DE LA SANAGA MARITIME POUR NGOMPEM NORD ( POUMA)

Monsieur le Préfet,
Préfecture de la Sanaga Maritime,
Édéa.

Objet : Lettre ouverte à Monsieur le Préfet pour une intervention urgente en faveur des populations de Ngompem Nord

Monsieur le Préfet,

En votre qualité de représentant du Chef de l’État dans le département de la Sanaga Maritime, nous faisons appel à votre bienveillance et à votre sens du devoir pour une intervention urgente et salvatrice en faveur des populations de Ngompem Nord, aujourd’hui confrontées à une situation dramatique qui menace leur survie.

Depuis près de trois ans, la population de Ngompem Nord vit dans une asphyxie totale en raison de la destruction des ponts Nkanla I et Nkanla II ainsi que de l’unique tronçon routier reliant cette localité au reste du département. Ces infrastructures vitales, qui devaient être réhabilitées dans le cadre de projets publics, ont été abandonnées pour des raisons inconnues par l’ENTREPRISE HOL AND BROTHERS et par La MAIRIE DE L’ARRONDISSEMENT DE POUMA dont NGOMPEM fait partie. Les conséquences de cet abandon sont catastrophiques et affectent chaque aspect de la vie de ces citoyens.

Pont détruit de NKANGLA II par l’Entreprise HOL AND BROTHERS

Privés de voies de communication fonctionnelles, les habitants ne peuvent plus écouler leurs produits agricoles vers les centres urbains, plongeant ainsi des familles dans une précarité alimentaire. L’impossibilité d’évacuer les malades vers les hôpitaux met en danger la santé publique, et les défunts doivent être enterrés sur place faute d’accès à une morgue. Ces faits, monsieur le Préfet, violent le droit fondamental à la libre circulation consacré par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Par ailleurs, cette situation met en péril les Projets Structurants de S.E. Paul Biya, notamment la construction du barrage hydroélectrique Grand-Eweng, prévu dans cette région. L’accès à ce site stratégique est aujourd’hui compromis, fragilisant ainsi les perspectives de développement local et national.

Monsieur le Préfet, devant ce drame humanitaire et économique, nous vous demandons d’user de votre autorité pour :

  1. Ordonner une enquête approfondie sur les pratiques de l’ENTREPRISE HOL AND BROTHERS
  2. Veiller à la reprise immédiate des travaux sur les ponts Nkanla I et II ainsi que sur le tronçon routier reliant Ngompem Nord à Pouma.
  3. Assurer une assistance immédiate aux populations pour répondre à leurs besoins urgents en matière de santé, de transport et d’écoulement des vivres.

Nous avons foi en votre capacité à être à l’écoute des souffrances des populations et à traduire, par des actions concrètes, la volonté du Chef de l’État de promouvoir la cohésion sociale et le développement équitable.

Dans l’attente de votre prompte intervention, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de notre profond respect.

Avec toute notre considération,

PR JIMMY YAB

Résident de Ngompem Nord