KARL MAX, LE CAPITALISME ET LES FONDEMENTS DE L’ETAT DEVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE DU CAMEROUN. PROJET NATIONAL DU MLDC

Dans cette première vidéo, je souhaite poser les fondations théoriques de notre projet national l’Etat Développementaliste Communautaire (EDC) du Cameroun en revenant sur une critique essentielle : celle que KARL MAX adresse au CAPITALISME. Non pas par idéologie, mais parce qu’un projet sérieux commence toujours par un diagnostic lucide du système qui nous gouverne.

Marx identifie d’abord l’un des nœuds fondamentaux du capitalisme : sa capacité à produire et reproduire l’inégalité. Dans Le Capital, Livre I, chapitre 25, il écrit une phrase d’une vérité brutale :
« L’accumulation de richesse à un pôle est en même temps accumulation de misère à l’autre pôle. »….

Pr. Jimmy Yab
Président National du MLDC( Parti politique créé en 1998)

 JEUNE CAMEROUNAIS(E), ENREGISTRES-TOI AVEC LE MLDC ( MOUVEMENT POUR LA LIBÉRATION ET LE DEVELOPPEMENT DU CAMEROUN) DÈS AUJOURD’HUI, POUR LES ÉLECTIONS MUNICIPALES ET LEGISLATIVES DE 2026 »

APPEL À LA JEUNESSE CAMEROUNAISE – ÉLECTIONS MUNICIPALES ET LEGISLATIVES 2026, Par le Professeur Jimmy Yab, Président du MLDC.

18 Février 1958, Ahmadou Ahidjo remplace André-Marie Mbida comme Premier Ministre du Cameroun: coup d’État institutionnel ou réajustement colonial ?

Andre-Marie Mbida

Résumé

L’éviction d’André-Marie Mbida au profit d’Ahmadou Ahidjo en février 1958 constitue un tournant décisif dans l’histoire politique du Cameroun. Premier chef de gouvernement camerounais sous tutelle onusienne, Mbida incarne un nationalisme souverainiste teinté de conservatisme religieux, revendiquant une indépendance pleine, progressive mais assumée, tout en défendant la souveraineté nationale face à l’autorité coloniale. Son affrontement direct avec le Haut-commissaire français Jean Ramadier, notamment autour du calendrier de l’indépendance et du rôle de l’Église coloniale, aboutit à sa mise à l’écart au profit d’Ahmadou Ahidjo, jeune dirigeant nordiste perçu comme plus modéré et conciliant par Paris.

Cet article analyse les tenants et aboutissants de cette transition de pouvoir en examinant les dynamiques institutionnelles, idéologiques et ethno-politiques qui l’ont sous-tendue. En croisant les sources coloniales, les récits d’acteurs contemporains et les analyses postcoloniales, nous soutenons que cette passation de pouvoir ne relève ni d’un simple désaccord politique ni d’une succession légitime, mais s’apparente à un coup d’État institutionnel orchestré dans un cadre légal, au service d’un réajustement colonial planifié par la France. Ce basculement préfigure la stratégie de transfert de souveraineté contrôlé mise en œuvre par Paris dans plusieurs colonies africaines.

En posant la question de la légitimité, de la souveraineté populaire et des héritages autoritaires du régime qui s’ensuivit, cette étude propose une lecture critique et documentée d’un moment fondateur du Cameroun contemporain.

Mots-clés

André-Marie Mbida – Ahmadou Ahidjo – Cameroun – Indépendance – France – Coup d’État institutionnel – Réajustement colonial – Nationalisme – Françafrique – Conflits idéologiques – Colonialisme – Transition politique – Souveraineté

Abstract

The removal of André-Marie Mbida and his replacement by Ahmadou Ahidjo in February 1958 marked a pivotal moment in Cameroon’s decolonization process. As the first Cameroonian Prime Minister under the United Nations Trusteeship system, Mbida championed a nationalist, sovereignist stance, advocating for full independence and defending national dignity against colonial interference. His confrontations with French High Commissioner Jean Ramadier—especially over the timeline of independence and the influence of the colonial Church—ultimately led to his political downfall. He was replaced by Ahidjo, a northern politician considered more malleable and loyal to French strategic interests.

This article examines the ideological, institutional, and ethno-political underpinnings of this transfer of power. Drawing on colonial archives, eyewitness accounts, and postcolonial analyses, we argue that the transition was not merely a political reshuffle but an orchestrated institutional coup executed within a legal framework to safeguard France’s geopolitical control. This episode became a blueprint for managed transitions in other African territories on the eve of independence.

By interrogating the legitimacy of this political shift, the erosion of popular sovereignty, and the authoritarian legacy it initiated, this study offers a critical reassessment of one of the foundational ruptures in postcolonial Cameroon’s state formation.

Introduction

L’éviction d’André-Marie Mbida au profit d’Ahmadou Ahidjo : coup d’État institutionnel ou réajustement colonial ?

L’histoire politique du Cameroun contemporain s’est structurée autour d’une série de ruptures fondatrices, dont l’une des plus décisives demeure la transition silencieuse mais profonde entre André-Marie Mbida et Ahmadou Ahidjo au poste de Premier ministre, en février 1958. Cette passation, souvent reléguée au rang d’un simple changement de leadership dans la marche vers l’indépendance, cache en réalité une mécanique complexe de recomposition du pouvoir à la veille de la souveraineté nationale. Enjeu politique majeur, cette transition fut marquée par un double affrontement : d’une part, une confrontation idéologique entre deux figures antithétiques de la scène politique camerounaise ; d’autre part, une manœuvre stratégique de la puissance coloniale française désireuse de maintenir son influence au Cameroun au-delà de l’indépendance formelle.

André-Marie Mbida, premier Premier ministre camerounais, issu d’un christianisme social militant et fervent défenseur de l’unité nationale, se montra rapidement inflexible sur deux points : l’exigence d’une indépendance rapide et sans conditions, et la nécessité d’un pouvoir véritablement ancré dans la souveraineté populaire. Ces positions, bien que constitutionnellement légitimes, entrèrent très tôt en conflit avec les intérêts stratégiques de la France, qui préférait un partenaire politique plus conciliant et pragmatique. C’est dans ce contexte que la figure d’Ahmadou Ahidjo, originaire du Nord musulman, membre du Bloc Démocratique Camerounais (BDC) et perçu comme loyal, modéré et tactique, fut progressivement promue comme alternative à Mbida par les autorités coloniales.

Les recherches historiques les plus récentes (Deltombe et al., 2011 ; Joseph, 1977) montrent que la France, soucieuse de préserver ses intérêts économiques, géopolitiques et militaires dans le bassin du golfe de Guinée, s’est engagée dans une stratégie dite de « réajustement colonial », consistant à marginaliser les leaders politiques jugés trop autonomes ou trop nationalistes. Cette stratégie passa, dans le cas camerounais, par une opération politique subtile, mais brutale, d’isolement institutionnel, de pressions diplomatiques et de mobilisation ethno-régionale contre André-Marie Mbida. En moins de deux ans, celui qui incarnait la volonté populaire exprimée lors des élections de 1956 fut contraint à la démission, dans une atmosphère d’humiliation politique organisée.

Ce renversement pose une question centrale que cet article se propose d’examiner : peut-on qualifier l’éviction d’André-Marie Mbida de coup d’État institutionnel, dans la mesure où elle fut planifiée, exécutée dans les formes légales, mais téléguidée par une puissance extérieure ? La question est d’autant plus légitime que cette séquence s’inscrit dans une tendance plus large observée à la fin des années 1950, où Paris intervint directement ou indirectement dans les processus de succession politique dans ses colonies, comme au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Gabon (Coquery-Vidrovitch, 2001 ; Suret-Canale, 1971).

Par ailleurs, la rivalité entre Mbida et Ahidjo ne saurait être lue uniquement sous l’angle institutionnel. Elle revêt aussi une dimension profondément idéologique, religieuse et ethno-régionale. Mbida, catholique et méridional, portait un projet républicain, centralisateur et souverainiste, tandis qu’Ahidjo, musulman et nordiste, promouvait une gouvernance plus fédérale, pragmatique, et accommodante vis-à-vis de Paris. Cette divergence, instrumentalisée par l’administration coloniale, fut également exploitée par les élites politiques locales, parfois en quête de revanche territoriale ou d’ascension bureaucratique.

La présente étude s’appuie sur une méthodologie combinant l’analyse critique de sources primaires (archives coloniales, correspondances officielles, journaux parlementaires) et l’examen de travaux historiques, politologiques et postcoloniaux récents. Elle vise à déconstruire les récits officiels sur la légalité du processus de transition entre les deux hommes et à mettre en évidence les mécanismes invisibles – idéologiques, coloniaux et identitaires – qui ont permis à Ahmadou Ahidjo de s’imposer comme le véritable héritier du pouvoir politique camerounais.

L’article est structuré en trois grandes parties. La première retrace le contexte historique et politique du Cameroun entre 1955 et 1958, période charnière de montée des revendications nationalistes et de durcissement de la répression coloniale. La deuxième partie s’intéresse aux acteurs, aux mécanismes et aux responsabilités de la transition entre Mbida et Ahidjo, en analysant les logiques institutionnelles, les stratégies coloniales et les réseaux politiques mobilisés. La troisième partie évalue les conséquences immédiates et de long terme de cette éviction : la consolidation d’un pouvoir autoritaire, la marginalisation des souverainistes et l’émergence d’une logique de gouvernement ethnopolitique qui marquera durablement l’histoire du Cameroun indépendant.

En somme, il ne s’agit pas seulement de retracer un événement, mais de revisiter un moment fondateur à la lumière de questions fondamentales sur la souveraineté, la continuité coloniale et la mémoire politique.

I. Le contexte historique et politique (1955–1958)

L’éviction d’André-Marie Mbida au profit d’Ahmadou Ahidjo : coup d’État institutionnel ou réajustement colonial ?

Entre 1955 et 1958, le Cameroun traverse une séquence politique critique, au croisement de la répression coloniale, des revendications indépendantistes et des recompositions géopolitiques d’un empire français en déclin. C’est dans ce contexte que s’inscrit la montée puis la chute d’André-Marie Mbida. Loin d’être une péripétie administrative, sa destitution doit être comprise comme le fruit d’une conjoncture explosive où se croisent enjeux internationaux, conflit idéologique et dynamiques internes propres à la société camerounaise.

1. La tutelle onusienne et la souveraineté sous condition

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Cameroun passe du statut de mandat de la Société des Nations (SDN) à celui de territoire sous tutelle de l’Organisation des Nations Unies (ONU), administré par la France. Ce nouveau cadre, supposé plus ouvert à l’autodétermination, est en réalité dominé par les logiques impérialistes de la Quatrième République. L’administration française entend préserver sa mainmise sur ce territoire stratégique, riche en ressources et à forte valeur géopolitique (Suret-Canale, 1971).

La tutelle onusienne impose cependant des obligations nouvelles : rapports réguliers devant la Quatrième Commission, supervision par le Conseil de tutelle, et obligation de préparer l’autonomie du pays. Pour répondre aux pressions internationales croissantes, la France engage une série de réformes administratives, mais sans remettre en cause sa domination réelle sur les leviers politiques et militaires.

2. La montée des nationalismes et la crise de 1955

Le 13 juillet 1955, le gouvernement français dissout l’Union des Populations du Cameroun (UPC), mouvement indépendantiste radical dirigé par Ruben Um Nyobè. Ce dernier, formé à la rhétorique anticoloniale et nourri de principes universalistes (anticolonialisme, syndicalisme, panafricanisme), s’était imposé depuis 1948 comme le principal porte-voix des aspirations populaires à l’indépendance immédiate, à l’unification du Cameroun et à la souveraineté politique totale (Joseph, 1977).

La répression qui suit la dissolution de l’UPC est d’une brutalité extrême : arrestations massives, exécutions sommaires, militarisation des zones rurales, mise en clandestinité des cadres dirigeants. Ruben Um Nyobè lui-même prend le maquis en septembre 1955. La violence coloniale, loin d’étouffer le mouvement, radicalise ses bases sociales et pousse la jeunesse urbaine à rejeter tout compromis avec le pouvoir français (Deltombe et al., 2011).

Cette répression s’accompagne d’une stratégie de division : l’administration française favorise l’émergence de partis « modérés » issus des élites chrétiennes, traditionnelles ou bureaucratiques, en opposition au radicalisme de l’UPC. C’est dans ce contexte que se consolide la figure d’André-Marie Mbida.

3. La réforme Defferre et l’autonomisation politique sous contrôle

Le 23 juin 1956, la France adopte la Loi-cadre Defferre, censée accorder davantage d’autonomie administrative à ses colonies africaines. Cette loi crée des assemblées territoriales élues au suffrage restreint, avec la possibilité de former des gouvernements locaux. Toutefois, ces institutions restent étroitement surveillées par les Hauts-commissaires coloniaux, qui conservent le contrôle sur la sécurité, la défense, les relations extérieures et les affaires stratégiques (Coquery-Vidrovitch, 2001).

Au Cameroun, la mise en œuvre de la Loi-cadre se traduit par la création de l’Assemblée Législative du Cameroun (ALCAM), élue en décembre 1956. André-Marie Mbida, leader de la Démocratie Chrétienne camerounaise et fondateur du Bloc Démocratique Camerounais (BDC), est désigné chef du gouvernement local en mai 1957. Il devient ainsi le premier Premier ministre camerounais sous tutelle onusienne.

4. Le projet politique de Mbida : indépendance rapide et républicanisme

André-Marie Mbida incarne une figure originale du nationalisme camerounais : conservateur sur le plan moral, catholique fervent, mais profondément attaché à l’indépendance nationale. Dans ses discours à l’ALCAM, il affirme sans ambiguïté : « Nous voulons l’indépendance, ici et maintenant, et nous l’obtiendrons sans l’aide de personne, parce que c’est notre droit » (Mbida, Discours à l’ALCAM, octobre 1957).

Il s’oppose à toute forme d’intégration dans l’Union française ou dans une communauté franco-africaine, jugeant ces structures comme des paravents du néocolonialisme. Son gouvernement entreprend des réformes symboliques : renforcement de l’école publique, réduction de l’influence des missions religieuses, africanisation de l’administration, critique des complicités entre notables traditionnels et administration coloniale.

Mais cette position radicale inquiète Paris, qui redoute un basculement du Cameroun vers un modèle algérien ou guinéen. Le Haut-commissaire Jean Ramadier, en poste à Yaoundé, multiplie les mises en garde, les correspondances alarmistes et les tentatives de dissuasion (Deltombe et al., 2011).

5. La réaction française : contenir, isoler, remplacer

Dès la fin de 1957, les services français envisagent de pousser Mbida à la démission. Plusieurs câbles diplomatiques témoignent du malaise de Paris : « Mbida est trop indépendant, trop intransigeant, il compromet nos intérêts » (Archives nationales d’outre-mer, Aix-en-Provence, série FM, 1957).

L’idée d’un « remplacement progressif » émerge dans les cercles proches de Jacques Foccart. Il s’agit de mettre en avant une personnalité plus conciliante, moins susceptible de rompre avec la métropole, mais crédible politiquement. Le nom d’Ahmadou Ahidjo, jusque-là ministre de l’intérieur et originaire du Nord, gagne en influence. Son profil plaît à Paris : fidèle, discipliné, peu porté sur le discours idéologique, et issu d’un bastion perçu comme fidèle à la France (Joseph, 1977).

6. Une recomposition ethno-politique

Cette transition naissante s’accompagne d’un rééquilibrage politique régional. Jusqu’alors, les élites du Centre et du Sud – principalement beti, bulu et bassa – dominaient les institutions politiques. L’arrivée d’Ahidjo permet à la France de réintégrer le Nord dans l’équation du pouvoir. Ce choix n’est pas anodin : il permet de diviser les élites camerounaises entre elles, tout en diluant le potentiel révolutionnaire porté par les nationalistes du Sud.

Cette stratégie ethno-politique, fondée sur une partition silencieuse du pouvoir selon des logiques régionales et confessionnelles, prépare le terrain à une configuration autoritaire, où le pouvoir central s’imposera au nom de l’unité nationale, mais dans une logique de soumission à l’ordre postcolonial.

II. Les acteurs, les mécanismes et les responsabilités de la transition politique de 1958 : vers une destitution silencieuse d’André-Marie Mbida

L’éviction d’André-Marie Mbida de la tête du gouvernement camerounais en février 1958, au profit d’Ahmadou Ahidjo, ne fut ni une conséquence naturelle d’une alternance parlementaire, ni un simple repositionnement politique. Elle fut le produit d’un ensemble complexe de pressions, de stratégies coloniales, de conflits idéologiques et d’instrumentalisations ethno-régionales orchestrées dans un contexte de transition vers l’indépendance. Ce moment de basculement constitue un cas emblématique de coup d’État légal déguisé sous des apparences constitutionnelles.

1. André-Marie Mbida face à l’administration coloniale française

Premier Premier ministre du Cameroun autonome à partir de mai 1957, André-Marie Mbida fut très tôt en confrontation directe avec l’administration coloniale française, représentée d’abord par Roland Pré puis surtout par le Haut-commissaire Jean Ramadier. Ce dernier considérait Mbida comme un dirigeant inflexible, imprévisible et « dangereux pour les intérêts de la France » (Deltombe et al., 2011). Mbida prônait une indépendance immédiate, refusait toute soumission à l’Union française, et se méfiait de la Communauté française que préparait de Gaulle.

Dès les premiers mois de son mandat, Mbida entra en conflit avec Ramadier sur des questions sensibles : la répartition des pouvoirs entre Yaoundé et Paris, la nationalisation des services, la politique de sécurité intérieure, mais aussi le rôle de l’Église catholique dans la société camerounaise. Le chef de gouvernement exigea notamment que l’enseignement ne soit plus contrôlé exclusivement par les missions religieuses (Joseph, 1977).

2. La stratégie d’isolement politique et institutionnel

Ne pouvant destituer directement Mbida sans provoquer un scandale international (le Cameroun étant alors sous tutelle onusienne), la France engagea une stratégie d’isolement progressif. Ramadier mobilisa les forces parlementaires hostiles à Mbida, encouragea la création de groupes de pression au sein de l’Assemblée législative du Cameroun (ALCAM), et soutint l’élargissement des coalitions politiques autour de figures modérées, dont Ahmadou Ahidjo.

Selon Owona (2001), plusieurs députés furent discrètement encouragés à se désolidariser de Mbida, en échange de soutiens financiers ou de promesses de postes dans le futur gouvernement. À la fin de l’année 1957, Mbida ne disposait plus d’une majorité stable, et son autorité fut progressivement minée par des motions de défiance déposées dans l’hémicycle.

Ce fut à travers une procédure constitutionnelle – une motion de censure votée le 16 février 1958 – que Mbida fut officiellement renversé. Mais cette mécanique parlementaire, en apparence démocratique, fut en réalité encadrée, influencée et, dans certains cas, dictée par les relais de la puissance coloniale (Deltombe et al., 2011).

3. Le rôle structurant de la France : réseau Foccart et logique de stabilisation

Le rôle de la France dans la transition Mbida–Ahidjo ne saurait être sous-estimé. Outre les agissements du Haut-commissaire, les archives montrent l’implication du ministère français de la France d’Outre-Mer et du réseau naissant de Jacques Foccart, futur architecte de la Françafrique. Le but était clair : éviter qu’un nationaliste « intransigeant » comme Mbida ne radicalise le Cameroun, alors que la guerre d’Algérie battait son plein et que la situation au Togo, au Congo-Brazzaville et à Madagascar devenait instable (Suret-Canale, 1971).

Ahmadou Ahidjo, lui, offrait toutes les garanties d’un partenaire loyal. Formé à l’administration coloniale, membre du BDC, soutenu par des figures musulmanes traditionnelles du Nord, Ahidjo acceptait l’idée d’une indépendance progressive et maintenait de bons rapports avec les autorités françaises. C’est ce qui poussa Paris à faire pression sur l’Assemblée pour le désigner comme nouveau chef de gouvernement dès le 18 février 1958.

4. L’ethno-politisation de la transition

La chute de Mbida marqua également une recomposition des équilibres ethno-régionaux. Originaire de la région du Centre, catholique et méridional, Mbida était perçu comme le représentant des populations fang-béti. À l’inverse, Ahidjo, musulman originaire de Garoua, incarna une figure consensuelle pour les élites du Nord et les cercles islamiques conservateurs, longtemps tenus à l’écart du pouvoir colonial (Joseph, 1977).

Les archives révèlent que la France avait pour objectif de rééquilibrer les pouvoirs régionaux en favorisant le Nord, jugé plus loyal. Cette stratégie, souvent qualifiée de « pacte colonial nordiste », permit d’ancrer durablement une domination politique au profit des régions septentrionales du Cameroun – domination encore perceptible aujourd’hui (Mbembe, 2000).

5. Un coup d’État institutionnel dans un habillage juridique

Au regard de ces éléments, la transition Mbida–Ahidjo peut être interprétée comme un coup d’État institutionnel, c’est-à-dire un renversement opéré par des moyens légaux (vote, motion de censure), mais sous l’influence directe d’une puissance étrangère et en violation du principe de souveraineté populaire. En ce sens, la France n’a pas seulement organisé un changement de Premier ministre, elle a choisi son homme pour piloter l’indépendance selon ses propres termes.

Comme le souligne Achille Mbembe (2000), cette stratégie fut répétée dans plusieurs colonies françaises, et participa à l’émergence d’une indépendance « par délégation », où les dirigeants locaux devenaient les nouveaux gestionnaires des intérêts parisiens, sous couvert de légitimité électorale.

III. Conséquences politiques, ethniques et mémorielles de la transition Mbida–Ahidjo (1958)

L’éviction d’André-Marie Mbida en février 1958 et son remplacement par Ahmadou Ahidjo marquèrent plus qu’un simple changement de leadership. Cette transition, opérée dans un cadre légal mais sous influence coloniale manifeste, ouvrit la voie à une série de transformations structurelles qui affectèrent durablement l’architecture politique, les rapports ethniques et la mémoire collective du Cameroun. En mettant à l’écart un nationaliste affirmé au profit d’un dirigeant perçu comme loyal à la métropole, la France inaugura une ère d’« indépendance sous tutelle » (Bayart, 1985), dont les effets sont encore perceptibles.

1. La consolidation d’un régime autoritaire d’exception

L’accession d’Ahmadou Ahidjo au poste de Premier ministre, puis sa confirmation comme premier Président du Cameroun indépendant en 1960, déboucha rapidement sur la mise en place d’un État autoritaire, centralisé et répressif. Si Ahidjo entama son mandat en promettant une « indépendance dans l’ordre », il construisit en réalité un appareil d’État fortement militarisé, centralisé autour de sa personne, et marqué par une élimination méthodique de toute opposition réelle ou potentielle (Mbembe, 1996).

La période 1960–1975 est marquée par :

  • la mise en place d’un parti unique (UNC) en 1966 ;
  • la répression sanglante des maquis UPC dans le Mungo, la Sanaga-Maritime et la région Bassa-Beti (Deltombe et al., 2011) ;
  • l’instrumentalisation de la justice militaire pour juger les leaders nationalistes ;
  • l’instauration d’un système sécuritaire piloté par les services secrets camerounais, avec l’appui technique de la France (Suret-Canale, 1971).

Cette évolution, amorcée dès 1958, résulte directement du choix d’un leadership favorable à la France, au détriment d’un processus réellement démocratique et souverain. Le remplacement de Mbida par Ahidjo inaugure ainsi un régime d’exception légalisé, où la légitimité ne dérive plus du peuple, mais de l’aval de Paris et de la stabilité sécuritaire.

2. L’effacement programmé des nationalistes souverainistes

L’une des conséquences les plus graves de cette transition est l’effacement, puis la criminalisation, du courant souverainiste camerounais incarné par l’UPC, mais aussi par des figures comme Mbida. Après 1958, la majorité des cadres nationalistes – Félix-Roland Moumié, Ernest Ouandié, Osendé Afana – furent éliminés physiquement, emprisonnés ou poussés à l’exil.

Ahidjo, tout en affirmant poursuivre l’« œuvre d’indépendance », organisa une véritable chasse aux sorcières contre les anciens partisans de l’unité immédiate du Cameroun et de l’autodétermination sans condition. Ruben Um Nyobè, déjà assassiné en 1958, fut effacé des manuels scolaires. Les survivants furent accusés de « terrorisme », déportés, voire exécutés après des procès sommaires (Deltombe et al., 2011).

Mbida, lui, connut un exil politique intérieur. Relégué, marginalisé, et finalement banni du champ politique, il meurt en 1980 dans un relatif oubli officiel. Sa vision d’un Cameroun républicain, souverain et pluriel fut progressivement remplacée par une idéologie de l’unité autoritaire, fondée sur l’ordre, la discipline et la continuité de l’État.

3. La réorganisation du pouvoir autour de l’axe Nord-Est

L’arrivée d’Ahidjo au pouvoir marque un tournant dans l’équilibre ethno-régional du Cameroun. Pour la première fois, un leader musulman du Nord accède aux plus hautes fonctions. Cette recomposition n’est pas uniquement le fruit d’un choix individuel ou d’un vote parlementaire : elle obéit à une logique plus large de redistribution du pouvoir selon une grille géopolitique régionale.

Le régime Ahidjo favorisa une concentration du pouvoir au profit des élites nordistes, musulmanes, souvent issues de la hiérarchie traditionnelle (lamidats, chefferies), et fidèles à la doctrine du pouvoir centralisé. Cela se traduisit par une surreprésentation du Nord dans l’administration, l’armée, la diplomatie et les entreprises publiques (Bayart, 1979).

Par contraste, les régions du Centre, du Sud et de l’Ouest, pourtant historiquement motrices du mouvement national, furent politiquement marginalisées, leur élite cooptée ou écartée, et leur base sociale réprimée. Le souvenir de Mbida, comme celui de l’UPC, fut ainsi effacé au profit d’une version officielle de l’histoire centrée sur Ahidjo, présenté comme le « Père de l’Unité nationale ».

4. Une mémoire politique fragmentée

Le remplacement de Mbida, sans reconnaissance de son apport, ni débat sur sa vision politique, a contribué à une fragmentation de la mémoire nationale. Tandis que certaines élites nordistes glorifient l’« héritage d’Ahidjo » en insistant sur la stabilité et le développement économique, d’autres – notamment dans le Centre et la diaspora – réclament la réhabilitation de figures comme Mbida et Um Nyobè, perçues comme les vrais artisans de la souveraineté.

Cette mémoire divisée empêche l’émergence d’un récit national unifié. Le clivage Mbida–Ahidjo reste un point aveugle dans l’enseignement de l’histoire au Cameroun. Les manuels scolaires passent rapidement sur les événements de 1957–1958, préférant glorifier l’indépendance « obtenue pacifiquement » sous la direction d’Ahidjo (Fomin, 2004).

5. L’inauguration d’une indépendance sous contrôle

Enfin, la transition de 1958 initie ce que plusieurs chercheurs appellent une indépendance « négociée », voire « confisquée ». En choisissant ses interlocuteurs, en imposant ses calendriers, et en définissant les contours de la souveraineté, la France a maintenu un contrôle indirect sur le Cameroun postcolonial. Ahidjo en fut le garant, assurant la continuité des intérêts français en matière d’exploitation des ressources, de coopération militaire et de contrôle stratégique du golfe de Guinée (Coquery-Vidrovitch, 2001).

Ce système de dépendance, hérité de la transition Mbida–Ahidjo, fut ensuite prolongé par le régime de Paul Biya, qui reprit à son compte la logique de centralisation autoritaire et de loyauté à la France. La brèche ouverte en 1958 ne fut jamais refermée, et elle constitue encore aujourd’hui l’un des fondements de la crise de légitimité que traverse le Cameroun contemporain.

Conclusion (≈ 700 mots)

L’éviction d’André-Marie Mbida en février 1958, au profit d’Ahmadou Ahidjo, apparaît rétrospectivement comme l’un des moments les plus déterminants — et les plus controversés — de la trajectoire politico-institutionnelle du Cameroun contemporain. Présentée à l’époque comme une transition parlementaire dans le respect des formes légales, cette substitution à la tête du gouvernement camerounais s’inscrit en réalité dans une stratégie coloniale de préservation des intérêts français face à une dynamique nationale de plus en plus incontrôlable. En cela, elle relève moins d’un simple jeu d’alternance politique que d’un coup d’État institutionnel, orchestré par la puissance administrante, avec le concours d’acteurs locaux soigneusement choisis.

Au terme de notre analyse, plusieurs enseignements peuvent être tirés.

Premièrement, les causes immédiates de la chute de Mbida ne résident pas uniquement dans ses erreurs politiques ou son supposé isolement au sein de l’ALCAM. Elles relèvent fondamentalement d’une opposition de principes entre un dirigeant républicain soucieux d’une souveraineté nationale pleine et entière, et une administration coloniale française déterminée à maintenir sa mainmise par des voies détournées. Comme le montre abondamment la correspondance entre Jean Ramadier et le ministère de la France d’Outre-Mer, la rupture avec Mbida fut déclenchée lorsque ce dernier refusa explicitement tout projet de maintien du Cameroun dans une communauté franco-africaine (Deltombe et al., 2011). Son intransigeance face aux compromis coloniaux, son désir d’imposer une réforme du système éducatif et de limiter l’influence de l’Église missionnaire ont précipité sa mise à l’écart.

Deuxièmement, la mise en place d’un processus légal — motion de censure parlementaire — n’enlève rien au caractère contraint de cette transition. Comme l’ont montré les travaux de Mbembe (2000) et Joseph (1977), les institutions mises en place sous la tutelle onusienne étaient en réalité pilotées depuis Paris. La France, en choisissant de promouvoir Ahmadou Ahidjo, dont la loyauté et la docilité avaient été éprouvées dans l’administration coloniale, a inauguré une stratégie de transfert du pouvoir « sous surveillance », typique de ce que l’on appellera plus tard la Françafrique.

Troisièmement, les conséquences de cette transition ont été durables et structurelles. La marginalisation des souverainistes, la répression des mouvements nationalistes, la construction d’un État hyper-centralisé et l’institutionnalisation d’un pouvoir ethniquement polarisé sont autant de phénomènes directement hérités de la logique de 1958. Le passage d’un pouvoir sudiste, catholique, et relativement pluraliste, à un pouvoir nordiste, musulman, centralisé et militarisé, a profondément modifié l’équilibre du champ politique camerounais. Le mythe de l’« unité nationale » imposée par le haut, souvent associé à Ahidjo, masque mal l’exclusion des élites du Centre et du Sud, ainsi que l’effacement programmé des figures historiques de la résistance à la colonisation.

Quatrièmement, sur le plan mémoriel, l’éviction de Mbida reste un non-dit de l’histoire officielle. Alors que son rôle comme premier chef de gouvernement autonome fut fondamental, il est peu mentionné dans les manuels scolaires, dans les commémorations nationales ou dans les discours présidentiels. Cette occultation participe d’un récit historique univoque où Ahidjo apparaît comme l’unique artisan de l’indépendance camerounaise, au prix d’une falsification de l’histoire qui continue d’alimenter les divisions mémorielles et les frustrations régionales.

Enfin, cette étude met en lumière l’impérieuse nécessité de rouvrir les dossiers de la décolonisation dans une perspective critique et désaliénée. Le cas Mbida-Ahidjo est exemplaire d’une transition falsifiée, où la souveraineté du peuple a été niée au profit d’un agenda extérieur. Il constitue aussi un cas d’école sur les manipulations politico-institutionnelles permises par des contextes de domination coloniale habillée de légalité.

À l’heure où le Cameroun continue de chercher les voies d’une refondation démocratique, inclusive et souveraine, il devient urgent de revisiter ces moments d’inflexion de notre histoire. Ce n’est qu’en reconnaissant la pluralité des trajectoires, des combats et des projets portés par des figures comme André-Marie Mbida que la nation camerounaise pourra réconcilier ses mémoires et fonder un projet commun émancipateur.

Bibliographie

  • Bayart, J.-F. (1979). L’État au Cameroun. Paris : Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques.
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  • Coquery-Vidrovitch, C. (2001). Afrique noire : Permanences et ruptures. Paris : Éditions Payot.
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22 Millions dépensés, 2 ans de Diplomatie de développement anéantis : Comment le Salon Chine–Afrique Francophone (SICCAF 2023) a Disparu dans les Couloirs de la Présidence de la République du Cameroun Sans Aucune Explication…

PR JIMMY YAB ET S.E. WANG YI, Ministre des Affaires Étrangères chinois
Pr Jimmy Yab exposant le SICCAF 2023 devant le Vice-Gouverneur et la chambre de Commerce de la Province à l’hôtel Shandong

Étude de cas sur l’échec d’un projet stratégique porté par Pr. JIMMY YAB, Président de l’Observatoire Chine Afrique Francophone (OCAF) et plaidoyer pour un Cameroun fondé sur l’État Développementaliste Communautaire et une diplomatie de développement souveraine

S.E. MBELLA MBELLA LEJEUNE et son Homologue S.E. WANG YI

Résumé

Cet article scientifique analyse l’échec du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone, un projet structurant porté par l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF), à la suite d’une conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone. Malgré deux années de travail diplomatique, plus de quarante réunions interministérielles, un soutien officiel du Premier ministre et de l’ambassade de Chine au Cameroun, et un investissement de 22 millions FCFA entièrement autofinancé, le projet a été brutalement bloqué — sans justification — par le Secrétariat Général de la Présidence. À travers cette étude de cas, l’article met en lumière les limites du modèle centralisé camerounais, démontrant son incapacité à soutenir la diplomatie de développement communautaire. Il propose une alternative institutionnelle : l’État Développementaliste Communautaire, défendu par le MLDC, comme cadre propice à la souveraineté territoriale, à la promotion de la jeunesse stratégique, et à l’autonomie diplomatique des régions.

Mots-clés : Cameroun – Chine – diplomatie de développement – gouvernance – État centralisé – MLDC – OCAF – fédéralisme communautaire – Ceinture et Route – coopération Sud–Sud.


Abstract

This paper analyzes the failure of the China–Francophone Africa Industrial and Trade Fair, a high-level initiative led by the Francophone China–Africa Observatory (OCAF), following an international conference on the Belt and Road Initiative in Francophone Africa. Despite two years of intensive preparation, over forty interministerial meetings, official endorsements from the Prime Minister of Cameroon and the Chinese Embassy, and a self-financed budget of 22 million FCFA, the project was suddenly blocked—without explanation—by the General Secretariat of the Presidency. Through this case study, the paper illustrates how Cameroon’s centralized state model structurally undermines community-based development diplomacy. It calls for a new institutional framework: the Community-Based Developmental State, advocated by the MLDC, as the appropriate model to empower regional sovereignty, strategic youth leadership, and decentralized diplomatic engagement.

Keywords: Cameroon – China – development diplomacy – centralized state – MLDC – OCAF – community-based federalism – Belt and Road – South–South cooperation.

PR JIMMY YAB & S.E. WU PENG, DIRECTEUR DES AFFAIRES AFRICAINES, Ministère des Affaires Étrangères de Chine

1. Introduction : Un toast à Pékin, un silence à Yaoundé

La photo ci-jointe illustre une rencontre d’une haute portée symbolique et diplomatique : celle du président de l’OCAF, Pr. Jimmy Yab, avec S.E. Wang Yi, ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, membre du Bureau Politique du Parti Communiste Chinois, et l’un des diplomates les plus puissants de la planète. Cette rencontre, organisée dans le cadre du suivi de la conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone tenue à Yaoundé en partenariat avec l’ambassade de Chine, devait ouvrir la voie à la concrétisation du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone. Ce Salon représentait la suite logique et politique des recommandations issues de cette conférence, fruit d’un alignement rare entre société civile stratégique et diplomatie bilatérale Sud–Sud.

Mais un an plus tard, après deux années de travail diplomatique, organisationnel et stratégique, et un investissement financier personnel de 22 millions de francs CFA, le projet fut enterré dans le silence opaque du Secrétariat Général de la Présidence de la République du Cameroun. Aucune lettre officielle d’annulation. Aucune contre-proposition. Aucun mécanisme institutionnel pour expliquer ou justifier le sabotage d’un projet diplomatiquement validé, économiquement structuré, et stratégiquement indispensable.

Loin d’un simple projet évènementiel, le Salon Chine–Afrique Francophone constituait une innovation diplomatique majeure : il s’agissait de transformer la rhétorique sino-africaine en infrastructure réelle de coopération industrielle, commerciale et technologique, en impliquant directement les États francophones africains, les régions camerounaises, et le tissu économique chinois. Il représentait une forme concrète de « diplomatie de développement », articulée autour d’un projet communautaire souverain et d’un positionnement géopolitique clair du Cameroun dans les nouvelles routes de la mondialisation.

C’est cet espoir que le silence du pouvoir a tué.

Pr Jimmy Yab & le President de l’Association des Entreprises Chinoises au Cameroun (AECC), Mr Xu Huajiang, par ailleurs, Directeur Général de la Division Afrique centrale de China Harbour Engineering Company(CHEC)

2. Une diplomatie communautaire sabotée : les faits, les chiffres, les acteurs

Le projet du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone n’est pas né dans le vide. Il émerge d’un processus rigoureux de diplomatie non étatique, porté par une organisation indépendante mais stratégiquement connectée : l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) dont le Pr. JIMMY YAB est le Président. Dans un pays comme le Cameroun, où l’État central a tendance à se méfier de toute initiative venue de la société civile, l’OCAF constitue pourtant une exception méthodique. Il ne s’agit pas d’un groupe de pression, encore moins d’un lobby partisan, mais d’un think-and-do tank, engagé dans une vision long-termiste : inscrire l’Afrique francophone dans la dynamique mondiale multipolaire en construction autour de la Chine, de l’ASEAN, des BRICS et de la diplomatie Sud–Sud.

2.1. Un héritage stratégique clair : de la Ceinture et la Route au Salon

En Mai 2022, l’OCAF, en partenariat avec l’ambassade de Chine au Cameroun, organisait à Yaoundé la première conférence internationale sur l’Initiative La Ceinture et la Route en Afrique francophone. Cet événement académique et diplomatique réunissait des universitaires, diplomates, entreprises chinoises, acteurs économiques africains et représentants d’institutions. L’objectif ? Dépasser le discours idéologique et construire des mécanismes pratiques d’intégration Sino–Afrique francophone. La conférence se concluait sur un appel structuré à trois niveaux :

  1. Créer une plateforme permanente de dialogue économique sino-francophone.
  2. Décentraliser les outils de la diplomatie de développement vers les territoires.
  3. Lancer, dans un délai de douze mois, un Salon industriel et commercial de dimension internationale.

La réponse de l’ambassade de Chine fut immédiate et enthousiaste. Des échanges furent initiés avec le ministère chinois du Commerce, le ministère des Affaires étrangères et le Conseil pour la promotion du commerce international (CCPIT). L’élan était diplomatique, intellectuel, bilatéral et opérationnel.

PR JIMMY YAB & MR ZHANG XIUGUI, General manager of Huawei CEMAC region;

2.2. Une année d’activisme diplomatique : missions, rencontres, négociations

Entre Mai 2022 et Avril 2023, le président de l’OCAF entreprend cinq missions diplomatiques de haut niveau en Chine, conduisant des échanges stratégiques avec les figures suivantes :

  • S.E. Wang Yi, ministre des Affaires étrangères, membre du Bureau Politique du Parti Communiste Chinois.
  • Le directeur général des Affaires africaines au MAE chinois.
  • Le président de l’Association des étrangers , lors d’une réception économique à Shenzhen.
  • Les présidents de chambres de commerce des provinces du Guangdong, du Sichuan et du Jiangsu, régions industrielles majeures.
  • Des représentants de grandes firmes chinoises déjà implantées en Afrique centrale, telles que Huawei, Sinohydro, Sinosteel, CNPC, ou encore les sociétés minières opérant au Gabon et en Guinée équatoriale.

Chaque mission est préparée selon un protocole diplomatique strict, avec production de dossiers en chinois, présentation PowerPoint traduite, cartes de projets sectoriels, et documentation comparative sur les politiques industrielles francophones. Le coût cumulé des voyages, hébergements, protocoles et coordination : 5 200 000 FCFA.


2.3. Mobilisation nationale sans précédent plus de 15 réunions interministérielles

Parallèlement, à Yaoundé, l’OCAF initie avec le département Asie du ministère camerounais des Relations extérieures (MINREX) un cycle de réunions hebdomadaires, regroupant entre 15 et 20 ministères chaque semaine pendant près de dix mois. Parmi les ministères les plus actifs :

  • Ministère du Commerce (coordination des filières).
  • Ministère des Finances (modélisation douanière).
  • Ministère de l’Économie (appui à l’intégration régionale).
  • Ministère des PME et de l’Industrie (mobilisation des exposants).
  • Ministère des Transports et des Travaux Publics (infrastructure logistique).
  • Ministère de la Recherche scientifique et de l’Enseignement supérieur (valorisation des savoirs locaux).
  • Ministère de la Décentralisation et du Développement Local (participation des régions).
  • Et naturellement, le représentant du Premier ministère, qui accorde son aval formel au projet en Décembre 2022.

Ces réunions sont minutées, documentées, synthétisées par l’équipe de coordination de l’OCAF, composée de six permanents, douze bénévoles réguliers et trois consultants sectoriels. Chaque session nécessite :

  • Impression de supports,
  • Coordination de courriers officiels,
  • Accueil logistique,
  • Rédaction de rapports,
  • Interprétation en chinois.

Coût estimé de la logistique hebdomadaire cumulée : 3 800 000 FCFA.


2.4. Infrastructure, personnel et communication

Au-delà de la diplomatie et de la logistique institutionnelle, l’OCAF a dû se doter d’un espace de travail dédié, dans un quartier central de Yaoundé, capable d’accueillir des délégations, des réunions techniques, des journalistes, des visiteurs chinois. Le loyer, l’aménagement des bureaux, l’abonnement internet, le matériel de bureau, les rafraîchissements et la sécurité ont représenté environ 3 500 000 FCFA sur dix mois.

À cela s’ajoute la rémunération du personnel permanent de l’OCAF, composée d’un directeur de coordination, d’un assistant logistique, d’un chef de protocole, d’un interprète chinois-français, et d’un responsable communication : 3 000 000 FCFA pour un an, à travers des indemnités mensuelles modestes mais stables.

Enfin, la communication stratégique — charte graphique, affiches, site web, dossiers de presse, dépliants bilingues — a mobilisé environ 1 200 000 FCFA, sans compter les publications régulières dans la presse diplomatique spécialisée.


2.5. Un projet communautaire, sans un franc de financement public

Au total, le projet représente un coût de 22 millions FCFA, entièrement auto-financé par l’OCAF, sans appui budgétaire d’aucun ministère. Cette réalité renforce le caractère exemplaire du cas : il s’agit d’un projet d’intérêt national, stratégique, sans fardeau fiscal pour l’État, soutenu par un partenaire diplomatique majeur (la Chine), et pourtant bloqué sans explication.


Conclusion 2 : Une diplomatie bâtie pierre après pierre, étouffée d’un revers de main

Ce que l’OCAF a construit relève de la diplomatie de développement. Non pas un sommet protocolaire sans suite, mais une initiative stratégique articulée sur des enjeux commerciaux concrets, des liens humains établis, des partenaires alignés. Et pourtant, ce projet a été tué non par l’échec, mais par l’absence d’écoute et de cadre institutionnel pour l’initiative communautaire.

Ce blocage n’est pas une simple mauvaise gestion : c’est la démonstration que l’État centralisé camerounais est devenu incapable d’accompagner la création nationale venue d’en bas, même lorsqu’elle est rigoureusement construite, soutenue diplomatiquement et socialement légitime.

3. Conséquences stratégiques et morales : jeunes humiliés, partenaires chinois désillusionnés, pays discrédité

Le coût de l’échec du Salon Chine–Afrique Francophone ne peut se mesurer uniquement en termes financiers. Si les 22 millions de FCFA perdus représentent déjà un investissement lourd pour une organisation comme l’OCAF, le véritable désastre est moral, diplomatique et stratégique. En bloquant un projet aussi mature, aussi diplomatiquement légitimé, l’État camerounais — ou plus précisément, le Secrétariat Général de la Présidence de la République — a commis un triple sabotage : il a brisé la confiance de la jeunesse engagée, il a trahi la parole donnée à un partenaire majeur, et il a discrédité l’image du Cameroun comme interlocuteur sérieux sur la scène économique internationale.


3.1. La trahison silencieuse de la jeunesse compétente

L’OCAF, comme laboratoire d’idées et de stratégies Sud–Sud, repose sur un socle humain fondamental : des jeunes Camerounais instruits, compétents, multilingues, engagés, et prêts à servir leur pays à travers la diplomatie économique. Le projet du Salon a mobilisé plus de 20 jeunes permanents et bénévoles, travaillant dans des conditions souvent précaires, sans promesse de salaire, mais avec une vision et un sens du devoir collectif.

Pour eux, participer à un événement diplomatique d’envergure internationale, rencontrer des ambassadeurs, rédiger des notes en français et en chinois, coordonner des réunions interministérielles hebdomadaires, gérer des communications bilingues ou organiser des visites d’entreprises, représentait une école du patriotisme actif.

« Ce projet, c’était une manière de dire que nous ne sommes pas seulement la jeunesse du futur, mais celle du présent, capable de faire, de négocier, d’organiser. »
E. …diplômée en Relations internationales, bénévole OCAF

Lorsque le projet fut bloqué — sans préavis, sans lettre, sans remerciement —, ce fut un traumatisme collectif. Le silence de l’État fut vécu comme une gifle institutionnelle. Loin d’encourager, l’État a sanctionné l’initiative, la compétence et le sacrifice, laissant chez ces jeunes une amertume durable.


3.2. Des partenaires chinois désillusionnés : « Le Cameroun n’est pas fiable »

La relation entre la Chine et l’Afrique est l’un des axes majeurs de la géopolitique contemporaine. Depuis 2000, à travers le Forum sur la Coopération Chine–Afrique (FOCAC), Pékin a investi des centaines de milliards de dollars dans les infrastructures, les mines, les télécommunications et l’éducation en Afrique. Mais derrière les chiffres, la Chine attend des signaux de sérieux, de stabilité et d’anticipation politique de ses partenaires.

  • Des halls d’exposition avaient été identifiés.
  • Des plans de coopération technologique avaient été proposés.
  • Des entreprises avaient amorcé leur mobilisation.

Lorsque la présidence camerounaise laissa le projet sombrer sans justification, plusieurs partenaires chinois exprimèrent leur incompréhension, puis leur méfiance :

« Nous avions des garanties officielles. Comment un État peut-il se dédire sans aucune communication ? Cela rend difficile toute planification future. »
Responsable de projet Chine Afrique Centrale, Ministère du Commerce chinois, entretien à Shenzhen

Ce genre de retournement brutal fragilise durablement la crédibilité du Cameroun dans les cercles de coopération internationale. Il sape les fondations patiemment construites par les diplomates de terrain, les chercheurs, les communautés d’affaires, et réduit la diplomatie à une fiction fragile, dépendante des caprices d’un pouvoir fermé, non redevable.


3.3. Le Cameroun, un État discrédité dans la diplomatie économique

À l’heure où les pays africains redéfinissent leur position dans l’ordre mondial post-occidental — en rejoignant les BRICS, en investissant dans des corridors logistiques, en négociant des monnaies alternatives —, le Cameroun reste prisonnier d’une structure politique archaïque, où un projet d’État peut être détruit sans débat, sans justification, sans préavis.

Le cas du Salon Chine–Afrique Francophone est emblématique. Il montre que :

  • Le ministère des Relations extérieures peut s’engager activement, sans garantie de suivi par les cercles exécutifs ultimes ;
  • Le Premier ministre peut donner un accord formel, sans que cela ne pèse face à l’inertie du Secrétariat Général de la Présidence ;
  • Les ministres peuvent travailler pendant un an, mobiliser leur personnel, signer des documents — pour rien.

C’est une forme institutionnelle de dé-crédibilisation interne et externe. Elle produit de la défiance dans l’administration, du désengagement chez les jeunes, et une réputation de pays peu fiable, voire imprévisible, sur la scène régionale.

La Chine, qui valorise la continuité, la hiérarchie claire et l’efficacité, ne comprend pas ce type de dissonance étatique. Pour elle, un partenaire qui se contredit est un partenaire à risque.


Conclusion 3 : une diplomatie sabotée de l’intérieur

Le sabotage du Salon Chine–Afrique Francophone n’est pas seulement une perte d’argent ou une occasion ratée. C’est un acte politique, un choix du système de gouvernance actuel de ne pas soutenir l’excellence communautaire, de refuser les dynamiques souveraines émergentes, de couper l’élan de la jeunesse compétente, et de rompre la parole d’un État devant un partenaire stratégique.

Dans un pays normalement gouverné, une telle tragédie institutionnelle entraînerait un audit, un débat parlementaire, une réforme. Au Cameroun, elle passe dans l’ombre, sans que personne ne soit tenu responsable.

Voilà pourquoi nous devons repenser radicalement l’architecture de l’État.

4. Pourquoi l’État centralisé camerounais est incompatible avec la diplomatie de développement

L’échec du Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone, préparé pendant deux ans, diplomatiquement soutenu, financièrement assumé, puis brutalement neutralisé sans explication par le Secrétariat Général de la Présidence, ne relève pas de l’anecdotique. Il révèle un problème plus profond : le modèle même d’organisation de l’État camerounais, fondé sur la verticalité, l’opacité, l’hyper-concentration décisionnelle, est structurellement incompatible avec la diplomatie de développement. Cette diplomatie — agile, coopérative, horizontale, orientée vers les résultats — ne peut prospérer dans un État verrouillé, centralisé, bureaucratique et hostile à l’initiative.


4.1. L’État jacobin : un héritage colonial rigide et dysfonctionnel

Le Cameroun post-indépendance a conservé l’architecture centralisatrice du modèle français de la Cinquième République, combinée à un exécutif présidentialiste fort et un appareil administratif rigide. Dans ce schéma, toute décision stratégique passe par le sommet de l’État, et toute initiative venant de la base — même lorsqu’elle est techniquement meilleure — est perçue comme une atteinte à l’ordre hiérarchique.

Les travaux de Jean-François Bayart (1979) sur l’ »État patrimonial » en Afrique francophone ont montré que ce type d’administration ne fonctionne pas sur la base de la performance, mais sur la protection du pouvoir central et la gestion des clientèles politiques. Le projet du Salon Chine–Afrique, porté par l’OCAF, n’entrait dans aucune des cases de ce système. Il était autonome, non partisan, compétent, multilatéral. Par conséquent, il fut ignoré, puis bloqué.

Ce que l’État ne contrôle pas politiquement, il préfère le faire échouer.


4.2. L’inexistence de la redevabilité institutionnelle

Dans un État développementaliste mature, un projet d’intérêt national bloqué sans raison déclencherait une enquête administrative, un rapport parlementaire, voire une intervention du Conseil d’État. Au Cameroun, aucun mécanisme ne permet de comprendre pourquoi un projet est stoppé, ni qui en porte la responsabilité.

Le Secrétariat Général de la Présidence, institution à la fois politique et administrative, n’est soumis à aucun contrôle citoyen, ni même parlementaire. Il peut invalider sans explication une initiative préparée par 15 ministères et soutenue par le chef du gouvernement.

Cette culture du silence administratif, analysée par Peter Ekeh (1975) comme caractéristique des « États postcoloniaux dualistes », mine la confiance des acteurs nationaux et étrangers. Elle freine l’innovation, détruit la motivation des jeunes cadres, et génère une culture de la peur, où il vaut mieux ne rien proposer que d’échouer faute de bénédiction invisible.


4.3. L’absence d’ancrage territorial de la diplomatie

Le Cameroun pratique une diplomatie centralisée, pilotée uniquement par le MINREX et la Présidence. Pourtant, dans les grands pays émergents — Inde, Brésil, Chine elle-même — la diplomatie économique se décline au niveau des provinces, des États fédérés, des régions. Le Guangdong, par exemple, a sa propre représentation à l’étranger ; la Bavière (Allemagne) signe des accords économiques directs avec des pays tiers.

Dans un État Développementaliste Communautaire, la diplomatie serait décentralisée, territorialisée, adaptée aux forces régionales. Le Littoral porterait la coopération portuaire, le Grand Nord la coopération agropastorale, le Grand Sud les échanges forestiers, etc.

Dans le cas du Salon Chine–Afrique, si une Vice-présidence du Littoral avait été mandatée par le Cameroun, le projet aurait été validé, appuyé, protégé et promu par une instance exécutive territoriale, ancrée dans la réalité économique locale. Il n’aurait pas été suspendu au bon vouloir d’un conseiller à la Présidence.


4.4. L’hostilité de l’État central à l’intelligence collective autonome

Le projet de l’OCAF dérangeait parce qu’il incarnait une intelligence collective autonome, capable de :

  • Concevoir une stratégie,
  • Mobiliser des partenaires,
  • Travailler avec des diplomates,
  • Évaluer des coûts,
  • Rendre compte.

Dans un État développementalement immature, l’initiative autonome est vécue comme une insubordination. Ce n’est pas l’utilité du projet qui est évaluée, mais son origine politique. D’où la méfiance, le ralentissement, puis le blocage.

Ce n’est pas le projet qui fut jugé ; c’est son indépendance qui fut condamnée.


4.5. Le déficit de souveraineté stratégique

Le comble du paradoxe, c’est que le Cameroun clame sa souveraineté face aux puissances étrangères, mais sabotage les rares initiatives nationales souveraines visant à s’insérer dans le monde multipolaire. Le Salon Chine–Afrique Francophone était un instrument d’émancipation économique, de projection géopolitique et de crédibilité industrielle. Il a été tué non pas par Pékin, mais par Yaoundé.

C’est la démonstration parfaite de ce que l’économiste Dani Rodrik (2011) appelle « l’autodestruction institutionnelle des États dépendants » : des États qui, au lieu de favoriser l’autonomie stratégique, la bloquent par réflexe de contrôle.


Conclusion 4 : L’État centralisé est devenu le premier obstacle au développement

L’affaire du Salon Chine–Afrique révèle une vérité brutale : le système administratif et institutionnel camerounais, dans sa configuration actuelle, empêche l’État d’émerger comme acteur de développement. Il transforme les institutions en instruments d’obstruction, les fonctionnaires en gardiens de couloirs, et les projets en sacrifices.

La question n’est donc pas « Pourquoi le Salon a-t-il échoué ? », mais « Combien d’autres projets échouent chaque année dans le silence, sous les tapis rouges, dans les couloirs de la Présidence ? »

5. Vers un État Développementaliste Communautaire : construire une architecture qui libère l’initiative stratégique et la diplomatie de développement communautaire

Si le Salon industriel et commercial Chine–Afrique Francophone a été brutalement enterré dans les couloirs de la Présidence, ce n’est pas à cause d’un vice technique ni d’un défaut de préparation. Il a échoué parce que le modèle de gouvernance actuel du Cameroun est inapte à accueillir l’intelligence stratégique autonome. Il a échoué parce que notre État ne protège pas les innovations communautaires, il n’honore pas l’engagement des jeunes, et n’intègre pas la diplomatie de développement comme instrument d’émergence.

Il est donc temps, non pas de corriger à la marge, mais de reconstruire la maison Cameroun, sur de nouvelles bases : celles d’un État Développementaliste Communautaire (EDC), proposé par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC).


5.1. Un État Développementaliste Communautaire : définition et fondements

Un État Développementaliste Communautaire est un État :

  • Où la souveraineté n’est pas concentrée au sommet, mais partagée entre l’État central, les grandes régions fédérées et les communautés organisées.
  • Où les institutions sont conçues non pour contrôler, mais pour encourager l’initiative stratégique, économique et diplomatique.
  • la planification industrielle et commerciale est territorialisée, structurée autour des réalités locales (ressources, diaspora, main-d’œuvre).
  • Où la jeunesse et la société civile stratégique sont reconnues comme co-acteurs de l’État.

Ce modèle s’inspire des réussites coréennes, indonésiennes, brésiliennes, mais aussi de certains États africains émergents (Rwanda, Maroc) qui, à défaut de centralisme aveugle, ont su associer régions, collectivités, diaspora et communauté d’affaires à la construction de leur puissance.


5.2. Une nouvelle architecture exécutive pour promouvoir les initiatives régionales

Le projet du Salon aurait prospéré dans un État Développementaliste Communautaire grâce à une série d’innovations institutionnelles :

  • Une Vice-présidence fédérale du Grand Littoral, chargée de la diplomatie commerciale et de l’intégration portuaire ;
  • Des ministères régionaux de l’économie et de la coopération internationale, dotés de fonds de souveraineté territoriale pour négocier des projets bilatéraux ;
  • Un fonds spécial pour la diplomatie communautaire et les initiatives stratégiques locales, alimenté par la fiscalité régionale et la coopération décentralisée.

Dans ce système, l’OCAF n’aurait pas eu à quémander un feu vert opaque. Il aurait négocié directement avec la Vice-présidence régionale, inscrit le Salon dans le programme de développement local, et engagé les collectivités, les chambres de commerce, les universités, les médias, les entrepreneurs.


5.3. Promouvoir une diplomatie de développement communautaire

La diplomatie de développement communautaire est une proposition clef du MLDC. Elle repose sur le principe suivant : ce ne sont pas seulement les ambassadeurs ou les ministres qui font la diplomatie, mais aussi les régions, les collectivités, les réseaux professionnels et les organisations stratégiques comme l’OCAF.

Cette diplomatie :

  • Identifie les besoins spécifiques d’un territoire : formation, industrie, commerce, santé, culture.
  • Construits des partenariats ciblés, en Chine, au Maroc, en Inde, au Brésil, dans les diasporas.
  • Implique les acteurs locaux dans l’exécution des projets (villes, universités, syndicats, chambres professionnelles).
  • Et surtout, elle repose sur une logique de rendement direct pour les populations : plus de projets, plus d’emplois, plus de mobilité.

Le cas du Salon aurait pu être l’un des plus beaux exemples de cette diplomatie de développement communautaire. Il le sera demain, dans un État qui le permet.


5.4. Le MLDC : une vision, un projet, un changement de paradigme

Le MLDC n’est pas un parti d’opposition comme les autres. Il est un parti d’alternance structurelle. Il ne veut pas seulement remplacer des hommes, mais changer la forme de l’État lui-même. À travers le projet de l’État Développementaliste Communautaire, il propose :

  • La réorganisation du pays en quatre grandes régions fédérées, chacune dotée d’un exécutif régional souverain.
  • La création de Vice-présidences régionales, coresponsables des politiques nationales.
  • La mise en place d’un mécanisme de diplomatie économique régionale, pour éviter que jamais un projet comme le Salon Chine–Afrique ne soit étouffé à nouveau.

5.5. L’avenir : sanctuariser les initiatives comme celles de l’OCAF

L’histoire du Salon Chine–Afrique ne doit pas être perdue. Elle doit devenir un cas d’école, une leçon nationale, un symbole de réforme. Elle montre que le Cameroun regorge de capacités, d’idées, de réseaux et de jeunesse compétente.

Mais sans un changement radical de l’architecture de l’État, ces capacités seront gaspillées, ces idées asphyxiées, ces jeunesses découragées. Voilà pourquoi la construction d’un État Développementaliste Communautaire n’est pas une option idéologique, c’est une urgence historique.


Conclusion 5: La diplomatie de développement n’a pas besoin de permission, elle a besoin d’un État partenaire

La diplomatie de développement n’est pas un luxe. C’est un instrument stratégique pour l’émergence. Elle ne peut être exécutée par un État qui étouffe l’initiative, méprise ses jeunes, et ignore ses partenaires.

L’État Développementaliste Communautaire est le seul cadre possible pour que des projets comme le Salon Chine–Afrique Francophone réussissent demain, non par miracle, mais par structure.

Conclusion générale : L’échec du Salon Chine–Afrique Francophone, ou comment le Cameroun centralisé sacrifie son avenir

Ce n’est pas simplement un Salon qui a été tué. C’est un moment historique. Une convergence diplomatique rare. Une alliance de volontés Sud–Sud. Une démonstration de capacité nationale. Deux ans de travail, 22 millions de francs CFA autofinancés, cinq missions diplomatiques en Chine, quarante réunions interministérielles, des jeunes engagés, des partenaires chinois convaincus — anéantis en silence dans un couloir du Secrétariat Général de la Présidence.

Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est la conséquence logique d’un État centralisé, bloqué, opaque et non redevable. Un État qui préfère l’immobilisme à la coopération. Un État où même un projet validé par le Premier ministre, soutenu par l’ambassade de Chine, et préparé par quinze ministères, peut être effacé sans mot dire. Cet État-là n’est pas capable de porter la diplomatie de développement, parce qu’il refuse la délégation, méprise l’initiative, et sabote le progrès qui ne vient pas de ses cénacles.

Mais cet échec porte en lui-même les germes de la transformation. Car en exposant ses failles, le Cameroun d’aujourd’hui justifie le Cameroun de demain. Il devient l’argument vivant d’une reconstruction politique et institutionnelle profonde : la construction d’un État Développementaliste Communautaire.

Ce modèle, proposé par le MLDC, repose sur des fondements simples mais puissants :

  • La souveraineté partagée entre les grandes régions fédérées et l’État central.
  • Une Vice-présidence collégiale garantissant une gouvernance inclusive et territorialisée.
  • Une diplomatie économique décentralisée, portée par les régions selon leurs priorités.
  • Une jeunesse responsabilisée, non instrumentalisée.
  • Une société civile stratégique protégée, et non punie pour sa compétence.

Dans ce nouveau cadre, un projet comme celui du Salon Chine–Afrique Francophone ne serait pas une exception étrangère au système, mais l’une des expressions normales d’un État souverain en dialogue stratégique avec le monde.

Car la vérité est simple : nous avons tout ce qu’il faut pour réussir — idées, partenaires, compétences, énergie, jeunesse. Il nous manque l’architecture politique qui protège ces forces au lieu de les neutraliser.

Le Salon a été tué, mais il a ouvert les yeux d’une génération. Il a révélé que le développement n’échoue pas par manque de moyens, mais par excès de centralisme.

L’État Développementaliste Communautaire est l’horizon de cette génération. Il est la seule voie pour que les idées deviennent projets, et que les projets deviennent nation.

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Du Bureau du Premier Ministre au Silence de la Présidence : Pourquoi le MLDC Propose 4 Vice-Présidents Collégiaux Régionaux pour Refonder le Cameroun

Pour 4 Vice-Presidents Collégiaux dans le cadre de la construction d’un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions

Pr. Jimmy Yab & S.E. Joseph Dion Ngute, Premier Ministre du Cameroun

Pr. Jimmy Yab
Président du MLDC
Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF
)

Résumé

Dans cet article, je propose une réflexion critique sur l’architecture exécutive de l’État camerounais dans le contexte d’une transition vers un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions . À partir d’une expérience personnelle — la rencontre avec le Premier ministre Joseph Dion Ngute en décembre 2022 — et de l’échec institutionnel du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF), je met en lumière les limites structurelles du Premier ministère, symbole d’un centralisme postcolonial inefficace. Je plaide pour l’instauration d’une Vice-présidence collégiale régionale, ancrée dans les quatre grandes régions fédérées du Cameroun, comme solution à la crise de gouvernance. En mobilisant des exemples comparatifs (Nigeria, Bosnie-Herzégovine, Bolivie), je démontre que la co-représentation exécutive territoriale constitue une voie légitime, stabilisatrice et adaptée à la pluralité camerounaise. Il s’inscrit dans une approche de souveraineté partagée et de justice territoriale, au cœur du projet politique du MLDC.

Mots-clés : Fédéralisme communautaire, Cameroun, Vice-présidence, Gouvernance territoriale, Développement régional, MLDC, Institutions.

Abstract

This article provides a critical reflection on the executive architecture of the Cameroonian state within the context of a transition toward a community-based, developmental federalism. Grounded in a personal experience — a meeting with Prime Minister Joseph Dion Ngute in December 2022 — and the institutional failure of the Sino–Francophone Africa Trade Fair project, the author highlights the structural limitations of the Prime Minister’s office, emblematic of an ineffective postcolonial centralism. The article advocates for the establishment of a regional collegial Vice Presidency, rooted in Cameroon’s four proposed federated regions, as a response to the governance crisis. Through comparative case studies (Nigeria, Bosnia-Herzegovina, and Bolivia), it demonstrates that territorially balanced executive representation offers a legitimate, stabilising, and context-sensitive institutional model. The analysis is embedded in a framework of shared sovereignty and territorial justice, as promoted by the MLDC’s political agenda.

Keywords: Community-based federalism, Cameroon, Vice Presidency, Territorial governance, Regional development, MLDC, Institutions.

Introduction : une rencontre décisive, un projet bloqué, un diagnostic institutionnel

C’est dans les couloirs feutrés de l’Immeuble Étoile, un matin de décembre 2022, que j’ai rencontré le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute. En tant que Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF), je lui remettais les actes du Colloque international sur l’Afrique francophone de l’Initiative la Ceinture et la Route, organisé quelques mois plus tôt en partenariat avec l’ambassade de Chine au Cameroun. Ce colloque international avait réuni chercheurs, diplomates et décideurs autour d’une ambition partagée : inscrire l’Afrique francophone dans une nouvelle dynamique Sud-Sud fondée sur l’autonomie économique, la coopération bilatérale et l’intégration régionale de l’Initiative chinoise de « La Ceinture et La Route ».

Au-delà de la restitution intellectuelle, cette rencontre avait un second objectif tout aussi stratégique : présenter au gouvernement camerounais le projet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF 2023), une grande initiative économique multilatérale prévue pour l’année suivante. À cette occasion, le Premier ministre exprima un soutien formel, déclarant clairement : Le gouvernement soutient pleinement votre initiative. Vous pouvez compter sur notre appui.

Ci-dessous le video-clip de promotion officiel du SICCAF 2023.

Mais quelques semaines, puis quelques mois plus tard, ce soutien s’évapora dans les méandres de l’administration. Le dossier, transmis au Secrétariat Général de la Présidence du Cameroun, à part quelques correspondances, resta sans suite. Malgré l’appui officiel de l’Ambassade de Chine au Cameroun, le soutien logistique du President de l’Association des Entreprises Chinoises au Cameroun (AECC), Mr Xu Huajiang, par ailleurs, Directeur Général de la Division Afrique centrale de China Harbour Engineering Company(CHEC), la multinationale meme, qui a construit le Port Autonome de Kribi et l’Auto-route Kribi-Edea et surtout le soutient des grandes entreprises chinoises en Afrique Centrale et d’autres venant directement de l’a Chine continentale, malgre ces garanties techniques apportées, les lourdeurs bureaucratiques prirent le dessus : manque de communication interinstitutionnelle, délais interminables, absence de décision claire. Cette inertie ne fut pas seulement une déception personnelle : elle fut une révélation structurelle. Elle montra à quel point le modèle institutionnel camerounais empêche la concrétisation de projets stratégiques, même lorsqu’ils sont validés politiquement et diplomatiquement.

Ci dessous Quelques photos de voyages du Pr Jimmy Yab en Chine pour la préparation du SICCAF 2023 et quelques grandes personnalités politiques et économiques

De cette expérience est née une interrogation fondamentale : quelle structure exécutive peut porter efficacement une vision de développement autonome, décentralisée et communautaire dans un Cameroun fédéré en quatre grandes régions ? Cet article répond à cette question en opposant deux options : d’une part, le maintien du Premier ministère, institution centrale héritée du modèle jacobin ; d’autre part, l’introduction d’une Vice-présidence collégiale régionale, fondée sur le fédéralisme développementaliste communautaire. L’analyse s’appuie sur une réflexion théorique, des comparaisons internationales et les réalités propres au Cameroun contemporain.

Ci- dessous quelques photos du Premier Colloque International sur « l’Initiative la Ceinture et la Route » en Afrique francophone du 25 au 27 mai 2022, au palais des congrès de Yaoundé

I. Le Premier ministère : héritage centralisateur et impasse exécutive dans un État en recomposition

L’échec du projet du Salon Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré son approbation par le Premier ministre et l’appui formel de l’ambassade de Chine, illustre une faille structurelle profonde dans l’organisation du pouvoir exécutif au Cameroun. Une fois transmis au Secrétariat Général de la Présidence, le dossier s’est enlisé. Ce n’était pas un refus politique, ni une opposition idéologique, mais un symptôme récurrent d’un système exécutif hypercentralisé, opaque et inefficace. Ce constat appelle une analyse critique de la pertinence du Premier ministère dans le cadre du Cameroun du XXIe siècle, en transition vers un modèle fédéral communautaire.

Institué dans la Constitution camerounaise de 1972 (puis réaffirmé en 1996), le Premier ministère est un organe de coordination subordonné au Président de la République. L’article 12 alinéa 1er stipule que le Premier ministre « coordonne l’action gouvernementale sous l’autorité du Président ». Cette formulation dénote un pouvoir dérivé, sans autonomie stratégique. Contrairement aux modèles parlementaires classiques où le Premier ministre est le chef de l’exécutif, celui du Cameroun est dépourvu d’initiative politique autonome, ce qui le rend inefficace dans un contexte de transformation institutionnelle.

Dans un État fédéral organisé autour de quatre grandes régions souveraines — le Grand Sud, le Grand Nord, le Grand Littoral et le Grand Ouest —, le maintien d’un Premier ministre unique et centralisé est une anomalie fonctionnelle. Il empêche la territorialisation des décisions, bloque la remontée des priorités régionales, et reproduit un schéma néocolonial de gouvernance verticale. La dynamique développementaliste communautaire implique au contraire une coproduction des politiques publiques entre centre et périphéries, basée sur la souveraineté partagée, l’écoute communautaire, et la proximité.

D’un point de vue comparatif, les travaux de Hooghe et Marks (2003) sur la gouvernance multiniveau montrent que les exécutifs centralisés sont structurellement inefficaces dans les États pluriethniques et multiculturels. En Éthiopie, par exemple, la coexistence d’un fédéralisme ethnique avec un exécutif hyper-présidentialiste a mené à l’asphyxie des gouvernements régionaux, puis à l’explosion des conflits internes. Le Cameroun, avec ses tensions anglophones, ses déséquilibres historiques et sa diversité sociolinguistique, court les mêmes risques si la réforme institutionnelle reste superficielle.

Le Premier ministère ne saurait être l’instrument de pilotage d’un Cameroun fédéré à visée communautaire. Son existence même pourrait devenir un frein à l’innovation politique, un verrou dans la chaîne des décisions urgentes, et un symbole d’un passé institutionnel incompatible avec les réalités du présent. L’exemple du projet du Salon Industriel et commercial Chine–Afrique francophone en est la preuve vivante : même lorsque la volonté politique existe, le système d’exécution bloque l’action.

Le Cameroun n’a donc pas besoin d’un Premier ministre dans le sens classique du terme, mais d’une architecture exécutive pluraliste, enracinée dans ses régions, capable de dialoguer horizontalement avec les réalités locales. C’est ce que propose le modèle de la Vice-présidence collégiale, que nous développons dans la section suivante.

II. La Vice-présidence collégiale : une architecture de souveraineté territoriale pour un Cameroun fédéré

La déconvenue administrative qui a suivi l’accord formel du Premier ministre au sujet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone ne fut pas simplement une péripétie bureaucratique. Ce fut une illustration concrète de l’absence d’ancrage territorial du pouvoir exécutif camerounais. Le fait que le dossier ait été bloqué, sans justification, au Secrétariat Général de la Présidence malgré l’aval d’un chef de mission diplomatique étranger – en l’occurrence l’Ambassadeur de Chine – démontre l’urgence de repenser l’organisation du pouvoir. C’est dans cette perspective que le concept de Vice-présidence collégiale régionale prend tout son sens.

Le modèle de fédéralisme développementaliste communautaire, tel que défendu par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), repose sur trois principes fondamentaux: la souveraineté partagée, la gouvernance de proximité, et la valorisation des identités territoriales. Dans un tel modèle, l’exécutif ne saurait rester vertical et unifié. Il doit refléter la diversité régionale du Cameroun, la pluralité de ses défis, et la richesse de ses ressources communautaires. La proposition d’une Vice-présidence collégiale à quatre pôles répond précisément à cette exigence.

Concrètement, chaque grande région fédérée — le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral, le Grand Ouest — désignerait un Vice-président régional, membre d’un organe exécutif fédéral commun. Ces Vice-présidents, dotés d’un mandat national mais enracinés dans leur région, formeraient un collège décisionnel chargé de co-piloter l’action gouvernementale avec le Président de la République, garant de l’unité. Chaque Vice-présidence aurait une compétence thématique prioritaire, reflétant les réalités régionales :

Le Grand Nord, confronté aux défis sécuritaires, climatiques et agricoles, piloterait les politiques de résilience et de sécurité communautaire. Le Grand Sud, riche en ressources forestières et minières, aurait la charge de la gouvernance environnementale et du développement rural intégré. Le Grand Littoral, épicentre économique du pays, piloterait les politiques industrielles, portuaires et d’intégration commerciale régionale. Le Grand Ouest, marqué par une forte diaspora et un tissu entrepreneurial dynamique, serait responsable de la cohésion sociale, de la médiation intercommunautaire et de l’économie populaire.

Ce schéma n’est pas une invention abstraite. Il s’appuie sur des logiques éprouvées dans d’autres États pluriels. En Bolivie, l’État plurinational a intégré des formes communautaires de représentation dans l’exécutif. En Bosnie-Herzégovine, la présidence collégiale garantit une cohabitation interethnique. Le Cameroun, à travers ce modèle, pourrait construire un exécutif réconcilié avec sa diversité, garant de l’équité territoriale et de la participation de tous à la destinée nationale.

La Vice-présidence collégiale offre aussi une réponse systémique à l’immobilisme institutionnel. Dans le cas du Salon Chine–Afrique francophone, si le Grand Littoral avait eu une Vice-présidence dotée de compétence commerciale, ce projet porté par l’OCAF aurait immédiatement été co-construit et défendu à l’échelle fédérale, en évitant les blocages bureaucratiques du pouvoir central. En donnant à chaque région une capacité d’action exécutive au sommet, ce modèle décentralise la décision sans fragmenter l’État, et multiplie les points d’entrée pour les initiatives stratégiques.

Enfin, ce dispositif incarne la philosophie du développementaliste communautaire : un État proche de ses populations, réactif aux réalités locales, résilient face aux crises, et créatif dans sa manière de bâtir le futur.

III. Études comparées : la gouvernance exécutive partagée dans les États fédéraux pluriethniques

L’idée d’une Vice-présidence collégiale régionale au Cameroun, dans le cadre du fédéralisme développementaliste communautaire, s’inscrit dans une tradition institutionnelle bien établie dans plusieurs pays confrontés à une forte diversité culturelle, linguistique ou territoriale. Loin d’être une utopie camerounaise, ce modèle exécutif partagé s’appuie sur des précédents comparatifs qui en démontrent à la fois la faisabilité, la légitimité et l’efficacité relative.

1. Le Nigeria : du “federal character” à l’équilibre exécutif implicite

Voisin du Cameroun et ancienne colonie britannique, le Nigeria est souvent présenté comme l’un des fédéralismes les plus aboutis d’Afrique. Il est structuré en 36 États fédérés dotés de larges compétences constitutionnelles. Si la Constitution nigériane ne prévoit pas de vice-présidences régionales multiples, elle impose néanmoins un principe fondamental : le “federal character”. Selon ce principe, toutes les institutions nationales, y compris l’exécutif, doivent refléter la diversité géographique, ethnique et religieuse du pays (Suberu, 2001). En pratique, cela se traduit par une attention constante à l’équilibre régional dans les nominations présidentielles, y compris au niveau du vice-président.

Cette règle non seulement réduit les tensions intercommunautaires, mais elle crée une dynamique de co-responsabilité nationale, où les projets de développement régionaux peuvent bénéficier d’un appui exécutif explicite. Transposé au Cameroun, un tel équilibre ne peut plus être laissé à la discrétion du chef de l’État ; il doit être institutionnalisé par une vice-présidence collégiale constitutionnellement encadrée.

2. La Bosnie-Herzégovine : cohabitation exécutive dans un contexte post-conflit

Autre cas emblématique : la Bosnie-Herzégovine. Pays multiculturel et post-conflit, la Bosnie a adopté une présidence tripartite où les trois principaux groupes ethniques (Bosniaques, Croates, Serbes) sont représentés au sommet de l’État. Chaque président est élu par sa communauté, et la présidence est rotative tous les huit mois. Ce système, bien qu’administrativement lourd, a permis d’éviter un retour à la guerre civile et d’instaurer une paix structurelle fondée sur l’inclusion mutuelle (Bieber, 2006).

Dans le contexte camerounais, où les tensions entre communautés anglophones et francophones, entre régions centrales et périphériques, restent vives, une structure exécutive partagée pourrait jouer le même rôle stabilisateur. Chaque région disposerait d’un représentant à la Vice-présidence, garantissant que les intérêts locaux soient présents dans l’arène fédérale. Ce serait un rempart contre la marginalisation, mais aussi un mécanisme d’équilibre démocratique entre les territoires.

3. La Bolivie : le pluralisme constitutionnel au service de la représentativité

Enfin, l’expérience de la Bolivie offre un modèle particulièrement pertinent pour un État développementaliste communautaire. En 2009, le pays adopte une nouvelle Constitution reconnaissant officiellement l’existence de 36 peuples autochtones. L’État devient alors plurinational, ce qui implique la reconnaissance des droits politiques et institutionnels des communautés à participer au pouvoir (Postero, 2017). Dans les faits, cela s’est traduit par l’inclusion d’acteurs autochtones dans les institutions nationales, y compris l’exécutif, et par une forte décentralisation des politiques publiques.

Ce modèle inspire directement la logique camerounaise, où plus de 250 ethnies, plusieurs aires linguistiques, et une histoire coloniale différenciée (française et britannique) coexistent. L’instauration d’une Vice-présidence collégiale au Cameroun permettrait de formaliser cette pluralité dans l’État, sans tomber dans le piège de la balkanisation. Il s’agirait de passer de la juxtaposition de communautés à leur intégration fonctionnelle dans la gouvernance.

Ces trois exemples convergent vers une conclusion claire : dans les États multiculturels, la stabilité institutionnelle repose sur la reconnaissance structurelle des différences, et non sur leur effacement. En instaurant une Vice-présidence collégiale régionale, le Cameroun adopterait un instrument moderne, inclusif et adapté à ses réalités profondes. Cette réforme serait non seulement cohérente avec les exigences du développement local, mais aussi conforme aux standards internationaux d’un fédéralisme équitable et démocratique.

Conclusion : pour une refondation exécutive ancrée dans la souveraineté territoriale

L’échec du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré l’accord formel du Premier ministre du Cameroun et l’engagement diplomatique de l’ambassade de Chine, n’est pas un incident isolé. Il est le révélateur structurel d’un système exécutif qui concentre le pouvoir tout en diluant la responsabilité, incapable de porter des initiatives territoriales stratégiques ou de réagir efficacement aux mutations du monde. Ce blocage administratif, survenu au niveau du Secrétariat Général de la Présidence, est l’un des multiples symptômes d’un État centralisé, opaque et paralysé, dont les mécanismes de décision sont déconnectés des territoires, des communautés et même des engagements politiques supérieurs.

Dans ce contexte, le Cameroun ne peut plus se contenter d’une réforme marginale. Il doit s’engager dans une refondation structurelle de ses institutions, à commencer par l’architecture de son exécutif fédéral. Le modèle du Premier ministère, dérivé du jacobinisme français, a montré ses limites : vertical, symbolique, inefficace, il ne peut porter la logique du développement communautaire, ni incarner l’autonomie régionale.

Face à cette impasse, le modèle de Vice-présidence collégiale régionale, intégré dans le projet de fédéralisme développementaliste communautaire du MLDC, constitue une alternative viable, cohérente et fondamentalement démocratique. Il ne s’agit pas simplement d’un ajustement technique, mais d’un changement de paradigme : un passage de la centralité vers la coprésidence territoriale, de la hiérarchie administrative vers la responsabilité partagée, de la domination institutionnelle vers la souveraineté coopérative.

Chaque région fédérée — Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, Grand Ouest — disposerait d’une Vice-présidence fédérale, à la fois représentative et décisionnelle. Ce collège de Vice-présidents ne serait pas une division du pouvoir, mais son approfondissement. Il permettrait de construire des réponses différenciées aux défis spécifiques de chaque région tout en consolidant une vision unifiée de la nation. Il serait l’incarnation exécutive d’un Cameroun polycentrique, communautaire, souverain.

Enfin, cette réforme n’est pas isolée dans l’histoire du monde. Le Nigeria, la Bosnie-Herzégovine, la Bolivie — et bien d’autres — ont montré que la stabilité dans les États complexes passe par la reconnaissance institutionnelle de la diversité. Le Cameroun peut devenir un modèle africain de fédéralisme équitable, à condition de s’émanciper des formes mortes du centralisme hérité et d’embrasser un avenir basé sur la coresponsabilité territoriale et la légitimité communautaire.

C’est là, dans cette vice-présidence collégiale souveraine, que se trouve la clé de la transformation républicaine du Cameroun, et peut-être même de sa survie politique comme État-nation. Le MLDC propose ainsi non une réforme parmi d’autres, mais un projet de réinvention nationale.

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Building a Cameroon–Nigeria Axis for Structuring South–South Development

A Strategic Proposal from the MLDC Based on the Community Developmental State (CDS)

Prof. Jimmy Yab. President of the MLDC. President of the Francophone China–Africa Observatory (OCAF). Professor of International Relations.

Prof Jimmy Yab & H.E. OLUSEGUN OBASANJO

Abstract

In a global context of shifting power poles, Cameroon remains deeply anchored in diplomatic frameworks inherited from colonialism, even as South–South dynamics are redrawing the paths of development. This article puts forward a strategic alternative led by the Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC): the creation of a structured bilateral cooperation axis between Cameroon and Nigeria, framed by the Community Developmental State (CDS) model. Drawing inspiration from Asian models of planned industrialization and pragmatic diplomacy, this partnership could accelerate regional integration, reinforce Cameroon’s economic sovereignty, and stabilize border zones through development-oriented diplomacy. The analysis draws upon recent economic data, academic references, and the author’s experience as president of the Francophone China–Africa Observatory (OCAF).

1. Introduction: The Urgency of Diplomatic Refoundation

A photo taken during the 70th anniversary of the Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries (CPAFFC) in Beijing—where the author was the sole representative of Cameroon, standing alongside President Olusegun Obasanjo—is more than symbolic. It illustrates a strategic vacuum in Cameroon’s diplomatic presence. While the world is restructuring around regional South–South alliances (Cheru & Obi, 2010), Cameroon remains absent from major co-development platforms, held captive by a France-centric diplomatic approach.

This diplomatic absence signals a structural crisis of vision, which the MLDC seeks to overcome through a developmental diplomacy rooted in the sub-region, positioning Nigeria as a first-tier strategic partner. Within this framework, the Community Developmental State offers the doctrinal and institutional basis to envision a new African regional order, led by sovereign and mutually supportive states.

2. Doctrinal Foundations: The Community Developmental State as a Lever for Regional Integration

Inspired by Asian models (Japan, South Korea, China, Vietnam), the Community Developmental State advocated by the MLDC rests on three pillars of sovereignty: political, economic, and technological (Yab, 2024). It breaks away from paradigms of dependence on international donors in favor of national planning and regional integration.

As Leftwich (1995) emphasizes, development does not arise from automatic market liberalization, but from the strategic autonomy of a state embedded in its national and regional communities. The CDS reframes foreign action not as passive representation but as a public policy of structural transformation.

3. Nigeria: An Underutilized Power in Cameroon’s Regional Strategy

With a GDP of $477 billion (IMF, 2023), a population exceeding 230 million, vast gas reserves, and a growing manufacturing sector, Nigeria is the continent’s leading economic power. Yet, Cameroon has never developed a high-level bilateral cooperation framework with Abuja—despite sharing a 1,500 km border and informal trade flows estimated at over $500 million in 2022 (BEAC, 2023).

The MLDC proposes transforming this informal border coexistence into a structured co-development axis, built around logistical corridors (Garoua–Maiduguri, Bamenda–Enugu), joint economic zones, and industrial cooperation on regional value chains (livestock, textiles, agriculture, energy).

4. Academic and Operational Diplomacy: The Role of OCAF

As President of the Francophone China–Africa Observatory, the author has conducted numerous comparative analyses on Sino-African cooperation modalities. Contrary to simplistic interpretations, China does not impose a single model but offers a flexible negotiation framework in which the partner state remains responsible for its agenda (Brautigam, 2009).

It is this strategic school that informs our proposal: a co-diplomacy of development, in which Cameroon co-constructs with Nigeria:

A Cameroon–Nigeria Institute for South–South Development, based in Garoua or Maroua, to train regional cooperation personnel; Joint university programs linking Yaoundé I, Douala, Ibadan, Nsukka, Zaria, to share expertise in agriculture, health, security, and industry; A shared strategy to attract African and Asian FDI, particularly for financing common infrastructure.

5. Regional Security: Peace Through Integrated Development

The Cameroon–Nigeria border, particularly in the Far North, remains plagued by multiple forms of insecurity: Boko Haram, cross-border banditry, extreme poverty. The MLDC proposes a doctrine of developmental security, inspired by the concept of “human security” (UNDP, 1994), which integrates military action, social inclusion, and economic integration.

This doctrine is based on:

Joint community-based security forces, funded by both states; Economic stabilization projects in at-risk areas (roads, schools, hospitals); Regional reintegration centers for former combatants, linked to literacy and vocational training programs.

6. A Strategic Break from Passive Diplomacy

Unlike Cameroon’s current foreign policies, which rely on symbolic representation and influence, the MLDC’s approach is grounded in impact diplomacy, oriented toward sovereignty and development goals.

The proposed Cameroon–Nigeria axis adopts an offensive posture, based on a realistic reading of the regional environment. It aligns with the notion that well-crafted South–South alliances are now strategic levers comparable to past bilateral treaties with Northern powers (Mohan & Tan-Mullins, 2019).

Conclusion: Toward a Pan-African Developmental Geodiplomacy

The MLDC puts forward a true geopolitical shift for Cameroon. By reorienting Cameroonian diplomacy toward pragmatic South–South partnerships—beginning with Nigeria—it restores foreign policy to its historical mission: supporting national independence, accelerating development, and ensuring peace.

The Community Developmental State is not merely an administrative model but a strategic and operational framework for situating Cameroon within a strong, integrated, and sovereign Africa.

“Those not at the negotiation table are on the menu of history.”

— Prof. Jimmy Yab

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Construire un Axe Cameroun–Nigeria pour un Développement Sud-Sud Structurant

Pr Jimmy Yab & Président Olusegun Obasanjo

Une proposition stratégique du MLDC fondée sur l’État Développementaliste Communautaire. Pr. Jimmy Yab- Président du MLDC. Président de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) Professeur de relations internationales

Résumé

Dans un contexte mondial de recomposition des pôles de pouvoir, le Cameroun reste fortement arrimé à des logiques diplomatiques héritées de la colonisation, alors même que les dynamiques Sud-Sud redessinent les routes du développement. Cet article propose une alternative stratégique portée par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) : l’ouverture d’un axe structurant de coopération bilatérale Cameroun–Nigeria, dans le cadre de l’État Développementaliste Communautaire (EDC). Ce partenariat, s’inspirant des modèles asiatiques d’industrialisation planifiée et de diplomatie pragmatique, pourrait accélérer l’intégration régionale, renforcer la souveraineté économique du Cameroun et stabiliser les zones frontalières à travers une diplomatie de développement. L’analyse mobilise des données économiques récentes, des références académiques et l’expertise acquise par l’auteur dans le cadre de ses travaux à l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF).

1. Introduction : l’urgence d’une refondation diplomatique

La photographie prise lors du 70e anniversaire de la Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries (CPAFFC) à Pékin, où l’auteur fut le seul représentant du Cameroun, aux côtés du président Olusegun Obasanjo, est plus qu’un symbole. Elle révèle un vide stratégique dans la représentation diplomatique camerounaise. À l’heure où le monde se réorganise autour d’alliances régionales Sud-Sud (Cheru & Obi, 2010), le Cameroun reste absent des grandes plateformes de co-développement, prisonnier d’une diplomatie alignée sur des logiques franco-centrées.

Cette absence diplomatique traduit une crise structurelle de vision, que le MLDC propose de dépasser par une diplomatie développementale ancrée dans la sous-région, avec le Nigeria comme partenaire stratégique de premier rang. Dans cette perspective, l’État Développementaliste Communautaire fournit le cadre doctrinal et institutionnel adéquat pour penser un nouvel ordre régional africain piloté par des États souverains et solidaires.

2. Le fondement doctrinal : l’État Développementaliste Communautaire comme levier d’intégration régionale

Inspiré des modèles asiatiques (Japon, Corée, Chine, Vietnam), l’État Développementaliste Communautaire prôné par le MLDC repose sur trois axes de souveraineté : politique, économique, et technologique (Yab, 2024). Il rompt avec les paradigmes de dépendance vis-à-vis des bailleurs internationaux pour privilégier une logique de planification nationale et d’intégration régionale.

Comme le souligne Leftwich (1995), le développement ne résulte pas d’une libéralisation automatique des marchés, mais de l’autonomie stratégique d’un État inséré dans ses communautés nationales et régionales. L’EDC permet de repenser l’action extérieure non comme un outil de représentation passive, mais comme une politique publique de transformation structurelle.

3. Le Nigeria : puissance sous-exploitée dans la stratégie régionale camerounaise

Avec un PIB de 477 milliards USD (FMI, 2023), une population de plus de 230 millions d’habitants, des réserves massives de gaz et une industrie manufacturière en développement, le Nigeria est la première puissance économique du continent. Pourtant, le Cameroun n’a jamais structuré de véritable coopération bilatérale de haut niveau avec Abuja, malgré une frontière de 1 500 kilomètres et des flux commerciaux informels estimés à plus de 500 millions USD en 2022 (BEAC, 2023).

Le MLDC propose de transformer cette cohabitation frontalière informelle en axe structurant de codéveloppement, autour de corridors logistiques (Garoua–Maiduguri, Bamenda–Enugu), de zones économiques conjointes, et d’une coopération industrielle sur les chaînes de valeur régionales (élevage, textile, agriculture, énergie).

4. Une diplomatie académique et opérationnelle : le rôle de l’OCAF

En tant que président de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone, l’auteur a mené de nombreuses analyses comparatives sur les modalités de coopération sino-africaines. Contrairement à une vision simpliste, la Chine n’impose pas un modèle unique mais offre un cadre de négociation à géométrie variable, dans lequel l’État partenaire reste responsable de son agenda (Brautigam, 2009).

C’est à cette école stratégique que s’inspire notre proposition : une co-diplomatie de développement, dans laquelle le Cameroun co-construit avec le Nigeria :

Un Institut Cameroun–Nigeria pour le développement Sud-Sud, basé à Garoua ou Maroua, pour former les cadres de la coopération régionale. Des programmes universitaires conjoints entre Yaoundé I, Douala, Ibadan, Nsukka, Zaria, pour mutualiser les expertises en agriculture, santé, sécurité, industrie. Une stratégie commune d’attractivité des IDE africains et asiatiques, notamment pour financer les infrastructures partagées.

5. Sécurité régionale : la paix par le développement intégré

La frontière Cameroun–Nigeria, en particulier dans l’Extrême-Nord, reste marquée par des insécurités multiformes : Boko Haram, bandes transfrontalières, pauvreté extrême. Le MLDC propose une doctrine de sécurité développementale, inspirée du concept de “human security” (UNDP, 1994), qui conjugue action militaire, inclusion sociale, et intégration économique.

Cette doctrine repose sur :

Des forces conjointes de sécurité communautaire, financées par les deux États ; Des projets de stabilisation économique dans les zones à risque (routes, écoles, hôpitaux) ; Des centres de réinsertion régionale pour les ex-combattants, adossés à des programmes d’alphabétisation et de formation professionnelle.

6. Une rupture stratégique avec la diplomatie de l’attentisme

Contrairement aux politiques étrangères actuelles du Cameroun, qui se contentent d’une diplomatie de représentation et d’influence symbolique, l’approche du MLDC est fondée sur une diplomatie d’impact, orientée vers des objectifs de souveraineté et de développement.

La proposition d’un axe Cameroun–Nigeria s’inscrit dans une logique offensive, fondée sur une lecture réaliste de l’environnement régional. Elle rejoint l’idée selon laquelle les alliances Sud-Sud bien pensées constituent aujourd’hui des leviers stratégiques comparables aux anciens traités bilatéraux avec les puissances du Nord (Mohan & Tan-Mullins, 2019).

Conclusion : pour une géodiplomatie développementale panafricaine

Le MLDC propose un véritable tournant géopolitique pour le Cameroun. En réorientant la diplomatie camerounaise vers des partenariats Sud-Sud pragmatiques, à commencer par le Nigeria, il redonne à la politique étrangère sa mission historique : soutenir l’indépendance nationale, accélérer le développement, garantir la paix.

L’État Développementaliste Communautaire n’est pas un simple modèle administratif, mais un cadre stratégique et opérationnel pour inscrire le Cameroun dans une Afrique forte, intégrée, et souveraine.

« Celui qui n’est pas à la table des négociations est au menu de l’histoire. »

— Pr. Jimmy Yab

Références

Brautigam, D. (2009). The Dragon’s Gift: The Real Story of China in Africa. Oxford University Press.

Cheru, F., & Obi, C. (2010). The Rise of China and India in Africa: Challenges, Opportunities and Critical Interventions. Zed Books.

Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press.

FMI. (2023). World Economic Outlook. Fonds Monétaire International.

Leftwich, A. (1995). Bringing Politics Back In: Towards a Model of the Developmental State.

Journal of Development Studies, 31(3), 400–427.

Mohan, G., & Tan-Mullins, M. (2019). The Geopolitics of South-South Infrastructure Development: Chinese-Funded Transport Projects in Ethiopia and Kenya.

Political Geography, 73, 31–43. UNDP. (1994). Human Development Report 1994: New Dimensions of Human Security. United Nations Development Programme.

Yab, J. (2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Éditions US.

BEAC. (2023). Rapport sur les échanges informels dans la CEMAC. Banque des États de l’Afrique Centrale.

AU PAYS DE PAUL BIYA: SOIT ON PERD SON ÂME, SOIT ON PERD SA VIE – Analyse approfondie de la défaillance de l’Etat du Cameroun à travers une expérience personnelle, les obsèques de ma mère (SUITE 3)

CHAPITRE 4: QUAND L’ADIEU À MA MÈRE DEVIENT UN RÉVÉLATEUR: OBSÈQUES, EXCLUSION SOCIALE ET TRAHISON DES TRADITIONS SOUS LE RÉGIME DU RDPC

Introduction : Un dernier hommage dans un pays fracturé

Un enterrement est bien plus qu’un simple rituel funéraire ; il est un moment de communion, un témoignage de respect et d’amour, un acte de mémoire collective. C’est une parenthèse où la famille, les amis, les collègues, et la communauté se rassemblent, non seulement pour pleurer une disparition, mais aussi pour célébrer une vie. Pourtant, dans le Cameroun du RDPC, même un événement aussi sacré qu’un dernier hommage devient un terrain d’affrontement politique, une démonstration de l’exclusion sociale systémique imposée par le régime en place.

Lorsque j’ai conduit les obsèques de ma mère, je m’attendais à un moment de recueillement, à un instant où l’unité familiale et communautaire transcenderait les divisions. Mais ce que j’ai vu, ressenti et vécu ce jour-là a révélé avec une brutalité implacable l’état de décomposition avancée de la société camerounaise sous le joug du RDPC. L’absence de mes collègues de l’IRIC, l’Institut des Relations Internationales du Cameroun, a mis en lumière une intelligentsia soumise, réduite au silence et privée de toute ambition intellectuelle indépendante. La non-présence des figures influentes du parti au pouvoir dans ma famille a confirmé la politisation extrême des relations sociales. L’absence des chefs traditionnels, censés être les garants de la cohésion communautaire, a démontré que même le socle de nos traditions a été infiltré et perverti par le régime.

Ce dernier hommage à ma mère ne fut donc pas qu’une simple cérémonie d’adieu. Il s’est transformé en un révélateur brutal des fractures profondes qui rongent le Cameroun : un pays où l’appartenance politique détermine l’inclusion ou l’exclusion sociale, où la fonction publique est devenue une machine de clientélisme et d’intimidation, où la chefferie traditionnelle a troqué son indépendance pour une servitude politique, et où l’élite intellectuelle a renoncé à son rôle critique pour devenir une chambre d’écho du pouvoir.

Avec le Patriarche Marcel YONDO et Vincent NKONG- NJOCK

Cette partie explore ces différentes dimensions de la fracture sociale et politique du Cameroun à travers quatre aspects majeurs :

1. L’absence des collègues de l’IRIC : quand l’élite intellectuelle choisit le silence plutôt que l’engagement

• Loin d’être un simple incident anecdotique, le refus des membres de l’IRIC de venir rendre hommage à ma mère illustre un malaise profond dans l’intelligentsia camerounaise. L’institut, censé former les futurs cadres diplomatiques du pays, est devenu une maison de résonance du RDPC, un bastion du conformisme où toute pensée critique est réprimée. À travers cette analyse, nous verrons comment le Cameroun a brisé l’esprit de ses intellectuels, les transformant en bureaucrates dociles, incapables de défendre des idées de progrès et de développement.

2. L’exclusion sociale sous le RDPC : un système de domination par la peur et l’isolement

• Le RDPC ne se contente pas d’exercer un pouvoir autoritaire sur les institutions, il fracture aussi le tissu social en opposant ceux qui lui sont loyaux à ceux qui osent penser autrement. L’absence des membres influents du parti lors des obsèques de ma mère démontre la profondeur de cette stratégie d’isolement et de répression sociale. Ce chapitre analyse comment le RDPC a réussi à diviser même les familles, à créer un climat de méfiance où le simple fait d’assister aux funérailles d’un opposant politique est perçu comme un acte de dissidence.

3. L’absence de la chefferie traditionnelle : la domestication des gardiens des traditions par le régime

• Dans les sociétés africaines, les chefs traditionnels sont censés être les piliers de la cohésion sociale, les protecteurs des valeurs ancestrales et les arbitres des conflits. Pourtant, au Cameroun, ils sont devenus des marionnettes du pouvoir, subordonnés au RDPC et contraints d’ignorer les souffrances de leurs propres populations. L’absence des chefs lors des funérailles de ma mère n’était pas un simple oubli, mais un acte politique : une démonstration de leur soumission totale à un régime qui les a vidés de leur autorité morale. Ce chapitre démontrera comment la capture de la chefferie par l’État a affaibli les structures communautaires et rendu les populations encore plus vulnérables face aux abus du pouvoir central.

4. Un hommage authentique : quand la vraie famille transcende les divisions artificielles

• Malgré ces absences et ces trahisons, la cérémonie a révélé une autre vérité : celle d’une famille véritable, non pas celle dictée par la politique ou les affiliations, mais celle du quotidien, du partage, de l’amour sincère et inconditionnel. Si les figures influentes du RDPC et les élites corrompues ont choisi de briller par leur absence, les amis sincères, les voisins, les proches et les anonymes ont répondu présents, prouvant que la solidarité humaine ne peut être totalement étouffée par la machine du régime. La messe pontificale, célébrée par Mgr Achille Eyabi, a marqué un moment de recueillement et de dignité, prouvant que, même dans un pays fracturé, certains espaces de vérité et d’humanité persistent.

Ainsi, ces obsèques ont été bien plus qu’un adieu à une mère ; elles ont été le miroir des maux profonds du Cameroun sous le RDPC. Elles ont révélé l’ampleur de l’exclusion sociale orchestrée par le régime, la soumission de l’élite intellectuelle, la trahison des valeurs traditionnelles par la chefferie et, paradoxalement, la force de la solidarité humaine face à l’oppression.

Un enterrement ne devrait jamais être un acte politique, et pourtant, au Cameroun, il l’est devenu. Quand même les morts ne peuvent rassembler les vivants, c’est que le régime en place a réussi à pervertir jusqu’aux liens les plus sacrés de la société. Mais l’histoire nous enseigne aussi que tout système de domination fondé sur la peur et la division finit un jour par s’effondrer.

Ce récit est donc à la fois un constat amer et un appel à la résilience : tant que l’humain prévaudra sur la politique, tant qu’il y aura des hommes et des femmes refusant de plier devant l’injustice, alors l’exclusion sociale imposée par le RDPC ne sera jamais totale.

I. L’absence des collègues de l’IRIC : Quand l’élite intellectuelle choisit le silence plutôt que l’engagement

L’intellectuel est censé être une boussole pour la société, un phare dans l’obscurité du conformisme et de la pensée unique. Pourtant, au Cameroun, l’élite académique s’est transformée en spectatrice silencieuse du délitement national. Le silence assourdissant de mes collègues de l’IRIC lors des obsèques de ma mère est la preuve que, dans ce pays, même la mort est politisée.

L’IRIC, censé former les élites diplomatiques du Cameroun, devrait être un creuset de réflexion critique sur l’État, la gouvernance et les relations internationales. Mais au lieu de cela, il est devenu une maison de résonance du RDPC, où la pensée critique s’arrête là où commence la peur des représailles.

Le jour des funérailles, je n’ai pas seulement enterré ma mère. J’ai aussi constaté la mort de la solidarité intellectuelle, l’agonie d’un milieu académique qui a renoncé à sa mission première : éclairer la société, dénoncer l’injustice, être un contre-pouvoir.

Quand le silence devient une forme de complicité

Si mes collègues de l’IRIC ont brillé par leur absence, ce n’est pas parce qu’ils ne pouvaient pas venir. C’est parce qu’ils ont choisi de ne pas être associés à un homme qui défie l’ordre établi. Le simple fait d’assister aux obsèques d’un intellectuel engagé dans l’opposition politique est perçu comme une prise de position risquée. Dans le Cameroun de Paul Biya, tout geste, même le plus anodin, est scruté à travers le prisme de l’allégeance au pouvoir.

Ce mutisme collectif est révélateur d’une dynamique plus large. L’universitaire camerounais, jadis figure respectée et redoutée du débat public, est devenu un fonctionnaire de la pensée, un bureaucrate du savoir, un diplomate du silence. Son rôle n’est plus de questionner l’État, mais de le légitimer par des discours vides et des recherches sans impact.

L’intellectuel camerounais : un prisonnier volontaire du système

Pourquoi ce silence ? Par peur, bien sûr. Au Cameroun, l’intellectuel qui ose parler est puni ; celui qui se tait est récompensé. Les nominations, les subventions, les promotions sont conditionnées par un allégeance tacite au régime. L’université, censée être un sanctuaire de la pensée libre, est aujourd’hui un laboratoire de l’autocensure.

En refusant de s’associer à un collègue qui défie le pouvoir, mes anciens camarades de l’IRIC ont confirmé qu’ils sont prisonniers d’un système où l’intellectuel ne doit pas penser, mais réciter. Ils ont choisi la prudence plutôt que la loyauté, la carrière plutôt que le courage, le silence plutôt que la vérité.

Une élite qui trahit sa mission

L’intellectuel n’a pas pour mission de se cacher derrière des titres et des privilèges. Il a le devoir de questionner, de déranger, de proposer. Mais au Cameroun, il est devenu un spectateur passif, un témoin muet de la déchéance nationale.

Le silence de mes collègues n’est pas juste une lâcheté individuelle, c’est une trahison collective. Une trahison de la jeunesse qui attend des modèles, une trahison du peuple qui a besoin de guides, une trahison de la mémoire des penseurs africains qui ont risqué leur vie pour une société plus juste.

À quoi sert un intellectuel qui ne pense pas ? À quoi sert un enseignant qui n’enseigne pas la vérité ? À quoi sert une élite qui préfère la soumission au combat ?

Dans ce Cameroun où l’intelligence est devenue un crime et le silence une vertu, il n’est plus étonnant que la médiocrité triomphe et que l’exclusion soit le prix du courage.

II. L’exclusion sociale sous le RDPC : un système de domination par la peur et l’isolement

Le régime du RDPC ne se contente pas de gouverner par la force ou la fraude électorale. Il contrôle aussi la société par un mécanisme insidieux : l’exclusion sociale. Dans le Cameroun de Paul Biya, ne pas appartenir au RDPC, c’est être marginalisé, isolé, traité comme un paria.

Un système qui brise les liens sociaux

L’absence de nombreux proches, collègues et figures influentes lors des obsèques de ma mère en est une illustration parfaite. Ce n’était pas un oubli. Ce n’était pas une coïncidence. C’était un message. Un message envoyé par un système qui punit ceux qui osent penser différemment. Refuser de soutenir le RDPC, c’est être mis au ban de la société, c’est voir ses relations s’effriter, c’est devenir un “intouchable” dans son propre pays.

Ce phénomène ne me concerne pas uniquement. Il est vécu par des milliers de Camerounais qui osent ne pas plier le genou devant le parti au pouvoir. Dans l’administration, dans les entreprises, dans les familles mêmes, le RDPC a instauré une logique d’exclusion où l’appartenance politique détermine qui a droit au respect, à l’entraide, au simple lien humain.

Diviser pour mieux régner

La stratégie est claire : créer une fracture sociale entre ceux qui “sont avec le parti” et ceux qui refusent de se soumettre. Ce n’est pas un hasard si les cadres du RDPC n’étaient pas présents aux funérailles. Ce n’est pas un hasard si même certains membres de ma famille affiliés au parti ont préféré l’absentéisme. La peur du régime est si profonde que même rendre hommage à une défunte devient un acte politique risqué.

On retrouve ce même mécanisme dans les milieux professionnels. Dans l’administration, une promotion n’est pas accordée sur la base du mérite, mais sur l’allégeance au RDPC. Dans les universités, les enseignants critiques sont mis à l’écart, bloqués dans leur avancement, exclus des cercles de décision. L’État ne se contente pas d’exclure ses opposants politiquement, il les condamne aussi à une mort sociale.

Une exclusion qui rappelle les divisions religieuses coloniales

L’absence de certains membres de ma famille aux obsèques de ma mère a révélé une vérité encore plus tragique : au Cameroun, la politique a remplacé la religion comme principal facteur de division sociale.

Autrefois, les familles africaines ont été déchirées par l’arrivée des religions monothéistes, qui ont imposé de nouveaux dogmes en opposition aux traditions ancestrales (Mudimbe, 1988). Aujourd’hui, le RDPC applique la même stratégie : il divise les familles, sépare les amis, et impose une allégeance idéologique comme condition d’intégration sociale.

• Soit vous êtes avec eux, soit vous êtes contre eux.

• Soit vous faites allégeance au RDPC, soit vous êtes considéré comme un paria.

Ce schéma a remplacé les valeurs d’entraide et de solidarité par une logique d’exclusion, où les liens de sang sont moins importants que les liens partisans.

Dans un pays où le pouvoir est monopolisé par une oligarchie vieillissante, l’adhésion au RDPC est devenue une condition de survie, et la neutralité un crime silencieux.

L’intimidation et le chantage comme outils de gouvernance

L’intimidation, dans ce contexte, devient un outil de gouvernance, ou du moins, de maintien du pouvoir. L’absence d’une réponse claire et cohérente du gouvernement face aux défis sociaux (comme la destruction du pont de Nkanla) est l’expression la plus évidente de ce climat de peur. Les citoyens, les intellectuels, les leaders communautaires savent qu’ils devront payer un prix s’ils osent défier l’ordre établi. C’est cette peur d’être écarté, ostracisé, voire puni, qui rends toute tentative d’opposition ou de protestation presque impossible.

Le mécanisme de chantage est subtil mais efficace : si vous ne vous alignez pas sur le pouvoir, vous perdez vos privilèges, vos relations, vos opportunités de carrière. Dans un pays où les moyens économiques et les opportunités sont limités, cette pression sociale devient écrasante. Cela pousse de nombreux Camerounais à se conformer au régime, non par conviction, mais par peur d’être réduits au silence, à la marginalisation, voire à l’anonymat total.

III. L’absence de la chefferie traditionnelle : la domestication des gardiens des traditions par le régime

Dans les sociétés africaines précoloniales, la chefferie traditionnelle était l’incarnation de l’autorité légitime, du lien ancestral et du garant de l’harmonie communautaire. Elle jouait un rôle central dans la régulation sociale, la résolution des conflits et la préservation des valeurs culturelles. Les chefs traditionnels étaient des figures respectées, au-dessus des querelles politiques, servant d’intermédiaires entre les vivants et les ancêtres, entre le peuple et les forces spirituelles.

Or, l’un des aspects les plus frappants des obsèques de ma mère a été l’absence des autorités traditionnelles, censées être les gardiennes du respect et de l’ordre moral dans nos communautés. Comment expliquer qu’une institution aussi ancrée dans notre histoire ait été dévoyée au point de devenir un simple prolongement du pouvoir politique ?

De la légitimité coutumière à l’asservissement politique : une trahison des valeurs ancestrales

Sous le régime du RDPC, les chefferies traditionnelles ont progressivement perdu leur autonomie pour devenir des instruments dociles du pouvoir central. Cette capture institutionnelle s’est faite par plusieurs moyens :

1. La cooptation et la nomination des chefs traditionnels par l’État

• Avant l’indépendance et dans les premières décennies postcoloniales, les chefs étaient désignés selon des critères historiques et coutumiers. Aujourd’hui, le RDPC a transformé cette fonction en un poste politique. Les chefs qui refusent de prêter allégeance au parti sont marginalisés, remplacés ou tout simplement ignorés.

• L’État ne reconnaît officiellement que les chefs qui servent ses intérêts, créant ainsi une fracture entre les chefs légitimes selon la tradition et ceux fabriqués par le pouvoir.

2. L’intégration des chefs dans l’appareil du RDPC

• À travers le décret présidentiel de 1977, modifié plusieurs fois, les chefs traditionnels ont été transformés en auxiliaires de l’administration, les obligeant à faire allégeance au parti unique.

• Certains d’entre eux deviennent des militants actifs du RDPC, servant plus les intérêts du parti que ceux des populations qu’ils sont censés représenter.

• Ils participent aux campagnes électorales, mobilisent leurs sujets pour voter en faveur du RDPC et répriment toute contestation locale.

3. L’instrumentalisation économique et financière des chefferies

• Les chefs traditionnels reçoivent des salaires de l’État, ce qui les place dans une situation de dépendance vis-à-vis du régime.

• En échange de cette subvention, ils doivent servir de relais du pouvoir en place, empêcher les contestations locales et neutraliser toute opposition politique dans leur territoire.

Cette domestication des chefferies traditionnelles par le RDPC a vidé ces institutions de leur essence. Plutôt que d’être des figures neutres et protectrices des populations, les chefs sont devenus des courroies de transmission du pouvoir.

L’absence de la chefferie à mes obsèques : un symbole de soumission totale au régime

Dans une société où la tradition reste profondément ancrée, les funérailles d’une personne sont un moment sacré où les chefs coutumiers ont un rôle crucial à jouer. Ils viennent honorer la mémoire du défunt, témoigner de la continuité du lien entre les vivants et les ancêtres, et réaffirmer l’appartenance du disparu à la communauté.

Le fait que les autorités traditionnelles aient brillé par leur absence lors des funérailles de ma mère n’était pas anodin. Il s’agissait d’un acte politique, une preuve de l’emprise totale du RDPC sur ces institutions supposées être indépendantes.

• Ce silence n’était pas un oubli, mais une allégeance : l’omission de leur présence à cette cérémonie reflète leur crainte d’être perçus comme proches d’un opposant politique.

• L’évitement était un message : en s’abstenant de participer, ces chefs montraient leur soumission totale au pouvoir en place, préférant l’obéissance au RDPC plutôt que le respect des traditions et des valeurs ancestrales.

Cette absence ne concernait pas seulement ma famille. Elle est le symptôme d’une situation bien plus grave qui touche toutes les familles camerounaises :

• Lorsqu’une chefferie traditionnelle préfère suivre les ordres d’un parti politique plutôt que de remplir son devoir envers son peuple, c’est que la société est en perdition.

• Lorsqu’un chef traditionnel doit choisir entre sa loyauté à l’État et son engagement envers son peuple, c’est que l’État a corrompu le fondement même de notre civilisation.

Dans un Cameroun où le RDPC a remplacé les coutumes par l’obéissance aveugle, où la parole des anciens est soumise aux injonctions de Yaoundé, que reste-t-il du respect des traditions ?

IV. Un hommage authentique : quand la vraie famille transcende les divisions artificielles

Le moment de recueillement, célébré par Mgr Achille Eyabi, docteur de l’Eglise, Evêque d’Eseka, fut une véritable messe pontificale, un hommage qui a transcendé les divisions artificielles et révélé la vraie famille. Ce fut un succès total, marquant la célébration de la vie de ma mère dans la vérité et la dignité, et une victoire de l’humanité sur la politique de division du pouvoir en place.

L’hommage rendu à ma mère fut un acte profondément émouvant et significatif, marquant bien plus qu’une simple cérémonie funéraire. Il fut, en effet, un moment de vérité et de résistance silencieuse face à la fracture sociale orchestrée par le régime du RDPC. Un hommage où la “vraie famille” s’est manifestée dans sa plus pure expression, dépassant les clivages politiques, les rivalités partisanes et les exclusions sociales. Cet hommage fut, avant tout, un rappel que, malgré les divisions imposées par le pouvoir, la véritable unité ne réside pas dans les alliances artificielles, mais dans la solidarité authentique des hommes et des femmes unis par des liens d’affection, d’histoire et de culture commune.

L’absence des membres du RDPC, ainsi que des collègues de l’IRIC, m’a profondément interpellé. Il n’était pas question ici de politique, mais de l’essence même de l’humanité : rendre hommage à un être cher, célébrer une vie, marquer un départ dans la dignité. Cette absence n’était pas seulement symbolique ; elle fut une démonstration flagrante de l’exclusion sociale systématique dont les citoyens sont victimes lorsqu’ils ne se conforment pas à la vision étroite et totalitaire du pouvoir en place. Il est difficile de ne pas voir dans cette absence une volonté délibérée d’ostracisme. Le RDPC, par son attitude, a non seulement marginalisé mon engagement politique, mais a également séparé les familles, transformant ce qui devrait être un acte de solidarité humaine en un enjeu de loyauté partisane.

Mais, malgré tout, l’âme de cette cérémonie fut celle de la famille véritable. Contrairement à l’image imposée par ceux qui se sont opposés à mon engagement, la famille qui a entouré ma mère, la véritable famille, n’a pas été celle qui se définissait par des liens politiques, mais par des liens de cœur et de mémoire. Elle n’a pas été celle des partis et des distinctions, mais celle des gens du peuple, des amis sincères, des voisins, des parents d’hier et d’aujourd’hui. Cette famille-là, la seule qui vaille, est celle qui transcende les barrières politiques et les préjugés. Elle est celle qui prend soin de l’autre sans attendre d’avantages politiques. Elle est celle qui, en silence, tisse les liens humains, ceux qui sont plus forts que toutes les manipulations et exclusions sociales.

Il est particulièrement révélateur de constater que l’absence de mes collègues de l’IRIC et des responsables du RDPC contraste directement avec la présence de ceux qui, de manière authentique, ont montré leur solidarité. Parmi eux, il y avait ceux qui se sont toujours tenus aux côtés de ma famille, indépendamment de la politique ou des affiliations partisanes. La véritable famille se compose de ceux qui sont là, dans les bons et mauvais moments, de ceux qui ont choisi de ne pas être aveuglés par des idéologies politiciennes, mais de faire preuve de respect humain et de fraternité. C’est cette famille-là qui, par sa présence, a dignement honoré la mémoire de ma mère.

Le contraste était d’autant plus frappant avec l’absence de la chefferie traditionnelle, pourtant supposée être un pilier de la communauté. Là aussi, cette absence n’était pas accidentelle. Elle témoigne de la manière dont les institutions traditionnelles, jadis considérées comme les garantes de l’unité communautaire, ont été infiltrées et dénaturées par le régime en place. La chefferie, autrefois perçue comme le lien social par excellence, a été réduite à un simple instrument de pouvoir, corrompu et isolé de la réalité du peuple. Elle ne pouvait, de ce fait, se rendre présente pour rendre hommage à une personnalité véritablement incarnée par la communauté, qui n’était pas issue de la sphère politique mais de la vie quotidienne.

L’absence de ces différentes figures du pouvoir n’a donc fait que souligner la vérité sur la société camerounaise actuelle : une société déchirée, divisée par des lignes tracées artificiellement par le régime, où la solidarité, l’humanité et l’empathie sont constamment écartées au profit d’une loyauté aveugle envers un système qui se nourrit de la division et de la peur. Mais dans ce contexte, un hommage authentique a su prendre forme, non pas à travers les gestes des puissants, mais grâce à ceux qui, loin de l’ombre de l’idéologie du RDPC, ont honoré ma mère avec sincérité et respect.

Conclusion : Un dernier adieu sous le poids d’un régime diviseur

Ce qui aurait dû être un moment de recueillement, un hommage solennel rendu à une mère disparue, s’est transformé en une démonstration éclatante du mal profond qui ronge la société camerounaise. Sous le régime du RDPC, même la mort ne suffit plus à rassembler, car elle est désormais soumise aux calculs politiques, aux allégeances partisanes et aux fractures sociales imposées par un pouvoir qui ne tolère aucune voix dissonante.

L’absence des collègues de l’IRIC a révélé l’emprise d’une culture du silence et du conformisme sur une élite intellectuelle qui, plutôt que de jouer son rôle de vigie de la société, se contente d’être l’écho du pouvoir en place. L’exclusion sociale dont j’ai été victime, au sein même de ma propre famille élargie, a mis en lumière l’un des piliers du système RDPC : diviser pour mieux régner, en instillant la peur et en brisant les liens naturels de solidarité. La soumission de la chefferie traditionnelle, autrefois bastion de la cohésion communautaire, montre combien le régime a su s’approprier les structures ancestrales pour les transformer en instruments de légitimation de son pouvoir.

Pourtant, au milieu de cette mise en scène de l’isolement et de la trahison des valeurs essentielles, une vérité éclatante s’est imposée : la vraie famille n’est pas celle dictée par les appartenances politiques, les titres ou les privilèges, mais celle qui demeure fidèle, qui résiste aux pressions et qui se tient debout dans l’épreuve. C’est cette famille-là, composée des proches sincères, des villageois et des âmes libres, qui a rendu un hommage digne à ma mère et a refusé de céder à la logique d’exclusion imposée par le régime.

Ainsi, ces obsèques sont devenues bien plus qu’une cérémonie funéraire : elles ont été une illustration tragique de la manière dont le RDPC a transformé la société camerounaise en une arène de suspicion, d’allégeance contrainte et d’opportunisme politique. Mais elles ont aussi été un acte de résistance, la preuve que malgré l’emprise du pouvoir, des poches de dignité subsistent et s’affirment.

L’histoire retiendra que, même sous le poids de la répression et de la manipulation, il existe encore des Camerounais capables de dire non à la division, capables d’honorer leurs morts sans compromission et de maintenir vivantes les valeurs de solidarité et d’authenticité que le régime tente d’enterrer. Mon adieu à ma mère a donc été aussi un adieu à une illusion : celle d’un Cameroun encore capable de fraternité sous ce régime. Mais il a été aussi un serment : celui de continuer à me battre pour un pays où plus jamais la mort ne servira d’instrument de ségrégation politique.

“LE RDPC RÉFUTE LE PARI PUTATIF ET CHOISIT LE DROIT POSITIF”: UNE DÉFENSE DÉSESPÉRÉE DU PR. JACQUES FAME NDONGO. ANALYSE DÉTAILLÉE… EN TANT QUE SG DU MLDC, JE RELÈVE LE DÉFI D’UN DÉBAT PUBLIC ET TÉLÉVISÉ !

Introduction générale

Depuis son accession à l’indépendance en 1960, le Cameroun s’est caractérisé par une stabilité politique apparente, portée par des institutions rigides et un leadership centralisé. Toutefois, cette stabilité a souvent masqué des tensions structurelles liées à la gouvernance, à l’alternance démocratique et à la légitimité du pouvoir. L’élection présidentielle de 2025 s’inscrit dans cette continuité, avec une attention particulière sur la candidature annoncée de Paul Biya, Président de la République depuis 1982. Cette candidature suscite des débats intenses, nourris par des interrogations sur la conformité juridique, la légitimité démocratique et les dynamiques institutionnelles.

Dans un document publié par le Pr. Jacques Fame Ndongo, membre du Bureau Politique du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) et Secrétaire à la communication du parti, une série d’arguments est avancée pour justifier la candidature de Paul Biya. Ces arguments s’articulent autour de trois principaux axes : le droit positif (légalité constitutionnelle), la légalité inhérente aux statuts du parti, et la légitimité populaire conférée par le soutien militant. En outre, le document oppose le « droit positif », qu’il qualifie d’objectif, au « pari putatif », qu’il considère comme subjectif et illusoire. Enfin, le texte conclut par une invitation à un débat démocratique, présenté comme une preuve de la transparence et de la confiance du RDPC dans ses arguments.

Cependant, une analyse académique approfondie de ces justifications soulève des questions critiques sur leur pertinence dans un contexte démocratique moderne. Les tensions entre légalité formelle et légitimité politique, la centralisation excessive du pouvoir au sein du RDPC et l’absence de mécanismes garantissant un débat équitable sont autant d’éléments qui méritent d’être explorés. À travers une approche interdisciplinaire mobilisant le droit constitutionnel, la théorie politique et les principes de gouvernance démocratique, cet article examine les arguments avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo, en mettant en lumière leurs forces, leurs limites et leurs implications pour l’avenir démocratique du Cameroun.

L’objectif de cet article est double. D’une part, il s’agit d’évaluer la validité juridique et politique des arguments avancés en faveur de la candidature de Paul Biya. D’autre part, il vise à proposer une réflexion critique sur les défis structurels auxquels fait face le Cameroun en matière d’institutionnalisation démocratique. À travers cette analyse, nous espérons contribuer à un débat plus éclairé sur les mécanismes de légitimation du pouvoir et les exigences d’une démocratie pluraliste.

Mots-clés : droit positif, pari putatif, légitimité politique, débat démocratique, Cameroun, RDPC, Paul Biya, élections présidentielles 2025, gouvernance, alternance démocratique.

Abstract

The 2025 presidential election in Cameroon represents a pivotal moment in the country’s political trajectory, particularly with the announced candidacy of Paul Biya, who has held the presidency since 1982. In a defense authored by Jacques Fame Ndongo, a leading figure in the ruling RDPC party, three core arguments are presented: the legal right granted by Cameroon’s constitution (positive law), the automatic candidacy conferred by the party’s statutes, and the popular legitimacy stemming from grassroots support. This article critically examines these arguments by employing an interdisciplinary approach rooted in constitutional law, political theory, and democratic governance.

The analysis highlights key tensions between formal legality and substantive legitimacy, the excessive centralization of power within the RDPC, and the structural deficiencies hindering equitable democratic debate in Cameroon. By interrogating these issues, the article seeks to contribute to a broader conversation on the institutional challenges facing Cameroon and the imperative of ensuring a pluralistic, participatory, and transparent electoral process. Ultimately, this study underscores the need to balance legal frameworks with democratic ethics to foster a sustainable political system.

Keywords: positive law, putative claim, political legitimacy, democratic debate, Cameroon, RDPC, Paul Biya, 2025 presidential elections, governance, democratic alternation.

1. Analyse critique des arguments avancés

1.1. La Constitution

L’argument central avancé par le Pr. Jacques Fame Ndongo, auteur de ce document, repose sur une interprétation textuelle de l’article 6, alinéa 2, de la Constitution camerounaise, qui stipule que « le Président de la République est élu pour un mandat de 7 ans et est rééligible ». En affirmant que cette disposition constitutionnelle « donne le droit » au Président Paul Biya de briguer un nouveau mandat en 2025, l’auteur s’appuie sur le droit positif, à savoir l’application stricte des lois écrites.

Toutefois, une lecture académique critique de cet argument montre qu’une interprétation purement textuelle ne suffit pas. Selon Hans Kelsen (1934), le droit ne peut être séparé de son contexte social et politique. Si, juridiquement, le Président est « rééligible », la question demeure si cet usage répété de cette clause respecte les principes fondamentaux d’un État démocratique moderne, notamment le renouvellement périodique et l’alternance au pouvoir.

En outre, des théoriciens comme Giovanni Sartori (1997) insistent sur l’importance de l’équilibre entre la légalité formelle et la légitimité substantielle. Dans le cas du Cameroun, bien que la Constitution permette la réélection, son usage prolongé peut susciter une crise de légitimité, particulièrement dans un contexte où les institutions sont perçues comme favorisant le maintien du pouvoir d’un individu ou d’un groupe. Par exemple, le prolongement des mandats présidentiels au Cameroun, où Paul Biya est au pouvoir depuis 1982, a été critiqué par des organisations internationales pour son impact sur la consolidation démocratique.

1.2. Les textes du RDPC

L’auteur, Jacques Fame Ndongo, invoque également les statuts du RDPC, affirmant que « le Président National du RDPC est le candidat du parti à l’élection présidentielle » (article 27, alinéa 3). Cet argument renforce une lecture centralisée et quasi-automatique de la désignation du candidat, sans débat interne ou processus démocratique visible au sein du parti. Une telle interprétation appelle plusieurs critiques académiques.

D’une part, comme le souligne Maurice Duverger (1951) dans son ouvrage Les Partis politiques, un parti politique moderne doit incarner une pluralité d’opinions et permettre l’émergence de nouveaux leaders. En verrouillant la candidature au Président National, le RDPC supprime toute possibilité d’un renouvellement interne. Cette absence de débat démocratique interne nuit à la vitalité politique et réduit la compétition électorale à une formalité.

D’autre part, le concept de démocratie interne des partis, développé par Larry Diamond (1999), met en avant l’importance de mécanismes transparents et compétitifs au sein des partis pour sélectionner leurs candidats. Le modèle adopté par le RDPC, où Paul Biya est systématiquement désigné candidat, contredit ce principe fondamental. Il confère un avantage structurel au Président sortant, renforçant ainsi l’asymétrie de pouvoir entre les élites du parti et la base militante.

1.3. Base militante et sympathisante

Jacques Fame Ndongo affirme également que la « base militante et sympathisante » du RDPC a renouvelé son soutien à Paul Biya, en évoquant un « appel sans équivoque » des sections du parti le 6 novembre 2024. Cet argument s’inscrit dans une tentative de légitimation par l’adhésion populaire. Cependant, plusieurs problèmes surgissent lorsqu’on analyse cette revendication sous un prisme académique.

Premièrement, le politologue Samuel Huntington (1991) souligne que la légitimité démocratique repose sur des processus transparents et compétitifs, et non simplement sur des proclamations partisanes. Dans le contexte du Cameroun, les appels à la candidature du Président sortant émanent d’un parti où la pluralité d’opinions est fortement limitée, ce qui remet en question l’authenticité de ce soutien.

Deuxièmement, dans des régimes où les institutions et les partis sont fortement centralisés, la mobilisation de la base militante peut être perçue comme une manifestation de contrôle politique plutôt qu’une véritable adhésion populaire. Comme le soutient Franz Fanon (1961) dans Les Damnés de la Terre, le soutien populaire dans des systèmes dominés par un parti unique ou hégémonique est souvent le produit d’une dynamique coercitive ou clientéliste.

Enfin, l’idée selon laquelle la popularité d’un dirigeant justifie son maintien au pouvoir doit être replacée dans le contexte des mécanismes de gouvernance. Linz et Stepan (1996) insistent sur le fait que même les dirigeants populaires doivent être soumis à des règles institutionnelles qui empêchent la personnalisation du pouvoir. La prolongation du mandat de Paul Biya, bien qu’appuyée par le RDPC, pourrait être perçue comme une concentration excessive du pouvoir dans un régime présidentiel.

1.4. Légalité et légitimité : tensions fondamentales

Le document met en avant trois paradigmes : la légalité républicaine, la légalité inhérente au parti, et la légitimité populaire. Bien que ces notions soient pertinentes, leur application dans ce contexte soulève plusieurs interrogations.

1. Légalité républicaine : Elle s’appuie sur le droit constitutionnel, mais, comme le rappelle Montesquieu (1748), la légalité doit toujours être subordonnée à l’intérêt général et à l’équilibre des pouvoirs. Une légalité qui sert uniquement à prolonger un mandat sans renforcer les institutions démocratiques devient un outil de consolidation autoritaire.

2. Légalité inhérente au parti : La légalité interne au RDPC est utilisée pour justifier des pratiques de centralisation du pouvoir. Cependant, comme l’a observé Robert Michels (1911) dans Les Partis politiques, les organisations politiques tendent à développer des structures oligarchiques qui privilégient les élites au détriment de la base.

3. Légitimité populaire : Ce concept est problématique lorsqu’il n’est pas accompagné de mécanismes institutionnels crédibles. Joseph Schumpeter (1942) définit la démocratie comme un processus dans lequel les citoyens choisissent leurs dirigeants à travers des élections libres et compétitives. Si le RDPC monopolise le paysage politique, la légitimité populaire devient difficile à établir.

Les arguments avancés par Jacques Fame Ndongo dans ce document s’appuient sur une lecture restrictive des textes constitutionnels et statutaires, tout en minimisant les implications démocratiques plus larges. Si le droit positif confère à Paul Biya la possibilité de se représenter, la légitimité de cette candidature reste discutable à la lumière des principes démocratiques modernes. Cette analyse invite à une réflexion sur l’importance de renforcer la démocratie interne des partis politiques et de garantir des mécanismes électoraux transparents pour préserver la vitalité démocratique au Cameroun.

2. Légalité et légitimité : Concepts théoriques et tensions fondamentales

L’un des arguments centraux avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo dans sa défense de la candidature de Paul Biya est l’articulation entre trois paradigmes : la légalité républicaine, la légalité inhérente au parti, et la légitimité populaire. Ces concepts, bien qu’empruntés à des cadres théoriques établis, nécessitent une analyse approfondie, car leur application dans le contexte camerounais soulève des tensions fondamentales entre la légalité formelle, la légitimité démocratique et la justice sociale.

2.1. Légalité républicaine : entre droit et éthique politique

La légalité républicaine invoquée par Fame Ndongo repose sur le respect de la Constitution camerounaise, qui permet au Président Paul Biya de briguer un nouveau mandat. Cet argument s’inscrit dans une vision positiviste du droit, où l’ordre juridique est interprété comme une structure autonome. Cependant, cette approche, bien qu’efficace pour justifier la continuité institutionnelle, occulte des dimensions critiques.

Selon Hans Kelsen (The Pure Theory of Law, 1934), le droit positif garantit la stabilité des États en imposant des règles claires et objectives. Toutefois, Kelsen lui-même reconnaît que le droit ne doit pas être un instrument aveugle au contexte sociopolitique. Dans le cas du Cameroun, bien que la rééligibilité soit légalement justifiée, l’épuisement démocratique causé par plus de 40 ans au pouvoir de Paul Biya soulève la question de l’éthique politique. Montesquieu, dans De l’esprit des lois (1748), souligne que « la corruption des gouvernements commence presque toujours par celle des principes ». Ici, l’argument de légalité républicaine semble déconnecté des besoins de renouvellement politique et d’équilibre institutionnel.

D’autre part, le recours strict à la légalité républicaine néglige le concept d’État de droit substantiel, tel qu’articulé par Amartya Sen (Development as Freedom, 1999). Un État de droit ne se limite pas à l’application mécanique des lois mais garantit que ces lois servent à renforcer la justice, la liberté et la participation citoyenne. Dans ce contexte, l’usage prolongé des dispositions constitutionnelles pour maintenir une même élite au pouvoir risque d’affaiblir la perception de l’État comme vecteur de justice sociale.

2.2. Légalité inhérente au parti : la capture institutionnelle

Le deuxième paradigme avancé par Fame Ndongo est celui de la légalité inhérente au RDPC, qui confère au Président National le rôle automatique de candidat à l’élection présidentielle. Cet argument, bien que juridiquement valide dans le cadre des statuts du parti, suscite plusieurs critiques, notamment sur le plan de la démocratie interne et de la gouvernance.

2.2.1. Démocratie interne des partis

Comme l’a observé Robert Michels dans Les Partis politiques (1911), les grandes organisations politiques développent souvent des structures oligarchiques qui privilégient une élite restreinte. Au Cameroun, la centralisation du pouvoir autour de Paul Biya au sein du RDPC illustre cette « loi d’airain de l’oligarchie ». Cette absence de compétition interne empêche l’émergence de nouveaux leaders et réduit la diversité des idées politiques. Larry Diamond (Developing Democracy, 1999) souligne qu’un parti démocratique doit permettre un débat interne, une alternance des dirigeants et des mécanismes de reddition de comptes pour refléter les aspirations de sa base.

Dans le cas du RDPC, l’imposition d’un candidat unique verrouille non seulement le processus décisionnel interne, mais limite également la possibilité pour les militants de s’identifier à des figures alternatives. En conséquence, le parti devient un outil de conservation du pouvoir plutôt qu’un vecteur de transformation politique.

2.2.2. Capture institutionnelle

La centralisation du pouvoir au sein du RDPC et son influence sur les institutions étatiques relèvent de ce que Juan Linz et Alfred Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996) appellent la « capture institutionnelle ». Dans un tel système, les règles du jeu politique sont façonnées pour favoriser l’élite dominante, ici représentée par Paul Biya. Cela limite la concurrence politique, puisque le RDPC agit non seulement comme un parti majoritaire, mais aussi comme un acteur institutionnel quasi hégémonique, contrôlant les mécanismes électoraux et législatifs.

2.3. Légitimité populaire : mythe ou réalité ?

Le troisième paradigme évoqué par Fame Ndongo est la légitimité populaire, qui serait conférée par le soutien de la base militante et des sympathisants du RDPC. Cet argument repose sur une conception majoritaire de la légitimité, mais son application dans un contexte de faible pluralisme politique soulève des interrogations.

2.3.1. La légitimité comme processus

Selon Max Weber (Économie et société, 1922), la légitimité repose sur trois types d’autorité : traditionnelle, charismatique et rationnelle-légale. Dans le cas du Cameroun, la légitimité de Paul Biya est souvent perçue comme dérivant de son autorité rationnelle-légale, puisqu’il a été régulièrement réélu. Cependant, Weber insiste également sur le fait que cette légitimité est conditionnelle à la perception d’un équilibre entre la règle de droit et l’intérêt général.

En l’absence de compétition politique significative et dans un contexte où l’appareil d’État est dominé par le parti au pouvoir, il est difficile de considérer la légitimité populaire comme un phénomène spontané ou pleinement représentatif. Joseph Schumpeter (Capitalism, Socialism, and Democracy, 1942) note que la démocratie ne consiste pas uniquement en l’obtention d’une majorité, mais dans l’existence de mécanismes permettant une véritable alternance.

2.3.2. Les risques du populisme institutionnalisé

Le recours au soutien populaire pour légitimer la continuité au pouvoir peut également s’apparenter à une forme de populisme institutionnalisé. Ernesto Laclau (On Populist Reason, 2005) définit le populisme comme une stratégie qui mobilise les masses en invoquant des symboles unificateurs, souvent au détriment d’une gouvernance inclusive et pluraliste. Dans ce contexte, le soutien militant évoqué par Fame Ndongo pourrait être moins le reflet d’une adhésion sincère que le produit d’une absence d’alternatives crédibles.

2.4. Tensions entre légalité et légitimité : une crise démocratique

Les tensions entre la légalité républicaine, la légalité partisane et la légitimité populaire illustrent une crise plus profonde du système démocratique camerounais. Ces concepts, bien qu’interconnectés, se trouvent ici en déséquilibre.

La légalité sans légitimité : Comme l’a démontré John Rawls (A Theory of Justice, 1971), la légalité doit être accompagnée d’un sentiment de justice sociale. Lorsque les citoyens perçoivent la légalité comme un outil d’exclusion ou de maintien du pouvoir, elle perd sa capacité à fonder un contrat social solide.

La légitimité sans pluralisme : Dans le cas du RDPC, la légitimité populaire est invoquée sans pluralisme politique ni débat interne, ce qui affaiblit la perception de la légitimité démocratique.

En somme, cette tension entre légalité et légitimité met en lumière ce que Philippe Schmitter et Terry Karl (What Democracy Is… and Is Not, 1991) appellent les « zones grises » des démocraties hybrides, où des pratiques autoritaires coexistent avec des institutions démocratiques. Le Cameroun, sous la présidence de Paul Biya, semble s’inscrire dans cette catégorie, où la légalité est utilisée pour légitimer une concentration prolongée du pouvoir.

L’argumentation du Pr. Jacques Fame Ndongo autour des paradigmes de légalité et de légitimité révèle des failles importantes dans la gouvernance politique du Cameroun. Bien que le droit positif confère à Paul Biya une base légale pour se représenter en 2025, cette légalité ne garantit pas automatiquement une légitimité démocratique. À mesure que le Cameroun approche de cette élection cruciale, il devient impératif de repenser ces concepts non pas comme des justifications statiques, mais comme des outils dynamiques pour renforcer la participation citoyenne, l’alternance et la justice institutionnelle.

3. Droit positif vs. pari putatif : Implications théoriques et pratiques

Dans son document, le Pr. Jacques Fame Ndongo oppose deux notions fondamentales : le « droit positif », qu’il considère comme fondamentalement objectif et indiscutable, et le « pari putatif », qu’il qualifie d’illusoire. Cette dichotomie constitue un élément central de sa défense de la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2025. Cependant, une analyse approfondie révèle que cette opposition soulève des questions complexes sur le rôle du droit, de la perception sociale et des normes démocratiques dans la légitimation du pouvoir politique.

3.1. Comprendre le droit positif dans son contexte politique

Le droit positif, tel que défini par Hans Kelsen (Pure Theory of Law, 1934), repose sur l’idée que le droit est un système de normes créé par des institutions humaines. Il est distinct du droit naturel, qui s’appuie sur des principes moraux universels. Dans le contexte camerounais, Fame Ndongo s’appuie sur le droit positif pour affirmer que Paul Biya a le droit constitutionnel de se représenter à l’élection présidentielle, arguant que cette disposition est inscrite dans l’article 6 de la Constitution.

Cependant, plusieurs penseurs, dont Lon Fuller (The Morality of Law, 1964), mettent en garde contre une interprétation purement positiviste du droit, surtout dans des régimes où les institutions législatives sont contrôlées par l’exécutif. Fuller souligne que le droit doit également répondre à des critères de justice, de transparence et de moralité pour garantir sa légitimité. Dans le cas du Cameroun, l’utilisation répétée de réformes constitutionnelles pour prolonger le mandat présidentiel, comme celles de 2008 qui ont supprimé la limitation des mandats, peut être vue comme un exemple d’instrumentalisation du droit positif au profit du pouvoir exécutif.

Cette instrumentalisation est également critiquée par Ronald Dworkin (Law’s Empire, 1986), qui affirme que le droit ne doit pas être réduit à des règles formelles, mais doit être interprété en fonction de ses principes sous-jacents. Si le droit positif confère à Paul Biya la possibilité de se représenter, il ne garantit pas que cet acte soit moralement ou démocratiquement acceptable.

3.2. Pari putatif : Un concept mal défini

Le terme « pari putatif », utilisé par Fame Ndongo, fait référence à une croyance erronée ou illusoire dans la légitimité d’une situation. Il s’oppose à l’objectivité supposée du droit positif. Cependant, ce concept manque de clarté et semble dévaloriser toute opposition au statu quo en la qualifiant de subjective ou infondée.

Selon Jürgen Habermas (Between Facts and Norms, 1996), une démocratie légitime ne peut se contenter d’invoquer la légalité pour justifier ses actions. Elle doit également s’appuyer sur un consensus rationnel, issu du dialogue entre les citoyens et les institutions. En qualifiant toute critique de la candidature de Paul Biya de « pari putatif », Fame Ndongo rejette implicitement la possibilité d’un débat démocratique sur la pertinence de cette candidature. Ce rejet va à l’encontre de l’idéal habermassien d’une sphère publique où les opinions divergentes peuvent être discutées et confrontées.

Par ailleurs, Ernesto Laclau (On Populist Reason, 2005) met en garde contre l’utilisation de discours dichotomiques qui opposent une vérité prétendument objective (ici, le droit positif) à une illusion collective (le pari putatif). Une telle rhétorique peut être utilisée pour délégitimer les voix critiques et renforcer une domination hégémonique.

3.3. Implications pour la démocratie camerounaise

La tension entre droit positif et pari putatif soulève des questions importantes sur l’état de la démocratie au Cameroun. En invoquant le droit positif comme justification ultime, le document de Fame Ndongo néglige trois dimensions essentielles : la légitimité procédurale, la perception populaire et l’éthique politique.

3.3.1. La légitimité procédurale

Comme l’expliquent Linz et Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996), la légitimité des régimes démocratiques repose sur des procédures équitables et transparentes. Si le droit positif permet la réélection de Paul Biya, il est crucial que ce processus soit perçu comme équitable par la population. Or, des rapports d’organisations internationales, comme Freedom House et Transparency International, soulignent régulièrement des déficiences dans la transparence électorale et l’équité des processus politiques au Cameroun.

En outre, la concentration prolongée du pouvoir autour de Paul Biya réduit la crédibilité des institutions démocratiques. Robert Dahl (Polyarchy: Participation and Opposition, 1971) affirme que la démocratie repose sur une compétition politique réelle, où les citoyens ont le choix entre des alternatives viables. En verrouillant les mécanismes institutionnels pour favoriser la continuité du régime, le Cameroun s’éloigne des normes de la « polyarchie » démocratique.

3.3.2. La perception populaire

La légitimité d’un régime dépend également de la perception qu’en ont les citoyens. Selon David Easton (A Systems Analysis of Political Life, 1965), la stabilité politique repose sur un équilibre entre l’efficacité (performance des institutions) et la légitimité (acceptation des règles du jeu par la population). Si la réélection de Paul Biya est perçue comme un prolongement artificiel de son pouvoir, cela risque d’éroder la confiance des citoyens dans le système politique.

De plus, les travaux de Pierre Rosanvallon (La légitimité démocratique, 2008) montrent que dans les démocraties modernes, la légitimité ne peut pas se limiter à des critères juridiques. Elle doit intégrer une reconnaissance populaire basée sur l’équité, la justice et l’alternance. Dans ce contexte, l’argument de Fame Ndongo selon lequel le droit positif suffit à justifier la candidature de Paul Biya apparaît insuffisant.

3.3.3. L’éthique politique

Enfin, l’éthique politique joue un rôle central dans la consolidation démocratique. Hannah Arendt (The Human Condition, 1958) insiste sur la responsabilité des dirigeants de privilégier l’intérêt général plutôt que leur propre maintien au pouvoir. Si le droit positif peut être utilisé pour prolonger un mandat présidentiel, l’éthique exige une réflexion sur l’impact de cette décision sur la société dans son ensemble.

Au Cameroun, la longévité exceptionnelle de Paul Biya au pouvoir (depuis 1982) pose la question de l’usure démocratique. Giovanni Sartori (The Theory of Democracy Revisited, 1987) avertit que l’absence d’alternance politique peut conduire à une stagnation institutionnelle et à une concentration excessive du pouvoir, sapant ainsi les fondements de la démocratie.

3.4. La nécessité d’un équilibre

L’opposition entre droit positif et pari putatif, telle que formulée par Fame Ndongo, masque une vérité fondamentale : les systèmes politiques démocratiques reposent sur un équilibre entre légalité et légitimité. Comme le soutient John Rawls (A Theory of Justice, 1971), les lois et institutions doivent être conçues pour promouvoir une justice équitable et inclusive. Lorsque cet équilibre est rompu, comme c’est le cas dans les contextes où la légalité est utilisée pour perpétuer le pouvoir d’une seule personne, la stabilité politique est mise en péril.

L’opposition entre droit positif et pari putatif, au cœur de la défense de la candidature de Paul Biya par le Pr. Jacques Fame Ndongo, révèle des failles profondes dans la gouvernance politique camerounaise. Si le droit positif offre un fondement juridique à cette candidature, il ne suffit pas à répondre aux exigences démocratiques modernes, qui incluent l’équité, l’alternance et la participation populaire. Cette analyse souligne la nécessité de repenser les mécanismes politiques et institutionnels pour garantir que le droit soit au service de la justice et non d’une élite dominante. En cela, le Cameroun doit s’inspirer des principes universels de la démocratie, où le pouvoir doit être à la fois légal et légitime.

4. Le rôle du débat démocratique : enjeux et perspectives dans le contexte camerounais

Le Pr. Jacques Fame Ndongo conclut son document en appelant à un débat démocratique sur la candidature de Paul Biya, affirmant que le RDPC est prêt à confronter ses idées à celles des autres acteurs politiques. Cet appel au débat semble louable en surface, mais il soulève des questions sur la réalité des conditions nécessaires à un débat véritablement démocratique dans le contexte camerounais. Cette section explore les éléments fondamentaux du débat démocratique, analyse les obstacles à sa mise en œuvre au Cameroun et propose des pistes pour garantir son authenticité.

4.1. Le débat démocratique : principes fondamentaux

Le débat démocratique est une composante essentielle des systèmes politiques pluralistes. Selon Jürgen Habermas (The Structural Transformation of the Public Sphere, 1962), un débat démocratique véritable repose sur une « sphère publique » où les citoyens peuvent discuter librement des questions d’intérêt commun. Cette sphère doit être caractérisée par :

1. La liberté d’expression : Les citoyens et les acteurs politiques doivent être libres d’exprimer leurs opinions sans crainte de représailles.

2. L’égalité des participants : Toutes les voix doivent avoir un poids égal, indépendamment de leur origine ou affiliation politique.

3. L’argumentation rationnelle : Les débats doivent se fonder sur des arguments logiques et des faits, plutôt que sur des attaques personnelles ou des manipulations émotionnelles.

Dans le contexte des démocraties modernes, Linz et Stepan (Problems of Democratic Transition and Consolidation, 1996) ajoutent que le débat démocratique doit également être soutenu par des institutions fortes et impartiales, comme des médias indépendants, des mécanismes judiciaires fiables et des organes électoraux transparents.

4.2. Les obstacles au débat démocratique au Cameroun

Bien que le Pr. Jacques Fame Ndongo invite à un débat ouvert, plusieurs obstacles structurels et contextuels compromettent la possibilité d’un débat authentique au Cameroun.

4.2.1. Le contrôle de l’espace public

Au Cameroun, le débat politique est largement dominé par le RDPC, qui bénéficie d’un accès privilégié aux médias publics et d’un contrôle significatif des institutions étatiques. Pierre Rosanvallon (La Contre-démocratie, 2006) souligne que lorsque l’espace public est capturé par une élite dominante, le débat devient une simple formalité, incapable de refléter une véritable diversité d’opinions. Les opposants politiques, en revanche, rencontrent des obstacles importants pour accéder aux plateformes médiatiques ou pour organiser des rassemblements.

4.2.2. La répression des dissidences

La liberté d’expression, essentielle au débat démocratique, est souvent compromise par des restrictions légales et des pratiques répressives. Selon Human Rights Watch (2023), les opposants politiques au Cameroun sont fréquemment soumis à des intimidations, des arrestations arbitraires et des harcèlements judiciaires. Ces conditions découragent la participation active des citoyens et des partis d’opposition au débat public.

4.2.3. La faiblesse des institutions démocratiques

Le Cameroun souffre également d’un déficit institutionnel, caractérisé par une absence de mécanismes impartiaux pour réguler le débat politique. Robert Dahl (Polyarchy: Participation and Opposition, 1971) affirme que des institutions fortes et autonomes sont nécessaires pour garantir l’équité dans la compétition politique. Or, au Cameroun, l’organisme en charge des élections (ELECAM) est souvent critiqué pour son manque d’indépendance, ce qui sape la confiance dans le processus électoral et réduit la motivation des acteurs politiques à s’engager dans un débat constructif.

4.2.4. La culture du débat politique

Au-delà des obstacles structurels, il existe également un problème culturel lié à la manière dont le débat politique est mené. Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (Hegemony and Socialist Strategy, 1985) notent que dans les systèmes où la domination politique est hégémonique, le débat tend à être réduit à une rhétorique d’autolégitimation plutôt qu’à une véritable confrontation d’idées. Au Cameroun, le débat politique est souvent marqué par des accusations personnelles, des insultes et des manipulations médiatiques, plutôt que par un échange rationnel et respectueux.

4.3. Les enjeux du débat démocratique dans le contexte camerounais

Malgré ces obstacles, un débat démocratique authentique reste crucial pour répondre aux défis politiques et institutionnels du Cameroun. Trois enjeux majeurs se dégagent :

4.3.1. Renforcer la légitimité du processus électoral

Un débat démocratique ouvert et transparent peut contribuer à restaurer la confiance des citoyens dans le processus électoral. Comme l’affirme Giovanni Sartori (The Theory of Democracy Revisited, 1987), la compétition politique équitable est essentielle pour légitimer les dirigeants et renforcer la stabilité politique. Si Paul Biya et le RDPC souhaitent réellement justifier leur candidature, ils doivent s’engager dans un débat où les opposants peuvent exprimer leurs points de vue sans contraintes.

4.3.2. Favoriser l’inclusion politique

Le Cameroun est un pays caractérisé par une diversité culturelle, linguistique et régionale. Un débat démocratique authentique peut servir de plateforme pour articuler les revendications des différentes composantes de la société camerounaise. Comme le souligne Iris Marion Young (Inclusion and Democracy, 2000), la démocratie ne peut être inclusive que si toutes les voix, y compris celles des groupes marginalisés, sont entendues dans les processus de décision.

4.3.3. Encourager la responsabilisation des dirigeants

Un débat démocratique rigoureux oblige les dirigeants à rendre des comptes sur leurs actions et leurs promesses. Hannah Arendt (The Origins of Totalitarianism, 1951) rappelle que la responsabilité est au cœur de la démocratie. Au Cameroun, où Paul Biya est au pouvoir depuis plus de 40 ans, un débat ouvert permettrait de confronter son bilan aux aspirations des citoyens.

4.4. Conditions nécessaires pour un débat démocratique authentique

Pour que le débat démocratique prôné par Fame Ndongo soit véritablement inclusif et constructif, plusieurs conditions doivent être réunies :

4.4.1. Garantir la liberté d’expression

Le gouvernement camerounais doit s’engager à protéger les droits fondamentaux des citoyens, notamment la liberté d’expression et d’association. Comme l’affirme Amartya Sen (Development as Freedom, 1999), la liberté politique est un pilier essentiel du développement démocratique.

4.4.2. Assurer l’indépendance des institutions

Les institutions chargées de réguler le débat public, telles que les médias et les organes électoraux, doivent être indépendantes de l’exécutif. Cela nécessite des réformes profondes pour garantir leur impartialité.

4.4.3. Encourager la pluralité des voix

Le RDPC, en tant que parti dominant, a une responsabilité particulière pour garantir que toutes les opinions politiques puissent s’exprimer librement. Cela inclut la création de conditions équitables pour les partis d’opposition et la société civile.

4.4.4. Promouvoir une culture de débat rationnel

Les acteurs politiques camerounais doivent s’engager à respecter les normes du débat démocratique, en évitant les attaques personnelles et en privilégiant les arguments fondés sur des faits.

Le débat démocratique constitue un outil indispensable pour garantir la légitimité et la transparence du processus électoral au Cameroun. Cependant, pour que cet outil soit réellement efficace, il doit s’appuyer sur des principes clairs et des institutions solides. Le Pr. Jacques Fame Ndongo, en appelant à un débat démocratique, offre une opportunité de transformer le paysage politique camerounais. Toutefois, cette opportunité ne peut être saisie que si les conditions nécessaires sont réunies pour permettre une confrontation équitable et respectueuse des idées. Un véritable débat démocratique ne doit pas être une simple formalité rhétorique, mais un processus actif de construction collective, où le droit, la légitimité et la justice se rencontrent.

Conclusion générale

L’analyse des arguments avancés par le Pr. Jacques Fame Ndongo en faveur de la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2025 révèle des tensions profondes entre la légalité formelle, la légitimité démocratique et les aspirations sociopolitiques du Cameroun. Si le recours au droit positif offre une base juridique solide pour justifier cette candidature, il ne parvient pas à dissiper les interrogations sur la nécessité d’une alternance politique, élément fondamental de toute démocratie moderne. En effet, l’invocation des textes constitutionnels et statutaires du RDPC, bien que juridiquement valables, illustre une instrumentalisation des institutions au service d’une élite dominante, au détriment des principes de renouvellement et de pluralité.

Au-delà de la légalité, la légitimité populaire mise en avant dans ce document demeure contestable dans un contexte marqué par un faible pluralisme, des restrictions aux libertés fondamentales et une répression des oppositions. La notion même de « légitimité » est vidée de sa substance lorsqu’elle n’est pas soutenue par des processus transparents, inclusifs et compétitifs. En ce sens, l’appel à un débat démocratique, bien qu’important en théorie, ne peut avoir de valeur réelle sans un environnement institutionnel et politique garantissant l’égalité des chances pour tous les acteurs politiques.

Cette étude met également en lumière les défis structurels de la gouvernance au Cameroun. La centralisation du pouvoir au sein du RDPC, combinée à l’absence d’alternance depuis plus de quatre décennies, risque de saper davantage la confiance des citoyens dans les institutions publiques. Or, comme le démontrent les théories modernes de la démocratie, un système politique ne peut survivre durablement sans un équilibre entre légalité, légitimité et participation citoyenne. Le Cameroun, à ce titre, doit non seulement réévaluer ses pratiques institutionnelles, mais aussi engager des réformes profondes pour consolider un cadre démocratique où le pouvoir n’est pas monopolisé, mais partagé et soumis à des mécanismes de reddition de comptes.

En conclusion, si la défense de Jacques Fame Ndongo constitue une tentative élaborée de justifier la candidature de Paul Biya, elle soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. L’avenir démocratique du Cameroun repose sur sa capacité à dépasser les limitations actuelles, à renforcer ses institutions et à garantir des élections véritablement libres, équitables et transparentes. Cela nécessite non seulement un respect des textes juridiques, mais aussi une adhésion sincère aux principes éthiques et aux aspirations de la société camerounaise pour un État véritablement inclusif et participatif. À l’approche des élections de 2025, le Cameroun a une opportunité historique de démontrer son engagement envers ces idéaux et de tracer une voie vers une démocratie plus solide et durable.

1. Arendt, H. (1958). The Human Condition. University of Chicago Press.

2. Dahl, R. A. (1971). Polyarchy: Participation and Opposition. Yale University Press.

3. Diamond, L. (1999). Developing Democracy: Toward Consolidation. Johns Hopkins University Press.

4. Dworkin, R. (1986). Law’s Empire. Harvard University Press.

5. Easton, D. (1965). A Systems Analysis of Political Life. Wiley.

6. Fuller, L. L. (1964). The Morality of Law. Yale University Press.

7. Habermas, J. (1962). The Structural Transformation of the Public Sphere. MIT Press.

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9. Kelsen, H. (1934). Pure Theory of Law. University of California Press.

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24. Freedom House. (2023). Freedom in the World 2023. Freedom House.

ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES 2025, TRAFIC DES CARTES NATIONALES D’IDENTITÉS: LETTRE OUVERTE DU SG DU MLDC À L’ATTENTION DE M. MBARGA NGUELE, DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL À LA SÛRETÉ NATIONALE


Individu identifié comme militant du RDPC, entouré d’un stock de cartes nationales d’identité

Objet : Appel à une intervention urgente pour mettre fin au trafic des cartes nationales d’identité en lien avec les élections présidentielles de 2025

Monsieur le Délégué Général,

En ma qualité de Secrétaire Général du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), je me permets de m’adresser directement à vous, en tant que patriarche et serviteur dévoué de la République, pour attirer votre attention sur une situation gravissime qui menace l’intégrité de notre nation et la paix sociale.

Il y’a quelques temps, une vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux, met en évidence un trafic présumé de cartes nationales d’identité. Cet acte, perpétré par des individus qui semblent affiliés au RDPC, met en lumière un réseau organisé visant à manipuler le processus électoral. Ce trafic est une menace directe contre l’État de droit et la démocratie, et il engage la responsabilité des institutions chargées de protéger ces valeurs, en particulier la Police nationale.

Monsieur le Délégué Général, en tant que garant de la sécurité nationale, votre sens du devoir et votre amour profond pour le Cameroun vous imposent d’agir avec fermeté et transparence. Le peuple camerounais, et en particulier sa jeunesse, repose sur votre sagesse pour garantir que de telles dérives ne restent pas impunies.

Nous vous demandons respectueusement de :

  1. Ouvrir une enquête immédiate : Identifier et poursuivre les responsables impliqués dans ce trafic de cartes nationales d’identité, y compris Monsieur Ali Bachir, dont le nom est cité dans cette affaire.
  2. Renforcer les mécanismes de contrôle : Mettre en place des procédures strictes pour sécuriser la production et la distribution des cartes nationales d’identité.
  3. Collaborer avec ELECAM : Assurer une gestion transparente et impartiale des documents électoraux en amont du scrutin présidentiel de 2025.

Monsieur le Patriarche, le Cameroun traverse une période critique. L’histoire retiendra votre courage et votre sens du devoir si vous agissez maintenant pour protéger l’intégrité de notre système électoral. Votre patriotisme et votre amour pour notre pays sont la garantie que justice sera faite. Nous croyons fermement que vous saurez répondre à cet appel du peuple camerounais.

Recevez, Monsieur le Délégué Général, l’expression de ma très haute considération.

PR JIMMY YAB
Secrétaire Général Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC)


L’ESPOIR TRAHI PAR LE PCRN DANS LA SANAGA MARITIME & NYONG-et-KÉLLÉ, LE MLDC PROPOSE

Diaspora camerounaise, levier stratégique pour le MLDC : Vers une révolution électorale en 2025 ?

Pr Jimmy Yab, SG du MLDC à Rennes, France

Résumé

La diaspora camerounaise, forte de plus de 5 millions de membres répartis à travers le monde, joue un rôle central dans les dynamiques socio-économiques et politiques du pays. En 2025, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) met cette communauté au cœur de sa stratégie électorale, en vue de mobiliser un électorat globalisé et de promouvoir un projet sociopolitique inclusif. Cet article examine en détail les contributions économiques, sociales et politiques de la diaspora camerounaise tout en les comparant aux rôles similaires joués par les diasporas nigériane et sénégalaise. À travers cette analyse, nous identifions des stratégies concrètes pour maximiser l’impact de cette communauté sur les prochaines élections présidentielles et au-delà.

Mots-clés: Diaspora camerounaise, Élections présidentielles 2025, MLDC, Participation politique, Transferts financiers, Plaidoyer international, Développement économique,Vote des expatriés, Mobilisation diaspora, Structuration politique

Abstract

The Cameroonian diaspora, with over 5 million members worldwide, plays a central role in the country’s socio-economic and political dynamics. In 2025, the Movement for the Liberation and Development of Cameroon (MLDC) places this community at the core of its electoral strategy, aiming to mobilize a globalized electorate and promote an inclusive sociopolitical agenda. This article provides an in-depth analysis of the economic, social, and political contributions of the Cameroonian diaspora, comparing them to similar roles played by Nigerian and Senegalese diasporas. Through this examination, we identify actionable strategies to enhance the diaspora’s impact on upcoming presidential elections and beyond.

Keywords: Cameroonian diaspora, 2025 presidential elections, MLDC, Political participation, Financial remittances, International advocacy, Economic development, Expatriate voting, Diaspora mobilization, Political structuring

1. La diaspora camerounaise : un levier économique et social

1.1. Les transferts financiers : une bouffée d’oxygène pour l’économie nationale

La diaspora camerounaise contribue de manière significative à l’économie nationale à travers des transferts financiers réguliers. En 2022, ces envois de fonds représentaient environ 1,7 milliard USD, soit 7,5 % du PIB camerounais (Banque mondiale, 2023). Ces montants sont souvent destinés à financer des besoins essentiels : paiement des frais de scolarité, frais médicaux, construction d’habitations, et soutien aux PME. Ces fonds apportent une stabilité économique à des milliers de familles et atténuent les effets de la pauvreté structurelle.

Cependant, ces flux financiers restent largement informels, ce qui limite leur impact sur l’économie nationale dans son ensemble. Contrairement à la diaspora nigériane, qui canalise une part importante de ses envois à travers des plateformes bancaires formelles, la diaspora camerounaise utilise encore massivement des réseaux informels, comme les agences de transfert d’argent ou les envois directs. Pour maximiser cet apport, il est essentiel d’encourager des politiques de bancarisation et d’incitation fiscale, ce que le MLDC pourrait intégrer à son programme économique.

1.2. Le rôle social et culturel de la diaspora

La diaspora camerounaise joue également un rôle central dans le renforcement des liens sociaux et culturels entre les Camerounais résidant au pays et ceux à l’étranger. À travers des associations ou des organisations spécifiques à certaines régions (Bamiléké, Bassa, etc.), elle contribue à des projets communautaires, tels que la construction de centres de santé, le financement de bourses d’études, et la rénovation d’infrastructures locales.

Sur le plan culturel, cette diaspora promeut le patrimoine camerounais à l’international par l’organisation de festivals, conférences, et expositions, ce qui contribue à rehausser l’image du pays sur la scène mondiale. Ce rôle de médiation culturelle pourrait être mieux exploité par le MLDC pour construire une identité collective nationale qui transcende les divisions ethniques et régionales.

2. Rôle politique de la diaspora dans les élections de 2025

2.1. Mobilisation politique : entre défis et opportunités

Depuis plusieurs années, la diaspora camerounaise s’affirme comme un acteur politique majeur, notamment par son rôle dans les mobilisations contre les irrégularités électorales. En 2018, des manifestations organisées dans des villes comme Paris, Washington, et Berlin ont attiré l’attention internationale sur les enjeux démocratiques du pays. En 2025, le MLDC entend canaliser cette énergie en mobilisant la diaspora autour d’un projet politique cohérent.

Cependant, plusieurs défis subsistent. Le vote des Camerounais de l’étranger, bien que légalement prévu, reste sous-exploité en raison de la faible accessibilité des bureaux de vote et du manque de sensibilisation. À titre comparatif, le Sénégal permet à sa diaspora de participer activement au processus électoral, avec une représentation politique institutionnalisée, ce qui renforce la légitimité démocratique.

Pour le MLDC, il est impératif de plaider pour des réformes permettant une plus grande inclusion électorale de la diaspora. Cela pourrait inclure la mise en place de plateformes numériques pour l’inscription sur les listes électorales ou l’introduction du vote par correspondance.

2.2. Diplomatie parallèle et plaidoyer international

La diaspora camerounaise utilise également sa position stratégique dans des pays influents, comme la France ou les États-Unis, pour attirer l’attention des gouvernements et des organisations internationales sur les enjeux politiques et humanitaires du Cameroun. Ce rôle de diplomatie parallèle a permis de sensibiliser sur des problématiques comme la crise anglophone ou la lutte contre la corruption.

Pour les élections de 2025, le MLDC pourrait renforcer cette dynamique en organisant des campagnes internationales de plaidoyer, mobilisant les Camerounais de la diaspora pour interpeller des institutions telles que l’Union européenne, l’Union africaine, ou les Nations unies sur l’importance d’un processus électoral transparent.

3. Comparaison avec d’autres diasporas africaines

3.1. La diaspora nigériane : un modèle de structuration économique et politique

La diaspora nigériane est souvent citée comme un exemple de structuration réussie. Avec des transferts financiers atteignant 21,9 milliards USD en 2022, elle est l’une des premières sources de devises pour le Nigeria. Mais au-delà de son impact économique, cette diaspora a su se positionner politiquement grâce à des organisations bien établies, comme la Nigerian Diaspora Organization (NIDO), qui agit comme une interface entre les Nigérians à l’étranger et le gouvernement.

3.2. La diaspora sénégalaise : un acteur politique institutionnalisé

La diaspora sénégalaise, bien que moins nombreuse, joue un rôle politique crucial grâce à son droit de vote effectif à l’étranger et à la représentation directe dans le Parlement national. Ce modèle, qui renforce l’inclusion politique, pourrait inspirer des réformes au Cameroun, notamment sous l’impulsion du MLDC.

3.3. La spécificité camerounaise

En comparaison, la diaspora camerounaise reste sous-représentée dans les structures politiques nationales, malgré sa contribution économique significative. Cette situation découle en partie d’un manque de structuration et de mécanismes institutionnels adaptés.

4. Perspectives pour le MLDC et la diaspora camerounaise

4.1. Renforcer la structuration de la diaspora

Le MLDC pourrait jouer un rôle clé en facilitant la création de réseaux organisés autour d’intérêts communs, tels que le développement économique ou la démocratisation politique. Cela passe par la mise en place d’une plateforme numérique dédiée, qui connecterait les associations diasporiques et offrirait des ressources pour la mobilisation.

4.2. Réformer le cadre législatif pour le vote à l’étranger

Plaider pour une réforme permettant le vote électronique ou par correspondance pourrait considérablement augmenter la participation de la diaspora.

4.3. Sensibiliser sur l’importance de l’engagement politique

Enfin, une campagne de communication ciblée pourrait encourager davantage de Camerounais de l’étranger à s’impliquer dans le processus électoral, tant en tant qu’électeurs qu’en tant que donateurs ou militants.

Conclusion

La diaspora camerounaise dispose d’un potentiel immense pour influencer positivement les élections présidentielles de 2025. En s’appuyant sur ses contributions économiques, son rôle de plaidoyer et ses aspirations politiques, le MLDC peut non seulement maximiser l’impact de cette communauté, mais aussi tracer la voie vers une transformation durable du paysage politique camerounais.

Bibliographie

• Banque mondiale (2023). Migration and Remittances Data.

• Collier, P. (2013). Exodus: How Migration is Changing Our World. Oxford University Press.

• Mohan, G., & Zack-Williams, A. B. (2002). Globalisation from below: Conceptualising the role of the African diaspora in Africa’s development. Review of African Political Economy.

• Ndi, F. A. (2020). Diaspora politics and development in Cameroon. African Affairs.

• Ratha, D., & Plaza, S. (2011). Harnessing Diaspora Resources for Africa. World Bank.

MLDC DEMANDS PAYMENT OF RESEARCH MODERNIZATION ALLOWANCE: OPEN LETTER TO THE PRIME MINISTER, HEAD OF GOVERNMENT OF CAMEROON

Pr Jimmy Yab & H.E. Dion Ngute, Prime Minister of Cameroon

MOVEMENT FOR THE LIBERATION AND DEVELOPMENT OF CAMEROON (MLDC)

General Secretariat

Yaoundé, December 10, 2024

To the Attention of His Excellency, the Prime Minister, Head of Government

Ref: Demand for Payment of the “Research Modernization Allowance”

Subject: Advocacy for Recognizing the Role of University Lecturers through the Payment of the Research Modernization Allowance

Your Excellency,

I am writing to you as Secretary General of the Movement for the Liberation and Development of Cameroon (MLDC) to draw your attention to a critical and urgent issue: the payment of the “Research Modernization Allowance” to university lecturers in Cameroon.

The Strategic Importance of University Lecturers for Cameroon

University lecturers are a cornerstone of a prosperous and innovative society. They are not merely knowledge transmitters but also architects of social and economic transformation through research. As Paulo Freire emphasizes in Pedagogy of the Oppressed (1970), “emancipatory education relies on the valorization of those who produce and disseminate knowledge.” Neglecting their working conditions undermines not only their educational mission but also our national ambition to position Cameroon as a competitive player on the global stage.

The contributions of university lecturers, through training future generations and producing scientific knowledge, directly address economic, health, and technological challenges. For instance, the role of universities in developing local solutions during the COVID-19 pandemic was invaluable. However, their dedication cannot be sustained without appropriate material recognition.

Origin of the Allowance and Unfulfilled Commitments

The “Research Modernization Allowance” was established by Presidential Decree No. 2009/121 of April 8, 2009. This initiative, hailed at the time as a significant breakthrough, aimed to encourage academic excellence and stimulate scientific research, a key driver for national development. By taking this decision, His Excellency President Paul Biya expressed his desire to reposition Cameroon as a key player in knowledge production in Africa.

However, since its creation, this allowance has been paid sporadically, leaving university lecturers in a state of growing frustration and uncertainty. This delay in payment is perceived not only as a betrayal of the promise made by the Head of State but also as a sign of inconsistency in implementing national priorities.

Consequences of Payment Delays

The non-payment of this allowance has serious consequences:

1. Decline in Motivation and Brain Drain: Many university lecturers, disheartened by the lack of financial recognition, seek opportunities abroad. This “brain drain” phenomenon deprives Cameroon of its brightest talents.

2. Deteriorated International Image: A state that fails to honor its commitments to its academic community projects an image of poor governance and misplaced priorities. This affects our ability to attract international partners in education and research.

3. Weakening of Local Research: Without adequate financial incentives, university lecturers increasingly lack the means to fund research projects, limiting national scientific output.

As Michael Apple explains in The State and Higher Education (2000), “the devaluation of the academic body directly weakens the quality of education systems and, by extension, a state’s capacity to innovate.” Unfortunately, this truth is evident in the current situation of Cameroonian university lecturers.

Recommendations

On behalf of the MLDC, I urge you to take concrete and immediate measures to resolve this crisis. Here are our recommendations:

1. Immediate Settlement of Arrears: Publish a clear and precise schedule for the payment of allowances owed to university lecturers.

2. Creation of a Special Research Fund: Establish an independent fund, managed in collaboration with representatives of the academic community, to ensure the regularity of future payments.

3. Engagement with Stakeholders: Organize consultations with university lecturer unions to identify obstacles to implementing the allowances and effectively address them.

4. Recognition of University Lecturers: Accompany the payment of the allowance with measures to generally improve working conditions, particularly in terms of resources for research.

The Stakes for the Head of State

The President of the Republic, as the guarantor of commitments made in his name, cannot remain indifferent to this situation. The non-payment of the research modernization allowance undermines the leadership and credibility image he seeks to project. As Nelson Mandela once said, “Education is the most powerful weapon to change the world.” By supporting its university lecturers, Cameroon can demonstrate its commitment to building a better future.

Your Excellency, we cannot afford to sacrifice the future of our country by neglecting those who educate our youth and produce the knowledge necessary for our development. By acting swiftly and resolutely, you have the opportunity to correct this situation and demonstrate your commitment to education and research, which are essential pillars for transforming our nation.

In the hope of a prompt and favorable response, please accept, Your Excellency, the assurances of my highest consideration.

PR JIMMY YAB

Secretary General, Movement for the Liberation and Development of Cameroon (MLDC)

LE MLDC EXIGE LE PAIEMENT DE LA PRIME DE MODERNISATION DE LA RECHERCHE: LETTRE OUVERTE AU PREMIER MINISTRE, CHEF DU GOUVERNEMENT DU CAMEROUN

Pr Jimmy Yab & S.E. Dion Ngute, Premier Ministre du Cameroun

MOUVEMENT POUR LA LIBÉRATION ET LE DÉVELOPPEMENT DU CAMEROUN (MLDC)

Secrétariat Général

Yaoundé, 10 Décembre, 2024

À l’attention de Son Excellence, Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement

Réf : Exigence de paiement de la « Prime de modernisation de la recherche »

Objet : Plaidoyer pour la valorisation du rôle des enseignants-chercheurs par le paiement de la prime de modernisation de la recherche

Excellence,

Je viens, en ma qualité de Secrétaire Général du Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), vous adresser cette lettre pour attirer votre attention sur une question cruciale et urgente : le paiement de la « Prime de modernisation de la recherche » aux enseignants-chercheurs camerounais.

L’importance stratégique des enseignants-chercheurs pour le Cameroun

Les enseignants-chercheurs constituent un pilier fondamental de la construction d’une société prospère et innovante. Ils ne sont pas de simples transmetteurs de savoir, mais également des artisans de la transformation sociale et économique par la recherche. Comme le souligne Paulo Freire dans Pedagogy of the Oppressed (1970), « une éducation émancipatrice repose sur la valorisation de ceux qui produisent et diffusent le savoir ». En négligeant les conditions de travail de ces acteurs, nous compromettons non seulement leur mission éducative, mais également notre ambition de faire du Cameroun un État compétitif sur la scène internationale.

Les travaux des enseignants-chercheurs, à travers la formation des générations futures et la production scientifique, participent directement à la résolution des défis économiques, sanitaires et technologiques. À titre d’exemple, le rôle des universités dans le développement de solutions locales pendant la pandémie de COVID-19 a été déterminant. Cependant, leur dévouement ne peut être durablement soutenu sans une reconnaissance matérielle appropriée.

Origine de la prime et engagements non tenus

La « Prime de modernisation de la recherche » a été instituée par le décret présidentiel n°2009/121 du 8 avril 2009. Cette initiative, saluée à l’époque comme une avancée majeure, visait à encourager l’excellence académique et à stimuler la recherche scientifique, levier clé pour le développement national. Le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, en prenant cette décision, traduisait sa volonté de repositionner le Cameroun comme un acteur clé de la production de savoir en Afrique.

Cependant, depuis sa création, cette prime n’a été payée que sporadiquement, laissant les enseignants-chercheurs dans un état d’incertitude et de frustration croissante. Ce retard de paiement est perçu non seulement comme une trahison de la promesse faite par le chef de l’État, mais également comme un signe d’incohérence dans la mise en œuvre des priorités nationales.

Conséquences des retards de paiement

Le non-paiement de cette prime engendre des conséquences graves :

1. Baisse de la motivation et fuite des cerveaux : De nombreux enseignants-chercheurs, découragés par le manque de reconnaissance financière, préfèrent chercher des opportunités à l’étranger. Ce phénomène, connu sous le nom de « fuite des cerveaux », prive le Cameroun de ses talents les plus brillants.

2. Image internationale détériorée : Un État qui ne respecte pas ses engagements envers son corps académique projette une image de mauvaise gestion et de non-respect de ses priorités. Cela affecte notre capacité à attirer des partenaires internationaux dans le domaine de l’éducation et de la recherche.

3. Affaiblissement de la recherche locale : Sans incitations financières adéquates, les enseignants-chercheurs ont de moins en moins les moyens de financer des travaux de recherche, ce qui limite la production scientifique nationale.

Comme l’explique Michael Apple dans The State and Higher Education (2000), « la dévalorisation du corps académique affaiblit directement la qualité des systèmes éducatifs et, par extension, la capacité d’un État à innover ». Cette vérité s’applique malheureusement à la situation actuelle des enseignants-chercheurs camerounais.

Recommandations

Au nom du MLDC, je vous exhorte à prendre des mesures concrètes et immédiates pour résoudre cette crise. Voici nos recommandations :

1. Règlement immédiat des arriérés : Publier un calendrier clair et précis pour le paiement des primes dues aux enseignants-chercheurs.

2. Création d’un fonds spécial pour la recherche : Mettre en place un fonds indépendant, géré en collaboration avec des représentants du corps académique, pour garantir la régularité des paiements futurs.

3. Dialogue avec les parties prenantes : Organiser des consultations avec les syndicats des enseignants-chercheurs pour identifier les obstacles à la mise en œuvre des primes et y remédier efficacement.

4. Valorisation des enseignants-chercheurs : Accompagner le paiement de la prime par des mesures de revalorisation globale des conditions de travail, notamment en termes de dotation en ressources pour la recherche.

L’enjeu pour le Chef de l’État

Le Président de la République, garant des engagements pris en son nom, ne saurait rester indifférent face à cette situation. Le non-paiement de la prime de modernisation de la recherche compromet l’image de leadership et de crédibilité qu’il s’efforce de projeter. Comme le disait Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. » En soutenant ses enseignants-chercheurs, le Cameroun peut démontrer sa détermination à bâtir un avenir meilleur.

Excellence, nous ne pouvons pas nous permettre de sacrifier l’avenir de notre pays en négligeant ceux qui forment sa jeunesse et produisent le savoir nécessaire à son développement. En agissant rapidement et résolument, vous avez l’opportunité de redresser cette situation et de montrer votre engagement en faveur de l’éducation et de la recherche, qui sont des piliers essentiels pour la transformation de notre nation.

Dans l’espoir d’une réponse rapide et favorable, je vous prie d’agréer, Excellence, l’expression de ma très haute considération.

PR. JIMMY YAB

Secrétaire Général, Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC)

120 000 Inscrits Rétablis : Le MLDC Dénonce Une Fraude d’État et Exige une Réforme Profonde d’ELECAM »

LE MLDC EXIGE LA DÉMISSION DU PRÉSIDENT D’ELECAM


Résumé

L’annonce récente d’ELECAM de réintégrer 120 000 électeurs dans le fichier électoral met en lumière des irrégularités systémiques dans la gestion du processus électoral camerounais. Le MLDC (Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun) dénonce cette décision comme un mécanisme institutionnalisé de fraude et réitère sa demande de démission du président d’ELECAM. S’appuyant sur des exemples internationaux, cet article plaide pour une réforme urgente de l’organe électoral et une supervision internationale afin de restaurer la crédibilité avant les élections présidentielles de 2025.

Mots clés: Élections Camerounaises, ELECAM, Fraude Électorale, MLDC, Audit International, Réforme Électorale

Abstract:

The recent announcement by ELECAM to reintegrate 120,000 voters into the electoral registry highlights systemic irregularities in the management of Cameroon’s electoral process. The MLDC (Movement for the Liberation and Development of Cameroon) condemns this decision as an institutionalized mechanism for fraud and reiterates its call for the resignation of ELECAM’s president. Drawing from global case studies, this article advocates for an urgent overhaul of the electoral body and international oversight to restore credibility ahead of the 2025 presidential elections.

Keywords: Cameroon Elections, ELECAM, Electoral Fraud, MLDC, International Audit, Electoral Reform

Introduction

L’annonce récente par Élections Cameroon (ELECAM) de la réintégration de 120 000 noms sur les listes électorales met en évidence des défaillances structurelles profondes dans la gestion du processus électoral au Cameroun. Cette situation survient à un moment critique, à moins d’un an des élections présidentielles de 2025. Selon le MLDC (Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun), cette réintégration tardive ne peut être interprétée autrement que comme une tentative d’institutionnalisation de la fraude. En conséquence, le MLDC exige la démission immédiate du président d’ELECAM pour incompétence manifeste et appelle à un audit international indépendant du fichier électoral. L’objectif est clair : restaurer la crédibilité du processus électoral camerounais et assurer une élection juste et transparente.


Analyse des faits

La réintégration des 120 000 inscrits, précédemment supprimés pour des raisons liées à des « problèmes d’empreintes digitales », soulève de sérieuses interrogations. Pourquoi ces erreurs n’ont-elles pas été corrigées plus tôt ? Quelle garantie existe-t-il que ces électeurs réintégrés ne sont pas fictifs ou manipulés ? Selon les statistiques publiées par ELECAM, le fichier électoral comprend près de 7 millions d’électeurs inscrits. Une anomalie de 120 000 noms représente environ 1,7 % du total, un chiffre suffisant pour influencer des élections dans un pays où les résultats sont souvent très serrés.

Cette situation rappelle les défaillances électorales observées au Zimbabwe en 2018, où une analyse des listes électorales a révélé la présence de milliers de doublons et d’électeurs fictifs, menaçant ainsi la crédibilité du scrutin. Au Cameroun, l’absence de transparence et le manque de contrôles internes renforcent les soupçons de manipulation. Dans un contexte où les institutions électorales devraient garantir la justice et la transparence, cette annonce d’ELECAM apparaît comme une preuve accablante d’incompétence et de mauvaise gestion.


Position du MLDC

Le MLDC dénonce fermement cette situation comme une fraude d’État institutionnalisée. Le parti estime que maintenir un fichier électoral fiable n’est pas seulement une obligation technique mais un pilier fondamental de la démocratie. La gestion chaotique du fichier électoral par ELECAM, marquée par des erreurs massives et un manque flagrant de transparence, justifie pleinement la démission immédiate du président de cette institution. En outre, le MLDC appelle à la vigilance de la jeunesse camerounaise, qui représente plus de 60 % de l’électorat, pour exiger des réformes structurelles et une gestion électorale transparente.

En comparaison, des pays comme le Ghana ont montré qu’il est possible d’améliorer significativement la crédibilité électorale. En 2020, la Commission électorale du Ghana a adopté un système biométrique avancé et mis à jour ses listes électorales, réduisant ainsi les fraudes à un minimum. Le MLDC préconise une solution similaire pour le Cameroun : moderniser les outils électoraux et adopter une technologie plus robuste pour prévenir les irrégularités.


Comparaisons internationales

L’expérience de pays comme le Kenya offre des leçons précieuses. En 2017, avant les élections générales, un audit indépendant du fichier électoral réalisé par la Fondation Internationale pour les Systèmes Électoraux (IFES) a permis de détecter et de corriger des anomalies majeures. Cette initiative a renforcé la crédibilité des élections et réduit les tensions politiques. De même, en Afrique du Sud, la publication régulière des listes électorales pour examen public constitue une pratique exemplaire de transparence.

Au Cameroun, ces modèles pourraient être adaptés. Le MLDC propose un audit international supervisé par des personnalités reconnues pour leur impartialité et leur expérience, comme l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Ce dernier a souvent joué un rôle décisif dans la résolution des crises électorales en Afrique, apportant une expertise et une neutralité essentielle pour rétablir la confiance.


Recommandations

Pour éviter une crise électorale majeure en 2025, le MLDC propose les actions suivantes :

  1. Audit international indépendant : Faire appel à des organisations internationales comme l’Union Africaine ou la Fondation Carter pour examiner le fichier électoral. Cet audit pourrait être supervisé par des figures comme Olusegun Obasanjo pour garantir sa crédibilité.
  2. Publication des listes électorales : Les rendre accessibles au public pour permettre une vérification citoyenne, comme cela se fait en Afrique du Sud.
  3. Modernisation technologique : Adopter des technologies biométriques plus avancées pour éliminer les doublons et les erreurs d’inscription.
  4. Formation et responsabilisation des agents électoraux : Introduire des formations approfondies pour garantir que les responsables électoraux soient compétents et impartiaux.
  5. Sensibilisation citoyenne : Mener des campagnes pour informer les Camerounais sur leurs droits électoraux et les inciter à exiger des élections transparentes.

En prenant ces mesures, le Cameroun pourrait non seulement restaurer la confiance dans son processus électoral mais aussi envoyer un signal fort à la communauté internationale sur son engagement envers la démocratie.


Conclusion

La réintégration de 120 000 inscrits par ELECAM ne peut être vue comme une simple correction technique. C’est un symptôme d’un problème systémique plus profond qui, s’il n’est pas adressé, pourrait compromettre les élections présidentielles de 2025. Le MLDC, en tant que voix de l’opposition et du changement, appelle à une refonte totale du système électoral camerounais, sous la supervision d’experts internationaux. Il est temps pour le Cameroun de suivre l’exemple de pays africains qui ont réussi à moderniser et crédibiliser leurs processus électoraux. L’avenir de la démocratie camerounaise en dépend.

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Gouvernance par Génération : Le Sénégal et le Cameroun face au Dynamisme de la Jeunesse au Pouvoir

Résumé

Au Sénégal, une nouvelle génération de dirigeants marque un tournant dans la gouvernance nationale. Le plébiscite d’El Malick Ndiaye, 41 ans, comme président de l’Assemblée nationale, accompagné de Diomaye Faye, 44 ans, président de la République, et Ousmane Sonko, 50 ans, Premier ministre, illustre une rupture générationnelle. Ces figures incarnent une gouvernance en phase avec une population où 64 % des citoyens ont moins de 25 ans. À l’opposé, le Cameroun reste dirigé par une classe politique vieillissante, avec des figures comme Paul Biya, 91 ans, président depuis 1982, et Marcel Niat Njifenji, 89 ans, président du Sénat. Cet article examine les implications de cette disparité générationnelle dans la gouvernance des deux pays, en s’appuyant sur des données démographiques, sociopolitiques et des études académiques.

Mots-clés

Jeunesse, gouvernance générationnelle, Sénégal, Cameroun, leadership, démographie, innovation politique, El Malick Ndiaye, Diomaye Faye, Ousmane Sonko.

Abstract

In Senegal, a new generation of leaders marks a turning point in national governance. The election of El Malick Ndiaye, 41, as Speaker of the National Assembly, alongside President Diomaye Faye, 44, and Prime Minister Ousmane Sonko, 50, demonstrates generational renewal. These leaders reflect governance aligned with a population where 64% are under 25 years old. Conversely, Cameroon remains governed by an aging political class, exemplified by Paul Biya, 91, in power since 1982, and Marcel Niat Njifenji, 89, Senate President. This paper explores the implications of this generational disparity in governance between the two countries, leveraging demographic, sociopolitical data and academic studies.

Keywords

Youth, generational governance, Senegal, Cameroon, leadership, demographics, political innovation, El Malick Ndiaye, Diomaye Faye, Ousmane Sonko.

Introduction

La gouvernance contemporaine en Afrique pose une question cruciale : l’âge des dirigeants reflète-t-il les aspirations des populations jeunes ? Le Sénégal s’impose comme un exemple d’adaptation générationnelle, avec des figures telles qu’El Malick Ndiaye (41 ans), président de l’Assemblée nationale, Diomaye Faye (44 ans), président de la République, et Ousmane Sonko (50 ans), Premier ministre.

Face à cette dynamique, le Cameroun reste ancré dans une gouvernance vieillissante, illustrée par Paul Biya (91 ans), Marcel Niat Njifenji (89 ans) et Cabaye Yeguié Dibril. Cette disparité soulève des interrogations sur les impacts d’un leadership jeune par rapport à un leadership âgé, en termes d’innovation politique, de participation citoyenne et de représentativité.

Cet article explore ces enjeux en comparant le Sénégal et le Cameroun, à travers une analyse approfondie des données démographiques et des réalités politiques.

I. La Jeunesse au Pouvoir au Sénégal : Un Changement de Paradigme

1. El Malick Ndiaye, un symbole de renouveau

À 41 ans, El Malick Ndiaye est devenu en 2024 le plus jeune président de l’Assemblée nationale du Sénégal depuis l’indépendance. Ancien économiste et militant pour la transparence institutionnelle, il incarne une génération de leaders marquée par la modernité.

2. Un exécutif jeune et homogène

• Diomaye Faye, président de la République, 44 ans : avocat de formation, il s’est imposé comme un défenseur de la justice sociale et de la réforme institutionnelle.

• Ousmane Sonko, Premier ministre, 50 ans : ancien inspecteur des impôts, connu pour son franc-parler et son combat contre la corruption.

3. Alignement avec une démographie jeune

Selon les données de l’ONU (2023), 64 % de la population sénégalaise a moins de 25 ans, et la médiane d’âge est de 19 ans. Cette jeunesse se reflète désormais dans un leadership politique, favorisant une meilleure inclusion et des politiques publiques adaptées.

4. Réformes en cours

Depuis leur arrivée, ces dirigeants ont lancé entre autres :

• Des programmes d’entrepreneuriat pour les jeunes.

• Une digitalisation accrue de l’administration publique.

• Un soutien massif à l’éducation technique et à la santé reproductive.

II. Le Cameroun : Un Leadership Vieillissant, une Gouvernance en Déphasage

1. Une élite vieillissante aux commandes

• Paul Biya, 91 ans, président depuis 1982 : au pouvoir depuis plus de 42 ans, il est l’un des chefs d’État les plus âgés et les plus anciens en fonction dans le monde.

.Cavayé Yeguié Djibril, né le 1er janvier 1940 à Mada I, président de l’Assemblée nationale depuis 1992 ,.

• Marcel Niat Njifenji, président du Sénat, 89 ans : ancien ingénieur et figure de l’élite politique camerounaise depuis des décennies.

2. Un contraste frappant avec la démographie nationale

Selon la Banque mondiale (2023), le Cameroun partage une structure démographique similaire au Sénégal, avec une médiane d’âge de 18,7 ans et 62 % de la population âgée de moins de 25 ans. Malgré cela, l’écart générationnel entre les dirigeants et les citoyens reste massif.

3. Conséquences pour la gouvernance

• Une faible participation des jeunes aux décisions publiques.

• Des politiques souvent perçues comme déconnectées des réalités de la jeunesse.

• Une lenteur dans l’adoption des innovations technologiques et des réformes institutionnelles.

III. Gouverner par Génération : Avantages et Défis

1. Les atouts du leadership jeune

• Adaptabilité : Compréhension des enjeux contemporains tels que la technologie et l’environnement.

• Mobilisation : Capacité à engager une jeunesse souvent marginalisée dans le processus décisionnel.

• Innovation : Introduction de nouvelles idées et approches dans la gestion publique.

2. Les défis du rajeunissement

• Manque d’expérience : Les jeunes leaders peuvent commettre des erreurs stratégiques par manque de recul.

• Fragilité institutionnelle : Le renouvellement doit s’accompagner d’une stabilité institutionnelle pour éviter des ruptures brutales.

3. L’équilibre générationnel idéal

Les systèmes politiques doivent s’appuyer sur une diversité générationnelle, combinant la créativité des jeunes et l’expérience des aînés pour une gouvernance optimale.

2. Implications pour les politiques publiques

Au Sénégal, la jeunesse au pouvoir favorise des initiatives telles que :

• L’entrepreneuriat digital.

• Les réformes dans le système éducatif.

Au Cameroun, l’inertie politique empêche souvent une réponse adéquate aux défis des jeunes, tels que le chômage ou l’accès aux services sociaux.

Conclusion

Le Sénégal démontre qu’une gouvernance en phase avec sa jeunesse peut catalyser l’innovation et renforcer la participation citoyenne. À l’inverse, le Cameroun illustre les défis d’un leadership vieillissant face à une société jeune. Cette analyse invite à repenser la place des jeunes dans la gouvernance en Afrique, dans un contexte où l’âge des dirigeants influence directement l’efficacité des politiques publiques.

Bibliographie

1. Institut national de la statistique du Sénégal. Rapport démographique 2023. Dakar, Sénégal.

2. Banque mondiale. Perspectives démographiques et économiques de l’Afrique. 2023.

3. Mbaye, Fatou. Jeunesse et politique en Afrique de l’Ouest. Paris : L’Harmattan, 2020.

4. Bayart, Jean-François. L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard, 1989.

5. ONU Afrique. La jeunesse africaine et les objectifs de développement durable. 2022.

6. Mbembe, Achille. Critique de la raison nègre. Paris : La Découverte, 2013.

Une souveraineté développementaliste communautaire partagée : fondement d’un Cameroun fédéral en 4 régions

Résumé

Cet article développe le concept de souveraineté développementaliste communautaire partagée comme fondement juridique et institutionnel pour la fédéralisation du Cameroun en quatre grandes régions : le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral et le Grand Ouest. Ce modèle articule trois principes majeurs : le développementalisme, qui priorise les interventions stratégiques pour stimuler la croissance économique ; le communautarisme, qui valorise la gouvernance participative et locale ; et le partage de la souveraineté entre l’État central et les régions fédérées. L’article analyse les aspects fondamentaux de ce modèle, y compris la gestion de la séparation des pouvoirs, en proposant des mécanismes institutionnels robustes pour garantir son efficacité. S’inspirant de cadres théoriques et d’exemples internationaux, il met en lumière les opportunités et les défis de sa mise en œuvre.

Abstract

This article explores the concept of shared developmentalist community sovereignty as a legal and institutional framework for Cameroon’s federalization into four major regions: Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, and Grand Ouest. This model is structured around three main principles: developmentalism, prioritizing strategic interventions to stimulate economic growth; communalism, emphasizing participatory and localized governance; and the sharing of sovereignty between the central state and federated regions. The article examines the core aspects of this model, including the management of power separation, proposing robust institutional mechanisms to ensure its effectiveness. Drawing on theoretical frameworks and international examples, it highlights the opportunities and challenges of its implementation

Mots clés : Fédéralisme, souveraineté partagée, développementalisme, gouvernance communautaire, Cameroun, décentralisation, séparation des pouvoirs.

Keywords: Federalism, shared sovereignty, developmentalism, community governance, Cameroon, decentralization, power separation.


Introduction

Un développementalisme partagé

Le Cameroun, marqué par une diversité ethnique, linguistique et géographique, fait face à des défis institutionnels et socio-économiques qui nécessitent une réforme profonde de son mode de gouvernance. Les tensions régionales, exacerbées par la crise anglophone et les disparités économiques, mettent en lumière les limites d’un système centralisé dans la gestion des besoins variés du pays. Dans ce contexte, la fédéralisation en quatre grandes régions, Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral et Grand Ouest, se présente comme une solution potentielle pour renforcer la gouvernance, favoriser un développement inclusif et promouvoir l’unité nationale.

La souveraineté développementaliste communautaire partagée, concept central de cette proposition, combine autonomie régionale, participation communautaire et coopération nationale. Ce modèle vise à transformer la gouvernance en s’appuyant sur les capacités locales tout en assurant une coordination nationale efficace. Cet article explore les fondements, les mécanismes et les implications pratiques de ce modèle en analysant cinq aspects essentiels : la définition de la souveraineté, le rôle du développementalisme, le communautarisme comme levier participatif, le partage des compétences entre l’État central et les régions, et la gestion de la séparation des pouvoirs dans un État fédéral.


1. Définition et fondements de la souveraineté développementaliste communautaire partagée

La souveraineté développementaliste communautaire partagée se distingue par son caractère hybride, qui combine autonomie régionale et coopération nationale pour garantir une gouvernance inclusive. Inspirée des théories de l’État développementaliste, cette souveraineté reconnaît que les régions fédérées et l’État central doivent collaborer pour atteindre des objectifs communs de développement. Contrairement à un fédéralisme classique, où les régions peuvent fonctionner de manière relativement indépendante, ce modèle privilégie une interaction constante entre les différents niveaux de pouvoir (Evans, 1995).

Dans ce système, chaque région dispose de pouvoirs souverains dans des domaines spécifiques tels que la gestion des ressources naturelles, l’éducation et le développement économique local. Par exemple, le Grand Nord pourrait se concentrer sur des initiatives d’agriculture durable et d’irrigation pour répondre aux défis climatiques, tandis que l’État central travaillerait à fournir les infrastructures nécessaires pour soutenir ces initiatives. Ce partage des responsabilités permet de maximiser les capacités locales tout en maintenant une cohésion nationale.

La souveraineté partagée offre également des mécanismes institutionnels pour résoudre les conflits entre l’État central et les régions. Des conseils intergouvernementaux et une Cour constitutionnelle fédérale seraient chargés d’arbitrer ces différends, garantissant ainsi une gouvernance fluide et efficace.


2. Le développementalisme comme moteur de la souveraineté

Le développementalisme constitue un pilier central de ce modèle en plaçant la transformation économique et sociale au cœur de la souveraineté. Ce concept repose sur l’idée que l’État, à tous les niveaux, doit jouer un rôle actif dans la planification et la mise en œuvre des politiques de développement (Rodrik, 2007).

Dans un Cameroun fédéral, chaque région serait habilitée à développer des stratégies économiques adaptées à ses atouts et défis. Par exemple, le Grand Littoral, avec ses ports de Douala et Kribi, pourrait devenir un hub logistique et commercial en Afrique centrale. L’État central interviendrait pour attirer les investissements internationaux nécessaires à la modernisation des infrastructures portuaires, tandis que les autorités régionales géreraient les zones économiques spéciales autour des ports.

Le développementalisme s’appuie également sur des partenariats public-privé pour stimuler les investissements dans des secteurs clés. Par exemple, le Grand Sud pourrait développer l’agroforesterie durable pour exploiter ses vastes ressources naturelles tout en protégeant l’environnement. Ces initiatives nécessitent cependant une capacité institutionnelle renforcée au niveau régional, avec des fonctionnaires formés et des systèmes de gouvernance transparents.


3. Communautarisme : Intégrer les citoyens dans la gouvernance

Le communautarisme dans ce modèle de souveraineté partagée vise à garantir que les citoyens et les institutions locales participent activement à la prise de décision. Contrairement à une approche descendante de la gouvernance, cette dimension met en avant la participation directe des communautés locales dans la gestion des affaires publiques (Rodríguez-Pose, 2013).

Chaque région pourrait instituer des forums communautaires ou des conseils de village pour permettre aux citoyens d’exprimer leurs besoins et leurs priorités. Par exemple, dans le Grand Ouest, ces structures consultatives pourraient identifier les obstacles rencontrés par les petites entreprises locales et proposer des solutions adaptées. Cette approche renforce la légitimité des institutions régionales et favorise un développement inclusif.

En outre, le communautarisme peut jouer un rôle clé dans la gestion des conflits sociaux. Dans un Cameroun fédéral, les forums communautaires pourraient servir de plateformes pour apaiser les tensions, notamment dans les régions anglophones, où les sentiments de marginalisation sont particulièrement élevés.

4. Le partage de la souveraineté entre l’État central et les régions fédérées

Le partage de la souveraineté dans un modèle de fédéralisme développementaliste communautaire partagée repose sur une division claire et fonctionnelle des compétences entre l’État central et les régions fédérées. Contrairement à une centralisation excessive qui limite l’efficacité locale, ou à un fédéralisme purement autonomiste qui risque de fragmenter l’État, ce modèle établit des responsabilités distinctes mais complémentaires entre les deux niveaux de pouvoir. L’objectif est d’atteindre un équilibre entre autonomie régionale et unité nationale, garantissant une gestion efficace des ressources et des politiques publiques (Hueglin & Fenna, 2006).

Les compétences exclusives de l’État central incluent les domaines stratégiques qui nécessitent une coordination nationale, tels que la défense, la politique étrangère, la régulation monétaire et la justice constitutionnelle. Par exemple, l’État central serait responsable de la négociation des accords internationaux sur le commerce ou l’environnement, ce qui inclut la participation à des initiatives régionales comme la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cette centralisation garantit que les intérêts nationaux sont représentés à l’échelle internationale et que les politiques économiques sont harmonisées pour soutenir la croissance collective.

Les compétences exclusives des régions fédérées couvrent des domaines comme la gestion des ressources naturelles, l’éducation, la santé, l’agriculture et le développement économique local. Par exemple, dans le Grand Sud, qui dispose de vastes ressources forestières et minières, la souveraineté régionale permettrait aux autorités locales de gérer ces richesses, de négocier avec les entreprises exploitantes et de veiller à une redistribution équitable des revenus au sein de la région. Cependant, pour éviter des inégalités extrêmes entre les régions riches en ressources naturelles et celles qui en manquent, un mécanisme de redistribution, tel qu’un Fonds de solidarité nationale, sera mis en place pour garantir une équité interrégionale.

Les compétences partagées concernent des enjeux nécessitant une coopération étroite entre les niveaux de pouvoir, comme la gestion des infrastructures, la protection de l’environnement et le commerce interrégional. Par exemple, le développement des infrastructures routières reliant le Grand Nord et le Grand Littoral exigerait une collaboration entre l’État central et les gouvernements régionaux pour financer et superviser le projet. Un Conseil national de coordination, composé de représentants des régions et de l’État central, pourrait être créé pour gérer ces projets communs.

Enfin, pour garantir le bon fonctionnement de cette répartition des compétences, des mécanismes institutionnels robustes seront mis en place. La Cour constitutionnelle fédérale jouera un rôle clé en arbitrant les litiges entre les régions et l’État central, tandis que les conseils intergouvernementaux favoriseront le dialogue et la coordination. Ce partage de la souveraineté favorise ainsi une gouvernance efficace et une gestion optimale des ressources, tout en réduisant les tensions politiques liées aux revendications d’autonomie.


5. La gestion de la séparation des pouvoirs dans un État fédéral

La séparation des pouvoirs dans un État fédéral basé sur la souveraineté développementaliste communautaire partagée implique une organisation bicéphale avec des structures distinctes mais interconnectées au niveau central et au niveau régional. Cette architecture institutionnelle garantit que chaque niveau de gouvernement peut exercer ses fonctions de manière autonome tout en collaborant efficacement sur des enjeux communs (Rodríguez-Pose, 2013).

Au niveau central, la séparation des pouvoirs s’organise autour de trois branches principales :

  • L’exécutif, dirigé par le Président fédéral, est responsable des politiques nationales et de la coordination intergouvernementale. Le gouvernement central se concentre sur des domaines transversaux, comme la sécurité nationale, les relations internationales et la planification économique globale.
  • Le législatif, composé d’un Parlement bicaméral, comprend une Assemblée nationale représentant l’ensemble de la population et un Sénat représentant les intérêts des régions fédérées. Ce Sénat joue un rôle clé en veillant à ce que les politiques nationales respectent les spécificités régionales.
  • Le judiciaire, incarné par la Cour suprême et la Cour constitutionnelle fédérale, garantit la légalité des actions des gouvernements central et régionaux, tout en arbitrant les conflits de compétence.

Au niveau régional, chaque région dispose d’un gouvernement élu, d’un parlement régional et d’un système judiciaire local pour traiter les affaires internes. Par exemple, le Grand Ouest, caractérisé par son dynamisme entrepreneurial, pourrait légiférer sur des politiques fiscales incitatives pour soutenir les petites et moyennes entreprises locales. Cette autonomie permet aux régions de concevoir des solutions adaptées à leurs besoins spécifiques tout en respectant le cadre constitutionnel fédéral.

Les relations entre les niveaux de pouvoir sont régies par des mécanismes institutionnels conçus pour favoriser la coopération et la transparence. Des comités intergouvernementaux peuvent être établis pour coordonner les politiques partagées, comme la gestion des infrastructures ou les réponses aux crises environnementales. Par exemple, dans le cas d’une catastrophe naturelle affectant plusieurs régions, ces comités faciliteraient une réponse collective et coordonnée.

Un autre aspect clé de cette séparation des pouvoirs est la mise en place de contre-pouvoirs pour prévenir les abus. Par exemple, le Parlement régional pourrait superviser les actions de l’exécutif local, tandis que les citoyens auraient le droit de contester les décisions injustes devant les tribunaux régionaux. Ces garanties renforcent la transparence et la responsabilité des institutions à tous les niveaux.

Enfin, ce modèle de séparation des pouvoirs favorise une gouvernance équilibrée en permettant à chaque niveau de gouvernement d’exercer pleinement ses responsabilités sans interférence excessive. Il contribue également à renforcer la confiance des citoyens dans le système fédéral, en leur offrant des institutions accessibles et adaptées à leurs besoins. Ce cadre institutionnel est essentiel pour assurer la stabilité et la durabilité d’un Cameroun fédéré en quatre régions.


Conclusion

La souveraineté développementaliste communautaire partagée offre un cadre juridique et institutionnel novateur pour la fédéralisation du Cameroun. En articulant autonomie régionale, coopération nationale et participation citoyenne, ce modèle garantit une gouvernance inclusive et orientée vers le développement. Le partage des compétences et la séparation des pouvoirs, bien définis et soutenus par des institutions robustes, permettent d’éviter les conflits tout en maximisant l’efficacité des politiques publiques. Cependant, la réussite de ce projet repose sur la capacité des acteurs politiques à s’engager pleinement dans cette transition et sur la mise en place de mécanismes adaptés pour gérer les relations intergouvernementales. En combinant ces éléments, le Cameroun peut poser les bases d’un État fédéral prospère, équitable et uni.

Bibliographie

  • Amsden, A. H. (2001). The Rise of « The Rest »: Challenges to the West from Late-Industrializing Economies. Oxford University Press.
  • Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press.
  • Hueglin, T. O., & Fenna, A. (2006). Comparative Federalism: A Systematic Inquiry. University of Toronto Press.
  • Rodríguez-Pose, A. (2013). « Do Institutions Matter for Regional Development? » Regional Studies.
  • Rodrik, D. (2007). One Economics, Many Recipes: Globalization, Institutions, and Economic Growth. Princeton University Press.

Le régime juridique du Cameroun fédéré en 4 Grandes Régions : Un Développementalisme Coopératif

Les 4 Grandes Régions Fédérées du Cameroun

Résumé

L’article propose un modèle juridique innovant pour le Cameroun fédéré en 4 Grandes Région qui: Le grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral et le Grand Ouest: le fédéralisme développementaliste communautaire coopératif. Ce modèle hybride combine les principes du fédéralisme, de la gouvernance communautaire et de la coopération intergouvernementale pour répondre aux défis structurels du Cameroun. Il met l’accent sur un développement économique équilibré, une gouvernance inclusive, et une collaboration entre les différents niveaux de gouvernement. Les réformes nécessaires incluent une constitution fédérale claire, des lois organiques, et la création d’institutions telles qu’une Cour constitutionnelle et un Conseil National de Coordination (CNC). Les mécanismes économiques, comme la fiscalité régionale et un Fonds de solidarité nationale, visent à réduire les disparités régionales. Bien que le modèle offre des avantages significatifs, il présente des défis liés à la résistance politique et à la faiblesse institutionnelle.

Mots clés

Fédéralisme développementaliste, gouvernance communautaire, coopération intergouvernementale, constitution fédérale, solidarité nationale, développement économique régional, inclusion, coordination institutionnelle , le grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral et le Grand Ouest.

Résumé

The article introduces an innovative legal model for a federalized Cameroon: cooperative developmental community federalism. This hybrid approach combines federalism, community governance, and intergovernmental cooperation to address Cameroon’s structural challenges. It emphasizes balanced economic development, inclusive governance, and collaboration across government levels. Proposed reforms include a clear federal constitution, organic laws, and institutions such as a Constitutional Court and a National Coordination Council (CNC). Economic mechanisms like regional taxation and a National Solidarity Fund aim to reduce regional disparities. While the model offers significant advantages, it faces challenges such as political resistance and institutional weaknesses.

Keywords

Developmental federalism, community governance, intergovernmental cooperation, federal constitution, national solidarity, regional economic development, inclusion, institutional coordination.

Introduction

Le Cameroun, confronté à des défis structurels complexes, tels que les tensions sociopolitiques, les disparités régionales et les inégalités économiques, nécessite un cadre institutionnel novateur pour garantir une gouvernance inclusive et efficace. Le fédéralisme développementaliste communautaire coopératif, proposé comme modèle juridique du Cameroun fédéré en 4 régions à savoir, le grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral et le Grand Ouest, dans Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun de Jimmy Yab et Vincent Nkong Njock vise à répondre à ces enjeux. Ce modèle hybride s’appuie sur les principes du fédéralisme, de la gouvernance communautaire et de la coopération intergouvernementale, tout en intégrant des mécanismes développementalistes pour favoriser une croissance équilibrée et durable.

1. Définition et principes fondamentaux du modèle juridique

a) Fédéralisme développementaliste : un outil pour un développement équilibré

Le fédéralisme développementaliste place le développement économique et social au cœur des priorités institutionnelles. Contrairement au fédéralisme classique, qui met l’accent sur la répartition des pouvoirs, ce modèle s’inspire des théories de l’État développementaliste (Evans, 1995).

  • Rôle actif des gouvernements : Chaque région fédérée est responsabilisée pour exploiter ses ressources locales et développer des stratégies de croissance adaptées à ses réalités.
  • Coordination nationale : L’État central conserve un rôle stratégique dans les politiques macroéconomiques et la planification nationale.

Le fédéralisme développementaliste se distingue du fédéralisme classique en plaçant le développement économique et social au centre des priorités institutionnelles. Ce modèle repose sur une répartition des compétences qui responsabilise chaque région fédérée à identifier et exploiter ses ressources spécifiques pour promouvoir sa croissance. Par exemple, une région riche en ressources minières serait encouragée à investir dans des industries extractives tout en intégrant des pratiques durables. Simultanément, l’État central conserve un rôle stratégique en supervisant la planification macroéconomique, la stabilité monétaire et les politiques nationales. Cette double approche garantit un équilibre entre autonomie locale et cohésion nationale. De plus, ce modèle s’inspire des théories de l’État développementaliste qui suggèrent que des gouvernements proactifs et engagés peuvent stimuler la croissance économique tout en réduisant les inégalités. Enfin, le fédéralisme développementaliste favorise une gouvernance flexible, permettant aux régions de s’adapter aux spécificités locales tout en respectant des objectifs nationaux communs.

b) La gouvernance communautaire : une inclusion au cœur du modèle

Le modèle juridique intègre une approche communautaire de la gouvernance. Cela signifie que :

  • Les communautés locales participent activement à la prise de décision, garantissant ainsi une gestion inclusive et équitable.
  • La diversité culturelle et linguistique est valorisée comme un atout pour le développement régional (Rodríguez-Pose, 2013).

L’intégration du communautarisme dans la gouvernance du Cameroun fédéré vise à instaurer une gestion inclusive et équitable des affaires publiques. Ce système garantit que les populations locales participent activement à la prise de décisions qui affectent directement leur quotidien. Les instances locales, telles que les conseils municipaux ou régionaux, deviendraient les premiers interlocuteurs des citoyens, renforçant ainsi la proximité entre les dirigeants et les administrés. Cette approche valorise également la diversité culturelle et linguistique du Cameroun, un pays riche en traditions et en particularités régionales. Plutôt que de considérer cette diversité comme une source de divisions, le modèle juridique propose de la transformer en un moteur de développement. Par exemple, les communautés pourraient être encouragées à développer des industries basées sur leurs savoir-faire traditionnels ou leurs atouts naturels. Par ailleurs, la gouvernance communautaire favoriserait la responsabilisation locale, réduisant ainsi les tensions liées à une gestion trop centralisée.

c) Coopération intergouvernementale : un rempart contre les rivalités institutionnelles

Le modèle repose sur une collaboration étroite entre les niveaux de gouvernement (central et régional) pour résoudre les défis communs, tels que les infrastructures, l’environnement ou la sécurité. Cette approche prévient les rivalités institutionnelles qui affaiblissent souvent les fédérations (Hueglin & Fenna, 2006).

La coopération intergouvernementale est au cœur du modèle proposé, garantissant une collaboration harmonieuse entre les différents niveaux de gouvernement. En effet, les tensions institutionnelles observées dans plusieurs fédérations sont souvent causées par des chevauchements de compétences ou des rivalités entre régions et État central. Pour éviter ces écueils, le modèle camerounais préconise des mécanismes de coordination solides. Par exemple, le Conseil National de Coordination (CNC) jouerait un rôle clé en regroupant des représentants des régions et de l’État central pour élaborer des politiques nationales cohérentes. De plus, cette coopération permettrait de résoudre les problèmes communs tels que la gestion des infrastructures nationales, la sécurité ou les questions environnementales. Les accords bilatéraux ou multilatéraux entre régions renforceraient également cette dynamique, en permettant des initiatives communes sur des enjeux partagés, comme la gestion des bassins fluviaux ou des forêts transfrontalières.

2. Cadre juridique et institutionnel clair et fonctionnel

a) Une Constitution fédérale claire

La Constitution du Cameroun fédéré devra définir explicitement :

  1. Les compétences exclusives des régions : éducation, santé, gestion des terres et ressources naturelles, promotion de la culture locale.
  2. Les compétences exclusives de l’État central : défense nationale, politique étrangère, justice constitutionnelle et régulation monétaire.
  3. Les compétences partagées : infrastructures, commerce interrégional, gestion de l’environnement.

Un cadre juridique clair est essentiel pour le succès du fédéralisme développementaliste communautaire. La Constitution fédérale, document de base, devra définir de manière précise les compétences exclusives des régions, celles de l’État central, ainsi que les domaines de compétence partagée. Par exemple, les régions auraient une autonomie totale dans des domaines tels que l’éducation, la santé et la gestion des ressources naturelles. En revanche, l’État central conserverait le monopole sur la défense nationale, la politique étrangère et la régulation monétaire. Les compétences partagées, comme la gestion des infrastructures et le commerce interrégional, nécessiteront une coordination rigoureuse pour éviter les conflits. En parallèle, des lois organiques adaptées devront être adoptées pour traduire ces principes constitutionnels en politiques concrètes. Par exemple, une loi sur la fiscalité régionale garantirait une répartition équitable des revenus tout en respectant les spécificités locales.

b) Lois organiques et institutions adaptées et Mécanismes économiques pour une réduction des inégalités régionales

Pour concrétiser ce régime juridique, des lois organiques seront nécessaires, notamment :

  • Une loi sur la fiscalité régionale pour garantir une répartition équitable des ressources financières.
  • Une loi sur la gestion des ressources naturelles, établissant un cadre pour éviter les conflits interrégionaux.
  • Une loi sur la coopération intergouvernementale, créant des structures telles qu’un Conseil National de Coordination (CNC) pour harmoniser les politiques régionales et nationales.

Loi sur la fiscalité régionale pour une répartition équitable des ressources financières

La mise en œuvre d’une loi sur la fiscalité régionale constitue une étape fondamentale pour concrétiser le régime fédéral proposé. Cette loi établirait un cadre juridique permettant à chaque région de collecter des impôts locaux tout en définissant les mécanismes de redistribution nationale pour réduire les inégalités. Par exemple, des taxes spécifiques pourraient être collectées sur les entreprises opérant dans les régions riches en ressources naturelles ou dans les zones urbaines densément peuplées, avec une partie de ces revenus redistribuée aux régions défavorisées. Une telle loi inclurait des dispositions garantissant une transparence totale dans la collecte et l’utilisation des fonds, notamment à travers des audits financiers obligatoires. Par ailleurs, cette fiscalité régionale offrirait aux régions l’autonomie nécessaire pour financer leurs projets de développement, comme la construction d’infrastructures ou l’amélioration des services sociaux. La loi prévoirait également une « clause de solidarité », obligeant les régions économiquement prospères à contribuer à un fonds national de soutien pour les zones marginalisées, assurant ainsi une répartition équitable des ressources.

Loi sur la gestion des ressources naturelles pour éviter les conflits interrégionaux

Une loi sur la gestion des ressources naturelles est essentielle pour prévenir les tensions potentielles entre les régions fédérées, en particulier dans un contexte où certaines zones disposent de ressources abondantes (forêts, mines, hydrocarbures) tandis que d’autres sont plus limitées. Cette loi définirait les droits et les responsabilités des régions concernant l’exploitation et l’utilisation des ressources naturelles situées sur leur territoire. Elle établirait également des mécanismes pour garantir que l’exploitation de ces ressources profite à l’ensemble de la nation. Par exemple, une région riche en pétrole serait tenue de reverser une part de ses revenus au fonds fédéral pour le développement interrégional. La loi imposerait également des normes environnementales strictes pour éviter que la surexploitation des ressources ne nuise aux générations futures. Des structures de médiation interrégionale seraient créées pour résoudre les différends concernant les ressources partagées, comme les bassins fluviaux ou les forêts transfrontalières. Enfin, cette loi favoriserait les partenariats interrégionaux pour la gestion durable des ressources, renforçant ainsi la coopération et la solidarité.

Loi sur la coopération intergouvernementale pour harmoniser les politiques régionales et nationales

Une loi sur la coopération intergouvernementale viendrait renforcer les relations entre l’État central et les gouvernements régionaux, en instaurant des mécanismes clairs pour la coordination des politiques publiques. Cette loi serait à la base de la création du Conseil National de Coordination (CNC), qui jouerait un rôle clé dans l’élaboration des politiques nationales intégrées et dans la résolution des conflits interrégionaux. Elle définirait également les modalités de collaboration entre les régions pour des projets communs, tels que les infrastructures de transport ou la gestion des ressources naturelles partagées. Par ailleurs, cette loi préciserait les compétences partagées entre l’État et les régions, garantissant ainsi que les décisions prises à l’échelle nationale respectent les besoins et les réalités locales. En outre, des dispositifs de consultation obligatoire entre les différents niveaux de gouvernance seraient établis, assurant une participation équitable de toutes les parties prenantes. Enfin, cette loi inclurait des dispositions pour promouvoir une culture de collaboration et de dialogue, en organisant régulièrement des forums intergouvernementaux sur des sujets stratégiques tels que l’éducation, la santé ou l’environnement.

c) Institutions pour la justice constitutionnelle

Une Cour constitutionnelle fédérale sera essentielle pour :

  • Résoudre les différends entre les régions et l’État central.
  • Assurer que toutes les lois respectent les principes de la Constitution fédérale.

La création d’une Cour constitutionnelle fédérale est indispensable pour arbitrer les différends entre les régions et l’État central. Cette institution serait également chargée de veiller au respect de la Constitution fédérale et de statuer sur la légalité des lois adoptées à l’échelle régionale ou nationale. Par exemple, si une région adopte une loi qui entre en conflit avec les principes constitutionnels, la Cour pourrait intervenir pour résoudre le litige. De plus, cette institution garantirait que les politiques de coopération intergouvernementale respectent les droits et les obligations de chaque entité fédérée. En tant qu’arbitre impartial, la Cour contribuerait à renforcer la confiance entre les différents niveaux de gouvernement, un facteur essentiel pour la stabilité du système fédéral.

3. Mécanismes de coopération intergouvernementale

a) Conseil National de Coordination (CNC)

Le Conseil National de Coordination (CNC) constitue une institution clé pour assurer la collaboration harmonieuse entre l’État central et les régions fédérées. En regroupant des représentants élus des gouvernements régionaux et des délégués de l’État central, le CNC aura pour mission principale d’élaborer des politiques nationales intégrées, prenant en compte les spécificités régionales tout en répondant aux enjeux nationaux. Par exemple, dans le domaine des infrastructures, le CNC pourrait coordonner la construction d’un réseau de transport interrégional, garantissant un équilibre entre les priorités locales et les besoins de connectivité nationale. En outre, le CNC jouera un rôle de médiateur dans les conflits interrégionaux, en offrant une plateforme neutre pour des négociations constructives. Cela est essentiel pour prévenir les rivalités institutionnelles et promouvoir la cohésion nationale. Sa structure inclura des comités spécialisés sur des sujets stratégiques tels que l’environnement, la santé publique ou l’éducation, renforçant ainsi son efficacité. De manière générale, le CNC permettra d’assurer une gestion collaborative et inclusive, tout en réduisant les tensions entre les différents niveaux de gouvernance.

b) Accords Interrégionaux

Les accords Interrégionaux offriront un cadre juridique pour faciliter la coopération bilatérale ou multilatérale entre les régions fédérées. Ces accords permettront aux régions ayant des ressources partagées, telles que des bassins fluviaux ou des forêts transfrontalières, de développer des stratégies conjointes pour leur gestion durable. Par exemple, deux régions partageant un cours d’eau pourraient établir un partenariat pour la construction de barrages hydroélectriques ou la prévention des inondations. De tels accords favoriseront également la coordination des projets communs, comme le développement de corridors de transport ou de zones économiques spéciales qui traversent plusieurs régions. Ce mécanisme permettra d’optimiser les ressources financières et techniques en encourageant la mutualisation des efforts et en évitant les duplications. De plus, il renforcera la solidarité entre les régions en créant des opportunités de partenariat économique. Pour garantir l’efficacité de ces accords, des structures juridiques et administratives, telles que des commissions interrégionales, seront mises en place pour superviser leur mise en œuvre et résoudre les éventuels différends.

c) Fonds de solidarité nationale

Le Fonds de solidarité nationale est un mécanisme crucial pour réduire les disparités économiques entre les régions fédérées. Alimenté par des contributions proportionnelles des régions les plus prospères, ce fonds permettra de financer des projets de développement dans les régions moins développées, tels que la construction d’écoles, d’hôpitaux ou d’infrastructures routières. Ce mécanisme garantit une redistribution équitable des ressources, renforçant ainsi la cohésion nationale. Par exemple, une région industrialisée et prospère, grâce à ses activités portuaires, pourrait contribuer davantage au fonds pour soutenir une région enclavée souffrant d’un déficit en infrastructures de base. Le fonds jouera également un rôle essentiel en cas de catastrophes naturelles ou de crises économiques, offrant une réserve financière pour des interventions rapides. Une gestion transparente et des audits réguliers seront impératifs pour éviter la corruption et assurer une utilisation efficace des ressources. En favorisant une solidarité active entre les régions, ce mécanisme contribuera à renforcer l’unité nationale tout en promouvant une croissance inclusive.

4. Modèle économique et développement communautaire

a) Fiscalité régionale et équité financière

La fiscalité régionale constitue un pilier du modèle économique proposé, offrant aux régions une autonomie financière tout en garantissant une répartition équitable des ressources à l’échelle nationale. Chaque région sera autorisée à percevoir des impôts locaux, tels que des taxes sur les entreprises, les propriétés foncières ou les activités économiques spécifiques à leur territoire. Ces revenus permettront aux régions de financer leurs propres projets de développement, tout en contribuant à l’État fédéral pour des missions nationales telles que la défense ou la politique étrangère. La répartition des revenus fiscaux sera régulée par une clause de solidarité, imposant aux régions les plus riches de soutenir les moins développées. Ce système sera accompagné de mécanismes de transparence, comme des audits financiers réguliers, pour éviter les détournements de fonds et renforcer la confiance des citoyens. En somme, la fiscalité régionale combinée à des principes d’équité financière garantira un développement harmonieux, réduisant les inégalités tout en encourageant les initiatives locales.

b) Promotion des atouts régionaux

Chaque région du Cameroun dispose d’atouts spécifiques qui, s’ils sont bien exploités, peuvent contribuer à son développement économique. Le modèle encourage les régions à se concentrer sur leurs forces naturelles, culturelles ou économiques. Par exemple, le Grand Sud, avec ses vastes forêts et ses terres fertiles, pourrait investir dans l’agroforesterie et l’exploitation durable des ressources naturelles, tout en attirant des investissements pour développer l’écotourisme. Le Grand Nord, confronté à des défis climatiques, pourrait se spécialiser dans la modernisation de l’agriculture et de l’élevage, favorisant ainsi la sécurité alimentaire. Le Grand Littoral, grâce à ses ports et à sa position stratégique, pourrait développer des activités industrielles et portuaires, renforçant son rôle dans le commerce international. Enfin, le Grand Ouest, riche en culture et en artisanat, pourrait valoriser les petites et moyennes entreprises (PME) et développer des circuits de commerce transfrontalier. Ces stratégies régionales permettront non seulement d’accroître les revenus locaux, mais aussi de stimuler une croissance équilibrée à l’échelle nationale.

c) Suivi et évaluation des performances économiques

L’Observatoire du Développement Fédéral (ODF) sera une institution dédiée au suivi et à l’évaluation des politiques économiques mises en œuvre par les régions. Cet organe indépendant collectera et analysera des données sur les performances économiques, sociales et environnementales de chaque région. Par exemple, il mesurera l’impact des projets de développement sur la réduction de la pauvreté ou l’amélioration de l’accès aux services de base. L’ODF fournira des rapports réguliers, permettant aux décideurs de réajuster leurs stratégies en fonction des résultats obtenus. De plus, l’observatoire jouera un rôle de catalyseur en identifiant les meilleures pratiques et en les partageant avec les autres régions, favorisant ainsi une émulation positive. En centralisant les données et en assurant une transparence totale, l’ODF renforcera la redevabilité des dirigeants régionaux et nationaux. Cette institution garantira que les politiques économiques soient orientées vers des objectifs de développement durable et inclusif, tout en évitant les gaspillages de ressources.

5. Mécanismes économiques pour une réduction des inégalités régionales

Redistribution des revenus par la solidarité fiscale

Les mécanismes économiques proposés visent à réduire les inégalités régionales en garantissant une redistribution équitable des richesses générées à travers le pays. La solidarité fiscale, au cœur de ce système, repose sur un fonds national de redistribution, alimenté par des contributions des régions économiquement prospères. Par exemple, une région riche en activités industrielles ou minières verserait un pourcentage de ses revenus dans ce fonds, qui serait ensuite utilisé pour financer des projets de développement dans les régions moins favorisées, comme la construction d’écoles, de routes ou d’hôpitaux. Ce système inclurait des audits réguliers pour s’assurer que les fonds sont utilisés efficacement et pour prévenir la corruption. De plus, des mécanismes incitatifs seraient introduits pour encourager les régions riches à contribuer davantage, comme des réductions fiscales sur certains secteurs économiques en échange de contributions solidaires accrues. Cette redistribution renforcerait la cohésion nationale tout en offrant à chaque région des opportunités équitables de croissance économique et sociale.

Infrastructures partagées pour stimuler le développement régional

Le développement des infrastructures constitue un levier crucial pour réduire les inégalités entre les régions. Les mécanismes économiques proposés incluraient un financement fédéral pour les projets d’infrastructures stratégiques, tels que les routes, les chemins de fer ou les réseaux électriques, qui connectent les régions enclavées aux centres économiques nationaux. Par exemple, une région isolée pourrait bénéficier d’un cofinancement fédéral pour développer un réseau de transport facilitant l’accès à ses marchés locaux. Ces infrastructures partagées joueraient un rôle clé dans l’intégration économique des régions, en stimulant le commerce interrégional et en attirant des investisseurs privés. Par ailleurs, des partenariats public-privé (PPP) seraient encouragés pour mobiliser des ressources supplémentaires, tout en s’assurant que les projets répondent aux priorités locales et nationales. Ces efforts contribueraient non seulement à réduire les disparités économiques, mais aussi à renforcer l’unité nationale en créant des opportunités partagées de croissance.

Soutien ciblé aux régions vulnérables

Un autre mécanisme économique clé pour réduire les inégalités serait la mise en place de programmes spécifiques pour soutenir les régions les plus vulnérables, telles que celles affectées par des conflits ou des crises climatiques. Ces programmes pourraient inclure des subventions pour le développement de petites entreprises, des investissements dans l’agriculture durable ou des initiatives de formation professionnelle pour renforcer les compétences locales. Par exemple, une région confrontée à la désertification pourrait recevoir des financements pour des projets d’irrigation et de reforestation, créant ainsi des emplois tout en améliorant la sécurité alimentaire. Des agences de développement régionales, financées par l’État fédéral et les contributions des régions prospères, superviseraient la mise en œuvre de ces programmes. En outre, ces agences travailleraient en étroite collaboration avec les gouvernements locaux et les communautés pour s’assurer que les projets répondent aux besoins réels des populations. Ces initiatives ciblées joueraient un rôle essentiel dans la réduction des disparités et dans l’amélioration des conditions de vie dans les régions marginalisées.

Conclusion

Le fédéralisme développementaliste communautaire coopératif constitue une réponse juridique et institutionnelle adaptée aux défis du Cameroun. En équilibrant autonomie régionale, coopération intergouvernementale et priorités de développement, ce modèle offre un cadre solide pour une gouvernance inclusive et un développement équitable. Cependant, sa mise en œuvre nécessitera un leadership engagé, une révision constitutionnelle rigoureuse et une mobilisation nationale pour garantir son succès.


Références bibliographiques

  • Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press.
  • Hueglin, T. O., & Fenna, A. (2006). Comparative Federalism: A Systematic Inquiry. University of Toronto Press.
  • Ndoye, O., & Kaimowitz, D. (2000). « Macroeconomics, Markets, and the Sustainability of Management in the Congo Basin. » CIFOR Papers.
  • Rodríguez-Pose, A. (2013). « Do Institutions Matter for Regional Development? » Regional Studies.

Le Cameroun Fédéré en 4 Grandes Régions: Analyse des séquences législatives proposées dans  » Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun » et proposition d’une chronologie réaliste

Diagramme de chronologie de la réorganisation fédérale du Cameroun dès 2026

Résumé

Cet article jette les jalons d’une analyse des réformes législatives et constitutionnelles nécessaires pour établir une fédération fonctionnelle au Cameroun, en s’inspirant du modèle proposé par Jimmy Yab et Vincent Nkong-Njock dans leur ouvrage Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Le diagramme chronologique fourni, renforce la faisabilité de cette transition en quatre grandes régions fédérées. L’objectif est d’évaluer les étapes critiques, d’identifier les défis institutionnels et politiques, et de suggérer une méthodologie réaliste pour transformer cette vision ambitieuse en un projet applicable à court et à moyen terme.

Mots-clés

Fédéralisme, réformes constitutionnelles, Cameroun, chronologie, faisabilité, gouvernance, développement local, diagramme de séquences législatives, diagramme de chronologie, EDC, État Développementaliste Communautaire, Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, et Grand Ouest.


Introduction

La vision de fédéralisation du Cameroun en quatre grandes régions fédérées à savoir: Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, et Grand Ouest, développée par Jimmy Yab et Vincent Nkong-Njock, vise à résoudre des problématiques structurelles liées à la gouvernance centralisée, aux inégalités régionales et aux tensions intercommunautaires. Si leur proposition théorique présente des arguments convaincants en faveur d’une gestion décentralisée et communautaire, sa mise en œuvre nécessite un cadre institutionnel solide et une planification minutieuse. Cet article jette les jalons d’une analyse des réformes législatives détaillées dans leur projet, les contextualise par rapport aux réalités sociopolitiques du Cameroun, et présente une chronologie pour rendre cette transition réalisable à moyen et à court terme.

Réformes législatives et constitutionnelles proposées

Jimmy Yab et Vincent Nkong-Njock identifient plusieurs réformes fondamentales pour assurer le passage du Cameroun à un système fédéral. Ces réformes se déclinent en trois axes principaux :

Diagramme de séquence sur les réformes législatives et constitutionnelles en vue de l’Etat Fédéré

1. Révision de la Constitution

La Constitution actuelle du Cameroun centralise les pouvoirs exécutifs, législatifs et financiers à Yaoundé. Une révision constitutionnelle est nécessaire pour :

  • Redéfinir les compétences des régions et de l’État central.
  • Établir une autonomie budgétaire et législative des régions fédérées.
  • Inscrire les droits des citoyens à une gouvernance locale participative dans la loi fondamentale.

2. Adoption de lois organiques

Pour opérer cette transition, des lois organiques spécifiques doivent être adoptées pour :

  • Réglementer les relations entre l’État central et les gouvernements régionaux.
  • Définir les mécanismes de partage des ressources naturelles et fiscales entre les régions.
  • Créer des institutions de suivi, telles que des conseils interrégionaux, pour garantir une coordination entre les entités fédérées.

3. Renforcement de la justice constitutionnelle

La mise en place d’un modèle fédéral nécessite une Cour constitutionnelle autonome capable d’arbitrer les conflits entre les régions et l’État central. Cela passe par la révision des mandats et du fonctionnement des institutions judiciaires actuelles pour garantir leur indépendance et leur impartialité.

Analyse de la chronologie et des séquences

Diagramme de chronologie

1. Chronologie des réformes : Une transition en étapes (2026-2030)

Le diagramme de chronologie met en évidence une transition progressive vers une réorganisation fédérale à partir de 2026. Cette période est divisée en trois phases principales :

  • Phase 1 : Sensibilisation et diagnostic (2026)
    Cette phase consiste à mobiliser les parties prenantes nationales et locales pour identifier les faiblesses du système centralisé actuel. Les débats publics et consultations populaires sont essentiels pour garantir l’adhésion des citoyens et des institutions à la réforme (Rodríguez-Pose, 2013).
  • Phase 2 : Réformes législatives et constitutionnelles (2027-2028)
    Cette phase implique la révision de la Constitution pour intégrer les structures fédérales et redéfinir les compétences des régions et du gouvernement central. Des lois spécifiques devront être adoptées pour garantir l’autonomie budgétaire et administrative des régions, tout en maintenant une cohésion nationale (Oyedele, 2016).
  • Phase 3 : Mise en œuvre et ajustement (2029-2030)
    La dernière phase inclut l’installation des gouvernements régionaux et l’ajustement des politiques publiques en fonction des spécificités locales. Des mécanismes de suivi seront essentiels pour évaluer l’impact de la réforme sur le développement régional.

Défis et opportunités

Défis majeurs :

  • Opposition politique : Les partis favorables à un système centralisé pourraient s’opposer aux réformes, nécessitant un dialogue inclusif.
  • Capacités institutionnelles : La mise en œuvre effective dépendra de la capacité des institutions locales à assumer de nouvelles responsabilités.
  • Risques de fragmentation : Une autonomie accrue pourrait exacerber les revendications indépendantistes dans certaines régions.

Opportunités :

  • Renforcement de la gouvernance locale : Le fédéralisme peut améliorer la participation citoyenne et la responsabilisation des autorités locales.
  • Développement économique équilibré : Une gestion régionale des ressources naturelles favorisera une répartition équitable des richesses (Ndoye & Kaimowitz, 2000).
  • Cohésion sociale : En répondant aux besoins spécifiques de chaque région, la réforme pourrait réduire les tensions intercommunautaires.

Conclusion

La réorganisation fédérale du Cameroun, telle qu’envisagée par Jimmy Yab et Vincent Nkong-Njock, représente une opportunité majeure de transformation institutionnelle. Le succès de ce projet repose sur une mise en œuvre méthodique des réformes législatives et constitutionnelles, comme illustré dans les diagrammes de chronologie et de séquence. En adoptant un modèle fédéral adapté, le Cameroun pourrait devenir un exemple de gouvernance inclusive et de développement communautaire en Afrique. Toutefois, pour atteindre cet objectif, une mobilisation collective des citoyens et des institutions est indispensable.

Références

  • Konings, P., & Nyamnjoh, F. B. (2003). Negotiating an Anglophone Identity: A Study of the Politics of Recognition and Representation in Cameroon. Brill.
  • Ndoye, O., & Kaimowitz, D. (2000). « Macroeconomics, Markets, and the Sustainability of Management in the Congo Basin. » CIFOR Papers.
  • Oyedele, D. (2016). « Federalism and the Challenges of Development in Africa. » Journal of African Studies.
  • Rodríguez-Pose, A. (2013). « Do Institutions Matter for Regional Development? » Regional Studies.

MLDC Demands Resignation of ELECAM President for Election Integrity

MLDC CALLS FOR THE IMMEDIATE RESIGNATION OF THE PRESIDENT OF ELECAM


IT IS TIME TO SAY STOP.
STOP TO INCOMPETENCE,
STOP to the betrayal of our hopes,
STOP to this contempt for the future of our nation.

“ELECAM”, the institution supposed to guarantee the transparency and integrity of our elections, has failed.
87% of registrations rejected in some municipalities!

THIS IS A SCANDAL!

It is not up to Cameroonian youth, nor to our people to pay the price for the incompetence of an individual or an institution.”
“At this critical juncture, on the eve of the presidential elections, ITIS CRISTAL CLEAR THAT THE PRESIDENT OF ELECAM MUST it RESIGN..,
JIMMY YAB, GENRAL SECRETARY OF MLDC

Appel du MLDC à une supervision internationale des elections Présidentielles 2025: Pourquoi des figures comme Olusegun Obasanjo doivent superviser l’audit d’ELECAM pour des élections crédibles au Cameroun

Pr Jimmy Yab & Président OLUSEGUN OBASANJO

Résumé

L’avenir démocratique du Cameroun est en jeu alors que le pays se prépare aux élections présidentielles de 2025 dans un climat de méfiance généralisée envers son organe électoral, ELECAM. Les taux alarmants de rejet des inscriptions sur les listes électorales, atteignant jusqu’à 87 % dans certaines circonscriptions, révèlent des défaillances systémiques qui menacent la crédibilité du processus électoral. Face à cette situation, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose un audit international d’ELECAM, supervisé par des personnalités respectées comme l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Cet article explore les raisons pour lesquelles le Cameroun a un besoin urgent d’un encadrement international pour ses réformes électorales, en s’inspirant des exemples du Kenya, du Ghana et du Nigeria, tout en inscrivant les propositions du MLDC dans une vision globale pour le renouveau démocratique et la stabilité géopolitique en Afrique centrale.

Mots-clés : Cameroun, MLDC, ELECAM, réforme électorale, Olusegun Obasanjo, démocratie, audit international, leadership africain.


Introduction : Un pays en quête d’élections crédibles

Le Cameroun traverse une crise de confiance dans son processus électoral, et les élections présidentielles de 2025 constituent un test crucial pour son intégrité démocratique. Les taux de rejet élevés des inscriptions sur les listes électorales révélés par ELECAM ont suscité des inquiétudes quant à la suppression des électeurs et à des défaillances administratives.

Dans ce contexte, le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) propose une solution audacieuse : un audit international d’ELECAM, dirigé par des figures respectées comme Olusegun Obasanjo. Cette initiative reflète l’engagement du MLDC en faveur d’un système électoral crédible et inclusif, dans le cadre de sa vision plus large d’un État développementaliste. La participation de personnalités telles qu’Obasanjo, reconnues pour leur impartialité et leur expérience en résolution de conflits électoraux, pourrait restaurer la confiance publique et ouvrir la voie à des réformes significatives. Cet article plaide pour l’urgence d’une supervision internationale afin de garantir des élections crédibles et de protéger la démocratie camerounaise.


Les échecs d’ELECAM et l’urgence d’une réforme

Liste de rejet ELECAM

1. Des taux de rejet alarmants

Les données d’ELECAM montrent des taux de rejet atteignant 87 % dans des circonscriptions comme Yaoundé 5, en grande partie en raison de défaillances dans les systèmes d’enregistrement biométrique. Ces chiffres révèlent des failles critiques dans l’infrastructure électorale du Cameroun, sapant la confiance publique dans l’équité des prochaines élections.

2. Une crise de confiance publique

Des accusations généralisées de partialité et d’incompétence contre ELECAM ont renforcé le sentiment de méfiance. Le manque de transparence dans les processus d’inscription sur les listes électorales soulève des inquiétudes concernant la suppression des électeurs, en particulier dans les bastions de l’opposition, exacerbant les tensions politiques.

3. Implications régionales et mondiales

La stabilité politique du Cameroun est essentielle pour l’Afrique centrale. Un échec électoral au Cameroun pourrait aggraver l’instabilité régionale, perturber les efforts d’intégration économique et offrir des opportunités à des groupes extrémistes comme Boko Haram pour exploiter le chaos qui en résulterait.


Pourquoi une supervision internationale est essentielle

1. Restaurer la confiance publique

La nomination d’une équipe d’audit international dirigée par des personnalités comme Olusegun Obasanjo rassurerait les Camerounais sur l’impartialité et la transparence du processus. La confiance publique est un pilier de la légitimité démocratique, et un audit international pourrait fournir la responsabilité qu’ELECAM ne garantit pas actuellement.

2. S’aligner sur les meilleures pratiques

Des nations africaines comme le Ghana et le Kenya ont démontré l’importance de la supervision internationale dans la construction de systèmes électoraux crédibles. L’adoption par le Ghana de la technologie biométrique et les réformes électorales post-crise du Kenya, toutes deux soutenues par des observateurs internationaux, servent de modèles pour le Cameroun.

3. Prévenir les crises politiques

Le transfert pacifique du pouvoir au Nigeria en 2015, facilité par la Commission électorale nationale indépendante (INEC) et soutenu par des observateurs internationaux, souligne l’importance d’élections crédibles pour prévenir l’instabilité politique. Le Cameroun doit tirer les leçons de ces exemples pour éviter les conflits électoraux susceptibles de dégénérer en troubles.

4. Tirer parti de l’expertise africaine

Les anciens dirigeants africains comme Olusegun Obasanjo apportent une expérience et une autorité morale inégalées dans la médiation électorale. Son rôle dans la résolution des crises au Libéria (2017) et au Zimbabwe (2008) démontre sa capacité à naviguer dans des environnements politiques complexes et à favoriser le consensus.


La vision du MLDC : Un plan pour la réforme électorale

La proposition du MLDC d’un audit international s’inscrit dans une stratégie plus large visant à transformer le Cameroun en un État développementaliste fondé sur la transparence et la responsabilité. Les recommandations incluent :

1. Un audit international indépendant

Le MLDC propose un audit complet des opérations d’ELECAM, dirigé par une équipe d’experts électoraux internationaux, de dirigeants africains et de représentants de la société civile.
Exemple : La Commission électorale indépendante du Kenya (IEBC) a bénéficié d’une supervision similaire, qui a renforcé sa crédibilité après la crise électorale de 2007.

2. Modernisation de la technologie électorale

Pour réduire les taux de rejet, le MLDC préconise l’adoption de technologies biométriques avancées, en s’inspirant de la mise en œuvre réussie des systèmes de seconde génération au Ghana en 2020.

3. Garantir l’indépendance institutionnelle

Le MLDC insiste sur la nécessité de dépolitiser ELECAM en restructurant son modèle de gouvernance pour refléter celui de la Commission électorale indépendante d’Afrique du Sud (IEC), reconnue pour son impartialité et son professionnalisme.

4. Surveillance multipartite

Le MLDC appelle à la création d’un conseil consultatif multipartite, comprenant des représentants des partis politiques, de la société civile et des observateurs internationaux, pour surveiller les activités d’ELECAM et garantir sa responsabilité.

5. Campagnes d’éducation des électeurs

Reconnaissant l’importance de la participation citoyenne éclairée, le MLDC propose une vaste campagne d’éducation des électeurs, inspirée de l’initiative nigériane « Vote Not Fight », qui a mobilisé avec succès les jeunes pour des élections pacifiques.


Le rôle d’Olusegun Obasanjo dans la transformation électorale

La participation d’Olusegun Obasanjo à l’audit proposé serait transformative. En tant qu’ancien président du Nigeria et observateur expérimenté, Obasanjo a fait ses preuves dans la médiation des conflits électoraux et la promotion des transitions démocratiques. Sa direction garantirait que l’audit soit approfondi, impartial et crédible, établissant une nouvelle norme pour l’intégrité électorale au Cameroun.


Implications géopolitiques des réformes électorales au Cameroun

1. Stabiliser l’Afrique centrale

La stabilité du Cameroun est essentielle à l’intégration économique et politique de l’Afrique centrale. Des élections crédibles renforceraient la confiance régionale dans le leadership du Cameroun et favoriseraient la collaboration sur les initiatives de sécurité et de développement.

2. Renforcer la position du Cameroun à l’international

En adoptant une supervision internationale, le Cameroun pourrait se positionner en tant que leader de la gouvernance démocratique en Afrique. Cela attirerait des investissements étrangers et renforcerait les partenariats avec les institutions mondiales engagées dans le développement démocratique.

3. Prévenir les ingérences extérieures

Des élections transparentes réduisent la probabilité que des acteurs extérieurs exploitent l’instabilité politique à des fins stratégiques ou économiques, protégeant ainsi la souveraineté et les intérêts nationaux du Cameroun.


Conclusion : Un appel à l’action

Les élections présidentielles de 2025 représentent une opportunité cruciale pour le Cameroun de restaurer la confiance dans ses institutions démocratiques. L’appel du MLDC à un audit international, dirigé par des personnalités comme Olusegun Obasanjo, constitue une solution audacieuse et pragmatique à la crise électorale du pays. En adoptant cette proposition, le Cameroun pourrait non seulement garantir des élections crédibles, mais aussi réaffirmer son engagement envers les principes démocratiques et la stabilité régionale. Le moment d’agir est venu—avant que la crise de confiance ne devienne une crise de démocratie.

References

  1. Annan, K. (2014). Interventions: A Life in War and Peace. New York: Penguin Press.
  2. Obasanjo, O. (2014). My Watch: A Memoir. Lagos: Prestige Publishers.
  3. Electoral Commission of Ghana. (2020). Biometric Voter Registration Lessons. Accra: ECG.
  4. Transparency International. (2023). Perceptions of Electoral Integrity in Africa. Berlin: Transparency International.
  5. IFES. (2021). Enhancing Electoral Integrity through Technology. Washington, DC: IFES.

MLDC’s CALL FOR INTERNATIONAL OVERSIGHT OF ELECTIONS IN CAMEROON: Why Elders Like OLUSEGUN OBASANJO Must Supervise Elections Cameroon’s (ELECAM) Audit for Credible Presidential Elections in Cameroon in 2025

Pr Jimmy Yab & Président OLUSEGUN OBASANJO

Abstract

Cameroon’s democratic future hangs in the balance as the nation prepares for the 2025 presidential elections amidst widespread distrust in its electoral body, ELECAM. High rejection rates of voter registrations, reaching 87% in some constituencies, signal systemic failures that threaten the credibility of the electoral process. In response, the Movement for the Liberation and Development of Cameroon (MLDC) has called for an international audit of ELECAM, advocating for elder statesmen like Olusegun Obasanjo to oversee the process. This article explores why Cameroon urgently needs global oversight for its electoral reforms, drawing lessons from Kenya, Ghana, and Nigeria while situating the MLDC’s proposals within a broader framework for democratic renewal and geopolitical stability in Central Africa.

Keywords: Cameroon, MLDC, ELECAM, electoral reform, Olusegun Obasanjo, democracy, international audit, African leadership.


Introduction: A Nation in Need of Credible Elections

Cameroon is facing a crisis of confidence in its electoral process, with the 2025 presidential elections looming as a critical test of its democratic integrity. The alarming rejection rates of voter registrations revealed by ELECAM have sparked widespread concerns about voter suppression and administrative failures. In this context, the Movement for the Liberation and Development of Cameroon (MLDC) has proposed a groundbreaking solution: an international audit of ELECAM, supervised by respected elder statesmen like Olusegun Obasanjo.

This proposal reflects the MLDC’s commitment to building a credible, inclusive electoral system as part of its broader vision for a developmentalist state. The involvement of figures like Obasanjo—renowned for their impartiality and experience in resolving electoral disputes—could restore public trust and set the stage for meaningful reforms. By drawing on lessons from other African nations, this article argues for the urgency of international oversight to safeguard Cameroon’s democracy.


ELECAM’s Failures and the Urgency for Reform

1. The Alarming Voter Rejection Rates

Data from ELECAM reveals rejection rates as high as 87% in constituencies like Yaoundé 5, primarily attributed to failures in biometric registration systems. Such figures highlight critical flaws in Cameroon’s electoral infrastructure, undermining public confidence in the fairness of the upcoming elections.

2. A Crisis of Public Trust

Widespread accusations of partisanship and incompetence against ELECAM have fueled public disillusionment. The lack of transparency in voter registration processes has raised concerns about voter suppression, particularly in opposition strongholds, deepening political tensions.

3. Regional and Global Implications

Cameroon’s political stability is crucial for the broader Central African region. Electoral failure in Cameroon could exacerbate regional instability, disrupt economic integration efforts, and provide opportunities for extremist groups like Boko Haram to exploit the resulting chaos. Ensuring credible elections is, therefore, not just a domestic priority but a regional necessity.


Why International Oversight Is Crucial

1. Restoring Public Confidence

The appointment of an international audit team led by figures like Olusegun Obasanjo would reassure Cameroonians of the impartiality and transparency of the process. Public trust is a cornerstone of democratic legitimacy, and an international audit could provide the accountability ELECAM currently lacks.

2. Aligning with Best Practices

African nations like Ghana and Kenya have demonstrated the importance of international oversight in building credible electoral systems. Ghana’s adoption of biometric voter technology and Kenya’s post-crisis electoral reforms, both supported by international observers, serve as models for Cameroon.

3. Preventing Political Crises

Nigeria’s peaceful transfer of power in 2015, facilitated by the Independent National Electoral Commission (INEC) and supported by international observers, underscores the importance of credible elections in preventing political instability. Cameroon must learn from these examples to avoid electoral disputes that could lead to unrest.

4. Leveraging African Expertise

Elder statesmen like Olusegun Obasanjo bring unparalleled experience and moral authority to electoral mediation. Obasanjo’s leadership in resolving disputes in Liberia (2017) and Zimbabwe (2008) demonstrates his ability to navigate complex political landscapes and foster consensus.


MLDC’s Vision: A Blueprint for Electoral Reform

The MLDC’s proposal for an international audit is part of its broader strategy to transform Cameroon into a developmentalist state rooted in transparency and accountability. The party’s recommendations include:

1. An Independent International Audit

The MLDC proposes a comprehensive audit of ELECAM’s operations, led by a team of international electoral experts, African statesmen, and civil society representatives.
Example: Kenya’s Independent Electoral and Boundaries Commission (IEBC) benefited from similar oversight, which strengthened its credibility after the 2007 electoral crisis.

2. Upgrading Electoral Technology

To address the high rejection rates, the MLDC advocates for the adoption of advanced biometric technology, following the example of Ghana’s successful implementation of second-generation systems in 2020.

3. Ensuring Institutional Independence

The MLDC emphasizes the need to depoliticize ELECAM by restructuring its governance model to mirror South Africa’s Independent Electoral Commission (IEC), renowned for its impartiality and professionalism.

4. Multi-Stakeholder Oversight

The MLDC calls for the establishment of a multi-stakeholder advisory council, including representatives from political parties, civil society, and international observers, to monitor ELECAM’s activities and ensure accountability.

5. Nationwide Voter Education Campaigns

Recognizing the importance of informed citizen participation, the MLDC proposes a robust voter education campaign modeled on Nigeria’s « Vote Not Fight » initiative, which successfully engaged youth in peaceful electoral participation.


The Role of Olusegun Obasanjo in Electoral Transformation

Olusegun Obasanjo’s involvement in the proposed audit would be transformative. As a former Nigerian president and seasoned election observer, Obasanjo has a track record of mediating electoral disputes and fostering democratic transitions. His leadership would ensure that the audit is thorough, impartial, and credible, setting a new standard for electoral integrity in Cameroon.


Geopolitical Implications of Electoral Reform in Cameroon

1. Stabilizing Central Africa

Cameroon’s stability is vital for the economic and political integration of Central Africa. Credible elections would strengthen regional confidence in Cameroon’s leadership and foster collaboration on security and development initiatives.

2. Enhancing Cameroon’s Global Standing

By embracing international oversight, Cameroon can position itself as a leader in democratic governance in Africa. This would attract foreign investment and strengthen partnerships with global institutions committed to supporting democratic development.

3. Preventing External Interference

Transparent elections reduce the likelihood of external actors exploiting political instability for strategic or economic gains, safeguarding Cameroon’s sovereignty and national interests.


Conclusion: A Call for Action

The 2025 presidential elections present a critical opportunity for Cameroon to restore trust in its democratic institutions. The MLDC’s call for an international audit, led by elder statesmen like Olusegun Obasanjo, represents a bold and practical solution to the nation’s electoral crisis. By embracing this proposal, Cameroon can not only ensure credible elections but also reaffirm its commitment to democratic principles and regional stability. The time to act is now—before the crisis of confidence becomes a crisis of democracy.


References

  1. Annan, K. (2014). Interventions: A Life in War and Peace. New York: Penguin Press.
  2. Obasanjo, O. (2014). My Watch: A Memoir. Lagos: Prestige Publishers.
  3. Electoral Commission of Ghana. (2020). Biometric Voter Registration Lessons. Accra: ECG.
  4. Transparency International. (2023). Perceptions of Electoral Integrity in Africa. Berlin: Transparency International.
  5. IFES. (2021). Enhancing Electoral Integrity through Technology. Washington, DC: IFES.

L’Enseignement Supérieur au Cameroun : Un Salaire de Misère entre 500 & 600 000 FCFA Face aux 1 200 000 FCFA en Côte d’Ivoire et au Bénin – Symptôme d’un Système Malade

Pr. Jimmy Yab dans son bureau à Yaoundé

Résumé :

Cet article analyse les résultats du Cameroun au concours d’agrégation en médecine du CAMES, où le pays affiche un faible taux de réussite de 23,53 %, comparé à des taux dépassant 90 % dans des pays comme la Côte d’Ivoire et le Bénin. Cette performance médiocre est liée aux conditions de travail précaires des enseignants camerounais, notamment un salaire moyen de 600 000 FCFA par mois, bien inférieur à celui de leurs homologues en Côte d’Ivoire et au Bénin, qui gagnent respectivement environ 1 200 000 FCFA et 1 100 000 FCFA. L’écart de rémunération souligne la crise de l’enseignement supérieur au Cameroun et l’impact de la sous-valorisation des enseignants sur la qualité de l’éducation et de la recherche. L’article prône une revalorisation des salaires pour redonner au Cameroun une chance de rivaliser dans le domaine académique en Afrique.

Mots clés :

CAMES, Enseignement Supérieur, Cameroun, Agrégation, Salaire, Crise académique, Comparaison salariale, réforme, Bénin, Côte d’Ivoire, Médecine, Paul Biya, MLDC.

Introduction

Les résultats du dernier concours d’agrégation en médecine du CAMES (Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur) révèlent une contre-performance alarmante pour le Cameroun. Avec un taux de réussite de seulement 23,53 %, le Cameroun est largement distancé par des pays comme la Côte d’Ivoire (97,26 %) et le Bénin (93,94 %). Ce constat met en évidence une crise structurelle de l’enseignement supérieur au Cameroun, aggravée par les conditions précaires et la faible rémunération des enseignants. Cet article explore l’impact de cette sous-valorisation salariale sur les performances académiques et le développement du pays.

1. Le concours CAMES : Une évaluation révélatrice

Au concours CAMES pour l’agrégation en médecine, le Cameroun n’a enregistré que 4 admissions sur 17 candidats, soit un taux de réussite de 23,53 %. Ce résultat est préoccupant lorsque l’on considère que le taux moyen d’admission pour les pays participants est de 87,87 %. Par exemple, le Bénin et la Côte d’Ivoire, avec respectivement 93,94 % et 97,26 % de taux de réussite, montrent que l’investissement dans les enseignants se reflète directement dans les résultats académiques internationaux.

2. Comparaison des salaires des enseignants : Le Cameroun à la traîne

Une analyse des salaires des enseignants dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale met en lumière l’écart de rémunération qui explique en partie la crise de l’enseignement supérieur au Cameroun :

Cameroun : En moyenne, un professeur titulaire gagne entre 500 et 600 000 FCFA par mois. Un maître de conférences démarre à environ 450 000 FCFA. Ces montants sont parmi les plus bas de la région.

Côte d’Ivoire : Un professeur titulaire gagne autour de 1 200 000 FCFA par mois, soit le double du salaire au Cameroun.

Bénin : Les professeurs titulaires touchent en moyenne 1 100 000 FCFA par mois. Ce salaire est près de 83 % supérieur à celui des enseignants camerounais.

Sénégal : Les professeurs d’université gagnent en moyenne 1 000 000 FCFA, un salaire plus attractif qui contribue à un climat académique plus stable et plus compétitif.

Cette comparaison révèle un manque d’investissement dans le personnel académique au Cameroun, créant un climat de découragement et une démotivation accrue parmi les enseignants.

3. Les conséquences d’une faible rémunération sur la qualité de l’enseignement

Plusieurs études ont montré l’importance de la rémunération des enseignants dans la qualité de l’éducation et de la recherche. Selon Bankole et Adebayo (2020), la rémunération insuffisante des enseignants est corrélée à une baisse de motivation, un phénomène observé au Cameroun où de nombreux enseignants, confrontés à des salaires bas, sont obligés de chercher des revenus complémentaires. Cette situation nuit à leur productivité académique et à la qualité de leur encadrement des étudiants.

Au Cameroun, le faible salaire des enseignants pousse certains à exercer des activités parallèles ou à quitter le secteur universitaire pour des postes mieux rémunérés dans le privé ou à l’étranger. Ce phénomène est amplifié par des retards de paiements fréquents et une absence de soutien pour les projets de recherche. Les pays comme la Côte d’Ivoire et le Bénin, où les enseignants sont mieux rémunérés, bénéficient non seulement de taux d’admission plus élevés au concours CAMES, mais aussi d’un meilleur climat de recherche, avec des chercheurs mieux soutenus et plus motivés.

4. Impact sur le développement national

L’enseignement supérieur est un pilier du développement d’une nation, produisant des experts et des chercheurs essentiels pour l’innovation et la croissance économique. Un pays qui néglige la rémunération et les conditions de travail de ses enseignants hypothèque son avenir. La crise de l’enseignement supérieur au Cameroun, exacerbée par des salaires faibles, affecte non seulement les performances académiques mais aussi la capacité du pays à retenir ses talents.

En Côte d’Ivoire et au Bénin, les gouvernements ont investi dans la revalorisation salariale des enseignants, reconnaissant leur rôle dans la formation de cadres et de chercheurs compétents. Le Cameroun pourrait tirer des leçons de ces exemples pour restructurer son système d’enseignement supérieur, améliorer les conditions de travail des enseignants et offrir des salaires compétitifs pour favoriser la stabilité et l’attractivité du secteur.

Conclusion

Le faible taux de réussite du Cameroun au concours CAMES pour l’agrégation en médecine et la rémunération inadéquate des enseignants universitaires traduisent une crise profonde de l’enseignement supérieur. Avec un salaire moyen de 600 000 FCFA, les enseignants camerounais sont moins bien rémunérés que leurs homologues en Côte d’Ivoire (1 200 000 FCFA) et au Bénin (1 100 000 FCFA), ce qui limite leur efficacité et affecte la qualité de l’éducation. Le Cameroun doit entreprendre une réforme de son système d’enseignement supérieur en revalorisant les salaires des enseignants pour retrouver sa compétitivité académique en Afrique et garantir un avenir prometteur à sa jeunesse.

Références

• Bankole, A., & Adebayo, O. (2020). Higher Education Salary Structure in Sub-Saharan Africa: Comparative Perspectives. African Education Review, 17(3), 450-467.

• Moll, P., & Tlamelo, T. (2019). The Impact of Teacher Compensation on Educational Quality: Evidence from Southern Africa. Journal of African Development, 21(2), 35-52.

• Smith, J., Adams, R., & Choi, J. (2021). Linking Teacher Well-being to Educational Outcomes: Insights from Low-Income Countries. Global Journal of Education Policy, 29(1), 100-125.

Alliance Cabral Libii et Maurice Kamto, une opportunité historique pour Paul Biya: Vers une transition républicaine et apaisée au Cameroun

Mots Clés: Paul Biya, Cabral Libii, Maurice Kamto, Election 2025, Barack Obama, Joe Biden, Nelson Mandela, Thabo Mbeki, Michael Sata, Angela Merkel, SPD, Winston Churchill, Parti travailliste, Transition républicaine

Depuis des décennies, le Cameroun est marqué par une gouvernance dominée par le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. À l’approche des élections de 2025, l’idée d’une transition démocratique et républicaine devient de plus en plus pressante. Dans ce contexte, une alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto, deux figures influentes de l’opposition camerounaise, pourrait représenter une solution d’équilibre et de renouveau pour le pays, offrant également à Paul Biya une sortie honorable de la scène politique. Une telle coalition entre jeunesse et expérience au Cameroun fait écho à des alliances politiques marquantes à travers le monde, qui ont souvent permis de surmonter des transitions complexes et de renforcer l’unité nationale.

Cabral Libii et Maurice Kamto : l’alliance de la jeunesse et de l’expérience

L’alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto incarne un équilibre unique entre la jeunesse et l’expérience, capable d’unir différentes générations de Camerounais et de bâtir un projet de renouveau dans un cadre républicain. Cabral Libii, jeune leader politique dynamique, représente un espoir pour de nombreux jeunes Camerounais aspirant à un changement de génération. Sa capacité à mobiliser la jeunesse et sa performance lors de la présidentielle de 2018 montrent sa pertinence pour incarner ce renouvellement politique. Cette situation rappelle l’alliance entre Barack Obama et Joe Biden aux États-Unis en 2008, où Obama, figure jeune et charismatique, s’est entouré de Biden pour son expérience, assurant ainsi une vision de changement appuyée par la stabilité institutionnelle.

De son côté, Maurice Kamto est une figure respectée, dotée d’une longue expérience politique et juridique. Ancien ministre délégué auprès du ministre de la Justice et professeur de droit international, il possède une connaissance approfondie des rouages de l’État et des institutions camerounaises. À l’instar de Nelson Mandela et de Thabo Mbeki en Afrique du Sud, où l’expérience de Mandela a aidé Mbeki à prendre la relève de manière stable, Kamto pourrait servir de garant de la continuité et de la légitimité, tout en soutenant les ambitions de Libii pour un Cameroun plus inclusif.

Les avantages pour Paul Biya : une sortie honorable et républicaine

Dans de nombreux pays, des leaders de longue date ont pu quitter le pouvoir de façon honorable en favorisant une alliance avec des figures de l’opposition. En soutenant implicitement une coalition entre Libii et Kamto, Paul Biya pourrait faciliter une transition démocratique tout en sortant de la vie politique avec dignité. Ce type de transition a permis à plusieurs dirigeants de rester dans l’histoire comme des bâtisseurs de paix, plutôt que comme des figures autocratiques.

L’exemple de la transition politique pacifique de Michael Sata en Zambie est pertinent : en coopérant avec ses opposants et en favorisant la réforme, il a aidé à garantir la stabilité de son pays. En adoptant une approche similaire, Paul Biya pourrait inscrire son héritage comme celui d’un chef d’État ayant œuvré pour le bien de son pays, tout en légitimant l’aspiration de la jeunesse et de la société civile camerounaise à une gouvernance démocratique.

Unir les Camerounais autour d’un projet commun

Une alliance Libii-Kamto pourrait transcender les clivages générationnels et ethniques souvent exploités à des fins politiques au Cameroun. En associant jeunesse et expérience, cette union aurait le potentiel de rassembler les Camerounais autour d’un projet de développement inclusif et de réformes institutionnelles. Le dynamisme de Cabral Libii pourrait être associé à la crédibilité de Kamto, offrant ainsi un programme qui répond aux aspirations de la jeunesse tout en respectant les valeurs républicaines et démocratiques. Cette alliance rappelle le partenariat entre Angela Merkel et le SPD en Allemagne, qui a permis de consolider une grande coalition capable de gouverner en temps de crise et de favoriser la stabilité du pays.

Une telle alliance enverrait aussi un message fort aux investisseurs et partenaires internationaux, rassurés par la vision d’un Cameroun capable de se renouveler sans conflit. Cela pourrait renforcer la position du Cameroun en Afrique et à l’international, et favoriser une relance économique bénéfique pour l’ensemble du pays. Un exemple similaire est celui du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque Winston Churchill et le parti travailliste ont formé une coalition pour unir le pays face aux défis énormes de l’époque, permettant de concentrer les efforts sur les priorités nationales.

L’alliance entre Cabral Libii et Maurice Kamto pourrait bien représenter la clé d’une transition politique pacifique et d’un renouveau démocratique pour le Cameroun. Pour Paul Biya, une telle union offrirait une opportunité unique de quitter le pouvoir de manière honorable, en laissant derrière lui un pays uni et en paix. Pour le Cameroun, c’est l’opportunité de renforcer ses institutions et d’ouvrir un nouveau chapitre fondé sur le respect de la diversité des générations et la construction d’un avenir commun. À l’instar des alliances historiques qui ont marqué des périodes de changement à travers le monde, une alliance Libii-Kamto pourrait inaugurer une nouvelle ère d’unité et de progrès au Cameroun.

C’est encore Dimanche ! Dieu entend-il le cri des Africains ? Entre ferveur religieuse et misère persistante

Mots Clés: Pauvreté, Misère, Karl Marx, Frantz Fanon, Jean-François Bayart, Georges Balandier, Desmond Tutu, Banque Mondiale, Développement, Justice sociale, Exploitation, Islam

Chaque dimanche en Afrique, les églises se remplissent de fidèles. Des millions de personnes, parfois sans espoir matériel, se rassemblent pour prier, espérer un miracle ou simplement trouver du réconfort. Pourtant, ce continent, qui se distingue par une ferveur religieuse impressionnante, reste le plus pauvre du monde. Près de la moitié de la population africaine subsaharienne vit encore sous le seuil de pauvreté, avec moins de 1,90 dollar par jour. Les Africains prient, mais ils continuent de souffrir de la misère. Cette situation soulève une question troublante : pourquoi la pauvreté persiste-t-elle malgré cette foi profonde ? Et à qui profite cette multiplication des églises en Afrique ?

1. Les statistiques de la misère : l’Afrique à genoux

L’Afrique est le continent avec le taux de pauvreté le plus élevé au monde. Selon la Banque mondiale, environ 40 % de la population africaine vit sous le seuil de pauvreté, tandis que dans certains pays, comme le Mozambique, la République centrafricaine ou la République démocratique du Congo, ce chiffre dépasse les 60 %. En parallèle, l’Afrique enregistre également des indices alarmants de malnutrition et d’accès limité aux services de base : l’accès à l’eau potable reste un défi pour 400 millions d’Africains, et 600 millions n’ont toujours pas accès à l’électricité. Dans ce contexte, l’épanouissement personnel et le développement économique sont freinés par des obstacles structurels majeurs.

Cependant, alors que les indicateurs économiques et sociaux peinent à s’améliorer, les lieux de culte ne cessent de se multiplier. En Nigeria, par exemple, il existe des mégachurches, pouvant accueillir des dizaines de milliers de fidèles. La religion joue un rôle central dans la vie quotidienne de nombreux Africains, et l’Afrique est devenue un vivier de pratiques chrétiennes, islamiques et syncrétiques, parfois même associées à des cultes traditionnels.

2. La religion comme opium du peuple ?

Pour comprendre la place de la religion dans la vie des Africains, il est utile de revenir aux théories de Karl Marx, qui voyait dans la religion un « opium du peuple ». Pour Marx, la religion permet aux individus opprimés de supporter leur condition en promettant une récompense future, détournant ainsi leur attention des injustices sociales immédiates. En Afrique, la religion est souvent un refuge face aux incertitudes économiques, aux conflits, aux crises politiques, et à une pauvreté endémique. La promesse d’une intervention divine et d’une vie meilleure dans l’au-delà permet de supporter une réalité souvent difficile.

Le philosophe Frantz Fanon a également exploré les dynamiques d’oppression en Afrique. Dans Les Damnés de la Terre, il critique le rôle des institutions qui maintiennent les Africains dans une position de passivité. Il s’interroge sur la manière dont les systèmes de domination exploitent les croyances pour perpétuer un ordre injuste. Fanon nous amène à nous interroger : les régimes africains profitent-ils de l’essor religieux pour maintenir leur emprise sur les populations, en empêchant celles-ci de se mobiliser pour des revendications sociales et politiques concrètes ?

3. À qui profite cette prolifération des églises ?

L’une des questions essentielles est de savoir qui tire profit de l’expansion des églises et des mosquées en Afrique. Certains analystes estiment que les régimes dictatoriaux et corrompus trouvent dans la religion un moyen d’apaiser les foules, en canalisant leur désespoir vers la prière plutôt que vers la révolte. La prolifération des lieux de culte serait donc un instrument pour anesthésier les masses, les privant d’une prise de conscience sociale et politique qui pourrait menacer les régimes en place. Les politiciens eux-mêmes, bien conscients de cette dynamique, n’hésitent pas à fréquenter les églises, à soutenir les chefs religieux et à instrumentaliser les institutions religieuses pour gagner du soutien populaire.

Le sociologue Jean-François Bayart, dans son étude sur le « politique par le bas » en Afrique, montre comment les élites africaines utilisent la religion pour canaliser le mécontentement populaire. En encourageant un système où les individus s’en remettent à la providence divine, les dirigeants maintiennent un ordre social qui leur est favorable. De plus, les institutions religieuses, souvent exemptées d’impôts et bénéficiant de donations, prospèrent tandis que la pauvreté persiste.

4. La foi, moteur de résilience ou obstacle au changement ?

La foi religieuse des Africains est également source de résilience. Elle leur permet de faire face aux épreuves de la vie avec courage et dignité. Mais cette foi, qui les aide à surmonter les difficultés, peut aussi les enfermer dans une forme de résignation. L’anthropologue Georges Balandier, dans son œuvre Afrique ambiguë, décrit l’Afrique comme un continent où cohabitent des aspirations modernes et des traditions ancestrales. Pour lui, cette cohabitation entraîne souvent des contradictions, dont la religion est un parfait exemple : elle symbolise à la fois une espérance pour un avenir meilleur et une dépendance à l’égard d’un pouvoir invisible.

Dans ce cadre, la religion devient un frein à la mobilisation sociale. En promettant une récompense dans l’au-delà ou en valorisant la patience et la soumission aux autorités, les doctrines religieuses peuvent encourager les Africains à accepter leur sort au lieu de le contester. Les structures religieuses, en devenant des acteurs économiques et sociaux puissants, contribuent parfois, malgré elles, à la reproduction de l’ordre établi.

5. Les pistes pour une transformation sociale

Si la religion joue un rôle fondamental en Afrique, il est essentiel que celle-ci se conjugue à des initiatives concrètes pour un changement social et économique. L’ancien archevêque Desmond Tutu, fervent défenseur des droits de l’homme, a montré que la foi peut aussi être un moteur de résistance contre l’injustice. À travers son engagement en faveur de la justice sociale, il a montré qu’il est possible de concilier croyance religieuse et lutte politique.

Les institutions religieuses pourraient avoir un rôle positif en sensibilisant les fidèles aux questions sociales et en soutenant des projets d’éducation et de développement. Plutôt que de promettre des miracles, elles pourraient mettre l’accent sur l’importance de l’autonomisation des individus, de l’éducation, et de la solidarité. En se posant comme des vecteurs de progrès social, elles aideraient les Africains à trouver en eux-mêmes et dans leur communauté les ressources pour améliorer leurs conditions de vie.

Alors, Dieu entend-il le cri des Africains ? Peut-être que la question est moins de savoir si Dieu écoute, que de savoir si les Africains prennent eux-mêmes en main leur destin. La religion peut être une force de transformation si elle ne sert pas à perpétuer une résignation passive, mais encourage à agir pour le bien commun. À la foi en une aide divine devrait s’ajouter une foi en l’action humaine, guidée par la justice, l’entraide, et la solidarité. Ainsi, le miracle pourrait ne plus être attendu passivement, mais construit jour après jour.

S. Em. Mgr Mbarga, prière de rappeler à ton homonyme, le ministre Mbarga, que les ROIS CHOISIS PAR DIEU ont régné dans la prospérité pour le bien du peuple et ont su céder leur place

Mots Clés: Bible, David, Salomon, Josias, Ezechiel, Choniques, Rois, Ancien Testament, Chrétiens, Catholiques

Le ministre du Commerce du Cameroun a récemment déclaré que « ne pas soutenir Paul Biya, c’est défier Dieu qui l’a choisi ». En utilisant la Bible comme référence pour justifier le règne prolongé d’un dirigeant, il oublie un point fondamental : les rois choisis par Dieu dans les Écritures ont régné non pour leur propre pouvoir, mais pour assurer prospérité, paix et justice à leurs peuples. Ils ont travaillé pour le bien-être matériel et spirituel de leur nation, et, quand le moment était venu, ils ont cédé leur place pour que la prospérité se perpétue.

Contrairement à ces exemples bibliques de rois bénis et justes, le Cameroun vit aujourd’hui une réalité bien différente sous le régime de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Il est crucial de se demander : le règne de Biya reflète-t-il cette mission divine de prospérité et de justice, ou plonge-t-il au contraire la jeunesse camerounaise dans la misère et le désespoir ? Regardons ensemble ce que la Bible nous enseigne sur la gouvernance divine et confrontons cela à la réalité que vit la jeunesse camerounaise aujourd’hui. Dans les besoins de clarté dans la recherche, j’ai assumé que le Dieu dont parle le Ministre du commerce est le Dieu Chrétien, car Paul Biya est chrétien catholique.

La prospérité économique des rois choisis par Dieu : Exemples bibliques

Dans les Écritures, plusieurs rois choisis par Dieu ont conduit leur peuple à des époques de prospérité exceptionnelle. Leur règne est marqué par une économie florissante, la sécurité et le bien-être de leurs sujets.

David : Un règne béni de paix et de prospérité

Le roi David, choisi par Dieu, est un exemple de dirigeant ayant mis la sécurité et la prospérité de son peuple au premier plan. En sécurisant les frontières d’Israël par des conquêtes judicieuses, il a permis à la nation d’atteindre une stabilité sans précédent. Son règne est décrit comme une période de richesse et de gloire.

Dans 1 Chroniques 29:28, il est dit de lui : « Il mourut dans une heureuse vieillesse, rassasié de jours, de richesses et de gloire » (Louis Segond). Cette prospérité n’était pas que personnelle ; elle s’étendait à tout Israël, car David gouvernait pour le bien de ses sujets. Son règne offrait une stabilité sociale qui permettait à chaque famille de vivre en paix, de cultiver ses terres et d’élever ses enfants dans un environnement prospère.

Salomon : La sagesse et l’abondance pour le bien du peuple

Le règne de Salomon, fils de David, est sans doute l’apogée de la prospérité d’Israël. Connu pour sa sagesse divine, Salomon a instauré un âge d’or pour son peuple. Dès le début de son règne, il demanda à Dieu non pas des richesses, mais la sagesse nécessaire pour gouverner son peuple avec justice. En retour, Dieu le bénit abondamment, lui accordant sagesse, richesse et renommée.

1 Rois 10:23-24 décrit l’opulence de son règne : « Le roi Salomon fut plus grand que tous les rois de la terre par les richesses et par la sagesse. Et tout le monde cherchait à voir Salomon, pour entendre la sagesse que Dieu avait mise dans son cœur. » Grâce à son intelligence et à ses alliances commerciales, il multiplia les ressources de son royaume, construisit le Temple de Jérusalem et favorisa le commerce avec des nations lointaines.

1 Rois 4:25 témoigne de la paix sous son règne : « Juda et Israël, depuis Dan jusqu’à Beer-Schéba, habitèrent en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier, tout le temps de Salomon. » Cette image d’abondance et de sécurité est éloquente : sous Salomon, chaque citoyen pouvait bénéficier des fruits de son travail, sans craindre les guerres ou l’oppression. Salomon incarne un roi qui, par sa sagesse, assure le bonheur de ses sujets, une prospérité dans laquelle chaque génération a sa part.

Josias : Un règne de justice et de réforme

Le roi Josias est un autre exemple de roi fidèle et réformateur, qui a restauré le respect des lois divines et apporté la prospérité spirituelle et matérielle à son peuple. Josias entreprit une réforme religieuse majeure en détruisant les idoles et en redirigeant son peuple vers Dieu, assurant ainsi une cohésion et une prospérité nationale.

2 Chroniques 34:33 rapporte : « Josias fit disparaître toutes les abominations de tous les pays qui appartenaient aux enfants d’Israël, et il obligea tous ceux qui se trouvaient en Israël à servir l’Éternel, leur Dieu. Pendant toute sa vie, ils ne se détournèrent point de l’Éternel, le Dieu de leurs pères. » Par son dévouement envers Dieu et la justice, Josias renforça le sentiment de communauté et la prospérité matérielle d’Israël, une condition indispensable à la paix et au bien-être de son peuple.

Ezéchias : Sécurité et développement pour le peuple

Le roi Ezéchias est également reconnu pour avoir mis en place des réformes qui ont garanti la sécurité et l’abondance pour Israël. Il renforça les infrastructures, notamment en construisant un aqueduc pour assurer un approvisionnement en eau stable à Jérusalem, prouvant qu’il mettait les besoins de son peuple au premier plan.

2 Chroniques 32:27-29 témoigne de sa réussite : « Ezéchias eut beaucoup de richesses et de gloire. Il se fit des trésors d’argent, d’or, de pierres précieuses, d’aromates, de boucliers, et de tous les objets précieux ; des magasins pour les récoltes de blé, de moût et d’huile, des crèches pour toutes sortes de bêtes, et des troupeaux pour les étables. » Grâce à sa gestion habile, Ezéchias garantit une prospérité durable qui permit à son peuple de prospérer même en temps de difficultés.

La jeunesse camerounaise sacrifiée

Quand on compare ces exemples bibliques aux réalités actuelles du Cameroun, la différence est frappante. Sous Paul Biya, qui est au pouvoir depuis plus de quatre décennies, le Cameroun ne connaît ni la prospérité, ni la paix promises par les exemples de la Bible. Au contraire, la jeunesse camerounaise endure le chômage, la pauvreté, et le manque d’opportunités. Alors que les rois bibliques laissaient un héritage de sécurité et de bien-être pour les générations futures, les jeunes Camerounais se sentent sacrifiés, réduits à l’exil économique et à la survie dans leur propre pays.

La crise anglophone, le manque d’emplois, l’instabilité économique, et la mauvaise gouvernance montrent que ce régime n’a pas su reproduire la justice et la prospérité qu’un roi choisi par Dieu doit apporter à son peuple. La jeunesse camerounaise est témoin de cette situation et crie sa détresse, elle qui voit les années passer sans perspective d’amélioration.

Conclusion : le vrai leadership selon la Bible

La Bible nous enseigne que les rois choisis par Dieu gouvernaient pour le bien de leurs peuples, en assurant leur prospérité matérielle et spirituelle. Ils n’hésitaient pas à céder leur place quand leur mission était accomplie, permettant à de nouveaux dirigeants d’apporter renouveau et espoir. Comparer ces exemples sacrés au Cameroun actuel révèle une gouvernance bien éloignée des valeurs de justice et d’amour du prochain.

S. Em. Mgr Mbarga, vous qui êtes homme d’Église, rappelez à votre homonyme, le ministre du Commerce, que s’appuyer sur la Bible pour défendre un règne sans prospérité et sans justice est une déformation des enseignements sacrés. Dieu choisit des rois pour le bien de leur peuple, et non pour le pouvoir personnel.

La Faillite d’une Affirmation MENSONGÈRE, MANIPULATRICE, INJUSTE, ÉGOÏSTE, IRRESPONSABLE, DANGEREUSE ET HONTEUSE à l’encontre de la nouvelle génération : « Ne pas soutenir Paul BIYA, c’est défier Dieu qui l’a choisi »

Nouvelle génération de leadership politique camerounais

Le 6 novembre dernier, date commémorative de l’accession au pouvoir du président camerounais Paul Biya en 1982, le ministre du Commerce a déclaré que ne pas soutenir Biya équivaudrait à « défier Dieu qui l’a choisi. » Cette affirmation, bien que provocante, soulève de sérieuses questions sur la démocratie, la responsabilité politique et les aspirations de la nouvelle génération. L’idée que s’opposer à un dirigeant est contraire à la volonté divine est non seulement contestable, mais aussi dangereuse pour l’avenir d’une nation. Cet article démontre pourquoi une telle déclaration est à la fois injuste et irresponsable, et comment elle prive la jeunesse camerounaise de son droit de participer activement à l’avenir de son pays.

Une déclaration injuste pour la nouvelle génération

L’affirmation du ministre du Commerce s’inscrit dans une vision figée de la gouvernance, où la continuité au pouvoir est vue comme un devoir sacré, indépendamment de l’aspiration des jeunes générations à participer aux décisions politiques. La jeunesse camerounaise, comme toute génération montante, souhaite s’investir pour construire son avenir, apporter des solutions aux défis actuels, et participer au développement de son pays. Restreindre cet élan sous prétexte d’une « volonté divine » fige le destin du Cameroun et étouffe le potentiel d’innovation et de progrès dont la nouvelle génération est porteuse.

Chaque génération a le droit de gouverner. L’histoire montre que des sociétés prospères et durables reposent sur une transmission du pouvoir aux nouvelles générations, porteuses de nouvelles idées et mieux adaptées aux enjeux actuels. Imposer un dirigeant de façon perpétuelle, au nom d’une légitimité divine ou supposée, va à l’encontre des principes fondamentaux de la démocratie et empêche l’émergence de nouveaux leaders.

Une affirmation égoïste et irresponsable

L’idée que Paul Biya est un dirigeant « choisi par Dieu » relève d’une vision politique égoïste qui évite de considérer la volonté des citoyens. Une telle déclaration sert avant tout les intérêts de ceux qui bénéficient du système actuel et cherchent à maintenir le statu quo. Cette position dénote une volonté d’exclure toute alternative politique, de décourager le débat et d’éloigner la jeunesse des instances de décision. Elle crée un fossé profond entre les dirigeants et la population, qui voit ses aspirations négligées.

Le Cameroun est actuellement confronté à des crises profondes, notamment la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO), qui a divisé le pays et généré des souffrances incommensurables. Depuis des années, le gouvernement est dans l’incapacité de résoudre ce conflit qui mine la cohésion nationale et la paix sociale. En ancrant l’idée que Biya est le seul et unique dirigeant légitime, cette affirmation détourne l’attention des problèmes réels et des inégalités qui persistent dans le pays.

Une déclaration dangereuse pour la stabilité du Cameroun

Lier le pouvoir politique à une notion divine limite les possibilités de changement pacifique et peut inciter à la violence en cas de crise. En suggérant que toute opposition est illégitime, voire sacrilège, on crée un environnement de défiance et de radicalisation. Au lieu de promouvoir un climat d’échange et de consensus, cette idée creuse encore davantage le fossé entre les gouvernants et les gouvernés, et rend la transition politique de plus en plus incertaine.

Au lieu de préserver la paix et la stabilité, cette rhétorique augmente les tensions. La jeunesse camerounaise se sent exclue des processus de décision, ce qui peut exacerber les frustrations et fragiliser la cohésion nationale. Un Cameroun fort est un Cameroun qui valorise les contributions de chaque génération et qui permet à la jeunesse de s’impliquer activement dans la construction de l’avenir.

Conclusion : une honte pour le ministre du Commerce

Le ministre du Commerce devrait se soucier davantage de l’avenir du Cameroun que de ses intérêts personnels. Pousser un homme de 92 ans à tenir les rênes d’une nation qu’il peine à maîtriser est non seulement injuste pour Paul Biya lui-même, mais aussi pour toute la société. Le pays est en attente d’un renouveau, d’une vision portée par des dirigeants en phase avec les réalités contemporaines et les aspirations de la jeunesse.

Il est temps de promouvoir une alternance politique saine et d’encourager des leaders qui répondent aux besoins réels du pays. La jeunesse camerounaise a le droit de rêver d’un avenir meilleur et de s’engager pour y parvenir. Le devoir de chaque dirigeant, au lieu de maintenir un pouvoir personnel sous le couvert d’une légitimité divine, est de préparer le terrain pour une nouvelle génération capable d’assurer la pérennité et la prospérité de la nation.

Qu’est ce que l’État Développementaliste Communautaire (EDC) de Jimmy Yab et Vincent Nkong-Njock?

L’État Développementaliste Communautaire (E.D.C.) décrit par JIMMY YAB et Vincent Nkong-Njock, est un modèle de gouvernance innovant qui fusionne les stratégies industrielles et économiques planifiées des États d’Asie de l’Est avec la structure communautariste des Sociétés Africaines Subsahariennes.

Principes normatifs

L’EDC s’inspire des principes normatifs de deux theories importantes :

  1. l’État développementaliste d’Asie de l’Est, qui guide activement le marché capitaliste pour promouvoir le développement des populations, et
  2. l’État communautariste de l’Afrique au Sud du Sahara, où l’importance de l’individu est mesurée par sa contribution au développement de la communauté.

Elements fondamentaux

L’EDC repose sur trois éléments fondamentaux :

  1. Le nationalisme économique comme moteur du développement : Cette approche met l’accent sur la promotion des industries locales, la protection des marchés intérieurs et l’encouragement des investissements nationaux pour stimuler la croissance économique.
  2. Le régime communautaire, où les priorités politiques sont définies en fonction des besoins locaux : En reconnaissant la diversité des communautés, ce modèle s’efforce de créer des politiques qui répondent directement aux besoins spécifiques de chaque localité, assurant ainsi une gouvernance plus réactive et plus pertinente.
  3. La mise en œuvre de politiques industrielles stratégiques par une administration techniquement compétente : Cela implique la formation et le déploiement de technocrates capables de planifier et d’exécuter des projets de développement industriel de manière efficace et efficiente.

Objectif 

L’objectif principal de ce modèle est de favoriser un développement économique inclusif en décentralisant le pouvoir et en renforçant les structures communautaires locales. Cela garantit une participation équitable et une juste répartition des bénéfices du développement. Tout en s’inspirant des réussites des pays d’Asie de l’Est et en intégrant les pratiques sociales et les dynamiques communautaires africaines, ce modèle offre une approche holistique adaptée au contexte africain pour le développement.

Un modèle adapté aux réalités camerounaises 

Le Cameroun, souvent désigné comme « l’Afrique en miniature » pour sa diversité ethnique, linguistique et culturelle, fait face à de nombreux défis de développement. Le modèle montre comment  l’État développementaliste communautaire (EDC) pourrait être mis en œuvre de manière pratique pour résoudre les crises structurelles qui entravent son progrès. 

Le modèle propose une refonte en profondeur des structures politiques et économiques du Cameroun, notamment par une réorganisation fédérale en quatre grandes régions et une décentralisation des pouvoirs. Cette approche permet de mieux répondre aux besoins locaux tout en renforçant l’unité nationale. 

Une collaboration interdisciplinaire pour une analyse complète 

L’un des points forts de ce modèle réside dans la complémentarité de ses auteurs. L’un est professeur de Sciences Politiques et Relations Internationales, et l’autre est Expert en Ingénierie et Systèmes énergétiques y compris l’énergie atomique. Ensemble, ils proposent une analyse à la fois théorique et pragmatique, en croisant des disciplines variées pour offrir des solutions concrètes aux problèmes de gouvernance et de développement en Afrique subsaharienne.  

L’État Développementaliste Communautaire (EDC), étant conçu spécifiquement à partir des spécificités de l’Afrique subsaharienne, le modèle est adaptable à chaque pays de cette région. Ainsi, dans le livre Construction d’un État Développementaliste Communautaire: Le Cameroun,  le concept d’EDC est appliqué au cas du Cameroun. Cela permet de montrer comment ce modèle peut être mis en œuvre de manière pratique pour répondre aux défis uniques de développement que rencontre le Cameroun, tout en tirant parti de ses atouts culturels et communautaires pour stimuler une croissance économique durable et inclusive.

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I am a « Republican Political Intellectual »: An Alliance of Thought and Commitment to the Community Good

Defining the Republican Political Intellectual

I define myself as a republican political intellectual, a stance that combines my intellectual commitment and my role as an opposition leader in Cameroon. As a university professor, teaching in institutions across Africa, Asia, and Europe, and as the Secretary General of the Movement for the Liberation of Cameroon (MLDC), one of the first opposition parties of the Biya era, I embrace a republican approach grounded in respect for institutions while maintaining constructive critique and intellectual independence.

An African Intellectual Legacy

In adopting this position, I align myself with the tradition of African thinkers like Fabien Eboussi Boulaga, Paulin Hountondji, Marcien Towa, but also the founding fathers of Pan-Africanism such as Williams Du Bois, Marcus Garvey, Edward W. Blyden, PK Seme and George Padmore, who have masterfully combined intellectual rigor with political engagement without succumbing to complacency towards established powers. These African intellectuals have consistently advocated for a form of critique that, far from destabilizing the foundations of the state, seeks to strengthen it by highlighting its deviations and proposing reforms. I strive to embody this tradition of critical thought in honoring the Republic and the democratic values it embodies.


Respect for Cameroonian Authorities and Independence of Thought

For me, respect for Cameroonian authorities is not merely an act of submission but a fundamental element of republican stability. However, this respect must go hand in hand with freedom of thought and expression, essential to fulfilling my role as both an intellectual and an opposition leader. My engagement within the MLDC confers upon me the responsibility to be both a critic of current governance and a builder of alternative proposals, always in the pursuit of the common good.


Republican Critique in Service of the Common Good

The republican critique I strive to practice is not a systematic challenge to authority but a thoughtful analysis of public policies. I am convinced that, for the Republic to genuinely serve the people, it must welcome critique, especially when it emanates from those who share a vision for the common good. As a political intellectual, I believe my duty is to account, alert, and amend through constructive proposals, while respecting the dignity of institutions.


Balancing Republican Loyalty and Critical Freedom

In essence, to be a republican political intellectual is to blend thought and action in the pursuit of improving public governance. It means daring to challenge the status quo, not out of antagonism, but out of conviction that the common good is the foundation upon which republican values rest. My commitment, therefore, is a balance between loyalty to republican ideals and critical freedom, with the ultimate goal of contributing to a more just and transparent Cameroonian democracy.

Je suis un « Intellectuel Politique Républicain »: Une Alliance de la Pensée et de l’Engagement pour le Bien de la Communauté

Une Définition de l’Intellectuel Politique Républicain

Je me définis comme un intellectuel politique républicain, un positionnement qui articule mon engagement intellectuel et mon rôle de leader d’opposition au Cameroun. En tant que professeur d’université, exerçant dans des institutions en Afrique, en Asie, et en Europe, et Secrétaire Général du Mouvement pour la Libération du Cameroun (MLDC), l’un des premiers partis d’opposition de l’ère Biya, je revendique une approche républicaine fondée sur le respect des institutions tout en maintenant une critique constructive et une indépendance intellectuelle.

Un Héritage Intellectuel Africain

En prenant cette posture, je m’inscris dans la lignée de penseurs africains comme Fabien Eboussi Boulaga, Paulin Hountondji, Marcien Towa, mais aussi et surtout des premiers leaders du panafricanisme tels que Williams Du Bois, Marcus Garvey, Edward W. Blyden, PK Seme et Georges Padmore qui ont su allier rigueur intellectuelle et engagement politique sans céder à la complaisance envers les pouvoirs établis. Ces intellectuels africains ont toujours été porteurs d’une critique qui, loin de déstabiliser les fondements de l’État, vise à le renforcer en mettant en lumière ses dérives et en proposant des réformes. Je m’efforce d’incarner cette tradition de pensée critique en honorant la République et les valeurs démocratiques qu’elle porte.

Respect des Autorités Camerounaises et Indépendance de Pensée

Pour moi, le respect des autorités camerounaises n’est pas un simple acte de soumission mais un élément central de la stabilité républicaine. Ce respect doit cependant aller de pair avec une liberté de pensée et de parole, essentielles pour exercer mon rôle d’intellectuel et de leader d’opposition. Mon engagement au sein du MLDC me confère la responsabilité d’être à la fois un critique de la gestion actuelle et un bâtisseur de propositions alternatives, toujours dans l’intérêt général.

La Critique Républicaine au Service du Bien Commun

La critique républicaine, que je m’efforce de pratiquer, n’est pas une remise en cause systématique de l’autorité, mais une analyse réfléchie des politiques publiques. Je suis convaincu que, pour que la République serve véritablement le peuple, elle doit accueillir la critique, surtout lorsqu’elle émane de ceux qui partagent une vision pour le bien commun. En tant qu’intellectuel politique, je crois que mon devoir est de rendre compte, d’alerter, et de corriger par des propositions, dans le respect de la dignité des institutions.

L’Equilibre entre Loyauté Républicaine et Liberté Critique

En somme, être un intellectuel politique républicain, c’est conjuguer la pensée et l’action pour l’amélioration de la gestion publique. C’est oser défier le statu quo non par antagonisme, mais par conviction que l’intérêt général c’est-a-dire celui de la communauté est le socle sur lequel reposent les valeurs républicaines. Mon engagement est donc un équilibre entre loyauté aux valeurs républicaines et liberté critique, pour contribuer à une démocratie camerounaise plus juste et plus transparente.

L’Implication des Jeunes Camerounais aux Élections de 2025

La jeunesse camerounaise, qui représente une large majorité de la population, détient un potentiel considérable pour influencer le processus électoral en 2025. D’après les données démographiques, environ 65% des Camerounais ont moins de 25 ans, ce qui en fait l’une des populations les plus jeunes du monde. Pourtant, malgré ce poids démographique, les jeunes Camerounais sont marginalisés dans les prises de décision politiques, à cause d’un faible taux d’inscription sur les listes électorales et d’une participation limitée aux élections.

STATISTIQUES SUR LA JEUNESSE CAMEROUNAISE ET LA PARTICIPATION ÉLECTORALE

Pour mesurer l’ampleur de ce défi, il est utile de se pencher sur quelques chiffres récents :

1. Taux d’inscription sur les listes électorales: Lors de l’élection présidentielle de 2018, seuls 6,6 millions de Camerounais étaient inscrits sur les listes électorales, dans un pays de plus de 26 millions d’habitants, dont environ 15 millions sont en âge de voter. La jeunesse, en particulier, est sous-représentée dans ces inscriptions. Les jeunes de moins de 30 ans sont beaucoup moins enclins à s’inscrire, soit par manque de sensibilisation, soit par désenchantement vis-à-vis du processus politique.

2. Chômage et désillusion : Le taux de chômage chez les jeunes au Cameroun, en particulier ceux âgés de 15 à 35 ans, est élevé, avoisinant les 13% selon les statistiques officielles, et bien plus si l’on prend en compte le sous-emploi et le secteur informel. Cette situation de précarité économique pousse de nombreux jeunes à se désintéresser de la politique, jugeant que les dirigeants actuels ne sont pas à même de répondre à leurs besoins. Cependant, cette même jeunesse représente un réservoir d’énergie et d’innovation, essentiel au développement socio-économique du pays.

L’IMPORTANCE DU RENOUVELLEMENT DE LA CLASSE POLITIQUE

Avec des dirigeants vieillissants et une classe politique qui semble peu encline à céder la place aux jeunes, il est impératif que la jeunesse s’inscrive sur les listes électorales pour provoquer un véritable renouvellement de la classe politique. Paul Biya, qui est au pouvoir depuis plus de 42 ans, incarne cette longévité à la tête du pays, et son régime est largement perçu comme déconnecté des aspirations des jeunes générations.

Les élections de 2025 sont une occasion cruciale pour la jeunesse camerounaise de jouer un rôle actif dans la transition politique. Le Cameroun n’a jamais connu de véritable alternance politique, et le maintien de la même élite politique au pouvoir pendant plusieurs décennies a engendré une stagnation des idées et des réformes. Le renouvellement de cette classe passe par l’implication de la jeunesse, non seulement en votant, mais aussi en se présentant à des postes de responsabilité et en portant des projets novateurs pour l’avenir du pays.

PRENDRE SON DESTIN EN MAIN

Les jeunes Camerounais doivent comprendre qu’ils ont le pouvoir de changer les choses. Chaque vote compte, et la participation massive de la jeunesse pourrait influencer significativement les résultats de l’élection de 2025. Voici quelques points sur lesquels la jeunesse peut peser :

1. Réformes économiques et sociales: Avec un chômage des jeunes élevé et une économie dominée par le secteur informel, il est nécessaire de repenser le modèle économique du Cameroun. La jeunesse, en particulier les diplômés, doit s’assurer que les dirigeants qu’elle choisit auront à cœur de favoriser l’emploi, l’entrepreneuriat, et l’accès aux opportunités économiques pour les jeunes.

2. Éducation et technologies: Le système éducatif camerounais, bien qu’il ait produit de nombreux talents, reste en décalage avec les besoins du marché du travail. Les jeunes doivent voter pour des leaders capables de réformer le système éducatif pour qu’il soit en phase avec les nouvelles technologies et l’économie numérique.

3. Lutte contre la corruption: La corruption est un fléau qui freine le développement du Cameroun. Les jeunes, victimes de ce système inégalitaire, doivent s’engager à travers leur vote pour des leaders qui placent la transparence, l’éthique et la bonne gouvernance au cœur de leur programme.

DES JEUNES LEADERS ÉMERGENTS

Un autre enjeu du renouvellement politique réside dans l’émergence de jeunes leaders. Plusieurs jeunes Camerounais ont déjà commencé à se démarquer dans différents secteurs, que ce soit dans l’entrepreneuriat, la société civile ou la politique.

Si la jeunesse prend conscience de sa puissance électorale et de sa capacité à définir l’avenir du Cameroun, le pays pourrait enfin connaître une alternance politique, un changement de paradigme en matière de gouvernance, et une réorientation vers des politiques publiques centrées sur les besoins des nouvelles générations.

L’URGENCE DE S’INSCRIRE ET DE VOTER

La jeunesse camerounaise ne doit pas rester en marge du processus électoral de 2025. Avec un pouvoir démographique important et une volonté manifeste de changement, elle peut influencer de manière significative le futur politique du pays. L’inscription massive des jeunes sur les listes électorales et leur participation active aux élections sont des étapes cruciales pour garantir un renouvellement de la classe politique, et surtout pour que le Cameroun entre dans une nouvelle ère où les aspirations de la majorité des citoyens sont prises en compte.

Les statistiques montrent que la jeunesse camerounaise, en termes numériques, a déjà le pouvoir de changer les choses. Il reste à s’assurer qu’elle utilise ce pouvoir pour prendre son destin en main et assurer un avenir meilleur pour le Cameroun.

PR. JIMMY YAB, SG MLDC