Du Bureau du Premier Ministre au Silence de la Présidence : Pourquoi le MLDC Propose 4 Vice-Présidents Collégiaux Régionaux pour Refonder le Cameroun

Pour 4 Vice-Presidents Collégiaux dans le cadre de la construction d’un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions

Pr. Jimmy Yab & S.E. Joseph Dion Ngute, Premier Ministre du Cameroun

Pr. Jimmy Yab
Président du MLDC
Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF
)

Résumé

Dans cet article, je propose une réflexion critique sur l’architecture exécutive de l’État camerounais dans le contexte d’une transition vers un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions . À partir d’une expérience personnelle — la rencontre avec le Premier ministre Joseph Dion Ngute en décembre 2022 — et de l’échec institutionnel du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF), je met en lumière les limites structurelles du Premier ministère, symbole d’un centralisme postcolonial inefficace. Je plaide pour l’instauration d’une Vice-présidence collégiale régionale, ancrée dans les quatre grandes régions fédérées du Cameroun, comme solution à la crise de gouvernance. En mobilisant des exemples comparatifs (Nigeria, Bosnie-Herzégovine, Bolivie), je démontre que la co-représentation exécutive territoriale constitue une voie légitime, stabilisatrice et adaptée à la pluralité camerounaise. Il s’inscrit dans une approche de souveraineté partagée et de justice territoriale, au cœur du projet politique du MLDC.

Mots-clés : Fédéralisme communautaire, Cameroun, Vice-présidence, Gouvernance territoriale, Développement régional, MLDC, Institutions.

Abstract

This article provides a critical reflection on the executive architecture of the Cameroonian state within the context of a transition toward a community-based, developmental federalism. Grounded in a personal experience — a meeting with Prime Minister Joseph Dion Ngute in December 2022 — and the institutional failure of the Sino–Francophone Africa Trade Fair project, the author highlights the structural limitations of the Prime Minister’s office, emblematic of an ineffective postcolonial centralism. The article advocates for the establishment of a regional collegial Vice Presidency, rooted in Cameroon’s four proposed federated regions, as a response to the governance crisis. Through comparative case studies (Nigeria, Bosnia-Herzegovina, and Bolivia), it demonstrates that territorially balanced executive representation offers a legitimate, stabilising, and context-sensitive institutional model. The analysis is embedded in a framework of shared sovereignty and territorial justice, as promoted by the MLDC’s political agenda.

Keywords: Community-based federalism, Cameroon, Vice Presidency, Territorial governance, Regional development, MLDC, Institutions.

Introduction : une rencontre décisive, un projet bloqué, un diagnostic institutionnel

C’est dans les couloirs feutrés de l’Immeuble Étoile, un matin de décembre 2022, que j’ai rencontré le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute. En tant que Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF), je lui remettais les actes du Colloque international sur l’Afrique francophone de l’Initiative la Ceinture et la Route, organisé quelques mois plus tôt en partenariat avec l’ambassade de Chine au Cameroun. Ce colloque international avait réuni chercheurs, diplomates et décideurs autour d’une ambition partagée : inscrire l’Afrique francophone dans une nouvelle dynamique Sud-Sud fondée sur l’autonomie économique, la coopération bilatérale et l’intégration régionale de l’Initiative chinoise de « La Ceinture et La Route ».

Au-delà de la restitution intellectuelle, cette rencontre avait un second objectif tout aussi stratégique : présenter au gouvernement camerounais le projet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF 2023), une grande initiative économique multilatérale prévue pour l’année suivante. À cette occasion, le Premier ministre exprima un soutien formel, déclarant clairement : Le gouvernement soutient pleinement votre initiative. Vous pouvez compter sur notre appui.

Ci-dessous le video-clip de promotion officiel du SICCAF 2023.

Mais quelques semaines, puis quelques mois plus tard, ce soutien s’évapora dans les méandres de l’administration. Le dossier, transmis au Secrétariat Général de la Présidence du Cameroun, à part quelques correspondances, resta sans suite. Malgré l’appui officiel de l’Ambassade de Chine au Cameroun, le soutien logistique du President de l’Association des Entreprises Chinoises au Cameroun (AECC), Mr Xu Huajiang, par ailleurs, Directeur Général de la Division Afrique centrale de China Harbour Engineering Company(CHEC), la multinationale meme, qui a construit le Port Autonome de Kribi et l’Auto-route Kribi-Edea et surtout le soutient des grandes entreprises chinoises en Afrique Centrale et d’autres venant directement de l’a Chine continentale, malgre ces garanties techniques apportées, les lourdeurs bureaucratiques prirent le dessus : manque de communication interinstitutionnelle, délais interminables, absence de décision claire. Cette inertie ne fut pas seulement une déception personnelle : elle fut une révélation structurelle. Elle montra à quel point le modèle institutionnel camerounais empêche la concrétisation de projets stratégiques, même lorsqu’ils sont validés politiquement et diplomatiquement.

Ci dessous Quelques photos de voyages du Pr Jimmy Yab en Chine pour la préparation du SICCAF 2023 et quelques grandes personnalités politiques et économiques

De cette expérience est née une interrogation fondamentale : quelle structure exécutive peut porter efficacement une vision de développement autonome, décentralisée et communautaire dans un Cameroun fédéré en quatre grandes régions ? Cet article répond à cette question en opposant deux options : d’une part, le maintien du Premier ministère, institution centrale héritée du modèle jacobin ; d’autre part, l’introduction d’une Vice-présidence collégiale régionale, fondée sur le fédéralisme développementaliste communautaire. L’analyse s’appuie sur une réflexion théorique, des comparaisons internationales et les réalités propres au Cameroun contemporain.

Ci- dessous quelques photos du Premier Colloque International sur « l’Initiative la Ceinture et la Route » en Afrique francophone du 25 au 27 mai 2022, au palais des congrès de Yaoundé

I. Le Premier ministère : héritage centralisateur et impasse exécutive dans un État en recomposition

L’échec du projet du Salon Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré son approbation par le Premier ministre et l’appui formel de l’ambassade de Chine, illustre une faille structurelle profonde dans l’organisation du pouvoir exécutif au Cameroun. Une fois transmis au Secrétariat Général de la Présidence, le dossier s’est enlisé. Ce n’était pas un refus politique, ni une opposition idéologique, mais un symptôme récurrent d’un système exécutif hypercentralisé, opaque et inefficace. Ce constat appelle une analyse critique de la pertinence du Premier ministère dans le cadre du Cameroun du XXIe siècle, en transition vers un modèle fédéral communautaire.

Institué dans la Constitution camerounaise de 1972 (puis réaffirmé en 1996), le Premier ministère est un organe de coordination subordonné au Président de la République. L’article 12 alinéa 1er stipule que le Premier ministre « coordonne l’action gouvernementale sous l’autorité du Président ». Cette formulation dénote un pouvoir dérivé, sans autonomie stratégique. Contrairement aux modèles parlementaires classiques où le Premier ministre est le chef de l’exécutif, celui du Cameroun est dépourvu d’initiative politique autonome, ce qui le rend inefficace dans un contexte de transformation institutionnelle.

Dans un État fédéral organisé autour de quatre grandes régions souveraines — le Grand Sud, le Grand Nord, le Grand Littoral et le Grand Ouest —, le maintien d’un Premier ministre unique et centralisé est une anomalie fonctionnelle. Il empêche la territorialisation des décisions, bloque la remontée des priorités régionales, et reproduit un schéma néocolonial de gouvernance verticale. La dynamique développementaliste communautaire implique au contraire une coproduction des politiques publiques entre centre et périphéries, basée sur la souveraineté partagée, l’écoute communautaire, et la proximité.

D’un point de vue comparatif, les travaux de Hooghe et Marks (2003) sur la gouvernance multiniveau montrent que les exécutifs centralisés sont structurellement inefficaces dans les États pluriethniques et multiculturels. En Éthiopie, par exemple, la coexistence d’un fédéralisme ethnique avec un exécutif hyper-présidentialiste a mené à l’asphyxie des gouvernements régionaux, puis à l’explosion des conflits internes. Le Cameroun, avec ses tensions anglophones, ses déséquilibres historiques et sa diversité sociolinguistique, court les mêmes risques si la réforme institutionnelle reste superficielle.

Le Premier ministère ne saurait être l’instrument de pilotage d’un Cameroun fédéré à visée communautaire. Son existence même pourrait devenir un frein à l’innovation politique, un verrou dans la chaîne des décisions urgentes, et un symbole d’un passé institutionnel incompatible avec les réalités du présent. L’exemple du projet du Salon Industriel et commercial Chine–Afrique francophone en est la preuve vivante : même lorsque la volonté politique existe, le système d’exécution bloque l’action.

Le Cameroun n’a donc pas besoin d’un Premier ministre dans le sens classique du terme, mais d’une architecture exécutive pluraliste, enracinée dans ses régions, capable de dialoguer horizontalement avec les réalités locales. C’est ce que propose le modèle de la Vice-présidence collégiale, que nous développons dans la section suivante.

II. La Vice-présidence collégiale : une architecture de souveraineté territoriale pour un Cameroun fédéré

La déconvenue administrative qui a suivi l’accord formel du Premier ministre au sujet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone ne fut pas simplement une péripétie bureaucratique. Ce fut une illustration concrète de l’absence d’ancrage territorial du pouvoir exécutif camerounais. Le fait que le dossier ait été bloqué, sans justification, au Secrétariat Général de la Présidence malgré l’aval d’un chef de mission diplomatique étranger – en l’occurrence l’Ambassadeur de Chine – démontre l’urgence de repenser l’organisation du pouvoir. C’est dans cette perspective que le concept de Vice-présidence collégiale régionale prend tout son sens.

Le modèle de fédéralisme développementaliste communautaire, tel que défendu par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), repose sur trois principes fondamentaux: la souveraineté partagée, la gouvernance de proximité, et la valorisation des identités territoriales. Dans un tel modèle, l’exécutif ne saurait rester vertical et unifié. Il doit refléter la diversité régionale du Cameroun, la pluralité de ses défis, et la richesse de ses ressources communautaires. La proposition d’une Vice-présidence collégiale à quatre pôles répond précisément à cette exigence.

Concrètement, chaque grande région fédérée — le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral, le Grand Ouest — désignerait un Vice-président régional, membre d’un organe exécutif fédéral commun. Ces Vice-présidents, dotés d’un mandat national mais enracinés dans leur région, formeraient un collège décisionnel chargé de co-piloter l’action gouvernementale avec le Président de la République, garant de l’unité. Chaque Vice-présidence aurait une compétence thématique prioritaire, reflétant les réalités régionales :

Le Grand Nord, confronté aux défis sécuritaires, climatiques et agricoles, piloterait les politiques de résilience et de sécurité communautaire. Le Grand Sud, riche en ressources forestières et minières, aurait la charge de la gouvernance environnementale et du développement rural intégré. Le Grand Littoral, épicentre économique du pays, piloterait les politiques industrielles, portuaires et d’intégration commerciale régionale. Le Grand Ouest, marqué par une forte diaspora et un tissu entrepreneurial dynamique, serait responsable de la cohésion sociale, de la médiation intercommunautaire et de l’économie populaire.

Ce schéma n’est pas une invention abstraite. Il s’appuie sur des logiques éprouvées dans d’autres États pluriels. En Bolivie, l’État plurinational a intégré des formes communautaires de représentation dans l’exécutif. En Bosnie-Herzégovine, la présidence collégiale garantit une cohabitation interethnique. Le Cameroun, à travers ce modèle, pourrait construire un exécutif réconcilié avec sa diversité, garant de l’équité territoriale et de la participation de tous à la destinée nationale.

La Vice-présidence collégiale offre aussi une réponse systémique à l’immobilisme institutionnel. Dans le cas du Salon Chine–Afrique francophone, si le Grand Littoral avait eu une Vice-présidence dotée de compétence commerciale, ce projet porté par l’OCAF aurait immédiatement été co-construit et défendu à l’échelle fédérale, en évitant les blocages bureaucratiques du pouvoir central. En donnant à chaque région une capacité d’action exécutive au sommet, ce modèle décentralise la décision sans fragmenter l’État, et multiplie les points d’entrée pour les initiatives stratégiques.

Enfin, ce dispositif incarne la philosophie du développementaliste communautaire : un État proche de ses populations, réactif aux réalités locales, résilient face aux crises, et créatif dans sa manière de bâtir le futur.

III. Études comparées : la gouvernance exécutive partagée dans les États fédéraux pluriethniques

L’idée d’une Vice-présidence collégiale régionale au Cameroun, dans le cadre du fédéralisme développementaliste communautaire, s’inscrit dans une tradition institutionnelle bien établie dans plusieurs pays confrontés à une forte diversité culturelle, linguistique ou territoriale. Loin d’être une utopie camerounaise, ce modèle exécutif partagé s’appuie sur des précédents comparatifs qui en démontrent à la fois la faisabilité, la légitimité et l’efficacité relative.

1. Le Nigeria : du “federal character” à l’équilibre exécutif implicite

Voisin du Cameroun et ancienne colonie britannique, le Nigeria est souvent présenté comme l’un des fédéralismes les plus aboutis d’Afrique. Il est structuré en 36 États fédérés dotés de larges compétences constitutionnelles. Si la Constitution nigériane ne prévoit pas de vice-présidences régionales multiples, elle impose néanmoins un principe fondamental : le “federal character”. Selon ce principe, toutes les institutions nationales, y compris l’exécutif, doivent refléter la diversité géographique, ethnique et religieuse du pays (Suberu, 2001). En pratique, cela se traduit par une attention constante à l’équilibre régional dans les nominations présidentielles, y compris au niveau du vice-président.

Cette règle non seulement réduit les tensions intercommunautaires, mais elle crée une dynamique de co-responsabilité nationale, où les projets de développement régionaux peuvent bénéficier d’un appui exécutif explicite. Transposé au Cameroun, un tel équilibre ne peut plus être laissé à la discrétion du chef de l’État ; il doit être institutionnalisé par une vice-présidence collégiale constitutionnellement encadrée.

2. La Bosnie-Herzégovine : cohabitation exécutive dans un contexte post-conflit

Autre cas emblématique : la Bosnie-Herzégovine. Pays multiculturel et post-conflit, la Bosnie a adopté une présidence tripartite où les trois principaux groupes ethniques (Bosniaques, Croates, Serbes) sont représentés au sommet de l’État. Chaque président est élu par sa communauté, et la présidence est rotative tous les huit mois. Ce système, bien qu’administrativement lourd, a permis d’éviter un retour à la guerre civile et d’instaurer une paix structurelle fondée sur l’inclusion mutuelle (Bieber, 2006).

Dans le contexte camerounais, où les tensions entre communautés anglophones et francophones, entre régions centrales et périphériques, restent vives, une structure exécutive partagée pourrait jouer le même rôle stabilisateur. Chaque région disposerait d’un représentant à la Vice-présidence, garantissant que les intérêts locaux soient présents dans l’arène fédérale. Ce serait un rempart contre la marginalisation, mais aussi un mécanisme d’équilibre démocratique entre les territoires.

3. La Bolivie : le pluralisme constitutionnel au service de la représentativité

Enfin, l’expérience de la Bolivie offre un modèle particulièrement pertinent pour un État développementaliste communautaire. En 2009, le pays adopte une nouvelle Constitution reconnaissant officiellement l’existence de 36 peuples autochtones. L’État devient alors plurinational, ce qui implique la reconnaissance des droits politiques et institutionnels des communautés à participer au pouvoir (Postero, 2017). Dans les faits, cela s’est traduit par l’inclusion d’acteurs autochtones dans les institutions nationales, y compris l’exécutif, et par une forte décentralisation des politiques publiques.

Ce modèle inspire directement la logique camerounaise, où plus de 250 ethnies, plusieurs aires linguistiques, et une histoire coloniale différenciée (française et britannique) coexistent. L’instauration d’une Vice-présidence collégiale au Cameroun permettrait de formaliser cette pluralité dans l’État, sans tomber dans le piège de la balkanisation. Il s’agirait de passer de la juxtaposition de communautés à leur intégration fonctionnelle dans la gouvernance.

Ces trois exemples convergent vers une conclusion claire : dans les États multiculturels, la stabilité institutionnelle repose sur la reconnaissance structurelle des différences, et non sur leur effacement. En instaurant une Vice-présidence collégiale régionale, le Cameroun adopterait un instrument moderne, inclusif et adapté à ses réalités profondes. Cette réforme serait non seulement cohérente avec les exigences du développement local, mais aussi conforme aux standards internationaux d’un fédéralisme équitable et démocratique.

Conclusion : pour une refondation exécutive ancrée dans la souveraineté territoriale

L’échec du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré l’accord formel du Premier ministre du Cameroun et l’engagement diplomatique de l’ambassade de Chine, n’est pas un incident isolé. Il est le révélateur structurel d’un système exécutif qui concentre le pouvoir tout en diluant la responsabilité, incapable de porter des initiatives territoriales stratégiques ou de réagir efficacement aux mutations du monde. Ce blocage administratif, survenu au niveau du Secrétariat Général de la Présidence, est l’un des multiples symptômes d’un État centralisé, opaque et paralysé, dont les mécanismes de décision sont déconnectés des territoires, des communautés et même des engagements politiques supérieurs.

Dans ce contexte, le Cameroun ne peut plus se contenter d’une réforme marginale. Il doit s’engager dans une refondation structurelle de ses institutions, à commencer par l’architecture de son exécutif fédéral. Le modèle du Premier ministère, dérivé du jacobinisme français, a montré ses limites : vertical, symbolique, inefficace, il ne peut porter la logique du développement communautaire, ni incarner l’autonomie régionale.

Face à cette impasse, le modèle de Vice-présidence collégiale régionale, intégré dans le projet de fédéralisme développementaliste communautaire du MLDC, constitue une alternative viable, cohérente et fondamentalement démocratique. Il ne s’agit pas simplement d’un ajustement technique, mais d’un changement de paradigme : un passage de la centralité vers la coprésidence territoriale, de la hiérarchie administrative vers la responsabilité partagée, de la domination institutionnelle vers la souveraineté coopérative.

Chaque région fédérée — Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, Grand Ouest — disposerait d’une Vice-présidence fédérale, à la fois représentative et décisionnelle. Ce collège de Vice-présidents ne serait pas une division du pouvoir, mais son approfondissement. Il permettrait de construire des réponses différenciées aux défis spécifiques de chaque région tout en consolidant une vision unifiée de la nation. Il serait l’incarnation exécutive d’un Cameroun polycentrique, communautaire, souverain.

Enfin, cette réforme n’est pas isolée dans l’histoire du monde. Le Nigeria, la Bosnie-Herzégovine, la Bolivie — et bien d’autres — ont montré que la stabilité dans les États complexes passe par la reconnaissance institutionnelle de la diversité. Le Cameroun peut devenir un modèle africain de fédéralisme équitable, à condition de s’émanciper des formes mortes du centralisme hérité et d’embrasser un avenir basé sur la coresponsabilité territoriale et la légitimité communautaire.

C’est là, dans cette vice-présidence collégiale souveraine, que se trouve la clé de la transformation républicaine du Cameroun, et peut-être même de sa survie politique comme État-nation. Le MLDC propose ainsi non une réforme parmi d’autres, mais un projet de réinvention nationale.

Références bibliographiques

• Bayart, J.-F. (1979). L’État au Cameroun*. Presses de la FNSP.

• Bieber, F. (2006). Post-War Bosnia: Ethnicity, Inequality and Public Sector Governance. Palgrave Macmillan.

• Fanso, V. G. (1989). Cameroon History for Secondary Schools and Colleges. Vol. 2. Macmillan.

• Geschiere, P. (1993). Chiefs and Colonial Rule in Cameroon: Inventing Chieftaincy, French and British Style*. Africa, 63(2), 151–175.

• Hooghe, L., & Marks, G. (2003). Unraveling the Central State, but How? Types of Multi-Level Governance. American Political Science Review, 97(2), 233–243.

• Konings, P., & Nyamnjoh, F. B. (2003). Negotiating an Anglophone Identity: A Study of the Politics of Recognition and Representation in Cameroon. Brill.

• Magrin, G. (2013). Périphéries en crise: Boko Haram et les territoires du bassin du lac Tchad. Afrique contemporaine.

• Ndoye, O., & Kaimowitz, D. (2000). Macro-economics, markets and the humid forests of Cameroon*. CIFOR.

• Postero, N. (2017). *The Indigenous State: Race, Politics, and Performance in Plurinational Bolivia*. University of California Press.

• Suberu, R. T. (2001). Federalism and Ethnic Conflict in Nigeria. United States Institute of Peace Press.

• Topa, G., Karsenty, A., Megevand, C., & Debroux, L. (2009). The Rainforests of Cameroon: A Vision for Sustainable Management World Bank Publications.

• Yab, J., Nkong-Njock, V. (2025). Pour un État Développementaliste Communautaire: le Cameroun

Construire un Axe Cameroun–Nigeria pour un Développement Sud-Sud Structurant

Pr Jimmy Yab & Président Olusegun Obasanjo

Une proposition stratégique du MLDC fondée sur l’État Développementaliste Communautaire. Pr. Jimmy Yab- Président du MLDC. Président de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone (OCAF) Professeur de relations internationales

Résumé

Dans un contexte mondial de recomposition des pôles de pouvoir, le Cameroun reste fortement arrimé à des logiques diplomatiques héritées de la colonisation, alors même que les dynamiques Sud-Sud redessinent les routes du développement. Cet article propose une alternative stratégique portée par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC) : l’ouverture d’un axe structurant de coopération bilatérale Cameroun–Nigeria, dans le cadre de l’État Développementaliste Communautaire (EDC). Ce partenariat, s’inspirant des modèles asiatiques d’industrialisation planifiée et de diplomatie pragmatique, pourrait accélérer l’intégration régionale, renforcer la souveraineté économique du Cameroun et stabiliser les zones frontalières à travers une diplomatie de développement. L’analyse mobilise des données économiques récentes, des références académiques et l’expertise acquise par l’auteur dans le cadre de ses travaux à l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF).

1. Introduction : l’urgence d’une refondation diplomatique

La photographie prise lors du 70e anniversaire de la Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries (CPAFFC) à Pékin, où l’auteur fut le seul représentant du Cameroun, aux côtés du président Olusegun Obasanjo, est plus qu’un symbole. Elle révèle un vide stratégique dans la représentation diplomatique camerounaise. À l’heure où le monde se réorganise autour d’alliances régionales Sud-Sud (Cheru & Obi, 2010), le Cameroun reste absent des grandes plateformes de co-développement, prisonnier d’une diplomatie alignée sur des logiques franco-centrées.

Cette absence diplomatique traduit une crise structurelle de vision, que le MLDC propose de dépasser par une diplomatie développementale ancrée dans la sous-région, avec le Nigeria comme partenaire stratégique de premier rang. Dans cette perspective, l’État Développementaliste Communautaire fournit le cadre doctrinal et institutionnel adéquat pour penser un nouvel ordre régional africain piloté par des États souverains et solidaires.

2. Le fondement doctrinal : l’État Développementaliste Communautaire comme levier d’intégration régionale

Inspiré des modèles asiatiques (Japon, Corée, Chine, Vietnam), l’État Développementaliste Communautaire prôné par le MLDC repose sur trois axes de souveraineté : politique, économique, et technologique (Yab, 2024). Il rompt avec les paradigmes de dépendance vis-à-vis des bailleurs internationaux pour privilégier une logique de planification nationale et d’intégration régionale.

Comme le souligne Leftwich (1995), le développement ne résulte pas d’une libéralisation automatique des marchés, mais de l’autonomie stratégique d’un État inséré dans ses communautés nationales et régionales. L’EDC permet de repenser l’action extérieure non comme un outil de représentation passive, mais comme une politique publique de transformation structurelle.

3. Le Nigeria : puissance sous-exploitée dans la stratégie régionale camerounaise

Avec un PIB de 477 milliards USD (FMI, 2023), une population de plus de 230 millions d’habitants, des réserves massives de gaz et une industrie manufacturière en développement, le Nigeria est la première puissance économique du continent. Pourtant, le Cameroun n’a jamais structuré de véritable coopération bilatérale de haut niveau avec Abuja, malgré une frontière de 1 500 kilomètres et des flux commerciaux informels estimés à plus de 500 millions USD en 2022 (BEAC, 2023).

Le MLDC propose de transformer cette cohabitation frontalière informelle en axe structurant de codéveloppement, autour de corridors logistiques (Garoua–Maiduguri, Bamenda–Enugu), de zones économiques conjointes, et d’une coopération industrielle sur les chaînes de valeur régionales (élevage, textile, agriculture, énergie).

4. Une diplomatie académique et opérationnelle : le rôle de l’OCAF

En tant que président de l’Observatoire Chine–Afrique Francophone, l’auteur a mené de nombreuses analyses comparatives sur les modalités de coopération sino-africaines. Contrairement à une vision simpliste, la Chine n’impose pas un modèle unique mais offre un cadre de négociation à géométrie variable, dans lequel l’État partenaire reste responsable de son agenda (Brautigam, 2009).

C’est à cette école stratégique que s’inspire notre proposition : une co-diplomatie de développement, dans laquelle le Cameroun co-construit avec le Nigeria :

Un Institut Cameroun–Nigeria pour le développement Sud-Sud, basé à Garoua ou Maroua, pour former les cadres de la coopération régionale. Des programmes universitaires conjoints entre Yaoundé I, Douala, Ibadan, Nsukka, Zaria, pour mutualiser les expertises en agriculture, santé, sécurité, industrie. Une stratégie commune d’attractivité des IDE africains et asiatiques, notamment pour financer les infrastructures partagées.

5. Sécurité régionale : la paix par le développement intégré

La frontière Cameroun–Nigeria, en particulier dans l’Extrême-Nord, reste marquée par des insécurités multiformes : Boko Haram, bandes transfrontalières, pauvreté extrême. Le MLDC propose une doctrine de sécurité développementale, inspirée du concept de “human security” (UNDP, 1994), qui conjugue action militaire, inclusion sociale, et intégration économique.

Cette doctrine repose sur :

Des forces conjointes de sécurité communautaire, financées par les deux États ; Des projets de stabilisation économique dans les zones à risque (routes, écoles, hôpitaux) ; Des centres de réinsertion régionale pour les ex-combattants, adossés à des programmes d’alphabétisation et de formation professionnelle.

6. Une rupture stratégique avec la diplomatie de l’attentisme

Contrairement aux politiques étrangères actuelles du Cameroun, qui se contentent d’une diplomatie de représentation et d’influence symbolique, l’approche du MLDC est fondée sur une diplomatie d’impact, orientée vers des objectifs de souveraineté et de développement.

La proposition d’un axe Cameroun–Nigeria s’inscrit dans une logique offensive, fondée sur une lecture réaliste de l’environnement régional. Elle rejoint l’idée selon laquelle les alliances Sud-Sud bien pensées constituent aujourd’hui des leviers stratégiques comparables aux anciens traités bilatéraux avec les puissances du Nord (Mohan & Tan-Mullins, 2019).

Conclusion : pour une géodiplomatie développementale panafricaine

Le MLDC propose un véritable tournant géopolitique pour le Cameroun. En réorientant la diplomatie camerounaise vers des partenariats Sud-Sud pragmatiques, à commencer par le Nigeria, il redonne à la politique étrangère sa mission historique : soutenir l’indépendance nationale, accélérer le développement, garantir la paix.

L’État Développementaliste Communautaire n’est pas un simple modèle administratif, mais un cadre stratégique et opérationnel pour inscrire le Cameroun dans une Afrique forte, intégrée, et souveraine.

« Celui qui n’est pas à la table des négociations est au menu de l’histoire. »

— Pr. Jimmy Yab

Références

Brautigam, D. (2009). The Dragon’s Gift: The Real Story of China in Africa. Oxford University Press.

Cheru, F., & Obi, C. (2010). The Rise of China and India in Africa: Challenges, Opportunities and Critical Interventions. Zed Books.

Evans, P. (1995). Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation. Princeton University Press.

FMI. (2023). World Economic Outlook. Fonds Monétaire International.

Leftwich, A. (1995). Bringing Politics Back In: Towards a Model of the Developmental State.

Journal of Development Studies, 31(3), 400–427.

Mohan, G., & Tan-Mullins, M. (2019). The Geopolitics of South-South Infrastructure Development: Chinese-Funded Transport Projects in Ethiopia and Kenya.

Political Geography, 73, 31–43. UNDP. (1994). Human Development Report 1994: New Dimensions of Human Security. United Nations Development Programme.

Yab, J. (2024). Construction d’un État Développementaliste Communautaire : Le Cameroun. Éditions US.

BEAC. (2023). Rapport sur les échanges informels dans la CEMAC. Banque des États de l’Afrique Centrale.

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Enfin, bâtir nos Souverainetés ( Politique et Territoriale – Économique et Financière -Industrielle et Technologique ) par un État Développementaliste Communautaire (EDC)

  1. Souveraineté Politique et Territoriale

La souveraineté politique

La souveraineté politique et territoriale constitue l’une des pierres angulaires sur lesquelles repose l’existence même d’un État. En effet, la souveraineté politique fait référence à la capacité d’un État à exercer un contrôle exclusif sur ses affaires internes et externes sans ingérence extérieure, tandis que la souveraineté territoriale désigne le droit d’un État à exercer son autorité sur un territoire délimité. Ces deux notions sont intimement liées et essentielles pour assurer l’indépendance et l’intégrité d’un pays. Or, la réalité du Cameroun, à travers les prismes de son histoire et de son contexte politique actuel, nous révèle qu’un déficit de souveraineté existe, tant au niveau politique qu’à celui de son territoire, ce qui est un frein majeur au développement du pays.

L’héritage colonial et la souveraineté limitée

L’histoire du Cameroun est marquée par un héritage colonial qui a façonné les contours de son existence politique actuelle. L’Empire colonial allemand, puis le mandat français et britannique, ont laissé un modèle d’organisation politique et territorial qui, loin d’être une base de développement, s’est révélé être une structure artificielle vouée à la dépendance. Le Cameroun, à l’indépendance en 1960, a hérité d’une structure étatique qui, bien qu’autonome sur le papier, est restée fortement influencée par les anciennes puissances coloniales, en particulier la France. Cette situation a généré des tensions internes, notamment en raison de la division entre les deux régions anglophone et francophone, chacune avec ses spécificités politiques, culturelles et juridiques. Le sentiment de nationalité a été, dès le départ, fragmenté, et l’unité nationale n’a jamais été pleinement réalisée.

Le Cameroun a donc hérité d’un État dont l’intégrité territoriale et l’autonomie politique étaient déjà compromises par une architecture coloniale qui avait pour but de servir des intérêts étrangers, plutôt que de développer une nation souveraine. En outre, la décolonisation, au Cameroun comme dans d’autres pays d’Afrique, a été marquée par des processus de transition maladroits et inachevés, dans lesquels les anciennes puissances coloniales ont maintenu des liens d’influence et de contrôle. Ces liens, souvent cachés sous des formes de coopération et de soutien, ont permis aux anciennes métropoles de conserver des positions stratégiques dans les affaires internes des États nouvellement indépendants.

La fragilité de l’État camerounais : des institutions sous contrôle extérieur

Bien que le Cameroun ait proclamé son indépendance en 1960, sa souveraineté politique et territoriale reste sujette à des influences extérieures qui vont bien au-delà des formes officielles de coopération internationale. Le système politique du Cameroun est en effet caractérisé par une forte centralisation du pouvoir, qui a entravé l’émergence d’une gouvernance véritablement démocratique et souveraine. L’État camerounais semble gouverner sous l’ombre persistante de l’influence de puissances étrangères, en particulier de la France, mais aussi de pays tels que les États-Unis, qui jouent un rôle dans l’orientation de la politique camerounaise, en raison de ses intérêts stratégiques en Afrique centrale.

Cette relation néocoloniale, bien qu’elle soit rarement discutée ouvertement, se manifeste dans la manière dont les décisions politiques importantes sont prises, notamment en matière de politique étrangère et de sécurité. Le Cameroun, sous la présidence de Paul Biya depuis 1982, a maintenu une relation particulièrement étroite avec la France, à travers des accords de coopération militaire et économique, qui, loin d’être bénéfiques pour la population camerounaise, ont renforcé la dépendance du pays vis-à-vis des intérêts étrangers. Le soutien militaire français, notamment l’opération Barkhane en Afrique de l’Ouest et la présence de troupes françaises au Cameroun, soulignent la place importante de la France dans les affaires internes du pays, notamment dans la gestion des crises et des conflits internes.

Ce modèle de gouvernance politique a ainsi renforcé une structure autoritaire, où le pouvoir est concentré entre les mains d’un petit groupe d’individus qui bénéficient de l’appui d’acteurs extérieurs pour maintenir leur position. La démocratie n’a jamais réellement pris racine au Cameroun, et l’État continue de vivre sous un contrôle qui n’est pas exclusivement endogène. L’absence d’une véritable séparation des pouvoirs, la répression de l’opposition politique et le recours à la violence pour maintenir l’ordre ne sont que des symptômes d’un déficit de souveraineté politique, où les décisions sont souvent dictées par des considérations étrangères plutôt que par les besoins du peuple camerounais.

La Souveraineté territoriale

La souveraineté territoriale du Cameroun, quant à elle, a également été façonnée par des héritages coloniaux complexes et mal résolus. Les frontières actuelles du Cameroun ont été tracées par les puissances coloniales sans consultation des peuples locaux. La ligne de partage entre le Cameroun francophone et anglophone, par exemple, a été établie dans des conditions qui ont engendré des frustrations et des tensions qui persistent jusqu’à aujourd’hui. Le sentiment d’injustice qui découle de la division linguistique du pays est palpable, et cette fracture est l’un des facteurs sous-jacents du conflit qui a opposé l’État camerounais aux séparatistes anglophones dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, conflits qui ont émergé à partir de 2016.

Le Cameroun, tout comme de nombreux autres pays africains, se trouve encore sous l’emprise de frontières tracées par des puissances coloniales, qui ne tiennent pas compte des réalités ethnolinguistiques et culturelles des populations locales. Les conflits qui en découlent sont une conséquence directe de l’absence de souveraineté véritable sur le territoire, et d’un manque de cohésion nationale pour résister à ces fractures internes. Ce ne sont pas seulement les frontières physiques qui sont mises à mal, mais aussi les liens sociaux et politiques entre les différentes communautés du pays.

Le modèle d’un fédéralisme développementaliste communautaire pour restaurer la souveraineté territoriale

La souveraineté territoriale du Cameroun pourrait trouver une solution durable à travers l’instauration d’un fédéralisme développementaliste et adapté aux réalités du pays. Ce modèle de fédéralisme ne se contenterait pas de diviser le pays en simples régions administratives, mais viserait à structurer le pays en quatre grandes zones autonomes : le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral, et le Grand Ouest. Chacune de ces régions disposerait d’une autonomie suffisante pour gérer ses propres affaires, tout en préservant une souveraineté partagée avec l’État central. Ce modèle hybride, inspiré des théories de l’État développementaliste (Evans, 1995; Rodrik, 2007), met l’accent sur l’autonomie régionale, la participation communautaire, et la coopération nationale pour garantir un développement inclusif et durable.

Un fédéralisme développementaliste permettrait de mieux répondre aux spécificités locales en matière de culture, de langue, et de gestion des ressources, tout en renforçant la cohésion nationale par une gouvernance partagée et une répartition plus équitable des ressources. Ce modèle favoriserait également la résilience des communautés face aux défis sociaux et économiques, en permettant à chaque région de participer pleinement à l’édification d’un Cameroun prospère et stable. Il offrirait également une solution à la question de l’équilibre entre les différentes communautés, notamment en fournissant aux régions anglophones un espace de gouvernance plus adapté à leurs aspirations.

Une telle réforme de la souveraineté territoriale permettrait d’atténuer les tensions entre les différentes communautés, tout en réduisant la centralisation excessive du pouvoir qui a mené à des conflits internes. En instaurant un système fédéral, l’État camerounais pourrait ainsi restaurer son autorité sur l’ensemble de son territoire, tout en respectant la diversité des cultures et des aspirations des peuples camerounais.

Vers une refondation de la souveraineté politique et territoriale

La souveraineté politique et territoriale du Cameroun, dans son état actuel, demeure incomplète et fragile. Le pays, héritier d’une histoire coloniale complexe, est toujours pris dans les filets d’influences extérieures, particulièrement celles des anciennes puissances coloniales, mais aussi de nouvelles puissances géopolitiques. Si la souveraineté politique a été compromise par une centralisation excessive et une gestion autoritaire du pouvoir, la souveraineté territoriale, quant à elle, est constamment mise à mal par des héritages de frontières coloniales mal tracées et des tensions internes non résolues. Le modèle de gouvernance actuel, fondé sur une gestion unitaire, ne parvient pas à répondre aux spécificités régionales et communautaires du pays, engendrant ainsi des fractures profondes au sein de la société camerounaise.

Il est donc impératif de repenser, de manière globale et inclusive, la souveraineté du Cameroun. Cette refondation nécessite une révision radicale de la structure politique et territoriale du pays, dans le but de restaurer l’intégrité du territoire et l’autonomie politique face à des influences extérieures. Il ne suffit plus de revendiquer une souveraineté théorique ; il est nécessaire de la concrétiser par des actions concrètes, par la mise en place de réformes profondes et durables qui répondent aux aspirations réelles des Camerounais.

Le fédéralisme développementaliste, comme alternative au modèle centralisé actuel, offre une solution novatrice et adaptée aux réalités socio-culturelles du pays. En offrant plus d’autonomie aux régions, en particulier aux zones anglophones et aux autres communautés sous-représentées, le Cameroun pourrait non seulement apaiser ses tensions internes, mais aussi renforcer la solidarité nationale à travers une gouvernance partagée. Le défi réside dans la capacité à instaurer un équilibre entre un État central fort, garant de l’unité nationale, et des entités régionales autonomes, capables de gérer leurs propres affaires dans le cadre d’un développement harmonieux et durable. Ce modèle de gouvernance, bien qu’hybride, semble être la voie à suivre pour surmonter les écueils d’une souveraineté politique et territoriale mal maîtrisée.

Le processus de refondation doit également inclure la réévaluation des relations du Cameroun avec ses partenaires extérieurs, notamment la France et d’autres puissances, pour établir des relations basées sur le respect de la souveraineté véritable et la coopération équitable. La mise en place de nouvelles politiques étrangères, totalement indépendantes des anciens rapports de dépendance, doit viser à renforcer la position du Cameroun sur la scène internationale tout en préservant sa souveraineté.

En somme, vers une refondation de la souveraineté politique et territoriale, le Cameroun doit redéfinir son modèle de gouvernance pour l’adapter aux défis contemporains. La mise en place d’une gouvernance décentralisée, respectueuse des diversités internes du pays, et la restitution de l’autorité de l’État central sur l’ensemble de son territoire, permettront de restaurer une véritable souveraineté, garante de paix, de stabilité et de développement pour tous les Camerounais.

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2. Souveraineté Économique et Financière

La souveraineté économique et financière est un élément fondamental de la souveraineté nationale. Elle désigne la capacité d’un pays à contrôler ses ressources économiques, à décider de ses politiques économiques sans dépendance excessive vis-à-vis des puissances étrangères, et à garantir la stabilité de ses institutions financières. Un pays souverain sur le plan économique doit être capable de définir ses priorités en matière de développement, d’orienter ses investissements en fonction de ses besoins, de contrôler ses ressources naturelles, et de bénéficier de conditions financières favorables pour ses citoyens. Le Cameroun, malheureusement, se trouve encore loin de cette indépendance économique, et ses politiques économiques sont marquées par une dépendance vis-à-vis de l’extérieur, notamment par la domination des multinationales, l’absence de diversification de son économie et l’exploitation extérieure de ses ressources naturelles.

Une économie sous contrôle extérieur : la domination des multinationales

L’économie camerounaise repose largement sur des secteurs primaires, tels que l’agriculture, l’exploitation minière et le pétrole, mais ces secteurs sont dominés par des multinationales étrangères qui exploitent les ressources du pays à un coût très faible pour eux, tout en bénéficiant d’accords commerciaux favorables qui n’apportent que peu de bénéfices aux Camerounais. Les entreprises étrangères, souvent en partenariat avec l’État, sont responsables d’une part importante des exportations du pays, mais les Camerounais en tirent peu de bénéfices directs. Cette situation est un héritage direct du modèle économique colonial, où les colonisateurs exploitent les ressources naturelles pour leur propre profit, tout en créant une dépendance vis-à-vis de l’extérieur.

Prenons l’exemple du secteur pétrolier. Le Cameroun, malgré sa richesse en pétrole et en gaz naturel, demeure un exportateur net de ces ressources sans en bénéficier véritablement à l’échelle nationale. En 2020, le pays a produit environ 30 millions de barils de pétrole, mais l’industrie pétrolière reste dominée par des entreprises étrangères, et l’État camerounais en tire une part relativement modeste. Le secteur pétrolier contribue à hauteur de 10% du PIB du pays, mais cette richesse est largement captée par des entreprises étrangères, et l’impact direct de cette exploitation sur la population camerounaise reste limité. Les profits générés sont souvent réinvestis à l’étranger, et les bénéfices qui devraient être utilisés pour financer des projets de développement national sont absorbés par les intérêts étrangers.

Les contrats de partage de production conclus entre l’État camerounais et les multinationales pétrolières sont souvent opaques et déséquilibrés. Selon le rapport de la Publish What You Pay (PWYP), un réseau d’organisations de la société civile, les conditions de ces contrats sont souvent avantageuses pour les entreprises étrangères, qui payent des impôts et redevances réduits, tandis que les Camerounais continuent de voir leurs richesses naturelles exploitées sans en tirer des bénéfices tangibles. Cette situation est un véritable frein à l’émancipation économique du pays, car elle maintient une dépendance permanente vis-à-vis des puissances économiques mondiales et des acteurs économiques étrangers.

La fragilité du secteur bancaire et financier : une économie non souveraine

Une autre dimension essentielle de la souveraineté économique est la maîtrise du système financier national. Le Cameroun souffre d’un secteur bancaire et financier qui est largement dominé par des banques étrangères et qui reste très étroitement lié aux intérêts économiques externes. Le système bancaire camerounais, bien qu’il ait montré quelques signes de modernisation, reste encore très dépendant des flux de capitaux étrangers, et la politique monétaire est largement influencée par les accords de coopération avec la France, notamment à travers la zone CFA.

La zone CFA, qui regroupe un certain nombre de pays africains, dont le Cameroun, est un mécanisme de régulation monétaire qui lie les économies de ces pays à la France. Bien que l’objectif initial de la zone CFA ait été de stabiliser les monnaies des pays africains, dans les faits, elle sert d’instrument de contrôle pour la France et limite la souveraineté monétaire des pays membres. La gestion de la monnaie, le franc CFA, reste en grande partie sous l’autorité de la Banque de France, qui est responsable de la gestion des réserves de change et des décisions économiques clés. Cette situation a créé une sorte d’impasse économique, où les pays de la zone CFA, y compris le Cameroun, n’ont qu’un contrôle limité sur leurs politiques monétaires et sur la valeur de leurs devises.

Ce manque de contrôle sur la monnaie a des conséquences directes sur la souveraineté économique du pays. Le Cameroun ne peut pas prendre de décisions monétaires indépendantes pour favoriser son développement économique, comme la dévaluation de sa monnaie ou l’ajustement de ses taux d’intérêt en fonction de ses besoins internes. Le pays reste ainsi captif d’un système monétaire qui ne répond pas toujours à ses intérêts économiques et qui le prive de la possibilité d’adopter des politiques monétaires plus adaptées à ses réalités.

La dette publique : un fardeau écrasant sur l’économie

Le Cameroun, comme de nombreux pays africains, se trouve confronté à un fardeau de dette publique qui limite sa capacité à investir dans des projets de développement national. Selon les données de la Banque mondiale, la dette publique du Cameroun a considérablement augmenté au cours des dernières décennies, passant de 1,5 milliard de dollars en 2005 à plus de 9 milliards de dollars en 2020. Cette dette est largement constituée de prêts extérieurs, accordés par des institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, ainsi que par des créanciers bilatéraux, souvent des pays comme la Chine et la France.

Cette situation crée une dépendance accrue du Cameroun vis-à-vis des créanciers étrangers et des institutions financières internationales. Les intérêts de la dette publique pèsent lourdement sur les finances de l’État, limitant sa capacité à investir dans des secteurs clés comme l’éducation, la santé, les infrastructures et la sécurité. Le remboursement de la dette occupe une part importante du budget national, ce qui prive le gouvernement de la marge de manœuvre nécessaire pour soutenir les projets de développement qui pourraient favoriser l’indépendance économique du pays.

De plus, cette dette est souvent accompagnée de conditions strictes imposées par les créanciers internationaux. Les réformes économiques exigées par le FMI et la Banque mondiale, telles que la réduction des dépenses publiques et la libéralisation des marchés, ont des conséquences sociales dramatiques. Elles réduisent les investissements publics dans les secteurs sociaux essentiels et entraînent une dégradation des conditions de vie des Camerounais, créant ainsi un cercle vicieux de dépendance et de pauvreté.

Vers une souveraineté économique durable : diversification et gouvernance

Pour restaurer une véritable souveraineté économique, le Cameroun doit impérativement se libérer de sa dépendance aux multinationales et aux institutions financières internationales. Cela passe par une diversification de son économie, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des services, afin de réduire la dépendance aux ressources naturelles et de créer de la valeur ajoutée à l’intérieur du pays. Le pays doit également promouvoir une politique de développement industriel local, en favorisant les investissements dans des secteurs tels que les infrastructures, les technologies de l’information, les énergies renouvelables, et l’industrie manufacturière.

Par ailleurs, une révision des politiques économiques est indispensable, afin de garantir que les richesses du pays bénéficient d’abord aux Camerounais. Une réforme des contrats d’exploitation des ressources naturelles, plus transparente et plus favorable aux intérêts du pays, s’impose pour que le Cameroun tire pleinement profit de ses atouts économiques. Le pays doit également renforcer ses institutions financières nationales pour qu’elles puissent financer des projets de développement locaux et garantir une plus grande autonomie financière.

La souveraineté économique et financière du Cameroun repose sur une volonté politique forte, capable de rompre avec le modèle de dépendance extérieur. C’est en adoptant des politiques économiques qui privilégient l’intérêt national, en réformant les structures bancaires et en réduisant la dette publique que le Cameroun pourra aspirer à une réelle indépendance économique. Le pays doit redevenir acteur de son propre développement et ne plus se laisser dicter sa politique économique par des intérêts étrangers.

3. Souveraineté Technologique et Industrielle

La souveraineté technologique et industrielle est l’un des piliers essentiels sur lesquels repose la véritable indépendance d’un État moderne. Elle fait référence à la capacité d’un pays à développer, maîtriser et déployer ses propres technologies et infrastructures industrielles pour répondre aux besoins de son développement, tout en garantissant qu’il ne soit pas soumis à la volonté de puissances étrangères ou à des acteurs économiques extérieurs qui pourraient exploiter sa vulnérabilité technologique pour des fins dominantes. Dans un monde globalisé où la technologie devient de plus en plus centrale dans la production de richesse, l’accès à des technologies avancées et la maîtrise de la production industrielle locale deviennent des enjeux majeurs de souveraineté. Le Cameroun, malheureusement, est encore loin d’avoir atteint cette souveraineté technologique et industrielle, malgré ses ambitions affichées et ses potentiels dans certains secteurs clés.

Une économie dominée par la dépendance technologique

L’une des caractéristiques les plus évidentes de la situation actuelle du Cameroun est sa dépendance massive à l’égard des technologies étrangères. Cette dépendance se manifeste à la fois dans les domaines des infrastructures numériques, de la production industrielle, des systèmes de transport, de l’énergie et même dans le secteur agroalimentaire. Le pays a historiquement manqué d’investissements massifs dans l’éducation scientifique et technique, ce qui a conduit à un retard considérable dans l’adoption de technologies modernes et la création de capacités de production locales. En conséquence, le Cameroun reste un consommateur passif de technologies, sans pouvoir développer ses propres industries technologiques ou ses infrastructures complexes.

Prenons l’exemple de l’industrie télécommunications. Bien que le Cameroun ait un marché de la téléphonie mobile en croissance rapide, avec des géants mondiaux comme Orange, MTN et Camtel qui dominent le secteur, le pays ne dispose d’aucune entreprise technologique locale de grande envergure capable de développer des innovations ou des infrastructures adaptées aux besoins spécifiques de la population. Les services offerts sont souvent basés sur des technologies importées, et les profits générés par ces entreprises sont largement rapatriés à l’étranger, ne contribuant que marginalement à l’économie locale. Cela souligne l’incapacité du pays à se doter d’une industrie technologique véritablement autonome, alors même que la demande intérieure et le potentiel humain sont là pour soutenir un secteur technologique florissant.

Dans d’autres secteurs, comme celui de l’énergie, les technologies énergétiques avancées, telles que celles utilisées dans les centrales électriques ou dans le secteur des énergies renouvelables, restent essentiellement importées. Les projets de production énergétique sont souvent financés par des capitaux étrangers et dépendent de technologies étrangères, en grande partie des entreprises occidentales et asiatiques, réduisant ainsi les possibilités pour le pays de bénéficier d’une chaîne de valeur locale. Ce phénomène est également exacerbé par l’absence de capacités de recherche et développement internes solides qui permettraient au pays de développer ses propres solutions adaptées à son contexte géographique et économique.

Un secteur industriel sous-développé : la désindustrialisation du Cameroun

L’absence d’une souveraineté industrielle est un autre obstacle majeur à l’émancipation économique du Cameroun. L’industrie est un secteur clé pour la création de valeur ajoutée dans une économie, mais le pays reste largement dominé par les secteurs primaire et tertiaire, c’est-à-dire l’agriculture et les services, qui constituent encore la majorité du PIB. La part de l’industrie dans le PIB du Cameroun ne représente que 25,8% en 2021, bien loin des pays voisins comme le Nigéria, le Ghana, ou encore le Rwanda, où le secteur industriel représente un pourcentage bien plus élevé de l’économie.

Cette faible part de l’industrie dans l’économie nationale n’est pas le fruit du hasard, mais résulte d’une série de décisions politiques qui ont favorisé une économie de rente basée sur l’exportation de matières premières plutôt que sur la création d’industries à forte valeur ajoutée. La déréglementation des secteurs industriels et la mauvaise gestion des ressources naturelles ont conduit à une désindustrialisation progressive du pays. Les industries qui existent encore au Cameroun, comme l’industrie du ciment, du textile ou de l’alimentaire, sont largement dominées par des acteurs étrangers ou des multinationales, et leur production reste insuffisante pour couvrir les besoins internes ou pour générer une croissance industrielle soutenue.

Les infrastructures et la chaîne de production : un grand fossé

L’une des raisons majeures pour lesquelles le Cameroun reste dépendant des technologies étrangères et de l’importation d’industries clés réside dans ses infrastructures insuffisantes et obsolètes. Le pays souffre d’un manque cruel d’infrastructures modernes, notamment dans les domaines de l’industrie manufacturière, du transport, de la logistique et de l’énergie. Bien que des projets d’infrastructure aient été entrepris, leur mise en œuvre reste lente, inefficace et souvent marquée par une mauvaise gestion des fonds publics et des partenariats privés, ce qui limite leur impact réel sur le développement industriel.

Les chaînes de production sont entravées par une absence d’infrastructures de qualité dans les secteurs critiques. Par exemple, l’industrie locale du ciment a connu un fort essor en raison de la demande intérieure croissante, mais sa capacité de production est limitée par l’absence de chaînes de distribution et d’installations logistiques efficaces. Le manque de routes de qualité, d’installations portuaires modernes, de voies ferrées, et d’une énergie fiable augmente les coûts de production et empêche l’essor d’une véritable industrie locale compétitive. Ce manque d’infrastructures modernes empêche également le développement des entreprises locales dans d’autres secteurs comme la construction, les textiles, ou l’automobile.

Le fossé éducatif et l’absence de compétences locales

Une dimension essentielle de la souveraineté technologique et industrielle réside dans le développement des compétences locales. Le Cameroun, comme de nombreux autres pays africains, souffre d’une insuffisance dans la formation d’experts et de techniciens capables de mener des projets d’innovation et de développement industriel. Le système éducatif camerounais, bien qu’il forme un nombre important de jeunes diplômés chaque année, reste trop peu orienté vers les métiers techniques, scientifiques et industriels. Le pays manque cruellement de formations spécialisées qui permettent de développer une main-d’œuvre qualifiée capable de soutenir la révolution industrielle et technologique dont le pays a besoin.

Les investissements dans les sciences et les technologies restent faibles et souvent insuffisants. De nombreuses universités camerounaises, bien que nombreuses, ne disposent pas des infrastructures adéquates pour offrir des formations de qualité dans les disciplines techniques. Cela entraîne une pénurie d’ingénieurs, de chercheurs et de techniciens, et une dépendance accrue vis-à-vis des expatriés et des technologies importées.

Vers une souveraineté technologique et industrielle réelle : une réorientation urgente

La souveraineté technologique et industrielle ne peut être atteinte sans une volonté politique claire et des investissements soutenus dans la formation des ressources humaines, le financement des innovations locales, et la modernisation des infrastructures. Le Cameroun doit impérativement réorienter ses politiques industrielles vers une diversification économique et un soutien actif à l’innovation locale. L’industrie doit devenir un secteur stratégique, avec des politiques incitatives visant à soutenir l’émergence d’entreprises locales et la montée en compétence de la main-d’œuvre camerounaise. Cela inclut l’investissement dans les secteurs comme la construction, l’énergie, l’agriculture industrielle, les technologies de l’information et de la communication (TIC), et la recherche-développement.

Le pays doit également investir massivement dans ses infrastructures de transport, de logistique et d’énergie, en priorisant des projets nationaux qui permettent de réduire la dépendance vis-à-vis des investisseurs étrangers. Une politique d’innovation locale, accompagnée de mesures pour encourager l’entrepreneuriat dans les secteurs technologiques et industriels, est essentielle pour permettre au Cameroun de se libérer de sa dépendance vis-à-vis des multinationales et des technologies étrangères.

Ainsi, la souveraineté technologique et industrielle passe par un effort concerté pour rompre avec le modèle de consommation passive et s’engager résolument dans la voie de la production locale, de l’innovation et du développement d’une industrie qui réponde aux besoins du peuple camerounais. La véritable indépendance du Cameroun dépendra de sa capacité à développer un secteur industriel robuste et une base technologique locale, en s’appuyant sur ses ressources humaines et en s’adaptant aux réalités locales tout en intégrant les évolutions mondiales.

Ce qui suit

Dans cet ouvrage, Mon Cameroun, Mon Combat, Mon Destin : De L’assujettissement A La Puissance, Enfin bâtir nos Souverainetés par un État Développementaliste Communautaire, l’intention n’est pas simplement de retracer les expériences personnelles et les événements qui ont marqué mon parcours, mais d’ouvrir une réflexion plus profonde et collective sur les défis que traverse le Cameroun dans sa quête de souveraineté véritable. À travers ce livre, j’insiste sur l’urgence d’une transformation radicale et une relecture du modèle de gouvernance actuel. Le Cameroun ne peut plus se permettre de maintenir un système où les élites détiennent le pouvoir sans égard pour la souffrance et la précarité du peuple. L’exclusion sociale vécue lors de la perte d’un proche n’est qu’un exemple parmi tant d’autres du fossé abyssal qui sépare les gouvernants des gouvernés. Cet État, censé être le protecteur et le promoteur du bien-être collectif, semble avoir oublié sa mission première, en se focalisant davantage sur ses intérêts propres et sur une gouvernance fondée sur la répression, l’impunité et l’échec des institutions publiques.

Le Cameroun a le potentiel de se transformer. Il regorge de ressources humaines et naturelles, de savoir-faire et d’innovations qui, s’ils étaient correctement exploités et orientés vers une stratégie nationale cohérente, pourraient propulser le pays vers un avenir radieux. Cependant, cet avenir est conditionné à une révision fondamentale du modèle de gouvernance, à une refondation de l’État et à une réappropriation de la souveraineté par les Camerounais eux-mêmes. Ce livre ne se limite donc pas à analyser les failles de notre modèle actuel ; il propose un projet structuré et visionnaire visant à bâtir un Cameroun souverain, prospère et technologiquement avancé, en s’appuyant sur le concept d’État Développementaliste Communautaire (EDC). Ce modèle de gouvernance confère à l’État, loin d’être un simple gestionnaire, le rôle d’architecte du développement national, tout en mobilisant la force des communautés locales pour garantir une transformation inclusive et durable.

L’atteinte de cet objectif repose sur trois piliers fondamentaux, qui définissent les axes majeurs de ce livre : la souveraineté politique et territoriale, la souveraineté économique et financière, et la souveraineté industrielle et technologique. Chacun de ces piliers constitue une étape essentielle vers l’émancipation totale du Cameroun et le repositionnement de notre pays sur l’échiquier international.

Première partie : Souveraineté politique et territoriale – Reprendre le contrôle de notre destin national

Un État ne peut prétendre à la souveraineté sans un contrôle absolu de sa gouvernance et de son territoire. Pourtant, le Cameroun demeure prisonnier d’accords postcoloniaux, de structures institutionnelles défaillantes et d’un appareil d’État soumis aux influences extérieures. Il est donc impératif de procéder à une refonte totale de nos institutions pour instaurer un État véritablement souverain, capable d’assurer la protection de son peuple et la maîtrise de son territoire.

Dans cette première partie, nous démontrons comment le Cameroun a vu son indépendance être confisquée par des accords biaisés et des mécanismes de domination néocoloniale. Nous analysons ensuite les réformes institutionnelles nécessaires, notamment à travers l’adoption du modèle de l’État Développementaliste Communautaire (EDC), qui allie planification stratégique et décentralisation intelligente. Enfin, nous abordons les enjeux sécuritaires et diplomatiques, essentiels pour garantir l’intégrité territoriale et la stabilité de la nation.

Deuxième partie: Souveraineté économique et financière – Reconquérir notre autonomie monétaire et productive

Un pays qui ne contrôle ni sa monnaie, ni ses circuits économiques, ni ses sources de financement, ne peut se prétendre souverain. Aujourd’hui, l’économie camerounaise est extravertie, vulnérable aux fluctuations des marchés internationaux, et incapable de répondre aux besoins fondamentaux de sa population. Cette dépendance est entretenue par un système monétaire sous contrôle extérieur, un modèle économique reposant sur l’exportation brute de matières premières et une absence de stratégies de financement national.

Cette partie met en évidence les leviers nécessaires pour reconstruire une économie robuste et résiliente. Nous y explorons les stratégies de diversification économique, le développement de pôles de compétitivité régionaux et la transformation locale des ressources. Nous démontrons également la nécessité d’une réforme monétaire, en analysant les implications d’une sortie du Franc CFA et la création d’une monnaie souveraine, régulée par une Banque Centrale indépendante. Enfin, nous mettons en lumière les politiques d’inclusion économique et de mobilisation des capitaux internes et externes, afin de garantir un financement souverain du développement national.

Troisième partie: Souveraineté industrielle et technologique – Construire un Cameroun producteur et innovant

Dans un monde dominé par l’innovation technologique et l’industrialisation avancée, un pays qui ne produit rien est un pays condamné à dépendre des autres. Or, le Cameroun est resté piégé dans une économie de rente, où les ressources naturelles sont exportées brutes, sans aucune transformation locale. Cette absence d’industrialisation empêche la création de valeur, la diversification économique et l’émergence d’une classe moyenne forte.

Cette dernière partie expose les secteurs prioritaires pour une industrialisation efficace et durable, notamment l’agro-industrie, la sidérurgie et la transformation des matières premières. Nous y analysons également les enjeux de la révolution numérique, mettant en avant les opportunités offertes par l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les nouvelles technologies. Enfin, nous démontrons pourquoi l’indépendance énergétique et la transition écologique sont des impératifs stratégiques pour assurer la souveraineté du Cameroun à long terme.

Ce livre n’est pas seulement un constat, c’est un plan d’action. Il propose des solutions concrètes et applicables pour rompre définitivement avec la logique d’assujettissement qui paralyse notre pays. Il s’adresse à tous les Camerounais qui refusent la fatalité et qui croient en la possibilité d’un Cameroun puissant et respecté.

Il est temps d’en finir avec les politiques d’ajustement dictées de l’extérieur, les stratégies de développement pensées pour enrichir les multinationales et les élites locales corrompues, et l’attentisme généralisé qui empêche toute initiative de transformation réelle.

Nous avons deux choix : continuer à subir et à regarder notre pays sombrer, ou prendre en main notre destin et bâtir un Cameroun maître de son avenir. Ce livre est une arme intellectuelle, un appel à la mobilisation, et une vision claire pour un Cameroun libéré et prospère.

Nous avons assez attendu. Il est temps d’agir.

QUATRE DÉCENNIES DE MENSONGES TRANSGÉNÉRATIONNELS: COMMENT PAUL BIYA A TROMPÉ MES PARENTS, MA GÉNÉRATION ET VEUT HYPOTHÉQUER L’AVENIR DE MES ENFANTS ET PETITS ENFANTS

Multiples générations sacrifiées

Introduction : Le Mensonge Transgénérationnel de Paul Biya

En préparant les obsèques de ma défunte mère qui auront lieu le 7 et 8 Février 2025 à Ngompem, un village sans eau potable, sans électricité, sans routes praticables, coupé en 2 par la destruction de ses ponts et dépourvu de tout service social de base, j’ai découvert dans leurs archives personnelles les cartes de membres du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) de mes parents datant des années 90. Ces archives étaient plus qu’un simple souvenir : elles incarnaient leur foi dans les promesses d’un homme, Paul Biya, et dans son régime, qui avaient promis de transformer le Cameroun en une nation prospère. Mais cette foi, maintes fois renouvelée à chaque élection depuis 1982, n’a jamais été récompensée. Mes parents sont partis dans la pauvreté, comme des millions d’autres Camerounais, trahis par des décennies de mensonges.

Cette découverte m’a confronté à une question existentielle : pourquoi avons-nous, en tant que générations successives, permis à ce système de perdurer ? Nos parents ont cru en des promesses de développement, notre génération a été bercée par des illusions d’émergence, et aujourd’hui, on nous demande d’être complices en transmettant ces mensonges à nos enfants et petits-enfants.

Le Cameroun, sous Paul Biya, est devenu un exemple frappant de stagnation déguisée en progrès. À travers des promesses récurrentes de prospérité économique, de modernisation des infrastructures, et de paix sociale, le régime a tissé un discours séduisant, mais creux, qui a maintenu le pays dans un état de dépendance économique et de sous-développement chronique. Les statistiques sont accablantes : près de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (Banque mondiale, 2023), les infrastructures de base sont en ruine, et la jeunesse, qui constitue 60 % de la population, fait face à un chômage massif et un avenir incertain.

Cet article vise à poser une vérité essentielle : le règne de Paul Biya est un règne de promesses non tenues, un mensonge transgénérationnel qui a piégé les espoirs de plusieurs générations. À l’aube des élections présidentielles de 2025, il devient impératif de rompre ce cycle. Ce papier analyse comment ce régime a trahi nos parents, sacrifié notre génération, et tente aujourd’hui de condamner nos enfants à un avenir similaire. À travers des données rigoureuses, nous démontrerons pourquoi les Camerounais doivent dire non aux mensonges des futures générations et saisir cette opportunité historique pour un changement radical et collectif.

1. Les Promesses Non Tenues à la Génération de Nos Parents

Lorsque Paul Biya accède au pouvoir en 1982, il hérite d’un Cameroun relativement stable et prospère, avec un potentiel économique significatif. Son discours inaugural promet un « Renouveau National », basé sur l’unité, la prospérité et la modernisation. Cependant, cette vision s’est rapidement érodée, laissant derrière elle un pays embourbé dans des défis structurels, notamment pour les générations de nos parents qui ont soutenu ce régime avec espoir. Joseph Takougang (2019), dans son livre “Cameroon under Paul Biya: Continuity or Change?”, note que « les promesses faites dans les premières années du Renouveau National n’étaient que des outils de propagande pour consolider le pouvoir, sans stratégie claire de mise en œuvre. »

1.1. Les Déficiences en Développement Rural

L’une des promesses phares du régime Biya était de moderniser les zones rurales pour réduire les disparités entre les régions urbaines et rurales. Pourtant :

• Accès à l’électricité : En 1982, environ 60 % des villages camerounais étaient privés d’électricité (Banque mondiale, 1985). Aujourd’hui, près de 40 % des zones rurales restent non électrifiées, selon les statistiques de la Banque africaine de développement (BAD, 2022). Cette lente progression reflète un manque d’investissement dans les infrastructures.

• Manque d’accès à l’eau potable : Un rapport de l’UNICEF (2021) indique que seuls 37 % des Camerounais vivant en milieu rural ont accès à des sources d’eau potable, une situation presque inchangée depuis les années 1980.

Ces carences condamnent des millions de familles rurales à vivre dans des conditions précaires, où les maladies hydriques et l’insécurité alimentaire persistent.

1.2. Échec des Infrastructures Routières

Paul Biya avait promis de connecter les zones rurales aux centres urbains pour stimuler l’agriculture et les échanges économiques. Cependant, le Cameroun figure encore parmi les pays africains les moins bien desservis en infrastructures routières. Mbaku & Takougang (2004) dans “The Leadership Challenge in Africa” expliquent que « l’incapacité du régime Biya à investir dans les infrastructures critiques dans les années 1980 a marqué le début d’un déclin systémique dans les zones rurales. »

• Statistiques alarmantes : En 2023, seuls 5,7 % des routes sont asphaltées (source : Global Economy Report, 2023), un chiffre qui place le Cameroun bien en dessous de la moyenne africaine, estimée à 20 %.

• Conséquences économiques : Selon une étude du Centre pour la Recherche et le Développement Durable en Afrique (CERDA, 2020), l’agriculture camerounaise perd 40 % de sa production annuelle en raison de l’inaccessibilité des marchés.

Ces failles dans le réseau routier affectent directement les villages comme celui de mes parents, où la pauvreté est exacerbée par l’isolement économique.

1.3. Des Services Sociaux Dégradés

Malgré les promesses d’améliorer les conditions de vie, les services sociaux de base tels que la santé et l’éducation restent désastreux :

• Santé : L’espérance de vie moyenne au Cameroun était de 46 ans en 1982 et est passée à 60 ans en 2023 (Banque mondiale, 2023). Bien que cela représente une amélioration, cette progression est bien inférieure à celle des pays comparables comme le Ghana ou le Sénégal. Les zones rurales continuent de souffrir d’un manque criant de centres de santé, avec seulement 1 médecin pour 10 000 habitants (OMS, 2023).

• Éducation : En 1982, le taux d’alphabétisation était de 41 %. En 2023, il avoisine les 77 %, mais cette augmentation masque une qualité d’éducation médiocre. Les enseignants, souvent sous-payés et démotivés, ne sont pas en mesure d’assurer une formation adéquate.

1.4. L’Héritage d’une Génération Trompée

Mes parents, comme des millions d’autres Camerounais de leur génération, ont cru aux promesses du RDPC et ont activement soutenu le régime. Mais ces promesses n’ont jamais été tenues. Leur mort dans un village dépourvu d’eau, d’électricité et de routes symbolise l’échec de cette génération à voir les fruits du « Renouveau National ».

1.5. Appel à la Mémoire Collective

Les échecs du passé doivent nous alerter. La génération de nos parents a été dupée par des discours vides de sens et des promesses irréalistes. En tant que leurs héritiers, nous devons refuser de continuer sur cette voie. Le renouveau qu’ils espéraient n’a jamais vu le jour, et c’est à nous de briser ce cycle de mensonges générationnels.

2. Une Génération Sacrifiée : Mon Témoignage Personnel

La génération née dans les années 1970 et 1980, à laquelle j’appartiens, a grandi sous les promesses du « Renouveau National ». Ces années étaient marquées par une croyance collective que l’avenir, sous la gouvernance de Paul Biya, serait plus prospère que celui de nos parents. Pourtant, cette foi s’est heurtée à une dure réalité : chômage massif, système éducatif défaillant et insécurité omniprésente. Ma génération est devenue une génération sacrifiée, piégée dans un cycle d’échec et de désillusion.

2.1. Le Chômage : Une Bombe à Retardement

Malgré les engagements répétés du régime Biya de réduire le chômage et de stimuler l’économie, la réalité a été bien différente :

• Taux de chômage et sous-emploi :

En 2023, le taux de chômage officiel au Cameroun était de 6 % selon l’INS (Institut National de la Statistique). Toutefois, ces chiffres masquent une autre réalité : plus de 70 % des travailleurs camerounais sont employés dans le secteur informel, selon la Banque mondiale (2022). Les jeunes diplômés sont les plus touchés, avec un taux de sous-emploi estimé à 77 %.

• Promesses non tenues en matière d’emploi :

En 2001, le gouvernement a lancé le programme « Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté » (DSRP), qui visait à créer des opportunités d’emploi pour les jeunes. Deux décennies plus tard, les résultats sont minimes, avec une économie encore largement dépendante du secteur primaire et des emplois non qualifiés.

Dans leur analyse des politiques économiques de Biya, Amin et Fokam (2020) concluent que « les réformes économiques, en particulier les programmes d’ajustement structurel des années 1990, ont marginalisé davantage les jeunes en détruisant les secteurs publics et industriels qui auraient pu absorber la main-d’œuvre qualifiée. »

Nkemngu (2019), dans son étude sur l’emploi au Cameroun, indique que « l’incapacité du gouvernement à moderniser le secteur industriel a transformé le Cameroun en une économie de survie, où les jeunes survivent au lieu de s’épanouir. »

2.2. Un Système Éducatif en Ruine

La formation de ma génération a été profondément affectée par un système éducatif qui n’a cessé de se détériorer sous le régime Biya.

• Statistiques éducatives :

En 2022, le Cameroun affichait un taux brut de scolarisation primaire de 88 %, mais seulement 45 % des enfants inscrits atteignent le secondaire (UNESCO, 2023). De plus, les infrastructures éducatives sont en lambeaux, avec une moyenne de 85 élèves par classe dans les écoles publiques rurales.

• Faibles investissements :

Le budget alloué à l’éducation représente en moyenne 3,5 % du PIB, un chiffre bien en deçà de la recommandation de l’UNESCO de 6 %.

• Condition des enseignants :

Les enseignants camerounais, souvent non payés pendant plusieurs mois, mènent des grèves fréquentes. En 2022, plus de 30 000 enseignants du primaire étaient encore des vacataires, selon un rapport du Syndicat National des Enseignants du Cameroun (SNEC).

Tchombe (2021), dans son étude sur l’éducation en Afrique centrale, souligne que « l’absence de stratégie éducative cohérente a produit une génération d’apprenants incapables de rivaliser sur le marché globalisé. »

Mforteh et Ndi (2018) notent que « la priorisation des grands projets politiques sur l’éducation illustre l’abandon des valeurs fondamentales qui définissent un État développementaliste. »

2.3. Une Crise Sécuritaire Persistante

Le Cameroun sous Paul Biya est marqué par une insécurité croissante, exacerbant les défis auxquels ma génération fait face :

• Conflits armés :

La guerre contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et la crise anglophone ont déplacé plus de 900 000 personnes à l’intérieur du pays (HCR, 2023). Ces conflits ont détruit des infrastructures, perturbé les activités économiques et créé un climat de peur.

• Budget militaire exorbitant :

En 2023, le Cameroun a consacré 1,5 milliard de dollars (soit 6 % de son PIB) à la défense, selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). Malgré ces dépenses, l’insécurité persiste, en particulier dans les régions anglophones où des milliers de vies ont été perdues.

• Impact sur la jeunesse :

La militarisation de certaines régions a rendu impossible l’accès à l’éducation pour des milliers d’enfants et de jeunes. En 2023, plus de 30 % des écoles dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest étaient fermées en raison de la crise (UNICEF, 2023).

Mbuh et Ndifor (2022) dans “The Anglophone Crisis in Cameroon” notent que « la réponse militarisée de l’État n’a pas seulement aggravé le conflit, mais a aussi détruit les aspirations économiques et éducatives des jeunes. »

Fonkeng (2021) souligne que « la négligence des causes profondes des crises a transformé les régions affectées en zones de non-droit, contribuant à la désillusion des jeunes. »

2.4. Une Génération Désabusée

Ma génération a été témoin d’une trahison systématique :

• Nous avons grandi avec l’idée que l’éducation nous ouvrirait les portes de l’emploi, mais nous nous sommes retrouvés face à un marché saturé et inhospitalier.

• Nous avons espéré un système politique stable, mais avons vu les conflits se multiplier.

• Nous avons cru en la modernisation promise, mais avons hérité de villes et de villages où les services sociaux sont inexistants.

Ces frustrations alimentent une profonde désillusion chez les jeunes, beaucoup d’entre eux choisissant l’exil, tandis que d’autres sombrent dans le désespoir ou l’activisme radical.

2.5. Une Génération à Revendiquer

L’échec de la génération de mes parents à obtenir un véritable « renouveau » a transformé ma génération en victime collatérale des politiques du régime Biya. Nous devons refuser de laisser cet échec s’étendre à nos enfants. Cet héritage de désillusion doit devenir un appel à l’action pour construire un Cameroun plus juste, plus équitable et véritablement tourné vers l’avenir.

3. La Complicité Inacceptable : Paul Biya et le Mensonge Transgénérationnel

Après avoir menti à la génération de nos parents et sacrifié celle de nos enfants, Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant notre génération et celle de nos enfants. Les élections présidentielles de 2025 sont un moment critique où ce régime espère encore une fois nous embarquer dans un cycle de promesses creuses et de trahisons historiques. Cette stratégie repose sur la création d’une illusion de changement, alors qu’elle ne fait que perpétuer un système défaillant.

3.1. Des Promesses Électorales Répétitives et Illusoires

Depuis les années 1980, le régime de Paul Biya a construit son discours autour de promesses ambitieuses, mais systématiquement non tenues :

• Promesses économiques : En 1987, Biya avait promis de transformer le Cameroun en une « économie émergente » avant l’an 2000. En 2009, il a renouvelé cette promesse en fixant l’horizon 2035 pour atteindre cet objectif. Pourtant, selon le classement de la Banque mondiale (2023), le Cameroun reste classé parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur, avec un PIB par habitant de seulement 1 540 USD, très en deçà des normes des économies émergentes.

• Emplois pour la jeunesse : En 2018, lors de sa campagne électorale, Paul Biya avait promis de créer 500 000 emplois par an. Or, les rapports du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (2022) indiquent que seulement 15 000 emplois formels ont été créés en moyenne par an depuis 2018, soit moins de 3 % de l’objectif.

• Projets d’infrastructure : Le régime a annoncé plusieurs « grands projets » tels que le port en eau profonde de Kribi, le barrage hydroélectrique de Lom Pangar et l’autoroute Yaoundé-Douala. Bien que certains aient vu le jour, leur gestion inefficace, marquée par des surcoûts massifs et des délais prolongés, a limité leur impact sur l’économie nationale (Transparency International, 2023).

Takougang (2019) décrit ces promesses répétées comme un « cycle de déception institutionnalisée », soulignant que « le régime utilise des projets symboliques pour masquer l’absence de réforme structurelle. »

Selon Fomba et Kamdem (2021), « l’économie camerounaise stagne à cause de politiques incohérentes qui privilégient la communication politique au détriment des résultats concrets. »

3.2. Un État Capturé par les Intérêts Personnels

Le régime de Paul Biya a été marqué par une gestion patrimoniale de l’État, où les ressources publiques sont utilisées pour maintenir le pouvoir au lieu de servir la population :

• Corruption endémique : En 2022, le Cameroun se classait 138e sur 180 pays dans l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International. Chaque année, le pays perd environ 30 % de son budget public à cause de la corruption, selon le Contrôle supérieur de l’État.

• Endettement croissant : La dette publique du Cameroun représentait 46,8 % du PIB en 2023, contre 13 % en 2008 (Banque mondiale). Cette augmentation est due à des emprunts mal gérés pour financer des projets souvent inachevés.

• Gestion népotique : Le système administratif est gangrené par le favoritisme, où des proches du pouvoir occupent des postes stratégiques, indépendamment de leur compétence.

Bayart (1993), dans “The State in Africa: The Politics of the Belly”, décrit les régimes comme celui de Biya comme des systèmes où l’État devient une source de prédation économique pour l’élite politique.

Fonkeng (2020) note que « l’absence de transparence dans la gestion publique a consolidé une oligarchie qui contrôle tous les secteurs clés de l’économie. »

3.3. Un Héritage Désastreux pour les Générations Futures

Si rien ne change, nos enfants et petits-enfants hériteront d’un Cameroun marqué par :

• Un appauvrissement chronique : Selon le PNUD (2022), 37,5 % de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté. Les projections indiquent que ce chiffre pourrait augmenter si les réformes structurelles nécessaires ne sont pas mises en œuvre.

• Un système éducatif désuet : En l’absence d’investissements significatifs, les infrastructures éducatives continueront à se dégrader, compromettant l’avenir des jeunes Camerounais.

• Une dette insoutenable : La dette extérieure du Cameroun est projetée à atteindre 25 milliards de dollars d’ici 2030 (FMI, 2023), laissant peu de marge pour financer les services publics essentiels.

• Un climat d’insécurité persistante : La gestion inefficace des crises actuelles (crise anglophone, Boko Haram) risque de créer une instabilité prolongée, privant les générations futures de la paix et de la sécurité nécessaires au développement.

Mbuh (2022) affirme que « l’échec à résoudre les crises actuelles compromet non seulement la stabilité à court terme, mais aussi le développement à long terme. »

UNICEF (2023) indique que « sans une réforme urgente du système éducatif, plus de 50 % des enfants camerounais risquent de devenir des adultes non qualifiés, incapables de contribuer efficacement à l’économie. »

3.4. Un Appel au Réveil Collectif

Paul Biya cherche à prolonger son règne en manipulant la mémoire collective et en jouant sur les peurs d’un changement. Mais il est temps de dire non à cette stratégie. Refuser de participer à cette mascarade électorale, c’est refuser d’être complice d’un mensonge qui condamne nos enfants et petits-enfants à un avenir de pauvreté et de stagnation.

4. Dire Non aux Mensonges : L’Appel à une Révolution Générationnelle

Les Camerounais, en particulier notre génération et celles qui suivent, doivent rompre avec les mensonges institutionnalisés du régime de Paul Biya. Depuis son accession au pouvoir en 1982, les promesses non tenues se sont accumulées, alimentant le déclin économique, social et politique du pays. Ce cycle de tromperie et de stagnation appelle à un éveil collectif, à une prise de conscience nationale pour bâtir un avenir meilleur.

4.1. Un État au Bord de l’Effondrement

Le Cameroun est aujourd’hui confronté à des crises multiformes qui menacent sa stabilité à long terme :

• Crise économique persistante :

Selon la Banque mondiale (2023), le taux de croissance économique du Cameroun est en moyenne de 3,5 % par an, insuffisant pour réduire significativement la pauvreté ou améliorer les infrastructures publiques. En comparaison, des pays comme le Rwanda et l’Éthiopie affichent des taux supérieurs à 6 %, avec des programmes de réformes axés sur l’innovation et l’industrialisation.

• Dégradation des infrastructures :

Plus de 70 % des routes du pays sont en mauvais état, limitant l’accès aux marchés et augmentant les coûts de transport. Les villages ruraux, comme celui de Ngompem, où mes parents, ont vécu et sont décédés, sont les plus touchés. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2022) estime que l’absence d’infrastructures modernes réduit la productivité agricole de 40 %, aggravant la pauvreté.

• Déséquilibres sociaux :

En 2023, le GINI index du Cameroun, mesurant les inégalités, était de 46,6, indiquant une concentration extrême des richesses entre les mains d’une élite restreinte, alors que 37,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Bayart (1993) affirme que les régimes comme celui de Paul Biya perpétuent des inégalités en utilisant l’État comme un outil de prédation économique.

Tchouassi et Fokam (2021) décrivent la politique économique camerounaise comme « un système incapable de générer une croissance inclusive, enfermant le pays dans un cercle vicieux de pauvreté et de dépendance extérieure. »

4.2. Le Poids de la Corruption : Un Système à Déconstruire

La corruption sous le régime de Paul Biya est institutionnalisée, sapant toute tentative de réforme ou de progrès.

• Coût de la corruption :

Environ 30 % du budget annuel du Cameroun, soit plus de 5 milliards de dollars, est détourné chaque année (Transparency International, 2023). Ces fonds auraient pu financer la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures essentielles.

• Conséquences pour les générations futures :

Les ressources qui auraient pu être investies dans le développement durable sont dilapidées. Par exemple, l’endettement croissant du pays (46,8 % du PIB en 2023) compromet la capacité de l’État à financer des projets à long terme.

Ndifor et Ambe (2019) concluent que « la corruption est à la fois une cause et une conséquence de la faiblesse des institutions au Cameroun, perpétuant un état de stagnation nationale. »

Dans son analyse de la gestion publique au Cameroun, Essomba (2020) note que « la culture de l’impunité a ancré la corruption comme un élément structurel de la gouvernance. »

4.3. Un Appel au Réveil Citoyen

Pour mettre fin à ce cycle de mensonges et de promesses non tenues, un mouvement citoyen massif est nécessaire.

• Engagement politique des jeunes :

En 2023, plus de 60 % de la population camerounaise avait moins de 30 ans (INS, 2023). Cependant, leur participation politique reste faible, en grande partie à cause du sentiment de désillusion et de méfiance envers les institutions. La mobilisation des jeunes est cruciale pour porter des leaders nouveaux et visionnaires.

• Exemples de changement dans d’autres pays :

Les récentes transitions démocratiques en Zambie, au Malawi, au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali et en Guinée montrent qu’un leadership engagé et une mobilisation populaire peuvent transformer des systèmes corrompus en opportunités pour les citoyens.

Cheeseman (2022), dans “How to Rig an Election”, montre que des sociétés jeunes et dynamiques peuvent renverser des régimes autoritaires par la mobilisation et la dénonciation des abus.

Kondoh et Ndong (2021) analysent comment la jeunesse africaine, en particulier à travers les réseaux sociaux, joue un rôle croissant dans l’éveil démocratique et la dénonciation des abus de pouvoir.

4.4. Repenser le Modèle de Gouvernance : Vers un État Développementaliste Communautaire

Pour sortir le Cameroun de cette spirale de stagnation, il faut adopter un modèle de gouvernance centré sur le développement humain, basé sur les principes suivants :

• Investissements massifs dans l’éducation et la santé :

Revoir les priorités budgétaires pour allouer 10 % du PIB à l’éducation et 7 % à la santé, conformément aux recommandations de l’UNESCO et de l’OMS.

• Diversification de l’économie :

Passer d’une économie basée sur l’exportation de matières premières (pétrole, bois) à une industrialisation accrue.

• Décentralisation effective :

Donner aux collectivités locales les moyens de décider et d’agir, au lieu de centraliser les décisions à Yaoundé.

Ndongmo (2020), dans “The Path to Sustainable Development in Central Africa”, plaide pour une décentralisation comme clé d’un développement inclusif.

World Bank (2023) recommande des politiques économiques qui mettent l’accent sur la transformation agricole et industrielle pour stimuler la croissance.

4.5. Un Nouveau Contrat Social : La Responsabilité de Dire Non

Dire non aux mensonges du régime Biya, c’est dire oui à un Cameroun nouveau :

• Oui à une gouvernance transparente.

• Oui à des politiques économiques inclusives.

• Oui à un système éducatif et sanitaire accessible à tous.

Les élections présidentielles de 2025 offrent une opportunité historique de briser ce cycle de tromperie transgénérationnelle. Nous devons refuser de légitimer un régime qui a échoué à répondre aux besoins fondamentaux de ses citoyens.

Conclusion : Rompre avec le Cycle de Mensonges et de Stagnation

Le règne de Paul Biya, qui s’étend sur plus de quatre décennies, est un témoignage accablant d’un système politique marqué par des promesses non tenues, des illusions entretenues et une gouvernance axée sur la perpétuation du pouvoir plutôt que sur le progrès collectif. À travers les générations, ce régime a perfectionné l’art du mensonge : des engagements initiaux envers nos parents qui ont été brisés, à la désillusion de notre propre génération, jusqu’à la tentative de condamner nos enfants à un avenir sans espoir.

Les faits sont clairs : le Cameroun est aujourd’hui embourbé dans une crise multidimensionnelle. Économiquement, nous sommes confrontés à une stagnation chronique avec près de 40 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Socialement, les infrastructures de base restent inexistantes dans de nombreuses régions, reflétant un État qui a failli à son devoir envers ses citoyens. Politiquement, la corruption et le népotisme ont consolidé un système qui privilégie l’élite au détriment de la majorité. Ces réalités ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un régime qui a fait de la manipulation et de l’inaction une stratégie de gouvernance.

L’heure n’est plus au silence ni à la résignation. À l’aube des élections présidentielles de 2025, les Camerounais ont une opportunité historique de rompre avec ce cycle de mensonges et de trahisons. Dire non à ce régime, c’est dire oui à un avenir différent : un avenir où nos ressources seront investies dans l’éducation, la santé, les infrastructures, et le développement économique durable ; un avenir où nos enfants et petits-enfants pourront rêver, innover et bâtir sans être écrasés par l’héritage de la stagnation.

Le changement ne viendra pas de l’élite politique actuelle, mais de la prise de conscience collective de chaque citoyen camerounais. Nous devons refuser d’être complices du mensonge transgénérationnel et agir pour construire un État développementaliste, inclusif et prospère. Ensemble, nous avons le pouvoir de transformer le Cameroun, de briser les chaînes du passé et d’inaugurer une nouvelle ère de responsabilité, de justice et de progrès.

Paul Biya et son régime incarnent le passé. L’avenir appartient à ceux qui ont le courage de dire non, de se lever et de bâtir. Le Cameroun mérite mieux, et l’histoire nous jugera sur les choix que nous ferons aujourd’hui. La révolution générationnelle est en marche – à nous de la mener avec détermination et espoir.

Bibliographie

1. Banque Mondiale. (2023). Rapport sur le développement mondial : Croissance économique et inégalités au Cameroun. Washington, DC : World Bank Publications.

2. Bayart, J.-F. (1993). L’État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard.

3. Cheeseman, N. (2022). How to Rig an Election. New Haven : Yale University Press.

4. Essomba, P. L. (2020). The Culture of Impunity in Cameroon: Governance and Corruption. Yaoundé : Presses Universitaires du Cameroun.

5. Institut National de la Statistique (INS). (2023). Données statistiques sur la population et l’économie du Cameroun. Yaoundé : INS Cameroun.

6. Kondoh, H., & Ndong, J. P. (2021). Youth Mobilization in Africa: Social Media and Political Change. Johannesburg : African Studies Review.

7. Ndifor, A., & Ambe, C. (2019). Corruption and Economic Decline in Cameroon: A Systematic Analysis. Douala : Centre for Economic Studies.

8. Ndongmo, R. M. (2020). The Path to Sustainable Development in Central Africa: Lessons for Cameroon. Libreville : Central African Development Press.

9. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). (2022). Rapport sur le développement humain au Cameroun : Défis et opportunités. New York : United Nations Development Programme.

10. Transparency International. (2023). Indice de perception de la corruption 2023 : Cameroun. Berlin : Transparency International.

11. Tchouassi, G., & Fokam, A. J. (2021). The Vicious Circle of Poverty and Underdevelopment in Cameroon: Rethinking Economic Policies. Yaoundé : African Economic Research Consortium.

12. World Bank. (2023). Enhancing Economic Diversification in Sub-Saharan Africa: Cameroon Case Study. Washington, DC : World Bank Publications.

La Souveraineté Économique Développementaliste Industrielle du Cameroun dans la Construction de l’Etat Développementaliste Communautaire (EDC) de JIMMY YAB et VINCENT NKONG-NJOCK

Résumé

Cet article explore le concept de souveraineté économique développementaliste industrielle au Cameroun, un modèle visant à réduire la dépendance extérieure et à promouvoir une croissance inclusive. Inspiré par les expériences des États développementalistes d’Asie de l’Est et du communitarisme en Afrique, ce modèle combine une gouvernance participative, une industrialisation stratégique, et une valorisation des ressources locales. En s’appuyant sur des communes comme unités de développement, sur une souveraineté industrielle transformant les matières premières localement, et sur une stratégie régionale cohérente, le Cameroun peut diversifier son économie et se positionner comme un pôle industriel en Afrique centrale. L’article met également en lumière les défis et opportunités liés à l’intégration régionale, la réforme monétaire, et le rôle central du capital humain et de l’innovation dans cette transition.

Mots-clés: Souveraineté économique, Cameroun, industrialisation, développement communautaire, intégration régionale, transformation des ressources, capital humain, innovation, développement durable.

Abstract

This article examines the developmental and industrial economic sovereignty of Cameroon, a model designed to minimize external dependence and foster inclusive growth. Drawing inspiration from the developmental states of East Asia, the model integrates participatory governance, strategic industrialization, and the local valorization of resources. By leveraging communes as development units, advancing industrial sovereignty through local transformation of raw materials, and pursuing a coherent regional strategy, Cameroon can diversify its economy and establish itself as an industrial hub in Central Africa. The article highlights the challenges and opportunities of regional integration, monetary reform, and the pivotal role of human capital and innovation in achieving this ambitious vision.

Keywords: Economic sovereignty, Cameroon, industrialization, community development, regional integration, resource transformation, human capital, innovation, sustainable development.

Introduction

Face aux défis imposés par la mondialisation, la dépendance chronique aux exportations de matières premières, et des crises structurelles internes, le Cameroun se trouve à un carrefour décisif. Le pays explore une stratégie ambitieuse : la souveraineté économique développementaliste communautaire (SEDC). Ce modèle propose une combinaison innovante de gouvernance participative, d’industrialisation stratégique, et de valorisation des ressources locales pour bâtir une économie résiliente, inclusive et compétitive.

La souveraineté industrielle, pierre angulaire de cette vision, vise à réduire la dépendance extérieure tout en stimulant une transformation locale des matières premières. Ce processus est soutenu par des réformes structurelles, une modernisation des infrastructures et un investissement accru dans le capital humain. Cet article examine les composantes essentielles de cette vision, tout en abordant les défis et opportunités liés à l’intégration régionale, à la réforme monétaire, et au rôle crucial de l’innovation dans ce projet.

1. La Souveraineté Économique Développementaliste Communautaire : Une Approche Contextualisée

1.1 Gouvernance participative et décentralisation

Inspirée par les succès des États développementalistes d’Asie de l’Est, la SEDC repose sur une approche intégrée où la gouvernance décentralisée joue un rôle central. Le Cameroun, avec ses 360 communes, a une opportunité unique de mobiliser ses structures locales pour impulser un développement inclusif. Comme l’affirme Rondinelli (1981), la décentralisation permet une meilleure appropriation des politiques publiques par les citoyens, favorise une répartition équitable des ressources, et réduit les disparités territoriales.

Chaque commune devient ainsi un moteur de développement économique, capable de concevoir et d’exécuter des projets adaptés aux besoins locaux, renforçant ainsi la cohésion sociale et économique.

1.2 Nationalisme économique et valorisation des ressources

Le Cameroun adopte une stratégie de nationalisme économique visant à promouvoir la production locale et à protéger ses industries émergentes. Rodrik (2004) souligne que les politiques protectionnistes intelligentes, combinées à des incitations fiscales, peuvent catalyser le développement industriel tout en stimulant les investissements nationaux dans des secteurs stratégiques comme l’agro-industrie et l’énergie. Ce nationalisme économique, loin d’être isolationniste, vise à renforcer la résilience face aux chocs externes tout en favorisant une croissance endogène.

2. La Souveraineté Industrielle : Le Socle de l’Autonomie Économique

2.1 Transformation locale des ressources

Le Cameroun dispose d’abondantes ressources naturelles, notamment le cacao, le bois, et le pétrole. Cependant, leur transformation locale reste limitée. Sachs et Warner (2001) montrent que la dépendance aux exportations de matières premières non transformées expose les économies au “syndrome hollandais”. La souveraineté industrielle au Cameroun implique de transformer ces ressources sur place pour produire des biens à forte valeur ajoutée, capturant ainsi une plus grande part des chaînes de valeur mondiales.

Par exemple, développer des industries locales pour transformer le cacao en chocolat ou le bois en produits finis pourrait stimuler l’emploi, augmenter les revenus fiscaux, et réduire la vulnérabilité économique.

2.2 Diversification économique et modernisation des infrastructures

La diversification économique est essentielle pour atténuer la dépendance aux matières premières. Hirschman (1958) suggère que les investissements dans des secteurs comme les énergies renouvelables, le textile, ou la chimie peuvent renforcer la résilience économique. Ces initiatives doivent être soutenues par une modernisation des infrastructures, notamment les routes, les ports, et l’accès à une énergie fiable.

2.3 Rôle stratégique de l’État

L’État camerounais doit jouer un rôle catalyseur en planifiant et en dirigeant les investissements stratégiques. Les expériences des pays d’Asie de l’Est, comme la Corée du Sud, montrent que des politiques industrielles proactives, combinées à des partenariats public-privé, peuvent accélérer l’industrialisation (Rodrik, 2004).

3. Défis et Opportunités dans un Contexte d’Intégration Régionale

3.1 Intégration régionale

Avec la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF), le Cameroun a une opportunité unique de se positionner comme un pôle industriel pour l’Afrique centrale. Cependant, comme le souligne Baldwin (2011), l’intégration régionale doit être progressive pour permettre aux industries locales de devenir compétitives avant de s’ouvrir pleinement aux marchés étrangers.

3.2 Réforme monétaire et autonomie financière

L’utilisation du Franc CFA limite la souveraineté monétaire du Cameroun. Stiglitz (2010) argue que l’indépendance monétaire est cruciale pour ajuster les instruments financiers aux besoins de l’industrialisation. Une réforme du Franc CFA pourrait offrir une flexibilité accrue pour soutenir les ambitions industrielles du pays.

4. Capital Humain et Innovation : Les Facteurs Déterminants

4.1 Formation technique et éducation

Le Cameroun doit investir massivement dans la formation technique et professionnelle pour répondre aux besoins des industries émergentes. Lundvall et Johnson (1994) mettent en avant l’importance d’un système éducatif orienté vers l’apprentissage et l’innovation. Des centres de formation spécialisés et des universités axées sur la recherche appliquée sont indispensables.

4.2 Recherche et développement

Encourager l’innovation est essentiel pour réduire la dépendance technologique. Des partenariats entre le secteur privé et les universités peuvent catalyser l’émergence de solutions adaptées au contexte local, renforçant ainsi la compétitivité industrielle.

5. Une Vision Sociale et Inclusive

La SEDC ne se limite pas à des objectifs économiques ; elle inclut une dimension sociale visant à améliorer le bien-être des populations. Cela comprend :

• Une meilleure redistribution des richesses pour réduire les inégalités.

• La lutte contre les discriminations, notamment en matière de genre et d’accès aux services de base.

• La promotion d’un dialogue social inclusif pour garantir que les politiques publiques répondent aux besoins réels des citoyens (Alesina & Perotti, 1996).

Conclusion : Une Feuille de Route pour l’Avenir

Le Cameroun dispose des atouts nécessaires pour devenir un modèle de transformation économique en Afrique. En valorisant ses ressources localement, en diversifiant son économie, et en investissant dans son capital humain, le pays peut bâtir une économie résiliente et inclusive. Cependant, la réussite de cette vision repose sur une gouvernance efficace, une volonté politique forte, et une mobilisation collective des ressources.

Avec une approche cohérente et adaptée à ses réalités, le Cameroun peut non seulement réduire sa dépendance extérieure, mais également se positionner comme un acteur majeur dans l’économie régionale et mondiale.

Références Bibliographiques

1. Alesina, A., & Perotti, R. (1996). Income distribution, political instability, and investment. European Economic Review, 40(6), 1203-1228.

2. Baldwin, R. (2011). Trade and industrialization after globalization’s second unbundling: How building and joining a supply chain are different and why it matters. NBER Working Paper.

3. Hirschman, A. O. (1958). The Strategy of Economic Development. Yale University Press.

4. Lundvall, B.-Å., & Johnson, B. (1994). The learning economy. Journal of Industry Studies, 1(2), 23-42.

5. Rodrik, D. (2004). Industrial Policy for the Twenty-First Century. UNIDO.

6. Sachs, J. D., & Warner, A. M. (2001). The curse of natural resources. European Economic Review, 45(4-6), 827-838.

7. Stiglitz, J. E. (2010). Freefall: America, Free Markets, and the Sinking of the World Economy. W. W. Norton & Company.

8. Rondinelli, D. A. (1981). Government decentralization in comparative perspective: theory and practice in developing countries. International Review of Administrative Sciences, 47(2), 133-145.