Du Bureau du Premier Ministre au Silence de la Présidence : Pourquoi le MLDC Propose 4 Vice-Présidents Collégiaux Régionaux pour Refonder le Cameroun

Pour 4 Vice-Presidents Collégiaux dans le cadre de la construction d’un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions

Pr. Jimmy Yab & S.E. Joseph Dion Ngute, Premier Ministre du Cameroun

Pr. Jimmy Yab
Président du MLDC
Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF
)

Résumé

Dans cet article, je propose une réflexion critique sur l’architecture exécutive de l’État camerounais dans le contexte d’une transition vers un État Développementaliste Communautaire fondé sur un fédéralisme à 4 grandes régions . À partir d’une expérience personnelle — la rencontre avec le Premier ministre Joseph Dion Ngute en décembre 2022 — et de l’échec institutionnel du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF), je met en lumière les limites structurelles du Premier ministère, symbole d’un centralisme postcolonial inefficace. Je plaide pour l’instauration d’une Vice-présidence collégiale régionale, ancrée dans les quatre grandes régions fédérées du Cameroun, comme solution à la crise de gouvernance. En mobilisant des exemples comparatifs (Nigeria, Bosnie-Herzégovine, Bolivie), je démontre que la co-représentation exécutive territoriale constitue une voie légitime, stabilisatrice et adaptée à la pluralité camerounaise. Il s’inscrit dans une approche de souveraineté partagée et de justice territoriale, au cœur du projet politique du MLDC.

Mots-clés : Fédéralisme communautaire, Cameroun, Vice-présidence, Gouvernance territoriale, Développement régional, MLDC, Institutions.

Abstract

This article provides a critical reflection on the executive architecture of the Cameroonian state within the context of a transition toward a community-based, developmental federalism. Grounded in a personal experience — a meeting with Prime Minister Joseph Dion Ngute in December 2022 — and the institutional failure of the Sino–Francophone Africa Trade Fair project, the author highlights the structural limitations of the Prime Minister’s office, emblematic of an ineffective postcolonial centralism. The article advocates for the establishment of a regional collegial Vice Presidency, rooted in Cameroon’s four proposed federated regions, as a response to the governance crisis. Through comparative case studies (Nigeria, Bosnia-Herzegovina, and Bolivia), it demonstrates that territorially balanced executive representation offers a legitimate, stabilising, and context-sensitive institutional model. The analysis is embedded in a framework of shared sovereignty and territorial justice, as promoted by the MLDC’s political agenda.

Keywords: Community-based federalism, Cameroon, Vice Presidency, Territorial governance, Regional development, MLDC, Institutions.

Introduction : une rencontre décisive, un projet bloqué, un diagnostic institutionnel

C’est dans les couloirs feutrés de l’Immeuble Étoile, un matin de décembre 2022, que j’ai rencontré le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute. En tant que Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF), je lui remettais les actes du Colloque international sur l’Afrique francophone de l’Initiative la Ceinture et la Route, organisé quelques mois plus tôt en partenariat avec l’ambassade de Chine au Cameroun. Ce colloque international avait réuni chercheurs, diplomates et décideurs autour d’une ambition partagée : inscrire l’Afrique francophone dans une nouvelle dynamique Sud-Sud fondée sur l’autonomie économique, la coopération bilatérale et l’intégration régionale de l’Initiative chinoise de « La Ceinture et La Route ».

Au-delà de la restitution intellectuelle, cette rencontre avait un second objectif tout aussi stratégique : présenter au gouvernement camerounais le projet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone (SICCAF 2023), une grande initiative économique multilatérale prévue pour l’année suivante. À cette occasion, le Premier ministre exprima un soutien formel, déclarant clairement : Le gouvernement soutient pleinement votre initiative. Vous pouvez compter sur notre appui.

Ci-dessous le video-clip de promotion officiel du SICCAF 2023.

Mais quelques semaines, puis quelques mois plus tard, ce soutien s’évapora dans les méandres de l’administration. Le dossier, transmis au Secrétariat Général de la Présidence du Cameroun, à part quelques correspondances, resta sans suite. Malgré l’appui officiel de l’Ambassade de Chine au Cameroun, le soutien logistique du President de l’Association des Entreprises Chinoises au Cameroun (AECC), Mr Xu Huajiang, par ailleurs, Directeur Général de la Division Afrique centrale de China Harbour Engineering Company(CHEC), la multinationale meme, qui a construit le Port Autonome de Kribi et l’Auto-route Kribi-Edea et surtout le soutient des grandes entreprises chinoises en Afrique Centrale et d’autres venant directement de l’a Chine continentale, malgre ces garanties techniques apportées, les lourdeurs bureaucratiques prirent le dessus : manque de communication interinstitutionnelle, délais interminables, absence de décision claire. Cette inertie ne fut pas seulement une déception personnelle : elle fut une révélation structurelle. Elle montra à quel point le modèle institutionnel camerounais empêche la concrétisation de projets stratégiques, même lorsqu’ils sont validés politiquement et diplomatiquement.

Ci dessous Quelques photos de voyages du Pr Jimmy Yab en Chine pour la préparation du SICCAF 2023 et quelques grandes personnalités politiques et économiques

De cette expérience est née une interrogation fondamentale : quelle structure exécutive peut porter efficacement une vision de développement autonome, décentralisée et communautaire dans un Cameroun fédéré en quatre grandes régions ? Cet article répond à cette question en opposant deux options : d’une part, le maintien du Premier ministère, institution centrale héritée du modèle jacobin ; d’autre part, l’introduction d’une Vice-présidence collégiale régionale, fondée sur le fédéralisme développementaliste communautaire. L’analyse s’appuie sur une réflexion théorique, des comparaisons internationales et les réalités propres au Cameroun contemporain.

Ci- dessous quelques photos du Premier Colloque International sur « l’Initiative la Ceinture et la Route » en Afrique francophone du 25 au 27 mai 2022, au palais des congrès de Yaoundé

I. Le Premier ministère : héritage centralisateur et impasse exécutive dans un État en recomposition

L’échec du projet du Salon Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré son approbation par le Premier ministre et l’appui formel de l’ambassade de Chine, illustre une faille structurelle profonde dans l’organisation du pouvoir exécutif au Cameroun. Une fois transmis au Secrétariat Général de la Présidence, le dossier s’est enlisé. Ce n’était pas un refus politique, ni une opposition idéologique, mais un symptôme récurrent d’un système exécutif hypercentralisé, opaque et inefficace. Ce constat appelle une analyse critique de la pertinence du Premier ministère dans le cadre du Cameroun du XXIe siècle, en transition vers un modèle fédéral communautaire.

Institué dans la Constitution camerounaise de 1972 (puis réaffirmé en 1996), le Premier ministère est un organe de coordination subordonné au Président de la République. L’article 12 alinéa 1er stipule que le Premier ministre « coordonne l’action gouvernementale sous l’autorité du Président ». Cette formulation dénote un pouvoir dérivé, sans autonomie stratégique. Contrairement aux modèles parlementaires classiques où le Premier ministre est le chef de l’exécutif, celui du Cameroun est dépourvu d’initiative politique autonome, ce qui le rend inefficace dans un contexte de transformation institutionnelle.

Dans un État fédéral organisé autour de quatre grandes régions souveraines — le Grand Sud, le Grand Nord, le Grand Littoral et le Grand Ouest —, le maintien d’un Premier ministre unique et centralisé est une anomalie fonctionnelle. Il empêche la territorialisation des décisions, bloque la remontée des priorités régionales, et reproduit un schéma néocolonial de gouvernance verticale. La dynamique développementaliste communautaire implique au contraire une coproduction des politiques publiques entre centre et périphéries, basée sur la souveraineté partagée, l’écoute communautaire, et la proximité.

D’un point de vue comparatif, les travaux de Hooghe et Marks (2003) sur la gouvernance multiniveau montrent que les exécutifs centralisés sont structurellement inefficaces dans les États pluriethniques et multiculturels. En Éthiopie, par exemple, la coexistence d’un fédéralisme ethnique avec un exécutif hyper-présidentialiste a mené à l’asphyxie des gouvernements régionaux, puis à l’explosion des conflits internes. Le Cameroun, avec ses tensions anglophones, ses déséquilibres historiques et sa diversité sociolinguistique, court les mêmes risques si la réforme institutionnelle reste superficielle.

Le Premier ministère ne saurait être l’instrument de pilotage d’un Cameroun fédéré à visée communautaire. Son existence même pourrait devenir un frein à l’innovation politique, un verrou dans la chaîne des décisions urgentes, et un symbole d’un passé institutionnel incompatible avec les réalités du présent. L’exemple du projet du Salon Industriel et commercial Chine–Afrique francophone en est la preuve vivante : même lorsque la volonté politique existe, le système d’exécution bloque l’action.

Le Cameroun n’a donc pas besoin d’un Premier ministre dans le sens classique du terme, mais d’une architecture exécutive pluraliste, enracinée dans ses régions, capable de dialoguer horizontalement avec les réalités locales. C’est ce que propose le modèle de la Vice-présidence collégiale, que nous développons dans la section suivante.

II. La Vice-présidence collégiale : une architecture de souveraineté territoriale pour un Cameroun fédéré

La déconvenue administrative qui a suivi l’accord formel du Premier ministre au sujet du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone ne fut pas simplement une péripétie bureaucratique. Ce fut une illustration concrète de l’absence d’ancrage territorial du pouvoir exécutif camerounais. Le fait que le dossier ait été bloqué, sans justification, au Secrétariat Général de la Présidence malgré l’aval d’un chef de mission diplomatique étranger – en l’occurrence l’Ambassadeur de Chine – démontre l’urgence de repenser l’organisation du pouvoir. C’est dans cette perspective que le concept de Vice-présidence collégiale régionale prend tout son sens.

Le modèle de fédéralisme développementaliste communautaire, tel que défendu par le Mouvement pour la Libération et le Développement du Cameroun (MLDC), repose sur trois principes fondamentaux: la souveraineté partagée, la gouvernance de proximité, et la valorisation des identités territoriales. Dans un tel modèle, l’exécutif ne saurait rester vertical et unifié. Il doit refléter la diversité régionale du Cameroun, la pluralité de ses défis, et la richesse de ses ressources communautaires. La proposition d’une Vice-présidence collégiale à quatre pôles répond précisément à cette exigence.

Concrètement, chaque grande région fédérée — le Grand Nord, le Grand Sud, le Grand Littoral, le Grand Ouest — désignerait un Vice-président régional, membre d’un organe exécutif fédéral commun. Ces Vice-présidents, dotés d’un mandat national mais enracinés dans leur région, formeraient un collège décisionnel chargé de co-piloter l’action gouvernementale avec le Président de la République, garant de l’unité. Chaque Vice-présidence aurait une compétence thématique prioritaire, reflétant les réalités régionales :

Le Grand Nord, confronté aux défis sécuritaires, climatiques et agricoles, piloterait les politiques de résilience et de sécurité communautaire. Le Grand Sud, riche en ressources forestières et minières, aurait la charge de la gouvernance environnementale et du développement rural intégré. Le Grand Littoral, épicentre économique du pays, piloterait les politiques industrielles, portuaires et d’intégration commerciale régionale. Le Grand Ouest, marqué par une forte diaspora et un tissu entrepreneurial dynamique, serait responsable de la cohésion sociale, de la médiation intercommunautaire et de l’économie populaire.

Ce schéma n’est pas une invention abstraite. Il s’appuie sur des logiques éprouvées dans d’autres États pluriels. En Bolivie, l’État plurinational a intégré des formes communautaires de représentation dans l’exécutif. En Bosnie-Herzégovine, la présidence collégiale garantit une cohabitation interethnique. Le Cameroun, à travers ce modèle, pourrait construire un exécutif réconcilié avec sa diversité, garant de l’équité territoriale et de la participation de tous à la destinée nationale.

La Vice-présidence collégiale offre aussi une réponse systémique à l’immobilisme institutionnel. Dans le cas du Salon Chine–Afrique francophone, si le Grand Littoral avait eu une Vice-présidence dotée de compétence commerciale, ce projet porté par l’OCAF aurait immédiatement été co-construit et défendu à l’échelle fédérale, en évitant les blocages bureaucratiques du pouvoir central. En donnant à chaque région une capacité d’action exécutive au sommet, ce modèle décentralise la décision sans fragmenter l’État, et multiplie les points d’entrée pour les initiatives stratégiques.

Enfin, ce dispositif incarne la philosophie du développementaliste communautaire : un État proche de ses populations, réactif aux réalités locales, résilient face aux crises, et créatif dans sa manière de bâtir le futur.

III. Études comparées : la gouvernance exécutive partagée dans les États fédéraux pluriethniques

L’idée d’une Vice-présidence collégiale régionale au Cameroun, dans le cadre du fédéralisme développementaliste communautaire, s’inscrit dans une tradition institutionnelle bien établie dans plusieurs pays confrontés à une forte diversité culturelle, linguistique ou territoriale. Loin d’être une utopie camerounaise, ce modèle exécutif partagé s’appuie sur des précédents comparatifs qui en démontrent à la fois la faisabilité, la légitimité et l’efficacité relative.

1. Le Nigeria : du “federal character” à l’équilibre exécutif implicite

Voisin du Cameroun et ancienne colonie britannique, le Nigeria est souvent présenté comme l’un des fédéralismes les plus aboutis d’Afrique. Il est structuré en 36 États fédérés dotés de larges compétences constitutionnelles. Si la Constitution nigériane ne prévoit pas de vice-présidences régionales multiples, elle impose néanmoins un principe fondamental : le “federal character”. Selon ce principe, toutes les institutions nationales, y compris l’exécutif, doivent refléter la diversité géographique, ethnique et religieuse du pays (Suberu, 2001). En pratique, cela se traduit par une attention constante à l’équilibre régional dans les nominations présidentielles, y compris au niveau du vice-président.

Cette règle non seulement réduit les tensions intercommunautaires, mais elle crée une dynamique de co-responsabilité nationale, où les projets de développement régionaux peuvent bénéficier d’un appui exécutif explicite. Transposé au Cameroun, un tel équilibre ne peut plus être laissé à la discrétion du chef de l’État ; il doit être institutionnalisé par une vice-présidence collégiale constitutionnellement encadrée.

2. La Bosnie-Herzégovine : cohabitation exécutive dans un contexte post-conflit

Autre cas emblématique : la Bosnie-Herzégovine. Pays multiculturel et post-conflit, la Bosnie a adopté une présidence tripartite où les trois principaux groupes ethniques (Bosniaques, Croates, Serbes) sont représentés au sommet de l’État. Chaque président est élu par sa communauté, et la présidence est rotative tous les huit mois. Ce système, bien qu’administrativement lourd, a permis d’éviter un retour à la guerre civile et d’instaurer une paix structurelle fondée sur l’inclusion mutuelle (Bieber, 2006).

Dans le contexte camerounais, où les tensions entre communautés anglophones et francophones, entre régions centrales et périphériques, restent vives, une structure exécutive partagée pourrait jouer le même rôle stabilisateur. Chaque région disposerait d’un représentant à la Vice-présidence, garantissant que les intérêts locaux soient présents dans l’arène fédérale. Ce serait un rempart contre la marginalisation, mais aussi un mécanisme d’équilibre démocratique entre les territoires.

3. La Bolivie : le pluralisme constitutionnel au service de la représentativité

Enfin, l’expérience de la Bolivie offre un modèle particulièrement pertinent pour un État développementaliste communautaire. En 2009, le pays adopte une nouvelle Constitution reconnaissant officiellement l’existence de 36 peuples autochtones. L’État devient alors plurinational, ce qui implique la reconnaissance des droits politiques et institutionnels des communautés à participer au pouvoir (Postero, 2017). Dans les faits, cela s’est traduit par l’inclusion d’acteurs autochtones dans les institutions nationales, y compris l’exécutif, et par une forte décentralisation des politiques publiques.

Ce modèle inspire directement la logique camerounaise, où plus de 250 ethnies, plusieurs aires linguistiques, et une histoire coloniale différenciée (française et britannique) coexistent. L’instauration d’une Vice-présidence collégiale au Cameroun permettrait de formaliser cette pluralité dans l’État, sans tomber dans le piège de la balkanisation. Il s’agirait de passer de la juxtaposition de communautés à leur intégration fonctionnelle dans la gouvernance.

Ces trois exemples convergent vers une conclusion claire : dans les États multiculturels, la stabilité institutionnelle repose sur la reconnaissance structurelle des différences, et non sur leur effacement. En instaurant une Vice-présidence collégiale régionale, le Cameroun adopterait un instrument moderne, inclusif et adapté à ses réalités profondes. Cette réforme serait non seulement cohérente avec les exigences du développement local, mais aussi conforme aux standards internationaux d’un fédéralisme équitable et démocratique.

Conclusion : pour une refondation exécutive ancrée dans la souveraineté territoriale

L’échec du Salon Industriel et Commercial Chine–Afrique Francophone, malgré l’accord formel du Premier ministre du Cameroun et l’engagement diplomatique de l’ambassade de Chine, n’est pas un incident isolé. Il est le révélateur structurel d’un système exécutif qui concentre le pouvoir tout en diluant la responsabilité, incapable de porter des initiatives territoriales stratégiques ou de réagir efficacement aux mutations du monde. Ce blocage administratif, survenu au niveau du Secrétariat Général de la Présidence, est l’un des multiples symptômes d’un État centralisé, opaque et paralysé, dont les mécanismes de décision sont déconnectés des territoires, des communautés et même des engagements politiques supérieurs.

Dans ce contexte, le Cameroun ne peut plus se contenter d’une réforme marginale. Il doit s’engager dans une refondation structurelle de ses institutions, à commencer par l’architecture de son exécutif fédéral. Le modèle du Premier ministère, dérivé du jacobinisme français, a montré ses limites : vertical, symbolique, inefficace, il ne peut porter la logique du développement communautaire, ni incarner l’autonomie régionale.

Face à cette impasse, le modèle de Vice-présidence collégiale régionale, intégré dans le projet de fédéralisme développementaliste communautaire du MLDC, constitue une alternative viable, cohérente et fondamentalement démocratique. Il ne s’agit pas simplement d’un ajustement technique, mais d’un changement de paradigme : un passage de la centralité vers la coprésidence territoriale, de la hiérarchie administrative vers la responsabilité partagée, de la domination institutionnelle vers la souveraineté coopérative.

Chaque région fédérée — Grand Nord, Grand Sud, Grand Littoral, Grand Ouest — disposerait d’une Vice-présidence fédérale, à la fois représentative et décisionnelle. Ce collège de Vice-présidents ne serait pas une division du pouvoir, mais son approfondissement. Il permettrait de construire des réponses différenciées aux défis spécifiques de chaque région tout en consolidant une vision unifiée de la nation. Il serait l’incarnation exécutive d’un Cameroun polycentrique, communautaire, souverain.

Enfin, cette réforme n’est pas isolée dans l’histoire du monde. Le Nigeria, la Bosnie-Herzégovine, la Bolivie — et bien d’autres — ont montré que la stabilité dans les États complexes passe par la reconnaissance institutionnelle de la diversité. Le Cameroun peut devenir un modèle africain de fédéralisme équitable, à condition de s’émanciper des formes mortes du centralisme hérité et d’embrasser un avenir basé sur la coresponsabilité territoriale et la légitimité communautaire.

C’est là, dans cette vice-présidence collégiale souveraine, que se trouve la clé de la transformation républicaine du Cameroun, et peut-être même de sa survie politique comme État-nation. Le MLDC propose ainsi non une réforme parmi d’autres, mais un projet de réinvention nationale.

Références bibliographiques

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• Konings, P., & Nyamnjoh, F. B. (2003). Negotiating an Anglophone Identity: A Study of the Politics of Recognition and Representation in Cameroon. Brill.

• Magrin, G. (2013). Périphéries en crise: Boko Haram et les territoires du bassin du lac Tchad. Afrique contemporaine.

• Ndoye, O., & Kaimowitz, D. (2000). Macro-economics, markets and the humid forests of Cameroon*. CIFOR.

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• Suberu, R. T. (2001). Federalism and Ethnic Conflict in Nigeria. United States Institute of Peace Press.

• Topa, G., Karsenty, A., Megevand, C., & Debroux, L. (2009). The Rainforests of Cameroon: A Vision for Sustainable Management World Bank Publications.

• Yab, J., Nkong-Njock, V. (2025). Pour un État Développementaliste Communautaire: le Cameroun

L’ARMÉE CAMEROUNAISE: UN MODÈLE INCONTESTABLE DE CITOYENNETÉ DÉVELOPPEMENTALISTE COMMUNAUTAIRE DANS UNE JEUNESSE EN QUÊTE DE REPÈRES

Pr Jimmy Yab à l’Ecole Internationale de Guerre de Yaoundé

Résumé

Cet article analyse le rôle de l’armée camerounaise comme modèle de citoyenneté développementaliste dans un contexte où la jeunesse, confrontée à des crises sociales et économiques, cherche des repères. Par ses initiatives de développement communautaire, son engagement éducatif et son rôle dans la promotion des valeurs républicaines, l’armée incarne un acteur central de la cohésion sociale au Cameroun. En dépit des critiques liées à certains conflits, elle reste un pilier essentiel pour une jeunesse en quête de stabilité et d’unité nationale.

Mots-clés : Armée camerounaise, citoyenneté, développement communautaire, jeunesse, valeurs républicaines, cohésion sociale.

Abstract

This article examines the role of the Cameroonian army as a developmentalist model of citizenship in a context where youth face social and economic crises and seek guidance. Through its community development initiatives, educational engagement, and promotion of republican values, the army serves as a central actor in social cohesion in Cameroon. Despite criticisms linked to certain conflicts, it remains an essential pillar for youth seeking stability and national unity.

Keywords : Cameroonian army, citizenship, community development, youth, republican values, social cohesion.

Pr Jimmy Yab à l’Ecole Internationale de Guerre de Yaoundé

Introduction

J’ai eu le privilège de donner des séminaires sur la géopolitique militaire de la Chine à l’École Internationale de Guerre de Yaoundé, une institution reconnue pour son rôle dans la formation des élites stratégiques africaines. Cette expérience a confirmé une conviction profonde : l’armée, lorsqu’elle est bien structurée, peut jouer un rôle déterminant dans la construction de la citoyenneté et du développement communautaire.

Dans le cas du Cameroun, cette réalité est d’autant plus pertinente que la jeunesse, confrontée à des crises multiples — chômage endémique, perte de valeurs et insécurité — manque cruellement de repères. Dans ce contexte, l’armée camerounaise se distingue non seulement comme garant de la souveraineté nationale, mais aussi comme un modèle de citoyenneté active et développementaliste.

Cet article explore comment l’armée camerounaise, à travers ses engagements civiques, ses programmes éducatifs et son rôle dans la cohésion sociale, incarne une institution exemplaire pour une jeunesse désorientée. Il défend l’idée que l’armée est un acteur clé du développement communautaire et un repère incontournable pour la jeunesse camerounaise.

I. L’armée camerounaise : un modèle de citoyenneté républicaine

Avec une estimation de 40 000 soldats actifs (IISS), l’armée camerounaise occupe une place stratégique dans la défense et la sécurité nationale. Son rôle ne se limite pas aux missions militaires. En effet, elle participe activement à des missions de développement et de promotion de valeurs républicaines.

A. Une institution porteuse des valeurs républicaines

Depuis sa création, l’armée camerounaise s’est affirmée comme un pilier de l’unité nationale. À travers sa composition ethnique et régionale diversifiée, elle reflète la mosaïque culturelle du pays.

« La diversité au sein des forces armées camerounaises symbolise une volonté d’unité et de cohésion, surmontant les clivages ethniques et linguistiques » (Tchouala, 2018).

Les valeurs républicaines inculquées dans les écoles militaires incluent :

1. L’intégrité et la discipline : Ces principes, au cœur de la formation des recrues, sont transmis à travers des programmes éducatifs rigoureux.

2. Le respect de l’autorité et des institutions : L’armée agit comme un vecteur de stabilisation sociale dans un environnement souvent marqué par des crises politiques.

B. La promotion de l’unité nationale

Face aux tensions sociales et régionales, notamment dans les zones anglophones, l’armée joue un rôle clé dans la promotion de l’unité nationale. En intégrant des recrues de toutes les régions et en favorisant une éducation commune, elle réduit les fractures sociales.

• Exemple : L’École Militaire Interarmées (EMIA) rassemble des jeunes de toutes les régions, contribuant ainsi à forger un esprit de camaraderie nationale.

II. Un acteur central du développement communautaire

Pr Jimmy Yab à l’Ecole Internationale de Guerre de Yaoundé

A. Contributions tangibles au développement local

L’armée camerounaise dépasse ses fonctions traditionnelles pour devenir un acteur du développement communautaire. En 2021, elle a achevé plus de 30 projets communautaires, incluant la construction d’infrastructures et la mise en place de services essentiels.

Exemples spécifiques :

• Construction d’écoles dans l’Extrême-Nord pour accueillir des élèves déplacés par les attaques de Boko Haram.

• Réhabilitation de routes et de ponts dans les zones enclavées.

Ces actions renforcent le lien entre l’armée et les communautés locales, consolidant ainsi son rôle de modèle de citoyenneté développementaliste.

B. Soutien humanitaire en période de crise

Lors des crises humanitaires, l’armée joue un rôle vital dans l’assistance aux populations affectées.

En 2020, l’armée a fourni des vivres et des abris temporaires à plus de 20 000 réfugiés internes, contribuant à stabiliser les régions touchées par les conflits.

« L’armée camerounaise est un acteur clé dans les réponses d’urgence, combinant logistique militaire et action humanitaire » (Human Rights Watch, 2021).

C. Programmes éducatifs et civiques pour la jeunesse

L’armée organise des camps civiques et des programmes de sensibilisation pour les jeunes. Ces initiatives, qui ont touché plus de 10 000 participants entre 2019 et 2022, inculquent :

1. Les principes de citoyenneté active : Sensibilisation aux droits et devoirs des citoyens.

2. La discipline et l’engagement communautaire : Participation à des projets environnementaux et sociaux.

III. Une institution confrontée à des défis, mais toujours exemplaire

A. Gestion des conflits internes

Bien que des abus aient été signalés dans les régions anglophones, ces incidents concernent des éléments isolés. Des réformes sont en cours pour renforcer la transparence et la responsabilité des unités déployées. « Les critiques envers l’armée doivent être nuancées, car elles ne remettent pas en question son rôle structurant dans la société camerounaise » (Mouiche, 1996).

B. Comparaison avec les armées de la sous-région

En Afrique centrale, l’armée camerounaise se distingue par son engagement civique et développementaliste.

Contrairement au Tchad ou au Gabon, où les armées se concentrent sur des objectifs militaires ou politiques, l’armée camerounaise intègre le développement communautaire dans ses priorités stratégiques.

IV. Perspectives et recommandations

Pour pérenniser son rôle modèle, l’armée camerounaise pourrait :

1. Institutionnaliser les programmes de développement communautaire : Faire des initiatives sociales une composante obligatoire des missions militaires.

2. Renforcer la formation en droits humains : Intégrer systématiquement ces modules dans les formations de base et avancées.

3. Créer des partenariats avec les ONG et les institutions civiles : Collaborer avec les acteurs locaux pour maximiser l’impact des projets communautaires.

4. Multiplier les campagnes civiques pour la jeunesse : Étendre les camps civiques et les ateliers éducatifs à l’ensemble du territoire.

Conclusion

L’armée camerounaise incarne un modèle de citoyenneté développementaliste et communautaire dans un environnement où la jeunesse cherche des repères. Par ses actions tangibles, son engagement pour l’unité nationale et sa capacité à répondre aux besoins des populations, elle dépasse son rôle militaire traditionnel pour devenir un pilier de la cohésion sociale.

Avec des réformes structurelles et une collaboration accrue avec les acteurs civils, l’armée camerounaise continuera de jouer un rôle clé dans la construction d’une nation unie, stable et résolument tournée vers le développement.

Références

1. Tchouala, R. A. L. Diplomatie préventive et construction d’une communauté de sécurité en Afrique centrale. 2018.

2. Mouiche, I. Mutations socio-politiques et replis identitaires en Afrique: le cas du Cameroun. African Journal of Political Science, 1996.

3. Pondi, J. E. Citoyenneté et pouvoir politique en Afrique centrale. 2016.

4. Human Rights Watch. World Report 2023: Cameroon.

5. International Institute for Strategic Studies. Military Balance 2022.